Une Vie

Une Vie 『女の一生』第14章

 

Alors elle ne sortit plus, elle ne remua plus. Elle se levait chaque matin à la même heure, regardait le temps par sa fenêtre, puis descendait s'asseoir devant le feu dans la salle.

Elle restait là des jours entiers, immobile, les yeux plantés sur la flamme, laissant aller à l'aventure ses lamentables pensées et suivant le triste défilé de ses misères. Les ténèbres, peu à peu, envahissaient la petite pièce sans qu'elle eût fait d'autre mouvement que pour remettre du bois au feu. Rosalie alors apportait la lampe et s'écriait:

— Allons, madame Jeanne, il faut vous secouer ou bien vous n'aurez pas encore faim ce soir.

Elle était souvent poursuivie d'idées fixes qui l'obsédaient et torturée par des préoccupations insignifiantes, les moindres choses, dans sa tête malade, prenant une importance extrême.

Elle revivait surtout dans le passé, dans le vieux passé, hantée par les premiers temps de sa vie et par son voyage de noces, là- bas en Corse. Des paysages de cette île, oubliés depuis longtemps, surgissaient soudain devant elle dans les tisons de sa cheminée; et elle se rappelait tous les détails, tous les petits faits, toutes les figures rencontrées là-bas; la tête du guide Jean Ravoli la poursuivait; et elle croyait parfois entendre sa voix.

Puis elle songeait aux douces années de l'enfance de Paul, alors qu'il lui faisait repiquer des salades, et qu'elle s'agenouillait dans la terre grasse à côté de tante Lison, rivalisant de soins toutes les deux pour plaire à l'enfant, luttant à celle qui ferait reprendre les jeunes plantes avec le plus d'adresse et obtiendrait le plus d'élèves.

Et, tout bas, ses lèvres murmuraient: «Poulet, mon petit Poulet», comme si elle lui eût parlé; et, sa rêverie s'arrêtant sur ce mot, elle essayait parfois pendant des heures d'écrire dans le vide, de son doigt tendu, les lettres qui le composaient. Elle les traçait lentement, devant le feu, s'imaginant les voir, puis, croyant s'être trompée, elle recommençait le P d'un bras tremblant de fatigue, s'efforçant de dessiner le nom jusqu'au bout; puis, quand elle avait fini, elle recommençait.

À la fin elle ne pouvait plus, mêlait tout, modelait d'autres mots, s'énervant jusqu'à la folie.

Toutes les manies des solitaires la possédaient. La moindre chose changée de place l'irritait.

Rosalie souvent la forçait à marcher, l'emmenait sur la route; mais Jeanne, au bout de vingt minutes, déclarait: «Je n'en puis plus, ma fille», et elle s'asseyait au bord du fossé.

Bientôt tout mouvement lui fut odieux, et elle restait au lit le plus tard possible.

Depuis son enfance, une seule habitude lui était demeurée invariablement tenace, celle de se lever tout d'un coup aussitôt après avoir bu son café au lait. Elle tenait d'ailleurs à ce mélange d'une façon exagérée; et la privation lui en aurait été plus sensible que celle de n'importe quoi. Elle attendait, chaque matin, l'arrivée de Rosalie avec une impatience un peu sensuelle; et, dès que la tasse pleine était posée sur la table de nuit, elle se mettait sur son séant et la vidait vivement d'une manière un peu goulue. Puis, rejetant ses draps, elle commençait à se vêtir.

Mais, peu à peu, elle s'habitua à rêvasser quelques secondes après avoir reposé le bol dans son assiette, puis elle s'étendit de nouveau dans le lit; puis elle prolongea, de jour en jour, cette paresse jusqu'au moment où Rosalie revenait, furieuse, et l'habillait presque de force.

Elle n'avait plus, d'ailleurs, une apparence de volonté et, chaque fois que sa servante lui demandait un conseil, lui posait une question, s'informait de son avis, elle répondait:

— Fais comme tu voudras, ma fille.

Elle se croyait si directement poursuivie par une malchance obstinée contre elle qu'elle devenait fataliste comme un Oriental; et l'habitude de voir s'évanouir ses rêves et s'écrouler ses espoirs faisait qu'elle n'osait plus rien entreprendre, et qu'elle hésitait des journées entières avant d'accomplir la chose la plus simple, persuadée qu'elle s'engageait toujours dans la mauvaise voie et que cela tournerait mal.

Elle répétait à tout moment:

— C'est moi qui n'ai pas eu de chance dans la vie.

Alors Rosalie s'écriait:

— Qu'est-ce que vous diriez donc s'il vous fallait travailler pour avoir du pain, si vous étiez obligée de vous lever tous les jours à six heures du matin pour aller en journée! Il y en a bien qui sont obligées de faire ça, pourtant, et, quand elles deviennent trop vieilles, elles meurent de misère.

Jeanne répondait:

— Songe donc que je suis toute seule, que mon fils m'a abandonnée.

Et Rosalie alors se fâchait furieusement:

— En voilà une affaire! Eh bien! et les enfants qui sont au service militaire! et ceux qui vont s'établir en Amérique.

L'Amérique représentait pour elle un pays vague, où l'on va faire fortune et dont on ne revient jamais.

Elle continuait:

— Il y a toujours un moment où il faut se séparer, parce que les vieux et les jeunes ne sont pas faits pour rester ensemble.

Et elle concluait d'un ton féroce:

— Eh bien, qu'est-ce que vous diriez s'il était mort?

Et Jeanne, alors, ne répondait plus rien.

Un peu de force lui revint quand l'air s'amollit aux premiers jours du printemps, mais elle n'employait ce retour d'activité qu'à se jeter de plus en plus dans ses pensées sombres.

Comme elle était montée au grenier, un matin, pour chercher quelque objet, elle ouvrit par hasard une caisse pleine de vieux calendriers; on les avait conservés selon la coutume de certaines gens de campagne.

Il lui sembla qu'elle retrouvait les années elles-mêmes de son passé, et elle demeura saisie d'une étrange et confuse émotion devant ce tas de cartons carrés.

Elle les prit et les emporta dans la salle en bas. Il y en avait de toutes les tailles, des grands et des petits. Et elle se mit à les ranger par années sur la table. Soudain elle retrouva le premier, celui qu'elle avait apporté aux Peuples.

Elle le contempla longtemps, avec les jours biffés par elle le matin de son départ de Rouen, le lendemain de sa sortie du couvent. Et elle pleura. Elle pleura des larmes mornes et lentes, de pauvres larmes de vieille en face de sa vie misérable, étalée devant elle sur cette table.

Et une idée la saisit qui fut bientôt une obsession terrible, incessante, acharnée. Elle voulait retrouver presque jour par jour ce qu'elle avait fait.

Elle piqua contre les murs, sur la tapisserie, l'un après l'autre, ces cartons jaunis, et elle passait des heures, en face de l'un ou de l'autre, se demandant: «Que m'est-il arrivé, ce mois-là?»

Elle avait marqué de traits les dates mémorables de son histoire, et elle parvenait parfois à retrouver un mois entier, reconstituant un à un, groupant, rattachant l'un à l'autre tous les petits faits qui avaient précédé ou suivi un événement important.

Elle réussit, à force d'attention obstinée, d'efforts de mémoire, de volonté concentrée, à rétablir presque entièrement ses deux premières années aux Peuples, les souvenirs lointains de sa vie lui revenant avec une facilité singulière et une sorte de relief.

Mais les années suivantes lui semblaient se perdre dans un brouillard, se mêler, enjamber, l'une sur l'autre; et elle demeurait parfois un temps infini, la tête penchée vers un calendrier, l'esprit tendu sur l'Autrefois, sans parvenir même à se rappeler si c'était dans ce carton-là que tel souvenir pouvait être retrouvé.

Elle allait de l'un à l'autre autour de la salle qu'entouraient, comme les gravures d'un chemin de la croix, ces tableaux des jours finis. Brusquement elle arrêtait sa chaise devant l'un d'eux, et restait jusqu'à la nuit immobile à le regarder, enfoncée en ses recherches.

Puis tout à coup, quand toutes les sèves se réveillèrent sous la chaleur du soleil, quand les récoltes se mirent à pousser par les champs, les arbres à verdir, quand les pommiers dans les cours s'épanouirent comme des boules roses et parfumèrent la plaine, une grande agitation la saisit.

Elle ne tenait plus en place; elle allait et venait, sortait et rentrait vingt fois par jour, et vagabondait parfois au loin le long des fermes, s'exaltant dans une sorte de fièvre de regret.

La vue d'une marguerite blottie dans une touffe d'herbe, d'un rayon de soleil glissant entre les feuilles, d'une flaque d'eau dans une ornière où se mirait le bleu du ciel, la remuait, l'attendrissait, la bouleversait en lui redonnant des sensations lointaines, comme l'écho de ses émotions de jeune fille, quand elle rêvait par la campagne.

Elle avait frémi des mêmes secousses, savouré cette douceur et cette griserie troublante des jours tièdes, quand elle attendait l'avenir. Elle retrouvait tout cela maintenant que l'avenir était clos. Elle en jouissait encore dans son coeur; mais elle en souffrait en même temps, comme si la joie éternelle du monde réveillé en pénétrant sa peau séchée, son sang refroidi, son âme accablée, n'y pouvait plus jeter qu'un charme affaibli et douloureux.

Il lui semblait aussi que quelque chose était un peu changé partout autour d'elle. Le soleil devait être un peu moins chaud que dans sa jeunesse, le ciel un peu moins bleu, l'herbe un peu moins verte; et les fleurs, plus pâles et moins odorantes, n'enivraient plus tout à fait autant.

Dans certains jours, cependant, un tel bien-être de vie la pénétrait, qu'elle se reprenait à rêvasser, à espérer, à attendre; car peut-on, malgré la rigueur acharnée du sort, ne pas espérer toujours, quand il fait beau?

Elle allait, elle allait devant elle, pendant des heures et des heures, comme fouettée par l'excitation de son âme. Et parfois elle s'arrêtait tout à coup, et s'asseyait au bord de la route pour réfléchir à des choses tristes. Pourquoi n'avait-elle pas été aimée comme d'autres? Pourquoi n'avait-elle pas même connu les simples bonheurs d'une existence calme?

Et parfois encore elle oubliait un moment qu'elle était vieille, qu'il n'y avait plus rien devant elle, hors quelques ans lugubres et solitaires, que toute sa route était parcourue; et elle bâtissait, comme jadis, à seize ans, des projets doux à son coeur; elle combinait des bouts d'avenir charmants. Puis la dure sensation du réel tombait sur elle; elle se relevait courbaturée comme sous la chute d'un poids qui lui aurait cassé les reins; et elle reprenait plus lentement le chemin de sa demeure en murmurant:

— Oh! vieille folle! vieille folle!

Rosalie maintenant lui répétait à tout moment:

— Mais restez donc tranquille, madame, qu'est-ce que vous avez à vous émouver comme ça?

Et Jeanne répondait tristement:

— Que veux-tu, je suis comme «Massacre» aux derniers jours.

La bonne, un matin, entra plus tôt dans sa chambre, et déposant sur sa table de nuit le bol de café au lait:

— Allons, buvez vite, Denis est devant la porte qui nous attend.
Nous allons aux Peuples parce que j'ai affaire là-bas.
Jeanne crut qu'elle allait s'évanouir tant elle se sentit émue; et elle s'habilla en tremblant d'émotion, effarée et défaillante à la pensée de revoir sa chère maison.

Un ciel radieux s'étalait sur le monde; et le bidet, pris de gaietés, faisait parfois un temps de galop. Quand on entra dans la commune d'Étouvent, Jeanne sentit qu'elle respirait avec peine tant sa poitrine palpitait; et quand elle aperçut les piliers de brique de la barrière, elle dit à voix basse deux ou trois fois, et malgré elle: «Oh! oh! oh!» comme devant les choses qui révolutionnent le coeur.

On détela la carriole chez les Couillard; puis, pendant que Rosalie et son fils allaient à leurs affaires, les fermiers offrirent à Jeanne de faire un tour au château, les maîtres étant absents, et on lui donna les clefs.

Elle partit seule, et, lorsqu'elle fut devant le vieux manoir du côté de la mer, elle s'arrêta pour le regarder. Rien n'était changé au-dehors. Le vaste bâtiment grisâtre avait ce jour-là, sur ses murs ternis, des sourires de soleil. Tous les contrevents étaient clos.

Un petit morceau d'une branche morte tomba sur sa robe, elle leva les yeux; il venait du platane. Elle s'approcha du gros arbre à la peau lisse et pâle, et le caressa de la main comme une bête. Son pied heurta, dans l'herbe, un morceau de bois pourri; c'était le dernier fragment du banc où elle s'était assise si souvent avec tous les siens, du banc qu'on avait posé le jour même de la première visite de Julien.

Alors elle gagna la double porte du vestibule et eut grand-peine à l'ouvrir, la lourde clef rouillée refusant de tourner. La serrure, enfin, céda avec un dur grincement des ressorts; et le battant, un peu résistant lui-même, s'enfonça sous une poussée.

Jeanne tout de suite, et presque courant, monta jusqu'à sa chambre. Elle ne la reconnut pas, tapissée d'un papier clair; mais, ayant ouvert une fenêtre, elle demeura remuée jusqu'au fond de sa chair devant tout cet horizon tant aimé, le bosquet, les ormes, la lande, et la mer semée de voiles brunes qui semblaient immobiles au loin.

Alors elle se mit à rôder par la grande demeure vide. Elle regardait, sur les murailles, des taches familières à ses yeux. Elle s'arrêta devant un petit trou creusé dans le plâtre par le baron qui s'amusait souvent, en souvenir de son jeune temps, à faire des armes avec sa canne contre la cloison quand il passait devant cet endroit.

Dans la chambre de petite mère elle retrouva, piquée derrière une porte, dans un coin sombre auprès du lit, une fine épingle à tête d'or qu'elle avait enfoncée là autrefois (elle se le rappelait maintenant), et qu'elle avait, depuis, cherchée pendant des années. Personne ne l'avait trouvée. Elle la prit comme une inappréciable relique et la baisa.

Elle allait partout, cherchait, reconnaissait des traces presque invisibles dans les tentures des chambres qu'on n'avait point changées, revoyait ces figures bizarres que l'imagination prête souvent aux dessins des étoffes, des marbres, aux ombres des plafonds salis par le temps.

Elle marchait à pas muets, toute seule dans l'immense château silencieux, comme à travers un cimetière. Toute sa vie gisait là- dedans.

Elle descendit au salon. Il était sombre derrière ses volets fermés et elle fut quelque temps avant d'y rien distinguer; puis, son regard s'habituant à l'obscurité, elle reconnut peu à peu les hautes tapisseries où se promenaient des oiseaux. Deux fauteuils étaient restés devant la cheminée comme si on venait de les quitter; et l'odeur même de la pièce, une odeur qu'elle avait toujours gardée, comme les êtres ont la leur, une odeur vague, bien reconnaissable cependant, douce senteur indécise des vieux appartements, pénétrait Jeanne, l'enveloppait de souvenirs, grisait sa mémoire. Elle restait haletante, aspirant cette haleine du passé, et les yeux fixés sur les deux sièges. Et soudain, dans une brusque hallucination qu'enfanta son idée fixe, elle crut voir, elle vit, comme elle les avait vus si souvent, son père et sa mère chauffant leurs pieds au feu.

Elle recula, épouvantée, heurta du dos le bord de la porte, s'y soutint pour ne pas tomber, les yeux toujours tendus sur les fauteuils.

La vision avait disparu.

Elle demeura éperdue pendant quelques minutes; puis elle reprit lentement la possession d'elle-même et voulut s'enfuir, ayant peur d'être folle. Son regard tomba par hasard sur le lambris auquel elle s'appuyait; et elle aperçut l'échelle de Poulet.

Toutes les légères marques grimpaient sur la peinture à des intervalles inégaux; et des chiffres tracés au canif indiquaient les âges, les mois, et la croissance de son fils. Tantôt c'était l'écriture du baron, plus grande, tantôt la sienne, plus petite, tantôt celle de tante Lison, un peu tremblée. Et il lui sembla que l'enfant d'autrefois était là, devant elle, avec ses cheveux blonds, collant son petit front contre le mur pour qu'on mesurât sa taille.

Le baron criait:

— Jeanne, il a grandi d'un centimètre depuis six semaines.

Elle se mit à baiser le lambris, avec une frénésie d'amour.

Mais on l'appelait au-dehors. C'était la voix de Rosalie:

— Madame Jeanne, madame Jeanne, on vous attend pour déjeuner.

Elle sortit, perdant la tête. Et elle ne comprenait plus rien de ce qu'on lui disait. Elle mangea des choses qu'on lui servit, écouta parler sans savoir de quoi, causa sans doute avec les fermiers qui s'informaient de sa santé, se laissa embrasser, embrassa elle-même des joues qu'on lui tendait, et elle remonta dans la voiture.

Quand elle perdit de vue, à travers les arbres, la haute toiture du château, elle eut dans la poitrine un déchirement horrible. Elle sentait en son coeur qu'elle venait de dire adieu pour toujours à sa maison.

On s'en revint à Batteville.

Au moment où elle allait rentrer dans sa nouvelle demeure, elle aperçut quelque chose de blanc sous la porte; c'était une lettre que le facteur avait glissée là en son absence. Elle reconnut aussitôt qu'elle venait de Paul, et l'ouvrit, tremblant d'angoisse. Il disait:

«Ma chère maman, je ne t'ai pas écrit plus tôt parce que je ne voulais pas te faire faire à Paris un voyage inutile, devant moi- même aller te voir incessamment. Je suis, à l'heure présente, sous le coup d'un grand malheur et dans une grande difficulté. Ma femme est mourante après avoir accouché d'une petite fille, voici trois jours; et je n'ai pas le sou. Je ne sais que faire de l'enfant que ma concierge élève au biberon comme elle peut, mais j'ai peur de la perdre. Ne pourrais-tu t'en charger? Je ne sais absolument que faire et je n'ai pas d'argent pour la mettre en nourrice. Réponds poste pour poste.

«Ton fils qui t'aime,

«PAUL.»
Jeanne s'affaissa sur une chaise, ayant à peine la force d'appeler Rosalie. Quand la bonne fut là, elles relurent la lettre ensemble, puis demeurèrent silencieuses, l'une en face de l'autre, longtemps.

Rosalie, enfin, parla:

— J'vas aller chercher la petite moi, madame. On ne peut pas la laisser comme ça.

Jeanne répondit:

— Va, ma fille.

Elles se turent encore, puis la bonne reprit:

— Mettez votre chapeau, madame, et puis allons à Goderville chez le notaire. Si l'autre va mourir, faut que M. Paul l'épouse, pour la petite, plus tard.

Et Jeanne, sans répondre un mot, mit son chapeau. Une joie profonde et inavouable inondait son coeur, une joie perfide qu'elle voulait cacher à tout prix, une de ces joies abominables dont on rougit, mais dont on jouit ardemment dans le secret mystérieux de l'âme: la maîtresse de son fils allait mourir.

Le notaire donna à la bonne des indications détaillées qu'elle se fit répéter plusieurs fois; puis, sûre de ne pas commettre d'erreur, elle déclara:

— Ne craignez rien, je m'en charge maintenant.

Elle partit pour Paris la nuit même.

Jeanne passa deux jours dans un trouble de pensée qui la rendait incapable de réfléchir à rien. Le troisième matin elle reçut un seul mot de Rosalie annonçant son retour par le train du soir. Rien de plus.

Vers trois heures elle fit atteler la carriole d'un voisin qui la conduisit à la gare de Beuzeville pour attendre sa servante.

Elle restait debout sur le quai, l'oeil tendu sur la ligne droite des rails qui fuyaient en se rapprochant là-bas, au bout de l'horizon. De temps en temps elle regardait l'horloge. Encore dix minutes. Encore cinq minutes. Encore deux minutes. Voici l'heure. Rien n'apparaissait sur la voie lointaine. Puis tout à coup, elle aperçut une tache blanche, une fumée, puis au-dessous un point noir qui grandit, accourant à toute vitesse. La grosse machine enfin, ralentissant sa marche, passa, en ronflant, devant Jeanne qui guettait avidement les portières. Plusieurs s'ouvrirent; des gens descendaient, des paysans en blouse, des fermières avec des paniers, des petits-bourgeois en chapeau mou. Enfin elle aperçut Rosalie qui portait en ses bras une sorte de paquet de linge.

Elle voulut aller vers elle, mais elle craignait de tomber tant ses jambes étaient devenues molles. Sa bonne, l'ayant vue, la rejoignit avec son air calme ordinaire; et elle dit:

— Bonjour, madame; me v'là revenue, c'est pas sans peine.

Jeanne balbutia:

— Eh bien?

Rosalie répondit:

— Eh bien, elle est morte, c'te nuit. Ils sont mariés, v'là la petite.

Et elle tendit l'enfant qu'on ne voyait point dans ses linges.

Jeanne la reçut machinalement et elles sortirent de la gare, puis montèrent dans la voiture.

Rosalie reprit:

— M. Paul viendra dès l'enterrement fini. Demain à la même heure, faut croire.

Jeanne murmura «Paul…» et n'ajouta rien.

Le soleil baissait vers l'horizon, inondant de clarté les plaines verdoyantes, tachées de place en place par l'or des colzas en fleur, et par le sang des coquelicots. Une quiétude infinie planait sur la terre tranquille où germaient les sèves. La carriole allait grand train, le paysan claquant de la langue pour exciter son cheval.

Et Jeanne regardait droit devant elle en l'air, dans le ciel que coupait, comme des fusées, le vol cintré des hirondelles. Et soudain une tiédeur douce, une chaleur de vie traversant ses robes, gagna ses jambes, pénétra sa chair; c'était la chaleur du petit être qui dormait sur ses genoux.

Alors une émotion infinie l'envahit. Elle découvrit brusquement la figure de l'enfant qu'elle n'avait pas encore vue: la fille de son fils. Et comme la frêle créature, frappée par la lumière vive, ouvrait ses yeux bleus en remuant la bouche, Jeanne se mit à l'embrasser furieusement, la soulevant dans ses bras, la criblant de baisers.

Mais Rosalie, contente et bourrue, l'arrêta.

— Voyons, voyons, madame Jeanne, finissez; vous allez la faire crier.

Puis elle ajouta, répondant sans doute à sa propre pensée:

— La vie, voyez-vous, ça n'est jamais si bon ni si mauvais qu'on croit.

(Fin)

 

だから、彼女はもう外に出なかったし、かき回さなかった。彼女は毎朝同じ時間に起き、窓から天気を見て、広間の火の前に座っていた。

彼女は何日もそこに座り、炎を見つめたまま動かず、哀しい思いを彷徨わせ、自分の不幸の悲しいパレードを追った。薪をくべる以外には何もしないまま、小さな部屋は次第に闇に包まれていった。するとロザリーがランプを持って来て叫んだ。

- さあ、マダム・ジャンヌ、体を揺らさないと、今夜はもうお腹が空かないよ。

彼女はしばしば固定観念に追われ、些細なことにこだわって彼女を苦しめ、病気の頭の中では些細なことが極端に重要視された。

彼女はほとんど過去の中に生きていて、人生の初期の頃と、コルシカ島での新婚旅行に取り憑かれていた。長い間忘れていたその島の風景が、煙突の暖炉の中で突然彼女の前に現れ、そこで出会ったすべての詳細、すべての小さな事実、すべての人物を思い出した。ガイドのジャン・ラヴォリの頭が彼女の後を追い、時々彼の声が聞こえたような気がした。

そして彼女は、ポールが子供のころ、よく植物のサラダを作ってくれたことを思い出しました。リゾンおばさんのそばで、彼女は油まみれの土の中にひざまずき、二人とも子供を喜ばせようと競い合い、誰が一番上手に若い植物を再び成長させ、一番多くの生徒を獲得するかを競い合いました。

そして、彼女の唇は、まるで彼に話しかけるかのように、「チキン、私の小さなチキン」とささやき、この言葉に思いを馳せながら、彼女は時々、伸ばした指で、この言葉を構成する文字を何時間も空中に書こうとしました。火の前で、見えることを想像しながらゆっくり描き、間違えたと思い込んで、疲労で震える腕でもう一度Pを始め、最後まで名前を描こうとし、描き終わるとまたやり直す。

結局、これ以上できない、全部混ぜてしまう、つまり、キレてしまう。

孤独の躁病はすべて彼女に取り憑いていたのだ。場所が変わると、ちょっとしたことでもイライラしてしまう。

ロザリーはしばしば彼女を無理やり歩かせ、道を歩かせた。しかし、ジャンヌは20分もすると、「もう我慢できない、娘よ」と宣言し、溝の端に座り込んでしまった。

やがて、動くことが嫌になり、できるだけ遅くまでベッドにいるようになった。

子供の頃から、カフェオレを飲んだらすぐに立ち上がるという習慣が根強く残っていた。彼女はこの調合液がとても好きだったので、これを奪われるのは何よりも辛いことだった。彼女は毎朝、どこか官能的な焦燥感をもってロザリーの到着を待ち、満杯のカップがベッドサイドのテーブルに置かれると、すぐに立ち上がって、やや欲深そうに勢いよくカップを空にしたのである。そして、シーツをめくって服を着始めた。

しかし、少しずつ慣れてきて、ボウルを皿に戻した後、数秒間白昼夢を見て、それからまたベッドに横になった。そして、ロザリーが激怒して戻ってきて、ほとんど無理やり服を着せるまで、毎日毎日、この怠慢を長引かせた。

もはや意志のかけらもなく、メイドに相談されたり、質問されたり、意見を求められたりすると、彼女はこう答えた。

- 好きなようにしなさい、私の娘よ。

彼女は自分に対して頑固な災難が直接的に追いかけてくると考え、東洋人のように運命論者になった。夢が消え、希望が崩れるのを見る習慣が、何事も引き受ける勇気を失わせ、簡単なことをする前に何日もためらい、自分はいつも間違った道に進み、悪い結果になると確信した。

彼女は何度も繰り返した。

- 人生不運なのは私の方だ。

すると、ロザリーは泣き出すのです。

- パンのために働かなければならないとしたら、毎日朝6時に起きて働きに行かなければならないとしたら、あなたは何と言うだろう!?しかし、そうしなければならないのに、年をとりすぎて悲惨な死に方をする人がたくさんいます。

ジャンヌが答えた。

- ただ、私は一人で、息子に捨てられたと思えばいいのです。

すると、ロザリーは猛烈に怒るのです。

- それは事件だ! まあ!軍隊にいる子供たちも!アメリカに定住する人たちも。

アメリカは、彼女にとって、一財産を築きに行って、二度と戻ってこない漠然とした国だった。

さらに彼女は続けた。

- 老人と若者は一緒にいるようにはできていないのだから、必ず別れなければならない瞬間がある。

そして、激しい口調で締めくくった。

- じゃあ、彼が死んだらどう言うんだ?

そして、ジャンヌは、それ以上、何も答えない。

春になって空気がやわらかくなると、少しは力が戻ってきた。しかし、彼女はこの復活を利用して、ますます暗い思考に身を投じるようになったのだ。

ある朝、屋根裏に物を探しに行ったとき、たまたま古いカレンダーの入った箱を開けた。

その四角い箱の山を前にして、彼女は自分の過去の年月そのものを発見したような、奇妙で混乱した感情に襲われたのである。

彼女はそれを手に取り、下の部屋に運んだ。大小さまざまなサイズがありました。そして、彼女はテーブルの上に年ごとに並べ始めた。突然、彼女は最初の1枚を見つけたのだ。

彼女は、ルーアンを発つ朝、修道院を出た翌日の日数を消して、長い間それを眺めていたのです。そして彼女は泣いた。このテーブルの上に広げられた惨めな人生を前にして、老婆の貧しい涙を、鈍く、ゆっくりと流した。

そして、ある考えが彼女をとらえ、それはやがて恐ろしいほどの絶え間ない執着となった。彼女は、自分が何をしたのか、ほとんど一日一日確認したかったのだ。

彼女はこの黄ばんだカードを次々と壁やタペストリーに貼り付け、何時間もどちらかのカードの前で、「あの月、私に何が起こったのだろう」と自問した。

彼女は自分の歴史の中で印象的な日付に線を引き、時には一ヶ月を丸ごと見つけ、重要な出来事の前後にあったすべての小さな事実を一つずつ再構成し、グループ化し、互いに結びつけていた。

彼女は、頑強な注意力と記憶力の努力と集中した意志によって、Les Peuplesでの最初の2年間をほぼ完全に復元することに成功し、人生の遠い記憶が、非常に簡単に、ある種の安心感をもってよみがえったのです。

しかし、それからの年月は、彼女にとって、霧の中に紛れ、混ざり合い、重なり合うように感じられた。彼女は、カレンダーに頭をかざし、過去に心を張り巡らせながら、その箱の中に、こんな思い出があったのかどうかさえ、思い出せないまま、無限の時間が過ぎていくこともあった。

彼女は、十字架の道の刻印のように、過去の絵画に囲まれた部屋を、次から次へと見て回った。突然、彼女はそのうちの1つの前で椅子を止め、日が暮れるまで動かずにそれを眺めながら、研究に没頭するのである。

そして突然、太陽の暖かさですべての種が目覚め、畑で作物が育ち始め、木々が緑に変わり、中庭のリンゴの木がピンクの玉のように咲いて平原に香りを放つと、大きな動揺が彼女を襲いました。

彼女はもう居ても立ってもいられなくなり、一日に二十回も出たり入ったりし、時には農道を遠くまで歩き、一種の後悔の熱にうなされながら、自分を高めていました。

草むらに咲く一輪のヒナギク、葉の間から差し込む一筋の光、空の青が映し出された轍の水たまり、そんな光景が彼女をかき立て、動かし、少女時代に田舎を夢想したときの感情のこだまのような遠くの感覚を与えてくれた。

彼女は同じ震動に震え、未来を待つ暖かい日のあの甘さとあの不穏な爽快感を味わったのである。未来が閉ざされた今、彼女はそのすべてを再び見出した。しかし、同時に彼女は、乾いた肌、冷えた血、重荷を負った魂を貫いて目覚めた世界の永遠の喜びが、もはや弱く苦しい呪文しか唱えられないかのように、その苦しみを味わっていたのだ。

また、彼女の周りでは、何かが少し変わっているように思えた。太陽は若い頃より少し弱く、空の青さは少し弱く、草の緑は少し弱く、花は青白く香りも弱く、もはやそれほど酔わせるものではありませんでした。

しかし、ある日、彼女は人生の幸福感に浸り、夢を見、希望を持ち、待ち望むようになった。

彼女は何時間も何時間も、まるで魂の興奮に突き動かされるかのように、続けた。そして、ときどき急に立ち止まって、道端に座り込んで悲しいことを考えたりするのです。なぜ、彼女は他の人のように愛されなかったのだろう。なぜ、彼女は静かな生活の単純な喜びさえ知らなかったのだろう。

そして時々、自分が年をとっていること、目の前には陰鬱で孤独な数年間しかないこと、自分の道はすべて行き尽くされていることを一瞬でも忘れ、かつて16歳のときにやったように、自分の心に甘いプロジェクトを作り、魅力的な未来の断片を組み合わせていったのです。背骨が折れるほどの重さに耐えかねて、腰を曲げたまま立ち上がり、家までの道をゆっくりと歩きながら、つぶやくように言った。

- ああ!この老いぼれ!この老いぼれ!」。

ロザリーは今、事あるごとに彼女に繰り返した。

- でも、静かにしてください、奥様、何をそんなに興奮されているのですか?

とジャンヌは悲しげに答えた。

- 何がしたいんだ、末期の「マッサン」みたいなもんだ。

ある朝、メイドが早くから彼女の部屋に入ってきて、ミルク入りのコーヒーの入ったボウルを枕元に置き、「さあ、早く飲みなさい、ドニ」と言ったのです。

- さあ、早く飲んでください。ドアの前でデニスが待っていますよ。
レ・プープルに行くのは、そこに用事があるからです。

ジャンヌは気絶しそうなほど感動し、感動に震えながら服を着て、愛する故郷に再び会えると思うと怯え、気絶した。

晴れやかな空が世界に広がり、陽気に騒ぐビデは、時に颯爽とした時を刻むのであった。エトゥバンの村に入ったとき、ジャンヌは胸がどきどきして呼吸が苦しくなった。

馬車はクイヤール家で降ろされ、ロザリーと息子が用を足している間に、農夫たちはジャンヌに城の見学を申し出た。

彼女は一人で出発し、海側の古い荘園の前まで来ると、足を止めてその姿を眺めた。外は何も変わっていないのだ。その日、広大なグレーの建物は、そのくすんだ壁に、太陽のような微笑みを浮かべていた。シャッターはすべて閉まっていた。

枯れ枝の破片が服の上に落ち、彼女は顔を上げた。彼女は滑らかで青白い肌を持つ大木に近づき、まるで動物のように手で撫でた。こ

しかし、窓を開けると、あの愛すべき地平線、木立、楡、湿原、そして遠くで動かないように見える茶色の帆が散らばる海を前に、彼女は肉の奥底までかき回されたままでした。

そして、誰もいない大きな家の中を徘徊し始めた。彼女は、壁に描かれた見慣れたシミを見た。男爵は若い頃、この場所を通るとき、よく仕切りに杖で武器を作って楽しんでいたのだ。

母の部屋では、ベッドの横の暗い隅の扉の後ろに、かつて自分が刺した(と今になって思い出した)金の頭のついた細いピンが刺さっており、それを何年も探していたのである。誰も見つけていなかったのだ。彼女はそれを貴重な遺物として受け取り、口づけをした。

彼女はあらゆる場所を訪れ、探し、模様替えをしていない部屋の掛け物にほとんど見えない痕跡を見つけ、想像力が布や大理石のデザインにしばしば与える奇妙な図形や、時間によって汚れた天井の陰影を再び見たのです。

彼女は静かな足取りで、まるで墓地を通り抜けるように、巨大な静寂の城の中をたった一人で歩いた。そこには、彼女の人生のすべてが詰まっている。

彼女はリビングルームに降りていった。閉じた雨戸の向こうは暗く、しばらくは何も見えなかったが、暗闇に目が慣れてくると、鳥が歩いている高いタペストリーが次第に見えてきた。暖炉の前には肘掛け椅子が2脚、まるでそのままの状態で置かれていた。部屋の匂いは、生き物にはそれぞれの匂いがあるように、彼女がずっと大切にしてきた匂いで、曖昧だがよくわかる、古いアパートの甘い優柔不断な匂いがジャンヌに染み込み、彼女を記憶に包み、酔わせた。彼女はこの過去の息を吸いながら、喘いだまま、視線は2つの席を見つめていた。そして突然、彼女の固定観念が生んだ突然の幻覚で、彼女は見たような気がした、よく見たように、父と母が火のそばで足を温めているのを見たのである。

彼女は恐ろしくて後ずさりし、背中でドアの縁にぶつかり、落ちないようにしがみついて、目はまだ肘掛け椅子を見つめていた。

彼女は数分間取り乱したままだった。その後、徐々に自分を取り戻し、気が狂うのを恐れて逃げ出したくなった。彼女は偶然にも、自分がもたれていた羽目板に視線を落とし、プーレのはしごを見た。

絵の具の上には等間隔で光の跡がつき、ペンナイフで書かれた数字が息子の年齢、月齢、成長を示している。ある時は男爵の字が大きく、ある時は男爵の字が小さく、ある時はリゾン叔母さんの字が少し震えていたのです。そして、彼女の目の前に、金髪で、身長を測れるように小さな額を壁に突き出している、かつての子供がいるように思えたのです。

男爵は叫んだ。

- ジャンヌ、この6週間で1センチも伸びたんだ。

彼女は夢中でパネリングにキスをし始めた。

しかし、彼女は外に呼び出されていた。ロザリーの声だった。

- マダム・ジェンヌ、マダム・ジェンヌ、昼食にご招待します。

彼女は頭を失くして外に出た。そして、彼女はもはや何を言われても理解できない。彼女は出された料理を少し食べ、何のことかわからずに話を聞き、彼女の健康を尋ねる農夫たちと間違いなくおしゃべりをし、自分にキスをさせ、差し出された頬にキスをして、また馬車に乗り込んだのです。

木々の間から城の高い屋根が見えなくなったとき、彼女は胸にひどい痛みを覚えた。彼女は心の中で、自分の家に永遠の別れを告げたような気がした。

一同はバットビルに戻った。

新しい住まいに入ろうとした途端、ジャンヌは、扉の下に何か白いものがあるのを見つけた。それは、留守の間に郵便配達人が入れていった手紙だった。彼女はすぐにポールからだと気づき、不安で震えながらそれを開いた。

"親愛なる母へ" "手紙を出さなかったのは" "パリまで無駄足を踏まぬよう" "すぐにでも会いに行かねば 現在、私は大きな災難に見舞われ、大変困難な状況にあります。3日前に女の子を出産した妻が死にかけ、お金もない。管理人が精一杯哺乳瓶で育てている子供をどうしたらいいのかわからないが、死なせてしまうのが怖い。彼女の面倒を見てはいただけませんか?どうしたらいいのかわからないし、保育園に入れるお金もありません。折り返しご返事をくださいますよう。

愛する息子よのポールより

ジャンヌは椅子に座り、ロザリーを呼ぶのがやっとの状態だった。女中がいると、二人は一緒に手紙を読み直し、それから一人前に長い間黙っていた。

ロザリーがようやく口を開いた。

- お嬢さんを迎えに行きますよ、奥さん。彼女をこのままにしておくわけにはいきません。

ジャンヌが答えた。

- 行っておくれ、私の娘よ。

二人は再び沈黙し、そしてメイドが口を開いた。

- 奥様、帽子をかぶってください。それからゴダービルの公証人のところへ行きましょう。もう一人が死ぬなら、ポールさんは、小さい子のために、後で結婚しなければならないのです。

そして、ジャンヌは一言も答えず、帽子をかぶった。何としても隠したい、忌まわしい喜びでありながら、心の奥底で熱烈に楽しんでいる喜びである。

公証人は、何度も繰り返し細かい情報をメイドに伝え、間違いがないことを確認した上で、こう宣言した。

- ご心配なさらず、今、私がお引き受けしますから。

その日の夜、ロザリーはパリに向かった。

ジャンヌは2日間、何も考えることができないほど思考が錯綜していた。3日目の朝、ロザリーから夕方の列車で帰ってくるという一通の手紙が届いた。それ以上はない。

3時頃、彼女は近所の車に馬具を付けてもらい、ブーズビル駅まで送ってもらい、メイドを待つことにした。

彼女はホームに立ったまま、地平線の彼方に近づいて走り去るレールの直線に目を伸ばしたままである。時折、彼女は時計に目をやった。あと10分です。あと5分。残り2分。時間だ。遠くの線路にはまだ何も映っていない。すると突然、白い点、煙が見え、その下に黒い点が伸びてきて、全速力で突進してくるのが見えた。大きな機械がようやく速度を落とし、鼻歌を歌いながら、熱心にドアを見つめているジャンヌの前を通り過ぎた。そしてついに、ロザリーが麻布の束のようなものを腕に抱えているのが見えた。

しかし、足がすくんで転びそうになっている。その姿を見た女中は、いつもの穏やかな雰囲気で彼女に合流し、こう言った。

- どう?

ロザリーが答えた。

- 昨夜、亡くなりました。二人は結婚しました。さあ、っこれが赤ちゃんです。

そして、彼女はその子を差し出した。

ロザリーが続けた。

- ポールさんは葬儀が終わったらすぐに来てくれます。明日の同時刻だと思います。

ジャンヌは「ポール...」とつぶやいて、何も付け加えなかった。

太陽は地平線に向かって落ち、緑の平原を光で溢れさせ、花咲くコルツァの黄金とポピーの血であちこちが染まっていた。種が発芽した静かな土地には、無限の静けさが漂っていた。農夫は舌打ちをして馬を興奮させながら、荷車はどんどん進んでいく。

そしてジャンヌは、ツバメの曲線飛行によってロケットのように切り取られた空をまっすぐに見上げるのだった。そして突然、柔らかな温もり、ドレスの中を通り抜ける生命の温もりが、彼女の脚に届き、肉体を貫いた。それは、彼女の膝の上で眠っていた小さな存在の温もりだったのである。

そして、無限の感動が彼女を襲う。彼女はふと、まだ見ぬ子供の顔を発見した。息子の娘である。そして、明るい光に打たれたか弱い生き物が青い目を開け、口を動かすと、ジャンヌは彼女を激しく抱きしめ始め、腕の中で持ち上げ、キスを浴びせかけた。

しかし、うれしいくせに不機嫌そうな表情のロザリーが彼女を止めた。

- さあ、見てみましょう、ジャンヌ奥さま、およしなさいまし。あなたは彼女を泣かせてしまいますよ。

そして、自分の思いに応えるかのように、こう付け加えた。

- 人生はね、自分が思っているほど良くも悪くもないんですよ。

(完)

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