La voiture s'arrêta deux heures plus tard devant une petite maison de briques bâtie au milieu d'un verger planté de poiriers en quenouilles, sur le bord de la grand-route.
Quatre tonnelles en treillage habillées de chèvrefeuilles et de clématites formaient les quatre coins de ce jardin disposé par petits carrés à légumes que séparaient d'étroits chemins bordés d'arbres fruitiers.
Une haie vive très élevée entourait de partout cette propriété, qu'un champ séparait de la ferme voisine. Une forge la précédait de cent pas sur la route. Les autres habitations les plus proches se trouvaient distantes d'un kilomètre.
La vue alentour s'étendait sur la plaine du pays de Caux, toute parsemée de fermes qu'enveloppaient les quatre doubles lignes de grands arbres enfermant la cour à pommiers.
Jeanne, aussitôt arrivée, voulait se reposer, mais Rosalie ne le lui permit pas, craignant qu'elle ne se remît à rêvasser.
Le menuisier de Goderville était là, venu pour l'installation; et on commença tout de suite l'emménagement des meubles apportés déjà, en attendant la dernière voiture.
Ce fut un travail considérable, exigeant de longues réflexions et de grands raisonnements.
Puis la charrette, au bout d'une heure, apparut à la barrière, et il fallut la décharger sous la pluie.
La maison, quand le soir tomba, était dans un complet désordre, pleine d'objets empilés au hasard; et Jeanne, harassée, s'endormit aussitôt qu'elle fut au lit.
Les jours suivants elle n'eut pas le temps de s'attendrir tant elle se trouva accablée de besogne. Elle prit même un certain plaisir à faire jolie sa nouvelle demeure, la pensée que son fils y reviendrait la poursuivant sans cesse. Les tapisseries de son ancienne chambre furent tendues dans la salle à manger, qui servait en même temps de salon; et elle organisa avec un soin particulier une des deux pièces du premier qui prit en sa pensée le nom «d'appartement de Poulet».
Elle se réserva la seconde, Rosalie habitant au-dessus, à côté du grenier.
La petite maison, arrangée avec soin, était gentille, et Jeanne s'y plut dans les premiers temps, bien que quelque chose lui manquât dont elle ne se rendait pas bien compte.
Un matin, le clerc de notaire de Fécamp lui apporta trois mille six cents francs, prix des meubles laissés aux Peuples et estimés par un tapissier. Elle ressentit, en recevant cet argent, un frémissement de plaisir; et, dès que l'homme fut parti, elle s'empressa de mettre son chapeau, voulant gagner Goderville au plus vite pour faire tenir à Paul cette somme inespérée.
Mais, comme elle se hâtait sur la grand-route, elle rencontra Rosalie qui revenait du marché. La bonne eut un soupçon sans deviner tout de suite la vérité, puis, quand elle l'eut découverte, car Jeanne ne lui savait plus rien cacher, elle posa son panier par terre pour se fâcher tout à son aise.
Et elle cria, les poings sur les hanches; puis elle prit sa maîtresse du bras droit, son panier du bras gauche, et, toujours furieuse, elle se remit en marche vers la maison.
Dès qu'elles furent rentrées, la bonne exigea la remise de l'argent. Jeanne le donna en gardant les six cents francs; mais sa ruse fut vite percée par la servante mise en défiance; et elle dut livrer le tout.
Rosalie consentit cependant à ce que ce reliquat fût envoyé au jeune homme.
Il remercia au bout de quelques jours.»Tu m'as rendu un grand service, ma chère maman, car nous étions dans une profonde misère.»
Jeanne, cependant, ne s'accoutumait guère à Batteville; il lui semblait sans cesse qu'elle ne respirait plus comme autrefois, qu'elle était plus seule encore, plus abandonnée, plus perdue. Elle sortait pour faire un tour, gagnait le hameau de Verneuil, revenait par les Trois-Mares puis, une fois rentrée, se relevait, prise d'une envie de ressortir comme si elle eût oublié d'aller là justement où elle devait se rendre, où elle avait envie de se promener.
Et cela, tous les jours, recommençait sans qu'elle comprît la raison de cet étrange besoin. Mais, un soir, une phrase lui vint inconsciemment qui lui révéla le secret de ses inquiétudes. Elle dit, en s'asseyant, pour dîner:
— Oh! comme j'ai envie de voir la mer!
Ce qui lui manquait si fort, c'était la mer, sa grande voisine depuis vingt-cinq ans, la mer avec son air salé, ses colères, sa voix grondeuse, ses souffles puissants, la mer que, chaque matin, elle voyait de sa fenêtre des Peuples, qu'elle respirait jour et nuit, qu'elle sentait près d'elle, qu'elle s'était mise à aimer comme une personne sans s'en douter.
Massacre vivait également dans une extrême agitation. Il s'était installé, dès le soir de son arrivée, dans le bas du buffet de la cuisine, sans qu'il fût possible de l'en déloger. Il restait là tout le jour, presque immobile, se retournant seulement de temps en temps avec un grognement sourd.
Mais, aussitôt que venait la nuit, il se levait et se traînait vers la porte du jardin, en heurtant les murs. Puis, quand il avait passé dehors les quelques minutes qu'il lui fallait, il rentrait, s'asseyait sur son derrière devant le fourneau encore chaud, et, dès que ses deux maîtresses étaient parties se coucher, il se mettait à hurler.
Il hurlait ainsi toute la nuit, d'une voix plaintive et lamentable, s'arrêtant parfois une heure pour reprendre sur un ton plus déchirant encore. On l'attacha devant la maison dans un baril. Il hurla sous les fenêtres. Puis, comme il était infirme et bien près de mourir, on le remit à la cuisine.
Le sommeil devenait impossible pour Jeanne qui entendait le vieil animal gémir et gratter sans cesse, cherchant à se reconnaître dans cette maison nouvelle, comprenant bien qu'il n'était plus chez lui.
Rien ne le pouvait calmer. Assoupi le long du jour, comme si ses yeux éteints, la conscience de son infirmité, l'eussent empêché de se mouvoir, alors que tous les êtres vivent et s'agitent, il se mettait à rôder sans repos dès que tombait le soir, comme s'il n'eût plus osé vivre et remuer que dans les ténèbres, qui font tous les êtres aveugles.
On le trouva mort un matin. Ce fut un grand soulagement.
L'hiver s'avançait; et Jeanne se sentait envahie par une invincible désespérance. Ce n'était pas une de ces douleurs aiguës qui semblent tordre l'âme, mais une morne et lugubre tristesse.
Aucune distraction ne la réveillait. Personne ne s'occupait d'elle. La grand-route devant sa porte se déroulait à droite et à gauche presque toujours vide. De temps en temps un tilbury passait au trot, conduit par un homme à figure rouge dont la blouse, gonflée au vent de la course, faisait une sorte de ballon bleu; parfois c'était une charrette lente, ou bien on voyait venir de loin deux paysans, l'homme et la femme, tout petits à l'horizon, puis grandissant, puis, quand ils avaient dépassé la maison, rediminuant, devenant gros comme deux insectes, là-bas, tout au bout de la ligne blanche qui s'allongeait à perte de vue, montant et descendant selon les molles ondulations du sol.
Quand l'herbe se remit à pousser, une fillette en jupe courte passait tous les matins devant la barrière, conduisant deux vaches maigres qui broutaient le long des fossés de la route. Elle revenait le soir, de la même allure endormie, faisant un pas toutes les dix minutes derrière ses bêtes.
Jeanne, chaque nuit, rêvait qu'elle habitait encore les Peuples.
Elle s'y retrouvait comme autrefois avec père et petite mère, et parfois même avec tante Lison. Elle refaisait des choses oubliées et finies, s'imaginait soutenir Mme Adélaïde voyageant dans son allée. Et chaque réveil était suivi de larmes.
Elle pensait toujours à Paul, se demandant: «Que fait-il? Comment est-il maintenant? Songe-t-il à moi quelquefois?» En se promenant lentement dans les chemins creux entre les fermes, elle roulait dans sa tête toutes ces idées qui la martyrisaient; mais elle souffrait surtout d'une jalousie inapaisable contre cette femme inconnue qui lui avait ravi son fils. Cette haine seule la retenait, l'empêchait d'agir, d'aller le chercher, de pénétrer chez lui. Il lui semblait voir la maîtresse debout sur la porte et demandant:
— Que voulez-vous ici, madame?
Sa fierté de mère se révoltait de la possibilité de cette rencontre; et son orgueil hautain de femme toujours pure, sans défaillances et sans tache, l'exaspérait de plus en plus contre toutes ces lâchetés de l'homme asservi par les sales pratiques de l'amour charnel qui rend lâches les coeurs eux-mêmes. L'humanité lui semblait immonde quand elle songeait à tous les secrets malpropres des sens, aux caresses qui avilissent, à tous les mystères devinés des accouplements indissolubles.
Le printemps et l'été passèrent encore.
Mais quand l'automne revint avec les longues pluies, le ciel grisâtre, les nuages sombres, une telle lassitude de vivre ainsi la saisit, qu'elle se résolut à tenter un grand effort pour reprendre son Poulet.
La passion du jeune homme devait être usée à présent.
Elle lui écrivit une lettre éplorée.
«Mon cher enfant, je viens te supplier de revenir auprès de moi. Songe donc que je suis vieille et malade, toute seule, toute l'année, avec une bonne. J'habite maintenant une petite maison auprès de la route. C'est bien triste. Mais si tu étais là tout changerait pour moi. Je n'ai que toi au monde et je ne t'ai pas vu depuis sept ans! Tu ne sauras jamais comme j'ai été malheureuse et combien j'avais reposé mon coeur sur toi. Tu étais ma vie, mon rêve, mon seul espoir, mon seul amour, et tu me manques, et tu m'as abandonnée.
«Oh! reviens, mon petit Poulet, reviens m'embrasser, reviens auprès de ta vieille mère qui te tend des bras désespérés.
«JEANNE.»
Il répondit quelques jours plus tard.
«Ma chère maman, je ne demanderais pas mieux que d'aller te voir, mais je n'ai pas le sou. Envoie-moi quelque argent et je viendrai. J'avais du reste l'intention d'aller te trouver pour te parler d'un projet qui me permettrait de faire ce que tu me demandes.
«Le désintéressement et l'affection de celle qui a été ma compagne dans les vilains jours que je traverse, demeurent sans limites à mon égard. Il n'est pas possible que je reste plus longtemps sans reconnaître publiquement son amour et son dévouement si fidèles. Elle a du reste de très bonnes manières que tu pourras apprécier. Et elle est très instruite, elle lit beaucoup. Enfin, tu ne te fais pas l'idée de ce qu'elle a toujours été pour moi. Je serais une brute, si je ne lui témoignais pas ma reconnaissance. Je viens donc te demander l'autorisation de l'épouser. Tu me pardonnerais mes escapades et nous habiterions tous ensemble dans ta nouvelle maison.
«Si tu la connaissais, tu m'accorderais tout de suite ton consentement. Je t'assure qu'elle est parfaite, et très distinguée. Tu l'aimerais, j'en suis certain. Quant à moi, je ne pourrais pas vivre sans elle.
«J'attends ta réponse avec impatience, ma chère maman, et nous t'embrassons de tout coeur.
«Ton fils.
«Vicomte PAUL DE LAMARE.»
Jeanne fut atterrée. Elle demeurait immobile, la lettre sur les genoux, devinant la ruse de cette fille qui avait sans cesse retenu son fils, qui ne l'avait pas laissé venir une seule fois, attendant son heure, l'heure où la vieille mère désespérée, ne pouvant plus résister au désir d'étreindre son enfant, faiblirait, accorderait tout.
Et la grosse douleur de cette préférence obstinée de Paul pour cette créature déchirait son coeur. Elle répétait:
— Il ne m'aime pas. Il ne m'aime pas.
Rosalie entra. Jeanne balbutia:
— Il veut l'épouser maintenant.
La bonne eut un sursaut:
— Oh! madame, vous ne permettrez pas ça. M. Paul ne va pas ramasser cette traînée.
Et Jeanne accablée, mais révoltée, répondit:
— Ça, jamais, ma fille. Et, puisqu'il ne veut pas venir, je vais aller le trouver, moi, et nous verrons laquelle de nous deux l'emportera.
Et elle écrivit tout de suite à Paul pour annoncer son arrivée, et pour le voir autre part que dans le logis habité par cette gueuse.
Puis, en attendant une réponse, elle fit ses préparatifs. Rosalie commença à empiler dans une vieille malle le linge et les effets de sa maîtresse. Mais comme elle pliait une robe, une ancienne robe de campagne, elle s'écria:
— Vous n'avez seulement rien à vous mettre sur le dos. Je ne vous permettrai pas d'aller comme ça. Vous feriez honte à tout le monde; et les dames de Paris vous regarderaient comme une servante.
Jeanne la laissa faire. Et les deux femmes se rendirent ensemble à Goderville pour choisir une étoffe à carreaux verts qui fut confiée à la couturière du bourg. Puis elles entrèrent chez le notaire, maître Roussel, qui faisait chaque année un voyage d'une quinzaine dans la capitale, afin d'obtenir de lui des renseignements. Car Jeanne depuis vingt-huit ans n'avait pas revu Paris.
Il fit des recommandations nombreuses sur la manière d'éviter les voitures, sur les procédés pour n'être pas volé, conseillant de coudre l'argent dans la doublure des vêtements et de ne garder dans la poche que l'indispensable; il parla longuement des restaurants à prix moyens dont il désigna deux ou trois fréquentés par des femmes; et il indiqua l'hôtel de Normandie où il descendait lui-même, auprès de la gare du chemin de fer. On pouvait s'y présenter de sa part.
Depuis six ans, ces chemins de fer, dont on parlait partout, fonctionnaient entre Paris et Le Havre. Mais Jeanne, obsédée de chagrin, n'avait pas encore vu ces voitures à vapeur qui révolutionnaient tout le pays.
Cependant, Paul ne répondait pas.
Elle attendit huit jours, puis quinze jours, allant chaque matin sur la route au-devant du facteur qu'elle abordait en frémissant:
— Vous n'avez rien pour moi, père Malandain?
Et l'homme répondait toujours de sa voix enrouée par les intempéries des saisons:
— Encore rien c'te fois, ma bonne dame.
C'était cette femme, assurément, qui empêchait Paul de répondre!
車は2時間後、幹線道路のはずれのキャットテール梨の木が植わった果樹園の真ん中に建つ小さなレンガ造りの家の前で止まった。
スイカズラやクレマチスで覆われた4本の棚が、この庭の四隅に配置され、果樹が並ぶ細い道を隔てて、小さな野菜畑が広がっています。
敷地の周囲には高い生け垣があり、隣の農場とは畑で隔てられていた。その100歩手前の道に鍛冶屋が建っていた。最も近い他の家とは1キロメートルも離れていた。
周囲にはペイ・ド・コーの平野が広がり、リンゴ園を囲む4本の高い木々の二重線に囲まれた農場が点在していた。
ジャンヌは到着早々、休もうとしたが、ロザリーはまた白昼夢を見始めるのではと恐れて、それを許さなかった。
ゴダヴィルから来た大工が家の準備のために来ていて、最後の馬車を待っている間に、すでに運び込まれていた家具をすぐに運び込み始めたのです。
それは、長い考察と大きな推論を必要とする、相当な仕事だった。
そして、1時間後に荷車が門の前に現れ、雨の中で荷を降ろす必要があった。
夕方になると、家の中は無秩序に物が積み上げられ、疲れ果てたジャンヌは、ベッドに入るとすぐに眠ってしまった。
それからの数日間は、仕事に追われ、優しくしている暇はなかった。彼女は、新しい家をきれいにすること、息子が何度も戻ってくることを思い、喜びさえ感じていた。居間兼用の食堂には、以前の部屋のタペストリーが掛けられ、食堂の2つの部屋のうち1つは、彼女の頭の中で「プーレのアパート」と名づけられ、念入りに整理されていた。
彼女は2階を自分用に確保し、ロザリーはその上の屋根裏部屋の隣に住んでいた。
丁寧に整えられた小さな家は素敵で、ジャンヌも最初は気に入っていたが、自分でもよくわからない何か物足りなさがあった。
ある朝、フェカンの公証人が彼女に3,600フランを持ってきました。これは、民衆に任された家具の値段で、家具職人が見積もったものです。彼女はこのお金を受け取って喜びを感じ、男が去るとすぐに急いで帽子をかぶり、できるだけ早くゴダヴィルに行き、この思いがけない金額をポールに渡そうと思ったのである。
しかし、大通りを急ぐと、市場から戻ってきたロザリーに出会った。女中はすぐに真実を推し量ることなく疑いを持ち、そしてそれを発見すると、ジャンヌはもはや何も隠すことを知らないので、かなり怒るためにバスケットを地面に置いたのである。
と、拳を腰に当てて叫び、右腕で妾を、左腕で籠を持ち、まだ怒ったまま、再び家に向かって走り出しました。
二人が帰ってくるなり、女中が金を要求してきた。そのため、このような事態になったのでしょう,モンクレール ダウン 激安。
しかし、ロザリーは残りを青年に送ることに同意した。
数日後、彼は彼女にこう感謝した。「親愛なる母上、あなたは私に大きな奉仕をしてくださいました。
しかし、ジャンヌはバットヴィルに慣れていなかった。もはや以前のように息ができず、より孤独で、より見捨てられ、より失われているように、いつも思えた。散歩に出かけ、ヴェルヌイユの村まで行き、トロワマールを抜けて戻ってくると、まるで自分がいるべき場所、歩きたい場所に行くのを忘れたかのように、また立ち上がるのだ。
そして、この奇妙な欲求の理由がわからないまま、毎日このようなことが繰り返された。しかし、ある晩、無意識に浮かんだ一文が、彼女の悩みの種を解き明かすことになった。夕食の席で彼女は言った。
- ああ、海が見たい!
彼女がとても恋しかったのは、25年来の大いなる隣人である海、塩辛い空気、怒号、ごう音、力強い息づかいを持つ海、毎朝レ・プープルの窓から眺め、昼も夜も呼吸し、身近に感じ、疑うことなく人のように愛するようになった海である。
マサックルも極度の興奮状態で生活していた。その晩、彼は台所のサイドボードの下の方に陣取ってしまい、追い出すことができなかった。一日中そこにいて、ほとんど動かず、ときどき鈍いうなり声をあげて振り向くだけだった。
でも、暗くなるとすぐに立ち上がって、壁にぶつかりながら庭の門のほうへ引きずっていくんです。そして、外で数分過ごすと、家に入り、まだ暖かいストーブの前に腰を下ろし、二人の奥さんが寝静まると、すぐに吠え始めるのである。
一晩中このように、悲しげな声で吠え続け、時には1時間止まっては、さらに悲痛な声で再開した。家の前で樽に縛りつけられた。窓の下で叫びました。そして、体が弱く、死期が近いので、厨房に戻された。
ジャンヌは、この新しい家で自分を認識しようと、ひっきりなしにうめき声や引っかき声をあげ、自分がもう家にいないことを理解していた。
誰も彼を落ち着かせることはできなかった。日中、目をつぶって眠っていたため、自分の弱さを自覚して動けなくなったが、すべての生き物は生きて動いている。
ある朝、それが死んでいるのが発見された。これはとても安心できることでした。
冬は深まり、ジャンヌは打ち勝ちがたい絶望感を味わった。それは、魂をねじ伏せるような鋭い痛みではなく、鈍く、陰鬱な悲しみだった。
気が散っても目が覚めない。誰も彼女のことを気にかけてはくれなかった。玄関の前の大通りは、右へ左へと伸びていて、ほとんど人がいない。時折、赤い顔の男が運転するティルベリーが、レースの風でブラウスを膨らませて、青い風船のようなものを作りながら、トロトロと走ってきた。時には、ゆっくりとした荷車であったり、遠くからやってきた二人の農夫(男と女)が、地平線上にとても小さく、そして大きくなり、家を通り過ぎるとまた小さくなり、二匹の昆虫のように大きくなって、見渡す限り続く白い線の一番端に、地の柔らかい起伏に従って上下するのが見えることもある。
草が生え始めると、毎朝、短いスカートをはいた少女が、道端の溝で草を食む細い牛2頭を連れて門をくぐった。夕方になると、彼女は同じように眠そうな足取りで、動物たちの後ろを10分おきに一歩ずつ歩いて帰ってきた。
毎晩、ジャンヌは自分がまだレ・ププルで生活している夢を見た。
彼女はそこで、これまでと同じように、父や祖母、時にはリゾン叔母さんと一緒にいる自分を発見した。アデレード夫人を支えている自分の姿を想像しながら、忘れ去られていたものを再発見するのだ。そして、目覚めるたびに涙が出た。
彼女はいつもポールのことを考え、自問自答していた。今、彼はどうしているだろう?彼は私のことを考えたことがあるのだろうか?しかし、何よりも、息子を連れ去ったこの見知らぬ女に対する、抑えがたい嫉妬に悩まされていた。この憎しみだけが、彼女の行動を阻み、彼を捜しに行くことも、彼の家に入ることもできなかった。扉の前に立って尋ねる女主人の姿が見えたような気がした。
- 奥様、ここで何をなさっているのですか?
母親としてのプライドは、この出会いの可能性に反発していた。そして、常に純粋で、欠点や汚点のない女性としての高慢なプライドは、肉欲の愛の汚い習慣に隷属し、心そのものを臆病にする人間のあらゆる臆病な行為に対して、ますます彼女を激昂させた。感覚にまつわるすべての汚い秘密、堕落させる愛撫、不可分なカップリングの推測される謎を考えると、人類は汚らわしいものに思えた。
また春と夏が過ぎた。
しかし、秋になり長雨が続き、灰色の空と暗い雲に覆われると、このような生活に嫌気がさし、彼女はプーレを取り戻すために大きな努力をすることを決意したのです。
若者の情熱はもう枯渇してしまったのだろう。
彼女は涙ながらに彼に手紙を書いた。
"愛しい子よ、お願いだから戻って来て "と言いに来ました。考えてみてください、私が年老い、病気で、一年中一人で、女中だけが相手です。私は今、道路沿いの小さな家に住んでいます。とても悲しいことです。でも、もしあなたがここにいたら......すべてが変わってしまう。あなたしかいないのに 7年も会ってない!私がどれほど不幸で、どれほどあなたに心を寄せていたか、あなたは決して知ることはないでしょう。あなたは私の人生、私の夢、私の唯一の希望、私の唯一の愛だった、そして私はあなたに会いたい、あなたは私を見捨てた。
"ああ 帰ってきて 私のプーレや" "帰ってきて私にキスして" "必死で腕を差し伸べている 年老いた母親の元に帰ってきて
数日後、彼は返事をよこした。
「親愛なる母へ、私はあなたに会いに行くこと以上に望むことはありません、しかし、私はお金がありません。お金を送ってくれたら、行きますよ。私は、あなたに頼まれたことを実現するためのプロジェクトの話をしに行くつもりでした。
"私が経験する悪い日々に付き合ってくれた女性の無私の愛情は、私に限りなく残っています。私はこれ以上、彼女の誠実な愛と献身を公に認めずにはいられないのです。彼女はとてもマナーが良いので、きっとご満足いただけると思います。そして、彼女はとても教養があり、よく本を読みます。最後に、あなたは彼女が私にとって常にどんな存在であったかを知らないでしょう。感謝の気持ちを伝えなければ、いじめになってしまう。そこで、彼女との結婚をお許しいただきたく、参上いたしました。あなたは私の脱走を許し、私たちは新しい家で一緒に暮らすことになるのです。
「彼女を知っているならば すぐに承諾してくれるでしょう。彼女は完璧であり、非常に優れた人物であると断言します。あなたは彼女を気に入るに違いありません。私としては、彼女なしには生きていけないのです。
"親愛なる母よ、あなたの返事を待ち望んでいます。" "心をこめてあなたを抱擁します。
"あなたの息子 "
"ポール・ド・ラマレ子爵"
ジャンヌは愕然とした。彼女は膝の上に手紙を置いたまま動かず、絶え間なく息子を引き止め、一度も来させなかったこの娘の狡猾さを推測し、自分の時間、つまり、もはや我が子を抱きしめたいという欲求を抑えることができない、絶望した老母が弱まり、すべてを受け入れる時間を待っているのです。
そして、ポールがこの生き物を頑なに好んでいることが、彼女の心を引き裂く大きな痛手となった。彼女は繰り返した。
- 彼は私を愛していない。彼は私を愛していない。
ロザリーが入った。ジャンヌは口ごもった。
- 今すぐ結婚したいと言っている。
メイドは息を呑んだ。
- ああ、マダム、それは許しませんよ。ポールさんは、あのアバズレを拾わない。
そして、ジャンヌは圧倒されながらも反旗を翻し、こう答えた。
- おちろん、決して私の娘ではありません。そして、彼が来たがらないので、私が彼を探しに行って、どちらが勝つか見てみましょう。
そして、彼女はすぐにポールに手紙を書き、自分の方から会いに行くこと、ただしあの女が住んでいる家以外の場所で会うようにと手紙を書いた。
そして、返事を待つ間、彼女は準備を整えた。ロザリーは主人の衣服や持ち物を古いトランクに積み上げ始めた。しかし、彼女は古いカントリードレスをたたみながら、こう叫んだ。
- 聴いていくものがありませんね。そんな格好で出発するのは許しませんよ。あなたは皆に恥をかかせ、パリの女性たちはあなたを召使のように見るでしょう。
ジャンヌはロザリーの言う通りにした。そして、二人の女性は一緒にゴダヴィルに行き、町の仕立屋に託された緑色のチェックの布を選んだ。そして、公証人のルーセル氏のところへ行った。ルーセル氏は毎年2週間ほど首都に出張し、ルーセル氏から情報を得るためであった。ジャンヌは28年ぶりにパリを見るのだった。
彼は、車を避ける方法、泥棒に入られない方法、服の裏地にお金を縫い付けること、ポケットには必要なものだけを入れておくこと、中価格のレストランについて長々と話し、その中で女性がよく行く店を2、3軒紹介し、彼自身が泊まっている駅前のノルマンディー・ホテルを指さした。本人に代わって自己紹介をすることも可能であった。
6年前から、あちこちで話題になっていたこの鉄道が、パリとルアーブルを結んでいたのだ。しかし、悲しみに打ちひしがれていたジャンヌは、国中に革命を起こしたこの蒸気自動車をまだ見ていない。
しかし、ポールは返事をよこさなかった。
8日、15日と待ち続け、毎朝、震えながら近づいてくる郵便局員に会いに行った。
- マランダン神父様、何かお持ちですか?
そして、男はいつも、季節の悪天候で嗄れた声で答えていた。
- 今回はまだ何もありませんよ。
ポールが答えられないようにしたのは、確かにあの女性だったのである。
Jeanne alors résolut de partir tout de suite. Elle voulait prendre Rosalie avec elle, mais la bonne refusa de la suivre pour ne pas augmenter les frais de voyage.
Elle ne permit pas d'ailleurs à sa maîtresse d'emporter plus de trois cents francs:
— S'il vous en faut d'autres, vous m'écrirez donc, et j'irai chez le notaire pour qu'il vous fasse parvenir ça. Si je vous en donne plus, c'est M. Paul qui l'empochera.
Et, un matin de décembre, elles montèrent dans la carriole de
Denis Lecoq qui vint les chercher pour les conduire à la gare,
Rosalie faisant jusque-là la conduite à sa maîtresse.
Elles prirent d'abord des renseignements sur le prix des billets, puis, quand tout fut réglé et la malle enregistrée, elles attendirent devant ces lignes de fer, cherchant à comprendre comment manoeuvrait cette chose, si préoccupées de ce mystère qu'elles ne pensaient plus aux tristes raisons du voyage.
Enfin, un sifflement lointain leur fit tourner la tête, et elles aperçurent une machine noire qui grandissait. Cela arriva avec un bruit terrible, passa devant elles en traînant une longue chaîne de petites maisons roulantes; et un employé ayant ouvert une porte, Jeanne embrassa Rosalie en pleurant et monta dans une de ces cases.
Rosalie, émue, criait:
— Au revoir, madame; bon voyage, à bientôt!
— Au revoir, ma fille.
Un coup de sifflet partit encore, et tout le chapelet de voitures se remit à rouler doucement d'abord, puis plus vite, puis avec une rapidité effrayante.
Dans le compartiment où se trouvait Jeanne, deux messieurs dormaient adossés à deux coins.
Elle regardait passer les campagnes, les arbres, les fermes, les villages, effarée de cette vitesse, se sentant prise dans une vie nouvelle, emportée dans un monde nouveau qui n'était plus le sien, celui de sa tranquille jeunesse et de sa vie monotone.
Le soir venait, lorsque le train entra dans Paris.
Un commissionnaire prit la malle de Jeanne; et elle le suivit effarée, bousculée, inhabile à passer dans la foule remuante, courant presque derrière l'homme dans la crainte de le perdre de vue.
Quand elle fut dans le bureau de l'hôtel, elle s'empressa d'annoncer:
— Je vous suis recommandée par M. Roussel.
La patronne, une énorme femme sérieuse, assise à son bureau, demanda:
— Qui ça, M. Roussel?
Jeanne interdite reprit:
— Mais le notaire de Goderville, qui descend chez vous tous les ans.
La grosse dame déclara:
— C'est possible. Je ne le connais pas. Vous voulez une chambre?
— Oui, madame.
Et un garçon, prenant son bagage, monta l'escalier devant elle.
Elle se sentait le coeur serré. Elle s'assit devant une petite table et demanda qu'on lui montât un bouillon avec une aile de poulet. Elle n'avait rien pris depuis l'aurore.
Elle mangea tristement à la lueur d'une bougie, songeant à mille choses, se rappelant son passage en cette même ville au retour de son voyage de noces, les premiers signes du caractère de Julien, apparus lors de ce séjour à Paris. Mais elle était jeune alors, et confiante et vaillante. Maintenant, elle se sentait vieille, embarrassée, craintive même, faible et troublée pour un rien. Quand elle eut fini son repas, elle se mit à la fenêtre et regarda la rue pleine de monde. Elle avait envie de sortir et n'osait point. Elle allait infailliblement se perdre, pensait-elle. Elle se coucha; et souffla sa lumière.
Mais le bruit, cette sensation d'une ville inconnue et le trouble du voyage la tenaient éveillée. Les heures s'écoulaient. Les rumeurs du dehors s'apaisaient peu à peu sans qu'elle pût dormir, énervée par ce demi-repos des grandes villes. Elle était habituée à ce calme et profond sommeil des champs, qui engourdit tout, les hommes, les bêtes et les plantes; et elle sentait maintenant, autour d'elle, toute une agitation mystérieuse. Des voix presque insaisissables lui parvenaient comme si elles eussent glissé dans les murs de l'hôtel. Parfois un plancher craquait, une porte se fermait, une sonnette tintait.
Tout à coup, vers deux heures du matin, alors qu'elle commençait à s'assoupir, une femme poussa des cris dans une chambre voisine; Jeanne s'assit brusquement dans son lit; puis elle crut entendre un rire d'homme.
Alors, à mesure qu'approchait le jour, la pensée de Paul l'envahit; et elle s'habilla dès que le crépuscule parut.
Il habitait rue du Sauvage, dans la Cité. Elle voulut s'y rendre à pied pour obéir aux recommandations d'économie de Rosalie. Il faisait beau; l'air froid piquait la chair; des gens pressés couraient sur les trottoirs. Elle allait le plus vite possible, suivant une rue indiquée au bout de laquelle elle devait tourner à droite, puis à gauche; puis arrivée sur une place, il lui faudrait s'informer à nouveau. Elle ne trouva pas la place et se renseigna auprès d'un boulanger qui lui donna des indications différentes. Elle repartit, s'égara, erra, suivit d'autres conseils, se perdit tout à fait.
Affolée, elle marchait maintenant presque au hasard. Elle allait se décider à appeler un cocher quand elle aperçut la Seine. Alors elle longea les quais.
Au bout d'une heure environ, elle entrait dans la rue du Sauvage, une sorte de ruelle toute noire. Elle s'arrêta devant la porte, tellement émue qu'elle ne pouvait plus faire un pas.
Il était là, dans cette maison, Poulet.
Elle sentait trembler ses genoux et ses mains; enfin, elle entra, suivit un couloir, vit la case du portier, et demanda en tendant une pièce d'argent:
— Pourriez-vous monter dire à M. Paul de Lamare qu'une vieille dame, une amie de sa mère, l'attend en bas?
Le portier répondit:
— Il n'habite plus ici, madame.
Un grand frisson la parcourut. Elle balbutia:
— Ah! où… où demeure-t-il maintenant?
— Je ne sais pas.
Elle se sentit étourdie comme si elle allait tomber et elle demeura quelque temps sans pouvoir parler.
Enfin, par un effort violent, elle reprit sa raison, et murmura:
— Depuis quand est-il parti?
L'homme la renseigna abondamment.
— Voilà quinze jours. Ils sont partis comme ça, un soir, et pas revenus. Ils devaient partout dans le quartier; aussi vous comprenez bien qu'ils n'ont pas laissé leur adresse.
Jeanne voyait des lueurs, des grands jets de flamme, comme si on lui eût tiré des coups de fusil devant les yeux. Mais une idée fixe la soutenait, la faisait demeurer debout, calme en apparence, et réfléchie. Elle voulait savoir et retrouver Poulet.
— Alors il n'a rien dit, en s'en allant?
— Oh! rien du tout, ils se sont sauvés pour ne pas payer, voilà.
— Mais, il doit envoyer chercher ses lettres par quelqu'un.
— Plus souvent que je les donnerais. Et puis ils n'en recevaient pas dix par an. Je leur en ai monté une pourtant deux jours avant qu'ils s'en aillent.
C'était sa lettre sans doute. Elle dit précipitamment:
— Écoutez, je suis sa mère, à lui, et je suis venue pour le chercher. Voilà dix francs pour vous. Si vous savez quelque nouvelle ou quelque renseignement sur lui, apportez-les-moi à l'hôtel de Normandie, rue du Havre, et je vous paierai bien.
Et elle se sauva.
Elle se remit à marcher sans s'inquiéter où elle allait. Elle se hâtait comme pressée par une course importante; elle filait le long des murs, heurtée par des gens à paquets; elle traversait les rues sans regarder les voitures venir, injuriée par les cochers; elle trébuchait aux marches des trottoirs auxquelles elle ne prenait point garde; elle courait devant elle, l'âme perdue.
Tout à coup elle se trouva dans un jardin et elle se sentit si fatiguée qu'elle s'assit sur un banc. Elle y demeura fort longtemps apparemment, pleurant sans s'en apercevoir, car des passants s'arrêtaient pour la regarder. Puis elle sentit qu'elle avait très froid; et elle se leva pour repartir; ses jambes la portaient à peine tant elle était accablée et faible.
Elle voulait entrer prendre un bouillon dans un restaurant, mais elle n'osait pas pénétrer dans ces établissements, prise d'une espèce de honte, d'une peur, d'une sorte de pudeur de son chagrin qu'elle sentait visible. Elle s'arrêtait une seconde devant la porte, regardait au-dedans, voyait tous ces gens attablés et mangeant, et s'enfuyait intimidée, se disant: «J'entrerai dans le prochain.» Et elle ne pénétrait pas davantage dans le suivant.
À la fin elle acheta chez un boulanger un petit pain en forme de lune, et elle se mit à le croquer tout en marchant. Elle avait grand-soif, mais elle ne savait où aller boire et elle s'en passa.
Elle franchit une voûte et se trouva dans un autre jardin entouré d'arcades. Elle reconnut alors le Palais-Royal.
Comme le soleil et la marche l'avaient un peu réchauffée, elle s'assit encore une heure ou deux.
Une foule entrait, une foule élégante qui causait, souriait, saluait, cette foule heureuse dont les femmes sont belles et les hommes riches, qui ne vit que pour la parure et les joies.
Jeanne, effarée d'être au milieu de cette cohue brillante, se leva pour s'enfuir; mais, soudain, la pensée lui vint qu'elle pourrait rencontrer Paul en ce lieu; et elle se mit à errer en épiant les visages, allant et venant sans cesse, d'un bout à l'autre du Jardin, de son pas humble et rapide.
Des gens se retournaient pour la regarder, d'autres riaient et se la montraient. Elle s'en aperçut et se sauva, pensant que, sans doute, on s'amusait de sa tournure et de sa robe à carreaux verts choisie par Rosalie et exécutée sur ses indications par la couturière de Goderville.
Elle n'osait même plus demander sa route aux passants. Elle s'y hasarda pourtant et finit par retrouver son hôtel.
Elle passa le reste du jour sur une chaise, aux pieds de son lit, sans remuer. Puis elle dîna, comme la veille, d'un potage et d'un peu de viande. Puis elle se coucha, accomplissant chaque acte machinalement par habitude.
Le lendemain elle se rendit à la préfecture de police pour qu'on lui retrouvât son enfant. On ne put rien lui promettre; on s'en occuperait cependant.
Alors elle vagabonda par les rues, espérant toujours le rencontrer. Et elle se sentait plus seule dans cette foule agitée, plus perdue, plus misérable qu'au milieu des champs déserts.
Quand elle rentra, le soir, à l'hôtel, on lui dit qu'un homme l'avait demandée de la part de M. Paul et qu'il reviendrait le lendemain. Un flot de sang lui jaillit au coeur et elle ne ferma pas l'oeil de la nuit. Si c'était lui? Oui, c'était lui assurément, bien qu'elle ne l'eût pas reconnu aux détails qu'on lui avait donnés.
Vers neuf heures du matin on heurta sa porte, elle cria: «Entrez!» prête à s'élancer, les bras ouverts. Un inconnu se présenta. Et, pendant qu'il s'excusait de l'avoir dérangée et qu'il expliquait son affaire, une dette de Paul qu'il venait réclamer, elle se sentait pleurer sans vouloir le laisser paraître, enlevant les larmes du bout du doigt, à mesure qu'elles glissaient au coin des yeux.
Il avait appris sa venue par le concierge de la rue du Sauvage, et, comme il ne pouvait retrouver le jeune homme, il s'adressait à la mère. Et il tendait un papier qu'elle prit sans songer à rien. Elle lut un chiffre: 90 francs, tira son argent et paya.
Elle ne sortit pas ce jour-là.
Le lendemain d'autres créanciers se présentèrent. Elle donna tout ce qui lui restait, ne réservant qu'une vingtaine de francs; et elle écrivit à Rosalie pour lui dire sa situation.
Elle passait ses jours à errer, attendant la réponse de sa bonne, ne sachant que faire, où tuer les heures lugubres, les heures interminables, n'ayant personne à qui dire un mot tendre, personne qui connût sa misère. Elle allait au hasard, harcelée à présent par un besoin de partir, de retourner là-bas, dans sa petite maison sur le bord de la route solitaire.
Elle n'y pouvait plus vivre, quelques jours auparavant, tant la tristesse l'accablait, et maintenant elle sentait bien qu'elle ne saurait plus, au contraire, vivre que là, où ses mornes habitudes s'étaient enracinées.
Enfin, un soir, elle trouva une lettre et deux cents francs.
Rosalie disait:
«Madame Jeanne, revenez bien vite, car je ne vous enverrai plus rien. Quant à M. Paul, c'est moi qu'irai le chercher quand nous aurons de ses nouvelles.
«Je vous salue. Votre servante.
«ROSALIE.»
Et Jeanne repartit pour Batteville, un matin qu'il neigeait, et qu'il faisait grand froid.
そして、ジャンヌはすぐに出発することを決意した。彼女はロザリーを連れて行こうとしたが、メイドは旅費を増やさないようにと、ついていくことを拒んだ。
しかも、主人に300フラン以上持っていくことを許さなかった。
- もしもっと必要なら、私に手紙を書いてください。私が公証人のところに行って、これを送ってくれるように頼みます。もっと渡したら、ポールさんが懐に入れてくれるよ。
そして、12月のある朝、二人はドゥニ・ルコックの馬車に乗り込みました。
ドゥニ・ルコックさんが、二人を駅まで迎えに来てくれた。
ロザリーは主人を駅まで送った。
まず切符の値段を聞き、すべてが決まってトランクが登録されると、この線路の前で待ち、その仕組みを理解しようとし、この謎に心を奪われ、旅の悲しい理由など考えもしなかったのだ。
やがて遠くで汽笛が鳴ったので振り向くと、黒い機械が伸びているのが見えた。従業員が扉を開けると、ジャンヌは泣きながらロザリーと抱き合い、その小屋の一つに乗り込んだ。
ロザリーは、感動して叫んだ。
- さようなら、奥さま、よい旅を。
- さようなら、私の娘。
汽笛がまた鳴ると、列車が最初はゆっくり、次に速く、そして恐ろしいほどの速さで動き出した。
ジャンヌのいるコンパートメントには、二人の紳士が二隅に寄りかかって寝ていた。
彼女は、田園、木々、農場、村々が通り過ぎるのを見て、このスピードに怯え、新しい生活に巻き込まれ、もはや自分のものではない、静かな若さと単調な生活の新しい世界へと流されていくのを感じていた。
列車がパリに入ったのは夕方だった。
ジャンヌは怯え、揺れ動き、喧騒の中を通り抜けることができず、見失うのを恐れて男の後ろを走りそうになりながら、彼の後を追った。
ホテルの事務所で、彼女は急いで言った。
-「 私はM.ルーセルから紹介されてきました。」
デスクに座った大柄で真面目な女性の上司が尋ねた。
- ルーセルさんって誰?
ジャンヌはどぎまぎして、言葉を続けた。
- ゴダヴィルの公証人でうよ。毎年あなたのホテルにやってくる。
太った女性が言った。
- でも、知らない人なんです。部屋は必要ですか?
- はい、マダム。
そして、彼女の荷物を持った男の子が、彼女の前にある階段を上っていった。
彼女は胸が締め付けられるのを感じた。彼女は小さなテーブルに座り、手羽先入りのスープを頼んだ。夜明けから何も食べていない。
彼女は蝋燭の明かりで悲しげに食事をしながら、新婚旅行の帰りにこの同じ街を通ったこと、パリ滞在中に現れたジュリアンの性格の最初の兆候を思い出したり、千のことを考えたりしました。でも、あの頃の彼女は若くて、自信に満ちていて、勇気があった。今、彼女は老いて、恥ずかしく、恐ろしくさえあり、弱く、何も悩みがないように感じた。食事が終わると、彼女は窓際に立って、混雑した通りを眺めた。外に出たいのに、あえて出なかった。迷子になるに違いない、と彼女は思った。彼女は横たわり、明かりを消した。
しかし、騒音と知らない街の感覚、そして旅のトラブルが彼女を眠らせない。時間が過ぎていった。外の噂は次第に聞こえなくなり、大都会でのこの半端な休息に苛立ち、眠れなくなった。人、獣、植物、すべてを麻痺させる野原の深く穏やかな眠りに慣れていた彼女は、今、自分の周りに不思議な動揺を感じていた。まるでホテルの壁をすり抜けるように、ほとんど聞き取れない声が聞こえてくる。時には床が軋み、ドアが閉まり、ベルが鳴る。
夜中の2時頃、うとうとし始めた頃、隣の部屋から女の人の悲鳴が聞こえてきて、ジャンヌは急にベッドに起き上がり、男の人の笑い声が聞こえた気がした。
そして、日が暮れると、ポールのことが頭をよぎり、夕暮れ時になるとすぐに着替えをした。
彼はシテのソバージュ通りに住んでいた。ロザリーが勧める経済性を守るために、彼女は徒歩で行きたいと思ったのだ。天気は晴れ、冷たい空気が身にしみる。人々は急いで歩道を走っている。そして、ある広場にさしかかると、また尋ねるのだ。その広場が見つからず、パン屋に尋ねると、違う道を教えてくれた。彼女は再び出発し、道に迷い、さまよい、他のアドバイスに従って、完全に迷子になってしまった。
パニックに陥った彼女は、ほとんど無造作に歩いている状態だった。馬車屋を呼ぼうと思ったとき、セーヌ川が目に入った。だから、彼女は波止場沿いに歩いた。
1時間ほどして、彼女は暗い路地のようなRue du Sauvage(ソバージュ通り)に入った。彼女はドアの前で立ち止まり、もう一歩も動けないほど感動していた。
この家に、プーレくんがいるのだ。
膝と手が震えるのを感じながら、ようやく中に入り、廊下を進むと、ポーターの小屋が見えたので、銀貨を差し出しながら尋ねた。
- ポール・ド・ラマールさんに伝えてください 母親の友人の老婦人が階下でお待ちだと?
ポーターは答えた。
- 彼はもうここには住んでいませんよ、奥さん。
大きな戦慄が走った。彼女は口ごもった。
- あ、今どこに...どこに住んでるんだろう?
- どうだろう。
倒れそうなほどのめまいがして、しばらくは声も出なかった。
そしてついに、激しい努力の末、彼女は理性を取り戻し、ささやいた。
- いつからいないんでしょうか?
その男は、彼女にたくさんの情報を与えてくれた。
- 2週間前のこと。ある晩、彼らはそうして去っていき、帰ってこなかった。このあたりは、どこにでも出入りしていたのだろうから、住所を残していないのもわかるだろう。
ジャンヌの目には、ライフル銃で撃たれたような、大きな炎の光が見えた。しかし、ある考えが彼女を支え、立ったまま、落ち着いた様子で、思索にふけった。彼女はプーレを知りたい、探したいと思っていた。
- じゃあ、彼は何も言わずに出て行ったの?
- ああ、まったく、金を払わないために逃げた、ただそれだけだ。
- しかし、彼は誰かに手紙を取りに行かせなければならない。
- 私が与えるよりも頻繁に。そして、年間10本も出なかった。彼らが帰る2日前に1枚持って行ったんです。
彼女の手紙だったのだろう。彼女は慌てて言った。
- 私は彼の母親で、彼を迎えに来ました。ここに10フランあります。もし彼について何か知っていることがあれば、アーブル通りのノルマンディーホテルまで持ってきてくれ、報酬は十分に支払う。
そして、彼女は逃げるように立ち去った。
彼女は、行き先を気にすることなく、再び歩き始めた。大事な用事に追われるように急ぎ、城壁を走り、荷物を持った人にぶつかり、馬車が来るのを見ずに通りを渡り、馬車屋に罵られ、気を遣わない歩道の段差につまずき、魂を失って先を走ったのだ。
突然、庭に出た彼女は、疲れてベンチに腰を下ろした。通行人も足を止めて見ているので、彼女は気づかないうちにずっとそこにいて、泣いていたらしい。そのとき、彼女はとても寒く感じ、帰ろうと立ち上がったが、足がすくんで動けなかった。
彼女はレストランに入ってスープを食べたいと思ったが、そういう店に入る勇気はなかった。ある種の恥ずかしさ、恐れ、目に見えると感じた自分の悲しみの慎ましさのようなものに打ちひしがれていたのだ。彼女はドアの前で一瞬立ち止まり、中を覗いて、座って食事をしている人たちを見て、「次の店に入ろう」と怖じ気づいて逃げ出すのだ。そして、次の店にも入れない。
結局、彼女はパン屋で月型のパンを買って、それをむしゃむしゃ食べながら歩くようになった。喉がとても渇いていたのですが、どこに行けば飲めるのかわからず、そのままにしていた。
アーチを渡ると、そこはアーケードに囲まれた別の庭園だった。そして、パレ・ロワイヤルだと分かった。
日差しと散歩で少し暖まったので、さらに1、2時間座っていた。
おしゃべりをし、微笑み、手を振る優雅な群衆、女性は美しく、男性は裕福で、華麗さと喜びのためだけに生きているこの幸福な群衆が入場してきました。
ジャンヌは、この華やかな群衆の中にいるのが恐ろしくて、逃げ出そうと立ち上がったが、突然、そこでポールに会えるかもしれないと思い、ぶらぶら歩き始め、顔をのぞきながら、庭の端から端まで、ひっきりなしに行き来し、その謙虚で素早い足取りで歩き回った。
ある人は彼女の方を向き、ある人は笑って指をさす。それに気づいた彼女は、自分の姿と、ロザリーが選んでゴダヴィルの仕立屋に指示されて作った緑色のチェックのドレスを、きっとみんな面白がっているだろうと思い、逃げ出したのです。
道行く人に道を尋ねる勇気もなくなった。しかし、彼女は思い切って外に出て、結局はホテルを見つけることができた。
その日は、ベッドの足元の椅子で、動かずに過ごした。そして、前日と同じように、スープと少しの肉で夕食をとった。そして、習慣的に一つ一つの行為を機械的にこなしながら、ベッドに入った。
翌日、彼女は子供を捜してもらうために警察本部に出向いた。約束はできないが、何とかしてくれるとのことだった。
だから、彼女はまだ彼に会うことを望んで、街をさまよっていた。そして、彼女はこの落ち着かない群衆の中で、荒れ果てた野原の真ん中にいるよりも、もっと孤独で、もっと迷って、もっと惨めな気持ちになった。
夕方、ホテルに戻ると、ポールの代理の男性が尋ねてきていて、翌日また来るとのことだった。心臓に血が上り、一睡もできなかった。彼なのか?そうだ、確かに彼だ。しかし、彼女は与えられた詳細から彼だとは分からなかった。
朝9時頃、ドアをノックする音がして、「どうぞ!」と駆けつける。見知らぬ人が現れた。そして、邪魔をしたことを謝り、自分の仕事、つまりポールの借金を請求しに来たことを説明する間、見せたくもないのに涙が出てくるのを感じ、目の端にこぼれた涙を指先でぬぐったのだった。
ソバージュ通りのコンシェルジュから彼の到着を知った彼は、青年を見つけられなかったので、母親に声をかけた。そして、彼は一枚の紙を差し出し、彼女は何も考えずにそれを手に取った。彼女は90フランという数字を読み上げ、お金を受け取って支払った。
その日、彼女は外に出なかった。
翌日、他の債権者が現れた。彼女は、20フランほどしかない貯金を全部つぎ込み、ロザリーに手紙を書いて自分の状況を伝えた。
憂鬱な時間をどこで過ごせばいいのか、優しい言葉をかける相手も、自分の不幸を知る相手もなく、メイドの返事を待ちながら、さまよう日々を送っていました。彼女は、今、帰りたい、あそこに帰りたい、寂しい道端の小さな家に帰りたいという思いに駆られ、手当たり次第に出かけていった。
数日前まで、悲しみに打ちひしがれていた彼女は、今は、自分のさびしい習慣が根付いた、そこでしか生きられないと感じていたのです。
ある晩、ようやく手紙と200フランを受けとった。
ロザリーが手紙に書いていた。
"マダム・ジェンヌ 早く帰ってきて" "もう何も送らないから ポールさんについては、知らせを受けたら私が迎えに行くつもりです。あなたの召使、ロザリーより。
そしてジャンヌは、雪が降ってとても寒いある朝、再びバットヴィルに向けて出発した。
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