Une Vie

Une Vie 『女の一生』第11章

 

Elle demeura trois mois dans sa chambre, devenue si faible et si pâle qu'on la croyait et qu'on la disait perdue. Puis peu à peu elle se ranima. Petit père et tante Lison ne la quittaient pas, installés tous deux aux Peuples. Elle avait gardé de cette secousse une maladie nerveuse; le moindre bruit la faisait défaillir, et elle tombait en de longues syncopes provoquées par les causes les plus insignifiantes.

Jamais elle n'avait demandé de détails sur la mort de Julien. Que lui importait? N'en savait-elle pas assez? Tout le monde croyait à un accident, mais elle ne s'y trompait pas; et elle gardait en son coeur ce secret qui la torturait: la connaissance de l'adultère, et la vision de cette brusque et terrible visite du comte, le jour de la catastrophe.

Voilà que maintenant son âme était pénétrée par des souvenirs attendris, doux et mélancoliques, des courtes joies d'amour que lui avait autrefois données son mari. Elle tressaillait à tout moment à des réveils inattendus de sa mémoire; et elle le revoyait tel qu'il avait été en ces jours de fiançailles, et tel aussi qu'elle l'avait chéri en ses seules heures de passion écloses sous le grand soleil de la Corse. Tous les défauts diminuaient, toutes les duretés disparaissaient, les infidélités elles-mêmes s'atténuaient maintenant dans l'éloignement grandissant du tombeau fermé. Et Jeanne, envahie par une sorte de vague gratitude posthume pour cet homme qui l'avait tenue en ses bras, pardonnait les souffrances passées pour ne songer qu'aux moments heureux. Puis, le temps marchant toujours et les mois tombant sur les mois poudrèrent d'oubli, comme d'une poussière accumulée, toutes ses réminiscences et ses douleurs; et elle se donna tout entière à son fils.

Il devint l'idole, l'unique pensée des trois êtres réunis autour de lui; et il régnait en despote. Une sorte de jalousie se déclara même entre ces trois esclaves qu'il avait, Jeanne regardant nerveusement les grands baisers donnés au baron après les séances de cheval sur un genou. Et tante Lison, négligée par lui comme elle l'avait toujours été par tout le monde, traitée parfois en bonne par ce maître qui ne parlait guère encore, s'en allait pleurer dans sa chambre en comparant les insignifiantes caresses mendiées par elle et obtenues à peine aux étreintes qu'il gardait pour sa mère et pour son grand-père.

Deux années tranquilles, sans aucun événement, passèrent dans la préoccupation incessante de l'enfant. Au commencement du troisième hiver, on décida qu'on irait habiter Rouen jusqu'au printemps; et toute la famille émigra. Mais, en arrivant dans l'ancienne maison abandonnée et humide, Paul eut une bronchite si grave qu'on craignit une pleurésie; et les trois parents éperdus déclarèrent qu'il ne pouvait se passer de l'air des Peuples. On l'y ramena dès qu'il fut guéri.

Alors commença une série d'années monotones et douces.

Toujours ensemble autour du petit, tantôt dans sa chambre, tantôt dans le grand salon, tantôt dans le jardin, ils s'extasiaient sur ses bégaiements, sur ses expressions drôles, sur ses gestes.

Sa mère l'appelait Paulet par câlinerie, il ne pouvait articuler ce mot et le prononçait Poulet, ce qui éveillait des rires interminables. Le surnom de Poulet lui resta. On ne le désignait plus autrement.

Comme il grandissait vite, une des passionnantes occupations des trois parents que le baron appelait «ses trois mères» était de mesurer sa taille.

On avait tracé sur le lambris contre la porte du salon une série de petits traits au canif indiquant, de mois en mois, sa croissance. Cette échelle, baptisée «échelle de Poulet», tenait une place considérable dans l'existence de tout le monde.

Puis un nouvel individu vint jouer un rôle important dans la famille, le chien «Massacre», négligé par Jeanne préoccupée uniquement de son fils. Nourri par Ludivine et logé dans un vieux baril devant l'écurie, il vivait solitaire, toujours à la chaîne.

Paul, un matin, le remarqua, et se mit à crier pour aller l'embrasser. On l'y conduisit avec des craintes infinies. Le chien fit fête à l'enfant qui beugla quand on voulut les séparer. Alors Massacre fut lâché et installé dans la maison. Il devint l'inséparable de Paul, l'ami de tous les instants. Ils se roulaient ensemble, dormaient côte à côte sur le tapis. Puis bientôt Massacre coucha dans le lit de son camarade qui ne consentait plus à le quitter. Jeanne se désolait parfois à cause des puces; et tante Lison en voulait au chien de prendre une si grosse part de l'affection du petit, de l'affection volée par cette bête, lui semblait-il, de l'affection qu'elle aurait tant désirée.

De rares visites étaient échangées avec les Briseville et les Coutelier. Le maire et le médecin troublaient seuls la solitude du vieux château. Jeanne, depuis le meurtre de la chienne et les soupçons que lui avait inspirés le prêtre lors de la mort horrible de la comtesse et de Julien, n'entrait plus à l'église, irritée contre le Dieu qui pouvait avoir de pareils ministres.

L'abbé Tolbiac, de temps à autre, anathématisait en des allusions directes le château hanté par l'Esprit du Mal, l'Esprit d'Éternelle Révolte, l'Esprit d'Erreur et de Mensonge, l'Esprit d'Iniquité, l'Esprit de Corruption et d'Impureté. Il désignait ainsi le baron.

Son église d'ailleurs était désertée; et, quand il allait le long des champs où les laboureurs poussaient leur charrue, les paysans ne s'arrêtaient pas pour lui parler, ne se détournaient point pour le saluer. Il passait en outre pour sorcier, parce qu'il avait chassé le démon d'une femme possédée. Il connaissait, disait-on, des paroles mystérieuses pour écarter les sorts, qui n'étaient, selon lui, que des espèces de farces de Satan. Il imposait les mains aux vaches qui donnaient du lait bleu ou qui portaient la queue en cercle, et par quelques mots inconnus il faisait retrouver les objets perdus.

Son esprit étroit et fanatique s'adonnait avec passion à l'étude des livres religieux contenant l'histoire des apparitions du Diable sur la terre, les diverses manifestations de son pouvoir, ses influences occultes et variées, toutes les ressources qu'il avait, et les tours ordinaires de ses ruses. Et comme il se croyait appelé particulièrement à combattre cette Puissance mystérieuse et fatale, il avait appris toutes les formules d'exorcisme indiquées dans les manuels ecclésiastiques.

Il croyait sans cesse sentir errer dans l'ombre le Malin Esprit; et la phrase latine revenait à tout moment sur ses lèvres: Sicut leo rugiens circuit quaerens quem devoret.

Alors une crainte se répandit, une terreur de sa force cachée. Ses confrères eux-mêmes, prêtres ignorants des campagnes, pour qui Belzébuth est article de foi, qui, troublés par les prescriptions minutieuses des rites en cas de manifestation de cette puissance du mal, en arrivent à confondre la religion avec la magie, considéraient l'abbé Tolbiac comme un peu sorcier; et ils le respectaient autant pour le pouvoir obscur qu'ils lui supposaient que pour l'inattaquable austérité de sa vie.

Quand il rencontrait Jeanne, il ne la saluait pas.

Cette situation inquiétait et désolait tante Lison, qui ne comprenait point, en son âme craintive de vieille fille, qu'on n'allât pas à l'église. Elle était pieuse sans doute, sans doute elle se confessait et communiait; mais personne ne le savait, ne cherchait à le savoir.

Quand elle se trouvait seule, toute seule avec Paul, elle lui parlait, tout bas, du bon Dieu. Il l'écoutait à peu près quand elle lui racontait les histoires miraculeuses des premiers temps du monde; mais, quand elle lui disait qu'il faut aimer, beaucoup, beaucoup le bon Dieu, il répondait parfois:

— Où qu'il est, tante?

Alors elle montrait le ciel avec son doigt:

— Là-haut, Poulet, mais il ne faut pas le dire.

Elle avait peur du baron. Mais un jour Poulet lui déclara:

— Le bon Dieu, il est partout, mais il est pas dans l'église.

Il avait parlé à son grand-père des révélations mystérieuses de tante.

L'enfant prenait dix ans; sa mère semblait en avoir quarante. Il était fort, turbulent, hardi pour grimper dans les arbres, mais il ne savait pas grand-chose. Les leçons l'ennuyant, il les interrompait tout de suite. Et, toutes les fois que le baron le retenait un peu longtemps devant un livre, Jeanne aussitôt arrivait, disant:

— Laisse-le donc jouer maintenant. Il ne faut pas le fatiguer, il est si jeune.

Pour elle, il avait toujours six mois ou un an. C'est à peine si elle se rendait compte qu'il marchait, courait, parlait comme un petit homme; et elle vivait dans une peur constante qu'il ne tombât, qu'il n'eût froid, qu'il n'eût chaud en s'agitant, qu'il ne mangeât trop pour son estomac, ou trop peu pour sa croissance.

Quand il eut douze ans, une grosse difficulté surgit; celle de la première communion.

Lise, un matin, vint trouver Jeanne et lui représenta qu'on ne pouvait laisser plus longtemps le petit sans instruction religieuse et sans remplir ses premiers devoirs. Elle argumenta de toutes les façons, invoquant mille raisons, et, avant tout, l'opinion des gens qu'ils voyaient. La mère, troublée, indécise, hésitait, affirmant qu'on pouvait attendre encore.

Mais un mois plus tard, comme elle rendait une visite à la vicomtesse de Briseville, cette dame lui demanda par hasard:

— C'est cette année sans doute que votre Paul va faire sa première communion.

Et Jeanne, prise au dépourvu, répondit:

— Oui, madame.

Ce simple mot la décida, et, sans en rien confier à son père, elle pria Lise de conduire l'enfant au catéchisme.

Pendant un mois tout alla bien; mais Poulet revint un soir avec la gorge enrouée. Et le lendemain il toussait. Sa mère affolée l'interrogea, et elle apprit que le curé l'avait envoyé attendre la fin de la leçon à la porte de l'église dans le courant d'air du porche, parce qu'il s'était mal tenu.

Elle le garda donc chez elle et lui fit apprendre elle-même cet alphabet de la religion. Mais l'abbé Tolbiac, malgré les supplications de Lison, refusa de l'admettre parmi les communiants, comme étant insuffisamment instruit.

Il en fut de même l'an suivant. Alors le baron, exaspéré, jura que l'enfant n'avait pas besoin de croire à cette niaiserie, à ce symbole puéril de la transsubstantiation, pour être un honnête homme; et il fut décidé qu'il serait élevé en chrétien, mais non pas en catholique pratiquant, et qu'à sa majorité il demeurerait libre de devenir ce qu'il lui plairait.

Et Jeanne, quelque temps après, ayant fait une visite aux
Briseville, n'en reçut point en retour. Elle s'étonna, connaissant
la méticuleuse politesse de ses voisins; mais la marquise de
Coutelier lui révéla, avec hauteur, la raison de cette abstention.
Se regardant, par la situation de son mari, et par son titre bien authentique, et par sa fortune considérable, comme une sorte de reine de la noblesse normande, la marquise gouvernait en vraie reine, parlait en liberté, se montrait gracieuse ou cassante, selon les occasions, admonestait, redressait, félicitait à tout propos. Jeanne, donc, s'étant présentée chez elle, cette dame, après quelques paroles glaciales, prononça d'un ton sec:

— La société se divise en deux classes: les gens qui croient en Dieu et ceux qui n'y croient pas. Les uns, même les plus humbles, sont nos amis, nos égaux; les autres ne sont rien pour nous.

Jeanne, sentant l'attaque, répliqua:

— Mais ne peut-on croire en Dieu sans fréquenter les églises?

La marquise répondit:

— Non, madame; les fidèles vont prier Dieu dans son église comme on va trouver les hommes en leurs demeures.

Jeanne, blessée, reprit:

— Dieu est partout, madame. Quant à moi qui crois, du fond du coeur, à sa bonté, je ne le sens plus présent quand certains prêtres se trouvent entre lui et moi.

La marquise se leva:

— Le prêtre porte le drapeau de l'Église, madame; quiconque ne suit pas le drapeau est contre lui, et contre nous.

Jeanne s'était levée à son tour, frémissante:

— Vous croyez, madame, au Dieu d'un parti. Moi, je crois au Dieu des honnêtes gens.

Elle salua et sortit.

Les paysans aussi la blâmaient entre eux de n'avoir point fait faire à Poulet sa première communion. Ils n'allaient point aux offices, n'approchaient point des sacrements, ou bien ne les recevaient qu'à Pâques selon les prescriptions formelles de l'Église; mais pour les mioches, c'était autre chose; et tous auraient reculé devant l'audace d'élever un enfant hors de cette loi commune, parce que la Religion, c'est la Religion.

Elle vit bien cette réprobation, et s'indigna en son âme de toutes ces pactisations, de ces arrangements de conscience, de cette universelle peur de tout, de la grande lâcheté gîtée au fond de tous les coeurs, et parée, quand elle se montre, de tant de masques respectables.

Le baron prit la direction des études de Paul, et le mit au latin. La mère n'avait plus qu'une recommandation: «Surtout ne le fatigue pas», et elle rôdait, inquiète, près de la chambre aux leçons, petit père lui en ayant interdit l'entrée parce qu'elle interrompait à tout instant l'enseignement pour demander: «Tu n'as pas froid aux pieds, Poulet?» Ou bien: «Tu n'as pas mal à la tête, Poulet?» Ou bien pour arrêter le maître: «Ne le fais pas tant parler, tu vas lui fatiguer la gorge.»

Dès que le petit était libre, il descendait jardiner avec mère et tante. Ils avaient maintenant un grand amour pour la culture de la terre; et tous trois plantaient des jeunes arbres au printemps, semaient des graines dont l'éclosion et la poussée les passionnaient, taillaient des branches, coupaient des fleurs pour faire des bouquets.

Le plus grand souci du jeune homme était la production des salades. Il dirigeait quatre grands carrés du potager où il élevait avec un soin extrême, Laitues, Romaines, Chicorées, Barbes-de-capucin, Royales, toutes les espèces connues de ces feuilles comestibles. Il bêchait, arrosait, sarclait, repiquait, aidé de ses deux mères qu'il faisait travailler comme des femmes de journée. On les voyait, pendant des heures entières, à genoux dans les plates-bandes, maculant leurs robes et leurs mains occupées à introduire la racine des jeunes plantes en des trous qu'elles creusaient d'un seul doigt piqué d'aplomb dans la terre.

Poulet devenait grand, il atteignait quinze ans; et l'échelle du salon marquait un mètre cinquante-huit. Mais il restait enfant d'esprit, ignorant, niais, étouffé par ces deux jupes et ce vieil homme aimable qui n'était plus du siècle.

Un soir, enfin, le baron parla du collège; et Jeanne aussitôt se mit à sangloter. Tante Lison, effarée, se tenait dans un coin sombre.

La mère répondait:

— Qu'a-t-il besoin de tant savoir. Nous en ferons un homme des champs, un gentilhomme campagnard. Il cultivera des terres comme font beaucoup de nobles. Il vivra et vieillira heureux dans cette maison où nous aurons vécu avant lui, où nous mourrons. Que peut- on demander de plus?

Mais le baron hochait la tête.

— Que répondras-tu s'il vient te dire, lorsqu'il aura vingt-cinq ans: Je ne suis rien, je ne sais rien par ta faute, par la faute de ton égoïsme maternel. Je me sens incapable de travailler, de devenir quelqu'un, et pourtant je n'étais pas fait pour la vie obscure, humble, et triste à mourir, à laquelle ta tendresse imprévoyante m'a condamné.

Elle pleurait toujours, implorant son fils.

— Dis, Poulet, tu ne me reprocheras jamais de t'avoir trop aimé, n'est-ce pas?

Et le grand enfant, surpris, promettait:

— Non, maman.

— Tu me le jures?

— Oui, maman.

— Tu veux rester ici, n'est-ce pas?

— Oui, maman.

Alors le baron parla ferme et haut:

— Jeanne, tu n'as pas le droit de disposer de cette vie. Ce que tu fais là est lâche et presque criminel; tu sacrifies ton enfant à ton bonheur particulier.

Elle cacha sa figure dans ses mains, poussant des sanglots précipités, et elle balbutiait dans ses larmes:

— J'ai été si malheureuse… si malheureuse! Maintenant que je suis tranquille avec lui, on me l'enlève… Qu'est- ce que je deviendrai… toute seule… à présent?…

Son père se leva, vint s'asseoir auprès d'elle, la prit dans ses bras.

— Et moi, Jeanne?

Elle le saisit brusquement par le cou, l'embrassa avec violence, puis, toute suffoquée encore, elle articula au milieu d'étranglements:

— Oui. Tu as raison… peut-être… petit père. J'étais folle, mais j'ai tant souffert. Je veux bien qu'il aille au collège.

Et, sans trop comprendre ce qu'on allait faire de lui, Poulet, à son tour, se mit à larmoyer.

Alors ses trois mères, l'embrassant, le câlinant, l'encouragèrent. Et lorsqu'on monta se coucher, tous avaient le coeur serré et tous pleurèrent dans leurs lits, même le baron qui s'était contenu.

Il fut décidé qu'à la rentrée on mettrait le jeune homme au collège du Havre; et il eut, pendant tout l'été, plus de gâteries que jamais.

Sa mère gémissait souvent à la pensée de la séparation. Elle prépara son trousseau comme s'il allait entreprendre un voyage de dix ans; puis, un matin d'octobre, après une nuit sans sommeil, les deux femmes et le baron montèrent avec lui dans la calèche qui partit au trot des deux chevaux.

On avait déjà choisi, dans un autre voyage, sa place au dortoir et sa place en classe. Jeanne, aidée de tante Lison, passa tout le jour à ranger les hardes dans la petite commode. Comme le meuble ne contenait pas le quart de ce qu'on avait apporté, elle alla trouver le proviseur pour en obtenir un second. L'économe fut appelé; il représenta que tant de linges et d'effets ne feraient que gêner sans servir jamais; et il refusa, au nom du règlement, de céder une autre commode. La mère, désolée, se résolut alors à louer une chambre dans un petit hôtel voisin, en recommandant à l'hôtelier d'aller lui-même porter à Poulet tout ce dont il aurait besoin, au premier appel de l'enfant.

Puis on fit un tour sur la jetée pour regarder sortir et entrer les navires.

Le triste soir tomba sur la ville qui s'illuminait peu à peu. On entra pour dîner dans un restaurant. Aucun d'eux n'avait faim; et ils se regardaient d'un oeil humide pendant que les plats défilaient devant eux et s'en retournaient presque pleins.

Puis on se mit en marche lentement vers le collège. Des enfants de toutes les tailles arrivaient de tous les côtés, conduits par leurs familles ou par des domestiques. Beaucoup pleuraient. On entendait un bruit de larmes dans la grande cour à peine éclairée.

Jeanne et Poulet s'étreignirent longtemps. Tante Lison restait derrière, oubliée tout à fait et la figure dans son mouchoir. Mais le baron, qui s'attendrissait, abrégea les adieux en entraînant sa fille. La calèche attendait devant la porte; ils montèrent dedans tous trois et s'en retournèrent dans la nuit vers les Peuples.

Parfois un gros sanglot passait dans l'ombre.

Le lendemain Jeanne pleura jusqu'au soir. Le jour suivant elle fit atteler le phaéton et partit pour Le Havre. Poulet semblait avoir déjà pris son parti de la séparation. Pour la première fois de sa vie il avait des camarades; et le désir de jouer le faisait frémir sur sa chaise au parloir.

Jeanne revint ainsi tous les deux jours, et le dimanche pour les sorties. Ne sachant que faire pendant les classes, entre les récréations, elle demeurait assise au parloir, n'ayant ni la force ni le courage de s'éloigner du collège. Le proviseur la fit prier de monter chez lui, et il lui demanda de venir moins souvent. Elle ne tint pas compte de cette recommandation.

Il la prévint alors que, si elle continuait à empêcher son fils de jouer pendant les heures d'ébats, et de travailler en le troublant sans cesse, on se verrait forcé de le lui rendre; et le baron fut prévenu par un mot. Elle demeura donc gardée à vue aux Peuples, comme une prisonnière.

Elle attendait chaque vacance avec plus d'anxiété que son enfant.

Et une inquiétude incessante agitait son âme. Elle se mit à rôder par le pays, se promenant seule avec le chien Massacre pendant des jours entiers, en rêvassant dans le vide. Parfois, elle restait assise durant tout un après-midi à regarder la mer du haut de la falaise; parfois, elle descendait jusqu'à Yport à travers le bois, refaisant des promenades anciennes dont le souvenir la poursuivait. Comme c'était loin, comme c'était loin le temps où elle parcourait ce même pays, jeune fille, et grise de rêves.

Chaque fois qu'elle revoyait son fils, il lui semblait qu'ils avaient été séparés pendant dix ans. Il devenait homme de mois en mois; de mois en mois elle devenait une vieille femme. Son père paraissait son frère, et tante Lison, qui ne vieillissait point, restée fanée dès son âge de vingt-cinq ans, avait l'air d'une soeur aînée.

Poulet ne travaillait guère; il doubla sa quatrième. La troisième alla tant bien que mal; mais il fallut recommencer la seconde; et il se trouva en rhétorique alors qu'il atteignait vingt ans.

Il était devenu un grand garçon blond, avec des favoris déjà touffus et une apparence de moustaches. C'était lui maintenant qui venait aux Peuples chaque dimanche. Comme il prenait depuis longtemps des leçons d'équitation, il louait simplement un cheval et faisait la route en deux heures.

Dès le matin Jeanne partait au-devant de lui avec la tante et le baron qui se courbait peu à peu et marchait ainsi qu'un petit vieux, les mains rejointes derrière son dos comme pour s'empêcher de tomber sur le nez.

Ils allaient tout doucement le long de la route, s'asseyant parfois sur le fossé, et regardant au loin si on n'apercevait pas encore le cavalier. Dès qu'il apparaissait comme un point noir sur la ligne blanche, les trois parents agitaient leurs mouchoirs; et il mettait son cheval au galop pour arriver comme un ouragan, ce qui faisait palpiter de peur Jeanne et Lison et s'exalter le grand-père qui criait «Bravo» dans un enthousiasme d'impotent.

Bien que Paul eût la tête de plus que sa mère, elle le traitait toujours comme un marmot, lui demandant encore: «Tu n'as pas froid aux pieds, Poulet?» et, quand il se promenait devant le perron, après déjeuner, en fumant une cigarette, elle ouvrait la fenêtre pour lui crier:

— Ne sors pas nu-tête, je t'en prie, tu vas attraper un rhume de cerveau.

Et elle frémissait d'inquiétude quand il repartait à cheval dans la nuit:

— Surtout ne va pas trop vite, mon petit Poulet, sois prudent, pense à ta pauvre mère qui serait désespérée s'il t'arrivait quelque chose.

 

彼女は3ヵ月間部屋に閉じこもり、衰弱し、顔色が悪くなり、行方不明になったと思われた。そして、少しずつ復活していった。父もリゾンおばさんも、レ・プープルに住んでいて、彼女から離れることはなかった。ちょっとした物音でも気を失い、些細な原因で長いシンコペーションに陥る。

彼女はジュリアンの死について詳しく聞いたことはなかった。彼女は何を気にしていたのか?十分な知識がなかったのでしょうか?姦通の事実と、大惨事の日に伯爵が突然訪ねてきたという幻影。

今、彼女の魂は、かつて夫が与えてくれた短い愛の喜びを、優しく、甘く、哀しい思い出に貫かれている。そして、婚約していた当時の彼を、コルシカの太陽の下で情熱の花を咲かせた唯一の時間を大切に思っていた彼を、再び目にしたのです。すべての欠点が減少し、すべての硬さが消え、不義そのものも、閉ざされた墓からの距離が長くなるにつれて、今や少なくなっていたのである。そしてジャンヌは、自分を抱いてくれたこの男に対する死後の漠然とした感謝の念に駆られ、過去の苦しみを許し、幸せな瞬間だけを思うようになったのである。そして、時が経ち、月日が経つにつれて、思い出も悲しみも、まるで積もった塵のように忘れ去られ、彼女は息子に全てを捧げたのです。

彼は偶像となり、彼の周りに集まった3つの存在の唯一の思想となり、専制君主として君臨した。ジャンヌは、男爵が片膝立ちでキスをした後、男爵に大きなキスをするのを緊張して見ていました。そして、リゾンおばさんは、いつもみんなからそうであるように、彼からも無視され、時にはほとんど口をきかないこの主人からメイドとして扱われ、自分の部屋に行っては、彼女が懇願してやっと手に入れた取るようにわかる愛撫を、彼が母親や祖父に保っている抱擁と比較して泣いたのでした。

この子がひたすら夢中になっているうちに、静かな、何事もない2年間が過ぎていった。3年目の冬の初め、春までルーアンに住むことが決まり、家族全員で移住することになった。しかし、廃墟のような古くて湿った家に着いたポールは、胸膜炎が心配されるほどひどい気管支炎になっていた。取り乱した3人の両親は、「ピーピーズの空気なしにはやっていけない」と言い放った。回復すると、すぐに「民」のもとに連れ戻された。

そして、単調で穏やかな年月が始まった。

いつも一緒に少年の周りにいて、あるときは彼の部屋で、あるときは広い居間で、あるときは庭で、彼のどもりやおかしな表情や仕草を絶賛していたのです。

母親は親しみを込めてポーレと呼んだが、彼はこの言葉をうまく発音できず、プーレと発音してしまい、笑いが絶えない。プーレと呼ばれるようになった。もう、それ以外の名前では呼ばれなくなった。

男爵が「三人の母」と呼ぶ3人の両親の魅力的な仕事のひとつは、彼の身長を測ることだった。

リビングルームのドアに貼られたパネルには、月ごとの成長を示す小さな線が何本もペンナイフで描かれていた。この秤は「プーレの秤」と呼ばれ、皆の生活に大きな役割を果たした。

そして、家族の中で重要な役割を果たす新しい個体が現れた。息子にばかり気を取られていたジャンヌに、放置されていた犬の「マサクリ」だ。リュディヴィヌに餌をもらい、馬小屋の前にある古い樽の中で飼われ、いつも一人で生活していた。

ある朝、ポールは彼に気づき、行って抱きしめてくれと叫んだ。彼は、無限の恐怖を感じながら、そこに連れて行かれた。離ればなれになると咆哮する子供を、犬は祝福していた。そして、マサックルが子どもを一時も離したくないと言い出したので、彼は、パウロの切っても切れない、絶え間ない友人となった。一緒に転げまわって、カーペットの上で並んで寝た。やがてマサクレは、もはや自分から離れることに同意しない同志のベッドで眠るようになった。ジャンヌは時々ノミに悩まされ、リゾンおばさんは、この犬が少年の愛情をたくさん奪ったことを恨んだ。この獣に奪われた愛情は、彼女がとても望んでいたものだと思われた。

ブリスヴィル家やクトリエ家とは、めったにない訪問が交わされた。市長と医師だけで、古城の孤独を邪魔していたのだ。ジャンヌは犬を殺され、伯爵夫人とジュリアンが惨殺された時に神父に疑惑を持たれて以来、教会に行かなくなり、こんな牧師を持つ神に苛立ちを覚えた。

トルビアック師は、悪の霊、永遠の反乱の霊、誤りと嘘の霊、不義の霊、腐敗と不純の霊に取りつかれた城を、折に触れ、直接的な暗示で忌み嫌ったのである。男爵のことをこう呼んだ。

さらに、彼の教会は閑散としており、耕作者が鋤を押す畑に沿って彼が行っても、農民たちは彼に話しかけるために立ち止まることもなく、彼を迎えるために背を向けることもなかった。また、取り憑かれた女性から悪魔を追い出したことから、魔術師とみなされるようになった。彼は呪文を解く不思議な言葉を知っていたというが、それは悪魔のいたずら以外の何物でもないという。青い乳を出す牛や、しっぽを丸く巻いている牛に手を合わせ、知らない言葉をかけて落とし物を探させたのです。

彼の狭量で狂信的な心は、悪魔の地上での出現の歴史、その力の様々な現れ、そのオカルト的で多様な影響力、彼が持つあらゆる資源、そしてその策略の普通のトリックが書かれた宗教書の研究に熱中していたのである。そして、この神秘的で致命的な力に対抗するために、特に自分が召されていると信じていたので、教会のマニュアルに示されている悪魔払いの公式をすべて学んでいたのである。

彼は、常に悪霊が影をさまよっているのを感じると信じ、「Sicut leo rugiens circuit quaerens quem devoret」というラテン語のフレーズが何度も口をついて出てくるのだった。

そして、彼の隠された力への恐怖が広がっていった。ベルゼバブが信仰の対象である田舎の無知な司祭たちは、この邪悪な力が発現した場合の儀式を細かく規定することに悩み、宗教と魔術を混同するようになり、アベ・トルビアックをちょっとした魔術師と見なしました。

ジャンヌに会った時、彼は挨拶をしなかった。

この状況に、リゾンおばさんは心配し、悩んでいた。おばさんは、恐い老女中魂で、人が教会に行かないということが理解できなかったのだ。彼女は間違いなく敬虔で、告解を受け、聖体拝領をしていた。しかし、誰もそれを知らないし、知ろうともしなかった。

ポールと二人きりになったとき、彼女はポールに神様のことをやさしく語りかけました。しかし、彼女が「私たちは善良な主をとてもとても愛さなければならない」と話すと、彼は時々こう答えるのだった。

- おばさん、あの人はどこにいるの?

そして、指で空を指差すのです。

- 上だよ、チキン。でも、そんなこと言っちゃダメだよ。

彼女は男爵を恐れていた。しかし、ある日プーレは彼女に言った。

- 良き主はどこにでもいるが、教会にはいない。

彼は祖父に叔母の不可解な事実を話したことがある。

子どもは10歳、母親は40歳くらいに見えた。体力があり、騒々しく、木登りも大胆にこなすが、あまり知識はない。彼はレッスンに退屈して、すぐに中断してしまった。そして、男爵が本の前で少し長居をすると、すぐにジャンヌがやってきて、こう言った。

- 今、遊ばせてあげましょう。まだ若いんだから、疲れさせちゃだめだよ。

彼女にとって、彼はいつも6カ月か1歳だった。小人のように歩き、走り、話すことにほとんど気づかず、転ばないか、寒くないか、興奮すると熱くならないか、胃に負担をかけるほど食べ過ぎないか、成長に合わせて食べ過ぎないか、常に心配しながら生活していたのです。

12歳の時、最初の聖体拝領という大きな難題が発生した。

ある朝、リセがジャンヌのところにやってきて、この子をこれ以上、宗教的な指導も受けず、最初の義務も果たさないでおくわけにはいかないと言った。彼女はあらゆる方法で、千差万別の理由、そして何よりも彼らが見た人々の意見を持ち出して論じた。母親は戸惑いながらも、「まだ待てる」と躊躇していた。

しかし、1ヵ月後、ブリスビル子爵夫人を訪問していたとき、この夫人は偶然に彼女に尋ねた。

- 今年、あなたのポールが初聖体を迎えることは間違いないでしょう。

と、不意を突かれたジャンヌが答えた。

- はい、マダム。

この一言で納得した彼女は、父親に内緒で、リゼにこの子をカテキズムに連れて行くように頼んだ。

しかし、ある晩、プーレが喉の調子を崩して帰ってきた。そして翌日、彼は咳き込んでいた。取り乱した母親が問いただすと、神父が彼の態度が悪かったので、ポーチのすきま風が吹く教会のドアでレッスンの終わりを待つようにと言い渡されたことを知った。

そのため、彼女は彼を家に留め、このアルファベットの宗教を自ら学ばせた。しかし、トルビアック院長は、リゾンの懇願にもかかわらず、教育が不十分であるとして、聖体拝領を認めない。

翌年も同じだった。そして、男爵は憤慨し、この子は正直な人間になるために、このナンセンスな、この下らないトランスインスタンティーションのシンボルを信じる必要はない、と誓った。

そして、しばらくして、ジャンヌが訪問してきた。
ブリゼビル夫妻は、何も見返りがなかった。彼女は知っているだけに、驚いていた。
しかし、侯爵夫人は、隣人たちの細心の注意を払っている。
を、また、?
そのため、徭蛍の恬瞳は、徭蛍の恬瞳を徭蛍の恬瞳と揖じように恬撹することができます。そこで、ジャンヌは彼女の家に出向くと、この婦人は、少し冷たい言葉をかけた後、乾いた調子でこう言った。

- 社会は、神を信じる者とそうでない者とに分けられる。ある者は、最も卑しい者でさえ、我々の友人であり、対等であり、他の者は我々にとって無価値である。

攻撃を察知したジャンヌは、こう答えた。

- しかし、教会に行かなくても神を信じることはできないのでしょうか?

侯爵夫人は答えた。

- いいえ、奥様。信者は、家に男を探しに行くように、教会で神に祈りに行くのです。

満身創痍のジャンヌが答えた。

- 神様はどこにでもいますよ、マダム。神父の善意を心から信じている私は、ある神父が神父と私の間に入るとき、もう神父の存在を感じないのです。

侯爵夫人は立ち上がりました。

- 神父は教会の旗を掲げているのです、奥様。その旗に従わない者は、神父にも我々にも敵対するのです。

ジャンヌは震えながら立ち上がりました。

- あなたは、マダム、パーティの神を信じますね。私は、正直者の神様を信じています。

彼女は敬礼して去っていった。

農民たちも、プーレに初聖体拝領をさせなかったことを、自分たちの間で責めていた。彼らは礼拝にも行かず、聖餐式にも近づかず、さもなければ教会の正式な規定に従って復活祭まで聖餐式を受けなかった。しかし、小さな子供たちにとっては、それは別のことだった。この共通の法律の外で子供を育てるという大胆さに、誰もが反発していただろう。

彼女はこの非難をよく見ていて、これらの協定、良心の取り決め、あらゆるものに対する普遍的な恐怖、すべての心の奥底に横たわる大きな臆病、そしてそれが姿を現すときには多くの立派な仮面で飾られていることに魂の中で憤慨していました。

男爵はポールの勉強を担当し、ラテン語を教え込んだ。母親は、「何よりも、この子を疲れさせないで」と、心配そうにレッスンの行われている部屋の近くをうろついていた。あるいは、「プーレさん、頭が痛くないんですか?あるいは、先生を止めるために、「あまりしゃべらせないで、のどに負担をかけるから。

少年は自由になると、母や叔母と一緒に庭に降りて行った。春には苗木を植え、花が咲いて大きくなったら種をまき、枝を剪定し、花を切って花束を作り、3人とも大地を耕すことが大好きになったのです。

若者の最大の関心事は、サラダの生産であった。彼は4つの大きな菜園を管理し、レタス、ロメイン、チコリ、ラズベリー、ロイヤルなど、食用として知られているすべての種類の葉を丹精込めて育てていました。彼は、日雇い労働者のように働かせた2人の母親に助けられながら、掘り、水をやり、草を取り、移植をしたのです。何時間も花壇に膝をついて、服を汚しながら、手は指一本で掘った穴に若い植物の根を入れるのに夢中になっている姿が目に浮かぶようである。

プーレさんは背が伸びて、15歳になった。居間にある体重計は1メートル58を指していた。しかし、彼は精神の子供のまま、無知で愚かで、この2枚のスカートと、もはや世紀末のようなこの親切な老人に窒息させられたのです。

ある晩、男爵が大学の話をすると、ジャンヌはすぐに号泣し始めた。リゾンおばさんは怯えながら、暗い隅に立っていた。

と母親は答えた。

- 何をそんなに知っている必要があるんだ。田園地帯の男、田舎の紳士にするんだ。多くの貴族がするように、彼は土地を耕すだろう。彼は、私たちが先に住んでいたこの家で、私たちが死ぬまで幸せに暮らし、老いていくのです。これ以上望むものはないでしょう。

しかし、男爵は頷いた。

- もし彼が25歳になったとき、あなたのところにやってきて、こう言ったらどうするのでしょう。「私は何も知らない、あなたのせいだ、あなたの母性的エゴイズムのせいだ。私は働くことも、誰かになることもできないと感じています。しかし、私はあなたの短絡的な優しさが私に課す、無名で謙虚で、死ぬほど悲しい人生のために作られたのではありません。

彼女はまだ泣きながら、息子に懇願していた。

- プーレの皆さん、私があなたを愛しすぎたことを責めることはないでしょう?

そして、大きな子供は、驚いて、約束しました。

- 違うよ、ママ。

- 私に誓いますか?

- はい、ママ。

- ここにいたいんでしょう?

- はい、ママ。

そして、男爵はしっかりと大きな声で話した。

- ジャンヌ、君にはこの命を捨てる権利はないんだ。あなたがここでやっていることは卑怯であり、ほとんど犯罪です。あなたは自分の幸せのために子供を犠牲にしているのです。

彼女は両手で顔を隠し、慌てて泣きながら口ごもりました。

- 私はとても不幸だった...とても不幸だった! 彼といれば安心なのに、彼は私からいなくなってしまった...私はどうなってしまうのだろう...たった一人で...今?

父親は立ち上がり、彼女のそばにやってきて、彼女を抱きしめた。

- そして、私、ジャンヌは?

彼女は突然彼の首を掴み、激しくキスをした。そして、まだ息が詰まっている中、彼女は言葉を発した。

- そうですね...たぶん...小父さん。頭がおかしくなりそうなくらい、苦しみました。学校に行かせたいとは思っています。

そして、何がどうなるのかよくわからないまま、今度はプーレが泣き出してしまった。

そして、3人の母親が、キスをしたり、抱きしめたりしながら、彼を励ましてくれた。そして、2階のベッドに上がると、口をつぐんでいた男爵も含めて、みんな心が重くなり、ベッドの中で泣いたという。

学期が始まると、この青年はルアーブルの大学に送られることが決まり、夏の間、今まで以上に多くのご馳走が与えられることになった。

母親は別れを惜しんで、よく呻吟していた。10月のある朝、眠れぬ夜を過ごした男爵は、女二人と一緒に馬車に乗り込み、二頭の馬が小走りに出発した。

この時、すでに寮の場所とクラスの位置が決まっていたのだ。ジャンヌはリゾンおばさんに手伝ってもらいながら、一日中、小さなタンスの中の衣類を片付けていました。箪笥は持ち込まれたものの4分の1も入っていなかったので、校長先生のところに行って、2つ目の箪笥を手に入れることができた。しかし、これほど多くの衣服や身の回り品があっても邪魔になるだけで、一度も使われることはないだろう。そこで母親は、近くの小さなホテルに部屋を借り、ホテルの主人には、子供が最初に電話をかけてきたら、プーレに必要なものをすべて持って行くように勧めました。

その後、桟橋を散歩して、行き交う船を眺めた。

徐々にライトアップされていく街に、悲しい夕暮れが訪れた。夕食を食べにレストランに入りました。誰も空腹ではなかった。目の前を通り過ぎた食器がほとんど満杯になって戻ってくると、濡れた目でお互いを見合わせた。

そして、学校に向かってゆっくりと歩き始めた。大小さまざまな子供たちが、家族に連れられて、あるいは召使いに連れられて、四方八方から集まってくる。多くの人が泣いていた。かろうじて明かりのある広い中庭に、涙の音が聞こえてきた。

ジャンヌとプーレは長い間抱き合っていた。リゾンおばさんは、すっかり忘れてハンカチで顔を隠しながら、後ろに残っていた。しかし、感情的になっていた男爵は、娘を引きずって別れを切り出した。馬車は玄関の前で待っていた。3人は馬車に乗り込み、夜のうちにピープルズへ帰っていった。

時々、重い嗚咽が物陰を通り過ぎる。

翌日、ジャンヌは夕方まで泣いた。翌日、彼女はフェートンに馬具をつけ、ル・アーヴルに向けて出発した。プーレさんは、すでに別れを決意していたようだ。生まれて初めて仲間ができたのだ。遊びたい気持ちで、応接間の椅子の上で震えていた。

ジャンヌは一日おきに、日曜日は外出のために帰ってきた。授業中も休み時間も、どうしていいかわからず、学校を出る気力も勇気もなく、面会室に座ったままだった。校長先生から家に上がるように言われ、来る頻度を減らすように言われたそうです。彼女はこの勧告を聞き入れなかった。

そして、男爵は、もし彼女が、息子がはしゃいでいる時間帯に遊ぶことを妨げ、常に邪魔をして働くことを続けるなら、息子を返さざるを得なくなるだろうと、一言警告した。そのため、彼女は囚人のようにプープルに留め置かれた。

子供以上に不安な気持ちで休日を待っていた。

そして、絶え間ない不安が彼女の魂を揺さぶった。彼女は田舎を放浪するようになり、犬のマサカと何日も一人で歩き、空虚に白昼夢を見るようになった。時には、崖の上から海を眺めながら午後のひとときを過ごすこともあれば、森を抜けてイポートに下り、記憶の中にある古い散歩道をたどることもありました。どれだけ昔、どれだけ昔、少女だった彼女がこの同じ国を夢いっぱいに歩いていたことか。

息子と再会するたびに、10年も離れていたのかと思うほどだった。月々、彼は男になり、月々、彼女は老婆になった。父親は弟のようで、25歳の頃から色あせることなく、年を取らないリゾンおばさんは、姉のような雰囲気を持っていた。

プーレはほとんど働かず、4年生の成績を2倍にした。3年目はうまくいったが、2年目はやり直しとなり、20歳の時にレトリックの世界に身を置くことになった。

背の高い金髪の少年になり、側頭部はすでにふさふさで、口ひげのような感じになっていた。今では、毎週日曜日にピープルに来てくれる人になっていた。以前から乗馬を習っていたこともあり、馬を借りれば2時間で行ける。

朝、ジャンヌは叔母や男爵と一緒に迎えに行ったが、男爵は次第に腰が曲がって、鼻にかからないように手を後ろに組んで、小さな老人のように歩いていた。

彼らはゆっくりと道を進み、時には側溝に腰を下ろし、ライダーがまだ見えるかどうか見送った。白い線の上に黒い点となって現れると、3人の両親はハンカチを振った。彼は馬を疾走させ、ハリケーンのように到着したので、ジャンヌとリゾンは恐怖でひるみ、祖父は高揚し、「ブラボー」と非力な熱狂を叫んだ。

ポールは母親より頭一つ分背が高かったが、それでも母親はポールを少年のように扱い、「プーレ、足が冷たくないか」と尋ね、昼食後にポーチの前を歩きながらタバコを吸っていると、窓を開けて怒鳴りつける。

- 頭を下げて外出しないでください、頭から風邪をひきますよ。

そして彼女は、彼が夜に向かって走り去るのを心配し、震えるのである。

- あまり急がないでね、私の小さな鶏ちゃん、気をつけてね、あなたに何かあったら絶望するかわいそうなお母さんのことを思ってね。

 

Mais voilà qu'un samedi matin elle reçut une lettre de Paul annonçant qu'il ne viendrait pas le lendemain parce que des amis avaient organisé une partie de plaisir à laquelle il était invité.

Elle fut torturée d'angoisse pendant toute la journée du dimanche comme sous la menace d'un malheur puis, le jeudi, n'y tenant plus, elle partit pour Le Havre.

Il lui parut changé sans qu'elle se rendît compte en quoi. Il semblait animé, parlait d'une voix plus mâle. Et soudain il lui dit, comme une chose toute naturelle:

— Sais-tu, maman, puisque tu es venue aujourd'hui, je n'irai pas aux Peuples dimanche prochain, parce que nous recommençons notre fête.

Elle resta toute saisie, suffoquée comme s'il eût annoncé qu'il partait pour le Nouveau Monde; puis, quand elle put enfin parler:

— Oh! Poulet, qu'as-tu? dis-moi, que se passe-t-il?

Il se mit à rire et l'embrassa:

— Mais rien de rien, maman. Je vais m'amuser avec des amis, c'est de mon âge.

Elle ne trouva pas un mot à répondre, et, quand elle fut toute seule dans la voiture, des idées singulières l'assaillirent. Elle ne l'avait plus reconnu son Poulet, son petit Poulet de jadis. Pour la première fois elle s'apercevait qu'il était grand, qu'il n'était plus à elle, qu'il allait vivre de son côté sans s'occuper des vieux. Il lui semblait qu'en un jour il s'était transformé. Quoi! c'était son fils, son pauvre petit enfant qui lui faisait autrefois repiquer des salades, ce fort garçon barbu dont la volonté s'affirmait!

Et pendant trois mois Paul ne vint voir ses parents que de temps en temps, toujours hanté d'un désir évident de repartir au plus vite, cherchant chaque soir à gagner une heure. Jeanne s'effrayait, et le baron sans cesse la consolait répétant:

— Laisse-le faire; il a vingt ans, ce garçon.

Mais, un matin, un vieil homme assez mal vêtu demanda en français d'Allemagne:

— Matame la vicomtesse.

Et, après beaucoup de saluts cérémonieux, il tira de sa poche un portefeuille sordide en déclarant: «Ché un bétit bapier bour fous», et il tendit, en le dépliant, un morceau de papier graisseux. Elle lut, relut, regarda le Juif, relut encore et demanda:

— Qu'est-ce que cela veut dire?

L'homme, obséquieux, expliqua:

— Ché fé fous tire. Votre fils il afé pesoin d'un peu d'archent, et comme ché safais que fous êtes une ponne mère, che lui prêté quelque betite chose bour son pesoin.

Elle tremblait.

— Mais pourquoi ne m'en a-t-il pas demandé à moi?

Le Juif expliqua longuement qu'il s'agissait d'une dette de jeu devant être payée le lendemain avant midi, que Paul n'étant pas encore majeur, personne ne lui aurait rien prêté et que son «honneur été gombromise» sans le «bétit service obligeant» qu'il avait rendu à ce jeune homme.

Jeanne voulait appeler le baron, mais elle ne pouvait se lever tant l'émotion la paralysait. Enfin elle dit à l'usurier:

— Voulez-vous avoir la complaisance de sonner?

Il hésitait, craignant une ruse. Il balbutia:

— Si che fous chêne, che refiendrai.

Elle remua la tête pour dire non. Elle sonna; et ils attendirent, muets, l'un en face de l'autre.

Quand le baron fut arrivé, il comprit tout de suite la situation. Le billet était de quinze cents francs. Il en paya mille en disant à l'homme entre les yeux:

— Surtout ne revenez pas.

L'autre remercia, salua, et disparut.

Le grand-père et la mère partirent aussitôt pour Le Havre; mais en arrivant au collège, ils apprirent que depuis un mois Paul n'y était point venu. Le principal avait reçu quatre lettres signées de Jeanne pour annoncer un malaise de son élève, et ensuite pour donner des nouvelles. Chaque lettre était accompagnée d'un certificat de médecin; le tout faux, naturellement. Ils furent atterrés, et ils restaient là, se regardant.

Le principal, désolé, les conduisit chez le commissaire de police.
Les deux parents couchèrent à l'hôtel.
Le lendemain on retrouva le jeune homme chez une fille entretenue de la ville. Son grand-père et sa mère l'emmenèrent aux Peuples sans qu'un mot fût échangé entre eux tout le long de la route. Jeanne pleurait, la figure dans son mouchoir. Paul regardait la campagne d'un air indifférent.

En huit jours on découvrit que, pendant les trois derniers mois, il avait fait quinze mille francs de dettes. Les créanciers ne s'étaient point montrés d'abord, sachant qu'il serait bientôt majeur.

Aucune explication n'eut lieu. On voulait le reconquérir par la douceur. On lui faisait manger des mets délicats, on le choyait, on le gâtait. C'était au printemps; on lui loua un bateau à Yport, malgré les terreurs de Jeanne, pour qu'il pût faire des promenades en mer.

On ne lui laissait point de cheval de crainte qu'il n'allât au
Havre.
Il demeurait désoeuvré, irritable, parfois brutal. Le baron s'inquiétait de ses études incomplètes. Jeanne, affolée à la pensée d'une séparation, se demandait cependant ce qu'on allait faire de lui.

Un soir il ne rentra pas. On apprit qu'il était sorti en barque avec deux matelots. Sa mère, éperdue, descendit nu-tête jusqu'à Yport, dans la nuit.

Quelques hommes attendaient sur la plage la rentrée de l'embarcation.

Un petit feu apparut au large; il approchait en se balançant. Paul ne se trouvait plus à bord. Il s'était fait conduire au Havre.

La police eut beau le rechercher, elle ne le retrouva pas. La fille qui l'avait caché une première fois avait aussi disparu, sans laisser de traces, son mobilier vendu, et son terme payé. Dans la chambre de Paul, aux Peuples, on découvrit deux lettres de cette créature qui paraissait folle d'amour pour lui. Elle parlait d'un voyage en Angleterre, ayant trouvé les fonds nécessaires, disait-elle.

Et les trois habitants du château vécurent, silencieux et sombres, dans l'enfer morne des tortures morales. Les cheveux de Jeanne, gris déjà, étaient devenus blancs. Elle se demandait naïvement pourquoi la destinée la frappait ainsi.

Elle reçut une lettre de l'abbé Tolbiac: «Madame, la main de Dieu s'est appesantie sur vous. Vous Lui avez refusé votre enfant; Il vous l'a pris à son tour pour le jeter à une prostituée. N'ouvrirez-vous pas les yeux à cet enseignement du Ciel? La miséricorde du Seigneur est infinie. Peut-être vous pardonnera-t- il si vous revenez vous agenouiller devant Lui. Je suis son humble serviteur, je vous ouvrirai la porte de sa demeure quand vous y viendrez frapper.»

Elle demeura longtemps avec cette lettre sur les genoux. C'était vrai, peut-être, ce que disait ce prêtre. Et toutes les incertitudes religieuses se mirent à déchirer sa conscience. Dieu pouvait-il être vindicatif et jaloux comme les hommes? mais s'il ne se montrait pas jaloux, personne ne le craindrait, personne ne l'adorerait plus. Pour se faire mieux connaître à nous, sans doute, il se manifestait aux humains avec leurs propres sentiments. Et le doute lâche, qui pousse aux églises les hésitants, les troublés, entrant en elle, elle courut furtivement, un soir, à la nuit tombante, jusqu'au presbytère, et, s'agenouillant aux pieds du maigre abbé, sollicita l'absolution.

Il lui promit un demi-pardon, Dieu ne pouvant déverser toutes ses grâces sur un toit qui recouvrait un homme comme le baron: «Vous sentirez bientôt, affirma-t-il, les effets de la Divine Mansuétude.»

Elle reçut, en effet, deux jours plus tard, une lettre de son fils et elle la considéra, dans l'affolement de sa peine, comme le début des soulagements promis par l'abbé.

«Ma chère maman, n'aie pas d'inquiétude. Je suis à Londres, en bonne santé, mais j'ai grand besoin d'argent. Nous n'avons plus un sou et nous ne mangeons pas tous les jours. Celle qui m'accompagne, et que j'aime de toute mon âme a dépensé tout ce qu'elle avait pour ne pas me quitter: cinq mille francs; et tu comprends que je suis engagé d'honneur à lui rendre cette somme d'abord. Tu serais donc bien aimable de m'avancer une quinzaine de mille francs sur l'héritage de papa, puisque je vais être bientôt majeur; tu me tireras d'un grand embarras.

«Adieu, ma chère maman, je t'embrasse de tout mon coeur, ainsi que grand-père et tante Lison. J'espère te revoir bientôt.

«Ton fils, Vicomte Paul de LAMARE.»

Il lui avait écrit! Donc il ne l'oubliait pas. Elle ne songea point qu'il demandait de l'argent. On lui en enverrait puisqu'il n'en avait plus. Qu'importait l'argent! Il lui avait écrit!

Et elle courut, en pleurant, porter cette lettre au baron. Tante Lison fut appelée; et on relut, mot à mot, ce papier qui parlait de lui. On en discuta chaque terme.

Jeanne, sautant de la complète désespérance à une sorte d'enivrement d'espoir, défendait Paul:

— Il reviendra, il va revenir puisqu'il écrit.

Le baron, plus calme, prononça:

— C'est égal, il nous a quittés pour cette créature. Il l'aime donc mieux que nous, puisqu'il n'a pas hésité.

Une douleur subite et épouvantable traversa le coeur de Jeanne; et tout de suite une haine s'alluma en elle contre cette maîtresse qui lui volait son fils, une haine inapaisable, sauvage, une haine de mère jalouse. Jusqu'alors toute sa pensée avait été pour Paul. À peine songeait-elle qu'une drôlesse était la cause de ses égarements. Mais soudain cette réflexion du baron avait évoqué cette rivale, lui avait révélé sa puissance fatale; et elle sentit qu'entre cette femme et elle une lutte commençait, acharnée, et elle sentait aussi qu'elle aimerait mieux perdre son fils que de le partager avec l'autre.

Ils envoyèrent les quinze mille francs et ne reçurent plus de nouvelles pendant cinq mois. Puis, un homme d'affaires se présenta pour régler les détails de la succession de Julien. Jeanne et le baron rendirent les comptes sans discuter, abandonnant même l'usufruit qui revenait à la mère. Et, rentré à Paris, Paul toucha cent vingt mille francs. Il écrivit alors quatre lettres en six mois, donnant de ses nouvelles en style concis et terminant par de froides protestations de tendresse: «Je travaille, affirmait-il; j'ai trouvé une position à la Bourse. J'espère aller vous embrasser quelque jour aux Peuples, mes chers parents.»

Il ne disait pas un mot de sa maîtresse; et ce silence signifiait plus que s'il eût parlé d'elle durant quatre pages. Jeanne, dans ces lettres glacées, sentait cette femme, embusquée, implacable, l'ennemie éternelle des mères, la fille.

Les trois solitaires discutaient sur ce qu'on pouvait faire pour sauver Paul; et ils ne trouvaient rien. Un voyage à Paris? À quoi bon?

Le baron disait:

— Il faut laisser s'user sa passion. Il nous reviendra tout seul.

Et leur vie était lamentable.

Jeanne et Lison allaient ensemble à l'église en se cachant du baron.

Un temps assez long s'écoula sans nouvelles, puis, un matin, une lettre désespérée les terrifia.

«Ma pauvre maman, je suis perdu, je n'ai plus qu'à me brûler la cervelle si tu ne viens pas à mon secours. Une spéculation qui présentait pour moi toutes les chances de succès vient d'échouer; et je dois quatre-vingt-cinq mille francs. C'est le déshonneur si je ne paie pas, la ruine, l'impossibilité de rien faire désormais. Je suis perdu. Je te le répète, je me brûlerai la cervelle plutôt que de survivre à cette honte. Je l'aurais peut-être fait déjà sans les encouragements d'une femme dont je ne parle jamais et qui est ma Providence.

«Je t'embrasse du fond du coeur, ma chère maman; c'est peut-être pour toujours. Adieu.

«Paul.»

Des liasses de papiers d'affaires joints à cette lettre donnaient des explications détaillées sur le désastre.

Le baron répondit poste pour poste qu'on allait aviser. Puis il partit pour Le Havre afin de se renseigner; et il hypothéqua des terres pour se procurer de l'argent qui fut envoyé à Paul.

Le jeune homme répondit trois lettres de remerciements enthousiastes et de tendresses passionnées, annonçant sa venue immédiate pour embrasser ses chers parents.

Il ne vint pas.

Une année entière s'écoula.

Jeanne et le baron allaient partir pour Paris afin de le trouver et de tenter un dernier effort quand on apprit par un mot qu'il était à Londres de nouveau, montant une entreprise de paquebots à vapeur, sous la raison sociale «PAUL DELAMARE ET Cie». Il écrivait: «C'est la fortune assurée pour moi, peut-être la richesse. Et je ne risque rien. Vous voyez d'ici tous les avantages. Quand je vous reverrai, j'aurai une belle position dans le monde. Il n'y a que les affaires pour se tirer d'embarras aujourd'hui.»

Trois mois plus tard, la compagnie de paquebots était mise en faillite et le directeur poursuivi pour irrégularités dans les écritures commerciales. Jeanne eut une crise de nerfs qui dura plusieurs heures; puis elle prit le lit.

Le baron repartit au Havre, s'informa, vit des avocats, des hommes d'affaires, des avoués, des huissiers, constata que le déficit de la société Delamare était de deux cent trente-cinq mille francs, et il hypothéqua de nouveau ses biens. Le château des Peuples et les deux fermes furent grevés pour une grosse somme.

Un soir, comme il réglait les dernières formalités dans le cabinet d'un homme d'affaires, il roula sur le parquet, frappé d'une attaque d'apoplexie.

Jeanne fut prévenue par un cavalier. Quand elle arriva, il était mort.

Elle le ramena aux Peuples, tellement anéantie que sa douleur était plutôt de l'engourdissement que du désespoir.

L'abbé Tolbiac refusa au corps l'entrée de l'église, malgré les supplications éperdues des deux femmes. Le baron fut enterré à la nuit tombante, sans cérémonie aucune.

Paul connut l'événement par un des agents liquidateurs de sa faillite. Il était encore caché en Angleterre. Il écrivit pour s'excuser de n'être point venu, ayant appris trop tard le malheur. «D'ailleurs, maintenant que tu m'as tiré d'affaire, ma chère maman, je rentre en France, et je t'embrasserai bientôt.»

Jeanne vivait dans un tel affaissement d'esprit qu'elle semblait ne plus rien comprendre.

Et vers la fin de l'hiver tante Lison, âgée alors de soixante-huit ans, eut une bronchite qui dégénéra en fluxion de poitrine; et elle expira doucement en balbutiant:

— Ma pauvre petite Jeanne, je vais demander au bon Dieu qu'il ait pitié de toi.

Jeanne la suivit au cimetière, vit tomber la terre sur le cercueil, et, comme elle s'affaissait avec l'envie au coeur de mourir aussi, de ne plus souffrir, de ne plus penser, une forte paysanne la saisit dans ses bras et l'emporta comme elle eût fait d'un petit enfant.

En rentrant au château, Jeanne, qui venait de passer cinq nuits au chevet de la vieille fille, se laissa mettre au lit sans résistance par cette campagnarde inconnue qui la maniait avec douceur et autorité; et elle tomba dans un sommeil d'épuisement, accablée de fatigue et de souffrance.

Elle s'éveilla vers le milieu de la nuit. Une veilleuse brûlait sur la cheminée. Une femme dormait dans un fauteuil. Qui était cette femme? Elle ne la reconnaissait pas, et elle cherchait, s'étant penchée au bord de sa couche, pour bien distinguer ses traits sous la lueur tremblotante de la mèche flottant sur l'huile dans un verre de cuisine.

Il lui semblait pourtant qu'elle avait vu cette figure. Mais quand? Mais où? La femme dormait paisiblement, la tête inclinée sur l'épaule, le bonnet tombé par terre. Elle pouvait avoir quarante ou quarante-cinq ans. Elle était forte, colorée, carrée, puissante. Ses larges mains pendaient des deux côtés du siège. Ses cheveux grisonnaient. Jeanne la regardait obstinément dans ce trouble d'esprit du réveil après le sommeil fiévreux qui suit les grands malheurs.

Certes elle avait vu ce visage! Était-ce autrefois? Était-ce récemment? Elle n'en savait rien, et cette obsession l'agitait, l'énervait. Elle se leva doucement pour regarder de plus près la dormeuse, et elle s'approcha sur la pointe des pieds. C'était la femme qui l'avait relevée au cimetière, puis couchée. Elle se rappelait cela confusément.

Mais l'avait-elle rencontrée ailleurs, à une autre époque de sa vie? Ou bien la croyait-elle reconnaître seulement dans le souvenir obscur de la dernière journée? Et puis comment était-elle là, dans sa chambre? Pourquoi?

La femme souleva sa paupière, aperçut Jeanne et se dressa brusquement. Elles se trouvaient face à face, si près que leurs poitrines se frôlaient. L'inconnue grommela:

— Comment! vous v'là d'bout! Vous allez attraper du mal à c't'heure. Voulez-vous bien vous r'coucher!

Jeanne demanda:

— Qui êtes-vous?

Mais la femme, ouvrant les bras, la saisit, l'enleva de nouveau, et la reporta sur son lit avec la force d'un homme. Et comme elle la reposait doucement sur ses draps, penchée, presque couchée sur Jeanne, elle se mit à pleurer en l'embrassant éperdument sur les joues, dans les cheveux, sur les yeux, lui trempant la figure de ses larmes, et balbutiant:

— Ma pauvre maîtresse, mam'zelle Jeanne, ma pauvre maîtresse, vous ne me reconnaissez donc point?

Et Jeanne s'écria:

— Rosalie, ma fille.

Et, lui jetant les deux bras au cou, elle l'étreignit en la baisant; et elles sanglotaient toutes les deux, enlacées étroitement, mêlant leurs pleurs, ne pouvant plus desserrer leurs bras.

Rosalie se calma la première:

— Allons, faut être sage, dit-elle, et ne pas attraper froid.

Et elle ramassa les couvertures, reborda le lit, replaça l'oreiller sous la tête de son ancienne maîtresse qui continuait à suffoquer, toute vibrante de vieux souvenirs surgis en son âme.

Elle finit par demander:

— Comment es-tu revenue, ma pauvre fille?

Rosalie répondit:

— Pardi, est-ce que j'allais vous laisser comme ça, toute seule, maintenant!

Jeanne reprit:

— Allume donc une bougie que je te voie.

Et, quand la lumière fut apportée sur la table de nuit, elles se considérèrent longtemps sans dire un mot. Puis Jeanne, tendant la main à sa vieille bonne, murmura:

— Je ne t'aurais jamais reconnue, ma fille, tu es bien changée, sais-tu, mais pas tant que moi, encore.

Et Rosalie, contemplant cette femme à cheveux blancs, maigre et fanée, qu'elle avait quittée jeune, belle et fraîche, répondit:

— Ça c'est vrai que vous êtes changée, madame Jeanne, et plus que de raison. Mais songez aussi que v'là vingt-quatre ans que nous nous sommes pas vues.

Elles se turent, réfléchissant de nouveau. Jeanne, enfin, balbutia:

— As-tu été heureuse au moins?

Et Rosalie, hésitant dans la crainte de réveiller quelque souvenir trop douloureux, bégayait:

— Mais… oui…, oui…, madame. J'ai pas trop à me plaindre, j'ai été plus heureuse que vous… pour sûr. Il n'y a qu'une chose qui m'a toujours gâté le coeur, c'est de ne pas être restée ici…

Puis elle se tut brusquement, saisie d'avoir touché à cela sans y songer. Mais Jeanne reprit avec douceur:

— Que veux-tu, ma fille, on ne fait pas toujours ce qu'on veut.
Tu es veuve aussi, n'est-ce pas?
Puis une angoisse fit trembler sa voix, et elle continua:

— As-tu d'autres… d'autres enfants?

— Non, madame.

— Et, lui, ton… ton fils, qu'est-ce qu'il est devenu? En es-tu satisfaite?

— Oui, madame, c'est un bon gars qui travaille d'attaque. Il s'est marié v'là six mois, et il prend ma ferme, donc, puisque me v'là revenue avec vous.

Jeanne, tremblant d'émotion, murmura:

— Alors, tu ne me quitteras plus, ma fille?

Et Rosalie, d'un ton brusque:

— Pour sûr, madame, que j'ai pris mes dispositions pour ça.

Puis elles ne parlèrent pas de quelque temps. Jeanne, malgré elle, se remettait à comparer leurs existences, mais sans amertume au coeur, résignée maintenant aux cruautés injustes du sort. Elle dit:

— Ton mari, comment a-t-il été pour toi?

— Oh! c'était un brave homme, madame, et pas feignant, qui a su amasser du bien. Il est mort du mal de poitrine.»

Alors Jeanne, s'asseyant sur son lit, envahie d'un besoin de savoir:

— Voyons, raconte-moi tout, ma fille, toute ta vie. Cela me fera du bien, aujourd'hui.

Et Rosalie, approchant une chaise, s'assit et se mit à parler d'elle, de sa maison, de son monde, entrant dans les menus détails chers aux gens de campagne, décrivant sa cour, riant parfois de choses anciennes déjà qui lui rappelaient de bons moments passés, haussant le ton peu à peu, en fermière habituée à commander. Elle finit par déclarer:

— Oh! j'ai du bien au soleil, aujourd'hui. Je ne crains rien.

Puis elle se troubla encore et reprit plus bas:

— C'est à vous que je dois ça tout de même: aussi vous savez que je n'veux pas de gages. Ah! mais non. Ah! mais non! Et puis, si vous n' voulez point, je m'en vas.

Jeanne reprit:

— Tu ne prétends pourtant pas me servir pour rien?

— Ah! mais que oui, madame. De l'argent! Vous me donneriez de l'argent! Mais j'en ai quasiment autant que vous. Savez-vous seulement c'qui vous reste avec tous vos gribouillis d'hypothèques et d'empruntages, et d'intérêts qui n'sont pas payés et qui s'augmentent à chaque terme? Savez-vous? non, n'est-ce pas? Eh bien, je vous promets que vous n'avez seulement plus dix mille livres de revenu. Pas dix mille, entendez-vous. Mais je vas vous régler tout ça, et vite encore.

Elle s'était remise à parler haut, s'emportant, s'indignant de ces intérêts négligés, de cette ruine menaçante. Et comme un vague sourire attendri passait sur la figure de sa maîtresse, elle s'écria, révoltée:

— Il ne faut pas rire de ça, madame, parce que sans argent, il n'y a plus que des manants.

Jeanne lui reprit les mains et les garda dans les siennes; puis elle prononça lentement, toujours poursuivie par la pensée qui l'obsédait:

— Oh! moi, je n'ai pas eu de chance. Tout a mal tourné pour moi.
La fatalité s'est acharnée sur ma vie.
Mais Rosalie hocha la tête:

— Faut pas dire ça, madame, faut pas dire ça. Vous avez mal été mariée, v'là tout. On n'se marie pas comme ça aussi, sans seulement connaître son prétendu.

Et elles continuèrent à parler d'elles ainsi qu'auraient fait deux vieilles amies.

Le soleil se leva comme elles causaient encore.

 

しかし、ある土曜日の朝、ポールから手紙が届き、翌日は友人たちが企画した楽しいパーティーに招待されたので、来られないと言われた。

日曜日は一日中、まるで災難に見舞われたかのように不安に苛まれ、木曜日には耐え切れずにルアーブルに向けて出発してしまったのだ。

彼は知らないうちに変わっていたようだ。彼は生き生きとした表情で、より男性的な声で話していた。そして、突然、当たり前のように彼女に言った。

- あのね、ママ、今日来てくれたから、次の日曜日はピープルズには行かないよ、またパーティーが始まるから。

彼女は、まるで彼が新世界に旅立つと宣言したかのように、息苦しさに襲われたままだった。そして、ようやく話すことができるようになった時、彼女は言った。

- チキン、どうしたんだ?

彼は笑いながら彼女にキスをした。

- でも、全然ダメですよ、お母さん。友人と楽しく過ごす、それが私の年齢です。

返す言葉が思いつかず、車の中で一人になった時、不思議な考えが浮かんだという。彼女はもう自分のチキンが、昔の小さなチキンがわからなくなっていた。彼女は初めて、彼が大人になったこと、もう自分のものではないこと、年寄りの世話にならずに一人で生きていくことを悟った。たった1日で、彼は生まれ変わったように思えた。なんと、彼女の息子だったのだ!サラダを摘んでいたかわいそうな子供、この強いひげを生やした少年は、自分の意志を主張していたのだ。

そして3ヶ月間、ポールは時々両親に会いに来るだけで、いつも早く帰りたいという明らかな願望に取りつかれ、毎晩1時間ずつ時間を稼ごうとした。ジャンヌは怯え、男爵はしきりに彼女を慰め、こう繰り返した。

- あの子、二十歳ですからね。

しかし、ある朝、ちょっと格好の悪いオジサンがドイツ語でフランス語で聞いてきた。

- マタメ・ラ・ヴィコントス

そして、何度も儀礼的な挨拶をした後、ポケットから汚れた財布を取り出し、「Ché un bétit bapier bour fous」と宣言し、それを広げて脂ぎった紙切れを差し出しました。彼女は読み、読み直し、ユダヤ人を見て、また読み直し、尋ねた。

- どういう意味ですか?

男は卑屈に説明した。

- シェ・フェ・フェ・タイヤ 息子さんは少しお金が必要で、あなたは良い母親なので、何かお金を貸してあげましたね。

彼女は震えていた。

- でも、なぜ私に聞かなかったのでしょう?

ユダヤ人は、これはギャンブルの借金で、翌日の昼前に支払わなければならないこと、パウロはまだ成人しておらず、誰も貸してくれないこと、この青年にした「ちょっとした親切な奉仕」がなければ、自分の「名誉が台無しになる」ことを長々と説明した。

ジャンヌは男爵を呼ぼうとしたが、感情が麻痺して立ち上がれない。最後に彼女は、使用人に言った。

- ベルを鳴らしていただけませんか?

彼は、策略を恐れて躊躇した。と口ごもった。

- 樫の木なら、またやってくれるだろう。

彼女は首を振って断った。彼女はベルを鳴らし、二人は無言のまま、向かい合って待っていた。

男爵が到着すると、彼はすぐに状況を理解した。チケットは1,500フランであった。彼は千円を払って、その男の眉間に言った。

- もう来ないでください。

相手は礼を言って敬礼し、姿を消した。

祖父と母はすぐにルアーブルに向かったが、学校に着いてみると、ポールは1カ月も通っていないことが分かった。校長のもとには、ジャンヌの署名入りの手紙が4通届き、教え子が病気であることを告げ、そして知らせがあった。手紙には医師の診断書が添えられていた。当然ながら、すべて嘘である。二人は驚いて、顔を見合わせた。

校長は反省して、彼らを警視総監のところに連れて行った。
両親二人はホテルで寝た。
翌日、その青年は市内の裕福な女性の家で発見された。祖父と母に連れられてLes Peuples(レ・ププル)へ向かう間、二人の間には一言も交わされなかった。ジャンヌはハンカチに顔をうずめて泣いていた。ポールは淡々とした表情で田園風景を眺めていた。

この3ヵ月間で、1万5千フランの借金を作っていたことが、8日間で判明したのだ。債権者たちは、彼がもうすぐ成人することを知って、最初は姿を見せなかった。

説明は一切行われなかった。優しくすることで、彼を取り戻そうとしたのだ。おいしいものを食べさせ、甘やかし、甘やかした。春になり、ジャンヌの心配をよそに、イポートで船を借りて、海の上を散歩するようになった。

ル・アーヴルに行くのを恐れて、馬を持たせてもらえなかったのだ。
ハーバー
彼は、怠け者のまま、いらいらし、時には残忍なこともしていた。男爵は、自分の勉強が中途半端であることを心配していたのだ。ジャンヌは、別離を考えて取り乱し、彼をどうするかと考えた。

ある晩、彼は帰ってこなかった。彼は2人の船員と一緒に船で出かけたことがわかった。取り乱した母親は、夜中に裸でイポートに下りて行った。

浜辺でボートの帰りを待っている男たちもいた。

外海に小さな光が現れ、近づいてきて揺れている。ポールはもう船に乗っていない。ルアーブルに運ばれていたのだ。

警察が探したが、見つからなかった。最初に彼を隠した少女も、家具が売れ、定期代が支払われ、跡形もなく姿を消していた。Les Peuplesのポールの部屋から、彼に夢中になっているように見えるこの生き物から2通の手紙が発見された。必要な資金を工面して、イギリスへ行くことを話したという。

そして、城の3人の住人は、道徳的な拷問という悲惨な地獄の中で、静かに、そして暗く暮らしていたのです。すでに白髪だったジャンヌの髪は、白くなっていた。なぜ、こんな運命に見舞われたのだろうと、素朴に思った。

トルビアック修道院長から「奥様、神の御手があなたに下りました」という手紙が届いた。あなたは自分の子供を神に拒まれ、神はあなたから順番にそれを奪って、売春婦に投げ捨てられたのです。この天からの教えに目を開けないのですか?主の慈悲は無限である。もしかしたら、あなたが神の前に跪くために戻ってくれば、神はあなたを許してくださるかもしれません。私は主の謙遜な僕です。あなたが来てノックするとき、私は主の住まいの扉を開きます。

彼女はこの手紙を膝の上に置いたまま、長い間留まっていた。この神父が言ったことは本当だったのかもしれない。そして、宗教上の不安は、彼女の良心を引き裂き始めた。神は人間のように執念深く、嫉妬深いのでしょうか。 しかし、もし神が嫉妬深くなければ、誰も神を恐れず、誰も神を崇めなくなるでしょう。自分をよりよく知ってもらうために、間違いなく、自分の感情を持った人間に姿を現したのだ。そして、ためらいや悩みを抱えた者を教会に駆り立てる臆病な疑念が彼女に入り込み、ある夕暮れ時にこっそりと長老院に駆け込み、痩せた修道院長の足元にひざまずいて赦しを請うたのです。

男爵のような男を覆う屋根に、神はすべての恵みを注ぐことはできないので、彼は彼女に半分の赦しを約束した。「あなたはすぐに、神のマンズチュードの効果を感じるようになるでしょう」と彼は断言した。

その2日後、確かに息子から手紙が届き、彼女は悲しみのパニックの中で、これを修道院長が約束した救済の始まりと考えた。

"親愛なる母""心配しないでください 私はロンドンにいて、健康であるが、お金にとても困っている。私たちは無一文で、毎日食べているわけではありません。私のそばにいる、私が心から愛している女性は、私と別れるために全財産を使い果たしました。ですから、私はもうすぐ成人ですから、パパの遺産から1万5千フランほど出してくだされば、大変困らずにすみます。

"さらば愛しき母よ" "祖父とリゾン叔母さんにも 心からのキスを 早くお会いしたいですね。

"ご子息 ポール・ドゥ・ラマーレ子爵"

彼は彼女に手紙を書いたのだ!だから、彼は彼女のことを忘れてはいなかったのだ。まさか、お金を要求しているとは思いもよらなかった。もうないのだから、送ってあげようということになった。お金がどうしたっていうんだ!?彼は彼女に手紙を書いたのだ!

そして、この手紙を男爵に届けるために、泣きながら走りました。リソンおばさんが呼ばれ、彼のことが書かれた新聞が一字一句読み直された。一字一句違わず話し合った。

そのため、このような弊害が発生する可能性があります。

- 彼は戻ってくる、彼は書くから戻ってくる。

男爵は、落ち着いて言った。

- 全ては、この生き物のために、私たちを捨てたのです。躊躇しなかったのだから、私たちよりも彼女を愛しているのだろう。

ジャンヌは突然、恐ろしいほどの痛みに襲われ、息子を奪ったこの愛人に対して、一気に憎悪の念が沸き起こった。それまで、彼女の頭の中はポールのことでいっぱいだった。彼女は、まさか愚かな女が自分の気晴らしの原因になっているとは思いもしなかった。しかし、男爵のこの考察が突然このライバルを呼び起こし、彼女の致命的な力を明らかにした。彼女はこの女性と自分の間で、激しい争いが始まっていると感じ、また、息子をもう一人と共有するくらいなら、息子を失う方がましだとも感じていた。

1万5千フランを送ったが、その後5カ月間音信不通になった。そこに、ジュリアンの遺産相続の詳細を決めるために、ある実業家がやってきた。ジャンヌと男爵は、母親の所有物である用益権を放棄してまで、議論することなく勘定書を提出した。そして、パリに戻ったポールは、12万フランを受け取った。そして、半年間に4通の手紙を書き、簡潔な文体で近況を伝え、最後に冷ややかな優しさの抗議をした。「私は働いています。いつかLes Peuplesで親愛なる両親と抱き合いたい。

そしてこの沈黙は、4ページにわたって愛人について語った場合よりも大きな意味を持つ。ジャンヌは、この氷のような手紙の中で、この女が、待ち伏せされ、容赦なく、母親の永遠の敵である娘であることを感じていた。

孤独な3人は、ポールを救うために何ができるかを話し合ったが、何も思いつかなかった。パリへの旅?何のために?

男爵は言った。

- 彼の情熱を枯渇させなければならない。彼は一人で帰ってくる。

そして、彼らの人生は嘆かわしいものでした。

ジャンヌとリゾンは男爵から隠れて、一緒に教会へ行った。

長い間、何の知らせもないまま、ある朝、一通の絶望的な手紙が彼らを脅かした。

"哀れな母よ、私は迷子です、あなたが助けに来てくれなければ、私の脳を焼くしかありません。成功する見込みのあった投機が失敗し、8万5千フランの借金を背負うことになったのです。払わなければ不名誉であり、破滅であり、これから先何もできなくなるのだ。迷っています。繰り返すが、この恥をしのぐくらいなら、脳を焼く。私のプロビデンスである、ある女性の励ましがなかったら、もうそうしていたかもしれない。

「心の底からあなたにキスします、親愛なる母よ、それは永遠に続くかもしれません。さらばだ。

"ポール"

この手紙に同封されたビジネス文書の束には、震災の詳細が記されていた。

男爵は、「アドバイスする」と、一々返事をしていた。そして、ル・アーヴル(Le Havre)へ調査に出かけ、土地を抵当に入れて資金を調達し、パウロに送った。

そして、3通の手紙には、両親を迎えに行くという熱い思いと感謝の言葉が書かれていた。

彼は来なかった。

丸1年が過ぎた。

ジャンヌと男爵は、彼を探して最後の努力をしようとパリに向かおうとしたが、彼が再びロンドンに来て、「PAUL DELAMARE ET Cie」という名前で蒸気船ビジネスを始めたという知らせが入った。彼は、「私には幸運が約束されている、おそらく富だ」と書いている。そして、私は何のリスクも冒さない。ここから、すべてのメリットをご覧いただけます。今度会うときは、いいポジションをとっていることでしょう。今日もトラブルから逃れるためのビジネスしかない。"

その3ヵ月後、汽船会社は倒産し、取締役は商業記録の不正を理由に起訴された。ジャンヌは緊張のあまり、数時間寝込んでしまった。

男爵はルアーブルに戻り、弁護士、実業家、事務弁護士、廷吏に会って問い合わせたところ、デラマーレ社の赤字が23万5千フランであることがわかり、もう一度自分の財産を抵当に入れた。シャトー・デ・ププル(Château des Peuples)と2つの農場は、多額の担保に供された。

ある晩、サラリーマンの事務所で最後の手続きをしていると、発作が起きて床に転がった。

ジャンヌはライダーから警告を受けた。彼女が到着した時、彼は亡くなっていた。

彼女は、絶望というより無感覚になるほど打ちのめされた彼を、民衆のもとに連れ戻した。

トルビアック大修道院長は、2人の女性の取り乱した懇願にもかかわらず、遺体を教会に入れることを拒否した。男爵は夕暮れ時に、何の儀式もなく埋葬された。

ポールは、自分の破産の清算人の一人からこの出来事を知った。彼はまだイギリスに潜伏していたのだ。そして、その不幸を知るのが遅すぎたため、来られなかったことを詫びる手紙を出した。"それにせっかく母さんが 助けてくれたんだから" "フランスに帰って お前を抱きしめるよ"

ジャンヌは精神が崩壊して、何もわかっていないような状態だった。

そして、冬の終わり頃、当時68歳だったリソンおばさんは気管支炎になり、それが悪化して胸部の融解を起こし、口ごもりながらゆっくりと息を引き取ったのです。

- 哀れなジャンヌよ、良き主の憐れみをいただこう。

彼女は彼女の後を追って墓地に行き、棺の上に土が落ちるのを見て、自分も死にたい、もう苦しまない、もう考えない、と思って沈んでいると、強い農婦が彼女を抱きかかえて、幼い子供にするように運んで行きました。

城に戻ったジャンヌは、老女の枕元で5晩を過ごしたばかりだったが、この見知らぬ田舎娘が優しく、威厳をもって自分を扱うので、抵抗することなく寝かされ、疲労と苦しみに打ちのめされて眠りについたのである。

彼女は夜中くらいに目が覚めた。マントルピースには常夜灯が灯っている。肘掛け椅子で寝ている女性がいた。この女性は誰なのか?彼女は自分が誰だかわからず、ベッドの縁に寄りかかって辺りを見回し、キッチングラスの油に浮かんだ芯の揺らめく光の中で彼女の特徴を確認した。

しかし、彼女にはその姿が見えていたようだ。でも、いつ?でも、どこで?女性は肩に頭を乗せ、ボンネットを床に落として、すやすやと眠っていた。彼女は40歳か45歳くらいだったでしょうか。彼女は強く、色鮮やかで、四角く、力強かった。彼女の大きな手がシートの両脇にぶら下がっている。髪は白髪になっていた。ジャンヌは、大きな不幸に見舞われた後、熱っぽい眠りから覚めたときのような困った状態で、頑なに彼女を見つめていた。

確かに彼女はその顔を見たことがあるのだ 過去にあったのですか?最近ですか?その強迫観念が彼女を苦しめ、苛立たせた。寝ている人をよく見ようと、ゆっくりと起き上がり、つま先立ちで近づいた。それは、彼女を墓地まで迎えに行き、そしてベッドに寝かせた女性であった。彼女はそれをぼんやりと覚えていた。

しかし、彼女は別の場所で、人生の別の時期に出会ったのだろうか。それとも、最後の日の曖昧な記憶の中でしか、彼女を認識できないと思ったのだろうか。それなのに、どうして自分の部屋にいたのか?なぜ彼女はそこにいたのか?

女はまぶたを上げ、ジャンヌを見て、急に立ち上がった。二人は顔を合わせ、胸が擦れるほど接近していた。見知らぬ女性が不機嫌になった。

- よくぞ来てくれました。今に悪いものが釣れるぞ。風邪をひくからベッドに戻って!

とジャンヌが聞いた。

- あなたは誰ですか?

しかし、女は両腕を広げて彼女を抱きかかえ、再び抱き上げ、男の力でベッドに戻した。そして、彼女をシーツにそっと寝かせ、前かがみになってジャンヌの上に横たわりそうになると、彼女は泣き出し、頬に、髪に、目に、狂ったようにキスをして、涙で顔を濡らし、口ごもるのであった。

- 哀れな女主人よ、マムゼル・ジャンヌ、哀れな女主人よ、私がわからないのか?

そして、ジャンヌは叫んだ。

- ロザリー、私の娘です。

そして、両腕を彼女の首に回して抱きしめ、キスをした。二人は泣きじゃくり、強く抱き合い、涙を混ぜ合わせながら、腕を緩めることができないでいた。

最初に落ち着いたのはロザリーだった。

- さあ、風邪をひかないように気をつけなさい、と彼女は言った。

そして、毛布をまとめ、ベッドを戻し、窒息し続ける元愛人の頭の下に枕を置き、すべては彼女の魂に生じた古い記憶で振動していたのです。

彼女は最後にこう尋ねた。

- どうやって戻ってきたんだ、かわいそうに?

ロザリーが答えた。

- そんな君を一人にしていいのか?

ジャンヌは続けた。

- キャンドルに火を灯して、あなたに会えるように。

そして、枕元に明かりがもたらされると、二人は何も言わずに長い間見つめ合っていた。そして、ジャンヌは老女中へ手を差し出しながら、こうつぶやいた。

- 私はあなたに気づかなかったでしょう、私の娘よ、あなたはかなり変わった、わかるでしょう、でも私ほどではないわ。

そしてロザリーは、若く、美しく、新鮮なまま去ったこの白髪の、痩せて色あせた女を思い浮かべながら、こう答えた。

- 確かにあなたは変わったわ、マダム・ジャンヌ、十分すぎるほどね。でも、24年間も会っていないことも忘れてはいけません。

二人は黙り込み、また考えた。ジャンヌは、ついに言いよどんだ。

- せめてもの幸せはあったのでしょうか。

ロザリーは、あまりにつらい記憶を呼び起こすのを恐れてためらい、口ごもった。

- でも...そう...なんです...奥様。あまり文句は言えませんね、私の方が幸せでしたから...確かに。ただひとつ、いつも私の心を損ねていることがあります。それは、ここに残らなかったことです...。

そして、自分が何気なくそのことに触れてしまったことに驚いて、急に黙り込んでしまった。しかし、ジャンヌは優しく再開した。

- どうするんだ、娘よ、私たちはいつも自分の思い通りになるとは限らない。
あなたも未亡人なんでしょう?
そして、苦悶の表情で声を振り絞り、こう続けた。

- 他に...他にお子さんがいらっしゃるんですか?

- いいえ、マダム。

- あなたの息子は、どうなったのですか?あなたは彼に満足していますか?

- はい、奥様、彼はよく働くいい男です。彼は半年前に結婚して、私があなたと一緒に戻って以来、私の農場を引き継いでいます。

感動に震えるジャンヌがつぶやいた。

- もう私を置いて行かないでね、娘よ?

とロザリー、無愛想な口調で。

- 確かに、マダム、私はそのための手配をしています。

それからしばらくは口をきかなかった。ジャンヌは意を決して、二人の人生を再び比較し始めたが、心の中では苦もなく、今は運命の不公平な残酷さに諦めていた。と彼女は言った。

- ご主人は、あなたにとってどのような存在でしたか?

- ああ、彼は良い人でしたよ、奥様、怠け者ではなく、良いものを積み重ねる方法を知っている人でした。胸の病気で亡くなりました。"

そして、ベッドに腰を下ろしたジャンヌは、知りたいという欲求に侵されていく。

- えーと、全部教えてください、娘さん、あなたの全人生を。今日はいいことがありそうだ。

ロザリーは椅子を引いて座り、自分のこと、自分の家のこと、自分の世界のことを話し始めた。田舎の人にとって大切な細かいことにまで踏み込んで、庭のことを話し、時には昔のことを思い出して笑い、徐々にトーンを上げて、まるで農夫が命令するように話した。彼女はついに宣言した。

- ああ、今日はいいお天気だったなあ。私は何も恐れていません。

すると、彼女はさらに混乱した様子で、さらに静かに言った。

- これはあなたのおかげなんです。だから、給料はいらないんです。あ、でも、ダメですね。あ、でも、ダメだ! そして、あなたが望まないなら、私は消え去るでしょう。

ジャンヌは続けた。

- まさか、無駄に仕えているのではあるまいな?

- あ、はい、そうです、奥様。お金!お金をくれるんでしょう!?でも、あなたとほぼ同じだけ持っています。住宅ローンやローン、そして支払われない利息、期間ごとに増えていく利息の走り書きで、いくら残っているのかさえ分かっているのだろうか。いや、知らないだろう?さて、約束しよう、君の収入は1万ポンドしか残っていない。1万じゃないんだよ、聞いただろ?でも、すぐに解決してあげますよ。

彼女はまた大声で話し始めた。この無視された利益、この脅かされた破滅に憤慨しているのだ。そして、妾の顔にぼんやりとした優しい微笑みが浮かぶと、彼女は反抗の叫びをあげた。

- マダム、これを笑う必要はありません。お金がなければ、マナント以上のものはないのですから。

ジャンヌは再び彼女の手を取り、握った。そして、まだ彼女をとりこにしている思いに追われながら、ゆっくりとこう言った。

- ああ、運が悪かった。何もかもがうまくいかなくなった。
運命は私の人生に解き放たれたのです。
しかし、ロザリーは首を横に振った。

- マダム、そんなこと言ってはいけませんよ。結婚生活が悪かったというだけですね。そんな風に、相手のことを知らずに結婚することはないんです。

そして、旧友同士のように自分たちのことを話し続けた。

二人が話しているうちに日が昇ってきた。

第12章へ続く

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