La défaite reforge les élites; elle fait le tri des âmes; elle met de côté ce qu'il y a de pur et fort; elle le rend plus pur et plus fort. Mais elle précipite la chute des autres, ou brise leur élan. Par là, elle sépare le gros du peuple, qui tombe, de l'élite qui continue sa marche. L'élite le sait, et elle en souffre; même chez les plus vaillants, il y a une mélancolie secrète, le sentiment de leur impuissance et de leur isolement. Et le pire,—séparés du corps de leur peuple, ils sont aussi séparés entre eux. Chacun lutte, pour son compte. Ceux qui sont forts ne pensent qu'à se sauver. Ô homme, aide-toi toi-même!... Ils ne songent pas que la virile maxime veut dire: Ô hommes, aidez-vous! À tous manquent la confiance, l'expansion de sympathie et le besoin d'action commune que donne la victoire d'une race, le sentiment de la plénitude, du passage au zénith.
Christophe et Olivier en savaient quelque chose. Dans ce Paris, rempli d'âmes faites pour les comprendre, dans cette maison peuplée d'amis inconnus, ils étaient aussi seuls que dans un désert d'Asie.
La situation était rude. Leurs ressources, presque nulles. Christophe avait tout juste les travaux de copies et de transcriptions musicales, commandés par Hecht. Olivier avait imprudemment donné sa démission de l'Université, dans la période de découragement qui avait suivi la mort de sa sœur et qu'avait encore accru une expérience douloureuse d'amour dans le monde de Mme Nathan:—(il n'en avait jamais parlé à Christophe, car il avait la pudeur de ses peines; un de ses charmes était qu'il conservait toujours un peu de mystère intime, même avec ses plus intimes).—Dans cet affaissement moral où il avait faim de silence, sa tâche de professeur lui était devenue intolérable. Il n'avait aucun goût pour ce métier, où il faut s'étaler, dire tout haut sa pensée, où l'on n'est jamais seul. Le professorat de lycées exige, pour avoir quelque noblesse, une vocation d'apostolat, qu'Olivier ne possédait point; et le professorat de Facultés impose un contact perpétuel avec le public, qui est douloureux aux âmes éprises de solitude, comme celle d'Olivier. Deux ou trois fois, il avait dû parler en public: il en avait éprouvé une humiliation singulière. Cette exhibition sur une estrade lui était odieuse. Il voyait le public, il le sentait, comme avec des antennes, il le savait composé, en majorité, de désœuvrés qui cherchaient uniquement à se désennuyer; et le rôle d'amuseur officiel n'était pas de son goût. Mais surtout, cette parole du haut de la chaire déforme la pensée; si l'on n'y prend garde, elle risque d'entraîner à un cabotinisme dans les gestes, la diction, l'attitude, la façon de présenter les idées,—dans la mentalité même. La conférence est un genre qui oscille entre deux écueils: la comédie ennuyeuse et le pédantisme mondain. Cette forme de monologue à haute voix, en présence de centaines de personnes inconnues et muettes, ce vêtement tout fait, qui doit aller à tous et qui ne va à personne, est, pour un cœur d'artiste un peu sauvage et fier, quelque chose d'intolérablement faux. Olivier, qui sentait le besoin de se concentrer et de ne rien dire qui né fût l'expression intégrale de sa pensée, laissa donc le professorat, où il avait eu tant de peine à entrer; et n'ayant plus sa sœur pour le retenir sur la pente de ses songeries, il se mit à écrire. Il avait la naïve croyance qu'ayant une valeur artistique, cette valeur ne pouvait manquer d'être reconnue, sans qu'il fît rien pour cela.
Il fut bien détrompé. Impossible de rien publier. Il avait un amour jaloux de la liberté, qui lui inspirait l'horreur de tout ce qui y porte atteinte et qui le faisait vivre à part, plante étouffée, entre les blocs des églises politiques dont les associations ennemies se partageaient le pays et la presse. Il n'était pas moins à l'écart de toutes les coteries littéraires et rejeté par elles. Il n'avait là, il n'y pouvait avoir aucun ami. Il était rebuté par la dureté, la sécheresse, l'égoïsme de ces âmes d'intellectuels (à part le très petit nombre qu'entraîne une vocation réelle, ou qu'absorbe une recherche scientifique passionnée). C'est une triste chose qu'un homme, qui a atrophié son cœur, au profit de son cerveau,—quand le cerveau n'est pas grand. Nulle bonté, et une intelligence comme un poignard dans le fourreau: ou ne sait jamais si elle ne vous égorgera pas. Il faut rester perpétuellement armé. Nulle amitié possible qu'avec les bonnes gens, qui aiment les belles choses, sans y chercher leur profit,—ceux qui vivent en dehors de l'art. Le souffle de l'art est irrespirable pour la plupart des hommes. Seuls, les très grands y peuvent vivre, sans perdre l'amour, qui est la source de la vie.
Olivier ne pouvait compter que sur lui seul. C'était un appui bien précaire. Toute démarche lui coûtait. Il n'était pas disposé à s'humilier, dans l'intérêt de ses œuvres. Il rougissait de voir la cour obséquieuse, que faisaient bassement les jeunes auteurs à tel directeur de théâtre, bien connu, qui abusait de leur lâcheté pour les traiter comme il n'eût pas osé traiter ses domestiques. Olivier en était incapable, quand il se fût agi de sa vie. Il se contentait d'envoyer ses manuscrits par la poste, ou de les déposer au bureau du théâtre ou de la revue: ils y restaient des mois sans qu'on les lût. Le hasard fit pourtant qu'un jour il rencontra un de ses anciens camarades de lycée, un aimable paresseux, qui lui avait gardé une reconnaissance admirative, pour la complaisance et la facilité avec laquelle Olivier lui faisait ses devoirs d'école; il ne connaissait rien à la littérature; mais il connaissait les littérateurs, ce qui valait beaucoup mieux; et même, riche et mondain, il se laissait, par snobisme, discrètement exploiter par eux. Il dit un mot pour Olivier au secrétaire d'une grande revue dont il était actionnaire: aussitôt on déterra et lut un des manuscrits ensevelis; et, après bien des tergiversations—(car si l'œuvre semblait avoir quelque valeur, le nom de l'auteur n'en avait aucune, étant d'un inconnu),—on se décida à l'accepter. Quand il apprit cette bonne nouvelle, Olivier se crut au bout de ses peines. Il ne faisait que commencer.
Il est relativement facile de faire recevoir une œuvre, à Paris; mais c'est une autre affaire pour qu'elle soit publiée. Il faut attendre, attendre pendant des mois, au besoin toute la vie, si l'on n'a pas appris le talent de courtiser les gens, ou de les assommer, de se faire voir de temps en temps aux petits-levers de ces petits monarques, de leur rappeler qu'on existe et qu'on est résolu à les ennuyer, tout le temps qu'il faudra. Olivier ne savait que rester chez lui; et il s'épuisait, dans l'attente. Tout au plus, écrivait-il des lettres, auxquelles on ne répondait pas. D'énervement, il ne pouvait plus travailler. Absurde! mais cela ne se raisonne point. Il attendait chaque courrier, assis devant sa table, l'esprit noyé dans une souffrance irritée; il ne sortait que pour jeter un regard d'espoir, aussitôt déçu, dans son casier à lettres, en bas, chez le concierge; il se promenait sans voir, et il n'avait d'autre pensée que de revenir; et quand l'heure de la dernière poste était passée, quand le silence de sa chambre n'était plus troublé que par les pas brutaux de ses voisins au-dessus de sa tête, il étouffait dans cette indifférence. Un mot de réponse, un mot! Se pouvait-il qu'on lui refusât cette aumône? Celui qui la lui refusait ne se doutait pas du mal qu'il lui faisait. Chacun voit le monde à son image. Ceux dont le cœur est sans vie voient l'univers desséché; et ils ne songent guère aux frémissements d'attente, d'espoir et de souffrance, qui gonflent les jeunes poitrines; ou, s'ils y pensent, ils les jugent froidement, avec la lourde ironie d'un corps rassasié.
Enfin, l'œuvre parut. Olivier avait tant attendu que cela ne lui fit aucun plaisir: chose morte pour lui. Toutefois, il espérait qu'elle serait encore vivante pour les autres. Il y avait là des éclairs de poésie et d'intelligence, qui ne pouvaient rester inaperçus. Elle tomb dans le silence.—Il fit encore un ou deux essais. Étant libre de tout clan, il trouva toujours le même silence, ou, mieux, de l'hostilité. Il n'y comprenait rien. Il avait cru bonnement que le sentiment naturel de chacun devait être la bienveillance, à l'égard d'une œuvre nouvelle, même si elle n'était pas très bonne. On devrait être reconnaissant à celui qui a voulu apporter aux autres un peu de beauté, de force, ou de joie. Or, il ne rencontrait qu'indifférence ou dénigrement. Il savait pourtant qu'il n'était pas le seul à sentir ce qu'il avait écrit, que d'autres le pensaient. Mais il ne savait pas que ces braves gens ne le lisaient pas, et qu'ils n'avaient aucune part à l'opinion littéraire. S'il s'en trouvait deux ou trois, sous les yeux desquels ses lignes étaient parvenues et qui sympathisaient avec lui, jamais ils ne le lui diraient; ils restaient cadenassés dans leur silence. De même qu'ils ne votaient pas, ils s'abstenaient de prendre parti en art; ils ne lisaient pas les livres, qui les choquaient; ils n'allaient pas au théâtre, qui les dégoûtait; mais ils laissaient leurs ennemis voter, élire leurs ennemis, faire un succès scandaleux et une bruyante réclame à des œuvres et à des idées, qui ne représentaient qu'une minorité impudente.
Olivier, ne pouvant compter sur ceux qui étaient de sa race d'esprit, puisqu'ils l'ignoraient, se trouva donc livré à la horde ennemie: à des littérateurs hostiles à sa pensée, et aux critiques qui étaient à leurs ordres.
Ces premiers contacts le firent saigner. Il était aussi sensible à la critique que le vieux Bruckner, qui n'osait plus faire jouer une œuvre, tant il avait souffert de la méchanceté de la presse. Il n'était même pas soutenu par ses anciens collègues, les universitaires, qui, grâce à leur profession, conservaient quelque sens de la tradition intellectuelle française, et qui auraient pu le comprendre. En général, ces excellentes gens, pliés à la discipline, absorbés dans leur tâche, un peu aigris par un métier ingrat, ne pardonnaient pas à Olivier de vouloir faire autrement qu'eux. En bons fonctionnaires, ils avaient tendance à n'admettre la supériorité du talent que quand elle se conciliait avec la supériorité hiérarchique.
Dans un tel état de choses, trois partis étaient possibles: briser les résistances par la force; se plier à des compromis humiliants; ou se résigner à n'écrire que pour soi. Olivier était incapable du premier, comme du second parti: il s'abandonna au dernier. Il donnait péniblement des répétitions pour vivre, et il écrivait des œuvres, qui n'ayant aucune possibilité de s'épanouir à l'air, s'étiolaient, devenaient chimériques, irréelles.
Christophe tomba comme un orage, dans cette vie crépusculaire. Il était indigné de la vilenie des gens et de la patience d'Olivier:
—Mais tu n'as donc pas de sang? cria-t-il. Comment peux-tu supporter une telle vie? Toi qui te sais supérieur à ce bétail, tu te laisses écraser par lui!
—Que veux-tu? disait Olivier, je ne sais pas me défendre, j'ai le dégoût de lutter avec ceux que je méprise; je sais qu'ils peuvent employer toutes les armes contre moi; et moi, je ne le puis pas. Non seulement je répugnerais à me servir de leurs moyens injurieux, mais j'aurais peur de leur faire du mal. Quand j'étais petit, je me laissais battre bêtement par mes camarades. On me croyait lâche, on pensait que j'avais peur des coups. J'avais beaucoup plus peur d'en donner que d'en recevoir. Quelqu'un me dit, un jour qu'un de mes bourreaux me persécutait: «Finis-en, une bonne fois, flanque-lui un coup de pied au ventre!» Cela m'a fait horreur. J'aimais mieux être battu.
—Tu n'as pas de sang, répétait Christophe. Avec cela, tes diables d'idées chrétiennes!... Votre éducation religieuse, en France, réduite au catéchisme; l'Évangile châtré, le Nouveau Testament affadi, désossé... Une bondieuserie humanitaire, toujours la larme à l'œil... Et la Révolution, Jean-Jacques, Robespierre, 48, et les Juifs par là-dessus!... Prends donc une bonne tranche de vieille Bible, bien saignante, chaque matin.
Olivier protestait. Il avait pour l'Ancien Testament une antipathie native. Ce sentiment remontait à son enfance, quand il feuilletait en cachette la Bible illustrée, qui était dans la bibliothèque de province, et qu'on ne lisait jamais—(il était même défendu aux enfants de la lire).—Défense bien inutile! Olivier ne pouvait garder le livre longtemps. Il le fermait, irrité, attristé; et ce lui était un soulagement de se plonger, après, dans l'Iliade ou l'Odyssée, ou dans les Mille et Une Nuits.
—Les dieux de l'Iliade sont des hommes beaux, puissants, vicieux: je les comprends, dit Olivier, je les aime, ou je ne les aime pas; même quand je ne les aime pas, je les aime encore; j'en suis amoureux. Je baise, avec Patrocle, les beaux pieds d'Achille sanglant. Mais le Dieu de la Bible est un vieux Juif monomane, un fou furieux, qui passe son temps à gronder, menacer, hurler comme un loup enragé, délirer dans son nuage. Je ne le comprends pas, je ne l'aime pas, ses imprécations éternelles me cassent la tête, et sa férocité me fait horreur:
Sentence contre Moab...
Sentence contre Damas...
Sentence contre Babylone...
Sentence contre l'Égypte...
Sentence contre le désert de la mer...
Sentence contre la vallée de la vision...
敗北は優秀者らを鍛え、魂の選り分けをする。それは強い純粋な者だけを別になし、それをいっそう強く純粋になす。しかしそれは他の者らの滅落を早め、もしくはその気勢をくじく。それゆえに、倒れかかってる大部分の民衆と、歩きつづけてる優秀者らとを、分け隔てる。優秀者らはそのことを知っており、そのことを苦しんでいる。しかしもっとも勇敢な人々のうちにも、あるひそかな憂鬱が、自己の無力と孤立との感情が、存在している。そしてもっともいけないことには、彼らはその民衆の本体から離れながら、また彼ら相互も離れ離れになっている。各自が自分自分のために戦っている。強い者らは自分の身を救うことばかりを考えている。おう人間よ、汝自身を助けよ!……という雄々しい格言は、おう人間らよ、たがいに助け合え! という意味であることを、彼らは考えてもみない。信頼の念、同情のあふれ、一民族の勝利から来る共同動作の要求、充実の感情、絶頂に達せんとの感情、などがすべての人に欠けている。
クリストフとオリヴィエとは、そのことを多少知っていた。彼らを理解し得る魂に満ちてるこのパリーの中で、未知の友人らが住んでるこの家の中で、彼らはアジアの沙漠中にいると同じくらいに孤独だった。
彼らの境遇はつらかった。生計の道がほとんどないとも言っていいほどだった。クリストフは、ヘヒトから頼まれた音楽上の模作や改作の仕事をもってるきりだった。オリヴィエは、軽率にも学校の職を辞してしまっていた。それは姉の死以来意気沮喪してしまい、ナタン夫人の連中の間である悲しい恋愛の経験をしたために、さらに落胆した時期だった。――(彼はその恋愛についてクリストフへかつて話さなかった。なぜなら、自分の苦しみを恥ずかしがっていたから。そして、もっとも親しい者にたいしてまで、いつも内心に多少の秘密をもってること、それがまた彼の魅力の一つの原因となるのだった。)――沈黙に飢えてるそういう精神疲憊の状態にあっては、教師の職務は堪えがたくなったのだった。この職業では、虚勢を張り思想を高言しなければならないし、けっして一人きりでいることがないので、それにたいして彼はかつて趣味がもてなかった。中学の教師としては、何かある高尚さをもつために、伝道師的な気質が必要だった。がオリヴィエはそういう気質を少しももたなかった。大学の教師としては、たえず公衆と接触することを余儀なくされた。がオリヴィエのように孤独を愛する魂にとっては、公衆との接触は痛ましいことだった。オリヴィエは二、三度公衆の前で話さなければならなかった。彼はそれについて妙な屈辱を感じた。高い壇の上で見世物となることが嫌でたまらなかった。彼は聴衆を見物し、あたかも触角でするように聴衆を感知し、聴衆の大部分は憂晴らしを求めてるだけの無為の徒からなってることを知った。そして公々然と人の慰みになるような役目は、彼の趣味に合わなかった。それからことに、演壇の上から発する言葉は、思想を変形してしまうものである。よほど注意しないとその言葉は、身振りや語調や態度や思想表白の方法などのうちに――気持のうちにさえも、ある一種の道化味をしだいに導き入れる。講演というものは、退屈な喜劇と世俗的な物知り顔、その二つの暗礁の間を行き来する種類のものである。敷石の見知らぬ無言の人々の面前における、その声高な独自の形式、万人に向くはずであってしかもだれにも似合わない、その出来合いの着物、それは、多少人馴れない高慢な芸術家気質にとっては、ひどく間違ったものと思われる事柄である。オリヴィエは、自分自身に沈潜して自分の思想の完全な表現のみをしか口にしたくない欲求を感じていたので、ようやくにして得た教師の職をも擲ってしまった。そして、彼の夢想的傾向を止めるべき姉もいなくなっていたので、彼は筆を執り始めた。芸術的な価値がありさえすれば、別にその価値を人に認められようと努力せずともかならず認められるものだと、率直に考えていた。
ところが彼はその夢から覚めさせられた。何一つ発表することができなかった。彼は自由を熱愛していたので、すべて自由をそこなうものを嫌悪して、自分一人離れて生きていた。あたかも、たがいに対抗団結を作って国土と新聞雑誌とを分有する、政治的諸教会の岩石の間に生えてる、空気の欠乏した植物に似ていた。また同様に彼は、あらゆる文学的党派から離れ見捨てられていた。文学者仲間に一人の友人もなかったし、友人のありようがなかった。彼はそれらの知的な魂の冷酷さや無情さや利己主義に悩まされた――(ただほんとうの天稟に導かれてる者や熱心な学術的研究に没頭してる者など、ごく少数の人々については例外だった。)頭脳――小さな頭脳をもってるときに――頭脳のために心を萎縮させた者こそ、悲しむべきである。温情は少しもなく、鞘に納めた短刀のような知力があるのみである。われわれはその知力にいつ喉を刺されるかわからない。不断に武装していなければならない。自分の利益のためにではなしに美しいものを愛する善良な人々――芸術界の外部に生きてる人々、などにしか友情の可能性はない。芸術界の空気は大多数の者には呼吸できない。生命の泉たる愛を失わずにそこに生きることができるのは、ただきわめて偉大なる人々のみである。
オリヴィエはただ自分一人を頼りにするのほかはなかった。それはごく心細い支持だった。彼にはあらゆる奔走がつらかった。自分の作品のために身を屈したくはなかった。阿諛的な追従を見ると恥ずかしかった。たとえば、知名な劇場支配人は、青年作家らの卑怯さに乗じて、召使にたいするよりもひどい態度を示していたが、それに向かって彼らは、やはり卑しい阿諛を事としていた。オリヴィエには、たとい生活問題に関するときでもそういうことができなかった。彼は自分の原稿を、劇場や雑誌の事務所に、郵送するか置いてくるかだけだった。その原稿は幾月も読まれないで放っておかれた。ところがある日彼は偶然に、中学時代の古い同窓の一人に出会った。愛すべき怠惰者だったが、オリヴィエからいつも親切にたやすく宿題を作ってもらったことがあるので、今でもなお深い感謝の念を失わずにいた。文学のことは何にも知らなかったが、はるかに好都合なことには、文学者らに知人をもっていた。そして、金持で俗人だったので一種の見栄坊から、内々文学者らの利用するところとなっていた。その男が自分の出資してるある大雑誌の幹部へ、オリヴィエのために一言口をきいてくれた。するとただちに、オリヴィエの埋もれた原稿の一つが掘り出されて読まれた。そして多くの躊躇の後に――(なぜなら、その作はある価値をもってるらしかったが、作者の名前は世に知られていないのでなんらの価値ももっていなかった)――ついに採用されることとなった。オリヴィエはその吉報を聞くと、もうこれで心配は終わったと思った。しかしそれは心配の始まりだった。
パリーでは、作品を受諾してもらうことは比較的たやすい。しかし作品を発表してもらうことは別事である。編集者らを機嫌取ったりうるさがらせたり、それら小さな君王らの前にときどき伺候したり、自分が存在してることや必要なときにはいつでも困らしてやる決心でいることを彼らに思い出さしたりする、という才能を知らないときには、幾月も、場合によっては一生でも、待ちに待たなければならない。ところがオリヴィエは自分の家に閉じこもってることしか知らなかった。そして待ちくたびれてしまった。たかだか手紙を書くくらいなものだったが、それにはなんの返事も来なかった。いらいらしてもう仕事も手につかなかった。それは馬鹿げたことではあったが、理屈ではどうにもならなかった。彼はテーブルの前にすわり、落ち着かない悩みに沈んで、郵便の来る時間時間を待ちくらした。室から出て行っては、下の門番のところにある郵便箱に希望の一瞥を投げたが、すぐに裏切られてしまうのだった。散歩に出ても何にも眼にははいらず、もどって来ることばかり考えるのだった。そして、最終便の時間が過ぎてしまうとき、室の中の静けさを乱すものは頭の上の鼠どもの荒々しい足音ばかりとなるとき、彼は編集者らの冷淡さに息づまる心地がした。一言の返事、ただ一言! それだけの恵与をも拒まれるのであろうか? けれども、それを彼に拒んだ者のほうでは、彼をどれだけ苦しめてるかは夢にも知らないでいた。人はそれぞれ自分の姿によって世界をながめるものである。心に生気のない人々は世界を乾燥しきったものと見る。そして彼らは、年若い人々の胸に湧き立つ期待や希望や苦悶のおののきを、ほとんど思ってもみない。もしそれを思いやるとしても、飽満した身体の鈍重な皮肉さで、それを冷淡に批判してしまう。
がついに作品は発表された。オリヴィエはあまりに待たされたので、もうなんらの喜びをも感じなかった。それは彼にとっては死物だった。それでも彼は、それが他人にとってはなお生命あることを期待していた。その中にこもってる詩や知力の閃めきは、認められずに終わるはずはなかった。ところがその作品はまったく沈黙のうちに葬られた。――オリヴィエはその後になお、一、二の論文を発表した。しかし彼はいずれの流派にも属していなかったので、やはり同じような沈黙に、なおよく言えば、敵意に出会った。彼はさらに合点がいかなかった。たといそれほどよくないものであろうともすべて新しい作品にたいしては、好意を寄せるのが各人の自然の感情であると、彼は単純に考えていた。多少の美を、多少の力を、多少の喜びを、他人にもたらそうと欲した者に、人は感謝すべきである。しかるに彼は、冷淡もしくは誹謗にばかり出会った。それでも、自分が書いた事柄を感じてるのは自分一人ではないこと、他にもそのことを考えてる人たちがいることを、彼は知っていた。しかし、それらりっぱな人たちは彼の作を読んではくれないこと、文学上の意見などには少しもたずさわらないことを、彼は知らなかった。二、三人の人が彼の書いたものを眼にとめて、彼と同感してくれることがあるとしても、けっして彼らはそれを彼に言いはしないだろう。彼らはその沈黙のうちに平然と澄まし込んでいた。選挙に投票しないと同様に、芸術に関与することを控えていた。気分を乱されるので書物を読まなかったし、嫌な思いをさせられるので芝居へ行かなかった。そして、反対者どもが投票したり、反対者どもが選ばれたり、または、厚顔な少数者のみを代表してる作品や観念が、恥ずべき成功をしたり仰山な広告をしたりしても、彼らはそのまま放っておいた。
オリヴィエは、精神上同民族たるべき人々から知られていないので、彼らを当てにすることができなかった。そして敵軍の掌中に陥ってるのを知った。多くは彼の思想に敵意をもってる文学者や、その命を奉じてる批評家などばかりだった。
彼らとの最初の接触に、彼は血を絞らるる思いをした。老ブルックナーは、新聞雑誌の意地悪さにひどく苦しめられて、もう自作の一編をも演奏させたがらなかったが、それと同じくらいにオリヴィエは、批難にたいして敏感だった。彼は、昔の同僚たる大学の職員らからさえも、支持されなかった。彼らはその職務のおかげで、フランスの精神的伝統にたいするある程度の知覚をなおもっていて、オリヴィエを理解し得るはずだった。しかしそういうりっぱな人々も一般に、規律に撓められ、自分の仕事に心を奪われ、仕甲斐のない職業のためにたいていは多少とも苛辣になっていて、オリヴィエが自分らと異なったことをやりたがるのを許し得なかった。善良な官吏として彼らは、才能の優越が階級の優越と調和するときにしか、才能の優越を認めたがらない傾向をもっていた。
そういう事態にあっては、三つの手段しかあり得なかった。暴力をもって抵抗をうち砕くこと、譲歩して屈辱的な妥協をなすこと、あるいは、あきらめて自分のためにばかり書くこと、オリヴィエには、第一の手段も第二の手段も取り得なかった。彼は第三の手段に身を託した。彼は生活のために厭々ながら出稽古をし、そのかたわら、筆を執った。その作品は大気のうちに花咲く望みがなくて、色褪せてき、空想的な非現実的なものとなっていった。
そういう薄明の生活のまん中に、クリストフが暴風雨のように落ちかかってきたのだった。人々の賤劣さとオリヴィエの気長さとに、彼は腹をたてた。
「いったい君には血の気がないのか。」と彼は叫んだ。「そんな生活をどうして我慢できるのか。あんな畜生どもよりすぐれてることを自分で知っていながら、手向かいもせずに踏みつぶされるままになってるじゃないか。」
「ではどうせよと言うのか。」とオリヴィエは言った。「僕には身を守ることができないのだ。軽蔑してる奴らと戦うのは厭なんだ。向こうでは僕にたいしてどんな武器でも用うるにきまってる。そして僕にはそんなことはできはしない。僕は彼らのような不正な方法に賴ることが厭なばかりでなく、彼らを害するのも心苦しいのだ。僕は子供のときには、ばかばかしく仲間からなぐられてばかりいた。卑怯者だと思われ、拳固を恐がってるのだと思われていた。けれどなぐられるよりも人をなぐるほうがずっと恐かったのだ。腕白者の一人にいじめられたある日、だれかにこう言われた。『一遍うんとやっつけて片をつけてしまえ。彼奴のどてっ腹を蹴破ってやれ。』ところがそれが僕には非常に恐かった。そんなことをするよりむしろなぐられているほうがよかった。」
「君には血の気がないんだ。」とクリストフは繰り返した。「その上に、始末に終えないキリスト教的観念ときてる……。教理問答だけになってるフランスの宗教教育、去勢された福音書、無味乾操な骨抜きの新約書……いつも眼に涙を浮かべてる人気取りの人道主義……。だが、大革命、ジャン・ジャック・ルソー、ロベスピエール、一八四八年、おまけにユダヤ人ども、などを見たまえ。血のたれてる旧約書の一部でも、毎朝読んでみるがいい。」
オリヴィエは抗弁した。彼は旧約書にたいして生来の反感をもっていた。その感情は、絵入聖書をひそかにひらいてみた子供のときからのものだった。その聖書は田舎の家の書庫にあったもので、だれも読んだ者がなかった。――(子供には読むことが禁じられてさえいた。)――が禁ずるにも及ばなかった。オリヴィエは長くその書物を手にしてはいられなかった。彼はいらだち悲しくなって、すぐにそれを閉じてしまった。そのあとで、イーリアスやオデュッセイアやまたは千一夜物語などに読みふけって、ようやく安心するのだった。
「イリヤードの中の神々は美しい力強い不徳な人間である。僕にはよく理解できる。」とオリヴィエは言った。「僕はそれらを愛するか愛しないかだ。愛しないときでさえなお愛してるとも言える。まったく惚れ込んでるのだ。パトロクレスとともに血まみれのアキレスの美しい足には接吻したい。しかし聖書の神は、偏執狂の老ユダヤ人で、恐ろしい狂人で、いつも怒号し威嚇し、怒った狼のようにわめきたて、雲の中で逆上している。僕には理解できないし、愛せられもしない。その永遠の呪いを見ると頭が痛くなるし、その獰猛さを見ると恐ろしくなる。
ダマスカスにたいする裁断、
バビロンにたいする裁断、
エジプトにたいする裁断、
海原の沙漠にたいする裁断、
幻象の谷にたいする裁断……。
C'est un fou, qui se croit juge, accusateur public, et bourreau à lui seul, et qui prononce des arrêts de mort, dans la cour de sa prison, contre les fleurs et les cailloux. On suffoque de la ténacité de haine, qui remplit ce livre de ses cris de carnage...—«le cri de la ruine,... le cri enveloppe la contrée de Moab; son hurlement va jusqu'en Eglazion; son hurlement va jusqu'en Béer...»—De temps en temps, il se repose au milieu des massacres, des petits enfants écrasés, des femmes violées et éventrées; et il rit, du rire d'un soudard de l'armée de Josué, à table, après le sac d'une ville:
«Et le Seigneur des armées fait à ses peuples un banquet de viandes grasses, de graisse moelleuse, un banquet de vins vieux, de vins vieux bien purifiés... L'épée du Seigneur est pleine de sang. Elle s'est rassasiée de la graisse des rognons de moutons...»
Le pire, c'est la perfidie avec laquelle ce dieu envoie son prophète pour aveugler les hommes, afin d'avoir une raison pour les faire souffrir:
«Va, endurcis le cœur de ce peuple, bouche ses yeux et ses oreilles, de peur qu'il ne comprenne, qu'il ne se convertisse et ne recouvre la santé.—Jacques à quand, Seigneur?—Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'habitants dans les maisons, et que la terre soit plongée dans la désolation...»
Non, de ma vie, je n'ai vu un aussi méchant homme!...
Je ne suis pas assez sot pour méconnaître la puissance du langage. Mais je ne puis séparer la pensée de la forme; et si j'admire parfois ce dieu juif, c'est à la façon dont j'admire un tigre. Shakespeare, enfanteur de monstres, n'a jamais réussi à enfanter un tel héros de la Haine,—de la Haine sainte et vertueuse. Ce livre est effrayant. Toute folie est contagieuse. Le péril de celle-ci est d'autant plus grand que sou orgueil meurtrier a des prétentions purificatrices. L'Angleterre me fait trembler, quand je pense que, depuis des siècles, elle s'en repait. J'aime à sentir entre elle et moi le fossé de la Manche. Je ne croirai jamais un peuple tout à fait civilisé, tant qu'il se nourrira de la Bible.
—Tu feras bien, en ce cas, d'avoir peur de moi, dit Christophe, car je m'en enivre. C'est la moelle des lions. Les cœurs robustes en sont nourris. L'Évangile, sans l'antidote de l'Ancien Testament, est un plat fade et malsain. La Bible est l'ossature des peuples qui veulent vivre. Il faut lutter, il faut haïr.
—J'ai la haine de la haine, dit Olivier.
—Si seulement tu l'avais! dit Christophe.
—Tu dis vrai, je n'en ai même pas la force. Que veux-tu? Je ne puis pas ne pas voir les raisons de mes ennemis. Je me répète le mot de Chardin: «De la douceur! De la douceur!»
—Diable de mouton! dit Christophe. Mais tu auras beau faire, je te ferai sauter le fossé, je te mènerai tambour battant.
En effet, il prit en main la cause d'Olivier, et se mit en campagne. Ses débuts ne furent pas très heureux. Il s'irritait au premier mot, et il faisait du tort à son ami, en le défendant; il s'en rendait compte, après, et se désolait de ses maladresses.
Olivier n'était pas en reste. Il bataillait pour Christophe. Il avait beau redouter la lutte et être doué d'une intelligence lucide et ironique, qui raillait les paroles et les actes excessifs: quand il s'agissait de défendre Christophe, il dépassait en violence tous les autres et Christophe. Il perdait la tête. En amour, il faut savoir déraisonner. Olivier ne s'en faisait pas faute.—Toutefois, il se montrait plus habile que Christophe. Ce garçon, intransigeant et maladroit pour lui-même, était capable de politique et presque de rouerie pour le succès de son ami; il dépensait une énergie et une ingéniosité admirables à lui gagner des partisans; il savait intéresser à lui des critiques musicaux et des Mécènes, qu'il eût rougi de solliciter pour lui-même.
Au bout du compte, ils avaient bien du mal à améliorer leur sort. Leur amour l'un pour l'autre leur faisait commettre beaucoup de sottises. Christophe s'endettait pour faire éditer en cachette un volume de poésies d'Olivier, dont on ne vendit pas un exemplaire. Olivier décidait Christophe à donner un concert, où il ne vint presque personne. Christophe, devant la salle vide, se consolait bravement avec le mot de Hændel: «Parfait! Ma musique en sonnera mieux...» Mais cette forfanterie ne leur rendait pas l'argent qu'ils avaient dépensé; et ils rentraient au logis, le cœur gros.
Parmi ces difficultés, le seul qui leur vînt en aide était un Juif d'une quarantaine d'années, nommé Taddée Mooch. Il tenait un magasin de photographies d'art; il s'intéressait à son métier, il y apportait beaucoup de goût et d'habileté; mais il s'intéressait à tant de choses, à côté, qu'il en négligeait son commerce. Quand il s'en occupait, c'était pour chercher des perfectionnements techniques, pour s'engouer de nouveaux procédés de reproductions, qui, malgré leur ingéniosité, réussissaient rarement et coûtaient beaucoup d'argent. Il lisait énormément et se tenait à l'affût de toutes les idées neuves en philosophie, en art, en science, en politique; il avait un flair surprenant pour découvrir les forces originales: on eût dit qu'il en subissait l'aimant caché. Entre les amis d'Olivier, isolés comme lui et travaillant chacun de son côté, il servait de lien. Il allait des uns aux autres; et par lui s'établissait entre eux, sans qu'ils en eussent conscience, un courant permanent d'idées.
Quand Olivier voulut le faire connaître à Christophe, Christophe s'y refusa d'abord; il était las de ses expériences avec la race d'Israël. Olivier, en riant, insista, disant qu'il ne connaissait pas mieux les Juifs qu'il ne connaissait la France. Christophe consentit donc; mais la première fois qu'il vit Taddée Mooch, il fit la grimace. Mooch était, d'apparence, plus Juif que de raison: le Juif, tel que le représentent ceux qui ne l'aiment point: petit, chauve, mal fait, le nez pâteux, de gros yeux qui louchaient derrière de grosses lunettes, la figure enfouie sous une barbe mal plantée, rude et noire, les mains poilues, les bras longs, les jambes courtes et torses: un petit Baal syrien. Mais il y avait en lui une telle expression de bonté que Christophe en fut touché. Surtout Mooch était simple et ne disait aucune parole inutile. Pas de compliments exagérés. Un mot discret seulement. Mais un empressement à se rendre utile; et, avant même qu'on lui eût rien demandé, un service accompli. Il revenait souvent, trop souvent; et presque toujours il apportait quelque bonne nouvelle: un travail à faire pour l'un des deux amis, un article d'art ou des cours pour Olivier, des leçons de musique pour Christophe. Il ne restait jamais longtemps. Il mettait une affectation à ne pas s'imposer. Peut-être percevait-il l'agacement de Christophe, dont le premier mouvement était toujours d'impatience, lorsqu'il voyait paraître à la porte la figure barbue de l'idole carthaginoise,—(il l'appelait: Moloch),—quitte, le moment d'après, à se sentir le cœur plein de gratitude pour sa parfaite bonté.
La bonté n'est pas rare chez les Juifs: c'est de toutes les vertus celle qu'ils admettent le mieux, même quand ils ne la pratiquent pas. À la vérité, elle reste chez la plupart sous une forme négative ou neutre: indulgence, indifférence, répugnance à faire le mal, tolérance ironique. Chez Mooch, elle était passionnément active. Il était toujours prêt à se dévouer pour quelqu'un ou pour quelque chose. Pour ses coreligionnaires pauvres, pour les réfugiés russes, pour les opprimés de toutes les nations, pour les artistes malheureux, pour toutes les infortunes, pour toutes les causes généreuses. Sa bourse était toujours ouverte; et, si peu garnie qu'elle fût, il trouvait moyen d'en faire sortir quelque obole; quand elle était vide, il en faisait sortir de la bourse des autres; il ne comptait jamais ses peines, ni ses pas, du moment qu'il s'agissait de rendre service. Il faisait cela simplement,—avec une simplicité exagérée. Il avait le tort de dire un peu trop qu'il était simple et sincère: mais le plus fort, c'est qu'il l'était.
Christophe, partagé entre son agacement et sa sympathie pour Mooch, eut une fois un mot cruel d'enfant terrible. Un jour qu'il était ému de la bonté de Mooch, il lui prit affectueusement les deux mains et dit:
—Quel malheur!... Quel malheur que vous soyez Juif!
Olivier sursauta et rougit, comme s'il s'agissait de lui. Il en était malheureux et il tâchait d'effacer la blessure causée par son ami.
Mooch sourit, avec une ironie triste, et il répondit tranquillement:
—C'est un bien plus grand malheur d'être un homme.
Christophe ne vit là qu'une boutade. Mais le pessimisme de cette parole était plus profond qu'il ne l'imaginait; et Olivier, avec la finesse de sa sensibilité, en eut l'intuition. Sous le Mooch qu'on connaissait, il en était un autre tout différent, et même en beaucoup de choses entièrement opposé. Sa nature apparente était le produit d'un long combat contre sa véritable nature. Cet homme qui semblait simple avait un esprit contourné: lorsqu'il s'abandonnait, il avait toujours besoin de compliquer les choses simples et de donner à ses sentiments les plus vrais un caractère d'ironie maniérée. Cet homme qui semblait modeste et trop humble parfois, avait un fond d'orgueil qui se connaissait et se châtiait durement. Son optimisme souriant, son activité incessante, incessamment occupée à rendre service aux autres, recouvraient un nihilisme profond, un découragement mortel qui avait peur de se voir. Mooch manifestait une grande foi en une foule de choses: dans le progrès de l'humanité, dans l'avenir de l'esprit juif épuré, dans les destinées de la France, soldat de l'esprit nouveau—(il identifiait volontiers les trois causes).—Olivier, qui n'était point dupe, disait à Christophe:
—Au fond, il ne croit à rien.
Avec tout son bon sens et son calme ironiques, Mooch était un neurasthénique qui ne voulait pas regarder le vide qui était en lui. Il avait des crises de néant; il se réveillait brusquement, au milieu de la nuit, en gémissant d'effroi. Il cherchait partout des raisons d'agir auxquelles s'accrocher, comme à des bouées dans l'eau.
On paye cher le privilège d'être d'une trop vieille race. On porte un faix écrasant de passé, d'épreuves, d'expériences lassées, d'intelligence et d'affection déçues,—toute une cuvée de vie séculaire, au fond de laquelle s'est déposé un âcre résidu d'ennui... L'Ennui, l'immense ennui sémite, sans rapports avec notre ennui aryen, qui nous fait bien souffrir aussi, mais qui du moins a des causes précises et qui passe avec elles: car il ne nous vient le plus souvent que du regret de n'avoir pas ce que nous désirons. Mais c'est la source même de la vie qui est atteinte, chez certains Juifs, par un poison mortel. Plus de désirs, plus d'intérêt à rien: ni ambition, ni amour, ni plaisir. Une seule chose persiste, non pas intacte, mais maladivement hyperesthésiée, en ces déracinés d'Orient, épuisés par la dépense d'énergie qu'ils ont dû faire depuis des siècles, et aspirant à l'ataraxie, sans pouvoir y atteindre: la pensée, l'analyse sans fin, qui empêche d'avance la possibilité de toute jouissance et qui décourage de toute action. Les plus énergiques se donnent des rôles, les jouent, plus qu'ils n'agissent pour leur compte. Chose curieuse, à nombre d'entre eux,—et non des moins intelligents, ni parfois des moins graves,—ce désintérêt de la vie réelle souffle la vocation, ou le désir inavoué de se faire acteurs, de jouer la vie,—seule façon pour eux de la vivre!
Mooch était aussi acteur, à sa façon. Il s'agitait, afin de s'étourdir. Mais au lieu que tant de gens s'agitent pour leur égoïsme, lui, s'agitait pour le bonheur des autres. Son dévouement à Christophe était touchant et fatigant. Christophe le rabrouait, et en avait regret ensuite. Jamais Mooch n'en voulait à Christophe. Rien ne le rebutait. Non qu'il eût pour Christophe une affection bien vive. C'était le dévouement qu'il aimait, plus que les hommes auxquels il se dévouait. Ils lui étaient un prétexte pour faire du bien, pour vivre.
Il fit tant qu'il décida Hecht à publier le David et quelques autres compositions de Christophe. Hecht estimait le talent de Christophe; mais il n'était point pressé de le faire connaître. Lorsqu'il vit Mooch tout prêt à lancer la publication, à ses frais, chez un autre éditeur, lui-même, par amour-propre, en prit l'initiative.
Mooch eut encore l'idée, dans une occasion critique où Olivier tomba malade et où l'argent manquait, de s'adresser à Félix Weil, le riche archéologue qui habitait dans la maison des deux amis. Mooch et Weil se connaissaient, mais ils avaient peu de sympathie l'un pour l'autre. Ils étaient trop différents; Mooch, agité, mystique, révolutionnaire, avec des façons «peuple» que peut-être il outrait, provoquait l'ironie de Weil, placide et gouailleur, de manières distinguées et d'esprit conservateur. Ils avaient bien un fonds commun: tous deux étaient également dénués d'intérêt profond à agir; seule, les soutenait leur vitalité tenace et machinale. Mais c'étaient là des choses dont ni l'un ni l'autre n'aimait à prendre conscience: ils préféraient n'être attentifs qu'aux rôles qu'ils jouaient, et ces rôles avaient peu de points de contact. Mooch rencontra donc un accueil assez froid auprès de Weil; quand il voulut l'intéresser aux projets artistiques d'Olivier et de Christophe, il se heurta à un scepticisme railleur. Les perpétuels emballements de Mooch pour une utopie ou pour une autre égayaient la société juive, où il était signalé comme un «tapeur» dangereux. Cette fois comme tant d'autres, il ne se découragea point; et tandis qu'il insistait, parlant de l'amitié de Christophe et d'Olivier, il éveilla l'intérêt de Weil. Il s'en aperçut et continua.
Il touchait là une corde sensible. Ce vieillard, détaché de tout, sans amis, avait le culte de l'amitié; la grande affection de sa vie avait été une amitié qui l'avait laissé en chemin: c'était son trésor intérieur; quand il y pensait, il se sentait meilleur. Il avait fait des fondations, au nom de son ami. Il avait dédié des livres à sa mémoire. Les traits que lui raconta Mooch de la tendresse mutuelle de Christophe et d'Olivier l'émurent. Son histoire personnelle avait quelque ressemblance avec la leur. L'ami qu'il avait perdu avait été pour lui une sorte de frère aîné, un compagnon de jeunesse, un guide qu'il idolâtrait. C'était un de ces jeunes Juifs, brûlés d'intelligence et d'ardeur généreuse qui souffrent du dur milieu qui les entoure, qui se sont donné pour tâche de relever leur race, et, par leur race, le monde, qui se dévorent eux-mêmes, qui se consument de toutes parts et flambent, en quelques heures, comme une torche de résine. Sa flamme avait réchauffé l'apathie du petit Weil. Tant que l'ami vécut. Weil marcha à ses côtés, dans l'auréole de foi,—foi dans la science, dans le pouvoir de l'esprit, dans le bonheur futur,—que rayonnait autour d'elle cette âme messianique. Après qu'elle l'eut laissé seul, Weil, faible et ironique, se laissa couler des hauteurs de cet idéalisme dans les sables de l'Ecclésiaste, que porte en elle toute intelligence juive, et qui sont toujours prêts à la boire. Mais jamais il n'avait oublié les heures passées avec l'ami, dans la lumière: il en gardait jalousement la clarté presque effacée. Il n'avait jamais parlé de lui à personne, même pas à sa femme, qu'il aimait: c'était chose sacrée. Et ce vieil homme, qu'on croyait prosaïque et de cœur sec, arrivé au terme de sa vie, se répétait en secret la pensée tendre et amère d'un brahmane de l'Inde antique:
«L'arbre empoisonné du monde produit deux fruits plus doux que l'eau de la fontaine de la vie: l'un est la poésie, et l'autre est l'amitié.»
Il s'intéressa dès lors à Christophe et Olivier. Discrètement, connaissant leur fierté, il se fit remettre par Mooch le volume des poésies d'Olivier, qui venait d'être publié; et, sans que les deux amis fissent une démarche, sans qu'ils eussent même soupçon de ses projets, il obtint pour l'ouvrage un prix d'Académie, qui tomba fort à point, au milieu de leur gêne.
Quand Christophe apprit que ce secours inattendu leur venait d'un homme qu'il était disposé à juger mal, il eut remords de ce qu'il avait pu dire ou penser; et surmontant son aversion pour les visites, il alla le remercier. Sa bonne intention ne fut pas récompensée. L'ironie du vieux Weil se réveilla en présence du jeune enthousiasme de Christophe, quoiqu'il fît effort pour la lui cacher; et ils s'entendirent assez mal ensemble.
Le jour où Christophe, reconnaissant et irrité, remontait dans sa mansarde, après la visite à Weil, il y trouva, avec le bon Mooch, qui venait rendre à Olivier quelque service nouveau, un article de revue désobligeant sur sa musique, par Lucien Lévy-Cœur,—non pas une franche critique, mais d'une bienveillance insultante, qui, par un jeu de persiflage raffiné, s'amusait à le mettre sur la même ligne que des musiciens de troisième ou de quatrième ordre, qu'il exécrait.
—Remarques-tu, dit Christophe à Olivier, après le départ de Mooch, que nous avons toujours affaire aux Juifs, uniquement aux Juifs? Ah! ça, serions-nous Juifs, nous-mêmes? Rassure-moi! On dirait que nous les attirons. Ils sont partout sur notre chemin, ennemis ou alliés.
—C'est qu'ils sont plus intelligents que les autres, dit Olivier. Les Juifs sont presque les seuls chez nous, avec qui un homme libre peut causer des choses neuves, des choses vivantes. Les autres s'immobilisent dans le passé, les choses mortes. Par malheur, ce passé n'existe pas pour les Juifs, ou du moins il n'est pas le même que pour nous. Avec eux, nous ne pouvons nous entretenir que d'aujourd'hui, avec ceux de notre race que d'hier. Vois l'activité juive, dans tous les ordres: commerce, industrie, enseignement, science, bienfaisance, œuvres d'art...
—Ne parlons pas de l'art, dit Christophe.
—Je ne dis pas que ce qu'ils font me soit toujours sympathique: c'est même odieux, souvent. Du moins, ils vivent et ils savent comprendre ceux qui vivent. Nous ne pouvons nous passer d'eux.
—Il ne faut rien exagérer, dit Christophe, gouailleur. Je saurais m'en passer.
—Tu saurais vivre, peut-être. Mais à quoi te servirait, si ta vie et ton œuvre restaient inconnues de tous, comme elles le seraient probablement sans eux? Sont-ce nos coreligionnaires qui viendraient à notre secours? Le Catholicisme laisse périr, sans un geste pour les défendre, les meilleurs de son sang. Tous ceux qui sont religieux du fond de l'âme, tous ceux qui donnent leur vie à la défense de Dieu,—s'ils ont eu l'audace de se détacher de la règle catholique et de s'affranchir de l'autorité de Rome,—aussitôt ils deviennent à l'indigne horde qui se dit catholique, non seulement indifférents, mais hostiles; elle fait le silence sur eux, elle les abandonne en proie aux ennemis communs. Un esprit libre, quelle que soit sa grandeur,—si, chrétien de cœur, il n'est pas chrétien d'obéissance,—qu'importe aux catholiques qu'il incarne ce qu'il y a de plus pur dans leur foi et de vraiment divin? Il n'est pas du troupeau, de la secte aveugle et sourde, qui ne pense point par soi-même. On le rejette, on se réjouit de le voir souffrir seul, déchiré par l'ennemi, appelant à l'aide ses frères, pour la foi desquels il meurt. Il y a dans le catholicisme d'aujourd'hui une puissance d'inertie meurtrière. Il pardonnerait plus aisément à ses ennemis qu'à ceux qui veulent le réveiller et lui rendre la vie... Que serions-nous, mon pauvre Christophe, quelle serait notre action, à nous, catholiques de race, qui nous sommes faits libres, sans une poignée de libres protestants et de Juifs? Les Juifs sont dans l'Europe d'aujourd'hui les agents les plus vivaces de tout ce qu'il y a de bien et de mal. Ils transportent au hasard le pollen de la pensée. N'as-tu pas eu en eux tes pires ennemis et tes amis de la première heure?
—Cela est vrai, dit Christophe; ils m'ont encouragé, soutenu, adressé les paroles qui raniment dans la lutte, en montrant qu'on est compris. Sans doute, de ces amis-là, bien peu me sont restés fidèles: leur amitié n'a été qu'un feu de paille. N'importe! C'est beaucoup que cette lueur passagère, dans la nuit. Tu as raison: ne soyons pas ingrats!
—Ne soyons pas inintelligents surtout, dit Olivier. N'allons pas mutiler notre civilisation déjà malade, en prétendant l'ébrancher de quelques-uns de ses rameaux les plus vivaces. Si le malheur voulait que les Juifs fussent chassés d'Europe, elle en resterait appauvrie d'intelligence et d'action, jusqu'au risque de la faillite complète. Chez nous particulièrement, dans l'état de la vitalité française, leur expulsion serait pour la nation une saignée plus meurtrière encore que l'expulsion des protestants au XVIIe siècle.—Sans doute, ils tiennent, en ce moment, une place sans proportion avec leur valeur réelle. Ils abusent de l'anarchie politique et morale d'aujourd'hui, qu'ils ne contribuent pas peu à accroître, par goût naturel, et parce qu'ils s'y trouvent bien. Les meilleurs, comme cet excellent Mooch, ont le tort d'identifier sincèrement les destinées de la France avec leurs rêves juifs, qui nous sont souvent plus dangereux qu'utiles. Mais on ne peut leur en vouloir de ce qu'ils rêvent de faire la France à leur image: c'est qu'ils l'aiment. Si leur amour est redoutable, nous n'avons qu'à nous défendre et à les tenir à leur rang, qui est, chez nous, le second. Non que je croie leur race inférieure à la nôtre:—( ces questions de suprématie de races sont niaises et dégoûtantes.)—Mais il est inadmissible qu'une race étrangère, qui ne s'est pas encore fondue avec la nôtre, ait la prétention de connaître mieux ce qui nous convient, que nous-mêmes. Elle se trouve bien en France: j'en suis fort aise; mais qu'elle n'aspire point à en faire une Judée! Un gouvernement intelligent et fort, qui saurait tenir les Juifs à leur place, ferait d'eux un des plus utiles instruments de la grandeur française; et il leur rendrait service, autant qu'à nous. Ces êtres hypernerveux, agités et incertains, ont besoin d'une loi qui les tienne et d'un maître sans faiblesse, mais juste, qui les mate. Les Juifs sont comme les femmes: excellents, quand on les tient en bride; mais leur domination, à celles-ci et à ceux-là, est exécrable; et ceux qui s'y soumettent donnent un spectacle ridicule.
Malgré leur mutuel amour et l'intuition qu'il leur donnait de l'âme de l'ami, il y avait en eux des choses que Christophe et Olivier n'arrivaient pas à bien comprendre, et qui même les choquaient. Dans les premiers temps de l'amitié, où chacun fait effort pour ne laisser subsister de lui que ce qui ressemble à son ami, ils ne s'en aperçurent pas. Mais peu à peu l'image des deux races revint flotter à la surface. Ils eurent de petits froissements, que leur tendresse ne réussissait pas toujours à éviter.
Ils s'égaraient dans des malentendus. L'esprit d'Olivier était un mélange de foi, de liberté, de passion, d'ironie, de doute universel, dont Christophe ne parvenait pas à saisir la formule. Olivier, de son côté, était choqué du manque de psychologie de Christophe; son aristocratie de vieille race intellectuelle souriait de la maladresse de cet esprit vigoureux, mais lourd et tout d'une pièce, qui ne savait pas s'analyser, et qui était la dupe des autres et de soi. La sentimentalité de Christophe, ses effusions bruyantes, sa facilité d'émotion, semblaient à Olivier quelquefois agaçantes et même légèrement ridicules. Sans parler d'un certain culte de la force, de cette conviction allemande en l'excellence morale du poing, Faustrecht, dont Olivier et son peuple avaient de bonnes raisons pour n'être pas persuadés.
Et Christophe ne pouvait souffrir l'ironie d'Olivier, qui l'irritait souvent jusqu'à la fureur; il ne pouvait souffrir sa manie de raisonner, son analyse perpétuelle, je ne sais quelle immoralité intellectuelle, surprenante chez un homme aussi épris qu'Olivier de la pureté morale, et qui avait sa source dans la largeur de son intelligence: car elle répugnait à toute négation, et se plaisait au spectacle des pensées opposées. Olivier regardait les choses, d'un point de vue en quelque sorte historique, panoramique; il avait un tel besoin de tout comprendre qu'il voyait à la fois le pour et le contre; et il les soutenait tour à tour, suivant qu'on soutenait devant lui la thèse opposée; il finissait par se perdre lui-même dans ses contradictions. À plus forte raison, déroutait-il Christophe. Cependant, ce n'était chez lui ni désir de contredire, ni penchant au paradoxe; c'était une nécessité impérieuse de justice et de bon sens: il était froissé par la sottise de tout parti pris; et il lui fallait réagir. La façon crue dont Christophe jugeait les actes et les hommes immoraux, en grossissant la réalité, choquait Olivier, qui, bien qu'aussi pur, n'était pas du même acier inflexible, mais se laissait tenter, teinter, toucher par les influences extérieures. Il protestait contre les exagérations de Christophe, et il exagérait en sens inverse. Journellement, ce travers d'esprit le conduisait à soutenir contre ses amis la cause de ses adversaires. Christophe se fâchait. Il reprochait à Olivier ses sophismes et son indulgence. Olivier souriait: il savait bien quelle absence d'illusions recouvrait cette indulgence; il savait que Christophe croyait à beaucoup plus de choses que lui, et qu'il les acceptait mieux! Mais Christophe, sans regarder ni à droite ni à gauche, fonçait, comme un sanglier. Il en avait surtout à la «bonté» parisienne.
—Le grand argument dont ils sont si fiers pour «pardonner» aux gredins, c'est, disait-il, que les gredins sont assez malheureux de l'être, ou qu'il sont irresponsables... Mais d'abord, il n'est pas vrai que ceux qui font le mal soient malheureux. C'est là une idée de morale en action, de mélodrames niais, d'optimisme stupide, comme celui qui s'étale béatement dans Scribe et dans Capus,—(Scribe et Capus, vos grands hommes parisiens, les artistes dont est digne votre société de bourgeois jouisseurs, hypocrites, enfantins, trop lâches pour oser regarder en face leur bassesse)... Un gredin peut très bien être un homme heureux. Il a même les plus grandes chances pour l'être. Et quant à son irresponsabilité, c'est une autre sottise. Ayez donc le courage de reconnaître que la Nature étant indifférente au bien et au mal, et parla même méchante, un homme peut être criminel et parfaitement sain. La vertu n'est pas une chose naturelle. Elle est l'œuvre de l'homme. Qu'il la défende! La société humaine a été bâtie par une poignée d'êtres plus forts et plus grands. Leur devoir est de ne pas laisser entamer leur ouvrage héroïque par la racaille au cœur de chien.
Ces pensées n'étaient pas, au fond, très différentes de celles d'Olivier; mais, par un secret instinct d'équilibre, il ne se sentait jamais aussi dilettante que quand il entendait des paroles de combat.
—Ne t'agite donc pas, ami, disait-il à Christophe. Laisse le monde mourir. Comme les compagnons du Décaméron, respirons en paix les jardins embaumés de la pensée, tandis qu'autour de la colline de cyprès, enguirlandés de roses, Florence est dévastée par la peste noire.
Il s'amusait pendant des journées à démonter l'art, la science, la pensée, pour en chercher les rouages cachés; il en arrivait à un pyrrhonisme, où rien de ce qui était n'était plus qu'une fiction de l'esprit, une construction en l'air, qui n'avait même pas l'excuse, comme les figures géométriques, d'être nécessaire à l'esprit. Christophe enrageait:
—La machine allait bien; pourquoi la démonter? Tu risques de la briser. Et te voilà bien avancé, après! Qu'est-ce que tu veux prouver? Que rien n'est rien? Parbleu! Je le sais bien. C'est parce que le néant nous envahit de toutes parts que je lutte. Rien n'existe?... Moi, j'existe. Il n'y a pas de raison d'agir?... Moi, j'agis. Ceux qui aiment la mort, qu'ils meurent s'ils veulent! Moi, je vis, je veux vivre. Ma vie sur un plateau de la balance, la pensée sur l'autre... Au diable, la pensée!...
Il se laissait emporter par sa violence; et, dans la discussion, il disait des paroles blessantes. À peine les avait-il dites qu'il en avait le regret. Il eût voulu les retirer; mais le mal était fait. Olivier était sensible; il avait l'épiderme facilement écorché; un mot rude, surtout de quelqu'un qu'il aimait, le déchirait. Il n'en disait rien par orgueil, il se repliait en soi. Il n'était pas sans voir non plus, chez son ami, de ces soudaines lueurs d'égoïsme inconscient, qui sont chez tout grand artiste. Il sentait qu'à certaines heures, sa vie ne valait pas cher pour Christophe, au prix d'une belle musique:—(Christophe ne prenait guère la peine de le lui cacher!)—Il le comprenait, il trouvait que Christophe avait raison; mais il était triste.
Et puis, Christophe avait dans sa nature toutes sortes d'éléments troubles, qui échappaient à Olivier et qui l'inquiétaient. C'étaient des bouffées brusques d'humour baroque et redoutable. Certains jours, il ne voulait pas parler; ou il avait des accès de malice diabolique, il cherchait à blesser. Ou bien, il disparaissait: on ne le revoyait plus de la journée et d'une partie de la nuit. Une fois, il resta deux jours de suite absent. Dieu sait ce qu'il faisait! Il ne le savait pas trop lui-même... En vérité, sa puissante nature, comprimée dans cette vie et ce logement étroits, comme dans une cage à poulets, était par moments sur le point d'éclater. La tranquillité de son ami le rendait enragé: il avait envie de lui faire du mal. Il lui fallait se sauver, se tuer de fatigue. Il battait les rues de Paris et la banlieue, en quête vaguement de quelque aventure, que parfois il trouvait; et il n'eût pas été fâché d'une mauvaise rencontre, qui lui permît de dépenser le trop-plein de sa force, dans une rixe... Olivier, avec sa pauvre santé et sa faiblesse physique, avait peine à comprendre. Christophe ne comprenait pas mieux. Il s'éveillait de ces égarements, comme d'un rêve éreintant,—un peu honteux, inquiet de ce qu'il avait fait et de ce qu'il pourrait encore faire. Mais la bourrasque de folie passée, il se retrouvait comme un grand ciel lavé après l'orage, pur de toute souillure, serein et souverain. Il redevenait plus tendre que jamais pour Olivier, et il se tourmentait du mal qu'il lui avait causé. Il ne s'expliquait plusieurs petites brouilles. Tous les torts n'étaient pas toujours de son côté; mais il ne s'en regardait pas comme moins coupable; il se reprochait la passion qu'il mettait à avoir raison: il pensait qu'il vaut mieux se tromper avec son ami, qu'avoir raison contre lui.
Leurs malentendus était surtout pénibles, lorsqu'ils se produisaient le soir, et que les deux amis devaient passer la nuit dans cette désunion, qui était pour tous deux un désarroi moral. Christophe se relevait pour écrire un mot, qu'il glissait sous la porte d'Olivier; et le lendemain, à son réveil, il lui demandait pardon. Ou même, dans la nuit, il frappait à sa porte: il n'aurait pu attendre au lendemain. Olivier ne dormait pas plus que lui. Il savait bien que Christophe l'aimait et n'avait pas voulu l'offenser; mais il avait besoin de le lui entendre dire. Christophe le disait: tout était effacé. Quel calme délicieux! Ils dormaient bien, après!
—Ah! soupirait Olivier, qu'il est difficile de se comprendre!
—Aussi, qu'est-il besoin de se comprendre toujours? disait Christophe. J'y renonce. Il n'y a qu'à s'aimer.
Ces petits froissements, qu'ils s'ingéniaient ensuite à guérir, avec une tendresse inquiète, les rendaient presque plus chers l'un à l'autre. Dans les moments de brouille, Antoinette reparaissait dans les yeux d'Olivier. Les deux amis se témoignaient des attentions féminines. Christophe ne laissait point passer la fête d'Olivier, sans la célébrer par une œuvre qui lui était dédiée, par des fleurs, un gâteau, un cadeau, achetés, Dieu sait comment!—(car l'argent manquait souvent dans le ménage.)—Olivier s'abîmait les yeux à recopier, la nuit, en cachette, les partitions de Christophe.
Les malentendus entre amis ne sont jamais bien graves, tant qu'un tiers ne s'interpose pas entre eux.—Mais cela ne pouvait manquer d'arriver: trop de gens, en ce monde, s'intéressent aux affaires des autres, afin de les embrouiller.
Olivier connaissait les Stevens, que Christophe fréquentait naguère; et il avait subi l'attraction de Colette. Si Christophe ne l'avait pas rencontré dans la petite cour de son ancienne amie, c'était qu'à ce moment Olivier, accablé par la mort de sa sœur, s'enfermait dans son deuil et ne voyait personne. Colette, de son côté, n'avait fait aucun effort pour le voir: elle aimait bien Olivier, mais elle n'aimait pas les gens malheureux; elle se disait si sensible que le spectacle de la tristesse lui était intolérable: elle attendait que celle d'Olivier fût passée. Lorsqu'elle apprit qu'il paraissait guéri et qu'il n'y avait plus de danger de contagion, elle se risqua à lui faire signe. Olivier ne se fit pas prier. Il était à la fois sauvage et mondain, facilement séduit; et il avait un faible pour Colette. Quand il annonça à Christophe son intention de retourner chez elle, Christophe, trop respectueux de la liberté de son ami pour exprimer un blâme, se contenta de hausser les épaules, et dit, d'un air railleur:
—Va, petit, si cela t'amuse.
「それはまったく狂人だ。自分一人で審判者と検察官と死刑執行人とを兼ねてると思い、その獄屋の中庭で、花や小石にたいして死刑の宣告をしている。その書物を虐殺の叫びで満たしてる憎悪の執拗さには、あきれるのほかはない……。
「そして彼は、殺戮の間に、踏みつぶされた子供や強姦され腹を割かれた女などの間で、ときどき休息する。そして、都市を略奪して食卓についてるヨシュアの軍卒のように、彼はうち笑う。
「もっともいけないのは、この神が不誠実にも、予言者を遣わして人々を盲目にすることだ。それも彼らを苦しませるための理由を得るためにだ。
「いや僕は生まれてからまだかつて、これほど邪悪な男を見たことがない……。
「僕とても、言葉の力を認めないほど馬鹿ではない。しかし思想を形式から引き放すことはできないのだ。僕がときとしてこのユダヤの神を感嘆することがあるとしても、それは虎などを感嘆するのと同じ態度でなんだ。種々の怪物を生みだすシェイクスピヤでさえもこんな憎悪の――神聖な貞節な憎悪の――英雄を、うまくこしらえ出すことはできなかった。こんな書物は実に恐ろしいものだ。狂気はすべて伝染しやすい。そしてこの書物の狂気のうちには、その殺害的な傲慢さに純化的主張があるだけに、さらに大なる危険がこもっている。イギリスが数世紀来それを糧としてるのを思うと、僕はおののかざるを得ない。イギリスと僕との間に海峡の溝渠が感ぜられるのは仕合わせだ。ある民衆が聖書で身を養ってる間は、僕はそれをまったくの文化の民だとはけっして信じないだろう。」
「それでは君は僕をも恐れていいわけだ、僕は聖書に酔わされてるのだから。」とクリストフは言った。「聖書は獅子の精髄なんだ。それを常食としてる者こそ強健な心の人だ。福音書も旧約書の配剤がなければ、味のない不健全な料理にすぎない。聖書は生きんことを欲する民衆の骨格なのだ。戦わなければいけない、憎まなければいけない。」
「僕は憎悪を憎む。」とオリヴィエは言った。
「ただ君に憎悪の念さえあればいいんだが。」とクリストフは言った。
「君の言うとおり、僕には憎む力さえないのだ。しかたがない。敵のほうの理由をも見ないではいられないのだ。僕はシャルダンの言葉をみずから繰り返している、温和だ、温和だ! と。」
「まるで小羊だね。」とクリストフは言った。「しかし否でも応でも僕は、君に溝を飛び越えさしてみせる、無理やりに君を連れ出してみせる。」
果たして彼は、オリヴィエの事件を引き受けて、オリヴィエのために戦いだした。しかし最初のうちはあまり都合よくはいかなかった。彼は第一歩からもういらだって、友を弁護しながらかえってその不利を招いていた。あとで彼はそれに気づいて、自分の頓馬さに落胆した。
オリヴィエもじっとしてはいなかった。彼はクリストフのために戦っていた。彼は戦いを恐れていたし、過激な言葉や行為を嘲笑うだけの、明晰皮肉な知力をそなえていはしたが、それでもクリストフを弁護する場合になると、だれよりも、クリストフ自身よりも、いっそう過激になるのだった。無我夢中になるのだった。人は愛においては無茶になり得なければいけない。オリヴィエもその例にもれなかった。――けれども彼は、クリストフよりは巧妙だった。自分自身のことには一徹で頓馬だったこの青年も、友の成功のためには、策略やまた狡猾な術数をさえめぐらすことができた。非常な元気と機敏さとをもって、友に味方を得さしてやった。自分自身の味方に願うのは恥ずかしがってるような、音楽批評家やメセナスのごとき文芸保護者の連中を、うまくクリストフへ心向けさしてやった。
そういう努力にもかかわらず、二人はなかなか自分らの境遇を改善できなかった。たがいの愛情のために、いろいろばかげたことをした。クリストフは金を借りてオリヴィエの詩集を一冊内密に出版したが、一部も売れなかった。オリヴィエはクリストフを説き落として、音楽会をやらせたが、ほとんどだれも聴きに来なかった。クリストフはむなしい聴衆席を前にして、ヘンデルの言葉を繰り返しながらみずから雄々しく慰めた。「素敵だ! 俺の音楽はこのほうがよく響くだろう………。」しかしそういう空威張りも、費やした金を償ってはくれなかった。そして二人は寂しく家に帰っていった。
そういう困難のうちにおいて、彼らを助けに来てくれたただ一人の者は、タデー・モークという四十歳ばかりのユダヤ人だった。彼は美術写真の店を開いていた。そしてその職業に興味をもち、趣味と巧妙さとをもってやっていたが、それでもなおその商売をおろそかにしたいほど他のいろんなことに興味をもっていた。商売に身を入れるのも、技術上の完成を求めるためにであり、新しい複写法に熱中するためであった。がその複写法は、巧妙な工夫になってるにもかかわらず、めったに成功しなかったし、またたいへん金がかかった。彼は非常にたくさん書を読んで、哲学や芸術や科学や政治などのあらゆる新思想を求めていた。驚くべきほど鼻がきいて、独自の力をもってる者を嗅ぎ出していた。その隠れたる磁力を感じてるがようだった。オリヴィエの友人らが、各自に孤立して自分自分の仕事をしている間で、彼は一種の連繋の役目をなしていた。彼はあちらこちら行き来していた。そのために、彼らも彼も気づかないうちに、常に一つの思潮が皆の間にでき上がっていた。
その男をオリヴィエがクリストフへ近づかせようとしたとき、クリストフは初め断わった。彼はイスラエルの民族との過去の経験に飽き飽きしていた。オリヴィエは笑いながら、ぜひその男に会えと説きたて、フランスを知らないと同様にユダヤ人をもよく知ってはいないのだと言った。でクリストフは承諾した。しかしタデー・モークを初めて見ると、彼は顔を渋めた。モークは外見上、あまりにもユダヤ人的だった。ユダヤ人ぎらいの者が描き出すとおりのユダヤ型、背の低い頭の禿げた無格好な身体、すっきりしない鼻、大きな眼鏡の後ろから斜視する大きな眼、荒いまっ黒なもじゃもじゃした髯に埋まってる顔、毛深い手、長い腕、短い曲がった足、まったくシリアの小バール神であった。しかし彼のうちには深い温情の現われがあってクリストフはそれに心打たれた。彼はことに、ごくさっぱりしていて、少しも無駄な言葉を発しなかった。誇張したお世辞は少しも言わなかった。ただ慎み深い一言だけで済ました。しかし人の役にたとうと願っていた。人から頼まれないうちに、もう何か世話をしてくれていた。彼はたびたびやって来、あまりたびたびやって来た。そしてたいていいつも何か吉報をもたらした。二人のどちらかへ仕事をもって来、オリヴィエのために芸術上の論文執筆や講義の口をもって来、クリストフのために音楽教授の口をもって来た。彼はけっして長居をすることがなかった。彼は押しつけがましいことをわざと避けていた。たぶんクリストフのいらだちに気づいたのであろう。クリストフはそのカルタゴの偶像みたいな髯面が戸口に現われるのを見ると、いつもまっ先に我慢しかねるような様子をするのだった。――(彼はモークをモロックと呼んでいた。)――しかしモークが帰ってゆくと彼はすぐに、そのまったくの温情にたいして満腔の感謝を覚ゆるのだった。
温情はユダヤ人には珍しいことではない。それはあらゆる美徳のうちで、彼らがたとい実行しないときでももっともよく容認するものである。実をいえば、温情は彼らの大多数にあっては、否定的なあるいは中性的な形のままで、寛容、無関心、悪を行なうことの嫌悪、皮肉な許容、などとなる。ところがモークにあっては、その温情がひどく活動的だった。だれかにもしくは何事かに、いつでも身をささげようとしていた。貧しい同宗の者らのために、ロシアの亡命者らのために、あらゆる国民のうちの迫害された者らのために、不幸な芸術家らのために、あらゆる不運のために、あらゆる健気な事件のために、いつでも尽くそうとしていた。彼の財布はいつも口をあいていた。いかにその中身が少ないときでも、どうにかして多少の金を取り出した。まったく空である場合には、他人の財布から金を引き出した。人の世話をする場合になると、自分の心労や足労を意に介しなかった。単純に――わざとらしいほど単純に人の世話をした。単純で実直だとあまりに自称しているのは瑕だったが、しかし多とすべきは、実際彼が単純で実直なことだった。
クリストフはモークにたいするいらだちと好感との板ばさみになって、一度餓鬼大将みたいな残忍な言葉を発したことがあった。すなわちある日、彼はモークの親切に感動して、やさしく両手をとりながら言った。
「実に不幸なことだ……実に不幸なことだ、あなたがユダヤ人であるのは!」
オリヴィエはそれがあたかも自分のことででもあるかのように、ぎくりとして真赤になった。非常に当惑して、友が相手に与えた不快を打ち消そうとつとめた。
モークは寂しい皮肉の様子で微笑み、落ち着いて答えた。
「人間であるのはさらに大きな不幸です。」
クリストフはそれを単なる思いつきとしか見なかった。しかしその言葉のうちにこもっている悲観思想は、彼が想像も及ばないほど深いものだった。オリヴィエは精緻な感受性によって、それを直覚し得た。人に知られてるモークの下には、まったく異なった、そして多くの点においては全然反対でさえある、他のモークが存在していた。彼の表面の性質は、真の性質にたいする長い戦いから生じたものだった。単純らしく見えるこの男は、曲がりくねった精神をもっていた。自制していない場合には、いつも簡単な事物をも複雑にしたがり、もっとも真実な感情にも気取った皮肉の性質をもたせたがった。謙譲でときとするとあまりに卑下してる観があるこの男は、その底に傲慢さをもっていて、それをみずから知ってひどく抑制していた。彼のにこやかな楽観主義、たえず他人に尽くさんとする不断の活動性は、深い虚無思想を、自分で見るのも恐ろしい致命的な落胆を、その下に覆い隠していたのである。モークは、多くのことに大なる信念を表示していた。人類の進歩、純化されたユダヤ精神の未来、新精神の闘士たるフランスの運命などに。――(彼はこの三つの事柄を好んで同一視していた。)――しかしオリヴィエはそんなことに欺かれはしなかった。彼はクリストフに言った
「心の底では、彼は何も信じていないのだ。」
モークは、その皮肉な良識と冷静とにもかかわらず、自分のうちの空虚をながめたがらない神経衰弱者だった。ときどき虚無の発作に襲われた。真夜中に慴えた唸り声をたてながら、突然眼を覚ますこともあった。至る所に動き回るべき理由を捜し求めては、あたかも水中で浮標にすがるようにそれへしがみついていた。
あまりに古い民族たるの特権は、高い代価を要する。そのとき人がになわせられるものは、苦難や疲れた経験や裏切られた知能と愛情など、過去の大なる重荷である――古来の生活の大桶である。桶の底には、倦怠の苛辣な滓がたまっている……。倦怠、セム種族の広大な倦怠、それはわれわれアリアン種族の倦怠とは別種のものである。アリアン種族の倦怠は、われわれをかなり苦しませてはいるが、少なくともはっきりした原因をもっていて、その原因とともに過ぎ去ってしまう。なぜならそれはたいてい、欲望するものを得ないという憾みから来てるものである。しかしあるユダヤ人らにあっては、生の源泉そのものが、致命的な毒によって害されている。もはや欲望もなく、何物かにたいする興味もない。野心も愛も快楽もない。そして、数世紀来必要上精力を消費してきて疲憊しつくし、不動心の境地を渇望しながらそれに到達し得ないでいるそれらの、東方から根こぎにされた人々のうちに、ただ一つのもののみが、完全なままではなく、病的に過敏になされて、残存している。それは思考癖であり、限りなき分析癖であって、前もってあらゆる享楽を不可能ならしめ、あらゆる行動の勇気を失わせる。もっとも元気ある者らは、自分のために活動する以上に、種々の役目を引き受けてそれを演じている。不思議なことには、そういう実生活にたいする無欲さは、彼らのうちの多くの者に――かなり知力ありまた往々かなり真面目なのであるが――俳優となって生活を演ずるという、天性もしくは無意識的な願望を吹き込んでいる。そして彼らにとっては、それが唯一の生活方法なのである。
モークもやはり自己流の俳優であった。彼は気晴らしのために活動していた。しかし、多くの者が利己心のために活動してるのに反して、彼は他人の幸福のために活動していた。クリストフにたいする彼の尽力は、感心なほどでまたうるさいほどだった。クリストフはいつも彼を冷遇し、そのあとでまた後悔した。しかしモークはかつてクリストフを恨まなかった。何事も彼の気をそこなわなかった。と言って、クリストフにたいして強い愛情をもってるからではなかった。彼が愛してるのは、身をささげてる相手の人々よりも、献身そのものだった。相手の人々は彼にとっては、善をなすための、生きるための、一つの口実にすぎなかった。
彼は非常に骨折って、クリストフのダヴィデと他の数曲とを、ヘヒトに出版させることにした。ヘヒトはクリストフの才能を尊重してはいたが、それを世に紹介しようとつとめてはいなかった。ところが、モークが自分の金で他の出版屋に出版させかねないのを見て、彼は自負心から、みずから進んでそれを引き受けたのだった。
モークはまた、オリヴィエが病気にかかって金のない困難な場合に、二人と同じ建物に住んでる金持の考古学者たるフェリックス・ヴェールに、助力を求めようと考えついた。モークとヴェールとは知り合いだったが、おたがいにあまり同情の念はなかった。彼らはあまりに異なっていた。落ち着きがなく底暗く革命主義で、おそらく故意に誇張された「平民」的態度をしてるモークは、平静で嘲笑的で上品な態度と保守的な精神とをもったヴェールの、皮肉を招いていた。もとより彼らは共通の素質をももっていた。二人とも同じく活動にたいする深い興味を失っていた。そしてただ執拗な機械的な活力だけで支持されていた。しかしそれを意識することを二人とも好まなかった。彼らは自分の演じている役割にしか注意を払いたがらなかった。そしてその役割には、たがいに接触点がほとんどなかった。それでモークは、ヴェールからかなり冷やかに取り扱われた。オリヴィエとクリストフの芸術上の企図について、ヴェールに興味をもたせようとしたとき、彼はその懐疑的な冷笑に出会った。いつもなんらかの空中楼閣に熱中してるモークは、ユダヤ人仲間の笑い話となっていて、危険な「山師」とされていた。が彼は多くの場合のように、こんども落胆はしなかった。なおしつこく説きたてて、クリストフとオリヴィエとの友情を話してきかせながら、ヴェールの興味をひいた。それに気づいてなお説きつづけた。
彼はその点で相手の心琴に触れていた。友もなくすべてから離れてるこの老人は、友情を非常に尊んでいた。彼が一生のうちに感じた大なる情愛は友情だったが、途中でその友をも失ったのだった。友情は彼の内心の宝だった。友情のことを考えると慰められた。友の名前でいろんなことをやってきた。亡き友に著書をささげたりした。そして今、クリストフとオリヴィエとの相互の愛情をモークから聞かされると、そのいろんな点に感動させられた。彼の身の上の話も、二人のことと多少似通っていた。亡くなった彼の友は、彼にとっては、一種の兄であり、青春の伴侶であり、崇拝してる嚮導者であった。若いユダヤ人のある者らは、知力と勇ましい熱情とに燃えたち、周囲の酷薄な環境に苦しめられ、おのが民族を向上せしめおのが民族によって世界を向上せしめんと、身をささげて尽瘁し、みずから自分の身を疲憊さし、四方から自分自身を焼きつくし、樹脂の炬火のようにしばらくのうちに燃えつくしているが、彼の友もその一人だった。その炎はこの小ヴェールの無情無感を温めてくれた。彼が生きてた間は、ヴェールも、その救世主的な魂があたりに光被している信念の円光――学問や精神力や未来の幸福などにたいする信念の円光――に包まれて、彼と並んで歩いていた。しかしその魂から一人この世に置きざりにされた後には、弱い皮肉なヴェールは、その理想主義の高みからすべり落ちて、ユダヤ人の知力の中に存在しその知力を常にのみつくさんとしてる、伝道書の砂地にはいり込んでしまった。しかし彼は、友と共に光明のうちに過ごしたときのことをけっして忘れなかった。ほとんど消えてしまってるその光明の輝きを、大事に心のうちにしまっていた。彼はその友のことを、だれにも話したことがなく、愛してる妻にも話さなかった。それは神聖なのだった。そして、人からは乾燥した心の俗人だと思われ、もう生涯の終わり近く達してる、この老人は、古代インドのバラモン教徒の寂しいやさしい思想を、ひそかにみずから繰り返していた。
それ以来彼はクリストフとオリヴィエとに同情を寄せた。二人の気位の高いのを知って、最近出版されたオリヴィエの詩集をひそかにモークから届けてもらった。そして、二人の友になんらの奔走もさせないで、また自分の企てを少しも知らせないようにして、いろいろ骨折ったあげく、その詩集にある学芸院の賞金を得さしてやった。その賞金は、二人がたいへん困ってるときにおりよく手にはいった。
クリストフは、その意外の援助が、今まで悪く思いがちだった男から来たのを知ったとき、その男についていろいろ言ったり考えたりしたことを後悔した。そして、人を訪問することの厭さを無理に押えて、礼を言いに行った。が彼の殊勝な意志は報いられなかった。老ヴェールはクリストフの若々しい感激に接すると、例の皮肉さをいかに隠そうとしても押えきれなかった。そして二人はなかなか理解し合えなかった。
クリストフは、ヴェールを訪問したあと、感謝といらだちとを覚えながら、自分の屋根裏の部屋にもどって来たが、ちょうどその日、オリヴィエへ新しい仕事をもって来てくれてる善良なモークから、リュシアン・レヴィー・クールの筆になった、彼の音楽に関するありがたくない雑誌記事を見せられた。それは明らさまの非難ではなかったが、侮辱的な親切から書かれたもので、巧妙な揶揄によって、彼が忌みきらってる三、四流の音楽家のうちに、彼を列して喜んでいた。
「見たまえ、」とクリストフは、モークが帰った後オリヴィエに言った、「僕たちはいつもユダヤ人どもを相手に、ユダヤ人どもばかりを相手にしてるじゃないか。こんなふうでは僕たちまでユダヤ人になってしまいそうだ。そうじゃないか。僕たちはいつもユダヤ人どもをひきつけてると言われたってしかたない。僕たちの行く手にはどこにも、敵となり味方となってユダヤ人どもばかりいる。」
「それは彼らが他の者より知力すぐれてるからだ。」とオリヴィエは言った。「自由な精神の人が新しい事や生きた事柄を語り得る相手は、われわれのうちではほとんどユダヤ人らばかりなんだ。他の者どもは、過去のうちに、死んだ事物のうちに、じっと閉じこもっている。があいにくその過去は、ユダヤ人らにとっては存在しない、あるいは少なくとも、われわれが考えるのと同様なものではない。彼らを相手にしては、われわれは今日のことしか話すことはできない。ちょうど、同民族の者らとわれわれが過去のことしか話し得ないのと同じだ。あらゆる事柄におけるユダヤ人の活動を見てみたまえ、商業に、工業に、教育に、学問に、慈善事業に、芸術に……。」
「芸術のことは措こうじゃないか。」とクリストフは言った。
「僕は彼らがなすことにいつも同感してると言うのじゃない。往々嫌悪の情さえ覚ゆることがある。が少なくとも、彼らは生きているし、生きてる人々を理解し得るのだ。われわれは彼らなしに済ましてゆくことはできない。」
「大袈裟なことを言うなよ。」とクリストフは嘲り顔に言った。「僕はユダヤ人なしにやってゆけるよ。」
「おそらく生きてはゆけるだろうよ。しかし君の生命や君の作品が、だれにも知られずに終わったら、それがなんの役にたつだろうか。そしてユダヤ人らがいなかったら、たぶんそれは知られずに終わるだろう。われわれを助けに来てくれるものは、われわれの同宗教者たちだろうか。カトリック教は、その血縁のもっともすぐれた人々を、少しも保護しようとはせずに滅ぶるに任している。魂の底からして信仰してる人たち、神を守るために一生をささげてる人たち、そういう人々はすべて――もし彼らが大胆にカトリックの教則から離れローマの権力から脱した暁には――自称カトリックの卑しい多衆からは、ただに冷淡であるばかりでなくまた敵意ある者と見なされる。そして多衆は彼らのことには口をつぐみ、彼らを共通な敵の餌食としてしまう。また、自由精神の人は、いかに偉大な人であろうとも――もし彼が心からのキリスト教徒でありながらも服従的なキリスト教徒でない場合には――もっとも純なる真に聖なる信仰を彼が体現していることも、カトリック教徒らにとってはなんの重きもなさない。その人は羊の群れに属する者ではなく、自分自身で考えることをしない盲目聾唖の信者ではない。それゆえ彼は人々から好んで打ち捨てられ、ただ一人で苦しみ、敵から引き裂かれ、同胞の助けを呼び求めながら、同胞の信仰のために死んでゆく。実に今日のカトリック教のうちには、殺害的な懶惰の力が存在している。今日のカトリック教は、それを覚醒さしそれに生命を与えんとする人々よりも、敵のほうをいっそう容易に容赦するかもしれない……。ねえクリストフ、少数の自由な新教徒とユダヤ人とがいなかったら、民族的にはカトリック教徒であり自身では自由人となってるわれわれは、いったいどうなるであろうか、何をすればいいのであろうか。ユダヤ人らは今日のヨーロッパにおいては、あらゆる善悪のもっとも長命な代表者である。彼らは思想の花粉をやたらにもち回っている。君は最初の悪い敵と最初の友とを、彼らのうちに見出しはしなかったか。」
「それはまったくだ。」とクリストフは言った。「彼らは僕を励まし支持してくれ、理解してることを示しながら戦う者に元気をつける言葉を、僕にかけてくれた。もとよりそれらの友のうちで、長く僕に忠実だった者はごく少ない。彼らの友情は藁火にすぎなかった。それでも結構だ。闇夜の中ではその一時の光もありがたい。君の言うことは道理だ。忘恩者ではありたくないものだ。」
「ことに愚昧者ではありたくないものだ。」とオリヴィエは言った。「いちばん古い枝を少しく切り落とすのだと称しながら、すでに病弱なわれわれの文明の幹を痛めたくないものだ。もし不幸にも、ユダヤ人らがヨーロッパから追われるならば、ヨーロッパはそのために知力と活動とが貧しくなって、全然崩壊してしまうかもしれない。ことにわれわれのうちにあっては、フランスの活動力の現今のような状態では、ユダヤ人らを放逐することは、十七世紀における新教徒らの放逐よりも、国民にとっていっそう危険な出血となるかもしれない。――もちろん彼らは現在では、その真価に不相応な地位を占めている。彼らは現今の政治および道徳上の無政府状態に乗じている。生来の趣味からまた好都合なところから、この状態の助長に少なからず力を尽くしている。すぐれた者らはあの敬すべきモークのように、フランスの運命と彼らユダヤ人の夢想とを、不都合にもごく真面目に同一視している。そのユダヤ人の夢想がまた、われわれにとって有益であるよりもむしろ多くは危険だ。しかし、彼らがフランスを自己流にこしらえ上げたがってるからといって、彼らを悪く思ってはいけない。それは彼らがフランスを愛してるからなのだ。たとい彼らの愛が恐るべきものであるとしても、われわれは自分自身を守りさえすればいいし、彼らをわれわれのうちでの本来の地位たる第二流の列に置きさえすればいい。と言って僕は、彼らの民族がわれわれの民族より劣ってると思ってるのではない。――(すべてかかる民族の優劣問題はつまらない不快なことだ。)――しかしながら、われわれの民族とまだ融和していない他の民族が、われわれに何が適してるかをわれわれ以上によく知ってると主張するのは、容認しがたいことだ。その民族がフランスでよくやってゆくことには、異議はない。しかし、フランスをユダヤ国たらしめようと望んではもらいたくない。知力秀でた強固な政府があって、ユダヤ人らをその本来の地位にすえ得るならば、フランスを偉大ならしむるもっとも有用な道具の一つと彼らをなすだろう。そして、われわれのためになると同時に彼らのためにもなるだろう。かかるそわそわした不安定な神経過敏な者らには、彼らをしめくくる法律の必要があり、彼らを制御する強い正しい首長の必要がある。ユダヤ人は女のようなものだ。人から手綱を引きしめられるとりっぱにしてる。しかし向こうが支配する場合には、女にしてもユダヤ人にしても、とてもたまらないことになる。その下に服従する者どもは、それこそ物笑いの種である。」
クリストフとオリヴィエとは、たがいに愛し合ってはいたけれど、また愛のためにたがいの魂にたいする直覚力を得てはいたけれど、それでも、おたがいによく理解のできない、おたがいに気を悪くさえするような、いろんなことが存在していた。友にもっとも似寄った自分の部分だけを存続させようと努力する友情の初期のうちは、二人ともそのことに気づかなかった。ところがやがて少しずつ、両民族の面影が表面に浮かび出てきた。二人はときどき気持の些細な齟齬を感じ、たがいの愛情をもってしてもそれを避けることができなかった。
二人は誤解のうちに迷い込んだ。オリヴィエの精神は、信念と自由と熱情と皮肉と普遍的疑惑との混合したもので、クリストフはその形体をとらえ得なかった。オリヴィエのほうでは、クリストフの心理の欠乏に不満だった。彼の知的な古い民族の貴族性は、クリストフの、強健ではあるが鈍重で融通がきかず、自己分析ができず、他人からも自分からも欺かれてる精神の、頓馬さ加減を笑っていた。その感傷性、騒々しい感情表白、たやすい感動、などもまたオリヴィエに、ときとすると厭な気を起こさしたり、軽い滑稽の念をさえ起こさせることがあった。そのうえ、力にたいするある種の崇拝については、すぐれた拳固道徳、もっとも強きものの権利にたいするドイツ流の確信については、オリヴィエや彼の民衆は、それを信じ得られないりっぱな理由をもっていた。
また、クリストフはオリヴィエの皮肉にしばしば立腹するほどいらだたせられて、それに我慢ができなかった。その理屈癖、不断の分析、ある一種の知的不道徳性、などにも我慢ができなかった。この知的不道徳性は、オリヴィエのごとく道徳的純潔を熱望してる者にあっては驚くべき事柄であった。その源は、あらゆる否定を拒む彼の知力、相反する思想を見渡して喜ぶ彼の知力、その知力自身の広さのうちにあった。オリヴィエは事物を、一種歴史的な全景的な見地からながめていた。すべてを理解したいとの念から、可否の両面を同時に見ていた。人が彼の前でその一方を支持すれば、彼は反対のほうを支持した。ついには彼自身がその矛盾のうちに迷い込んでしまった。そしてなおいっそうクリストフを途方にくれさした。けれども、人に反対したいという欲求や矛盾を好む傾向が、彼のうちにあるのではなかった。正理や良識を求むるところから必然に来たものだった。彼はあらゆる偏執の愚昧さに不快を感じ、それに反抗しずにはいられなかった。クリストフがすべてを実際以上に誇張して、不道徳な行為や人物を批判する生なやり方は、オリヴィエには不愉快だった。オリヴィエも同じく純粋ではあったが、同じ一徹な鋼鉄からできてはいなくて、外部の影響にそそられ染められ動かされた。彼はクリストフの誇張に抗言し、そして反対の方面へ誇張した。彼はいつもそういう精神の癖から、味方に反対して敵の主張を支持しがちだった。クリストフは腹をたてた。彼はオリヴィエにその詭弁と寛容を非難した。オリヴィエは微笑した。その寛容は空な幻をまとってるものでないことを、よく知っていた。クリストフのほうがはるかに多くのことを信じており、それをよりよく受け入れてることを、彼はよく知っていた。ただクリストフは、左右を顧みず猪突していた。パリー人の「温情」をことにいらだっていた。
「パリー人らがあんなに自慢そうに大議論をして、悪人どもを『容赦』しようとするのは、それは、」と彼は言った、「悪人どもはすでに悪人となるほど不幸であり、もしくは、彼ら自身には責任がないのである、と考えての上のことだ……。しかし、第一に、悪をなす者どもが不幸であるとは真実でない。そんなのは、芝居の上の道徳観念であり、幼稚な通俗劇の観念であり、スクリーブやカプュスの作品中に陳列されてるのと同様のばかげた楽天的観念である――(君らのパリーの偉人たるスクリーブやカプュスこそ、享楽的で偽善的で幼稚で自分の醜を正視し得ないほど卑怯な君らの中流社会に、ちょうどふさわしい芸術家だ。)――悪人たる者はよく幸福な人間になり得るのだ。幸福な人間になるべき機縁をもっとも多くそなえていさえする。そして悪人に責任がないということ、それもまた馬鹿げたことだ。自然は善と悪とに無関心であるから、またしたがって邪悪でさえもあり得るから、人はよく罪深くあるとともに完全に健全であり得るということを、認めるだけの勇気をもつがいい。美徳は自然的な事柄ではない。それは人間がこしらえ出したものだ。でそれを保護しなければいけない。人間の社会は、他の者よりも強い偉大な少数の人によって建てられたのだ。その雄壮な製作物を犬みたいな心を持った賤民どもから害されないようにすることこそ、人間の務めである。」
そういう思想は、要するに、オリヴィエの思想と大して異なってはいなかった。しかしオリヴィエは、平衡を欲するひそかな本能よりして、もっとも享楽的な気持で戦闘的な言葉を聞き流した。
「そうやきもきするなよ。」と彼はクリストフに言った。「世界をして死ぬがままにさしておくがいい。デカメロンの仲間のように、思想の花園の香ばしい空気を平和に呼吸しようよ。薔薇の花でとりまかれた糸杉の丘の周囲では、フロレンスの町が黒死病に荒らされていたって、構わないじゃないか。」
彼はその幾日もの間、芸術や学問や思想などの隠れた機械装置を探るために、それを分解して面白がっていた。そのためにいつしか懐疑癖に陥ってしまって、すべて存在するものは、もはや精神の作為にすぎなくなり、空中の楼閣にすぎなくなり、あたかも幾何学の図形のように、人の精神に必要であるとの口実をも失ってしまっていた。クリストフは憤慨した。
「機械はうまくいっているのに、なぜ分解するんだ。君はそれをこわしてしまうかもしれない。無駄な骨折りをしたことになるばかりだ。いったい君は何を証明したいのか。つまらないものはつまらないということをか。なあに、そんなことは僕にだってよくわかってる。われわれが戦うのは、四方から空虚が侵入してくるからだ。何も存在しないというのか……。しかしこの僕は存在している。活動の理由がないというのか……。しかしこの僕は活動している。死を好む奴らは、望みどおり死んでゆくがいい。しかしこの僕は生きてるし、生きることを欲するのだ。秤の一方の皿に僕の生命をのせ、他の皿に思想をのせるとすれば……思想なんか鬼に食われてしまえだ!」
彼はいつもの乱暴さに駆られていたし、議論をしながら人の気を害する言葉を発していた。がそれを言ってしまうとすぐに後悔した。それを取り消したかった。しかしもうあとの祭りだった。オリヴィエはたいへん感じやすかった。すぐに擦りむける皮膚をもっていた。ひどい一言を聞くと、ことに愛してる者からひどい一言を聞くと、胸せまる思いをした。彼は高慢心からそれを口には出さず、自分自身のうちに潜み込んだ。そのうえ彼は、あらゆる大芸術家のうちにある無意識的利己心の突然の閃きを、友のうちに認めないではなかった。そしてある場合には、自分の生命もクリストフにとっては、美わしい音楽に比して大した価値をもってはしないと、感ずるのであった。――(クリストフはそのことを彼に隠すだけの労をほとんど取らなかった。)――彼はよくそのことを理解して、クリストフのほうが道理だと思った。しかしそれは悲しいことだった。
それにまた、クリストフの性質中には各種の混濁した要素があって、オリヴィエにはそれがよく理解できず不安を覚えさせられた。それは奇怪な恐ろしい気分の突発だった。ある時は口をききたがらなかった。あるいはまた、ひどい意地悪をしたがって人を困らせようとばかりした。または、身を隠してしまって、その一日じゅう晩まで姿を見せなかった。あるときなどは二日間も引きつづいていなくなった。何をしてるのかだれにもわからなかった。彼自身もよくは知らなかった。……実際、彼の力強い性質は、その狭い生活と住居の中に、あたかも鶏小屋の中へでも入れられたように押し縮められて、ときどき爆発しかけていた。友の落ち着いてる様が腹だたしかった。するとその友をいじめてやりたくなった。そしては逃げ出して自分と自分を疲らさなければならなかった。パリーの街路や郊外をうろつき回って、ぼんやり何かの冒険を求め歩いた。そして時にはそれにぶつかった。悪い奴に出っくわして満ちあふれた力を喧嘩に費やしてしまうようなことでも、彼には平気だったろう……。オリヴィエは憐れな健康と肉体の弱さとのために、そのことを理解しかねた。がクリストフ自身にもよくわかってはいなかった。疲れ多い夢から覚めるように、それらの迷蒙から眼を覚ました――自分のしたことや、これからまだしかねないことなどが、やや恥ずかしくもあり不安でもあった。しかしその狂乱の突風が吹き去ると、あたかも雷雨のあとの広い洗われた空のように、あらゆる穢れから清められ朗らかになり主権者となった自分自身を、彼はふたたび見出すのだった。オリヴィエにたいしては前よりいっそうやさしくなり、苦しみをかけたことを心痛していた。二人がなんでちょいちょい争いをするのかもうわからなくなっていた。それはいつも彼のほうばかりが悪いのではなかった。それでも彼は罪が自分にあると考えた。自分を正当化するために勢い込んだことをみずからとがめた。友に反対して自分を正当だとするよりも、友に賛成して自分を欺くほうがいい、と彼は考えた。
二人の誤解は、それが晩に起こって、不和解のうちにその一夜を過ごさなければならないようなときにはことにつらいことだった。その不和解はどちらにとっても激しい悩乱の種となった。クリストフは起き上がって、一言書きしるし、それをオリヴィエの扉の下から差し入れた。翌日になると、向こうが眼を覚ますや否や許しを求めた。あるいはまた、夜中にその扉をたたくこともあった。翌日まで待てなかった。オリヴィエもたいてい、クリストフと同様に眠れなかった。クリストフは自分を愛しているし悪意あってなしたのではないと、彼はよく知っていた。しかし向こうからそう言われるのが聞きたかった。クリストフはそれを言った。すると何もかも消え去った。なんという歓ばしい静安だったろう! そのあとで二人は、いかによく眠ったことだろう!
「ああ、」とオリヴィエは嘆息した、「たがいに理解するのは実に困難なことだ!」
「だが、いつも理解し合う必要があるだろうか。」とクリストフは言った。「僕はそんなことはあきらめた。たがいに愛し合いさえすればいいのだ。」
それらの些細な不和を、その後二人は、細やかな愛情で直そうと考えついたので、そのためにたがいにますます親愛の度を加えた。不和の場合には、オリヴィエの眼の中にアントアネットの姿が現われてきた。二人の友は女のような心づかいをたがいに示した。オリヴィエの祝い日には、クリストフはかならず、彼にささげた作品や、または、花、菓子、贈り物などでそれを祝った。どうして買ってきたかはわからなかった――(なぜなら、家には金のないことがしばしばだったから。)――オリヴィエのほうでは、クリストフの総譜を夜ひそかに写し直しては、眼をくぼましていた。
人間の誤解は、第三者がはいり込んで来ないかぎりは、けっして重大なことではない。――しかし、いつかは第三者がきっとはいり込んで来るものである。この世ではあまりに多くの人が、他人の事柄を気にして、他人を不和ならしめようとしている。
オリヴィエは、クリストフが先ごろ出入りしていたストゥヴァン家の人たちを知っていた。そして彼もまたコレットに心ひかれていた。クリストフがその旧知の女の友の取り巻き連中の中でオリヴィエに出会わなかったのは、ちょうどそのころオリヴィエが姉の死にがっかりして、喪にこもってだれにも会わなかったからである。コレットのほうではオリヴィエに会おうとも努めなかった。彼女はオリヴィエを好きだったが、不幸な人を嫌いだった。自分は感じやすくて悲哀を見るに堪えないと思っていた。オリヴィエの悲しみが過ぎ去るのを待っていた。そして、彼の気持が回復してもうその悲しみに感染するの危険がなさそうだと知ったとき、思い切って呼び寄せてみた。オリヴィエはすぐに応じた。彼は人馴れないところがあるとともにまた、誘惑されやすい社交的なところがあった。そのうえコレットにたいしては弱味があった。彼はクリストフに、またコレットのもとへ出入りするつもりであることを告げた。クリストフは友の自由を束縛したくなかったので、少しも異議を唱えないで、ただ肩をそびやかした。そして揶揄的な様子で言った。
「面白いなら行くがいいよ。」
Mais il se garda bien de l'y suivre. Il était décidé à ne plus avoir affaire avec ces coquettes. Non qu'il fût misogyne: il s'en fallait de beaucoup. Il avait une prédilection tendre pour les jeunes femmes qui travaillent, les petites ouvrières, employées, fonctionnaires, qu'on voit se hâter, le matin, toujours un peu en retard, à demi éveillées, vers leur atelier ou leur bureau. La femme ne lui paraissait avoir tout son sens que quand elle agissait, quand elle s'efforçait d'être par elle-même, de gagner son pain et son indépendance. Et elle ne lui paraissait même avoir qu'ainsi toute sa grâce, l'alerte souplesse des mouvements, l'éveil de tous ses sens, l'intégrité de sa vie et de sa volonté. Il détestait la femme oisive et jouisseuse: elle lui faisait l'effet d'un animal repu, qui digère et s'ennuie, dans des rêveries malsaines. Olivier, au contraire, adorait le far niente des femmes, leur charme de fleurs, qui ne vivent que pour être belles et parfumer l'air autour d'elles. Il était plus artiste, et Christophe plus humain. À l'encontre de Colette, Christophe aimait d'autant plus les autres qu'ils avaient plus de part aux souffrances du monde. Ainsi, il se sentait lié à eux par une compassion fraternelle.
Colette était surtout désireuse de revoir Olivier, depuis qu'elle avait appris son amitié avec Christophe: car elle était curieuse d'en savoir les détails. Elle gardait un peu rancune à Christophe de la façon dédaigneuse, dont il semblait l'avoir oubliée; et, sans désir de se venger—(cela n'en valait pas la peine),—elle eût été bien aise de lui jouer quelque tour. Jeu de chatte, qui mordille, afin qu'on fasse attention à elle. Enjôleuse, comme elle savait l'être, elle n'eut pas de peine à faire parler Olivier. Personne n'était plus clairvoyant que lui et moins dupe des gens, quand il en était loin; personne ne montrait plus de confiance naïve, quand il se trouvait en présence de deux aimables yeux. Colette témoignait un intérêt si sincère à son amitié pour Christophe qu'il se laissa aller à en raconter l'histoire, et même certains de leurs petits malentendus amicaux, qui lui semblaient plaisants, à distance, et où il s'attribuait tous les torts. Il confia aussi à Colette les projets artistiques de Christophe et quelques-uns de ses jugements,—qui n'étaient pas flatteurs,—sur la France et les Français. Toutes choses qui n'avaient pas grande importance, par elles-mêmes, mais que Colette se hâta de colporter, en les arrangeant à sa manière, autant afin d'en rendre le récit plus piquant, que par une malignité cachée, à l'égard de Christophe. Et comme le premier à recevoir ses confidences fut naturellement son inséparable Lucien Lévy-Cœur, qui n'avait aucune raison de les tenir secrètes, elles se répandirent et s'embellirent en route; elles prirent un tour de pitié ironique et un peu insultante pour Olivier, dont on fit une victime. Il semblait que l'histoire ne dût avoir d'intérêt pour personne, les deux héros étant fort peu connus; mais un Parisien s'intéresse toujours à ce qui ne le regarde pas. Si bien qu'un jour Christophe recueillit lui-même ces secrets de la bouche de Mme Roussin. Le rencontrant à un concert, elle lui demanda s'il était vrai qu'il se fût brouillé avec ce pauvre Olivier Jeannin; et elle s'informa de ses travaux, en faisant allusion à des choses qu'il croyait connues de lui seul et d'Olivier. Et lorsqu'il lui demanda de qui elle tenait ces détails, elle lui dit que c'était de Lucien Lévy-Cœur, qui les tenait lui-même d'Olivier.
Christophe fut assommé par ce coup. Violent et sans critique, il ne lui vint pas à l'idée de discuter l'invraisemblance de la nouvelle; il ne vit qu'une chose: ses secrets, confiés à Olivier, avaient été livrés à Lucien Lévy-Cœur. Il ne put rester au concert; il quitta la salle aussitôt. Autour de lui, c'était le vide. Il se disait: «Mon ami m'a trahi!...»
Olivier était chez Colette. Christophe ferma à clef la porte de sa chambre, pour qu'Olivier ne pût pas, ainsi qu'à l'ordinaire, causer un moment avec lui, lorsqu'il rentrerait. Il l'entendit en effet revenir, tâcher d'ouvrir la porte, lui chuchoter bonsoir à travers la serrure: il ne bougea point. Il était assis sur son lit, dans l'obscurité, la tête entre les mains, se répétant: «Mon ami m'a trahi!...»; et il resta ainsi, une partie de la nuit. C'est alors qu'il sentit combien il aimait Olivier; car il ne lui en voulait pas de sa trahison: il souffrait seulement. Celui qu'on aime a tout droit contre vous, même de ne plus vous aimer. On ne peut lui en vouloir, on ne peut que s'en vouloir d'être si peu digne d'amour, puisqu'il vous abandonne. Et c'est une peine mortelle.
Le lendemain matin, quand il vit Olivier, il ne parla de rien; il lui était odieux de faire des reproches,—reproches d'avoir abusé de sa confiance, d'avoir jeté ses secrets en pâture à l'ennemi:—il ne put dire un seul mot. Mais son visage parlait pour lui; il était hostile et glacé. Olivier en fut saisi; il n'y comprenait rien. Timidement, il essaya de savoir ce que Christophe avait contre lui. Christophe se détourna brutalement, sans répondre. Olivier, blessé à son tour, se tut, et dévora son chagrin, en silence. Ils ne se virent plus, de tout le jour.
Quand Olivier l'eût fait souffrir mille fois davantage, jamais Christophe n'eût rien fait pour se venger, à peine pour se défendre: Olivier lui était sacré. Mais l'indignation qu'il ressentait avait besoin de se décharger sur quelqu'un; et puisque ce ne pouvait être sur Olivier, ce fut sur Lucien Lévy-Cœur. Avec son injustice et sa passion habituelles, il lui attribua aussitôt la responsabilité de la faute qu'il prêtait à Olivier; et il y avait pour lui une souffrance de jalousie insupportable à penser qu'un homme de cette espèce avait pu lui enlever l'affection de son ami, comme il l'avait déjà évincé de l'amitié de Colette Stevens. Pour achever de l'exaspérer, le même jour, lui tomba sous les yeux un article de Lévy-Cœur, à propos d'une représentation de Fidelio. Il y parlait de Beethoven sur un ton de persiflage, et raillait agréablement son héroïne pour prix Montyon. Christophe voyait mieux que quiconque les ridicules de la pièce, et même certaines erreurs de la musique. Il n'avait pas toujours montré un respect exagéré pour les maîtres reconnus. Mais il ne se piquait point d'être toujours d'accord avec lui-même et d'une logique à la française. Il était de ces gens qui veulent bien relever les fautes de ceux qu'ils aiment, mais qui ne le permettent pas aux autres. C'était d'ailleurs tout autre chose de critiquer un grand artiste, si âprement que ce fût, à la façon de Christophe, par foi passionnée dans l'art, et même—(on pouvait dire)—par un amour intransigeant pour sa gloire, qui ne supportait point en lui la médiocrité,—ou de ne chercher dans ces critiques, comme faisait Lévy-Cœur, qu'à flatter la bassesse du public et à faire rire la galerie, aux dépens d'un grand homme. Puis, quelque libre que fût Christophe en ses jugements, il y avait une musique, qu'il avait tacitement réservée, et à laquelle il ne fallait point toucher: c'était celle qui était plus et mieux que de la musique, celle qui était une grande âme bienfaisante, où l'on puisait la consolation, la force et l'espérance. La musique de Beethoven était de celles-là. Voir un faquin l'outrager l'exaspéra. Ce n'était plus une question d'art, c'était une question d'honneur; tout ce qui donne du prix à la vie, l'amour, l'héroïsme, la vertu passionnée, y étaient engagés. On ne peut pas plus permettre qu'on y porte atteinte que si l'on entendait insulter la femme qu'on vénère et qu'on aime: il faut haïr et tuer... Que dire, quand l'insulteur était, de tous les hommes, celui que Christophe méprisait le plus!
Et le hasard voulut que, le soir, les deux hommes se trouvèrent face à face.
Pour ne pas rester seul avec Olivier, Christophe était allé, contre son habitude, à une soirée chez Roussin. On lui demanda de jouer. Il le fit à contre-cœur. Toutefois, au bout d'un instant, il s'était absorbé dans le morceau qu'il jouait, lorsque, levant les yeux, il aperçut à quelques pas, dans un groupe, les yeux ironiques de Lucien Lévy-Cœur, qui l'observaient. Il s'arrêta net, au milieu d'une mesure; et, se levant, il tourna le dos au piano. Il se fit un silence de gêne. Mme Roussin, surprise, vint à Christophe, avec un sourire forcé; et, prudemment,—n'étant pas très sûre que le morceau ne fût pas terminé,—elle lui demanda:
—Vous ne continuez pas, monsieur Krafft?
—J'ai fini, répondit-il sèchement.
À peine eut-il parlé qu'il sentit son inconvenance; mais au lieu de le rendre plus prudent, cela ne fit que l'exciter davantage. Sans prendre garde à l'attention railleuse de l'auditoire, il alla s'asseoir dans un coin du salon, d'ou il pouvait suivre les mouvements de Lévy-Cœur. Son voisin, un vieux général, à la figure rosée et endormie, avec des yeux bleu pâle, d'expression enfantine, se crut obligé de lui adresser des compliments sur l'originalité du morceau. Christophe s'inclinait, ennuyé, et il grognait des sons inarticulés. L'autre continuait de parler, excessivement poli, avec son sourire insignifiant et doux; et il aurait voulu que Christophe lui expliquât comment il pouvait jouer de mémoire tant de pages de musique. Christophe se demandait s'il ne jetterait pas d'une bourrade le bonhomme en bas du canapé. Il voulait entendre ce que disait Lévy-Cœur: il guettait un prétexte pour s'attaquer à lui. Depuis quelques minutes, il sentait qu'il allait faire une sottise: rien au monde n'aurait pu l'empêcher de la faire.—Lucien Lévy-Cœur expliquait à un cercle de dames, avec sa voix de fausset, les intentions des grands artistes et leurs secrètes pensées. Dans un silence, Christophe entendit qu'il parlait, avec des sous-entendus polissons, de l'amitié de Wagner et du roi Louis.
—Assez! cria-t-il, en frappant du poing la table, près de lui.
On se retourna avec stupeur. Lucien Lévy-Cœur, rencontrant le regard de Christophe, pâlit légèrement, et dit:
—Est-ce à moi que vous parlez?
—À toi, chien! fit Christophe.
Il se leva, d'un bond.
—Il faut donc que tu salisses tout ce qu'il y a de grand, au monde! continua-t-il avec fureur. À la porte, cabot, ou je te flanque par la fenêtre!
Il s'avançait vers lui. Les dames s'écartèrent, avec de petits cris. Il y eut quelque désordre. Christophe fut entouré aussitôt. Lucien Lévy-Cœur s'était à demi soulevé; puis, il reprit sa pose négligente dans son fauteuil. Appelant à voix basse un domestique qui passait, il lui remit une carte; et il continua l'entretien, comme si rien ne s'était passé; mais ses paupières battaient nerveusement, et ses yeux clignotants jetaient des regards de côté, pour observer les gens. Roussin s'était planté devant Christophe, et, le tenant par les revers de son habit, il le poussait vers la porte. Christophe, furieux et honteux, tête baissée, avait devant les yeux ce large plastron de chemise blanche, dont il comptait les boutons en brillants; et il sentait sur son visage le souffle du gros homme.
—Eh bien, mon cher, eh bien! disait Roussin, qu'est-ce qui vous prend? Qu'est-ce que ces façons? Observez-vous, sacrebleu! Savez-vous où vous êtes? Voyons, êtes-vous fou?
—Du diable si je remets les pieds chez vous! dit Christophe, en se dégageant. Et il gagna la porte.
Prudemment, on lui faisait place. Au vestiaire, un domestique lui présenta un plateau. Il y avait, dessus, la carte de Lucien Lévy-Cœur. Il la prit sans comprendre, la lut tout haut; puis, brusquement, il chercha dans ses poches en soufflant de colère; il en tira, après une demi-douzaine d'objets variés, trois ou quatre cartes froissées et salies:
—Tiens! Tiens! Tiens!—fit-il, en les jetant sur le plateau, si violemment qu'une d'elles tomba à terre.
Il sortit.
Olivier n'était au courant de rien. Christophe avait pris pour témoins les premiers venus: le critique musical Théophile Goujart, et un Allemand, le docteur Barth, privatdocent dans une université suisse, qu'il avait rencontré un soir dans une brasserie, et avec qui il avait lié connaissance, quoiqu'il eût peu de sympathie pour lui: mais ils pouvaient parler ensemble du pays. Après entente avec les témoins de Lucien Lévy-Cœur, l'arme choisie fut le pistolet. Christophe ignorait également toutes les armes, et Goujart lui dit qu'il ne ferait pas mal de venir avec lui à un tir pour prendre quelques leçons; mais Christophe s'y refusa; et, en attendant le lendemain, il se remit au travail.
Son travail était distrait. Il entendait bourdonner, comme dans un mauvais sommeil, une idée vague et fixe... «C'était désagréable, oui, désagréable... Quoi donc?—Ah! ce duel, demain... Plaisanterie! On ne se touche jamais... Cela se pourrait pourtant... Eh bien, après?... Après, mais justement, après... Un pressement de doigt de cet animal peut m'effacer de la vie... Allons donc! Oui, demain, dans deux jours, je pourrai être couché dans cette terre qui pue... Bah! ici ou ailleurs!... Ah! ça, est-ce que je serais lâche?—Non, mais il serait infâme de perdre dans une niaiserie le monde de pensée, que je sens grandir en moi... Au diable, ces luttes d'aujourd'hui, où l'on prétend égaliser les chances des adversaires! La belle égalité, que celle qui donne à la vie d'un drôle autant de prix qu'a la mienne! Que ne nous met-on en présence avec nos poings et des bâtons? Ce serait un plaisir. Mais cette froide fusillade!... Et naturellement, il sait tirer, et je n'ai jamais tenu un pistolet... Ils ont raison: il faut que j'apprenne... Il veut me tuer? C'est moi qui le tuerai.»
Il descendit. Il y avait un tir, à quelques pas de sa maison. Christophe demanda une arme, et se fit expliquer comment il fallait la tenir. Au premier coup, il faillit tuer le gérant; il recommença deux fois, trois fois, et ne réussit pas mieux; il s'impatienta: ce fut bien pis. Autour de lui, quelques jeunes gens regardaient et riaient. Il n'y faisait pas attention. Il s'obstina, si indifférent aux moqueries et si décidé à réussir que, comme il arrive toujours, on ne tarda pas à s'intéresser à cette patience maladroite; un des spectateurs lui donna des conseils. Lui, si violent d'habitude, écoutait, avec une docilité d'enfant: il luttait contre ses nerfs, qui faisaient trembler sa main; il se raidissait, les sourcils contractés; la sueur coulait sur ses joues; il ne disait pas un mot; mais, de temps en temps, il avait un sursaut de colère; puis, il se remettait à tirer. Il resta deux heures. Après deux heures, il mettait dans le but. Rien de plus saisissant que cette volonté domptant un corps rebelle. Elle inspirait le respect. Des railleurs du début, les uns étaient partis, les autres se turent peu à peu; et ils n'avaient pu se décider à abandonner le spectacle. Ils saluèrent amicalement Christophe, quand il partit.
En rentrant, Christophe trouva le bon Mooch, qui l'attendait, inquiet. Mooch avait appris l'altercation; il voulait savoir la cause de la querelle. Malgré les réticences de Christophe qui ne voulait pas accuser Olivier, il finit par deviner. Comme il était de sang-froid et qu'il connaissait les deux amis, il ne douta point qu'Olivier ne fût innocent de la petite trahison qui lui était imputée. Il se mit en quête, et n'eut pas de peine à découvrir que tout le mal venait des bavardages de Colette et de Lévy-Cœur. Il revint précipitamment en apporter la preuve à Christophe; il se figurait ainsi empêcher la rencontre. Ce fut tout le contraire: Christophe n'en conçut que plus de ressentiment contre Lévy-Cœur, quand il sut que, grâce à lui, il avait pu douter de son ami. Pour se débarrasser de Mooch, qui le conjurait de ne pas se battre, il promit tout ce que Mooch voulut. Mais son parti était pris. Il était joyeux, maintenant; c'était pour Olivier qu'il allait se battre. Ce n'était pas pour lui!
Une réflexion de l'un des témoins, tandis que la voiture montait l'allée à travers bois, réveilla brusquement l'attention de Christophe. Il chercha à lire ce qu'ils pensaient, et il constata qu'il leur était indifférent. Le professeur Barth calculait à quelle heure l'affaire serait finie, et s'il pourrait revenir à temps pour terminer encore dans la journée un travail commencé aux Manuscrits de la Bibliothèque Nationale. Des trois compagnons de Christophe, il était celui qui s'intéressait le plus à l'issue du combat, par amour-propre germanique. Goujart ne s'occupait ni de Christophe, ni de l'autre Allemand, et causait de sujets scabreux de physiologie égrillarde avec le docteur Jullien. Un jeune médecin toulousain, que Christophe avait eu naguère comme voisin de palier, et qui venait lui emprunter sa lampe à esprit de vin, son parapluie, ses tasses à café, qu'il rapportait invariablement cassés. Il lui donnait en échange des consultations gratuites, essayait sur lui des remèdes, et s'amusait de sa naïveté. Sous son impassibilité d'hidalgo castillan, somnolait une gouaillerie perpétuelle. Il était prodigieusement réjoui de cette aventure, qui lui paraissait burlesque; et d'avance, il escomptait les maladresses de Christophe. Il trouvait plaisant de faire cette promenade en voiture dans les bois, aux frais du brave Krafft.—C'était le plus clair des pensées du trio: ils envisageaient la chose comme une partie de plaisir, qui ne leur coûtait rien. Aucun n'attribuait la moindre importance au duel. Ils étaient d'ailleurs préparés, avec calme, à toutes les éventualités.
Ils arrivèrent au rendez-vous, avant les autres. Une petite auberge au fond des bois. Un endroit de plaisir, plus ou moins malpropre, où les Parisiens venaient laver leur honneur. Les haies étaient fleuries de pures églantines. À l'ombre des chênes au feuillage de bronze, de petites tables étaient dressées. À l'une, trois bicyclistes étaient assis: une femme plâtrée, en culotte, avec des chaussettes noires; et deux hommes en flanelle, abrutis par la chaleur, qui poussaient de temps en temps des grognements, comme s'ils avaient désappris de parler.
L'arrivée de la voiture souleva à l'auberge un petit brouhaha. Goujart, qui connaissait de longue date la maison et les gens, déclara qu'il se chargeait de tout. Barth entraîna Christophe sous une tonnelle, et commanda de la bière. L'air était exquisément tiède et rempli du bourdonnement des abeilles. Christophe oubliait pourquoi il était venu. Barth, vidant la bouteille, dit, après un silence:
—Je vois ce que je vais faire.
Il but, et continua:
—J'aurai encore le temps: j'irai à Versailles, après.
On entendait Goujart marchander aigrement avec la patronne le prix du terrain pour le combat. Jullien n'avait pas perdu son temps: en passant près des bicyclistes, il s'était extasié bruyamment sur les jambes nues de la femme; et il s'en était suivi un déluge d'apostrophes ordurières, où Jullien n'était pas en reste. Barth dit à mi-voix:
—Les Français sont ignobles. Frère, je bois à ta victoire.
彼はオリヴィエについて行くことを控えた。ああいう浮薄な女どもとはもう関係すまいと決心していた。それは彼が女嫌いだったからではなかった。かえって女をたいへん好きだった。労働者や雇員や公吏など、すべて働いてる年若い女どもが、朝いつも多少遅れがちに、まだよく眼が覚めていない様子で、工場や事務所へ急いでゆくのを見ると、彼はやさしい好感を起こした。女がその意識をことごとくそなえてるのは、活動しているとき、自分自身で生存し自分のパンと独立とを得ようと努力してるときばかりだと、彼には思えた。そしてそういうときばかり女は、そのまったくの優美さを、動作の敏捷なしなやかさを、あらゆる官能の覚醒を、生命と意志との完全さを、そなえてるもののように彼には思えた。彼は怠惰な享楽的な女をきらった。それは不健全な空想に浸って消化と退屈とを事としてる満腹した動物のような気がした。オリヴィエはそれに反して、ただ美しくて周囲の空気を香らせんがためにのみ生きてるような、女の無為を、その花のような魅力を、非常に好んでいた。彼はより多く芸術家的であり、クリストフはより多く人間的だった。クリストフはコレットとは反対に、他人が世の苦しみを多くになっておればになっておるほどますます好きだった。そして彼は親愛な同情の念で他人に結ばれる心地がした。
コレットは、オリヴィエとクリストフとの交誼を知って以来、ことにオリヴィエに再会したがっていた。なぜならその細かな点を知りたかったから。クリストフが一種の軽蔑的な態度で彼女を忘れはてたらしいことについて、彼女は多少の恨みを含んでいた。そして別に意趣晴らしをするつもりではなしに――(わざわざ意趣晴らしをするほどの事柄ではなかった)――何か悪戯をしてやりたかった。猫のようにちょっと引っかいてやって、注意をひいてみたかった。彼女は人を口車にのせることが巧みだったから、わけなくオリヴィエに口を開かせてしまった。オリヴィエは、人から遠く離れてるときには、もっとも洞察の明があってもっとも欺かれなかった。しかしやさしい両の眼の前に出ると、率直な信頼さをもっとも多く見せるのだった。彼とクリストフとの友情にコレットがいかにも誠実そうな同情を示したので、彼はうっかりその友情の物語をして、些細な睦じい誤解などをもいくらか話した。その誤解も遠くからながめるとかえって愉快な気がしたし、また彼はすべて自分のほうが悪いのだとしていた。彼はまた、クリストフの芸術上の抱負や、フランスおよびフランス人にたいするクリストフの批判――それは賞賛的なものばかりではなかった――の多少を、コレットにもらした。それらのことはみな、それ自身では大したことではなかったが、コレットはそれを勝手に案配し、しかもクリストフにたいする一種のひそかな意地悪をもってしただけに、なおさら人の気をひく話となして、すぐさま方々へ流布した。第一にその内密話を聞いたのは、彼女の腰巾着たるリュシアン・レヴィー・クールだった。そしてレヴィー・クールは、それを秘密にしておく理由を少しももたなかった。でその話は、途中でますます面白いものとなって四方へ広がった。オリヴィエが犠牲者ということになって、オリヴィエにたいする皮肉なやや侮辱的な憐憫の調子を帯びてきた。本来ならばその話は、二人の主人公がほとんど世に知られていない人物だったから、だれにもさほど興味あるものとはなりそうになかった。しかしパリー人というものは、自分と無関係なことにいつまでも興味をもつものである。そしてついにその秘密は、ルーサン夫人の口からクリストフ自身の耳にまで伝わった。夫人はある日音楽会で彼に出会って、あのオリヴィエ・ジャンナンと喧嘩したのはほんとうかと尋ねた。そして、彼とオリヴィエ以外には知ってる者がないはずの事柄にそれとなく言及して、仕事のことを尋ねた。だれからそんな詳しいことを聞いたのかと尋ねられて、リュシアン・レヴィー・クールから聞いたのであり、レヴィー・クールはオリヴィエから聞いたそうであると、彼女は答えた。
クリストフはそれに参ってしまった。激烈で批評眼のない彼には、その噂がほんとうらしくないことを取り上げる考えは起こらなかった。彼はただ一つのことしか見なかった。オリヴィエに打ち明けたその秘密が、リュシアン・レヴィー・クールにもらされたのだ! 彼は音楽会にじっと残ってることができなかった。すぐに席を立った。周囲には空虚しか感ぜられなかった。彼はみずから言っていた、「友に裏切られた!……」
オリヴィエはコレットのもとへ行っていた。クリストフは自分の室の扉に鍵をかけて、オリヴィエがいつものとおり帰ってきて少し話をしようとしても、それができないようにした。しばらくすると果たして、オリヴィエが帰って来、扉を開こうとし、鍵のかかってる向こうから挨拶の言葉をささやいてるのが、聞こえてきた。しかし彼は身動きもしなかった。寝床の上に暗闇の中にすわり、頭を両手でかかえて繰り返していた、「友に裏切られた!……」そしてそのまま、夜中までじっとしていた。すると、いかにオリヴィエを愛してるかを感じてきた。裏切られたことを恨んでるのではなく、ただ一人苦しんでるのだった。愛せられる者のほうには、あらゆる権利がある。もはや相手を愛さないという権利さえある。人はそれを彼に恨むことはできない。彼から見捨てられて、自分がほとんど彼の愛を受くるにも足りないということを、みずから恨むだけのことである。それこそ致命的な苦しみである。
翌朝、クリストフはオリヴィエに会っても、なんとも言わなかった。オリヴィエを非難することは――信頼に乗じて秘密を敵へ餌として投げ与えた、と非難することは――いかにも厭な気がして、一言も口に出し得なかった。しかし彼の顔つきが彼に代わって口をきいていた。敵意を含んだ冷酷な顔つきだった。オリヴィエはそれに驚かされた。しかし少しも理由がわからなかった。クリストフが何を根にもっているのか、彼は恐る恐る知ろうと試みた。がクリストフは返辞もせずに、素気なく顔をそむけてしまった。オリヴィエのほうでも気にさわって、口をつぐみ、黙然として心を痛めた。二人はもうその日一日顔を合わせなかった。
クリストフは、オリヴィエからたといその千倍もの苦しみを与えられたとしても、けっして意趣晴らしをすることはできなかったろうし、ほとんど身を守ることさえできなかったろう。彼にとってオリヴィエは神聖なものであった。しかし彼は憤慨の念に駆られたあまり、だれかにぶつかって思いを晴らさなければならなかった。そして、オリヴィエがその的となり得なかったので、リュシアン・レヴィー・クールが的となった。彼はいつも不公平と激情とのために、オリヴィエが犯したはずの罪過の責任を、レヴィー・クールにもっていった。レヴィー・クールのような奴から、昔はコレット・ストゥヴァンの友情を奪われたうえに、こんどは友の愛情を奪われたかと思うと、堪えがたい嫉妬の苦しみを感じた。そしてさらに彼を激昂さしたことには、ちょうどその日、フィデリオ上演についてのレヴィー・クールの論説が眼にはいった。レヴィー・クールはその論説中で、ベートーヴェンのことを嘲弄の調子で述べたて、その女主人公をモンティオン賞のためにうまくひやかしていた。クリストフは、その作品の滑稽な点や音楽のある誤謬をさえ、だれよりもよく見て取っていた。彼は自身ではいつも、知名の大家にたいして大袈裟な尊敬を示しはしなかった。しかし、常に自説を固執することやフランス流の論理などを、少しも鼻にかけてはいなかった。彼は元来、自分の好きな人の欠点も指摘しはするが、他人にはそうすることを許さなかった。そのうえ、大芸術家を批評するのに、クリストフのようにいかに辛辣であろうとも、芸術上の熱烈な信念をもってし、また――(あえて言い得べくんば)――その人のうちに凡庸さを許し得ないほど、その栄誉にたいする一図な愛情をもってすること――もしくは、リュシアン・レヴィー・クールがしているように、偉人を貶して公衆の下劣さに媚び愚衆を笑わすることだけを、その批評の眼目とすること、その両者はまったく別事であった。つぎに、クリストフはいかにも自由な批判を事としてはいたが、常にある種の音楽にたいしては、それを黙って別な場所に安置し、けっして手を触れなかった。それは、いわゆる音楽よりもより高きより善き音楽であり、慰藉と力と希望とを汲み出し得る偉大な有益な魂そのものであった。ベートーヴェンの音楽はそういうものだった。それがある下司野郎から侮辱されてるのを見ると、彼は我を忘れて激昂した。もはや芸術上の問題ではなく、名誉の問題だった。すべて生に価値を与えるもの、愛、侠勇、熱烈な徳操、などがみな含まれていた。それが害されるのは、愛慕せる女の侮辱を聞くのと同様に、許し得られないことだった。憎悪し屠殺するのほかはなかった……。ましてその侮辱者は、クリストフがだれよりももっとも軽蔑してる男ではなかったか! そして偶然にも、その晩に、二人は顔を合わした。
オリヴィエと二人きりにならないために、クリストフは珍しくも、ルーサン家の夜会に行ったのだった。すると演奏を求められて、心ならずも承知した。それでもやがて、自分のひいてる楽曲の中に我を忘れた。そしてふと眼をあげたとき、数歩先に、一団の人々の中に、こちらを見守ってるリュシアン・レヴィー・クールの皮肉な眼を認めた。彼はある小節の最中にぴたりとひきやめ、立ち上がって、ピアノに背を向けた。人々は当惑してひっそりとなった。ルーサン夫人はびっくりして、強いて微笑を浮かべながら、クリストフのところへやって来た。そして用心深く――その楽曲のまだ終わっていないことがはっきりわからなかったので――彼に尋ねた。
「つづけておやりになりませんか、クラフトさん。」
「もう済みました。」と彼は冷やかに答えた。
そう言ってしまうや否や彼は自分の無作法に気づいた。しかしそのために慎み深くなるどころか、かえってますますいらだった。聴衆の嘲り気味な注目には気も止めずに彼は、リュシアン・レヴィー・クールの挙動が見守れる片隅に行ってすわった。隣席には、赤いぼんやりした顔をし、薄青い眼をもち、子供らしい表情を浮かべてる、ある老将軍がすわっていた。なんとかお世辞を言わなければならないと思ってか、彼の楽曲の独創的なことをほめた。クリストフは不快を感じてただ辞儀をし、訳のわからない言葉をつぶやいた。将軍は無意味なやさしい微笑を浮かべながら、極端に丁寧な調子で話しつづけた。そして、あんなに長い音楽をどうしてそらでひけるか、それを説明してもらいたがった。クリストフはその好々爺を長椅子からなぐり落としてやろうかとも考えた。彼はリュシアン・レヴィー・クールがなんと言ってるか聞きたがっていた。攻撃の口実をねらいすましていた。少し前から、自分が何か馬鹿げたことをしでかしそうな気持になっていた。どうしても馬鹿げたことをするに違いない気がした。――リュシアン・レヴィー・クールは、一団の婦人達を相手に、例のわざとらしい声で、大芸術家らの意図やその内心の思想などを、説明してきかしていた。ちょっとあたりがひっそりとなった合い間にクリストフは、彼がワグナーとルードウィッヒ王との友情について、言葉の裏に醜関係をにおわせながら話してるのを、それと聞き取った。
「もうたくさんだ!」と彼はそばのテーブルを拳固でたたきながら叫んだ。
人々は呆気に取られて振り向いた。リュシアン・レヴィー・クールはクリストフの眼つきに出会い、軽く蒼ざめて言った。
「君は僕に向かって言ってるのか。」
「君にだ、恥知らずめ!」とクリストフは言った。
彼はむっくと立ち上がった。
「世の中のりっぱなものを、君はなんでも汚そうとするんだな。」と彼は猛然と言いつづけた。「出て行け、馬鹿野郎、窓から放り出すぞ!」
彼は進み寄っていった。婦人たちはちょっと声をたてて遠のいた。少し騒ぎとなった。クリストフはすぐ人に取り巻かれた。リュシアン・レヴィー・クールは半ば腰を浮かしていた。それからまた肱掛椅子に事もなげにすわった。通りかかりの召使を小声に呼んで、一枚の名刺を渡した。そして、何事も起こらなかったかのように話をつづけた。しかしその眼瞼は神経質にまたたき、ちらちら横目で見やって、人々の様子をうかがっていた。ルーサンはクリストフの前に立ちふさがっていたが、その上衣の襟をとらえて、彼を扉のほうへ連れて行った。クリストフは憤怒と恥とでいっぱいになり、頭をたれて、ルーサンの白シャツの大きな胸部を眼の前にし、その光ったボタンを数えていた。そしてそのでっぷりした男の息を顔の上に感じていた。
「ええ、君、ええ、どうしたんだ?」とルーサンは言っていた。「なんとしたことだ? 反省してみたまえ。ここをどこだと思う? おい、気でも狂ったのか。」
「あなたの家へなんか、もう二度と足踏みはしない!」とクリストフは言いながら、向こうの両手を振り払った。そして扉へ進んでいった。
人々は用心して道を開いていた。着物置場で、一人の召使が彼に盆を差し出した。その上にはリュシアン・レヴィー・クールの名刺がのっていた。彼は訳がわからずにそれを取り上げて声高に読んだ。それからいきなり、激怒の息を吐きながらポケットの中を探った。五つ六ついろんな物を取り出したあとで、三、四枚の皺くちゃな汚い名刺を引き出した。
「そら、そら!」と言いながら彼は、それらの名刺を盆の上に激しくたたきつけたので、一枚は下にはね落ちてしまった。
彼は出て行った。
オリヴィエは何にも知らないでいた。クリストフは介添人として、手当たり次第に選んだ。音楽批評家のテオフィル・グージャールと、スイスのある大学の私任教授でドイツ人であるバールト博士とだった。彼はこのバールトに、ある晩麦酒店で出会ってそれから知り合いになったのだった。彼は相手にたいしてあまり同情はいだかなかったが、しかし二人いっしょになって故国のことを話すことができるのだった。リュシアン・レヴィー・クールの介添人らと相談のうえ、武器はピストルにきめられた。クリストフはいかなる武器の使い方も知らなかった。それでグージャールは、いっしょに射撃場へ行って少しは稽古しとくのも悪くなかろうと言った。がクリストフは断わった。そして翌日を待ちながら、仕事にかかった。
しかし彼の精神はよそにあった。悪夢の中でのように、漠然としたしかも固定してるある観念の唸り声が耳に響いていた……。「不愉快なことだ、そうだ、不愉快なことだ……どうしたというのだ? ああ、明日がその決闘……冗談だ!……けっしてあたるものか……だがあたるかもしれない……あたったら? あたる、そう、あたったら?……彼奴の指がちょっとしまると、それで俺の生命がなくなる……すると……そうだ、明日は、今から二日たつと、俺はこのパリーの汚い土地の中に横たわってるかもしれない……なあに、どこだって同じわけさ!……ところで、卑怯な真似をする?……いやするものか。しかし、俺のうちに生長してる多くの思想をみな、くだらないことに失ってしまうのは、名誉なことじゃない……。現今の決闘ほど厭なものはない。相手二人の運命を平等だとしてやがる。馬鹿者の生命と俺の生命とを同じ価値だとするなんて、なんという平等さだ! 拳固と棒とで戦うんだったら! それこそ素敵だ。だがこの冷やかな射撃では!……そしてもとより彼奴は打ち方を知ってる、が俺はピストルを手にしたことさえない……。皆の言うのは道理だ。稽古しなくちゃいけない……。彼奴は俺を殺すつもりだろう。なあに、俺のほうで彼奴を殺してやる。」
彼は降りて行った。近くに射的場があった。彼はピストルを一つかりて、その使い方を説明してもらった。最初の一発は、危うく主人を打ち殺すところだった。彼はつづいて二度三度とやってみたが、少しもうまくならなかった。焦れだしてきた。それがなおいけなかった。あたりには、数人の青年が見物して笑っていた。彼はそれに気も止めなかった。人の嘲りなどは平気でただ上達したい一心でやりつづけた。それでいつもあるとおりに、そのへまな根気強さはやがて人々の同情をひいた。見物の一人がいろいろ助言してくれた。彼はいつもの乱暴さに似ず、子供のようにおとなしく耳を傾けた。神経を押えつけて手を震わせまいとした。眉根を寄せて堅くなった。汗は両の頬に流れた。一言も口をきかなかった。しかしときどき、癇癪を起こして飛び上がった。それからまた打ち始めた。二時間もつづけた。二時間後に的に中った。その思うままにならぬ身体を制御しようとしてる意力ほど、人の心をひくものはなかった。それは人に敬意を起こさした。初めに笑ってた人々も、ある者は立去ったが、ある者はしだいに口をつぐんでしまい、見物をやめることができかねた。クリストフが立ち去るときには、皆親しく挨拶をした。
クリストフが家に帰ってみると、親切なモークが心配して彼を待っていた。モークは喧嘩のことを聞いて駆けつけて来たのだった。喧嘩の原因を知りたがっていた。クリストフはオリヴィエをとがめたくなかったので、はっきり言ってきかせなかったが、モークはついにそれを察した。彼は冷静であり二人の友人の人柄を知っていたので、オリヴィエが負わせられてるちょっとした背信の行為というのは事実無根であることを、少しも疑わなかった。そして事の起こりを調べにかかって、その間違いはコレットとレヴィー・クールとの饒舌から来たものであることを、わけなく発見してしまった。彼は大急ぎでもどって来て、それをクリストフに証明した。それで決闘をやめさせるつもりだった。しかし結果は反対だった。クリストフは、レヴィー・クールのせいで友に疑いをかけたのだと知ると、ますますレヴィー・クールにたいして憤った。そして、決闘するなとしきりにモークが頼むので、その厄介払いをするために、なんでも言うとおりになると約束した。しかし決心を固めていた。こうなるとまったく愉快だった。決闘するのはオリヴィエのためにだった。もう自分のためにではなかった。
馬車が森の中の径を進んでいるうちに、介添人の一人が発した言葉は、突然クリストフの注意を呼び起こした。彼は介添人らが考えてることを読み取ろうとつとめた。そして、彼らがいかに自分にたいして無関心でいるかを知った。バールト教授は、何時ごろこの片がつくかを考え、国民文庫の原稿のために始めていた仕事をその日のうちに終えられるくらいに、家に帰れるかどうかと考えていた。それでもクリストフの三人の連れのうちでは、ゲルマンの自負心から決闘の結果をもっとも気づかってる人だった。グージャールのほうは、クリストフのこともも一人のドイツ人のことも念頭に置かずに、猥褻心理の露骨な問題について医者のジュリアンと話していた。このジュリアンは、トゥールーズ生まれの若い医者で、最近クリストフと同階の隣人となり、ときどきアルコールランプや雨傘やコーヒー皿などを借りに来ては、いつもこわして返すのだった。その代わりには無料で診察をしてやり、いろいろの薬剤をすすめ、そして彼の率直な性質を面白がっていた。スペインの貴族みたいなその冷静さの下には、絶えざる嘲弄が潜んでいた。彼はこの決闘事件をひどく面白がり、それを道化じみたものと思っていた。そして前もって、クリストフの無器用さを当てにしていた。人のよいクラフトの金で森の中を馬車で散歩するなどとは、愉快なことだと思っていた。――そしてそれは明らかに、また三人一様の考えだった。彼らはこの事件を、費用のかからない遊山だと見なしていた。だれも決闘に重きをおいてはしなかった。それにまた皆落ち着き払って、あらゆる不慮の出来事をも覚悟していた。
彼らは相手方よりも先に約束の場所へ到着した。それは森の奥の小さな飲食店だった。パリー人らがその名誉を洗い清めに来る、やや不潔な遊び場所だった。生籬には清い野薔薇が花を開いていた。青銅色の葉をつけてる樫の木立の陰に、小さなテーブルが設けられていた。三人の自転車乗りがその一つに陣取っていた。一人は白粉をぬりたてた女で、半ズボンに黒い半靴下をはいていた。他の二人はフランネルの服をつけた男で、暑さにうんざりして、言葉を忘れたかのようにときどき唸り声を出していた。
馬車がついたのでその飲食店はちょっとこたごたした。グージャールはずっと以前からその家と人々とを知っていたので、自分がすべて引き受けると言った。バールトはクリストフを青葉棚の下へ引っ張っていって、ビールを命じた。空気は気持よく暖まっていて、蜜蜂の羽音が響いていた。クリストフは何しに来たのか忘れていた。バールトはビールを一本空にしながら、ちょっと沈黙のあとに言った。
「僕は仕事の予定をたててみた。」
彼は一杯飲んで言いつづけた。
「まだ時間があるだろうから、済んだあとでヴェルサイユに行くつもりだ。」
グージャールが主婦さん相手に決闘場所の借り賃を値切ってる声が聞こえていた。ジュリアンは時間を無駄に費やしてはいなかった。自転車乗りたちのそばを通りすがりに、女の裸の脛を騒々しくほめたてた。それにつづいて卑猥な言葉が一時に落ちかかってきたが、彼も負けてはいなかった。バールトは小声で言った。
「フランス人て実に穢らわしい奴らだ。君、僕は君の勝利を祈って飲むよ。」
Il choqua son verre contre le verre de Christophe. Christophe rêvait; des bribes de musique passaient dans son cerveau, avec le ronflement harmonieux des insectes. Il avait envie de dormir.
Les roues d'une autre voiture firent grésiller le sable de l'allée. Christophe aperçut la figure pâle de Lucien Lévy-Cœur, souriant comme toujours; et sa colère se réveilla. Il se leva, et Barth le suivit.
Lévy-Cœur, le cou serré dans une haute cravate, était mis avec une recherche qui faisait contraste avec la négligence de son adversaire. Après lui, descendirent le comte Bloch, un sportsman connu par ses maîtresses, sa collection de ciboires anciens, et ses opinions ultra-royalistes,—Léon Mouey, autre homme à la mode, député par littérature, et littérateur par ambition politique, jeune, chauve, rasé, figure hâve et bilieuse, le nez long, les yeux ronds, crâne d'oiseau,—enfin, le docteur Emmanuel, type de sémite très fin, bienveillant et indifférent, membre de l'Académie de médecine, directeur d'un hôpital, célèbre par de savants livres et par un scepticisme médical, qui lui faisait écouter avec une compassion ironique les doléances de ses malades, sans rien tenter pour les guérir.
Les nouveaux venus saluèrent courtoisement. Christophe répondit à peine, mais remarqua avec dépit l'empressement de ses témoins et les avances exagérées qu'ils firent aux témoins de Lévy-Cœur. Jullien connaissait Emmanuel, et Goujart connaissait Mouey; et ils s'approchèrent, souriants et obséquieux. Mouey les accueillit avec une froide politesse, et Emmanuel avec son sans-façon railleur. Quant au comte Bloch, resté près de Lévy-Cœur, d'un regard rapide il venait de faire l'inventaire des redingotes et au linge de l'autre camp, et il échangeait avec son client de brèves impressions bouffonnes, presque sans ouvrir la bouche,—calmes et corrects tous deux.
Lévy-Cœur attendait, très à l'aise, le signal du comte Bloch qui dirigeait le combat. Il considérait l'affaire comme une simple formalité. Excellent tireur, et connaissant parfaitement la maladresse de son adversaire, il n'aurait eu garde d'abuser de ses avantages et de chercher à l'atteindre, au cas bien improbable où les témoins n'eussent pas veillé à l'innocuité de la rencontre: il savait qu'il n'est pire sottise que de donner l'apparence de victime à un ennemi, qu'il est beaucoup plus sûr d'éliminer sans bruit. Mais Christophe, sa veste jetée, sa chemise ouverte sur son large cou et ses poignets robustes, attendait, le front baissé, les yeux durement fixés sur Lévy-Cœur, toute son énergie ramassée sur soi-même; la volonté du meurtre était implacablement inscrite sur tous les traits de son visage; et le comte Bloch, qui l'observait, pensait qu'il était heureux que la civilisation eût supprimé, autant que possible, les risques du combat.
Après que les deux balles eurent été échangées, de part et d'autre, naturellement sans résultat, les témoins s'empressèrent, félicitant les adversaires. L'honneur était satisfait.—Mais non Christophe. Il restait là, le pistolet à la main, ne pouvant croire que ce fût fini. Volontiers, il eût admis, comme au tir de la veille, que l'on restât à se fusiller jusqu'à ce qu'on mît dans le but. Quand il entendit Goujart lui proposer de tendre la main à son adversaire, qui chevaleresquement s'avançait à sa rencontre avec son sourire éternel, cette comédie l'indigna. Rageusement, il jeta son arme, bouscula Goujart, et se précipita sur Lévy-Cœur. On eut toutes les peines du monde à l'empêcher de continuer le combat, à coups de poing.
Les témoins s'étaient interposés, tandis que Lévy-Cœur s'éloignait. Christophe se dégagea de leur groupe, et, sans écouter leurs rires et leurs objurgations, il s'en alla à grands pas vers le bois, en parlant haut et faisant des gestes furieux. Il ne s'apercevait pas qu'il avait laissé sur le terrain son veston et son chapeau. Il s'enfonça dans la forêt. Il entendit ses témoins l'appeler, en riant; puis, ils se lassèrent, et ne s'inquiétèrent plus de lui. Un roulement de voitures qui s'éloignaient lui apprit bientôt qu'ils étaient partis. Il resta seul, au milieu des arbres silencieux. Sa fureur était tombée. Il se jeta par terre, et se vautra dans l'herbe.
Peu après, Mooch arrivait à l'auberge. Il était, depuis le matin, à la poursuite de Christophe. On lui dit que son ami était dans les bois. Il se mit à sa recherche. Il battit les taillis, il l'appela à tous les échos, et il revenait bredouille, quand il l'entendit chanter; il s'orienta d'après la voix, et il finit par le trouver dans une petite clairière, les quatre fers en l'air, se roulant comme un veau. Lorsque Christophe le vit, il l'interpella joyeusement, il l'appela «son vieux Moloch», il lui raconta qu'il avait troué son adversaire, de part en part, comme un tamis; il le força à jouer à saute-mouton avec lui, il le força à sauter; et il lui assénait des tapes énormes, en sautant. Mooch, bon enfant, s'amusait presque autant que lui, malgré sa maladresse.—Ils revinrent à l'auberge, bras dessus, bras dessous, et ils reprirent à la gare voisine le train pour Paris.
Olivier ignorait tout. Il fut surpris de la tendresse de Christophe: il ne comprenait rien à ces revirements. Le lendemain seulement, il apprit par les journaux que Christophe s'était battu. Il en fut presque malade, en pensant au danger que Christophe avait couru. Il voulut savoir pourquoi ce duel. Christophe se refusait à parler. À force d'être harcelé, il dit, en riant:
—Pour toi.
Olivier ne put en tirer une parole de plus. Mooch raconta l'histoire. Olivier, atterré, rompit avec Colette, et supplia Christophe de lui pardonner son imprudence. Christophe, incorrigible, lui récita un vieux dicton français, en l'arrangeant malignement à sa façon pour faire enrager le bon Mooch, qui assistait, tout heureux, au bonheur des deux amis:
—Mon petit, cela t'apprendra à te méfier...
De fille oiseuse et languarde,
De Juif patelin papelard,
D'ami fardé.
D'ennemi familier,
Et de vin éventé,
Libera nos, Domine!
L'amitié était retrouvée. La menace de la perdre, qui l'avait effleurée, ne faisait que la rendre plus chère. Les légers malentendus s'étaient évanouis; les différences mêmes entre les deux amis étaient un attrait de plus. Christophe embrassait dans son âme l'âme des deux patries, harmonieusement unies. Il se sentait le cœur riche et plein; cette abondance heureuse se traduisait, comme à l'ordinaire chez lui, par un ruisseau de musique.
Olivier s'en émerveillait. Avec son excès de critique, il n'était pas loin de croire que la musique, qu'il adorait, avait dit son dernier mot. Il était hanté de l'idée maladive qu'à un certain degré du progrès succède fatalement la décadence; et il tremblait que le bel art, qui lui faisait aimer la vie, ne s'arrêtât tout d'un coup, tari, bu par le sol. Christophe s'égayait de ces pensées pusillanimes. Par esprit de contradiction, il prétendait que rien n'avait été fait avant lui, que tout restait à faire. Olivier lui alléguait l'exemple de la musique française, qui semble parvenue à un point de perfection et de civilisation finissante, au delà duquel il n'y a plus rien. Christophe haussait les épaules:
—La musique française?... Il n'y en a pas eu encore... Et pourtant, que de belles choses vous avez à dire, dans le monde! Il faut que vous ne soyez guère musiciens, pour ne vous en être pas avisés. Ah! si j'étais Français!...
Et il lui énuméra tout ce qu'un Français pourrait écrire:
—Vous vous guindez à des genres qui ne sont pas faits pour vous, et vous ne faites rien de ce qui répond à votre génie. Vous êtes le peuple de l'élégance, de la poésie mondaine, de la beauté dans les gestes, les pas, les attitudes, la mode, les costumes, et vous n'écrivez plus de ballets, vous qui auriez pu créer un art inimitable de la danse poétique...—Vous êtes le peuple du rire intelligent, et vous ne faites plus d'opéras-comiques, ou vous laissez ce genre a des sous-musiciens. Ah! si j'étais Français, j'orchestrerais Rabelais, je ferais des épopées bouffes...—Vous êtes un peuple de romanciers, et vous ne faites pas de romans en musique: (car je ne compte pas pour tels les feuilletons de Gustave Charpentier). Vous n'utilisez pas vos dons d'analyse des âmes, votre pénétration des caractères. Ah! si j'étais Français, je vous ferais des portraits en musique... (Veux-tu que je te crayonne la petite, assise en bas, dans le jardin, sous les lilas?)... Je vous écrirais du Stendhal pour quatuor à cordes...—Vous êtes la première démocratie de l'Europe, et vous n'avez pas de théâtre du peuple, pas de musique du peuple. Ah! si j'étais Français, je mettrais en musique votre Révolution: le 14 juillet, le 10 août, Valmy, la Fédération, je mettrais le peuple en musique! Non pas dans le genre faux des déclamations wagnériennes. Je veux des symphonies, des chœurs, des danses. Pas de discours! J'en suis las. Silence aux mots! Brosser à larges traits, en de vastes symphonies avec chœurs, d'immenses paysages, des épopées Homériques et Bibliques, le feu, la terre et l'eau et le ciel lumineux, la fièvre qui gonfle les cœurs, la poussée des instincts, des destins d'une race, le triomphe du Rythme, empereur du monde, qui asservit les millions d'hommes et qui lance leurs armées à la mort... La musique partout, la musique dans tout! Si vous étiez musiciens, vous auriez de la musique pour chacune de vos fêtes publiques, pour vos cérémonies officielles, pour vos corporations ouvrières, pour vos associations d'étudiants, pour vos fêtes familiales... Mais, avant tout, avant tout, si vous étiez musiciens, vous feriez de la musique pure, de la musique qui ne veut rien dire, de la musique qui n'est bonne à rien, â rien qu'à réchauffer, à respirer, à vivre. Faites-moi du soleil! Sat prata... (comment est-ce que tu dis cela en latin?)... Il a assez plu chez vous. Je m'enrhume dans votre musique. On ne voit pas clair: rallumez vos lanternes... Vous vous plaignez aujourd'hui des porcherie italiennes, qui envahissent vos théâtres, conquièrent votre public, vous mettent à la porte de chez vous? C'est votre faute! Le public est fatigué de votre art crépusculaire, de vos neurasthénies harmoniques, de votre pédantisme contrapuntique. Il va où est la vie, grossière ou non,—la vie! Pourquoi vous en retirez-vous? Votre Debussy est un grand artiste; mais il vous est malsain. Il est complice de votre torpeur. Vous auriez besoin qu'on vous réveillât rudement.
—Tu veux nous administrer du Strauss?
—Pas davantage. Celui-là achèverait de vous démolir. Il faut avoir l'estomac de mes compatriotes pour supporter ces intempérances de boisson. Et ils ne les supportent même pas... La Salomé de Strauss!... Un chef-d'œuvre... Je ne voudrais pas l'avoir écrit... Je songe à mon pauvre vieux grand-père et à mon oncle Gottfried, lorsqu'ils me parlaient, sur quel ton de respect et d'amour attendri, du bel art des sons!... Disposer de ces divines puissances, et en faire un tel usage!... Un météore incendiaire! Une Ysolde, prostituée juive. La luxure douloureuse et bestiale. La frénésie du meurtre, du viol, de l'inceste, du crime, qui gronde au fond de la décadence allemande... Et, chez vous, le spasme du suicide voluptueux, qui râle dans votre décadence française... Ici, la bête; et là, la proie. Où, l'homme?... Votre Debussy est le génie du bon goût; Strauss, le génie du mauvais. Le premier est bien fade. Le second, bien déplaisant. L'un est un étang d'argent, qui se perd dans les roseaux et qui dégage un arôme de fièvre. L'autre, un torrent bourbeux... ah! le relent de bas italianisme, de néo-Meyerbeer, les ordures de sentiment qui roulent sous cette écume!... Un chef-d'œuvre odieux! Salomé, fille d'Ysolde... Et de qui Salomé sera-t-elle mère, à son tour?
—Oui, dit Olivier, je voudrais être d'un demi-siècle en avant. Il faudra bien que cette course à l'abîme finisse, d'une façon ou de l'autre: que le cheval s'arrête, ou qu'il tombe. Alors, nous respirerons. Dieu merci, la terre ne cessera pas de fleurir, avec ou sans musique. Qu'avons-nous à faire de cet art inhumain!... L'Occident se brûle... Bientôt... Bientôt... Je vois d'autres lumières qui se lèvent, du fond de l'Orient.
—Laisse-moi tranquille avec ton Orient! dit Christophe. L'Occident n'a pas dit son dernier mot. Crois-tu que j'abdique, moi? J'en ai encore pour des siècles. Vive la vie! Vive la joie! Vive le combat contre notre destin! Vive l'amour, qui gonfle le cœur! Vive l'amitié, qui réchauffe notre foi,—l'amitié, plus douce que l'amour! Vive le jour! Vive la nuit! Gloire au soleil! Laus Deo, au Dieu du rêve et de l'action, au Dieu qui créa la musique! Hosannah!...
Là-dessus, il se mit à sa table, et écrivit tout ce qui lui passait par la tête, sans plus penser à ce qu'il venait de dire.
Christophe était alors dans un équilibre parfait de toutes les forces de son être. Il ne s'embarrassait pas de discussions esthétiques sur la valeur de telle ou telle forme musicale, ni de recherches raisonnées pour créer du nouveau; il n'avait même pas besoin de se mettre en peine pour trouver des sujets à traduire en musique. Tout lui était bon. Le flot de musique s'épanchait, sans que Christophe sût quel sentiment il exprimait. Il était heureux, voilà tout, heureux de se répandre, heureux de sentir battre en lui le pouls de la vie universelle.
Cette joie et cette plénitude se communiquaient à son entourage.
La maison au jardin fermé était trop petite pour lui. Il y avait bien l'échappée sur le parc du couvent voisin, avec la solitude de ses grandes allées et ses arbres centenaires; mais c'était trop beau pour durer. On était en train de construire, en face de la fenêtre de Christophe, une maison à six étages, qui supprimait la vue et achevait le blocus autour de lui. Il avait l'agrément d'entendre grincer des poulies, gratter des pierres, et clouer des planches, tous les jours, du matin au soir. Il retrouva, parmi les ouvriers, son ami le couvreur, avec qui il avait fait connaissance naguère, sur le toit. Ils échangeaient de loin des signes d'intelligence. Même, l'ayant rencontré dans la rue, il le mena chez le marchand de vin, et ils burent ensemble, à l'étonnement d'Olivier, un peu scandalisé. Il s'amusait du bagout drolatique de l'homme et de son inaltérable bonne humeur. Mais il ne l'en maudissait pas moins, lui et sa bande d'industrieux animaux, qui élevaient un barrage devant sa maison, et lui volaient sa lumière. Olivier ne se plaignait pas trop; il s'accommodait d'un horizon muré: c'était comme le poêle de Descartes, d'où la pensée comprimée jaillit vers le ciel libre. Mais Christophe avait besoin d'air. Confiné dans cet étroit espace, il se dédommageait, en se mêlant aux âmes de ceux qui l'entouraient. Il les buvait. Il les mettait en musique. Olivier lui disait qu'il avait l'air d'un amoureux.
—Si je l'étais, répondait Christophe, je ne verrais plus rien, je n'aimerais plus rien, rien ne m'intéresserait, en dehors de mon amour.
—Alors, qu'est-ce que tu as?
—Je suis bien portant, j'ai faim.
—Heureux Christophe! soupirait Olivier, tu devrais bien nous passer un peu de ton appétit.
彼はクリストフのコップに自分のコップをかち合わした。クリストフは夢想にふけっていた。音楽の断片が虫の調子よい羽音とともに頭に浮かんでいた。眠たくなっていた。
他の馬車の車輪が径の砂に音をたててきた。いつものように微笑んでるリュシアン・レヴィー・クールの蒼白い顔を、クリストフは認めた。そして憤怒の念が眼覚めた。彼は立ち上がった。バールトがあとからついて来た。
レヴィー・クールは大きな襟飾りを首にまきつけ、ごく念入りの服装をしていた。その様子は相手クリストフの無頓着な様子と、いちじるしい対照をなしていた。彼のあとから降りて来たのは第一にブロシュ伯爵で、多くの情婦や、古い聖体盒の蒐集や、過激王党主義の意見などで、世に知られてる戸外運動家だった。――つぎには、レオン・ムーエーというやはり流行児で、文学方面から代議士となり、政治上の野心によって文学に従事していて、年若く、頭は禿げ、髯を生やさず、蒼白い怒りっぽい顔つき、長い鼻、丸い眼、鳥のような格好の頭をしていた。――最後には、エマニュエルという医者で、ごくすっきりしたセム人型の親切な同時に冷淡な男であって、医学院の会員であり、ある病院の長であって、学者的な著書や医学上の懐疑説などで有名となり、その懐疑説のあまりにいつも、病人の愚痴を皮肉な憐憫の念で聞くばかりで、病気をなおしてやろうとは少しもしないのだった。
その新来の人たちは丁寧な挨拶をした。クリストフはろくに答礼もしなかった。そして自分の介添人らがせかせかしたり、レヴィー・クールの介添人らにひどく慇懃な態度を示したりしてるのを、不満の念で見てとった。ジュリアンはエマニュエルを知っており、グージャールはムーエーを知っていた。二人はにこやかな阿諛的な様子で近寄っていった。ムーエーはそれを冷やかな丁寧さで迎え、エマニュエルは嘲り気味の無遠慮さで迎えた。ブロシュ伯爵のほうは、レヴィー・クールのそばに残っていて、じろりと一目で相手方の上着下着を評価し、そしてレヴィー・クールと、短いおどけた意見をほとんど口を結んだまま言いかわしていた。――二人とも落ち着き払ってきちんとしていた。
レヴィー・クールは、決闘の指揮をとってるブロシュ伯爵の合図を、泰然として待っていた。彼はその事件を単なる形式だと考えていた。彼は射撃に長じていたし、相手の無器用さを十分知っていたので、介添人らがこの決闘は無事にすむものと気にもかけないでいる場合なのにかかわらず、自分の得手を利用して相手に弾丸を命中させようなどとは、思ってもいなかった。相手をわけなく片付けるほうがはるかに容易であるのに、さあ射殺するぞという様子ばかりをしてみせるのは、この上もなく馬鹿げたことだと知っていた。しかしクリストフのほうは、上衣をぬぎ捨て、シャツをくつろげて、太い首筋とたくましい拳とを示しながら、額を下げ、レヴィー・クールを見つめ、元気いっぱいになって待ち受けていた。殺害の意志がその顔つきにありありと浮かんでいた。その様子を観察していたブロシュ伯爵は、文明が決闘の危険をできるだけ防止せんとしたのは幸いなことだと、考えていた。
二つの弾丸が両方から発射されたが、もちろん被害は少しもなかった。介添人らは争って二人の無事を祝した。それで名誉は満足されたわけである。――しかしクリストフは満足しなかった。もう済んだのだとは思わずに、ピストルを手にしたままつっ立っていた。前日射撃場でやったように、弾丸が命中するまで打ち合いたがっていた。相手と握手するようにグージャールから言われると、その茶番狂言が癪にさわった。相手は例のいつに変わらぬ微笑を浮かべて、彼のほうへ堂々と進み出て来た。彼は怒って武器を投げ捨て、グージャールを押しのけて、レヴィー・クールに飛びかかった。人々は一生懸命に骨折ってようやく、彼が拳固でなぐり合おうとするのを止めた。
介添人らが中に立ってるまに、レヴィー・クールは遠のいていた。クリストフは人々から離れて、その笑い声やとがめる声を耳にもいれずに、大声に口をきき激しい身振りをしながら、森の中をさして大股に歩み去った。そこに上衣と帽子とを置き忘れたことにも気づかなかった。そして森の中へはいり込んでいった。自分の介添人らが笑いながら呼んでるのが聞こえた。がやがて彼らも疲れて、もう彼のことを構わなかった。間もなく馬車の音が遠ざかってゆき、彼らの立ち去ったことがわかった。彼は黙々たる木立の間に一人残った。怒りは静まった。彼は地面に身を投げ出して、草の中に寝そべった。
それからほどなく、モークがその飲食店にやって来た。朝からクリストフを追っかけ回してるのだった。森の中にクリストフがいることを聞いて捜し始めた。あらゆる茂みを見回り、反響を起こして呼ばわり、それから空しくもどりかけたが、そのとき歌声を聞きつけた。その声のほうへ進んでいってみると、クリストフはある小さな空地に、子牛のように仰向けにひっくり返っていた。クリストフはモークの姿を見ると、快活に声をかけ、「親愛なモロック」と呼び、相手の身体を穴だらけにしてやったと話した。そして、無理に背飛び遊戯の相手をさせ、向こうにも飛ばせ、また自分が飛ぶときには、ぴしりとその背をひどくたたきつけてやった。モークも他愛なく、下手ではあるが彼と同じくらいに面白がった。――二人は腕を組み合わして飲食店にもどって来、それから近くの駅で汽車に乗ってパリーへ帰った。
オリヴィエはその出来事を知らなかった。彼はクリストフのやさしい態度に驚かされ、その急な変わり方が腑に落ちなかった。翌日になってようやく、クリストフが決闘したことを新聞で知った。クリストフが冒した危険のことを考えると、気持が悪くなるほどだった。彼はその決闘の理由を知りたがった。クリストフは話さなかった。あまりうるさく聞かれて、笑いながら言った。
「君のためにだ。」
オリヴィエはそれ以上一言も聞き出し得なかった。モークが事情を話してくれた。オリヴィエは駭然として、コレットと交わりを絶ち、自分の不謹慎を許してくれとクリストフに願った。クリストフは頑として聴き入れず、二人の友の幸福なさまをうれしげにながめてる人のよいモークが腹をたてるのも構わずに、フランスの古い諺を勝手に意地悪くもじって誦してきかした。
「君、うっかり人を信用するものでないことがわかるだろう……。
にせ信心のおべっかユダヤ人から、
うわべばかりの友だちから、
馴れ馴れしい敵から、
そして気のぬけた葡萄酒から、
主よわれらを救いたまえ!」
友情は回復された。危うく友情を失うかもしれない恐れに臨んだために、その友情はいっそう濃やかになった。つまらぬ誤解は消えてしまった。二人の性格の差異がかえって二人をひきつける種となった。クリストフはその魂のうちに、和合した両国の魂を包み込んだ。彼は自分の心が豊かで充実してるのを感じた。そしてその楽しい豊満は、彼にあってはいつものとおりに音楽の流れとなって現われた。
オリヴィエはそれに驚嘆させられた。そして過度の批評癖から彼は、自分の愛する音楽はもう窮極に達してるのだと信じがちだった。ある程度の進歩の後には必然に頽廃が来るという、病的な観念にとらえられていた。自分に生を愛さしてくれたその美わしい芸術が、突然行きづまって涸渇し地面に吸い込まれてしまいはすまいかと、びくびくしていた。クリストフはそういう意気地ない考えを面白がった。そして物に逆らいたい精神から彼は、自分より以前には何一つでき上がったものはなく、すべてがこれからできるのだと言い出した。オリヴィエはフランスの音楽を例にもち出した。フランスの音楽はある完成さと終局の発展との域に達していて、それから先にはもう何もあり得そうにないのだった。クリストフは肩をそびやかした。
「フランスの音楽だって?……フランスには音楽なんかまだありはしない……。だが君たちフランス人は、いろいろりっぱなものを作ることができるはずだ。ただ君たちはあまり音楽家ではないから、作ろうという気をかつて起こさなかったのだ。ああ僕がもしフランス人だったら!」
そして彼は、フランス人が書き得るすべてのことを列挙してみせた。
「君たちは柄にもない種類のものばかりに気を向けて、自分の才能に適したものは何一つ作っていない。君たちは、優雅と、華美な詩と、身振りや足取りや態度や流行や服装などの美とをもってる、民衆である。そして、詩的舞踏の比類ない一芸術を創り得たはずなのに、もう今では舞踊劇を書く者がいない……。――君たちは、知的な笑いをもってる民衆である。それなのに、もう喜歌劇を作りもしないし、または喜歌劇を、音楽以下の者どもの手に委ねてる。ああ僕がもしフランス人だったら、僕はラブレーのものを音楽にし、滑稽叙事詩を作ってやるんだが……。――君たちは小説家的民衆である。それなのに、物語音楽を作っていない(というのは、ギュスターヴ・シャルパンティエの通俗物なんかは、物語音楽とは言えないから)。君たちは心理解剖の天分や性格洞察力などを利用していない。ああ僕がもしフランス人だったら、僕は音楽で性格描写をやってみせるんだが……(下の庭のリラの花陰にすわってるあの少女を描いてみせようかね。)弦楽四重奏曲でスタンダールみたいなものを書いてやるんだが……。――君たちはヨーロッパのもっともすぐれた民主的な人々である。それなのに、民衆劇ももたなければ、民衆音楽ももっていない。ああ僕がもしフランス人だったら、あの大革命を、一七八九年七月十四日、一七九二年八月十日、ヴァルミーの戦い、武装団結、などを音楽にし、民衆を音楽にしてやるんだが。それも、ワグナー流の法螺を事とする誤った種類のものでではない。交響曲や合唱や舞踊なのだ。演説はいけない。演説には飽き飽きだ。無言なるかな! 火と土と水と輝いた空とを、人の心を脹らす熱を、民族の本能的な運命的な伸長力を、幾百万の人を従属させ軍勢を死へ突進せしむる、世界の帝王たる律動の勝利を、合唱を伴う広い交響曲に、広漠たる音楽の風景画に、ホメロス式な聖書式な叙事詩に、太い筆致で描き出すのだ……。至る所に、すべてのものに、音楽を置くのだ。もし君たちが音楽家だったら、君たちは社会的祝祭のそれぞれに、公式の盛典に、労働組合に、学生連合に、家庭的な祝いに、音楽をもつだろう……。しかしまず何よりも、もし君たちが音楽家だったら、君たちは純粋な音楽を、何物をも意味しない音楽を、何物にも役だたずにただ、人を温め息づかせ生かすだけの音楽を、作り出すだろう。太陽の光を作るべしだ! サート・プラタ……(牧場は十分に……雨を得たり)……(なんで君はそれをラテン語で言いたがるんだ?)……実際君たちのうちにはかなり雨が多い。君たちの音楽に浸ると僕は風邪をひきそうだ。よく見えないから、ランプをつけたまえ……。君たちの劇場に侵入し、君たちの公衆を征服し、君たちを自宅から追い出してる、あのいわゆるイタリーの豚小屋を、君たちは現在不満に思ってるじゃないか。だがそれは君たちのほうが悪いのだ。公衆は、君たちの黄昏の芸術に、調子のよい神経衰弱に、対位法的な衒学趣味に、飽いてしまってるのだ。生活が野卑なものであろうとなかろうと、公衆は生活のあるほうへ行くものだ。なぜ君たちは生活から引退してるのか。君たちのドビュッシーは偉い芸術家だが、しかし健康にはよくない。彼は君たちの無気力を助長している。君たちは手荒く揺り覚まされなければいけない。」
「ではシュトラウスをきけというのか。」
「それもいけない。君たちを破滅させるばかりだ。そんな不養生な物を飲み込んでもちこたえるには、僕たちドイツ人みたいな胃袋をもっていなくちゃいけない。でもドイツ人でさえ実はもちこたえ得ないんだ……。シュトラウスのサロメ……傑作だ……けれど僕はそれが書かれたことを好まない……。僕は憐れな老祖父や叔父ゴットフリートのことを思い出す。彼らはいかに深い尊敬としみじみとした愛情とで、この音響の逸品たるサロメのことを僕に話してきかしたろう!……ああいう崇高な力を自由に駆使し、しかもあんなふうに使用するとは!……それは炎を発してる流星だ! ユダヤの娼婦たるイゾルデ姫だ。痛ましい獣的な淫乱だ。ドイツの頽廃の底に唸ってる、殺害や強姦や不倫や犯罪などの熱狂だ……。そして、君たちのほうには、フランスの頽廃のうちに呻いてる、逸楽的な自殺の発作がある……。一方は獣、そして一方は餌食。それで人間はどこにいるのだ?……君たちのドビュッシーは良趣味の天才であり、シュトラウスは悪趣味の天才である。前者は無味乾燥であり、後者は不愉快である。一方は、銀色の池であって、葦の中に隠れ、熱気ある匂いを発散さしている。一方は、泥立った急湍であって、……末期イタリー趣味と新マイエルベール式との匂いがあり、感情の醜悪な塵芥がその泡の下に流れている……。嫌悪すべき傑作だ。イゾルデの生み出したサロメだ。……そしてこんどはサロメから、何者が生まれるかわかったものではない。」
「そうだ、」とオリヴィエは言った、「半世紀ほど前進したいものだ。こういうふうに深淵に向かって突進することは、どうにかしてやめなければいけないだろう。あるいは馬が立ち止まるか倒れるかしてもいい。そのときになってわれわれは息がつけるだろう。ありがたいことには、音楽があってもなくても、やはり地には花が咲くだろう。こんな非人間的な芸術になんの用があるのだ!……西欧は燃えつきてる……がやがて……やがて……いや僕にはもうすでに、立ちのぼってくる他の光明が見える、東方の彼方に。」
「君の東方諸国のことなんかよしてくれ!」とクリストフは言った。「西欧だってまだ終局には達していない。君はこの僕が諦めをつけるとでも思ってるのか。まだ未来幾世紀もある。生活は万歳なるかなだ。喜びは万歳なるかなだ。運命との戦いは万歳なるかなだ。われわれの心を脹れ上がらしむる、愛は万歳なるかなだ。われわれの信念を温めてくれる友情は――愛よりもなお楽しき友情は、万歳なるかなだ。昼は万歳なるかなだ。夜は万歳なるかなだ。太陽に光栄あれ! 神を讃め称えんかな、夢想と実行との神を、音楽を創れる神を! ホザナ!……」
そこで彼はテーブルについて、今まで何を言ったかはもう考えないで、頭に浮かんでくることを書きとめた。
クリストフはそのとき、彼のすべての生の力が完全に平衡してる状態にあった。あれやこれやの音楽形式の価値に関する美学的論議にも、または新しいものを創造せんとの合理的探究にも、煩わされることがなかった。音楽に移すべき題目を見出すために骨折る必要さえなかった。彼にとってはすべてのものがいいのだった。音楽はひとりでに滔々と流れ出してきて、いかなる感情を表現してるのか彼自身でも知らなかった。彼はただ幸福であるばかりだった。自分を発露することが幸福であり、自分のうちに普遍的な生命の脈搏を感ずるのが幸福であった。
そういう喜びと豊満とは、彼の周囲の人々へも伝わっていった。
四方ふさがってる庭園付きのその建物は、彼にはあまりに小さすぎた。大きな径と百年以上もの古木とのある静寂な隣の修道院の広庭を、初めは見おろすことができていたけれど、それはあまりによすぎて長つづきはしなかった。ちょうどクリストフの室の窓の正面に、七階建ての家が建築されかかっていて、そのために眺望がさえぎられ、クリストフは四方を閉ざされてしまった。愉快なことには、滑車のきしる音や、石をけずる音や、板を打ち付ける音などが、毎日朝から晩まで聞こえてきた。その労働者の間には、先ごろ彼が屋根の上で知り合いになった屋根職人もいた。二人は遠くから合図で親しみを通じ合った。あるときなど、彼はその職人に往来で出会って、酒場へ連れて行き、いっしょに飲んだことさえあった。オリヴィエはびっくりして眉をしかめた。がクリストフは、その男の滑稽な饒舌といつも変わらぬ上機嫌とを愉快がっていた。それでも彼はやはり、その職人や仲間の勤勉な動物どもが、家の前に障壁を築き上げ、光を奪うことを、呪わずにはいられなかった。オリヴィエはあまり不平をこぼさなかった。眼界をふさがれることに慣れていった。あたかも圧搾された思想が自由な空へ吹き出すデカルトの暖炉に似ていた。しかしクリストフには空気が必要だった。彼はその狭い場所に幽閉されて、そのうめ合わせとして、周囲の人々の魂へ交渉していった。それらの魂を吸い込んで、それを音楽とした。オリヴィエは彼が恋でもしてるような様子だと言った。
「もし僕が恋をしたら、」とクリストフは答えた、「僕は自分の恋愛以外のものは、何物も見ず、何物も愛せず、何物にも興味をもたなくなるだろうよ。」
「ではいったいどうしたんだ?」
「ごく達者なんだ、腹がすいてるんだ。」
「君は幸いだ!」とオリヴィエは嘆息した。「君の食欲を、僕らにも少し分けてくれるといいがね。」
La santé est contagieuse,—comme la maladie. Le premier à en éprouver le bienfait fut Olivier. La force était ce qui lui manquait le plus. Il se retirait du monde, parce que les vulgarités du monde l'écœuraient. Avec une vaste intelligence et des dons artistiques peu communs, il était trop délicat pour faire un grand artiste. Le grand artiste n'est pas un dégoûté; la première loi pour tout être sain, est de vivre: d'autant plus impérieuse, quand il est un génie: car il vit davantage. Olivier fuyait la vie; il se laissait flotter dans un monde de fictions poétiques sans corps, sans chair, sans réalité. Il était de cette élite, qui, pour trouver la beauté, a besoin de la chercher dans les temps qui ne sont plus, ou dans ceux qui n'ont jamais été. Comme si la boisson de vie n'était pas aussi enivrante, aujourd'hui qu'autrefois! Mais les âmes fatiguées répugnent au contact direct de la vie; elles ne la peuvent supporter qu'à travers le voile de mirages que tisse l'éloignement du passé et les paroles mortes de ceux qui furent autrefois des vivants.—L'amitié de Christophe arrachait Olivier peu à peu à ces Limbes de l'art. Le soleil s'infiltrait dans les retraites de son âme.
L'ingénieur Elsberger était aussi touché par la contagion de l'optimisme de Christophe. On ne remarquait pourtant pas un changement dans ses habitudes: elles étaient invétérées; et il ne fallait pas compter que son humeur devînt assez entreprenante, pour lui faire quitter la France et chercher fortune ailleurs. C'eût été trop demander. Mais il sortait de son atonie; il reprenait goût à des recherches, à des lectures, à des travaux scientifiques, qu'il avait laissés de côté depuis longtemps. On l'eût bien étonné, si on lui avait dit que Christophe était pour quelque chose dans ce réveil d'intérêt à son métier; et le plus étonné eût été certainement Christophe.
De toute la maison, ceux avec qui il se lia le plus vite furent le petit ménage du second. Plus d'une fois, en passant devant leur porte, il avait prêté l'oreille aux sons du piano, dont la jeune Mme Arnaud jouait avec goût, lorsqu'elle était seule. Là-dessus, il leur envoya des billets pour son concert. Ils l'en remercièrent avec effusion. Depuis, il allait de temps en temps chez eux, le soir. Jamais il n'avait pu réentendre la jeune femme: elle était trop timide pour jouer devant quelqu'un; même quand elle était seule, maintenant qu'elle savait qu'on pouvait l'entendre de l'escalier, elle mettait la sourdine. Mais Christophe leur faisait de la musique; et ils en causaient longuement. Les Arnaud apportaient à ces entretiens une jeunesse de cœur qui l'enchantait. Il ne croyait pas qu'il fût possible à des Français d'aimer tant la musique.
—C'est, disait Olivier, que tu n'as vu jusqu'ici que les musiciens.
—Je sais bien, répondait Christophe, que les musiciens sont ceux qui aiment le moins la musique; mais tu ne me feras pas croire que les gens de votre sorte soient légion en France.
—Quelques milliers.
—Alors, c'est une épidémie, une mode toute récente?
—Ce n'est pas une mode, dit Arnaud. «Celuy, lequel oyant un doux accord d'instrumens ou la douceur de la voyx naturelle, ne s'en réjouist point, ne s'en esmeut point, et de teste en pied, n'en tressault point, comme doucement ravy, et si ne scay comment dérobé hors de soy, c'est signe qu'il a l'âme tortue, vicieuse, et dépravée, et duquel il se faut donner garde comme de celui qui n'est point heureusement né...»
—Je connais cela, dit Christophe: c'est de mon ami Shakespeare.
—Non, dit Arnaud doucement, c'est de notre Ronsard, qui vivait avant lui. Vous voyez que la mode n'est pas d'hier, en France.
Qu'on aimât la musique en France étonnait encore moins Christophe que le fait qu'on y aimât, à peu de choses près, la même musique qu'en Allemagne. Dans le monde des artistes et des snobs parisiens, qu'il avait vus d'abord, il était de bon ton de traiter les maîtres allemands en étrangers de distinction, que l'on ne se refusait pas à admirer, mais qu'on tenait à distance: on ironisait volontiers la lourdeur d'un Gluck, la barbarie d'un Wagner; on leur opposait la finesse française. Et de fait, Christophe avait fini par douter qu'un Français pût comprendre les œuvres allemandes, à la façon dont on les exécutait en France. Il était revenu scandalisé d'une représentation de Gluck: ces ingénieux Parisiens ne s'étaient-ils pas avisés de maquiller le terrible vieux! Ils le paraient, ils l'enrubannaient, ils ouataient ses rythmes, ils attifaient sa musique de teintes impressionnistes, de perversités lascives... Pauvre Gluck! que restait-il de son éloquence du cœur, de sa pureté morale, de sa douleur toute nue? Était-ce qu'un Français ne pouvait les sentir?—Or, Christophe voyait maintenant l'amour profond et tendre de ses nouveaux amis pour ce qu'il y a de plus intime dans l'âme germanique, dans les vieux lieder, dans les classiques allemands. Et il leur demandait s'il n'était donc pas vrai que ces Allemands leur fussent des étrangers, et qu'un Français ne pût aimer que les artistes de sa race.
—Ce n'est pas vrai! protestaient-ils. Ce sont nos critiques qui se permettent de parler en notre nom. Comme ils suivent toujours la mode, ils prétendent que nous la suivions aussi. Mais nous ne nous inquiétons pas plus d'eux qu'ils ne s'inquiètent de nous. Voilà de plaisants animaux qui veulent nous apprendre ce qui est, ou n'est pas français! À nous, Français de la vieille France!... Ils viennent nous enseigner que notre France est dans Rameau,—ou dans Racine,—et qu'elle n'est pas autre part! Comme si Beethoven, Mozart et Gluck ne venaient pas s'asseoir à notre foyer, veiller avec nous au chevet de nos aimés, partager nos peines, ranimer nos espoirs, ... comme s'ils n'étaient pas devenus de notre famille! Si l'on osait dire ce qu'on pense, ce serait bien plutôt tel artiste français, prôné par nos critiques parisiens, qui serait pour nous un étranger.
—La vérité, dit Olivier, c'est que, s'il y a des frontières en art, elles sont moins des barrières de races que des barrières de classes. Je ne sais pas s'il y a un art français et un art allemand; mais il y a un art des riches, et un art de ceux qui ne le sont pas. Gluck est un grand bourgeois, il est de notre classe. Tel artiste français, que je m'abstiendrai de nommer, n'en est point: bien qu'il soit né bourgeois, il a honte de nous, il nous renie; et nous, nous le renions.
Olivier disait vrai. Plus Christophe apprenait à connaître les Français, plus il était frappé des ressemblances entre les braves gens de France et ceux d'Allemagne. Les Arnaud lui rappelaient son cher vieux Schulz, avec son amour si pur, si désintéressé de l'art, son oubli de soi-même, sa dévotion au beau. Et il les aimait, en souvenir de lui.
En même temps qu'il constatait l'absurdité des frontières morales entre les bonnes gens des races différentes, Christophe vit l'absurdité des frontières entre les pensées différentes des bonnes gens d'une même race. Grâce à lui, et sans qu'il l'eût cherché, deux des hommes qui semblaient le plus loin de se comprendre, l'abbé Corneille et M. Watelet, firent connaissance.
Christophe leur empruntait des livres à tous deux, et, avec un sans-gêne qui choquait Olivier, il les prêtait de l'un à l'autre. L'abbé Corneille n'en était pas scandalisé: il avait l'intuition des âmes; et, sans en avoir l'air, il lisait dans celle de son jeune voisin ce qu'elle avait, à son insu, de religieux. Un volume de Kropotkine, emprunté à M. Watelet, et qu'ils aimaient tous trois, pour des raisons diverses, commença le rapprochement. Le hasard fit qu'un jour ils se trouvèrent ensemble, chez Christophe. Christophe craignait d'abord quelque parole désobligeante entre ses hôtes. Tout au contraire, ils se témoignèrent une courtoisie parfaite. Ils causèrent de sujets sans danger: de leurs voyages, de leur expérience des hommes. Et ils se découvrirent tous deux pleins de mansuétude, d'esprit évangélique, d'espérances chimériques, malgré toutes leurs raisons de désespérer. Ils se prirent l'un pour l'autre d'une sympathie, mêlée de quelque ironie. Sympathie très discrète. Jamais il n'était question entre eux du fond de leurs croyances. Ils se voyaient rarement, et ne le cherchaient point; mais quand ils se rencontraient, ils avaient plaisir à se voir.
Des deux, le moins indépendant n'était pas l'abbé Corneille. Christophe ne s'y fût pas attendu. Il apercevait peu à peu la grandeur de cette pensée religieuse et libre, ce puissant et serein mysticisme, sans fièvre, qui pénétrait toutes les pensées du prêtre, tous les actes de sa vie journalière, tout son spectacle de l'univers—qui le faisait vivre en Christ, ainsi que, d'après sa croyance, Christ avait vécu en Dieu.
Il ne niait rien, aucune force de vie. Pour lui, toutes les Écritures, anciennes et modernes, religieuses et laïques, de Moïse à Berthelot, étaient certaines, étaient divines, étaient l'expression de Dieu. L'Écriture sainte en était seulement l'exemplaire le plus riche, comme l'Église était l'élite la plus haute des frères unis en Dieu; mais ni l'une ni l'autre n'enfermait l'esprit dans une vérité immobile. Le christianisme, c'était Christ vivant. L'histoire du monde n'était que l'histoire de l'agrandissement perpétuel de l'idée de Dieu. La chute du Temple juif, la ruine du monde païen, l'échec des Croisades, le soufflet de Boniface VIII, Galilée qui rejeta la terre dans l'espace vertigineux, les infiniment petits plus puissants que les grands, la fin des royautés et celle des Concordats, tout cela désorientait pour un temps les consciences. Les uns s'attachaient désespérément à ce qui tombait; les autres prenaient une planche, au hasard, et allaient à la dérive. L'abbé Corneille se demandait seulement: «Où sont les hommes? Où est ce qui les fait vivre?» Car il croyait: «Où est la vie, est Dieu.»—Et c'est pourquoi il avait de la sympathie pour Christophe.
De son côté, Christophe avait plaisir à réentendre la belle musique, qu'est une grande âme religieuse. Elle éveillait en lui de lointains et profonds échos. Par ce sentiment de réaction perpétuelle, qui, chez les natures vigoureuses, est un instinct de vie, l'instinct même de la conservation, le coup de rame qui rétablit l'équilibre menacé et imprime à la barque un nouvel élan,—l'excès du doute et l'écœurement du sensualisme parisien avaient, depuis deux ans, ressuscité Dieu dans le cœur de Christophe. Non pas qu'il crût en lui. Il le niait. Mais il en était plein. L'abbé Corneille lui disait, en souriant, que comme le bon géant, son patron, il portait Dieu, sans le savoir.
—D'où vient alors que je ne le voie pas? demandait Christophe.
—Vous êtes comme des milliers d'autres: vous le voyez, tous les jours, sans vous douter que c'est lui. Dieu se révèle à tous, sous des formes diverses,—aux uns, dans leur vie ordinaire, comme à saint Pierre en Galilée,—aux autres, (à votre ami M. Watelet), ainsi qu'à saint Thomas, dans les plaies et dans les misères à guérir,—à vous, dans la dignité de votre idéal: Noli me tangere... Un jour, vous le reconnaîtrez.
—Jamais je n'abdiquerai, dit Christophe. Je suis libre.
—Vous n'en êtes que davantage avec Dieu, répliquait tranquillement le prêtre.
Mais Christophe n'admettait pas qu'on fît de lui un chrétien malgré lui. Il se défendait avec une ardeur naïve, comme s'il pouvait y avoir la moindre importance à ce qu'on attachât à ses pensées une étiquette, ou bien une autre. L'abbé Corneille l'écoutait avec un peu d'ironie ecclésiastique, à peine perceptible, et beaucoup de bonté. Il avait une patience inaltérable, qui reposait sur l'habitude de sa foi. Les épreuves de l'Église actuelle l'avaient trempée; tout en jetant sur lui une grande mélancolie, et bien qu'elles l'eussent fait passer par de douloureuses crises morales, elles ne l'atteignaient pas, au fond. Certes, il était cruel de se voir opprimé par ses chefs, ses démarches épiées par les évêques, guettées par les libres penseurs qui cherchaient à exploiter ses pensées, à se servir de lui contre sa foi, également incompris et traqué par ses coreligionnaires et par les ennemis de sa religion. Impossible de résister: car il faut se soumettre. Impossible de se soumettre, du cœur: car on sait que l'autorité se trompe. Angoisse de ne pas parler. Angoisse de parler et d'être faussement interprété. Sans compter les autres âmes dont on est responsable, ceux qui attendent de vous un conseil, une aide, et que l'on voit souffrir... L'abbé Corneille souffrait pour eux et pour lui, mais il se résignait. Il savait combien peu comptent les jours d'épreuves, dans la longue histoire de l'Église.—Seulement, à se replier dans sa résignation muette, il s'anémiait lentement, il prenait une timidité, une peur de parler, qui lui rendait pénible la moindre démarche, et peu à peu l'enveloppait d'une torpeur de silence. Il s'y sentait tomber avec tristesse, mais sans réagir. La rencontre de Christophe lui fut d'un grand secours. La juvénile ardeur, l'intérêt affectueux et naïf que son voisin lui témoignait, ses questions parfois indiscrètes, lui faisait du bien. Christophe le forçait à rentrer dans la compagnie des vivants.
Aubert, l'ouvrier électricien, se rencontra avec lui chez Christophe. Il fit un haut-le-corps, quand il vit le prêtre. Il eut peine à cacher sa répulsion. Même quand ce premier sentiment fut vaincu, il lui en resta un malaise, à se trouver avec cet homme enjuponné, qui était pour lui un être indéfinissable. Toutefois, le plaisir qu'il avait à causer avec des gens bien élevés l'emporta sur son anticléricalisme. Il était surpris du ton affable qui régnait entre M. Watelet et l'abbé Corneille; il ne l'était pas moins de voir un prêtre démocrate, et un révolutionnaire aristocrate: cela renversait toutes ses idées reçues. Il cherchait vainement dans quelles catégories il pourrait les classer; car il avait besoin de classer les gens, pour les comprendre. Il n'était pas facile de trouver un compartiment où ranger la paisible liberté de ce prêtre, qui avait lu Anatole France et Renan, et qui en parlait tranquillement, avec justice et justesse. En matière de science, l'abbé Corneille avait pour règle de se laisser conduire par ceux qui savaient, plus que par ceux qui commandaient. Il honorait l'autorité; mais elle n'était pas, pour lui, du même ordre que la science. Chair, esprit, charité: les trois ordres, les trois degrés de l'échelle divine, l'échelle de Jacob.—Naturellement, le brave Aubert était bien loin de soupçonner un tel état d'esprit. L'abbé Corneille disait doucement à Christophe que Aubert lui rappelait des paysans français, qu'il avait vus. Une jeune Anglaise leur demandait son chemin. Elle leur parlait anglais. Ils écoutaient sans comprendre. Puis, ils parlaient français. Elle ne comprenait pas. Alors, ils la regardaient avec pitié, hochaient la tête, et disaient, en reprenant leur travail:
—C'est-y-malheureux, tout de même! Une si belle fille!...
Dans les premiers temps, Aubert, intimidé par la science et les manières distinguées du prêtre et de M. Watelet, se tut, buvant leur conversation. Peu à peu, il s'y mêla, cédant au plaisir naïf qu'il avait à s'entendre parler. Il étala son idéologie vague. Les deux autres l'écoutaient poliment, avec un petit sourire intérieur. Aubert, ravi, ne s'en tint pas là; il usa, et bientôt il abusa de l'inépuisable patience de l'abbé Corneille. Il lui lut ses élucubrations. Le prêtre écoutait, résigné; cela ne l'ennuyait pas trop: car il écoutait moins les paroles que l'homme. Et puis, comme il disait à Christophe, qui le plaignait:
—Bah! j'en entends bien d'autres!
Aubert était reconnaissant à M. Watelet et à l'abbé Corneille; et tous trois, sans beaucoup s'inquiéter de se comprendre mutuellement, arrivaient à s'aimer, sans trop savoir pourquoi. Ils étaient surpris de se trouver si proches l'un de l'autre. Ils ne l'eussent jamais pensé.—Christophe les unissait.
Il avait d'innocentes alliées dans les trois enfants, les deux petites Elsberger, et la fillette adoptive de M. Watelet. Il était devenu leur ami. Il avait peine de l'isolement où elles vivaient. À force de parler à chacune de la petite voisine inconnue, il leur donna le désir irrésistible de se voir. Elles s'adressaient des signaux par les fenêtres; elles échangeaient des mots furtifs dans l'escalier. Elles firent tant, secondées par Christophe, qu'elles obtinrent la permission de se rencontrer au Luxembourg. Christophe, heureux du succès de son astuce, alla les y voir, la première fois qu'elles furent ensemble; il les trouva gauches, empruntées, ne sachant que faire d'un bonheur si nouveau. Il les dégela en un instant, il inventa des jeux, des courses, une chasse; il y fit sa partie avec autant de passion que s'il avait dix ans; les promeneurs jetaient un coup d'œil amusé sur ce grand garçon, qui courait en poussant des cris, et tournait autour des arbres, poursuivi par trois petites filles. Et comme les parents, toujours soupçonneux, se montraient peu disposés à ce que ces parties au Luxembourg se renouvelassent souvent,—(car ils ne pouvaient les surveiller d'assez près)—Christophe trouva moyen de faire inviter les enfants à jouer dans le jardin même de la maison, par le commandant Chabran, qui habitait au rez-de-chaussée.
Le hasard l'avait mis en relations avec lui:—(le hasard sait trouver ceux qui savent s'en servir).—La table de travail de Christophe était près de sa fenêtre. Le vent emporta quelques feuilles de musique dans le jardin d'en bas. Christophe courut les chercher, nu-tête, débraillé, comme il était. Il pensait avoir affaire à un domestique. Ce fut la jeune fille qui lui ouvrit. Un peu interloqué, il lui exposa l'objet de sa visite. Elle sourit, et le fit entrer; ils allèrent dans le jardin. Après qu'il eut ramassé ses papiers, il s'esquivait, et elle le reconduisait, quand ils se croisèrent avec l'officier qui rentrait. Le commandant regarda, d'un œil surpris, cet hôte hétéroclite. La jeune fille le lui présenta, en riant.
—Ah! c'est vous, le musicien? dit l'officier. Charmé! Nous sommes confrères.
Il lui serra la main. Ils causèrent, sur un ton d'ironie amicale, des concerts qu'ils se donnaient l'un à l'autre, Christophe sur son piano, le commandant sur sa flûte. Christophe voulait partir; mais l'autre ne le lâchait plus; et il s'était lancé dans des développements à perte de vue sur la musique. Brusquement, il s'arrêta, et dit:
—Venez voir mes canons.
Christophe le suivit, se demandant de quel intérêt pouvait bien être son opinion sur l'artillerie française. L'autre lui montra, triomphant, des canons musicaux, des tours de force, des morceaux qu'on pouvait lire en commençant par la fin, ou bien à quatre mains, en jouant l'un la page à l'endroit, l'autre la page à l'envers. Ancien Polytechnicien, le commandant avait toujours eu le goût de la musique; mais ce qu'il aimait surtout en elle, c'était le problème; elle lui semblait—(ce qu'elle est en effet, pour une part)—un magnifique jeu de l'esprit; et il s'ingéniait à poser et résoudre des énigmes de constructions musicales, plus extravagantes et plus inutiles les unes que les autres. Naturellement, il n'avait pas eu beaucoup de temps, au cours de sa carrière, pour cultiver sa manie; mais depuis qu'il avait pris sa retraite, il s'y donnait avec passion; il y dépensait l'énergie qu'il avait mise naguère à poursuivre à travers les déserts de l'Afrique les bandes de rois nègres, ou à échapper à leurs traquenards. Christophe s'amusa de ces charades, et il en posa, à son tour, une autre plus compliquée. L'officier fut ravi; ils joutèrent d'adresse: ce fut, de part et d'autre, une pluie de logogriphes musicaux. Après qu'ils eurent bien joué, Christophe remonta chez lui. Mais dès le matin suivant, il reçut de son voisin un problème nouveau, un véritable casse-tête, auquel le commandant avait travaillé, une partie de la nuit; il y répliqua; et la lutte continua, jusqu'au jour où Christophe, que cela finissait par assommer, se déclara battu: ce qui enchanta l'officier. Il regardait ce succès comme une revanche sur l'Allemagne. Il invita Christophe à déjeuner. La franchise de Christophe, qui trouva détestables ses compositions musicales, et qui poussa les hauts cris, quand Chabran commença à massacrer sur son harmonium un andante de Haydn, acheva de le conquérir. Ils eurent, depuis, d'assez fréquents entretiens. Mais non plus sur la musique. Christophe trouvait un intérêt médiocre à écouter là-dessus des billevesées; aussi mettait-il de préférence la conversation sur le terrain militaire. Le commandant ne demandait pas mieux; la musique était, pour ce malheureux homme, une distraction forcée; au fond, il se rongeait.
Il se laissa entraîner à conter ses campagnes africaines. Gigantesques aventures, dignes de celles des Pizarre et des Cortès! Christophe voyait revivre avec stupéfaction cette épopée merveilleuse et barbare, dont il ne savait rien, que les Français eux-mêmes ignorent presque tous, et où, pendant vingt ans, se dépensèrent l'héroïsme, l'audace ingénieuse, l'énergie surhumaine d'une poignée de conquérants français, perdus au milieu du continent noir, entourés d'armées noires, dépourvus des moyens d'action les plus rudimentaires, agissant constamment contre le gré d'une opinion et d'un gouvernement épeurés, et conquérant à la France, en dépit de la France, un empire plus grand qu'elle. Une odeur de joie puissante et de sang montait de cette action, où surgissaient aux yeux de Christophe, des figures de modernes condottieri, d'aventuriers héroïques, imprévues dans la France d'aujourd'hui, et que la France d'aujourd'hui rougit de reconnaître: pudiquement, elle jette sur eux un voile. La voix du commandant sonnait gaillardement, en évoquant ces souvenirs; et il racontait avec une bonhomie joviale, et—(bizarrement intercalées, parmi ces récits épiques)—de sages descriptions des terrains géologiques, ces larges randonnées, et ces chasses humaines, où il était tour à tour le chasseur et le gibier, dans une partie sans merci.—Christophe l'écoutait, le regardait, et il avait compassion de ce bel animal humain, contraint à l'inaction, réduit à se dévorer en des jeux ridicules. Il se demandait comment il avait pu se résigner à ce sort. Il le lui demanda. Sur ses rancœurs, le commandant semblait peu disposé d'abord à s'expliquer avec un étranger. Mais les Français ont la langue longue, surtout lorsqu'il s'agit de s'accuser les uns les autres:
—Que voulez-vous que je foute, dit-il, dans leur armée d'aujourd'hui? Les marins font de la littérature. Les fantassins font de la sociologie. Ils font de tout, sauf de la guerre. Ils n'y préparent même plus, ils préparent à ne plus la faire; ils font la philosophie de la guerre... La philosophie de la guerre! Un jeu d'ânes battus, qui méditent sur les coups qu'ils recevront un jour!... Discutailler, philosophailler, non, ce n'est pas mon affaire. Autant rentrer chez moi, et fabriquer mes canons!
Il ne disait point, par pudeur, les pires de ses griefs: la suspicion jetée entre les officiers par l'appel aux délateurs, l'humiliation de subir les ordres insolents de politiciens ignares et malfaisants, la douleur de l'armée, employée aux basses besognes de police, aux inventaires d'églises, à la répression des grèves ouvrières, aux services des intérêts et des rancunes du parti au pouvoir—ces petits bourgeois radicaux et anticléricaux—contre le reste du pays. Et le dégoût de ce vieil Africain pour la nouvelle armée coloniale, recrutée en majeure partie dans les pires éléments de la nation, afin de ménager l'égoïsme des autres, qui refusent de prendre part à l'honneur et aux risques d'assurer la défense de «la plus grande France»,—la France d'au delà des mers...
Christophe n'avait pas à se mêler de ces querelles françaises: cela ne le regardait point; mais il sympathisait avec le vieil officier. Quoi qu'il pensât de la guerre, il estimait qu'une armée est faite pour produire des soldats, comme un pommier des pommes, et que c'est une aberration d'y greffer des politiciens, des esthètes et des sociologues. Toutefois, il ne comprenait pas que ce vigoureux homme cédât la place aux autres. C'est être son pire ennemi, que ne pas combattre ses ennemis. Il y avait chez tous les Français de quelque prix un esprit d'abdication, un renoncement singulier.—Christophe le retrouvait, plus touchant, chez la fille de l'officier.
Elle se nommait Céline. Elle avait des cheveux fins, tirés à la chinoise, soigneusement peignés, qui découvraient le front haut et rond et l'oreille pointue, les joues maigres, le menton gracieux, d'une élégance rustique, de beaux yeux noirs, intelligents, confiants, très doux, des yeux de myope, le nez un peu gros, une petite mouche au coin de la lèvre supérieure, un sourire silencieux, qui lui faisait avancer gentiment, avec une aimable moue, la lèvre inférieure, un peu gonflée. Elle était bonne, active, spirituelle, mais d'une extrême incuriosité d'esprit. Elle lisait peu, ne connaissait aucun livre nouveau, n'allait jamais au théâtre, ne voyageait jamais—(cela ennuyait le père, qui avait trop voyagé autrefois),—ne prenait part à aucune œuvre de philanthropie mondaine—(son père les critiquait),—n'essayait point d'étudier—(il se moquait des femmes savantes),—ne bougeait guère de son carré de jardin, au fond des quatre grands murs, comme d'un énorme puits. Elle ne s'ennuyait pas trop. Elle s'occupait comme elle pouvait, et elle était résignée avec bonne humeur. Il s'exhalait d'elle et du petit cadre que toute femme se crée inconsciemment, en quelque lieu qu'elle se trouve, une atmosphère à la Chardin: ce tiède silence, ce calme des figures et des attitudes attentives—(un peu engourdies)—à leur tâche habituelle; la poésie de l'ordre quotidien, de la vie accoutumée, des pensées et des gestes prévus, prévus à la même heure et de la même façon, et qui n'en sont pas moins aimés, avec une pénétrante et tranquille douceur; cette sereine médiocrité des belles âmes bourgeoises: conscience, honnêteté, vérité, calmes travaux, calmes plaisirs, et pourtant poétiques. Une élégance saine, une propreté morale et physique: cela sent le bon pain, la lavande, la droiture, la bonté. Paix des choses et des gens, paix des vieilles maisons et des âmes souriantes...
Christophe, dont l'affectueuse confiance attirait la confiance, était devenu très ami avec elle; ils causaient assez librement; il finit même par lui poser des questions, auxquelles elle s'étonnait de répondre; elle lui disait des choses, qu'elle n'avait dites à aucun autre.
—C'est, expliquait Christophe, que vous ne me craignez pas. Il n'y a pas de risque que nous nous aimions: nous sommes trop bons amis, pour cela.
—Que vous êtes gentil! répondait-elle, en riant.
Sa saine nature répugnait, autant que celle de Christophe, à l'amitié amoureuse, cette forme de sentiment chère aux âmes équivoques, qui biaisent toujours avec ce qu'elles sentent. Ils étaient de bons camarades.
Il lui demanda un jour ce qu'elle pouvait bien faire, certaine après-midi qu'il la voyait, au jardin, assise sur un banc, son ouvrage sur ses genoux, se gardant d'y toucher, immobile pendant des heures. Elle rougit, et protesta que ce n'était pas pendant des heures, mais quelques minutes de temps en temps, un bon petit quart d'heure, «pour continuer son histoire».
—«Quelle histoire?»
—«L'histoire qu'elle se contait.»
—Vous vous contez des histoires! Oh! racontez-les-moi!
Elle lui dit qu'il était trop curieux. Elle lui confia seulement que c'étaient des histoires, dont elle n'était pas l'héroïne.
Il s'en étonna:
—À tant faire que se raconter des histoires, il me semble qu'il serait plus naturel de se raconter sa propre histoire embellie, de se rêver dans une vie plus heureuse.
—Je ne pourrais pas, dit-elle. Si je le faisais, cela me désespérerait.
Elle rougit de nouveau d'avoir livré un peu de son âme cachée; et elle reprit:
—Et puis, quand je suis au jardin, et qu'il m'arrive une bouffée de vent, je suis heureuse. Le jardin me paraît vivant. Et quand le vent est sauvage, qu'il vient de loin, il dit tant de choses!
Christophe apercevait, en dépit de sa réserve, le fond de mélancolie, que recouvraient sa bonne humeur et cette activité dont elle n'était pas dupe, qui ne menait à rien. Pourquoi ne cherchait-elle pas à s'affranchir? Elle eût été si bien faite pour une vie active et utile!—Elle alléguait l'affection de son père, qui n'entendait pas qu'elle se séparât de lui. En vain Christophe protestait que l'officier, vigoureux et énergique, n'avait pas besoin d'elle, qu'un homme de cette trempe pouvait rester seul, qu'il n'avait pas le droit de la sacrifier. Elle prenait la défense de son père; par un pieux mensonge, elle prétendait que ce n'était pas lui qui la forçait à rester, qu'elle n'aurait pu se décider à le quitter.—Et, dans une certaine mesure, elle disait vrai. Il semblait entendu, de toute éternité, pour elle, pour son père, pour tous ceux qui l'entouraient, que les choses devaient être ainsi et ne pouvaient être autrement. Elle avait un frère marié, qui trouvait naturel qu'elle se dévouât, à sa place, auprès du père. Lui-même n'était occupé que de ses enfants. Il les aimait jalousement, il ne leur laissait aucune initiative. Cet amour était pour lui, et surtout pour sa femme, une chaîne volontaire qui pesait sur leur vie, ligotait leurs mouvements; on eût dit que, du moment qu'on avait des enfants, la vie personnelle fût finie et qu'on dût renoncer pour toujours à son propre développement; cet homme actif, intelligent, encore jeune, calculait les années de travail qui lui restaient, avant de prendre sa retraite.—Ces excellentes gens se laissaient anémier par l'atmosphère d'affection familiale, si profonde en France, mais si étouffante. D'autant plus oppressive que ces familles françaises sont réduites au minimum: père, mère, un ou deux enfants. Amour frileux, peureux, ramassé sur lui-même, comme un avare qui serre sa poignée d'or.
Une circonstance fortuite, en intéressant davantage Christophe à Céline, lui montra ce resserrement des affections françaises, cette peur de vivre, et de prendre ce qui est son bien.
L'ingénieur Elsberger avait un frère cadet, de dix ans moins âgé, ingénieur comme lui. Brave garçon, ainsi qu'il y en a tant, de bonne famille bourgeoise, avec des aspirations artistiques: ils voudraient bien faire de l'art; mais ils ne voudraient pas compromettre leur situation bourgeoise. À la vérité, ce n'est point un problème très difficile; et la plupart des artistes d'à présent l'ont résolu sans risques. Encore faut-il le vouloir; et, de ce pauvre effort d'énergie, tous ne sont pas capables; ils ne sont pas assez sûrs de vouloir ce qu'ils veulent; et à mesure que leur situation bourgeoise devient plus assurée, ils s'y laissent couler, sans révolte et sans bruit. On ne saurait les en blâmer, s'ils étaient de bons bourgeois, au lieu de méchants artistes. Mais, de leur déception, il leur reste souvent un mécontentement secret, un qualis artifex pereo, qui se recouvre tant bien que mal de ce qu'on est convenu d'appeler de la philosophie, et qui leur gâte la vie, jusqu'à ce que l'usure des jours et les soucis nouveaux aient effacé la trace de la vieille amertume. Tel était le cas d'André Elsberger. Il eût voulu faire de la littérature; mais son frère, très entier dans ses façons de penser, avait voulu qu'il entrât, comme lui, dans la carrière scientifique. André était intelligent, passablement doué pour les sciences—ou les lettres,—indifféremment; il n'était pas assez sûr d'être un artiste, et il était trop sûr d'être un bourgeois; il s'était plié, provisoirement d'abord—(on sait ce que ce mot veut dire)—à la volonté de son frère; il était entré à Centrale, dans un rang pas très bon, en était sorti de même, et depuis, il faisait son métier d'ingénieur, avec conscience, mais sans aucun intérêt. Naturellement, il avait perdu ainsi le peu de ses dispositions artistiques; aussi n'en parlait-il qu'avec ironie.
—Et puis, disait-il,—(Christophe reconnaissait dans ce raisonnement la façon pessimiste d'Olivier)—la vie ne valait pas la peine qu'on se tourmentât pour une carrière ratée. Un mauvais poète de plus ou de moins!...
Les deux frères s'aimaient; ils avaient la même trempe morale; mais ils s'entendaient mal ensemble. Tous deux avaient été Dreyfusistes. Mais André, attiré par le syndicalisme, était antimilitariste; et Elie, patriote.
Il arrivait qu'André fît visite à Christophe, sans aller voir son frère; et Christophe s'en étonnait: car il n'existait pas grande sympathie entre lui et André. Celui-ci ne parlait guère que pour se plaindre de quelqu'un ou de quelque chose,—ce qui était lassant; et quand Christophe parlait, André ne l'écoutait pas. Aussi Christophe ne cherchait-il plus à lui cacher que ses visites lui paraissaient oiseuses; mais l'autre n'en tenait pas compte; il ne semblait pas s'en apercevoir. Enfin Christophe saisit le mot de l'énigme, un jour qu'il remarqua que son visiteur était penché à la fenêtre, et beaucoup plus occupé de ce qui se passait dans le jardin du bas que de ce qu'il lui disait. Il le lui fit observer; et André n'eut pas de peine à convenir qu'en effet il connaissait Mlle Chabran, et qu'elle était pour quelque chose dans les visites qu'il faisait à Christophe. Et, sa langue se déliant, il avoua qu'il avait pour la jeune fille une vieille amitié, et peut-être quelque chose de plus: la famille Elsberger était liée depuis longtemps avec celle du commandant; mais après avoir été très intimes, la politique les avait séparées; et depuis, elles ne se voyaient plus. Christophe ne cacha point qu'il trouvait cela idiot. Ne pouvait-on penser, chacun à sa guise, et continuer de s'estimer? André protesta de sa liberté d'esprit; mais il excepta de sa tolérance deux ou trois questions, sur lesquelles, selon lui, il n'était pas permis d'avoir un avis différent du sien; et il nomma la fameuse Affaire. Là-dessus, il déraisonna, comme c'est l'usage. Christophe connaissait l'usage: il n'essaya point de discuter; mais il demanda si cette Affaire ne unirait pas un jour, ou si sa malédiction devait s'étendre jusqu'à la fin des temps, sur les enfants des enfants de nos petits-enfants. André se mit à rire; et, sans répondre à Christophe, il fit un éloge attendri de Céline Chabran, accusant l'égoïsme du père, qui trouvait naturel qu'elle se sacrifiât à lui.
—Que ne l'épousez-vous, dit Christophe, si vous l'aimez et si elle vous aime?
健康は感染的なものである――ちょうど病気のように。その健康の力の恩恵を最初に感じたのは、もとよりオリヴィエだった。そしてその力こそ、彼にもっとも不足してるところのものだった。彼は世の卑陋さが厭になって、世の中から引退していた。大なる知力と異常な芸術家的天分とをもっていながら、大芸術家となるにはあまりに繊弱だった。およそ大芸術家たるものは、何物をもいやがらないものである。あらゆる健全なる者の第一の掟は、生活するということである。天才にあってはそれがなお強力となる。天才はより多く生活するからである。ところがオリヴィエは生活から逃げていた。身体も肉も現実との関係もない詩的作為の世界に、漂い浮かんでいた。世には、美を見出そうとして、もう過ぎ去った時代のうちに、もしくはかつて存在しなかった時代のうちに、美を捜し求めたがる人々がいるが、オリヴィエもその一人だった。人生の飲料は、今日では昔ほど人を酔わせるものではないと思ってるかのようである。かかる疲れた魂の人々は、人生との直接の接触をきらい、人生を堪え得るのはただ、過去の隔てによって織り出される幻影の帷を通してであり、昔生きてた人々の死語を通してである。――クリストフとの交わりは、オリヴィエをそういう芸術の幽界からしだいに引き出した。彼の魂の深所に、太陽の光がさし込んできた。
技師のエルスベルゼもまた、クリストフの楽観主義に感染していった。でもそれは彼の習慣の変化となって現われはしなかった。彼の習慣はあまりに根深いものだった。フランスを去って他国へ成功を求めに行くほど、彼の気持を冒険的にならせることは、とうてい望み得られなかった。それはあまりに大なる要求だった。しかし彼は無気力の状態から脱した。長い前から打ち捨てている研究や読書や科学的の仕事に、ふたたび趣味をもちだした。かく自分の職業に興味がふたたび眼覚めてきた原因は多少クリストフにあるということを、彼は聞かされたら定めし驚いたであろう。そしてクリストフのほうはさらに驚いたであろう。
家じゅうでクリストフがもっとも早く交際を結んだのは、三階の小さいほうの部屋の人たちだった。彼はその扉の前を通るとき、一度ならずピアノの音に耳傾けた。それは若いアルノー夫人が一人きりのときに好んでひいてるものだった。そこで彼は、自分の音楽会への切符をその夫妻へ送った。彼らはそれを心から感謝した。それ以来彼は晩にときどき訪問してみた。若い婦人の演奏はもうまったく聞こえなくなった。彼女は非常に内気で人前ではひけなかった。一人きりのときでさえ、階段から聞く人があることを知ってる今では、弱音器をかけることにしていた。しかしクリストフは夫妻のために演奏してやった。そして皆で長く音楽の話にふけった。アルノー夫妻は若々しい心で話し、クリストフはそれをたいへん喜んだ。これほど音楽を愛するフランス人があろうとは、彼は思っていなかったのである。
「それは君が今まで、」とオリヴィエは言った、「音楽家にしか会わなかったからだ。」
「僕だって、」とクリストフは答えた、「音楽家はもっとも音楽を愛しない者であることを知っている。しかし君たちのような人がフランスに多数あろうとは、僕にはどうしても考えられない。」
「数千人いるさ。」
「それでは、それは一種の流行病だ、ごく最近の流行だろう。」
「流行の事柄ではありません。」とアルノーは言った。「楽器の楽しき和音や自然の声の楽しきを聞きながら、それを少しも悦ぶことなく、少しも感動することなく、楽しき歓喜の情に頭より足先まで戦くことなく、われを忘るることもできざる者は、不徳なるゆがめる堕落せる魂をもてるしるしにして、かかる者にたいしては、生まれ悪しき者にたいするがごとくに、人は注意を要するなり……。」
「それは僕も知ってます。」とクリストフは言った。「わが親愛なシェイクスピヤの言葉です。」
「いいえ。」とアルノーは穏やかに言った。「シェイクスピヤよりも前の人、わがロンサールの言葉です。音楽を愛するのが流行にしても、フランスでは、昨今に始まったのではないことがおわかりでしょう。」
しかし、クリストフを多く驚かしたのは、フランスにおいて音楽が愛されてるということよりもむしろ、ドイツにおけるとほとんど同じ音楽が愛されてるということだった。彼が最初見たパリーの芸術家や当世人などの間では、ドイツの大家らをすぐれた他国人として取り扱うことが普通だった。彼らは賞賛を拒みはしなかったが、一定の距離をおいていた。そしてグルック式の鈍重さやワグナー式の野蛮さなどを好んであざけり、それにフランスの精緻さを対立さしていた。実際クリストフもついには、フランスで実演されてるような方法では、フランス人がドイツの作品を理解し得るかを怪しんだ。彼はあるとき、グルックの作品公演から不快を感じてもどって来た。巧みなパリー人らは、この恐ろしい老人グルックに化粧させようとしていた。彼らは彼を塗りたて、彼にリボンを結びつけ、彼の律動に真綿を着せ、印象派的色彩で、淫逸な頽廃の色でその音楽を飾りたてていた……。気の毒なグルックよ! その心の雄弁さから、その道徳的純潔さから、その赤裸な悲痛さから、何が残っていたであろう? フランス人がそれらを感じ得ないせいではなかったろうか。――しかるにクリストフは今、ゲルマン魂の中に、ドイツの古い歌曲の中に、ドイツの古典芸術の中にもっとも根深く存在してるところのものにたいして、新しい友人らが深いやさしい愛情をいだいてることを、見てとったのだった。そして彼らに、それらドイツの大家連が彼らには他国人と思えるということや、フランス人がまったく愛し得るのは同民族の芸術家をのみであるということなどは、ほんとうではなかったのかと尋ねてみた。
「ほんとうなものですか!」と彼らは抗弁した。「批評家どもがわれわれの代弁をしてるのだと、勝手に自称してるのです。彼らはいつも自分らが流行に従ってるので、われわれまで流行に従ってるのだと言っています。しかし彼らがわれわれを気にかけていないと同様に、われわれのほうでも彼らを気にかけてはいません。彼らはまったく滑稽な馬鹿者どもで、フランス式であるものとないものとをわれわれに教えたがっています、古いフランスの生粋のフランス人たるわれわれに向かってです……。彼らはわれわれに向かって、わがフランスはラモーの中に――もしくはラシーヌの中に――あって、他にはないと高言しています。そしてベートーヴェンやモーツァルトやグルックが幾度か、われわれの炉のほとりに来て腰をおろし、われわれの愛する人々の枕辺でわれわれとともに夜を明かし、われわれの苦痛を分かちにない、われわれの希望を力づけ……われわれの家庭の人となったということを、まるで知らないかのようです。けれどわれわれの考えを明らさまに言えば、わがパリーの批評家どもから祭り上げられてるフランスの某芸術家などこそ、われわれにとってはむしろ他国人なのです。」
「実際のところ、」とオリヴィエは言った、「もし芸術に国境があるとすれば、その国境は人種の間の境界というよりも、階級の間の境界と言うべきだ。フランスの芸術とかドイツの芸術とかいうものがあるかどうか、僕は知らない。しかし富んでる者らの芸術があり、また、富んでいない者らの芸術がある。グルックは偉大なる中流人であって、われわれと同階級のものである。ところが、僕は今はっきり名ざしたくないが、フランスの某芸術家などはそうでない。彼は中流階級に生まれてはいるけれど、われわれを不名誉だとし、われわれをしりぞけている。それでわれわれのほうでも、彼をしりぞけてるのだ。」
オリヴィエの言うところは真実だった。クリストフはフランス人をよく知れば知るほど、フランスの善良な人々とドイツのそれらとの間の類似に驚かされた。アルノー夫妻は、芸術にたいするその純潔な私心なき愛や、自己忘却や、美しきものにたいする奉仕などによって、彼にあの親愛なるシュルツ老人を思い起こさした。そして彼はシュルツ老人の思い出のために、彼らを愛した。
クリストフは、異なった民族の善良な人々の間に精神的国境を設くることの愚かさを見出すと同時に、同一民族の善良な人々の異なった思想の間に国境を設くることの愚かさをも見てとった。そして彼のおかげで、しかも彼が求めたことではなかったが、もっともたがいに理解しがたいと思われた二人、牧師コルネイユとヴァトレー氏とは、たがいに知り合いになった。
クリストフはその二人から書物を借りていた。そしてオリヴィエがいやがったほどの無遠慮さで、彼はその書物をまた一方のほうに貸していた。コルネイユ師はそれを別段不快ともしなかった。彼は人の魂にたいする直覚力をもっていた。そして若い隣人クリストフの魂中に、みずから知らずに宗教的なものがあることを、それとなく読みとっていた。ヴァトレー氏から借り出されたクロポトキンの一冊は、種々の理由から三人ともに好きな書物であって、それが接近の初めとなった。ある日偶然にも三人はクリストフのもとで落ち合った。クリストフは初め、二人の客の間に面白からぬ言葉がかわされはすまいかと恐れた。しかし反対に二人は、非常な丁重さを示し合った。彼らは安全な話題について話をした、旅行の話や、他人にたいする経験談など。そして彼らは二人とも、絶望すべき多くの理由をもってたにもかかわらず、架空的な希望や福音書的な精神や温厚さなどに満ちてることを、二人とも示した。彼らはたがいに相手にたいして、ある皮肉さの交じった同情の念を覚えた。ごく慎み深い同情の念だった。彼らはけっしてたがいの信仰の奥底に触れ合わなかった。たがいに会うことはごくまれであり、また会おうとも求めなかった。しかし顔を合わせるときにはそれを喜んでいた。
二人のうちでコルネイユ師のほうがより独立的な精神をもっていた。クリストフは初めそれを予期していなかった。がしだいにクリストフは、彼の宗教的な自由な思想が、力強い清朗な熱のない神秘観が、きわめてしっかりしてることを認めていった。その神秘観は、彼の牧師としてのあらゆる思想、日常生活のあらゆる行為、あらゆる世界観照のうちに、沁み通っていて、あたかもキリストが神のうちに生きていたと彼が信じてるところと同じように、彼をキリストのうちに生きさしていた。
彼は何物をもいかなる生の力をも、否定しなかった。彼にとっては、あらゆる宗教書は、古きと新しきとを問わず、宗教的なものと世俗的なものとを問わず、モーゼからベルトローにいたるまで、皆確実なものであり、崇高なものであり、神の言葉であった。そして、聖書はただそのもっとも豊かな見本であって、神のうちに結ばれたる同胞愛のもっとも高い優秀者が教会であるのと同じだった。しかしその聖書も教会も、一定不動な真理のうちに人の精神を閉じこめるものではなかった。キリスト教は、生けるキリストにほかならなかった。世界の歴史は、神という観念の不断の生長の歴史にすぎなかった。ユダヤ聖堂の没落、異教の世界の衰滅、十字軍の失敗、法王ボニファス八世の屈辱、眩暈するばかりの広い空間に地球を投げ出したガリレオ、大なるものよりもさらに力強い極微なるもの、王権の終滅と和親条約の絶滅、すべてそれらのものは、一時人心を途方にくれしめた。ある人々は倒壊しかけてるものに必死とすがりついた。またある人々は手当たりしだいに板子をつかんで漂流した。しかるにコルネイユ師はただみずから尋ねた、「人間はどこにいるのか? 人間を生きさせるものはどこにあるのか?」なぜなら彼は、「生のあるところに神がある、」と信じていたから。――そしてまたそれゆえに、彼はクリストフにたいして同感をもっていた。
クリストフのほうでも宗教的な偉大な魂の美わしい音楽をふたたび聞くのはうれしかった。それは彼のうちに遠い深い反響を呼び起こした。不断の反動的な感情――強健な性質の人にあっては、生の一本能であり、自己保存の本能であり、危い場合に平衡を立て直して船を新たに躍進せしむる櫂の一撃であるところの、不断の反動的な感情――それによって、クリストフの心の中には、パリーの極端な疑惑と忌まわしい快楽主義とに接して、二年以前から、少しずつ神がよみがえってきつつあった。と言って彼は神を信じてるのではなかった。神を否定していた。しかし神に満たされていた。彼はその守護神たる善良な巨人のように、みずから知らないで神をになってるのだと、コルネイユ師は微笑みながら言った。
「ではなぜ僕には神が見えないのでしょう?」とクリストフは尋ねた。
「あなたも他の多くの人たちと同様です。毎日神を見てはいるが、それを神だと知らないのです。神は種々の形で万人におのれを示しています――ある者には、ガリラヤにおける聖ペテロへのように、その日常生活のなかで――ある者には、(たとえばあなたの友人のヴァトレー氏には、)聖トマスへのように、治癒を求めてる傷や苦痛のなかで――あなたには、おごそかなる理想のなかで、われに触るるなかれのなかで……。いつかあなたも神を認めるようになるでしょう。」
「いやけっして僕は譲歩しません。」とクリストフは言った。「僕は自由です。」
「それならばなおさら神とともにいることになるでしょう。」と牧師は穏やかに言い返した。
しかしクリストフは、自分の心に反してキリスト教徒とされることを許し得なかった。自分の思想に何かの符牒をつけられることがさも問題ででもあるように、率直な熱心さで自分を守った。コルネイユ師は、ほとんどわからないくらいわずかな聖職者的皮肉と多くの温情とで、彼に耳を傾けた。彼はその信仰の習慣に基づいてる不撓の忍耐をもっていた。現時の教会が受けてる困難から鍛えられていた。それらの困難のために大なる憂鬱を投げかけられながらも、また痛ましい精神上の危機を通過することさえ強いられながらも、心の底は少しも害せられないでいた。もとより、上に立つ人々から圧迫され、あらゆる行動を司教らからうかがわれ自由思想家らからねらわれ、両者から争って思想を利用され自分の信仰に反する役目をさせられ、同宗者と反対者との両方から等しく理解されずに攻撃されるのは、残酷なことには違いなかった。反抗することはできなかった、なぜなら服従しなければならなかったから。けれど心から服従することはできなかった、なぜなら当局者のほうが間違ってるとわかっていたから。口をきき得ない苦しみ。口をきいて誤解される苦しみ。なおその上に、自分に責任がある他の多くの魂の存在、忠言を助力を求めつつ明らかに苦しんでる多くの人々の存在……。コルネイユ師はそれらの人々のためにまた自分のために苦しんだ。しかし彼は忍従した。教会の長い歴史に比ぶれば、それらの困難の日々はいかに些少なものであるかを知っていた。――ただ、無言の忍諦のうちに潜み込んでばかりいる間に、彼は徐々に貧血してゆき、ある臆病さに、口をきくことを恐れる気分に、いつしかとらわれていって、わずかな行動もますますなしがたくなり、しだいに無言無為のうちに陥っていった。それをみずから感ずると、悲しくはあったが、しかしもう反抗しようとはしなかった。ところがクリストフと出会ったことは、彼にとって大なる支持となった。その隣人が示す年少気鋭な熱意や率直なやさしい同情は、また時としては不謹慎なその質問は、彼にとって非常にためになった。クリストフは彼を強いて、生者の仲間に立ちもどらしめた。
電気職人のオーベルが、あるときクリストフの室で、この牧師と出会った。彼は牧師の姿を見るとびっくりした。嫌悪の情をなかなか隠し得なかった。その最初の感情を押えたあとでもなお、この法服の男と顔を合わせると、いつもある気づまりな変な当惑を覚えた。彼にとっては、法服の男などはなんと言ってよいかわからない人物なのだった。それでも、教養ある人々と話をするうれしさから、反僧侶主義の気持を制してしまった。彼はヴァトレー氏とコルネイユ師との間の親しげな調子に驚いた。民主的な牧師と貴族的な革命家とを見出したことにも、やはり同じく驚いた。それは彼がこれまで得てるあらゆる観念を覆すものだった。彼は社会上のいかなる部類に彼らを置くべきかを迷った。彼は人を理解せんがために分類する必要を感じてたのである。ところが、アナトール・フランスやルナンのものを読み、それについて正当な正確な言葉を平気でくだしてる、この牧師の平穏な自由さは、いかなる所に置いてよいか容易にわからなかった。学問上の事柄においては、命令する人々からよりも知識ある人々から、コルネイユ師は導かれるのを常としていた。彼は権力を尊んではいた。しかしそれは彼にとっては、学問と同種のものではなかった。肉体と精神と慈愛、それは三つの部門であって、崇高な梯子の、ヤコブの梯子の、三つの段であった。――善良なオーベルにはもとより、そういう精神状態を理解しがたかった。コルネイユ師はクリストフに、オーベルを見ると昔見たフランスの農夫たちのことを思い出すと、静かに話してきかした。一人の若いイギリスの女が、農夫たちに道を尋ねていた。彼女はイギリス語を話していた。農夫たちはそれがわからなかったけれど耳を傾けていた。それから彼らはフランス語を話した。彼女にはそれがわからなかった。すると彼らは気の毒そうに彼女をながめ、頭を振って、また仕事にかかりながら言った。「でも気の毒だなあ、あんなにきれいな娘さんだが……。」
初めのうちオーベルは、牧師とヴァトレー氏との学殖や上品な態度に気圧されて、彼らの会話を鵜のみにしながら黙っていた。がしだいに、自分の話を聞いてもらう素朴な喜びに駆られて、会話の中にはいってきた。そして自分の漠然たる理論を並べたてた。相手の二人は内心いささか微笑しながら、丁寧に耳を貸してやった。オーベルは有頂天になって、なおそれだけでは満足しなかった。彼はコルネイユ師の限りない我慢を利用し、やがて図にのってきた。苦心惨澹の原稿を読んできかせまでした。牧師はいつもあきらめて耳を貸していた。そしてさほど退屈してもいなかった。というのは、相手の言葉よりも人間のほうに多く耳傾けていたから。それにまた、気の毒がってるクリストフへ答えたとおりの理由もあった。
「なあに、あの人に限ったことではありません。」
オーベルはヴァトレー氏とコルネイユ師とをありがたがっていた。そしてこの三人は、たがいに相手の思想を理解しようともつとめずに、なぜとはなしにたがいに愛し合うようになった。そしてたがいにごく接近してるのを見出してびっくりした。彼らはそんなことをかつて思ったこともなかった。――クリストフが彼らを結びつけていたのである。
クリストフはまた、エルスベルゼの二人の娘とヴァトレー氏の養女との三人に、無邪気な味方を見出した。彼は彼女らの友だちとなった。彼は彼女らが孤立して暮らしてるのを苦にした。そして彼女らのおのおのに未知の隣人のことを噂して、たがいに会いたくてたまらない気を起こさした。で彼女らは窓から合図をかわしたり、階段でそっと言葉をかわしたりした。そのうえなおクリストフの尽力によって、彼女らはときどきリュクサンブールの園で会う許しを得た。クリストフは計画が成功したのを喜んで、彼女らが出会う最初のときには、自分で様子を見に行ってみた。すると彼女らは、きまり悪がってもじもじしていて、新たなその幸福をどうしていいかわからないでいた。彼はすぐに彼女らを打ち解けさせ、いろんな遊びや駆けっこや追いかけっこを考え出した。自分も十歳ぐらいな子供のように勢い込んで仲間入りした。散歩の人たちは、その大子供が大声をたてて駆け出したり、三人の少女に追われて木のまわりを回ったりしてるのを、おかしそうに見やっていった。そして少女らの両親たちは、まだやはり疑念をいだいていて、リュクサンブールの遊びがたびたび繰り返されるのを、あまり好まないらしい様子だった――(なぜなら、彼らは娘をそばで監督することができなかったから。)――それでクリストフは、一階に住んでるシャブラン少佐に願って、家の庭で彼女らを遊ばせる工夫をした。
偶然にも彼はシャブラン少佐と交際を結んでいた――(偶然はいつも自分を利用してくれる人々を見出し得るものである。)――クリストフの机は窓ぎわに置いてあった。風のために楽譜の数枚が下の庭に飛ばされた。クリストフは例のごとく、帽子もかぶらず胸もはだけたままで、その楽譜を取りにいった。彼は下男に一言断わるだけのことだと思っていた。ところが扉を開けてくれたのは若い娘だった。彼は少しまごつきながら、やって来たわけを述べた。彼女は笑顔をして彼を中にはいらせた。二人は庭へ行った。彼が楽譜を拾い集めて、娘に送られながら急いで逃げ出そうとしてるとき、もどって来た少佐に出会った。少佐はびっくりした眼つきで、その異様な客をながめた。若い娘が笑いながら彼を紹介した。
「ああ、君があの音楽家ですか。」と将校は言った。「ちょうどいい。われわれはお仲間です。」
彼はクリストフの手を握りしめた。二人は、クリストフはピアノで少佐はフルートでたがいに音楽を聞かせ合ってることを、隔てない皮肉な調子で話した。それでクリストフは辞し去ろうとした。しかし相手は彼を離さないで、際限もなく音楽談をやり始めた。それから突然話をやめて言った。
「僕のカノン(訳者注 大砲と追走曲と両様の意味あり)を見に来ませんか。」
クリストフは、フランスの大砲に関する彼の意見がなんの面白いことがあるものかと思いながらも、彼のあとについて行った。ところが少佐は得意げに、音楽上のカノン――追走曲を示した。それは一種の曲芸の楽曲であって、終わりから読むこともできれば、表と裏と両面から二重奏することもできるのだった。少佐は昔理工科学校の学生であったころから、音楽にたいする趣味を常にもちつづけていた。しかし音楽のうちでもことにその難問題を好んでいた。彼にとって音楽はりっぱな精神的遊戯らしく思われた――(一面においては音楽は実際そうである。)そして彼は音楽的な組み立ての謎を、どれもみな奇怪な無益なものではあったが、一心に工夫してかけたり解いたりしていた。もとより軍職についてる間は、その嗜癖に十分ふけるだけの隙がなかった。しかし退職してからはそれに熱中してしまった。黒人王の軍隊を追跡してアフリカの沙漠を駆け回ったり、または敵の策略から脱出した、その昔の精力を、ことごとくそれに費やしていた。クリストフはそれらの謎を面白がり、また自分のほうからもいっそう複雑な謎をかけてやった。将校は夢中になった。二人は知恵比べをした。両方で音楽上の難問題を連発した。十分遊んだあとに、クリストフは自分の室にもどった。しかしその翌朝になると、彼はまた新しい問題を受け取った。それはまったく頭が割れるほどの難問題で、少佐が夜もろくに寝ないで考えたものだった。彼のほうからも応戦してやった。そして戦いはいつまでもつづいたので、ついにクリストフはめんどうくさくなって、負けたと言い出した。将校は大喜びだった。彼はその勝利を、ドイツにたいする復讐のように考えていた。彼はクリストフを午餐に招待した。クリストフは少しも遠慮のない態度で、彼の音楽上の作品をけなしたり、彼がハーモニュームでハイドンのアンダンテを台なしにすると、大声をたてたりして、すっかり彼を征服してしまった。それ以来二人はかなりしばしば談話を交えた。しかしもう音楽のことについては話さなかった。クリストフは少佐の音楽上の談話を聞いてもつまらなかった。それで話を好んで軍事上のことにもっていった。それは少佐の望むところだった。不幸な彼にとっては音楽は無理に求めた気晴らしだった。心の底では弱りきっていた。
彼の話はよくアフリカ戦役のことに落ちていった。ピサロやコルテスにふさわしいような途方もない冒険談だった。その驚くべき野蛮な叙事詩がふたたび生き上がってくるのを見て、クリストフは呆然とした。そんな話を彼は少しも知らなかったし、またフランス人自身もたいていは知っていなかった。しかし実際その話によると、一群のフランス遠征者らが二十年もの間、勇気と巧妙な胆力と超人間的な精力とを費やしながら、未開の大陸のまん中に踏み迷い、黒人の軍隊に包囲され、もっとも基本的な戦闘用具さえも十分になく、怖気ついてる世論と政府との意に反してたえず戦い、フランスの意向に構わず、フランスのために、フランス自身よりもさらに大きな帝国を征服してるのであった。力強い喜びと血潮との匂いがその戦いから立ちのぼっていた。クリストフの眼には近世の傭兵の面影が、勇壮な冒険者の面影が、そこから浮かび上がってきた。それは現今のフランスには思いがけないものであり、現今のフランスが容認するのを恥じてるものであり、慎み深くその上に帷を投げかけてるものである。しかるに少佐の声は、それらの思い出を呼び起こしながら、快活に鳴り響いていた。そして彼は元気な朴訥さをもって、また地勢についての賢明な叙述――(その叙事詩的な物語の中に変梃に插入される)――をもって、広範囲にわたる追跡のことや、その無慈悲な戦いにおいて彼が猟師となったり獲物となったりした、人間の狩猟のことなどを、物語っていった。――クリストフは彼の話に耳を傾け、彼の顔をながめ、そして、そのりっぱな人間獣が無為閑散を余儀なくされ、滑稽な遊びのうちに衰えてゆかなければならないのを見て、同情の念を覚えた。そういう運命に彼がどうしてあきらめ得たかを怪しんだ。そして彼自身に向かってそれを尋ねてみた。少佐は初め、自分の不遇を他国人に説明したがらないらしかった。しかしフランス人というものは饒舌であって、ことに他人を恨むときにそうである。
「現今の軍隊にはいっていたって、僕になんの仕事があるものですか。」と彼は言った。「海軍の者は文学をやってるし、陸軍のものは社会学をやっている。彼らは戦争以外のことならなんでもやっている。しかしもう戦争の準備はしていない。戦争をすまいという準備をしている。戦争哲学をやっている……。戦争哲学! 他日受ける打撃を考えてるなぐられた驢馬どもの遊びと同じだ……。屁理屈を並べたり哲理をこねたりすることは、僕の仕事じゃありません。家の中に引っ込んでカノン(追走曲――大砲)でもこしらえてるほうがましです。」
しかし彼は慎みの念から、もっとも大きな不満は口に出さなかった。上申者への告げ口によって将校らの間に起こる猜疑、愚昧邪悪な政治家連の横柄な命令を受ける屈辱、または、賤しい警察事務や、教会堂の財産調べや、労働争議の鎮圧や、権力を得た一派――反僧侶主義の過激な小市民輩――の利益や怨恨のために、残りの国民全部に反対する仕事、それに使用される軍隊の悲しみ、などがあった。なおその上に、新しい植民地軍にたいするこの老アフリカ軍人の嫌悪もあった。新しい植民地軍は、「大なるフランス」――海の彼方のフランス――の防備を確かにするという名誉と危険とにあずかることを拒む他のフランス人らの、利己心を容赦せんがために、大部分は国民のもっとも下等な分子から徴集されてるのだった。
クリストフは、右のようなフランスの内紛には差し出口の必要をもたなかった。それは彼に関係した事柄ではなかった。しかし彼は老将校に同感した。戦争にたいする考えはとにかくとして、ただ彼は、軍隊は兵士を作るためのものであって、あたかもりんごの木がりんごを生ずるのと同じだと思っていた。政治家や耽美家や社会学者がそれに接ぎ木されることは、おかしな変形だと思っていた。それでも彼は、この頑健な人が他人に地位を譲ったのが理解できなかった。敵と戦わないことはもっとも悪い敵たることである。しかしそれらの多少りっぱなフランス人らのうちには、ある棄権的な精神が、不思議な見切りの心が存在していた。――クリストフはそれのさらに痛切なものを、少佐の娘のうちに見出した。
彼女はセリーヌという名だった。丁寧に櫛を入れてシナ風に編んだ細かな髪をもっており、その下から高い丸い額とややとがった耳とがのぞいていて、痩せた頬、素朴な優美さの愛くるしい頤、黒い怜悧な打ち解けたごくやさしい近視の眼、多少太い鼻、上唇の隅の小さな黒子、やや脹れた下唇をかわいらしくとがらして突出させるしずかな微笑、などをもっていた。彼女は親切で活発だったが、精神的な好奇心にひどく欠けていた。あまり書物を読むことがなく、新しい書物を少しも知らず、けっして芝居へ行かず、けっして旅行をせず――(父親は昔あまり旅をしたので旅行に飽いていた)――なんらの世間的慈善事業にもかかわらず――(父親はそういう事業を非議していた)――少しも勉強しようとはせず――(父親は女の学者をあざけっていた)――四方壁に囲まれてる大きな井のような方形の庭から、ほとんど外へ出なかった。それでも彼女はさして退屈してはいなかった。どうかこうか仕事を見つけて、快くあきらめていた。彼女の一身から、また、どこにいても女が知らず知らず創り出すその小さな世界から、シャルダン風の空気が発散していた。微温的な沈黙。習慣的な仕事に気を向けてる――(やや麻痺されてる)――態度や顔つきの静穏さ。日々のきまった仕事や、馴れきった生活や、同じ時間に同じようにやってくるとわかっていながらも、やはりしみじみとした落ち着いたやさしさで愛せられる、いろんな考えや身振り、などのうちに包まってる詩。正直や良心や真実や静かな仕事や静かな喜び、それでもなお詩的たるを失わないそれらの、美わしい中流人士的魂の朗らかな凡庸さ。りっぱなパンやラヴァンド化粧水や方正や温情などの香りのする、健全な優雅さ、精神的および肉体的な清潔さ。事物と人物との平和、古い家と微笑める魂との平和……。
クリストフの親切な信頼の態度はいつも人の信頼を招いていたので、彼はやがて彼女とごく親しくなった。二人はかなり自由に話をした。しまいに彼はいろんな問いをさえかけるようになり、彼女はそれに答えてはみずからびっくりしていた。彼女は他人にはだれへも言ったことのない事柄をも彼へ話していた。
「それはあなたが私を恐れていないからです。」とクリストフは説明した。「私たちは恋に陥るような危険はありません。恋に陥るにはあまりに親しすぎます。」
「ほんとにあなたはやさしい方ですわ!」と彼女は笑いながら答えた。
彼女の健全な性質は、クリストフの性質と同じく、恋愛的な交わりを、自分の感じにいつも手管を弄する曖昧な魂にとっては尊いその感情形式を、忌みきらっていた。二人はたがいに仲のいい間柄だった。
彼女はときどき午後になると、庭のベンチにすわって、膝の上に仕事を置いて、それに手を触れようともしないで、幾時間もじっとしてることがあった。彼はある日またそれを見かけて、何をしてるのか尋ねてみた。彼女は顔を赤らめて、それは幾時間ものことではなく、たまにしばらくの間のことであり、十四、五分間のことであると抗弁し、「話の先をつづけてるのだ」と言った。
――なんの話?
――彼女がみずから語ってる話。
「あなたは自分で自分に話をしてるんですか。そんなら私にも聞かしてください。」
彼女は彼があまりに好奇だと言った。そしてただ、自分がその話の女主人公ではないということだけを打ち明けた。
彼はそれに驚いた。
「自分でみずからいろんな話をするくらいなら、美化した自分自身の話をして、現実以上の幸福な生活をしてるように夢想するほうが、より自然のことのように思えますが。」
「私にはそんなことはできません。」と彼女は言った。「そんなことをしたら絶望に沈むかもしれません。」
彼女は人に隠してる自分の魂を多少うち明けたので、また顔を赤めた。そして言った。
「それに、庭にいて風にさっと吹かれますと、ほんとにいい心地になります。庭は私には生きてるもののように思われます。そして風が荒くて遠くから吹いて来ますときには、いろんなことを私に語ってくれます。」
クリストフは、彼女が控え目な口をきいてるにもかかわらず、彼女の快活さと活発さとの下に隠されてる、底深い憂鬱を見てとった。その活発さも彼女を欺くことはできなかったし、なんの結果をももたらしてはいなかった。彼女はなぜ自分を解放しようとはしなかったか? 活動的な有用な生活にいかにも適しているではなかったか!――しかし彼女は父の愛情を楯にとっていた。父は彼女を手離したがらなかったのである。クリストフはそれに反対して、強健で元気なその将校は彼女を必要としないこと、ああいう性質の人は一人きりで暮らし得ること、彼女を犠牲にする権利は彼にはないこと、などを言いたてたが無駄だった。彼女は父を弁護した。父が無理に自分を引き留めておくのではなくて、自分のほうで父のもとを離れ得ないのだと、孝心深い嘘で主張した。――そしてまたそれは、ある程度まではほんとうだった。彼女にとっては、彼女の父にとっては、また周囲の人々にとっては、万事はかくあるべきもので異なったようになるべきではないということが、永久にわたって承認されてるらしかった。彼女には結婚した兄があったが、その兄も、自分の代わりに彼女が献身的に父のめんどうをみてくれるのを、自然のことだと考えていた。そして彼自身は子供たちのことばかりに気を向けていた。彼は子供たちを嫉妬深いほど愛していて、何事をも子供たちの自由に任せなかった。その愛情は、彼にとっては、ことに彼の細君にとっては、一生のしかかってきてあらゆる行動を束縛する任意的な鎖だった。人は子供をもったときから、その個人的生活は終わりを告げて、自己の発展は永久に止めらるべきものである、とでも言うかのようだった。この活動的な怜悧なまだ若い男は、隠退するまでに残ってる働くべき年月を、ちゃんと数え上げていた。――それらのりっぱな人々は、家庭的愛情の空気のために貧血させられていた。その愛情はフランスにおいてはいかにも深いものだったが、しかしまた人を窒息させるものだった。フランス人の家庭が父と母と一、二人の子供というふうに、ごく少数になる場合に、それはますます圧迫的になるのだった。あたかも一握りの黄金を握りしめてる吝嗇家のように、戦々兢々として自分だけを守ってる愛情だった。
ある偶然の事情からクリストフは、セリーヌにますます同情をもつとともに、フランス人の愛情の狭小なこと、生活や自己の権利の主張などを恐れてることを、示されたのであった。
技師のエルスベルゼに、やはり技師である十歳年下の弟があった。世間によく見かけるとおり、りっぱな中流家庭に生まれて芸術上の志望をもってる好青年だった。そういう人々は、芸術をやりたがってはいるが、その中流的身分を危うくすることを欲しない。実を言えば、それはごく困難な問題ではない。現時の多くの芸術家は容易に解決をつけている。でもとにかくそうしたいという願望だけは必要であって、そしてそれだけのわずかな気力をも万人がもってるというわけにはゆかない。彼らには自分の欲することを欲するというだけの確かさもない。そして彼らの中流的身分が確実になればなるほど、ますますそこに安住して従順に静かになってゆく。彼らがくだらない芸術家とならずに善良な中流者となるとしても、それはとがむべきことではないだろう。しかしその失意からは、ひそかな不満の念が、いかに偉大なる芸術家が僕とともに滅びることぞが、たいていは彼らのうちに残ってくる。そしてそれは、とにかく哲学と呼ばれ得るものでどうにか覆い隠されはするが、歳月に磨り減らされ新しい心配事に紛らされてその古い怨恨の痕が消されてしまうまでは、彼らの生活を毒するのである。アンドレ・エルスベルゼの場合もそうであった。彼は文学をやるつもりだった。しかし自説にのみ凝り固まってる兄は、彼をもやはり科学の方面にはいらせたかった。アンドレは悧発であって、科学に――または文学に――同じくらいかなりの天分をもっていた。芸術家たるには十分の自信がなかったけれど、中流者たるにはあまりに多くの自信があった。で彼は初め一時的に――(この一時的という言葉がいかなる事を意味するかは人の知るとおりである)――兄の意志に従った。彼は大してよくない成績で工芸中央学校にはいり、同じくらいの成績で卒業し、それからは本気でしかしなんの興味ももたずに、技師の職についていた。もとよりその間に、わずかの芸術家的気質をもっていたのをも失ってしまった。で彼はもう皮肉をもってしか芸術のことを語らなかった。
「それにまた、人生というものは、やりそこねた職業のために気をもむにも値しないものです。くだらない詩人なんかあってもなくても同じことです……。」と彼は言っていた。――(クリストフはそういう理屈のなかに、オリヴィエ流の悲観思想を見てとった。)
二人の兄弟は愛し合っていた。彼らは同じ気質をもっていた。しかし話が合わなかった。二人ともドレフュース派であった。しかしアンドレは、産業革命主義にひきつけられて、非軍国主義者であった。そしてエリーは愛国者であった。
アンドレは時とすると、兄に会いに行かずにクリストフだけを訪れてきた。クリストフはそれに驚いた。なぜなら、彼とアンドレとの間には大なる同感は存しなかったから。アンドレはたいていだれかもしくは何事かにたいする不平ばかりを述べた――それはうるさいことだった。そしてクリストフが口をきくときには、アンドレのほうでよく聞いていなかった。それでクリストフはもう、彼から訪問されるのをつまらないと思ってる様子を隠そうとしなかった。しかし彼はそんなことにはいっこう平気だった。気づいてもいないらしかった。がついにある日、クリストフの疑問は解けた。相手が窓にもたれて、こちらの話によりも下の庭の様子に多く気をとられてるのが、彼にもわかった。彼はそれを言ってやった。するとアンドレは、実際シャブラン嬢を知ってることや、クリストフを訪問してくる理由のうちには彼女がはいってることなどを、すぐに承認してしまった。それから舌がほどけて、昔からの友情を、おそらくは友情以上のものを、その若い娘にたいしていだいてることを白状した。エルスベルゼの家は少佐の家と昔から交際があった。しかしごく懇意だったあとに、政治上のことで離れ離れになった。それ以来もう行き来をしなかった。クリストフはそんなことを馬鹿げてると思う様子を隠さなかった。各人各自の考え方をしながらなお尊敬し合ってゆくということが、できないものだろうか? アンドレは、自分は自由な精神をもってると抗弁した。しかし二、三の問題は寛容外のことだと言った。彼によれば、それらの問題について異なった意見をもつのは許されないことだった。そして彼は有名なドレフュース事件をあげた。それについて彼も普通一般のとおりに無茶な論をした。クリストフはその慣例を知っていたし、少しも議論を闘わそうとはしなかった。しかしただ、その事件もいつか終わりを告げることがないものかどうか、その呪いは孫子の末の末にまで永遠に波及すべきものであるかどうかを、尋ねてみた。アンドレは笑いだした。そしてクリストフに答えはしないで、セリーヌ・シャブランをしみじみとほめたたえ、彼女から献身的に仕えられるのを当然だと思ってる父親の利己心を非難した。
「彼女と愛し愛されてるのなら、なぜ結婚しないんですか。」とクリストフは言った。
André déplora que Céline fût cléricale. Christophe demanda ce que cela voulait dire. L'autre répondit que cela signifiait: pratiquer la religion, s'inféoder à un Dieu et à ses bonzes.
—Et qu'est-ce que cela peut vous faire?
—Cela me fait que je ne veux pas que ma femme soit à un autre qu'à moi.
—Comment! Vous êtes jaloux même des idées de votre femme? Mais vous êtes plus égoïste encore que le commandant!
—Vous en parlez à votre aise! est-ce que vous prendriez, vous, une femme qui n'aimerait pas la musique?
—Cela m'est arrivé déjà!
—Comment peut-on vivre ensemble, si l'on ne pense pas de même?
—Laissez donc votre pensée tranquille! Ah! mon pauvre ami, toutes les idées ne comptent guère, quand on aime. Qu'ai-je à faire que la femme que j'aime aime, comme moi, la musique? Elle est, pour moi, la musique! Quand on a, ainsi que vous, la chance de trouver une chère fille qu'on aime et qui vous aime, qu'elle croie tout ce qu'elle veut, et croyez tout ce que vous voudrez! Au bout du compte, toutes vos idées se valent; et il n'y a qu'une vérité au monde: c'est de s'aimer.
—Vous parlez en poète. Vous ne voyez pas la vie. Je connais trop de ménages, qui ont eu à souffrir de cette désunion d'esprit.
—C'est qu'ils ne s'aimaient pas assez. Il faut savoir ce qu'on veut.
—La volonté ne peut pas tout. Quand je voudrais épouser Mlle Chabran, je ne le pourrais pas.
—Je voudrais bien savoir pourquoi!
André parla de ses scrupules: sa situation n'était pas faite; pas de fortune; peu de santé. Il se demandait s'il avait le droit de se marier. Grande responsabilité... Ne risquait-il pas de faire le malheur de celle qu'il aimait, et le sien,—sans parler des enfants à venir?... Il valait mieux attendre,—ou renoncer.
Christophe haussa les épaules:
—Belle façon d'aimer! Si elle aime, elle sera heureuse de se dévouer. Et quant aux enfants, vous, Français, vous êtes ridicules. Vous voudriez n'en lâcher dans la vie que si vous êtes sûrs d'en faire de petits rentiers dodus, qui n'aient rien à souffrir... Que diable! cela ne vous regarde pas; vous n'avez qu'à leur donner la vie, l'amour de la vie, et le courage delà défendre. Le reste... qu'ils vivent, qu'ils meurent... c'est le sort de tous. Vaut-il donc mieux renoncer à vivre, que courir les chances de la vie?
La robuste confiance qui émanait de Christophe, pénétrait son interlocuteur, mais ne le décidait point. Il disait:
—Oui, peut-être...
Mais il en restait là. Il semblait, comme les autres, frappé d'une incapacité de vouloir et d'agir.
Christophe entreprit le combat contre cette inertie, qu'il retrouvait chez la plupart de ses amis Français, bizarrement accouplée à une activité laborieuse et très souvent fiévreuse. Presque tous ceux qu'il voyait, dans les divers milieux bourgeois, étaient des mécontents. Presque tous avaient le même dégoût pour les maîtres du jour et pour leur pensée corrompue. Presque tous, la même conscience triste et fière de l'âme trahie de leur race. Et ce n'était pas le fait de rancunes personnelles, l'amertume d'hommes et de classes vaincus, évincés du pouvoir et de la vie active, fonctionnaires révoqués, énergies sans emploi, vieille aristocratie retirée sur ses terres et se cachant pour mourir, comme un lion blessé. C'était un sentiment de révolte morale, sourd, profond, général: on le rencontrait partout, dans l'armée, dans la magistrature, dans l'Université, dans les bureaux, dans tous les rouages vitaux de la machine gouvernementale. Mais ils n'agissaient point. Ils étaient découragés d'avance; ils répétaient:
—Il n'y a rien à faire.
Et, détournant peureusement des choses tristes leur pensée, leurs propos, ils cherchaient un refuge dans la vie domestique.
S'ils ne s'étaient retirés que de l'action politique! Mais même dans le cercle de son action journalière, chacun de ces honnêtes gens se désintéressait d'agir. Ils toléraient des promiscuités avilissantes avec des misérables qu'ils méprisaient, mais contre qui ils se gardaient d'engager la lutte, la jugeant inutile. Pourquoi ces artistes par exemple, ces musiciens que connaissait Christophe, supportaient-ils sans protester l'effronterie des Scaramouches de la presse, qui leur faisaient la loi? Il y avait là des ânes bâtés, dont l'ignorance in omni re scibili était proverbiale, et qui n'en étaient pas moins investis d'une autorité souveraine in omni re scibili. Ils ne se donnaient même pas la peine d'écrire leurs articles, ni leurs livres; ils avaient des secrétaires, de pauvres gueux affamés, qui eussent vendu leur âme, s'ils en avaient possédé une, pour du pain et des filles. Ce n'était un secret pour personne, à Paris. Et cependant, ils continuaient de trôner, ils traitaient de haut en bas les artistes. Christophe en criait de rage, quand il lisait certaines de leurs chroniques.
—Oh! les lâches! disait-il.
—À qui en as-tu? demandait Olivier. Toujours à quelques drôles de la Foire sur la Place?
—Non. Aux honnêtes gens. Les gredins font leur métier; ils mentent, ils pillent, ils volent, ils assassinent. Mais les autres,—ceux qui les laissent faire, tout en les méprisant, je les méprise mille fois davantage. Si leurs confrères de la presse, si les critiques probes et instruits, si les artistes, sur le dos desquels ces Arlequins s'escriment, ne les laissaient faire, en silence, par timidité, par peur de se compromettre, ou par un honteux calcul de ménagements réciproques, par un pacte secret conclu avec l'ennemi, pour rester à l'abri de ses coups,—s'ils ne les laissaient se parer de leur patronage et de leur amitié, cette puissance effrontée tomberait sous le ridicule. C'est la même faiblesse, dans tous les ordres de choses. J'ai rencontré vingt braves gens qui m'ont dit d'un individu: «C'est un drôle.» Il n'y en avait pas un, qui ne lui donnât du «cher confrère», et ne lui serrât la main.—«Ils sont trop!» disent-ils.—Trop de pleutres, oui. Trop de lâches honnêtes gens.
—Eh! que veux-tu qu'on fasse?
—Faites votre police, vous-mêmes! Qu'attendez-vous? Que le ciel se charge de vos affaires? Tiens, regarde, en ce moment. Voici trois jours que la neige est tombée. Elle encombre vos rues, elle fait de votre Paris un cloaque de boue. Que faites-vous? Vous vous récriez contre votre administration, qui vous laisse dans l'ordure. Mais vous, essayez-vous d'en sortir? Qu'à Dieu ne plaise! Vous vous croisez les bras. Aucun n'a le cœur de dégager seulement le trottoir devant sa maison. Personne ne fait son devoir, ni l'État, ni les particuliers: l'un et l'autre se croient quittes, en s'accusant mutuellement. Vous êtes tellement habitués par vos siècles d'éducation monarchique à ne rien faire par vous-mêmes que vous avez toujours l'air de bayer aux corneilles, dans l'attente d'un miracle. Le seul miracle possible, ce serait que vous vous décidiez à agir. Vois-tu, mon petit Olivier, vous avez de l'intelligence et des vertus à revendre; mais le sang vous manque. À toi tout le premier. Ce n'est ni l'esprit, ni le cœur qui est malade chez vous. C'est la vie. Elle s'en va.
—Qu'y faire? Il faut attendre qu'elle revienne.
—Il faut vouloir qu'elle revienne. Il faut vouloir! Et pour cela, d'abord, il faut faire rentrer chez vous l'air pur. Quand on ne veut pas sortir de sa maison, au moins faut-il que sa maison soit saine. Vous l'avez laissé empester par les miasmes de la Foire. Votre art et votre pensée sont aux deux tiers adultérés. Et votre découragement est tel que vous ne songez pas à vous en indigner, à peine à vous en étonner. Quelques-uns même de ces absurdes braves gens, intimidés, finissent par se persuader que ce sont eux qui ont tort, et que ce sont les charlatans qui ont raison. N'ai-je pas rencontré, à ta revue Esope, où vous faites profession de n'être dupes de rien, de ces pauvres jeunes gens, qui se persuadent qu'ils aiment un art qu'ils n'aiment point? Ils s'intoxiquent, sans plaisir, par servile moutonnerie: et ils meurent d'ennui dans leur mensonge!
Christophe passait au milieu des incertains, comme le vent qui secoue les arbres endormis. Il n'essayait pas de leur inculquer sa pensée; il leur soufflait l'énergie de penser par eux-mêmes. Il disait:
—Vous êtes trop humbles. Le grand ennemi, c'est le doute neurasthénique. On peut, on doit être tolérant et humain. Mais il est interdit de douter de ce qu'on croit bon et vrai. Ce qu'on croit, on doit le défendre. Quelles que soient nos forces, il nous est interdit d'abdiquer. Le plus petit, en ce inonde, a un devoir, à l'égal du plus grand. Et—(ce qu'il ne sait pas)—il a aussi un pouvoir. Ne croyez pas que votre révolte isolée soit vaine! Une conscience forte, et qui ose s'affirmer, est une puissance. Vous avez vu plus d'une fois, dans ces dernières années, l'État et l'opinion forcés de compter avec le jugement d'un brave homme, qui n'avait d'autres armes que sa force morale, affirmée publiquement, avec ténacité...
Et si vous vous demandez à quoi bon se donner tant de peines, à quoi bon lutter, à quoi bon?... eh bien, sachez-le:—Parce que la France meurt, parce quel'Europe meurt,—parce que notre civilisation, l'œuvre admirable édifiée, au prix de souffrances millénaires, par notre humanité, s'engloutira, si nous ne luttons. La Patrie est en danger, notre Patrie européenne,—et plus que toutes, la vôtre, votre petite patrie française. Votre apathie la tue. Elle meurt dans chacune de vos énergies qui meurent, de vos pensées qui se résignent, de vos bonnes volontés stériles, dans chaque goutte de votre sang, qui se tarit, inutile... Debout! Il faut vivre! Ou, si vous devez mourir, vous devez mourir debout.
Mais le plus difficile n'était pas encore de les amener à agir: c'était de les amener a agir ensemble. Là-dessus, ils étaient intraitables. Ils se boudaient les uns les autres. Les meilleurs étaient les plus obstinés. Christophe en avait un exemple dans sa maison. M. Félix Weil, l'ingénieur Elsberger, et le commandant Chabran vivaient entre eux sur un pied d'hostilité muette. Et pourtant, sous des étiquettes différentes de partis ou de races, ils voulaient tous trois la même chose.
M. Weil et le commandant auraient eu beaucoup de raisons pour s'entendre. Par un de ces contrastes fréquents chez les hommes de pensée, M. Weil, qui ne sortait pas de ses livres et vivait uniquement de la vie de l'esprit, était passionné de choses militaires. «Nous sommes tous de lopins», disait le demi-Juif Montaigne, appliquant à tous les hommes ce qui est vrai de certaines races d'esprits, comme celle à qui appartenait M. Weil. Ce vieil intellectuel avait le culte de Napoléon. Il s'entourait des écrits et des souvenirs où revivait le rêve empanaché de l'épopée impériale. Comme tant d'autres de son époque, il était ébloui par les lointains rayons de ce soleil de gloire. Il refaisait les campagnes, il livrait les batailles, discutait les opérations; il était de ces stratèges en chambre, pullulant dans les Académies et dans les Universités, qui expliquent Austerlitz et corrigent Waterloo. Il était le premier à railler cette «Napoléonite», son ironie s'en égayait; mais il n'en continuait pas moins à se griser de ces belles histoires, comme un enfant qui joue; à certains épisodes, il avait la larme à l'œil: quand il remarquait cette faiblesse, il se tordait de rire, en s'appelant vieille bête. À vrai dire, c'était moins le patriotisme que l'intérêt romanesque et l'amour platonique de l'action, qui le rendait Napoléonien. Pourtant, il était excellent patriote, plus attaché à la France que beaucoup de Français autochtones. Les antisémites français font une mauvaise action et une sottise, en décourageant par leurs soupçons injurieux les sentiments français des Juifs établis en France. En dehors des raisons qui font que toute famille s'attache nécessairement, au bout d'une ou deux générations, au sol où elle s'est fixée, les Juifs ont des raisons spéciales d'aimer le peuple qui représente en Occident les idées les plus avancées de liberté intellectuelle. Ils l'aiment d'autant plus qu'ils ont contribué à le faire ainsi, depuis cent ans, et que cette liberté est en partie leur œuvre. Comment donc ne la défendraient-ils pas contre les menaces de toute réaction féodale? C'est faire le jeu de l'ennemi, que tâcher—comme le voudraient une bande de fous criminels,—de briser les liens qui attachent à la France ces Français d'adoption.
Le commandant Chabran était de ces patriotes malavisés, que leurs journaux affolent, en leur représentant tout immigré en France comme un ennemi caché, et qui, avec un esprit naturellement accueillant, s'obligent à suspecter, haïr, renier les destinées généreuses de la race, qui est le confluent des races. Il se croyait donc tenu d'ignorer le locataire du premier, quoiqu'il eût été bien aise de le connaître. De son côté, M. Weil aurait eu plaisir à causer avec l'officier; mais il connaissait son nationalisme, et il le méprisait doucement.
Christophe avait moins de raisons encore que le commandant de s'intéresser à M. Weil. Mais il ne pouvait souffrir l'injustice. Aussi rompait-il des lances pour M. Weil, quand Chabran l'attaquait.
Un jour que le commandant déblatérait, ainsi qu'à l'ordinaire, contre l'état des choses, Christophe lui dit:
—C'est votre faute. Vous vous retirez tous. Quand les choses ne vont pas en France, selon votre fantaisie, vous démissionnez avec éclat. On dirait que vous mettez votre point d'honneur à vous déclarer vaincus. On n'a jamais vu perdre sa cause avec autant d'entrain. Voyons, commandant, vous qui avez fait la guerre, est-ce que c'est une façon de se battre?
—Il n'est pas question de se battre, répondit le commandant, on ne se bat pas contre la France. Dans les luttes comme celles-ci, il faudrait parler, discuter, voter, se frotter à des tas de fripouilles: cela ne me va pas.
—Vous êtes bien dégoûté! En Afrique, vous en avez vu d'autres!
—Parole d'honneur, c'était moins dégoûtant. Et puis, on pouvait toujours leur casser la gueule! D'ailleurs, pour se battre, il faut des soldats. J'avais mes tirailleurs là-bas. Ici, je suis seul.
—Ce ne sont pourtant pas les braves gens qui manquent.
—Où sont-ils?
—Partout.
—Eh bien, qu'est-ce qu'ils foutent alors?
—Ils font comme vous, ils ne font rien, ils disent qu'il n'y a rien à faire.
—Citez-m'en un, seulement.
—Trois si vous voulez, et dans votre maison.
Christophe nomma M. Weil,—(le commandant s'exclama),—et les Elsberger,—(il sursauta):
—Ce Juif, ces Dreyfusards?
—Dreyfusards? dit Christophe, eh bien, qu'est-ce que cela fait?
—Ce sont eux qui ont perdu la France.
—Ils l'aiment autant que vous.
—Alors, ce sont des toqués, des toqués malfaisants.
—Ne peut-on rendre justice à ses adversaires?
—Je m'entends parfaitement avec des adversaires loyaux, qui combattent à armes franches. La preuve, c'est que je cause avec vous, monsieur l'Allemand. J'estime les Allemands, tout en souhaitant de leur rendre un jour, avec usure, la raclée que nous en avons reçue. Mais les autres, les ennemis du dedans, non, ce n'est pas la même chose: ils usent d'armes malhonnêtes, d'idéologies malsaines, d'humanitarisme empoisonné...
—Oui, vous êtes dans l'esprit des chevaliers du moyen âge, quand ils se sont trouvés pour la première fois, en présence de la poudre à canon. Que voulez-vous? La guerre évolue.
—Soit! Mais alors, ne mentons pas, disons que c'est la guerre.
—Supposez qu'un ennemi commun menace l'Europe, est-ce que vous ne vous allieriez pas aux Allemands?
—Nous l'avons fait, en Chine.
—Regardez donc autour de vous! Est-ce que votre pays, est-ce que tous nos pays ne sont pas menacés dans l'idéalisme héroïque de leurs races? Est-ce qu'ils ne sont pas tous en proie aux aventuriers de la politique et de la pensée? Contre cet ennemi commun, ne devriez-vous pas donner la main à ceux de vos adversaires qui ont une vigueur morale? Comment un homme de votre sorte peut-il tenir si peu de compte des réalités? Voilà des gens qui soutiennent contre vous un idéal différent du vôtre! Un idéal est une force, vous ne pouvez la nier; dans la lutte que vous avez récemment engagée, c'est l'idéal de vos adversaires qui vous a battus. Au lieu de vous user contre lui, que ne l'employez-vous avec le vôtre, côte à côte, contre les ennemis de tout idéal, contre les exploiteurs de la patrie, contre les pourrisseurs de la civilisation européenne?
—Pour qui? Il faudrait s'entendre d'abord. Pour le triomphe de nos adversaires?
—Quand vous étiez en Afrique, vous ne vous inquiétiez pas de savoir si c'était pour le Roi, ou pour la République, que vous vous battiez. J'imagine que beaucoup d'entre vous ne pensaient guère à la République.
—Ils s'en foutaient.
—Bon! Et la France y trouvait son avantage. Vous conquériez pour elle, et pour vous. Eh bien, faites de même, ici! Élargissez le combat. Ne vous chicanez pas pour des futilités de politique ou de religion. Ce sont des niaiseries. Que votre race soit la fille aînée de l'Église, ou celle de la Raison, cela n'importe guère. Mais qu'elle vive! Tout est bien, qui exalte la vie. Il n'y a qu'un ennemi, c'est l'égoïsme jouisseur, qui tarit et souille les sources de la vie. Exaltez la force, exaltez la lumière, l'amour fécond, la joie du sacrifice. Et ne déléguez jamais à d'autres le soin d'agir pour vous. Agissez, agissez, unissez-vous! Allons!...
Et il se mit à taper sur le piano les premières mesures de la marche en si bémol de la Symphonie avec chœurs.
—Savez-vous, fit-il en s'interrompant, si j'étais un de vos musiciens,Charpentier ou Bruneau, (que le Diable emporte!) je vous mettrais ensemble, dans une symphonie chorale, Aux armes, citoyens! l'Internationale, Vive Henri IV! Dieu protège la France!—toutes les herbes de la Saint-Jean—(tenez, dans le genre de ceci...)—je vous ferais une de ces bouillabaisses, à vous emporter la bouche! Ça serait rudement mauvais,—(pas plus mauvais, en tout cas, que ce qu'ils font);—mais je vous réponds que ça vous flanquerait le feu au ventre, et qu'il faudrait bien que vous marchiez!
Il riait de tout son cœur.
Le commandant riait, comme lui:
—Vous êtes un gaillard, monsieur Krafft. Dommage que vous ne soyez pas des nôtres!
—Mais je suis des vôtres! C'est le même combat, partout. Serrons les rangs!
Le commandant approuvait; mais les choses en restaient là. Alors, Christophe s'obstinait, remettant l'entretien sur M. Weil et sur les Elsberger. Et l'officier, qui n'était pas moins obstiné, reprenait ses éternels arguments contre les Juifs et contre les Dreyfusards.
Christophe s'en attristait. Olivier lui dit:
—Ne t'afflige pas. Un homme ne peut pas changer, d'un coup, l'esprit de toute la société. Ce serait trop beau! Mais tu fais déjà beaucoup, sans t'en douter.
—Qu'est-ce que je fais? dit Christophe.
—Tu es Christophe.
—Quel bien en résulte-t-il pour les autres?
—Un très grand. Sois seulement ce que tu es, cher Christophe! Ne t'inquiète pas de nous.
Mais Christophe ne s'y résignait point. Il continuait de discuter avec le commandant Chabran, et parfois violemment. Céline s'en amusait. Elle assistait à leurs entretiens, travaillant en silence. Elle ne se mêlait pas à la discussion; mais elle paraissait plus gaie; son regard avait plus d'éclat: il semblait qu'il y eût plus d'espace autour d'elle. Elle se mit à lire; elle sortit davantage; elle s'intéressait à plus de choses. Et un jour que Christophe bataillait contre son père à propos des Elsberger, le commandant la vit sourire; il lui demanda ce qu'elle pensait; elle répondit tranquillement:
—Je pense que M. Krafft a raison.
Le commandant, interloqué, dit:
—C'est un peu fort!... Enfin, raison ou tort, nous sommes bien comme nous sommes. Nous n'avons pas besoin devoir ces gens-là. N'est-ce pas, fillette?
—Mais si, papa, répondit-elle, cela me ferait plaisir.
Le commandant se tut, et feignit de n'avoir pas entendu. Il était beaucoup moins insensible à l'influence de Christophe qu'il ne voulait le paraître. Son étroitesse de jugement et sa violence ne l'empêchaient point d'avoir de la droiture et le cœur généreux. Il aimait Christophe, il aimait sa franchise et sa santé morale, il avait souvent le regret que Christophe fût un Allemand. Il avait beau s'emporter dans les discussions avec lui: il cherchait ces discussions; et les arguments de Christophe le travaillaient. Il se fût bien gardé de le reconnaître. Mais un jour, Christophe le trouva lisant attentivement un livre qu'il refusa de lui laisser voir. En reconduisant Christophe, Céline, seule avec lui, dit:
—Savez-vous ce qu'il lisait? Un livre de M. Weil.
Christophe fut heureux.
—Et qu'est-ce qu'il en dit?
—Il dit: «Cet animal!...» Mais il ne peut s'en détacher.
Christophe ne fit aucune allusion au fait, quand il revit le commandant. Ce fut celui-ci qui lui demanda:
—D'où vient que vous ne me rasez plus avec votre Juif?
—Parce que ce n'est plus la peine, dit Christophe.
—Pourquoi? demanda le commandant, agressif.
Christophe ne répondit pas, et s'en alla en riant.
Olivier avait raison. Ce n'est point par les paroles qu'on agit sur les autres. Mais par son être. Il est des hommes qui rayonnent autour d'eux une atmosphère apaisante, par leurs regards, leurs gestes, le contact silencieux de leur âme sereine. Christophe rayonnait la vie. Elle pénétrait doucement, doucement, comme une tiédeur de printemps, à travers les vieux murs et les fenêtres closes de la maison engourdie, elle ressuscitait des cœurs, que la douleur, la faiblesse, l'isolement rongeaient et desséchaient depuis des années, avaient laissés pour morts. Puissance des âmes sur les âmes! Celles qui la subissent et celles qui l'exercent l'ignorent également. Et pourtant, la vie du monde est faite des flux et des reflux, que régit cette force d'attraction mystérieuse.
Deux étages au-dessous de l'appartement de Christophe et d'Olivier, habitait, comme on l'a vu, une jeune femme de trente-cinq ans, Mme Germain, veuve depuis deux ans, qui avait perdu l'année précédente sa petite fille, âgée de sept à huit ans. Elle vivait avec sa belle-mère. Elles ne voyaient personne. De tous les locataires de la maison aucun n'avait eu moins de rapports avec Christophe. À peine s'ils s'étaient rencontrés; jamais ils ne s'étaient adressé la parole.
C'était une femme grande, maigre, assez bien faite, de beaux yeux bruns, opaques, inexpressifs, où s'allumait, par moments, une flamme morne et dure, dans une figure jaune de cire, les joues plates, la bouche crispée. La vieille Mme Germain était dévote, et passait ses journées à l'église. La jeune femme s'isolait jalousement dans son deuil. Elle ne s'intéressait à rien. Elle s'entourait des reliques et des images de sa petite fille; et, à force de les fixer, elle ne la voyait plus; les images mortes tuaient l'image vivante. Elle ne la voyait plus; et elle s'obstinait; elle voulait, elle voulait penser uniquement à elle: ainsi, elle avait fini par ne plus pouvoir même penser à elle; elle avait achevé l'œuvre de la mort. Alors, elle restait là, glacée, le cœur pétrifié, sans larmes, la vie tarie. La religion ne lui était pas un secours. Elle pratiquait, mais sans amour, par conséquent sans foi vivante; elle donnait de l'argent pour des messes, mais elle ne prenait aucune part active à des œuvres; toute sa religion reposait sur cette pensée unique: la revoir! Le reste, que lui importait? Dieu? Qu'avait-elle à faire de Dieu? La revoir!... Et elle était loin d'en être sûre. Elle voulait le croire, elle le voulait durement, désespérément; mais elle en doutait... Elle ne pouvait supporter de voir d'autres enfants; elle pensait:
—Pourquoi ceux-là ne sont-ils pas morts?
Il y avait, dans le quartier, une petite fille qui, de taille, de démarche, ressemblait à la sienne. Quand elle la voyait de dos avec ses petites nattes, elle tremblait. Elle se mettait à la suivre; et quand la petite se retournait, et qu'elle voyait que ce n'était pas elle, elle avait envie de l'étrangler. Elle se plaignait que les petites Elsberger, cependant bien tranquilles, comprimées par leur éducation, fissent du bruit, à l'étage au-dessus; et dès que les pauvres enfants trottinaient dans leur chambre, elle envoyait sa domestique réclamer le silence. Christophe qui la rencontra, une fois qu'il rentrait avec les fillettes, fut saisi du regard dur qu'elle leur jeta.
Un soir d'été que cette morte vivante s'hypnotisait dans son néant, assise dans l'obscurité, près de sa fenêtre, elle entendit jouer Christophe. Il avait l'habitude de rêver, au piano, à cette heure. Cette musique l'irrita, en troublant le vide où elle s'engourdissait. Elle ferma la fenêtre avec colère. La musique la poursuivit jusqu'au fond de la chambre. Mme Germain ressentit pour elle une haine. Elle eût voulu empêcher Christophe de jouer; mais elle n'en avait aucun droit. Chaque jour, maintenant, à la même heure, elle attendait, avec une impatience irritée, que le piano commençât; et lorsqu'il tardait, son irritation n'en était que plus vive. Elle devait, malgré elle, suivre jusqu'au bout la la musique; et quand la musique était finie, elle avait peine à retrouver son apathie.—Et, un soir qu'elle était tapie dans un coin de sa chambre obscure, et qu'à travers les cloisons et la fenêtre fermée, lui arrivait la musique lointaine, elle fut prise d'un frisson, et la source des larmes de nouveau jaillit en elle. Elle rouvrit la fenêtre; et désormais, elle écoutait, en pleurant. La musique était une pluie, qui pénétrait goutte à goutte son cœur desséché, et qui le ranimait. Elle revoyait le ciel, les étoiles, la nuit d'été; elle sentait poindre, comme une lueur bien pâle encore, un intérêt à la vie, une sympathie humaine. Et la nuit, pour la première fois depuis des mois, l'image de sa petite fille lui reparut en rêve.—Car le plus sûr chemin qui nous rapproche de nos morts, ce n'est pas de mourir, c'est de vivre. Ils vivent de notre vie, et meurent de notre mort.
Elle ne chercha pas à rencontrer Christophe. Mais elle l'entendait passer dans l'escalier avec les fillettes; et elle se tenait cachée derrière la porte, pour épier le babillage enfantin, qui lui remuait le cœur.
Un jour, elle allait sortir, elle entendit les petits pas trottinants, qui descendaient l'escalier, avec un peu plus de tapage que d'habitude, et l'une des voix d'enfants, qui disait à la petite sœur:
—Ne fais pas tant de bruit, Lucette, tu sais, Christophe a dit, à cause de la dame qui a du chagrin.
Et l'autre assourdit ses pas et se mit à parler tout bas. Alors, Mme Germain n'y tint plus: elle ouvrit la porte, elle saisit les enfants, elle les embrassa avec violence. Elles eurent peur; l'une des fillettes se mit à crier. Elle les lâcha, et elle rentra.
Depuis, quand elle les rencontrait, elle essayait de leur sourire, d'un sourire crispé,—(elle avait perdu l'habitude...)—elle leur adressait de brusques paroles d'affection, auxquelles les enfants intimidées répondaient par des chuchotements oppressés. Elles continuaient d'avoir peur de la dame, plus peur qu'auparavant; et lorsqu'elles passaient devant sa porte, maintenant, elles couraient de crainte qu'elle ne les attrapât. Elle, de son côté, se cachait pour les voir. Elle avait honte. Il lui semblait qu'elle volait à sa petite morte un peu de l'amour, auquel celle-ci avait droit, tout entier. Elle se jetait à genoux et lui demandait pardon. Mais maintenant que l'instinct de vivre et d'aimer était réveillé, elle n'y pouvait plus rien, il était le plus fort.
Un soir,—Christophe rentrait,—il remarqua un désordre inaccoutumé dans la maison. On lui apprit que M. Watelel venait de mourir subitement, d'une angine de poitrine. Christophe fut pénétré de compassion, à la pensée de l'enfant, qui se trouvait abandonnée. On ne connaissait aucun parent à M. Watelet, et il y avait tout lieu de croire qu'il la laissait à peu près sans ressources. Christophe monta, quatre à quatre, et entra dans l'appartement du troisième, dont la porte était ouverte. Il trouva l'abbé Corneille auprès du mort, et la petite fille en larmes, qui appelait son papa; la concierge essayait maladroitement de la consoler. Christophe prit l'enfant dans ses bras, il lui dit des mots tendres. La petite s'accrocha désespérément à lui; il voulut l'emporter de l'appartement; mais elle s'y refusa. Il resta avec elle. Assis près de la fenêtre, dans le jour qui déclinait, il continuait de la bercer dans ses bras. L'enfant se calmait peu à peu; elle s'endormit, au milieu de ses sanglots. Christophe la déposa sur son lit, et il tâchait gauchement de défaire les lacets de ses petits souliers. C'était la tombée de la nuit. La porte de l'appartement était restée ouverte. Une ombre entra, avec un frôlement de jupe. Aux derniers reflets décolorés du jour, Christophe reconnut les yeux fiévreux de la femme en deuil. Debout au seuil de la chambre, elle dit, la gorge serrée:
—Je viens... Voulez-vous... Voulez-vous me la donner?
Christophe lui prit la main. Mme Germain pleurait. Puis, elle s'assit au chevet du lit. Après un moment, elle dit:
—Laissez-moi la veiller...
アンドレはセリーヌが僧侶派であることを嘆じた。僧侶派とはどういうことかとクリストフは尋ねた。その答えによれば僧侶派とは、宗教上の務めを守り神や坊主どもに奉仕するということだった。
「そしてそれがなんの妨げになるんですか。」
「だって僕は自分の妻が自分以外のものに所有されることを望みません。」
「ほう、あなたは細君の思想にまで嫉妬するんですか。じゃああの少佐よりもあなたのほうがいっそう利己的だ。」
「それは勝手な理屈です。たとえばあなたは音楽を愛しない女をもらえますか。」
「もらおうとしたこともありますよ。」
「思想が違っててどうしていっしょに暮らせるでしょうか。」
「そんなことをくよくよ考えるには及ばないでしょう。なあに、愛するときには思想なんかどうだって構わない。僕の愛する女が僕と同じく音楽を愛してくれたって、なんの足しになるものですか。僕にとってはその女が音楽なんです。あなたのように、相愛のかわいい娘があるという喜びを得るときには、彼女は彼女の好きなものを信ずるがいいし、あなたはあなたの好きなものを信ずるがいい。要するにどの思想もみな同じく尊いんです。そして世には一つの真理しかありません。それは愛し合うということです。」
「それは詩人の言い草です。あなたは人生を見ていません。精神の不一致に苦しめられた多くの家庭を、僕はたくさん知っています。」
「それは十分愛し合っていなかったからです。人は第一に自分が何を欲してるかを知らなければいけません。」
「人生においては意志がすべてをなし得るものではありません。僕がシャブラン嬢と結婚しようと欲しても、それはできないでしょう。」
「なぜでしょうか。」
アンドレは気がかりな事柄をうち明けた。彼の地位はまだでき上がっていなかった。それに財産もなく、身体も弱かった。そういう事情で結婚していいものかどうか疑っていた。大なる責任問題だ……。愛する者や自分自身を――将来の子供のことは言うまでもなく――不幸に陥れる憂いはないだろうか……。待つほうが――もしくはあきらめるほうが――よくはないか。
クリストフは肩をそびやかした。
「りっぱな愛し方ですね! 彼女に愛があるのなら、彼女は一身をささげて幸福になるはずです。それから子供のことについては、あなたたちフランス人は実際滑稽ですよ。苦しむことのないほど十分な財産をつけてやれると思うまでは、世の中に産み出したがらない……。がそんなことはどうでもいいことです。なあに、生と生にたいする愛と生を守る勇気とを与えてやればいいんです。その他のことは……生きようと死のうと……それが人の運命です。僥倖の生を求めるくらいなら、生きるのをやめたほうがいいでしょう。」
クリストフから発散する強健な信念は、相手のうちにも伝わっていったが、少しもその心を決しさせはしなかった。彼は言った。
「ええ、おそらくそのとおりでしょう……。」
しかし彼はそのままじっとしていた。あたかも他の多くの人々のように、意欲と行動との不能に陥ってるがようだった。
クリストフは、知り合いのフランス人のうちにたいてい見出される無気力さにたいして、戦いを始めた。その気力は、不撓なそしておおむね熱狂的な精励さと、不思議に結合してるのだった。中流階級の種々の方面で彼が出会う人々は、ほとんどすべて不満家だった。ほとんどすべての人々が、当代の大立者とその腐敗した思想とにたいする、同じような嫌悪の念をいだいていた。ほとんどすべての人々が、おのが民族に裏切られた魂についての、寂しいかつ矜らかな意識をもっていた。そしてそれは、個人的怨恨の事柄ではなかった。免職された官吏や、用途のない精力や、傷ついた獅子のように自分の土地に隠退して死んでゆく古い貴族など、すべて権力や活動的生活から追われてる、敗北した人々や階級の怨嗟ではなかった。それは、一般的な深い暗黙な精神的反抗の感情だった。軍隊や司法界や大学や官省や、政府機関のあらゆる主要な部分に、至るところに存在していた。しかしそれらの人々は行動してはいなかった。行動しない前から失望していた。彼らは繰り返し言っていた。
「しかたがないことだ。」
彼らは悲しい事柄を恐れて、それから思考や談話をそらしていた。そして、家庭生活のなかに隠れ家を求めていた。
彼らが政治上の行動からだけ引退したのなら、まだしもだった。しかし日常の行動の範囲内においてさえ、それら誠実な人々はだれもみな行動の興味を失っていた。彼らは軽蔑してる悪者どもとの賤しい交際は大目に見ていたが、それと闘うことは無益だと前もって考えていて、なるべく闘いをしないように用心していた。たとえば芸術家らは、ことにクリストフがよく知ってる音楽家らは、彼らに勝手なことをする新聞雑誌のスカラムーシュどもの厚顔を、なぜ反抗もしないで堪え忍んでいたのか。多くの愚人どもがいて、およそ人の知り得るあらゆる事に無知であるのが知れ渡っていながら、それでもやはり、およそ人の知り得るあらゆる事に主権的な力を与えられていた。彼らは自分の論説や書物を書くだけの労さえ取らなかった。彼らには秘書どもがついていた。もし魂をもってたとしたら、パンや女のためにその魂をも売りかねない、憐れむべき飢えた乞食どもがついていた。それはパリーでは、だれ知らぬ者のない事柄だった。それでも彼らはなお羽振りをきかせ、芸術家たちを上から見下していた。彼らの記事のあるものを読んだとき、クリストフは憤激の叫びを発した。
「おう、卑怯者が!」と彼は言った。
「君はだれにたいし言ってるんだい。」とオリヴィエは尋ねた。「相変わらず広場の市の馬鹿者どもを相手にしてるのか。」
「いや、誠実な人たちに言ってるんだ。悪者どもがのさばって、嘘をつき奪い盗み人殺しをしている。しかしその他の者を――彼らを蔑視しながら勝手なことをさせてる人たちを、僕ははるかに多く軽蔑する。新聞雑誌の仲間たちが、誠実な教養ある批評家たちが、無定見なアールカンどもにわいわい言われてる芸術家たちが、臆病から、災いをこうむる恐れから、あるいは、相互に容赦するという恥ずべき打算から、敵の打撃を免れるために敵と結んだ一種の密約から、奴らをなすままに任して黙っていることがなかったならば――もし彼らがその庇護と友情とを奴らに利用されるままに任せることがなかったならば、奴らの厚顔な威勢は単なる物笑いとなってしまうだろう。あらゆる方面に同様な気弱さがある。僕が出会った多くの善良な人々は、ある男について『彼奴は馬鹿者だ』と僕に言ってきかせながら、その男を『親しい仲間』と呼びかけて握手しないような者は、一人もなかった。――『あんな人間が多すぎる』と彼らは言っている。――がまったく腰抜けが多すぎる。誠実でありながら卑怯である者が多すぎるのだ。」
「ではどうせよというんだ?」
「君たち自身で警察事務をやるのさ! 君たちは何を待ってるのか。仕事を天に引き受けてでももらいたいのか。そら、ちょうど見てみたまえ。雪が降ってから三日になる。雪は街路を埋め、パリーを泥海にしている。が君たちは何をしてるのか。君たちを泥水の中に放っておく施設にたいしては非難の声をあげている。しかし君たち自身はそれから脱しようとしているか。あきれたことだ。腕を拱いてばかりいて、だれも家の前の歩道を掃くだけの勇気をもっていない。国家も個人もともにその義務を尽くしていない。両者たがいにとがめ合って責を免れたと思っている。君たちは数世紀間の君主主義的教育のため、自分自身で何にもしないことに馴れきっていて、奇跡を待ちながらいつもぼんやり天を仰いでるような様子だ。がここに可能な唯一の奇跡は、君たちが行動の決意をするということだろう。ねえオリヴィエ、君たちはたくさんの知力と美徳とをもっている。しかし血が君たちには不足している。第一に君には不足している。君たちのうちで病衰してるものは、精神でも心でもない。それは生命なんだ。生命が逃げ去りかけてるんだ。」
「しかたないさ。生命がもどってくるのを待つよりほかはない。」
「生命がもどってくるのを欲しなければいけない。意欲することが必要なのだ。そしてそのためにはまず、自分の家に清い空気をはいらせなければいけない。家から外に出たくないときには、少なくとも家を健全にしておかなければいけない。君たちは市場の悪い空気で家を毒されるままにしている。君たちの芸術と思想とは三分の二以上悪変させられてる。そして君たちは意気沮喪のあまり、もうそれを憤ろうともしないし、ほとんど驚こうともしない。気おくれがしてるそれらのばかな善人らのうちには、自分らのほうが誤りで欺瞞者どものほうが正当だと、ついに思い込んでしまってる者さえある。何物にも欺かれていないと公言してる君のイソップ誌の連中のうちにも、愛してもいない芸術を愛してると思い込んでる憐れな青年らに、僕は出会った。彼らはうれしくもないのにただ順従の念から酔っ払ってる。そしてその虚偽のうちに倦怠しきっている。」
クリストフは、胎のすわらない連中の中を、あたかも眠ってる樹木を揺り起こす風のように通りすぎていった。彼は自分の考え方を彼らに教え込もうとはしなかった。自分で考えるだけの元気を彼らに吹き込んでやった。彼はこう言っていた。
「君たちはあまりに謙譲だ。神経衰弱的疑惑こそ大敵なんだ。人は寛容で人間的であり得るしあるべきである。しかし、善であり真であると信じてる事柄を疑ってはいけない。そして信じてる事柄を支持しなければいけない。われわれの力がどのくらいのものであろうと、われわれは譲歩してはならない。この世においては最小のものも最大のものと同等に一つの義務をもっている。そして最小のものもまた――(みずからよく知っていないことであるが)――一つの力をもっているのだ。君たちだけの反抗を取るに足らぬものだと思ってはいけない。強健で自己を肯定し得る本心は一つの威力である。君たちが近年一度ならず見てきたとおりに、国家と世論とは一人のりっぱな男の判断を重んじなければならなかったではないか。しかもその男の武器といっては、公然と執拗に肯定されたその精神力のみだったのだ……。
「もし君たちが、こんなに骨折ってなんの役にたつかを、闘ってなんの役にたつかを、なんの役にたつかということを、みずから怪しむならば……よく覚えておくがいい……それは、フランスが死にかかってるからであり、ヨーロッパが死にかかってるからであり――わが文明が、千年余の苦悩によって人類が築き上げた驚嘆すべき作品が、もしわれわれが闘わなかったならば覆滅する恐れがあるからである。祖国が危険に瀕しているのだ。わが祖国ヨーロッパが――なかんずく君たちの小なる祖国フランスが、危険に瀕している。君たちの無情無感がそれを殺すのだ。君たちの元気が消滅するにつれ、君たちの思想が諦めにはいるにつれ、君たちの誠意が働きを止めるにつれ、君たちの血が無駄に一滴ずつ涸れてゆくにつれて、祖国は死んでゆくのだ……。奮起したまえ。生きなくてはいけない。もしくは、死ななければならないとすれば、立ちながら死ぬべきである。」
しかし、彼らを活動に導くことよりも、彼らをいっしょに活動させることのほうが、なおいっそう困難だった。この点では彼らはまったく手におえなかった。彼らはたがいに不平を言い合っていた。りっぱな人たちほど頑固だった。クリストフは同じ家の中にその実例を見出した。フェリックス・ヴェール氏と技師エルスベルゼと少佐シャブランとは、暗黙な敵意をたがいにいだいていた。それでも、彼らはその党派や種族の異なった作法のもとにありながら、みな同じものを望んでるのだった。
ヴェール氏と少佐との間には、ことに理解し合える多くの理由があるようだった。ヴェール氏は書物を手放したことがなく精神生活のうちにばかり生きていたので、思想を事とする人々のうちによく見かける一種の矛盾から、軍事上の事柄をたいへん面白がっていた。「われわれはみな断片でできている、」と半ばユダヤ人のモンテーニュは、ヴェール氏が属してるような精神上のある種族についてのみ真実であることを、万人に適用して言っている。この知的な老人ヴェール氏は、ナポレオンを崇拝していた。大帝の偉業の花やかな夢想がよみがえってる文書や記念物に取り囲まれていた。この時代の多くのフランス人と同じく、その栄光の太陽の遠い光に眩惑されていた。その戦役をやり直し、戦いを交え、作戦を議していた。オーステルリッツの戦いを説明しワーテルローの戦いを訂正する室内戦略家が、もろもろの学芸院や大学などにはたくさんいるが、彼もその一人だった。彼はそういう「ナポレオン派」をまっ先にあざけって、自分の皮肉をみずから面白がってはいたけれど、それでもなおやはり、遊びにふけってる子供のように、ナポレオンの素敵な話に酔わされていた。ある種の逸話になると眼に涙まで浮かべた。その気弱さに気づくときには、ばかな老耄だとみずから叫んで笑いこけた。実を言えば、彼をナポレオン崇拝者たらしめてるものは、その愛国心よりもむしろ、活動にたいする小説的な興味と精神的な愛好とであった。と言っても、彼はりっぱな愛国者であって、生粋のフランス人の多くよりもいっそう深くフランスに愛着していたのである。いったいフランスの反ユダヤ主義者らはフランスに住んでるユダヤ人らのフランス感情を、不当な猜疑心でくじきながら、よからぬ馬鹿げたことをなしている。けれども、あらゆる家族は一、二代の後になると、定住した土地にかならず執着するものである、という理由をほかにしても、ユダヤ人らは、知性の自由についてもっとも進歩した観念を西欧において代表してるこのフランス民衆を愛すべき、特殊な理由をもっている。彼らは百年来、フランス民族を今日のごとくあらしむるのに貢献し、その自由はある点まで彼らの手になされたものであるだけに、ますます彼らはフランス民族を愛している。なんで彼らが、あらゆる封建的反動の威嚇に対抗してその自由を守らないことがあろうぞ。この養い児のフランス人とも言うべきユダヤ人らをフランスに結びつけてる糸を――一群の有害な馬鹿者どもが望んでるように――断ち切ってしまおうとすることは、敵に加担することである。
フランスの浅慮な愛国者らは、フランスに移住してる他国人はすべて隠れたる敵だという新聞紙の説に脅かされて、生まれつき歓待的な精神をもっていながらも、諸民族の会流たるユダヤ民族の豊かな運命を疑い憎み否定せざるを得ないのであるが、シャブラン少佐もその一人だった。それで彼は、二階の借家人と近づきになってもよかったのであるが、やはり未知のままでいるほうがよいと思っていた。ヴェール氏のほうでは、少佐と話を交えることを好んでいたけれど、少佐の国民主義を知っていて、軽い軽侮の念をいだいていた。
クリストフは、ヴェール氏に同情を寄せることについては、少佐ほどの理由ももってはいなかった。しかし彼は不正を看過することができなかった。シャブランがヴェール氏を非難するときには、いつも弁護の労をとっていた。
ある日、例によって少佐が種々の事態をののしりだすと、クリストフは言った。
「それはあなたがたのほうが悪いんです。あなたがたはみな隠退しています。フランスで万事が自分の思いどおりにいっていないとなると、ぶっきら棒に職を辞してしまうじゃありませんか。あたかも敗北を宣言するのを名誉とでもしてるがようです。それほど失敗に意気込む者が他にあるでしょうか。あなたは戦争をされたのですが、そんなのが戦いの仕方ですか?」
「何も戦いの問題じゃない。」と少佐は答えた。「フランスと戦う奴があるものですか。君が言うようなその争闘では、口をきいたり議論したり投票したり、多くの無頼漢と不快な接触をしなければならない。そんなことは僕には不向きです。」
「たいへん厭気がさしていられますね。しかしアフリカでは、あなたはやはり無頼漢らと接していられたじゃありませんか。」
「いやそのことなら、僕はそれほど厭ではなかった。それにいつでもやっつけてやれた。そのうえ、戦うには兵士どもが必要だ。あちらでは僕は部下の狙撃兵をもっていた。しかしこちらでは一人きりです。」
「それでも善良な人に乏しかありません。」
「ではどこにいるんです?」
「どこにでもいます。」
「そんなら、その連中は何をしてるんです?」
「あなたと同様に、何にもしていませんし、しかたがないと言っています。」
「とにかく一人だけでも名ざしてごらんなさい。」
「お望みなら三人ほど名ざしましょうか。しかもあなたと同じ家にですよ。」
クリストフはヴェールを名ざした――(少佐は声をたてた)――つぎにエルスベルゼ兄弟を名ざした――(少佐は飛び上がった。)
「あのユダヤ人が、あのドレフュース派どもが?」
「ドレフュース派ですって?」とクリストフは言った。「それがどうしたんですか。」
「奴らこそフランスを害したのだ。」
「しかし彼らはあなたと同じくフランスを愛しています。」
「それじゃ狂人だ、有害な狂人だ。」
「敵をも正当に批判してやれないものでしょうか。」
「公然たる武器をもって戦う公正な敵となら、僕は完全に理解し合える。その証拠にはドイツ人たる君と僕はこのとおり話し合っています。われわれが受けた打撃に利子をつけて他日返報してやろうと思ってるから、僕はドイツ人を大事にしている。しかし他の敵は、内部の敵は、同じわけにはゆかない。彼らは不正な武器を、不健全な理屈を、毒のある人道主義を、使用している……。」
「なるほどあなたは、初めて火薬に出会った中世の騎士たちと、同じ精神状態にいるんですね。やむを得ないことではないですか。戦争は進化してゆくものです。」
「よろしい。それじゃ直截に言って、戦争だということにしよう。」
「それでもし共通の敵がヨーロッパを脅かすとしたら、あなたがたはドイツと同盟しませんか。」
「僕たちはシナでそれをやった。」
「ではあなたの周囲を見てごらんなさい。あなたの国は、わがヨーロッパの各国は、その民族の勇壮な理想主義を、現在脅かされてはしないでしょうか。みな多少とも政治や思想の山師どもの餌食となってはしないでしょうか。その共通の敵に反抗してあなたは、ある精神力をもってる敵と協力すべきではないでしょうか。あなたのような人が、どうしてそんなに現実の問題を軽視されるのですか。あなたがたに対抗して異なった理想を主張してる人たちもいます。ところが理想は一つの力であって、あなたがたもその力を否定することはできません。あなたがたが最近なされた戦いにおいては、敵の理想からあなたがたは打ち敗られたのです。けれども、その敵の理想に対抗して自分を疲らすよりも、あらゆる理想の敵に対抗して、祖国を利用する奴らに対抗して、ヨーロッパ文明を腐敗させる奴らに対抗して、なぜあなたがたは自分の理想と敵の理想とを併せ用いないのですか。」
「だれのためにです? まず事情を明らかにしておかなければならない。われわれの敵に勝利を得させるためにですか。」
「あなたがたがアフリカにおられたときには、戦ってるのは国王のためにだかもしくはフランス共和国のためにだか、それを知ろうと懸念されはしなかったでしょう。私の想像するところでは、あなたがたの多くはフランス共和国のことをほとんど考えてもいられなかったでしょう。」
「そんなことは気にもかけていなかった。」
「そうです! そしてそれがフランスのためになったのです。あなたがたは、フランスのために、そしてまたあなたがた自身のために、征服なすったのです。そこで、この国内でも、同様になさい。戦いの範囲をお広げなさい。政治や宗教などの些事のために指弾し合ってはいけません。それは取るに足らぬ事柄です。あなたがたの民族が、教会の嫡流であろうと理性の嫡流であろうと、それは大したことではありません。生きることが必要です。生をさかんならしむるものはすべていいものです。世にあるただ一つの敵は、生の泉を涸らし汚す享楽的な利己主義です。力をさかんにし、光明をさかんにし、豊かな愛を、犠牲の喜びを、さかんになさい。他人から代わって活動してもらってはいけません。活動なさい、活動なさい、団結なさい、さあ!……」
そして彼は、合唱付交響曲の変ロ長調行進曲の初め数小節を、ピアノでやたらにたたき出した。
「いいですか、」と彼はひきやめながら言った、「僕がもしフランスの音楽家だったら、シャルパンティエかブリュノー……(どいつも駄目だ)――僕なら、合唱交響曲のうちに、あなたがたを皆いっしょにしてみせます、市民よ武器執れも、万国労働歌も、アンリー四世万歳も、神はフランスを護るも――ありったけのものを――(そら、こういう種類のうちに……)――口を焼けただらすほどのごった煮をこしらえてみせます。それは少したまらないかもしれません――(がとにかく彼らが作ってるものほど悪いものではない。)――しかし僕は保証しますが、それはあなたがたの腹を温めるでしょう、そしてあなたがたは歩き出さざるを得なくなるでしょう。」彼は心から笑っていた。
少佐も彼と同じく笑った。
「クラフト君、君はまったく元気な男だ。君がわれわれの仲間でないのは残念なことだ。」
「いや僕はあなたがたの仲間ですとも。どこへ行ったって同じ戦いです。列を固めようじゃないですか。」
少佐は賛成した。しかし事情は以前のとおりだった。そこでクリストフはあくまで固執して、ヴェール氏やエルスベルゼ兄弟の上に話をもどした。すると少佐も同じく固執して、ユダヤ人やドレフュース派にたいする持論を繰り返した。
クリストフはそれを寂しがった。オリヴィエは彼に言った。
「くよくよするなよ。一人で社会の精神状態を一挙に変えることができるものか。それはあまりによすぎる事なんだ。しかし君は自分で知らずにもう多くのことをしている。」
「何を僕がしてるんだい?」とクリストフは言った。
「君は一個のクリストフとなってる。」
「それがなんで他人のためになるのか。」
「大いにためになるさ。だがクリストフ、君はただ君自身でありたまえ。僕たちのことに気をもまないようにしたまえ。」
しかしクリストフはあきらめられなかった。彼はなおシャブラン少佐と議論をつづけ、時には猛烈に言い合うこともあった。セリーヌはそれを面白がっていた。彼女は黙って仕事をしながら二人の話を聞いていた。議論には加わらなかった。けれど以前よりも快活になったように見えた。以前よりも多くの輝きを眼つきに帯びていた。前よりも広い空間が彼女のまわりにできたようだった。彼女は読書を始め、外出することがやや多くなり、興味をもつ事柄が多くなった。そしてある日少佐は、エルスベルゼ兄弟のことでクリストフと論争してるとき、彼女が微笑んでるのを認めた。彼は彼女にどう思うかと尋ねた。彼女は平然と答えた。
「クラフトさんのほうが道理だと思いますわ。」
少佐はまごついて言った。
「そりゃひどい!……だが結局、道理であろうがあるまいが、われわれは今のままで満足だ。あんな人たちに会う必要はない。ねえお前、そうじゃないか。」
「いいえ、お父様、」と彼女は答えた。「お会いしたほうが私はうれしゅうございますわ。」
少佐は口をつぐんで、聞こえなかったようなふうをした。が彼自身でも、様子にはそれと見せたくなかったが、クリストフの影響をかなり感じていた。彼は批判の偏狭さと気質の猛烈さとにもかかわらず、正しい精神と寛大な心とをそなえていた。彼はクリストフが好きで、その率直さと精神の健全さとを好んでいて、クリストフがドイツ人であるのがしばしば遺憾でたまらなかった。彼はクリストフとの議論中によく憤激したが、それでもなおそういう議論を求めていた。そしてクリストフの理論は彼に働きかけずにはいなかった。彼はそのことを承認すまいと用心していた。ところがある日クリストフは、彼が一冊の書物に読みふけってるのを見出した。彼はその書物をどうしても見せなかった。するとセリーヌは、クリストフを送り出してきて二人きりになると言った。
「お父様が何を読んでいられたか御存じですか。あれはヴェールさんの書物ですよ。」
クリストフはうれしくなった。
「そしてなんとおっしゃっていましたか。」
「この畜生め!……と言っていらしたわ。でもそれを手放しかねていらっしゃるのよ。」
クリストフはそのことについては、少佐に会ってもなんとも言わなかった。少佐のほうから彼に尋ねてきた。
「あのユダヤ人のことで僕をいじめなくなったのは、どうしたわけですか。」
「もうそれに及ばないからです。」とクリストフは言った。
「なぜ?」と少佐はむきになって尋ねた。
クリストフは答えないで、笑いながら帰っていった。
オリヴィエが言ったことは道理だった。人が他人に働きかけるのは、言葉によってではない。その存在によってである。眼つきや身振りや清朗な魂の無音の接触によって、自分のまわりに慰撫的な空気を光被してる人たちが世にはある。クリストフは生命の気を光被していた。それはこの麻痺した家の古い壁や閉め切られた窓を通して、春の暖気のようにごく徐々にさし込んでいった。そして、悲しみや弱さや孤独のために、数年来腐食され涸渇されて死滅に委ねられてる人々の心を、またよみがえらせていった。魂が魂に及ぼす力よ! しかもそれを受くる魂も及ぼす魂も共にそのことを知らないでいる。それでも世の生活は、この神秘な引力に支配されてる干潮と満潮とでなってるのである。
クリストフとオリヴィエの部屋から二階ほど下に、前に述べたとおりジェルマン夫人という三十五歳の若い女が住んでいた。二年前に夫を失い、また前年に七、八歳の娘を失ったのだった。そして姑といっしょに暮らしていた。彼女らはだれにも会わなかった。その家の借主たちのうちで、クリストフともっとも交渉の少ない人たちだった。ほとんど出会うこともなかったし、言葉をかけ合うこともかつてなかった。
彼女は背が高く痩せたかなり姿のいい女だった。褐色の曇った美しい眼は、やや表情に乏しかったが、時とすると、陰気なきつい炎が輝きだした。蝋のような黄色っぽい顔、平たい頬、引きしまった口をもっていた。ジェルマン老夫人のほうは信心家でいつも教会堂にばかり行っていた。若夫人は一人でしつこく喪にこもっていた。彼女は何物にも興味をもたなかった。娘の遺物や面影にとり囲まれていた。そしてそれらをあまり見つめてるために、娘の姿がもう浮かばなくなった。死んだ面影は生きた面影を殺してしまった。もう娘の姿が見えなくなった。そして彼女はなお固執した。ただ娘のことばかり考えたがった。そのためについには、もう娘のことも考えられなくなった。死の仕事を完成さしてしまった。そこで彼女は、心は化石し、涙はなくなり、生命の泉は涸れはてて、凍りついたようになった。彼女には宗教も助けとならなかった。宗教上の務めを行なってはいたが、それも好んで行なうのではなく、したがって生きた信仰をもって行なうのではなかった。ミサのために金を出してはいたが、その仕事に少しも進んで加わりはしなかった。彼女の全宗教は、も一度娘を見たいというただ一つの考えの上に立っていた。その他のことはどうでもよかった。神は? 神も何になろう。も一度娘を見ること……。そして彼女はそのことをもなかなか信じられなかった。それを信じたがり、堅く必死にそれを望んではいたが、果たしてできるかを疑っていた。彼女は他の子供たちを見るに堪えられなかった。彼女は思った。
「どうしてあの子供たちは死ななかったのだろう?」
その町内に、身長から物腰から彼女の娘そっくりの少女が一人いた。その小さな垂髪をしてる後ろ姿を見たとき、彼女は震え上がった。彼女は娘のあとを追っかけた。そして、娘が振り向いて、あの子でないことがわかると、彼女はその娘を絞め殺してでもやりたかった。それからまた、エルスベルゼの娘たちは、ごく静かだったし教育によってよく躾けられていたけれど、それにもかかわらず彼女は、その娘たちが上の階で騒々しい音をたてると不平言っていた。娘たちが室の中をあちこち歩きだすと、彼女は女中をやって静かにしてほしいと申し込んだ。クリストフはあるとき、その娘たちといっしょに帰ってきて彼女に出会ったが、彼女からきびしい眼つきでじろりと見られたのにびっくりした。
夏のある晩、この生きながら死んでるとも言える夫人は、暗がりのなかに窓ぎわにすわって、むなしくぼんやりしていたが、クリストフのひくピアノの音が聞こえてきた。クリストフはいつもその時刻になると、ピアノをひいて夢想にふけるのが常だった。ところがその音楽は、彼女がうっとりしてる空寂の境地を乱して、彼女をいらだたせた。彼女は怒って窓を閉めた。音楽は室の奥までも追っかけてきた。彼女はそれにたいして一種の憎悪を覚えた。クリストフに演奏をやめさせたかった。しかし彼女にその権利はなかった。やがて毎日同じ時刻に、ピアノが始まるのをいらいらしながら待つようになった。始まるのがおそいと、いらだちはますます強くなった。彼女はその音楽を最後まで厭でも聴かせられた。そして音楽が終わってしまうときには、いつもの無情無感の境地にはなかなかはいれなくなっていた。――そしてある晩、暗い室の隅に縮こまってる彼女のもとまで、遠い音楽が、壁や閉め切った窓越しに響いてきたとき、彼女はぞっと身震いを感じて、涙の泉が新たにほとばしってきた。彼女は窓を開いた。それから涙を流しながら耳を傾けた。音楽は雨に似ていて、彼女の涸渇した心に一滴ずつしみ込み、その心をよみがえらせた。彼女はふたたび、空を星を夏の夜をながめた。生にたいする興味が、人間的な同感が、まだ蒼白い曙光のように現われてくる心地がした。そしてその夜、幾月目かに初めて、娘の面影が彼女の夢想のうちに現われてきた。――われわれを故人に近づけるもっとも確かな道は、故人と同様に死ぬことにあるのではなくて、生きることにあるのである。故人はわれわれの生によって生き上がり、われわれの死によって死んでゆく。
彼女はクリストフに会おうとは求めなかった。しかし彼が娘たちと階段を通る足音を聞いていた。そして扉の後ろに隠れて子供たちの饒舌をうかがっていた。それを聞き取ると胸をどきつかせた。
ある日彼女が出かけようとしていたとき、階段を降りてくる小さな刻み足の音が聞こえた。いつもより少し騒々しかった。子供の声が妹に向かって言っていた。
「リュセット、そんなに騒々しくしちゃいけないわよ。ねえ、クリストフさんが言ったじゃないの、奥さんが悲しがっていらっしゃるからって。」
すると小さいほうは足音を忍ばせ小声で話しだした。ジェルマン夫人はもう堪えられなかった。扉を開き、娘たちをとらえ、荒々しく抱擁してやった。娘たちは恐がった。一人は泣き出した。夫人は二人を放して、室にはいった。
それ以来、彼女はその娘たちに出会うと、強いて笑顔を見せた。ひきつった微笑だった。――(彼女は微笑む習慣を失ってしまっていた。)――彼女は娘たちにだしぬけのやさしい言葉をかけた。娘たちは怖ずおずしていて、気圧された囁きで答えるばかりだった。娘たちはやはり夫人を恐がっていた。前よりいっそう恐がっていた。その扉の前を通るときには、つかまりはすまいかと気づかって駆け出すようになった。彼女の方では、身を隠して二人を見ていた。恥ずかしい思いをしていた。亡くなった娘に全部独占の権利がある愛情を、少しばかり盗み取ることのような気がした。彼女はひざまずいて娘に許しを求めた。しかし生きそして愛する本能が眼覚めた今となっては、彼女はどうすることもできなかった。その本能のほうが彼女より強かった。
ある晩――クリストフが外から帰ってきたある晩――家の中がいつになくごたついていた。ヴァトレー氏が胸の痛みで頓死したところであることを、彼は知った。あとに一人残された娘のことを考えて、彼はしみじみと同情を覚えた。ヴァトレー氏の親戚は一人もわかっていなかった。そして娘はほとんど無一文の状態で残されたらしかった。クリストフは大胯に階段を上がっていって、扉が開け放してある四階の部屋にはいり込んだ。見ると、コルネイユ師が死者のそばについており、小さな娘が涙にくれて父を呼んでいた。門番の女が彼女に向かってへまな慰め方をしていた。クリストフは娘を両腕に抱き取って、やさしい言葉をかけてやった。娘は絶望的に彼にすがりついてきた。彼は娘をその部屋から連れ出そうとした。しかし彼女は出たがらなかった。で彼もいっしょに居残った。かげってゆく明るみの中で、窓ぎわにすわって、彼はなお両腕に娘をゆすってやった。娘は少しずつ落ち着いてきた。すすり泣きのうちに眠った。彼はそれを寝台の上におろして、無器用な手つきで小さな靴の紐を解いてやったりした。夜になりかかっていた。部屋の扉は開いたままになっていた。一つの人影が衣裳の衣擦れの音をたててはいって来た。名残りの夕映えの光でクリストフは、喪服をつけた婦人の熱っぽい眼を認めた。彼女は室の入口に立ったまま、喉をつまらした声で言った。
「私が参りましたのは……あの……私にその子を任せてくださいませんか。」
クリストフは彼女の手をとった。ジェルマン夫人は涙を流していた。それから彼女は寝台の枕頭にすわった。ちょっと間を置いてから彼女は言った。
「私が今晩この子をみてやりましょう……。」
合計ビュー 681 , 今日のビュー 5