Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第6巻 アントアネット Antoinette À Ma Mère (2))

Ils ne trouvèrent pas tout de suite la liste. Ils en lurent plusieurs, où le nom de Jeannin n'était pas. Lorsqu'ils le virent enfin, ils ne comprirent pas d'abord, ils relurent plusieurs fois, ils ne pouvaient y croire. Puis, quand ils furent bien sûrs que c'était vrai, que Jeannin, c'était lui, que Jeannin était reçu, ils n'eurent pas un mot; ils détalèrent chez eux: elle lui avait saisi le bras, elle lui tenait le poignet, il s'appuyait sur elle; ils couraient presque, sans rien voir autour d'eux; en traversant le boulevard, ils faillirent être écrasés. Ils se répétaient:

—Mon petit!... Ma petite!...

Ils remontèrent, quatre à quatre, leurs étages. Rentrés dans leur chambre, ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre. Antoinette prit son frère par la main, et le conduisit devant les photographies de leur père et de leur mère, près de son lit, dans un coin de sa chambre, qui était comme son sanctuaire; elle s'agenouilla avec lui devant elles; et ils pleurèrent tout bas.

Antoinette voulut faire venir un bon petit dîner; mais ils ne purent y toucher: ils n'avaient pas faim. Ils passèrent la soirée, Olivier aux genoux de sa sœur, ou sur ses genoux, se faisant câliner comme un petit enfant. Ils parlaient à peine. Ils n'avaient même plus la force d'être heureux, ils étaient brisés; Ils se couchèrent avant neuf heures, et dormirent d'un sommeil de plomb.

Le lendemain, Antoinette avait cruellement mal à la tête, mais un tel poids enlevé de dessus le cœur! Il semblait à Olivier qu'il respirait enfin, pour la première fois. Il était sauvé, elle l'avait sauvé, elle avait accompli sa tâche; et lui, n'avait pas été indigne de ce que sa sœur attendait de lui!...—Pour la première fois depuis des années, des années, ils s'abandonnèrent à la paresse. Jusqu'à midi, ils restèrent couchés, se parlant d'un lit à l'autre, la porte de leur chambre ouverte; ils se voyaient dans une glace, ils voyaient leur figure heureuse et gonflée de fatigue; ils se souriaient, ils s'envoyaient des baisers, s'assoupissaient de nouveau, se regardaient dormir, courbaturés, moulus, ayant à peine la force de se parler que par de tendres monosyllabes.

Antoinette n'avait pas cessé d'économiser sou par sou, pour avoir une petite épargne en cas de maladie. Elle n'avait pas dit à son frère la surprise qu'elle voulait lui en faire. Le lendemain de sa réception, elle lui annonça qu'ils allaient passer un mois en Suisse, pour se récompenser tous deux de leurs années de peines. Maintenant qu'Olivier était assuré de passer trois ans à l'École Normale, aux frais de l'État, puis, de trouver un emploi, au sortir de l'École, ils pouvaient faire des folies et dépenser tout ce qu'ils avaient mis de côté. Olivier poussa des cris de joie, à cette nouvelle. Antoinette fut plus heureuse encore,—heureuse du bonheur de son frère,—heureuse de penser qu'elle allait revoir enfin la campagne, dont elle languissait.

Les préparatifs de voyage furent une grande affaire, mais un plaisir de tous les instants. Le mois d'août était assez avancé, quand ils partirent. Ils étaient peu habitués à voyager. Olivier n'en dormit pas, la nuit d'avant. Et il ne dormit pas non plus, la nuit en wagon. Toute la journée, il avait craint de manquer le train. Ils s'étaient pressés fiévreusement, ils avaient été bousculés dans la gare, ils étaient empilés dans un compartiment de seconde, où ils ne pouvaient même pas s'accouder pour dormir:—(un de ces privilèges, dont les Compagnies françaises, si éminemment démocratiques, s'évertuaient à priver les voyageurs qui n'étaient pas riches, afin que les voyageurs qui l'étaient eussent le plaisir de penser qu'ils étaient seuls à en jouir.)—Olivier ne ferma pas l'œil, un instant: il n'était pas encore tout à fait sûr qu'il était dans le bon train, et il guettait le nom de chaque station. Antoinette sommeillait à demi, et se réveillait sans cesse; les cahots du wagon faisaient ballotter sa tête. Olivier la regardait, à la lueur de la lampe funéraire, qui luit au faîte de ces sarcophages ambulants; et il fut frappé de l'altération de ses traits. Le tour des yeux était creusé; la bouche au dessin enfantin s'entr'ouvrait avec lassitude; le teint de la peau était jauni, et de petits plis fripaient ça et là les joues, où se voyait la marque des tristes jours de deuils et de désillusions. Elle avait l'air vieillie, malade.—En vérité, elle était si fatiguée! Si elle avait osé, elle eût retardé le départ. Mais elle n'avait pas voulu gâter le plaisir de son frère; elle voulait se persuader que son mal n'était que de la fatigue, et que la campagne la remettrait. Ah! comme elle avait peur de tomber malade, en route!... Elle eut conscience qu'il la regardait; et, s'arrachant péniblement à la torpeur qui l'accablait, elle rouvrit les yeux,—ces yeux toujours si jeunes, si limpides, si clairs, où de temps en temps passait une angoisse involontaire, comme des nuages sur un petit lac. Il lui demanda tout bas, avec une tendre inquiétude, comment elle allait: elle lui serra la main, et assura qu'elle était bien. Un mot d'amour la ranimait.

Dès l'aube rougissante sur la campagne blême, entre Dôle et Pontarlier, le spectacle des champs qui s'éveillaient, le gai soleil qui se levait de la terre,—le soleil échappé comme eux de la prison des rues, des maisons poussiéreuses, des fumées grasses de Paris,—les prairies frissonnantes, qu'enveloppait la buée légère de leur haleine blanche comme le lait; les moindres détails de la route: un petit clocher de village, un filet d'eau entrevu, une ligne bleue de collines flottant au fond de l'horizon; l'angélus grêle et touchant que le vent apportait du lointain, à un arrêt du train au milieu de la campagne assoupie; les graves silhouettes d'un troupeau de vaches qui rêvaient sur un talus, au-dessus du chemin,—tout absorbait l'attention d'Antoinette et de son frère: tout leur semblait nouveau. Ils étaient comme deux arbres desséchés, qui boivent l'eau du ciel avec délices.

Puis, ce fut, au matin, la douane suisse où il fallut descendre. Une petite gare en rase campagne. On avait un peu mal au cœur de la mauvaise nuit, et on était frissonnant de la fraîcheur humide de l'aube; mais il faisait calme, le ciel était pur, le souffle des prairies montait autour de vous, coulait dans votre bouche, sur votre langue, le long de votre gorge, jusqu'au fond de votre poitrine, comme un petit ruisseau; et l'on prenait, debout, à une table en plein air, le café chaud qui ranime, avec le lait crémeux, doux comme le ciel, et sentant bon l'herbe et les fleurs des champs.

Ils montèrent dans les wagons suisses, dont la disposition, nouvelle pour eux, leur causa un plaisir enfantin. Mais comme Antoinette était lasse! Elle ne s'expliquait pas ce malaise qui la tenait. Pourquoi voyait-elle que tout cela, autour d'elle, était si joli, si intéressant, et y goûtait-elle si peu de plaisir? N'était-ce pas tout ce qu'elle rêvait depuis des années: un beau voyage, son frère à côté d'elle, les soucis d'avenir écartés, la chère nature?... Qu'avait-elle donc? Elle se le reprochait, et elle s'obligeait à admirer, à partager la joie naïve de son frère...

Ils s'arrêtèrent à Thun. Ils devaient en repartir, le lendemain, pour la montagne. Mais, la nuit à l'hôtel, Antoinette fut prise d'une grosse fièvre, avec des vomissements et des douleurs de tête. Olivier s'affola aussitôt, et passa une nuit d'inquiétudes. Il fallut faire venir un médecin, dès le matin:—(surcroît de dépenses non prévu, et qui n'était pas négligeable pour leur petite bourse.)—Le médecin ne trouva rien de grave pour l'instant, mais une extrême fatigue, une constitution ruinée. Il ne pouvait être question de continuer le voyage, tout de suite. Le docteur défendit à Antoinette de se lever, de tout le jour: et il laissa entendre qu'ils devraient peut-être rester plus longtemps encore à Thun. Ils étaient désolés,—bien contents tout de même d'en être quittes à ce prix, après ce qu'ils avaient pu craindre. Mais il était dur de venir de si loin pour rester enfermés dans une mauvaise chambre d'hôtel, où le soleil brûlant donnait, comme dans une serre. Antoinette voulut que son frère se promenât. Il fit quelques pas hors de l'hôtel; il vit l'Aar avec sa belle robe verte, et, dans le lointain du ciel, une cime blanche qui flottait: il en fut bouleversé de joie; mais cette joie, il ne pouvait la porter, seul. Il revint précipitamment dans la chambre de sa sœur, il lui dit tout ému ce qu'il venait de voir; et, comme elle s'étonnait qu'il fût rentré si tôt, et l'engageait à se promener de nouveau, il dit, comme autrefois, quand il était revenu du concert du Châtelet:

—Non, non, c'est trop beau: cela me fait mal de le voir sans toi.

Ce sentiment n'avait rien de nouveau pour eux: ils savaient qu'il leur fallait être tous deux pour être soi tout entier. Mans il était toujours bon de se l'entendre dire. Cette tendre parole fit plus de bien à Antoinette que toutes les médecines. Elle souriait maintenant, heureuse et alanguie.—Et, après une bonne nuit, quoique ce ne fût pas très prudent de partir déjà, elle décida qu'ils se sauveraient de bonne heure, sans prévenir le médecin, qui n'aurait qu'à les retenir encore. L'air pur et le plaisir de voir les belles choses ensemble firent qu'elle n'eut pas à payer cette imprudence, et qu'ils arrivèrent, sans autre contretemps, au but de leur voyage,—un village dans la montagne, au-dessus du lac, à quelque distance de Spiez.

Ils y passèrent trois ou quatre semaines, dans un petit hôtel. Antoinette n'eut plus de nouvel accès de fièvre; mais elle ne se remit jamais bien. Elle sentait une lourdeur dans la tête, un poids insupportable, des malaises continuels. Olivier la questionnait souvent sur sa santé: il eût voulu la voir moins pâle; mais il était grisé par la beauté du pays, et, d'instinct, il écartait les pensées tristes; quand elle lui assurait qu'elle était très bien portante, il voulait croire que c'était vrai,—bien qu'il sût le contraire. D'ailleurs, elle jouissait profondément de l'exubérance de son frère, de l'air, du repos surtout. Que c'était bon de se reposer enfin, après ces terribles années!

Olivier voulait l'entraîner dans ses promenades: elle eût été heureuse de partager ses courses; mais plusieurs fois, après être vaillamment partie, elle fut forcée de s'arrêter, au bout de vingt minutes, sans souffle et le cœur défaillent. Alors, il continuait seul ses excursions,—des ascensions inoffensives, mais qui la tenaient dans des transes, jusqu'à ce qu'il fût rentré. Ou bien, ils faisaient ensemble de petites promenades: elle, appuyée sur son bras, marchant à petits pas, causant tous deux, lui surtout devenu très loquace, riant, disant ses projets, racontant des drôleries. Du chemin à mi-côte, au-dessus de la vallée, ils regardaient les nuages blancs se mirer dans le lac immobile, et les bateaux nager comme des insectes à la surface d'une mare; ils aspiraient l'air tiède et la musique des clochettes de troupeaux, que le vent apportait de très loin, par bouffées, avec l'odeur des foins coupés et la résine chaude. Et ils rêvaient ensemble du passé, et de l'avenir, et du présent qui leur semblait de tous les rêves le plus irréel et le plus enivrant. Antoinette se laissait gagner quelquefois par la belle humeur enfantine de son frère: ils jouaient à se poursuivre, à se jeter de l'herbe. Et un jour, il la vit rire, comme autrefois, quand ils étaient enfants, de ce bon rire fou de petite fille, insouciant, transparent comme une source, et que depuis des années il n'avait pas entendu.

Mais, le plus souvent, Olivier ne résistait pas au plaisir d'aller faire de longues courses. Il en avait un peu de remords ensuite, il devait se reprocher plus tard de n'avoir pas assez profité des chères conversations avec sa sœur. Même à l'hôtel, il la laissait souvent seule. Il y avait un petit cercle de jeunes hommes et de jeunes filles, à l'écart duquel ils s'étaient tenus d'abord. Puis, Olivier, timide et attiré par eux, s'était joint à leur groupe. Il avait été sevré d'amis; il n'avait guère connu, en dehors de sa sœur, que ses grossiers camarades de lycée et leurs maîtresses, qui lui inspiraient du dégoût. Ce lui était une douceur de se trouver au milieu de garçons et de filles de son âge, bien élevés, aimables et gais. Bien qu'il fût très sauvage, il avait une curiosité naïve, un cœur sentimental et chastement sensuel, qu'hypnotisaient toutes les petites flammes pâlottes et falotes, qui brillent dans les yeux féminins. Lui-même pouvait plaire, en dépit de sa timidité. Le candide besoin qu'il avait d'aimer et d'être aimé lui prêtait, a son insu, une grâce juvénile, et lui faisait trouver des mots, des gestes, des prévenances affectueuses, que leur gaucherie même rendait plus attrayants. Il avait le don de la sympathie. Quoi que son intelligence, devenue très ironique dans la solitude, lui fit voir de la vulgarité des gens et de leurs défauts, que souvent il haïssait,—quand il était en face d'eux, il ne voyait plus que leurs yeux, où s'exprimait un être qui mourrait un jour, un être qui n'avait qu'une vie, comme lui, et qui la perdrait bientôt, comme lui: alors, il sentait pour cet être une affection involontaire; pour rien au monde, il n'aurait pu lui faire de la peine, en cet instant; qu'il le voulût ou non, il fallait qu'il fût aimable. Il était faible: et, par là, fait pour plaire au «monde», qui pardonne tous les vices, et même toutes les vertus,—hors une seule: la force, qui est la condition de toutes les autres.

Antoinette ne se mêlait pas à cette jeune compagnie. Sa santé, sa fatigue, un accablement moral, sans cause apparente, la paralysaient. Au cours des longues années de soucis et de travail acharné, qui usent le corps et l'âme, les rôles avaient été intervertis entre elle et son frère; elle se sentait maintenant loin du monde, loin de tout, si loin!... Elle n'y pouvait plus rentrer: toutes ces conversations, ce bruit, ces rires, ces petits intérêts, l'ennuyaient, la lassaient, la blessaient presque. Elle souffrait d'être ainsi: elle eût voulu ressembler à ces autres jeunes filles, s'intéresser à ce qui les intéressait, rire de ce qui les faisait rire... Elle ne pouvait plus!... Elle avait le cœur serré, il lui semblait qu'elle était morte. Le soir, elle s'enfermait chez elle; et souvent, elle n'allumait même pas sa lampe; elle restait assise dans l'obscurité, tandis qu'Olivier, en bas, dans le salon, s'abandonnait à la douceur d'un de ces petits amours romanesques, dont il était coutumier. Elle ne sortait de son engourdissement que quand elle l'entendait remonter à son étage, riant et bavardant encore avec ses amies, échangeant d'interminables bonsoirs sur le pas de leurs portes, sans pouvoir se décider à se séparer. Alors, Antoinette souriait dans sa nuit et elle se levait pour rallumer l'électricité. Le rire de son frère la ranimait.

L'automne avançait. Le soleil s'éteignait. La nature se fanait. Sous l'ouate des brumes et des nuages d'octobre, les couleurs s'amortirent; la neige vint sur les hauteurs, et le brouillard dans la plaine. Les voyageurs s'en allèrent, un à un, puis par bandes. Et ce fut la tristesse de voir partir les amis, même les indifférents, et, plus que tout, l'été, le temps de calme et de bonheur qui avait été une oasis dans la vie. Ils firent une dernière promenade ensemble, un jour d'automne voilé, dans la forêt, le long de la montagne. Ils ne parlaient pas, ils rêvaient mélancoliques, se serrant frileusement l'un contre l'autre, enveloppés dans leurs manteaux aux collets relevés, leurs doigts entrelacés. Les bois humides se taisaient, pleuraient en silence. On entendait au fond le cri doux et craintif d'un oiseau solitaire, qui sentait venir l'hiver. Une clochette cristalline de troupeau tintait dans le brouillard, lointaine, presque éteinte, comme si elle résonnait au fond de leur poitrine...

Ils revinrent à Paris. Tous deux étaient tristes. Antoinette n'avait pas recouvré la santé.

Il fallut s'occuper du trousseau qu'Olivier devait apporter à l'École. Antoinette y dépensa ses dernières économies; elle vendit même en secret quelques bijoux. Qu'importe? Ne le lui rendrait-il pas plus tard?—Et puis, elle avait si peu de besoins, maintenant qu'il ne serait plus là!... Elle s'empêchait de penser à ce qui arriverait, quand il ne serait plus là; elle travaillait au trousseau, elle mettait à cette tâche toute l'ardente tendresse qu'elle avait pour son frère, et le pressentiment que ce serait la dernière chose qu'elle ferait pour lui.

Ils ne se quittaient plus, pendant les derniers jours qu'ils avaient à passer ensemble; ils avaient peur d'en perdre le moindre instant. Le dernier soir, ils restèrent très tard, au coin du feu, Antoinette assise dans l'unique fauteuil de l'appartement, Olivier sur un tabouret à ses pieds, se faisant câliner, suivant son habitude de grand enfant gâté. Il était soucieux—curieux aussi—de la vie nouvelle qui allait commencer. Antoinette pensait que c'était fini de leur chère intimité, et se demandait avec terreur ce qui adviendrait d'elle. Comme s'il voulait lui rendre cette pensée plus cuisante, il ne fut jamais si tendre que ce dernier soir, avec la coquetterie innocente de ces êtres qui attendent l'heure du départ pour montrer ce qu'ils ont de meilleur et de plus charmant. Il se mit au piano, et lui joua longuement les pages qu'ils aimaient le mieux de Mozart et de Gluck,—ces visions de bonheur attendri et de tristesse sereine, auxquelles était associée tant de leur vie passée.

L'heure de la séparation venue, Antoinette accompagna Olivier jusqu'à la porte de l'École. Elle rentra. Elle était seule, encore une fois. Mais ce n'était plus, comme dans le voyage d'Allemagne, une séparation à laquelle il dépendait d'elle-même de mettre fin, quand elle ne pourrait plus la supporter. Cette fois, elle restait: c'était lui qui était parti, pour longtemps, pour la vie. Cependant, elle était si maternelle qu'à ce premier moment elle songea moins à elle qu'à lui, elle se préoccupait de ces premiers jours d'une vie si différente, des brimades de l'École, et de ces petits ennuis inoffensifs, mais qui prennent facilement des proportions inquiétantes dans le cerveau des gens qui vivent seuls et sont habitués à se tourmenter pour ce qu'ils aiment. Ce souci eut du moins le bienfait de la distraire un peu de sa solitude. Elle pensait déjà à la demi-heure, où elle pourrait le voir, le lendemain au parloir. Elle y arriva un quart d'heure à l'avance. Il fut très gentil pour elle, mais tout occupé et amusé de ce qu'il avait vu. Les jours suivants, où elle venait toujours pleine de tendresse inquiète, le contraste s'accentua entre ce que ces instants d'entretien étaient pour lui, et ce qu'ils étaient pour elle. Pour elle, c'était toute sa vie, maintenant. Lui, il aimait tendrement Antoinette, sans doute: mais on ne pouvait pas lui demander de penser uniquement à elle. Une ou deux fois, il arriva en retard au parloir. Un autre jour, quand elle lui demanda s'il s'ennuyait, il répondit que non. C'étaient de petits coups de poignard dans le cœur d'Antoinette.—Elle s'en voulait d'être ainsi; elle se traitait d'égoïste; elle savait très bien que ce serait absurde, que ce serait même mal et contre nature qu'il ne pût se passer d'elle, ni elle de lui, qu'elle n'eût pas d'autre objet dans la vie. Oui, elle savait tout cela. Mais que lui servait-il de le savoir? Elle n'y pouvait rien, si, depuis dix ans, sa vie entière était vouée à cette unique pensée: son frère. Maintenant que cet unique intérêt de sa vie lui était arraché, elle n'avait plus rien.

Elle essaya courageusement de se reprendre à ses occupations, à la lecture, à la musique, aux livres aimés... Dieu! que Shakespeare, que Beethoven étaient vides, sans lui!...—Oui, c'était beau sans doute... Mais il n'était plus là! À quoi bon les belles choses, si l'on n'a, pour les voir, les yeux de celui qu'on aime? Que faire de la beauté, que faire même de la joie, si on ne les goûte dans l'autre cœur?

Si elle eût été plus forte, elle eût cherché à refaire entièrement sa vie, en lui donnant un autre but. Mais elle était à bout. Maintenant que rien ne l'obligeait plus à tenir bon, coûte que coûte, l'effort de volonté qu'elle s'imposait se rompit: elle tomba. La maladie, qui depuis plus d'un an se préparait en elle, et que son énergie tenait en respect, eut désormais le champ libre.

Seule, chez elle, elle passait ses soirs à se ronger, au coin du feu éteint; elle n'avait pas le courage de le rallumer, elle n'avait pas la force de se coucher; elle restait assise jusqu'au milieu de la nuit, s'assoupissant, rêvant et grelottant. Elle revivait sa vie, elle était avec ses morts, avec ses illusions détruites; et une tristesse affreuse la prenait de sa jeunesse perdue, sans amour. Une douleur, obscure, inavouée... Le rire d'un enfant dans la rue, son trottinement hésitant, à l'étage au-dessous... Ces petits pieds lui marchaient dans le cœur!... Des doutes l'assiégeaient, de mauvaises pensées, la contagion morale de cette ville d'égoïsme et de plaisir sur son âme affaiblie.—Elle combattait ses regrets, elle avait honte de ses désirs; elle ne pouvait comprendre ce qui la faisait souffrir: elle l'attribuait à ses mauvais instincts. La pauvre petite Ophélie qu'un mal mystérieux rongeait, sentait avec horreur monter du fond de son être le souffle brutal et trouble, qui vient des bas-fonds de la vie. Elle ne travaillait plus, elle avait abandonné la plupart de ses leçons; elle si matinale, restait au lit parfois jusqu'à l'après-midi: elle n'avait pas plus de raisons pour se lever que pour se coucher; elle mangeait à peine, ou ne mangeait pas. Seulement les jours où son frère avait congé,—le jeudi dans l'après-midi, et le dimanche, dès le matin,—elle se forçait pour être avec lui comme elle était autrefois.

Il ne s'apercevait de rien. Il était trop amusé ou distrait par sa vie nouvelle, pour bien observer sa sœur. Il était dans cette période de la jeunesse, où l'on a peine à se livrer, où l'on a l'air indifférent à des choses qui vous touchaient naguère et qui vous remueront plus tard. Les personnes âgées semblent parfois avoir des impressions plus fraîches, des jouissances plus naïves de la nature et de la vie que les jeunes gens de vingt ans. On dit alors que les jeunes gens sont moins jeunes de cœur et plus blasés. C'est le plus souvent une erreur. Ce n'est pas qu'ils soient blasés, s'ils paraissent insensibles. C'est qu'ils ont l'âme absorbée par des passions, des ambitions, des désirs, des idées fixes. Quand le corps est usé et qu'il n'y a plus rien à attendre de la vie, les émotions désintéressées retrouvent alors leur place; et se rouvre la source des larmes enfantines. Olivier était pris par mille petites préoccupations, dont la plus importante était une absurde passionnette,—(il en avait toujours)—qui l'obsédait au point de le rendre aveugle et indifférent pour tout le reste. Antoinette ne savait point ce qui se passait dans son frère; elle voyait seulement qu'il se retirait d'elle. Ce n'était pas tout à fait la faute d'Olivier. Parfois, il se réjouissait, en venant, de la revoir et de lui parler. Il entrait. Tout de suite, il était glacé. L'affection inquiète, la fièvre avec laquelle elle s'accrochait à lui, elle buvait ses paroles, elle l'accablait de prévenances,—cet excès de tendresse et d'attention trépidante lui enlevait aussitôt tout désir de se confier. Il aurait dû se dire qu'Antoinette n'était pas dans son état normal. Rien n'était plus loin de la discrétion délicate qu'elle gardait à l'ordinaire. Mais il n'y réfléchissait pas. À ses questions, il opposait un oui, ou un non très sec. Il se raidissait dans son mutisme, d'autant plus qu'elle cherchait à l'en faire sortir, ou même il la blessait par une réponse brusque. Alors, elle se taisait aussi, accablée. Leur journée s'écoulait, se perdait.—À peine avait-il passé le seuil de la maison pour retourner à l'École, qu'il était inconsolable de sa façon d'agir. Il s'en tourmentait, la nuit, en pensant à la peine qu'il avait faite. Il lui arrivait même, aussitôt rentré à l'École, d'écrire à sa sœur une lettre pleine d'effusions.—Mais le lendemain matin, quand il l'avait relue, il la déchirait. Et Antoinette n'en savait rien. Elle croyait qu'il ne l'aimait plus.

Elle eut encore,—sinon une dernière joie,—un dernier émoi de tendresse juvénile où son cœur se reprit, un réveil désespéré de sa force d'amour et d'espoir de bonheur. Ce fut absurde d'ailleurs, et si contraire à sa calme nature! Il fallut, pour que cela fût possible, le trouble où elle se trouvait, cet état de torpeur et de surexcitation, avant-coureur du mal.

Elle était à un concert du Châtelet, avec son frère. Comme il venait d'être chargé de la critique musicale dans une petite Revue, ils étaient un peu mieux placés qu'autrefois, mais au milieu d'un public beaucoup plus antipathique. Ils avaient des strapontins d'orchestre près de la scène. Christophe Krafft devait jouer. Ils ne connaissaient pas ce musicien allemand. Quand elle le vit paraître, son sang reflua au cœur. Bien que ses yeux fatigués ne le vissent qu'à travers un brouillard, elle n'eut aucun doute quand il entra: elle reconnut l'ami inconnu des mauvais jours d'Allemagne. Elle n'avait jamais parlé de lui à son frère; c'était à peine si elle avait pu s'en parler à elle-même: toute sa pensée avait été absorbée depuis par les soucis de la vie. Et puis, elle était une raisonnable petite Française, qui se refusait à admettre un sentiment obscur, dont la source lui échappait, et qui était sans avenir. Il y avait en elle toute une province de l'âme, aux profondeurs insoupçonnées, où dormaient bien d'autres sentiments, qu'elle eût eu honte de voir: elle savait qu'ils étaient là; mais elle en détournait les yeux, par une sorte de terreur religieuse pour cet Être qui se dérobe au contrôle de l'esprit.

Quand elle fut un peu remise de son trouble, elle emprunta la lorgnette de son frère, pour regarder Christophe; elle le voyait de profil, au pupitre de chef d'orchestre, et elle reconnut son expression violente et concentrée. Il portait un habit défraîchi, qui lui allait fort mal.—Antoinette assista, muette et glacée, aux péripéties de ce lamentable concert, où Christophe se heurta à la malveillance non dissimulée d'un public, qui était mal disposé pour les artistes allemands, et que sa musique assomma[2]. Quand, après une symphonie qui avait semblé trop longue, il reparut pour jouer quelques pièces pour piano, il fut accueilli par des exclamations gouailleuses, qui ne laissaient aucun doute sur le peu de plaisir qu'on avait à le revoir. Il commença pourtant à jouer, dans l'ennui résigné du public; mais les remarques désobligeantes, échangées à voix haute entre deux auditeurs des dernières galeries, continuèrent d'aller leur train, pour la joie du reste de la salle. Alors il s'interrompit; par une incartade d'enfant terrible, il joua avec un doigt l'air: Malbrough s'en va-t-en guerre, puis, se levant du piano, il dit en face au public:

—Voilà ce qu'il vous faut!

Le public, un moment incertain sur les intentions du musicien, éclata en vociférations. Une scène de vacarme invraisemblable suivit. On sifflait, on criait:

—Des excuses! qu'il vienne faire des excuses!

 人名表はすぐには見当たらなかった。それから幾つもの人名表を読んだが、ジャンナンという名はなかった。最後にその名前を見たとき、すぐには腑ふに落ちなかった。何度も読み返したがまだ信じられなかった。それから、それはほんとうであること、ジャンナンというのは彼であること、ジャンナンが採用されたこと、それが確かになったとき、二人は一言も口に出なかった。逃げるようにして帰っていった。彼女は彼の腕をとらえ手首を取り、彼は彼女へよりかかっていた。走らんばかりに歩いて、周囲のもの何一つ眼に止まらなかった。大通りを横切るときには危うく轢ひき殺されようとした。二人は繰り返していた。
「オリヴィエ!……姉ねえさん!……」
彼らは大股おおまたに階段を上っていった。室にはいると、たがいに抱き合った。アントアネットは弟の手を取って、父と母の写真の前に連れていった。それは彼女の寝台のそばに、室の片隅かたすみにあって、一つの聖殿をなしていた。彼女はその写真の前に彼とともにひざまずいた。そして二人はひそかに泣いた。
アントアネットはちょっとした御馳走ごちそうを取り寄せた。しかし二人ともそれに手がつけられなかった。食欲がなかった。オリヴィエは姉の膝ひざにすがりつき、またはその膝の上に乗って、子供のように愛撫あいぶされながら、そのまま二人は晩を過ごした。ほとんど口がきけなかった。もううれしがる力さえなかった。二人とも精がつきていた。九時前に床について、ぐっすり眠った。
翌日、アントアネットは激しい頭痛を感じたが、しかし心からは非常な重荷が取り去られた気がした。オリヴィエはようよう初めて息がつける心地がした。彼は救われたのだ。彼女は彼を救い、自分の務めを果たしたのだ。そして彼は彼女の期待にそむかなかったのだ……。――幾年も、幾年もの後に初めて、彼らは怠惰に身を任せた。午ひるごろまで床にはいっていて、たがいの室の扉とびらを開け放しながら、たがいに話し合った。鏡の中でたがいに見合わして、疲れに脹はれたうれしい顔をながめた。たがいに微笑ほほえみかわし、接吻せっぷんを送り合い、またうとうととし、疲れはてがっかりして、やさしい単語を言いかわすだけの力しかなくて、またいつのまにか眠ってゆくのをたがいにながめ合った。

アントアネットは、なお少しずつ貯蓄をつづけていて、病気の場合の金を少し残しておいた。弟をびっくりさしてやろうと思って黙っていた。そして、入学許可の翌日に、数年間の苦しみの褒美ほうびに二人とも、スイスへ一月ばかり行こうと言い出した。今やオリヴィエは、官費で師範学校の三年を過ごし、それから学校を出ると、職を得られることも確かだったから、彼らは愉快をつくして貯蓄を使い果たしても構わなかった。オリヴィエはそれを聞いて喜びの叫び声をたてた。アントアネットは彼よりもなおうれしかった――弟の幸福がうれしかった――あこがれていた田舎いなかを見るのだと思ってうれしかった。
旅の支度したくは大事件だったが、それがまた始終の楽しみだった。二人が出発したときは、もう八月もだいぶふけていた。彼らはあまり旅には馴なれていなかった。オリヴィエはその前夜眠れなかった。そして汽車の中でもその夜眠れなかった。一日じゅう、汽車に乗り遅れはすまいかと心配したのだった。二人はせかせか急いでいて、停車場では人から押しのけられ、二等車の中にぎっしりつめ込まれて、眠ろうとて肱ひじをつく余地も得られなかった――(平民主義をもって知られてるフランスの鉄道会社は、富裕でない旅客からつとめて特権を奪って、金のある旅客らに、自分たちだけ特権を享受し得ると考える愉快さを与えようとしてるのである。)――オリヴィエはちょっとの間も眼をつぶらなかった。正しい汽車に乗ってるかどうか安心しきれないで、各停車場の名前ばかり気にしていた。アントアネットは半ばうとうととしては、またたえず眼を覚さました。列車の動揺のため頭をぶっつけていた。移動墓穴のような車室の天井に輝いてる無気味なランプの光で、オリヴィエは彼女をながめた。そして彼は突然、その顔の変化に動かされた。眼のまわりはくぼみ、あどけない口は半ば開き、皮膚の色は黄色っぽくなり、小さな皺しわが頬ほおのあちらこちらに寄って、悲嘆と幻滅との悲しい月日の跡をとどめていた。年老い病んでる様子だった。――そして実際、彼女はまったく疲れきってるのだった。もしできることなら出発を延ばしたかったろう。しかし彼女は弟の楽しみを妨げたくなかった。自分はただ疲れてるだけで、田舎いなかへ行ったら元気になるだろうと、強しいて思い込みたかった。が途中で、病気になりはすまいかとどんなにか心配していた。――彼女は弟からながめられてるのを知った。押っかぶさってくる眠気を無理にしりぞけて、眼を見開いた――その眼はいつもあんなに若々しく清らかで澄んでいたが、今は小さな湖水の上を雲が渡るように、無意識的な苦痛の影がときどき通りすぎた。彼は気がかりなやさしい調子で声低く、気分はどうかと尋ねた。彼女は彼の手を握りしめて、気分はよいと断言した。愛情のこもった一言で彼女は気を引きたてられていた。
やがて、ドールとポンタルリエとの間の蒼茫そうぼうたる平野の上の赤い曙あけぼの、眼覚めざめくる田野の光景、大地から上ってくる太陽――パリーの街路と埃ほこりだらけの人家と濃い煤煙ばいえんとの牢獄ろうごくから、彼らと同じように逃げ出してる太陽、それから、乳のような白い息吹いぶきの薄靄うすもやに包まれてそよいでる牧場、また、村の小さな鐘楼や、ちらちら見える小川や、地平線の奥に浮かんでる丘陵の青い線など、途中のいろんな細かな事物、あるいはまた、静まり返ってる田舎いなかのまん中に汽車が止まるとき、遠くから風に運ばれてくる細いしめやかな御告アンジェリユスの鐘の音、線路に臨んだ土手の上で夢みてる、牝牛めうしの群れの重々しい姿、――すべてのものにアントアネットとオリヴィエとは注意をひかれ、すべてが目新しかった。彼らは歓喜して大空の水を吸う二本のかわききった樹木に似ていた。
その朝、スイスの税関で汽車から降りた。平野の中の小さな停車場だった。夜眠れなかったので少し気持が悪く、夜明けの湿った冷気に身体が震えた。しかし天気は穏やかで、空は澄み渡り、牧場の風が四方から寄せてきて、口の中に流れ込み、舌の上から喉のどの中を通って、小さな流れとなって胸の奥まではいってきた。そして、濃い牛乳を入れた、空のように甘く野の草や花のように香かおりのいい、元気づける熱いコーヒーを、露天のテーブルで立ちながら飲んだ。
彼らはスイスの汽車に乗った。その設備が彼らにはもの珍しくて、子供らしい喜びを与えられた。しかしアントアネットはたいへんけだるかった。気分の悪いわけが自分にもわからなかった。周囲のすべてのものが眼にはいかにも麗わしく面白いのに、胸にはうれしさをあまり感じないのは、なぜだったろう? 楽しい旅行、いっしょに弟を伴い、将来の心配は除かれ、そしてなつかしい自然、それは彼女が長年夢想してたことではなかったか……。それをどうしたというのだろう? 彼女はみずから自分の気持をとがめて、弟の無邪気な喜びを強しいてうれしがり同感しようとした。
二人はトゥーンで止まった。翌日は山のほうへ向かって出発するはずだった。がその晩アントアネットは旅館で、激しい熱が出て、嘔吐おうとと頭痛とに襲われた。オリヴィエはすぐ途方にくれて、不安な一夜を過ごした。朝になると医者を呼ばなければならなかった。――(不意の余分の費用で、彼らのわずかな所持金にとっては等閑にできなかった。)――医者の言うところによれば、さしあたり大したことではないが、極端な疲労をきたしていて、身体の組織がこわれかけてるのだった。すぐに旅をつづけるなどはもちろんできなかった。医者はアントアネットへ一日じゅう起き上がることを禁じ、なおしばらくはトゥーンにとどまっていなければならないことを告げた。二人はがっかりした――それでも、あんなに心配していたあとで、それくらいなことで済んだのはうれしかった。しかしながら、かく遠くまでやって来て、熱い太陽の光がさし込む温室のような、旅館のいやな室に閉じこもっていなければならないのは、実につらいことだった。アントアネットは弟に散歩をすすめた。彼は旅館から少し外へ出た。美しい緑の衣をまとってるアール河を見、空の遠くに浮き出してる白い山の頂を見た。そして喜びに打たれた。しかしその喜びを一人で味わうことはできなかった。急いで姉の室へもどってきて、ながめた景色を感動しながら話してきかした。そして姉が彼の帰りの早いのを驚いて、も一度散歩してくるように勧めると、彼はかつてシャートレー座の音楽会からもどって来たときと同じことを言った。
「いいえ、あまり美しすぎます。姉ねえさんをおいて一人で見るのは苦しいんです。」
そういう感情は彼らにとって別に新しいものではなかった。まったくの自分であるためには二人いっしょにいなければならないことを、彼らはよく知っていた。しかしそれを耳に聞くのはやはりうれしいことだった。そのやさしい言葉は、あらゆる薬剤よりもアントアネットへ効果があった。彼女はもううれしげな弱々しげな様子で微笑ほほえんでいた。――そして彼女は一晩快く眠ったあとで、すぐに出発するのは軽率な仕方ではあったけれども、なお引き止めるに違いない医者へは知らせもしないで、朝早く逃げ出そうと決心した。清らかな空気のために、美しい景色を二人いっしょに見るという喜びのために、その軽率な出発も彼女の身体にさわらなかった。そして二人は他になんらの故障もなく、旅の目的地へ着いた。――シュピーツから少し隔たった、湖水の上の山間の村だった。
二人はそこの小さな旅館で、三、四週間過ごした。アントアネットはもう発熱しはしなかったが、元どおりには回復しなかった。いつも頭が痛んで、たまらないほど気分が重苦しく、たえず不快な心地だった。オリヴィエは彼女の健康をしばしば尋ねた。彼女の顔色がいくらかよくなるのを見たかった。しかし彼は土地の美景に酔っていた。そして知らず知らず悲しい考えを避けていた。たいへん気分がいいと彼女から言われると、彼はそれをほんとうだと信じたかった――反対だとよく知ってはいたけれど。それに彼女は、弟の晴れ晴れしい元気を、清い空気を、ことに休息を、深く楽しんでいた。幾年もの恐ろしい努力のあとについに休息し得ることは、いかに楽しいことだったろう!
オリヴィエは彼女を散歩に連れ出したがった。彼女も彼といっしょに歩き回るのは愉快だったろう。しかし幾度も、元気に出かけたあとで、二十分間もたつと、息が苦しくなり胸がつまってきて、立ち止まらなければならなかった。そこで彼は一人遠足をつづけた――それも危険のない山登りなどだったが、彼女は彼がもどってくるまでひどく心配をした。あるいはまた、二人はいっしょに手近な散歩をした。彼女は彼の腕にもたれ、小足で歩きながら、たがいに話をした。彼はことに饒舌じょうぜつになり、快活になり、これからの計画を語ったり、冗談を言ったりした。谷間の上の山腹の道から、静かな湖水に映ってる白い雲をながめ、水たまりの面を泳いでる虫のような船をながめた。温和な空気を呼吸し、刈られた牧草や熱い樹脂の匂においとともに、風のために遠くからときどき吹き送られる、家畜の鈴の音を吸い込んだ。そして二人いっしょに、過去や未来や現在のことを夢みた。その現在が、あらゆる夢のうちでももっとも架空的なもっとも楽しいもののように思われた。アントアネットも時としては、弟の子供らしい快活に感染した。二人は追っかけ合ったり草を投げ合ったりして遊んだ。そしてある日、彼は彼女が昔子供のときのように笑ってるのを見た。それは泉のように透き通った呑気のんきな小娘の馬鹿笑いであって、数年来彼が一度も聞いたことのない笑いだった。
しかし往々オリヴィエは、長い遠足をなす楽しみを制しきれなかった。その後で彼は多少の後悔を感じた。姉と楽しい会話をしなかったことを、あとでみずから責めざるを得なかった。旅館ででも姉を一人にさしとくことがしばしばあった。旅館には少数の若い男女の連中がいた。二人は初めのうちそれから遠ざかっていた。そのうちに、気の弱いオリヴィエは彼らに引きつけられて、その仲間に加わってしまった。彼には友だちというものがなかった。姉を除いては、嫌悪けんおの情を起こさせられる下等な学校仲間とその情婦ら以外に、ほとんど知人がなかった。それで育ちのいい愛嬌あいきょうのある快活な同年配の男女の中に交ることは、彼にとって非常な愉快だった。彼はきわめて粗野ではあったけれど、無邪気な好奇心をもち、感傷的な清い逸楽的な心をそなえていた。女の眼の中に輝くちらちらした燐光りんこう的な炎に、たやすくとらわれてしまう心だった。彼自身もその内気さにかかわらず人の気に入ることができた。愛し愛されたいという純真な欲求のために、知らず知らず若々しい美しさが出て来、情のこもった言葉や身振りや慇懃いんぎんさなどを見出し得た。そのやり方が無器用なだけにかえって人の心をひいた。彼は同情の天分に富んでいた。孤独のうちにごく皮肉になってる彼の知力は、人の凡俗さや欠点を見てとって、しばしばそれに嫌気いやけを起こしはしたけれど、人と顔を合わして立つときには、彼はもはや相手の眼をしか見なかった。その眼の中には、他日死ぬべき人、彼と同じく一つの生命しかもっていない人、そして彼と同じくその生命をやがて失うべき人、そういう人の姿が表われていた。すると彼はその人にたいして、知らず知らずの愛情を感じた。どんなことがあっても、その瞬間に相手へ苦しみを与えたくなかった。心からでもあるいは心ならずにでもとにかく、親切にしてやらずにはいられなかった。彼は弱かった。したがって彼は、あらゆる悪徳やあらゆる美徳を――すべての他の美徳の条件たる力という一つを除いては――ことごとく許す社交界の人々の気に入るように、初めからできていたのである。
アントアネットはその若い仲間に交らなかった。その健康と疲労とただなぜとも知れぬ心の屈託とのために、少しものびのびとした気持になれなかった。身と魂とをすりへらす配慮と勤労との長い年月のうちに、弟と彼女との役割が変わってしまっていた。彼女はもう今では、世間から遠ざかり万事から遠ざかり、しかも非常に遠ざかった気がしていた。……もうふたたびそこへもどることはできなかった。それらの談話、騒ぎ、笑い、他愛ない楽しみ、などはすべて彼女を退屈させ、疲らして、気分を害するほどだった。彼女はそういう自分の状態が苦しかった。他の若い娘たちといっしょになり、皆が面白がるものを面白がり、皆が笑うものを笑いたかった……。が彼女にはもうできなかった!……彼女は胸迫る思いがした。死んでしまったような気がした。夜は自分の室に閉じこもった。そして燈火もつけないことがしばしばだった。暗い中にじっとすわったままでいた。その間オリヴィエは、例の取り留めもない恋心地の楽しみにふけりながら、下の広間で面白がっていた。そして、令嬢らと談笑しつづけ、なおいつまでも別れかねて、扉口とぐちで何度も挨拶あいさつをかわしながら、ついに自分の室のほうへ上がってきた。その足音が聞こえるときに、アントアネットは初めて惘然ぼうぜんとしていたのから我に返った。そして暗闇くらやみの中に微笑を浮かべて、立ち上がって電燈をつけた。弟の笑い声を聞くと元気になるのだった。
秋はふけていった。日の光は薄くなり、自然はしおれてきた。十月の靄もやと雲とにつつまれて、色彩は褪あせてきた。山には雪が降り、野には霧がかけた。旅客は一人ずつ、つぎには組をなして、帰っていった。そして友だちが立ち去るのは、たとい心の残らない友だちが立ち去るのでも、見るに悲しいことだった。ことに、生活中の林泉オアシスとも言うべき、安静と幸福との時だった。夏が去るのは、悲しいことだった。二人はいっしょに、ある薄曇りの秋の日に、森の中を山に沿って、最後の散歩をした。たがいに口をきかず、やや憂鬱ゆううつな夢想にふけりながら、寒げに寄り添って、襟えりを立てた外套がいとうにくるまっていた。二人の指は組み合わされていた。湿った林はひっそりとして、無言のうちに泣いていた。冬の来るのを感じてる寂しい一羽の小鳥の、やさしい憂わしげな鳴き声が、奥のほうに聞こえていた。澄みきった家畜の鈴の音が、遠くほとんど消え消えに、霧の中に響いていて、あたかも二人の胸の奥に鳴ってるがようだった……。
彼らはパリーへ帰った。二人とも寂しかった。アントアネットはその健康を回復していなかった。

オリヴィエが学校へもって行くべき荷物を支度したくしなければならなかった。アントアネットはそれに残りの貯蓄を費やした。ひそかに数個の宝石さえ売り払った。それで構わなかった。あとで彼が買いもどしてくれるかもしれなかった。――それにまた、彼がいなくなれば、彼女はもうそんな物には用はなかったのだ!……弟がいなくなった後のことなどを彼女は考えたくなかった。彼女はただ弟の荷物のことに気を配り、弟にたいする熱い情けをすべてその仕事にうち込み、これが世話のおしまいではないかという予感がしていた。
二人はいっしょに過ごす終わりの数日間、もうたがいにそばを離れなかった。少しの時間も無駄にすまいと懸念していた。最後の晩は、暖炉のほとりにおそくまでとどまっていた。アントアネットは家にただ一つの肱掛椅子ひじかけいすにすわり、オリヴィエはその足先の腰掛にすわって、いつものように大きな駄々だだっ児ことして愛撫あいぶされていた。彼はこれから始まる新生活にたいして、不安を覚えていた――がまた好奇心も動いていた。アントアネットはこれが自分たちのなつかしい親しい生活の終わりではないかと考え、自分はこれからどうなるだろうかと空恐ろしく想像していた。その思いをさらにつらくなさせるためかのように、彼はその晩これまでになくごくやさしくて、出発のときに初めて自分のいちばんよい点や美しい点を示そうとする人々に見受けるような、無邪気な甘え方までしていた。彼はピアノについて長くひいてやった、二人がもっとも好きなモーツァルトやグルックの曲を――二人の過ぎ去った生活が多く結び合わされてる、やさしい幸福と清い悲しみとの幻影の曲を。
別れるときになると、アントアネットは学校の入口までオリヴィエについて来た。それから家にもどった。またもや一人ぽっちになった。しかしそれはドイツへの旅とは違って、辛棒できないときにいつでも捨て得る別離ではなかった。こんどは彼女のほうが残っていた。立ち去ったのは彼だった。長く一生の間立ち去ってしまったのは彼だった。それでも彼女は親愛の情に満ちていて、別れたすぐあとでも、自分のことより彼のことを多く考えた。今までと非常に異なった彼の生活の初めのうちのこと、学校の古参者たちの意地悪な仕業しわざ、孤独な生活をして愛するもののために常に心痛しがちな人々の頭の中では、たやすく不安なものとなってくる、取るに足らぬ小さな不快な事柄、そういうものについて彼女は気をもんだ。がその懸念は少なくとも、彼女の心を孤独の寂しさから多少紛らせるのに役立った。翌日応接室で彼に会える三十分ばかりのことも、彼女はもう考えていた。その時になると十五分も前からやって行った。彼は彼女へたいへんやさしかった。しかし眼に触れた事物にすっかり心を奪われ面白がっていた。それからも彼女は常に気がかりな愛情に満ちてやって来たが、そのしばらくの面会にたいする彼の気持と彼女の気持との間の矛盾は、しだいに大きくなっていった。彼女にとっては、今ではその面会時間が全生命だった。しかし彼のほうは、もちろん彼女をやさしく愛してはいたけれど、彼女のことばかりを思えと要求されるのは無理なことだった。一、二度は少し遅れて応接室にやって来た。ある日彼女は彼へ寄宿が厭いやかどうかと尋ねた。彼は厭でないと答えた。彼女はちょっと胸を刺される心地がした。――彼女はそういうふうな自分自身を恨んだ。自分を利己主義者だと見なした。二人がたがいに別々で暮らしてゆけないということは、また自分が人生に他の目的を有しないということは、馬鹿げたことであるし、いけない不自然なことでさえあるということを、彼女はよく知っていた。そうだ、彼女はそれを知りつくしていた。しかし知ってるだけで何になろう? どうにもできなかった。それほど彼女は、十年この方、弟という唯一の考えの中に全生活をうち込んできたのだった。その生活の唯一の中心が奪われた今となっては、もう何にも残ってはいなかった。
彼女は元気を出して、仕事や読書や音楽や好きな書物などに、手をつけようとつとめた……。けれど彼がいなくなっては、シェイクスピヤもベートーヴェンもなんと空虚なことだったろう!――まさしく美しいには違いなかったが……しかし彼がもうそばにいないのだった。いかに美しいものも、愛する者の眼が共に見てくれないときには、なんの役に立とうぞ。美もまたは喜びでさえも、それをもう一つの心の中に味わうのでなければ、何になろうぞ。
もし彼女がもっと強かったら、自分の生活をまったく立て直して、他の目的を定めようとしたかもしれなかった。しかし彼女は行きづまっていた。ぜひともしっかりしていなければならないという必要がなくなった今となっては、みずから強しいていた意志の努力が破れて、ぐったりとなってしまった。一年余り前から彼女のうちにきざして、彼女の気力で押えられていた病気が、今や自由に伸び出してきた。
彼女は自分の室にただ一人で、火の消えた暖炉のほとりにすわりながら、鬱々うつうつとして晩を過ごした。暖炉に火を入れるだけの元気もなければ、床にはいるだけの力もなかった。夢想にふけり寒さに震えうとうととしながら、夜中まですわっていた。過去の生涯しょうがいを思い起こし、なつかしい故人や消え失うせた幻影といっしょにいた。そして、恋もなく滅んでしまった青春を考えると、たまらない寂しさにとらえられた。薄暗い茫漠ぼうばくたる悲しみだった……。往来の子供の笑い声、階下の室のよちよちした小さな子供の足音……その小さな足が自分の心の中を歩いてるように思われた……。疑惑が、いけない考えが、彼女を襲ってき、利己的な快楽的なこの都会の魂が、彼女の弱った魂に感染してきた。――彼女はそれらの悔恨の念をしりぞけ、それらの欲望を恥じた。なんのために苦しんでるのかみずからわからなかった。そして自分の悪い本能のゆえだとした。この憐あわれな小さいオフェリア姫は、不思議な悩みにさいなまれていて、生命の奥底から来る濁った獣的な息吹いぶきが、身内の深みから上ってくるのを感じて、おびえてるのだった。彼女はもう働かなかった。稽古けいこの口もたいてい捨ててしまった。あんなに早起きだったのが、時には午後まで床にはいってることもあった。起き上がるのもふたたび寝るという理由しかなかった。ろくに食事もしなかったし、まったく食べないこともあった。ただ、弟の休みの日――木曜の午後と日曜の終日――には以前のとおりにつとめて弟といっしょにいた。
弟は何にも気づかなかった。新しい生活を面白がり、それに気を奪われていて、姉の様子をよく観察することができなかった。彼はちょうど青春期にはいっていた。青春期には一つのものに気をこめることができにくい。やがては心を動かされる事柄も、交渉が新しいおりには、それにたいして無関心な様子をするものである。年とった人のほうが、二十歳ごろの青年よりも、自然と人生とにたいしていっそう新鮮な印象といっそう率直な享楽とを、時とするともつがように思われる。すると人は、青年のほうが心が老い込み感情が鈍ってると言う。しかしそれはたいてい誤りである。青年が無感覚らしく見えるのは、感情が鈍ってるからではない。情熱や野心や欲望や固定観念などによって、魂がとらわれてるからである。身体が磨滅まめつして、もはや人生から何も期待しなくなると、私心なき情緒が自由に動いてくる。そして子供らしい涙の泉が開けるのである。オリヴィエはいろんなつまらない事に気をとられていた。そのうちでもっともおもなものは、荒唐無稽むけいな恋愛であって――(彼はいつもそんなことを空想していた)――それが頭につきまとい、他のすべてのことにたいして盲目となり無関心となっていた。――アントアネットは弟の心中に何が起こってるかを少しも知らなかった。ただ彼が自分から離れてゆくことばかりを見てとっていた。しかし彼が離れていったのも、それはまったく彼のせいばかりではなかった。時には彼も、家にやって来ながら、彼女に会い彼女と話すのが非常にうれしかった。ところが家にはいると、彼の心はただちに冷たくなった。彼女が彼にすがりついて来、彼の言葉を吸い込み、やたらに世話をやく、その落ち着かない愛情と熱い心とに出会うと――その過度のやさしさといらいらした注意とに出会うと、すぐに彼は心を打ち明けたい願いを失ってしまうのだった。アントアネットが普通の状態でないことを、彼は考うべきであったろう。思いやりのある慎み深い平素の態度とは、まったく異なっていたのである。しかし彼はただそうだとかそうでないとかいうごく冷淡な答えをした。彼女が彼をしゃべらせようとすればするほど、彼はますます黙り込んでいった。あるいは乱暴な返辞をして彼女の気を害した。すると彼女もがっかりして口をつぐんだ。その楽しい一日はただ無駄に過ぎ去っていった。――彼は家の敷居をまたいで学校にもどりかけるや否や、自分の仕打ちに堪えがたい後悔を感じた。姉を苦しめたことを夜中に考えては、みずから自分を責めたてた。学校に帰ってすぐに、情に駆られた手紙を姉へ書いたこともあった。――しかし翌朝それを読み返しては引き裂いてしまった。そしてアントアネットは、そんなことは少しも知らなかった。もう弟から愛されていないのだと思っていた。

彼女はなお――最後の喜びと言えないまでも――心が元気づいてくる若々しい愛情の最後の動きを、愛や幸福の希望などにたいする力の捨鉢すてばちな眼覚めざめを、経験したのだった。それはもとより根のないものだったし、彼女の穏和な性質に矛盾することだった。それが実際に起こったのも実は、彼女の心が乱れていたせいであり、疾病の前駆たる忘我と興奮との状態のせいであった。
彼女は弟とともに、シャートレー座の音楽会に臨んでいた。弟がある小雑誌の音楽批評を担任することになったので、以前よりも多少よい席に、しかしはるかに相容あいいれない聴衆の間に、二人はすわっていた。舞台のそばの管弦楽席であった。クリストフ・クラフトが演奏するはずだった。彼らは二人ともそのドイツの音楽家を知らなかった。やがて音楽家が出て来るのを見たとき、彼女は胸にどきりとした。疲れた眼でぼんやり見ただけだったけれど、彼が舞台にはいったときにはもう疑いの余地はなかった。ドイツで厭いやな日を送ってたおりに見覚えてる、あの名も知らぬ友だったのだ。彼女はかつて弟に彼の話をしたことはなかった。心の中で彼のことを考えたこともほとんどなかった。あのとき以来彼女のすべての考えは、生活の苦労に奪われてしまっていた。それにまた彼女は、理性の勝ったフランス娘であって、起原のわからない曖昧あいまいな感情を、是認することができなかった。彼女のうちには、窺うかがいがたい深いところに、魂の広野が横たわっていた。そこには彼女自身でも見るのを恥じる他の多くの感情が眠っていた。彼女はそれらの感情がそこにあることを知っていた。しかしながら、人の精神で制御できない存在者にたいする一種の敬虔けいけんな恐れからして、彼女はそれらの感情から眼をそらしていた。
胸騒ぎが少し静まったとき、彼女は弟の双眼鏡を借りてクリストフをながめた。楽長の譜面台についてる彼の横顔を見て、その気荒な一徹な表情を見てとった。彼ははなはだ不似合いな古ぼけた服をつけていた。アントアネットは口をつぐみ冷たくなって、その悲しい音楽会の騒動に列した。クリストフは聴衆の露あらわな悪意にぶつかった。聴衆は当時ドイツの芸術家に好意をもっていなかったし、クリストフの音楽に悩まされた(第五巻広場の市参照)。あまり長すぎると思われた交響曲シンフォニーのあとに、ピアノでなお数曲演奏するためにふたたび出て来たとき、彼は愚弄ぐろう的な喝采かっさいで迎えられた。ふたたび彼を見るのを聴衆があまり喜んでいないことは、疑いの余地がなかった。それでも彼は構わずに、聴衆のあきらめきった倦怠けんたいの中で演奏を始めた。後ろの方の桟敷さじきにいた二人の聴衆が声高に悪口を言い出して、それが広がってゆき、全部の人々がうれしがった。するとクリストフはひきやめた。悪童めいた無鉄砲さで、マルブルーの出征を一本の指でひいた。そしてピアノから立ち上がり、聴衆に向かって言った。
「諸君にはこれが適当です!」
聴衆はその音楽家の意味をとっさに解しかねたが、すぐに怒鳴りだした。それから異常な騒ぎとなった。口笛を吹き、叫んだ。
「謝あやまれ! 謝りに出ろ!」

 

Les gens, rouges de colère, s'excitaient, tâchaient de se persuader qu'ils étaient réellement indignés; et peut-être ils l'étaient, mais, plus sûrement, ravis de cette occasion de se détendre et de faire du bruit: tels, des collégiens après deux heures de classe.

Antoinette n'avait pas la force de bouger; elle était comme pétrifiée; ses doigts crispés déchiraient en silence un de ses gants. Depuis les premières notes de la symphonie, elle avait prévu ce qui allait se passer, elle percevait l'hostilité sourde du public, elle la sentait grandir, elle lisait en Christophe, elle était sûre qu'il n'irait pas jusqu'au bout sans un éclat; elle attendait cet éclat, avec une angoisse croissante; elle se tendait pour l'empêcher; et quand cela fut venu, cela était tellement comme elle l'avait prévu qu'elle fut écrasée ainsi que par une fatalité, contre laquelle il n'y avait rien à faire. Et comme elle regardait toujours Christophe, qui fixait insolemment le public qui le huait, leurs regards se croisèrent. Les yeux de Christophe la reconnurent peut-être, une seconde; mais, dans l'orage qui l'emportait, son esprit ne la reconnut pas: (il ne pensait plus à elle). Il disparut au milieu des sifflets.

Elle eût voulu crier, dire quelque chose: elle était ligotée, comme dans un cauchemar. Ce lui était un soulagement d'entendre à ses côtés son brave petit frère, qui, sans se douter de ce qui se passait en elle, avait partagé ses angoisses et son indignation. Olivier était profondément musicien, et il avait une indépendance de goût, que rien n'eût pu entamer: quand il aimait une chose, il l'eût aimée contre le monde entier. Dès les premières mesures de la symphonie, il avait senti quelque chose de grand, que jamais encore il n'avait rencontré dans sa vie. Il répétait à mi-voix, avec une ardeur profonde:

—Comme c'est beau! Comme c'est beau!... tandis que sa sœur se serrait instinctivement contre lui avec reconnaissance. Après la symphonie, il avait applaudi rageusement, pour protester contre l'indifférence ironique du public. Quand vint le grand chambard, il fut hors de lui: ce garçon timide se leva, il criait que Christophe avait raison, il interpellait les siffleurs, il avait envie de se battre. Sa voix se perdait au milieu du bruit; il se fit apostropher grossièrement: on le traita de morveux, et on l'envoya coucher. Antoinette, qui savait l'inutilité de toute révolte, le prit par le bras, en disant:

—Tais-toi, je t'en supplie, tais-toi!

Il se rassit, désespéré; il continuait à gémir:

—C'est honteux, c'est honteux! Les misérables!...

Elle ne disait rien, elle souffrait en silence; il la crut insensible à cette musique; il lui dit:

—Antoinette, mais est-ce que tu ne trouves pas cela beau, toi?

Elle fit signe que oui. Elle restait figée, elle ne pouvait se ranimer. Mais quand l'orchestre fut sur le point d'entamer un autre morceau, brusquement elle se leva, soufflant à son frère, avec une sorte de haine:

—Viens, viens, je ne peux plus voir ces gens!

Ils partirent précipitamment. Dans la rue, au bras l'un de l'autre, Olivier parlait avec emportement. Antoinette se taisait.

Les jours suivants, seule dans sa chambre, elle s'engourdissait dans un sentiment, qu'elle évitait de regarder en face, mais qui persistait, à travers toutes ses pensées, comme le battement sourd du sang dans ses tempes qui lui faisaient mal.

À quelque temps de là, Olivier lui apporta le recueil des Lieder de Christophe, qu'il venait de découvrir chez un éditeur. Elle l'ouvrit au hasard. Sur la première page qu'elle regarda, elle lut en tête d'un morceau cette dédicace en allemand:

À ma pauvre chère petite victime

et une date au-dessous.

Elle connaissait bien cette date.—Elle fut prise d'un tel trouble qu'elle ne put continuer. Elle posa le cahier, et, priant son frère de jouer, elle alla dans sa chambre et s'y enferma. Olivier, tout au plaisir de cette musique nouvelle, se mit à jouer, sans remarquer l'émotion de sa sœur. Antoinette, assise dans la chambre à côté, comprimait les battements de son cœur. Brusquement, elle se leva et chercha dans son armoire un petit carnet de notes de dépenses, pour retrouver la date de son départ d'Allemagne, et la date mystérieuse. Elle le savait d'avance: oui, c'était bien le soir de la représentation où elle assistait avec Christophe. Elle se coucha sur son lit, et ferma les yeux, rougissante, les mains serrées sur son sein, écoutant la chère musique. Son cœur était noyé de reconnaissance... Ah! pourquoi la tête lui faisait-elle si mal?

Olivier, ne voyant plus reparaître sa sœur, entra chez elle, quand il eut fini de jouer, et la trouva étendue. Il lui demanda si elle était souffrante. Elle parla d'un peu de lassitude, et se releva pour lui tenir compagnie. Ils causèrent; mais elle ne répondait pas tout de suite à ses questions: elle avait l'air de revenir de très loin; elle souriait, rougissait, s'excusait sur un fort mal de tête qui la rendait sotte. Enfin, Olivier partit. Elle lui avait demandé de laisser le cahier de mélodies. Elle resta longtemps seule dans la nuit, à les lire au piano, sans jouer, effleurant à peine une note de-ci de-là, très doucement, de peur que ses voisins ne se plaignissent. Elle ne lisait même pas, le plus souvent, elle rêvait, elle était emportée par un élan de gratitude et de tendresse vers cette âme qui avait eu pitié d'elle, qui avait lu en elle, avec l'intuition mystérieuse de la bonté. Elle ne pouvait fixer ses pensées. Elle était heureuse et triste,—triste!... Ah! comme la tête lui faisait mal!

Elle passa la nuit dans des rêves doux et pénibles, une mélancolie accablante. Dans la journée, pour secouer sa torpeur, elle voulut sortir un peu. Quoique la tête continuât à la faire souffrir,—pour se donner un but, elle alla faire des emplettes à un grand magasin. Elle ne pensait guère à ce qu'elle faisait. Sans se l'avouer, elle pensait à Christophe. Comme elle sortait, harassée, triste à mourir, au milieu de la cohue, elle aperçut sur le trottoir, de l'autre côté de la rue, Christophe qui passait. Il la vit en même temps. Aussitôt,—(ce fut irréfléchi)—elle tendit les mains vers lui. Christophe s'arrêta: cette fois, il la reconnaissait. Déjà, il sautait sur la chaussée, pour venir à Antoinette; et Antoinette s'efforçait d'aller à sa rencontre. Mais le flot brutal de la foule l'emporta comme une paille, tandis qu'un cheval d'omnibus, s'abattant sur l'asphalte glissant, formait devant Christophe une digue, contre laquelle se brisa aussitôt le double courant des voitures, amoncelant pour quelques instants une barrière inextricable. Christophe, malgré tout, s'obstinait à passer: il se trouva pris au milieu des voitures, sans pouvoir avancer ni reculer. Quand il réussit à se dégager enfin et à atteindre la place où il avait vu Antoinette, elle était déjà loin: elle avait fait de vains efforts pour se débattre contre le torrent humain; puis, elle s'était résignée, elle n'avait plus essayé de lutter; elle avait le sentiment d'une fatalité qui pesait sur elle, et s'opposait à sa rencontre avec Christophe: on ne pouvait rien contre la fatalité. Et quand elle avait réussi à sortir de la foule, elle n'avait plus tenté de revenir sur ses pas; une honte l'avait prise: qu'oserait-elle lui dire? Qu'avait-elle osé faire? Qu'avait-il pu penser?—Elle s'enfuit chez elle.

Elle ne se sentit rassurée que quand elle fut rentrée. Mais une fois dans sa chambre, dans l'ombre, elle resta assise devant sa table, sans avoir le courage d'enlever son chapeau ni ses gants. Elle était malheureuse de n'avoir pu lui parler; et, en même temps, elle avait une lumière dans le cœur; elle ne voyait plus l'ombre, elle ne voyait plus le mal qui la travaillait. Elle repassait indéfiniment tous les détails de la scène qui avait eu lieu; et elle les modifiait, elle se représentait ce qui serait arrivé, si telle circonstance avait été autre. Elle se voyait tendant les bras vers Christophe, elle voyait l'expression de joie de Christophe en la reconnaissant, et elle riait, et elle rougissait. Elle rougissait; et, seule, dans l'obscurité de sa chambre, où nul ne pouvait la voir, elle lui tendait les bras, de nouveau. Ah! c'était plus fort qu'elle: elle se sentait disparaître, et elle cherchait instinctivement à s'accrocher à la puissante vie qui passait auprès d'elle, et qui avait eu pour elle un regard de bonté. Son cœur plein de tendresse et d'angoisse lui criait, dans la nuit:

—Au secours! Sauvez-moi!

Elle se souleva toute fiévreuse pour allumer la lampe, pour prendre du papier, une plume. Elle écrivit à Christophe. Jamais cette fille rougissante et fière n'eût pensé à lui écrire, si elle n'avait été livrée à la maladie. Elle ne savait ce qu'elle écrivait. Elle n'était plus maîtresse d'elle-même. Elle l'appelait, elle lui disait qu'elle l'aimait... Au milieu de sa lettre, elle s'arrêta, épouvantée. Elle voulut refaire la lettre: son élan était brisé; sa tête était vide et brûlante; elle avait une peine horrible à trouver ses mots; la fatigue l'écrasait. Elle avait honte... À quoi bon tout cela? Elle savait bien quelle cherchait à se duper, qu'elle n'enverrait jamais cette lettre... Quand même elle l'eût voulu, comment l'eût-elle fait parvenir? Elle n'avait pas l'adresse de Christophe... Pauvre Christophe! Et que pourrait-il pour elle, même s'il savait tout, s'il était bon pour elle?... Trop tard! Non, non, tout était vain; c'était un dernier effort d'oiseau qui étouffe, et qui bat des ailes éperdument. Il fallait se résigner...

Elle resta longtemps encore devant sa table, absorbée, sans pouvoir s'arracher à son immobilité. Il était plus de minuit, quand elle se leva péniblement,—vaillamment. Par une habitude machinale, elle serra les brouillons de sa lettre dans un livre de sa petite bibliothèque, n'ayant le courage, ni de les ranger, ni de les déchirer. Puis elle se coucha, grelottante de fièvre. Le mot de l'énigme se découvrait: elle sentait s'accomplir la volonté de Dieu.

Et une grande paix descendit en elle.

Le dimanche matin, Olivier, venant de l'École, trouva Antoinette au lit, avec un peu de délire. Un médecin fut appelé. Il constata une phtisie aiguë.

Antoinette avait pris conscience de son état, dans les derniers jours; elle avait découvert enfin la raison du trouble moral, qui l'épouvantait. Pour la pauvre petite, qui avait honte d'elle-même, c'était presque un soulagement de penser qu'elle n'y était pour rien, que la maladie en était cause. Elle avait eu la force de prendre quelques précautions, de brûler ses papiers, de préparer une lettre pour Mme Nathan: elle la priait de vouloir bien veiller sur son frère, dans les premières semaines après sa «mort»—(elle n'osait pas écrire ce mot...)

Le médecin ne put rien: le mal était trop fort, et la constitution d'Antoinette était usée par les années de fatigues.

Antoinette était calme. Depuis qu'elle se sentait perdue, elle était délivrée de ses angoisses. Elle repassait dans sa pensée toutes les épreuves qu'elle avait traversées; elle revoyait son œuvre accomplie, son cher Olivier sauvé; et une joie ineffable la pénétrait. Elle se disait:

—C'est moi qui ai fait cela.

Elle se reprochait son orgueil:

—Seule, je n'aurais rien pu. C'est Dieu qui m'a aidée.

Et elle remerciait Dieu de lui avoir accordé de vivre jusqu'à ce qu'elle eût fait sa tâche. Elle avait bien le cœur serré qu'il lui fallût s'en aller maintenant; mais elle n'osait pas se plaindre: c'eût été ingrat envers Dieu, qui aurait pu la rappeler plus tôt. Et que serait-il arrivé, si elle était partie, un an plus tôt?—Elle soupirait, et s'humiliait avec reconnaissance.

Malgré son oppression, elle ne se plaignait point,—sauf dans les lourds sommeils, où elle gémissait parfois, comme un petit enfant. Elle regardait les choses et les gens avec un sourire résigné. La vue d'Olivier lui était une joie perpétuelle. Elle l'appelait des lèvres, sans parler: elle voulait qu'il posât sa tête sur l'oreiller près d'elle; et, les yeux près des yeux, elle le regardait longuement, en silence. Enfin, elle se soulevait, lui serrant la tête entre ses mains, et disait:

—Ah! Olivier!... Olivier!...

Elle enleva de son cou la médaille qu'elle portait, et la mit au cou de son frère. Elle recommanda son cher Olivier à son confesseur, à son médecin, à tous. On sentait qu'elle vivait désormais en lui, que, sur le point de mourir, elle se réfugiait dans cette vie, comme dans une île. Par moments, elle semblait grisée par une exaltation mystique de tendresse et de foi, elle ne sentait plus son mal; la tristesse était devenue joie,—une joie divine, qui rayonnait sur sa bouche, dans ses yeux. Elle répétait:

—Je suis heureuse...

La torpeur la gagnait. Dans ses derniers instants de conscience, ses lèvres remuaient, on voyait qu'elle se récitait quelque chose. Olivier vint à son chevet, et se pencha sur elle. Elle le reconnut encore, et lui sourit faiblement; ses lèvres continuaient de remuer, et ses yeux étaient pleins de larmes. On n'entendait pas ce qu'elle voulait dire... Mais Olivier saisit, comme un souffle, ces mots de la vieille chanson, qu'ils aimaient tant, qu'elle lui avait chantée bien des fois:

I will come again, my sweet and bonny, I will come again.
(«Je reviendrai, bien-aimé, je reviendrai...»)

Puis, elle retomba dans sa torpeur... Et elle s'en alla.

Elle inspirait, sans le savoir, une sympathie profonde à beaucoup de personnes qu'elle ne connaissait pas: ainsi, dans sa propre maison, dont elle ignorait jusqu'au nom des locataires. Olivier reçut des marques de compassion de gens qui lui étaient étrangers. L'enterrement d'Antoinette ne fut pas délaissé, comme l'avait été celui de sa mère. Des amis, des camarades de son frère, des familles chez qui elle avait donné des leçons, des êtres auprès desquels elle avait passé, muette, ne disant rien de sa vie, et qui ne lui en disaient rien, mais qui l'admiraient en secret, sachant son dévouement, même de pauvres gens, la femme de ménage qui l'aidait, de petits fournisseurs du quartier, la suivirent jusqu'au cimetière. Olivier avait été, dès le soir de la mort, recueilli par Mme Nathan, emmené malgré lui, distrait de force de sa douleur.

C'était bien le seul moment de sa vie, où il lui fût possible de résister à une telle catastrophe,—le seul où il ne lui fût pas permis de se livrer tout entier à son désespoir. Il venait de commencer une vie nouvelle, il faisait partie d'un groupe, il était entraîné par le courant, en dépit qu'il en eût. Les occupations et les soucis de son École, la fièvre intellectuelle, les examens, la lutte pour la vie, l'empêchaient de s'enfermer en lui: il ne pouvait être seul. Il en souffrait: mais ce fut son salut. Un an plus tôt, quelques années plus tard, il était perdu.

Cependant, il s'isola autant qu'il put dans le souvenir de sa sœur. Il eut le chagrin de ne pouvoir conserver l'appartement, où ils avaient vécu ensemble: il n'avait pas d'argent. Il espérait que ceux qui semblaient s'intéresser à lui comprendraient sa détresse de ne pouvoir sauver ce qui avait été à elle. Mais personne ne parut comprendre. Avec de l'argent emprunté en partie, en partie gagné par des répétitions, il loua une mansarde, où il entassa tout ce qu'il put faire tenir des meubles de sa sœur: son lit, sa table, son fauteuil. Il s'y fit un sanctuaire de son souvenir. Il allait s'y réfugier, les jours où il était abattu. Ses camarades croyaient qu'il avait une liaison. Il était là pendant des heures, à rêver d'elle, le front dans les mains: car il avait le malheur de ne posséder aucun portrait d'elle, qu'une petite photographie prise quand elle était enfant, et qui les représentait tous deux ensemble. Il lui parlait. Il pleurait... Où était-elle? Ah! si elle avait été seulement à l'autre bout du monde, en quelque lieu que ce fût, si inaccessible que ce fût,—avec quelle joie, quelle ardeur invincible, il se fût lancé à la recherche, à travers mille souffrances, dût-il marcher pieds nus pendant des siècles, si du moins chacun de ses pas l'avait rapproché d'elle!... Oui, même s'il n'avait eu qu'une chance sur mille d'arriver jusqu'à elle... Mais rien... Nul moyen de la rejoindre jamais... Quelle solitude! Comme il était livré, maladroit, enfantin dans la vie, maintenant qu'elle n'était plus là pour l'aimer, le conseiller, le consoler!... Celui qui a eu le bonheur de connaître, une fois dans le monde, l'intimité complète, sans limites, d'un cœur ami, a connu la plus divine joie,—une joie qui le rendra misérable, tout le reste de sa vie...

Nessun maggior dolore che incordarsi del tempo felice
nella miseria...

Le pire des malheurs est, pour les âmes faibles et tendres, d'avoir une fois connu le plus grand des bonheurs.

Mais si triste qu'il soit de perdre, au début de sa vie, ceux qu'on aime, c'est encore moins affreux que plus tard, quand les sources de la vie sont taries. Olivier était jeune; et, malgré son pessimisme natif, malgré son infortune, il avait besoin de vivre. Il semblait qu'Antoinette, en mourant, eût soufflé une partie de son âme à son frère. Il le croyait. Sans avoir la foi, comme elle, il se persuadait obscurément que sa sœur n'était pas tout à fait morte, qu'elle vivait en lui, ainsi qu'elle l'avait promis. Une croyance de Bretagne veut que les jeunes morts ne soient pas morts: ils continuent de flotter aux lieux où ils vécurent, jusqu'à ce qu'ils aient accompli la durée normale de leur existence.—Ainsi, Antoinette continuait de grandir auprès d'Olivier.

Il relisait les papiers qu'il avait trouvés d'elle. Par malheur, elle avait presque tout brûlé. D'ailleurs, elle n'était pas femme à tenir registre de sa vie intérieure. Elle eût rougi de dévêtir sa pensée. Elle avait seulement un petit carnet de notes presque incompréhensibles pour tout autre que pour elle,—un agenda minuscule, où elle avait inscrit, sans aucune remarque, certaines dates, certains petits événements de sa vie journalière, qui avaient été pour elle l'occasion de joies et d'émotions, qu'elle n'avait pas besoin de noter en détail, pour les revivre. Presque toutes ces dates se rapportaient à des faits de la vie d'Olivier. Elle avait conservé, sans en perdre une seule, toutes les lettres qu'il lui avait écrites.—Hélas! il avait été moins soigneux: il avait laissé perdre presque toutes celles qu'il avait reçues d'elle. Qu'avait-il besoin de lettres? Il pensait qu'il aurait toujours sa sœur: la chère source de tendresse semblait intarissable; il se croyait sûr de pouvoir y rafraîchir toujours ses lèvres et son cœur; il avait gaspillé avec imprévoyance l'amour qu'il en avait reçu, et dont il eût voulu maintenant recueillir jusqu'aux moindres gouttelettes... Quelle émotion il eut, quand, feuilletant un des livres de poésie d'Antoinette, il y trouva, sur un chiffon de papier, ces mots écrits au crayon:

—«Olivier, mon cher Olivier!...»

Il fut sur le point de défaillir. Il sanglotait, pressant contre ses lèvres la bouche invisible, qui de la tombe lui parlait.—Depuis ce jour, il prit chacun de ses livres, et chercha page par page si elle n'y avait point laissé quelque autre confidence. Il trouva le brouillon de la lettre à Christophe. Il apprit alors le roman silencieux qui s'était ébauché en elle; il pénétra pour la première fois dans sa vie sentimentale, qu'il ignorait, et qu'il n'avait pas cherché à connaître; il revécut les derniers jours de trouble, où, abandonnée par lui, elle tendait les bras vers l'ami inconnu. Jamais elle ne lui avait confié qu'elle avait déjà vu Christophe. Quelques lignes de sa lettre lui révélaient qu'ils s'étaient rencontrés naguère en Allemagne. Il comprenait que Christophe avait été bon pour Antoinette, dans une circonstance dont il ne savait point les détails, et que de là datait le sentiment d'Antoinette, dont elle avait gardé le secret jusqu'à la fin.

Christophe, qu'il aimait déjà pour la beauté de son art, lui devint sur-le-champ indiciblement cher. Elle l'avait aimé: il semblait à Olivier que c'était elle encore qu'il aimait en Christophe. Il fit tout pour se rapprocher de lui. Ce ne fut pas facile de retrouver ses traces. Christophe avait disparu, après son échec, dans l'immense Paris; il s'était retiré de tous, et nul ne s'occupait de lui. Après des mois, le hasard fit qu'Olivier rencontra dans la rue Christophe, blême et creusé par la maladie dont il sortait à peine. Mais il n'eut pas le courage de l'arrêter. Il le suivit de loin, jusqu'à sa maison. Il voulut lui écrire: il ne put s'y décider. Que lui écrire? Olivier n'était pas seul, Antoinette était avec lui: son amour, sa pudeur avaient passé en lui; la pensée que sa sœur avait aimé Christophe le rendait devant Christophe, rougissant, comme s'il avait été elle. Et, pourtant, qu'il eût voulu parler d'elle avec lui!—Mais il ne le pouvait pas. Son secret lui scellait les lèvres.

Il cherchait à rencontrer Christophe. Il allait partout où il pensait que Christophe pouvait aller. Il brûlait du désir de lui tendre la main. Et dès qu'il le voyait, il se cachait, pour n'être pas vu de lui.

Enfin, Christophe le remarqua, dans un salon ami, où ils se trouvèrent un soir. Olivier se tenait loin de lui, et il ne disait rien; mais il le regardait. Et sans doute qu'Antoinette, ce soir-là, était avec Olivier: car Christophe la vit dans les yeux d'Olivier; et ce fut son image, brusquement évoquée, qui le fit venir, à travers tout le salon, vers le messager inconnu, qui lui apportait, comme un jeune Hermès, le salut triste et doux de l'ombre bienheureuse.

 人々は怒って真赤まっかになり、やたらに猛たけりたって、ほんとうに憤激してるのだと思い込みたがっていた。そして多分ほんとうに憤激していたのであろうが、しかしことに、騒ぎたてて気晴らしする機会を得たのを喜んでいた。それはあたかも、二時間の課業のあとの学生みたいだった。
アントアネットは身を動かす力もなかった。石のように堅くなっていた。引きつった指先で黙って手袋を引き裂いていた。交響曲シンフォニーの初めの音を聴きいたときから、彼女はその成り行きをはっきり感じた。聴衆の暗黙な敵意を見てとり、それが募ってゆくのを感じ、クリストフの心中を読みとり、破裂しないでひき終えはすまいと確信した。彼女はしだいに心痛の度を高めながらその破裂を待った。それを防ごうと精いっぱいになった。いよいよ破裂してしまったときには、予見していたとおりに、どうにもしかたのない宿命にでも圧倒されたかのような気がした。そして彼女はなおクリストフを見守り、クリストフは怒号する聴衆を傲然ごうぜんと見つめていたので、二人の視線はかち合った。おそらくクリストフの眼は一瞬間彼女を認めたであろう。しかし彼は喧騒けんそうに巻き込まれて、精神では彼女を認め得なかった。(彼女のことはもう久しい前から彼の念頭になかった。)彼は嘲罵ちょうばのさなかに姿を隠してしまった。
彼女はなんとか叫びたて言いたててやりたかった。しかし悪夢の中のように自由がきかなかった。ただ、善良な弟の声をそばに聞いて多少慰められた。弟は彼女の心中に何が起こってるかは夢にも知らずに、その悲痛と憤慨とを共にしていた。オリヴィエは音楽にたいする理解が深くて、何物にも害されない独立した趣味をそなえていた。何か一つのものを好むときには、いかなることがあろうともそれを好んだ。交響曲シンフォニーの初めのほうの小節を聴きいたときからすでに、何か偉大なものを、まだかつてこの世で出会ったことのない何かを、彼は感じたのだった。そして心から熱心に、「いいなあ、いいなあ!」と小声で繰り返した。すると姉は、ありがたそうに知らず知らず身を寄せてきた。交響曲シンフォニーが済むと、聴衆の皮肉な冷淡さに対抗するため、彼は熱狂的な喝采かっさいをした。それから騒擾そうじょうのおりになると、彼は我を忘れた。彼は立ち上がり、クリストフが正当だと叫び、非難者を反駁はんばくし、格闘したがっていた。臆病おくびょうな少年たる彼とは思えなかった。彼の声は喧騒けんそうのうちにもみ消された。露骨な罵言ばげんを招いた。鼻垂はなたれ小僧とののしられ、いい加減に寝てしまえと怒鳴られた。アントアネットは反抗の無益なことを知って、彼の腕をとらえて言った。
「お黙りなさいよ、お願いだからお黙りなさいよ!」
彼は絶望して腰をおろした。がなおうなりつづけていた。
「恥だぞ、恥だぞ、馬鹿どもが!……」
彼女はなんとも言わなかった。黙って心を痛めていた。彼は彼女がその音楽を感じていないのだと思った。彼女に言った。
「姉ねえさん、りっぱな音楽だとは思わないんですか、ええ?」
彼女はただうなずいた。凍りついたようになって、元気を出すことができなかった。しかし、管弦楽隊が他の曲を始めかけると、突然彼女は立ち上がりながら、一種の憎悪をもって弟にささやいた。
「いきましょう、いきましょう。もうこんな人たちは見ていられません。」
二人は急いで立ち去った。往来で、たがいに腕をとり合いながら、オリヴィエは憤激してしゃべっていた。アントアネットは黙っていた。

その後彼女は幾日も、一人室にこもって、ある感情にぼんやり浸っていた。その感情を彼女は正面まともにながめることを避けたが、しかしそれはいかなる考えにも打ち消されずに、ちょうど顳※(「需+頁」、第3水準1-94-6)こめかみの重苦しい脈搏みゃくはくのように、いつまでも頭から去らなかった。
あれからしばらくたって、オリヴィエはクリストフの歌曲集をある書店で見出して、それを彼女へもって来てくれた。彼女はいい加減なところをひらいてみた。するとちょうどそのページに、楽曲の初めに、ドイツ語の捧呈ほうてい文が読まれた。

わが親愛なる憐れなる犠牲者へ

そして下に日付がついていた。
彼女はその日をよく覚えていた。――彼女は胸騒ぎがして、読みつづけることができなかった。楽譜を下に置いて、弟に演奏してくれと頼みながら、自分の室にはいって閉じこもった。オリヴィエはその新しい音楽に喜びきっていて、姉の感動に気もつかずにひき始めた。アントアネットは隣室にすわりながら、胸の動悸どうきを押えた。それからふいに立ち上がって、戸棚とだなの中の小さな小遣こづかい帳を捜した。ドイツを出発した日とあの妙な日とを見つけるためだった。が彼女はそれを調べないでも知っていた。そうだ、それはまさしくクリストフといっしょに芝居を見た晩だった。彼女は寝床に横になり、顔を赤めて眼をつぶり、胸の上に両手を組みながら、なつかしい音楽に耳を傾けた。心は感謝の念でいっぱいになっていた……。ああ、なぜかひどく頭が痛かった。
オリヴィエは姉がふたたび出て来ないので、ひき終えてからその室にはいってみた。彼女は寝ていた。病気かと彼は尋ねた。彼女は少しだるいのだと言い、身を起こして彼の相手になった。二人は話をした。しかし彼女は、彼から尋ねかけられてもすぐには返辞をしなかった。遠くへ行ってる心を引きもどすらしい様子だった。微笑を浮かべ、顔を赤らめ、頭痛のためにぼんやりしてるのだと詫わびた。やがてオリヴィエは帰っていった。彼女はその楽譜を置いていってくれと頼んだ。ひとり、夜おそくまで起きていて、隣の人々から小言を言われはすまいかと気づかって、音符を一つずつごく静かにピアノで押しながら、それらの曲をひくのではなく読んでいった。また多くは読んでもいなかった。ぼんやり夢想していた。自分に憐あわれみをかけてくれ、温情の不思議な直覚力で自分の心を読みとってくれた、その魂のほうへ、感謝と愛情とに駆られて引き寄せられた。彼女は考えをまとめることができなかった。うれしかった、また悲しかった――悲しかった!……ああ、ほんとにひどく頭が痛かった!
甘い切ない夢想のうちに、押っかぶさってくる憂愁のうちに、彼女は夜を明かした。昼になると、少し気分をはっきりさせたいと思って、ちょっと外に出てみた。なお頭が痛みつづけてはいたが、目当てを定めるために、ある大きな店へ買い物に行った。自分が何をしてるのかほとんど考えていなかった。なんとはなしに、始終クリストフのことを考えていた。疲れきったたまらなく悲しい気持で、人込みの中を歩いていると、街路の向こう側の歩道に、クリストフが通るのを見つけた。彼のほうでも同時に彼女を見た。ただちに――(なんの考えもなくとっさにだったが)――彼女は彼の方へ両手を差し出した。クリストフは立ち止まった。このたびは彼女だとわかったのだった。彼はもう中央路に飛び降りて、アントアネットのほうへ来ようとした。アントアネットは彼に会いに行こうとつとめた。しかし残忍な人雪崩なだれは、彼女を藁屑わらくずみたいに押し流した。その間に、乗合馬車の馬が一頭、すべって、アスファルトの上に倒れて、クリストフの前に土手をこしらえた。そのため馬車の二重の流れが乱れて、脱しがたい柵さくをしばし築いた。クリストフはそれにも構わず、なお通り過ぎようとした。しかし馬車の列の間にはさまれて進むことも退くこともできなかった。やがてようやくに身を脱して、アントアネットを見かけた場所まで来ると、もう彼女は遠くなっていた。彼女はいたずらに身をもがいて、人込みの流れから出ようとしたが、つぎにはあきらめて、もう争おうとしなかった。自分の上にのしかかっていて、クリストフに会わせまいとしてるらしい宿命を、彼女は感じた。宿命にたいしてはいかんともしようがなかった。群集の外にようやく出られはしたが、彼女はもう引き返そうとしなかった。恥ずかしい気がしていた。彼になんと言えよう? 何をなし得よう? 彼はどう考えるだろうか?――彼女は自分の家へ逃げ帰った。
家にもどって初めて、彼女は安堵あんどの心地がした。しかし自分の室にはいり、暗がりに身を置くと、帽子も手袋もぬぐ元気がなくて、テーブルの前にじっとすわったままでいた。彼と話すことのできなかったのが悲しかった。と同時にまた、心の中に光が輝いていた。もう暗闇くらやみが眼に映らなかった。自分を悩ましてる病苦のことも気にかからなかった。先刻の光景を細かくいつまでも思いふけった。その事柄を変えて、もしこれこれの事情が違っていたら、どうなったろうかということを、心に描き出した。クリストフのほうへ腕を差し出してる自分の姿が見えた。自分を認めたクリストフの喜ばしい表情が見えた。そして彼女は笑えみを浮かべ、顔を赤らめた。顔を赤らめて、だれからも見られない暗い室の中に一人きりで、ふたたび彼へ両腕を差し出した。もう堪えられなかった。彼女は自分自身が消えてゆくような心地がした。そばを通りかかって、温情の眼つきを見せてくれた力強い生命へ、本能的にすがりつこうとしていた。愛情と悩みとに満ちた彼女の心は、夜の中で彼に叫んでいた。
「助けてください。救ってください!」
彼女はわくわくしながら立ち上がって、ランプをともし、紙とペンとをとった。そしてクリストフに手紙を書いた。もし彼女がそのとき病気にかかっていなかったら、気位の高い恥ずかしがりの娘たる彼女は、彼に手紙を書くことを考えはしなかったろう。が彼女は何を書いてるのかも知らなかった。もう自分が自分の自由にならなかった。彼を呼びかけ、彼を愛してると言っていた……。手紙のなかほどで、彼女はびっくりして筆を止めた。手紙を書き直したかった。がもう気力がなくなっていた。頭が空からっぽで燃えるようだった。書くべき言葉を見出すのが非常に困難だった。疲労のためにぐったりしていた。彼女は恥ずかしかった……。こんなことをして何になろう? 彼女はみずから自分を欺こうとしてることを知ってたし、けっしてその手紙を送らないことも知っていた……。送ろうと思っても、どうして先へ届けられよう? 彼女はクリストフの住所を知らなかった……。憐あわれなクリストフよ! たといすべてを知り、彼女に好意をもってたにせよ、彼は何をなし得よう? もうおそかった。駄目、駄目、何もかも無益だった。それは、息がつまってやたらに羽ばたきをする小鳥の、最後の努力だった。あきらめるよりほかにしかたなかった……。
彼女はなお長くテーブルの前に残って、身を動かすこともできずに思い沈んでいた。ようやくに――元気を出して――立ち上がったのは、夜中過ぎだった。手紙の草稿を片付ける気力も引き裂く気力もなくて、ただ機械的な習慣から、それを小さな書棚しょだなのある書物にはさんだ。それから熱に震えながら床についた。謎なぞの言葉は解けた。神意の果たされるのを彼女は感じた。
そして大きな平安が彼女のうちに降りてきた。

日曜の朝、オリヴィエが学校からやって来たとき、アントアネットは床について多少昏迷こんめいのうちにあった。医者を呼ぶと、急性の肺結核だと診断された。
アントアネットは近来、自分の容態に気づいていた。そして、みずから恐れていた精神的悩みの原因を、ついに見出したのだった。わが身を恥じる憐れな娘たる彼女にとっては、まったく自分のせいではなくて、病気のせいだったと思うことは、ほとんど一種の慰安であった。彼女にはまだ少し力が残っていて、あらかじめ多少の注意をなし、いろんな書類を焼き、ナタン夫人へあてた手紙を用意した。自分の死――(彼女はこの言葉を書き得なかった……)――のあとしばらくの間は、弟の世話をしていただきたいと、ナタン夫人へ頼んだ。
医者も施す術すべがなかった。病勢は非常に激烈だったし、アントアネットの身体は、長年の過労のためにすっかり磨滅まめつしていた。
アントアネットは落ち着いていた。もう駄目だと感じてからは、別に心の悩みを覚えなかった。切りぬけてきたさまざまの困難を、頭の中に思い出していた。自分の仕事が成就したこと、大事なオリヴィエが救われたことを、思い浮かべていた。そしてえも言えぬ喜びが心にしみとおった。彼女はみずから言った。
「それを成し遂げたのは私だ。」
彼女は自分の傲慢ごうまんをみずからとがめた。
「私一人では何にもできなかったろう。神が助けてくだすったのだ。」
そして彼女は、務めを果たすまで神から生かしてもらったことを感謝した。今この世を去らなければならないことは、やはり悲痛ではあった。しかし不平は言えなかった。それは神にたいして恩知らずとなるのだった。もっと早く神から呼び寄せられることもあり得たはずだった。もし彼女が一年早く去っていたら、どうなっていたであろう?――彼女は嘆息をもらした。感謝の念で自分を卑下ひげした。
ごく息苦しくはあったが、彼女はそれを少しも訴えなかった――ただ、重い眠りの中で、小さな子供のように、ときどき呻うめき声を出すきりだった。あきらめきった微笑を浮かべて、事物や人々をながめた。オリヴィエの姿を見るのが、彼女にとってはいつも喜びだった。言葉には出さないで唇くちびるだけで彼の名を呼んでいた。自分のそばに枕まくらの上に彼の頭を置かせたがった。そして眼と眼とを近寄せて、黙って長い間彼をながめた。しまいには、両手で彼の頭をかかえながら、身を起こして言った。
「ああ、オリヴィエ……オリヴィエ!……」
彼女は首につけてるメダルをはずして、それを弟の首につけてやった。親愛なオリヴィエを自分の聴罪師となし医者となしすべての者に見立てた。それ以来彼女は彼のうちに生き、死に臨んで、島の中へのように彼の生命の中へ逃げ込んでるのが、見てとられた。ときどき彼女は、愛情と信仰との神秘な興奮のために、酔わされてるがようだった。もう苦痛も感じなかった。悲しみは喜びに――聖きよい喜びに変わって、口もとや眼の中にそれが輝いていた。彼女は繰り返した。
「私は幸福だ……。」
失神の状態が襲ってきた。まだ意識を保ってる最後の瞬間に、彼女の唇は動いていた。何かを誦となえてるのが見てとられた。オリヴィエはその枕頭ちんとうに来て、彼女の上に身をかがめた。彼女はまだ彼を見分けて、弱々しく微笑ほほえみかけた。その唇はなお動いていて、眼には涙がいっぱいたまっていた。何を言ってるのかは聞こえなかった……。しかしオリヴィエはついに、古い歌の文句を、息の根のように細く聞きとった。それは二人が非常に好きであって、彼女が幾度も彼に歌ってくれたものだった。

吾われまた来きたらん、いとしき者よ、また来きたらん……。

それから、彼女はまた失神の状態に陥った……。そしてこの世を去った。

彼女はみずから知らずに、多くの人たちに、知り合いでもない人たちにさえ、深い同情の念を起こさしていた。同じ建物に住んでる名も知らない人たちにも、同様だった。でオリヴィエは、見ず知らずの人たちから同情を表された。アントアネットの葬式は、母親の葬式ほど人から見捨てられはしなかった。友だち、弟の仲間、彼女が稽古けいこを授けていた家の人たち、または、彼女が一身のことは何にも言わずに黙ってそばを通りすぎ、向こうでも何にも言わないで彼女の献身を知ってひそかに感心していた、多くの人たち、さらにまた、貧しい人たち、彼女を助けてくれてた家事女、町内の小売商人、そういう人々が彼女を墓地まで見送ってくれた。オリヴィエは姉の死んだ晩から、ナタン夫人に迎えられ、強しいて連れて行かれ、その悲しみを無理に紛らされた。
それは、彼がかかる災厄に堪え得る、生涯しょうがい中の唯一の時期――彼が絶望に陥りきることを許されない、唯一の時期だった。彼はちょうど新しい生活を始めていて、ある団体の一員となっていて、心ならずもその流れに引きずられていった。その一派の仕事や心労、知的興奮、試験、生活のための奮闘などは、自分の心のうちに閉じこもることを彼に許さなかった。彼は一人きりでいることができなかった。彼はそれを苦しんだが、しかしそれは彼の救済であった。もう一年早かったら、あるいはもう数年後だったら、彼は破滅したに違いなかった。
それでも彼はできるだけ、姉の思い出に一人でふけった。二人いっしょに暮らした住居を保存し得ないのが、彼にはつらかった。彼は金をもたなかった。自分に同情を寄せてくれるらしい人たちから、姉の所有品を取り留め得ない悲しみを悟ってもらいたかった。しかしだれも悟ってくれそうになかった。で彼は多少の金を、半ばは借り半ばは個人教授で手に入れて、それで屋根裏の室を一つ借り、姉の寝台やテーブルや肱掛椅子ひじかけいすなど、取り留め得られるだけの器具をすべてつめ込んだ。彼はそれを追懐の聖殿だとした。意気沮喪そそうしたおりにはそこに逃げ込んだ。友人らは彼に婦人関係でもあると思っていた。彼はそこで幾時間も、額ひたいを両手に埋めて姉のことを夢想した。不幸にも彼女の肖像は一枚もなかった。ただ、子供のとき二人いっしょに写った小さな写真きりだった。彼は彼女に話しかけ、涙を流した……。彼女はどこにいるのか? もしそれがこの世のどこかであったなら、いかなる場所であろうとも、どんなに行きにくい場所であろうとも――せめて一歩ごとに近づけさえしたら、たとい跣足はだしで幾世紀間歩かせられようと、幾多の艱難かんなんをも忍んで、いかなる喜びと不撓ふとうの熱心とをもって、彼女を捜しに突進したことであろう!……そうだ、彼女のところへ行き得る機会が、たとい万に一つでもありさえしたら!……しかし何もなかった……彼女に会えるなんらの方法もなかった……。なんたる寂寥せきりょうぞ! 自分を愛し助言し慰めてくれる彼女がいなくなった今では、彼は頓馬とんまでお坊っちゃんのまま人生に投げ出されたのだった……。親愛な心の限りない完全な親和を、ただ一度でも知るの幸福を得た者は、もっとも聖なる喜びを――その後一生の間不幸だと感ずるような喜びを――知ったものと言うべきである。

楽しかりし時を悲惨のうちにて思い出すほど、世に大なる苦痛はあらず……。

弱いやさしい心の人にとってのもっともつらい不幸は、一度もっとも大なる幸福を味わってきたということである。
しかしながら、生涯の初めのころに愛する者を失うのは、いかにも悲しいことのように思われるけれども、あとになって生命の泉が涸かれつくしたときにおけるほど、恐ろしいものではない。オリヴィエは若かった。そして、生来の悲観性にもかかわらず、不幸な境涯きょうがいにもかかわらず、やはり生きていたかった。アントアネットは死にさいして、自分の魂の一部を弟に吹き込んでいったらしかった。彼はそう信じていた。彼女のように信仰はもっていなかったが、彼女が誓ってくれたとおりに、彼女はまったく死滅したのではなくて自分のうちに生きてるのだと、彼は漠然ばくぜんと思い込んでいた。ブルターニュで一般に信じられてるところによれば、若い死人は死んだのではなくて、普通の生存期限を果たすまでは、その生きてた場所になお彷徨ほうこうしてるそうである。――そのとおりにアントアネットも、なおオリヴィエのそばで生長してゆきつつあった。
彼は彼女の書いたものを見出しては読み返していった。があいにく彼女はほとんどすべてを焼き捨てていた。そのうえ彼女は、自分の内生活をしるしとどめておくような女ではなかった。自分の思想を暴露ばくろすることを彼女は恥ずかしがったであろう。ただ彼女がもってたのは、自分以外の者にはだれにもほとんどわからない小さな控え帳――ごく細かな備忘録だけだった。その中にはなんらの注意書きもなしに、ある日付が、日々の生活のある小さな出来事が、書きつけてあった。それは彼女にとって、喜びや感動のおりおりで、詳細に書きしるしておかなくても思い出せるものだった。それらの日付のほとんどすべては、オリヴィエの生活に起こった事柄に関係していた。また彼女は、彼からもらった手紙を一つも失わずに全部保存していた。――悲しくも彼のほうはそれほど丹念ではなかった。彼女から受け取った手紙のほとんどすべてを失っていた。なんで手紙を取っておく必要があったろう? いつも姉がそばについていてくれることと思っていた。大事な愛情の泉はいつまでも涸かれないような気がしていた。いつでもその泉で唇くちびると心とを清涼にすることができると、安心しきっていた。それから受け取れる愛を浅慮にも浪費していた。そして今では、そのわずかな雫しずくまでも集め取りたかった……。かくして、アントアネットのもってた詩集の一冊をひらきながら、一片の紙に鉛筆で書かれたつぎの言葉を見出したとき、どんなに彼は感動したろう。
「オリヴィエ、なつかしいオリヴィエ!……」
彼は気が遠くなるほどだった。墓から彼に話しかける眼に見えない口に向かって、自分の唇を押しあてながら、すすり泣いた。――その日以来、彼は書物の一冊一冊を取り上げて、他にも何か内心の思いを書き残してはすまいかと思って、ページごとに捜していった。そしてクリストフにあてた手紙の草稿を見出した。それによって、彼女のうちにできかけてた暗黙の恋愛を知った。これまで知らないでいたしまた知ろうとも求めなかった、彼女の感情生活を初めて洞見どうけんした。弟から見捨てられて、縁遠い友のほうへ両手を差し出してた、彼女の心乱れた最後の日々を、彼はまざまざ想像した。かつて彼女は、以前クリストフに会ったことを彼に打ち明けていなかった。が手紙の数行によって彼は、二人が近いころドイツで出会ったことを知った。細かな点は少しもわからなかったが、ある場合にクリストフがアントアネットへ親切だったこと、そのときからアントアネットの想おもいがきざしたこと、それを彼女が最後まで秘めつづけたこと、などを彼は了解した。
彼はそのりっぱな芸術のためにすでにクリストフを好んでいたので、ただちに言い知れぬなつかしさを覚えた。姉がクリストフを愛していたのだ。クリストフのうちになお姉をも愛してるように、オリヴィエには思われた。彼はあらゆることをしてクリストフに接近しようとした。しかしその行くえを探るのは容易なことではなかった。クリストフは音楽会の失敗後、広大なパリーのうちに姿を隠してしまった。だれの前にも出て来なかったし、まただれももう彼のことを念頭においていなかった。数か月の後オリヴィエは、病気上がりの蒼白あおじろい痩やせ衰えたクリストフに、偶然往来で出会った。しかし彼は呼び止めるだけの勇気がなかった。遠くからその家までつけていった。手紙を書きたかったが、それもほんとうには決心しかねた。なんと書いたらよいかわからなかった。オリヴィエは自分一人ではなく、アントアネットがいっしょについていた。彼女の恋と羞恥しゅうちとが彼のうちにはいり込んでいた。姉がクリストフを愛していたという考えのために、彼はあたかも自分が姉自身であるかのように、クリストフにたいして顔を赤らめた。それでもやはり、クリストフといっしょに姉の話がしたかった。――けれどもそれができなかった。姉の秘密によって唇くちびるに封印されていた。
彼はクリストフに会おうとつとめた。クリストフが行きそうな所へは、どこへでも出かけて行った。彼へ握手を求めたくてたまらなかった。が彼の姿を見るとすぐに、彼から見られないように身を隠した。

ついに、二人はある晩知人の客間に行き合わして、そこでクリストフはオリヴィエを認めた。オリヴィエは彼から遠のいていて、何にも言わなかった。しかし彼のほうをながめていた。そしてアントアネットがその晩、オリヴィエといっしょにいたに違いない。クリストフは彼女の姿を、オリヴィエの眼の中に認めたのだった。その突然現われた彼女の面影に誘われて、クリストフは客間を横切って近寄っていった、若いヘルメスのように幸さちある霊の愁うれわしげなやさしい会釈をもたらしてる、その未知の使者のほうへ。

第7巻 家の中 第1部へ続く

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-Jean-Christophe