Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第7巻 家の中 第1部

 

Préface

Aux Ami de Jean-Christophe

Depuis des années, J'ai si bien pris L'habitude de causer mentalement avec mes amis absents, connus et inconnus, que J'éprouve aujourd'hui le besoin de le faire à voix haute. Je serais un ingrat, si je ne les remerciais pour tout ce que je leur dois. Depuis que j'ai commencé d'écrire cette longue histoire de Jean-Christophe, c'est avec et pour eux que j'écris. Ils m'ont encouragé, suivi avec patience, réchauffé de leur sympathie. Si j'ai pu leur faire quelque bien, ils m'en ont fait beaucoup plus. Mon ouvrage est le fruit de nos pensées unies.

Lorsque j'ai débuté, je n'osais pas espérer que nous serions plus d'une poignée d'amis: mon ambition ne dépassait pas la maison de Socrate. Mais, d'année en année, j'ai senti davantage combien nous étions de frères à aimer les mêmes choses, à souffrir des mêmes choses, en province comme à Paris, hors de France comme en France. J'en ai eu la preuve, quand parut le volume, où Christophe décharge sa conscience—et la mienne,—en disant son mépris pour La Foire sur la Place. Aucun de mes livres n'a éveillé un écho plus immédiat. C'est qu'il n'était pas seulement ma voix, mais celle de mes amis. Ils savent bien que Christophe est à eux autant qu'à moi. Nous avons mis en lui beaucoup de notre âme commune.

 

序

ジャン・クリストフの友人らへ

私は数年来、既知あるいは未知の離れてる友人らと、いつも心のうちで話をしてきたが、今日では声高に話す必要を感ずる。それにまた、彼らに負うところを感謝しなければ、私は忘恩者となるかもしれない。ジャン・クリストフのこの長い物語を書き始めてより、私は彼らとともに、彼らのために、書いてきたのである。彼らは私を励まし、忍耐して私のあとについて来、その同情で私を元気づけてくれた。もし私が、彼らに多少の善をなし得たとしても、彼らはさらに多くの善を私になしてくれた。私のこの作品は、われわれの思想を結合した果実である。
私はこの作品に着手したとき、少数の友をしか期待し得なかった。私の望みはソクラテスの家の程度にとどまっていた。しかし年を経るに従って私はますます、同じものを愛し同じものを苦しむことにおいて、パリーと地方とを問わず、フランスとフランス以外とを問わず、いかに多くの同胞があるかを感じた。広場の市にたいする軽蔑けいべつを語ることによって、クリストフが自分の本心を――ならびに私の本心を――吐露するところの、この前の一巻が出たおりに、私はその証拠を得たのであった。私のいかなる著書も、これほど直接の反響を呼び起こしたものはなかった。実際のところ、それはただに私の声だったばかりではなく、また私の友人らの声だったからである。クリストフは私のものであると同様にまた彼らのものであることを、彼らはよく知っている。われわれはクリストフのうちに、われわれに共通な魂を多分に投げ込んでおいたのである。

 

Puisque Christophe leur appartient, je dois à ceux qui me lisent quelques explications sur le volume que je leur présente aujourd'hui. Pas plus que dans La Foire sur la Place, ils ne trouveront ici d'aventures de roman, et la vie du héros y semble interrompue.

Il me faut exposer les conditions où j'ai entrepris l'ensemble de mon œuvre.

J'étais isolé. J'étouffais, comme tant d'autres en France, dans un monde moral ennemi; je voulais respirer, je voulais réagir contre une civilisation malsaine, contre une pensée corrompue par une fausse élite, je voulais dire à cette élite: «Tu mens, tu ne représentes pas la France.»

Pour cela, il me fallait un héros aux yeux et au cœur purs, qui eût l'âme assez haute pour avoir le droit de parler, et la voix assez forte pour se faire entendre. J'ai bâti patiemment ce héros. Avant de me décider à écrire la première ligne de l'ouvrage, je l'ai porté en moi, dix ans; Christophe ne s'est mis en route que quand j'avais déjà reconnu pour lui la route jusqu'au bout; et tels chapitres de La Foire sur la Place, tels volumes de la fin de Jean-Christophe[3], ont été écrits avant L'Aube, ou en même temps. La vision de la France, qui se reflète en Christophe et en Olivier, avait, dès le début, sa place marquée dans ce livre. Il n'y faut donc pas voir une déviation de l'œuvre, mais une halte prévue, en cours de route, une de ces grandes terrasses de la vie, d'où l'on contemple la vallée que l'on vient de traverser et l'horizon lointain vers lequel on va se remettre en marche.

Il est clair que je n'ai jamais prétendu écrire un roman, dans ces derniers volumes (La Foire sur la Place et Dans la Maison), pas plus que dans le reste de l'ouvrage. Qu'est-ce donc que cette œuvre? Un poème?—Qu'avez-vous besoin d'un nom? Quand vous voyez un homme, lui demandez-vous s'il est un roman ou un poème? C'est un homme que j'ai créé. La vie d'un homme ne s'enferme point dans le cadre d'une forme littéraire. Sa loi est en elle; et chaque vie a sa loi. Son régime est celui d'une force de la nature. Certaines vies humaines sont des lacs tranquilles, d'autres de grands deux clairs où voguent les nuages, d'autres des plaines fécondes, d'autres des cimes déchiquetées. Jean-Christophe m'est apparu comme un fleuve; je l'ai dit, dès les premières pages.—Il est, dans le cours des fleuves, des zones où ils s'étendent, semblent dormir, reflétant la campagne qui les entoure, et le ciel. Ils n'en continuent pas moins de couler et changer; et parfois, cette immobilité feinte recouvre un courant rapide, dont la violence se fera sentir plus loin, au premier obstacle. Telle est l'image de ce volume de Jean-Christophe. Et maintenant que le fleuve s'est longuement amassé, absorbant les pensées de l'une et de l'autre rives, il va reprendre son cours vers la mer,—où nous allons tous.

R. R.

Janvier 1909.

クリストフは彼らのものであるがゆえに、私は今日提供するこの一巻について多少の説明を読者にしておかなければならない。広場の市におけると同じく、この一巻のうちにも彼らは小説的波乱を見出さないだろうし、あたかもここで主人公の生活は中止されたかの観がある。
私はここに、いかなる情況のうちに私がこの全部の著作に取りかかったかを、陳述しなければならない。
私は孤立していた。フランスにおける多くの人々と同様に、私は害悪な精神界に窒息しかけていた。私は呼吸したかった。不健全な文明にたいして、偽りの選良者らから腐敗されてる思想にたいして、反抗して起たちたかった。その選良者らに言ってやりたかった、「君らは嘘うそを言ってる、君らはフランスを代表してはいない。」
それには、純潔な眼と心とをもち、発言の権利を得るだけの十分高い魂をもち、人に耳を傾けしむるに足りる十分強い声をもってる、一つの主人公が、私に必要であった。私は気長にそういう主人公を築き上げた。意を決してこの著述に筆を染むる前、私は主人公を十年間も自分のうちに担になっていた。クリストフがいよいよ発足したのは、私がすでに最後まで彼の道程を見きわめたときにであった。そして、広場の市のある部分や、ジャン・クリストフの終わりのある部分(ことに燃ゆる荊の中のアンナの章)などは、曙よりも前に、あるいは同時に、書かれていた。クリストフやオリヴィエのうちに反映するフランスの映像は、最初よりして、本書のうちに一定の場所を占めていた。それゆえに、これをもって著作の脱線だと見なしてはいけない。これは道中予定の佇止ちょしであって、過ぎ来し谷間をふり返り見、行く手の遠い地平線をうちながむべき、人生の大なる覧台テラースの一つである。
言うまでもなく私は、これら最近の巻(広場の市と家の中)において、もとよりその後の部分においても同様であるが、一つの小説を書くという志望は少しもなかった。それではこの作品はいったいなんであるか? 詩であるのか?――いや名前の必要がどこにあろう。一人の人間を見て、それは小説か詩かと尋ねる者が世にあろうか。私が創造したのは一個の人間である。一個の人間の生活は、文学上のある形式の中にはめ込まれ得るものではない。その法則は生活自身のうちにある。そして各生活はそれぞれ自己の法則をそなえている。その掟おきては自然の力の掟と同じである。人間の生活には、静かな湖水のごときもあり、雲の流るる明るい大空のごときもあり、豊饒ほうじょうな平野のごときもあり、切り立った山嶺さんれいのごときもある。ジャン・クリストフは、いつも大河のごとくに私の眼には映った。私は最初よりそれを述べておいた。――大河の流れのうちには、周囲の野や空を映しながら広々として眠ってるように思える場所がある。それでもやはり流れ変化しつづけている。時としては、静まり返った外見のうちに急流を包んでいて、その猛然たる勢いはやがて、先に行って第一の障害にぶつかったとき、突然現われてくることがある。そういうのが、ジャン・クリストフのこの一巻の姿である。今は、おもむろに水を集め、両岸の思想を吸い込みながら、ふたたびその流れをつづけんとしている、海の方へ――われわれが皆行くべき海の方へ。

一九〇九年一月

ロマン・ローラン

 

J'ai un ami!... Douceur d'avoir trouvé une âme, où se blottir au milieu de la tourmente, un abri tendre et sûr où l'on respire enfin, attendant que s'apaisent les battements d'un cœur haletant! N'être plus seul, ne devoir plus rester armé toujours, les yeux toujours ouverts et brûlés par les veilles, jusqu'à ce que la fatigue vous livre à l'ennemi! Avoir le cher compagnon, entre les mains duquel on a remis tout son être,—qui a remis en vos mains tout son être. Boire enfin le repos, dormir tandis qu'il veille, veiller tandis qu'il dort. Connaître la joie de protéger celui qu'on aime et qui se confie à vous comme un petit enfant. Connaître la joie plus grande de s'abandonner à lui, de sentir qu'il tient vos secrets, qu'il dispose de vous. Vieilli, usé, lassé de porter depuis tant d'années la vie, renaître jeune et frais dans le corps de l'ami, goûter avec ses yeux le monde renouvelé, étreindre avec ses sens les belles choses passagères, jouir avec son cœur de la splendeur de vivre... Souffrir même avec lui... Ah! même la souffrance est joie, pourvu qu'on soit ensemble!

J'ai un ami! Loin de moi, près de moi, toujours en moi. Je l'ai, je suis à lui. Mon ami m'aime. Mon ami m'a. L'amour a nos âmes en une âme mêlées.

La première pensée de Christophe, en s'éveillant le lendemain de la soirée chez les Roussin, fut pour Olivier Jeannin. Il fut pris aussitôt du désir irrésistible de le revoir. Il se leva et sortit. Huit heures n'étaient pas sonnées. La matinée était tiède et un peu accablante. Un jour d'avril précoce: une buée d'orage se traînait sur Paris.

Olivier habitait au bas de la montagne Sainte-Geneviève, dans une petite rue, près du Jardin des Plantes. La maison était à l'endroit le plus étroit de la rue. L'escalier s'ouvrait au fond d'une cour obscure, et exhalait des odeurs malpropres et variées. Les marches, aux tournants raides, avaient une inclinaison vers le mur, sali d'inscriptions au crayon. Au troisième, une femme, aux cheveux gris défaits, avec une camisole qui bâillait, ouvrit la porte en entendant monter, et la referma brutalement quand elle vit Christophe. Plusieurs logements par palier; à travers les portes mal jointes, on entendait des enfants se bousculer et piailler. C'était un grouillement de vies sales et médiocres, entassées dans des étages bas, autour d'une cour nauséabonde. Christophe, dégoûté, se demandait quelles convoitises avaient pu attirer tous ces êtres ici, loin des champs qui ont au moins de l'air pour tous, et quels profits ils pouvaient bien tirer de ce Paris où ils se condamnaient à vivre dans un tombeau.

Il était arrivé à l'étage d'Olivier. Une corde nouée servait de sonnette. Christophe la tira si vigoureusement qu'au bruit quelques portes, de nouveau, s'entre-bâillèrent sur l'escalier. Olivier ouvrit. Christophe fut frappé de l'élégance simple, mais soignée, de sa mise; et ce soin qui, en toute autre occasion, lui eût été peu sensible, lui fit ici une surprise agréable; au milieu de cette atmosphère souillée, cela avait quelque chose de souriant et de sain. Tout de suite, il retrouva son impression de la veille devant les yeux clairs d'Olivier. Il lui tendit la main. Olivier, effrayé, balbutiait:

—Vous, vous ici!...

Christophe, tout occupé de saisir cette âme aimable dans la nudité de son trouble fugitif, se contenta de sourire sans répondre. Poussant Olivier devant lui, il entra dans l'unique pièce qui servait de chambre à coucher et de cabinet de travail. Un étroit lit de fer était appuyé au mur, près de la fenêtre; Christophe remarqua la pile d'oreillers dressée sur le traversin. Trois chaises, une table peinte en noir, un petit piano, des livres sur les rayons, remplissaient la chambre. Elle était exiguë, basse de plafond, mal éclairée; et pourtant, elle avait comme un reflet de la limpidité des yeux qui l'habitaient. Tout était propre, bien rangé, comme si la main d'une femme y avait passé; et quelques roses dans une carafe faisaient entrer un peu de printemps entre les quatre murs, ornés de photographies de vieux peintres florentins.

—Ainsi, vous êtes venu, vous êtes venu me voir? répétait Olivier avec effusion.

—Dame! il le fallait bien, dit Christophe. Vous, vous ne seriez pas venu.

—Croyez-vous? dit Olivier.

Puis, presque aussitôt:

—Oui, vous avez raison. Mais ce n'est pas faute d'y avoir pensé.

—Qu'est-ce qui vous arrêtait?

—Je le désirais trop.

—Voilà une belle raison!

—Mais oui, ne vous moquez pas. J'avais peur que vous ne le désiriez pas autant.

—Je me suis bien inquiété de cela, moi! J'ai eu envie de vous voir, et je suis venu. Si cela vous ennuie, je le verrai bien.

—Il faudra que vous ayez de bons yeux.

Ils se regardèrent en souriant.

Olivier reprit:

—J'ai été sot, hier. Je craignais de vous avoir déplu. C'est une vraie maladie que ma timidité: je ne puis plus rien dire.

—Ne vous plaignez pas. Il y a assez de gens qui parlent, dans votre pays; on est trop heureux d'en rencontrer un qui se taise de temps en temps, fût-ce par timidité, c'est-à-dire malgré lui.

Christophe riait, enchanté de sa malice.

—Alors, c'est pour mon silence que vous me faites visite?

—Oui, c'est pour votre silence, pour la qualité de votre silence. Il y en a de toutes sortes: j'aime le vôtre, voilà tout.

—Comment avez-vous fait pour avoir quelque sympathie pour moi! Vous m'avez à peine vu.

—Cela, c'est mon affaire. Je ne suis pas long à faire mon choix. Quand je vois passer dans la vie un visage qui me plaît, je suis vite décidé; je me mets à sa poursuite; il faut que je le rejoigne.

—Il ne vous arrive jamais de vous tromper dans ces poursuites?

—Souvent.

—Peut-être vous trompez-vous encore, cette fois.

—Nous verrons bien.

—Oh! je suis perdu, alors! Vous me glacez. Il me suffit de penser que vous m'observez, pour que le peu de moyens que j'ai m'abandonne.

Christophe regardait, avec une curiosité affectueuse, cette figure impressionnable, qui rosissait et pâlissait, d'un instant à l'autre. Les sentiments y passaient comme des nuages sur l'eau.

—Quel petit être nerveux! pensait-il. On dirait une femme.

Il lui toucha doucement le genou.

—Allons, dit-il, croyez-vous que je vienne armé contre vous? J'ai horreur de ceux qui font de la psychologie, aux dépens de leurs amis. Tout ce que je veux, c'est le droit pour tous deux d'être libres et sincères, de se livrer à ce qu'on sent, franchement, sans fausse honte, sans crainte de s'y enfermer pour jamais, sans peur de se contredire,—le droit d'aimer maintenant, et de n'aimer plus, la minute d'après. N'est-ce pas plus viril et plus loyal, ainsi?

Olivier le regarda avec sérieux, et répondit:

—Il n'y a point de doute. Cela est plus viril, et vous êtes fort. Mais moi, je ne le suis guère.

—Je suis bien sûr que si, répondit Christophe; mais c'est d'une autre façon. Au reste, je viens justement pour vous aider à être fort, si vous voulez. Car ce que je viens de dire me permet d'ajouter, avec plus de franchise que je n'en aurais eu sans cela, que—sans préjuger du lendemain,—je vous aime.

Olivier rougit jusqu'aux oreilles. Immobilisé parla gêne, il ne trouva rien à répondre.

Christophe promenait ses regards autour de lui.

—Vous êtes bien mal logé. N'avez-vous pas d'autre chambre?

—Un cabinet de débarras.

—Ouf! on ne respire pas. Vous pouvez vivre ici?

—On s'y fait.

—Je ne m'y ferais jamais.

Christophe ouvrait son gilet, et respirait avec force.

Olivier alla ouvrir la fenêtre, tout à fait.

—Vous devez toujours être mal à l'aise dans une ville, monsieur Krafft. Moi, je ne cours pas le risque de souffrir de ma force. Je respire si peu que je trouve à vivre partout. Pourtant, il y a des nuits d'été qui sont pénibles, même pour moi. Je les vois venir avec crainte. Alors, je reste assis sur mon lit, et il me semble que je vais étouffer.

Christophe regarda la pile d'oreillers sur le lit, la figure fatiguée d'Olivier; et il le vit se débattre dans les ténèbres.

—Partez d'ici, dit-il. Pourquoi y restez-vous?

Olivier haussa les épaules, et répondit, d'un ton indifférent:

—Oh! ici ou ailleurs!...

Des souliers lourds marchaient au-dessus du plafond. À l'étage au-dessous, des voix aigres se disputaient. De minute en minute, les murs étaient ébranlés par le grondement de l'omnibus dans la rue.

—Et cette maison! continua Christophe. Cette maison qui transpire la saleté, la chaleur malpropre, l'ignoble misère, comment pouvez-vous rentrer tous les soirs là-dedans? Est-ce que cela ne vous décourage pas? Moi, il me serait impossible d'y vivre. J'aimerais mieux coucher sous un pont.

—J'en ai souffert aussi, les premiers temps. Je suis aussi dégoûté que vous. Quand j'étais enfant et qu'on me menait en promenade, rien que de passer dans certaines rues populeuses et sales, j'avais le cœur serré. Il me venait des terreurs baroques, que je n'osais dire. Je pensais: «S'il y avait en ce moment un tremblement de terre, je resterais mort ici, pour toujours»; et cela me paraissait le malheur le plus affreux. Je ne me doutais pas qu'un jour j'y habiterais, de mon gré, et que probablement j'y mourrais. Il a bien fallu devenir moins difficile. Cela me répugne toujours; mais je tâche de n'y plus penser. Quand je remonte l'escalier, je me bouche les yeux, les oreilles, le nez, tous les sens, je me mure en moi. Et puis, là-bas, regardez, par-dessus ce toit, je vois le haut des branches d'un acacia. Je me mets dans ce coin, de façon à ne rien voir d'autre; le soir, quand le vent les remue, j'ai l'illusion que je suis loin de Paris; la houle des grands bois ne m'a jamais paru si douce qu'à certaines minutes le froissement soyeux de ces feuilles dentelées.

—Oui, je me doute bien, dit Christophe, que vous rêvassez toujours; mais il est fâcheux d'user dans cette lutte contre les taquineries de la vie une force d'illusion qui devrait servir à créer d'autres vies.

—N'est-ce pas le sort de presque tous? Vous-même, ne vous dépensez-vous pas en colères et en luttes?

—Moi, ce n'est pas la même chose. Je suis né pour cela. Regardez mes bras, mes mains. C'est ma santé, de me battre. Mais vous, vous n'avez pas trop de force; cela se voit, de reste.

Olivier regarda mélancoliquement ses poignets maigres, et dit:

—Oui, je suis faible, j'ai toujours été ainsi. Mais qu'y faire? Il faut vivre.

—Comment vivez-vous?

—Je donne des leçons.

—Des leçons de quoi?

—De tout. Des répétitions de latin, de grec, d'histoire. Je prépare au baccalauréat. J'ai aussi un cours de morale dans une École municipale.

—Un cours de quoi?

—De morale.

—Quelle diable de sottise est-ce là? On enseigne la morale dans vos écoles?

Olivier sourit:

—Sans doute.

—Et il y a de quoi parler pendant plus de dix minutes?

—J'ai douze heures de cours par semaine.

—Vous leur apprenez donc à faire le mal?

—Pourquoi?

—Il ne faut pas tant parler pour savoir ce qu'est le bien.

—Ou pour ne le savoir point.

—Ma foi oui: pour ne le savoir point. Et ce n'est pas la plus mauvaise façon pour le faire. Le bien n'est pas une science, c'est une action. Il n'y a que les neurasthéniques, pour discutailler sur la morale; et la première de toutes les lois morales est de ne pas être neurasthénique. Diables de pédants! Ils sont comme des culs-de-jatte qui voudraient m'apprendre à marcher.

—Ce n'est pas pour vous qu'ils parlent. Vous, vous savez; mais il y en a tant qui ne savent pas!

—Eh bien, laissez-les, comme les enfants, se traîner à quatre pattes, jusqu'à ce qu'ils aient appris d'eux-mêmes. Mais sur deux pattes ou sur quatre, la première chose, c'est qu'ils marchent.

Il marchait à grands pas d'un bout à l'autre de la chambre, que moins de quatre enjambées suffisaient à mesurer. Il s'arrêta devant le piano, l'ouvrit, feuilleta les morceaux de musique, toucha le clavier, et dit:

—Jouez-moi quelque chose.

Olivier eut un sursaut:

—Moi! fit-il, quelle idée!

—Mme Roussin m'a dit que vous étiez bon musicien. Allons, jouez.

—Devant vous? Oh! dit-il, j'en mourrais.

Ce cri naïf, sorti du cœur, fit rire Christophe, et Olivier lui-même, un peu confus.

—Eh bien! dit Christophe, est-ce que c'est une raison pour un Français?

Olivier se défendait toujours:

—Mais pourquoi? Pourquoi voulez-vous?

—Je vous le dirai tout à l'heure. Jouez.

—Quoi?

—Tout ce que vous voudrez.

俺おれには一人の友がある!……苦しいときに寄りすがるべき一つの魂を、あえぐ胸の動悸どうきが静まるのを待ちながら、やっと息がつけるやさしい安全な一つの避難所を、見出したという楽しさ! もはや一人ではない。疲れて敵に渡されるまで、常に眼を見開き不眠のために充血さしながら、たえず武装していることも、もはや必要ではない。自分の全身を向こうの手中に託し、向こうでもその全身をこちらの手中に託した、親愛なる伴侶はんりょがあるのだ。ついに休息を味わい、彼が見張ってくれてる間は眠り、彼が眠ってる間は見張ってやる。子供のようにこちらを信頼してるなつかしい者を、保護してやるという喜びを知る。向こうに身をうち任せ、あらゆる秘密をも知られてるのを感じ、勝手に自分を引き回されるのを感ずるという、さらに大きな喜びを知る。多年の生活のために老い衰え疲れていたのが、友の身体のうちに若々しく溌剌はつらつと生まれ返り、新しい世界を友の眼でながめ、この世の一時の美しいものを友の官能で抱きしめ、生きることの輝かしさを友の心で楽しむ……苦しみをも友とともにする……。ああ、友といっしょにいさえすれば、苦悶くもんまでが喜びである!
俺には一人の友がある! 自分の遠くに、自分の近くに、常に自分のうちに、友がある。俺は友を所有し、俺は友のものである。友は俺を愛している。友は俺を所有している。融とけ合って一つの魂となったわれわれの魂は、愛に所有されてるのだ。

ルーサン家の夜会の翌朝、クリストフが眼を覚さましながら第一に考えたのは、オリヴィエ・ジャンナンのことであった。彼はすぐに会いたくてたまらなくなった。起き上がって出かけた。八時前だった。なま温あたたかい多少重苦しい朝だった。早くも四月時分の気候が見舞ったようで、雷雨模様の雲がパリーの上にたなびいていた。
サント・ジュヌヴィエーヴ丘の麓ふもとの、植物園のそばの小さな通りに、オリヴィエは住んでいた。その家は通りのいちばん狭い場所にあった。階段が薄暗い中庭の奥に開いていて、不潔な雑多な匂においを放っていた。急な曲がり角かどをなしてる段々は、鉛筆で楽書きされてる壁のほうへ傾いていた。四階まで上ると、灰色の髪を乱し平常着をだらしなくつけた女が、足音を聞いて扉とびらを開いたが、クリストフの姿を見てまた荒々しく扉を閉しめた。どの階にもたくさん住居があって、建て付けの悪い扉の隙間すきまから、子供らの押し合ったり泣き叫んだりするのが聞こえていた。天井の低い各階の中にたがいにつみ重なり、胸悪くなるような中庭のまわりにぎっしりつまってる、不潔な凡俗な生活のうごめきだった。クリストフは嫌悪けんおの情に打たれた。これらの人々は、少なくとも万人のための空気をもってる田舎いなかを離れて、いかなる渇望のためにここへ引きつけられてるのか、そして、生涯しょうがい墓の中みたいな生活をしなければならないこのパリーから、いかなる利益を得ることができてるのか、と彼は不思議に考えた。
彼はオリヴィエが住んでる階に達した。呼鈴の代わりに結び綱がついていた。クリストフはそれをあまり強く引っ張ったので、その音にまた幾つかの扉とびらが階段口に半ば開かれた。オリヴィエが扉を開いた。その服装の質素ではあるが気をつけた小ぎれいさにクリストフは注意をひかれた。その服装の心づかいは、他の場合だったら気にも止まらなかったろうが、ここでは快い意外さを与えるのだった。よごれた雰囲気ふんいきの中にあって、それはある微笑ほほえましい健全なものをもっていた。すぐに彼は、オリヴィエの清い眼にたいして前日と同じ感銘を得た。彼は手を差し出した。オリヴィエはおずおずして口ごもった。
「あなたが、あなたがこんなところへ!……」
クリストフは、相手の露あらわな気兼ねのうちに、その愛すべき魂を捕えることばかり考えていて、返辞もせずにただ微笑んだ。オリヴィエを押しやって中にはいった。寝室と書斎とをかねて一つきりの室だった。鉄の狭い寝台が、窓ぎわの壁に押し寄せてあった。枕木まくらぎの上に幾つも枕の重ねてあるのが、クリストフの眼に止まった。三つの椅子いす、黒塗りのテーブル、小さなピアノ、棚たなの上の書物、などが室を満たしていた。室はごく手狭で、天井が低く、薄暗かった。それでも、主人の眼の清澄な光を反映してるがようだった。すべてが小ぎれいできちんと片付いていて、あたかも女の手がはいってるかのようだった。数輪の薔薇ばらの花が壜びんにさしてあって、古いフロレンス画家の写真で飾られてる四方壁の室に、春の気を少しもたらしていた。
「それじゃあなたが、あなたが私に会いに来てくだすったのですか。」とオリヴィエは心こめて繰り返していた。
「だって、来ざるを得なかったんです。」とクリストフは言った。「君のほうからは来てくれなかったでしょう。」
「そう思っているんですか。」とオリヴィエは言った。
それからほとんどすぐに彼はつづけた。
「まったく、そうかもしれません。そう思われるのも無理はありません。」
「じゃあ、なぜ来られないんです?」
「あまり行きたいからです。」
「なるほどりっぱな理由だ!」
「ほんとうですよ、冗談じゃありません。あなたのほうはどうでもいいと思っていられるのじゃないかと、心配していました。」
「僕もそんなふうに気をもんでみたんです。そして君に会いたくて来たんです。だが、それが君に厭いやかどうか、僕にはすぐにわかるんだから。」
「もうそんな厭味は言わないことにしてください。」
二人は微笑ほほえみながら顔を見合った。
オリヴィエは言った。
「昨日は、私は馬鹿でした。あなたの気持を悪くしやすまいかと心配していました。私の臆病おくびょうなのはまったく病的です。もう何にも言えなくなるんです。」
「そんなことは気にしないがいいです。君の国には饒舌家おしゃべりがかなり多いから、ときどき黙り込む人に、たとい臆病さからでも、言い換えれば心ならずにでも、黙り込む人に出会うと、うれしいものです。」
クリストフは自分の皮肉を面白がって笑っていた。
「では、私が無口だから訪たずねて来てくだすったのですか。」
「ええ、君が無口だから、君が沈黙の徳をそなえてるからです。沈黙にもいろんな種類があるが、僕は君の沈黙がすきです。それだけのことです。」
「どうしてあなたは私に同情を寄せられるのですか。ろくにお会いしたこともないのに。」
「それは僕のやり口です。僕は人を選ぶのにぐずついてはしない。気に入った人にこの世で出会うと、すぐに決心して追っかけていって、いっしょにならなきゃ承知しないんです。」
「追っかけていって思い違いだったことはありませんか。」
「幾度もありますよ。」
「こんども思い違いではありませんでしょうか。」
「それはじきにわかることです。」
「ああそうだったら、私はどうしましょう。ほんとに私はぞっとします。あなたから観察されてると思うだけで、私はもう何もできなくなります。」
クリストフはやさしい好奇心の念で、その感銘深い顔をながめた。それはたえず赤くなったり蒼あおくなったりしていた。種々の感情が水の上をかすめる雲のように去来していた。
「なんという神経質なかわいい男だろう!」と彼は考えた。「まるで女のようだ。」
彼はやさしくその膝ひざに手をやった。
「ねえ、」と彼は言った、「僕が警戒しながらやって来たのだと君は思ってるのですか。友人を相手に心理研究をやるような奴を、僕は大嫌だいきらいです。たがいに自由で誠実であって、腹蔵なく、うわべをつくろう恥じらいもなく、いつまでもうち解けないという懸念もなく、たがいに言い逆らうことを恐れもしないで、感じたことをすべてうち明け合うという権利――一瞬間後にはもう愛さなくなっても構わないが、ただ現在は愛してるという権利、それだけが僕の求めるものです。そうしたほうが、いっそう男らしくりっぱではないですか。」
オリヴィエは真実な様子で彼の顔をながめて答えた。
「それはそうに違いありません。そのほうが男らしいです。そしてあなたは強者です。しかし私は、なかなかそうはいきません。」
「いや僕は君を強者だと思ってるんです。」とクリストフは答えた。「ただ違った意味でです。それにまた、もしよかったら僕は君を助けて強者にしたいために、やって来たんです。というのは、先刻さっきあれまで言ったからつけ加えて言うんですが、そうでなけりゃこれまで打ち解けて言えはしないが、僕は――将来はとにかく現在では――君を愛してるんです。」
オリヴィエは耳までも赤くなった。きまり悪くてじっとしながら、なんと答えていいかわからなかった。
クリストフは周囲を見回した。
「ひどい住居ですね。他に室はないんですか。」
「物置みたいなのが一つあるきりです。」
「ああ、息もできない。よくこんな所に住んでいられたものですね。」
「馴なれてくるんです。」
「僕ならどうしたって馴れやしない。」
クリストフは胴衣チョッキの胸を開いて、強く息をした。
オリヴィエは窓のところへ行って、すっかり開け放った。
「クラフトさん、あなたは都会にいてはいつも不快に違いありません。が私には、自分の元気を苦しむという憂いはありません。どこへ行っても生きられるほど息が小さいんです。それでもさすがに、夏の夜は苦しいことがあります。夏の夜が来るのを見るとびくびくします。いよいよその時になると、寝台の上にすわっていますが、まるで窒息でもしそうな気がするんです。」
クリストフは、寝台の上につみ重なってる枕まくらや、オリヴィエの疲れた顔をながめた。暗闇くらやみの中でもがいてるその姿が眼の前に浮かんだ。
「こんな所は出ちまったがいいでしょう。」と彼は言った。「どうしていつまでもいるんです?」
オリヴィエは肩をそびやかして、平気な調子で答えた。
「どうせ、どこへ行ったって同じです。」
重い靴音くつおとが天井の上を歩いていた。階下には金切声が言い争っていた。そしてたえず四方の壁は、街路を通る乗合馬車の響きに揺れていた。
「そしてこれはまたひどい家だ!」とクリストフは言いつづけた。「きたなくて、むれ返って、ひどく貧乏くさい。どうして毎晩こんな家へ帰って来られるんです? がっかりしやしないですか。僕だったらとても生きちゃいられない。橋の下にでも寝たほうがましだ。」
「私も初めのうちは苦しかったんです。あなたと同じように厭いやな気がしました。子供の時分には、散歩に連れ出されて、人がうようよしてるきたない町を通ったばかりでも、胸がつまるような気がしました。口に言えない変な恐ろしさに襲われました。今もし地震でもあったら、死んだままここにいつまでも放っておかれるだろう、などと考えました。そして、それが世にもっとも恐ろしい不幸のように思えたものです。そんな所へみずから好んで住まうとは、そしてたぶんそんな所で死ぬだろうとは、当時夢にも思ってはいませんでした。しかしそう気むずかしいことばかりも言っていられなくなったのです。やはり今でも厭ではありますが、もうそんなことは考えないようにしています。階段を上がってくるときには、眼も耳も鼻も、あらゆる官能をふさいでしまって、自分のうちに潜み込んでしまうんです。それから向こうに、御覧なさい、あの屋根の上に、アカシアの木の枝が見えています。そのほかのものは何にも眼にはいらないように、私はこの隅すみにすわり込みます。夕方、風があの枝を揺するときには、パリーから遠く離れてる気がします。ときおりあの歯形の木の葉がさらさらとそよいでるのを見ると、大きな森が波打ってる景色にもまして、私には楽しく思えます。」
「そうだ、僕の思ったとおりだ、」とクリストフは言った、「君はいつも夢ばかりみてるんですね。しかし悲しいことには、生活の意地悪さと闘たたかってるうちに、他の生活を創造するのに役だつはずの幻想の力は、しだいに磨すり減らされてゆくでしょう。」
「それがたいていの人の運命ではないでしょうか。あなた自身でも、憤りや闘いのうちに自分を無駄に費やしてはいませんか。」
「僕のは違う。僕はそのために生まれた人間だ。この腕や手を見たらわかるでしょう。奮闘するのが僕の健全な生活です。しかし君は、十分の力をもっていない。そんなことはよくわかってる。」
オリヴィエは自分の痩やせた拳こぶしを悲しげにながめて言った。
「ええ、私は弱いんです。いつもこんなでした。しかししかたありません。生活しなければならないんです。」
「どうして生活してるんです?」
「出稽古でげいこをしています。」
「なんの?」
「なんでもです。ラテン語やギリシャ語や歴史の復習をしてやり、大学入学受験者の準備をしてやり、また市立のある学校で道徳の講義をしています。」
「なんの講義?」
「道徳です。」
「なんて馬鹿なことだろう。君たちの学校じゃ道徳を教えるんですか。」
オリヴィエは微笑ほほえんだ。
「もちろんです。」
「そして十分間以上も話すだけの種がありますか。」
「一週に十二時間の講義を受け持っています。」
「では悪を行なうことでも教えるんですか。」
「なぜです?」
「善とはなんであるかを知らせるためには、そんなにしゃべる必要はない。」
「というより、知らせないためには、でしょう。」
「なるほど、知らせないためには。そして、知らなくとも善を行なうに少しもさしつかえはない。善は学問ではなくて、行為だ。道徳を喋々ちょうちょうするのは、神経衰弱者ばかりだ。そして道徳のあらゆる条件中第一のものは、神経衰弱でないということだ。世間の衒学げんがく者どもは、言わば自分は足がたたないくせに人に歩くことを教えようとしている。」
「その連中は何もあなたのために語ってるのではありません。あなたは道徳を御存じですが、世には知らない者がたくさんあります。」
「そんなら、子供のように、自分で覚えるまで四足で匐はわせとけばいいんだ。しかし、二本の足でやろうと四足でやろうと、とにかく第一のことは、歩くということだ。」
彼はその四、五歩にも足らない狭い室を隅すみから隅へ大股おおまたに歩いた。そしてピアノの前に立ち止まり、蓋ふたを開き、楽譜を繰り広げ、鍵盤けんばんに手を触れて、言った。
「何かひいてくれませんか。」
オリヴィエは飛び上がった。
「私が!」と彼は言った。「とんでもないことです!」
「ルーサン夫人の言葉によると、君はりっぱな音楽家だそうです。ねえ、ひいてくれたまえ。」
「あなたの前で?」と彼は言った。「それこそ寿命が縮まってしまいます。」
その心から出た率直な叫び声に、クリストフは笑い出し、オリヴィエ自身も多少当惑しながら笑った。
「いったいそんなことが、」とクリストフは言った、「フランス人にとっちゃ口実となるんですか。」
オリヴィエはなお拒みつづけた。
「でもなぜです? なぜ私にひかせようとなさるんです?」
「それはあとで言うから、ひいてくれたまえ。」
「何をひくんですか。」
「なんでも君の好きなものを。」

 

Olivier, avec un soupir, vint s'asseoir au piano, et, docile à la volonté de l'impérieux ami qui l'avait choisi, il commença, après une longue incertitude, à jouer le bel Adagio en si mineur, de Mozart. D'abord, ses doigts tremblaient et n'avaient pas la force d'appuyer sur les touches; puis, peu à peu, il s'enhardit; et, croyant ne faire que répéter les paroles de Mozart, il dévoila, sans le savoir, son cœur. La musique est une confidente indiscrète: elle livre les plus secrètes pensées. Sous le divin dessin de l'Adagio de Mozart, Christophe découvrait les invisibles traits, non de Mozart, mais de l'ami inconnu qui jouait: la sérénité mélancolique, le sourire timide et tendre de cet être nerveux, pur, aimant, rougissant. Mais arrivé presque à la fin de l'air, au sommet où la phrase de douloureux amour monte et se brise, une pudeur insurmontable empêcha Olivier de poursuivre; ses doigts se turent, et la voix lui manqua. Il détacha ses mains du piano, et dit:

—Je ne peux plus...

Christophe debout derrière lui, se pencha, ses deux bras l'entourant, acheva sur le piano la phrase interrompue; puis il dit:

—Maintenant, je connais le son de votre âme.

Il lui tenait les deux mains, et le regarda en face, longuement. Enfin, il dit:

—Comme c'est étrange!... Je vous ai déjà vu... Je vous connais si bien et depuis si longtemps!

Les lèvres d'Olivier tremblèrent; il fut sur le point de parler. Mais il se tut.

Christophe le contempla, un instant encore. Puis, il lui sourit en silence, et sortit.

Le cœur rayonnant, il descendit l'escalier. Il croisa deux morveux très laids, qui montaient l'un une miche, l'autre une bouteille d'huile. Il leur pinça les joues amicalement. Il sourit au concierge renfrogné. Dans la rue, il marchait en chantant à mi-voix. Il se trouva au Luxembourg. Il s'étendit sur un banc à l'ombre, et ferma les yeux. L'air était immobile; il y avait peu de promeneurs. On entendait, affaibli, le bruit inégal d'un jet d'eau, et parfois le grésillement du sable sous un pas. Christophe se sentait une fainéantise irrésistible, il s'engourdissait comme un lézard au soleil; l'ombre était depuis longtemps partie de dessus son visage; mais il ne se décidait pas à faire un mouvement. Ses pensées tournaient en rond; il n'essayait pas de les fixer; elles étaient toutes baignées dans une lumière de bonheur. L'horloge du Luxembourg sonna; il ne l'écouta pas; mais, un instant après, il lui sembla qu'elle avait sonné midi. Il se releva d'un bond, constata qu'il avait flâné deux heures, manqué un rendez-vous chez Hecht, perdu sa matinée. Il rit, et regagna sa maison en sifflant. Il fit un Rondo en canon sur le cri d'un marchand. Même les mélodies tristes prenaient en lui une allure réjouie. En passant devant la blanchisserie de sa rue, il jeta, comme d'habitude, un coup d'œil dans la boutique, et vit la petite roussotte, au teint mat, rosé par la chaleur, qui repassait, ses bras grêles nus jusqu'à l'épaule, son corsage ouvert; elle lui lança, comme d'habitude, une œillade effrontée; pour la première fois, ce regard glissa sur le sien, sans l'irriter. Il rit encore. Dans sa chambre, il ne retrouva aucune des préoccupations qu'il y avait laissées. Il jeta à droite, à gauche, chapeau, veste et gilet; et il se mit au travail, avec un entrain à conquérir le monde. Il reprit les brouillons musicaux, éparpillés de tous côtés. Sa pensée n'y était pas; il les lisait des yeux seulement; au bout de quelques minutes, il retombait dans la somnolence heureuse du Luxembourg, la tête ivre. Il s'en aperçut deux ou trois fois, essaya de se secouer; mais en vain. Il jura gaiement, et, se levant, il se plongea la tête dans sa cuvette d'eau froide. Cela le dégrisa un peu. Il revint s'asseoir à sa table, silencieux, avec un vague sourire. Il songeait:

—Quelle différence y a-t-il entre cela et l'amour?

Instinctivement, il s'était mis à penser bas, comme s'il avait eu honte. Il haussa les épaules:

—Il n'y a pas deux façons d'aimer... Ou plutôt, si, il y en a deux: il y a la façon de ceux qui aiment avec tout eux-mêmes, et la façon de ceux qui ne donnent à l'amour qu'une part de leur superflu. Dieu me préserve de cette ladrerie de cœur!

Il s'arrêta de penser, par une pudeur à poursuivre plus avant. Longtemps, il resta à sourire à son rêve intérieur. Son cœur chantait dans le silence:

—Du bist mein, und nun ist das Meine meiner als jemals...

(«Tu es à moi, et maintenant je suis à moi, comme je ne l'ai jamais été...»)

Il prit une feuille, et, tranquille, écrivit ce que son cœur chantait.

Ils décidèrent de prendre un appartement en commun. Christophe voulait qu'on s'installât tout de suite, sans s'inquiéter de perdre un demi-terme. Olivier, plus prudent, quoiqu'il n'aimât pas moins, conseillait d'attendre l'expiration de leurs loyers. Christophe ne comprenait pas ces calculs. Comme beaucoup de gens qui n'ont pas d'argent, il ne s'inquiétait pas d'en perdre. Il se figura qu'Olivier était encore plus gêné que lui. Un jour que le dénuement de son ami l'avait frappé, il le quitta brusquement, et revint deux heures après, étalant triomphant quelques pièces de cent sous qu'il s'était fait avancer par Hecht. Olivier rougit, et refusa. Christophe, mécontent, voulut les jeter à un Italien, qui jouait dans la cour. Olivier l'en empêcha, Christophe repartit, blessé en apparence, en réalité furieux contre lui-même de sa maladresse à laquelle il attribuait le refus d'Olivier. Une lettre de son ami vint mettre un baume sur sa blessure. Olivier lui écrivait ce qu'il ne pouvait lui exprimer de vive voix: son bonheur de le connaître et son émotion de ce que Christophe avait voulu faire pour lui. Christophe riposta par une lettre débordante et folle, qui rappelait celles qu'il écrivait, à quinze ans, à son ami Otto; elle était pleine de Gemüt et de coq-à-l'âne; il y faisait des calembours en français et en allemand; et même, il les mettait en musique.

Ils s'installèrent enfin. Ils avaient trouvé dans le quartier Montparnasse, près de la place Denfert, au cinquième d'une vieille maison, un logement de trois pièces et une cuisine, fort petites, qui donnaient sur un jardin minuscule, enclos entre quatre murs. De l'étage où ils étaient, la vue s'étendait, par-dessus le mur d'en face, moins élevé que les autres, sur un de ces grands jardins de couvents, comme il y en a encore tant à Paris, qui se cachent, ignorés. On ne voyait personne dans les allées désertes. Les vieux arbres, plus hauts et plus touffus que ceux du Luxembourg, frissonnaient au soleil; des bandes d'oiseaux chantaient; dès l'aube, c'étaient les flûtes des merles, et puis le choral tumultueux et rythmé des moineaux; et le soir, en été, les cris délirants des martinets, qui fendaient l'air lumineux et patinaient dans le ciel. Et la nuit, sous la lune, telles les bulles d'air qui montent à la surface d'un étang, les notes perlées des crapauds. On eût oublié que Paris était là, si la vieille maison n'eût constamment tremblé du grondement des lourdes voitures, comme si la terre avait été remuée par un frisson de fièvre.

L'une des chambres était plus large et plus belle que les autres. Ce fut un débat entre les deux amis à qui ne l'aurait pas. Il fallut la tirer au sort; et Christophe, qui en avait suggéré l'idée, sut, avec une mauvaise foi et une dextérité dont il ne se serait pas cru capable, faire en sorte qu'il ne gagnât point.

Alors, commença pour eux une période de bonheur absolu. Le bonheur n'était pas dans une chose précise, il était dans toutes à la fois; il baignait tous leurs actes et toutes leurs pensées, il ne pouvait se détacher d'eux, un seul instant.

Durant cette lune de miel de leur amitié, ces premiers temps de jubilation profonde et muette, que connaît seul «celui qui peut, dans l'univers, nommer une âme sienne»...

... Ja, wer auch nur eine Seele sein nennt auf dem Erdenrund...

ils se parlaient à peine, à peine ils osaient parler; il leur suffisait de se sentir l'un à côté de l'autre, d'échanger un regard, un mot qui leur prouvait que leur pensée, après de longs silences, suivait le même cours. Sans se faire de question, même sans se regarder, ils se voyaient sans cesse. Celui qui aime se modèle inconsciemment sur l'âme de celui qu'il aime; il a si grand désir de ne pas le blesser, d'être tout ce qu'il est, que, par une intuition mystérieuse et soudaine, il lit au fond de lui les mouvements imperceptibles. L'ami est transparent à l'ami; ils échangent leur être. Les traits imitent les traits. L'âme imite l'âme,—jusqu'au jour où la force profonde, le démon de la race, se délivre brusquement et déchire l'enveloppe de l'amour, qui le lie.

Christophe parlait à mi-voix, il marchait doucement, il prenait garde de faire du bruit dans la chambre voisine du silencieux Olivier; il était transfiguré par l'amitié; il avait une expression de bonheur, de confiance, de jeunesse, qu'on ne lui avait jamais vue. Il adorait Olivier. Il eût été bien facile à celui-ci d'abuser de son pouvoir, s'il n'en avait rougi, comme d'un bonheur qu'il ne méritait pas: car il se regardait comme très inférieur à Christophe, qui n'était pas moins humble. Cette humilité mutuelle, qui venait de leur grand amour, était une douceur de plus. Il était délicieux—même avec la conscience qu'on ne le méritait pas—de sentir qu'on tenait tant de place dans le cœur de l'ami. Ils en avaient l'un pour l'autre une reconnaissance attendrie.

Olivier avait réuni ses livres à ceux de Christophe; il ne les distinguait plus. Quand il parlait de l'un d'eux, il ne disait pas: «mon livre». Il disait: «notre livre». Il n'y avait qu'un petit nombre d'objets qu'il réservait, sans les fondre dans le trésor commun: c'étaient ceux qui avaient appartenu à sa sœur, ou qui étaient associés à son souvenir. Christophe, avec la finesse de tact que l'amour lui avait donnée, ne larda pas à le remarquer; mais il ignorait pourquoi. Jamais il n'avait osé interroger Olivier sur ses parents; il savait seulement qu'Olivier les avait perdus; et à la réserve un peu fière de son affection, qui évitait de s'enquérir des secrets de son ami, s'ajoutait la peur de réveiller en lui les douleurs passées. Quelque désir qu'il en eût, une timidité singulière l'avait même empêché d'examiner de près les photographies qui étaient sur la table d'Olivier, et qui représentaient un monsieur et une dame en des poses cérémonieuses, et une petite fille d'une douzaine d'années, avec un grand chien épagneul à ses pieds.

Deux ou trois mois après leur installation, Olivier prit un refroidissement; il lui fallut s'aliter. Christophe, qui s'était découvert une âme maternelle, veillait sur lui, avec une affection inquiète; et le médecin, qui avait, en écoutant Olivier, trouvé un peu d'inflammation au sommet du poumon, avait chargé Christophe de badigeonner le dos du malade avec de la teinture d'iode. Comme Christophe s'acquittait de la tâche avec beaucoup de gravité, il vit autour du cou d'Olivier une médaille de sainteté. Il connaissait assez Olivier pour savoir que, plus encore que lui-même, il était affranchi de toute foi religieuse. Il ne put s'empêcher de montrer son étonnement. Olivier rougit. Il dit:

—C'est un souvenir. Ma pauvre petite. Antoinette la portait, en mourant.

Christophe tressaillit. Le nom d'Antoinette fut un éclair pour lui.

—Antoinette? dit-il.

—Ma sœur, dit Olivier.

Christophe répétait:

—Antoinette... Antoinette Jeannin... Elle était votre sœur?... Mais, dit-il, regardant la photographie qui était sur la table, elle était tout enfant, quand vous l'avez perdue?

Olivier sourit tristement:

—C'est une photographie d'enfance, dit-il. Hélas! je n'en ai pas d'autres... Elle avait vingt-cinq ans, lorsqu'elle m'a quitté.

—Ah! fit Christophe, ému. Et elle a été en Allemagne, n'est-ce pas?

Olivier fit signe de la tête que oui.

Christophe saisit les mains d'Olivier:

—Mais je la connaissais! dit-il.

—Je le sais bien, dit Olivier.

Il se jeta au cou de Christophe.

—Pauvre petite! Pauvre petite! répétait Christophe.

Ils pleurèrent tous deux.

Christophe se ressouvint qu'Olivier était souffrant. Il tâcha de le calmer, l'obligea à rentrer ses bras dans le lit, lui ramena les draps sur les épaules, et, lui essuyant maternellement les yeux, il s'assit à son chevet; et il le regarda.

—Voilà donc, dit-il, pourquoi je te connaissais. Dès le premier soir, je t'avais reconnu.

(On ne savait s'il parlait à l'ami qui était là, ou à celle qui n'était plus.)

—Mais toi, continua-t-il, après un moment, tu le savais?... Pourquoi ne me le disais-tu pas?

Par les yeux d'Olivier, Antoinette répondit:

—Je ne pouvais pas le dire. C'était à toi de le lire.

Ils se turent, quelque temps; puis, dans le silence de la nuit, Olivier, immobile, étendu dans son lit, à voix basse raconta à Christophe, qui lui tenait la main, l'histoire d'Antoinette;—mais il ne lui dit pas ce qu'il ne devait pas dire: le secret qu'elle avait tu,—et que Christophe savait peut-être.

Dès lors, l'âme d'Antoinette les enveloppa tous deux. Quand ils étaient ensemble, elle était avec eux. Il n'était pas nécessaire qu'ils pensassent à elle: tout ce qu'ils pensaient ensemble, ils le pensaient en elle. Son amour était le lieu où leurs cœurs s'unissaient.

Olivier évoquait son image, souvent. C'étaient des souvenirs décousus, de brèves anecdotes. Ils faisaient reparaître dans une lueur passagère un de ses gestes timides et gentils, son jeune sourire sérieux, la grâce pensive de son être évanoui. Christophe écoutait, se taisant, et il se pénétrait des reflets de l'invisible amie. Par la loi de sa nature, qui buvait plus avidement que toute autre la vie, il entendait parfois dans les paroles d'Olivier des résonances profondes, qu'Olivier n'entendait pas; et il s'assimilait, mieux qu'Olivier même, l'être de la jeune morte.

D'instinct, il la remplaçait auprès d'Olivier; et c'était un spectacle touchant de voir le gauche Allemand retrouver, sans le savoir, certaines des attentions délicates, des prévenances d'Antoinette. Il ne savait plus, par moments, si c'était Olivier qu'il aimait dans Antoinette, ou Antoinette dans Olivier. Par une inspiration de tendresse, il allait sans le dire, faire visite à la tombe d'Antoinette; et il y apportait des fleurs. Olivier fut longtemps avant de s'en douter. Il ne l'apprit qu'un jour où il trouva sur la tombe des fleurs fraîches; mais ce ne fut pas sans peine qu'il parvint à avoir la preuve que Christophe était venu. Quand il essaya timidement de lui en parler, Christophe détourna l'entretien, avec une rudesse bourrue. Il ne voulait pas permettre qu'Olivier le sût; et il s'y entêta jusqu'au jour où, au cimetière d'Ivry, ils se rencontrèrent.

De son côté, Olivier écrivait à la mère de Christophe, à l'insu de celui-ci. Il donnait à Louisa des nouvelles de son fils; il lui disait l'affection qu'il avait pour lui, et combien il l'admirait. Louisa répondait à Olivier des lettres maladroites et humbles, où elle se confondait en remerciements; elle parlait toujours de son fils, comme d'un petit garçon.

Après une période de demi-silence amoureux,—«un calme ravissant, jouissant sans savoir pourquoi»,—leur langue s'était déliée. Ils passaient des heures à voguer à la découverte dans l'âme de l'ami.

Ils étaient bien différents l'un de l'autre, mais tous deux d'un pur métal. Ils s'aimaient parce qu'ils étaient si différents, tout en étant les mêmes.

Olivier était faible, débile, incapable de lutter contre les difficultés. Quand il se heurtait à un obstacle, il se repliait, non par peur, mais un peu par timidité, et beaucoup par dégoût des moyens brutaux et grossiers qu'il fallait employer pour vaincre. Il gagnait sa vie, en donnant des répétitions, en écrivant des livres d'art, honteusement payés, suivant l'habitude, des articles de revues, rares, jamais libres, et sur des sujets qui l'intéressaient médiocrement:—on ne voulait pas de ceux qui l'intéressaient; jamais on ne lui demandait ce qu'il pouvait faire le mieux: il était poète, on lui demandait des articles de critique; il connaissait la musique, on voulait qu'il parlât de peinture; il savait qu'il n'en pouvait rien dire que de médiocre: c'était justement cela qui plaisait; ainsi, il parlait aux médiocres la langue qu'ils pouvaient entendre. Il finissait par se dégoûter et refuser d'écrire. Il n'avait de plaisir à travailler que pour de petites revues, quine payaient pas, et auxquelles il se dévouait, comme tant d'autres jeunes gens, parce qu'il y était libre. Là seulement, il pouvait faire paraître tout ce qui, en lui, valait de vivre.

Il était doux, poli, patient en apparence, mais d'une sensibilité excessive. Une parole un peu vive le blessait jusqu'au sang; une injustice le bouleversait; il en souffrait pour lui et pour les autres. Certaines vilenies, commises il y avait des siècles, le déchiraient encore, comme s'il en avait été la victime. Il pâlissait, il frémissait, il était malheureux, en pensant au malheur de celui qui les avait subies, et combien de siècles le séparaient de sa sympathie. Quand il était le témoin d'une de ces injustices, il tombait dans des accès d'indignation, qui le faisaient trembler de tout son corps, et parfois le rendaient malade, l'empêchaient de dormir. C'était parce qu'il connaissait cette faiblesse qu'il s'imposait son calme: car lorsqu'il se fâchait, il savait qu'il passait les limites et disait alors des choses qu'on ne pardonnait pas. On lui en voulait plus qu'à Christophe, qui était toujours violent, parce qu'il semblait qu'Olivier livrât, plus que Christophe, dans ses moments d'emportement, le fond de sa pensée; et cela était vrai. Il jugeait les hommes sans les exagérations aveugles de Christophe, mais sans ses illusions, avec lucidité. C'est ce que les hommes pardonnent le moins. Il se taisait donc, évitait de discuter, sachant l'inutilité de la discussion. Il avait souffert de cette contrainte. Il avait souffert davantage de sa timidité, qui l'amenait quelquefois à trahir sa pensée, ou à ne pas oser la défendre jusqu'au bout, voire même à faire des excuses, comme dans la discussion avec Lucien Lévy-Cœur, au sujet de Christophe. Il avait passé par bien des crises de désespoir, avant de prendre son parti du monde et de lui-même. Dans ses années d'adolescence, où il était plus livré à ses nerfs, perpétuellement alternaient en lui des périodes d'exaltation et des périodes de dépression, se suivant d'une façon brusque. Au moment où il se sentait le plus heureux, il pouvait être sûr que le chagrin le guettait. Et soudain, en effet, il était terrassé par lui, sans l'avoir vu venir. Alors, il ne lui suffisait pas d'être malheureux; il fallait qu'il se reprochât son malheur, qu'il fît le procès de ses paroles, de ses actes, de son honnêteté, qu'il prît le parti des autres contre lui-même. Son cœur sautait dans sa poitrine, il se débattait misérablement, l'air lui manquait.—Depuis la mort d'Antoinette, et peut-être grâce à elle, grâce à la lumière apaisante qui rayonne de certains morts aimés, comme la lueur de l'aube qui rafraîchit les yeux et l'âme des malades, Olivier était parvenu, sinon à se dégager de ces troubles, du moins à s'y résigner et à les dominer. Peu de gens se doutaient de ses combats intérieurs. Il en renfermait en lui le secret humiliant, cette agitation déréglée d'un corps débile et tourmenté, que considérait, sans pouvoir s'en rendre maîtresse, mais sans en être atteinte, une intelligence libre et sereine,—«la paix centrale qui persiste au cœur d'une agitation sans fin».

Elle frappait Christophe. Il la voyait dans les yeux d'Olivier. Olivier avait l'intuition des âmes et une curiosité d'esprit large, subtile, ouverte à tout, qui ne niait rien, qui ne haïssait rien, qui contemplait le monde avec une généreuse sympathie: cette fraîcheur de regard, qui est un don sans prix et permet de savourer, d'un cœur toujours neuf, l'éternel renouveau. Dans cet univers intérieur, où il se sentait libre, vaste, souverain, il oubliait sa faiblesse et ses angoisses physiques. Il y avait même quelque douceur à contempler de loin, avec une ironique pitié, ce corps souffreteux, toujours prêt à disparaître. Ainsi, l'on ne risquait pas de s'attacher à sa vie et l'on ne s'en attachait que plus passionnément à la vie. Olivier reportait dans l'amour et dans l'intelligence toutes les forces qu'il avait abdiquées dans l'action. Il n'avait pas assez de sève pour vivre de sa propre substance. Il était lierre: il lui fallait se lier. Il n'était jamais si riche que quand il se donnait. C'était une âme féminine, qui avait toujours besoin d'aimer et d'être aimée. Il était né pour Christophe. Tels, ces amis aristocratiques et charmants, qui sont l'escorte des grands artistes et semblent avoir fleuri de leur âme puissante: Beltraffio, de Léonard; Cavalliere, de Michel-Ange; les compagnons ombriens du jeune Raphaël; Aert van Gelder, resté fidèle à Rembrandt, misérable et vieilli. Ils n'ont pas la grandeur des maîtres; mais il semble que tout ce qu'il y a de noble et de pur chez les maîtres, se soit, chez les amis, encore spiritualisé. Ils sont les compagnes idéales des génies.

Leur amitié était un bienfait pour tous deux. La présence de l'ami communique à la vie tout son prix; c'est pour lui que l'on vit, qu'on défend contre l'usure du temps l'intégrité de son être.

Ils s'enrichissaient l'un de l'autre. Olivier avait la sérénité de l'esprit et le corps maladif. Christophe avait une puissante force et une âme tumultueuse. C'étaient l'aveugle et le paralytique. Maintenant qu'ils étaient ensemble, ils se sentaient bien riches. À l'ombre de Christophe, Olivier reprenait goût à la lumière; Christophe lui transfusait un peu de son abondante vitalité, de sa robustesse physique et morale, qui tendait à l'optimisme, même dans la douleur, même dans l'injustice, et même dans la haine. Christophe prenait bien davantage à Olivier, selon la loi du génie, qui a beau donner, il prend toujours en amour beaucoup plus qu'il ne donne, quia nominor leo, parce qu'il est le génie, et que le génie, c'est pour moitié de savoir absorber tout ce qu'il y a de grand autour, et de le faire plus grand. La sagesse populaire dit qu'aux riches va la richesse. La force va aux forts. Christophe se nourrissait de la pensée d'Olivier; il s'imprégnait de son calme intellectuel, de son détachement d'esprit, de cette vue lointaine des choses, qui comprenait et dominait, en silence. Mais transplantées en lui, dans une terre plus riche, les vertus de son ami poussaient avec une bien autre énergie.

Ils s'émerveillaient de ce qu'ils découvraient l'un dans l'autre. Chacun apportait des richesses immenses, dont lui-même jusque-là n'avait pas pris conscience: le trésor moral de son peuple; Olivier, la vaste culture et le génie psychologique de la France; Christophe, la musique intérieure de l'Allemagne et son intuition de la nature.

Christophe ne pouvait comprendre qu'Olivier fût Français. Son ami ressemblait si peu à tous les Français qu'il avait vus! Avant de l'avoir rencontré, il n'était pas loin de prendre pour type de l'esprit français moderne Lucien Lévy-Cœur, qui n'en était que la caricature. Et voici que l'exemple d'Olivier lui montrait qu'il pouvait exister à Paris des esprits encore plus libres de pensée qu'un Lucien Lévy-Cœur, qui pourtant restaient purs et stoïques. Christophe voulait prouver à Olivier que sa sœur et lui ne devaient pas être tout à fait Français.

—Mon pauvre ami, lui dit Olivier, que sais-tu de la France?

オリヴィエは溜息ためいきをもらし、ピアノのところへ行ってすわり、自分を選んだ一徹な友の意志に服従して、しばらくぐずついたあとに、モーツァルトの美しいロ短調アダジオをひき始めた。初めのうちは、指が震えて鍵キーを打つ力もなかった。それからしだいに元気が出て来た。モーツァルトの言葉を繰り返してるだけだと思いながら、知らず知らず自分の心を吐露していた。音楽は慎みのない腹心者である。もっともひそかな思想をも吐露してしまう。モーツァルトの緩徐曲の霊妙な作意の下から、クリストフはモーツァルトのではなく、それをひいてる新しい友の、眼に見えぬ特質を見てとった、神経質な純潔な情け深い恥ずかしがりのこの青年の、憂鬱ゆううつな静穏さを、内気なやさしい微笑を。しかし、その曲の終わりに近づいて、切ない恋の楽句が高まって砕ける頂点に達すると、オリヴィエは堪えがたい羞恥しゅうちを感じてひきつづけられなくなった。指がきかず音が不足した。彼はピアノから手を離して言った。
「もうひけません……。」
後ろに立っていたクリストフは、彼のほうへかがみ込んで両腕を貸してやり、中断した楽句をひき終えた。それから言った。
「これで君の魂の音色がわかった。」
彼はオリヴィエの両手をとり、その顔をまともにしばらくながめた。そしてやがて言った。
「不思議だなあ!……君には以前会ったことがある……僕はずっと前から君をよく知っていた!」
オリヴィエの唇くちびるは震えた。彼はまさに話し出そうとした。しかし口をつぐんだ。
クリストフはなおちょっと彼を見守った。それから黙って微笑ほほえみかけた。そして帰っていった。

彼は輝かしい心で階段を降りていった。二人のごくきたない小僧が、一人はパンをもち一人は油壜びんをもって上がってくるのにすれ違った。彼はその二人の頬辺ほっぺたを馴なれ馴れしくつねってやった。顔渋めてる門番に微笑みかけた。街路に出ると、小声で歌いながら歩いた。リュクサンブールの園へはいった。木陰のベンチに身を横たえて眼をつむった。空気は静まり返っていた。散歩の人もあまりなかった。噴水の不同な響きや、ときどき砂の上の足音などが、ごく弱く聞こえていた。クリストフは堪えがたい懶ものうさを感じて、日向ひなたの蜥蜴とかげみたいにうっとりとしていた。木影はもうとくに彼の顔から離れていた。しかし彼は思い切って身を動かしかねた。種々の考えがぐるぐる回っていた。が彼はそれを一つ所に定めようとしなかった。どの考えも皆楽しい光のうちに浸っていた。リュクサンブールの大時計が鳴った。彼はそれに耳を貸さなかった。がすぐそのあとで、十二時を打ったのだという気がした。彼は飛び上がった。二時間もぶらぶらしたのであって、ヘヒトの家での面会時間をも忘れ、朝じゅう無駄にしてしまったことを見てとった。みずから笑い出して、口笛を吹きながら帰りかけた。商人の呼び売りの声に基づいてカノンのロンドを吹いた。悲しい旋律メロディーも彼のうちでは喜びの調子となった。同じ町内の洗濯せんたく屋の前を通りかかると、いつものとおり、店の中をじろりと横目で見やった。色艶つやのない火にほてった赤毛の小娘が、その痩やせ細った両腕を肩の近くまで裸にし、胸衣をくつろげて、火熨斗ひのしをかけていた。彼女はいつものとおり厚かましい色目を使ってみせた。その眼つきが彼の眼に出会っても、彼は初めていらだたなかった。彼はなお笑った。自分の室にもどったが、今まで気がかりだった事柄も何一つ眼に留まらなかった。帽子や上衣や胴衣チョッキを左右に投げ出して、世界を征服するような元気で仕事にかかった。あちらこちらに散らかってる音楽の草稿を取り上げた。が心はそこになかった。ただ眼で読んでるばかりだった。数分間たつと、頭がぼんやりして、リュクサンブールの園にいたときと同じく、楽しい夢心地に陥っていった。彼は二、三度それにみずから気づいて、はっきり我に返ろうとした。しかし無駄だった。快活に叫び散らし、立ち上がって、冷水の盥たらいに頭をつき込んだ。それで少し酔い心地からさめた。黙ってぼんやり微笑を浮かべながら、テーブルのところにもどってすわった。彼は考えた。
「これと恋愛との間に違いがあるかしら?」
本能的に彼は、あたかも恥ずかしがってるかのようにそっと考えていた。彼は肩をそびやかした。
「愛するのに二つの仕方はない……いやむしろ二つある。自分の全部を挙げて愛する仕方と自分の皮相な部分のわずかだけをささげて愛する仕方とだ。俺おれは後者のような吝しみったれた心をもちたくないものだ!」
それから先は一種の羞恥しゅうちを覚えて、考えるのをやめた。そして長い間じっと、内心の夢想に微笑ほほえみかけていた。彼の心は沈黙のなかに歌っていた。
――君は私のもの。そして今や初めて、私はまったく私のもの……。
彼は紙をとって、心が歌ってることを静かに書きつけた。

二人はいっしょの部室へやに住もうときめた。クリストフは半期分の部室代へやだいを無駄にするのも構わず、すぐに移り住もうとした。オリヴィエはいっそう細心であって、愛情が少ないのではなかったが、今の部室代の期限がつきるまで待とうと勧めた。クリストフにはそういう計算がわからなかった。金をもたない連中の多くと同じく、彼は金を失うことをなんとも思わなかった。そしてオリヴィエが自分よりなおいっそう困窮してるのだろうと想像した。ある日彼は、友の窮乏に驚いて、ふいとそのもとを去り、二時間後に、ヘヒトから前借りしてきた五フランの貨幣を数個、得意げに並べだした。オリヴィエは顔を赤らめて断わった。クリストフは不満に思って、中庭で音楽をやってたイタリー人へ、その金を投げ与えようとした。オリヴィエはそれを引き止めた。クリストフは立ち去った。表面は気持を悪くした様子をしていたが、実際では、オリヴィエから断わられたのも自分のへまなせいだとして、自分自身に腹がたっていた。ところが友の手紙で、その不機嫌きげんは慰められた。オリヴィエは、彼と知り合いになった喜びや彼が自分のためにしてくれようとした事柄にたいする感激など、すべて声高に言い得なかったことを書いてよこした。クリストフは感情のあふれた狂気じみた返事を出した。十五歳のおり、友のオットーに書いた手紙と似たものだった。情熱と支離滅裂な言葉とに満ちていた。フランス語やドイツ語の駄洒落だじゃれを交えていた。その駄洒落に楽譜をつけてまでいた。
二人はついに住居を定めた。モンパルナス町のうちで、ダンフェール広場の近くに、古い家の六階に、台所付三室の住居を見出していた。室は皆狭かったが、四方を大きな壁で囲まれた小さな庭に臨んでいた。二人が住んでる六階からは、他よりも少し低い正面の壁越しに、パリーになお多く見受けるような、人に知られないで隠れてる修道院の大きな庭を、ずっと見渡すことができた。そのひっそりした庭の小径こみちには人影もなかった。リュクサンブールのそれよりもいっそう高くいっそう茂ってる老木が、日の光を受けてそよいでいた。小鳥の群れがさえずっていた。夜明けごろから笛のような鶫つぐみの鳴き声がし、つぎには騒々しいリズムの雀すずめの合唱となった。そして夕方になると、夏には、輝かしい空気をつき切って空に滑走する燕つばめの、狂気じみた鋭い叫びが聞こえた。夜は、月光の下で、池の水面に立ちのぼる泡あわに似た、蝦蟇がまのすがすがしい声がした。もしその古い建物が、あたかも大地が熱に震えてるかのように、重い馬車の響きにたえず揺られることがなかったら、パリーの町であることを忘れてしまえるほどだった。
一つの室が、他の室より広くて美しかった。二人の友は争ってそれをたがいに譲り合った。籤くじを引かなければならなかった。籤にすることを考えついたクリストフは、悪い知恵を出して、われながら意外だったほど巧妙に、その室が自分の手に落ちないようにしてしまった。

このときから、二人にとってまったく幸福な時期が始まった。その幸福は、ある一定の事柄のうちにあるのではなくて、すべての事柄のうちに同時に存在していた。二人のあらゆる行為と思想とを浸し、一瞬も二人から離れなかった。
二人の友情の新婚期とも言うべき時期の間、

世界の中に一つの魂を自分のものと呼び得る人……

のみが知っている、無言の深い喜悦に満ちた最初の時期の間、二人はほとんど口をきかなかった。ほとんど口をきき得なかった。たがいにそばにいることを感じたり、長い沈黙のあとに二人の考えが同じ方向をたどってることを示すような、一つの眼つきや言葉を交えたりするだけで、彼らには十分だった。たがいに何一つ尋ねかけもせず、たがいに顔を見合わすこともしないで、二人はたえずたがいに見守っていた。愛する者は知らず知らずに、愛の相手の魂に則のっとるものである。相手の気持を害せず相手の全部でありたいという、ごく強い欲望をもってるので、不思議な急速な直覚力によって、相手の奥底のきわめてかすかな動きをも、すべて読みとってしまう。おたがいに透き通って見える。彼らはたがいにその存在を取り換え合う。顔だちはたがいに真似し合い、魂はたがいに真似し合う――奥深い力が、種属という悪魔が、突然躍おどり出してきて、自分を縛いましめている愛情の外皮を引き裂いてしまう、その日までは。
クリストフは小声で話し、静かに歩き、沈黙がちなオリヴィエの室の隣室で、音をたてまいと用心していた。彼は友情のために様子が変わっていた。かつて見られなかったほどの、幸福と信頼と若さとの表情をしていた。彼はオリヴィエを敬愛していた。オリヴィエは、それを身に余る幸福だとして恥ずかしく思わなかったら、自分の力を濫用して勝手な真似をするのは容易だったろう。が彼はクリストフよりずっと劣ってると自分を見なしていた。クリストフも同様にみずから卑下していた。そしてこの相互の謙譲は、彼らの大きな愛情から来たものであって、さらに一つの楽しみだった。友の心のうちに多大の場所を占めてると感ずることは――それが身に余ることだと意識してもなお――非常にうれしいことだった。そして二人はたがいに、しみじみとした感謝の念を覚えていた。
オリヴィエは自分の書物をクリストフのといっしょにしておいた。もうその間の区別をたてなかった。ある本のことを話すときには、「僕の本」と言わないで、「僕たちの本」と言った。そして彼が共同の財産中に交えないで別にしておいた品物は、ごくわずかな数しかなかった。それは皆、姉の所持品だったものか、あるいは姉の思い出を帯びてるものだった。クリストフは愛情から来る敏感さで、間もなくそれに気がついた。しかしその理由は知らなかった。彼はかつてオリヴィエにその両親のことなどを尋ねなかった。もう両親がないことだけを知っていた。そして、愛情の上での多少高ぶった控え目から、友の秘密を探り出すことを避けたうえに、過去の悲しみを友の心に呼び覚さますことを恐れる懸念もあった。友の身の上を非常に知りたくはあったけれど、ある妙な気遅れから、オリヴィエのテーブルの上にある写真を目近く見調べることさえ、なし得ないでいた。写真に現われてるのは、威儀を正した紳士と貴婦人と、それから、足元にスパニエル種の大きな犬を置いた十二、三歳の少女とであった。
いっしょに住んでから二、三か月後に、オリヴィエは悪寒おかんを覚えた。床につかなければならなかった。クリストフは慈母めいた心持を起こして、気づかわしい情愛で看護をした。医者はオリヴィエを聴診して、肺尖はいせんに少し炎症を発見し、患者の背中にヨードチンキの塗布をクリストフへ頼んだ。クリストフはその役目を真面目まじめくさってやってのけたが、そのとき、オリヴィエの首に聖牌せいはいがかかってるのを見出した。彼は今ではもうオリヴィエを十分理解していて、オリヴィエが彼よりもいっそう宗教心から離脱してることを、よく知っていた。それで聖牌を見出した驚きを隠しきれなかった。オリヴィエは顔を赤めた。そして言った。
「これは記念の品なんだ。憐あわれなアントアネットが、死ぬときにつけてたものだよ。」
クリストフははっとした。アントアネットという名前は彼にとって電光に等しかった。
「アントアネットだって?」と彼は言った。
「僕の姉だよ。」とオリヴィエは言った。
クリストフは繰り返した。
「アントアネット……アントアネット・ジャンナン……それが君の姉ねえさんなのか?……だが、」
彼はテーブルの上の写真をながめながら言った、「子供のときに亡くなったんじゃないのか?」
オリヴィエは悲しげに微笑ほほえんだ。
「それは子供のときの写真だよ。」と彼は言った。「ほかに写真がないものだから……。亡くなったのは二十五のときだった。」
「ええ!」とクリストフは感動して言った。「そしてドイツにいたことがあるんだろう?」
オリヴィエはそうだと頭でうなずいた。
クリストフはオリヴィエの両手をとった。
「僕は君の姉さんを知ってたんだ!」と彼は言った。
「僕もそのことは知ってる。」とオリヴィエは言った。
彼はクリストフの首に飛びついた。
「かわいそうに、かわいそうに!」とクリストフは繰り返した。
彼らは二人とも涙を流した。
クリストフはオリヴィエが病気であることを思い出した。その心を落ち着かせようとし、無理に腕を蒲団ふとんの中に入れさせ、肩の上に毛布をかけてやり、そしてやさしく眼をふいてやり、その枕頭ちんとうにすわった。それからじっと顔をながめた。
「だから、」と彼は言った、「僕は君を知ってたのだ。初めて会った晩から君に見覚えがあった。」
(彼が話しかけてるのは、そこにいる友へかあるいはもう世にない彼女へか、どちらともわからなかった。)
「だが君は、」と彼はやがてつづけた、「それを知ってたんじゃないか。……なぜそう言わなかったんだい?」
オリヴィエの眼をかりてアントアネットが答えた。
「私には言えませんでした。あなたのほうで察してくださるはずでした。」
二人はしばらく黙っていた。それから夜の静けさのなかで、オリヴィエはじっと床に横たわりながら低い声で、手をとってくれてるクリストフへ、アントアネットの話をした。しかし、言ってならないこと、彼女が包み隠していた秘密――彼が告げるまでもなくクリストフはたぶんそれを知っていたろうが――それだけは、口に出さなかった。

それ以来、アントアネットの魂が二人を包み込んでしまった。二人いっしょにいるときには、彼女もともにいた。二人は彼女のことを考える必要がなかった。二人いっしょに考えることはみな、彼女のなかで考えていた。彼女の恋は、二人の心が一つに結ばれ合う場所であった。
オリヴィエはしばしば彼女の面影を描き出した。切れ切れの思い出や短い逸話などを思い起こした。すると、彼女の内気らしいしとやかな身振りや、落ち着いた若々しい微笑や、衰えた身体つきの物思わしげな優雅さなどが、ぱっと明るくなって現われた。クリストフのほうは、耳を傾け口をつぐんで、眼に見えないなつかしい彼女の映光に浸った。だれよりもよく生命の気をむさぼり飲む天性に従って、彼は時とするとオリヴィエの言葉のうちに、オリヴィエにも聞こえない深い共鳴音を聞きとった。そして彼はオリヴィエ自身よりもなおよく、亡き若人の存在を自分に同化していた。
本能的に彼は、オリヴィエのそばで彼女の代わりを務めた。無器用なドイツ人たる彼が、アントアネットと同じ微細な注意や世話を、みずから知らずにやってのけてることは、見るも心ひかるる光景だった。彼はときどき、アントアネットのうちにオリヴィエを愛してるのか、オリヴィエのうちにアントアネットを愛してるのか、もはや自分でもわからないことがあった。愛情の発作に駆られては、黙ってアントアネットの墓参りに出かけた。そして花をもっていった。オリヴィエはそれに長く気づかなかった。ある日墓の上にごく新しい花を見出して、ようやくそれと知った。しかしクリストフが来たのだという証拠を得るには、容易なことではなかった。おずおず言い出してみると、クリストフは不機嫌きげんな乱暴さで話をそらした。彼はオリヴィエに知られたくなかった。そして執拗しつように隠しぬいた。がある日ついに、イヴリーの墓地で二人出会ってしまった。
オリヴィエのほうではまた、クリストフに内密で彼の母へ手紙を書いていた。ルイザへ息子の消息を伝えてやった。自分がいかほど彼を愛し敬服してるかを、書き贈った。ルイザもオリヴィエへ、下手へたなつつましい返事を書いて、感謝の念にくれていた。彼女はまだやはり息子むすこのことを小さな子供のように語っていた。

愛に満ちた半ば沈黙の時期――「なぜともなく歓よろこばしい楽しい静安」――のあとに、二人の舌はほどけてきた。友の魂の中に発見の航海をすることで幾時間も過ごした。
二人はたがいにずいぶん異なってはいたが、どちらも純粋な地金ででき上がっていた。そして同じものでありながらも異なっているゆえに、なお愛し合った。
オリヴィエは弱々しくて、困難と戦うことができなかった。一つの障害にぶつかると、すぐに辟易へきえきした。それも恐ろしいからではなくて、多少は臆病おくびょうなからであり、多くは、征服のために取らなければならない荒々しい粗暴な方法を忌みきらうからであった。彼の生活の方便は、出稽古でげいこをしたり、例によって恥ずかしいほどの報酬で、芸術の著書をしたり、またまれには雑誌の原稿を書いたりすることだった。その原稿もけっして自由なものではなく、ごく興味の薄い題目に関するものだった。――彼が興味をもってる事柄は喜ばれなかった。彼のもっとも得意なものはかつて求められなかった。詩人であるのに評論を求められた、音楽に通じてるのに絵画論を喜ばれた。そんなことについてはくだらないこときり言えないのは、自分でもよくわかっていた。しかしそれがちょうど人に好かれる事柄だった。かくて彼はわかりやすい言葉で凡俗を相手に書いた。ついにはみずから厭気いやけがさして執筆を断わった。彼が喜んで働き得るのは、原稿料を出さない小雑誌にばかりだった。そこではまったく自由だったので、他の多くの青年らと同様に、彼も懸命になっていた。ただそこでだけ彼は、世に出す価値があるとみずから思えるものをすべて発表することができた。
彼は外観上温和で丁寧で忍耐強かったが、過敏な感受性をそなえていた。少し鋭い言葉を聞くと、血が湧わき返るほど気にさわった。不正に出会うと心が転倒した。それを自分のためにまた他人のために苦しんだ。数世紀前に行なわれた卑劣な行為を見てもなお、自分がその被害者であるかのように口惜くやしがった。その被害をこうむった者はいかにつらかったろうかと考え、いかに多くの年月がその男と自分の同情とを隔ててるかを考えては、蒼あおくなり身を震わし悲しがった。そういう不正の一つを目撃するときには、過度の憤怒に駆られて、身体じゅうをうち震わし、時には病的になって眠れなかった。彼はそういう自分の弱さを知っていたから、いつも無理に落ち着こうとつとめた。というのは、腹をたてると見境がなくなって、人から許されそうもないことを口走るようになることを、みずから知ってたからである。そして彼は、いつも乱暴なクリストフよりなおいっそう、人から恨まれた。彼が腹をたてたさいには、クリストフよりもさらによく、自分の心底を見せつけるように見えたからである。そして実際そのとおりだった。彼はクリストフのように盲目的な誇張なしに、錯誤なしに明快に、他人を批判していた。それこそ人のもっとも許しかねることだった。で彼は口をつぐみ、議論の無益さを知ってそれを避けた。彼はそういう抑制を長く苦しんできた。そして自分の臆病おくびょうさを、さらに多く苦しんできた。臆病のあまりに時とすると、自分の考えを裏切ることがあり、あるいは自分の考えを最後まで弁護し得ないことがあり、なおその上に、クリストフのことについてリュシアン・レヴィー・クールと議論したときのように、詫わびを言うはめになることさえあった。世間に見切りをつけ自分自身に見切りをつけるまでには、幾度も絶望の危機を通り越してきた。神経の支配をいっそう受ける青春時代には、激昂げっこうの時期と銷沈しょうちんの時期とが、急激な勢いで交互にいつも襲ってきた。もっとも幸福な気持のときにも、苦悩に待ち伏せられてることがはっきりわかっていた。そして実際、苦悩がやってくるのを見ないでも、不意にそのために圧倒せられた。すると不幸だというばかりでは済まなかった。自分の不幸をみずから責め、自分の言葉や行為や正直さなどを批判し、他人をよしとし自分を不正とせざるを得なかった。心臓が胸の中でどきどきし、痛ましいほどもがき苦しみ、息がつけなかった。――アントアネットが死んでからは、おそらくその死のおかげで、病人の眼や魂をさわやかにする曙あけぼのの光に似た、なつかしい故人から射さす和なごやかな光明のおかげで、オリヴィエは、それらの悩みから脱することはできなかったとしても、少なくともそれをあきらめそれを押えることができるようになった。彼のそういう内心の闘たたかいに気づく者はあまりなかった。彼はその恥ずかしい秘密を、虚弱な不均衡な身体の狂的な懊悩おうのうを、自分のうちに秘めていた。その懊悩を統御することはできないが、しかしそれから害せられはしないで、ただじっと見守っていた、自由な朗らかな知力が――「際限なく擾乱じょうらんする心に残存する中心の平穏」が。
クリストフが心ひかれたのはその平穏だった。彼がオリヴィエの眼の中に認めたのはそれだった。オリヴィエは人の魂を見てとる直覚力をそなえていた。すべてのものに開かれ、何物も否定せず、何物も憎まず、寛大な同情で世界を観照する、広い精緻せいちな精神的好奇心をそなえていた。貴重な天稟てんぴんであって、常に新しい心で永遠の新味を味わわせる、清新な眼をそなえていた。自由で広大で崇高な心地がするその内的世界のうちにあると、彼は自分の弱さや肉体の苦悩を忘れはてた。今にも消滅せんとしてる悩ましい身体を、一種皮肉な憐あわれみをもって遠くからながめるのは、多少の楽しみでさえあった。かくして、自分の生に執着するの恐れがなく、一般の生にますます熱く執着していた。彼は自分の力を行為のうちに用いないで、愛と知能とのうちに注いでいた。彼は自分の実質で生きるだけの養液をもっていなかった。彼は葛かずらであって他物にすがらなければならなかった。自分を投げ出してるときがもっとも充実していた。常に愛し愛されたがってる女性的な魂だった。彼はクリストフのために生まれた者であった。大芸術家の伴侶はんりょであって、その力強い魂から咲き出したように見える、貴族的ないじらしい友とも言えるのだった。レオナルドにおけるベルトラフィオ、ミケランジェロにおけるカヴァリエレ、若いラファエロがもっていたウンブリアの友だち、困窮な老年のレンブラントにながく忠実だったアールト・デ・ヘルデル、それにも等しかった。彼らはその師ほどの偉大さをもってはいないが、師のうちにある崇高純潔なものはみな、いっそう精神化されて彼らのうちにあるがように見える。彼らは実に天才の理想的な道づれである。

二人の友情は二人のためによかった。友があれば生き甲斐がいが出てくる。友のために生きるようになり、時の磨滅まめつ力にたいして自分の保全をつとめるようになる。
二人はたがいに充実し合っていた。オリヴィエは清朗な精神と病弱な身体とをもっていた。クリストフは強力と落ち着きのない魂とをもっていた。二人は盲者と中風患者とであった。そして今二人いっしょにいると豊饒ほうじょうな気がした。クリストフの影に身を置いて、オリヴィエは光にたいする趣味を見出した。クリストフは、悲しみの中や不正や憎悪の中にあってさえ楽天的になりがちな、あふれるほどの活力と心身の頑健がんけんさとを、多少オリヴィエのうちに注ぎ込んだ。そしてさらに多くのものをオリヴィエから取り出した。それが天才の法則である。天才はいかに多く与えても、それよりさらに多くのものを常に愛のうちから奪い取る。なぜなら、われは獅子ししなればなりだからであり、天才だからである。天才ということは半ばは、自分の周囲の偉大なものを吸い取りそれをさらに偉大になす、ということにある。富は富者に集まると下世話げせわに言われている。力は強者に集まるものである。クリストフはオリヴィエの思想で自分を養った。その落ち着いた知力、超然たる精神、暗黙のうちに理解し見きわめる遠大な見解、などを吸収した。しかし友のそういう長所は、彼のうちに、豊饒な土地に、移植されると、まったく異なった力で生長していった。
二人はたがいに相手のうちに見出されるものに驚嘆していた。彼らはおのおの、これまで自分でも気づかなかった巨大な財宝をもち寄った。それはたがいの民衆の精神的な宝だった。オリヴィエのほうは、フランスの広範な教養と心理的才能とであった。クリストフのほうは、ドイツの内的音楽と自然にたいする直覚力とであった。
クリストフには、オリヴィエがフランス人であることを理解できなかった。オリヴィエは彼が見たどのフランス人にもあまり似寄っていなかった。彼はオリヴィエに会う前には、リュシアン・レヴィー・クールをフランス近代精神の典型だと見なしがちだった。が実は、レヴィー・クールはその漫画にすぎないのだった。そして今、レヴィー・クールよりもいっそう思想的に自由であり、しかもなお純潔であり堅忍である者らが、パリーにもいるということを、彼はオリヴィエの実例によって教えられた。けれど、オリヴィエやその姉はどうもまったくのフランス人ではないと、彼はオリヴィエに証拠だててやりたかった。
「お気の毒だが、」とオリヴィエは言った、「君はフランスについて何を知ってるんだい?」

 

Christophe protesta de la peine qu'il s'était donnée pour la connaître; il énuméra tous les Français qu'il avait vus dans le monde des Stevens et des Roussin: Juifs, Belges, Luxembourgeois, Américains, Russes, Levantins, voire çà et là quelques Français authentiques.

—C'est bien ce que je disais, répliqua Olivier. Tu n'en as pas vu un seul. Une société de débauche, quelques bêtes de plaisir, qui ne sont même pas Français, des viveurs, des politiciens, des êtres inutiles, toute cette agitation qui passe, sans la toucher, au-dessus de la nation. Tu n'as vu que les myriades de guêpes qu'attirent les beaux automnes et les vergers abondants. Tu n'as pas remarqué les ruches laborieuses, la cité du travail, la fièvre des études.

—Pardon, dit Christophe, j'ai vu aussi votre élite intellectuelle.

—Quoi? deux ou trois douzaines d'hommes de lettres? Voilà une belle affaire! En ce temps où la science et l'action ont pris une telle grandeur, la littérature est devenue la couche la plus superficielle de la pensée d'un peuple. Dans la littérature même, tu n'as guère vu que le théâtre, et le théâtre de luxe, cette cuisine internationale, faite pour une clientèle riche d'hôtels cosmopolites. Les théâtres de Paris? Crois tu qu'un travailleur sache seulement ce qui s'y passe? Pasteur n'y est pas allé dix fois dans sa vie! Comme tous les étrangers, tu donnes une importance démesurée à nos romans, à nos scènes de boulevards, aux intrigues de nos politiciens... Je te montrerai, quand tu voudras, des femmes qui ne lisent jamais de romans, des jeunes filles parisiennes qui ne sont jamais allées au théâtre, des hommes qui ne se sont jamais occupés de politique,—et cela, parmi les intellectuels. Tu n'as vu ni nos savants, ni nos poètes. Tu n'a vu ni les artistes solitaires, qui se consument en silence, ni le brasier brûlant de nos révolutionnaires. Tu n'as vu ni un seul grand croyant, ni un seul grand incroyant. Pour le peuple, n'en parlons pas! À part la pauvre femme qui t'a soigné, que sais-tu de lui? Où aurais-tu pu le voir? Combien de Parisiens as-tu connus, qui habitaient au-dessus du second ou du troisième étage? Si tu ne les connais pas, tu ne connais pas la France. Tu ne connais pas, dans les pauvres logements, dans les mansardes de Paris, dans la province muette, les cœurs braves et sincères, attachés pendant toute une vie médiocre à de graves pensées, à une abnégation quotidienne,—la petite Église, qui de tout temps a existé en France—petite par le nombre, grande par l'âme, presque inconnue, sans action apparente, et qui est toute la force de France, la force qui se tait et qui dure, tandis qu'incessamment pourrit et se renouvelle ce qui se dit: l'élite... Tu t'étonnes de trouver un Français qui ne vit pas pour être heureux, heureux à tout prix, mais pour accomplir ou pour servir sa foi? Il y a des milliers de gens comme moi, et plus méritants que moi, plus pieux, plus humbles, qui, jusqu'au jour de leur mort, servent sans défaillance un idéal, un Dieu, qui ne leur répond pas. Tu ne connais pas le menu peuple économe, méthodique, laborieux, tranquille, avec au fond du cœur une flamme qui sommeille,—ce peuple sacrifié, qu'a défendu jadis contre l'égoïsme des grands mon «pays», le vieux Vauban aux yeux bleus. Tu ne connais pas le peuple, tu ne connais pas l'élite. As-tu lu un seul des livres qui sont nos amis fidèles, les compagnons qui nous soutiennent? Sais-tu seulement l'existence de nos jeunes revues, où se dépense une telle somme de dévouement et de foi? Te doutes-tu des personnalités morales qui sont notre soleil et dont le muet rayonnement fait peur à l'armée des hypocrites? Ils n'osent pas lutter de front; ils s'inclinent devant elles, afin de mieux les trahir. L'hypocrite est un esclave, et qui dit esclave dit maître. Tu ne connais que les esclaves, tu ne connais pas les maîtres... Tu as regardé nos luttes, et tu les as traitées d'incohérence brutale, parce que tu n'en as pas compris le sens. Tu vois les ombres et les reflets du jour, tu ne vois pas le jour intérieur, noire âme séculaire. As-tu jamais cherché à la connaître? As-tu jamais entrevu notre action héroïque, des Croisades à la Commune? As-tu jamais pénétré le tragique de l'esprit français? T'es-tu jamais penché sur l'abîme de Pascal? Comment est-il permis de calomnier un peuple qui, depuis plus de dix siècles, agit et crée, un peuple qui a pétri le monde à son image par l'art gothique, par le dix-septième siècle, et par la Révolution,—un peuple qui, vingt fois, a passé par l'épreuve du feu et s'y est retrempé, et qui, sans mourir jamais, a ressuscité vingt fois!...—Vous êtes tous de même. Tous tes compatriotes qui viennent chez nous ne voient que les parasites qui nous rongent, les aventuriers des lettres, de la politique et de la finance, avec leurs pourvoyeurs, leurs clients et leurs catins; et ils jugent la France d'après ces misérables qui la dévorent. Pas un de vous ne songe à la vraie France opprimée, aux réserves de vie qui sont dans la province française, à ce peuple qui travaille, indifférent au vacarme de ses maîtres d'un jour... Oui, c'est trop naturel que vous n'en connaissiez rien, je ne vous en fais pas un reproche: comment le pourriez-vous? C'est à peine si la France est connue des Français. Les meilleurs d'entre nous sont bloqués, prisonniers sur notre propre sol... On ne saura jamais tout ce que nous avons souffert, attachés au génie de notre race, gardant en nous comme un dépôt sacré la lumière que nous en avions reçue, la protégeant désespérément contre les souffles ennemis qui s'évertuent à l'éteindre,—seuls, sentant autour de nous l'atmosphère empestée de ces métèques, qui se sont abattus sur notre pensée, comme un essaim de mouches, dont les larves hideuses rongent notre raison et souillent notre cœur,—trahis par ceux dont c'était la mission de nous défendre, nos guides, nos critiques imbéciles ou lâches, qui flagornent l'ennemi, pour se faire pardonner d'être de notre race, abandonnés par notre peuple, qui ne se soucie pas de nous, qui ne nous connaît même pas... Quels moyens avons-nous d'être connus de lui? Nous ne pouvons pas arriver jusqu'à lui... Ah! c'est là le plus dur! Nous savons que nous sommes des milliers d'hommes en France qui pensons de même, nous savons que nous parlons en leur nom, et nous ne pouvons nous faire entendre! L'ennemi tient tout: journaux, revues, théâtres... La presse fuit la pensée, ou ne l'admet que si elle est un instrument de plaisir, ou l'arme d'un parti. Les coteries et les cénacles ne laissent le passage libre qu'à condition qu'on s'avilisse. La misère, le travail excessif nous accablent. Les politiciens, occupés de s'enrichir, ne s'intéressent qu'aux prolétariats qu'ils peuvent acheter. La bourgeoisie indifférente et égoïste nous regarde mourir. Notre peuple nous ignore: ceux même qui luttent comme nous, enveloppés comme nous de silence, ne savent pas que nous existons, et nous ne savons pas qu'ils existent... Le néfaste Paris! Sans doute, il a fait aussi du bien, en groupant toutes les forces de la pensée française. Mais le mal qu'il a fait est au moins égal au bien; et, dans une époque comme la nôtre, le bien même se tourne en mal. Il suffit qu'une pseudo-élite s'empare de Paris, et embouche la trompette de la publicité, pour que la voix du reste de la France soit étouffée. Bien plus: la France s'y trompe elle-même; elle se tait, effarée, elle refoule peureusement ses pensées... J'ai bien souffert de tout cela, autrefois, Mais maintenant, Christophe, je suis tranquille. J'ai compris ma force, la force de mon peuple. Nous n'avons qu'à attendre que l'inondation passe. Elle ne rongera pas le fin granit de France. Sous la boue qu'elle roule, je te le ferai toucher. Et déjà, çà et là, de hautes cimes affleurent.

Christophe découvrit l'énorme puissance d'idéalisme qui animait les poètes, les musiciens, les savants français de son temps. Tandis que les maîtres du jour couvraient du fracas de leur sensualisme grossier la voix de la pensée française, celle-ci, trop aristocratique pour lutter de violences avec les cris outrecuidants de la racaille, continuait pour elle-même et pour son Dieu son chant ardent et concentré. Il semblait même que, désireuse de fuir le bruit répugnant du dehors, elle se fût retirée jusque dans ses retraites les plus profondes, au cœur de son donjon.

Les poètes,—les seuls qui méritassent ce beau nom, prodigué par la presse et les Académies à des bavards affamés de vanité et d'argent,—les poètes, méprisants de la rhétorique impudente et du réalisme servile qui rongent l'écorce des choses sans pouvoir l'entamer, s'étaient retranchés au centre même de l'âme, dans une vision mystique où l'univers des formes et des pensées était aspiré, comme un torrent qui tombe dans un lac, et se colorait de la teinte de la vie intérieure. L'intensité de cet idéalisme, qui s'enfermait en soi pour recréer l'univers, le rendait inaccessible à la foule. Christophe lui-même ne le comprit pas d'abord. Le heurt était trop brusque, après la Foire sur la place. C'était comme si, au sortir d'une mêlée furieuse sous la lumière crue, il entrait dans le silence et la nuit. Ses oreilles bourdonnaient. Il ne voyait plus rien. Sur le premier moment, avec son ardent amour de la vie, il fut choqué du contraste. Dehors, mugissaient des torrents de passion, qui bouleversaient la France, qui remuaient l'humanité. Et rien, au premier regard, n'en paraissait dans l'art. Christophe demandait à Olivier:

—Vous avez été soulevés jusqu'aux étoiles et précipités jusqu'aux abîmes par votre Affaire Dreyfus. Où est le poète en qui a passé la tourmente? Il se livre, en ce moment, dans les âmes religieuses, le plus beau combat qu'il y ait eu, depuis des siècles, entre l'autorité de l'Église et les droits de la conscience. Où est le poète en qui se reflète cette angoisse sacrée? Le peuple des ouvriers se prépare à la guerre, des nations meurent, des nations ressuscitent, les Arméniens sont massacrés, l'Asie qui se réveille de son sommeil millénaire renverse le colosse moscovite, garde-clefs de l'Europe; la Turquie, comme Adam, ouvre les yeux au jour; l'air est conquis par l'homme; la vieille terre craque sous nos pas, et s'ouvre; elle dévore tout un peuple... Tous ces prodiges, accomplis en vingt ans, et qui avaient de quoi alimenter vingt Iliades, où sont-ils, où est leur trace de feu dans les livres de vos poètes? Sont-ils les seuls à ne pas voir la poésie du monde?

—Patience, mon ami, patience! lui répondait Olivier. Tais-toi, ne parle pas, écoute...

Peu à peu s'effaçait le grincement de l'essieu du monde; le grondement sur les pavés du char lourd de l'action se perdait dans le lointain. Et s'élevait le chant divin du silence,

Le bruit d'abeilles, le parfum du tilleul...
Le vent,
Avec ses lèvres d'or frôlant le sol des plaines...
Le doux bruit de la pluie avec l'odeur des roses.

On entendait sonner le marteau des poètes, sculptant aux flancs du vase

La fine majesté des plus naïves choses,

la vie grave et joyeuse,

Avec ses flûtes d'or et ses flûtes d'ébène,

la religieuse joie, la fontaine de foi qui sourd des âmes

Pour qui toute ombre est claire...

et la bonne douleur, qui vous berce et sourit,

De son visage austère, d'où descend
Une clarté surnaturelle,...

et

La mort sereine aux grands yeux doux.

C'était une symphonie de voix pures. Pas une n'avait l'ampleur sonore de ces trompettes de peuples que furent les Corneille et les Hugo; mais combien leur concert était plus profond et plus nuancé! La plus riche musique de l'Europe d'aujourd'hui.

Olivier dit à Christophe, devenu silencieux:

—Comprends-tu maintenant?

Christophe, à son tour, lui fit signe de se taire. Bien qu'il préférât des musiques plus viriles, il buvait le murmure des bois et des ruisseaux de l'âme, qu'il entendait bruire. Ils chantaient, parmi les luttes éphémères des peuples, l'éternelle jeunesse du monde, la

Bonté douce de la Beauté.

Tandis que l'humanité,

Avec des aboiements d'épouvante et des plaintes,
Tourne en rond dans un champ aride et ténébreux,

tandis que des millions d'êtres s'épuisent â s'arracher les uns aux autres les lambeaux sanglants de liberté, les sources et les bois répétaient:

«Libre!... Libre!... Sanctus, Sanctus...»

Ils ne s'endormaient pas en un rêve de sérénité égoïste. Dans le cœur des poètes, les voix tragiques ne manquaient point: voix d'orgueil, voix d'amour, voix d'angoisses.

C'était l'ouragan ivre,

Avec sa force rude ou sa douceur profonde,

les forces tumultueuses, les épopées hallucinées de ceux qui chantent la fièvre des foules, les luttes entre les dieux humains, les travailleurs haletants,

Visages d'encre et d'or trouant l'ombre et la brume,
Dos musculeux tendus ou ramassés, soudain,
Autour de grands brasiers et d'énormes enclumes...

forgeant la Cité future.

Et, dans la lumière éclatante et obscure qui tombe sur «les glaciers de l'intelligence», c'était l'héroïque amertume des âmes solitaires, se rongeant elles-mêmes, avec une allégresse désespérée.

Bien des traits de ces idéalistes semblaient à un Allemand plus allemands que français. Mais tous avaient l'amour du «fin parler de France», et la sève des mythes de la Grèce coulait en leurs poèmes. Les paysages de France et la vie quotidienne, par une magie secrète, se muaient dans leurs prunelles en des visions de l'Attique. On eût dit que chez ces Français du XXe siècle survécussent des âmes antiques, et qu'elles eussent besoin de rejeter leur défroque moderne, pour se retrouver dans leur belle nudité.

De l'ensemble de cette poésie se dégageait un parfum de riche civilisation mûrie pendant des siècles, qu'on ne pouvait trouver nulle part ailleurs en Europe. Qui l'avait respiré ne pouvait plus l'oublier. Il attirait de tous les pays du monde des artistes étrangers. Ils devenaient des poètes français, français jusqu'à l'intransigeance; et l'art classique français n'avait pas de disciples plus fervents que ces Anglo-Saxons, ces Flamands et ces Grecs.

Christophe, guidé par Olivier, se laissait pénétrer par la beauté pensive de la Muse de France, tout en préférant à cette aristocratique personne, un peu trop intellectuelle pour son goût, une belle fille du peuple, simple, saine, robuste, qui ne raisonne point tant, mais qui aime.

Le même odor di bellezza montait de tout l'art français, comme une odeur de fraises mûres monte des bois d'automne chauffés par le soleil. La musique était un de ces petits fraisiers, dissimulés dans l'herbe. Christophe avait d'abord passé, sans le voir, habitué dans son pays à des buissons de musique, bien autrement touffus. Mais voici que le parfum délicat le faisait se retourner; avec l'aide d'Olivier, il découvrait au milieu des ronces et des feuilles mortes, qui usurpaient le nom de musique, l'art raffiné et ingénu d'une poignée de musiciens. Parmi les champs maraîchers et les fumées d'usines de la démocratie, au cœur de la Plaine-Saint-Denis, dans un petit bois sacré, des faunes insouciants dansaient. Christophe écoutait avec surprise leur chant de flûte, ironique et serein, qui ne ressemblait à rien de ce qu'il avait entendu:

Un petit ruisseau m'a suffi
Pour faire frémir l'herbe haute
Et tout le pré
Et les doux saules
Et le ruisseau qui chante aussi:
Un petit roseau ma suffi
À faire chanter la forêt...

Sous la grâce nonchalante et le dilettantisme apparent de ces petites pièces pour piano, de ces chansons, de cette musique française de chambre, sur laquelle l'art allemand ne daignait pas jeter les yeux, et dont Christophe lui-même avait négligé la poétique virtuosité, il commençait à entrevoir la fièvre de renouvellement, l'inquiétude,—inconnue de l'autre côté du Rhin,—avec laquelle les musiciens français cherchaient dans les terrains incultes de leur art les germes qui pouvaient féconder l'avenir. Tandis que les musiciens allemands s'immobilisaient dans les campements de leurs pères, et prétendaient arrêter l'évolution du monde à la barrière de leurs victoires passées, le monde continuait de marcher; et les Français en tête se lançaient à la découverte; ils exploraient les lointains de l'art, les soleils éteints et les soleils qui s'allument, et la Grèce disparue et l'Extrême-Orient rouvrant à la lumière, après des siècles de sommeil, ses larges yeux fendus, pleins de rêves immenses. Dans la musique d'Occident, canalisée par le génie d'ordre et de raison classique, ils levaient les écluses des anciens modes; ils faisaient dériver dans leurs bassins de Versailles toutes les eaux de l'univers: mélodies et rythmes populaires, gammes exotiques et antiques, genres d'intervalles nouveaux ou renouvelés. Comme, avant eux, leurs peintres impressionnistes avaient ouvert à l'œil un monde nouveau,—Christophes Colombs de la lumière,—leurs musiciens s'acharnaient à la conquête de l'univers des sons; ils pénétraient plus avant dans les retraites mystérieuses de l'Ouïe; ils découvraient des terres inconnues dans cette mer intérieure. Plus que probablement, d'ailleurs, ils ne feraient rien de leurs conquêtes. Suivant leur habitude, ils étaient les fourriers du monde.

Christophe admirait l'initiative de cette musique qui renaissait d'hier, et qui déjà marchait à l'avant-garde. Quelle vaillance il y avait dans cette élégante et menue petite personne! Il devenait indulgent pour les sottises que naguère il avait relevées en elle. Seuls, ceux qui ne font rien ne se trompent jamais. Mais l'erreur qui s'efforce vers la vérité vivante est plus féconde que la vérité morte.

Quel que fût le résultat, l'effort était surprenant. Olivier montrait à Christophe l'œuvre accomplie depuis trente-cinq ans, et la somme d'énergie dépensée pour faire surgir la musique française du néant où elle dormait avant 1870: sans école symphonique, sans culture profonde, sans traditions, sans maîtres, sans public; réduite au seul Berlioz, qui mourait d'étouffement et d'ennui. Et Christophe, maintenant, éprouvait du respect pour ceux qui avaient été les artisans du relèvement national; il ne songeait plus à les chicaner sur les étroitesses de leur esthétique, ou sur leur manque de génie. Ils avaient créé plus qu'une œuvre: un peuple musicien. Entre tous les grands ouvriers, qui avaient forgé la nouvelle musique française, une figure lui était chère: celle de César Franck, qui, mort avant de voir la victoire qu'il avait préparée, avait, comme le vieux Schütz, gardé en lui, intacts, pendant les années les plus mornes de l'art français, le trésor de sa foi et le génie de sa race. Apparition émouvante: au milieu du Paris jouisseur, ce maître angélique, ce saint de la musique, conservant dans une vie de gêne, de labeur dédaigné, l'inaltérable sérénité de son âme patiente, dont le sourire résigné éclairait l'œuvre de bonté.

Pour Christophe, ignorant la vie profonde de la France, c'était un phénomène presque miraculeux que ce grand artiste croyant, au sein d'un peuple athée.

Mais Olivier, haussant doucement les épaules, lui demandait dans quel pays d'Europe on pouvait trouver un peintre dévoré du souffle de la Bible, à l'égal du puritain François Milletun savant plus pénétré de foi ardente et humble que le lucide Pasteur, prosterné devant l'idée de l'infini, et, quand cette pensée s'emparait de son esprit, «dans une poignante angoisse»,—comme il disait lui-même,—«demandant grâce à sa raison, tout près d'être saisi par la sublime folie de Pascal». Le catholicisme n'était pas plus une gêne pour le réalisme héroïque du premier de ces deux hommes que pour la raison passionnée de l'autre, parcourant d'une marche sûre, sans dévier d'un pas, «les cercles de la nature élémentaire, la grande nuit de l'infiniment petit, les derniers abîmes de l'être, où naît la vie». Chez le peuple de province, d'où ils étaient sortis, ils avaient puisé cette foi, qui couvait toujours dans la terre de France, et qu'essayait en vain de nier la faconde de quelques démagogues. Olivier la connaissait bien, cette foi: il l'avait portée dans son sein.

Il montrait à Christophe le magnifique mouvement de rénovation catholique, tenté pendant vingt-cinq ans, l'effort brûlant de la pensée chrétienne en France pour épouser la raison, la liberté, la vie; ces prêtres admirables qui avaient le courage, ainsi que disait l'un d'eux, «de se faire baptiser hommes», qui revendiquaient pour le catholicisme le droit de tout comprendre et de s'unir à toute pensée loyale: car «toute pensée loyale, même quand elle se trompe, est sacrée et divine»; ces milliers de jeunes catholiques, formant le vœu généreux de bâtir une République chrétienne, libre, pure, fraternelle, ouverte à tous les hommes de bonne volonté; et, malgré les campagnes odieuses, les accusations d'hérésie, les perfidies de droite et de gauche,—(surtout de droite)—dont ces grands chrétiens étaient l'objet, la petite légion moderniste, avançant dans le rude défilé qui menait à l'avenir, le front serein, résigné aux épreuves, sachant qu'on ne peut rien édifier de durable, sans le cimenter de ses larmes et de son sang.

Le même souffle d'idéalisme vivant et de libéralisme passionné ranimait les autres religions en France. Un frisson de vie nouvelle parcourait les vastes corps engourdis du protestantisme et du judaïsme. Tous s'appliquaient, avec une noble émulation, à créer la religion d'une humanité libre, qui ne sacrifiât rien, ni de ses puissances d'enthousiasme, ni de ses puissances de raison.

Cette exaltation religieuse n'était pas le privilège des religions; elle était l'âme du mouvement révolutionnaire. Elle prenait là un caractère tragique. Christophe n'avait vu jusqu'alors que le bas socialisme,—celui des politiciens, qui faisaient miroiter aux yeux de leur clientèle affamée le rêve enfantin et grossier du Bonheur, ou, pour parler plus franc, du Plaisir universel que la Science, aux mains du Pouvoir, devait, disaient-ils, leur procurer. Contre cet optimisme nauséabond Christophe voyait se dresser la réaction mystique et forcenée de l'élite qui guidait au combat les Syndicats ouvriers. C'était un appel à «la guerre, qui engendre le sublime, qui seule peut redonner au monde mourant un sens, un but, un idéal». Ces grands Révolutionnaires, qui vomissaient le socialisme «bourgeois, marchand, pacifiste, à l'anglaise», lui opposaient une conception tragique de l'univers, «dont l'antagonisme est la loi», qui vit de sacrifice, de sacrifice perpétuel, constamment renouvelé.—Si l'on pouvait douter que l'armée, que ces chefs lançaient à l'assaut du vieux monde, comprit ce mysticisme guerrier appliquant à l'action violente Kant et Nietzsche à la fois, ce n'en était pas moins un spectacle saisissant que cette aristocratie révolutionnaire, dont le pessimisme enivré, la fureur de vie héroïque, la foi exaltée dans la guerre et dans le sacrifice, semblaient l'idéal militaire et religieux d'un Ordre Teutonique ou de Samouraï Japonais.

Rien déplus français, pourtant: c'était une race française, dont les traits se conservaient immuables depuis des siècles. Par les yeux d'Olivier, Christophe les retrouvait dans les tribuns et les proconsuls de la Convention, dans certains des penseurs, des hommes d'action, des réformateurs français de l'Ancien Régime. Calvinistes, jansénistes, jacobins, syndicalistes, partout le même esprit d'idéalisme pessimiste, luttant avec la nature, sans illusions et sans découragement,—l'armature de fer qui soutient la nation,—souvent, en la broyant.

Christophe respirait le souffle de ces luttes mystiques, et il commençait à comprendre la grandeur de ce fanatisme, où la France apportait une loyauté intransigeante, dont les autres nations, plus familières avec les combinazioni, n'avaient aucune idée. Comme tous les étrangers, il s'était donné d'abord le plaisir de faire des plaisanteries faciles sur la contradiction, trop manifeste, entre l'esprit despotique des Français et la formule magique dont leur République marquait au front les édifices. Pour la première fois, ils entrevit le sens de la Liberté belliqueuse qu'ils adoraient,—l'épée menaçante de la Raison. Non, ce n'était pas pour eux une simple rhétorique, une idéologie vague, comme il l'avait cru. Chez un peuple où les besoins de la raison étaient les premiers de tous, la lutte pour la raison dominait toutes les autres. Qu'importait que cette lutte parût absurde aux peuples qui se disaient pratiques? À un regard profond, les luttes pour la conquête du monde, pour l'empire ou pour l'argent, ne se montrent pas moins vaines; et des unes et des autres, dans un million d'années, il ne restera rien. Mais si ce qui donne son prix à la vie, c'est l'intensité de la lutte, où s'exaltent toutes les forces de l'être jusqu'à son sacrifice à un Être supérieur, peu de combats honorent plus la vie que l'éternelle bataille livrée en France pour ou contre la raison. Et à ceux qui en ont goûté l'âpre saveur, la tolérance apathique, tant vantée, des Anglo-Saxons, paraît fade et peu virile. Les Anglo-Saxons la rachètent, en trouvant ailleurs l'emploi de leur énergie. Mais leur énergie n'est point là. La tolérance n'est grande que quand, au milieu des partis, elle est un héroïsme. Dans l'Europe d'alors, elle n'était le plus souvent qu'indifférence, manque de foi, manque de vie. Les Anglais, arrangeant à leur usage une parole de Voltaire, se vantent volontiers que «la diversité des croyances a produit plus de tolérance en Angleterre» que ne l'a fait en France la Révolution.—C'est qu'il y a plus de foi dans la France de la Révolution que dans les croyances de l'Angleterre.

De ce cercle d'airain de l'idéalisme guerrier, des batailles de la Raison,—comme Virgile guidait Dante, Olivier conduisit Christophe par la main au sommet de la montagne, où se tenait, silencieuse et sereine, la petite élite des Français vraiment libres.

Nuls hommes plus libres au monde. La sérénité de l'oiseau qui plane dans le ciel immobile... À ces hauteurs, l'air était si pur, si raréfié, que Christophe avait peine à respirer. On voyait là des artistes qui prétendaient à la liberté illimitée du rêve,—subjectivistes effrénés, méprisant, comme Flaubert, « es brutes qui croient à la réalité des choses»;—des penseurs, dont la pensée ondoyante et multiple, se calquant sur le flot sans fin des choses mouvantes, allait «coulant et roulant sans cesse», ne se fixant nulle part, nulle part ne rencontrant le sol résistant, le roc, et «ne peignait pas l'être, mais peignait le passage», comme disait Montaigne, «le passage éternel, de jour en jour, de minute en minute»;—des savants qui savaient le vide et le néant universel, où l'homme a fabriqué sa pensée, son Dieu, son art, sa science, et qui continuaient à créer le monde et ses lois, ce rêve puissant d'un jour. Ils ne demandaient pas à la science le repos, le bonheur, ni même la vérité:—car ils doutaient de l'atteindre;—ils l'aimaient pour elle-même, parce qu'elle était belle, seule belle, seule réelle. Sur les cimes de la pensée, on voyait ces savants, pyrrhoniens passionnés, indifférents à la souffrance, aux déceptions, et presque à la réalité, écoutant, les yeux fermés, le concert silencieux des âmes, la délicate et grandiose harmonie des nombres et des formes. Ces grands mathématiciens, ces libres philosophes,—les esprits les plus rigoureux et les plus positifs du monde,—étaient à la limite de l'extase mystique; ils creusaient le vide autour d'eux; suspendus sur le gouffre, ils se grisaient de son vertige; dans la nuit sans bornes ils faisaient luire, avec une sublime allégresse, l'éclair de la pensée.

Christophe, penché auprès d'eux, essayait de regarder aussi; et la tête lui tournait. Lui, qui se croyait libre, parce qu'il s'était dégagé de toute autre loi que celles de sa conscience, il sentait, avec effarement, combien il l'était peu, auprès de ces Français affranchis même de toute loi absolue de l'esprit, de tout impératif catégorique, de toute raison de vivre. Pourquoi donc vivaient-ils?

—Pour la joie d'être libre, répondait Olivier.

Mais Christophe, qui perdait pied dans cette liberté, en arrivait à regretter le puissant esprit de discipline, l'autoritarisme allemand; et il disait:

—Votre joie est un leurre, le rêve d'un fumeur d'opium. Vous vous grisez de liberté, vous oubliez la vie. La liberté absolue, c'est la folie pour l'esprit, l'anarchie pour l'État... La liberté! Qui est libre, en ce monde? Qui est libre dans votre République?—Les gredins. Vous, les meilleurs, vous êtes étouffés. Vous ne pouvez plus que rêver. Bientôt, vous ne pourrez même plus rêver.

—N'importe! dit Olivier. Tu ne peux savoir, mon pauvre Christophe, les délices d'être libre. Ils valent bien qu'on les paye de risques, de souffrances, et même de la mort. Être libre, sentir que tous les esprits sont libres autour de soi,—oui, même les gredins: c'est une volupté inexprimable; il semble que l'âme nage dans l'air infini. Elle ne pourrait plus vivre ailleurs. Que me fait la sécurité que tu m'offres, le bel ordre, la discipline impeccable, entre les quatre murs de ta caserne impériale? J'y mourrais, asphyxié. De l'air! Toujours plus d'air! Toujours plus de liberté!

—Il faut des lois au monde, dit Christophe. Tôt ou tard, le maitre vient.

Mais Olivier, railleur, rappela à Christophe la parole du vieux Pierre de l'Estoile:

Il est aussi peu en la puissance de toute la
faculté terrienne d'engarder la liberté
françoise de parler, comme
d'enfouir le soleil en terre,
ou l'enfermer
dedans un
trou.

Christophe s'habituait peu à peu à l'air de la liberté illimitée. Des sommets de la pensée française, où rêvent les esprits qui sont toute lumière, il regardait à ses pieds les pentes de la montagne, où l'élite héroïque qui lutte pour une foi vivante, quelle que soit cette foi, s'efforce éternellement de parvenir au faîte:—ceux qui mènent la guerre sainte contre l'ignorance, la maladie, la misère; la fièvre d'inventions, le délire raisonné des Prométhées et des Icares modernes, qui conquièrent la lumière et frayent les routes de l'air; le combat gigantesque de la science contre la nature;—plus bas, troupe silencieuse, les hommes et les femmes de bonne volonté, les cœurs braves et humbles, qui, au prix de mille peines, ont atteint à mi-côte, et ne peuvent aller plus haut, rivés à une vie médiocre, se brûlant en secret dans d'obscurs dévouements;—plus bas, au pied du mont, dans l'étroit défilé entre les pentes escarpées, la bataille sans fin, les fanatiques d'idées abstraites, d'instincts aveugles, qui s'étreignent furieusement et ne se doutent point qu'il y a quelque chose au delà, au-dessus de la muraille de rochers qui les enserre;—plus bas, les marécages et le bétail vautré dans son fumier.—Et partout, çà et là, le long des flancs du mont, les fraîches fleurs de l'art, les fraisiers parfumés de musique, le chant des sources et des oiseaux poètes.

Et Christophe demanda à Olivier:

—Où est votre peuple? Je ne vois que des élites, bonnes ou malfaisantes.

 クリストフは抗弁して、フランスを知るためにいかに骨折ったかを述べたてた。ストゥヴァン家やルーサン家などの集まりで出会ったフランス人を列挙した。ユダヤ、ベルギー、リュクサンブール、アメリカ、ロシア、近東、などの生まれのフランス人や、また間々には、生粋きっすいのフランス人などだった。
「その生粋のフランス人のことを僕は言ってるんだ。」とオリヴィエは言い返した。「君はまだその一人も見てはいない。遊蕩ゆうとう社会、快楽の獣ども、フランス人でもない奴ら、道楽者や政治家ややくざ者、国民に触れはしなくてその上を飛び過ぐる騒々しい連中ばかりだ。秋の日和ひよりと豊かな果樹園とに寄ってくる蠅はえの群れしか君は見ていない。勤勉な蜜蜂みつばちの巣、働きの都、研鑚けんさんの熱、それを君は眼に留めたことがないんだ。」
「いや、」とクリストフは言った、「選よりぬきの知識階級も見たんだよ。」
「なんだって、二、三十人の文学者どものことなんだろう? 結構なことさ! 科学と実行とが大なる地位を占めた現今では、文学は民衆思想のもっとも浅薄な一層となってしまっている。しかもその文学においても、君は芝居をしか、贅沢ぜいたくな芝居をしか、ほとんど見てはいない。それは万国的旅館の富裕な客のためにできてる国際料理にすぎないのだ。なにパリーの芝居だって? 芝居でおよそどんなことが行なわれてるかを勉強家が知ってるとでも、君は思ってるのか。パストゥールは生涯しょうがいに十遍とは芝居へ行かなかったんだ。君はたいていの外国人と同様に、僕の国の小説を、大通りの芝居を、政治家らの策略を、馬鹿げて重大に考えてる……。がもし君が望むなら、いつでも僕は君に見せてあげよう、けっして小説を読まない婦人を、かつて芝居へ行ったことのないパリーの若い娘を、かつて政治に関係したことのない男子を――そしてそれが、知識階級のうちにあるのだ。君はまだ、僕の国の学者をも詩人をも見たことがないのだ。黙然として努力してる孤独な芸術家をも、革命家の燃えたった熱をも、見たことがないのだ。一人の偉大な信仰家をも、一人の偉大な無信仰家をも、見たことがないのだ。また民衆のことについては、云々うんぬんするのをよしたがいい。君を世話してくれたあの憐あわれな女以外に、君は民衆について何を知ってるのか? どこで民衆を見たと言うのか。三階四階の上に住んでるパリー人を、君は幾人知ってるのか。そういう人々を知らなければ、フランスを知らないと同じだ。君は知るまいが、憐れな住居の中で、パリーの屋根裏で、黙々たる田舎いなかで、善良な誠実な心の人々が、その平凡な一生の間、りっぱな思想を胸にいだき、日々の克己こっきをつとめてる――それこそ、フランスに常に存在していた小さな教会――数の上では小さいが魂から言えば偉大な教会であって、ほとんど世にも知られず表面に現われる働きもしないけれど、しかもフランスのすべての力なのだ。優秀者と自称してる者どもがたえず腐敗し更新してゆくに引き変え、その力のみは黙々として永続してるのだ……。幸福ならんがために、いかにもして幸福ならんがために、生きてるのではなくて、自分の信念を果たさんがために、もしくは信念に奉仕せんがために生きてる、一人のフランス人を見出したら、君は定めて驚くだろう。ところが実際、僕のような、そしてもっと価値があり、もっと敬虔けいけんであり、もっと謙譲である、たくさんの人々がいて、一つの理想に、応こたえもしない神に、死ぬるまで撓たわむことなく奉仕してるのだ。倹約で几帳面きちょうめんで勤勉で平静で、心の底には炎が眠ってる、細民階級――貴族の利己心に対抗しておのが「国土」を守護した犠牲的な民衆、眼玉の青い老ヴォーヴァン、それを君は知らないのだ。君は民衆を知らず、真の優秀者を知らないのだ。われわれの忠実な友となりわれわれを支持する伴侶はんりょとなる書物を、君は一冊でも読んだことがあるのか。献身と信念とが豊かに注ぎ込まれてるわれわれの若い諸雑誌を、君はその存在だけでも知ってるのか。われわれの太陽となって、その無言の光は偽善者どもの軍勢を恐れさしてる、精神的偉人らを、君は少しでも知ってるのか。偽善者どもは正面から戦うことをなし得ないで、彼らの前に出ると、よりよく欺かんがために腰をかがめている。偽善者こそ奴隷であり、奴隷こそ主人である。君は奴隷だけを知っていて、主人を知らない……。君はわれわれの戦いを見ても、その意味を理解しないために、無茶な混乱だと思ってしまったのだ。君は影と光の反映とだけを見て、内部の光を、古来引きつづいてるわれわれの魂を、見てとっていないのだ。君はかつてわれわれの魂を知ろうとつとめたことがあるのか。十字軍から革命政府コンミューンにいたるまでのフランス人の勇敢な行為を瞥見べっけんしたことがあるのか。フランス精神の悲劇を洞見どうけんしたことがあるのか。パスカルの深淵しんえんをのぞき込んだことがあるか。十世紀以上の間活動し創造しつづけてきた民衆、ゴチック芸術や十七世紀文化や革命によって世界を風靡ふうびした民衆、それをどうして誹謗ひぼうし得られよう! 幾度も熱火の試練を受け、鍛えに鍛えられ、かつて死滅せず、そのたびごとによみがえった民衆だ……。――君たちは皆そうなんだ。フランスに来る君の国の人たちが見るものは、われわれをかじってる寄生虫、文学政治財政の投機師、およびその用達人ようたしにんや顧客や情婦などばかりだ。そしては、フランスを蚕食さんしょくしてるそれらの下賤げせんな奴らによって、フランスを批判している。迫害されてる真のフランス、フランスの田舎いなかにたくわえられてる活力、一時の主長者どもの喧騒けんそうには無関係で、ひたすら働いてる民衆、それに思いをはする者は君たちのうちに一人もない……。そうだ、君たちがそれを知らないのは当然すぎることだ。僕は君たちをとがめはしない。君たちにどうしてそれが知られよう? フランス人でさえフランスをよく知ってはいない。われわれのうちの優良な人々は、自分の国土において封鎖されとらわれてるのだ……。われわれがいかに苦しんだかは、だれもついに知り得ないだろう。われわれは民族的才能に執着して、それから受けた光明を、神聖な委託物として自分のうちに納め、それを消そうと努める害悪な息吹いぶきに反抗して、必死に守っているのだ――異人種どもの腐爛ふらんした雰囲気ふんいきを周囲に感じながら、常に孤独であって、彼らから蠅はえの群れのように思想によりたかられ、その忌まわしい蛆虫うじむしから理性をかじられ心を汚されているのだ――われわれを保護すべき役目をもってる人々から、指導者たる立場の人々から、下劣卑屈な批評家たちから、われわれはいつも裏切られており、彼らはわれわれと同人種であることを許されんために、敵に諛へつらってばかりいるのだ――民衆からわれわれは見捨てられていて、民衆はわれわれのことを気にも留めず、われわれのことを知りさえもしないのだ……。民衆から知られるいかなる方法をわれわれはもっていよう? われわれは民衆まで達することができないのだ……。ああ、これがもっともつらいことなんだ! われわれと同じ考えをもってる者がフランスには無数にいることもわかっているし、われわれは彼らの代弁をしてるのだということもわかっているけれども、しかもわれわれは自分の言を人に聞かせることができないのだ! 新聞も雑誌も芝居も皆ことごとく敵の手中にある……。印刷機関はすべて思想物を避け、快楽の道具か党派の武器としてしか思想を認めない。いかなる団体も倶楽部クラブも、われわれが堕落しなければ通してはくれない。困窮と極度の勉励とのためにわれわれは圧倒されてるのだ。政治家らは富むことばかりを考えていて、買収し得る無産階級にしか興味を寄せない。有産階級の者らは冷淡で利己主義であって、われわれが死ぬるのを傍観している。わが民衆はわれわれのことを知っていない。われわれと同じく戦いわれわれと同じく沈黙に包まれてる人々でさえ、われわれの存在を知らないでいるし、われわれもまた彼らの存在を知らない……。災いなるパリーなるかなだ! もちろんパリーは、フランス思想のあらゆる力を集合しながら役にもたった。しかしパリーがなした悪は少なくともその善に匹敵し得る。そして現在のような時代にあっては、善でさえも悪に変化してゆく。似而非えせ優秀者らが、一度パリーを奪って言論のらっぱの口をふさいだだけで、フランスの残りの声もみな抑圧されてしまう。のみならず、フランス自身もそのために身を誤っている。フランスは恐れて口をつぐみ、自分のうちにその思想を恐る恐る引っ込めてしまっている……。僕は昔それらのことをひどく苦しんだ。しかしクリストフ、僕はもう今では落ち着いている。僕は自分の力を悟り、わが民衆の力を悟った。洪水が通り過ぎるのを待ちさえすればよい。洪水もフランスの美うるわしい花崗岩かこうがんを浸食しはしないだろう。流されてきた泥どろをかきわけて、僕は君にその花崗岩をさわらしてあげよう。そしてもうすでにここかしこに、その高い岩の頭がのぞき出している……。」

クリストフは、彼と同時代のフランスの詩人や音楽家や学者などを活気だたせてる、理想主義の巨大な力を見出した。一時的大家らが、露骨な肉感主義の騒々しさで、フランス思想の声を押っかぶせてる一方に、あまりに貴族的なフランス思想は、そういう下賤な徒輩の傲岸ごうがんな叫び声と暴力的な戦いをなすのを好まないで、ただその熱烈な専心的な歌を、自分のためと自分の神のためとに歌いつづけていた。そして外界の厭いやな喧騒けんそうを避けたがって、もっとも奥深い隠れ場所の中に、自分の城楼の中心に、引っ込んでるかの観さえあった。
詩人たち――この美しい名称は、新聞雑誌やもろもろの学芸院などによって、虚名と金銭とに飢えた饒舌じょうぜつ家どもにやたらに与えられているが、それに真に価する唯一の人たち――その詩人たちは、事物の外皮を切り裂くことができずにただかじってばかりいる、破廉恥な修辞法と賤いやしい写実主義とを軽蔑けいべつして、魂の中心に立てこもり、形態と思想との世界が、あたかも湖水に落ちる急湍きゅうたんのように吸い込まれて、内的生活の色に染められる、神秘な幻像のうちに立てこもっていた。世界を改造せんために自己のうちに閉じこもるそういう理想主義は、あまりに固執的だったので、一般の者には近づきにくかった。クリストフでさえ初めはそれを理解しなかった。「広場の市」のあとで、あまりにその接触が唐突とうとつだった。猛烈な争闘と生々なまなましい光とから出て、沈黙と暗夜との中にはいったようなものだった。耳が鳴り響いていた。もう何にも見えなかった。彼は生を熱愛していたので、初めのうちはその対照が不快だった。フランスをくつがえし人類をゆるがす熱情の急流が、外部には怒号していた。そしてちょっと見ただけでは、芸術の中にはそういうものが少しも現われていなかった。クリストフはオリヴィエに尋ねた。
「君の国の人たちは、ドレフュース事件によって、星の世界までもち上げられ、また深淵しんえんの中に投げ込まれたじゃないか。そういう暴風が心中を吹き過ぎたような詩人は、どこにいるのか。目下宗教的な人々の魂の中には、教会の権力と良心の権利との間に、数世紀来のもっとも激しい戦いが行なわれてるじゃないか。その神聖な苦悩が心中に反映してるような詩人は、どこにいるのか。労働者階級は争闘の準備をし、幾多の国民は死滅し、幾多の国民は復活し、アルメニア人は虐殺され、アジアは千年の眠りから覚めて、ヨーロッパの鍵鑰けんやくたる巨大なるロシアを倒し、トルコはアダムのように白日の光に眼を開き、空中は人間から征服され、古い大地はわれわれの足下に割れて口を開き、一民衆をことごとく呑噬どんぜいしている……。それらの異変はすべて二十年間のうちに行なわれ、幾多のイーリアスをこしらえ出すだけの材料がある。ところがそのイーリアスはどこにあるのか、君の国の詩人らの書物の中にイーリアスのごとき熱火の跡がどこにあるのか。詩人らにだけは世界の詩が見えないのか。」
「まあ急せくなよ、君、急せくなよ!」とオリヴィエは彼に答えた。「黙って、口をきかないで、耳を傾けてみたまえ……。」
しだいに、世界の心棒のきしる音が消え、舗石の上に響く実行の重い車のとどろきが、遠くに消え去っていった。そして、静寂の崇高な歌が起こってきた。

蜜蜂の羽音、菩提樹ぼだいじゅの香り……。
黄金こがねの唇くちもて野面のづらを掠かすむる
風……。
薔薇ばらの香かこめしやさしき雨音。

詩人らの槌つちの音が聞こえてきた。それは花瓶かびんの側面に種々のものを彫りつけていた。

いとも素朴そぼくなるものの高き品位。

または、

黄金の笛と黒檀こくたんの笛とを持てる

真面目まじめな快活な生活。または、

如何いかなる影をも明るしとなす……

という魂たちから湧わき出る信仰の泉、敬虔けいけんな喜び。または、

世の常ならぬ光を放てる
気高き顔もて……

人をなだめ微笑ほほえみかける、よき悲しみ。または、

やさしき眼をば見開ける静けき死。

それは清浄な声々の交響曲シンフォニーであった。コルネイユやユーゴーなどのような民衆的らっぱほどの響きをもってる声は一つもなかった。しかしその演奏はそれよりもいかに探さと色合いとに富んでいたことだろう! それこそ現在のヨーロッパじゅうでのもっとも豊かな音楽だった。
オリヴィエは黙然としてるクリストフに言った。
「もうわかったろうね?」
こんどはクリストフのほうから黙っていてくれとの様子をした。彼はもっと男々おおしい音楽のほうを好んではいたけれども、聞こえてくるその魂の森と泉とのささやきに恍惚こうこつとなっていた。その森と泉とは、諸民衆の一時的な争闘の間で、世界の永遠の若さを、

美の温良さ

を歌っていた。そして人類が、

慴おびえ吠ほえつつ悲しげに訴えつつ
不毛の暗き畑中を回りに回る

その一方に、また、幾百万の人々が、血にまみれた自由の破片を、懸命に争って奪い合ってる、その一方に、泉と森とはくり返し歌っていた。

「自由よ!……自由よ!……聖なるかな、聖なるかな……。」

けれどもそれらは、利己的な平安の夢に眠ってるのではなかった。詩人らの心の中には、悲壮な声が欠けてはいなかった。自負の声、愛の声、苦悶くもんの声、などが交じっていた。
それは

猛たけき力か深き柔和かを持てる

酔い狂う※(「風にょう+炎」、第4水準2-92-35)風ひょうふうであった。騒然たる武力であった。群集の熱を歌う人々の幻惑せる叙事詩であった。未来の都市を鍛え出す、

大なる火炉と巨おおいなる鉄敷かなしきとの周囲
闇靄やみもやの中に浮かべる漆黒しっこくに光る顔、
つと伸び縮みする筋肉にく逞たくましき背……

などの人間神ら、息を切らしてる労働者ら、彼らの間における争闘であった。
それは、「知性の氷塊」の上に落ちかかる黒光りの明るみの中における、絶望的な狂喜をもってみずからおのれをさいなんでる、孤独な魂たちの悲壮な苦悶であった。

そういう理想主義者らの多くの特質は、一ドイツ人にとっては、フランス的というよりもいっそうドイツ的であるように思われた。しかしながら、だれも皆「フランスの微妙な説話」を愛していたし、ギリシャ神話の養液が彼らの詩のうちに流れていた。フランスの風景と日常の生活とは、ある人知れぬ魔力によって、彼らの瞳ひとみの中ではアッチカの幻影となっていた。あたかもそれら二十世紀のフランス人らのうちに、古代の魂が残存してるかのようであり、その魂は美しい裸体にふたたびもどるため、近代の破れ衣を脱ぎ捨てたがってるかのようだった。
かかる詩の全体からは、ヨーロッパ以外ではどこにも見出し得られない、数世紀間に成熟した豊富な文明の香かおりが発散していた。一度嗅かげばもはや忘れることのできない香りだった。世界各国の芸術家らがそれにひきつけられていた。そして彼らはフランスの詩人に、徹頭徹尾フランスの詩人になっていた。それらのアングロ・サクソン人、フラマン人、ギリシャ人などこそ、フランスの古典芸術が有するもっとも熱烈な徒弟であった。
クリストフはオリヴィエに案内されて、フランス詩神の沈思的な美をしみじみと感じさせられた。それでも心の底では、彼の趣味にとってはやや理知的すぎるその貴族的な人柄よりも、単純で健全で頑丈がんじょうで、それほど理屈ぽくなくてただ愛してくれる、美しい平民の娘のほうが、やはり好ましいのだった。

同様な美の香りは、熟した苺いちごの香りが日に暖まった秋の森から立ちのぼるように、フランスのあらゆる芸術から立ちのぼっていた。草の中に隠れてるそれらの小さな苺の木の一つとしては、音楽があった。クリストフは自国において、まったく別な茂り方をしてる音楽の草むらに、いつも慣れていたので、最初はこの苺の木に気づかずに通り過ぎた。しかし今や彼は、その美妙な香りに振り向かせられた。音楽の名を僭せんしてる茨いばらや枯れ葉の中に、少数の音楽家らの素朴なしかも精練された芸術を、彼はオリヴィエに助けられて見出した。民主主義の野菜畑や工場の煙の間に、サン・ドニーの野の中央に、神聖な小さな森の中に、あたりはばからぬ牧神たちが踊っていた。クリストフは驚いて、その諷刺ふうし的な朗らかな笛の歌に耳傾けた。彼がこれまで聞いた歌とは似てもつかぬものだった。

細い小川で事足りぬ、
高い草、広い牧場、
またはやさしい柳の並木、
同じく歌う川の流れ、
それらを戦そよがせんために。
蘆あしの小笛で事足りぬ、
森をも歌わせんために……。

それらのピアノの小曲や小唄こうたに、フランスの室内音楽に、ドイツの芸術は一瞥べつも注ごうとしなかったし、クリストフ自身もその詩的妙技をこれまで閑却していたのであるが、その懶惰らんだな優美さと表面の享楽主義との下に、クリストフはフランスの音楽家らが自己の芸術の未墾地の中に、未来を豊富ならしむるべき萌芽ほうがを捜し求めてる、革新の熱と焦慮とを、見出し始めたのだった。それはラインの彼方かなたには見られないことだった。ドイツの音楽家が父祖の陣営にうずくまり、過去の勝利を墻壁しょうへきとして世界の進化をとどめんとしてる間に、世界は常に進みつづけていた。フランス人らは先頭に立って発見の道に突進していた。彼らは芸術の遠い領土を、消滅した太陽や輝き出した太陽を、探究していた。幾世紀もの長い眠りの後に、広大な夢に満ちてる大きなつぶらな眼を、ふたたび光明に向かって見開いてる極東や、または消え失うせてるギリシャなどを、探究していた。古典的な秩序と理性との才能によって開通されてる西欧の音楽のうちに、古い流行の水門を引き開けていた。そして、通俗的な旋律メロディーや律動リズム、異国的な古い音階、あるいは新しいあるいは改新された種々の音程など、世界のあらゆる水を、ヴェルサイユの池に引き入れていた。それより以前に印象派の画家たち――光におけるクリストファー・コロンブスら――が新しい世界を人の眼に開いてやったのと同じように、今やこの音楽家たちは、音の世界を征服しようと熱中していた。聴覚の神秘な深みのかなり奥まではいり込んでいた。その内海の中に新しい陸地を発見していた。だがなかなか彼らは、それらの征服を何かの役にたて得そうにもなかった。彼らは例によって世界の給養者にすぎなかった。
クリストフはこのフランス音楽の進取の気に感嘆した。昨日再生したばかりなのに、今日はすでに芸術の前衛として進んでいた。その華美な細そりした身体のうちにいかに大なる勇気があったことだろう! クリストフはその音楽のうちに先ごろ見てとっていた愚昧ぐまいさにたいしても、寛大とならざるを得なかった。けっして誤ることのないのは何事もなさない者ばかりである。生きたる真理のほうへ邁進まいしんする誤謬ごびゅうは、死んだ真理よりもいっそう豊饒ほうじょうである。
その結果はいかがであろうとも、実に驚くべき努力であった。最近三十五年間になされた仕事を、一八七〇年以前のむなしい眠りからフランス音楽を脱せしめんために費やされた精力の量を、オリヴィエはクリストフに示してやった。音楽の学校も、深い教養も、伝統も、大家も、聴衆も、何もなかったのだ。ただベルリオーズ一人のみだったがそれさえ呼吸困難と倦怠けんたいとに死にかかっていたのだ。そして今やクリストフは、国民を向上させるために働いた人々にたいして、尊敬の念を感じた。彼らの審美眼の狭小なことやまたは天才の欠乏をさえも、後はもはやとがめようとは思わなかった。彼らは一つの作品よりもさらに大きなものを、音楽的民衆を、創つくり出したのであった。新しいフランス音楽を鍛え上げた、それらの偉大なる労働者らのうちでも、ことにある一人の姿が彼にはなつかしかった。それはセザール・フランクの姿だった。育て上げた勝利を見ずに死んだフランクは、あたかも老シュルツのように、フランス芸術のもっとも暗澹あんたんたる時代の間に、自分の信仰の宝と民族の天才とを、おのれのうちに完全に保有していたのである。困窮と軽蔑けいべつされた労働との生活のうちに、忍耐強い魂の不変の清朗さを失わず、その諦あきらめの微笑で温良に満ちた作品を照らしていた、この天使のごとき楽匠が、音楽の聖者が、享楽的なパリーのまん中にいたことは、心打たるる光景だった。

フランスの深い生活を知らないクリストフにとっては、無信仰な民衆のさなかにこの信仰ある大芸術家がいたことは、ほとんど奇跡に近い現象と思われた。
しかしオリヴィエは静かに肩をそびやかした。清教徒たりしフランソア・ミレーに匹敵するほど、聖書バイブルの息吹いぶきに満たされていた画家が、また明快なパストゥールほど、熱烈謙譲な信仰に貫かれていた学者が、ヨーロッパのいかなる国にいたかと反問した。――パストゥールこそは、無窮という観念の前には平伏し、その思想を奪われるときには、彼自身で言ってるとおり、「将まさにパスカルの崇高な狂暴にとらわれんとしかかって、理性に宥恕ゆうじょを求めながら、痛切な苦悩に陥った」のだった。確実な歩行で、一足も他にそれずに、「第一歩の自然界、極微なるものの大なる暗夜、生命の生まれ出てくるもっとも深い生物の深淵しんえん、」その中を彷徨ほうこうしてる彼の、熱烈な理性にとっては、ミレーの雄々しい写実主義にとってと同じく、カトリック教ももはや邪魔物とはならなかった。そしてこのミレーやパストゥールは実に、田舎いなかの民衆の間から現われてきて、田舎の民衆の中から信仰を汲くみとったのだった。そういう信仰は常にフランスの土地に潜んでいて、煽動せんどう政治家らの弁舌によってもけっして打ち消されないものだった。オリヴィエはその信仰をよく知っていた。彼は胸の中にそれをになってるのであった。
二十五年前から行なわれてるカトリック教改新の盛大な運動、理性と自由と生命とを取り入れんためになされてる、フランスにおけるキリスト教的思想の熱烈な努力、それをオリヴィエはクリストフに示してやった。りっぱな牧師たちがいて、その一人が言ったように、「人間たるべき洗礼を受ける」だけの勇気をもっていて、すべてを理解しあらゆる誠実な思想をいだくだけの権利をカトリック教のために要求していた。なぜなら、「あらゆる誠実な思想は、たといそれが間違うことはあっても、常に神聖で崇高である」からだった。また数千の若いカトリック教徒らがいて、善良な意志をもってる者にはだれにでもうち開かれてる、自由な純粋な博愛なキリスト教の共和国をうち建てんとの、勇ましい願望をいだいていた。そして、忌まわしい攻撃や、邪教だとの誹謗ひぼうや、右翼左翼両派の――(ことに右翼の)――不実な裏切りなどを、それらの偉大なキリスト教徒らはたえず受けるにもかかわらず、近代主義の小団をなしてる人々は、永続的なものを築くには涙と血とで固むるのほかはないと知って、苦難を忍従し晴れやかな額ひたいをし、未来に通ずる嶮峻けんしゅんなる隘路あいろを進んで行きつつあった。
生気ある理想主義と熱烈なる自由主義との同様な息吹いぶきが、フランスにおける他の宗教をもふたたび活気だたせていた。新しい生命のおののきが、新教やユダヤ教の大きな麻痺まひした身体に流れていた。理性の力をも感激の力をも犠牲にしない自由な人類の宗教を創つくり出さんと、すべての人々が雄々しい競争をなして努力していた。
かかる宗教的熱意は、宗教のみが有してるものではなかった。それはまた革命運動の魂であった。そしてこの方面においては悲壮な性質を帯びていた。クリストフがこれまでに見たものは、下等な社会主義――政治屋連中の社会主義にすぎなかった。その政治屋連中は、幸福という幼稚粗雑な夢を、なお忌憚きたんなく言えば、権力の手に帰した科学が得さしてくれると彼らが自称してる、一般の快楽という幼稚粗雑な夢を、飢えたる顧客らの眼に見せつけてるのであった。その嫌悪けんおすべき楽天主義に対抗して、労働組合を戦いに導いてる優秀者らの深奥熱烈な反動が起こってるのを、クリストフは見てとった。それは、「壮大なるものを生み出す戦闘、瀕死ひんしの世界に意義と目的と理想とをふたたび与える戦闘」への、召集の叫びであった。それらの偉大なる革命家らは、「市井的で商人的で平和的でイギリス的な」社会主義を唾棄だきして、世界は「拮抗きっこうをもって法則とし、」犠牲に、たえず繰り返される常住の犠牲に生きてるという、悲壮な観念をそれに対立せしめていた。――それらの首領らから旧世界の襲撃に突進させられてる軍隊が、過激行為にカントとニーチェとを同時に通用してるその神秘な戦意を、果たして理解してるかどうかは疑問であるとしても、それでもやはり、革命的貴族の一派は痛烈な光景を呈していた。彼らの熱狂的な悲観主義、勇壮な生活の熱望、戦いと犠牲とにたいする熱烈な信念は、ドイツ騎士団や日本のサムライなどの軍隊的宗教的理想と同じであるかの観があった。
それでも、それはもっともフランス的なものだった。数世紀来牢固ろうこたる特性を保有してるフランス民族だった。オリヴィエの眼を通してクリストフは、国約議会コンヴァンシオンの論客や為政家のうちにも、旧政体時代のある思想家や実行家や改革家のうちにも、その特性を見出した。カルヴァン派、ジャンセニスト、ジャコバン党員、産業革命家、その他各方面において、空望も落胆もなしに自然と戦ってる、悲観的理想主義の同じ精神が――往々国民を粉砕しながらも、なお国民を支持する鉄骨が――現われていた。
クリストフはそういう神秘な争闘の息吹いぶきを呼吸した。そして、フランスが強硬な誠実さをうち込んでるその熱狂的信念の偉大さを、了解し始めた。統一により多く慣れてる他の国民は、それについてなんらの観念ももってはいなかった。クリストフも初めはすべての外国人と同じく、フランス人の専制的精神とフランス共和政が真正面にふりかざしてる魔法文字との間の、あまりに明らかな矛盾にたいして、駄洒落だじゃれを並べて喜んでいた。しかるに初めて彼は、フランス人が尊重してる尚武的な自由の意味を、おぼろに理解し始めた。それこそ理性の恐るべき刃やいばであった。クリストフが考えていたのとは違って、それは彼らにとっては、響きのよい美辞でもなく漠然ばくぜんたる想念でもなかった。理性の要求が何よりも第一となる民衆にあっては、理性のための戦いがいかなる他の戦いをも支配していた。実際的だと自称してる民衆らにはその戦いがいかに馬鹿げて見えようとも、それは取るに足らぬことだった。深い眼から見れば、世界の征服、大帝国、金銭、などのためにする戦いも、やはり徒いたずらなるものとしか見えないのだ。千年万年とたつうちには、それらの戦いから残るものは何一つないだろう。しかしながら、生にその価値を与えるところのものは、存在のあらゆる力が昂進こうしんしてより高き存在へおのれを犠牲にするほどの戦いの強度にあるとしたならば、理性のためにもしくは理性に反してフランスでなされてる永遠の戦いほど、生を光栄あらしむる戦いは世にあまりない。そして、そういう戦いの辛辣しんらつな味を味わった人々にとっては、アングロ・サクソン人のあれほど慢ほこりとしてる無感情的な信仰の自由も、男らしからぬ無味乾燥なものだと思われるのだった。アングロ・サクソン人は精力の用途を他に見出してその補いをつけていた。彼らの精力はその信仰の自由の中には存在しなかった。信仰の自由が偉大となるのはただ、敵対中においてそれが一つの勇武となる場合のみである。現今のヨーロッパにおいては、信仰の自由は多く、無関心、信仰の欠乏、生命の欠乏、にすぎないのである。イギリス人は、ヴォルテールの言葉を勝手にもじって、革命がフランスにもたらしたよりも、「より大なる信仰の自由を、多様な信教がイギリスにこしらえ出した、」と好んで自慢している。――しかしそれは、イギリスの種々の信教のうちによりも、革命のフランスのうちに、より多くの信仰があるからである。

勇敢な理想主義の、理性の戦いの、その戦場から、あたかもウェルギリウスがダンテを導いたように、オリヴィエはクリストフの手をとって、山の頂へ連れて行った。そこには、真に自由なるフランス人中の少数の優秀者らが、黙々たる朗らかな様子で立っていた。
それは世にもっとも自由な人々であった。静穏な空を翔かける鳥の朗らかさに似ていた……。その高い頂では、空気がいかにも純潔で希薄であって、クリストフは息ができにくいほどだった。そこには芸術家や思想家や学者などがいた。芸術家は幻想の無際限な自由を主張していた。フローベルのように、「事物の現実性を信ずる馬鹿者ども」を軽蔑けいべつする、熱狂的な主観論者であった。――思想家らの変転的な多様な思想は、動体の無窮の波動に順応して、「たえず流動し、」どこにも定着せず、どこにも堅固な地面や岩を見出すことなくして、モンテーニュが言ったように、「存在をではなく推移を、時々刻々に移りゆく永遠の推移を描き出していた。」――学者らは、人間が思想や神や芸術や学問を作り出してる世界の空虚と虚無とを知りながら、なお世界とその法則とを、一時の力強い夢を、創造しつづけていた。彼らは学問に向かって、安息や幸福やまたは真理をも求めてはいなかった。彼らは真理に到着できるかを疑っていたのである。そして、真理は美しいものであり、唯一の美しいものであり、唯一の現実であるがゆえに、ただ真理のために真理を愛していた。思想界の絶頂には、熱烈な懐疑家である学者らがいた。彼らは苦しみにも、蹉跌さてつにも、ほとんど現実にも、無関心であって、ただ魂の無声の音楽に、数と形との微妙雄大な和声ハーモニーに、眼を閉じて聴きき入っていた。それらの偉大な数学者ら、自由な哲学者ら――世にもっとも厳正確実な精神の人々――は、神秘な歓喜の極端にあった。彼らは自分の周囲に空虚な淵ふちをうがち、深淵しんえんの上にぶらさがって、その眩暈めまいに酔っていた。際限なき暗夜のうちに彼らは、崇高な喜びの念をもって、思想の電光をひらめかしていた。
クリストフも彼らのそばに身をかがめて、のぞいてみようとした。しかし眼がくらんで見られなかった。自己の本心の法則以外のあらゆる法則を脱したので、もう自由の身だと信じていた彼も、それらのフランス人に比べてはいかに自由の度が狭小だかを、駭然がいぜんとして感じたのである。彼らは、精神のあらゆる絶対的な法則から、あらゆる無上命令から、あらゆる生存の理由から、脱してしまっていた。しからばなんのために彼らは生きてるのか?
「自由であることの喜びのためにだ。」とオリヴィエは答えた。
しかしクリストフは、そういう自由の中では途方にくれたので、かえって力強い規律的精神が、ドイツ式な専横が、残り惜しくなってきた。彼は言った。
「君たちのその喜びは、誘惑の餌えさであり、阿片あへん喫煙者の夢だ。君たちは自由のために酔わされて、生を忘れている。絶対的な自由、それは精神にとっては狂気であり、国家にとっては無政府だ……。自由だと! この世でだれが自由な者がいるか? 君の共和国でだれが自由な者がいるか?――いるとすれば無頼漢どもばかりだ。君たちは、りっぱな人間は、皆息がつけないでいるのだ。もう夢みることしかできないのだ。やがては夢みることもできなくなるだろう。」
「なに構うものか!」とオリヴィエは言った。「クリストフ、気の毒だが君には、自由であることの楽しみがわからないのだ。危険や苦痛や死をさえも冒すに足るだけの、価値ある楽しみなのだ。自由であること、自分の周囲のすべての精神が――そうだ、無頼漢どもまでが、自由であると感ずること、それは言い知れぬ愉快事なんだ。無限の空間に魂が浮游ふゆうしてるようなものだ。その魂はもう他の所では生き得ないだろう。君が説く安全というものは、帝国主義の兵営の四壁中にあるりっぱな秩序や完全な規律などは、僕になんの役にたとう? そんな所では窒息して死ぬのほかはないだろう。空気が必要なのだ。常により多くの空気が! 常により多くの自由が!」
「世界には法則がいる。」とクリストフは言った。「おそかれ早かれ、主人が現われてくる。」
しかしオリヴィエは嘲笑あざわらって、ピエール・ド・レトアール老人の言葉をクリストフに思い起こさした。

フランス人の言論の自由を拘束することは、
地上のあらゆる能力の力にては、
なしがたきところなり。
太陽を地中に埋めんとし、
もしくは穴に閉じ込めんとするに、
さも似たり。

クリストフはしだいに、無制限な自由の空気に慣れてきた。全身光のみなる精神の人々が夢想しながら身を置いてる、フランス思想界の絶頂から、彼はその山の斜面を足下に見おろした。そこには、なんらかの生きたる信仰のために戦ってる勇ましい優秀者らが、頂に達せんものと永遠の努力をつづけていた。――無知や疾病しっぺいや悲惨にたいして神聖な戦いをしてる人々。光を征服し空中の道を開いてる、近代のプロメテウスやイカロスとも言うべき人々の、発明の熱望、正気な熱狂。自然を統御せんとする学問の偉大な戦い。――その下方には、黙々たる一団、誠意ある男女、勇敢謙譲な心の人々。彼らはあらゆる努力をもって、ようやく山の中腹には達したが、凡庸な生活に阻はばめられて、もはやそれより上へは登ることができず、人知れぬ献身のうちにひそかに焦慮している。――さらに下方、山の麓ふもとには、断崖だんがいの間の狭い隘路あいろに、際限なき戦い、抽象的な観念や盲目的な本能などの狂信者たち。彼らはたがいに猛然と取っ組み合っていて、両方より迫ってる岩壁の彼方に、上方に、何があるかを夢にも気づかないでいる。――さらに下方には、沼沢と寝藁ねわらの中にころがってる家畜ども。――そして至る所に、あちらこちらに、山腹に沿って、芸術の新鮮な花、音楽の香り高い苺いちご、泉や小鳥の詩歌。
クリストフはオリヴィエに尋ねた。
「君の国の民衆はどこにいるのか。僕の眼に見えるのは、善良なあるいは害悪な優秀者どもばかりだ。」

 

 

Olivier répondit:

—Le peuple? Il cultive son jardin. Il ne s'inquiète pas de nous. Chaque groupe de l'élite essaie de l'accaparer. Il ne se soucie d'aucun. Naguère, il écoutait encore, au moins par distraction, le boniment des bateleurs politiques. À présent, il ne se dérange plus. Ils sont quelques millions qui n'usent même pas de leurs droits d'électeurs. Que les partis se cassent la tête entre eux, le peuple n'en a cure, à moins qu'en se battant ils ne viennent à fouler ses champs: auquel cas il se fâche et étrille au hasard l'un et l'autre partis. Il n'agit pas, il réagit, peu importe dans quel sens, contre les exagérations qui gênent son travail et son repos. Rois, empereurs, républiques, curés, francs-maçons, socialistes, quels que soient ses chefs, tout ce qu'il leur demande, c'est de le protéger contre les grands dangers communs: la guerre, le désordre, les épidémies,—et, pour le reste, qu'il puisse en paix cultiver son jardin. Au fond, il pense:

—Est-ce que ces animaux-là ne me laisseront pas tranquille?

Mais ces animaux-là sont si bêtes qu'ils harcèlent le bonhomme et qu'ils n'auront pas de cesse qu'il ne prenne enfin sa fourche et ne les flanque à la porte,—comme il arrivera, quelque jour, de nos maîtres de l'heure. Jadis, il s'est emballé pour de grandes entreprises. Cela lui arrivera peut-être encore, quoiqu'il ait jeté sa gourme depuis longtemps; en tout cas, ses emballements ne durent guère; vite, il revient à sa compagne séculaire: la terre. C'est elle qui attache les Français à la France, beaucoup plus que les Français. Ils sont tant de peuples différents qui travaillent depuis des siècles, côte à côte, sur cette brave terre, que c'est elle qui les unit: elle est leur grand amour. À travers heur et malheur, ils la cultivent sans cesse; et tout leur en est bon, les moindres lopins du sol.

Christophe regardait. Aussi loin qu'on pût voir, le long de la route, autour des marécages, sur la pente des rochers, parmi les champs de bataille et les ruines de l'action, la montagne et la plaine de France, tout était cultivé: c'était le grand jardin de la civilisation européenne. Son charme incomparable ne tenait pas moins à la bonne terre féconde qu'à l'effort opiniâtre d'un peuple infatigable, qui jamais, depuis des siècles, n'avait cessé de la remuer, de l'ensemencer et de la faire plus belle.

L'étrange peuple! Chacun le dit inconstant; et rien en lui ne change. Les yeux avertis d'Olivier retrouvaient dans la statuaire gothique tous les types des provinces d'aujourd'hui; de même que dans les crayons des Clouet ou des Dumoustier, les figures fatiguées et ironiques des mondains et des intellectuels; ou dans la peinture des Lenain, l'esprit et les yeux clairs des ouvriers et des paysans d'Ile-de-France ou de Picardie. La pensée d'autrefois circulait à travers les consciences d'aujourd'hui. L'esprit de Pascal était vivant, non seulement chez l'élite raisonneuse et religieuse, mais chez d'obscurs bourgeois, ou chez des syndicalistes révolutionnaires. L'art de Corneille et de Racine était vivant pour le peuple; un petit employé de Paris se sentait plus proche d'une tragédie du temps du roi Louis XIV que d'un roman de Tolstoï ou d'un drame d'Ibsen. Les chants du moyen-âge, le vieux Tristan français, avaient plus de parenté avec les Français modernes que le Tristan de Wagner. Les fleurs de la pensée, qui, depuis le XIIe siècle, ne cessaient de s'épanouir dans le parterre français, si diverses qu'elles fussent, étaient parentes entre elles; et toutes étaient différentes de tout ce qui les entourait.

Christophe ignorait trop la France pour bien saisir la constance de ses traits. Ce qui le frappait surtout dans ce riche paysage, c'était le morcellement extrême de la terre. Comme le disait Olivier, chacun avait son jardin; et chaque lopin était séparé des autres par des murs, des haies vives, des clôtures de toute sorte. Tout au plus s'il y avait, çà et là, quelques près et quelques bois communaux, ou si les habitants d'un côté de la rivière se trouvaient forcément plus rapprochés entre eux que de ceux de l'autre côté. Chacun s'enfermait chez soi; et il semblait que cet individualisme jaloux, au lieu de s'affaiblir après des siècles de voisinage, fut plus fort que jamais. Christophe pensait:

—Comme ils sont seuls!

Rien de plus caractéristique, en ce sens, que la maison où habitaient Christophe et Olivier. C'était un monde en raccourci, une petite France honnête et laborieuse, sans rien qui rattachât entre eux ses divers éléments. Cinq étages, une vieille maison branlante qui s'inclinait sur le côté, avec ses planchers qui craquaient et ses plafonds vermoulus. La pluie entrait chez Christophe et Olivier qui logeaient sous le toit; on avait dû se décider à faire venir les ouvriers, pour rafistoler tant bien que mal la toiture: Christophe les entendait travailler et causer, au-dessus de sa tête. Il y en avait un, qui l'amusait et l'agaçait; il ne s'interrompait pas un instant de parler tout seul, rire, chanter, dire des balivernes, siffler des inepties, causer avec soi-même, sans cesser de travailler; il ne pouvait rien faire, sans annoncer ce qu'il faisait;

—Je vas encore mettre un clou. Où est-ce qu'est mon outil? Je mets un clou. J'en mets deux. Encore un coup de marteau! Là, ma vieille, ça y est...

Lorsque Christophe jouait, il se taisait un moment, écoutait, puis sifflait de plus belle; aux passages entraînants, il marquait la mesure sur le toit, à grands coups de marteau. Christophe exaspéré finit par grimper sur une chaise, et passa la tête par la lucarne de la mansarde pour lui dire des injures. Mais à peine l'eut-il vu, à califourchon sur le toit, avec sa bonne figure joviale, la joue gonflée de clous, qu'il éclata de rire, et l'homme en fit autant. Christophe, oubliant ses griefs, se mit à causer. À la fin, il se rappela pourquoi il s'était mis à la fenêtre:

—Ah! à propos, dit-il, je voulais vous demander: est-ce que mon piano ne vous gêne pas?

L'autre l'assura que non; mais il le pria de jouer des airs moins lents, parce que, comme il suivait la mesure, cela le retardait dans son travail. Ils se quittèrent bons amis. En un quart d'heure, ils avaient échangé plus de paroles que Christophe n'en dit, en six mois, à tous ceux qui habitaient sa maison.

Deux appartements par étage, l'un de trois pièces, l'autre de deux seulement. Pas de chambres de domestiques: chaque ménage faisait son propre service, sauf les locataires du rez-de-chaussée et du premier, qui occupaient les deux appartements réunis.

Au cinquième, Christophe et Olivier avaient comme voisin de palier l'abbé Corneille, un prêtre d'une quarantaine d'années, fort instruit, d'esprit libre, de large intelligence, ancien professeur d'exégèse dans un grand séminaire, et récemment censuré par Rome, pour son esprit moderniste. Il avait accepté le blâme, sans se soumettre au fond, mais en silence, n'essayant point de lutter, refusant les moyens qui lui étaient offerts d'exposer publiquement ses doctrines, fuyant le bruit, et préférant la ruine de ses pensées à l'apparence du scandale. Christophe n'arrivait pas à comprendre ce type de révolté résigné. Il avait essayé de causer avec lui; mais le prêtre, très poli, restait froid, ne parlait de rien de ce qui l'intéressait le plus, mettait sa dignité à se murer vivant.

À l'étage au-dessous, dans l'appartement identique à celui des deux amis, habitait une famille Elie Elsberger: un ingénieur, sa femme, et leurs deux petites filles de sept à dix ans: gens distingués, sympathiques, vivant renfermés chez eux, surtout par fausse honte de leur situation gênée. La jeune femme, qui faisait vaillamment son ménage, en était mortifiée; elle eût accepté le double de fatigue pour que personne n'en sût rien: c'était encore là un sentiment qui échappait à Christophe. Ils étaient de famille protestante, et de l'Est de la France. Tous deux avaient été, quelques années avant, emportés par l'ouragan de l'Affaire Dreyfus; ils s'étaient passionnés pour cette cause, jusqu'à la frénésie, comme des milliers de Français sur qui, pendant sept ans, passa le vent furieux de cette sainte hystérie. Ils y avaient sacrifié leur repos, leur situation, leurs relations; ils y avaient brisé de chères amitiés; ils avaient failli y ruiner leur santé. Pendant des mois, ils n'en dormaient plus, ils n'en mangeaient plus, ils ressassaient indéfiniment les mêmes arguments, avec un acharnement de maniaques; ils s'exaltaient l'un l'autre; malgré leur timidité et leur peur du ridicule, ils avaient pris part à des manifestations, parlé dans des meetings; ils en revenaient, la tête hallucinée, le cœur malade; et ils pleuraient ensemble, la nuit. Ils avaient dépensé dans le combat une telle force d'enthousiasme et de passions que, lorsque la victoire était venue, il ne leur en restait plus assez pour se réjouir; ils en étaient demeurés vidés d'énergie, fourbus, pour la vie. Si hautes avaient été les espérances, si pure l'ardeur du sacrifice que le triomphe avait paru dérisoire, au prix de ce qu'on avait rêvé. Pour ces âmes tout d'une pièce, où il n'y avait place que pour une seule vérité, les transactions de la politique, les compromis de leurs héros avaient été une déception amère. Ils avaient vu leurs compagnons de luttes, ces gens qu'ils avaient crus animés de la même passion unique pour la justice,—une fois l'ennemi vaincu, se ruer à la curée, s'emparer du pouvoir, rafler les honneurs et les places, et piétiner la justice: chacun son tour!... Seule, une poignée d'hommes restés fidèles à leur foi, pauvres, isolés, rejetés par tous les partis, et les rejetant tous, se tenaient dans l'ombre, à l'écart les uns des autres, rongés de tristesse et de neurasthénie, n'espérant plus en rien, avec le dégoût des hommes et la lassitude écrasante de la vie. L'ingénieur et sa femme étaient de ces vaincus.

Ils ne faisaient aucun bruit dans la maison; ils avaient une peur maladive de gêner leurs voisins, d'autant plus qu'ils souffraient d'être gênés par eux, et qu'il mettaient leur orgueil à ne pas s'en plaindre. Christophe avait pitié des deux petites filles, dont les élans de gaieté, le besoin de crier, de sauter et de rire, étaient, à tout instant, comprimés. Il adorait les enfants, et il faisait mille amitiés à ses petites voisines, quand il les rencontrait dans l'escalier. Les fillettes, d'abord intimidées, n'avaient pas tardé à se familiariser avec Christophe, qui avait toujours pour elles quelque drôlerie à raconter, ou quelque friandise; elles parlaient de lui à leurs parents; et ceux-ci, qui avaient commencé par voir ces avances, d'un assez mauvais œil, se laissèrent gagner par l'air de franchise de leur bruyant voisin, dont ils avaient maudit plus d'une fois le piano et le remue-ménage endiablé, au-dessus de leurs têtes:—(car Christophe, qui étouffait dans sa chambre, tournait comme un ours en cage.)—Ce ne fut pas sans peine qu'ils lièrent conversation. Les manières un peu rustres de Christophe donnaient parfois un haut-le-corps a Elie Elsberger. Vainement, l'ingénieur voulut maintenir le mur de réserve, derrière lequel il s'abritait: impossible de résister à l'impétueuse bonne humeur de cet homme qui vous regardait avec de braves yeux affectueux. Christophe arrachait de loin en loin quelques confidences à son voisin. Elsberger était un curieux esprit, courageux et apathique, chagrin et résigné. Il avait l'énergie de porter avec dignité une vie difficile, mais non pas de la changer. On eût dit qu'il lui savait gré de justifier son pessimisme. On venait de lui offrir au Brésil une situation avantageuse, une entreprise à diriger; mais il avait refusé, par crainte des risques du climat pour la santé des siens.

—Eh bien, laissez-les, dit Christophe. Allez seul, et faites fortune pour eux.

—Les laisser! s'était écrié l'ingénieur. On voit bien que vous n'avez pas d'enfants.

—Si j'en avais, je penserais de même.

—Jamais! Jamais!... Et puis, laisser le pays!... Non. J'aime mieux souffrir ici.

Christophe trouvait singulière cette façon d'aimer son pays et les siens, qui consistait à végéter ensemble. Olivier la comprenait:

—Pense donc! disait-il, risquer de mourir là-bas, sur une terre qui ne vous connaît pas, loin de ceux qu'on aime! Tout vaut mieux que cette horreur. Et puis, pour quelques années qu'on a à vivre, cela ne vaut pas la peine de tant s'agiter!...

—Comme s'il fallait penser toujours à mourir! disait Christophe, en haussant les épaules. Et même si cela arrive, est-ce que ce n'est pas mieux de mourir en luttant pour le bonheur de ceux qu'on aime, que de s'éteindre dans l'apathie?

Sur le même palier, dans le petit appartement du quatrième étage, logeait un ouvrier électricien, nommé Aubert.—Si celui-là vivait isolé du reste de la maison, ce n'était point tout à fait sa faute. Cet homme, sorti du peuple, avait le désir passionné de n'y plus jamais rentrer. Petit, l'air souffreteux, il avait le front dur, une barre au-dessus des yeux, dont le regard vif et droit s'enfonçait comme une vrille; la moustache blonde, la bouche persifleuse, un parler sifflotant, la voix voilée, un foulard autour du cou, la gorge toujours malade, irritée encore par sa manie perpétuelle de fumer, une activité fébrile, un tempérament de phtisique. Mélange de fatuité, d'ironie, d'amertume, qui recouvraient un esprit enthousiaste, emphatique, naïf, mais constamment déçu par la vie. Bâtard de quelque bourgeois qu'il n'avait pas connu, élevé par une mère qu'il était impossible de respecter, il avait vu bien des choses tristes et sales dans sa petite enfance. Il avait fait toutes sortes de métiers, voyagé beaucoup en France. Avec une volonté admirable de s'instruire, il s'était formé seul, au prix d'efforts inouïs; il lisait tout: histoire, philosophie, poètes décadents; il était au courant de tout: théâtre, expositions, concerts; il avait un culte attendrissant de la littérature et de la pensée bourgeoises: elles le fascinaient. Il était imbibé de l'idéologie vague et brûlante qui faisait délirer les bourgeois des premiers temps de la Révolution. Il croyait avec certitude à l'infaillibilité de la raison, au progrès illimité,—quo non ascendam?—à l'avènement prochain du bonheur sur la terre, à la science omnipotente, à l'Humanité-Dieu, et à la France, fille aînée de l'Humanité. Il avait un anticléricalisme enthousiaste et crédule qui traitait toute religion,—surtout le catholicisme,—d'obscurantisme, et voyait dans le prêtre l'ennemi-né de la lumière. Socialisme, individualisme, chauvinisme, se heurtaient dans sa tête. Il était humanitaire d'esprit, despotique de tempérament, et anarchiste de fait. Orgueilleux, il savait les manques de son éducation, et, dans la conversation, il était très prudent; il faisait son profit de ce qu'on disait devant lui, mais il ne voulait pas demander conseil: cela l'humiliait; or, quelles que fussent son intelligence et son adresse, elles ne pouvaient pas tout à fait suppléer à l'éducation. Il s'était mis en tête d'écrire. Comme nombre de gens en France qui n'ont pas appris, il avait le don du style, et il voyait bien; mais il pensait confusément. Il avait montré quelques pages de ses élucubrations à un grand homme de journal en qui il croyait, et qui s'était moqué de lui. Profondément humilié, depuis lors, il ne parlait plus à personne de ce qu'il faisait. Mais il continuait d'écrire: ce lui était un besoin de se répandre et une joie orgueilleuse. Il était très satisfait de ses pages éloquentes et de ses pensées philosophiques, qui ne valaient pas un liard. Et il ne faisait nul cas de ses notations de la vie réelle qui étaient excellentes. Il avait la marotte de se croire philosophe et de vouloir composer du théâtre social, des romans à idées. Il résolvait sans peine les questions insolubles, et il découvrait l'Amérique, à chaque pas. Quand il s'apercevait ensuite qu'elle était découverte, il en était déçu, un peu amer; il n'était pas loin d'en accuser l'intrigue. Il brûlait d'un amour de la gloire et d'une ardeur de dévouement, qui souffrait de ne pas trouver comment s'employer. Son rêve eût été d'être un grand homme de lettres, de faire partie de cette élite écrivassière, qui lui apparaissait revêtue d'un prestige surnaturel. Malgré son désir de se faire illusion, il avait trop de bon sens et d'ironie pour ne pas savoir qu'il n'avait aucune chance pour cela. Mais il eût voulu vivre au moins dans cette atmosphère de pensée bourgeoise, qui de loin lui semblait lumineuse. Ce désir, bien innocent, avait le tort de lui rendre pénible la société des gens avec qui sa condition l'obligeait à vivre. Et comme la société bourgeoise, dont il cherchait a se rapprocher, lui tenait porte close, il en résultait qu'il ne voyait personne. Aussi Christophe n'eut-il aucun effort à faire pour entrer en relations avec lui. Il dut plutôt, très vite, s'en garer: sans quoi, Aubert eût été plus souvent chez Christophe que chez lui. Il était trop heureux de trouver un artiste à qui parler musique, théâtre, etc. Mais Christophe, comme on l'imagine, n'y trouvait pas le même intérêt: avec un homme au peuple, il eût préféré causer du peuple. Or c'était ce que l'autre ne voulait, ne savait plus.

À mesure qu'on descendait aux étages inférieurs, les rapports devenaient naturellement plus lointains entre Christophe et les autres locataires. Au reste, il eût fallu avoir je ne sais quel secret magique, un Sésame, ouvre-toi, pour pénétrer chez les gens du troisième.—D'un côté, habitaient deux dames, qui s'hypnotisaient dans un deuil déjà ancien: Mme Germain, femme de trente-cinq ans, qui avait perdu son mari et sa petite fille, et vivait en recluse, avec sa belle-mère, âgée et dévote. —De l'autre côté du palier, était installé un personnage énigmatique, d'âge indécis, entre cinquante et soixante ans, avec une fillette d'une dizaine d'années. Il était chauve, avait une belle barbe bien soignée, une façon de parler douce, des manières distinguées, des mains aristocratiques. On le nommait: M. Watelet. On le disait anarchiste, révolutionnaire, étranger, on ne savait trop de quel pays, Russe ou Belge. En réalité, il était Français du Nord, et il n'était plus guère révolutionnaire; mais il vivait sur sa réputation passée. Mêlé à la Commune de 71, condamné à mort, il avait échappé, il ne savait lui-même comment; et pendant une dizaine d'années, il avait vécu un peu partout en Europe. Il avait été le témoin de tant de vilenies pendant la tourmente parisienne, et après, et aussi dans l'exil, et aussi depuis son retour, parmi ses anciens compagnons ralliés au pouvoir, et aussi dans les rangs de tous les partis révolutionnaires, qu'il s'était retiré d'eux, gardant pacifiquement ses convictions pour lui-même, sans tache, et inutiles. Il lisait beaucoup, écrivait un peu des livres doucement incendiaires, tenait—(à ce qu'on prétendait)—les fils de mouvements anarchistes très lointains, dans l'Inde, ou dans l'Extrême-Orient, s'occupait de la révolution universelle, et, en même temps, de recherches non moins universelles, mais d'aspect plus débonnaire: une langue mondiale, une méthode nouvelle pour l'enseignement populaire de la musique. Il ne frayait avec personne dans la maison; il se contentait d'échanger avec ceux qu'il rencontrait des saluts excessivement polis. Il consentit pourtant à dire à Christophe quelques mots de sa méthode musicale. C'était ce qui pouvait le moins intéresser Christophe: les signes de sa pensée ne lui importaient guère; en quelque langue que ce fût, il fût toujours parvenu à l'exprimer. Mais l'autre n'en démordait point et continuait d'expliquer son système, avec un doux entêtement; du reste de sa vie, Christophe ne put rien savoir. Aussi, quand il le croisait dans l'escalier, ne s'arrêtait-il plus que pour regarder la fillette, qui toujours l'accompagnait: une petite enfant blonde, pâlotte, de sang pauvre, les yeux bleus, le profil d'un dessin un peu sec, le corps frêle, l'air souffreteux et pas très expressif. Il croyait, comme tout le monde, qu'elle était la fille de Watelet. Elle était orpheline, fille d'ouvriers; Watelet l'avait adoptée, à l'âge de quatre ou cinq ans, après la mort des parents dans une épidémie. Il s'était pris d'un amour presque sans bornes pour les enfants pauvres. C'était chez lui une tendresse mystique, à la Vincent de Paule. Comme il se méfiait de toute charité officielle, et qu'il savait que penser des associations philanthropiques, il faisait la charité seul; il s'en cachait: il y trouvait une jouissance secrète. Il avait appris la médecine, afin de se rendre utile. Un jour qu'il était entré chez un ouvrier du quartier, il avait trouvé des malades, il s'était mis à les soigner; il avait quelques connaissances médicales, il entreprit de les compléter. Il ne pouvait voir un enfant souffrir: cela le déchirait. Mais aussi, quelle joie exquise, quand il était parvenu à arracher au mal un de ces pauvres petits êtres, quand un pâle sourire reparaissait, sur le visage maigriot! Le cœur de Watelet se fondait. Minutes de paradis... Elles lui faisaient oublier les ennuis qu'il avait trop souvent avec ses obligés. Car il était rare qu'ils lui témoignassent de la reconnaissance. La concierge était furieuse de voir tant d'individus aux pieds sales monter son escalier: elle se plaignait aigrement. Le propriétaire, inquiet de ces réunions d'anarchistes, faisait des observations. Watelet songeait à quitter l'appartement; mais il lui en coûtait: il avait ses petites manies; il était doux et tenace, il laissait dire.

Christophe gagna un peu sa confiance, par l'amour qu'il témoignait aux enfants. Ce fut le lien commun. Christophe ne pouvait rencontrer la fillette, sans un serrement de cœur: par une de ces mystérieuses analogies de formes, que l'instinct perçoit en dehors de la conscience, l'enfant lui rappelait la petite fille de Sabine, son premier et lointain amour, l'ombre éphémère, dont la grâce silencieuse ne s'effaçait pas de son cœur. Aussi s'intéressait il à la petite pâlotte, qu'on ne voyait jamais ni sauter, ni courir, dont on entendait à peine la voix, qui n'avait aucune amie de son âge, qui était toujours seule, muette, s'amusant à des jeux immobiles et sans bruit, avec une poupée ou un morceau de bois, remuant les lèvres, tout bas, pour se raconter une histoire. Elle était affectueuse et indifférente; il y avait en elle quelque chose d'étranger, d'incertain; mais le père adoptif ne le voyait pas: il aimait. Hélas! cet incertain, cet étranger n'existe-t-il pas toujours, même dans les enfants de notre chair?...—Christophe essaya de faire connaître à la petite solitaire les fillettes de l'ingénieur. Mais de la part de Elsberger comme de Watelet, il se heurta à une fin de non-recevoir, polie, catégorique. Ces gens-là semblaient mettre leur point d'honneur à s'enterrer vivants, chacun dans une case à part. À la rigueur, ils eussent consenti, chacun, à aider l'autre; mais chacun avait peur qu'on ne crût que c'était lui qui avait besoin d'aide; et comme, des deux côtés, l'amour-propre était le même,—la même aussi, la situation précaire,—il n'y avait pas d'espoir qu'aucun d'eux se décidât le premier à tendre la main à l'autre.

Le grand appartement du second étage restait presque toujours vide. Le propriétaire de la maison se l'était réservé; et il n'était jamais là. C'était un ancien commerçant, qui avait arrêté net ses affaires, aussitôt qu'il avait réalisé un certain chiffre de fortune, qu'il s'était fixé. Il passait la majeure partie de l'année, hors de Paris: l'hiver, dans un hôtel de la Côte d'Azur; l'été, sur une plage de Normandie, vivant en petit rentier, qui se donne à peu de de frais l'illusion du luxe, en regardant le luxe des autres, et en menant, comme eux, une vie inutile.

Le petit appartement était loué à un couple sans enfants: M. et Mme Arnaud. Le mari, qui avait quarante à quarante-cinq ans, était professeur dans un lycée. Accablé d'heures de cours, de copies, de répétitions, il n'avait pu arriver à écrire sa thèse; il avait fini par y renoncer. La femme, de dix ans plus jeune, était gentille, excessivement timide. Intelligents tous deux, instruits, s'aimant bien, ils ne connaissaient personne et ne sortaient jamais de chez eux. Le mari n'avait pas le temps. La femme avait trop de temps; mais c'était une brave petite, qui combattait ses accès de mélancolie, et qui surtout les cachait, s'occupant du mieux qu'elle pouvait, lisant, prenant des notes pour son mari, recopiant les notes de son mari, raccommodant les habits de son mari, se faisant elle-même ses robes, ses chapeaux. Elle eût bien voulu aller de temps en temps au théâtre; mais Arnaud n'y tenait guère: il était trop fatigué, le soir. Et elle se résignait.

Leur grande joie était la musique. Ils l'adoraient. Il ne savait pas jouer; et elle, n'osait pas, bien qu'elle sût: quand elle jouait devant quelqu'un, même devant son mari, on eût dit un enfant qui pianotait. Cela leur suffisait pourtant; et Gluck, Mozart, Beethoven, qu'ils balbutiaient, étaient pour eux des amis; ils savaient leur vie en détail, et leurs souffrances les pénétraient d'amour. Les beaux livres aussi, les bons livres, lus en commun, étaient un bonheur. Mais il n'y en a guère dans la littérature d'aujourd'hui: les écrivains ne s'occupent pas de ceux qui ne peuvent leur apporter ni réputation, ni plaisir, ni argent, comme ces humbles lecteurs, qu'on ne voit jamais dans le monde, qui n'écrivent nulle part, qui ne savent qu'aimer et se taire. Cette lumière silencieuse de l'art, qui prenait en ces cœurs honnêtes et religieux un caractère presque surnaturel, suffisait, avec leur affection commune, à les faire vivre en paix, assez heureux, quoiqu'assez tristes—(cela ne se contredit point),—bien seuls, un peu meurtris. Ils étaient l'un et l'autre très supérieurs à leur position. M. Arnaud était plein d'idées; mais il n'avait ni le temps, ni le courage maintenant de les écrire. Il fallait trop se remuer pour faire paraître des articles, des livres: cela n'en valait pas la peine; vanité inutile! Il se jugeait si peu de chose auprès des penseurs qu'il aimait! Il aimait trop les belles œuvres d'art pour vouloir «faire de l'art»: il eût estimé cette prétention impertinente et ridicule. Son lot lui semblait de les répandre. Il faisait donc profiter ses élèves de ses idées: ils en feraient des livres plus tard,—sans le nommer, bien entendu.—Nul ne dépensait autant d'argent que lui, pour souscrire à des publications. Les pauvres sont toujours les plus généreux: ils achètent leurs livres; les autres se croiraient déshonorés, s'ils ne réussissaient à les avoir pour rien. Arnaud se ruinait en livres: c'était là son faible, son vice. Il en était honteux, il s'en cachait à sa femme. Elle ne le lui reprochait pourtant pas, elle en eût fait autant.—Ils formaient toujours de beaux projets d'économies, en vue d'un voyage en Italie,—qu'ils ne feraient jamais, ils le savaient trop bien; et ils riaient de leur incapacité à garder de l'argent. Arnaud se consolait. Sa chère femme lui suffisait, et sa vie de travail et de joies intérieures. Est-ce que cela ne lui suffisait pas aussi, à elle?—Elle disait: oui. Elle n'osait pas dire qu'il lui serait doux que son mari eût quelque réputation, qui rejaillirait un peu sur elle, qui éclairerait sa vie, qui y apporterait du bien-être: c'est beau, la joie intérieure; mais un peu de lumière du dehors fait tant de bien aussi!... Mais elle ne disait rien, parce qu'elle était timide; et puis, elle savait que même s'il voulait parvenir à la réputation, il ne serait pas sûr de pouvoir: trop tard, maintenant!... Leur plus gros regret était de ne pas avoir d'enfant. Ils se le cachaient mutuellement; et ils n'en avaient que plus de tendresse l'un pour l'autre: c'était comme si ces pauvres gens avaient eu à se faire pardonner. Mme Arnaud était bonne, affectueuse; elle eût aimé à se lier avec Mme Elsberger. Mais elle n'osait pas: on ne lui faisait aucune avance. Quant à Christophe, mari et femme n'eussent pas demandé mieux que de le connaître: ils étaient fascinés par sa lointaine musique. Mais, pour rien au monde, ils n'eussent fait les premiers pas: cela leur eût paru indiscret.

Le premier étage était occupé en entier par M. et Mme Félix Weil. De riches juifs, sans enfants, qui passaient six mois de l'année à la campagne, aux environs de Paris. Bien qu'ils fussent depuis vingt ans dans la maison—(ils y restaient par habitude, quoiqu'il leur eût été facile de trouver un appartement plus en rapport avec leur fortune),—ils y semblaient toujours des étrangers de passage. Ils n'avaient jamais adressé la parole à aucun de leurs voisins, et l'on n'en savait pas plus long sur eux qu'au premier jour. Ce n'était pas une raison pour qu'on se privât de les juger: bien au contraire. Ils n'étaient pas aimés. Et sans doute, ils ne faisaient rien pour cela. Pourtant, ils eussent mérité d'être un peu mieux connus: ils étaient l'un et l'autre d'excellentes gens, et d'intelligence remarquable. Le mari, âgé d'une soixantaine d'années, était assyriologue, fort connu par des fouilles célèbres dans l'Asie centrale; esprit ouvert et curieux, comme la plupart des esprits de sa race, il ne se limitait pas à ses études spéciales; il s'intéressait à une infinité de choses: beaux-arts, questions sociales, toutes les manifestations de la pensée contemporaine. Elles ne suffisaient pas à l'occuper: car elles l'amusaient toutes, et aucune ne le passionnait. Il était très intelligent, trop intelligent, trop libre de tout lien, toujours prêt à détruire d'une main ce qu'il construisait de l'autre; car il construisait beaucoup: œuvres et théories; c'était un grand travailleur; par habitude, par hygiène d'esprit, il continuait de creuser patiemment et profondément son sillon dans la science, sans croire à l'utilité de ce qu'il faisait. Il avait toujours eu le malheur d'être riche: en sorte qu'il n'avait point connu l'intérêt de la lutte pour vivre; et depuis ses campagnes en Orient, dont il s'était lassé après quelques années, il n'avait plus accepté aucune fonction officielle. En dehors de ses travaux personnels, il s'occupait cependant, avec clairvoyance, de questions à l'ordre du jour, de réformes sociales d'un caractère pratique et immédiat, de la réorganisation de l'enseignement public en France; il lançait des idées, il créait des courants; il mettait en train de grandes machines intellectuelles, et il s'en dégoûtait aussitôt. Plus d'une fois, il avait scandalisé des gens que ses arguments avaient amenés à une cause, en leur faisant la critique la plus mordante et la plus décourageante de cette cause. Il ne le faisait pas exprès: c'était chez lui un besoin de nature; très nerveux, ironique, il avait peine à tolérer les ridicules des choses et des gens, qu'il voyait avec une perspicacité gênante. Et comme il n'est pas de belle cause, ni de bonnes gens, qui, vus sous un certain angle ou avec un grossissement, n'offrent des côtés ridicules, il n'en était pas non plus que son ironie respectât longtemps. Cela n'était point destiné à lui attirer des amis. Pourtant, il avait la meilleure volonté de faire du bien aux gens; il en faisait; mais on lui en savait peu de gré; ses obligés mêmes ne lui pardonnaient pas, en secret, de s'être aperçus ridicules, dans ses yeux. Il avait besoin de ne pas trop voir les hommes, pour les aimer. Non qu'il fût misanthrope. Il était trop peu sûr de soi pour ce rôle. Il était timide vis-à-vis de ce monde qu'il raillait; au fond, il n'était pas certain que le monde n'eût pas raison contre lui; il évitait de se montrer trop différent des autres, il s'étudiait à calquer sur eux ses façons et ses opinions apparentes. Mais il avait beau faire: il ne pouvait s'abstenir de les juger; il avait le sens aigu de toute exagération, de tout ce qui n'est pas simple; et il ne savait point cacher son agacement. Il était surtout sensible aux ridicules des Juifs, parce qu'il les connaissait mieux; et comme, malgré sa liberté d'esprit qui n'admettait pas les barrières des races, il se heurtait souvent à celles que lui opposaient les gens des autres races,—comme lui-même, en dépit qu'il en eût, se trouvait dépaysé dans la pensée chrétienne, il se repliait a l'écart, avec dignité, dans son labeur ironique, et dans l'affection profonde qu'il avait pour sa femme.

Le pire était que celle-ci n'était pas à l'abri de son ironie. C'était une femme bonne, active, désireuse de se rendre utile, toujours occupée d'œuvres charitables. D'une nature beaucoup moins complexe que son mari, elle était engoncée dans sa bonne volonté morale, et dans l'idée un peu raide, intellectuelle, mais très haute, qu'elle se faisait du devoir. Toute sa vie, assez mélancolique, sans enfants, sans grande joie, sans grand amour, reposait sur cette croyance morale, qui était surtout une volonté de croire. L'ironie du mari n'avait pas manqué de saisir la part de duperie volontaire qu'il y avait dans cette foi, et—(c'était plus fort que lui)—de s'égayer à ses dépens. Il était tissu de contradictions. Il avait du devoir un sentiment qui n'était pas moins haut que celui de sa femme, et, en même temps, un impitoyable besoin d'analyser, de critiquer, de n'être pas dupe, qui lui faisait déchiqueter, mettre en pièces, son impératif moral. Il ne voyait pas qu'il sapait le sol sous les pas de sa femme; il la décourageait, d'une façon cruelle. Lorsqu'il le sentait, il en souffrait plus qu'elle; mais le mal était fait. Ils n'en continuaient pas moins de s'aimer fidèlement, de travailler, et de faire du bien. Mais la dignité froide de la femme n'était pas mieux jugée que l'ironie du mari; et comme ils étaient trop fiers pour proclamer le bien qu'ils faisaient, ou le désir qu'ils avaient d'en faire, on traitait leur réserve d'indifférence et leur isolement d'égoïsme. Et plus ils sentaient qu'on avait d'eux cette opinion, plus ils se seraient gardés de rien faire pour la combattre. Par réaction contre l'indiscrétion grossière de tant d'autres de leur race, ils étaient victimes d'un excès de réserve, où s'abritait beaucoup d'orgueil.

Quant au rez-de-chaussée, élevé de quelques marches au-dessus du petit jardin, il était habité par le commandant Chabran, un officier d'artillerie coloniale, en retraite; cet homme vigoureux, encore jeune, avait fait de brillantes campagnes au Soudan et à Madagascar; puis, brusquement, il avait tout envoyé promener, et s'était terré là, ne voulant plus entendre parler d'armée, passant ses journées à bouleverser ses plates-bandes, à étudier sans succès des exercices de flûte, à bougonner contre la politique, et à rabrouer sa fille, qu'il adorait: une jeune femme de trente ans, pas très jolie, mais aimable, qui se dévouait à lui, et ne s'était point mariée pour ne pas le quitter. Christophe les voyait souvent, en se penchant à sa fenêtre; et, comme il est naturel, il faisait plus attention à la fille qu'au père. Elle passait une partie de son après-midi au jardin, cousant, rêvassant, tripotant le jardin, toujours de bonne humeur avec son vieux bougon de père. On entendait sa voix calme et claire, répondant d'un ton rieur à la voix grondeuse du commandant, dont le pas traînait indéfiniment sur le sable des allées; puis il rentrait, et elle restait assise, sur un banc du jardin, à coudre pendant des heures, sans bouger, sans parler, en souriant vaguement, tandis qu'à l'intérieur de la maison, l'officier désœuvré s'escrimait sur sa flûte aigrelette, ou, pour changer, faisait gauchement vagir un harmonium poussif, à l'amusement—ou à l'agacement de Christophe—(cela dépendait des jours).

Tous ces gens-là vivaient côte à côte, dans la maison au jardin fermé, abrités des souffles du monde, hermétiquement clos même les uns aux autres. Seul, Christophe, avec son besoin d'expansion et son trop-plein de vie, les enveloppait tous, sans qu'ils le sussent, de sa vaste sympathie, aveugle et clairvoyante. Il ne les comprenait pas. Il n'avait pas les moyens de les comprendre. Il lui manquait l'intelligence psychologique d'Olivier. Mais il les aimait. D'instinct, il se mettait à leur place. Lentement montait en lui, par mystérieux effluves, la conscience obscure de ces vies voisines et lointaines, l'engourdissement de douleur de la femme en deuil, le silence stoïque des pensées orgueilleuses: du prêtre, du juif, de l'ingénieur, du révolutionnaire; la flamme pâle et douce de tendresse et de foi qui, sans bruit, consumait les deux cœurs des Arnaud; l'aspiration naïve de l'homme du peuple vers la lumière; la révolte refoulée et l'action inutile que l'officier étouffait en lui; et le calme résigné de la jeune fille, qui rêvait à l'ombre des lilas. Mais cette musique silencieuse des âmes, Christophe était le seul à la pénétrer; ils ne l'entendaient pas; chacun s'absorbait dans sa tristesse et dans ses rêves.

Tous travaillaient d'ailleurs, et le vieux savant sceptique, et l'ingénieur pessimiste, et le prêtre, et l'anarchiste, et tous ces orgueilleux, ou ces découragés. Et, sur le toit, le maçon chantait.

Autour de la maison, Christophe trouvait, chez les meilleurs, la même solitude morale,—même quand ils se groupaient.

Olivier l'avait mis en relations avec une petite revue, où il écrivait. Elle se nommait Esope, et avait pris pour devise cette citation de Montaigne:

«On mit Æsope en vente avec deux autres esclaves. L'acheteur s'enquit du premier ce qu'il sçavoit faire; celuy-là, pour se faire valoir, respondit monts et merveilles; le deuxiesme en respondit autant de soy ou plus. Quand ce fut à Æsope, et qu'on lui eut aussi demandé ce qu'il sçavoit faire:—Rien, fit-il, car ceux-cy ont tout préoccupé; ils sçavent tout.»

Pure attitude de réaction dédaigneuse contre «l'impudence», comme disait Montaigne, «de ceux qui font profession de savoir et leur outrecuidance démesurée!» Les prétendus sceptiques de la revue: Esope avaient, au fond, la foi la mieux trempée. Mais aux yeux du public, ce masque d'ironie offrait, naturellement, peu d'attraits; il était fait pour dérouter. On n'a le peuple avec soi que quand on lui apporte des paroles de vie simple, claire, vigoureuse, et certaine. Il aime mieux un robuste mensonge qu'une vérité anémique. Le scepticisme ne lui agrée que lorsqu'il recouvre quelque bon gros naturalisme, ou quelque idolâtrie chrétienne. Le pyrrhonisme dédaigneux dont s'enveloppait l'Esope, ne pouvait être entendu que d'un petit nombre d'esprits,—«alme sdegnose»,—qui connaissaient leur solidité cachée. Cette force était perdue pour l'action.

Ils n'en avaient cure. Plus la France se démocratisait, plus sa pensée, son art, sa science semblaient s'aristocratiser. La science, abritée derrière ses idiomes spéciaux, au fond de son sanctuaire, et sous un triple voile, que seuls les initiés avaient le pouvoir d'écarter, était moins accessible qu'au temps de Buffon et des Encyclopédistes. L'art,—celui, du moins, qui avait le respect de soi et le culte du beau,—n'était pas moins hermétique; il méprisait le peuple. Même parmi les écrivains moins soucieux de beauté que d'action, parmi ceux qui donnaient le pas aux idées morales sur les idées esthétiques, régnait souvent un étrange esprit aristocratique. Ils paraissaient plus occupés de conserver en eux la pureté de leur flamme intérieure que de la communiquer aux autres. On eût dit qu'ils ne tenaient pas à faire vaincre leurs idées, mais seulement à les affirmer.

Il en était pourtant dans le nombre, qui se mêlaient d'art populaire. Entre les plus sincères, les uns jetaient dans leurs œuvres des idées anarchistes, destructrices, des vérités à venir, lointaines, qui seraient peut-être bienfaisantes dans un siècle, ou dans vingt, mais qui, pour le moment, corrodaient, brûlaient l'âme; les autres écrivaient des pièces amères, ou ironiques, sans illusions, très tristes. Christophe en avait les jarrets coupés, pour deux jours, après les avoir lues.

—Et vous donnez cela au peuple? demandait-il, apitoyé sur ces pauvres gens, qui venaient pour oublier leurs maux pendant quelques heures, et à qui l'on offrait ces lugubres divertissements. Il y a de quoi le mettre en terre!

—Sois tranquille, répondait Olivier, en riant. Le peuple ne vient pas.

—Il fait fichtrement bien! Vous êtes fous. Vous voulez donc lui enlever tout courage à vivre?

—Pourquoi? Ne doit-il pas apprendre à voir, comme nous, la tristesse des choses, et à faire pourtant son devoir sans défaillance?

—Sans défaillance? J'en doute. Mais à coup sûr, sans plaisir. Et l'on ne va pas loin, quand on a tué dans l'homme le plaisir de vivre.

—Qu'y faire? On n'a pas le droit de fausser la vérité.

—Mais on n'a pas non plus celui de La dire tout entière à tous.

—Et c'est toi qui parles? Toi qui ne cesses pas de réclamer la vérité, toi qui prétends l'aimer plus que tout au monde!

—Oui, la vérité pour moi et pour ceux qui ont les reins assez forts pour la porter. Mais pour les autres, c'est une cruauté et une bêtise. Je le vois maintenant. Dans mon pays, cela ne me serait jamais venu à l'idée; là-bas, en Allemagne, ils n'ont pas, comme chez vous, la maladie de la vérité: ils tiennent trop à vivre; ils ne voient, prudemment, que ce qu'ils veulent voir. Je vous aime de n'être pas ainsi: vous êtes braves, vous y allez franc jeu. Mais vous êtes inhumains. Quand vous croyez avoir déniché une vérité, vous la lâchez dans le monde, sans vous inquiéter si, comme les renards de la Bible, à la queue enflammée, elle ne va pas mettre le feu au monde. Que vous préfériez la vérité à votre bonheur, je vous en estime. Mais au bonheur des autres... halte-là! Vous en prenez trop à votre aise. Il faut aimer la vérité plus que soi-même, mais son prochain plus que la vérité.

—Faut-il donc lui mentir?

Christophe lui répondit par les paroles de Gœthe:

—«Nous ne devons exprimer parmi les vérités les plus hautes que celles qui peuvent servir au bien du monde. Les autres, nous devons les garder en nous; semblables aux douces lueurs d'un soleil caché, elles répandront leur lumière sur toutes nos actions.»

 

オリヴィエは答えた。
「民衆か? 民衆は自分の庭を耕しているのだ。彼らはわれわれのことを気にかけはしない。優秀者どもの各団体は、彼らを占有しようと試みるが、彼らはそのいずれにも気を止めはしない。近ごろまで彼らは、少なくとも気晴らしのために、いかさま政治家の口上になお耳を貸していた。しかし今ではもう構いつけはしない。選挙権を行使しない者が幾百万あるかわからない。各政党がいかほどたがいに頭をなぐり合っても、彼らの畑を踏み荒らしに来さえしなければ、彼らはその結果のいかんを気にかけはしない。ただ畑を踏み荒らされる場合にだけ、彼らは腹をたてて、いずれの党派をも構わずにいじめつける。彼らはみずから動き出しはしない。ただ彼らの仕事と安静とを邪魔する放埓ほうらつにたいしてだけ、いかなる方面をも問わず反発する。国王、皇帝、共和党、司祭、結社党、社会党、またその首領がだれであろうと、彼らがそれに向かって求めるところのものは、一般の大危難、戦争や騒動や疫病、などから彼らを守ってくれることだけだ――それ以外にはただ、平和に庭を耕さしてもらうことだけだ。彼らは心の底ではこう考えている、『あの畜生どもは俺おれたちの邪魔をしやすまいか』と。ところがその畜生どもはいかにも愚かで、この朴訥ぼくとつな民衆をじらしぬき、鍬くわを取って追い出されるまではやめようとしないのだ――ちょうどそういうことが、現代の勢力者らにもいつか起こるだろう。昔は民衆も大事業に熱中したものだ。そしてもう長い前に若気の過あやまちをしつくしてきながら、おそらくはまだそれをふたたびすることもあるだろう。しかしとにかく、その熱中も長つづきはしない。すぐに彼らは古来の伴侶はんりょのもとに、土地に、もどってゆく。フランス人をフランスに執着させるものは、フランス人よりもむしろ、その土地なのだ。その善良な土地の上に相並んで数世紀来働いてきたフランス人は、多くの異なった民衆から成ってはいるが、彼らを結合さしてるのはその土地であり、彼らがもっとも愛してるのはその土地である。幸福のうちにも不幸のうちにも、彼らはたえずその土地を耕しつづけている。そして何物でも、たとい尺寸の地面でも、彼らにとっては親愛なのだ。」
クリストフはうちながめた。道路の傍かたわら、沼沢の周囲、岩の斜面の上、実行の戦場や廃墟はいきょの間、フランスの山も野もすべては、見渡す限り遠くまで、耕耘こううんされていた。それはヨーロッパ文明の大庭園であった。その比類なき魅力は、豊饒ほうじょうなりっぱな土地にかかってるとともにまた、不屈不撓ふとうな民衆の努力にかかってるのだった。彼らは数世紀来かつて絶え間もなく、その土地を耕し種まきますます美しくなしていた。
不思議な民衆である! だれでもこの民衆を移り気だと言っているが、しかもその内部にはなんらの変化もない。オリヴィエの敏さとい眼は、現在の各方面の類型を、ゴチック彫刻中にも見出していた。たとえば、クルーエ一家やデュモンスティエ一家の鉛筆画には、社交界や知識階級の人々の疲れた皮肉な顔つきを、あるいは、ルナン兄弟の絵には、イール・ド・フランスやピカルディーの労働者や農夫などの、機才と輝いた眼とを見出した。また現代人の本心の中に流れてるものも、やはり昔の思想であった。パスカルの精神は、ただに理論好きな宗教的な優秀者らのうちにばかりではなく、名もない市民らのうちや、あるいは過激な産業革命主義者らのうちにも、生きてるのであった。コルネイユやラシーヌの芸術は、民衆にとって生きていた。パリーの下級の勤め人は、トルストイの小説やイプセンの劇によりも、ルイ十四世時代の悲劇により近い気持をもっていた。中世の歌は、フランスの古いトリスタンは、ワグナーのトリスタンよりも、近代フランス人とより多くの親しみをもっていた。十二世紀以来たえずフランスの花園に咲きつづけてきた思想の花は、いかにも種々雑多ではあったけれども、皆たがいに近親の間柄であって、周囲のものとはまったく異なっていた。
クリストフはフランスについてあまりに無知だったので、その特質の不変さをよく見てとることができなかった。この豊かな景色のうちで彼がことに驚いたものは、土地の極端に細かい区分だった。オリヴィエが言ったように、各人が自分の庭をもっていた。そして各地面は、壁や生籬いけがきやあらゆる種類の仕切りで、たがいに分かたれていた。たかだか、共通の牧場や森が散在してるきりであり、あるいは、川の一方に住む人々が、対岸の人々よりも、たがいに接近させられてるくらいのものだった。そして各人が自分の家に閉じこもっていた。そういう嫉視しっし的な個人主義は、たがいに隣り合って数世紀間暮らしてきたあとにも、衰えるどころかかえって強くなってるかのようだった。クリストフは考えた。
「彼らはなんと一人ぽっちのことだろう!」

クリストフとオリヴィエとが住んでる家は、そういう意味でもっとも特長あるものだった。それは小世界の縮図であった。種々の要素をたがいに結合する何物もない、正直勤勉な小フランスであった。六階建ての古いぐらぐらした家で、一方に傾いており、床板ゆかいたはきしり、天井は虫に食われていた。屋根裏に住んでるクリストフとオリヴィエとの部屋には、雨漏りがしていた。どうにか屋根を繕うために、職人を呼ばなければならなくなっていた。職人らが頭の上で仕事したり話したりするのが、クリストフの耳に響いた。ことにその一人は、クリストフを面白がらせまた煩うるさがらせた。その男はたえず休みなしに、一人で口をきき、笑い、歌い、駄洒落だじゃれを並べ、つまらぬ口笛を吹き、独語ひとりごとを言い、始終働いていた。何かするごとにかならずそれを口に出した。
「も一本釘くぎを打ってやれ。道具はどこにあるんだ? 釘を一本打ったぞ。二本打ったぞ。も一つ金槌かなづちでとんと! そら、これでよし……。」
クリストフが演奏するとき、彼はちょっと黙って耳を傾け、それからまたますます口笛を吹きたてた。面白い楽節になると、金槌でたたきながら屋根の上で調子をとった。クリストフは向かっ腹をたてて、しまいには椅子いすの上にあがり、その屋根裏の風窓から顔を出して、怒鳴りつけてやろうとした。しかし、その男が屋根にまたがり、善良な快活な顔つきをし、頬ほおをふくらまして釘くぎを頬張ほおばってる様子を見ると、彼はすぐに笑い出した。向こうでも笑い出した。クリストフは苦情を忘れて話しだした。ようやくあとになって、なんのために窓から顔を出してるかを思い出した。
「時にちょっと聞きたいことがあるんだが。」と彼は言った。「僕のピアノが邪魔になりはしないかい。」
邪魔にはならないと男は答えた。けれども、もっと早い調子の節ふしをひいてくれと頼んだ。なぜなら、おそいのに調子を合わしてると仕事が遅れるからだった。二人は仲よしになって別れた。その十五分ばかりの間に二人がかわした言葉よりも、半年の間にクリストフが同じ建物に住んでるすべての人々へ言った言葉は、さらに少なかったほどである。

各階に二軒分の住居があって、一方は三室、他方は二室きりだった。女中部屋はなかった。各家族が自分で炊事をやっていた。ただ、一階と二階との人たちだけは、二軒分の住居をいっしょに借りていた。
六階には、クリストフとオリヴィエの隣に、コルネイユという牧師が住んでいた。四十格好の人で、教養も深く、自由な精神と広い知力とをそなえていた。昔はある大きな神学校の聖書解釈の教師をしていたが、最近になって、その近代的な精神のためにローマ法王から懲戒された。その懲戒を彼は甘受した。心の底では承服しなかったのであるが、しかし口をつぐんで、抗争しようともせず、その信条を公表する手段を申し込まれたのも断わり、騒がしい世評をのがれ、涜神とくしんの名を取るよりも自分の思想の滅亡を好んだのだった。そういうあきらめた反抗者の人柄が、クリストフには理解できなかった。彼はその牧師と話をしようと試みた。しかし牧師はたいへん丁寧で、冷淡な様子で、自分の身にもっとも関係深いことは少しも語らず、厳としておのれを生き埋めにしていた。

下の階には、クリストフとオリヴィエの住居と同じ間取りの部屋に、エリー・エルスベルゼという家族が住んでいた。技師とその細君と七歳から十歳ほどの二人の娘とであった。同情の念に富んだ上品な人たちで、ことにその困窮な身分についての誤った恥じらいから、家に引っ込んでばかり暮らしていた。若い細君は甲斐かいがいしく家事をつかさどっていたが、困窮をひどく苦にやんでいた。その困窮を人に隠すことができるなら、二倍の労をもいとわなかったであろう。それもまたクリストフにはわからない感情だった。この一家は新教徒であって、フランスの東部の出であった。夫妻とも数年前に、ドレフュース事件の暴風のため吹きまくられたのだった。二人ともその件案に熱中して、この神聖なヒステリーの烈風に七年間吹かれた数千のフランス人と同じく、狂気の沙汰さたにまでなってしまった。安楽も地位も縁故をも、そのために犠牲にしてしまった。親愛な友誼ゆうぎをも破り、自分の健康をも失わんとした。数か月の間、もはや眠りもせず、食をもとらず、病的な熱心さで同じ議論を際限もなく繰り返した。たがいに刺激し興奮し合った。臆病おくびょうであり世の物笑いを恐れていたにもかかわらず、示威運動に加わったり集会で演説したりした。そしては幻想に駆られ異常な心地になってもどってきた。夜はいっしょに涙を流した。かくてその戦いに、感激と熱中との力を多分に費やしてしまったので、勝利が到来したときには、それを享楽するだけの力がもはや残っていなかった。一生涯しょうがい元気は失うせ疲れはててしまったのである。その希望があまりに高く、その犠牲の熱があまりに純潔だったので、初め夢想していたところのものに比ぶれば、勝利もつまらなく思われた。ただ一つの真理をしかいれないそれらの一途いちずな魂にとっては、政治上の処置や主要人物らの妥協は、苦々にがにがしい幻滅の種となるのだった。自分の戦友らが、正理にたいする同じ唯一の情熱で鼓舞されてると思われる人々が、一度敵を征服すると、利にはしり権力を奪い、名誉や地位をかすめ取り、正理を蹂躙じゅうりんするようになるのを、彼らは見て来たのだった。が世の中のことは回り持ちだ……。ただ一群の人々のみが、おのれの信仰を忠実に守り、貧しい孤立の生活をし、あらゆる党派から見捨てられ、またあらゆる党派を見捨ててしまい、離れ離れに闇やみの中にたたずみ、悲哀と神経衰弱とに悩み、人間をいとい人生に飽いて、もはやなんらの希望もいだいてはいなかった。技師とその細君とは、かかる敗北者らに属していた。
彼らは家の中で少しも音をたてなかった。隣人たちから邪魔されるのを苦にしていただけに、また高慢の念から不平をこぼしもしなかっただけに、かえってこちらが隣人たちの邪魔になりはすまいかと病的な恐れをいだいていた。二人の娘たちが、快活の発作や叫び跳はね笑いたい欲求を、たえず押えつけられてるのに、クリストフは憐あわれみの念を覚えた。彼はいったい子供が大好きだった。その隣の娘たちに階段で出会うと、いろんなやさしい素振りを見せた。娘たちは初め恥ずかしがっていたが、クリストフからいつも面白いことを言われたり菓子をもらったりしたので、やがて馴なれてきた。そして両親にも彼の噂うわさをした。両親は初め、彼のそういう好意をかなり悪意の眼でながめていたが、ついにはその騒々しい隣人の磊落らいらくな様子に気が折れてしまった。それまでに彼らは一度ならず、頭の上のピアノの音や忌ま忌ましい騒ぎ――(というのは、クリストフは室の中が息苦しくて、檻おりの中の熊くまみたいに動き回っていた)――などを呪のろったものだった。両方で口をきき合うようになるには容易なことでなかった。クリストフのやや田舎いなか者じみた乱暴な様子に、ユリー・エルスベルゼはびっくりすることがあった。そして、このドイツ人と自分との間に遠慮の垣かきをいつまでも築いていて、その後ろに隠れようとしたけれど、そうはゆかなかった。善良なやさしい眼で人をながめる彼の強い快活な気分には、逆らうことができなかったのである。クリストフは時たま、その隣人から多少の打ち明け話を引き出し得た。いったいエルスベルゼは奇妙な精神の男で、勇敢であるとともに冷然たるところがあり、いらだちやすいとともに忍従的なところがあった。困難な生活をりっぱに切りぬけてゆくの元気はあったが、生活を更新するだけの元気はなかった。あたかも自分の悲観主義を正当視して喜んでるかのようだった。最近、ブラジルにおけるある有利な地位を、ある事業を監督することを、申し込まれたが、彼は、家族どもの健康にその気候が悪くはないかを恐れて、断わってしまった。
「では家族を残しておいたらいいでしょう。」とクリストフは言った。「一人で行って皆のために財産を作っていらっしゃい。」
「家族を残すんですって!」と技師は叫んだ。「なるほどあなたには子供がないから無理はありません。」
「たとい子供があったって、私はそうしか考えませんよ。」
「いやそんなことはけっして、けっして!……それにまた、国を去るんです。厭いやなことだ。ここで苦しんでるほうがましです。」
いっしょにつまらなく暮らすというだけのそういう国や家族の愛し方を、クリストフは奇異に思った。しかしオリヴィエはそれを理解した。
「まあ考えてみたまえ、」と彼は言った、「馴染なじみのない土地で、愛する者たちから遠く離れて、そのまま死ぬかもしれないのだ! どんな厭なことでもそれよりはましだ。それにまた、これから幾年生きるかしれないが、それほど齷齪あくせくするにも及ぶまいじゃないか……。」
「いつでも死ぬことばかりを考えてろとでも言うのか!」とクリストフは肩をそびやかしながら言った。「それにもし死ぬことがあっても、愛する者たちの幸福のために奮闘しながら死ぬのは、無為無能のうちに消えてしまうよりはましじゃないか。」

同じ五階の小さいほうの部屋には、オーベルという電気職工が住んでいた。――この男は他の借家人たちから孤立して暮らしていたが、それはけっして彼のせいではなかった。彼は平民の出であって、もうけっして平民の間にもどるまいと熱望していた。病身らしい小男で、いかめしい顔をし、眼の上に筋があって、錐きりのように人を刺し通す鋭い直線的な眼つきをしていた。金褐色きんかっしょくの口髭ひげ、嘲弄ちょうろう的な口、口笛を吹くような話し方、曇った声、首にまきつけてる絹ハンケチ、いつも加減が悪い上にのべつの喫煙癖のためさらに痛められてる喉のど、微弱な活動力、結核患者めいた気質。空威張からいばりと皮肉と悲痛との交じり合ってる様子だったが、激しやすい大袈裟おおげさな率直なしかもたえず人生に欺かれてる精神が、その下に隠れていた。ある中流人の私生児だったが、彼はその父親の名も知らず、とうてい尊敬できない母親に育てられ、悲しい汚らわしい多くのことを幼年時代から見てきた。各種の職業をやってみ、フランス内を方々旅した。学問をしたいという感心な心がけで、非常な努力をして独修した。歴史、哲学、頽廃たいはい的な詩など、あらゆるものを読んでいた。芝居、美術展覧会、音楽など、あらゆるものに通じていた。中流人的な文学や思想を心から尊重していて、それに蠱惑こわくされていた。大革命の初めのころの中流人士らを逆上さした空漠くうばく熱烈な観念論に、心からしみ込んでいた。理性の無謬むびゅうさを、無際限の進歩――われいずこまでか登り得ざることあらん――を、地上へ幸福の到来を、全能なる学問を、人類神を、人類の長子たるフランスを、確信していた。熱烈な軽率な反僧侶はんそうりょ主義をいだいていて、そのために、宗教を――ことにカトリック教を――蒙昧もうまい主義とみなし、牧師を明知の生来の敵と考えていた。社会主義、個人主義、過激主義などが、頭の中でぶつかり合っていた。精神上では人道主義者であり、気質の上では専制主義者であり、行為の上では無政府主義者であった。傲慢ごうまんではあったが、教育の不足をみずから知っていて、会話においてたいへん用心深かった。人の言うことをすべて利用していたが、助言を求めようとはしなかった。助言を求めるのを恥辱としていた。ところが、彼の知力や才気がいかにすぐれていようとも、それだけで教育の不足をすっかり補うことはできなかった。彼は前から物を書こうと志していた。フランスには学問がなくて文章の巧みな者が多いとおり、彼もやはり文才があって、それをよく自覚していた。しかし思索のまとまりがなかった。苦心惨澹さんたんの文を数ページ、信用してる豪えらい新聞記者に見せたところが、嘲笑ちょうしょうされてしまった。深く屈辱を感じて、それ以来は、自分のしてることをもうだれにも語らなかった。しかしなおつづけて書いていた。自分の考えを広く人に伝えることは、彼にとっては一つの欲求であり、矜ほこらかな喜びだった。その雄弁や文章や哲学的な思想は、実は一文の価値もないものだったが、彼は内心それにはなはだ満足していた。そして実際非常にすぐれてる実生活にたいする観察には、みずから少しも重きをおいていなかった。彼には妙な癖があって、自分を哲学者だと信じており、社会劇や観念小説を作りたがっていた。解決しがたい問題をも容易に解決して、事ごとにアメリカ大陸を発見でもした気になっていた。そのアメリカの大陸がすでに発見されてるものであることをあとで知ると、だまされた気になり、多少苦々にがにがしい心地になった。陰謀であるととがめだてしがちだった。名誉にあこがれぬき、献身の熱望に駆られていて、どういうふうに自分を使ってよいかわからないで苦しんでいた。彼の夢想するところは、大文学者になることだった。彼の眼には超自然的な威光を帯びてるらしく映る文士仲間、その一員に加わることだった。けれどいくら自惚うぬぼれてみても、彼はかなりの良識と皮肉とをそなえていて、そういう機会が自分には到来しないことを知らないではなかった。それでも、中流思想の世界は、遠くから見ると光被してるように思われ、少なくともその中に住んでみたかった。そういう熱望はきわめて無邪気なものではあったが、身分上いっしょに暮らさなければならない人々との交際を困難ならしむるという、不都合さをきたした。そして、彼が接近しようとつとめてる中流社会からは門戸を閉ざされたので、その結果だれにも会えないこととなった。それでクリストフは、この男と交際するにはなんらの努力をも要しなかった。むしろすぐに避けなければならなかった。そうでないと、クリストフのほうから出かけてゆくよりもしばしばオーベルのほうからやって来たに違いない。オーベルは音楽や芝居などの話相手になる芸術家を見出して非常に喜んでいた。しかしクリストフは、読者もそう想像するであろうが、そんなことには彼と同じ興味を見出さなかった。民衆の一人を相手にしてはむしろ民衆のことを話したかった。しかるにオーベルは、そんなことを話したくなかったし、またそんなことを知ってもいなかった。

下の階に降りてゆくに従って、クリストフと他の借家人たちとの関係は、自然に遠くなっていった。それにまた、四階の人たちのところへはいり込むには、何かある魔法的な秘訣ひけつを、開けよ胡麻ごまを、知っていなければならないほどだった。――一方には、二人の婦人が住んでいて、古い喪の悲しみのうちに浸り込んでいた。ジェルマン夫人という三十五歳になる女で、夫と小さな娘とに死なれてから、信心深い老年の姑しゅうとめとともに、家に閉じこもってばかり暮らしてるのだった。――その向こう側には、五、六十歳ぐらいの年齢不確かな謎なぞのような人物が、十歳ばかりの少女といっしょに住んでいた。頭は禿はげていたが、ごく手入れの届いたりっぱな髯ひげをもっていた。静かな口のきき方をし、上品な態度で、貴族的な手をもっていた。ヴァトレー氏と人から呼ばれていた。無政府主義者で革命家で外国人だそうだったが、ロシアかベルギーかどこの国の人ともわからなかった。ところが実際は、彼は北部フランスの人で、もう今ではほとんど革命家ではなかった。ただ昔の名声だけで生きていた。一八七一年のパリー自治政府に関係して、死刑の宣告を受けたのだったが、自分でもどうしてだかわからないほど不思議にのがれた。それから十年ばかりの間は、ヨーロッパの各地に暮らしてきた。かくて、パリーの擾乱じょうらんの間にも、またその後、外国へ亡命の間にも、帰国してからは政府に加担してる昔の仲間のうちにも、あらゆる革命党の内部にも、多くの卑劣な行ないを目撃したので、どの革命派からも身を引いて、一つの汚点もないしかし無益な自信だけを安らかに保有したのである。彼は多く書を読み、なまぬるい煽動せんどう的な書物を少し書き、遠くインドや極東の無政府主義運動に――(人の噂うわさによれば)――関係をもち、世界の革命に従事し、また同時に、同じく世界的ではあるが外見上もっとやさしい研究に従事して、音楽の通俗教育のために、世界的言語と新しい方法とを求めていた。彼はその建物に住んでるだれとも交際しなかった。出会った者と極度に丁寧な辞儀をかわすだけにとどめていた。それでもクリストフへだけは、自分の考えた音楽上の方式について数言語った。ところがそれはクリストフにはもっとも興味のないことだった。クリストフに言わすれば、思想の符号は別に重大なことではなくて、いかなる言語をもってしても思想を表現し得るのだった。しかし向こうはそれでもなおやめずに、穏やかな執拗しつようさで自分の学説を説明しつづけた。それ以外の彼の生活については、クリストフは何にも知ることができなかった。それで、階段で彼とすれちがって立ち止まるのも、常に彼の供をしてる少女を見るためにすぎなかった。色の蒼あおい貧血的な金髪の少女で、青い眼、ややとげとげしい横顔、細長い身体、あまり表情のない病身らしい様子だった。クリストフも皆の者と同じく、それをヴァトレーの実の娘だと思っていた。ところが実際は、労働者の孤児であって、流行病で両親が死んだ後、四、五歳のときに、ヴァトレーから養女にされたのだった。ヴァトレーは、貧しい子供たちにたいして、ほとんど無限の愛をいだいていた。それは彼にあっては、ヴァンサン・ド・ポール風な不思議な愛情だった。彼はあらゆる公式の慈善について疑念をもっていたし、博愛団体についてはいかに考うべきかも知っていたので、一人で慈善をするように心がけていた。彼はそれを人に隠して、ひそかな楽しみを味わっていた。社会に尽くすつもりで医学をも学んでいた。以前、彼は町内のある労働者の家にはいって、病人がいるのを見、その手当を始めた。そのときすでに医学上の知識を多少そなえていたが、それをさらに完全にしようと思いたったのだった。彼は病に苦しんでる子供を見ると、断腸の思いがして堪えられなかった。しかしまた、憐あわれな小さき者の一人を病苦から救い出し得たときには、蒼あおざめた微笑がその痩やせこけた顔に初めて現われてきたときには、いかにえも言えぬ喜びだったろう! ヴァトレーの心はとろけそうになった。天国的な瞬間だった……。そのために彼は、世話をしてやった者らについてしばしば厭いやな思いをしたことを忘れるのだった。彼らのうちで彼に感謝の意を表わす者はめったになかった。また一方では、きたない足をした多くの者が彼のところへ階段を上がってゆくのを見て、門番の女は腹をたて、苦々にがにがしげに苦情を言った。また家主のほうでは、無政府主義者らの会合ではないかと気づかって、いろいろ不平を言っていた。ヴァトレーは移転しようかと考えたが、それもめんどうだった。彼にはちょっとした癖があった。温和でもあり頑固がんこでもあった。彼は人の言うことをそのまま放っておいた。
クリストフはいつも子供らに愛情を示すので、多少ヴァトレーの好感を得た。子供にたいする愛が二人をつなぐ糸だった。クリストフはヴァトレーの少女に出会うことに、なんだか胸迫る思いがした。なぜなら、意識をまたずに本能がじかに見てとる神秘な形体の類似によって、その少女は彼にザビーネの娘を思い出させ、遠い最初の恋を、心からかつて消えなかった無言のやさしみをもってるあの儚はかない面影を、彼に思い起こさしたのである。それで彼はその蒼白あおじろい少女に興味をもった。彼女はかつて飛んだり駆けたりする姿を見せたことがなく、ほとんど人に聞こえる声をたてたことがなく、同年配の友だちを一人ももたず、いつも独ひとりで黙っていて、人形や木片で一つ所にじっと音もたてず遊びながら、ぶつぶつ唇くちびるを動かして何か独言ひとりごとを言っていた。やさしげで無頓着むとんじゃくだった。彼女のうちには何かよそよそしい落ち着かないものがあった。しかし養父は彼女をあまり愛しすぎてそれに気づかないでいた。ああ、その落ち着かなさ、そのよそよそしさ、それはわれわれの血肉を分けた子供たちのうちにさえ常に存在しないであろうか?……――クリストフは、その小さな孤独者を技師の娘たちと近づきになしてやろうとした。しかしエルスベルゼのほうからもヴァトレーのほうからも丁寧なしかし明白な謝絶に接した。その人たちは、各自別々な箱の中に生き埋めになることを、名誉にかけても欲してるがようだった。厳密に言えば、彼らはたがいに助け合うことを承諾したはずである。しかしどちらも、自分のほうが助力を求めてるのだと思われはすまいかと恐れていた。そしてどちらも同じくらいの自尊心を――また同じぐらいの不安定な境遇を――もっていたので、どちらか一方が思い切って初めに手を差し出すということは、望まれないことだった。

三階の大きいほうの部屋は、たいていいつも空あいていた。家主がそれを自分の用に取りのけておいたのである。しかも家主はかつてそこに住んだことがなかった。彼は元商人だったが、前もって定めておいた一定額の財産を儲もうけるとただちに、きっぱりと仕事をよしてしまったのだった。冬は碧海の浜コート・ダジュールのある旅館、夏はノルマンディーの海岸というふうに、一年の大部分をパリー外で過ごし、他人の贅沢ぜいたくをながめ他人と同様に無駄むだな生活を送りながら、わずかな費用で贅沢をしてるという心地を得てる、けちな金利生活者だった。

小さいほうの部屋は、アルノーという子供のない夫婦者に貸してあった。夫は四十から四十五くらいの年で、中学校の教師だった。講義や講義草稿や特別教授などの時間に疲れはてて、学位論文を書くことができず、ついにはまったく思い切ってしまった。細君は十歳年下で、おとなしくて極度に内気だった。二人とも頭がよく、教養があり、たがいに愛し合っていたが、だれも知人がなく、家に閉じこもってばかりいた。夫のほうは出かける隙ひまがなかった。細君のほうは隙がありすぎた。しかし彼女は感心な婦人で、気が鬱ふさいできてもそれを押えつけ、ことに人へはそれを隠して、できるだけ仕事をし、読書をし、夫のためにノートをとってやったり、夫のノートを写し直したり、夫の衣服を繕ったり、自分の上衣や帽子を自分で仕立てたりした。彼女はときどき芝居へ行きたがった。しかしアルノーは別に行きたがらなかった。晩になると疲れきっていた。それで彼女もあきらめた。
彼らが非常な喜びとしてるのは音楽だった。二人とも音楽をたいへん好きだった。夫のほうは演奏ができなかった。細君のほうはできはしたがなかなかやれなかった。だれかの前で演奏するときには、夫の前で演奏するときでさえ、まるで子供のように恥ずかしがった。けれども彼らにはそれだけで満足だった。おずおずと口に上せるグルックやモーツァルトやベートーヴェンなどが、二人にとっては友となった。二人はそういう人々の生涯しょうがいを詳しく知っていて、彼らが受けた苦しみを思うと、しみじみと愛情を覚えさせられた。またりっぱな本や有益な本をいっしょに読むのも、二人にとっては楽しみだった。しかし現代の文学にはそういう本はほとんどない。作者らは、名声をも快楽をも金をももたらし得ないような人々――ちょうどこの二人の微賤びせんな読者のように、世の中に姿も見せず、どこにも筆を執らず、ただ愛し黙ることしか知らないような人々、それを相手にしてはいないのである。アルノー夫妻は、正直な敬虔けいけんな人々の心のうちでほとんど超自然的な性質を帯びてくる、ひそやかな芸術の光と、おたがいの愛情とだけで、多少寂しく――(これは否定できないことである)――孤独でややつまらなくはあるが、それでも平和に十分幸福に生きてるのだった。彼らは二人とも現在の地位よりずっとすぐれた人たちだった。アルノー氏は多くの思想をもっていた。しかし今ではそれを書くだけの時間も勇気もなかった。論説や書物を世に発表するには、あまりに多くの奮発が必要だった。それほど努力甲斐がいのあることでもなかった。無益な虚栄心にすぎない。彼は愛する思想家らに比ぶれば取るに足らぬ者だと自分を思っていた。りっぱな芸術作品をあまりに愛していたので、自分自身で「芸術を作ろう」とは願わなかった。そういう志望は、横柄な滑稽こっけいなことだと考えられた。自分の役目はりっぱな作品を広めることのように思われた。それで彼は、自分の思想を生徒らに利用さしておいた。生徒らは後に彼の思想を利用して書物を作るだろう――もとより彼の名前を挙げはしないで。――書物の購買に彼ほど金を使う者はなかった。貧しい者こそ常にもっとも気前がよい。彼らはいつも書物を買う。富める者はただで書物を手に入れなければ不名誉なことと思ってるらしい。アルノーは書物のために金を使い果たしていた。それが彼の弱点で、欠点だった。彼はそれを恥じて細君に隠していた。とは言え、細君はそれを彼にとがめようとはしなかったし、自分でも同様のことをやりかねなかった。――それでも彼らは、イタリーへ旅するつもりで――なかなか実現できないことは自分でもわかっていたが、いつもりっぱな倹約の計画をたてていた。そしては金を残し得ないことをみずから笑っていた。アルノーは自分で自分を慰めた。愛妻と、それから研究と内心の喜びとの生活だけで、彼には十分だった。細君もそれで十分ではなかったろうか?――十分だと彼女は言っていた。多少彼女の上にも及んできて生活を輝かし安楽をもたらすようなある名声を、もし夫がもち得たらうれしいだろうということを、彼女は言い得なかった。内心の喜びはりっぱなものではある。しかし外部の多少の栄光も、時にはきわめてうれしいものだ!……しかし彼女は内気だったので何にも言わなかった。そのうえ、彼がもし名声を得ようと欲しても果たして得られるかどうかわからないことを、彼女はよく知っていた。今からではもう時期遅れだ!……彼らのもっとも残念なのは子供のないことだった。それを彼らはたがいに隠していた。そしてたがいにますます愛情深くなっていた。憐あわれにもたがいに相手の許しを求めてるがようなものだった。アルノー夫人は親切で情愛に厚かった。エルスベルゼ夫人とも喜んで交際したに違いない。しかしまだなし得ないでいた、向こうからその気を見せてくれなかったので。クリストフにたいしては、夫妻とも近づきになりたがっていた。遠くに聞こえる彼の音楽に魅せられていた。しかしこちらから進み出てゆくことはどうしてもできなかった。彼らにはそれがぶしつけのように思われたのである。

二階は、フェリックス・ヴェール夫妻が全部占領していた。富裕なユダヤ人で、子供がなく、一年の半分はパリー付近の田舎いなかで過ごしていた。この家に二十年来住んでいた――(もっと財産相当の部屋を見つけるのは容易だったろうが、昔からの習慣でやはりそこにいたのである)――けれど、いつも通りがかりの他国者らしい様子をしていた。隣の人たちへかつて言葉をかけたことがなく、いつまでも最初やって来たときと同じようにあまり人から知られていなかった。しかしそのために、人からかれこれ言われないという訳にはゆかなかった。否その反対だった。彼らは人から好かれていなかった。そしてもちろん、人から好かれようともしなかった。それでも彼らはもっとよく知られてよいだけの価値をもっていた。夫妻ともすぐれた人たちでりっぱな知力をそなえていた。夫は六十歳ばかりになっていて、中央アジアの名高い発掘で世に知られたアッシリア学者だった。同民族の多数の者と同じく好奇心に富んだ広い精神をもっていて、その専門の研究だけに閉じこもっていずに、美術、社会問題、現代思想の各種の現われなど、無数のことに興味をもっていた。がそれでもなお彼の心を満たすに足りなかった。というのは、彼はあらゆることを面白く思ったが、どれにも熱中することができなかった。きわめて頭がよく、あまりに頭がよく、何物にもあまりにとらわれなくて、一方の手でこしらえ上げたものを他方の手でこわしがちだった。実際彼は著作や理論などを多くこしらえ上げていた。非常な勉強家だった。自分のしてることを別に有益だとは思わなかったが、習慣によってまた精神的摂生法によって、自分の痕跡こんせきを学界に気長に深く刻みつづけていた。いつも禍わざわいなことには富裕だった。そのため生存競争の興味をかつて味わったことがなかった。東方諸国における努力にも数年の後に飽いてしまって、それからはもうなんらの公職にもつかなかった。それでも自分独りの勉強以外に、時事問題、実際直接な社会改革、フランスにおける社会教育の改造、などに先見の明をもって関係していた。種々の意見を発表して思潮をこしらえていた。思想界に活気を与えながら、すぐにまたそれにも厭気いやけがさしていた。議論によって多くの人を論争に巻き込み、もっとも痛烈なもっとも圧倒的な批評を加えて彼らを悲憤さしたことも、一度ならずあった。彼はことさらそんなことをしたのではなかった。それが生来の欲求だった。きわめて神経質で皮肉だったので、他の迷惑となるほどの明敏さで事物人物の滑稽こっけいな点を見抜き、それを容赦することが困難だった。いかにりっぱな主張も人物も、それをある角度から見たりある拡大を施して見たりすれば、かならずなんらかの滑稽な方面を現わすものであり、したがって、皮肉な彼にはそれを長く尊敬してることができなかった。それゆえ彼には友人ができよう訳はなかった。しかし彼は他人のためを計ってやるという善良な意志をもっていたし、実際それを行なっていた。けれどもあまりありがたいとは思われなかった。彼の世話を受けた人たちでさえ、彼の眼から滑稽に見てとられたことを、ひそかに許しがたく思っていた。彼は人を愛せんためにはあまりによく人を見ないほうがよかった。彼は人間ぎらいなのではなかった。人間ぎらいの役目をなし得ようとは自分でも思ってはしなかった。世間をあざけってはいるがその世間にたいしてむしろ臆病おくびょうだった。内心では、自分より世間のほうが道理でないとは確信できなかった。他人とあまり異なったふうをするのを避けていたし、表面に現われてる他人のやり方や意見に則のっとろうとつとめていた。しかしいかにしても無駄だった。それらを批判せずにはいられなかった。あらゆる誇張されたものや単純ではないものにたいして、鋭敏な知覚をそなえていた。そして自分のいらだちを少しも隠し得なかった。ことにユダヤ人らの滑稽こっけいな点には、彼らをよく知ってるだけになおさら敏感だった。そして、人種間の柵さくを認めないほど自由な精神をもってたにもかかわらず、他の人種の者らが彼にたいして設けてる柵にしばしばぶつかったので、また、彼自身も不本意ながら、キリスト教的思想の中では異境にある気がしたので、彼は威厳ある孤立を守って、自分の皮肉な批判癖と細君にたいする深い愛情とのうちに引っ込んでいた。
災わざわいなことには、細君もまた彼の皮肉な眼からのがれなかった。彼女は親切で、活動的で、自分を役だたせたいと願い、いつも慈善事業にたずさわっていた。夫よりはるかに複雑でない性質の彼女は、自分の道徳上の誠意のうちに、また、自分の義務としてる多少頑かたくなな理知的なしかしごく高尚な意見のうちに、うずくまり込んでいた。かなり憂鬱ゆううつで、子供もなく、大きな喜びもなく、大きな愛もない、彼女の全生活は、その道徳的信念の上に築かれていた。が信念というも実は信じたい意志にすぎなかった。夫の皮肉な眼は、彼女の信念のうちにある勝手な欺瞞ぎまんの方面を見のがさなかったし、心ならずもからかわずにはいられなかった――(それは自分でも抑制し得ないことだった。)彼はまったく矛盾ででき上がっていた。義務については細君に劣らぬ高尚な感情をもっていたが、また同時に、解剖し批評し欺かれたくないという一図な欲求をもっていて、自分の道徳上の命令を寸断し粉砕していた。彼は細君の立脚地を覆くつがえしてることには気づかなかった。残酷なまでに細君を落胆さしていた。それに感づくと彼女以上に苦しんだ。しかしもうやったことでしかたなかった。それでも彼らはなおつづけて、忠実に愛し合い、働き、善を行なっていた。しかし細君の品位を保った冷然さは、夫のほうの皮肉さと同様に、人からよく思われなかった。そして彼らはあまりに高く止まって、実際になしてる善や善をなしたいという願望などを高言しなかったので、人々は彼らの控え目なのを冷淡だと見なし彼らの孤立を利己主義だと見なしていた。彼らは人からそういう意見をもたれてると感ずれば感ずるほど、ますます用心してそれを打ち消そうとはつとめなかった。同人種の多くの人たちの露骨な無遠慮さにたいする反動から、傲慢ごうまんが多く宿ってる極端な遠慮さのために、彼らは犠牲となっていた。

小さな庭から数段高くなってる第一階には、植民地砲兵の将校で今は退職の身となってる、シャブラン少佐が住んでいた。まだ若々しい元気な男だった。スーダンやマダガスカルで花々しい戦いをしたこともあったが、その後にわかにすべてをなげうって、この住居に腰をすえ、もう軍隊のことは噂うわさを聞くのもいやがり、花壇を掘り返したり、いつまでも物にならぬフルートの稽古けいこをしたり、政治のことを憤慨したり、愛する娘をいじめたりしながら、日々を過ごしていた。その娘というのは三十歳の若い女で、ごくきれいではないが愛嬌あいきょうがあって、父親に一身をささげ、父親のもとを離れたくないので結婚もしないでいた。クリストフは窓からのぞき出して、しばしば彼らをながめた。そして自然と、父親によりも娘のほうに多く注意を向けた。彼女は午後の一部分を庭で過ごしながら、年取った不平家の父親といっしょにいつも上機嫌じょうきげんで、縫い物をしたり夢想したり庭をいじったりしていた。少佐の口やかましい声に茶化した調子で答えてる、彼女の静かな澄んだ声が聞こえた。少佐は砂の小径こみちをいつまでもぶらついていたが、やがて家に引っ込んでいった。彼女はあとに残って、庭のベンチに腰をかけ、身動きもせず口もきかずぼんやり微笑ほほえみながら、幾時間も裁縫していた。一方では家の中で、退屈しきってる少佐が、一生懸命にフルートの酸すっぱい音を吹きたてたり、または気を変えるために、途切れがちにハーモニュームをかき鳴らしたりしていた。それがクリストフには面白くもあればうるさくもあった――(日によってその気持は違った)。

それらの人々は、四方閉ざされた庭のついてる家の中で、世間の風に吹かれもせず、おたがい同士も厳重に戸を閉ざして、隣り合って暮らしていた。ただクリストフだけが、膨張したくてたまらず生気にあふれていたので、向こう見ずなしかも洞察どうさつ的な広い同情の念で、彼らから知られないまに彼らを皆包み込んでいた。彼は彼らを理解してはいなかった。理解する方法がなかった。彼にはオリヴィエのような心理的知力が欠けていた。しかし彼は彼らを愛していた。本能的に彼らの地位に身を置いていた。すると徐々にある神秘な作用で、それらの近いしかも遠い生活がぼんやり彼の心に映ってきた。喪に沈んでる女の深く淀よどんでる悲しみ、牧師やユダヤ人や技師や革命家などの傲慢ごうまんな思想の隠忍な沈黙、アルノー夫妻の心を音もなく焼きつくしてる愛情と信念との蒼白あおじろい静かな炎、民衆の一人が光明にたいしていだいてる率直な憧憬どうけい、将校が胸に秘めてる抑圧された反抗心と無益な行動、リラの花陰で夢想してる若い女のあきらめきった静安。それらの魂の無言の音楽は、クリストフだけが見通すことができた。彼らにはその音楽が聞こえなかった。彼らはそれぞれ自分の悲哀や夢想のうちにとらわれていた。
もとより彼らは、懐疑家の老学者も、悲観家の技師も、牧師も、無政府主義者も、すべてそれらの傲慢ごうまんな者も失意の者も、皆働いていた。そして屋根の上には、屋根職人が歌っていた。

クリストフは家の周囲にも、すぐれた人々のうちに――彼らが団結してるときでさえ――同じ精神的孤立を見出した。
オリヴィエは自分が筆を執ってるある小雑誌に、クリストフを関係さしていた。それはエゾープという雑誌で、標語としてモンテーニュの文を引用していた。

 エゾープは、他の二人の奴隷とともに売りに出されぬ。買い手は第一の奴隷に何をなし得るやを問えり。奴隷はおのれの価値を高めんがために、山のごとき大事業をもと答えぬ。第二の奴隷もそれに劣らぬ大言を払えり。エゾープの番となりて、何をなし得るやを尋ねられしとき、彼は言いけり。――「この二人にすべてを取られたれば、われのなすべきことなし。二人のみにてすべてをなし得べし。」

それは、すでにモンテーニュが言ってるとおり、「知識を鼻にかけてる人々の厚顔さや法外な不遜ふそんさ」にたいする、蔑視べっし的な反動の純な態度だった。雑誌エゾープの自称懐疑家らは、実はもっとも鍛錬された信念の所有者だった。しかし一般の眼から見れば、その皮肉の仮面は、もとよりあまり魅力をもたなかった。むしろ人を閉口させるに適していた。単純な明快な剛健な確実な生活の言葉を与えられるときにのみ、民衆は味方してくる。民衆は貧血せる真理よりも強健なる虚偽のほうを好む。懐疑主義が民衆の気に入るのは、それがある愚鈍な自然主義かキリスト教的偶像崇拝かを隠し持ってるときのみである。エゾープ誌がまとってる蔑視的な懐疑説は、その隠れたる堅固さを知ってる少数の人々――蔑視的なる魂――からしか耳傾けられることはできなかった。その力は行動にとっては無役なものだった。
彼らはそれを意に介しなかった。フランスが民主的になればなるほど、その思想、その芸術、その学問は、ますます貴族的になるかの観があった。学問は、その特別な言葉の後ろに隠れ、専門家しか払いのけることのできない三重の幕に覆おおわれて、聖殿の奥にこもっているので、ブュフォンや百料全書派アンシクロペディストのころよりもさらに近づきにくくなっていた。芸術――少なくとも、おのれを尊敬し美を崇拝してる芸術は――やはり同じく閉鎖的だった。それは民衆を軽蔑していた。美よりも行動のほうを多く頭に置いてる作家らの間にも、美的観念よりも道徳的観念のほうを重んじてる作家らの間にも、しばしば一種妙な貴族的精神がみなぎっていた。彼らは内心の炎を他人に伝えることよりも、自分のうちにその純潔を保つことのほうを、より多くつとめてるかのようだった。あたかも、おのれの観念に勝利を得させることよりも、それをただ肯定することばかりを欲してるかのようだった。
けれども多数のうちには、大衆的な芸術に関係してる者もないではなかった。そのもっとも真面目まじめなある者らは、自分の作品のうちに、無政府主義的な破壊的な観念や、遠い未来の真理などを投げ込んでいた。その真理も、一世紀後には、あるいは二、三十年後には、おそらくは有益なものとなるかもしれないが、しかし現在では、人の魂を腐食し焼きつくしてるのみだった。またある者らは、幻をもたないごく寂しい、苦にがい作や皮肉な作を書いていた。クリストフはそういう作品を読むと、二、三日は意気沮喪そそうする心地がした。
「君たちはこんなものを民衆に与えるのか。」と彼は尋ねた。幾時間か自分の不幸を忘れようとやって来るのにそういう悲しい娯楽を与えられる、それらの憐あわれな人々を、彼は気の毒に思ったのだった。「まるで民衆を地中に埋めるようなものじゃないか。」
「なに安心したまえ。」とオリヴィエは笑いながら答えた。「民衆はやって来やしない。」
「当たり前さ。君たちは正気の沙汰さたじゃない。民衆から生きる勇気を奪ってしまおうとでもいうんだね。」
「なぜだい? 民衆だってわれわれと同じように、事物の悲しさを見てとりしかも落胆せずに義務を尽くすということを、学ばなければならないじゃないか。」
「落胆せずにだって? そりゃ疑問だ。ただ確かなのは、喜びなしにということだけだ。そして、人間の生の喜びを滅ぼしてしまうときには、そのままでゆけるものじゃない。」
「ではどうすればいいのか。だれにも真理を偽る権利はない。」
「しかし、万人に向かって真理を全部言ってきかせる権利もないのだ。」
「君がそんなことを言うのか。君はたえず真理を要求し、何よりも真理を愛してると言ってたくせに!」
「そうだ、僕にとっては、また、真理をにない得るだけ丈夫な腰をもってる者にとっては、真理がいいのだ。しかしその他の者にとっては、それは一種の残酷であり馬鹿げたことだ。そうだ僕は今わかってきた。国にいたらこんなことは頭に浮かびもしなかったろう。あちらでは、ドイツでは、人は君たちのように真理にとっつかれてはしない。彼らは生きることにあまりに執着してる。用心深く見たいことだけを見ている。ところが君たちはそうでない。だから僕は君たちが好きなんだ。君たちは勇敢で、まっすぐに進んでゆく。しかし君たちは人間的でない。一つの真理を発見したと考えるときには、ちょうど聖書にある尻尾しっぽに火のついた狐きつねのように、その真理が世界じゅうに火をつけるかどうかはお構いなしに、それを世界に放ってしまう。君たちが自分の幸福よりも真理を取るのは、僕も尊敬するよ。しかし他人の幸福よりもとなると……よしてもらいたいね。君たちはあまりに勝手すぎる。自分自身よりも真理を愛さなけりゃいけないけれど、真理よりも隣人をいっそう愛さなけりゃいけない。」
「では隣人に嘘うそをつかなくちゃいけないのか。」
クリストフはゲーテの言葉で答えた。
『われわれはもっとも高い真理のうちで、世のためになり得るものをしか明言してはいけない。他の真理はそれをわれわれのうちにしまって置くべきである。隠れたる太陽の柔らかな光のように、それはわれわれのあらゆる行為の上に照り渡るだろう。』

Mais ces scrupules ne touchaient guère ces écrivains français. Ils ne se demandaient point si l'arc qu'ils tenaient à la main lançait «l'idée ou la mort» ou toutes les deux ensemble. Ils manquaient d'amour. Quand un Français a des idées, il veut les imposer aux autres. Quand il n'en a pas, il le veut tout de même. Et quand il voit qu'il ne le peut, il se désintéresse d'agir. C'était la raison principale pour laquelle cette élite s'occupait peu de politique. Chacun s'enfermait dans sa foi, ou dans son manque de foi.

Bien des essais avaient été tentés pour combattre cet individualisme et former des groupements; mais la plupart de ces groupes avaient immédiatement versé dans des parlotes littéraires, ou des factions ridicules. Les meilleurs s'annihilaient mutuellement. Il y avait là quelques hommes excellents, pleins de farce et de foi, qui étaient faits pour rallier et guider les bonnes volontés faibles. Mais chacun avait son troupeau et ne consentait pas à le fondre avec celui des autres. Ils étaient ainsi une poignée de petites revues, unions, associations, qui avaient toutes les vertus morales, hors une: l'abnégation; car aucune ne voulait s'effacer devant les autres; et, se disputant ainsi les miettes d'un public de braves gens, peu nombreux et encore moins fortunés, elles végétaient quelque temps, exsangues, affamées; et elles tombaient enfin, pour ne plus se relever, non sous les coups de l'ennemi, mais—(le plus lamentable!)—sous leurs propres coups. Les diverses professions,—hommes de lettres, auteurs dramatiques, poètes, prosateurs, professeurs, instituteurs, journalistes,—formaient une quantité de petites castes, elles-mêmes subdivisées en castes plus petites, dont chacune était fermée aux autres. Nulle pénétration mutuelle. Il n'y avait unanimité sur rien en France, qu'à des instants très rares où cette unanimité prenait un caractère épidémique, et, généralement, se trompait: car elle était maladive. L'individualisme régnait dans tous les ordres de l'activité française: aussi bien dans les travaux scientifiques que dans le commerce, où il empêchait les négociants de s'unir, d'organiser des ententes patronales. Cet individualisme n'était pas abondant et débordant, mais obstiné, replié. Être seul, ne devoir rien aux autres, ne pas se mêler aux autres, de peur de sentir son infériorité en leur compagnie, ne pas troubler la tranquillité de son isolement orgueilleux: c'était la pensée secrète de presque tous ces gens qui fondaient des revues «à côté», des théâtres «à côté», des groupes «à côté»; revues, théâtres, groupes n'avaient le plus souvent d'autre raison d'être que le désir de n'être pas avec les autres, l'incapacité de s'unir aux autres dans une action ou une pensée commune, la défiance des autres, quand ce n'était pas l'hostilité des partis, qui armait les uns contre les autres les hommes les plus dignes de s'entendre.

Même lorsque des esprits qui s'estimaient se trouvaient associés à une même tâche, comme Olivier et ses camarades de la revue Esope, ils semblaient toujours rester, entre eux, sur le qui-vive; ils n'avaient point cette bonhomie expansive, si commune en Allemagne, où elle devient facilement encombrante. Dans ce groupe de jeunes gens, il en était un surtout[4] qui attirait Christophe, parce qu'il devinait en lui une force exceptionnelle: c'était un écrivain de logique inflexible, de volonté tenace, passionné d'idées morales, intraitable dans sa façon de les servir, prêt à leur sacrifier le monde entier et lui-même; il avait fondé et il rédigeait presque à lui seul une revue pour les défendre; il s'était juré d'imposer à la France et à l'Europe l'idée d'une France pure, libre et héroïque; il croyait fermement que le monde reconnaîtrait un jour qu'il écrivait une des pages les plus intrépides de l'histoire de la pensée française;—et il ne se trompait pas. Christophe eût désiré le connaître davantage et se lier avec lui. Mais il n'y avait pas moyen. Quoique Olivier eût souvent affaire avec lui, ils se voyaient très peu, et seulement pour affaires; ils ne se disaient rien d'intime; tout au plus échangeaient-ils quelques idées abstraites; ou plutôt—(car, pour être exact, il n'y avait pas échange, et chacun gardait ses idées)—ils monologuaient ensemble, chacun de son côté. Cependant, c'étaient là des compagnons de lutte, et qui savaient leur prix.

Cette réserve avait des causes multiples, difficiles à discerner, même à leurs propres yeux. D'abord, un excès de critique, qui voit trop nettement les différences irréductibles entre les esprits, et un excès d'intellectualisme qui attache trop d'importance à ces différences; un manque de cette puissante et naïve sympathie qui a besoin, pour vivre, d'aimer, de dépenser son trop-plein d'amour. Peut-être aussi, l'écrasement de la tâche, la vie trop difficile, la fièvre de pensée, qui, le soir venu, ne laisse plus la force de jouir des entretiens amicaux. Enfin, ce sentiment terrible, qu'un Français craint de s'avouer, mais qui gronde souvent au fond de lui: qu'on n'est pas de la même race, qu'on est de races différentes, établies à des âges différents sur le sol de France, et qui, tout en étant alliées, ont peu de pensées communes, et ne doivent pas trop y songer, dans l'intérêt commun. Et, par-dessus tout, la passion enivrante et dangereuse de la liberté: quand on y a goûté, rien qu'on ne lui sacrifie! Cette libre solitude est d'autant plus précieuse qu'on a dû l'acheter par des années d'épreuves. L'élite s'y est réfugiée, pour échapper à l'asservissement des médiocres. C'est une réaction contre la tyrannie des blocs religieux ou politiques, des poids énormes qui écrasent l'individu, en France: la famille, l'opinion, l'État, les associations occultes, les partis, les coteries, les écoles. Imaginez un prisonnier qui aurait, pour s'évader, à sauter par-dessus vingt murailles qui l'enserrent. S'il parvient jusqu'au bout, sans s'être cassé le cou, il faut qu'il soit bien fort. Rude école pour la volonté libre! Mais ceux qui ont passé par là, en gardent, toute leur vie, le dur pli, la manie de l'indépendance, et l'impossibilité de se fondre jamais avec les autres.

À côté de la solitude par orgueil, il y avait celle par renoncement. Que de braves gens en France, dont toute la bonté, la fierté, l'affection, aboutissaient à se retirer de la vie! Mille raisons, bonnes ou mauvaises, les empêchaient d'agir. Chez les uns, l'obéissance, la timidité, la force de l'habitude. Chez les autres, le respect humain, la peur du ridicule, la peur de se mettre en vue, de se livrer aux jugements de la galerie, d'entendre prêter à des actes désintéressés des mobiles intéressés. Celui-ci ne prenait point part à la lutte politique et sociale, celle-là se détournait des œuvres philanthropiques, parce qu'ils voyaient trop de gens qui s'en occupaient sans conscience ou sans bon sens, et parce qu'ils avaient peur qu'on ne les assimilât à ces charlatans et à ces sots. Chez presque tous, le dégoût, la fatigue, la peur de l'action, de la souffrance, de la laideur, de la bêtise, du risque, des responsabilités, le terrible: «À quoi bon?» qui anéantit la bonne volonté de tant de Français d'aujourd'hui. Ils sont trop intelligents—(d'une intelligence sans larges coups d'aile),—ils voient toutes les raisons pour et contre. Manque de force. Manque de vie. Quand on est très vivant, on ne se demande pas pourquoi l'on vit; on vit pour vivre,—parce que vivre est une fameuse chose!

Enfin, chez les meilleurs, un ensemble de qualités sympathiques et moyennes: une philosophie douce, une modération de désirs, un attachement affectueux à la famille, au sol, aux habitudes morales, une discrétion, une peur de s'imposer, de gêner, une pudeur de sentiment, une réserve perpétuelle. Tous ces traits aimables et charmants pouvaient se concilier, en certains cas, avec la sérénité, le courage, la joie intérieure; mais ils n'étaient pas sans rapports avec l'appauvrissement du sang, la décrue progressive de la vitalité française.

Le gracieux jardin d'en bas, au pied de la maison de Christophe et d'Olivier, au fond de ses quatre murs, était le symbole de cette petite France. C'était un coin de verdure, fermé au monde extérieur. Parfois, seulement, le grand vent du dehors, qui descendait en tourbillonnant, apportait à la jeune fille qui rêvait le souffle des champs lointains et de la vaste terre.

Maintenant que Christophe commençait à entrevoir les ressources cachées de la France, il s'indignait qu'elle se laissât opprimer par la canaille. Le demi-jour, où cette élite silencieuse s'enfonçait, lui était étouffant. Le stoïcisme est beau, pour ceux qui n'ont plus de dents. Lui, il avait besoin du grand air, du grand public, du soleil de la gloire, de l'amour de milliers d'âmes, d'étreindre ceux qu'il aimait, de pulvériser ses ennemis, de lutter et de vaincre.

—Tu le peux, dit Olivier, tu es fort, tu es fait pour vaincre, par tes vices—(pardonne!)—autant que par tes vertus. Tu as la chance de n'être pas d'un peuple trop aristocratique. L'action ne te dégoûte pas. Tu serais même capable, au besoin, d'être un homme politique!... Et puis, tu as le bonheur inappréciable d'écrire en musique. On ne te comprend pas, tu peux tout dire. Si les gens savaient le mépris pour eux qu'il y a dans ta musique, et ta foi en ce qu'ils nient, et cet hymne perpétuel en l'honneur de ce qu'ils s'évertuent à tuer, ils ne te pardonneraient pas, et tu serais si bien entravé, poursuivi, harcelé, que tu perdrais le meilleur de ta force à les combattre; quand tu en aurais eu raison, le souffle te manquerait pour accomplir ton œuvre; ta vie serait finie. Les grands hommes qui triomphent bénéficient d'un malentendu. On les admire, pour le contraire de ce qu'ils sont.

—Peuh! fit Christophe, vous ne connaissez pas la lâcheté de vos maîtres. Je te croyais seul d'abord, je t'excusais de ne pas agir. Mais en réalité, vous êtes toute une armée, qui pensez de même. Vous êtes cent fois plus forts que ceux qui vous oppriment, vous valez mille fois mieux, et vous vous en laissez imposer par leur effronterie! Je ne vous comprends pas. Vous avez le plus beau pays, la plus belle intelligence, le sens le plus humain, et vous ne faites rien de tout cela, vous vous laissez dominer, outrager, fouler aux pieds par une poignée de drôles. Soyez vous-mêmes, que diable! N'attendez pas que le ciel vous aide, ou un Napoléon! Levez-vous, unissez-vous. À l'œuvre, tous! Balayez votre maison.

Mais Olivier, haussant les épaules, avec une lassitude ironique, dit:

—Se colleter avec eux? Non, ce n'est pas notre rôle, nous avons mieux à faire. La violence me répugne. Je sais trop ce qui arriverait. Les vieux ratés aigris, les jeunes serins royalistes, les apôtres odieux de la brutalité et de la haine s'empareraient de mon action, et la déshonoreraient. Voudrais-tu pas que je reprisse la vieille devise de haine: Fuori Barbari! ou: la France aux Français!

—Pourquoi pas? dit Christophe.

—Non, ce ne sont pas là des paroles françaises. En vain les propage-t-on chez nous, sous couleur de patriotisme. Bon pour les patries barbares! La nôtre n'est point faite pour la haine. Notre génie ne s'affirme pas en niant ou détruisant les autres, mais en les absorbant. Laissez venir à nous et le Nord trouble et le Midi bavard...

—et l'Orient vénéneux?

—et l'Orient vénéneux: nous l'absorberons comme le reste; nous en avons absorbé bien d'autres! Je ris des airs triomphants qu'il prend et de la pusillanimité de certains de ma race. Il croit nous avoir conquis, il fait la roue sur nos boulevards, dans nos journaux, nos revues, sur nos scènes de théâtre, sur nos scènes politiques. Le sot! Il est conquis. Il s'éliminera de lui-même, après nous avoir nourris. La Gaule a bon estomac; en vingt siècles, elle a digéré plus d'une civilisation. Nous sommes à l'épreuve du poison... Libre à vous, Allemands, de craindre! Il faut que vous soyez purs, ou que vous ne soyez pas. Mais nous autres, ce n'est pas de pureté qu'il s'agit, c'est d'universalité. Vous avez un empereur, la Grande-Bretagne se dit un empire; mais en fait, c'est notre génie latin qui est impérial. Nous sommes les citoyens de la Ville-Univers. Urbis. Orbis.

—Cela va bien, dit Christophe, tant que la nation est saine et dans la fleur de sa virilité. Mais un jour vient où son énergie tombe; alors, elle risque d'être submergée par l'afflux étranger. Entre nous, ne te semble-t-il pas que ce jour est venu?

—On l'a dit tant de fois depuis des siècles! Et toujours notre histoire a démenti ces craintes. Nous avons traversé de bien autres épreuves, depuis le temps de la Pucelle, où, dans Paris désert, des bandes de loups rôdaient. Le débordement d'immoralité, la ruée au plaisir, la veulerie, l'anarchie de l'heure présente ne m'effraient point. Patience! Qui veut durer, doit endurer. Je sais très bien qu'il y aura ensuite une réaction morale,—qui, d'ailleurs, ne vaudra pas mieux, et qui conduira probablement à des sottises pareilles: les moins bruyants à la mener ne seront pas ceux qui vivent aujourd'hui de la corruption publique!... Mais que nous importe? Ces mouvements n'effleurent pas le vrai peuple de France. Le fruit pourri ne pourrit pas l'arbre. Il tombe. Tous ces gens-là sont si peu de la nation! Que nous fait qu'ils vivent ou qu'ils meurent? Vais-je m'agioter pour former contre eux des ligues et des révolutions? Le mal présent n'est pas l'œuvre d'un régime. C'est la lèpre du luxe, les parasites de la richesse et de l'intelligence. Ils passeront.

—Après vous avoir rongés.

—Avec une telle race, il est interdit de désespérer. Il y a en elle une telle vertu cachée, une telle force de lumière et d'idéalisme agissant qu'elles se communiquent même à ceux qui l'exploitent et la ruinent. Même les politiciens avides subissent sa fascination. Les plus médiocres, au pouvoir, sont saisis par la grandeur de son Destin; il les soulève au-dessus d'eux-mêmes; il leur transmet, de main en main, le flambeau; l'un après l'autre, ils reprennent la lutte sacrée contre la nuit. Le génie de leur peuple les entraîne; bon gré mal gré, ils accomplissent la loi du Dieu qu'ils nient, Gesta Dei per Francos... Cher pays, cher pays, jamais je ne douterai de toi! Et quand même tes épreuves seraient mortelles, ce me serait une raison de plus pour garder jusqu'au bout l'orgueil de notre mission dans le monde. Je ne veux point que ma France se renferme peureusement dans une chambre de malade, contre l'air du dehors. Je ne tiens pas à prolonger une existence souffreteuse. Quand on a été grand comme nous, il faut mourir plutôt que cesser de l'être. Que la pensée du monde se rue donc dans la nôtre! Je ne la crains point. Le flot s'écoulera, après avoir engraissé ma terre de son limon.

—Mon pauvre petit, dit Christophe, ce n'est pas gai, en attendant. Et où seras-tu, quand ta France émergera du Nil? Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux lutter? Tu n'y risquerais rien de plus que la défaite, à laquelle tu te condamnes, toute ta vie.

—Je risquerais beaucoup plus que la défaite, dit Olivier. Je risquerais de perdre le calme de l'esprit; et c'est à quoi je tiens, plus qu'à la victoire. Je ne veux pas haïr. Je veux rendre justice même à mes ennemis. Je veux garder au milieu des passions la lucidité de mon regard, comprendre tout et tout aimer.

Mais Christophe, à qui cet amour de la vie, détaché de la vie, semblait peu différent de la résignation à mourir, sentait gronder en lui, comme le vieil Empédocle, un hymne à la Haine et à l'Amour frère de la Haine, l'Amour fécond, qui laboure et ensemence la terre, il ne partageait pas le tranquille fatalisme d'Olivier; et, moins confiant que lui dans la durée d'une race qui ne se défendait point, il eût voulu faire appel aux forces saines de la nation, à une levée en masse de tous les honnêtes gens de la France tout entière.

Comme une minute d'amour en dit plus sur un être que des mois passés à l'observer, Christophe en avait plus appris sur la France, après huit jours d'intimité avec Olivier, sans presque sortir de la maison, qu'après un an de courses errantes à travers Paris et de stage dans les salons intellectuels et politiques. Au sein de cette anarchie universelle où il se sentait perdre pied, l'âme de son ami lui était apparue comme «l'Ile de France»,—l'île de raison et de sérénité, au milieu de la mer. La paix intérieure, qui était en Olivier, frappait d'autant plus qu'elle n'avait aucun support intellectuel,—que les circonstances de sa vie étaient pénibles,—(il était pauvre, seul, et son pays semblait en décadence),—que son corps était faible, maladif, et livré à ses nerfs. Cette sérénité ne semblait pas le fruit d'un effort de volonté—(il avait peu de volonté);—elle venait des profondeurs de son être et de sa race. Chez bien d'autres, autour d'Olivier, Christophe apercevait la lueur lointaine de cette σωφροσύνη,—«le calme silencieux de la mer immobile»;—et lui qui savait le fond orageux et trouble de son âme, et que ce n'était pas trop de toutes les forces de sa volonté pour maintenir l'équilibre de sa puissante nature, il admirait cette harmonie voilée.

Le spectacle de la France cachée achevait de bouleverser toutes ses idées sur le caractère français. Au lieu d'un peuple gai, sociable, insouciant et brillant, il voyait des esprits concentrés, isolés, enveloppés d'une apparence d'optimisme, comme d'une buée lumineuse, mais baignant dans un pessimisme profond et serein, possédés d'idées fixes, de passions, intellectuelles, des âmes inébranlables, qu'il eût été plus facile de détruire que de changer. Ce n'était là sans doute qu'une élite française; mais Christophe se demandait où elle avait puisé ce stoïcisme et cette foi. Olivier lui répondit:

—Dans la défaite. C'est vous, mon bon Christophe, qui nous avez reforgés. Ah! ce n'a pas été sans douleur. Vous ne vous doutez pas de la sombre atmosphère, où nous avons grandi, dans une France humiliée et meurtrie, qui venait de voir la mort, et qui sentait toujours peser sur elle la menace meurtrière de la force. Notre vie, notre génie, notre civilisation française, la grandeur de dix siècles,—nous savions qu'elle était dans la main d'un conquérant brutal, qui ne la comprenait point, qui la haïssait au fond, et qui, d'un moment à l'autre, pouvait achever de la broyer pour jamais. Et il fallait vivre pour ces destins! Songe à ces petits Français, nés dans des maisons en deuil, à l'ombre de la défaite, nourris de ces pensées découragées, élevés pour une revanche sanglante, fatale et peut-être inutile: car, si petits qu'ils fussent, la première chose dont ils avaient pris conscience, c'était qu'il n'y a pas de justice, il n'y a pas de justice en ce monde: la force écrase le droit! De pareilles découvertes laissent l'âme d'un enfant dégradée ou grandie pour jamais. Beaucoup s'abandonnèrent; ils se dirent: «Puisque c'est ainsi, pourquoi lutter? pourquoi agir? Rien n'est rien. N'y pensons pas. Jouissons.»—Mais ceux qui ont résisté sont à l'épreuve du feu; nulle désillusion ne peut atteindre leur foi: car, dès le premier jour, ils ont su que sa route n'avait rien de commun avec celle du bonheur, et que pourtant on n'a pas le choix, il faut la suivre: on étoufferait ailleurs. On n'arrive pas, du premier coup, à cette assurance. On ne peut pas l'attendre de garçons de quinze ans. Il y a des angoisses avant, et des larmes versées. Mais cela est bien, ainsi. Il faut que cela soit ainsi...

«Ô Foi, vierge d'acier...
Laboure de ta lance le cœur foulé des races!...»

Christophe serra en silence la main d'Olivier.

—Cher Christophe, dit Olivier, ton Allemagne nous a fait bien souffrir.

Et Christophe s'excusait presque, comme s'il en était cause.

—Ne t'afflige pas, dit Olivier, souriant. Le bien qu'elle nous a fait, sans le vouloir, est plus grand que le mal. C'est vous qui avez fait reflamber notre idéalisme, c'est vous qui avez ranimé chez nous les ardeurs de la science et de la foi, c'est vous qui avez fait couvrir d'écoles notre France, c'est vous qui avez surexcité les puissances de création d'un Pasteur, dont les seules découvertes ont suffi à combler la rançon de guerre de cinq milliards, c'est vous qui avez fait renaître notre poésie, notre peinture, notre musique; c'est à vous que nous devons le réveil de la conscience de notre race. On est récompensé de l'effort qu'on a dû faire de préférer sa foi au bonheur: car on a pris ainsi le sentiment d'une telle force morale, parmi l'apathie du monde, qu'on finit par ne plus douter, même de la victoire. Si peu que nous soyons, vois-tu, mon bon Christophe, et si faibles que nous paraissions,—une goutte d'eau dans l'océan de la force allemande,—nous croyons que ce sera la goutte d'eau qui colorera l'océan. La phalange macédonienne enfoncera les massives armées de la plèbe européenne.

Christophe regarda le chétif Olivier, dont les regards brillaient de foi:

—Pauvres petits Français débiles! Vous êtes plus forts que nous.

—Ô bonne défaite, répétait Olivier. Béni soit le désastre! Nous ne le renierons pas! Nous sommes ses enfants.

 しかしそういう配慮は、それらのフランスの作家たちの心にほとんど触れなかった。彼らは自分の手にしてる弓が、「思想もしくは死」のいずれを放つか、あるいは両者をいっしょに放つかを、少しも問題としなかった。彼らは愛に欠けていた。自分がある観念をもってるときには、それを他人にも課そうとする。観念をもたないときには、他人にももたせまいとする。そして、そういうことができないのを見てとるときには、行動の興味を失ってしまう。フランスの優秀者らが、政治にあまり関係しないのは、それがおもな理由だった。彼らはおのおの、自分の信念のうちに、あるいは信念の欠乏のうちに、閉じこもってばかりいた。
そういう個人主義を撲滅して彼らの間に種々の集団を作るために、多くの試みがなされてきた。しかしそれらの群れの多くはすぐに、文学的な討論会や滑稽こっけいな暴徒などに堕してしまった。すぐれた者はたがいに滅ぼし合った。多くの弱い善良な意志を結合して導くために生まれてる、力と信念とに満ちた卓越せる人々も存在していた。しかし彼らは各自におのれの群れをもっていて、それを他人の群れと一つにすることを同意しなかった。かくていつも少数の小雑誌や集会や結社のみであった。そしてそれらはあらゆる精神上の徳操をそなえてはいたが、ただ自己脱却の徳のみはもたなかった。なぜなら、いずれも他にたいして自我を通そうとばかりしていたから。かくして、数も少なく幸運はさらに少ない善良な人々の集まりのパン屑くずを、それらはたがいに奪い合いながら、貧血し飢餓してしばしの生命をつないでいた。そしてついには倒れてふたたび起たてなかった。それも敵の鞭むちの下にではなく――(もっとも嘆くべきことには)――自分自身の鞭の下にであった。種々の職業――文学者、劇作家、詩人、散文家、教授、教員、新聞記者――は多くの小さな部族をこしらえていて、それがまたさらに小さな部族に分かたれ、そのおのおのは門戸を閉ざし合っていた。たがいに出入りを許すことなどはさらになかった。フランスにおいては、何事にも全員一致というものがなかった。もしあれば、それはごくまれな場合にだけであって、しかもそのときには、全員一致の性質が流行病的なものとなり、そしてたいていは、病的であるがゆえに誤ったものとなった。個人主義がフランス人の活動のあらゆる方面に君臨していた。学術的な仕事におけると同じく、商業においても個人主義は、大商人らが結合して主人側の協定を作ることを妨げていた。この個人主義は充実したあふれきったものではなくて、執拗しつような蟄居ちっきょ的なものだった。一人でいること、他人から負い目を受けないこと、他人に関係しないこと、他人に交じっておのれの劣等さを感ずるのを恐れること、自分の尊大な孤立の静安さを乱さないこと、そういうのが、局外的雑誌や局外的芝居や局外的集団を作ってる人々の、内心の考えだった。雑誌や芝居や集団の存在の理由は、多くはただ、他人といっしょにいたくないという願い、共通の行為や思想のうちに他人と結合することの不可能さ、または、党派的敵愾てきがい心でないとすれば、もっともたがいに理解していい人々をもたがいに武装さしてる猜疑さいぎ心、などにすぎなかった。
たがいに尊敬し合ってる精神の人々が、たとえば雑誌イソップにおけるオリヴィエやその仲間たちのように、一つの仕事に集まってるときでさえも、彼らはいつもたがいに警戒し合ってるがようだった。ドイツではだれももっていてかえって邪魔となりやすい開放的な朴訥ぼくとつさを、彼らは少しももっていなかった。イソップの青年の群れのうちには、ことにクリストフの心をひく者が一人(シャール・ペギー)いた。その男に例外的な力があることを見てとったからである。それは一人の作家で、不撓ふとうな理論と執拗な意志とをそなえ、道徳的な観念に熱中し、頑固がんこにその観念に奉仕し、そのためには全世界をも自分自身をも犠牲にするだけの覚悟をもっていた。その観念を擁護せんがために、ほとんど自分一人で一つの雑誌を設けて編集していた。純粋な勇壮な自由なフランスという観念を、ヨーロッパにまたフランス自身にいだかせようとみずから誓っていた。自分がフランス思想史中のもっとも勇敢なページの一つを書いてるのだということは、他日世界から認められると確信していた――そしてそれは彼の自惚うぬぼれでもなかった。クリストフはもっとよく彼を知りたがり、彼と交際をしたがった。しかしその方法がなかった。オリヴィエと彼とは、しばしば用があったけれど、たがいに会うのはごくまれであって、それもただ用件のためばかりだった。彼らは心のうちを少しも語り合わなかった。抽象的な意見を少しばかりかわすのがようやくだった。と言うよりもむしろ――(なぜなら、正確に言えば、意見の交換をすることはなくて、各自に自分の考えを胸中にしまっていたから)――彼らはいっしょになって勝手に独白ばかりしていた。それでも彼らこそ、たがいの価値を知り合ってる戦友どもであった。
そういう控え目なやり方には、彼ら自身でも見分けがたい多くの理由が存していた。第一には、各精神間のいかんともできない差異をあまりにはっきりと見てとる、過度の批評癖であり、それらの差異をあまりに重要視する、過度の理知主義であった。生きんがために愛したがり満腔まんこうの愛を消費したがる力強い率直な同情心、それの欠けてることだった。つぎにはまたおそらく、仕事の疲労、あまりに困難な生活、思想の熱烈さ、などであった。そのために彼らは、晩になるともはや、親しい会談を楽しむだけの力がなかった。最後には、フランス人としては告白するのが恐ろしい、しかも心の底にしばしば唸うなっている、同民族の者でない、という恐ろしい感情であった。われわれは異なった民族の者であり、異なった時代にフランスの土地に居を定めた者であって、一つに結合しながら、共通の思想をもつこと少なく、しかも共同の利益のためにそのことをあまり考えてはいけない、という恐ろしい感情であった。そしてまた何よりも、自由にたいする熱狂的な危険な情熱であった。人はそれを一度味わうと、何物をも犠牲にして顧みなくなる。そしてその自由な孤独境は、多年の困難によって購あがなわれたものだけに、いっそう貴重なものとなっている。優秀な人々は、凡人らから奉仕されるのをのがれんがために、その中に逃げ込んでいる。それは実に、宗教や政治上の集団の重圧、フランスにおいて個人を押しつぶしてる巨大な重み、すなわち、家庭、世論、国家、秘密結社、党派、徒党、流派、などの暴虐にたいする反動である。たとえば、脱獄せんがためには十重二十重の壁を飛び越えなければならない囚人を、想像してみるがよい。その囚人が、首の骨も折らず、最後までやりとおすとするならば、彼はきわめて強者だと言わなければならない。それは自由な意志にたいする手荒い鍛錬である。しかし一度それを通り越した人々は、そのきびしい気質を、独立の性癖を、他人の魂と融とけ合うことの不可能性を、生涯失うものではない。
傲慢ごうまんによる孤立のほかになお、断念による孤立があった。フランスにおいてはいかに多くの善良な人々が、その温情と矜持きょうじと愛情とのあまり、人生から隠退するにいたってることだろう。あるいは良きあるいは悪き多くの理由が、彼らの活動を妨げていた。ある人々にあっては、それは服従や臆病おくびょうや習慣の力などであった。またある人々にあっては、それは、世間体、人に笑われる恐れ、人の眼をひき人に批判され、公平な行為を私心ある動機に帰せられる恐れ、などであった。ある者は政治的社会的な戦いに加わることを欲せず、ある者は博愛事業から顔をそむけていた。なぜなら彼らは、良心と良識とをもたずにそういうことに従事してる者があまりに多いのを見るからであり、自分もそれらの偽瞞ぎまん者や馬鹿者どもと同視されはすまいかを恐れるからであった。厭気いやけ、疲労、行動や苦痛や醜悪や愚劣や危険や責任にたいする恐れ、また、現今多くのフランス人の誠意を滅ぼしてる、なんの役にたつものかという恐ろしい観念、などがほとんどすべての者のうちにあった。彼らはあまりに知的――(広い羽ばたきをもたない知力の者)――であり、賛成と不賛成とのあらゆる理由を見てとっている。力に乏しく、生気に乏しい。人はきわめてよく生きてるときには、なにゆえに生きてるかを問わないものである。生きるがために生きてるのである――生きることは素敵なことであるがゆえに!
終わりに、同情すべき普通のあらゆる性質がいっしょになって、すぐれたる人々のうちに宿っていた。穏和な哲学、欲望の節度、家庭や土地や道徳的習慣などへのやさしい執着、慎み、我がを通し他人を邪魔することの恐れ、感情の貞節さ、常住不断の控え目、などがあった。すべてそれらの愛すべき美うるわしい特質は、ある場合においては、清明な心境に、勇気に、内心の喜悦に、よく調和することができていた。しかしそれらはまた、フランス人の貧血に、活力の漸減ぜんげんに、関係がないではなかった。

クリストフとオリヴィエとが住んでる家の下のほう、四方壁に取り巻かれた底にある、優雅な庭は、かかるかわいいフランスの象徴であった。それは外部の世界に戸を閉ざしてる緑の一隅いちぐうだった。ただときどき、外部の大きな風が、渦うず巻きながら吹きおろしてきて、夢想してる若い娘に遠い畑地と広い土地との息吹いぶきをもたらしてくるのだった。

今やクリストフは、フランスの隠れたる源泉を瞥見べっけんし始めたので、フランスが下劣な者どものために圧迫されるままになってるのを、憤慨せずにはいられなかった。その黙々たる優秀者らが潜み込んでる薄明の境は、彼には息苦しかった。堅忍主義は、もう歯牙しがを失ってる人々にはよいことである。しかし彼は、戸外の空気を、大なる公衆を、栄光の太陽を、幾多の魂の愛を、おのが愛する者をすべて抱きしめることを、敵を粉砕しつくすことを、戦いそして征服することを、必要としているのであった。
「君にはそれができる。」とオリヴィエは言った。「君は強い。君は征服するようにできている。それは君の長所から来てるとともに――(失礼だが)――欠点からも来ている。君は仕合わせにもあまりに貴族的な民衆に属してはいない。活動を君は厭いやがりはしない。君は必要によっては、政治家となることさえできるだろう……。それにまた、君は作曲というこの上もない仕合わせな能力をもっている。人にはわからないから、君はなんでも言うことができる。君の音楽のうちにある世人にたいする軽蔑けいべつや、世人が否定してるものにたいする信仰や、世人が滅ぼさんとつとめてるものにたいする絶えざる賛歌などを、もし世人が知り得たら、世人はけっして君を許してはおかないだろう。君は彼らから邪魔されつきまとわれいらだたせられて、彼らと戦うことに最善の力を費やしてしまうだろう。彼らに打ち克かつときには息が切れて、もう自分の仕事を完成することができないだろう。君の生命はそこに終わってしまうだろう。偉人が勝利を得るのは、世人から誤解されるおかげによってである。人は偉人をその真相と反対の点から賞賛するのだ。」
「ふふん!」とクリストフは空うそぶいた。「君たちは自国の大人物どもの怯懦きょうだを知らないのだ。僕は初め君一人が知らないのだと思っていた。君が行動しないのを許していた。しかし実際では、君たちは皆同じ考えをもってる連中なのだ。君たちは君たちを圧迫してる者どもより、百倍も強く、千倍も価値があるのに、彼らの厚顔さから圧迫されてばかりいる。僕には君たちの心がわからない。君たちはもっとも美うるわしい国に住み、もっともみごとな知力をそなえ、もっとも人間的な官能をそなえながら、その用途を知らず、一群の下劣な者どものために、支配され侮辱され蹂躙じゅうりんされるままになっている。ああどうか、君たち本来の面目に返ってもらいたい。天に助けられることを、あるいはナポレオンの出現を、待っていてはいけない。起たちたまえ、団結したまえ。皆仕事にかかるんだ。家を掃除するんだ。」
しかしオリヴィエは、肩をそびやかしながら、皮肉な倦怠けんたいの様子で言った。
「あんな奴やつらとつかみ合えと言うのか? いや、それはわれわれの役目じゃない。われわれにはもっとよい務めがあるのだ。暴力を僕はきらいだ。僕は暴力の結果をあまりによく知りすぎてる。酸敗し老耄ろうもうした落伍らくご者ども、王党の若小な痴人ども、残忍と憎悪ぞうおとに満ちた忌むべき宣伝者ども、すべてそういう奴らが僕の行為を奪って、それを汚してしまうだろう。君は僕に、古い憎悪の標語を、出て行け野蛮人ども! あるいはフランスをフランス人に! という標語を、ふたたび奉ぜさせたいのか。」
「なぜそれがいけないんだ?」とクリストフは言った。
「いけない。それはフランス人の言葉ではない。それに愛国心の色をつけてわれわれのうちに広めようとするのは、無駄むだな努力だ。野蛮な国にはいいだろう。だがわれわれの祖国は、憎悪のためにできてはしない。われわれの天稟てんぴんの精神が自己を肯定するのは、他を否定したり破壊したりすることによってではなく、他を吸収することによってである。何物でももって来るがいい、混濁せる北方でも饒舌じょうぜつな南方でも……。」
「そして有毒な東方もか?」
「有毒な東方もだ。われわれはそれをも他のものと同様に吸収してみせる。われわれはすでに多くのものを吸収してきたのだ。東方の勝利顔な様子を、またわが同種族のあるものの意気地なさを、僕は笑ってやりたい。東方はわれわれを征服したことと思い、われわれの大通りで、われわれの新聞雑誌の中で、われわれの演劇舞台や政治舞台の上で、威張りちらしている。馬鹿な奴だ。実は東方こそ征服されてるのだ。東方はわれわれの養分となった後に、やがてみずから排泄はいせつされてしまうだろう。ゴールの国は丈夫な胃袋をもってるのだ。二十世紀間のうちに、一つならずの文化を消化しつくした。われわれは毒にも堪えることができる……。恐れるのは君たちドイツ人にはいいだろう。純粋であるかもしくは存在しないか、そのいずれかが君たちの道だ。しかしわれわれフランス人にとっては、純粋は問題ではない。世界的ということが問題なのだ。君たちは皇帝をもってるし、大ブリテンは帝国だと自称してる。しかし事実において、わがラテン精神こそ帝王的なのだ。われわれは世界市の市民である。ローマと世界とにまたがる者である。」
「国民が壮健で気力盛んな間は、それもうまくゆくだろう。」とクリストフは言った。「しかしいつかはその精力が衰えてくる。すると国民は、そういう外来の流れに沈められる恐れがある。君との間だけの話だが、もうそういう日がやって来てるようじゃないか。」
「そんなことは、幾世紀も前からたびたび言われてきた。だがいつもわが国の歴史はその恐れを打ち消してしまったのだ。人なきパリーに狼おおかみの群れが彷徨ほうこうしていたあのオルレアンの少女の時代この方、われわれは他の多くの困難をきりぬけてきたのだ。現時の、不道徳の跳梁ちょうりょう、快楽の追求、懦弱だじゃく、無政府状態、などを僕は少しも恐れない。忍耐だ! 持続せんと欲する者は堪え忍ばなければならない。僕はよく知ってる、このつぎには道徳的な反動が起こってくるだろう! がそれももとより、ずっとよいものではないだろうし、おそらくは同じようなくだらないものに帰着するだろう。今日一般の腐敗に生きてる奴らこそ、その反動をもっとも騒々しく導くだろう。……しかしそんなことはわれわれにとってはどうでもいいのだ。それらの運動は真のフランス民衆に触れはしない。果実が腐っても親木は腐りはしない。腐った果実は地に落ちるだけだ。そのうえ、そういう連中は国民としてはわずかな部分だ。彼らが生きようと死のうと、われわれにはなんらの痛痒つうようもない。彼らに反して徒党を結んだり革命を起こしたりすることに、なんで僕は働くものか。現在の病弊はある何かの制度から起こったものではない。それは、贅沢ぜいたくにとりつく天刑病であり、富と知力とにたかる寄生虫だ。やがて滅びてしまうだろう。」
「君たちを食い荒らしたあとにね。」
「いや僕らのような民族については、絶望ということは許されないのだ。この民族は自分のうちに、一つの大なる徳操を隠し持っており、光明と活動的理想主義との大なる力を隠し持っているので、この民族を利用し廃滅せしめようとする者どもをも感染さしてしまうのだ。貪欲どんよくな政治家どもでさえこの民族に眩惑げんわくされる。もっとも凡庸な者どもも権力を得るときには、この民族の運命の偉大さにとらえられる。その運命は彼らを彼ら以上の所へ引き上げる。彼らの手から手へと炬火きょかを受け継がせる。彼らは相次いで、闇黒あんこくにたいする神聖な戦いをなしてゆく。彼らの民衆の精神に引きずられる。否応なしに彼らは彼らが否定してる神の掟おきてを、フランス人によって神がなしたもう行為を、完成してゆく……。親愛なる国、親愛なるこの国、僕はけっしてそれを疑わないだろう。この国が致命的な困難に際会しようとも、そのために僕はますます、世界におけるわれわれの使命をあくまで慢ほこりつづけるだろう。わがフランスが戸外の空気を恐れて病室に蟄居ちっきょすることを、僕は少しも望まない。病苦の生存を長引かせることを僕は好まない。われわれのように一度偉大となった暁には、偉大でなくなるよりもむしろ死ぬほうがよいのだ。世界の思想をわれわれの思想界に飛び込ませるがいい。僕はそれをけっして恐れない。洪水こうずいの波は、その泥土でいどでわれわれの土地を肥やしたあとに、自分からくずれ去るだろう。」
「だが気の毒にも、そうなるまでの間は面白いことじゃない。」とクリストフは言った。「そして、君のフランスがナイル河から浮かび出してくる時分には、君はいったいどうなってるだろうかね。戦うほうがいいじゃないか。戦ったとて敗北の危険しかないだろう。君はすでに生涯しょうがい敗北に甘んじてるじゃないか。」
「いや敗北よりもずっと大きな危険があるかもしれない。」とオリヴィエは言った。「おそらく精神の安静を失う危険があるだろう。僕には勝利よりも精神の安静のほうが大事なのだ。僕は人を憎みたくない。敵をも正当に判断したい。熱情のうちにもなお眼の明晰めいせきさをもっていたく、すべてを理解しすべてを愛したいのだ。」

しかしクリストフは、そういう生から遊離した生にたいする愛は、死にたいする忍従と大差ないもののように思われた。彼は自分のうちに、老エンペドクレスのように、憎悪ぞうおと憎悪の兄弟たる愛との賛歌が、土地を耕し種まく生産的な愛が、とどろくのを感じていた。彼はオリヴィエの冷静な宿命観をもち合わしていなかったし、また、少しもおのれを防御しない一民族の持続をオリヴィエほど信じてはいなかったので、国民のあらゆる健全な力の行使を、フランス全体の正しい人々の一斉いっせいの奮起を、促したく思っていた。

ある一個の存在については、それを数か月観察するよりも一瞬間愛することによって、より多くを知り得るものである。クリストフは、ほとんど家から出ないでも、オリヴィエと一週間ばかり親しく暮らすと、一年間もパリーをうろつき回ったり、学術的な政治的な客間に注意深く臨席したりしたあとよりも、フランスについて知るところが多かった。彼が途方にくれたその一般的無秩序のまん中において、友人オリヴィエの魂は、まったく「フランス島」――海洋のまん中にある理性と静穏との小島――のように思われた。オリヴィエのなかにある内心の平和は、それがなんらの知的支持をももたなかっただけに――彼の生活状態が困難だっただけに――(彼は貧乏で孤独だったし、彼の国は頽廃たいはいしてるようだった)――彼の身体が弱々しく病的で神経に支配されていただけに、いっそうクリストフの心を打った。その静穏は、意志の努力から得られたものとは思えなかった――(彼は意志をあまりもっていなかった)――それは彼の一身と彼の民族との深いところから来たものだった。オリヴィエの周囲の多くの者のうちにも、そういう沈着の遠い光を――「不動の海の黙々たる静けさ」を――クリストフは認めた。そして彼は、自分の魂の騒々しい混濁した奥底を知っていたし、自分の力強い天性の平衡を維持するためには、意志のあらゆる力を用いなければならないことも知っていたので、そういう内に秘められてる心の調和を感嘆した。
隠れたるフランスをながめてみて、フランス人の性格に関する彼のあらゆる考えは、くつがえされてしまった。彼の眼に映ったものは、快活な社交的な無頓着むとんじゃくな花やかな民衆ではなくて、自己中心的な孤立した精神の人々であった。彼らはあたかも輝いた雲霧に包まれてるように、楽観主義の外観に包まれてはいたが、しかし深い静穏な悲観主義のうちに浸っていて、一定の観念にとらわれ、知的熱情にとらわれていて、変化させるよりもむしろ破壊するほうがやさしいほどの確固不動な魂の人々だった。それはもちろん、フランスの優秀者らの一部分にすぎなかった。しかしクリストフは、彼らがどこからそういう堅忍と信念とを汲くみ取って来たかを怪しんだ。オリヴィエは彼に答えた。
「敗北の中から汲み取ってきたのだ。クリストフ、君たちドイツ人がわれわれを鍛えてくれたのだ。ああそれは苦しくないことはなかった。眼前に死滅をながめてき、武力の暴虐な威嚇いかくが常にのしかかってるのを感じてる、辱はずかしめられ傷つけられたフランスにおいて、いかなる暗澹あんたんたる雰囲気ふんいきの中にわれわれが生長したかは、君たちには想像もつくまい。われわれの生命、われわれの精神、われわれのフランス文明、十世紀の間得ていた偉大さ――それらのものが、それを少しも理解せず、それを心の底では憎悪し、それをいつでも永久に粉砕しつくし得る、暴戻ぼうれいな征服者の掌中しょうちゅうにあることを、われわれは知っていた。そしてそういう運命を守って生きなければならなかった。思ってもみたまえ、フランスの少年らは、敗北の影たちこめた喪中の家に生まれ、意気沮喪そそうした思想に養われ、血腥ちなまぐさい宿命的なそしておそらく無益な復讐ふくしゅうのために育てられたのだ。というのは、彼らはいかにも幼少ではあったけれど、彼らが意識した第一のことは、正理がないということ、この世に正理がないということだった。力が権利を圧倒するということだった。そういう発見が子供の魂を永久に毀損きそんしたのだ、もしくは生長さしたのだ。多くのものは自棄やけになってしまった。彼らはみずから言った。『こうしたものだとすれば、戦ってなんのためになろう? 活動してなんのためになろう? くだらないことはくだらないんだ。考えないようにしよう。享楽しよう。』――しかし抗争した者たちは、熱火にも堪え得るのだ。いかなる幻滅も彼らの信念を害し得ない。なぜなら、最初から彼らは、自分の道は幸福の道と通ずる点は少しもないこと、それでも選択の余地はなく、ただその道を進まねばならないこと、他の道では息がつけないこと、それをよく知っていた。が人は初めからそういう確信に達するものではない。十四、五歳の少年でそれに達せられるものではない。それ以前に、多くの苦悩をなめ、多くの涙を流すものだ。しかしそれでこそよいのだ。そうなければならないのだ……。

おう信念よ、鋼鉄の処女よ……
汝なんじの鎗やりもて耕せ、蹂躙じゅうりんせられし民族の心を……。」

クリストフは黙ってオリヴィエの手を握りしめた。
「クリストフ、」とオリヴィエは言った、「君らドイツは、われわれをひどく苦しめたのだ。」
クリストフは、自分がその原因ででもあったかのようにほとんど謝あやまろうとした。
「なに心配するには及ばない。」とオリヴィエは微笑ほほえみながら言った。「ドイツがみずから知らずにわれわれにしてくれた善は、その悪よりも大きいのだ。われわれの理想主義をふたたび燃えたたせたのは君たちであり、われわれのうちに学問と信念との熱をふたたび高めさしたのは君たちであり、わがフランスの至る所に学校を設けさしたのは君たちであり、パストゥールの、あの五十億の償金をつぐのうほどの発見をなしたパストゥールのような創造力を、刺激してくれたのは君たちであり、われわれの詩や絵画や音楽を復興さしたのは君たちである。君たちのおかげでわが民族の意識は覚醒かくせいしたのだ。幸福よりも自己の信念のほうを取るためになさなければならなかった努力に、われわれはよく報いられた。なぜなら、われわれは世界一般の無気力のうちにあって、大なる精神力を感得して、もはや勝利をさえも疑わなくなっているのだ。君が見るとおりわれわれはいかにも少数ではあるけれど、また外観上いかにも微弱ではあるけれど――大洋のごときドイツの力に比すれば水の一滴にすぎないけれど――しかもわれわれは、大洋全部を染め得る一滴であると自信しているのだ。マケドニアの一隊の武士がヨーロッパ平民の群がり立つ軍勢を突破するようなことも、起こるかもしれないのだ。」
信念に輝いた眼つきをしてる病弱なオリヴィエを、クリストフはながめた。
「憐あわれな小さな虚弱なフランス人たち、君たちのほうがわれわれよりもずっと強い。」
「仕合わせな敗北なるかなだ!」とオリヴィエは繰り返した。「讃ほむべき災害なるかなだ! われわれは災害を否認しはしない。われわれはそれから生まれた児である。」

第7巻 家の中 第2部(1)へ続く

合計ビュー 876 , 今日のビュー 5 

-Jean-Christophe