Une Vie

Une Vie 『女の一生』第12章

 

Rosalie, en huit jours, eut pris le gouvernement absolu des choses et des gens du château. Jeanne, résignée, obéissait passivement. Faible et traînant les jambes comme jadis petite mère, elle sortait au bras de sa servante qui la promenait à pas lents, la sermonnait, la réconfortait avec des paroles brusques et tendres, la traitant comme une enfant malade.

Elles causaient toujours d'autrefois, Jeanne avec des larmes dans la gorge, Rosalie avec le ton tranquille des paysans impassibles. La vieille bonne revint plusieurs fois sur les questions d'intérêts en souffrance, puis elle exigea qu'on lui livrât les papiers que Jeanne, ignorante de toute affaire, lui cachait par honte pour son fils.

Alors, pendant une semaine, Rosalie fit chaque jour un voyage à Fécamp pour se faire expliquer les choses par un notaire qu'elle connaissait.

Puis un soir, après avoir mis au lit sa maîtresse, elle s'assit à son chevet, et brusquement:

— Maintenant que vous v'là couchée, madame, nous allons causer.

Et elle exposa la situation.

Lorsque tout serait réglé, il resterait environ sept à huit mille francs de rentes. Rien de plus.

Jeanne répondit:

— Que veux-tu, ma fille? Je sens bien que je ne ferai pas de vieux os; j'en aurai toujours assez.

Mais Rosalie se fâcha:

— Vous, madame, c'est possible; mais M. Paul, vous ne lui laisserez rien alors?

Jeanne frissonna.

— Je t'en prie, ne me parle jamais de lui. Je souffre trop quand j'y pense.

— Je veux vous en parler au contraire, parce que vous n'êtes pas brave, voyez-vous, madame Jeanne. Il fait des bêtises; eh bien, il n'en fera pas toujours: et puis il se mariera, il aura des enfants. Il faudra de l'argent pour les élever. Écoutez-moi bien: Vous allez vendre les Peuples!…

Jeanne, d'un sursaut, s'assit dans son lit:

— Vendre les Peuples! Y penses-tu? Oh! jamais, par exemple!

Mais Rosalie ne se troubla pas.

— Je vous dis que vous les vendrez, moi, madame, parce qu'il le faut.

Et elle expliqua ses calculs, ses projets, ses raisonnements.

Une fois les Peuples et les deux fermes attenantes vendues à un amateur qu'elle avait trouvé, on garderait quatre fermes situées à Saint-Léonard, et qui, dégrevées de toute hypothèque, constitueraient un revenu de huit mille trois cents francs. On mettrait de côté treize cents francs par an pour les réparations et l'entretien des biens; il resterait donc sept mille francs sur lesquels on prendrait cinq mille pour les dépenses de l'année; et on en réserverait deux mille pour former une caisse de prévoyance.

Elle ajouta:

— Tout le reste est mangé, c'est fini. Et puis c'est moi qui garderai la clef, vous entendez; et quant à M. Paul, il n'aura plus rien, mais rien; il vous prendrait jusqu'au dernier sou.

Jeanne, qui pleurait en silence, murmura:

— Mais s'il n'a pas de quoi manger?

— Il viendra manger chez nous, donc, s'il a faim. Il y aura toujours un lit et du fricot pour lui. Croyez-vous qu'il aurait fait toutes ces bêtises-là si vous ne lui aviez pas donné un sou du commencement?

— Mais il avait des dettes, il aurait été déshonoré.

— Quand vous n'aurez plus rien, ça l'empêchera-t-il d'en faire? Vous avez payé, c'est bien; mais vous ne paierez plus, c'est moi qui vous le dis. Maintenant, bonsoir, madame.

Et elle s'en alla.

Jeanne ne dormit point, bouleversée à la pensée de vendre les Peuples, de s'en aller, de quitter cette maison où toute sa vie était attachée.

Quand elle vit entrer Rosalie dans sa chambre, le lendemain, elle lui dit:

— Ma pauvre fille, je ne pourrai jamais me décider à m'éloigner d'ici.

Mais la bonne se fâcha:

— Faut que ça soit comme ça pourtant, madame. Le notaire va venir tantôt avec celui qui a envie du château. Sans ça, dans quatre ans, vous n'auriez plus un radis.

Jeanne restait anéantie, répétant:

— Je ne pourrai pas; je ne pourrai jamais.

Une heure plus tard, le facteur lui remit une lettre de Paul qui demandait encore dix mille francs. Que faire? Éperdue, elle consulta Rosalie qui leva les bras:

— Qu'est-ce que je vous disais, madame? Ah! vous auriez été propres tous les deux si je n'étais pas revenue!

Et Jeanne, pliant sous la volonté de sa bonne, répondit au jeune homme:

«Mon cher fils, je ne puis plus rien pour toi. Tu m'as ruinée; je me vois même forcée de vendre les Peuples. Mais n'oublie point que j'aurai toujours un abri quand tu voudras te réfugier auprès de ta vieille mère que tu as bien fait souffrir.

«JEANNE.»
Et lorsque le notaire arriva avec M. Jeoffrin, ancien raffineur de sucre, elle les reçut elle-même et les invita à tout visiter en détail.

Un mois plus tard, elle signait le contrat de vente, et achetait
en même temps une petite maison bourgeoise sise auprès de
Goderville, sur la grand-route de Montivilliers, dans le hameau de
Batteville.
Puis, jusqu'au soir elle se promena toute seule dans l'allée de petite mère, le coeur déchiré et l'esprit en détresse, adressant à l'horizon, aux arbres, au banc vermoulu sous le platane, à toutes ces choses si connues qu'elles semblaient entrées dans ses yeux et dans son âme, au bosquet, au talus devant la lande où elle s'était si souvent assise, d'où elle avait vu courir vers la mer le comte de Fourville en ce jour terrible de la mort de Julien, à un vieil orme sans tête contre lequel elle s'appuyait souvent, à tout ce jardin familier, des adieux désespérés et sanglotants.

Rosalie vint la prendre par le bras pour la forcer à rentrer.

Un grand paysan de vingt-cinq ans attendait devant la porte. Il la salua d'un ton amical comme s'il la connaissait de longtemps.

— Bonjour, madame Jeanne, ça va bien? La mère m'a dit de venir pour le déménagement. Je voudrais savoir c'que vous emporterez, vu que je ferai ça de temps en temps pour ne pas nuire aux travaux de la terre.

C'était le fils de sa bonne, le fils de Julien, le frère de Paul.

Il lui sembla que son coeur s'arrêtait; et pourtant elle aurait voulu embrasser ce garçon.

Elle le regardait, cherchant s'il ressemblait à son mari, s'il ressemblait à son fils. Il était rouge, vigoureux, avec les cheveux blonds et les yeux bleus de sa mère. Et pourtant il ressemblait à Julien. En quoi? Par quoi? Elle ne le savait pas trop; mais il avait quelque chose de lui dans l'ensemble de la physionomie.

Le gars reprit:

— Si vous pouviez me montrer ça tout de suite, ça m'obligerait.

Mais elle ne savait pas encore ce qu'elle se déciderait à enlever, sa nouvelle maison étant fort petite, et elle le pria de revenir au bout de la semaine.

Alors son déménagement la préoccupa, apportant une distraction triste dans sa vie morne et sans attentes.

Elle allait de pièce en pièce, cherchant les meubles qui lui rappelaient des événements, ces meubles amis qui font partie de notre vie, presque de notre être, connus depuis la jeunesse et auxquels sont attachés des souvenirs de joies ou de tristesses, des dates de notre histoire, qui ont été les compagnons muets de nos heures douces ou sombres, qui ont vieilli, qui se sont usés à côté de nous, dont l'étoffe est crevée par places et la doublure déchirée, dont les articulations branlent, dont la couleur s'est effacée.

Elle les choisissait un à un, hésitant souvent, troublée comme avant de prendre des déterminations capitales, revenant à tout instant sur sa décision, balançant les mérites de deux fauteuils ou de quelque vieux secrétaire comparé à une ancienne table à ouvrage.

Elle ouvrait les tiroirs, cherchait à se rappeler des faits; puis, quand elle s'était bien dit: «Oui, je prendrai ceci», on descendait l'objet dans la salle à manger.

Elle voulut garder tout le mobilier de sa chambre, son lit, ses tapisseries, sa pendule, tout.

Elle prit quelques sièges du salon, ceux dont elle avait aimé les dessins dès sa petite enfance: le renard et la cigogne, le renard et le corbeau, la cigale et la fourmi, et le héron mélancolique.

Puis, en rôdant par tous les coins de cette demeure qu'elle allait abandonner, elle monta, un jour, dans le grenier.

Elle demeura saisie d'étonnement; c'était un fouillis d'objets de toute nature, les uns brisés, les autres salis seulement, les autres montés là on ne sait pourquoi, parce qu'ils ne plaisaient plus, parce qu'ils avaient été remplacés. Elle apercevait mille bibelots connus jadis, et disparus tout à coup sans qu'elle y eût songé, des riens qu'elle avait maniés, ces vieux petits objets insignifiants qui avaient traîné quinze ans à côté d'elle, qu'elle avait vus chaque jour sans les remarquer, et qui, tout à coup, retrouvés là, dans ce grenier, à côté d'autres plus anciens dont elle se rappelait parfaitement les places aux premiers temps de son arrivée, prenaient une importance soudaine de témoins oubliés, d'amis retrouvés. Ils lui faisaient l'effet de ces gens qu'on a fréquentés longtemps sans qu'ils se soient jamais révélés et qui soudain, un soir, à propos de rien, se mettent à bavarder sans fin, à raconter toute leur âme qu'on ne soupçonnait pas.

Elle allait de l'un à l'autre avec des secousses au coeur, se disant: «Tiens, c'est moi qui ai fêlé cette tasse de Chine, un soir, quelques jours avant mon mariage. Ah! voici la petite lanterne de mère et la canne que petit père a cassée en voulant ouvrir la barrière dont le bois était gonflé par la pluie.»

Il y avait aussi là-dedans beaucoup de choses qu'elle ne connaissait pas, qui ne lui rappelaient rien, venues de ses grands-parents, ou de ses arrière-grands-parents, de ces choses poudreuses qui ont l'air exilées dans un temps qui n'est plus le leur, et qui semblent tristes de leur abandon, dont personne ne sait l'histoire, les aventures, personne n'ayant vu ceux qui les ont choisies, achetées, possédées, aimées, personne n'ayant connu les mains qui les maniaient familièrement et les yeux qui les regardaient avec plaisir.

Jeanne les touchait, les retournait, marquant ses doigts dans la poussière accumulée; et elle demeurait là au milieu de ces vieilleries, sous le jour terne qui tombait par quelques petits carreaux de verre encastrés dans la toiture.

Elle examinait minutieusement des chaises à trois pieds, cherchant si elles ne lui rappelaient rien, une bassinoire en cuivre, une chaufferette défoncée qu'elle croyait reconnaître et un tas d'ustensiles de ménage hors de service.

Puis elle fit un lot de ce qu'elle voulait emporter, et, redescendant, elle envoya Rosalie le chercher. La bonne, indignée, refusait de descendre «ces saletés». Mais Jeanne, qui n'avait cependant plus aucune volonté, tint bon cette fois; et il fallut obéir.

Un matin le jeune fermier, fils de Julien, Denis Lecoq, s'en vint avec sa charrette pour faire un premier voyage. Rosalie l'accompagna afin de veiller au déchargement et de déposer les meubles aux places qu'ils devaient occuper.

Restée seule, Jeanne se mit à errer par les chambres du château, saisie d'une crise affreuse de désespoir, embrassant, en des élans d'amour exalté, tout ce qu'elle ne pouvait prendre avec elle, les grands oiseaux blancs des tapisseries du salon, des vieux flambeaux, tout ce qu'elle rencontrait. Elle allait d'une pièce à l'autre, affolée, les yeux ruisselants de larmes; puis elle sortit pour «dire adieu» à la mer.

C'était vers la fin de septembre, un ciel bas et gris semblait peser sur le monde; les flots tristes et jaunâtres s'étendaient à perte de vue. Elle resta longtemps debout sur la falaise, roulant en sa tête des pensées torturantes. Puis, comme la nuit tombait, elle rentra, ayant souffert en ce jour autant qu'en ses plus grands chagrins.

Rosalie était revenue et l'attendait, enchantée de la nouvelle maison, la déclarant bien plus gaie que ce grand coffre de bâtiment qui n'était seulement pas au bord d'une route.

Jeanne pleura toute la soirée.

Depuis qu'ils savaient le château vendu, les fermiers n'avaient pour elle que bien juste les égards qu'ils lui devaient, l'appelant entre eux «la Folle», sans trop savoir pourquoi, sans doute parce qu'ils devinaient, avec leur instinct de brutes, sa sentimentalité maladive et grandissante, ses rêvasseries exaltées, tout le désordre de sa pauvre âme secouée par le malheur.

La veille de son départ, elle entra, par hasard, dans l'écurie. Un grognement la fit tressaillir. C'était Massacre auquel elle n'avait plus songé depuis des mois. Aveugle et paralytique, parvenu à un âge que ces animaux n'atteignent guère, il vivait encore sur un lit de paille, soigné par Lucienne qui ne l'oubliait pas. Elle le prit dans ses bras, l'embrassa, et l'emporta dans la maison. Gros comme une tonne, il se traînait à peine sur ses pattes écartées et raides, et il aboyait à la façon des chiens de bois qu'on donne aux enfants.

Le dernier jour enfin se leva. Jeanne avait couché dans l'ancienne chambre de Julien, la sienne étant démeublée.

Elle sortit de son lit, exténuée et haletante, comme si elle eût fait une grande course. La voiture contenant les malles et le reste du mobilier était déjà chargée dans la cour. Une autre carriole à deux roues était attelée derrière, qui devait emporter la maîtresse et la bonne.

Le père Simon et Ludivine resteraient seuls jusqu'à l'arrivée du nouveau propriétaire; puis ils se retireraient chez des parents, Jeanne leur ayant constitué une petite rente. Ils avaient des économies d'ailleurs. C'étaient maintenant de très vieux serviteurs, inutiles et bavards. Marius, ayant pris femme, avait depuis longtemps quitté la maison.

Vers huit heures, la pluie se mit à tomber, une pluie fine et glacée que chassait une légère brise de mer. Il fallut tendre des couvertures sur la charrette. Les feuilles s'envolaient déjà des arbres.

Sur la table de la cuisine, des tasses de café au lait fumaient. Jeanne s'assit devant la sienne et la but à petites gorgées, puis, se levant:

— Allons! dit-elle.

Elle mit son chapeau, son châle, et, pendant que Rosalie la chaussait de caoutchoucs, elle prononça, la gorge serrée:

— Te rappelles-tu, ma fille, comme il pleuvait quand nous sommes parties de Rouen pour venir ici…

Elle eut une sorte de spasme, porta ses deux mains sur sa poitrine et s'abattit sur le dos, sans connaissance.

Pendant plus d'une heure, elle demeura comme morte; puis elle rouvrit les yeux, et des convulsions la saisirent accompagnées d'un débordement de larmes.

Quand elle se fut un peu calmée, elle se sentit si faible qu'elle ne pouvait plus se lever. Mais Rosalie, qui redoutait d'autres crises si on retardait le départ, alla chercher son fils. Ils la prirent, l'enlevèrent, l'emportèrent, la déposèrent dans la carriole, sur le banc de bois garni de cuir ciré; et la vieille bonne, montée à côté de Jeanne, enveloppa ses jambes, lui couvrit les épaules d'un gros manteau, puis, tenant ouvert un parapluie au-dessus de sa tête, elle s'écria:

— Vite, Denis, allons-nous-en.

Le jeune homme grimpa près de sa mère et, s'asseyant sur une seule cuisse, faute de place, il lança au grand trot son cheval dont l'allure saccadée faisait sauter les deux femmes.

Quand on tourna au coin du village, on aperçut quelqu'un marchant de long en large sur la route, c'était l'abbé Tolbiac qui semblait guetter ce départ.

Il s'arrêta pour laisser passer la voiture. Il tenait d'une main sa soutane relevée par crainte de l'eau du chemin, et ses jambes maigres, vêtues de bas noirs, finissaient en d'énormes souliers fangeux.

Jeanne baissa les yeux pour ne pas rencontrer son regard; et
Rosalie, qui n'ignorait rien, devint furieuse. Elle murmurait:
«Manant, manant!» puis, saisissant la main de son fils:
— Fiches-y donc un coup de fouet.

Mais le jeune homme, au moment où il passait contre le prêtre, fit tomber brusquement dans l'ornière la roue de sa guimbarde lancée à toute vitesse, et un flot de boue, jaillissant, couvrit l'ecclésiastique des pieds à la tête.

Et Rosalie, radieuse, se retourna pour lui montrer le poing, pendant que le prêtre s'essuyait avec son grand mouchoir.

Ils allaient depuis cinq minutes quand Jeanne soudain s'écria:

— Massacre que nous avons oublié!

Il fallut s'arrêter, et Denis, descendant, courut chercher le chien, tandis que Rosalie tenait les guides.

Le jeune homme enfin reparut portant en ses bras la grosse bête informe et pelée qu'il déposa entre les jupes des deux femmes.

 

ロザリーは8日間で、城内の物や人を完全に掌握してしまった。ジャンヌは観念して、受身で従った。老母のように弱り、足を引きずっていた彼女は、女中の腕に抱かれて出かけた。女中は彼女をゆっくり歩き、説教し、無愛想で優しい言葉で慰め、病気の子供のように扱った。

二人はまだ昔の話をしていた。ジャンヌは涙を流しながら、ロザリーは無表情な農民のように穏やかな口調で。老女房は何度か関心のある質問に戻り、何の用事もないジャンヌが息子への羞恥心から隠している書類を渡すように要求した。

そこでロザリーは1週間、毎日フェカンプに通い、知り合いの公証人にいろいろと説明してもらうことにした。

そしてある晩、妾を寝かしつけた後、枕元に座り、唐突にこう言った。

- ベッドに入ったので、奥様、お話があります。

と状況を説明してくれました。

すべてが片付いたら、7、8千フランくらいは収入が残っているはずだ。それ以上はない。

ジャンヌが答えた。

- 何が望みだ、私の娘よ?長くは続かない、いつでも足りるという予感がするのです。

しかし、ロザリーは怒った。

- 奥様、それは可能です。でも、ポールさん、彼に何も残さないのですか?

ジャンヌは震えた。

- お願いだから、彼のことは決して話さないで。そう考えると、あまりに苦しい。

- 彼のことを話したいのです あなたは勇気がないのですからね、マダム・ジャンヌ 彼は愚かなことをする。まあ、いつもするわけではないだろうが、そして結婚して子供を持つ。育てるにはお金が必要なのだろう。よく聞いてください、あなた方はピーポーを売るのです!

ジャンヌは、びっくりしてベッドに起き上がった。

- レ・プープルを売れ! そんなことを考えているのでしょうか?ああ、決して、例えば!?

しかし、ロザリーは悩むことはなかった。

- マダム、私はあなたがそれらを販売することを言う、あなたがしなければならないので。

そして、彼女は自分の計算、計画、理由を説明した。

レ・プープルと隣接する2つの農場は、彼女が見つけた素人に売却され、私たちはサン=レオナールにある4つの農場を持っていて、抵当権が一切ないため、8,300フランの収入となるのです。このため、年間1,300フランを修繕費として積み立て、残りの7,000フランをその年の経費として5,000フラン、そして2,000フランを臨時費として確保することになりました。

さらに、彼女はこう付け加えた。

- あとは全部食べられて終わり。そして、鍵を預かるのは私です、わかりますか?ポールさんに関しては、彼は何も持たず、何もせず、あなたから最後の一銭まで奪い取るでしょう。

無言で泣いていたジャンヌがつぶやいた。

- でも、食べるものがなかったらどうしよう?

- お腹が空いたら、一緒に食べに行こうね。いつでもベッドとお菓子が用意されています。最初から1円も渡さなかったら、あんなバカなことをしたと思う?

- でも、借金があったら、恥をかいていたかもしれない。

- 何も残らなくなった時、それで彼が止めるか?払ったのはいいが、もう二度と払わないぞ。では、おやすみなさい、マダム。

そして、彼女は去っていった。

ジャンヌは眠れなかった。ピーポス家を売ること、離れること、この家に人生のすべてを捧げていることに動揺していたからだ。

翌日、部屋に入ったロザリーを見て、彼女は言った。

- かわいそうに、私はここを離れる決心がつきません。

しかし、メイドは怒った。

- そうでなければならないのです、奥様。城を欲しがっている男と一緒に、もうすぐ勧誘員がやってくる。そうでなければ、4年後には1円も残らないでしょう。

ジャンヌは打ちひしがれたまま、繰り返した。

- できない、絶対にできない。

1時間後、郵便局員はポールからさらに1万フランを要求する手紙を渡してきた。どうすればよかったのでしょうか?取り乱した彼女は、腕を上げたロザリーに相談した。

- 私はあなたに何と言ったのですか、マダム?ああ!私が戻ってこなければ、二人ともきれいになっていたのに!」。

そして、ジャンヌはメイドの意向に屈して、青年に答えた。

"親愛なる息子よ、私はこれ以上何もしてあげられない。あなたは私を破滅させました。私はピーポーを売らざるを得なくさえなったのです。しかし、あなたが苦しんでいる老母のもとに避難したいとき、私はいつでも避難場所を確保することを忘れないでください。

そして、公証人が元精糖業者のM・ジョフリンを連れて到着すると、自ら彼らを迎え入れ、すべてを詳しく見学するようにと誘ったのである。

1ヵ月後、彼女は売買契約にサインし、同時に次のものを購入した。
同時にゴダービルの近くに小さなブルジョアハウスを購入しました。
ゴデルヴィル、モンティヴィリエへの幹線道路沿いの集落で

それから夕方まで、彼女は小さな母の私道を一人で歩き、心が引き裂かれ、苦悩しながら、地平線、木々、プラタナスの木の下の虫食いのベンチ、それらすべてが彼女の目と魂に入り込んだような、馴染んだ木立に向かって演説をしたのです。ジュリアンが死んだあの恐ろしい日に、フォービル伯爵が海に向かって走っていくのを見た、よく座っていた沼地の前の堤防、よく寄りかかっていた頭のない古いニレ、見慣れたあの庭、絶望と別れのすすり泣きに。

ロザリーは、彼女を無理やり連れ戻そうと腕を取りに来た。

25歳の背の高い農民が玄関先で待っていた。まるで昔から知っているような親しみのある口調で挨拶した。

- こんにちは、マダム・ジャンヌ、お元気ですか?母に言われて引っ越しに来ました。土地の作業の邪魔にならないように、時々やるので、持っていくものを教えてほしいです。

それは彼女のメイドの息子、ジュリアンの息子、ポールの弟であった。

心臓が止まるような思いだった。それでも彼女はこの少年にキスをしたかった。

彼女は、彼が夫に似ているかどうか、息子に似ているかどうかを確かめようとして、彼を見た。赤くて、元気で、母親の金髪と青い目をしていた。それなのに、ジュリアンに似ていた。どんなふうに?どんなふうに?彼女はよく知らなかったが、人相全体に彼の何かがあったのだ。

若者は続けた。

- それをすぐに見せてもらえると、私は助かるのですが。

しかし、新居はとても狭いので、何を撤去するかまだ分からず、「週明けにまた来てください」とお願いした。

だから、彼女は引っ越しのことで頭がいっぱいで、さびしい期待に満ちた生活に悲しい気晴らしをもたらしていた。

彼女は部屋から部屋へと移動し、出来事を思い出させる家具を探した。それは、私たちの生活の一部、ほとんど私たちの存在の一部であり、若い頃から知られていて、喜びや悲しみ、歴史の中の日付の記憶が付着している、楽しい時間や暗い時間の静かな仲間であった家具が年をとり、私たちのそばで磨耗し、生地がところどころひび割れ、裏地が破れ、接合部がぐらつき、色があせた家具である。

肘掛け椅子2脚、古い秘書と古い作業台との比較など、まるで資本的な決断をする前に迷い、悩み、今にも決断しそうであった。

そして、「はい、これください」と言いながら、ダイニングルームに運ばれていった。

部屋の家具もベッドもタペストリーも時計も、全部残したいと言っていた。

彼女は居間にあった、幼い頃から大好きだった、狐とコウノトリ、狐とカラス、蝉と蟻、憂いを帯びたサギの絵の椅子をいくつか持ち帰ったのです。

そして、捨てようと思っていた家の隅々まで徘徊し、ある日、屋根裏に上がってみた。

壊れたもの、汚れたもの、何かの理由で置かれたもの、もう喜ばないから置かれたもの、買い換えたから置かれたもの、あらゆるものがごちゃごちゃと置かれていたのだ。彼女が見たのは、以前から知っていて、思いもかけず突然消えてしまった千個の小物たち、彼女が扱っていた些細なもの、15年間眠っていた、毎日気づかずに見ていた、小さくて取るに足らない古いもの、それが突然、あの屋根裏部屋で、彼女が来た最初の日から完全に場所を覚えている古いものの隣に見つかり、忘れられた証人、新しく見つけた友人として突然重要になったのです。まるで、長い間、自分の姿を見せずにいた人たちが、ある晩、突然、何でもないことを延々と話し始め、人が疑わないような自分の魂のことを話し始めるような印象を彼女に与えたのだ。

結婚式の数日前のある晩、あのチャイナカップを割ってしまったのは私なんです」と、彼女は心を震わせた。ああ、ここに母の小さな提灯と、小さな父が門を開けようとして折ってしまった杖がある、門の木は雨で膨れ上がっていた。

そこには、彼女の祖父母、あるいは曾祖父母の、もはや自分のものではない時代に追放されたような粉飾された、彼女の知らない、何も思い出さないようなものもたくさん入っていた。その歴史と冒険を誰も知らない、選んだ人、買った人、所有した人、愛した人を見たことがない、親しげに扱った手や楽しげに眺めた目を知らない。

ジャンヌはそれらに触れ、ひっくり返し、積もった埃に指の跡をつけた。そして彼女は、屋根に埋め込まれたいくつかの小さなガラス窓から落ちる鈍い光の下で、これらの古いものの中に立っているのである。

三本脚の椅子、銅製の洗面器、見覚えのある壊れたヒーター、使い物にならない家庭用品の山などを丹念に探した。

そして、持ち帰りたいものをまとめて作り、階下に戻ってロザリーに取りに行かせた。憤慨したメイドは、「こんなゴミはいらない」と取り下げを拒否した。しかし、もう意地がないジャンヌは、今度はしっかりと従わなければならない。

ある朝、若い農夫、ジュリアンの息子ドゥニ・ルコックが荷車で初詣にやってきた。ロザリーも一緒に、荷下ろしと家具の配置を見に行った。

一人になったジャンヌは、絶望の淵に立たされながら、城の部屋を歩き回り、高揚した愛情を爆発させながら、持っていくことのできないもの、広間のタペストリーの白い大きな鳥、古い松明、目についたものすべてを抱きしめた。彼女は、涙を流しながら慌てて部屋から部屋へと移動し、海へ「さようなら」と言いに出かけた。

9月も終わろうとする頃、灰色の低い空が世界を覆っているようでした。彼女は長い間、崖の上に立ち、拷問のような思考で頭を丸めていた。そして、夜が明けると、彼女はこの日に最大の悲しみと同じだけの苦しみを味わって帰ってきました。

ロザリーが帰ってきて、彼女を待っていた。新しい家を喜んで、道路沿いでもないあの大きな箱のような建物よりずっと明るいと言った。

ジャンヌは一晩中泣いていた。

城が売られたことを知って以来、農民たちは彼女に敬意を示すだけで、自分たちの間では彼女を「狂女」と呼んでいた。理由はよくわからないが、おそらく獣の本能で、彼女の病弱で増大する感傷、高尚な白昼夢、不幸に揺れる貧しい魂のすべての乱れを察知したからであろう。

出発の前夜、彼女は偶然にも馬小屋に入ることになった。唸り声がして、彼女は飛び上がった。数ヶ月間、思いもしなかったマサクリである。盲目で半身不随の彼は、この種の動物がほとんど到達できない年齢に達していたが、彼を忘れなかったルシエンヌに世話され、藁のベッドで暮らしていた。彼女は彼を抱きかかえ、キスをし、家の中に運んだ。1トンもある大きな体で、硬く伸びた足でやっと引きずりながら、子供に与える木犬の要領で吠えるのである。

ついに最終日が明けた。その日は週の最後の日で、ジャンヌはジュリアンの古い部屋で寝ていた。彼女の部屋には家具がない。

彼女は、まるで長距離を走ってきたかのように、疲れ切って喘ぎながらベッドから起き上がった。トランクやその他の家具を積んだ馬車は、すでに庭に積まれていた。もう一台の二輪馬車は、女主人と女中を乗せるために後ろにつながれていた。

シモン神父とリュディヴィヌは、新しい所有者が来るまで一人でいることになった。その後、ジャンヌが二人のために小さな年金を用意してくれていたので、親戚の家に隠れることになった。その上、貯金もあった。彼らはもうすっかり年老いた使用人で、役立たずでおしゃべりなのだ。マリウスは妻を娶り、とっくに家を出ていた。

8時頃、雨が降り始めた。細かい氷のような雨で、軽い海風が追い払ってくれた。毛布はカートの上に張らなければならなかった。もう木の葉が吹き飛んでいた。

キッチンのテーブルの上では、カフェオレのカップが煙を上げていた。ジャンヌは自分の前に座り、少しずつ飲み干すと、立ち上がりました。

- 行こうよ!」と声をかけてくれた。

帽子をかぶり、ショールを羽織り、ロザリーがゴム靴を履いている間に、彼女は喉を鳴らして言った。

- 覚えているか、娘よ、我々がルーアンを出てここに来たとき、雨が降っていたことを......。

彼女は痙攣のようなものを起こし、両手を胸に当て、意識を失って仰向けに倒れた。

一時間以上、死んだように寝ていたが、再び目を開けると、痙攣が起こり、涙が溢れた。

少し落ち着くと、もう立っていられないほど脱力感があった。しかし、出発を遅らせると、さらに痙攣を起こすことを恐れたロザリーは、息子を迎えに行った。彼らは彼女を抱き上げ、連れ去り、荷車の中で、蝋引きした革を敷いた木のベンチに彼女を預けた。ジャンヌのそばに登ってきた老女中は、彼女の足を包み込み、重いコートで肩を覆うと、頭の上に開いた傘を持って、叫んだ。

- 早く、デニス、ここから出よう。

若者は母の横に登り、スペースがないため片足で座り、馬を早足で走らせ、そのぎくしゃくしたペースに二人の女性は飛び跳ねた。

村の角を曲がると、誰かが道を上り下りするのが見えた。それはアベ・トルビアックで、この出発を見計らっていたようだ。

彼は車を通すために立ち止まった。彼は路上の水を恐れて片手でカソックを掲げ、黒いストッキングを履いた細い脚は巨大な泥靴に終わっていた。

ってな感じです(笑)。
何も知らないロザリーは激怒した。とつぶやいた。
"マナン、マナン!"と言って、息子の手を握った。
- "鞭打ち "をしろ

しかし、この青年は神父の前を通り過ぎるとき、突然、スピードを上げていたジープの車輪を轍に落とし、泥水が噴き出し、神父の頭から足まで覆ってしまったのだ。

そして、ロザリーは晴れやかな顔をして拳を見せると、神父は大きなハンカチで体を拭いた。

5分もすると、ジャンヌが突然泣き出した。

- 私たちが忘れてしまった大虐殺!

そこで、ドゥニが降りてきて犬を連れてきて、ロザリーがガイドを持った。

青年はついに、形のない大きな皮をむいた獣を腕に抱えて再び現れ、二人の女性のスカートの間に挟んだ。

第13章へ続く

合計ビュー 656 , 今日のビュー 4 

-Une Vie