Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第6巻 アントアネット Antoinette À Ma Mère (1)

Les Jeannin étaient une de ces vieilles familles françaises, qui, depuis des siècles, restent fixées au même coin de province, et pures de tout alliage étranger. Il y en a encore plus qu'on ne croit en France, malgré tous les changements survenus dans la société; il faut un bouleversement bien fort pour les arracher au sol où elles tiennent par tant de liens profonds, qu'elles ignorent elles-mêmes. La raison n'est pour rien dans leur attachement, et l'intérêt pour peu; quant au sentimentalisme érudit des souvenirs historiques, il ne compte que pour quelques littérateurs. Ce qui lie d'une étreinte invincible, c'est l'obscure et puissante sensation commune aux plus grossiers et aux plus intelligents, d'être depuis des siècles un morceau de cette terre, de vivre de sa vie, de respirer son souffle, d'entendre battre son cœur contre le nôtre, comme deux êtres couchés dans le même lit, côte à côte, de saisir ses frissons imperceptibles, les mille nuances des heures, des saisons, des jours clairs ou voilés, la voix et le silence des choses. Et ce ne sont pas les pays les plus beaux, ni ceux où la vie est la plus douce, qui prennent le cœur davantage, mais ceux où la terre est le plus simple, le plus humble, près de l'homme, et lui parle une langue intime et familière.

Telle la province du centre de la France, où vivaient les Jeannin. Pays plat et humide, vieille petite ville endormie, qui mire son visage ennuyé dans l'eau trouble d'un canal immobile; autour, champs monotones, terres labourées, prairies, petits cours d'eau, grands bois, champs monotones... Nul site, nul monument, nul souvenir. Rien n'est fait pour attirer. Tout est fait pour retenir. Il y a dans cette torpeur et cet engourdissement une secrète force. L'esprit qui les goûte pour la première fois en souffre et se révolte. Mais celui qui, depuis des générations, en a subi l'empreinte, ne saurait plus s'en déprendre; il en est pénétré; cette immobilité des choses, cet ennui harmonieux, cette monotonie, ont un charme pour lui, une douceur profonde, dont il ne se rend pas compte, qu'il dénigre, qu'il aime, qu'il ne saurait oublier.

Dans ce pays, les Jeannin avaient toujours vécu. On pouvait suivre les traces de la famille jusqu'au XVIe siècle, dans la ville et aux environs: car il y avait naturellement un grand-oncle, dont la vie fut consacrée à dresser la généalogie de cette liguée d'obscures et laborieuses petites gens: paysans, fermiers, artisans de village, puis clercs, notaires de campagne, venus enfin s'installer dans la sous-préfecture de l'arrondissement, où Augustin Jeannin, le père du Jeannin actuel, avait fort adroitement fait ses affaires, comme banquier: habile homme, rusé et tenace comme un paysan, au demeurant, honnête, mais sans scrupule exagéré, grand travailleur et bon vivant, qui s'était fait considérer et redouter, à dix lieues à la ronde, par sa malicieuse bonhomie, son franc parler, et sa fortune. Courtaud, ramassé, vigoureux, avec de petits yeux vifs dans une grosse figure rouge, marquée de la petite vérole, il avait fait parler de lui jadis comme coureur de cotillons; et il n'avait pas tout à fait perdu ce goût. Il aimait les gauloiseries et les bons repas. Il fallait le voir à table, où son fils Antoine lui tenait tête, avec quelques vieux amis de leur espèce: le juge de paix, le notaire, l'archiprêtre de la cathédrale:—(le vieux Jeannin mangeait volontiers du prêtre; mais il savait aussi manger avec le prêtre, quand le prêtre mangeait bien):—de solides gaillards, bâtis sur le même modèle des pays Rabelaisiens. C'était un feu roulant de plaisanteries énormes, des coups de poing sur la table, des hurlements de rires. Les convulsions de cette gaieté gagnaient les domestiques dans la cuisine, et les voisins dans la rue.

Puis, le vieil Augustin avait pris une fluxion de poitrine, un jour d'été très chaud qu'il s'était avisé de descendre dans sa cave, en bras de chemise, pour mettre son vin en bouteilles. En vingt-quatre heures, il était parti pour l'autre monde, auquel il ne croyait guère, muni de tous les sacrements de l'Église, en bon bourgeois voltairien de province, qui se laisse faire au dernier moment, pour que les femmes le laissent tranquille, et parce que cela lui est bien égal... Et puis, on ne sait jamais...

Son fils Antoine lui avait succédé dans ses affaires. C'était un petit homme gras, rubicond et épanoui, la face rasée, des favoris en côtelettes, une parole précipitée et bredouillante,—qui faisait beaucoup de bruit, et s'agitait avec de petits gestes vifs et courts. Il n'avait pas l'intelligence financière du père; mais il était assez bon administrateur. Il n'avait qu'à continuer tranquillement les entreprises commencées, qui allaient en s'agrandissant, par le seul fait de leur durée. Il bénéficiait dans le pays d'une réputation d'affaires, bien qu'il fût pour peu de chose dans leur succès. Il n'y apportait que de la régularité et de l'application. Parfaitement honorable, d'ailleurs, il inspirait partout une estime méritée. Ses manières affables, toutes rondes, un peu trop familières peut-être pour certains, un peu trop expansives, un peu peuple, lui avaient acquis dans sa petite ville et dans les campagnes alentour une popularité de bon aloi. Sans être prodigue de son argent, il l'était de sa sensibilité; il avait facilement la larme à l'œil; et le spectacle d'une misère l'émouvait sincèrement, d'une façon qui ne manquait pas de toucher la victime.

Comme la plupart des hommes de la petite ville, la politique tenait une grande place dans sa pensée. Il était républicain ardemment modéré, libéral avec intolérance, patriote, et, à l'exemple de son père, extrêmement anticlérical. Il faisait partie du conseil municipal; et un plaisir pour lui, comme pour ses collègues, était de jouer quelque bon tour au curé de la paroisse, ou au prédicateur du carême, qui excitait tant d'enthousiasmes parmi les dames de la ville. Il ne faut pas oublier que cet anticléricalisme des petites villes françaises est toujours, plus ou moins, un épisode de la guerre des ménages, une forme sournoise de cette lutte sourde et âpre entre maris et femmes, qui se retrouve dans presque toutes les maisons.

Antoine Jeannin avait aussi des prétentions littéraires. Comme les provinciaux de sa génération, il était nourri de classiques latins, dont il savait par cœur quelques pages et une quantité de proverbes; de La Fontaine, de Boileau,—le Boileau de l'Art Poétique, et surtout du Lutrin,—de l'auteur de la Pucelle, et des poetæ minores du XVIIIe siècle français, dans le goût desquels il s'efforçait de rimer. Il n'était pas le seul dans son cercle de connaissances, qui eût cette manie; et elle ajoutait à sa réputation. On se répétait de lui des facéties en vers, des quatrains, des bouts-rimés, des acrostiches, des épigrammes et des chansons, parfois assez risquées, qui ne manquaient pas d'un certain esprit, bien en chair. Les mystères de la digestion n'y étaient pas oubliés: la Muse des pays de la Loire embouche volontiers sa trompette, à la façon du diable fameux de Dante:

«... Ed egli avea del cul fatto trombetta...»

Ce petit homme robuste, jovial et actif, avait pris femme d'un tout autre caractère,—la fille d'un magistrat du pays, Lucie de Villiers. Les de Villiers—ou plutôt, Devilliers: car leur nom s'était scindé, en cours de route, comme un caillou qui se fend en deux, en dévalant,—étaient magistrats de père en fils, de cette vieille race parlementaire française, qui avait une haute idée de la loi, du devoir, des convenances sociales, de la dignité personnelle et, surtout, professionnelle, fortifiée par une honnêteté parfaite, avec une nuance prudhommesque. Au siècle précédent, ils avaient été frottés de jansénisme frondeur, et il leur en était resté, en même temps que le mépris de l'esprit jésuite, quelque chose de pessimiste et d'un peu grognon. Ils ne voyaient pas la vie en beau; et, loin d'aplanir les difficultés qu'elle présentait, ils en eussent ajouté plutôt, pour avoir le droit de se plaindre. Lucie de Villiers avait quelques-uns de ces traits, qui s'opposaient à l'optimisme pas très raffiné de son mari. Grande, plus grande que lui de toute la tête, maigre, bien faite, sachant s'habiller, mais d'une élégance un peu compassée, qui la faisait toujours paraître—comme à dessein—plus âgée qu'elle n'était, elle avait une très haute valeur morale; mais elle était sévère pour les autres; elle n'admettait aucune faute, ni presque aucun travers; elle passait pour froide et dédaigneuse. Elle était très pieuse; et c'était une occasion d'éternelles discussions entre époux. D'ailleurs, ils s'aimaient beaucoup; et, tout en se disputant, ils n'auraient pu se passer l'un de l'autre. Ils n'étaient pas beaucoup plus pratiques l'un que l'autre: lui, par manque de psychologie—(il risquait toujours d'être la dupe des bonnes figures et des belles paroles),—elle, par inexpérience totale des affaires—(en ayant toujours été tenue à l'écart, elle ne s'y intéressait point).

Ils avaient deux enfants: une fille, Antoinette, qui était l'aînée de cinq ans, et un garçon, Olivier.

Antoinette était une jolie brunette, qui avait une gracieuse et honnête petite figure à la française, ronde, avec des yeux vifs, le front bombé, le menton fin, un petit nez droit,—«un de ces nez fins et nobles au plus joly», (comme dit gentiment un vieux portraitiste français), «et dans lequel il se passoit certain petit jeu imperceptible qui animoit la physionomie et indiquoit la finesse des mouvements qui se fesoient au dedans d'elle, à mesure qu'elle parloit ou qu'elle écoutoit.» Elle tenait de son père la gaieté et l'insouciance.

Olivier était un blondin délicat, de petite taille, comme son père, mais de nature tout autre. Sa santé avait été gravement éprouvée par des maladies continuelles pendant son enfance; et, bien qu'il en eût été d'autant plus choyé par tous les siens, sa faiblesse physique l'avait rendu de bonne heure un petit garçon mélancolique, rêvasseur, qui avait peur de la mort, et qui était très mal armé pour la vie. Il restait seul, par sauvagerie et par goût; il fuyait la société des autres enfants: il y était mal à l'aise; il répugnait à leurs jeux, à leurs batailles; leur brutalité lui faisait horreur. Il se laissait battre par eux, non par manque de courage, mais par timidité, parce qu'il avait peur de se défendre, de faire du mal; il eût été martyrisé par ses camarades, s'il n'eût été protégé par la situation de son père. Il était tendre, et d'une sensibilité maladive: un mot, une marque de sympathie, un reproche, le faisait fondre en larmes. Sa sœur, beaucoup plus saine, se moquait de lui, et l'appelait: petite fontaine.

Les deux enfants s'aimaient de tout cœur; mais ils étaient trop différents pour vivre ensemble. Chacun allait de son côté, et poursuivait ses chimères. À mesure qu'Antoinette grandissait, elle devenait plus jolie; on le lui disait, et elle le savait: elle en était heureuse, elle se forgeait des romans pour l'avenir. Olivier, malingre et triste, se sentait constamment froissé par tous ses contacts avec le monde extérieur; et il se réfugiait dans son absurde petit cerveau: il se contait des histoires. Il avait un besoin ardent et féminin d'aimer et d'être aimé; et, vivant seul, en dehors de tous ceux de son âge, il s'était fait deux ou trois amis imaginaires: l'un s'appelait Jean, l'autre Etienne, l'autre François; il était toujours avec eux. Aussi, n'était-il jamais avec ceux qui l'entouraient. Il ne dormait pas beaucoup, et rêvassait sans cesse. Le matin, quand on l'avait arraché de son lit, il s'oubliait, ses deux petites jambes nues pendant hors de son lit, ou, bien souvent, deux bas enfilés sur la même jambe. Il s'oubliait, ses deux mains dans sa cuvette. Il s'oubliait à sa table de travail, en écrivant une ligne, en apprenant sa leçon: il rêvait pendant des heures; et après, il s'apercevait soudain, avec terreur, qu'il n'avait rien appris. À dîner, il était ahuri quand on lui adressait la parole; il répondait, deux minutes après qu'on l'avait interrogé; il ne savait plus ce qu'il voulait dire, au milieu de sa phrase. Il s'engourdissait dans le murmure de sa pensée et dans les sensations familières des jours de province monotones, qui s'écoulaient avec lenteur: la grande maison, à moitié vide, dont on n'habitait qu'une partie; les caves et les greniers immenses et redoutables; les chambres mystérieusement closes, volets fermés, meubles vêtus de housses, glaces voilées, flambeaux enveloppés; les vieux portraits de famille, au sourire obsédant; les gravures Empire, d'un héroïsme vertueux et polisson: Alcibiade et Socrate chez la courtisane, Antiochus et Stratonice, l'histoire d'Epaminondas, Bélisaire mendiant... Au dehors, le bruit du maréchal ferrant dans la forge d'en face, la danse boiteuse des marteaux sur l'enclume, le halètement du soufflet poussif, l'odeur de la corne grillée, les battoirs des laveuses accroupies au bord de l'eau, les coups sourds du couperet du boucher dans la maison voisine, le pas d'un cheval sonnant sur le pavé de la rue, le grincement d'une pompe, le pont tournant sur le canal, les lourds bateaux, chargés de piles de bois, lentement défilant, halés au bout d'une corde, devant le jardin suspendu, la petite cour dallée, avec un carré de terre, où poussaient deux lilas, au milieu d'un massif de géraniums et de pétunias, les caisses de lauriers et de grenadiers en fleurs sur la terrasse au-dessus du canal; parfois, le vacarme d'une foire sur la place voisine, les paysans en blouses bleues luisantes, et les cochons braillants... Et le dimanche, à l'église, le chantre qui chantait faux, le vieux curé qui s'endormait en disant la messe; la promenade en famille sur l'avenue de la gare, où l'on passait son temps à échanger des coups de chapeau cérémonieux avec d'autres malheureux, qui se croyaient également obligés à se promener ensemble,—jusqu'à ce qu'enfin on arrivât dans les champs ensoleillés, au-dessus desquels, invisibles, se balançaient les alouettes,—ou le long du canal miroitant et mort, des deux côtés duquel les peupliers alignés frissonnaient... Et puis, c'étaient les grands dîners, les mangeries interminables, où l'on parlait de mangeaille, avec science et volupté: car il n'y avait là que des connaisseurs; et la gourmandise est, en province, la grande occupation, l'Art par excellence. Et l'on parlait aussi d'affaires, et de gauloiseries et, çà et là, de maladies, avec des détails sans fin...—Et le petit garçon, assis dans son coin, ne faisait pas plus de bruit qu'une petite souris, grignotait, ne mangeait guère, et écoutait de toutes ses oreilles. Rien ne lui échappait; ce qu'il entendait mal, son imagination y suppléait. Il avait ce don singulier, qu'on observe souvent chez les enfants des vieilles familles, où l'empreinte des siècles est trop fortement marquée, de deviner des pensées, qu'il n'avait jamais eues encore, et qu'il comprenait à peine.—Il y avait aussi la cuisine, où s'élaboraient des mystères sanglants et succulents; et la vieille bonne, qui racontait des contes burlesques et effrayants... Enfin, c'était, le soir, le vol silencieux des chauves-souris, la terreur des vies monstrueuses, que l'on savait grouiller dans les entrailles de la vieille maison: les gros rats, les araignées énormes et velues; la prière au pied du lit, où l'on n'écoutait guère ce que l'on disait; la petite cloche saccadée de l'hospice voisin, qui sonnait le coucher des religieuses;—le lit blanc, l'île des rêves...

Les meilleurs moments de l'année étaient ceux qu'on passait dans une propriété de famille, à quelques lieues de la ville, au printemps et à l'automne. Là, on pouvait rêver tout à son aise: on ne voyait personne. Comme la plupart des petits bourgeois, les deux enfants étaient tenus à l'écart des gens du peuple: domestiques, fermiers, qui leur inspiraient au fond un peu de crainte et de dégoût. Ils tenaient de leur mère un dédain aristocratique—ou plutôt, essentiellement bourgeois,—pour les travailleurs manuels. Olivier passait les journées, perché dans les branches d'un frêne, et lisant des histoires merveilleuses: la délicieuse mythologie, les Contes de Musæus, ou de Mme d'Aulnoy, ou les Mille et une Nuits, ou des romans de voyage. Car il avait cette étrange nostalgie des terres lointaines, «ces rêves océaniques», qui tourmentent parfois les jeunes garçons des petites villes de province françaises. Un fourré lui cachait la maison; et il pouvait se croire très loin. Mais il se savait tout près; et il en était bien aise: car il n'aimait pas trop à s'éloigner tout seul; il se sentait perdu dans la nature. Les arbres houlaient autour. À travers le nid de feuillage il voyait au loin les vignes jaunissantes, les prairies où paissaient les vaches bigarrées, dont les meuglements lents remplissaient le silence de la campagne assoupie. Les coqs à la voix perçante se répondaient d'une ferme à l'autre. On entendait le rythme inégal des fléaux dans les granges. Dans cette paix des choses, la vie fiévreuse des myriades d'êtres coulait à pleins bords. Olivier surveillait d'un œil inquiet les colonnes des fourmis perpétuellement pressées, et les abeilles lourdes de butin, qui ronflent comme des tuyaux d'orgues, et les guêpes superbes et stupides, qui ne savent ce qu'elles veulent,—tout ce monde de bêtes affairées, qui semblent dévorées du désir d'arriver quelque part... Où cela? Elles l'ignorent. N'importe où! Quelque part... Olivier avait un frisson, au milieu de cet univers aveugle et ennemi. Il tressaillait, comme un levraut, au bruit d'une pomme de pin qui tombait, ou d'une branche sèche qui se cassait... Il se rassurait, en entendant, à l'autre bout du jardin, tinter les anneaux de la balançoire, où Antoinette se berçait, avec rage.

Elle rêvait aussi; mais c'était à sa façon. Elle passait la journée à fureter dans le jardin, gourmande, curieuse, et rieuse, picorant les raisins des vignes comme une grive, détachant en cachette une pêche de l'espalier, grimpant sur un prunier, ou lui donnant en passant de petites tapes sournoises, pour faire tomber la pluie des mirabelles d'or, qui fondent dans la bouche comme un miel parfumé. Ou elle cueillait des fleurs, bien que ce fût défendu: vite, elle arrachait une rose qu'elle convoitait depuis le matin, et elle se sauvait avec, dans la charmille au fond du jardin. Alors, elle enfouissait son petit nez voluptueusement dans la fleur enivrante, elle la baisait, la mordait, la suçait; et puis, elle cachait son larcin, elle l'enfonçait dans son cou, contre sa gorge, entre ses deux petits seins, qu'elle regardait curieusement se gonfler sous sa chemisette entrebâillée... Une volupté aussi, exquise et défendue, était d'enlever ses chaussures et ses bas, et de s'en aller, pieds nus, sur le sablon frais des allées, et sur l'herbe mouillée des pelouses, et sur les pierres glacées d'ombre, ou brûlantes de soleil, et dans le petit ruisseau qui coulait à la lisière du bois, de baiser avec ses pieds, ses jambes, ses genoux, l'eau, la terre et la lumière. Couchée à l'ombre des sapins, elle regardait ses mains transparentes au soleil, et elle promenait machinalement ses lèvres sur le tissu satiné de ses bras fins et dodus. Elle se faisait des couronnes, des colliers, des robes de feuilles de lierre et de feuilles de chêne; elle y piquait des chardons bleus, et de la rouge épine-vinette et de petites branches de sapins avec leurs fruits verts: elle avait l'air d'une petite princesse barbare. Et elle dansait, toute seule, autour du jet d'eau; et, les bras étendus, elle tournait, elle tournait, jusqu'à ce que la tête lui tournât, et qu'elle se laissât choir sur la pelouse, la figure enfouie dans l'herbe, et riant aux éclats, pendant plusieurs minutes, sans pouvoir s'arrêter, et sans savoir pourquoi.

Ainsi coulaient les jours des deux enfants, à quelques pas l'un de l'autre, sans s'occuper l'un de l'autre,—sauf lorsque Antoinette s'avisait, en passant, de jouer une niche à son frère, de lui lancer au nez une poignée d'aiguilles de pin, ou de secouer son arbre, en menaçant de le faire tomber, ou de lui faire peur, en se lançant sur lui et criant brusquement:

—Hou! Hou!...

ジャンナン家は、数世紀来田舎いなかの一地方に定住して、少しも外来の混血を受けないでいる、フランスの古い家族の一つだった。そういう家族は、社会に種々の変化が襲来したにもかかわらず、フランスには思いのほかたくさんある。彼らは自分でも知らない多くの深い関係で、その土地に結びつけられているのであって、一大変動がない以上は、そこから彼らを引き抜くことはできない。彼らのそういう執着には、なんらの理由もないし、また利害関係もほとんどない。歴史的追憶などという博識な感傷性といったものは、ある種の文学者らにしか働きかけるものではない。打ち克かちがたい抱擁ほうよう力で人を一地方に結びつけるものは、もっとも粗野な者にももっとも聡明そうめいな者にも共通なる、漠然ばくぜんとしたしかも強い感覚――数世紀以来その土地の一塊であり、その生命に生き、その息吹いぶきを呼吸し、同じ床に相並んで寝た二人の者のように、その心臓の音がじかに自分の心臓へ響くのを聞き、そのかすかなおののき、時間や季節や晴れ日や曇り日の無数の気味合ニュアンス、事物の声や沈黙、などを一々感じ取ってるという、漠然としたしかも強い感覚なのである。おそらくは、もっとも美しい地方よりも、または生活のもっとも楽しい地方よりも、土地がもっとも簡素で、もっとも見すぼらしく、人間に近く、親しい馴なれ馴れしい言葉を話しかけるような、そういう地方こそ、よりよく人の心をとらえるものである。
ジャンナン家の人たちが住んでいたフランス中部の小地方は、まさにそのとおりであった。平坦へいたんな濡うるおいのある土地、淀よどんだ運河の濁り水に退屈げな顔を映してる、居眠った古い小さな町。その周囲には、単調な田野、耕作地、牧場、小さな流れ、大きな森、単調な田野……。美景もなく、塔碑もなく、古跡もない。人の心をひきつけるようなものは何もない。しかし、すべてが人を引き留めるようにできている。その無気力懶惰らんだのうちには、一つの力が潜んでいる。それを初めて味わう者は、悩みと反発心とをそそられる。けれども、その印象を数代つづいて受けてきた者は、もはやそれから離脱することができない。すっかり沁しみ込まれている。その事物の沈滞、そのなごやかな倦怠けんたい、その単調さは、彼にとって一つの魅力であり、深い甘美であって、彼はそれをみずから知ってはいず、あるいは貶けなしあるいは好むが、長く忘れることはできないであろう。

ジャンナン家の人たちはいつもそこに生活してきた。町の中や近郊において、十六世紀まで家系をさかのぼることができた。というのは、一人の大伯父おじが一生をささげて、この無名な勤勉なつまらない人たちの系統を調べ上げたからである。農夫、小作人、村の職人、つぎには、僧侶そうりょ、田舎いなかの公証人、などであって、しまいにその郡役所所在地に来て身を落ち着けたのであった。その地で、現在のジャンナンの父であるオーギュスタン・ジャンナンは、銀行家としてすこぶる巧みに仕事をしていった。巧妙な人物で、百姓のように狡猾こうかつで頑固がんこで、根は正直だが小心翼々たるところはなく、非常な働き者で快活であって、ずるい質朴しつぼくさや露骨な話しぶりや財産などのために、十里四方の人々から重んぜられ恐れられていた。背の低いでっぷりした強健な男で、痘瘡とうそうのある太い赭あから顔に、小さな鋭い眼が光っていた。昔は色好みだとの評判だったが、あとまでその趣味を全然失いはしなかった。彼は露骨な冗談やりっぱな御馳走ごちそうが好きだった。食卓の彼は見物みものだった。息子むすこのアントアーヌがその相手をし、他に会食者としては数名の老人仲間がいた。治安裁判所判事、公証人、大会堂の司祭――(ジャンナン老人はよく牧師を食い物にしていたが、牧師が大食家であるときにはそれと会食する道をも心得ていた)――ラブレー風の陽気な土地の同じモデルでこしらえられてる丈夫な快漢たちだった。馬鹿ばかげた冗談が火のように燃え上がり、テーブルに拳固げんこの音がし、荒々しい哄笑こうしょうの声が湧わきたった。その快活な騒ぎは、台所の召使どもにも感染し、表を通りかかる人々にも感染していった。
その後、オーギュスタン老人は、ごく暑い夏のある日、葡萄ぶどう酒を瓶びんにつめようと思いたって、シャツ一つになって窖あなぐらへ降りていったが、そのとき肺炎にかかった。そして二十四時間とたたないうちに、あまり信じてもいないあの世へ旅だってしまった。もとより教会のあらゆる秘蹟サクラメントは行なわれたが、それも田舎いなかのヴォルテール主義者である善良な中流人士としてであって、女どもからかれこれ言われないために、臨終のおりされるままに任したのだった。彼にとってそれはどの道同じことだったし……また、死後のことはわかるものではない……。
息子のアントアーヌがその業務を引き継いだ。でっぷりした赭あから顔の快活な小男で、剃そり残してる長めの頬髯ほおひげ、聞き取れないほどの早口――いつも騒々しくって、ちょこちょこ動き回っていた。彼は父ほどの経済的知力をもってはいなかったが、監理者としてはかなりの腕をもっていた。着手されてる事業を静かにつづけてゆきさえすればよかった。それは単に継続されてるというだけで、盛んになっていった。彼はその地方で手腕家との評判を得ていたが、事業の成功は彼の力ではほとんどなかった。彼はただ秩序と精励とを事としたばかりだった。それに彼はまったく誉ほむべき人物であって、至当な尊敬の念をだれにも起こさせた。その態度が、ある人にたいしては馴なれ馴れしすぎるくらいであり、やや大袈裟おおげさで、多少平民的で、まったく円滑親切だったので、その小さな町や近傍の田舎いなかでは、りっぱな人だとの評判を得ていた。金使いは荒くなかったが、感傷癖のためにしまりがなかった。すぐに涙を眼に浮かべた。悲惨な様を見ては深く心を動かして、その悲惨に会ってる者をいつも感動さした。
小都市に住んでいる多数の者と同様に、彼も政治のことをたいへん念頭に置いていた。彼はごく温和な共和主義者であり、頑固がんこな自由主義者であり、愛国者であり、また父にならって極端な反僧侶はんそうりょ主義者であった。彼は町会の一員だった。そして彼はその同僚とともに、教区の司祭をからかったり、町の婦人間に多くの感激を起こさせる四旬節祭の説教者に、無邪気な悪戯いたずらをしたりすることを、ごく面白がっていた。実際、フランスの小都市のかかる反僧侶主義は、いつも多少なりと家庭不和の一事であって、ほとんどすべての家に起こる夫婦間の激しい暗闘の陰険な一形式であることを、忘れてはいけないのである。
アントアーヌ・ジャンナンはまた、文学上の抱負をもっていた。同時代の地方の人々はたいていそうであったが、彼もやはりラテンの古典に養われて、その数ページやたくさんの諺ことわざを暗記していた。その他、ラ・フォンテーヌ、ボアロー――ボアローの詩論やことに譜面台――オルレアンの少女の著者、フランス十八世紀の小詩人ら、などからも養われていた。そういう趣味の詩を作ることに骨折っていた。彼の知人の範囲内では、そういう嗜癖しへきをもってるのは彼一人ではなかった。そして彼はこの点でも名声を得ていた。彼の諧謔かいぎゃく詩、四句詩、題韻詩、折句詩、諷ふう詩、歌謡詩、などは幾度も人々の口にのぼった。それらは往々にしてかなり危あぶなっかしいものだったが、露骨なある種の機才がないでもなかった。消化作用の神秘も歌い忘れられていなかった。ロアール河のほとりのこの詩神は、好んで荘重な語気を使っていた、それもダンテの名高い悪魔のような調子で、

「……彼はその尻しりをらっぱとしていた……」

この強健で活発快活な小さな男は、まったく性質の違った女――その土地の司法官の娘で、リュシー・ド・ヴィリエという女を娶めとった。ド・ヴィリエというのは、むしろドゥヴィリエというべきであるが、小石が坂をころがり落ちながら二つに割れるように、途中で二つに裂けてしまったのである。でこのド・ヴィリエ家の人たちは、代々司法官であった。法律、義務、社交的儀礼、完全な正直さで固められ多少道学者めいた気味のある個人の品位、ことに職業的品位、などについて高い観念をもっている、フランスの議会関係の古い家柄、その一つだった。前世紀において、彼らは、不平がちなジャンセニスムにもまれたので、ジェズイット精神にたいする軽蔑けいべつとともに、悲観的な、多少不満がちなあるものを、心のうちに残していた。彼らは人生を美しいものと見なさなかった。人生の困難を軽く見んとつとめるどころか、かえってその困難を多くなして、不平を言う権利を得たがっていた。リュシー・ド・ヴィリエもそういう性質を多少もっていたが、それは、夫のあまり精練されていない楽天思想と相反するものだった。彼女は背が高く、夫より頭だけ高く、痩やせていて、姿がよく、着物の着こなしが上手じょうずだったが、いくらか堅苦しい容姿であって、いつも――わざとかもしれないが――実際以上に老ふけて見えた。彼女は道徳的にはきわめてすぐれていた。しかし他人にたいしては厳格だった。いかなる過失も許さなかったし、ほとんどいかなる悪癖をも許さなかったので、冷淡な傲慢ごうまんな女だと人から見られていた。非常に信心深かったが、それが絶えざる夫婦喧嘩げんかの種となった。それでも彼らはたいへん愛し合っていた。しばしば言い争いながらも、たがいに離れることができにくかった。彼らは二人とも実務家ではなかった、彼は心理の方面に欠けてるところがあるために――(彼はいつも温顔や甘言に欺かれがちだった)――彼女は業務にまったく無経験なために――(彼女はいつも業務から遠ざかっていたので興味ももたなかった)。

彼らには二人の子があった。アントアネットという娘と、それより五つ年下のオリヴィエという息子むすことだった。
アントアネットはきれいな栗くり色髪の子で、上品で正直なフランス式の小さな丸顔、敏捷びんしょうな眼つき、つき出た額ひたい、ほっそりした頤あご、まっすぐな小さな鼻――フランスのある古い肖像画家がいみじくも言ったとおり、「きわめて美しい細い上品な鼻の一つ、顔つき全体を活気だたせるような、また、話したり聴きいたりするにつれて内部に起こる微細な感情を示すような、あるかすかな細かい動きを見せる鼻、」であった。彼女は快活さと無頓着むとんじゃくさとを父から受けていた。
オリヴィエは花車きゃしゃな金髪の子で、父に似て背は低かったが、性質は父とまったく異なっていた。彼の健康は、幼いころたえず病気をしたために、ひどく痛められていた。それだけにまた家じゅうの者から大事にされていたけれども、身体の虚弱なせいで早くから、死を恐れ生活力の弱い憂鬱ゆううつな夢想的な少年となってしまった。人馴なれないのと趣味とで、いつも一人ぽっちだった。他の子供たちと遊ぶのを避けた。彼らといっしょにいると不快だった。彼らの遊戯や喧嘩けんかをきらい、彼らの乱暴を恐れた。勇気に乏しいせいではないが、内気なせいで、彼らからなぐられるままになっていた。身を守るのが恐こわかったし、他人を痛めるのが恐かったのである。もし父親の社会的地位から保護されなかったら、いじめられどおしだったかもしれない。彼は心がやさしくて、病的なほど感じやすかった。ちょっとした一言を聞いても、ちょっと同情されても、ちょっと叱しかられても、すぐに涙を出した。彼よりもずっと健全だった姉は、いつも彼を笑って、小さな泉と呼んでいた。
二人の子供は心から愛し合っていたが、いっしょに生活するにはあまりに性質が異なっていた。各自に勝手な方向へ走って、自分の空想を追っていた。アントアネットは大きくなるにつれて、ますますきれいになった。人からもそう言われ、自分でもそれをよく知っていた。そのために心楽しくて、すでに未来の物語ロマンスまでみずから描いていた。オリヴィエは病身で陰気であって、外界と接触することにたえずいらだちを感じた。そしては自分の荒唐無稽こうとうむけいな小さい頭脳の中に逃げ込んで、いろんな話をみずから考え出した。愛し愛されたい激しい女らしい欲求をもっていた。同年輩の者たちから離れて一人ぽっちで暮らしながら、二、三の想像の友だちをこしらえ出していた。一人はジャンといい、も一人はエティエンヌといい、も一人はフランソアといった。彼はいつもそれらの友だちといっしょにいた。それで、近所の友だちといっしょには決してならなかった。彼はよく眠らなかったし、たえず夢をみた。朝になって寝床から引き起こされても、ぼんやり我れを忘れていて、裸のままの小さい両足を寝台の外にたれたり、またしばしば、一方の足に靴下くつしたを二枚ともはいたりした。盥たらいの中に両手をつき込んで我れを忘れてることもあった。物を書きかけながら、学課を勉強しながら、机に向かったままで我れを忘れてることもあった。幾時間も夢想にふけっていて、そのあとで突然、何にも学び知っていないのに気づいてびっくりした。食事のときに、人から言葉をかけられてはまごついた。尋ねかけられてから一、二分間もたって返辞をした。文句の途中で何を言うつもりだったのかわからなくなった。彼は自分の思想の囁ささやきのうちに、また、ゆるやかにたってゆく田舎いなかの単調な日々の親しい感覚のうちに、ぼんやり浸り込んでいた。一部分にしか人の住んでいない半ば空むなしい大きな家、大きな恐ろしい窖あなぐらや屋根裏、様子ありげに閉しめ切られてる室、閉ざされてる雨戸、覆おおいのしてある家具、布が掛けられてる大鏡、包まれてる燭台しょくだい、または、変に気をひく微笑を浮かべてる古い家族の肖像、あるいは、高潔でかつ猥みだらな勇武を示してる帝国式の版画、娼家しょうかにおけるアルキビアデスとソクラテス、アンチオキュスとストラトニス、エパミノンダスの話、乞食こじきのベリザリウス……。家の外には、真向まむかいの鍛冶かじ場で蹄鉄ていてつを鍛える音、鉄砧かなしきの上に落ちる金槌かなづちのとんちんかんな踊り、鞴ふいごのふうふういう息使い、蹄ひづめの焼かれる匂におい、水辺にうずくまってる洗濯せんたく女の杵きね音、隣家の肉屋の肉切包丁の鈍い音、街路の舗石に鳴る馬の足音、ポンプのきしる音、運河の上の回転橋、高い庭の前を綱でひかれておもむろに通ってゆく、木材をいっぱい積んだ重い舟の列、方形の花壇を一つそなえてる、小さな石だたみの中庭、花壇の中にゼラニュームやペチュニアの茂みの間から伸び出てる、二株のリラ、運河を見おろす覧台テラースの上に花咲いてる、月桂樹げっけいじゅと柘榴ざくろとの鉢はち、時としては、近くの広場に開かれる市いちの擾騒じょうそう、ぎらぎらした青服の百姓、鳴き立てる豚……。そして日曜日には、教会堂で、調子はずれの歌い方をしてる唱歌隊、ミサを唱えながら居眠りをしてる老司祭、または、停車場へ通ずる並木道を、一家打ちそろって散歩する人たち――彼らは、大袈裟おおげさに帽子をぬいで他の不幸な人たちと会釈をかわしながら、その時間をつぶし、不幸な人たちの方でもまた、いっしょに散歩しなければならないように考え、そして一同は、眼に見えないほど空高く雲雀ひばりが舞っている日に照らされた田野まで、あるいは、両側にポプラが立ち並んでそよいでる鏡のように淀よどんだ運河に沿って、散歩をつづける……。それから、たいへんな晩餐ばんさん、長たらしい食事――その間、ひとかどの見識と歓喜とをもって食物のことが話される。皆その道の通人ばかりだし、また、田舎いなかでは貪食どんしょくということが、おもな仕事でありすぐれた技術だからである。その他、事業のことや露骨な冗談や時には病気のことなども、仔細しさいにわたってはてしなく口にのぼせられる……。子供のオリヴィエは、片隅かたすみの席について、鼠ねずみの子ほどの音もたてず、ぽつぽつかじるだけで、ほとんど食べもせず、耳を澄まして聞いていた。何一つ聞き漏らさなかった。よく聞き取れないところは想像で補った。幾世紀もの印象が強く刻み込まれてる古い種族の古い家庭の子供らには、しばしば特殊な才能が認められるものであるが、彼もそういう天賦の才能をもっていて、かつて頭に浮かべたこともなければまたほとんど理解もしがたいほどの思想をも、よく察知することができるのだった。――それからまた、血のしたたる汁気しるけのある不思議な物がこしらえられる料理場もあり、ばかげた恐ろしい噺はなしをしてくれる老婢ろうひもいた……。ついに晩となる。音もなく飛び回る蝙蝠こうもり、また、古い家の内部に動めいてるのがよくわかる恐ろしい怪物、大きな鼠ねずみや毛の生はえた大蜘蛛ぐもなど、それから、何を言ってるのか自分でもよくわからない、寝台の足もとでの祈祷きとう、尼たちの就寝時間を告げる近くの僧院の小さい鐘の急な音。そして、白い寝床、夢の小島……。
一年じゅうでもっとも楽しい時期は、春と秋とに、町から数里隔たった自家の所有地で暮らす時だった。そこでは気ままに夢想することができた。だれにも会わないでよかった。小さな中流人士の多くと同様に、二人の子供は、婢僕ひぼくや農夫などの平民たちから遠ざかっていた。二人は彼らに会うと、多少の恐れと嫌悪けんおとを心の底に覚ゆるのだった。手先の労働者らにたいする、貴族的な――あるいはむしろ、まったく中流人的な――軽侮の念を、二人は母から受けていた。オリヴィエは秦皮とねりこの枝の間に登って、不思議な話を読みながら日を過ごした。愉快な神話、ムゼウスやオールノア夫人の小話、千一夜物語、旅行小説、などを読んだ。フランスの田舎いなかの小さい町の少年をときどき苦しめる、遠い土地にたいする怪しい郷愁、「あの大洋の夢」、それを彼もやはりもっていたのである。枝葉の茂みにさえぎられて家が見えなかったので、彼はごく遠い所にいるのだと思うことができた。それでも、すぐ近くにいることを知っていて、少しも不安ではなかった、というのは、一人きりで遠くへ離れることをあまり好まなかったから。彼は自然の中に埋もれた心地がしていた。周囲には樹木が波打っていた。木の葉がくれに遠く、黄色がかった葡萄ぶどう畑が見え、また牧場も見えた。斑まだらの牝牛めうしが牧場の草を食べていて、そのゆるやかな鳴き声は、うつらうつらしてる田舎の静けさを満たしていた。鋭い声の雄鶏おんどりが農家から農家へ答え合っていた。納屋なやの中の連枷からざおの不規則な律動リズムが聞こえていた。そして、万象のかかる平和の中にも、無数の生物の熱烈な生活が満々と流れつづけていた。オリヴィエは気がかりな眼で見守った、いつも急いでる蟻ありの縦列、オルガン管のような音をたてながら重い分捕品をになってる蜜蜂みつばち、何をするつもりか自分でもわからないでいる愚かないばりくさってる地蜂など――すべて、忙がしげな動物の世界を。彼らはどこかへ到着したくてたまらながってるように見えた……。どこへか? 彼らもそれを知らない。どこでも構わないのだ。ただどこかへ……。オリヴィエは、その盲目で敵意に満ちた世界のまん中にあって、ぞっと身を震わした。松ぼっくりの落つる音にも、枯れ枝の折れる音にも、小兎こうさぎのように飛び上がった……。そしては、庭の向こう端に、ぶらんこの鉄輪の音を耳にして、ほっと安堵あんどした。ぶらんこには、アントアネットが猛然と身を揺すっていた。
彼女も夢想にふけっていた。しかしそれは彼女一流の仕方でだった。貪欲どんよくで好奇心に富み笑い好きな彼女は、庭じゅうを捜し回って一日を過ごした。鶫つぐみのように葡萄ぶどうの実を盗み食いし、果樹墻がきから桃ももをひそかにもぎ取り、梅の木によじ登り、あるいは通りがかりにそっと梅の幹をたたいて、口に入れると香かおりある蜜のように融とける金色の小梅を、雨のように振り落とした。あるいはまた、禁じられてるにもかかわらず花を摘み取った。朝から眼をつけてる薔薇ばらの花を素早くもぎ取り、それをもって庭の奥の亭ちんへ逃げ込んだ。そして酔うような強い香りの花の中に、歓よろこばしげに小さな鼻をつき込み、それに接吻せっぷんし、それを口に噛かみ、その汁を吸った。それからその盗み花を隠し、二つの小さな乳房の間に襟えり元から押し込んだ、はだけてるシャツへ乳房がぽつりとふくらんでるのを、珍しげにうちながめた……。なお、禁ぜられてるも一つのえも言えぬ快楽は、靴くつと靴下とをぬいで、小径こみちの冷やかな細かな砂の上、芝地のぬれた草の上、日影の冷たい石の上や日向ひなたの熱い石の上、森はずれを流れる小川の中などを、素足のまま歩き回り、足先や脛すねや膝ひざなどを、水や土や光にさらすことだった。樅もみの木影に横たわっては、日光に透きとおってる手をながめ、細やかで豊かな腕のなめらかな肌はだを、何心なく唇くちびるでなで回した。蔦つたの葉や樫かしの葉で、冠や頸環くびわや長衣をこしらえた。青い薊あざみの花や赤い伏牛花へびのぼうずや緑色の実のなってる樅の小枝などを、それに突きさした。まるで野蛮国の小さな女王みたいだった。そしてただ一人で、噴水のまわりを跳はねた。両腕を広げてぐるぐる回り、ついには眼が回ってき、芝生しばふのうちにうち倒れ、草の中に顔を埋め、幾分間も笑いこけて、みずから笑いやめることもできず、またなぜ笑うかもみずからわからなかった。
かくて二人の子供の日々は過ぎていった。たがいに少し遠ざかって相手を気にもかけなかった。――がときどきアントアネットは、通りがかりに弟へちょっと悪戯いたずらをしてみたくなり、ひとつかみの松葉を彼の鼻先へ投げつけ、落っことしてやるとおどかしながら彼が登ってる木を揺すり、あるいは、恐こわがらすために突然彼へ飛びついて叫んだ。
「そら、そら……。」

 

Elle était prise parfois d'une fureur de le taquiner. Elle le faisait descendre de son arbre, en prétendant que sa mère l'appelait. Puis, quand il était descendu, elle montait à sa place, et n'en voulait plus bouger. Alors Olivier geignait, et menaçait de se plaindre. Mais il n'y avait pas de danger qu'Antoinette s'éternisât sur l'arbre: elle ne pouvait rester deux minutes en repos. Quand elle s'était bien moquée d'Olivier, du haut de la branche, quand elle l'avait fait enrager à son aise, et qu'il était près de pleurer, elle dégringolait en bas, se jetait sur lui, le secouait en riant, l'appelait «petit serin», et le roulait par terre, en lui frottant le nez avec des poignées d'herbe. Il essayait de lutter; mais il n'était pas de force. Alors, il ne bougeait plus, couché sur le dos, comme un hanneton, ses bras maigres cloués sur le gazon par les robustes menottes d'Antoinette; et il prenait un air lamentable et résigné. Antoinette n'y résistait pas: elle le regardait vaincu et soumis; elle éclatait de rire, l'embrassait brusquement, et elle le laissait,—non sans lui avoir, en guise d'adieu,enfoncé un petit tapon d'herbe fraîche dans la bouche: ce qu'il détestait par-dessus tout, parce qu'il était extrêmement dégoûté. Et il crachait, il s'essuyait la bouche, il protestait avec indignation, tandis qu'elle se sauvait à toutes jambes, en riant.

Elle riait toujours. La nuit, dans son sommeil, elle riait encore. Olivier, couché dans la chambre voisine, et qui ne dormait point, sursautait au milieu des histoires qu'il se contait, en entendant ces fous rires et les paroles entrecoupées qu'elle disait dans le silence de la nuit. Dehors, les arbres craquaient sous le souffle du vent, une chouette pleurait, les chiens hurlaient dans les villages, au loin, et dans les fermes au fond des bois. Dans l'indécise phosphorescence de la nuit, Olivier voyait se mouvoir devant sa fenêtre, comme des spectres, des branches lourdes et sombres de sapins, et le rire d'Antoinette lui était un allégement.

Les deux enfants étaient très religieux, surtout Olivier. Leur père les scandalisait par ses professions de foi anticléricales; mais il les laissait libres; et, au fond, comme tant de bourgeois qui ne croient pas, il n'était pas fâché que les siens crussent pour lui: car il est toujours bon d'avoir des alliés dans l'autre camp, on n'est jamais sûr de quel côté tournera la chance. En somme, il était déiste, et il se réservait, le moment venu, de faire venir un curé, comme avait fait son père: si cela ne fait pas de bien, cela ne peut pas faire de mal; on n'a pas besoin de croire qu'on sera brûlé, pour prendre une assurance contre l'incendie.

Olivier, maladif, avait une inclination au mysticisme. Il lui semblait parfois ne plus exister. Crédule et tendre, il avait besoin d'un appui; il goûtait dans la confession une jouissance douloureuse, le bienfait de se confier à l'invisible Ami, dont les bras vous sont toujours ouverts, à qui on peut tout dire, qui comprend et qui excuse tout; il savourait la douceur de ce bain d'humilité et d'amour, d'où l'âme sort toute pure, lavée et reposée. Il lui était si naturel de croire, qu'il ne comprenait pas comment on pouvait douter; il pensait qu'on y mettait de la méchanceté, ou que Dieu vous punissait. Il faisait des prières en cachette pour que son père fût touché de la grâce; et il eut une grande joie, un jour que, visitant avec lui une église de campagne, il le vit faire un signe de croix. Les récits de l'Histoire Sainte s'étaient mêlés en lui aux merveilleuses histoires de Rübezahl, de Gracieuse et Percinet, et du calife Haroun-al-Raschid. Quand il était petit, il ne doutait pas plus de la vérité des unes que des autres. Et, de même qu'il n'était pas sûr de ne pas connaître Schacabac aux lèvres fendues, et le barbier babillard, et le petit bossu de Casgar, de même que, lorsqu'il se promenait, il cherchait des yeux dans la campagne le pic noir qui porte dans son bec la racine magique du chercheur de trésors, Chanaan et la Terre Promise devenaient, par la vertu de son imagination d'enfant, des localités bourguignonnes ou berrichonnes. Une colline du pays, toute ronde, avec un petit arbre au sommet comme un vieux plumet défraîchi, lui semblait la montagne où Abraham avait élevé le bûcher. Et un gros buisson mort, à la lisière des chaumes, était le Buisson ardent, que les siècles avaient éteint. Même quand il ne fut plus tout petit, et quand son sens critique commençait à s'éveiller, il aimait à se bercer encore des légendes populaires qui enguirlandent la foi; et il y trouvait tant de plaisir que, sans être tout à fait dupe, il s'amusait à l'être. C'est ainsi que, pendant longtemps, il guetta, le samedi saint, le retour des cloches de Pâques, qui sont parties pour Rome, le jeudi d'avant, et qui reviennent dans les airs, avec de petites banderoles. Il avait fini par se rendre compte que ce n'était pas vrai; mais il n'en continuait pas moins de lever le nez au ciel, quand il les entendait sonner; et, une fois, il eut l'illusion—tout en sachant parfaitement que cela ne pouvait pas être—d'en voir une disparaître au-dessus de la maison, avec des rubans bleus.

Il avait un impérieux besoin de se baigner dans ce monde de légende et de foi. Il fuyait la vie. Il se fuyait lui-même. Maigre, pâle, chétif, il souffrait d'être ainsi, il ne pouvait supporter de se l'entendre dire. Il portait en lui un pessimisme natif, qui lui venait de sa mère sans doute, et qui avait trouvé un terrain favorable chez cet enfant maladif. Il n'en avait pas conscience: il croyait que tout le monde était comme lui; et ce petit bonhomme de dix ans, pendant ses récréations, au lieu de jouer dans le jardin, s'enfermait dans sa chambre, et, en grignotant son goûter, il écrivait son testament.

Il écrivait beaucoup. Il s'acharnait a écrire son journal, chaque soir en cachette,—il ne savait pourquoi, car il n'avait rien à dire que des niaiseries. Écrire était chez lui une manie héréditaire, ce besoin séculaire du bourgeois de province française,—la vieille race indestructible,—qui, chaque jour, écrit pour soi, jusqu'au jour de sa mort, avec une patience idiote et presque héroïque, les notes détaillées de ce qu'il a, chaque jour, vu, dit, fait, entendu, bu, pensé et mangé. Pour soi. Pour personne autre. Personne ne le lira jamais: il le sait; et lui-même ne se relit jamais.

La musique lui était, comme la foi, un abri contre la lumière trop vive du jour. Tous deux, le frère et la sœur, étaient musiciens de cœur,—surtout Olivier, qui tenait ce don de sa mère. Au reste, il s'en fallait que leur goût fût excellent. Personne n'eût été capable de le former, dans cette province où l'on n'entendait, en fait de musique, que la fanfare locale qui jouait des pas redoublés, ou—dans ses bons jours—des pots-pourris d'Adolphe Adam, l'orgue de l'église qui exécutait des romances, et les exercices de piano des demoiselles de la bourgeoisie, qui tapotaient sur des instruments mal accordés quelques valses et polkas, l'ouverture du Calife de Bagdad, ou de la Chasse du jeune Henri, et deux ou trois sonates de Mozart, toujours les mêmes, et toujours avec les mêmes fausses notes. Cela faisait partie du programme invariable des soirées, quand on recevait du monde. Après dîner, ceux qui avaient des talents étaient priés de les faire valoir: ils refusaient d'abord, en rougissant, puis finissaient par céder aux instances de l'assemblée; et ils exécutaient leur grand morceau par cœur. Chacun admirait alors la mémoire de l'artiste et son jeu «perlé».

Cette cérémonie, qui se renouvelait presque à chaque soirée, gâtait pour les deux enfants tout le plaisir du dîner. Encore, quand ils avaient h jouer à quatre mains leur Voyage en Chine de Bazin, ou leurs petits morceaux de Weber, ils étaient sûrs l'un de l'autre, ils n'avaient pas trop peur. Mais quand il fallait jouer seul, c'était un supplice. Antoinette, comme toujours, était la plus brave. Cela l'ennuyait mortellement; mais comme elle savait qu'il n'y avait pas moyen d'y échapper, elle en prenait son parti, allait s'asseoir au piano, d'un petit air décidé, et galopait son rondo, à la diable, bredouillant des passages, à d'autres pataugeant, s'interrompant, tournant la tête, disant avec un sourire:

—Ah! je ne me souviens plus... puis, reprenant bravement, quelques mesures plus loin, et allant jusqu'au bout. Après, elle ne cachait pas son contentement d'avoir fini; et, quand elle revenait à sa place au milieu des compliments, elle riait, en disant:

—J'en ai fait, des fausses notes!...

Mais Olivier était d'humeur moins facile. Il ne pouvait supporter de s'exhiber en public, d'être le point de mire de toute une société. C'était déjà pour lui une souffrance de parler, quand il y avait du monde. Jouer, surtout pour des gens qui n'aimaient pas la musique—(il le voyait très bien),—que la musique ennuyait même, et qui vous faisaient jouer seulement par habitude, lui semblait une tyrannie, contre laquelle il tentait de s'insurger en vain. Il refusait obstinément. Certains soirs, il se sauvait; il allait se cacher dans une chambre noire, dans le corridor, et jusqu'au grenier, malgré sa peur des araignées. Sa résistance rendait les insistances plus vives et plus narquoises; les objurgations des parents s'y mêlaient, agrémentées de quelques claques, quand l'esprit de révolte soufflait trop impertinemment. Et il devait toujours finir par jouer,—naturellement, en dépit du bon sens. Ensuite, il souffrait, la nuit, d'avoir mal joué, parce qu'il aimait vraiment la musique.

Le goût de la petite ville n'avait pas toujours été aussi médiocre. On se souvenait d'un temps, où l'on faisait d'assez bonne musique de chambre, chez deux ou trois bourgeois. Mme Jeannin parlait souvent de son grand-père, qui raclait du violoncelle avec passion, et qui chantait des airs de Gluck, de Dalayrac et de Berton. Il y en avait encore un gros cahier à la maison, ainsi qu'une liasse d'airs italiens. Car l'aimable vieillard était comme M. Andrieux, dont Berlioz disait: «Il aimait bien Gluck.» Et il ajoutait avec amertume: «Il aimait bien aussi Piccinni».—Peut-être aimait-il mieux Piccinni. En tout cas, les airs italiens l'emportaient de beaucoup en nombre, dans la collection du grand-père. Ils avaient été le pain musical du petit Olivier. Nourriture peu substantielle, et un peu analogue aux sucreries de province, dont on bourre les enfants: elles affadissent le goût, démolissent l'estomac, et risquent d'enlever pour toujours l'appétit pour des aliments plus sérieux. Mais la gourmandise d'Olivier ne pouvait être mise en cause. D'aliments plus sérieux, on ne lui en offrait pas. Il n'avait pas de pain, il mangeait du gâteau. C'est ainsi que, par la force des choses, Cimarosa, Paesiello, et Rossini devinrent les nourriciers de ce petit garçon mélancolique et mystique, dont la tête tournait un peu, en buvant l'Asti spumante, que lui versaient, au lieu de lait, ces pères Silènes hilares et effrontés, et les deux petites Bacchantes sautillantes de Naples et de Catane, au sourire ingénu et lascif, avec une jolie larme dans les yeux: Pergolèse et Bellini.

Il jouait beaucoup de musique, tout seul, pour son plaisir. Il en était imprégné. Il ne cherchait pas à comprendre ce qu'il jouait, il en jouissait passivement. Personne ne songeait à lui faire apprendre l'harmonie; et lui-même ne s'en souciait pas. Tout ce qui était science et esprit scientifique était étranger à la famille, surtout du côté maternel. Ces hommes de loi, beaux esprits et humanistes, étaient perdus devant un problème. On citait, comme un phénomène, un membre de la famille,—un cousin éloigné,—qui était entré au Bureau des Longitudes. Encore disait-on qu'il en était devenu fou. La vieille bourgeoisie de province, d'esprit robuste et positif, mais assoupi par ses longues digestions et la monotonie des jours, est pleine de son bon sens; elle a une telle foi en lui qu'elle se fait fort de ne trouver aucune difficulté qu'il ne soit suffisant à résoudre; et elle n'est pas loin de considérer les hommes de science comme des espèces d'artistes, plus utiles que les autres, mais moins relevés, parce que du moins les artistes ne servent à rien; et cette fainéantise ne manque pas de distinction. Au lieu que les savants sont presque des ouvriers manuels,—(ce qui est déshonorant),—des contremaîtres plus instruits et un peu toqués; très forts sur le papier; mais, sortis de leur usine à chiffres, il n'y a plus personne! Ils n'iraient pas loin, s'ils n'avaient, pour les diriger, les gens de bon sens, qui possèdent l'expérience de la vie et des affaires.

Le malheur est qu'il n'est pas prouvé que cette expérience de la vie et des affaires soit aussi ferme que ces gens de bon sens voudraient se le faire accroire. C'est bien plutôt une routine, limitée à un très petit nombre de cas très faciles. Que survienne un cas imprévu, où il faut prendre parti promptement et vigoureusement, les voilà désarmés.

Le banquier Jeannin était de cette espèce. Tout était si bien prévu d'avance, tout se répétait si exactement dans le rythme de la vie de province qu'il n'avait jamais rencontré de difficultés sérieuses dans ses affaires. Il avait pris la succession de son père, sans aptitude spéciale pour ce métier; puisque tout avait bien marché depuis, il en faisait honneur à ses lumières naturelles. Il aimait à dire qu'il suffisait d'être honnête, appliqué, et d'avoir du bon sens; et il pensait transmettre sa charge à son fils, sans plus s'inquiéter des goûts de celui-ci que son père n'avait fait pour lui-même. Il ne l'y préparait point. Il laissait ses enfants pousser à leur gré, pourvu qu'ils fussent de braves petits, et surtout qu'ils fussent heureux: car il les adorait. Aussi, étaient-ils aussi mal préparés que possible à la lutte pour la vie: fleurs de serre. Mais ne devaient-ils pas toujours vivre ainsi? Dans leur molle province, dans leur famille riche, considérée, avec un père aimable, gai, cordial, entouré d'amis, jouissant d'une des premières situations du pays, la vie était si facile et riante!

Antoinette avait seize ans. Olivier allait faire sa première communion. Il s'engourdissait dans le bourdonnement de ses rêves mystiques. Antoinette écoutait chanter le voluptueux ramage de l'espérance enivrée, qui, comme le rossignol d'avril, remplit les cœurs printaniers. Elle jouissait de sentir son corps et son âme fleurissants, de se savoir jolie et de se l'entendre dire. Les éloges de son père, ses paroles imprudentes eussent suffi à lui tourner la tête.

Il était en extase devant elle; il s'amusait de sa coquetterie, de ses œillades langoureuses à son miroir, de ses roueries innocentes et malignes. Il la prenait sur ses genoux, il la taquinait au sujet de son petit cœur, des conquêtes qu'elle faisait, des demandes en mariage qu'il prétendait avoir reçues pour elle; il les énumérait: des bourgeois respectables, tous plus vieux et plus laids les uns que les autres. Elle se récriait d'horreur, avec des éclats de rire, les bras passés autour du cou de son père, la figure blottie contre sa joue. Et il lui demandait quel serait l'heureux élu: si c'était M. le procureur de la République, dont la vieille bonne des Jeannin disait qu'il était laid comme les sept péchés capitaux, ou bien le gros notaire. Elle lui donnait de petites tapes pour le faire taire, ou lui fermait la bouche avec ses mains. Il baisait les menottes, et chantait, en la faisant sauter sur ses genoux, la chanson connue:

Que voulez-vous, la belle?
Est-ce un mari bien laid?

Elle répondait, en pouffant, et lui nouant les favoris sous le menton, par le refrain:

Plutôt joli que laid,
Madame, s'il vous plaît.

Elle entendait bien faire son choix, elle-même. Elle savait qu'elle était, ou qu'elle serait très riche,—(son père le lui répétait sur tous les tons):—elle était «un beau parti». Les familles distinguées du pays, qui avaient des fils, la courtisaient déjà, disposant autour d'elle un réseau de petites flatteries et de ruses savantes, cousues de fil blanc, pour prendre le joli poisson d'argent. Mais le poisson risquait fort d'être pour eux un poisson d'avril; car la fine Antoinette ne perdait rien de leurs manèges, et elle s'en amusait: elle voulait bien se faire prendre; mais elle ne voulait pas qu'on la prît. Dans sa petite tête, elle avait déjà décidé qui elle épouserait.

La famille noble du pays—(il n'y en a généralement qu'une par pays: elle se prétend issue des anciens seigneurs de la province; et elle descend, le plus souvent, de quelque acheteur des biens nationaux, intendant du XVIIIe siècle, ou fournisseur des armées de Napoléon)—les Bonnivet, qui avaient, à deux lieues de la ville, un château avec des tours pointues aux ardoises luisantes, au milieu des grands bois, semés d'étangs poissonneux, faisaient des avances aux Jeannin. Le jeune Bonnivet était empressé auprès d'Antoinette. Beau garçon, assez fort et corpulent pour son âge, il ne faisait toute sa sainte journée que chasser, manger, boire, et dormir; il montait à cheval, savait danser, avait d'assez bonnes manières, et n'était pas beaucoup plus bête qu'un autre. Il venait de temps en temps du château à la ville, tout botté, à cheval, ou dans son tape-cul; il faisait visite au banquier, sous prétexte d'affaires; et parfois, il apportait une bourriche de gibier, ou un gros bouquet de fleurs pour ces dames. Il en profitait pour faire la cour à mademoiselle. Ils se promenaient dans le jardin. Il lui faisait des compliments gros comme le bras, et badinait agréablement, en frisant sa moustache, et faisant sonner ses éperons sur les dalles de la terrasse. Antoinette le trouvait charmant. Son orgueil et son cœur étaient délicieusement caressés. Elle s'abandonnnait à ces premières heures si douces d'amour enfantin. Olivier détestait le hobereau, parce qu'il était fort, lourd, brutal, qu'il riait d'un rire bruyant, qu'il avait des mains qui serraient comme des étaux, et une façon dédaigneuse de l'appeler toujours: «Petit...», en lui pinçant la joue. Il le détestait surtout,—sans le savoir,—parce que cet étranger aimait sa sœur: ... sa sœur, son bien à lui, à lui, et à nul autre!...

Cependant, la catastrophe arrivait. Tôt ou tard, il en vient une dans la vie de ces vieilles familles bourgeoises qui depuis des siècles sont incrustées dans le même carré de terre, et en ont épuisé tous les sucs. Elles sommeillent tranquillement, et se croient aussi éternelles que le sol qui les porte. Mais le sol est mort sous elles, et il n'y a plus de racines: il suffit d'un coup de pioche pour tout arracher. Alors, on parle de malechance, de malheur imprévu. Il n'y eût pas eu de malechance, si l'arbre eût été plus résistant; ou, du moins, l'épreuve n'eût fait que passer, comme une tourmente, qui arrache quelques branches, mais n'ébranle point l'arbre.

Le banquier Jeannin était faible, confiant, un peu vaniteux. Il aimait jeter de la poudre aux yeux, et confondait volontiers «être» avec «paraître». Il dépensait beaucoup, à tort et à travers, sans que ces gaspillages, à vrai dire, que les habitudes d'économie séculaire venaient modérer, par accès de remords,—(il dépensait un stère de bois, et lésinait sur une allumette),—vinssent sérieusement entamer son avoir. Il n'était pas non plus très prudent dans ses affaires. Il ne refusait jamais de prêter de l'argent à des amis; et ce n'était pas bien difficile d'être de ses amis. Il ne prenait même pas toujours la peine de se faire donner un reçu; il tenait un compte négligent de ce qu'on lui devait, et qu'il ne réclamait guère, si on ne le lui offrait point. Il comptait sur la bonne foi des autres, comme il entendait qu'on comptât sur la sienne. Il était d'ailleurs plus timide que ne l'eussent laissé croire ses manières rondes et sans façon. Jamais il n'eût osé éconduire certains quémandeurs indiscrets, ni manifester ses craintes au sujet de leur solvabilité. Il y mettait de la bonté et de la pusillanimité. Il ne voulait froisser personne, et il craignait un affront. Alors, il cédait toujours. Et, pour se donner le change, il le faisait avec entrain, comme si c'était lui rendre service que prendre son argent. Il n'était pas loin de le croire: son amour-propre et son optimisme lui persuadaient aisément que toute affaire qu'il faisait était une bonne affaire.

Ces façons d'agir n'étaient pas pour lui aliéner les sympathies des emprunteurs; il était adoré des paysans, qui savaient qu'ils pouvaient toujours avoir recours à son obligeance, et qui ne s'en faisaient point faute. Mais la reconnaissance des gens—voire des braves gens—est un fruit qu'il faut cueillir à temps.—Si on le laisse vieillir sur l'arbre, il ne tarde pas à moisir. Quand quelques mois étaient passés, les obligés de M. Jeannin s'habituaient à penser que ce service leur était dû; et même, ils avaient un penchant à croire que, pour que M. Jeannin eût manifesté tant de plaisir à les aider, il fallait qu'il y eût trouvé son intérêt. Les plus délicats se croyaient quittes—sinon de la dette, au moins de la reconnaissance—avec un lièvre qu'ils avaient tué, ou un panier d'œufs de leur poulailler, qu'ils venaient offrir au banquier, le jour de la foire du pays.

Comme jusqu'à présent il ne s'était agi, en définitive, que de petites sommes, et que M. Jeannin n'avait eu affaire qu'à d'assez honnêtes gens, il n'y avait pas eu grand inconvénient à cela: les pertes d'argent,—dont le banquier ne soufflait mot à qui que ce fût,—étaient minimes. Mais ce fut autre chose, du jour où M. Jeannin se trouva sur le chemin d'un intrigant, qui lançait une grande affaire industrielle, et qui avait eu vent de la complaisance du banquier et de ses ressources financières. Ce personnage aux manières importantes, qui était décoré de la Légion d'honneur, et se disait l'ami de deux ou trois ministres, d'un archevêque, d'une collection de sénateurs, de notoriétés variées du monde des lettres ou de la finance, et d'un journal omnipotent, sut merveilleusement prendre le ton autoritaire et familier, qui convenait à son homme. À titre de recommandation, il exhibait, avec une grossièreté qui eût mis en éveil quelqu'un de plus fin que M. Jeannin, les lettres de compliments banals qu'il avait reçues de ces illustres connaissances, pour le remercier d'une invitation à dîner, ou pour l'inviter à leur tour: car on sait que les Français ne sont jamais chiches de cette monnaie épistolaire, ni regardants à accepter la poignée de main et les dîners d'un individu qu'ils connaissent depuis une heure,—pourvu seulement qu'il les amuse et qu'il ne leur demande point leur argent. Encore en est-il beaucoup qui ne le refuseraient pas à leur nouvel ami, si d'autres faisaient de même. Et ce serait bien de la malechance pour un homme intelligent, qui cherche à soulager son prochain de l'argent qui l'embarrasse, s'il ne finissait par trouver un premier mouton qui consentît à sauter, pour entraîner les autres.—N'y eût-il pas eu d'autres moutons avant lui, M. Jeannin eût été celui-là. Il était de la bonne espèce porte-laine, qui est faite pour qu'on la tonde. Il fut séduit par les belles relations, par la faconde, par les flatteries de son visiteur, et aussi par les premiers bons résultats que donnèrent ses conseils. Il risqua peu, d'abord, et avec succès; alors, il risqua beaucoup; et puis, il risqua tout: non seulement son argent, mais celui de ses clients. Il se gardait de les en aviser: il était sûr de gagner; il voulait éblouir par les services rendus.

L'entreprise sombra. Il l'apprit d'une façon indirecte par un de ses correspondants parisiens, qui lui disait un mot, en passant, du nouveau krach, sans se douter que Jeannin était une des victimes: car le banquier n'avait parlé de rien à personne; avec une inconcevable légèreté, il avait négligé—évité, semblait-il,—de prendre conseil auprès de ceux qui étaient capables de le renseigner: il avait tout fait en secret, infatué de son infaillible bon sens, et il s'était contenté des plus vagues renseignements. Il y a de ces aberrations dans la vie: on dirait qu'à certains moments, il faille absolument qu'on se perde: il semble qu'on ait peur que quelqu'un vous vienne en aide; on fuit tout conseil qui pourrait vous sauver, on se cache, on se hâte avec un empressement fébrile, afin de pouvoir faire le grand plongeon, tout à son aise.

M. Jeannin courut à la gare, et, le cœur broyé d'angoisse, il prit le train pour Paris. Il allait à la recherche de son homme. Il se flattait encore de l'espoir que les nouvelles étaient fausses, ou du moins exagérées. Il ne trouva point l'homme, et il eut confirmation du désastre, qui était complet. Il revint, affolé, cachant tout. Personne ne se doutait de rien encore. Il tâcha de gagner quelques semaines, quelques jours. Dans son incurable optimisme, il s'efforçait de croire qu'il trouverait un moyen de réparer, sinon ses pertes, celles qu'il avait fait subir à ses clients. Il essaya de divers expédients, avec une précipitation maladroite, qui lui eût enlevé toute chance de réussir, s'il en avait pu avoir. Les emprunts qu'il tenta lui furent partout refusés. Les spéculations hasardeuses, où, en désespoir de cause, il engagea le peu qui lui restait, achevèrent de le perdre. Dès lors, ce fut un changement complet dans son caractère. Il ne parlait de rien; mais il était aigri, violent, dur, horriblement triste. Encore, quand il était avec des étrangers, continuait-il à simuler la gaieté; mais son trouble n'échappait à personne: on l'attribuait à sa santé. Avec les siens, il se surveillait moins; et ils avaient remarqué tout de suite qu'il cachait quelque chose de grave. Il n'était plus reconnaissable. Tantôt il faisait irruption dans une chambre, et il fouillait un meuble, jetant sur le parquet tous les papiers sens dessus dessous, et se mettant dans des rages folles, parce qu'il ne trouvait rien, ou qu'on voulait l'aider. Puis, il restait perdu au milieu de ce désordre; et, quand on lui demandait ce qu'il cherchait, il ne le savait pas lui-même. Il ne paraissait plus s'intéresser aux siens; ou il les embrassait, avec des larmes aux yeux. Il ne dormait plus. Il ne mangeait plus.

Mme Jeannin voyait bien qu'on était à la veille d'une catastrophe; mais elle n'avait jamais pris aucune part aux affaires de son mari, elle n'y comprenait rien. Elle l'interrogea: il la repoussa brutalement; et elle, froissée dans son orgueil, n'insista plus. Mais elle tremblait, sans savoir pourquoi.

Les enfants ne pouvaient se douter du danger. Antoinette était trop intelligente pour ne pas avoir, comme sa mère, le pressentiment de quelque malheur; mais elle était toute au plaisir de son amour naissant: elle ne voulait pas penser aux choses inquiétantes; elle se persuadait que les nuages se dissiperaient d'eux-mêmes,—ou qu'il serait assez temps pour les voir, quand on ne pourrait plus faire autrement.

Celui qui eût été le plus près de comprendre ce qui se passait dans l'âme du malheureux banquier, était le petit Olivier. Il sentait que son père souffrait; et il souffrait en secret avec lui. Mais il n'osait rien dire: il ne pouvait rien, il ne savait rien. Et puis, lui aussi écartait sa pensée de ces choses tristes, qui lui échappaient: comme sa mère et sa sœur, il avait une tendance superstitieuse à croire que le malheur, qu'on ne veut pas voir venir, peut-être ne viendra pas. Les pauvres gens, qui se sentent menacés, font comme l'autruche: ils se cachent la tête derrière une pierre, et ils s'imaginent que le malheur ne les voit pas.

Des bruits inquiétants commençaient à se répandre. On disait que le crédit de la banque était entamé. Le banquier avait beau affecter l'assurance avec ses clients, certains plus soupçonneux redemandèrent leurs fonds. M. Jeannin se sentit perdu; il se défendit en désespéré, jouant de l'indignation, se plaignant avec hauteur, avec amertume, qu'on se défiât de lui; il alla jusqu'à faire à d'anciens clients des scènes violentes, qui le coulèrent définitivement dans l'opinion. Les demandes de remboursement affluèrent. Acculé, aux abois, il perdit complètement la tête. Il fit un court voyage, alla jouer ses derniers billets de banque dans une ville d'eaux voisine, se fit tout rafler en un quart d'heure, et revint.

Son départ inopiné avait achevé de bouleverser la petite ville, où l'on disait déjà qu'il était en fuite; Mme Jeannin avait eu grand'peine à tenir tête à l'inquiétude furieuse des gens: elle les suppliait de prendre patience, elle leur jurait que son mari allait revenir. Ils n'y croyaient guère, bien qu'ils voulussent y croire. Aussi, quand on sut qu'il était revenu, ce fut un soulagement général: beaucoup ne furent pas loin de penser qu'ils s'étaient inquiétés à tort, et que les Jeannin étaient trop malins pour ne pas se tirer toujours d'un mauvais pas, en admettant qu'ils y fussent tombés. L'attitude du banquier confirmait cette impression. Maintenant qu'il n'avait plus de doute sur ce qu'il lui restait à faire, il semblait fatigué, mais très calme. Sur l'avenue de la gare, en descendant du train, il causa tranquillement avec quelques amis qu'il rencontra, de la campagne qui manquait d'eau depuis des semaines, des vignes qui étaient superbes, et de la chute du ministère qu'annonçaient les journaux du soir.

Arrivé à la maison, il feignit de ne point tenir compte de l'agitation de sa femme, accourue auprès de lui, et qui lui racontait avec une volubilité confuse ce qui s'était passé pendant son absence. Elle tâchait de lire sur ses traits s'il avait réussi à détourner le danger inconnu; elle ne lui demanda pourtant rien, par orgueil: elle attendait qu'il lui en parlât le premier. Mais il ne dit pas un mot de ce qui les tourmentait tous deux. Il écarta silencieusement le désir qu'elle avait de se confier à lui et d'attirer ses confidences. Il parla de la chaleur, de sa fatigue, il se plaignit d'un mal de tête fou; et l'on se mit à table, comme à l'ordinaire.

Il causait peu, las, absorbé, le front plissé; il tapotait des doigts sur la nappe; il s'efforçait de manger, se sachant observé, et regardait avec des yeux lointains ses enfants intimidés par le silence, et sa femme raidie dans son amour-propre blessé, qui, sans le regarder, épiait tous ses gestes. Vers la fin du dîner, il sembla se réveiller; il essaya de causer avec Antoinette et avec Olivier; il leur demanda ce qu'ils avaient fait, pendant son voyage; mais il n'écoutait pas leurs réponses, il n'écoutait que le son de leur voix; et, bien qu'il eût les yeux fixés sur eux, son regard était ailleurs. Olivier le sentit: il s'arrêtait au milieu de ses petites histoires, et il n'avait pas envie de continuer. Mais chez Antoinette, après un moment de gêne, la gaieté avait pris le dessus: elle bavardait, comme une pie joyeuse, posant sa main sur la main de son père, ou lui touchant le bras, pour qu'il écoutât bien ce qu'elle lui racontait. M. Jeannin se taisait; ses yeux allaient d'Antoinette à Olivier, et le pli de son front se creusait. Au milieu d'un récit de la fillette, il n'y tint plus, il se leva de table, et alla vers la fenêtre, pour cacher son émotion. Les enfants plièrent leurs serviettes, et se levèrent aussi. Mme Jeannin les envoya jouer au jardin; on les entendit aussitôt se poursuivre dans les allées, en poussant des cris aigus. Mme Jeannin regardait son mari, qui lui tournait le dos, et elle allait autour de la table, comme pour ranger quelque chose. Brusquement, elle se rapprocha de lui, et lui dit, d'une voix étouffée par la peur que les domestiques n'entendissent et par sa propre angoisse:

—Enfin, Antoine, qu'est-ce que tu as? Tu as quelque chose... Si! tu caches quelque chose... Est-ce qu'il y a un malheur? Est-ce que tu es souffrant?

Mais M. Jeannin, encore une fois, l'écarta, haussant les épaules avec impatience, et disant d'un ton dur:

—Non! Non, je te dis! Laisse-moi!

Elle s'éloigna, indignée; elle se disait, dans sa colère aveugle, qu'il pouvait bien arriver n'importe quoi à son mari, qu'elle ne s'en inquiéterait plus.

M. Jeannin descendit au jardin. Antoinette continuait ses folies et houspillait son frère, afin de le faire courir. Mais l'enfant déclara tout à coup qu'il ne voulait plus jouer; et il s'accouda sur le mur de la terrasse, à quelques pas de son père. Antoinette essaya de le taquiner encore; mais il la repoussa, en boudant: alors, elle lui dit quelques impertinences; et, puisqu'il n'y avait plus rien à faire ici pour s'amuser, elle rentra à la maison, et se mit à son piano.

M. Jeannin et Olivier restèrent seuls.

—Qu'est-ce que tu as, petit? Pourquoi ne veux-tu plus jouer? demanda le père, doucement.

—Je suis fatigué, papa.

—Bien. Alors, asseyons-nous un peu sur le banc, tous les deux.

Ils s'assirent. Une belle nuit de septembre. Le ciel limpide et obscur. L'odeur sucrée des pétunias se mêlait à l'odeur fade et un peu corrompue du canal sombre, qui dormait au pied du mur de la terrasse. Des papillons du soir, de grands sphinx blonds, battaient des ailes autour des fleurs, avec un ronflement de petit rouet. Les voix calmes des voisins assis devant leurs portes, de l'autre côté du canal, résonnaient dans le silence. Dans la maison, Antoinette jouait sur son piano des cavatines à fioritures italiennes. M. Jeannin tenait la main d'Olivier dans sa main. Il fumait. L'enfant voyait dans l'obscurité qui lui dérobait peu a peu les traits de son père la petite lumière de la pipe, qui se rallumait, s'éteignait par bouffées, se rallumait, finit par s'éteindre tout à fait. Ils ne causaient point. Olivier demanda le nom de quelques étoiles. M. Jeannin, assez ignorant des choses de la nature, comme presque tous les bourgeois de province, n'en connaissait aucun, à part les grandes constellations, que personne n'ignore; mais il feignit de croire que c'était de celles-là que l'enfant s'informait; et il les lui nomma. Olivier ne réclama point: il avait toujours plaisir à entendre et à répéter à mi-voix leurs beaux noms mystérieux. D'ailleurs, il cherchait moins à savoir qu'à se rapprocher instinctivement de son père. Ils se turent. Olivier, la tête appuyée au dossier du banc, la bouche ouverte, regardait les étoiles; et il s'engourdissait: la tiédeur de la main de son père le pénétrait. Brusquement, cette main se mit à trembler. Olivier trouva cela drôle, et dit, d'une voix riante et ensommeillée:

—Oh! comme ta main tremble, papa!

M. Jeannin retira sa main.

Après un moment, Olivier, dont la petite tête continuait à travailler toute seule, dit:

—Est-ce que tu es fatigué, aussi, papa?

—Oui, mon petit.

La voix affectueuse de l'enfant reprit:

—Il ne faut pas tant te fatiguer, papa.

M. Jeannin attira à lui la tête d'Olivier, et l'appuya contre sa poitrine, en murmurant:

—Mon pauvre petit!...

Mais déjà les pensées d'Olivier avaient pris un autre cours. L'horloge de la tour sonnait huit heures. Il se dégagea, et dit:

—Je vais lire.

Le jeudi, il avait la permission de lire, une heure après dîner, jusqu'au moment de se coucher: c'était son plus grand bonheur; et rien au monde n'eût été capable de lui en faire sacrifier une minute.

M. Jeannin le laissa partir. Il se promena encore, de long en large, sur la terrasse obscure. Puis il rentra, à son tour.

Dans la chambre, autour de la lampe, les enfants et la mère étaient réunis. Antoinette cousait un ruban à un corsage, sans cesser un instant de parler ou de chantonner, au grand mécontentement d'Olivier, qui, assis devant son livre, les sourcils froncés et les coudes sur la table, s'enfonçait les poings dans les oreilles pour ne rien entendre. Mme Jeannin ravaudait des bas, et causait avec la vieille bonne, qui, debout à côté d'elle, lui faisait le compte des dépenses de la journée, et profitait de l'occasion pour bavarder; elle avait toujours des histoires amusantes à raconter, dans un argot impayable, qui les faisait éclater de rire, et qu'Antoinette s'efforçait d'imiter. M. Jeannin les regarda en silence. Personne ne fit attention à lui. Il resta indécis, un moment, il s'assit, prit un livre, l'ouvrit au hasard, le referma, se leva: décidément, il ne pouvait rester. Il alluma une bougie, et dit bonsoir. Il s'approcha des enfants, les embrassa avec effusion: ils y répondirent distraitement, sans lever les yeux vers lui,—Antoinette occupée de son ouvrage, et Olivier de son livre. Olivier n'écarta même pas ses mains de ses oreilles, et grogna un bonsoir ennuyé, en continuant sa lecture:—quand il lisait, un des siens fût tombé dans le feu, qu'il ne se serait pas dérangé.—M. Jeannin sortit de la chambre. Il s'attardait encore dans la salle à côté. Sa femme vint peu après, la bonne étant partie, pour ranger des draps dans une armoire. Elle fit semblant de ne pas le voir. Il hésita, puis vint à elle, et dit:

—Je te demande pardon. Je t'ai parlé un peu brusquement, tout à l'heure.

Elle avait envie de lui dire:

—Mon pauvre homme, je ne t'en veux pas; mais qu'est-ce que tu as donc? Dis-moi donc ce qui te fait souffrir!

Mais elle dit, trop heureuse de prendre sa revanche:

—Laisse-moi tranquille! Tu es d'une brutalité odieuse avec moi. Tu me traites, comme tu ne traiterais pas une domestique.

Et elle continua sur ce ton, énumérant ses griefs, avec une volubilité âpre et rancunière.

Il eut un geste lassé, sourit amèrement, et la quitta.

Personne n'entendit le coup de revolver. Le lendemain seulement, quand on apprit ce qui s'était passé, les voisins se rappelèrent avoir perçu, vers le milieu de la nuit, dans le silence de la rue, un bruit sec, comme un claquement de fouet. Ils n'y prirent pas garde. La paix de la nuit retomba aussitôt sur la ville, enveloppant dans ses plis lourds les vivants et les morts.

Mme Jeannin, qui dormait, se réveilla, une ou deux heures plus tard. Ne voyant pas son mari auprès d'elle, elle se leva inquiète, elle parcourut toutes les pièces, descendit à l'étage au-dessous, alla aux bureaux de la banque, qui étaient dans un corps de bâtiment contigu à la maison; et là, dans le cabinet de M. Jeannin, elle le trouva dans son fauteuil, écroulé sur sa table de travail, au milieu de son sang, qui gouttait encore sur le plancher. Elle poussa un cri perçant, laissa tomber la bougie qu'elle tenait, et perdit connaissance. De la maison, on l'entendit. Les domestiques accoururent, la relevèrent, prirent soin d'elle, et portèrent le corps de M. Jeannin sur un lit. La chambre des enfants était fermée. Antoinette dormait comme une bienheureuse. Olivier entendit un bruit de voix et de pas: il eût voulu savoir; mais il craignit de réveiller sa sœur, et il se rendormit.

Le lendemain matin, la nouvelle courait déjà la ville, avant qu'ils sussent rien. Ce fut la vieille bonne qui la leur apprit, en larmoyant. Leur mère était hors d'état de penser à quoi que ce fût; sa santé donnait des inquiétudes. Les deux enfants se trouvèrent seuls, en présence de la mort. Dans ces premiers moments, leur épouvante était encore plus forte que leur douleur. Au reste, on ne leur laissa point le temps de pleurer en paix. Dès le matin, commencèrent les cruelles formalités judiciaires. Antoinette, réfugiée dans sa chambre, tendait toutes les forces de son égoïsme juvénile vers une pensée unique, seule capable de l'aider à repousser l'horreur qui la suffoquait: la pensée de son ami; elle attendait sa visite, d'heure en heure. Jamais il n'avait été plus empressé pour elle que la dernière fois qu'elle l'avait vu: elle ne doutait pas qu'il n'accourût, pour prendre part à son chagrin.—Mais personne ne vint. Aucun mot de personne. Aucune marque de sympathie. En revanche, dès la première nouvelle du suicide, des gens qui avaient confié leur argent au banquier se précipitèrent chez les Jeannin, forcèrent la porte, et, avec une férocité impitoyable, firent des scènes furieuses à la femme et aux enfants.

En quelques jours, s'accumulèrent toutes les ruines: perte d'un être cher, perte de toute fortune, de toute situation, de l'estime publique, abandon des amis. Écroulement total. Rien ne resta debout de ce qui les faisait vivre. Ils avaient, tous les trois, un sentiment intransigeant de pureté morale, qui les faisait d'autant plus souffrir d'un déshonneur, dont ils étaient innocents. Des trois, la plus ravagée par la douleur fut Antoinette, parce qu'elle en était le plus loin. Mme Jeannin et Olivier, si déchirés qu'ils fussent, n'étaient pas étrangers à ce monde de la souffrance. Pessimistes d'instinct, ils étaient moins surpris qu'accablés. La pensée de la mort avait toujours été pour eux un refuge: elle l'était plus que jamais, maintenant; ils souhaitaient de mourir. Lamentable résignation sans doute, mais pourtant moins terrible que la révolte d'un être jeune, confiant, heureux, aimant vivre, qui se voit brusquement acculé à ce désespoir sans fond, ou à cette mort qui lui fait horreur...

Antoinette découvrit d'un seul coup la laideur du monde. Ses yeux s'ouvrirent: elle vit la vie; elle jugea son père, sa mère, son frère. Tandis qu'Olivier et Mme Jeannin pleuraient ensemble, elle s'isolait dans sa douleur. Sa petite cervelle désespérée réfléchissait sur le passé, le présent, l'avenir; et elle vit qu'il n'y avait plus rien pour elle, aucun espoir, aucun appui: elle n'avait plus à compter sur personne.

L'enterrement eut lieu, lugubre, honteux. L'église avait refusé de recevoir le corps du suicidé. La veuve et les orphelins furent laissés seuls par la lâcheté de leurs anciens amis. À peine deux ou trois se montrèrent, un moment; et leur attitude gênée fut plus pénible encore que l'absence des autres. Ils semblaient faire une grâce en venant, et leur silence était gros de blâmes et de pitié méprisante. Du côté de la famille, ce fut bien pis: non seulement, il ne leur vint de là aucune parole consolante, mais des reproches amers. Le suicide du banquier, loin d'assourdir les rancunes, semblait à peine moins criminel que sa faillite. La bourgeoisie ne pardonne pas à ceux qui se tuent. Qu'on préfère la mort à la plus ignoble vie lui paraît monstrueux; elle appellerait volontiers toutes les rigueurs de la loi sur celui qui semble dire:

—Il n'y a pas de malheur qui vaille celui de vivre avec vous.

Les plus lâches ne sont pas les moins empressés à taxer son acte de lâcheté. Et quand celui qui se tue lèse, par-dessus le marché, en se raturant de la vie, leurs intérêts et leur vengeance, ils deviennent furieux.—Pas un instant, ils ne songeaient à ce que le malheureux Jeannin avait dû souffrir pour en arriver là. Ils eussent voulu le faire souffrir mille fois davantage. Et, comme il leur échappait, ils reportaient sur les siens leur réprobation. Ils ne se l'avouaient pas: car ils savaient que c'était injuste. Mais ils ne l'en faisaient pas moins: car il leur fallait une victime.

Mme Jeannin, qui ne semblait plus bonne à rien qu'à gémir, retrouvait son énergie, quand on attaquait son mari. Elle découvrait maintenant combien elle l'avait aimé; et ces trois êtres, qui n'avaient aucune idée de ce qu'ils deviendraient le lendemain, furent d'accord pour renoncer à la dot de la mère, à leur fortune personnelle, afin de rembourser, autant que possible, Les dettes du père. Et, ne pouvant plus rester dans le pays, ils décidèrent d'aller à Paris.

Le départ fut comme une fuite.

La veille au soir,—(un triste soir de la fin de septembre: les champs disparaissaient sous les grands brouillards blancs d'où surgissaient, des deux côtés de la route, à mesure qu'on avançait, les squelettes des buissons ruisselants, comme des plantes d'aquarium),—ils allèrent ensemble dire adieu au cimetière. Ils s'agenouillèrent tous trois sur l'étroite margelle de pierre, qui entourait la fosse fraîchement remuée. Leurs larmes coulaient en silence: Olivier avait le hoquet; Mme Jeannin se mouchait désespérément. Elle ajoutait à sa douleur, elle se torturait, à se répéter inlassablement les paroles qu'elle avait dites à son mari, la dernière fois qu'elle l'avait vu vivant. Olivier songeait à l'entretien sur le banc de la terrasse. Antoinette songeait à ce qui adviendrait d'eux. Aucun n'avait l'ombre d'un reproche dans le cœur pour l'infortuné, qui les avait perdus avec lui. Mais Antoinette pensait:

—Ah! cher papa, comme nous allons souffrir!

 彼女はときとすると、彼をからかいたくてたまらなくなった。母が呼んでると言って彼を木から降りさした。彼が降りて来るとそのあとに登って、もう動こうとしなかった。オリヴィエは不平で、言っつけてやるとおどかした。しかしアントアネットが長く木に登ってる心配はなかった。彼女は二、三分間もじっとしてることができなかった。枝の上からオリヴィエを笑ってやり、思うまま怒おこらして泣かせかけると、彼女は下にすべり降り、彼に飛びつき、笑いながら彼を揺すり、「泣きむし」と彼を呼び、彼を地面にころがして、一握りの草をその鼻先にこすりつけた。彼は手向かいしようとしたが、その力がなかった。するともう身動きもせず、黄金虫こがねむしのように仰向けにひっくり返って、痩やせた両腕をアントアネットの頑丈がんじょうな手で芝生しばふに押えつけられた。悲しげなあきらめた様子だった。アントアネットはその様子に気が折れた。打ち負けて屈伏してる彼をながめた。そして突然笑い出し、いきなり彼を抱擁して、そのまま置きざりにした――それでもなお、別れの挨拶あいさつの代わりに、丸めた生草を彼の口へ押し込んだ。彼はそれを何よりもきらっていた、非常に厭いやな味だったから。彼は唾つばを吐き、口を拭ぬぐい、ののしりたてたが、彼女は笑いながら一散に逃げていった。
彼女はいつも笑っていた。夜眠ってからもなお笑っていた。隣室で眠られないでいるオリヴィエは、いろんな話を一人で考え出してる最中に、彼女の狂気じみた笑い声や、夜の静けさの中で彼女が言ってる途切れ途切れの言葉などを、ふと耳にしてはびっくりした。外では、樹木が風に吹かれて音をたて、梟ふくろうが悲しげに鳴き、遠い村の中や森の奥の農家で、犬がほえていた。夜の蒼白あおじろいぼんやりした明るみの中に、樅もみの重い黒い枝が幽鬼のように揺らめくのが、窓の前に見えていた。そしてアントアネットの笑い声は、彼にとっては一つの慰撫いぶであった。

二人の子供は、ことにオリヴィエは、きわめて信心深かった。父は例の反僧侶はんそうりょ主義的言説で彼らに眉まゆをひそめさしたが、しかし彼らを放任しておいた。実のところ彼は、無信仰な多くの中流人士と同じく、家族の者らが自分に代わって信仰してることを厭いやには思っていなかった。敵の陣中に味方をもってるのはいつも結構なことであり、どちらへ運が向いてくるかわかったものではない。要するに彼は自然教信者であって、父親がなしたとおりに、時が来たら牧師を招く余地を残しておいた。それは益にならないとしても、害になるはずはない。火災保険を契約するためには、焼けることを信ずる必要は別にない。
病身なオリヴィエは、神秘説への傾向をもっていた。彼はときとすると、もう自分が存在しないように思われることもあった。信じやすくて心やさしいので、支持を一つ求めていた。いつも両腕を広げていてくれて、こちらからなんでも言うことができ、どんなことをも理解し宥恕ゆうじょしてくれる、眼に見えない友へ、自分の心を打ち明けるという慰安を、もの悲しい楽しみを、彼は懺悔ざんげのうちに味わった。魂が洗われ休められて純潔になって出て来る、謙抑けんよくと愛との沐浴もくよくの快さを、彼はしみじみと感じた。彼にとっては信ずることがいかにも自然だったので、どうして人が疑い得るかを了解しなかった。疑うのは邪悪なからであり、あるいは神に罰せられてるからであると、考えていた。父が神の恵みに心動かされるようにと、人知れず祈っていた。そしてある日、父といっしょに田舎いなかの教会堂を見物に行き、父が十字を切るのを見て、非常にうれしかった。聖史の物語は彼の心の中で、リューベザール、グラシューズとペルシネー、ハルーン・アル・ラシッド教王、などの不可思議な話と交り合っていた。幼いころには、それらのどの話も真実であると疑わなかった。そして、唇くちびるの裂けたシャカバクや、おしゃべりの理髪師や、カスガールの小さな佝僂せむしなどを、たしかに知ってる気がしたし、また、宝捜しの男の魔法の木の根をくわえてる黒い啄木鳥きつつきを、田舎いなかに散歩しながら見出そうとつとめていた。そしてまた、カナーンの地や約束の土地などは、彼の幼い想像力によって、ブールゴーニュやベリーの地方と一つになっていた。色褪あせた古い羽飾りのように小さな木が一本頂に立っている、向こうの丸い丘は、アブラハムが火烙ひあぶり台を立てた山のように思われた。茅屋ぼうおくのほとりにある大きな枯れた叢くさむらは、長い年代のために消えてしまってる燃ゆる荊いばらであった。少し大きくなって、批判力が眼覚めざめかけたころでさえ彼は、信仰を飾る通俗な伝説に心を向けるのが好きだった。それが非常に楽しかったので、まったくだまされはしなかったがだまされるのが面白かった。かくて彼は長い間、聖土曜日には、復活祭の鐘の帰来を待ち受けた。その鐘は、この前の木曜日にローマへ出かけたのであって、小さな吹き流しをつけて空中をもどってくるはずだった。そんなことは嘘うそだとついには気づいたけれど、それでもなお鐘の音を聞くときには、空の方を仰いでながめた。あるときなどは、青いリボンをつけた鐘が家の上空に消えてゆくのを――そんなはずはないとよく知りながらも――実際に見たような気がした。
彼は伝説と信仰とのそういう世界に、身を浸さないではおれなかった。彼は人生からのがれた。自分自身からのがれた。痩やせて蒼白あおじろく虚弱だった彼は、そういう状態を苦しみ、人からそうだと言われるのが堪えがたかった。彼のうちには生まれながらの悲観思想があった。それはもちろん母から受け継いだものであって、病弱な子供である彼にはちょうど適していた。彼はそのことを自覚しなかった。だれでも自分と同じだと思っていた。そしてこの十歳の小童は、遊び時間にも庭で遊ぶことをしないで、自分の室に閉じこもって、おやつの菓子をかじりながら、自分の遺書を書いていた。
彼は多く書いた。毎晩熱心に、人知れず日記をつけた――何にも言うべきことはなく、つまらないことしか言えなかったのに、なぜ日記をつけるかは、自分でもわからなかった。彼にあっては、書くことは遺伝的な病癖だった。それは、フランスの地方の中流階級――不滅なる老種族――の古来の欲求だった。彼らは馬鹿げたほとんど勇敢な忍耐さをもって、毎日見たり言ったりなしたり聞いたり食ったり飲んだり考えたりしたことを、死ぬまで毎日、自分のために詳しくしるしておく。自分のためにだ。他人のためにではない。だれもその日記を読む者はあるまい。それを彼らはよく知っている。そして彼ら自身も、決して読み返すことをしないのである。

音楽も彼にとっては、信仰と同様に、あまりに強い白日の光にたいする避難所だった。姉と弟とは二人とも、心からの音楽家だった――母からその能力を受けてるオリヴィエはことにそうだった。けれども、二人の音楽的趣味はすぐれたものとは言えなかった。この田舎いなかでは、音楽的趣味を涵養かんようすることはおそらくできなかった。音楽として聞かれるものは、速歩調やあるいは――祭りの日に――アドルフ・アダムの接続曲を奏する田舎楽隊、華想曲ロマンスをひく教会堂のオルガン、町の娘たちのピアノの練習、などばかりだった。その娘たちが調子の狂った楽器の上でたたきちらすものは、幾つかの円舞曲ワルツとポルカ曲、バグダッドの太守の序曲、若きアンリーの狩の序曲、モーツァルトの二、三の奏鳴曲ソナタなど、いつも同じものばかりで、またいつも音が間違っていた。それらの曲は、客を招待する夜会にはつきものだった。食事のあとにはかならず、技能ある人々はその腕前を見せてくれと願われた。彼らは最初顔を赤らめて断わるが、ついには一同の懇請にうち負けて、自慢の曲をそらでひいた。すると皆は、その音楽家の記憶力と「玉をころがすような」演奏とを賞賛した。
ほとんどどの夜会にもくり返されるその儀式は、二人の子供にとっては、晩餐ばんさんの喜びを殺そいでしまうものだった。バザンのシナ旅行やウェーバーの小曲などを、四手でひかなければならないときにはまだ、たがいに頼り合ってさほど恐れはしなかった。しかし独奏しなければならないときには、非常な苦痛だった。いつものとおり、アントアネットの方がいくらか勇気があった。厭いやで厭でたまらなくはあったけれども、のがれる道がないと知っていたから、彼女は思い切って、かわいい決心の様子でピアノにつき、そのロンドをむちゃくちゃにひきながら、ある楽節ではまごつき、ひき渋ったり、ふいにひきやめたり、後ろを振り向き、「ああ、忘れたわ……」と微笑ほほえみながら言ったり、それからまた勇敢に、数節先からひきだして、終わりまでやりつづけるのだった。そのあとで彼女は、ひき終えた満足を隠さなかった。喝采かっさいを浴びせられながら元の席にもどって来ると、笑いながら言っていた。
「私何度も間違えたわ……。」
しかしオリヴィエは、もっと気むずかしかった。公衆の前に出てゆくことが、集まってる人たちの目標となることが、辛棒できなかった。人がたくさんいるときには、口をきくのさえ苦痛だった。まして、音楽を愛しもせず――(彼はそれをよく見て取っていた)――音楽に退屈までし、ただ習慣上から演奏を求めてる、その人たちのために演奏することは、彼にとっては迫害にも等しかった。彼はただいたずらに逆らおうとばかりした。いつも頑固がんこに拒んでやった。ときには逃げ出すこともあった。まっ暗な室や、廊下の隅すみや、また、蜘蛛くもがひどく恐こわいのも構わずに、物置にまではいり込んで、身を隠した。しかしそういう抵抗のために、人々はいっそう激しく意地悪くせがんだ。あまり彼の反抗が横着になると、両親の叱責しっせきまで加わって、頬ほおを打たれることさえあった。そして彼はいつも、しまいには演奏しなければならなかった――厭々いやいやながらではあったが。そして演奏のあとでは、うまくひけなかったことを夜通し苦にした。なぜなら、彼はほんとうに音楽を愛していたから。
この小さな町の趣味は、いつもそれほど凡庸ぼんようだときまってはいなかった。町の二、三の家で、かなりりっぱな室内音楽会が行なわれたときのことを、人々は記憶していた。ジャンナン夫人がしばしば語るところによれば、彼女の祖父は、熱心にチェロをひき回したり、グルックやダレーラックやベルトンの節を歌ったのだった。今でもなお、大きな楽譜がイタリー歌曲のひとつづりとともに、家に残っていた。愛すべき老祖父は、ベルリオーズが評したアンドリュー氏に似ていた。「彼はグルックを非常に好きだった」とベルリオーズは言っている。そして苦々にがにがしげにつけ加えている、「彼はピッチーニをも非常に好きだった。」――ところで祖父は、ピッチーニの方を多く好きだったろう。がそれはとにかく、彼の集めたものの中では、イタリーの歌曲が数においてはるかに優勢だった。それらのものが、小さなオリヴィエの音楽上のパンだった。中身の少ない食物であって、子供に食べさせる田舎いなかの砂糖菓子に似ていた。その菓子は趣味を減退させ、胃をそこない、より真面目まじめな食物にたいする食欲を永遠に奪い去る恐れがある。しかしオリヴィエは貪食どんしょくだととがめられるわけはなかった。彼はより真面目まじめな食物を与えられていなかった。パンがなくて菓子ばかり食べていた。かくて自然の勢いとして、チマローザやパエジエロやロッシーニなども、この神秘家の憂鬱ゆううつな少年の乳母となった。それらの陽気な厚顔な老シレヌスたちや、率直でなまめかしい微笑を浮かべ眼に美しい涙をためてる、ナポリとカタニアとの元気な二人の小酒神、ペルゴレージとベリーニなどが、牛乳の代わりに注ついでくれる、泡あわだった白葡萄酒アスチを飲みながら、彼は酔って頭がふらふらするのだった。
彼はただ一人で、自分の楽しみのために音楽を多く奏した。音楽が心の底まで沁しみ通っていた。彼は自分が奏してるものを理解しようとは求めないで、受動的にそれを楽しんだ。だれも和声ハーモニーを教えてやろうとする者はいなかったし、彼自身も教わろうとは心掛けなかった。あらゆる学問および学問的精神はことごとく、彼の家庭に欠けていて、ことに母方の方に欠けていた。法律の人であり才気の人であり古典文学者であるその人たちは、何かの問題に出会うとまごついてしまった。血縁の一人――遠縁のある従弟いとこ――が天文協会にはいったというのを、一大珍事のように語っていた。その従弟は狂人になったとの噂うわさまでしていた。強健着実ではあるが長い消化と日々の単調さとで眠らされてる精神の、田舎いなかの古い中流階級の人たちは、自分の良識だけを頼りとしている。彼らはいかにも自信の念が強くて、自分の良識で解決できない問題はないと自惚うぬぼれている。そして彼らは、学術の人を一種の芸術家と見なしがちで、ただ、芸術家よりも有用ではあるが高尚ではないと考えている。なぜかと言えば、少なくとも芸術家はなんの役にもたたないからである。そしてその無為な生活には上品さがないでもない。ところが学者は、たいてい手工的労働者で――(それは不名誉なことだ)――せいぜい職工長くらいのもので、芸術家より学問はあるが多少気が変になっている。紙の上ではすぐれてるか知れないが、その数字の工場から外へ出ると、もうまるで木偶でくの棒だ。生活と実務との経験ある良識家に導かれなかったら、学者はとてもやってゆけるものではない。
ところがあいにくにも、生活と実務との経験が、これら良識家らが信じたがってるほど堅実なものであるとは、まだ証明されてはいない。それはむしろ、ごくわずかのきわめて容易な場合にのみ限られてる、一種の熟練と言うべきである。迅速じんそく勇敢な決意を要する意外な場合にぶつかると、彼らはもうなす術すべを知らない。
銀行家ジャンナンは、そういう種類の人物だった。万事は前もってよくわかっていたし、田舎いなか生活の一定の調子で正確にくり返されていたので、彼はその業務において重大な困難にかつて出会わなかった。その職業にたいする特殊の能力なしに、ただ父の業を受け継いだのだった。それ以来万事が好都合にいったので、自分が生来賢明なからだと慢おごっていた。正直で勤勉で良識をもってるだけで足りると、いつも好んで言っていた。父親が彼の趣味を念頭におかなかったとおり、彼も息子むすこの趣味なんかは念頭におかずに、その職務を息子に譲ろうと考えていた。そして息子をそういうふうに育てようとはしなかった。子供たちを勝手に生成するままに放任しておいて、ただ彼らが善良でありことに幸福でさえあればいいとしていた。子供たちを鍾愛しょうあいしていたのである。それで二人の子供は、この上もなく生存競争の準備が欠けていた。まるで温室の花だった。しかし、常にそういう生き方をしてはいけなかったであろうか? その柔弱な田舎において、名望ある富裕な家庭において、土地一流の地位を占めながら友人らに取り巻かれてる、快活で親切懇篤な父親をもっていて、生活はいかにも安易でなごやかだったのである。

アントアネットは十六歳になっていた。オリヴィエは初めての聖体拝受を受けるころになっていた。彼は自分の神秘な夢の羽音のうちに潜み込んでいた。アントアネットは四月の鶯うぐいすの声のように青春の心を満たしてゆく陶然たる希望の歓よろこばしい歌声に耳を傾けていた。自分の身体や魂が花のように咲き出してくるのを、また、きれいだと自分でも知り人からそう言われるのを、しみじみと楽しんだ。父の賛辞や不用意な言葉だけでも、彼女を自惚うぬぼれさせるに十分だった。
父は彼女に見とれていた。彼女の婀娜あだっぽい素振り、鏡の前での懶ものうげな横目、罪のない意地悪な悪戯いたずら、などを彼は楽しんだ。彼女を膝ひざの上に抱き上げて、その小さな愛情のことや、男をあやなしていることや、結婚のことなどで、彼女をからかった。彼は幾つも結婚の申し込みを受けてると言って、それを列挙してみせた。りっぱな中流人たちで、どれもこれも年老いた醜男ぶおとこばかりだった。彼女は父の首に両腕をまきつけ、顔を父の頬ほおに押し当てて、大笑いをしながら、嫌悪けんおの叫び声をたてた。すると彼は、彼女の選に当たる仕合わせな者はどんな男かと尋ねた、七大罪を犯した者のように醜いとジャンナン家の老婢ろうひが言っていたあの検事さんか、あるいはあのでっぷりした公証人かと。それを彼女は黙らせるために、ちょっと平手で打ったり、両手で口をふさいだりした。彼はその手に接吻せっぷんして、膝の上で彼女を跳はね躍おどらしながら、世に知られてる小唄こうたを歌った。

別嬪べっぴんさんよ、何が望みか、
醜男ぶおとこの御亭主ごていしゅさんかえ?

彼女は放笑ふきだして、彼の頬髯ほおひげを頤あごの下で結ゆわえながら、その反覆句で答えた。

醜男よりもかわいい男を
お上さん、どうぞ願います。

彼女は自分で相手を選ぶつもりだった。自分はたいへん富裕でありあるいは富裕になるだろうということを、彼女は知っていた――(父は口癖にそれをくり返していた)――彼女は「りっぱな嫁」だった。その地方での豪家で息子むすこのある人たちは、早くも彼女の機嫌きげんを取って、ちょっとした阿諛あゆと賢い術策との白糸の網を張りながら、この美しい銀の魚を捕えようとしていた。しかしその魚は彼らにたいして、単なる四月の魚になりやすかった。なぜなら、機敏なアントアネットは彼らの策略をすっかり見抜いていたから。そして彼女はそれを面白がっていた。彼女は捕とられたくはあったが、だれからでも捕れたくはなかった。その小さな頭の中で、結婚の相手をすでにきめていた。
土地の貴族――(一地方にはたいてい貴族の家柄が一つだけあるものである。その地の昔の君主から出た家だと自称している。けれど多くは、十八世紀の監察官やナポレオン時代の軍需商人など、国家の財産を買い取った者の子孫である)――その貴族にボニヴェー家というのがあった。町から二里隔たってるその邸宅には、光ってる石盤屋根の尖塔せんとうがそびえ、まわりに大きな森があり、森の中には魚を放った池が散在していた。そのボニヴェー家からジャンナン家へ懇親を求めてきた。息子のボニヴェーはアントアネットへしきりに媚こびてきた。年齢のわりにはかなり丈夫な肥満した美男子で、狩猟と飲食と睡眠とをその神聖な日課としていた。馬にも乗れるし、舞踏ダンスも心得ており、態度もかなりりっぱで、他の青年よりさほど劣ってはいなかった。長靴をはき込み馬や二輪馬車を駆って、ときどき自邸から町へ出て来た。用事を口実にして銀行家ジャンナンを訪問した。ときとすると、猟の獲物えものをつめた目籠めかごを手みやげにしたり、大きな花束を婦人たちへもってきたりした。その機会に乗じて、令嬢の意を迎えることにつとめた。令嬢といっしょに庭を散歩した。髭ひげをひねりながら、また、覧台テラースの舗石に拍車を鳴らしながら、腕のように太いお世辞を言ったり、愉快な冗談口をきいたりした。アントアネットは彼を面白い男だと思った。彼女の驕慢きょうまんと愛情とはしみじみとそそられた。彼女は幼い初恋のうれしさに浸り込んだ。オリヴィエはその田舎いなか紳士をきらいだった。強くて鈍重で粗暴で、騒々しい笑い方をし、螺盤まんりきのようにしめつける手をもち、彼の頬ほおをつまみながらいつも見くびりがちに、「坊っちゃん……」などと呼びかけるからであった。ことにきらいだった――なんとなく虫が好かなかった――わけは、他家よその者であるその男が姉を愛してるからであった……自分の姉を、自分一人のもので他ほかのだれのものでもない大事な姉を!……

そのうちに、破綻はたんが到来した。数世紀以来同じ一隅いちぐうの土地に固着してその汁しるを吸いつくした、それらの古い中流家庭の生活には、早晩一破綻の起こるのが常である。それらの家庭は静かな眠りをむさぼっていて、自分が身を置いてる大地とともに永遠なものだとみずから信じている。しかしその足下の大地は死滅して、もはや根がなくなっている。鶴嘴つるはしの一撃に会えばすべてが崩壊する。すると人は不運だと言い、不慮の災いだと言う。けれども樹木にも少し抵抗力があったならば、決して不運はないであろう。あるいは少なくとも、数本の枝は吹き折っても幹を揺るがすることのない暴風のように、その困難はただ通り過ぎてしまうであろう。
銀行家ジャンナンは、気が弱く信じやすく多少驕慢きょうまんだった。彼はわざと真実を見ようとせず、「実際」と「外見」とを混合しがちだった。彼は無分別に濫費していたが、それでも財産に大した穴を明けはしなかった。実際のところその濫費は、古来の倹約な習慣のために後悔のあまり和らげられていた――(彼は大束の薪まきを費消しながら、一本のマッチをおしんでいた。)彼はまたその事業にもごく慎重ではなかった。友人に金を貸すのをかつて拒んだことがなかった。そして彼の友人となることもさほど困難ではなかった。彼は受取証を書かせるだけの労を取らないのが常だった。貸金の計算なども粗漏をきわめていて、向こうから返して来なければほとんど催促をしなかった。他人がこちらの誠意を信頼してくれてると思うとともに、こちらからも他人の誠意に信頼していた。それにまた、儀式張らない円滑な態度のために小心だと思われていたが、実際はそれ以上に小心だった。厚顔な哀願者を体よく断わることもなし得なかったし、その支払能力を気づかってる様子をも示し得なかった。好意と意気地なさとが強く働いていた。だれの気をも害したくなかったし、また他人から侮辱されるのを恐れていた。それでいつも譲歩した。そしてみずからごまかすために進んで譲歩して、あたかも金を取られるのは仕事をしてもらうことででもあるかのようだった。実際にそう思わないでもなかった。自負心と楽観とのあまり、自分のする事はみなりっぱな事だとたやすく思い込んでいた。
そういうやり方は、ますます債務者らを寄せつけるばかりだった。百姓らはいつでも彼の恩恵にすがれることを知っていたし、また実際恩恵にはずれることがなかったので、皆彼を尊敬していた。しかし世人の感謝は――善良な人々の感謝でさえも――適当な時期に摘み取らなければならない果実のごときものである。木の上にあまり古く放っておくと、やがて黴かびが生えてくる。数か月たつと、ジャンナン氏から恩恵をこうむった人々は、その恩恵も当然のことだと考える癖がついてしまった。それのみならず、ジャンナン氏があんなに喜んで自分たちを助ける以上は、そこになんらかの利益があるに違いないと、自然に信じがちであった。もっとも気のきいた者たちは、自分の手で取った兎うさぎか、自家の鶏小屋から集めた卵かを、市いちの立つ日に銀行家へ贈って、それで帳消しになったつもりでいた――負債をでなくとも、少なくとも感謝の念だけは。
それまでは、要するにまだわずかな金額のことばかりだったし、ジャンナン氏の相手はかなり正直な人ばかりだったので、大した不都合をきたさなかった。金の損失は――それを彼はだれにも一言も漏らさなかったが――ごく僅少きんしょうな額だった。しかしジャンナン氏がある奸策かんさく家と接触するようになってからは、様子が違ってきた。この奸策家はある工業上の大事業を企てていて、銀行家ジャンナンの人の善よさとその資力とを聞き伝えたのだった。態度の堂々たる人物で、レジオン・ドヌールの勲章を所有し、友人としては、二、三の大臣、一人の大司教、多くの上院議員、文芸界や財界の著名な人々、などをもってると言い、ある有力な新聞と懇意だと自称していて、相手の人柄にふさわしい高圧的なまた馴なれ馴れしい調子を巧みに取ることができた。自己推薦の方法としては、ジャンナン氏より少し機敏な人ならだれでも気づくほどのずうずうしさで、それら高名な知人らから受けたつまらない挨拶あいさつ状、すなわち晩餐ばんさんへ招待の礼状やそのお返しの招待状などを、一々並べたてた。がだれでも知ってるとおり、フランス人はそういうありふれた書状なんかは決しておしまないし、知り合いになったばかりの男から握手や晩餐の招待を平気で受けるものである――ただ、その男が面白い人物でかつ金銭を求めさえしないならば。なおその上に、他人が自分と同様にしてくれさえするならば、自分も新しい知人へ金を貸すことを拒まないような者も多くある。そして、隣人からその持て余してる金を巻き上げてやろうとする利口な男が、他の羊をも引き込むためにまっ先に海へ飛び込もうとする羊を、どうしても見出し得ないとするならば、それは不運のせいだというのほかはない。――前にそういうばかな羊がなかったとしたら、ジャンナン氏はたしかにその最初の一人だったろう。彼は人からむしり取られるようにできてる富裕な善人だった。彼はその訪問者のりっぱな知人仲間だの、能弁だの、お世辞などに、惑わされてしまい、またその助言の最初の好結果に、迷わされてしまった。でも最初はあまり冒険しなかった。そして成功した。そしてこのたびは大きな冒険をした。つぎには何もかも、自分の金ばかりでなく預金者らの金をも賭かけた。預金者らにはそれを知らせなかった。たしかに儲もうけると信じきっていた。りっぱにやりとげて彼らをあっと言わせたかった。
計画は蹉跌さてつした。彼はパリーのある人からの通信で、間接にそれを知らせられた。その人は新しい失敗の事件を、ついでに一言述べたのであって、ジャンナン氏がその犠牲者の一人だろうとは夢にも知らなかった。というのは、ジャンナン氏はだれにもいっさいを秘密にしていたから。彼はほとんど考えられないほどの軽率な振舞をして、事情に通じてる人の助言を求めることを、怠っていた――避けてるかの観さえあった。彼はすべてを内密に行ない、自分の確実な良識に自惚うぬぼれていて、きわめて漠然ばくぜんたる情報だけで満足していた。人生にはそういう迷妄めいもうがよくあるものである。ある時期にはどうしても没落を免れないものらしい。あたかも人に助けられるのを恐れてるかのようである。救いの助言をすべて避け、自分の身を隠し、いらだちながらあせるだけで、勝手に一人で深く沈み込んでしまう。
ジャンナン氏は停車場へかけつけ、苦悶くもんに心を閉ざされながら、パリー行きの汽車に乗った。そして相手の男を捜しに行った。報知は嘘うそであるか、あるいは少なくとも誇張されたものであるかもしれないと、虫のいい希望をつないでいた。が相手の男は見出せなかった。そして失敗がほんとうであることを知った。完全な失敗だった。彼は狼狽ろうばいして帰って来ながら、すべてを秘密にした。だれもまだそれに気づかなかった。彼は数週間の、数日間の、余裕を得ようとつとめた。そして例の医いやしがたい楽天主義のあまり、損失全部をでなくとも、せめて預金者らへかける損失だけは、回復の方法を見出せるだろうと、無理にも思い込んだ。そして種々の方法を講じてみたが、あまりへまに急いだために、なお成功の機会があったとしてもそれをも失ってしまった。方々へ借財を申し込んだがみな断わられた。自棄気味やけぎみに残りのわずかな財産を投げ出して投機を試みたが、そのために万事窮してしまった。それ以来彼の性格は一変した。何事も口には出さなかった。しかし、いらだちやすく気荒で冷酷でひどく陰鬱いんうつになった。他人といっしょのときにはやはりまだ快活を装っていた。しかし不安な様子はだれの眼にもついた。人々はそれを彼の健康状態のせいにした。けれど彼は、家族の者らにたいしてはそれほど自分を押えなかった。何か重大なことを心に隠してるのが、すぐに彼らの眼に止まった。平素の彼とはまったく違っていた。ともすると室の中に駆けこんで、戸棚とだなの中をかき回しながら、あるかぎりの書類をごちゃごちゃに床ゆかの上に放り出し、あるいは何にも見つからないので、あるいはだれかが手伝おうとするので、狂人のように猛たけりたった。つぎには、その乱雑な中にぼんやりしてしまった。何を捜してるのかと尋ねられても、自分でもそれがわからなくなっていた。もう家族の者らをも念頭にしていないらしかった。かと思うと、眼に涙を浮かべて彼らを抱擁した。もう夜も眠らなかった。もう食事も取らなかった。
ジャンナン夫人は、破滅の迫ってることをよく見て取っていた。しかし夫の事業に少しも関与したことがなかったので、何にも理解できなかった。彼女は尋ねてみた。彼はそれを手荒くしりぞけた。彼女は自尊心を害せられて、そのうえ強しいては尋ねなかった。しかしなぜとはなしにおののいていた。
子供たちは危難に気づくことができなかった。もちろんアントアネットは怜悧れいりだったから、母と同じく、ある不幸を予感せずにはいなかった。しかし彼女は、萌もえ出した恋愛の楽しさに浸っていた。心配な事柄を考えたくはなかった。彼女は思い込んでいた、暗雲は自然と消えてしまうだろうと――あるいは、どうしてもそれを見なければならなくなるまでには、まだかなり間があるだろうと。
不幸な銀行家の魂の中に起こってることを、おそらくもっとも理解しやすかった者は、小さなオリヴィエであった。彼は父が苦しんでいるのを感じていた。そして父とともに内々苦しんでいた。しかし思い切ってなんとも言い得なかった。もとより、何にもできはしなかったし、何にも知りはしなかった。そのうえ彼もまた、悲しい事柄から考えをそらしていて、それを見落としがちだった。母や姉と同様に、彼も一つの迷信的傾向をもっていて、不幸は見たがらなければたぶん来るものではないと、信じがちだった。この憐あわれな人たちは、脅かされてることを感じながらも、好んで駝鳥だちょうの真似まねをしていた。石の後ろに頭だけを隠して、不幸からこちらの姿を見られていないことと想像していた。

不安な噂うわさが広まりかけていた。銀行の信用がだめになったと言われていた。銀行家はその預金者らにたいしていかに保証を装っても駄目だめだった。猜疑さいぎ心の深い預金者らは金の返還を求めてきた。ジャンナン氏は自分の没落を感じた。彼は自棄やけになって弁解をしながら、憤慨を装ってみたり、傲然ごうぜんと苦にがりきって、人々から信用されない不満を訴えたりした。はては古くからの預金者と喧嘩けんかまでした。そのために悪評は一般の信ずるところとなってしまった。預金返還の要求が輻輳ふくそうしてきた。彼はその要求に追いつめられてまったく途方にくれた。ちょっと旅行をして、近くの温泉町へ行き、銀行に残ってる札束さつたばを賭博とばくにかけ、たちまちのうちにすっかり失って、またもどって来た。
その不意の旅行は、小さな町じゅうを混乱さした。彼は逃亡したのだという噂うわさまであった。ジャンナン夫人は人々の興奮した不安に対向するのが容易でなかった。も少し待ってくれるようにと懇願し、夫はきっと帰ってくるに違いないと誓った。人々はそれを信じたがりながらも、ほとんど信ずることができなかった。それで彼が帰って来たのを知ると、皆ほっと胸をなでおろした。多くの者は、無駄むだな心配をしたのだと思いがちだった。ジャンナン家の人たちはごく機敏だから、たとい蹉跌さてつをしたにせよ、それを切りぬけてゆけるに違いないと、人々は思いがちだった。銀行家の態度もそういう印象を強めた。もはや最後の手段きり残っていないことが明らかな今となっては、彼は疲れてるようであったがしかしごく冷静だった。汽車から降りて駅前の並木道で、彼は数人の友人に出会いながら、数週間雨を得ないでいる田舎いなかのことや、すてきな葡萄ぶどうの出来ばえのことや、その日の夕刊にのってる内閣瓦解がかいのことなどを、平然と話していた。
家に帰っても彼は、夫人の心痛などを気にしてないふうだった。夫人は彼のそばに駆け寄り、不在中の出来事をごっちゃに早口で話してきかした。彼女は彼の顔つきから、どういう危難か知らないがそれを彼がうまく回避し得たかどうかを、しきりに読み取ろうと努めていた。それでも高慢のために何にも尋ねはしなかった。向こうから話し出されるのを待っていた。しかし彼は彼ら二人を苦しめてる事柄については一言も言わなかった。彼女が自分の心を打ち明けて彼の内密な相談にあずかりたがってるのを、それとなく避けてしまった。暑さのことや疲労のことなどを言って、ひどく頭痛がするとこぼした。そして皆はいつものとおり食卓についた。
彼は懶ものうげに考え込んで、額ひたいに皺しわを寄せながら、あまり話をしなかった。卓布の上を指先でたたいていた。皆から見守られてるのを知って無理に食べようとし、沈黙のために気遅れがしてる子供たちを、ぼんやりした遠い眼つきでながめていた。夫人は自負心を傷つけられて堅くなりながら、彼の顔を見ないでその挙動を一々うかがっていた。食事の終わるころ、彼はようやく我に返ったらしかった。アントアネットやオリヴィエと話をしようとした。自分の旅行中二人は何をしていたかと尋ねた。しかし彼らの答えに耳を貸しはしないで、ただその声の響きだけを聞いていた。そして彼らの上に眼をすえてはいたけれど、眸ひとみは他に向いていた。オリヴィエはそれを感じた。他愛ない話の中途で口をつぐんで、言いつづける気がしなかった。しかしアントアネットの方は、ちょっと気まずい思いをした後に、快活な気分の方が強くなった。愉快な鵲かささぎのようにしゃべりながら、父の手に自分の手を重ねたり、父の腕にさわったりして、話してることをよく聞かせようとした。ジャンナン氏は黙っていた。アントアネットからオリヴィエの方へ眼を移した。その額の皺はますます深くなった。娘が話してる最中に、彼はもう堪えかねて、食卓から立ち上がり、感動を隠すために窓の方へ行った。子供たちは胸布ナプキンをたたんで、同じく立ち上がった。ジャンナン夫人は彼らを庭へ遊ばせにやった。彼らが金切声をたてて小径こみちで追っかけ合ってるのが、間もなく聞こえてきた。ジャンナン夫人は夫をながめた。夫はその方へ背中を向けていた。彼女は何か片付けるふうで食卓を回った。そして突然彼女は彼に近寄って、召使どもに聞かれはすまいかという懸念けねんから、また自分自身の心痛のあまりに、声をひそめて言った。
「あなた、どうなすったんです? どうかなすったのでしょう……。何か隠していらっしゃるのでしょう……。災難でも起こりましたか。苦しいことでもおありですか。」
しかし彼は、そのときもなお彼女を避けて、いらだたしげに肩をそびやかし、きつい調子で言った。
「いや、そんなことはないんだ。構わないでおいてくれ。」
彼女はむっとして遠のいた。どんなことが夫に起ころうともう気をもんでやるものかと、盲目な憤りのうちにみずから去った。
ジャンナン氏は庭へ降りていった。アントアネットは悪戯いたずらをしつづけて、弟をいじめては駆けさしていた。しかし弟はもう遊びたくないと突然言い出した。そして父から数歩離れた所で、覧台テラースの墻壁しょうへきによりかかった。アントアネットはなお彼をからかおうとした。しかし彼は口をとがらしながらそれを押しのけた。すると彼女は何か悪口を言った。そしてもう面白いことがなくなったので、家にはいってピアノの前にすわった。
ジャンナン氏とオリヴィエと二人きりになった。
「坊や、どうしたんだい? なぜもう遊ぼうとしないの?」と父はやさしく尋ねた。
「くたびれちゃったの、お父とうさん。」
「そう。では二人でちょっと腰を掛けようよ。」
彼らは腰掛にすわった。九月の美しい夜だった。空は澄み切って薄暗かった。ペチュニアの甘っぽい香かおりが、覧台テラースの墻かきの下に眠ってる暗い運河の、白けたやや腐れっぽい匂においに交っていた。夕ゆうべの蝶ちょうが、金色の大きな天蛾てんがが、小さな糸車のような羽音をたてて花のまわりを飛んでいた。運河の向こう側の家の、戸の前にすわっている人々の静かな声が、静けさのうちに響いていた。家の中ではアントアネットが、装飾用のイタリー抒情歌カヴァチーナをピアノでひいていた。ジャンナン氏はオリヴィエの手を執っていた。彼は煙草たばこを吹かした。オリヴィエは、しだいに父の顔だちをぼやけさしてゆく暗がりの中に、パイプの小さな火を見守った。その火は急に明るくなり、ぱっと吐かれる煙のために消え、また明るくなり、しまいにすっかり消えてしまった。二人は少しも話をしなかった。オリヴィエは二、三の星の名を尋ねた。ジャンナン氏は田舎いなかのたいていの中流人士と同じく、自然界の事物についてはかなり無知だったので、尋ねられた星の名は一つも知らなかった。ただ、だれでも知ってる大きな星座だけを知っていた。子供が尋ねてるのはそれらの星座のことだと思ってるふうをして、その名前を聞かしてやった。オリヴィエは問い返さなかった。それらの神秘な美しい名前を、耳にきいたり小声でくり返したりするのが、いつもうれしかった。そのうえ彼は知識を求めることよりも、むしろ本能的に父に近づきたがっていた。二人は黙った。オリヴィエは腰掛の背に頭をもたせ、口をうち開いて、星をながめた。そしてうっとりとなった。父の手の温あたたかみがしみじみと感ぜられた。とにわかにその手が震えだした。オリヴィエは変だと思って、にこやかな眠たげな声で言った。
「おや、お父とうさんの手はたいへん震えてるよ。」
ジャンナン氏は手を引っ込めた。
オリヴィエはその小さな頭を一人で働かしつづけていたが、ややあって言った。
「お父さんもくたびれたの?」
「ああ、坊や。」
子供はやさしい声で言った。
「そんなに疲れちゃいけないよ、お父とうさん。」
ジャンナン氏はオリヴィエの頭を引き寄せて、それを自分の胸に寄せ掛からせながらつぶやいた。
「かわいそうに!……」
しかしオリヴィエの考えは、他の方へ向いていた。塔の大時計が八時を打っていた。彼は身を放して言った。
「本を読んでこよう。」
木曜日には、夕食後一時間たってから寝るまで、本を読むことが許されていた。それは彼のいちばん大きな楽しみだった。どんなことがあろうと、その一分間をもさき与えたくはなかった。
ジャンナン氏は彼を去らした。そしてなお一人で、薄暗い覧台テラースの上をあちらこちら歩き回った。それから彼も家へはいった。
室の中にはランプのまわりに、子供たちと母親とが集まっていた。アントアネットは胴着にリボンを縫いつけながら、しゃべったり歌ったりするのをちょっともやめなかった。それがオリヴィエには不満だった。彼は書物の前にすわって、眉まゆをしかめテーブルに両肱ひじをついて、何にも聞こえないように拳こぶしを両耳に押しあてていた。ジャンナン夫人は靴下くつしたを繕いながら、老婢ろうひと話をしていた。老婢は夫人のそばに立って、一日の出費を報告し、その機会をとらえて少しおしゃべりをした。いつも面白い話をもっていた。おかしな訛言なまりで話すので、皆それに笑い出し、アントアネットは真似まねようとした。ジャンナン氏はそういう一同を黙ってながめた。だれも彼に注意を向けなかった。彼はちょっと躊躇ちゅうちょし、そこにすわり、一冊の書物を取り上げ、手任せのところを開き、また閉ざし、立ち上がった。どうしてもそこに落ち着けなかったのである。彼は蝋燭ろうそくをともし、挨拶あいさつの言葉を皆にかけた。子供たちに近寄って、心をこめて抱擁した。子供たちは心を他処よそにしてそれに応じ、彼の方へ眼をもあげなかった――アントアネットは仕事に気を取られ、オリヴィエは読書に気を取られていた。オリヴィエは耳から手をはずしもしないで、気のない挨拶の言葉をつぶやいたまま、読書をつづけた――書物を読んでるときだったら、家の者がだれか火の中へ落っこっても、彼はびくともしなかったろう。――ジャンナン氏は室から出た。そしてなお隣の室でぐずついていた。ほどなく夫人は、老婢ろうひが帰ったあとなので、自分で箪笥たんすに着物をしまいに来た。彼女は彼の姿に気づかないふうをした。彼はためらったが、つぎに彼女のそばへ行って、そして言った。
「許してくれ。さっきは少し手荒な口をきいたが。」
彼女は彼にこう言いたかった。
――あなた、私は少しも恨んでおりません。ですが、いったいどうなすったの。苦しみの種をおっしゃってくださいね。
しかし彼女は、意趣返しをするのがうれしくて、こう言った。
「私に構わないでください。あなたはほんとに乱暴な人ですわ。女中かなんぞによりも、もっとひどく私にお当たりなすったのね。」
そして彼女は、遺恨を含んだ激しい早口で苦情を並べたてながら、同じ調子で言いつづけた。
彼は気力のない身振りをし、苦笑を漏らして、彼女のもとを離れた。

だれも拳銃けんじゅうの音を聞かなかった。ようやく翌日になって、夜来の出来事がわかったとき、その真夜中ごろに、通りもひっそりとしてる中に、靴の音みたいなきつい音が聞こえたのを、隣人らは思い出した。彼らはそのとき気にも止めなかった。夜の平穏はすぐにまた町へ落ちてきて、その重い襞ひだの中に生者をも死者をも包み込んだ。
眠っていたジャンナン夫人は、それから一、二時間後に眼を覚さました。そばに夫の姿が見えないので、不安になって起き上がり、方々部屋を見回り、階下したへ降りて行き、母家おもやと軒つづきの銀行の事務所へ行ってみた。そしてそこで、ジャンナン氏をその私室に見出した。ジャンナン氏は肱掛椅子ひじかけいすにすわり、事務机の上にぐったりとなって、血にまみれていた。その血はまだ床ゆかにぽたぽたたれていた。彼女は鋭い叫び声をたて、手の蝋燭ろうそくを取り落とし、意識を失ってしまった。母家の人たちがそれを耳にした。召使たちが駆けつけて来、彼女を引き起こして手当てを施し、ジャンナン氏の身体を寝台の上に運んだ。子供たちの室は閉しめ切ってあった。アントアネットは至福者のように眠っていた。オリヴィエは人声や足音を聞き伝えた。何事か知りたかった。しかし姉の眼を覚ますのを気づかった。そしてまた眠った。
翌朝、その噂うわさが町に広まってからも、二人はまだ何にも知らなかった。老婢ろうひが涙を流しながら、出来事を二人に知らしてくれた。母はまだ何にも考えることができなかった。不安な容態でさえあった。二人の子供は死を前にして、ただ二人きりだった。最初のうちは、悲しさよりも恐ろしさの方が強かった。そのうえ、落ち着いて泣くだけの時間も与えられなかった。その朝から早くも、残忍な司法上の手続きが始められた。アントアネットは自分の室に逃げ込んで、青春の自己中心的なあらんかぎりの力で、息苦しい恐怖をしりぞける助けとなりうる唯一の考え、すなわち恋人へ思いをはせること、その方へすがりついていった。彼女は恋人の来訪を、今か今かと待っていた。この前会ったとき、彼は今までになくもっとも懇ねんごろだった。彼がすぐに駆けつけて来て、心痛を共にしてくれるに違いなかった。――しかし、だれも来なかった。だれからも一言の便たよりもなかった。なんらの同情のしるしも見られなかった。それに反して、自殺の噂うわさが広まるとすぐに、銀行の預金者らはジャンナン家へ押しかけ、無理にはいりこんで来て、無慈悲な獰猛どうもうさで、夫人や子供たちに激しい喧嘩けんかを吹きかけた。
数日のうちに、あらゆる没落がつみ重なってきた、親愛なる人の死亡、全財産と全地位と世間の尊敬との喪失、友人らの離反。それこそ全部の崩壊だった。彼らを生かしていたものは何一つ残存しなかった。彼らは三人とも、精神上の純潔さにたいする一徹な感情をもっていただけに、自分らに責のない不名誉をことにひどく苦しんだ。三人のうちで、もっともその苦悩に痛められたのはアントアネットだった。なぜなら彼女は平素もっとも苦悶くもんに遠ざかっていたから。ジャンナン夫人とオリヴィエとは、いかに断腸の思いをしたにせよ、苦しみの世界に門外漢ではなかった。本能的に悲観家である彼らは、圧倒されながらもそれほど驚きはしなかった。彼らにとっては、死の考えは常に一つの避難所だった。今となってはことにそうだった。彼らは死を希望した。もちろんそれは痛ましい諦あきらめには違いない。しかしながら、自信強く、幸福であり、生きることを愛しているのに、この底知れぬ絶望に、あるいは身の毛もよだつ死そのものに、突然行き当たった若人の反抗心に比ぶれば、それほど恐ろしいものではない……。
アントアネットは世間の醜悪さを一挙に見て取った。彼女の眼は開けた。彼女は人生を見た。父や母や弟を批判した。オリヴィエとジャンナン夫人とがいっしょに泣いてる間に、彼女は一人自分の苦悩の中に閉じこもった。彼女の絶望した小さな頭脳は、過去現在未来を考慮した。そしてもはや自分には何も残っていないのを知った、なんらの希望もなんらの支持もないのを。もはや頼りうるだれもいなかった。
悲しい恥ずかしい葬式が行なわれた。教会は自殺者の死体を受けることを拒んだ。寡婦と孤児たちとは卑劣な旧友らから見捨てられた。ようやく二、三の人たちがちょっと顔を出した。彼らの迷惑そうな態度は、他に会葬者がないことよりもさらにつらかった。彼らは会葬を一つの恩恵としているらしかった。その沈黙は非難と軽蔑けいべつ的な憐憫れんびんとの塊かたまりだった。親戚しんせきの方はさらにひどかった。ただに弔慰の言葉を寄せないばかりでなく、苦々にがにがしい非難を寄せてきた。銀行家の自殺は人々の怨恨えんこんを鎮しずめるどころか、破産にも劣らないほどの罪悪らしかった。中産階級は自殺者を許さない。もっとも不名誉な生よりもむしろ死を選ぶことは、もってのほかのことだと思われている。「諸君といっしょに生きることくらい不幸なことはない、」と言うらしい人の上には、あらゆる峻厳しゅんげんな法の制裁が喜んで加えられる。
もっとも卑怯ひきょうな者こそ、もっとも激しく自殺を卑怯な行ないだと非難する。自殺者が人生からのがれながら、おまけに彼らの利益と復讐ふくしゅう心とを毀損きそんするときには、彼らは狂人のようになる。――彼らは、不幸なジャンナン氏がいかに苦しんでからそこまで到達したかを、ちょっとも考えてみようとしなかった。なお彼を千倍も苦しませたいほどだった。そして彼がいなくなると、その家族の者たちに非難の鋒先ほこさきを向けた。彼らはそれを自認してはいなかった。なぜならそれは不正なことだと知っていたから。けれどもやはりそうせずにはいられなかった。一つの犠牲者が彼らには必要だったのである。
もはや嘆くよりほかに能のないように見えるジャンナン夫人も、夫が攻撃をされると、気力を回復してきた。彼女は今や、どんなに彼を愛していたかを知った。そして三人の者は、あすはいかになりゆくか少しも考えていなかったので、皆心を合わせて、母の持参財産や各自の財産を提供して、できるだけ父の負債を償却した。それからもう土地へとどまってることができなくて、パリーへ行こうと決心した。

出発は逃亡に等しかった。
前日の夕方――(九月末の寂しい夕ゆうべだった。田野は白い濃霧に覆おおわれて見えなかった。水族館の植物みたいに、雫しずくをたらしてる寂しい灌木かんぼくの姿が、道の両側に霧の中から、進むにつれて現われてきた)――その夕方、彼らは墓へ別れを告げに行った。新しく掘り動かされた墓穴のまわりの、狭い縁石に、三人ともひざまずいた。無言のうちに涙が流れた。オリヴィエはしゃくりあげていた。ジャンナン夫人はたまらなそうに洟はなをかんでいた。生前最後に会ったとき夫へ言った言葉を飽かず思い起こしては、彼女の心はさらに苦しみもだえていた。オリヴィエは覧台テラースの腰掛でかわした話を思っていた。アントアネットは自分たちがどうなるかを考えていた。一同を没落の淵ふちに巻き込んだその不運な人にたいしては、だれも非難の気持をもっていなかった。しかしアントアネットは考えていた。
「ああお父とう様、私たちはこれからどんなに苦しむことでございましょう!」

Le brouillard s'obscurcissait, l'humidité les pénétrait. Mais Mme Jeannin ne pouvait se décider à partir. Antoinette vit Olivier qui frissonnait, et elle dit à sa mère:

—Maman, j'ai froid.

Ils se levèrent. Au moment de s'en aller, Mme Jeannin se retourna, une dernière fois, vers la tombe:

—Mon pauvre ami! fit-elle.

Ils sortirent du cimetière, dans la nuit qui tombait. Antoinette tenait dans sa main la main glacée d'Olivier.

Ils rentrèrent dans la vieille maison. C'était leur dernière nuit dans le nid, où ils avaient toujours dormi, où leur vie s'était passée, et la vie de leurs parents,—ces murs, ce foyer, ce petit carré de terre, auxquels s'étaient liées si indissolublement toutes les joies et les douleurs de la famille qu'il semblait qu'ils fussent aussi de la famille, qu'ils fissent partie de leur vie, et qu'on ne pût les quitter que pour mourir.

Leurs malles étaient faites. Ils devaient prendre le premier train du lendemain, avant que les boutiques des voisins fussent ouvertes: ils voulaient éviter la curiosité et les commentaires malveillants.—Ils avaient besoin de se serrer l'un contre l'autre; et pourtant, chacun alla d'instinct dans sa chambre, et s'y attarda: ils restaient debout, sans bouger, ne pensant même pas à ôter leur chapeau et leur manteau, touchant les murs, les meubles, tout ce qu'ils allaient quitter, appuyant leur front contre les vitres, essayant de prendre et de garder en eux le contact des choses aimées. Enfin, chacun fit effort pour s'arracher à l'égoïsme de ses pensées douloureuses, et ils se réunirent dans la chambre de Mme Jeannin,—la chambre familiale, avec une grande alcôve au fond: c'était là qu'autrefois ils se réunissaient le soir, après diner, quand il n'y avait pas de visites. Autrefois!... Cela leur semblait si lointain, déjà!—Ils restèrent sans parler, autour du maigre feu; puis, ils dirent la prière ensemble, agenouillés devant le lit; et ils se couchèrent très tôt, car il fallait être levés avant l'aube. Mais ils furent longtemps, avant que le sommeil vînt.

Vers quatre heures du matin, Mme Jeannin qui, toutes les heures, avait regardé à sa montre s'il n'était pas temps de se préparer, alluma sa bougie et se leva. Antoinette, qui n'avait guère dormi, l'entendit et se leva aussi. Olivier était plongé dans un profond sommeil. Mme Jeannin le regarda avec émotion, et ne put se décider à le réveiller. Elle s'éloigna sur la pointe des pieds, et dit à Antoinette:

—Ne faisons pas de bruit: que le pauvre petit jouisse de ses dernières minutes ici!

Les deux femmes achevèrent de s'habiller et de finir les paquets. Autour de la maison, planait le grand silence des nuits où il fait froid, et où tout ce qui vit, les hommes et les bêtes, s'enfonce plus avidement dans le tiède sommeil. Antoinette claquait des dents: son cœur et son corps étaient glacés.

La porte d'entrée résonna dans l'air gelé. La vieille bonne, qui avait la clef de la maison, venait une dernière fois servir ses maîtres. Petite et grosse, le souffle court, et gênée par son embonpoint, mais singulièrement leste pour son âge, elle se montra, avec sa bonne figure emmitouflée, le nez rouge, et les yeux larmoyants. Elle fut désolée devoir que Mme Jeannin s'était levée sans l'attendre, et qu'elle avait allumé le fourneau de la cuisine.—Olivier s'éveilla, comme elle entrait. Son premier mouvement fut de refermer les yeux, et de se retourner dans ses couvertures, pour se rendormir. Antoinette vint poser doucement sa main sur l'épaule de son frère, et elle l'appela à mi-voix:

—Olivier, mon petit, il est temps.

Il soupira, ouvrit les yeux, vit le visage de sa sœur penché vers le sien: elle lui sourit mélancoliquement, et lui caressa le front avec sa main. Elle répétait:

—Allons!

Il se leva.

Ils sortirent de la maison, sans bruit, comme des voleurs. Chacun d'eux avait des paquets à la main. La vieille bonne les précédait, roulant leur malle sur une brouette. Ils laissaient presque tout ce qu'ils avaient; ils n'emportaient, pour ainsi dire, que ce qu'ils avaient sur le corps, et quelques vêtements. De pauvres souvenirs devaient leur être expédiés plus tard, par la petite vitesse: quelques livres, des portraits, l'antique pendule, dont le battement leur semblait le battement même de leur vie... L'air était aigre. Personne n'était encore levé dans la ville; les volets étaient clos, les rues vides. Ils se taisaient. La domestique seule parlait. Mme Jeannin cherchait à graver en elle, pour la dernière fois, ces images qui lui rappelaient tout son passé.

À la gare, Mme Jeannin, par amour-propre, prit des secondes classes, bien qu'elle se fût promis de prendre des troisièmes; mais elle n'eut pas le courage de cette humiliation, en présence des deux ou trois employés du chemin de fer, qui la connaissaient. Elle se faufila précipitamment dans un compartiment vide, et s'y enferma, avec les petits. Cachés derrière les rideaux, ils tremblaient de voir apparaître une figure de connaissance. Mais personne ne se montra: la ville s'éveillait à peine, à l'heure où ils partaient; le train était désert; il n'y avait que trois ou quatre paysans, et des bœufs, qui, la tête passée par-dessus la barrière du wagon, mugissaient avec mélancolie. Après une longue attente, la locomotive siffla longuement, et le train s'ébranla dans le brouillard. Les trois émigrants écartèrent les rideaux, et, le visage collé contre la vitre, regardèrent une dernière fois la petite ville, dont la tour gothique se voyait à peine au travers du voile de brume, la colline couverte de chaumes, les prairies blanches de givre et fumantes: c'était déjà un paysage de rêve, lointain, à peine existant. Et quand il eut disparu, à un détour de la voie, qui s'engageait dans une tranchée, sûrs de n'être plus observés, ils ne se contraignirent plus. Mme Jeannin, son mouchoir appuyé sur sa bouche, sanglotait. Olivier s'était jeté sur elle, et, la tête sur les genoux de sa mère, il lui couvrait les mains de larmes et de baisers. Antoinette, assise à l'autre coin du compartiment et tournée vers la fenêtre, pleurait silencieusement. Ils ne pleuraient pas tous trois pour la même raison. Mme Jeannin et Olivier ne pensaient qu'à ce qu'ils laissaient derrière eux. Antoinette pensait bien davantage à ce qu'ils allaient trouver: elle se le reprochait; elle eût voulu s'absorber dans ses souvenirs...—Elle avait raison de songer à l'avenir: elle avait une vue plus exacte des choses que sa mère et son frère. Ils se faisaient des illusions sur Paris. Antoinette elle-même était loin de se douter de ce qui les y attendait. Ils n'y étaient jamais venus. Mme Jeannin avait à Paris une sœur richement mariée avec un magistrat; et elle comptait sur son aide. Elle était convaincue d'ailleurs que ses enfants, avec l'éducation qu'ils avaient reçue, et leurs dons naturels, sur lesquels elle se trompait, comme toutes les mères, n'auraient point de peine à gagner honorablement leur vie.

L'impression d'arrivée fut sinistre. Dès la gare, ils furent consternés par la bousculade des gens dans la salle des bagages, et le tumulte des voitures enchevêtrées devant la sortie. Il pleuvait. On ne pouvait trouver de fiacre. Il fallut courir loin, les bras cassés par les paquets trop lourds, qui les forçaient à s'arrêter au milieu de la rue, au risque d'être écrasés ou éclaboussés par les voitures. Aucun cocher ne répondait à leurs appels. Enfin, ils réussirent à en arrêter un, qui menait une vieille patache d'une saleté repoussante. En hissant leurs paquets, ils laissèrent tomber un rouleau de couvertures dans la boue. Le facteur de la gare, qui portait leur malle, et le cocher abusèrent de leur ignorance, pour se faire payer double. Mme Jeannin avait donné l'adresse d'un de ces hôtels médiocres et chers, achalandés par les provinciaux, qui, parce qu'un de leurs grands-pères y alla trente ans auparavant, continuent d'y aller, malgré les inconvénients. On les y écorcha. L'hôtel était plein, disait-on: on les empila tous ensemble dans un étroit local, en leur comptant le prix de trois chambres. Au dîner, ils voulurent faire des économies, en évitant la table d'hôte; ils se commandèrent un modeste menu, qui leur coûta aussi cher, et qui les affama. Dès les premières minutes de l'arrivée, leurs illusions étaient tombées. Et, dans cette première nuit d'hôtel, où, entassés dans une chambre sans air, ils n'arrivaient pas à dormir, ayant froid, ayant chaud, ne pouvant respirer, tressautant au bruit des pas dans le corridor, des portes qu'on fermait, des sonneries électriques, le cerveau meurtri par le roulement incessant des voitures et des lourds camions, ils eurent l'impression terrifiée de cette ville monstrueuse, où ils étaient venus se jeter, et où ils étaient perdus.

Le lendemain, Mme Jeannin courut chez sa sœur, qui habitait un luxueux appartement, boulevard Haussmann. Elle espérait, sans le dire, qu'on leur offrirait de les loger dans la maison, jusqu'à ce qu'ils fussent hors d'affaire. Le premier accueil suffit à la désabuser. Les Poyet-Delorme étaient furieux de la faillite de leur parent. La femme surtout, qui craignait qu'on ne la leur jetât à la tête et que cela ne nuisît à l'avancement de son mari, trouvait de la dernière indécence que la famille ruinée vînt s'accrocher à eux et les compromettre encore plus. Le magistrat pensait de même; mais il était assez brave homme; il eût été plus secourable, si sa femme n'y eût veillé,—ce dont il était bien aise. Mme Poyet-Delorme reçut sa sœur avec une froideur glaciale. Mme Jeannin en fut saisie; elle se força à déposer sa fierté: elle laissa entendre à mots couverts les difficultés où elle se trouvait, et ce qu'elle eût souhaité des Poyet. On fit comme si on n'avait pas entendu. On ne les retint même pas à dîner pour le soir; on les invita cérémonieusement pour la fin de la semaine. Encore l'invitation ne vint-elle pas de Mme Poyet, mais du magistrat, qui, un peu gêné lui-même de l'accueil de sa femme, tâcha d'en atténuer la sécheresse: il affectait de la bonhomie, mais on sentait qu'il n'était pas très franc, et qu'il était très égoïste.—Les malheureux Jeannin revinrent à l'hôtel, sans oser échanger leurs impressions sur cette première visite.

Ils passèrent les jours suivants à errer dans Paris, cherchant un appartement, harassés de monter les étages, écœurés de voir ces casernes où s'entassent les corps, ces escaliers malpropres, ces chambres sans lumière, si tristes après la grande maison de province. Ils étaient de plus en plus oppressés. Et c'était toujours le même ahurissement dans les rues, dans les magasins, dans les restaurants, qui les faisait duper par tous. Tout ce qu'ils demandaient coûtait un prix exorbitant; on eût dit qu'ils avaient la faculté de transformer en or tout ce qu'ils touchaient: en or, qu'ils devaient payer. Ils étaient d'une maladresse inimaginable, et sans force pour se défendre.

Si peu qu'il lui restât d'espérances à l'égard de sa sœur, Mme Jeannin se forgeait encore des illusions sur le dîner, où ils étaient invités. Ils s'y préparèrent, avec des battements de cœur. Ils furent reçus en invités, et non pas en parents,—sans qu'on eût fait d'ailleurs d'autres frais pour le dîner, que ce ton cérémonieux. Les enfants virent leurs cousins, à peu près de leur âge, qui ne furent pas plus accueillants que le père et la mère. La fillette, élégante et coquette, leur parlait, en zézayant, d'un air de supériorité polie, avec des manières affectées et sucrées, qui les déconcertaient. Le garçon était assommé de cette corvée du dîner avec les parents pauvres; et il fut aussi maussade que possible. Mme Poyet-Delorme, droite et raide sur sa chaise, semblait toujours, même quand elle offrait d'un plat, faire la leçon à sa sœur. M. Poyet-Delorme parlait de niaiseries, pour éviter qu'on parlât de choses sérieuses. L'insipide conversation ne sortait pas de ce qu'on mange, par crainte de tout sujet intime et dangereux. Mme Jeannin fit un effort pour amener l'entretien sur ce qui lui tenait à cœur: Mme Poyet-Delorme l'interrompit net, par une parole insignifiante. Elle n'eut plus le courage de recommencer.

Après le dîner, elle obligea sa fille à jouer un morceau de piano, pour montrer son talent. La petite, gênée, mécontente, joua horriblement. Les Poyet, ennuyés, attendaient qu'elle eût fini. Mme Poyet regardait sa fille avec un plissement de lèvres ironique; et, comme la musique durait trop, elle se remit à causer de choses indifférentes avec Mme Jeannin. Enfin, Antoinette, qui avait complètement perdu pied dans son morceau, et qui s'apercevait avec terreur qu'à un certain passage, au lieu de continuer, elle avait repris au commencement, et qu'il n'y avait pas de raison pour qu'elle en sortit jamais, coupa court, et termina par deux accords qui n'étaient pas justes, et un troisième qui était faux. M. Poyet dit:

—Bravo!

Et il demanda le café.

Mme Poyet dit que sa fille prenait des leçons avec Pugno. La demoiselle, «qui prenait des leçons avec Pugno», dit:

—Très joli, ma petite... et demanda où Antoinette avait étudié.

La conversation se traînait. Elle avait épuisé l'intérêt des bibelots du salon et des toilettes des dames Poyet. Mme Jeannin se répétait:

—C'est le moment de parler, il faut que je parle...

Et elle se crispait. Comme elle faisait un grand effort et allait se décider enfin, Mme Poyet glissa incidemment, d'un ton qui ne cherchait pas à s'excuser, qu'ils étaient bien fâchés, mais qu'ils devaient sortir vers neuf heures et demie: une invitation, qu'ils n'avaient pu remettre... Les Jeannin, froissés, se levèrent aussitôt pour partir. On fit mine de les retenir. Mais un quart d'heure après, quelqu'un sonna à la porte: le domestique annonça des amis des Poyet, des voisins, qui habitaient à l'étage au-dessous. Il y eut des coups d'œil échangés entre Poyet et sa femme, et des chuchotements précipités avec les domestiques. Poyet, bredouillant un prétexte quelconque, fit passer les Jeannin dans une chambre à côté. (Il voulait cacher à ses amis l'existence, et surtout la présence chez lui de la famille compromettante.) On laissa les Jeannin seuls, dans la chambre sans feu. Les enfants étaient hors d'eux, de ces humiliations. Antoinette avait les larmes aux yeux; elle voulait qu'on partît. Sa mère lui résista d'abord: puis, l'attente se prolongeant, elle se décida. Ils sortirent. Dans l'antichambre, Poyet, averti par un domestique, les rattrapa, s'excusant par quelques paroles banales; il feignit de vouloir les retenir; mais on voyait qu'il avait hâte qu'ils fussent partis. Il les aida à passer leurs manteaux, les poussa vers la porte, avec des sourires, des poignées de main, des amabilités à voix basse, et il les mit dehors.—Rentrés dans leur hôtel, les enfants pleurèrent de rage. Antoinette trépignait, jurait qu'elle ne mettrait plus les pieds jamais chez ces gens.

Mme Jeannin prit un appartement au quatrième, dans le voisinage du Jardin des Plantes. Les chambres donnaient sur les murs lépreux d'une cour obscure; la salle à manger, et le salon—(car Mme Jeannin tenait à avoir un salon)—sur une rue populeuse. Tout le jour, passaient des tramways à vapeur, et des corbillards, dont la file allait s'engouffrer dans le cimetière d'Ivry. Des Italiens pouilleux, avec une racaille d'enfants, flânaient sur les bancs, ou se disputaient aigrement. On ne pouvait laisser les fenêtres ouvertes, à cause du bruit; et, le soir, quand on revenait chez soi, il fallait fendre le flot d'une populace affairée et puante, traverser les rues encombrées, aux pavés boueux, passer devant une répugnante brasserie, installée au rez-de-chaussée de la maison voisine, et à la porte de laquelle des filles énormes et bouffies, aux cheveux jaunes, plâtrées et grasses de fard, dévisageaient les passants avec de sales regards.

Le maigre argent des Jeannin s'en allait rapidement. Ils constataient, chaque soir, avec un serrement de cœur, la brèche plus large qui s'ouvrait à leur bourse. Ils essayaient de se priver; mais ils ne savaient pas: c'est une science, qu'il faut bien des années d'épreuves pour apprendre, quand on ne l'a point pratiquée depuis l'enfance. Ceux qui ne sont pas économes, de nature, perdent leur temps à vouloir l'être: dès qu'une nouvelle occasion de dépenser se présente, ils y cèdent; l'économie est toujours pour la prochaine fois; et quand par hasard ils gagnent ou croient avoir gagné la plus petite chose, ils se hâtent de faire servir le gain à des dépenses, dont le total finit par le dépasser dix fois.

Au bout de quelques semaines, les ressources des Jeannin se trouvaient épuisées. Mme Jeannin dut abdiquer tout reste d'amour-propre, et elle alla, à l'insu de ses enfants, faire une demande d'argent à Poyet. Elle s'arrangea de façon à le voir seul, dans son cabinet, et elle le supplia de lui avancer une petite somme, en attendant qu'ils eussent trouvé une situation qui leur permît de vivre. L'autre, qui était faible et assez humain, après avoir essayé de remettre sa réponse à plus tard, céda. Il avança deux cents francs, dans un moment d'émotion, dont il ne fut pas le maître; il s'en repentit d'ailleurs aussitôt après,—surtout quand il lui fallut en convenir avec Mme Poyet, qui fut exaspérée contre la faiblesse de son mari et contre son intrigante de sœur.

Les Jeannin passèrent leurs journées à courir dans Paris, pour trouver une place. Mme Jeannin, avec ses préjugés de bourgeoise riche de province, ne pouvait admettre, pour elle et pour ses enfants, d'autre profession que celles qu'on nomme «libérales»,—sans doute parce qu'on y meurt de faim. Même, elle n'eût point permis que sa fille se plaçât comme institutrice dans une famille. Il n'y avait que les professions officielles, au service de l'État, qui ne lui parussent pas déshonorantes. Il fallait trouver moyen qu'Olivier achevât son éducation, pour devenir professeur. À l'égard d'Antoinette, Mme Jeannin eût voulu qu'elle entrât dans une institution d'enseignement, pour y donner des leçons, ou au Conservatoire, pour avoir un prix de piano. Mais les institutions auxquelles elle s'adressa étaient toutes pourvues de professeurs, qui avaient de bien autres titres que sa fille, avec son pauvre petit brevet élémentaire; et quant à la musique, il fallut reconnaître que le talent d'Antoinette était des plus ordinaires, comparé à celui de tant d'autres, qui ne réussissaient même pas à percer. Ils découvrirent l'effroyable lutte pour la vie et la consommation insensée que Paris fait de talents petits et grands, dont elle n'a que faire.

Les deux enfants prirent un découragement, une défiance exagérée de leur valeur: ils se crurent médiocres; ils s'acharnaient à se le prouver, à le prouver à leur mère. Olivier, qui, dans son collège de province, n'avait point de peine à passer pour un aigle, était anéanti par ces épreuves: il semblait avoir perdu possession de tous ses dons. Au lycée où on le mit, et où il avait réussi à obtenir une bourse, son classement fut si désastreux dans les premiers temps qu'on lui enleva sa bourse. Il se crut tout à fait stupide. En même temps, il avait l'horreur de Paris, de ce grouillement d'êtres, de l'immoralité dégoûtante de ses camarades, de leurs conversations ignobles, de la bestialité de quelques-uns d'entre eux, qui ne lui épargnaient pas d'abominables propositions. Il n'avait même pas la force de leur dire son mépris. Il se sentait avili par la seule pensée de leur avilissement. Il se réfugiait avec sa mère et sa sœur dans les prières passionnées qu'ils faisaient ensemble, chaque soir, après chaque journée nouvelle de déceptions et d'humiliations intimes, qui semblaient une souillure à ces cœurs innocents, et qu'ils n'osaient même pas se raconter. Mais, au contact de l'esprit d'athéisme latent, qu'on respire à Paris, la foi d'Olivier commençait à s'effriter, sans qu'il s'en aperçût, comme une chaux trop fraîche tombe des murs, au souffle de la pluie. Il continuait de croire; mais autour de lui, Dieu mourait.

Sa mère et sa sœur poursuivaient leurs courses inutiles. Mme Jeannin était retournée voir les Poyet, qui, désireux de se débarrasser d'eux, leur offrirent des places. Il s'agissait pour Mme Jeannin d'entrer comme lectrice chez une vieille dame, qui passait l'hiver dans le Midi. Pour Antoinette, on lui trouvait un poste d'institutrice chez une famille de l'Ouest de la France, qui vivait toute l'année à la campagne. Les conditions n'étaient pas trop mauvaises; mais Mme Jeannin refusa. Plus encore qu'à l'humiliation de servir elle-même, elle s'opposait à ce que sa fille y fût réduite, et surtout à ce qu'Antoinette fût éloignée d'elle. Si malheureux qu'ils fussent, et justement parce qu'ils étaient malheureux, ils voulaient rester ensemble.—Mme Poyet le prit très mal. Elle dit que, quand on n'avait pas les moyens de vivre, il ne fallait pas faire les orgueilleux. Mme Jeannin ne put s'empêcher de lui reprocher son manque de cœur. Mme Poyet dit des paroles blessantes sur la faillite, et sur l'argent que Mme Jeannin lui devait. Elles se séparèrent, brouillées à mort. Toutes relations furent cassées. Mme Jeannin n'eut plus qu'un désir: rendre l'argent qu'elle avait emprunté. Mais elle ne le pouvait pas.

Les vaines démarches continuèrent. Mme Jeannin alla voir le député et le sénateur de son département, à qui M. Jeannin avait maintes fois rendu service. Partout, elle se heurta à l'ingratitude et à l'égoïsme. Le député ne répondit même pas aux lettres, et, quand elle vint sonner à sa porte, fit dire qu'il était sorti. Le sénateur lui parla avec une commisération grossière de sa situation qu'il imputa à «ce misérable Jeannin», dont il flétrit durement le suicide. Mme Jeannin prit la défense de son mari. Le sénateur dit qu'il savait bien que ce n'était pas par malhonnêteté, mais par bêtise, que le banquier avait agi, que c'était un niais, un pauvre hanneton, ne voulant jamais en faire qu'à sa tête, sans demander conseil à personne, et sans écouter aucun avertissement. S'il s'était perdu seul, on n'aurait rien à dire: ce serait bien fait! Mais,—sans parler des autres ruines,—qu'il eût jeté sa femme et ses enfants dans la misère, et qu'ensuite il les plantât là, les laissant se débrouiller comme ils pourraient..., cela, c'était affaire à Mme Jeannin de le lui pardonner, si elle était une sainte; mais lui, sénateur, qui n'était pas un saint—(s, a, i, n, t)—qui se flattait d'être seulement un homme sain—(s, a, i, n),—un homme sain, sensé et raisonnable,—lui, n'avait aucun motif pour pardonner: l'individu qui se suicidait en pareil cas était un misérable. La seule circonstance atténuante qu'on pût plaider pour Jeannin, c'était qu'il n'était pas tout à fait responsable. Là-dessus, il s'excusa auprès de Mme Jeannin, de s'être exprimé d'une façon un peu vive sur le compte du mari: il en donna pour cause la sympathie, qu'il avait pour elle: et, ouvrant son tiroir, il lui offrit un billet de cinquante francs,—une aumône,—qu'elle refusa.

Elle chercha une place dans les bureaux d'une grande administration. Ses démarches étaient maladroites et sans suite. Elle prenait tout son courage pour en faire une; puis, elle revenait si démoralisée que, pendant plusieurs jours, elle n'avait plus la force de bouger; et, quand elle se remettait en marche, il était trop tard. Elle ne trouva pas plus de secours auprès des gens d'église, soit que ceux-ci n'y vissent pas leur avantage, soit qu'ils se désintéressassent d'une famille ruinée, dont le père était notoirement anticlérical. Tout ce que Mme Jeannin réussit à trouver, après mille efforts, fut une place de professeur de piano dans un couvent,—métier ingrat et ridiculement payé. Afin de gagner un peu plus, elle faisait de la copie, le soir, pour une agence. On était très dur pour elle. Son écriture et son étourderie, qui lui faisait sauter un mot, une ligne, malgré son application—(elle pensait à tant d'autres choses!)—lui attirèrent des observations blessantes. Il arriva qu'après s'être brûlé les yeux et courbaturée à écrire jusqu'au milieu de la nuit, elle se vit refuser sa copie. Elle rentrait, bouleversée. Elle passait des journées à gémir, sans prendre aucun parti. Depuis longtemps, elle souffrait d'une maladie de cœur, que les épreuves avaient aggravée, et qui lui inspirait de sinistres pressentiments. Elle avait parfois des angoisses, des étouffements, comme si elle allait mourir. Elle ne sortait plus sans avoir dans sa poche son nom et son adresse écrits, au cas où elle viendrait à tomber dans la rue. Qu'arriverait-il, si elle disparaissait? Antoinette la soutenait, comme elle pouvait, affectant une tranquillité qu'elle n'avait pas; elle la suppliait de se ménager, de la laisser travailler à sa place. Mais Mme Jeannin mettait les derniers restes de son orgueil à ce qu'au moins sa fille ne connût point les humiliations dont elle avait à souffrir.

Elle avait beau s'épuiser et réduire encore leurs dépenses: ce qu'elle gagnait ne suffisait pas à les faire vivre. Il fallut vendre les quelques bijoux qu'on avait conservés. Et le pire fut que cet argent, dont on avait tant besoin, fut volé à Mme Jeannin, le jour même qu'elle venait de le toucher. La pauvre femme, qui était d'une étourderie perpétuelle, s'était avisée, pour utiliser sa course, d'entrer au Bon Marché, qui se trouvait sur son passage; c'était, le lendemain, la fête d'Antoinette, et elle voulait lui faire un petit cadeau. Elle tenait son porte-monnaie à la main, afin de ne pas le perdre. Elle le déposa machinalement, une seconde, sur un comptoir, tandis qu'elle examinait un objet. Quand elle voulut le reprendre, le porte-monnaie avait disparu.—Ce fut le dernier coup.

Peu de jours après, un soir étouffant de la fin d'août,—une buée grasse d'étuve traînait pesamment sur la ville,—Mme Jeannin rentra de son agence de copies, où elle avait eu un travail pressé à livrer. En retard pour le dîner, et voulant économiser les trois sous de l'omnibus, elle s'était exténuée à revenir trop vite, de peur que ses enfants ne fussent inquiets. Quand elle arriva à son quatrième étage, elle ne pouvait plus parler, ni respirer. Ce n'était pas la première fois qu'elle rentrait dans cet état; les enfants avaient fini par ne plus s'en étonner. Elle se força à s'asseoir aussitôt à table avec eux. Ils ne mangeaient, ni l'un ni l'autre, écœurés par la chaleur; il leur fallait faire effort pour avaler avec dégoût quelques bouchées de viande, quelques gorgées d'eau fade. Pour laisser à leur mère le temps de se remettre, ils ne causaient pas,—(ils n'avaient pas envie de causer),—ils regardaient la fenêtre.

Soudain, Mme Jeannin agita les mains, se cramponna à la table, regarda ses enfants, gémit, et s'affaissa. Antoinette et Olivier se précipitèrent juste à temps pour la recevoir dans leurs bras. Ils étaient comme fous, et criaient, suppliaient:

—Maman! ma petite maman!

Mais elle ne répondait plus. Ils perdirent la tête. Antoinette serrait convulsivement le corps de sa mère, l'embrassait, l'appelait. Olivier ouvrit la porte de l'appartement et cria:

—Au secours!

La concierge grimpa l'escalier, et, quand elle vit ce qui était, elle courut chez un médecin du voisinage. Mais lorsque le médecin arriva, il ne put que constater que c'était fini. La mort avait été immédiate,—heureusement pour Mme Jeannin;—(mais qui pouvait savoir ce qu'elle avait eu encore le temps de penser, dans ses dernières secondes, en se voyant mourir, et en laissant ses enfants dans la misère, seuls!...)

Seuls pour porter l'horreur de la catastrophe, seuls pour pleurer, seuls pour veiller aux soins affreux qui suivent la mort. La concierge, bonne femme, les aidait un peu; et, du couvent, où Mme Jeannin donnait des leçons, vinrent quelques paroles de froide sympathie.

Les premiers moments furent d'un désespoir, que rien ne peut exprimer. La seule chose qui les sauva fut l'excès même de ce désespoir, qui fit tomber Olivier dans de véritables convulsions. Antoinette en fut distraite de sa propre souffrance; elle ne pensa plus qu'à son frère; et son profond amour pénétra Olivier, l'arracha aux dangereux transports, où la douleur l'eût entraîné. Enlacés l'un à l'autre, près du lit où reposait leur mère, à la lueur d'une veilleuse, Olivier répétait qu'il fallait mourir, mourir tous deux, mourir tout de suite; et il montrait la fenêtre. Antoinette sentait aussi ce désir funeste; mais elle luttait contre: elle voulait vivre...

—À quoi bon?

—Pour elle, dit Antoinette—(elle montrait sa mère).—Elle est toujours avec nous. Pense... Après tout ce qu'elle a souffert pour nous, il faut lui épargner la pire des douleurs, celle de nous voir mourir malheureux... Ah! (reprit-elle, avec emportement)... Et puis, il ne faut pas se résigner ainsi! Je ne veux pas! Je me révolte, à la fin! Je veux que tu sois heureux un jour!

—Jamais!

—Si, tu seras heureux. Nous avons eu trop de malheur. Cela changera; il le faut. Tu te feras ta vie, tu auras une famille, tu auras du bonheur, je le veux, je le veux!

—Comment vivre? Nous ne pourrons jamais...

—Nous pourrons. Que faut-il? Vivre jusqu'à ce que tu puisses gagner ta vie. Je m'en charge. Tu verras, je saurai. Ah! si maman m'avait laissé faire, j'aurais pu déjà...

—Que vas-tu faire? Je ne veux pas que tu fasses des choses humiliantes. Tu ne pourrais pas, d'ailleurs...

—Je pourrai... Et il n'y a rien d'humiliant,—pourvu que ce soit honnête,—à gagner sa vie en travaillant. Ne t'inquiète pas, je t'en prie! Tu verras, tout s'arrangera, tu seras heureux, nous serons heureux, mon Olivier, elle sera heureuse par nous...

Les deux enfants suivirent seuls le cercueil de leur mère. D'un commun accord, ils avaient décidé de ne rien dire aux Poyet: les Poyet n'existaient plus pour eux, ils avaient été trop cruels pour leur mère, ils avaient contribué à sa mort. Et, quand la concierge leur avait demandé s'ils n'avaient pas d'autres parents, ils avaient répondu:

—Personne.

Devant la fosse nue, ils prièrent, la main dans la main. Ils se raidissaient dans une intransigeance et un orgueil désespérés, qui leur faisaient préférer la solitude à la présence de parents indifférents et hypocrites.—Ils revinrent à pied au milieu de cette foule étrangère à leur deuil, étrangère à leurs pensées, étrangère à tout leur être, et qui n'avait de commun avec eux que la langue qu'ils parlaient. Antoinette donnait le bras à Olivier.

Ils prirent dans la maison, au dernier étage, un tout petit appartement,—deux chambres mansardées, une antichambre minuscule, qui devait leur servir de salle à manger, et une cuisine grande comme un placard. Ils auraient pu trouver mieux dans un autre quartier; mais il leur semblait qu'ici ils étaient encore avec leur mère. La concierge leur témoignait un intérêt apitoyé; mais bientôt elle fut reprise par ses propres affaires, et personne ne s'occupa plus d'eux. Pas un locataire de la maison ne les connaissait; et ils ne savaient même pas qui logeait à côté d'eux.

Antoinette obtint de remplacer sa mère, comme professeur de musique au couvent. Elle chercha d'autres leçons. Elle n'avait qu'une idée: élever son frère, jusqu'à ce qu'il entrât à l'École Normale. Elle avait décidé cela toute seule: elle avait étudié les programmes, elle s'était informée, elle avait tâché d'avoir aussi l'avis d'Olivier,—mais il n'en avait point, elle avait choisi pour lui. Une fois à l'École Normale il serait sûr de son pain, pour le reste de sa vie, et maître de son avenir. Il fallait qu'il y arrivât, il fallait vivre à tout prix jusque-là. C'étaient cinq à six années terribles: on en viendrait à bout. Cette idée prit chez Antoinette une force singulière, elle finit par la remplir tout entière. La vie de solitude et de misère qu'elle allait mener, et qu'elle voyait distinctement se dérouler devant elle, n'était possible que grâce à l'exaltation passionnée, qui s'empara d'elle: sauver son frère! que son frère fut heureux si elle ne pouvait plus l'être!... Cette petite fille de dix-sept à dix-huit ans, frivole et tendre, fut transformée par sa résolution héroïque: il y avait en elle une ardeur de dévouement et un orgueil de la lutte, que personne n'eût soupçonnés, elle-même moins que tout autre. À cet âge de crise de la femme, ces premiers jours de printemps fiévreux, où les forces d'amour gonflent l'être et le baignent, comme un ruisseau caché qui bruit sous le sol, l'enveloppent, l'inondent, le tiennent dans un état d'obsession perpétuelle, l'amour prend toutes les formes; il ne demande qu'à se donner, à s'offrir en pâture: tous les prétextes lui sont bons, et sa sensualité innocente et profonde est prête à se muer en tous les sacrifices. L'amour fit d'Antoinette la proie de l'amitié.

Son frère, moins passionné, n'avait pas ce ressort. D'ailleurs, c'était pour lui qu'on se dévouait, ce n'était pas lui qui se dévouait—ce qui est bien plus aisé et plus doux, quand on aime. Au contraire, il sentait peser sur lui le remords de voir sa sœur s'épuiser de fatigues. Il le lui disait. Elle répondait:

—Ah! mon pauvre petit!... Mais tu ne vois donc pas que c'est cela qui me fait vivre? Sans cette peine que tu me donnes, quelle autre raison aurais-je?...

Il le comprenait bien. Lui aussi, à la place d'Antoinette, il eût été jaloux de cette chère peine; mais être la cause de cette peine!... Son orgueil et son cœur en souffraient. Et quel poids écrasant pour un être faible comme lui, que la responsabilité dont on le chargeait, l'obligation de réussir, puisque sa sœur avait mis sur cette carte sa vie entière comme enjeu! Une telle pensée lui était insupportable, et, loin de redoubler ses forces, l'accablait par moments. Cependant elle l'obligeait malgré tout à résister, à travailler, à vivre: ce dont il n'eût pas été capable, sans cette contrainte. Il avait une prédisposition à la défaite,—au suicide, peut-être:—peut-être y eût-il sombré, si sa sœur n'eût voulu pour lui qu'il fût ambitieux et heureux. Il souffrait de ce que sa nature était combattue; et pourtant, c'était le salut. Lui aussi, traversait un âge de crise, cet âge redoutable, où succombent des milliers de jeunes gens, qui s'abandonnent aux aberrations de leurs sens, et, pour deux ou trois ans de folie, sacrifient irrémédiablement toute leur vie. S'il avait eu le temps de se livrer à sa pensée, il fût tombé dans le découragement, ou dans la dissipation: chaque fois qu'il lui arrivait de regarder en lui, il était repris par ses rêveries maladives, par le dégoût de la vie, de Paris, de l'impure fermentation de ces millions d'êtres qui se mêlent et pourrissent ensemble. Mais la vue de sa sœur dissipait ce cauchemar; et puisqu'elle ne vivait que pour qu'il vécût, il vivrait, oui, il serait heureux, malgré lui...

Ainsi, leur vie fut bâtie sur une foi brûlante, faite de stoïcisme, de religion, et de noble ambition. Tout l'être des deux enfants fut tendu vers ce but unique: le succès d'Olivier. Antoinette accepta toutes les tâches, toutes les humiliations: elle fut institutrice dans des maisons, où on la traitait presque en domestique; elle devait escorter ses élèves en promenade, comme une bonne, trotter pendant des heures avec elles, dans les rues, sous prétexte de leur apprendre l'allemand. Son amour pour son frère, son orgueil même, trouvaient à ces souffrances morales et à ces fatigues une jouissance.

Elle rentrait harassée, pour s'occuper d'Olivier, qui passait la journée au lycée, comme demi-pensionnaire, et ne revenait que le soir. Elle préparait le dîner, sur le fourneau à gaz, ou sur une lampe à esprit-de-vin. Olivier n'avait jamais faim, et tout le dégoûtait, la viande lui causait une répulsion: il fallait le forcer à manger, ou s'ingénier à lui faire de petits plats qui lui plussent; et la pauvre Antoinette n'était pas une fameuse cuisinière! Après qu'elle s'était donné beaucoup de peine, elle avait la mortification de lui entendre déclarer que sa cuisine était immangeable. Ce ne fut qu'après bien des désespoirs devant son fourneau de cuisine,—de ces désespoirs silencieux, que connaissent les jeunes ménagères maladroites, et qui empoisonnent leur vie et leur sommeil parfois, sans que personne en sache rien,—qu'elle réussit à s'y connaître un peu.

Après le dîner, quand elle avait lavé le peu de vaisselle dont ils usaient—(il voulait l'aider dans cette besogne, mais elle n'y consentait point),—elle s'occupait maternellement du travail de son frère. Elle lui faisait réciter ses leçons, elle lisait ses devoirs, elle faisait même certaines recherches pour lui, en prenant garde toujours de ne pas froisser ce petit être susceptible. Ils passaient la soirée à leur unique table, qui leur servait à la fois pour prendre leurs repas, et pour écrire. Il faisait ses devoirs; elle cousait ou faisait de la copie. Quand il était couché, elle s'occupait de l'entretien de ses vêtements, ou travaillait pour elle.

Quelles que fussent leurs difficultés à se tirer d'affaire, ils décidèrent que tout l'argent qu'ils réussiraient à mettre de côté servirait, avant tout, à les libérer de la dette, que leur mère avait contractée vis-à-vis des Poyet. Ce n'était pas que ceux-ci fussent des créanciers gênants: ils n'avaient pas donné signe de vie; ils ne pensaient plus à cet argent, qu'ils croyaient définitivement perdu; ils s'estimaient trop heureux d'être débarrassés à ce prix de leurs parents compromettants. Mais l'orgueil des deux enfants et leur piété filiale souffraient que leur mère dût rien à ces gens qu'ils méprisaient. Ils se privèrent; ils liardèrent sur leurs moindres distractions, sur leurs vêtements, sur leur nourriture, pour arriver à amasser ces deux cents francs,—une somme énorme pour eux. Antoinette eût voulu être seule à se priver. Mais quand son frère devina son intention, rien ne put l'empêcher de faire comme elle. Ils s'épuisaient à cette tâche, heureux quand ils pouvaient mettre de côté quelques sous par jour.

À force de privations, en trois ans, sou par sou, ils parvinrent à réunir la somme. Ce fut une grande joie... Antoinette alla chez les Poyet, un soir. Elle fut reçue sans bienveillance: car ils croyaient qu'elle venait demander des secours. Ils jugèrent bon de prendre les devants, en lui reprochant sèchement de ne leur avoir donné aucune nouvelle, de ne leur avoir même pas appris la mort de sa mère, et de ne venir que quand elle avait besoin d'eux. Elle les interrompit, disant qu'elle n'avait pas l'intention de les déranger: elle venait simplement rapporter l'argent, qu'elle leur avait emprunté; et, déposant sur la table les deux billets de banque, elle demanda quittance. Ils changèrent aussitôt de manières, et feignirent de ne pas vouloir accepter: ils éprouvaient pour elle cette affection subite, que ressent le créancier pour le débiteur qui lui rapporte, après des années, l'argent d'une créance sur laquelle il ne comptait plus. Ils cherchèrent à savoir où elle habitait avec son frère, et comment ils vivaient. Elle évita de répondre, demanda de nouveau la quittance, dit qu'elle était pressée, salua froidement, et partit. Les Poyet furent outrés contre l'ingratitude de cette fille.

Délivrée de cette obsession, Antoinette continua la même vie de privations, mais pour Olivier, maintenant. Elle se cachait davantage, pour qu'il ne le sût pas; elle économisait sur sa toilette, et parfois sur sa faim, pour la toilette de son frère et pour ses distractions, pour rendre sa vie plus douce et plus ornée, pour lui permettre d'aller de temps en temps au concert, ou même au théâtre de musique,—le plus grand bonheur d'Olivier. Il n'eût pas voulu y aller sans elle; mais elle trouvait des prétextes pour s'en dispenser et lui enlever ses remords: elle prétendait qu'elle était trop lasse, qu'elle n'avait pas envie de sortir, et même que cela l'ennuyait. Il n'était pas dupe de ce mensonge d'amour; mais son égoïsme d'enfant l'emportait. Il allait au théâtre; et une fois qu'il était là, ses remords le reprenaient; il y pensait, tout le temps du spectacle: son bonheur était gâté. Un dimanche qu'elle l'avait envoyé au concert du Châtelet, il revint au bout d'une demi-heure, disant à Antoinette qu'arrivé au pont Saint-Michel, il n'avait pas eu le courage d'aller plus loin: le concert ne l'intéressait plus, cela lui faisait trop de peine d'avoir du plaisir sans elle. Rien ne fut plus doux à Antoinette, quoiqu'elle eût du chagrin que son frère se fût privé, à cause d'elle, de sa distraction du dimanche. Mais Olivier ne pensait pas à le regretter: quand il avait vu, en rentrant, le visage de sa sœur rayonner d'une joie qu'elle s'efforçait en vain de cacher, il s'était senti plus heureux qu'il n'aurait pu l'être en entendant la plus belle musique du monde. Ils passèrent cette après-midi, assis en face l'un de l'autre, près de la fenêtre, lui, un livre à la main, elle, avec un ouvrage, ne cousant ni ne lisant guère, et parlant de petits riens qui n'avaient d'intérêt ni pour lui, ni pour elle. Jamais dimanche ne leur parut plus doux. Ils convinrent de ne plus se séparer pour aller au concert: ils n'étaient plus capables d'avoir du bonheur, seuls.

Elle réussit à économiser en cachette assez pour faire à Olivier la surprise d'un piano loué, qui, d'après un système de location, au bout d'un nombre de mois, devait leur appartenir tout à fait. Lourde obligation qu'elle contractait encore! Ces échéances furent souvent un cauchemar; elle ruinait sa santé à trouver l'argent nécessaire. Mais cette folie leur assurait un tel bonheur, à tous deux! La musique était leur paradis, dans cette dure vie. Elle prit une place immense. Ils s'en enveloppaient pour oublier le reste du monde. Ce n'était pas sans danger. La musique est un des grands dissolvants modernes. Sa langueur chaude d'étuve ou d'automne énervant surexcite les sens et tue la volonté. Mais elle était une détente pour une âme contrainte à une activité excessive et sans joie, comme celle d'Antoinette. Le concert du dimanche était la seule lueur qui brillât dans la semaine de travail sans relâche. Ils vivaient du souvenir du dernier concert et de l'espoir du prochain, de ces deux ou trois heures passées hors du temps, hors de Paris. Après une longue attente dehors, par la pluie, ou la neige, ou le vent et le froid, serrés l'un contre l'autre, et tremblant qu'il n'y eût plus de places, ils s'engouffraient dans le théâtre, où ils étaient perdus dans une cohue, à des places étroites et obscures. Ils étouffaient, ils étaient écrasés, et tout près de se trouver mal de chaleur et de gêne;—et ils étaient heureux, heureux de leur propre bonheur et du bonheur de l'autre, heureux de sentir couler dans leur cœur les flots de bonté, de lumière et de force qui ruisselaient des grandes âmes de Beethoven et de Wagner, heureux de voir s'éclairer le cher visage fraternel,—ce visage pâli par les fatigues et les soucis prématurés. Antoinette se sentait si lasse et comme dans les bras d'une mère qui la serrait contre son sein! Elle se blottissait dans le nid doux et tiède; et elle pleurait tout bas. Olivier lui serrait la main. Personne ne prenait garde à eux, dans l'ombre de la salle monstrueuse, où ils n'étaient pas les seules âmes meurtries, qui se réfugiaient sous l'aile maternelle de la Musique.

Antoinette avait aussi la religion qui continuait de la soutenir. Elle était très pieuse, elle ne manquait jamais de faire, chaque jour, de longues et ardentes prières, ni d'aller, chaque dimanche, à la messe. Dans l'injuste misère de sa vie, elle ne pouvait s'empêcher de croire à l'amour de l'Ami divin, qui souffre avec vous, et qui, un jour, vous consolera. Plus encore qu'avec Dieu, elle était en communion intime avec ses morts, et elle les associait en secret à toutes ses épreuves. Mais elle était indépendante d'esprit, et de ferme raison; elle restait à part des autres catholiques, et n'était pas très bien vue d'eux; ils trouvaient en elle un mauvais esprit, ils n'étaient pas loin de la regarder comme une libre penseuse, ou sur le chemin de l'être, parce qu'en bonne petite Française, elle n'entendait pas renoncer à son libre jugement: elle croyait, non par obéissance, comme le vil bétail, mais par amour.

Olivier ne croyait plus. Le lent travail de désagrégation de sa foi, commencé dès les premiers mois à Paris, l'avait détruite tout entière. Il en avait cruellement souffert, car il n'était pas de ceux qui sont assez forts, ou assez médiocres, pour se passer de la foi: aussi avait-il traversé des crises d'angoisse mortelle. Mais il gardait le cœur mystique; et, si incroyant qu'il fût devenu, nulle pensée n'était plus près de lui que celle de sa sœur. Ils vivaient l'un et l'autre dans une atmosphère religieuse. Quand ils rentraient, chacun de son côté, le soir, après avoir été séparés tout le jour, leur petit appartement était pour eux le port, l'asile inviolable, pauvre, glacé, mais pur. Comme ils s'y sentaient loin des pensées corrompues de Paris!...

Ils ne causaient pas beaucoup de ce qu'ils avaient fait: car, lorsqu'on revient fatigué, on n'a guère le cœur à revivre, en la racontant, une pénible journée. Ils s'appliquaient instinctivement à l'oublier ensemble. Surtout pendant la première heure, où ils se retrouvaient au dîner du soir, ils prenaient garde de ne pas se questionner. Ils se disaient bonsoir, des yeux; et parfois, ils ne prononçaient pas une parole, de tout le repas. Antoinette regardait son frère, qui restait à rêvasser devant son assiette, comme autrefois, quand il était petit. Elle lui caressait doucement la main:

—Allons! disait-elle en souriant. Courage!

Il souriait aussi, et se remettait à manger. Le dîner se passait, sans qu'ils fissent un effort pour causer. Ils étaient affamés de silence... À la fin seulement, leur langue se déliait un peu, lorsqu'ils se sentaient reposés, et que chacun, entouré de l'amour discret de l'autre, avait effacé de son être les traces impures de la journée.

Olivier se mettait au piano. Antoinette se déshabituait d'en jouer, afin de le laisser jouer: car c'était l'unique distraction qu'il eût; et il s'y donnait de toutes ses forces. Il était très bien doué pour la musique: sa nature féminine, mieux faite pour aimer que pour agir, épousait les pensées des musiciens qu'il jouait, se fondait avec elles, rendait leurs moindres nuances avec une fidélité passionnée,—autant que le lui permettait, du moins, ses bras et son souffle débiles, que brisait l'effort titanique de Tristan, ou des dernières sonates de Beethoven. Aussi se réfugiait-il de préférence en Mozart et en Gluck; et c'était également la musique qu'elle préférait.

Parfois, elle chantait aussi, mais des chansons très simples, de vieilles mélodies. Elle avait une voix de mezzo voilée, grave et fragile. Si timide qu'elle ne pouvait chanter devant personne; à peine devant Olivier: sa gorge se serrait. Il y avait un air de Beethoven sur des paroles écossaises, qu'elle aimait particulièrement: Le fidèle Johnie: il était calme, calme... et une tendresse au fond!... Il lui ressemblait. Olivier ne pouvait le lui entendre chanter, sans des larmes aux yeux.

Elle préférait écouter son frère. Elle se hâtait de terminer le ménage, et elle laissait la porte de la cuisine ouverte, afin de mieux entendre Olivier; mais, malgré les précautions qu'elle prenait, il se plaignait impatiemment qu'elle fît du bruit en rangeant la vaisselle. Alors, elle fermait la porte; et, quand elle avait fini, elle venait s'installer dans une chaise basse, non pas près du piano,—(car il ne pouvait souffrir d'avoir quelqu'un auprès de lui, quand il jouait),—mais près de la cheminée; et là, comme un petit chat, pelotonnée sur elle-même, le dos tourné au piano, et les yeux attachés aux yeux d'or du foyer, où se consumait en silence une briquette de charbon, elle s'engourdissait dans les images du passé. Quand neuf heures sonnaient, il lui fallait un effort pour rappeler à Olivier qu'il était temps de finir. Il était pénible de l'arracher, de s'arracher à ces rêveries; mais Olivier avait encore du travail pour le soir, et il ne fallait pas qu'il se couchât trop tard. Il n'obéissait pas tout de suite; il avait besoin d'un certain temps pour pouvoir, au sortir de la musique, se remettre à la tâche. Sa pensée flottait ailleurs. La demie sonnait souvent, avant qu'il fût dégagé des brouillards. Antoinette, penchée sur son ouvrage, de l'autre côté de la table, savait qu'il ne faisait rien; mais elle n'osait pas trop regarder de son côté, de peur de l'impatienter, en ayant l'air de le surveiller.

Il était à l'âge ingrat,—l'âge heureux,—où les journées se passent à flâner. Il avait un front pur, des yeux de fille, roués et naïfs, souvent cernés, une grande bouche, aux lèvres gonflées, comme téteuses, au sourire un peu de travers, vague, distrait, polisson; trop de cheveux, qui descendaient jusqu'aux yeux et formaient presque un chignon sur la nuque, avec une mèche rebelle qui se dressait par derrière; une cravate lâche autour du cou—(sa sœur la lui nouait soigneusement, chaque matin);—un veston, dont les boutons ne tenaientjamais, bien qu'elle passât son temps à les recoudre; pas de manchettes; les mains grandes aux poignets osseux. L'air narquois, ensommeillé, voluptueux, il restait indéfiniment à bayer aux corneilles. Ses yeux, qui baguenaudaient, faisaient tout le tour de la chambre d'Antoinette;—(c'était chez elle qu'était la table de travail);—ils se promenaient sur le petit lit de fer, au-dessus duquel était suspendu un crucifix d'ivoire, avec une branche de buis,—sur les portraits de son père et de sa mère,—sur une vieille photographie, qui représentait la petite ville de province avec sa tour et le miroir de ses eaux. Lorsqu'ils arrivaient à la figure pâlotte de sa sœur, qui travaillait silencieusement, il était pris d'une immense pitié pour elle et d'une colère contre lui-même: il se secouait, irrité de sa flânerie; et il travaillait avec énergie, pour rattraper le temps perdu.

Les jours de congé, il lisait. Ils lisaient, chacun de son côté. Malgré tout leur amour l'un pour l'autre, ils ne pouvaient pas lire ensemble le même livre tout haut. Cela les blessait comme un manque de pudeur. Un beau livre leur semblait un secret, qui ne devait être murmuré que dans le silence du cœur. Quand une page les ravissait, au lieu de la lire à l'autre, ils se passaient le livre, le doigt sur le passage; et ils se disaient:

—Lis.

Alors, pendant que l'autre lisait, celui qui avait déjà lu suivait, les yeux brillants, sur le visage de son ami, les émotions; et il en jouissait avec lui.

 霧は暗くなって、その湿気が彼らの身に沁しみた。しかしジャンナン夫人は、思い切って立ち去ることができなかった。アントアネットは震えてるオリヴィエを見て、母へ言った。
「お母かあさん、私寒いわ。」
彼らは立ち上がった。立ち去る間ぎわにジャンナン夫人は、墓の方へ最後にも一度振り向いた。
「私のおかわいそうな方かた!」と彼女は言った。
落ちくる夜の闇やみの中を、彼らは墓地から出た。アントアネットはオリヴィエの凍えた手を執っていた。
彼らは古い家にもどった。彼らがいつも眠り、彼らの生活が過ごされ、先祖の生活が過ごされた、その古巣における最後の夜だった。その壁、その竈かまど、その一隅いちぐうの土地、それらには一家のあらゆる喜びや悲しみがぴったり結び合わされていて、同じく家族の者であり、生活の一部であり、死によってしか別れることができないかと思われるものだった。
荷造りはでき上がっていた。彼らは翌朝、近所の店の戸が開かれる前に、一番列車に乗ることにしていた、近所の者の好奇心や意地悪い推測を避けるために。――彼らはたがいに身を寄せ合っていたかった。けれどもいつしか各自の室にはいって、そこでぐずついていた。帽子や外套マントをぬごうともしないで、じっとたたずみながら、壁や家具やすべてこれから別れようとする物に手を触れ、窓ガラスに額ひたいを押しつけ、愛する品々の接触を心に止めて長く忘れまいとした。しまいに彼らはおのおの、自分一人の悲しい考えから努めて身を振りもぎって、ジャンナン夫人の室に集まった。奥に大きな寝所のついたなつかしい室で、昔は、夕食後客がない晩は皆でそこに集まったのだった。昔は!……というほど何もかもすでに遠くなったように思われた。――彼らはわずかな火をとりかこんで、口もきかずにじっとしていた。それから寝台の前にひざまずいて、いっしょに祈祷きとうを唱えた。夜明け前に起きなければならなかったから、ごく早く床についた。しかしなかなか眠れなかった。
ジャンナン夫人は、もう支度の時間ではないかと始終懐中時計を見ていたが、朝の四時ごろになると、蝋燭ろうそくをともして起き上った。ほとんど眠らないでいたアントアネットも、その音を聞いて起き上がった。オリヴィエはぐっすり眠っていた。ジャンナン夫人はしみじみとその寝姿をながめて、思い切って呼び起こすことができなかった。彼女は爪先つまさきで遠のいて、アントアネットに言った。「音をたてないようにしようね。かわいそうに、寝おさめにゆっくり寝かしてやりましょう。」
二人は身支度を終え、包みをこしらえ上げた。家のまわりには、寒い夜の、人も獣もすべて生きてるものは温あたたかい睡眠にふけってる夜の、深い沈黙が立ちこめていた。アントアネットは歯の根を震わせていた。彼女は心も身体も凍えていた。
表門の扉とびらの音が凍った空気中に響いた。家の鍵かぎをもってる老婢ろうひが、最後の御用を勤めに来たのだった。彼女は背が低くでっぷりしていて、息が短く、肥満のために不自由だったが、しかし年齢のわりには妙に敏活だった。温かく頬ほおを包んだ善良な顔つきで、鼻頭を真赤まっかにし、眼に涙を浮かべながら、姿を現わした。そして、ジャンナン夫人が彼女を待たずに起き上がり、台所の炉に火を焚たきつけてるのを見てがっかりしてしまった。――オリヴィエは老婢がはいって来たので眼を覚さました。がすぐにまた眼を閉じ、夜具の中で寝返りをして、ふたたび眠った。アントアネットは寄って来て、その肩にそっと手をかけ、小声で呼んだ。
「オリヴィエ、ねえ、もう時間よ。」
彼はほっと息をつき、眼を開き、のぞき込んでる姉の顔を見た。姉は悲しげに微笑ほほえみかけて、その額ひたいを手でなでてやった。彼女はくり返した。
「さあ!」
彼は起き上がった。
彼らは盗人ででもあるかのようにそっと家を出た。各自に包みを手に下げていた。老婢は先に立って、かばんを積んだ手車をひいていた。彼らは所有物をほとんどすべて残しておいて、いっしょに持ってゆく物とては、身につけたものと少しの着物とだけと言ってもよいほどだった。わずかな記念品は、あとから徐行列車で送られるはずだった。幾冊かの書物、若干の肖像、それから自分らの生命と同じ鼓動を打ってるように彼らには思われる、古い掛時計など……。寒い空気は身に沁しむほどだった。町にはまだだれも起きていなかった。どの雨戸も閉しまっていて、街路はひっそりしていた。彼らは黙っていた。老婢ろうひだけが口をきいていた。ジャンナン夫人は、過去のすべての思い出であるあたりの風物を、最後に深く心へ刻み込もうとしていた。
停車場へ着くと、ジャンナン夫人は自尊心から二等の切符を買った。三等に乗るつもりだったけれど、こちらの顔を知ってる二、三の駅員の前で、その恥辱を忍ぶだけの勇気がなかった。彼女はあいた車室にあわただしく乗り込み、子供たちといっしょに閉じこもった。そして皆は窓掛けの後ろに隠れて、知人の顔が見当たりはすまいかとびくびくしていた。しかしだれもやって来る者はなかった。彼らが出発する時間には、町はようやく眼を覚さましかけてるばかりだった。汽車の中はがらんとしていた。三、四人の百姓が乗ってるきりで、その他には数頭の牛が、貨物室の柵さくの上から頭をつき出して、憂鬱ゆううつな鳴き声をたてていた。長く待たせたあとに、機関車が長い汽笛を鳴らして、汽車は霧の中を動き出した。三人の移住者は窓掛けを払い、顔を窓ガラスにくっつけて、最後にも一度ながめた、靄もやに隔てられてぼんやり見えてるゴチック式の塔のある小さな町を、茅屋ぼうおくの立ち並んでる丘を、霜氷に白くなって湯気の立ってる牧場を。それはもはや、あるかなきかの遠い夢景色げしきだった。線路が曲がって、ある切り通しの中にはいり込み、その景色が見えなくなってしまうと、彼らはもう人に見られる恐れもないので気をゆるめた。ジャンナン夫人は口にハンケチをあててすすり泣いた。オリヴィエは母に身を投げかけ、その膝ひざにつっ伏して、その手に唇くちびるをつけ涙をそそいだ。アントアネットは車室の向こう隅すみにすわり、窓の方を向いて、黙って涙を流した。彼らは三人とも同じ理由で泣いているのではなかった。ジャンナン夫人とオリヴィエとは、あとに残してきたもののことばかりを考えていた。アントアネットは今後の事柄をいっそう考えていた。彼女はそれをみずからとがめた。過去の思い出にのみふける方が好ましかった。――彼女が未来のことを思うのは道理だった。彼女は母や弟よりもいっそう確かな見解をもっていたのである。母と弟とはパリーに幻をかけていた。アントアネットでさえ、彼らがパリーでどんな目に会うかを少しも気づいていなかった。彼らはまだかつてパリーへ行ったことがなかった。ジャンナン夫人には、パリーに、ある司法官と結婚して豊かに暮らしてる姉があった。その姉の助力を彼女は当てにしていた。それにまた、子供たちはりっぱな教育を受けてはいるし、母親としては通例な彼女の自惚うねぼれの眼から見れば、天分もかなりあるしするから、りっぱに生活するのは容易であろうと、彼女は信じ込んでいた。

到着の印象は痛ましかった。早くも停車場で、荷物取扱場に押し合ってる人込みや、出口の前に入り乱れてる馬車の騒々しさなどに、彼らは惘然ぼうぜんとしてしまった。雨が降っていた。辻つじ馬車が見出せなかった。重い荷物に腕も折れるばかりになって、街路のまん中に立ち止まっては、馬車にひかれるか泥どろをはねかけられるかするような危い目に会いながら、遠くまで行かなければならなかった。いくら呼んでも応じてくれる御者はなかった。がついに、胸悪くなるほど汚きたない古馬車を駆ってる御者を呼び止めることができた。その馬車に荷物をのせると、一巻きの毛布を泥の中に取り落とした。かばんをもってきた赤帽と御者とは、彼らの不案内につけこんで二倍の金を払わせた。ジャンナン夫人はある旅館を名ざしたが、それは、じいさんたちのだれかが三十年も前に泊まったからというので不便を忍んでやってくる田舎いなか者相手の、下等で高価な旅館の一つだった。そこへ馬車から降ろされた。客がいっぱいだというので、狭い所に三人いっしょに押し込まれて、三室分の代を勘定された。食事に彼らは倹約するつもりで、定食を断わって質素な食べ物を注文したが、それがまた非常に高価たかくて、おまけにすぐ腹がすいた。彼らの幻影は到着すると間もなく消えてしまった。そして旅館に落ち着いた最初の夜、風通しのない室につめ込まれて眠れはせず、寒かったり暑かったり、息をつくこともできず、廊下の足音や扉とびらを閉しめる音や電鈴の音におびえ、馬車や重い荷馬車の絶え間ない響きに頭を痛められて、その怪物のごとき都会が恐ろしく感ぜられた。その中に彼らは飛び込んできて、途方にくれてしまったのである。
翌日ジャンナン夫人は、オースマン大通りにぜいたくな住居を構えてる姉のもとへ駆けつけた。片がつくまでその家に泊めてもらえるだろうと、口にこそ出さなかったが心に思っていた。ところが最初の待遇ぶりからして、彼女の夢を覚さますに十分だった。このポアイエ・ドゥロルム家の人たちは、親戚しんせきの没落を怒っていた。ことに夫人は、自分たちにまで世の悪評が及びはしないかを恐れ、夫の昇進の妨げになりはしないかを恐れていたので、零落した家族の者が自分たちにすがりついてきて、なおも煩いをかけるのは、この上もなくずうずうしいことだと考えていた。司法官の考えも同様だった。しかし彼はかなり善良な男だった。夫人から見張られていなかったら、少しは義侠ぎきょう心を起こしたかもしれなかった――がもとより、見張られてることを苦にしてもいなかった。ところで、ポアイエ・ドゥロルム夫人はきわめて冷淡に妹を待遇した。ジャンナン夫人はびっくりした。余儀なく自尊心をも捨ててしまって、目下の困難な境遇や、ポアイエ家から期待してる事柄などを、遠回しに述べたてた。が向こうからはわからないふうをされた。夕食に引き止められもしなかった。そして、今週の終わりにという儀式ばった招待を受けた。その招待もポアイエ夫人から出たのではなく、司法官から出たものだった。彼は夫人の待遇ぶりをさすがに気の毒に思って、その冷淡さを少し和らげようとしたのだった。彼は温良さを装っていた。しかし彼がさほど淡白でなくごく利己的であることは、明らかに感ぜられた。――不幸なジャンナン家の人たちは、旅館へ帰っていった。その最初の訪問については、たがいに印象を語り合うこともなしかねた。
彼らはそれから毎日、部屋を捜しながらパリーの中をさまよった。幾階もの階段を上るのに疲れきり、人がぎっしりつまってる兵営みたいな家や、不潔な階段や薄暗い室など、田舎いなかの大きな家に住んだあとにはいかにも惨みじめで、見るのも厭いやになるものばかりだった。彼らはますます気が滅入めいった。そして、往来や商店や料理屋などどこででも、彼らはいつも驚きあきれていたので、皆からだまされてばかりいた。彼らが求めるものはどれもこれも法外の価だった。あたかも手に触れる物をすべて黄金になす術すべを知ってるかのようだった。ただ、その黄金の代を払うのは彼らだった。彼らはこの上もなく拙劣で、また身を守るだけの力をももっていなかった。
ジャンナン夫人は、もはや姉へはあまり希望をかけていなかったけれども、招待された晩餐ばんさんについてなお幻を描いていた。彼らは胸をどきつかせながら招待におもむいた。すると、親戚としてではなく客として迎えられた――がもとよりその晩餐には、儀式ばった接待以外の金目かねめはかけられていなかった。子供たちはその従兄姉いとこらに会った。ほとんど同じくらいの年ごろだったが、両親に劣らずよそよそしい態度だった。娘の方は、優雅でなまめかしくて、高ぶった丁寧な様子をし、わざとらしい甘っぽい素振りをして、気取った口調で話しかけてはジャンナンの子供たちをまごつかせた。息子むすこの方は、貧乏な親戚の者と会食する役目をいやがって、できるだけ苦々にがにがしい顔つきをしていた。ポアイエ・ドゥロルム夫人は、椅子いすの上にきちんと威儀を正して、料理を勧めるときでさえ、たえず妹へ教訓をたれてるがようだった。ポアイエ・ドゥロルム氏は、真面目まじめな話を避けるために、くだらないことばかり言っていた。面白くもない会話は、うちとけた危険な話題を恐れるあまり、食べ物の範囲外に出でなかった。ジャンナン夫人は強しいて、心にかかってる事柄に話を向けてみた。しかしポアイエ・ドゥロルム夫人から、なんでもない言葉でそれをきっぱりさえぎられた。彼女はもうふたたび言い出す勇気がなかった。
食事のあとでジャンナン夫人は、娘にピアノを一曲ひかせてその技倆ぎりょうを示させようとした。娘は当惑し心が進まないで、ひどく下手へたにひいた。ポアイエ家の人たちは退屈して、その終わるのを待った。ポアイエ夫人は皮肉な皺しわを唇くちびるに寄せて、自分の娘を見やった。そして音楽があまり長くつづくので、彼女はジャンナン夫人へ取り留めもないことを話しだした。アントアネットはその楽曲の中に迷い込んでいて、ある箇所では先をつづける代わりに初めをくり返し、もうひき終えるにも終えられなくなってるのに、みずから気づいてまごついたが、しまいにぴったりひきやめて、正しくない和音を二度ひき、間違った和音をも一つつけ加えて、それで終わりとしてしまった。ポアイエ氏は言った。
「すてきだ!」
そして彼はコーヒーを求めた。
ポアイエ夫人は、自分の娘はピュノーについて稽古けいこを受けてると言った。「ピュノーに稽古を受けてる」令嬢は、言った。
「たいへんお上手じょうずね、あなたは。」
そしてアントアネットがどこで学んだか尋ねた。
会話は困難になってきた。客間の装飾品やポアイエの夫人令嬢らの服装など、興味ある話題は話しつくされてしまっていた。ジャンナン夫人は心の中でくり返した。
「今が話すときだ。話さなければならない……。」
そして彼女はもじもじしていた。ついに元気を出して話そうと決心しかけると、ポアイエ夫人はちょうどそのおりに、残念だが私どもは九時半に出かけなければならないと、別に許しを求めようともしない調子で言い出した。遅らすことのできない招待を受けてるのだった……。ジャンナンの人たちは気を悪くして、すぐに立ち上がって帰ろうとした。ポアイエの人たちは引き留めるような様子をした。
しかしそれから十四、五分たって、だれかが訪れてきた。ポアイエ家の知人で、下の階に住んでる人たちであることを、下男が知らしてきた。ポアイエと夫人とは目配せをし、召使らに向かってあわただしくささやいた。ポアイエは何か訳のわからない口実を言いたてながら、ジャンナンの人たちを隣の室に移らせた。(自分の名折れとなる親戚があることを、ことにそれが押しかけて来てることを、彼は友人らに隠したがっていたのである。)ジャンナンの人たちは、火のない室に置きざりにされた。子供たちはその恥辱に憤慨した。アントアネットは眼に涙を浮かべて、帰りたがった。母親は最初それに反対した。けれどあまり長く待たされるので、ついに心をきめた。彼らは帰りかけた。それを下男から知らせられたポアイエは、控え室まで彼らを追っかけてきて、ありふれた文句で弁解をした。彼は引き留めたがってるふうを装っていたが、早く帰ってもらいたがってることは明らかだった。彼は手伝って外套がいとうを着せてやり、微笑や握手や小声の愛嬌あいきょうなどを振りまきながら、入口の方へ彼らを導き、そして外へ追い出した。――旅館へ帰ると、子供たちは口惜くやし涙にくれた。アントアネットはじだんだふみながら、もうあんな人たちの家へ足を踏み入れるものかと断言した。
ジャンナン夫人は、植物園の近くに、五階の一部屋を借りた。居室はみな、薄暗い中庭の汚ない壁に向かっていた。茶の間と客間とは――(ジャンナン夫人はぜひとも客間をほしがっていたのである)――人通りの多い街路に面していた。毎日、蒸気馬車が通り過ぎ、また葬式馬車が列をなして、イヴリーの墓地へはいり込んでいった。虱しらみだらけのイタリー人らが、汚ない子供を連れて、ぼんやり腰掛にすわったり、荒々しく言い争ったりしていた。あまり騒々しいので、窓を開あけておくことができなかった。そして夕方、家に帰ってくるときには、忙しげな臭い人波を押し分け、舗石も泥だらけの込み合った街路を横切り、隣家の一階にある厭いやなビール飲み場の前を通らなければならなかった。そのビール飲み場の入口には、黄色い髪の毛をし、脂あぶらや白粉おしろいをぬりたてた、大きなでっぷりした女どもが、卑しい眼つきで通行人をうかがっていた。
ジャンナン一家のわずかな金はまたたくまになくなっていった。毎晩財布の中がますますむなしくなってるのを見ると、彼らは胸迫る思いがした。つつましい生活をしようとしたができなかった。それは一つの学問であって、子供のときから実行していなければ、学ぶのに幾年もの困難を経なければならない。生来経済家でない者は、経済家たらんとして時間をつぶしてしまう。金のいる新しい場合に臨むと、それに打ち負けてしまう。倹約はいつもこのつぎこのつぎへと延ばされる。そして偶然、わずかなものを儲もうけるかあるいは儲けたと信ずるときには、それを口実にすぐいろんなことに金を費やして、その全額は儲けの十倍にもなってしまいがちである。
数週間たつと、ジャンナン一家の資力はつきはててしまった。ジャンナン夫人は、残りの自尊心をも捨てなければならなかった。彼女は子供たちに知らせないで、ポアイエに金の無心をしに行った。彼女はくふうして、彼一人にその事務所で会った。生活できるだけの地位を見出すまで、金を少し拝借したいと願った。ポアイエは気が弱くかなり人情深かったので、返事を延ばそうとしたあとですぐに心がくじけた。一時の感動を制しきれずに二百フラン貸し与えた。がもとよりその感動を、彼はすぐに後悔した――ことに、夫の気弱さと妹の奸策かんさくとに腹をたてたポアイエ夫人を、いろいろなだめなければならなかったときに。

ジャンナン一家の者は、仕事の月を見つけるために、パリーじゅうを駆け回って日々を過ごした。ジャンナン夫人は田舎いなかの物持ち一流の偏見にとらわれていて、「高尚」だと言われる職業――飯が食えないからそう言われるに違いないのだが――それより他の職業につくことを、自分にもまた子供たちにも許すことができなかった。娘が家庭教師としてある家庭にはいることさえ、許しがたく思われるのだった。不名誉でないと彼女に思われるものは、国家に仕える公職しかなかった。でオリヴィエが教師となるためにその教育を終えるだけの方法を、なんとか講じなければならなかった。アントアネットについては、何かの学校にはいって教鞭きょうべんを取らせるか、あるいは音楽学校にはいってピアノの賞金を得させるかが、ジャンナン夫人の望みだった。しかし彼女が聞き合わせた学校にはみな教師がそろっていて、しかも、取るに足らぬ初等免状をもってる娘より、ずっと違った資格をもってる者ばかりだった。また音楽の方面においては、衆にぬきんでることさえできないでいる他の多くの者の才能に比べても、アントアネットの才能はしごく平凡なものであることを、認めないわけにはゆかなかった。ジャンナン一家の者は、恐ろしい生存競争を見出し、また、パリーが使い道のない大小の才能をやたらに蕩尽とうじんしてることを見出したのであった。
二人の子供は落胆して、自分の価値をひどく見下げた。彼らは自分をつまらない者だと思った。それをみずから証明し母親にも証明しようとあせった。田舎いなかの学校でたやすく秀才となり得ていたオリヴィエも、種々の難儀に圧倒されて、天分をことごとく失ってしまったかのようだった。新たにはいった中学校で首尾よく給費生になり得たが、最初のうちは級別が不運だったので、給費生の資格を取り上げられた。彼はまったく自分は馬鹿だと考えた。同時に彼はまた、パリーが厭いやだった。うようよしてる人込みや、仲間の者らの汚ない不品行や、彼らのみだらな話や、彼にも忌まわしいことを勧めずにはおかない数名の者らの獣性などが、厭でたまらなかった。軽蔑けいべつの意を彼らに言ってやるだけの力さえなかった。彼らの堕落を考えるだけで自分も堕落する気がした。彼は母や姉とともに祈祷きとうのうちに逃げ込んだ。彼ら三人の潔白な心には、日ごとに受ける内心の失意や屈辱なども、一つの汚れだと思われてたがいに語り合うこともできず、夜になるといつもいっしょに、熱心な祈祷をするのであった。しかしオリヴィエの信仰は、パリーで呼吸される潜在的な無神論の精神に触れて、みずから気づかないうちにすでにこわれ始めていた。ま新しい漆喰しっくいが雨に打たれて、壁からはげ落ちるのと同じだった。彼はなお信じつづけてはいた。しかし彼の周囲には神が死にかかっていた。
母と姉とは無駄むだな奔走をつづけていた。ジャンナン夫人はまたポアイエ家を訪れた。ポアイエ家の人々は彼らを厄介やっかい払いしたがって、地位を見出してやった。ジャンナン夫人の方は、南方で冬を過ごしてるある老貴婦人の家に、朗読者としてはいることだった。アントアネットの方は、一年じゅう田舎いなかに住んでいるフランス西部のある家庭に、家庭教師として雇われることだった。条件はさほど悪くなかった。しかしジャンナン夫人は断わった。彼女が反対したのは、自分が他人に使われるという屈辱よりもさらに、娘がそういう地位に陥るということであり、ことに自分のもとから娘が遠く離れるということであった。いかに不幸であっても、そしてまた、不幸であるからこそ、彼らはいっしょにいたかったのである。――ポアイエ夫人はそれをごく悪く取った。生活の方法がないときには高ぶってはいけない、と彼女は言った。ジャンナン夫人は、彼女の心なしをとがめずにはいられなかった。ポアイエ夫人は、破産のことやジャンナン夫人が借りていった金について、ひどいことを言いたてた。二人は和解の道のない喧嘩けんか別れをした。関係はすべて絶えてしまった。ジャンナン夫人はもう一つの願いしかもたなかった、借りた金を返済すること。しかしそれが彼女にはできなかった。
無益な運動がつづけられた。幾度もジャンナン氏の世話になった同県の代議士と上院議員とを、ジャンナン夫人は訪問した。しかしどこへ行っても忘恩と利己主義とにぶつかった。代議士は手紙へ返事もくれなかった。彼女が自分で訪れてゆくと、不在だとの答えだった。上院議員は彼女の境遇に粗雑な同情を寄せた口のきき方をし、その境遇も「あの悪いジャンナン」のせいだとして、ジャンナンの自殺を手きびしく非難した。ジャンナン夫人は夫を弁護した。上院議員は言い進んだ。銀行家のあの行動は不正直から出たことではないが、愚昧ぐまいから出たことは明らかである。彼は馬鹿者であり迂闊者うかつものであって、だれにも相談せず、だれの意見にも耳を傾けず、自分一人の考えでばかり事を行なおうとしたのだ。それでも、彼が一人で没落したのなら、何も言うことはない。当然のことだから。しかし――他人をも没落のうちに引き込んだことは言うまでもなく――妻と子供たちとを困窮のうちに投じておいて、なんとかやってゆくままに打ち捨てて置きざりにしたこと……それは、聖者のようなジャンナン夫人の眼から見たら許されもしようが、しかしこの上院議員は、聖者(saint)ではなくて、単に健全(sain)なる人間――健全で思慮あり理性ある人間――であることを誇りとしているので、許すべきなんらの理由をももってはいない。そんな場合に自殺するような男は、悪い奴やつだというべきである。ただジャンナンを弁護し得る唯一の酌量すべき事情は、彼にまったく責任があるのではなかったということである。そこで、上院議員はジャンナン夫人に向かって、彼女の夫について多少苛酷かこくな言い方をしたことを詫わび、それも実は彼女に同情したからのことであると言い、そして引き出しを開きながら、五十フランの紙幣――施与――を差出した。それを彼女は拒絶した。
彼女はある官省に職を求めようとした。が彼女の奔走は拙劣だったし連絡が欠けていた。一度奔走するにもある限りの勇気を費やした。そしてはがっかりしてもどって来、数日間身を動かすだけの力もなかった。ふたたび奔走しだすときにはもう時機遅れだった。また教会の人たちからも助力は得られなかった。彼らは彼女を助けることに利益を見出さなかったし、また、明らかに反僧侶はんそうりょ主義の主人をもっていた零落してる家族に、同情の念を起こさなかったのである。幾多の努力の後にジャンナン夫人が見出し得たものは、ある修道院におけるピアノ教師の地位――ひどく給料の少ないありがたくもない職業――であった。彼女はなおも少し稼かせぐために、晩にはある筆耕取次所の仕事をした。そこの人たちはきわめて手きびしかった。彼女の筆跡はまずかったし、またいくら注意しても、うっかり一語落としたり一行飛び越したりして――(それほど彼女は他の種々なことを考えていた)――ひどい小言をくった。そして夜中ごろまで書きつづけて、眼を真赤まっかにして身体を疲らしきった後、書き上げたものが受け付けられないこともあった。彼女は途方にくれてもどってきた。どうしていいかわからないで、幾日も溜息ためいきばかりもらしていた。長い前から苦しんでいた心臓の病が、難儀のために重くなって、不吉な予感を彼女に覚えさせた。ときとするともう死にかかってるかのように、胸が苦しくなったり息がつまったりした。出かけるときにはいつも、もしや往来で倒れるようなことになったらと思って、名前と住所を書いてポケットに入れておいた。もしここで死んだらどうなるだろう? アントアネットは無理にも平気を装いながら、できるだけ母を支持していた。身体を大事にするように母へ勧め、自分を代わりに働かしてくれと頼んだ。しかしジャンナン夫人は、自分が今苦しんでる屈辱をせめて娘には経験させまいということを、自分の最後のわずかな誇りとしていた。
彼女は刻苦精励しなおその上に費用を節約したが、それでもうまくゆかなかった。彼女の所得だけでは一家の生活をささえるに足りなかった。取って置いた数個の宝石をも売らなければならなかった。そしてもっとも不幸なことは、必要に迫ってるその金を、ジャンナン夫人は手にしたその日に盗まれてしまった。憐あわれにも彼女はいつもうっかりしていて、外に出たついでにふと思いついて、その筋道に当たる勧工場かんこうばへはいってみた。翌日がちょうどアントアネットの誕生日に当たるので、何かちょっとした物を買ってやりたかった。彼女は失わないようにと金入れを手に握っていた。そしてある品物をよく見るときに、手の金入れをちょっと勘定台の上に何気なく置いた。ところがそれをまた手に取ろうとすると、金入れはもうなくなっていた。――それは最後の打撃だった。
それから二、三日後、八月末の息苦しい晩――蒸し暑い濃い靄もやが都会の上に重くたなびいていた晩――ジャンナン夫人は、筆耕取次所に急ぎの仕事を渡してもどって来た。夕食の時間に遅れていたが、三スーの乗合馬車賃を倹約して歩いた。子供たちが心配してやすまいかと気づかってあまり急いだので、すっかり疲れきってしまった。五階の住居へ着いたときには、もう口をきくことも息をすることもできなかった。彼女がそういう状態でもどってくるのは、それが初めてではなかった。子供たちはもうそれに驚かなくなっていた。彼らといっしょに彼女は無理にすぐ食卓へついた。暑苦しくて子供たちは二人とも食べ物が喉のどに通らなかった。肉の切れや味のない水を二口三口いやいや飲み込むのも、やっとのことだった。気分がなおる余裕を母に与えるため話もしなかった――(話したくもなかった)――そして窓をながめていた。
突然ジャンナン夫人は、両手を動かし、食卓へしがみつき、子供たちをながめ、うめき声を出し、そしてがっくりとなった。アントアネットとオリヴィエはそのまに駆け寄って、彼女を腕に抱き止めた。二人は狂人のようになって、叫び願った。
「お母かあさん! ねえお母さん!」
しかし彼女はもう返辞をしなかった。子供たちは思慮を失った。アントアネットは母の身体をひしと抱きしめ、接吻せっぷんをし名を呼んだ。オリヴィエは部屋の扉とびらを開いて叫んだ。
「助けて――!」
門番の女が階段を上って来た。そして様子を見て取ると、近くの医者へ駆けていった。しかし医者が来たときには、もう駄目だめだと認めるよりほかはなかった。頓死とんしだった――ジャンナン夫人にとっては仕合わせというべきである――(たとい、みずから死ぬことを見て取りながら、またかかる困窮のうちに子供たちだけを置きざりにしながら、彼女がその臨終のわずかな瞬間にどういうことを考えたかは、だれにもわかりはしないけれど……)。

その災厄さいやくの恐ろしさを忍ぶにも二人きりだったし、泣くにも二人きりだったし、死のつぎに来る堪えがたい仕事に気を配るにも二人きりだった。親切な門番の女が、彼らを少し助けてくれた。ジャンナン夫人が稽古けいこを授けていた修道院からは、冷やかな同情の数語がよこされた。
初めのうちは、名状しがたい絶望のみだった。二人を救ってくれた唯一のものは、過度の絶望そのものだった。オリヴィエはほんとうの痙攣けいれん状態に陥った。そのためアントアネットは自分の苦しみから気がそらされた。彼女はもう弟のことしか考えなかった。その深い愛情はオリヴィエの心に沁しみ通り、彼が苦悶くもんのあまり危険な逆上に陥ることを防いだ。母親の遺骸いがいが休らってる寝台のそばで、小さなランプの光の下で、二人はたがいに抱き合っていた。死ぬよりほかはない、二人とも、すぐに、死ぬよりほかはない、とオリヴィエはくり返した。そして窓をさし示した。アントアネットもまたその痛ましい願望を感じていた。しかし彼女はそれと闘たたかった。彼女は生きたかった……。
「生きて何になるんだ?」
「この方かたのためによ。」とアントアネットは言った(彼女は母を指さし示していた。)――「この方はやはり私たちといっしょにいらっしゃるわ。考えてごらんなさい……私たちのためにさんざんお苦しみなすったのだから、いちばんひどい苦しみ、私たちが不仕合わせで死ぬのをご覧なさるという苦しみは、ああ、おかけしないようにしなければいけません……。」と彼女は感情に激して言った。「……それに、そんな諦あきらめ方をしてはいけません! 私はいやよ。私はどうあっても逆さからうわ。あなたがいつかは幸福になることを、私望んでるのよ。」
「幸福になるものか!」
「いいえきっとなってよ。私たちはあんまり不幸だったわ。今に変わってくるわ。変わるに違いないわ。あなたは生活を立ててゆき、家庭をもち、幸福になるでしょう。それが、それが私の望みよ!」
「どうして生きてゆけるの? 私たちにはとてもできない……。」
「できますとも。なんだと思ってるの? あなたが自活できるようになるまでの間のことよ。私が引き受けるわ。見ててごらんなさい、私がやってみせるから。ああ、お母かあさんが私のするとおりに任しててくだすったら、もうちゃんとできてたのに……。」
「何をするつもりなの? 私は姉ねえさんに恥ずかしいことをさせたくない。それに姉さんにはできやしない……。」
「できますよ……。働いて生活をするのは――正直でさえあれば――少しも恥じることはありません。心配しないでちょうだい、お願いだから。見ててごらんなさい。万事うまくいきます。あなたは幸福になります。私たちは幸福になります。ねえオリヴィエ、この方も私たちのせいで幸福になります……。」
二人の子供だけが母の柩ひつぎの供をした。二人はたがいに同じ心から、ポアイエ家へは何にも知らせないことにした。ポアイエ家の人たちは、二人にとってはもはやないも同様だった。母にたいしてあまりに残忍だったし、母の死の一原因だったのである。門番の女から他に親戚はないかと聞かれたとき、二人は答えた。
「だれもありません。」
あらわな墓穴の前で、二人は手を取り合って祈りをささげた。彼らは絶望的な一徹さと傲慢ごうまんさとのうちに堅くなっていて、冷淡で虚偽な親戚らが会葬してくれるよりも、二人きりの寂しさの方が心地よかった。――彼らは人込みの間を分けて歩いて帰った。だれも皆彼らの喪に無関係であり、彼らの考えに無関係であり、彼らの存在に無関係であって、彼らと共通なのは口にする言葉ばかりだった。アントアネットはオリヴィエに腕を取らせていた。
彼らはその建物の最上階に、ごく小さな部屋を借りた――屋根裏の二室、食堂となる小さな控え室、押し入れくらいな大きさの台所。他の町へ行けばもっといい住居が見つかるかもしれなかった。しかしここに住んでると、彼らはなお母親といっしょにいる心地がするのだった。門番の女は彼らに多少の同情を示してくれた。けれどやがて彼女は自分の仕事に気を取られてしまった。そしてもうだれも彼らに構ってくれなかった。同じ建物に借家してる人たちで、彼らを知ってる者は一人もなかった。そして彼らの方でも、隣にだれが住んでるかさえ知らなかった。
アントアネットは母の跡を継いで、修道院の音楽教師となることができた。そしてなお他にも稽古けいこの口を捜した。彼女はただ一つのことしか考えていなかった、弟を育てて師範学校に入れること。彼女は一人でそうきめていた。要項を調べ、種々聞き合わせ、オリヴィエの意見をも尋ねてみた――が彼はなんの意見ももたなかったので、彼女が代わって決定してやったのだった。一度師範学校にはいれば、生涯しょうがいパンの心配はいらないし、未来は意のままになるはずだった。そこまで彼が到達することが必要だった。それまではどうしても生活してゆくことが必要だった。五、六年の恐ろしい間だった。がどうにかやりとげられるはずだった。そういう考えがアントアネットのうちで異常な力となって、ついに彼女の心をすっかり満たしてしまった。今後の孤独な惨みじめな生活は、彼女の眼にもはっきり前方に広がって見えていたが、その生活をあえてなし得るのも、彼女の心を占めてる熱烈な感激のゆえであった。弟を救ってやり、もはや自分は幸福になれなくとも、弟を幸福にしてやるという、その感激のゆえであった……。この十七、八歳の浮き浮きしたやさしい小娘は、勇ましい決心のために一変してしまった。だれも気づかなかったし、彼女自身もさらに気づかなかったが、献身の情熱と奮闘の慢おごりとが彼女のうちにあった。女の危険な年ごろには、かの熱っぽい春の初めのころには、多くの愛情の力が、あたかも地下に音をたててる隠れた泉のように、一身を満たし浸し包みおぼらして、絶えざる迷執の状態に陥おとしいれるものであるが、そのとき愛情はあらゆる形で現われる。そしてただ、自己を与え自己を他人の糧かてに供することしか求めない。何かの口実がありさえすれば、その清浄な深い肉欲は、ただちにあらゆる犠牲心へ変化しようとしている。愛情はアントアネットをして友愛の餌食えじきたらしめた。
弟は彼女ほど情熱的ではなかったから、そういう動力をもたなかった。そのうえ、彼のために向こうから身をささげてくれるのであって、彼の方から身をささげてるのではなかった――愛するときにはこの方がずっと気楽であり楽しいものである。けれど彼は、自分のために姉が刻苦してるのを見ると、重苦しい呵責かしゃくの念を感ずるのだった。彼はそのことを姉に言った。姉は答えた。
「まあお気の毒ね! 私が生きがいを感じてるのはそのためだということが、あなたにはわからないの。あなたのために苦労してるということがなかったら、私になんで生きてる理由が他ほかにありましょうか。」
彼にはそのことがよくわかっていた。彼がもしアントアネットの地位にあったら、彼もやはりその尊い辛苦をほしがったであろう。しかし、自分が彼女の辛苦の原因であることは!……彼の自尊心と愛情とはそれを苦しんだ。そして、一身に負わせられた責任は、成功の義務は、彼のような弱い者にとってはたまらない重荷であった。姉は彼の学業の成否に自分の生涯しょうがいを賭かけてるのだった。そういうことを考えるのは、彼には堪えがたかった。そして彼の力を増大させるどころか、時とすると彼を圧倒することもあった。けれどもとにかくそれは、反抗し勉励し生きることを彼に強しいた。そういう強制がなかったら、彼はおそらく生きることができなかったかもしれない。敗北――おそらくは自殺――への先天的傾向が彼のうちにはあった。覇気はきをいだき幸福であるようにと姉が彼に望まなかったら、彼はその傾向に引きずり込まれたかもしれない。彼は自分の天性が他から逆らわれることを苦しんだ。けれどもそれが結局仕合わせだった。幾多の青年が、官能の錯誤に駆られて、二、三年間の狂愚な行ないのために、全生涯をふたたび回復し得られないほど害して、まったく駄目だめになってしまうあの恐るべき年ごろを、危機の年齢を、彼もまた通っていた。彼がもし自分の考えにふける隙ひまがあったら、落胆か遊蕩ゆうとうかに陥ったかもしれない。彼は自分のうちを内省するたびごとに、病的な夢想に、人生にたいする嫌悪けんお、パリーにたいする嫌悪、いっしょに入り交って腐ってゆく無数の人間の、きたない発酵にたいする嫌悪の情に、いつもとらわれるのであった。しかし姉を見ると、その悪夢は消え失うせてしまった。そして、彼女は彼を生かさんがためにのみ生きていたから、彼も生きる気になった、心ならずも幸福になりたい気になった……。

かくて、堅忍と宗教と高尚な願望とでできてる熱い信念の上に、彼らの生活はうち立てられた。二人の子供の全存在は、オリヴィエの成功というただ一つの目的へ向けられた。アントアネットはいかなる仕事をもいかなる屈辱をも甘受した。彼女は方々の家庭教師をした。ほとんど召使同様に取り扱われた。女中みたいに教え子の散歩の供をし、ドイツ語を教えるという名目で、幾時間もいっしょに往来を歩かねばならなかった。そういう精神上の苦痛や肉体上の疲労にも、彼女は弟にたいする愛情によって、また自負心によってまで、一種の享楽を見出すのだった。
彼女は疲れきってもどって来ながら、オリヴィエの世話をしてやった。オリヴィエは半寄宿生として中学で一日を過ごし、夕方にしか帰って来なかった。彼女は夕食の支度したくをした、ガスこんろかアルコールランプかで。オリヴィエはいつも食いたがらなかった。どんな物にも厭気いやけを起こし、なお肉をきらった。無理に食べさせるか、あるいは気に入るちょっとした料理をくふうしなければならなかった。そしてかわいそうにアントアネットは、料理が上手じょうずではなかった。非常に骨折ったあとでも、彼女の料理は食えないと彼から言われるような、悲しい目に出会った。台所のかまどの前の絶望――無器用な若い世帯婦のみが経験する、だれにも知られないところの、生命を毒し時には睡眠をも毒する無言の絶望――それを幾度もくり返したあとにようやく、彼女は少し覚え知ったのだった。
食事のあとで彼女は、使った少しの皿さらを洗ってから――(彼はその仕事を手伝おうとしたが、彼女は承知しなかった)――弟の勉強を母親みたいに監督した。その感じやすい少年の気持を害さないようにいつも注意しながら、学課を暗誦あんしょうさせ、宿題を読んでやり、調べてやることさえあった。食卓と勉強机とに兼用してるただ一つのテーブルで、二人は晩を過ごした。彼は宿題をし、彼女は縫い物か写し物かをした。彼が寝てしまうと、彼女は彼の服の手入れをしたり、または自分の勉強をした。
とやかく暮らしてゆくのでさえ非常に困難ではあったが、二人はたがいに心を合わして、貯たくわえることのできる金はまず何よりも、母がポアイエ家から借りてる負債を返すのにあてることとした。それはポアイエ家の人たちがうるさい債権者だからというのではなかった。彼らからは風の便たよりもなかった。彼らはその貸し金をまったく失ったものだと思って、もう念頭においてはいなかった。それだけの金で、不名誉な親戚を厄介やっかい払いしたことを、心では喜んでいた。しかし二人の子供の方から言えば、軽蔑けいべつすべきその連中に母親が何かの借りがあることは、自尊心と孝行心との上から苦しかった。二人は不自由を忍び、少しの慰みや服装や食べ物などからわずかなものを節して、借りの二百フランだけになそうとした――それも彼らにとっては大金だった。アントアネットは自分一人だけ不自由を忍ぼうとした。しかし弟は彼女の考えを知ると、ぜひとも同様にせずにはいなかった。彼らは二人ともその仕事に心を尽くして、日に幾スーかを余し得るときはうれしかった。
倹約を旨としてわずかずつ貯えながら、彼らは三年間に所要の金額に達することができた。非常な喜びだった……。アントアネットはある晩ポアイエ家へ行った。彼女は無愛想に迎えられた。援助を求めに来たと思われたのだった。彼らは機先を制するのが得策だと考えて、少しも便りをしなかったこと、母親の死を知らせもしなかったこと、用のあるときにしか顔を出さないこと、などを冷やかに彼女へ責めた。彼女はそれをさえぎって、迷惑をかけるつもりで来たのではないと言った。借りた金をもって来たまでのことだと言った。そしてテーブルの上に二枚の紙幣を置きながら、返済証を求めた。彼らはすぐに態度を変え、そして受け取りたくないふうを装った。数年たってから、もはや当てにしていない金を返しに来る債務者にたいして、債権者がにわかに感ずるあの愛情を、彼らは彼女にたいして覚えたのだった。弟といっしょにどこに住んでるか、どういうふうに暮らしてるか、などと彼らは尋ねかけてきた。彼女は答えを避け、ふたたび返済証を求め、急いでると言い、冷やかに挨拶あいさつをし、そして立ち去った。ポアイエの人たちは、彼女のそういう恩知らずの態度を憤慨した。
かくてアントアネットは心にかかってた思いを晴らしたが、やはり同じ倹約の生活をつづけた。それも今では弟のためにだった。ただ彼女は、弟に知られまいといっそう隠しぬいた。自分の身のまわりを節約し、ときには食べ物を節してまで、弟の服装みなりや娯楽のためをはかり、その生活を多少なりと楽しく派手やかにしてやり、ときには音楽会や音楽劇に行くこと――それがオリヴィエの最大の喜びだった――を得させようとした。彼は姉を連れずに一人で行くことを好まなかった。しかし彼女は種々な口実を設けて、いっしょに行かないようにし、また彼に心苦しい思いをさせないようにした。たいへん疲れてると言ったり、外に出かけたくないと言った。音楽は退屈だとまで言った。彼はそういう愛情のこもった嘘うそにだまされはしなかった。しかし年少の利己心に打ち負けた。彼は劇場へ行った。が一度そこへはいると自責の念にとらえられた。見物してる間そのことばかり考えていた。彼の喜びは害されるのだった。ある日曜日に、彼は姉に勧められてシャートレー座の音楽会へ出かけたが、三十分ばかりするともどって来た。サン・ミシェル橋まで行くと、もうそれより先へ行く勇気がなくなった、と彼はアントアネットへ言った。アントアネットにとっては、弟が自分のために日曜の娯楽を廃してしまったことは、悲しくもあったがまた非常に心うれしかった。オリヴィエは別に遺憾とはしなかった。家にもどって来て、姉の顔が包みきれぬ喜びに輝くのを見ると、いかにりっぱな音楽を聴きくよりもいっそう幸福な気がした。二人はその日曜の午後を、窓のそばに向き合ってすわりながら過ごした。彼は書物を手にし彼女は仕事を手にしていたが、どちらもほとんど縫いも読みもせず、たがいの身に関係のないなんでもないことを話し合った。かつて日曜がこんなに楽しく思われたことはなかった。これから二人いっしょでなければ音楽会へも行かないという気になった。もはや二人は一人一人で幸福を味わうことができなくなった。
彼女はひそかに倹約しながら、ピアノを一つ借りるだけの金をためて、オリヴィエをびっくりさした。そのピアノは一定の賃貸借の方法で、幾か月かたつとまったく彼らの所有になるはずだった。負担の上にさらにその重い負担を、彼女はあえて担になったのだった。期限ごとの支払いが夢の中まで気にかかった。必要な金を得るのに彼女は健康をそこなった。しかしそういう熱中は、彼ら二人に非常な幸福をもたらしてくれた。音楽はつらい生活の中における楽園だった。音楽は広大な場所を占めた。彼らは音楽に包まれてその他の世界を忘れた。それには危険が伴わないでもなかった。音楽は近代の大なる害毒物の一つである。暖房のようなまたは頼りない秋のようなその暖かい倦怠けんたいは、人の官能をいらだたせ意志を死滅させる。しかしそれは、アントアネットのように喜びのない過度の働きを強しいられてる魂にとっては、一つの休息となるのであった。日曜日の音楽会は、たえざる労働の一週間中に輝く唯一の光明だった。この前の音楽会の思い出やつぎの音楽会に行く希望、パリーを忘れ時を忘れて過ごすその二、三時間、それだけで彼らは生きていた。雨の中や雪の中に、あるいは風と寒さとの中に、たがいに身を寄せ合って、もう座席がなくなりはすまいかと恐れながら、外で長く待った後、劇場にはいり込んで狭い薄暗い席につき、群集の中に没してしまった。息をさえぎられ四方から押しつけられて、ときとすると暑さと窮屈さとに気分が悪くなりかかることもあった。――が二人は楽しかった。自分の幸福と相手の幸福とに楽しかった。ベートーヴェンやワグナーなどの偉大な魂から流れ出る、善良と光明と力との波が心の中に注ぎ込むのを感じて楽しかった。愛する同胞はらからの顔――あまりに年若くてなめた労苦や心労のために蒼あおざめてるその顔――が輝き出すのを見て楽しかった。アントアネットはぐったりしていて、母親から両腕で胸に抱きしめられてるような心地がしていた。そのやさしい温あたたかい巣の中にうずくまっていた。そしてひそかに泣いていた。オリヴィエは彼女の手を握りしめていた。その恐ろしい広間の暗がりの中で、彼らに注意を向けてる者は一人もなかった。が、その暗がりの中で、音楽の母性的な翼の下に逃げ込んでる傷ついた魂は、彼ら二人きりではなかった。
アントアネットはまた信仰をもっていて、いつもそれから支持されていた。彼女はきわめて敬虔けいけんであって、毎日欠かさず長い熱心な祈祷きとうをなし、日曜日には欠かさずミサに行った。不当な惨みじめな生活の中にあって彼女は、人とともに苦しみ他日人を慰めてくれる聖なる友の愛を、信ぜずにはいられなかった。また神よりもなおいっそう、自家の故人たちと心を通わせていて、自分のあらゆる苦難をひそかに彼らへ打ち明けていた。しかし彼女は独立の精神と堅固な理性とをもっていた。他のカトリック教徒らから離れていて、彼らからあまりよくは見られていなかった。彼らは彼女のうちに邪悪な精神があるとし、彼女を自由思想家もしくはそれになりかかってる者だと見なしがちだった。なぜなら、彼女は善良なフランス娘として、自分の自由判断を捨てようとはしなかったから。彼女は卑しい家畜みたいに服従心によってではなく、愛によって信仰していたのである。
オリヴィエはもう信仰をもってはいなかった。パリーでの生活の初めのころからして、次第に信仰から離れていったが、ついにはそれを全然失ってしまった。彼はそれをひどく苦しんだ。彼は信仰なしで済ましてゆけるほど、十分強い人間でも凡庸な人間でもなかった。それで激しい苦悶くもんの危機を通ったのだった。しかし彼はなお神秘な心を失わなかった。そして、いかに無信仰になったとはいえ、彼の思想は姉の思想にもっとも近いものだった。彼らはどちらも宗教的雰囲気ふんいきのうちに生きていた。一日離れていたあとで各自に夕方帰ってくると、彼らの小さな部屋は彼らにとって、一つの港であった。貧しくはあるが清浄な犯しがたい避難所であった。彼らはその中にあって、パリーの腐敗した思想から、いかに遠く離れてる心地がしたことだろう!……
彼らは自分がした事柄については多く話さなかった。疲れて家に帰って来る時には、苦しかった一日のことを話してそれをまた思い起こすことは、好ましくないものである。彼らは知らず知らずに、その日のことをいっしょに忘れようとつとめていた。ことに夕食のおりに顔を合わせてしばらくの間は、たがいに尋ね合うことを差し控えた。ただ眼つきで挨拶あいさつをかわした。ときとすると、食事中一言もいわないことさえあった。アントアネットは弟をながめた。弟は昔小さかったときのように、皿さらを前にしてぼんやり考えていた。彼女はその手をやさしくなでてやった。
「さあ、」と彼女は微笑ほほえみながら言った、「しっかりなさいよ。」
彼も微笑みを浮かべて、また食べ始めた。食事はそういうふうにして終わってゆき、彼らは口をきこうとつとめもしなかった。彼らは沈黙に飢えていた。……しまいに、ようやく休らった心地がし、各相手のつつましい愛情に包まれて、その日のよごれた印象が一身から消え去った心地がするとき、初めて彼らの舌は少しほどけてくるのだった。
オリヴィエはピアノについた。アントアネットはいつも自分でひかないで、彼にばかりひかせておいた。なぜなら、ピアノをひくのが彼の唯一の慰みだった。そして彼は全力を尽くしてひいた。彼は音楽にたいしてりっぱな天分をそなえていた。活動するよりも愛するのに適した彼の女性的な天性は、自分が演奏する音楽家らの思想にやさしく結びつき、それといっしょに融とけ合い、そのもっとも微細な色合いをも熱心な忠実さで演奏し出した――がそれも、彼の弱い腕と息との許すかぎりにおいてであって、トリスタンやベートーヴェンの後期の奏鳴曲ソナタなどをひく非常な努力には、腕は折れそうになり息は絶えだえになるのだった。それで彼は好んで、モーツァルトやグルックのうちに逃げ込んだ。そしてそれらはまた、姉の好きな音楽ででもあった。
ときとすると、彼女も歌うことがあった。しかしそれはごく単純な歌で、古い旋律メロディーのものだった。彼女は重く弱い中音の含み声をもっていた。ごく内気だったので、だれの前でも歌えなかった。オリヴィエの前でさえようやくのことだった。喉のどがつまりそうになった。彼女がことに好んでいたものに、スコットランドの言葉でベートーヴェンの曲になった、忠実なるジョニーというのがあった。ごく静かで……底には情愛がこもっていた……。ちょうど彼女の性質に似ていた。オリヴィエは彼女がそれを歌うのを聴くと、いつも眼に涙を浮かべた。
しかし彼女は弟の演奏を聴く方が好きだった。早く食事の後片付けを終わろうと急いでいた。そしてオリヴィエの演奏をよく聴くために、台所の扉とびらを開あけ放しておいた。彼女は非常に注意していたけれども、彼は我慢しかねて、皿を片付ける音がすると不平を言った。すると彼女は扉を閉しめた。後片付けを終わると、やって来て低い椅子いすにすわった。それもピアノのそばにではなく――(なぜなら、彼は演奏中そばにだれかがいることを許し得なかった)――暖炉のそばにであった。そしてそこで、子猫ねこのようにかがみ込み、背をピアノの方に向け、一塊の練炭が音もなく燃えつきてゆく炉の赤い輝きに眼をすえながら、過去の事柄をうっとりと思い浮かべていた。九時が打つと彼女は無理にも、もうよす時間だとオリヴィエに知らせなければならなかった。彼にその演奏をやめさせるのはつらいことだったし、また自分もその夢想から覚めるのはつらいことだった。しかしオリヴィエにはまだ晩の勉強が残っていたし、寝るのがあまり遅れてもいけなかった。けれど彼はすぐには言うことをきかなかった。音楽をやめて真面目まじめに仕事にかかるには、いつもしばらく時がかかった。彼の考えは他の方面へうろついていた。そのぼんやりした心持から脱しないうちに、三十分が鳴ることがしばしばだった。アントアネットは机の向こう側で、かがみ込んで仕事をしながらも、彼が何にもしていないことを知っていた。けれど、彼を監視してるようなふうをしながら、彼の気分をいらだたせはすまいかと恐れて、あまり彼の方をのぞき込むことができなかった。
彼はその日々をとりとめもなく過ごしてゆく自由気ままな年齢――幸福な年齢――に達していた。清らかな額ひたい、ときどき黒い隈くまで縁取られる、ずるそうな率直な娘らしい眼、大きな口、その唇くちびるは乳飲み子のようにふくれ上がって、悪戯児いたずらっこらしい上の空のぼんやりした多少ゆがみ加減の微笑を浮かべるのだった。多すぎる髪は、眼のところまでたれていて、首筋のところでは髻もとどりのようになり、かたい一房ふさの毛は後ろへ巻き上がっていた。首のまわりにゆるいネクタイ――(姉がそれを毎朝丁寧に結んでくれた)――短い上着、そのボタンはいくら姉から縫いつけてもらってもすぐに取れた。カフスはつけなかった。手首の骨立った大きい手をしていた。嘲笑ちょうしょう的な眠たそうな恍惚こうこつとした様子で、いつまでもぼんやりしていた。つまらぬことをも面白がるその眼は、アントアネットの室の中を見回していた――(勉強の机はアントアネットの室に置いてあるのだった)――黄楊つげの小枝といっしょに象牙ぞうげの十字架が上方にかかってる、鉄の小さな寝台――父や母の肖像――塔と鏡のような池とをもった田舎いなかの町を示してる古い写真、などの上に彼の眼は落ちた。それから、黙って仕事をしてる姉の蒼あおざめた顔を見ると、彼女にたいする深い憐憫れんびんと自分自身にたいする腹だちとに、彼はとらわれるのだった。そこで彼ははっと我に返って、ぼんやりしてたことをいらだった。そして元気に勉強を始めて、無駄むだにした時間を取り返そうとした。
休みの日には書物を読んだ。二人は別々に読んだ。たがいに愛情をいだいてはいたけれど、同じ書物を声高くいっしょに読むことはできなかった。慎みが足りないように思われて厭いやだった。りっぱな書物は、心の沈黙のうちにのみささやかるべき秘密のようだった。あるページが非常に面白いときには、彼らはそれを相手に読んできかせはしないで、その部分に指をあてて書物を渡し合った。そして言った。
「読んでごらんなさい。」
そして一人が読んでる間、それを読んでしまった方は、眼を輝かしながら、相手の顔に現われる情緒を見守っていた。そしていっしょにその情緒を楽しんだ。

 

Mais souvent, accoudés devant leur livre, ils ne lisaient pas: ils causaient. À mesure que la soirée avançait, ils avaient plus besoin de se confier, et ils avaient moins de peine à parler. Olivier avait des pensées tristes; et il fallait toujours que cet être faible se déchargeât de ses tourments, en les versant dans le sein d'un autre. Il était rongé par des doutes. Antoinette devait lui rendre courage, le défendre contre lui-même: c'était une lutte incessante, qui recommençait chaque jour. Olivier disait des choses amères et lugubres; et quand il les avait dites, il était soulagé: mais il ne s'inquiétait pas de savoir si maintenant elles n'accablaient pas sa sœur. Il s'aperçut bien tard combien il l'épuisait: il lui prenait sa force, et infiltrait en elle ses propres doutes. Antoinette n'en montrait rien. Vaillante et gaie de nature, elle s'obligeait à rester gaie en apparence, alors que sa gaieté était depuis longtemps perdue. Elle avait des moments de lassitude profonde, de révolte contre la vie de sacrifice, à laquelle elle s'était vouée. Mais elle condamnait ces pensées, elle ne voulait pas les analyser; elle les subissait elle ne les acceptait pas. La prière lui venait en aide, sauf quand le cœur ne pouvait prier—(cela arrive),—quand il était desséché. Alors il n'y avait qu'à attendre en silence, tout fiévreux et honteux, que la grâce revînt. Jamais Olivier ne se doutait de ces angoisses. Dans ces moments, Antoinette trouvait un prétexte pour s'éloigner, ou se renfermer dans sa chambre; et elle ne reparaissait que quand la crise était passée; alors, elle était souriante, endolorie, plus tendre qu'avant, ayant comme le remords d'avoir souffert.

Leurs chambres se touchaient. Leurs lits étaient appliqués des deux côtés du même mur: ils pouvaient se parler à mi-voix au travers; et, quand ils avaient des insomnies, de petits coups frappés tout doucement au mur disaient:

—Dors-tu? Je ne dors pas.

Si mince était la cloison qu'ils étaient comme deux amis chastement couchés côte à côte dans le même lit. Mais la porte entre leurs chambres était toujours fermée, la nuit, par une pudeur instinctive et profonde,—un sentiment sacré;—elle ne restait ouverte que lorsque Olivier était malade: ce qui arrivait trop souvent.

Sa débile santé ne se rétablissait pas. Elle semblait plutôt s'altérer davantage. Il souffrait constamment: de la gorge, de la poitrine, de la tête, du cœur; le moindre rhume chez lui risquait de dégénérer en bronchite; il prit la scarlatine, et faillit en mourir; même sans être malade, il présentait de bizarres symptômes de maladies graves, qui heureusement n'éclataient pas: il avait des points douloureux au poumon, ou au cœur. Un jour, le médecin qui l'auscultait diagnostiqua une péricardite, ou une péripneumonie; et le grand docteur spécialiste, que l'on consulta ensuite, confirma ces appréhensions. Cependant, il n'en fut rien. C'étaient surtout les nerfs, qui étaient malades chez lui; et l'on sait que ce genre de souffrances prend les formes les plus inattendues; on en est quitte pour des journées d'inquiétudes. Mais qu'elles étaient cruelles pour Antoinette! Que de nuits sans sommeil! Dans son lit, d'où elle se levait souvent pour épier à la porte la respiration de son frère, elle était prise de terreurs. Elle pensait qu'il allait mourir, elle le savait, elle en était sûre: elle se dressait, frémissante, et elle joignait les mains, elle les serrait, elle les crispait contre sa bouche, pour ne pas crier:

—Mon Dieu! mon Dieu! suppliait-elle, ne me l'enlevez pas! Non, cela... cela, vous n'en avez pas le droit!... Je vous en prie, je vous en prie!... Ô ma chère maman! Viens à mon secours! Sauve-le, fais qu'il vive!...

Elle se tendait de tout son corps.

—Ah! mourir en chemin, quand on avait tant fait déjà, quand on était sur le point d'arriver, quand il allait être heureux... non, cela ne se pouvait pas, ce serait trop cruel!...

Olivier ne tarda pas h lui donner d'autres inquiétudes.

Il était profondément honnête, comme elle, mais de volonté faible et d'intelligence trop libre et trop complexe pour n'être pas un peu trouble, sceptique, indulgente à ce qu'il savait mal, et attirée par le plaisir. Antoinette était si pure qu'elle fut longtemps avant de comprendre ce qui se passait dans l'esprit de son frère. Elle le découvrit brusquement, un jour.

Olivier la croyait sortie. Elle avait une leçon, d'ordinaire, à cette heure; mais, au dernier moment, elle avait reçu un mot de son élève, l'avertissant qu'on se passerait d'elle aujourd'hui. Elle en avait eu un secret plaisir, bien que ce fussent quelques francs supprimés de son maigre budget; elle était très lasse, et elle s'étendit sur son lit: elle jouissait de pouvoir se reposer un jour sans remords. Olivier rentra du lycée; un camarade l'accompagnait. Ils s'installèrent dans la chambre à côté, et se mirent à causer. On entendait tout ce qu'ils disaient: ils ne se gênaient point, croyant qu'ils étaient seuls. Antoinette écoutait en souriant la voix joyeuse de son frère. Mais bientôt, elle cessa de sourire, et son sang s'arrêta. Ils parlaient de choses brutales, avec une crudité d'expressions abominable: ils semblaient s'y complaire. Elle entendait rire Olivier, son petit Olivier; et de ses lèvres, qu'elle croyait innocentes, sortaient d'obscènes paroles, qui la glaçaient d'horreur. Une douleur aiguë la perçait jusqu'au fond de son être. Cela dura longtemps: ils ne pouvaient se lasser de parler, et elle ne pouvait s'empêcher d'écouter. Enfin, ils sortirent; et Antoinette resta seule. Alors, elle pleura: quelque chose était mort en elle; l'image idéale qu'elle se faisait de son frère,—de son enfant,—était souillée: c'était une souffrance mortelle. Elle ne lui en dit rien, quand ils se retrouvèrent, le soir. Il vit qu'elle avait pleuré, et il ne put savoir pourquoi. Il ne comprit pas pourquoi elle avait changé de manières à son égard. Il fallut quelque temps, avant qu'elle se ressaisît.

Mais le coup le plus douloureux qu'il lui porta, ce fut un soir qu'il ne rentra pas. Elle l'attendit toute la nuit, sans se coucher. Elle ne souffrait pas seulement dans sa pureté morale; elle souffrait jusque dans les retraites les plus mystérieuses de son cœur,—ces retraites profondes, où s'agitent des sentiments redoutables, sur lesquels elle jetait, pour ne pas voir, un voile, qu'il n'est pas permis d'écarter.

Olivier avait voulu surtout affirmer son indépendance. Il revint, au matin, se composant une attitude, prêta répondre insolemment à sa sœur, si elle lui faisait une observation. Il se glissa dans l'appartement, sur la pointe des pieds, pour ne pas l'éveiller. Mais, quand il la vit, debout, l'attendant, pâle, les yeux rouges, ayant pleuré, quand il vit qu'au lieu de lui faire un reproche, elle s'occupait de lui en silence, préparait son déjeuner, avant son départ pour le lycée, et qu'elle ne lui disait rien, mais semblait accablée, et que tout son être était un reproche vivant, il n'y résista pas: il se jeta à ses genoux, il se cacha la tête dans sa robe; et ils pleurèrent tous deux. Il était honteux de lui, dégoûté de la nuit qu'il venait de passer; il se sentait avili. Il voulut parler: elle l'empêcha de parler, lui mettant la main sur la bouche; et il baisa cette main. Ils ne dirent rien de plus: ils se comprenaient. Olivier se jura d'être celui qu'Antoinette attendait qu'il fût. Mais elle ne put oublier de sitôt sa blessure: elle était comme une convalescente. Il y avait une gêne entre eux. Son amour était toujours aussi fort; mais elle avait vu dans l'âme de son frère quelque chose qui lui était maintenant étranger, et qu'elle redoutait.

Elle était d'autant plus bouleversée par ce qu'elle entrevoyait dans le cœur d'Olivier qu'à la même époque elle avait à souffrir des poursuites de certains hommes. Quand elle rentrait, le soir, à la nuit tombante, surtout quand il lui fallait sortir après dîner pour chercher ou rapporter un travail de copie, ce lui était une angoisse insupportable d'être accostée, suivie, et d'entendre des propositions grossières. Toutes les fois qu'elle pouvait emmener son frère avec elle, elle le faisait, sous prétexte de le forcer à se promener; mais il ne s'y prêtait pas volontiers, et elle n'osait insister; elle ne voulait pas troubler son travail. Son âme virginale et provinciale ne pouvait se faire à ces mœurs. Paris, la nuit, était pour elle une forêt où elle se sentait traquée par des bêtes immondes; elle tremblait de sortir du gîte. Cependant, il fallait sortir. Elle fut longtemps avant d'en prendre son parti; et elle en souffrit toujours. Et quand elle pensait que son petit Olivier serait—était peut-être—comme un de ces hommes qui lui faisaient la chasse, elle avait peine, en rentrant, à lui donner la main pour lui dire bonsoir. Il n'imaginait pas ce qu'elle pouvait avoir contre lui...

Sans être très jolie, elle avait un grand charme, et attirait les regards, quoiqu'elle ne fît rien pour cela. Très simplement vêtue, presque toujours en deuil, pas très grande, fluette, l'air délicat, ne parlant guère, glissant silencieusement au travers de la foule, en fuyant l'attention, elle la retenait par l'expression de suavité profonde de ses doux yeux fatigués et de sa petite bouche pure. Elle s'apercevait quelquefois qu'elle plaisait: elle en était confuse,—contente tout de même... Qui dira ce qui peut entrer, à son insu, de gentiment, de chastement coquet, dans une âme tranquille, qui sent le contact sympathique d'autres âmes? Cela se traduisait par une légère gaucherie dans les gestes, un regard timide, jeté de côté; et c'était à la fois plaisant et touchant. Ce trouble était un attrait de plus. Elle excitait les désirs; et, comme elle était une fille pauvre et sans protecteur dans la vie, on ne se gênait pas pour les lui dire.

Elle allait quelquefois dans un salon de riches Israélites, les Nathan, qui s'intéressaient à elle pour l'avoir rencontrée chez une famille amie, où elle donnait des leçons; et même, elle n'avait pu se dispenser, malgré sa sauvagerie, d'assister une ou deux fois, à leurs soirées. M. Alfred Nathan était un professeur connu à Paris, savant éminent, en même temps très mondain, avec ce mélange baroque de science et de frivolité, si commun dans la société juive. Chez Mme Nathan se mêlaient dans d'égales proportions une bienfaisance réelle et une mondanité excessive. Tous deux avaient été prodigues envers Antoinette de démonstrations de sympathie bruyante, sincère, d'ailleurs intermittente.—Antoinette avait trouvé plus de bonté parmi les Juifs que parmi ses coreligionnaires. Ils ont bien des défauts; mais ils ont une grande qualité, la première de toutes: ils sont vivants, ils sont humains; rien d'humain ne leur est étranger, ils s'intéressent à ceux qui vivent. Même quand il leur manque une vraie et chaude sympathie, ils ont une curiosité perpétuelle qui leur fait rechercher les âmes et les pensées de quelque prix, fussent-elles le plus différentes des leurs. Ce n'est pas qu'ils fassent, en général, grand'chose pour les aider: car ils sont sollicités par trop d'intérêts à la fois, et plus livrés que quiconque aux vanités mondaines, tout en s'en disant libres. Du moins, ils font quelque chose; et c'est beaucoup dans l'apathie de la société contemporaine. Ils y sont un ferment d'action, un levain de vie.—Antoinette, qui s'était heurtée, chez les catholiques, à un mur d'indifférence glaciale, sentait le prix de l'intérêt, si superficiel fut-il, que lui témoignaient les Nathan. Mme Nathan avait entrevu la vie de dévouement d'Antoinette; elle était sensible à son charme physique et moral; elle avait prétendu la prendre sous sa protection. Elle n'avait pas d'enfants; mais elle aimait la jeunesse, et elle en réunissait souvent chez elle; elle avait insisté pour qu'Antoinette vînt aussi, qu'elle sortit de son isolement, qu'elle prît quelque distraction. Et comme il lui était facile de deviner que la sauvagerie d'Antoinette tenait en partie à la gêne où elle se trouvait, elle avait voulu lui offrir de jolies toilettes, que l'orgueil d'Antoinette avait refusées; mais l'aimable protectrice s'y était prise de telle sorte qu'elle avait trouvé moyen de la forcer à accepter quelques-uns de ces petits cadeaux, qui sont si chers à l'innocente vanité féminine. Antoinette en était à la fois reconnaissante et confuse. Elle se forçait à venir, de loin en loin, aux soirées de Mme Nathan; et, comme elle était jeune, elle y trouvait, malgré tout, du plaisir.

Mais dans ce monde un peu mêlé, où venaient beaucoup de jeunes gens, la petite protégée de Mme Nathan, pauvre et jolie, fut aussitôt le point de mire de deux ou trois polissons, qui jetèrent leur dévolu sur elle, avec une parfaite assurance. Ils spéculaient d'avance sur sa timidité. Elle fut même l'enjeu de paris entre eux.

Elle reçut, un jour, des lettres anonymes,—ou, plus exactement, signées d'un noble pseudonyme,—qui lui faisaient une déclaration: lettres d'amour, d'abord flatteuses, pressantes, fixant un rendez-vous; puis, très vite, plus hardies, essayant de la menace, et bientôt de l'injure, de basses calomnies: elles la déshabillaient, détaillaient les secrets de son corps, le salissaient de leur grossière convoitise; elles tâchaient de jouer de la naïveté d'Antoinette, en lui faisant redouter un outrage public, si elle ne venait pas au rendez-vous assigné. Elle pleurait de douleur d'avoir pu s'être attiré de telles propositions; ces injures brûlaient l'orgueil de son corps et de son cœur. Elle ne savait comment sortir de là. Elle ne voulait pas en parler à son frère: elle savait qu'il en souffrirait trop, et qu'il donnerait à l'affaire un caractère plus grave. Elle n'avait pas d'amis. Recourir à la police? Elle s'y refusait, par crainte du scandale. Il fallait en finir, pourtant. Elle sentait que son silence ne suffirait pas à la défendre, que le drôle qui la poursuivait serait tenace, et qu'il irait jusqu'à l'extrême limite où il verrait du danger pour lui.

Il venait de lui envoyer une sorte d'ultimatum, lui enjoignant de se trouver, le lendemain, au musée du Luxembourg. Elle y alla.—À force de se torturer l'esprit, elle s'était convaincue que son persécuteur avait dû la rencontrer chez Mme Nathan. Certains mots d'une des lettres faisaient allusion à un fait, qui n'avait pu se passer que là. Elle pria Mme Nathan de lui rendre un grand service, de l'accompagner en voiture, jusqu'à la porte du musée, et de l'attendre, un moment. Elle entra. Devant le tableau convenu, le maître-chanteur l'aborda, triomphant, et se mit à lui parler, avec une courtoisie affectée. Elle le regarda fixement, en silence. Quand il eut fini, il lui demanda en plaisantant pourquoi elle l'examinait ainsi. Elle répondit:

—Je regarde un lâche.

Il ne fut pas interloqué pour si peu, et commença à devenir familier. Elle dit:

—Vous avez voulu me menacer d'un scandale. Je viens vous l'offrir, ce scandale. Le voulez-vous?

Elle était frémissante, parlait haut, se montrait prête à attirer l'attention sur eux. On les regardait. Il sentit qu'elle ne reculerait devant rien. Il baissa le ton. Elle lui lança, une dernière fois:

—Vous êtes un lâche! et lui tourna le dos.

Ne voulant pas avoir l'air battu, il la suivit. Elle sortit du musée, avec l'homme sur ses talons. Elle se dirigea droit vers la voiture qui attendait, ouvrit brusquement la portière; et son suiveur se trouva nez à nez avec Mme Nathan, qui le reconnut et le salua de son nom. Il perdit contenance, et s'esquiva.

Antoinette dut raconter l'histoire à sa compagne. Elle ne le fit qu'à regret, et avec une extrême réserve. Il lui était pénible d'introduire une étrangère dans le secret des souffrances de sa pudeur blessée. Mme Nathan lui reprocha de ne l'avoir pas avertie plus tôt. Antoinette la supplia de n'en rien dire à personne. L'aventure en resta là; et l'amie d'Antoinette n'eut même pas besoin de fermer son salon au personnage: car il ne revint plus.

À peu près dans le même temps, Antoinette eut un autre chagrin, d'un genre bien différent.

Un très honnête homme, d'une quarantaine d'années, chargé d'un poste consulaire en Extrême-Orient, et qui était revenu passer quelques mois de congé en France, rencontra Antoinette chez les Nathan: il s'éprit d'elle. La rencontre avait été arrangée d'avance, à l'insu d'Antoinette, par Mme Nathan, qui s'était mis en tête de marier sa petite amie. Il était Israélite. Il n'était pas beau. Il était un peu chauve et voûté; mais il avait de bons yeux, des manières affectueuses, et un cœur qui savait compatir à la souffrance, ayant souffert aussi. Antoinette n'était plus la petite fille romanesque d'autrefois, l'enfant gâtée, qui rêvait de la vie, comme d'une promenade que l'on fait par une belle journée avec un amoureux; elle la voyait maintenant comme un dur combat, qu'il fallait recommencer chaque jour, sans jamais se reposer, sous peine de perdre en un instant tout le terrain conquis, pouce par pouce, en des années de fatigue; et elle pensait qu'il serait doux de pouvoir s'appuyer sur le bras d'un ami, de partager sa peine avec lui, de pouvoir un peu fermer les yeux, tandis qu'il veillerait sur elle. Elle savait que c'était un rêve; mais elle n'avait pas encore eu le courage de renoncer tout à fait à ce rêve. Au fond, elle n'ignorait pas qu'une fille sans dot n'avait rien à espérer dans le monde où elle vivait. La vieille bourgeoisie française est connue dans le monde entier pour l'esprit d'intérêt sordide, qu'elle apporte au mariage. Les Juifs sont moins bassement avides d'argent. Il n'est pas rare de voir chez eux un jeune homme riche choisir une jeune fille pauvre, ou une jeune fille qui a de la fortune chercher passionnément un homme qui ait de l'intelligence. Mais chez le bourgeois français, catholique et provincial, le sac cherche le sac. Et pour quoi faire, les malheureux? Ils n'ont que des besoins médiocres; ils ne savent que manger, bâiller, dormir,—économiser. Antoinette les connaissait. Elle les avait vus, depuis l'enfance. Elle les avait vus avec les lunettes de la richesse et avec celles de la pauvreté. Elle n'avait plus d'illusions sur ce qu'elle en pouvait attendre. Aussi, la démarche de l'homme qui lui demanda de l'épouser lui fut-elle d'une douceur inespérée. Sans l'aimer d'abord, elle se sentit pénétrée pour lui, peu à peu, d'une reconnaissance et d'une tendresse profondes. Elle eût accepté sa demande, s'il n'avait fallu le suivre aux colonies, et abandonner son frère. Elle refusa; et son ami, tout en comprenant la noblesse de ses raisons, ne le lui pardonna point: l'égoïsme de l'amour n'admet point qu'on ne lui sacrifie pas jusqu'aux vertus qui lui sont le plus chères dans l'être aimé. Il cessa de la voir; il ne lui écrivit plus, après qu'il fut parti, elle n'eut plus aucune nouvelle de lui, jusqu'au jour où elle apprit,—cinq ou six mois plus tard,—par une lettre de faire-part dont l'adresse était de sa main, qu'il avait épousé une autre femme.

Ce fut une grande tristesse pour Antoinette. Une fois de plus navrée, elle offrit sa souffrance à Dieu; elle voulut se persuader qu'elle était justement punie d'avoir perdu de vue, un instant, sa tâche unique, qui était de se dévouer à son frère; et elle s'y absorba.

Elle se retira tout à fait du monde. Elle avait cessé d'aller chez les Nathan, qui étaient en froid avec elle, depuis qu'elle avait refusé le parti qu'ils lui offraient: eux non plus n'avaient pas admis ses raisons. Mme Nathan, qui avait décrété d'avance que ce mariage se ferait et qu'il serait parfait, avait été froissée dans son amour-propre qu'il ne se fît pas, par la faute d'Antoinette. Elle trouvait ses scrupules fort estimables, assurément, mais d'une sentimentalité exagérée; et du jour au lendemain, elle se désintéressa de cette petite oie. Son besoin de faire le bien aux gens avec ou malgré leur consentement venait d'élire une autre protégée, qui absorbait pour l'instant toute la somme d'intérêt et de dévouement qu'elle avait à dépenser.

Olivier ne savait rien des romans douloureux qui se passaient dans le cœur de sa sœur. C'était un garçon sentimental et léger, qui vivait dans ses rêvasseries. Il était bien aléatoire de rien fonder sur lui, malgré son esprit vif et charmant, et son cœur qui était un trésor de tendresse, comme celui d'Antoinette. Constamment, il compromettait des mois d'efforts par des inconséquences, des découragements, des flâneries, des amours de tête, où il perdait son temps et ses forces. Il s'éprenait de jolies figures entrevues, de petites filles coquettes, avec qui il avait causé une fois dans un salon, et qui ne faisaient aucune attention à lui. Il s'engouait pour une lecture, un poème, une musique: il s'y enfonçait pendant des mois, d'une façon exclusive, au détriment de ses études. Il fallait le surveiller sans cesse, en ayant grand soin qu'il ne s'en aperçût point, de peur de le blesser. Des coups de tête étaient toujours à redouter. Il avait cette surexcitation fébrile, ce manque d'équilibre, cette trépidation inquiète, que l'on rencontre chez ceux que guette la phtisie. Le médecin n'avait pas caché le danger à Antoinette. Cette plante déjà maladive, transplantée de province à Paris, aurait eu besoin de bon air et de lumière. Antoinette ne pouvait les lui donner. Ils n'avaient pas assez d'argent pour s'éloigner de Paris, pendant les vacances. Le reste de l'année, ils étaient pris, toute la semaine, par leur tâche; et, le dimanche, ils étaient si fatigués qu'ils n'avaient pas envie de sortir, sinon pour aller au concert.

Certains dimanches d'été, Antoinette faisait pourtant un effort, et entraînait Olivier dans les bois des environs, du côté de Chaville ou de Saint-Cloud. Mais les bois étaient remplis de couples bruyants, de chansons de café-concert, et de papiers graisseux: ce n'était pas la divine solitude qui repose et purifie. Et le soir, pour rentrer, la cohue des trains, l'empilement suffocant dans les honteux wagons de la banlieue, bas, étroits, et obscurs, le bruit, les rires, les chants, la grivoiserie, la puanteur, la fumée du tabac. Antoinette et Olivier, qui n'avaient, ni l'un ni l'autre, l'âme populaire, revenaient dégoûtés, démoralisés. Olivier suppliait Antoinette de ne plus recommencer les promenades; et Antoinette n'avait plus le cœur de le faire, avant un certain temps. Elle persistait pourtant, bien que ce lui fût désagréable plus encore qu'à Olivier; mais elle croyait que c'était nécessaire à la santé de son frère. Elle l'obligeait à se promener de nouveau. Ces nouvelles expériences n'étaient pas plus heureuses; et Olivier les lui reprochait amèrement. Alors, ils restaient bloqués dans la ville étouffante, et, de leur cour de prison, ils soupiraient après les champs.

La dernière année d'études était venue. Les examens de l'École Normale étaient au bout. Il était temps. Antoinette se sentait bien lasse. Elle comptait sur le succès: son frère avait pour lui toutes les chances. Au lycée, on le regardait comme un des meilleurs candidats; tous ses professeurs s'accordaient à louer son travail et son intelligence, à part une indiscipline d'esprit, qui lui rendait difficile de se plier à quelque plan que ce fût. Mais la responsabilité qui pesait sur Olivier l'accablait tellement qu'il en perdait ses moyens, à mesure qu'il approchait de l'examen. Une extrême fatigue, la crainte d'échouer, et une timidité maladive le paralysaient d'avance. Il tremblait, à la pensée de paraître en public devant ses juges. Il avait toujours souffert de sa timidité: en classe, il rougissait, il avait la gorge serrée, quand il lui fallait parler; tout au plus si, dans les premiers temps, il pouvait répondre à l'appel de son nom. Encore lui était-il beaucoup plus facile de répondre à l'improviste que lorsqu'il savait qu'on allait l'interroger: alors, il en était malade; sa tête ne cessait de travailler, lui représentant tous les détails de ce qui allait se passer; et plus il avait à attendre, plus il en était obsédé. On pouvait dire qu'il n'y avait pas d'examen qu'il n'eut passé au moins deux fois: car il le passait en rêve, dans les nuits qui précédaient, et il y dépensait son énergie: aussi, ne lui en restait-il plus pour l'examen réel.

Mais il n'arriva même pas à ce terrible oral, dont la pensée, la nuit, lui donnait des sueurs froides. À l'écrit, sur un sujet de philosophie, capable de le passionner en temps ordinaire, il n'arriva même pas à écrire deux pages en six heures. Pendant les premières heures, il avait un vide dans le cerveau, il ne pensait rien, rien. C'était comme un mur noir, contre lequel il venait se briser. Une heure avant la fin de l'épreuve, le mur se fendit, et quelques rayons de lumière jaillirent à travers les fentes. Alors il écrivit quelques lignes excellentes, mais insuffisantes à le faire classer. À l'accablement où il était, Antoinette prévit l'échec inévitable, et elle en fut aussi abattue que lui; mais elle ne le montra pas. Elle avait d'ailleurs, même dans les situations désespérées, un pouvoir d'espérance inlassable.

Olivier fut refusé.

 しかし多くは、書物を前にして肱ひじをつきながら、別に読もうともしなかった。二人は話をした。ことに夜がふけてくるにつれて、ますます心の中のことをうち明けたくなり、口がききやすくなっていった。オリヴィエは悲しい考えをいだいていた。弱い男である彼は、他人の胸に自分の悩みを注ぎ込んで、その悩みからのがれる必要があった。彼は種々の疑惑に苦しめられていた。アントアネットは彼を励まし、その弱点にたいして彼を保護してやらねばならなかった。それは毎日くり返される不断の闘たたかいだった。オリヴィエは苦々にがにがしい痛ましい事柄を口にした。言ってしまうとほっとした。そういう事柄がこんどは姉を苦しめてるかどうかは、気にかけて知ろうともしなかった。いかに姉をがっかりさしてるかは、ずっとあとになって気づいた。彼は姉の力を奪ってしまい、自分の疑惑を姉のうちにしみ込ませてるのだった。がアントアネットはそういう様子を少しも見せなかった。生まれつき勇敢で快活であったから、もう長い前から快活さを失ったあとでもなお、強しいてうわべだけはそれを装っていた。ときとすると深い倦怠けんたいに襲われ、みずから決心してる一生犠牲の生活に反発心が起こることもあった。しかし彼女はそういう考えをしりぞけ、そういう考えを分析しようとしなかった。心ならずも起こってくる考えであって、それを容認してるのではなかった。そして祈祷きとうの力で助けられた。ただ、心が祈り得ない時――(そういうこともあった)――心が乾かわききってしまったようなときは、そうはいかなかった。いらいらして自分を恥じながら、神の恵みがふたたび来るのを黙って待つよりほかはなかった。オリヴィエはかつてそうした苦悩に気づかなかった。そういうときにアントアネットは、いつも何かの口実を設けて、彼のもとから離れるか自分の室に閉じこもるかした。そして危機が過ぎ去ったときにしか出て来なかった。出て来るときには、苦しんだことを悔いてるかのように、にこやかでなやましげで前よりいっそう優しかった。
二人の室は隣り合っていた。たがいの寝台は一つの壁の両側にくっついていた。壁越しに低声で話ができた。眠れないときには、壁をそっとこつこつたたいて言った。
「眠ったの。私は眠れない。」
仕切りの壁は非常に薄かったので、二人は同じ床に清浄な添い寝をしてる友だちに等しかった。しかし両方の室の間の扉とびらは、本能的な深い貞節さで――聖きよい感情で――夜の間いつも閉しめ切られていた。開け放してあるのは、オリヴィエが病気のときだけだった。それがまたごくしばしば起こった。
彼の虚弱な身体は、なかなか丈夫にならなかった。かえってますます弱くなるかと思われた。喉のどや胸や頭や心臓をたえず悩んだ。ちょっとした風邪かぜも気管支炎に変ずる恐れがあった。猩紅熱しょうこうねつにかかって死にかかったこともあった。たとい病気でなくても、重い病気の変な徴候を現わして、ただ幸いにも発病していないのだと思わせた。肺や心臓のある部分に痛みを覚えた。ある日医者は彼を診察して、心嚢炎しんのうえんか肺炎かの徴候があると言った。つぎに専門の大家に診みてもらったが、やはりそういう徴候だと断定された。けれども別に病気は起こらなかった。要するに彼のうちで病気なのは、ことに神経であった。そして人の知ってるとおり、そういう種類の悩みはもっとも予想外な形で現われる。それから不安な数日を過ごすともう癒なおっている。しかしアントアネットにとっては、それがどんなにかつらいことだった。幾晩も眠れなかった。しばしば起き上がって、扉越しに弟の息づかいをうかがったが、寝床の中でも突然恐怖にとらえられた。弟が死にかかってるのだと考えた。それがはっきりわかっている。確かにそうだ。彼女は震えながら身を起こし、両手を合わせ、それを握りしめ、それを口に押しあてて声をたてまいとした。
「神様、神様!」と彼女は懇願した、「私から弟を奪わないでくださいませ。いいえ、あなたはそんな……そんなことをなさってはいけません!……お願いです、お願いですから。……おうお母かあ様! 私を助けに来てくださいませ。弟を助けて、生かしておいてくださいませ!……」
彼女は全身を緊張さしていた。
「ああ、こんなに努めてきたあとに、ようやく成功しかけたときに、これから幸福になろうとするときに、中途で死ぬとは……。いいえ、そんなことがあるものですか、それはあまりひどすぎます!……」

オリヴィエはやがて、他の心配をも姉に与えることとなった。
彼は姉と同様にまったく清浄だったが、意志が弱くて、それに、あまり自由な複雑な知力をもっていたので、多少曖昧あいまいで懐疑的で、悪だと知ってる事柄にも寛大であって、快楽にひかされていた。アントアネットはきわめて純潔だったから、弟の精神中に起こってることを長く知らないでいた。がある日突然気づいた。
オリヴィエは彼女が外出してることと思っていた。通例その時刻に彼女は出稽古でげいこをしていた。ところがつい少し前に、彼女は弟子でしから一言の手紙を受けて、今日は来ていただかなくてもよいと知らせられた。それは乏しい予算から数フラン引き去ることではあったが、彼女はひそかにうれしかった。そしてたいへん疲れていたので寝床に横たわった。気がとがめずに一日休息し得るのが楽しかった。オリヴィエが学校から帰って来た。友人が一人ついてきた。彼らは隣室にすわり込んで話しだした。その言葉がすっかり聞き取れた。彼ら二人きりだと思って遠慮していなかった。アントアネットは微笑ほほえみながら、弟の快活な声に耳を傾けた。がやがて、彼女は微笑をやめた。血のめぐりが止まったかと思われた。彼らは生々なまなましい嫌いやな言葉でひどい事柄を話していた。それを喜んでるがようだった。オリヴィエの、あのかわいいオリヴィエの、笑い声が聞こえた、潔白だと信じていた彼の唇くちびるから、聞くもぞっとするほど嫌な、卑猥ひわいな言葉が漏れた。彼女は鋭い苦悩に身内を貫かれた。それが長くつづいた。彼らは話に飽きなかった。そして彼女は耳を貸さずにはいられなかった。しまいに彼らは出かけた。アントアネット一人残った。すると涙が出てきた。心の中のあるものが滅びてしまった。自分の弟――自分の子供――についてこしらえていた理想の幻が、汚れてしまったのである。それは致命的な苦しみだった。晩に顔を合わせたとき、彼女はそれについて弟に何も言わなかった。彼は彼女が泣いたのを見てとったが、その訳を知ることができなかった。どうして自分にたいする彼女の態度が変わったか、理由がわからなかった。彼女が自分を制し得るまでにはしばらく時がかかった。
しかし、彼が彼女に与えたもっとも痛ましい打撃は、ある夜家をあけたことだった。彼女は寝ないで一晩じゅう待ち明かした。そのために彼女が苦しんだのは、精神上の純潔さにおいてばかりではなく、心のもっとも神秘な奥底――恐ろしい感情がうごめいてる深い奥底においてまでだった。その奥底を彼女は見まいとして、取り除くことを許さない被おおいを上に投げかけた。
オリヴィエはことに自分の独立を断言してやろうと思っていた。朝になると、取り澄ました態度を装いながらもどってきて、もしなんとか言われたら横柄おうへいな答えをするつもりだった。彼女の眼を覚さまさないように爪先つまさき立って部屋にはいってきた。しかし見ると、彼女は起きたまま彼を待っていて、蒼あおざめて眼を真赤まっかに泣きはらしていた。彼に少しの非難をも加えないで、黙って学校へ行く世話をしてやり、その朝食をこしらえてやった。なんとも言いはしなかったが、気がくじけてしまってる様子だった。その全身が生きた叱責しっせきであった。それを見ると、彼は対抗しきれなかった。彼は彼女の膝ひざに身を投げて、彼女の着物に顔を隠した。そして二人とも泣いた。彼は自分自身が恥ずかしく、過ごした一夜がいとわしく、身が汚れてしまった心地がした。彼は話してしまいたかった。彼女はその口に手をあてて話させなかった。彼女はその手に唇くちびるを押しあてた。二人はそれ以上なんとも言わなかった。たがいに心がわかっていた。オリヴィエは姉から期待されてるとおりの者になろうとみずから誓った。しかし彼女はいかにつとめても、すぐにはその傷を忘れ去ることができなかった。ちょうど回復期と同じだった。二人の間には気まずい隔てができた。彼女の愛情は前に劣らず強かった。しかし彼女は弟の魂のうちに、今や自分と縁遠いしかも恐ろしいあるものを、見てとったのだった。

オリヴィエの心の中に瞥見べっけんしたものから、彼女がことに狼狽ろうばいさせられた訳は、ちょうどそのころ彼女は、ある男子連の追求を苦しんでいたからである。日の暮れ方家にもどってくるとき、またことに、筆耕の仕事を取りに行ったり持って行ったりするため、夕食後出かけなければならないようなとき、男から近寄られたりついて来られたり、いやなことを聞かされたりするのが、彼女には堪えがたい苦痛だった。弟を連れて行けるときはいつも、散歩させるという口実で連れ出した。しかし弟は快く同行しなかったし、彼女も無理に強しいることはできなかった。彼女は彼の勉強を邪魔したくなかった。が彼女の純潔な田舎いなか風の魂は、パリーのそうした風習になじむことができなかった。彼女から見れば、パリーの夜は暗い森であって、きたない獣から追い回される心地がした。自分の住居から出るのが恐ろしかった。それでも出かけなければならなかった。出かけようと決心するにはかなり時間がかかった。そのためにいつも苦労していた。そしてかわいいオリヴィエも、自分を追っかける男どもの一人と同じように、いつかなるだろう――もうおそらくなってるかもしれない――と考えるとき、家に帰って挨拶あいさつをしながら彼に手を差し出すのが、彼女には心苦しかった。彼のほうでは彼女が自分にたいしてどういう考えをもってるか想像もしてはいなかった……。
彼女は大してきれいではなかったが、きわめて魅力に富んでいて、少しもつとめないのに人目をひいた。ごく質素な服装をし、たいていいつも喪服をまとい、背もそう高くなく、細そりしてひ弱な様子で、ほとんど口もきかず、人込みの中をこっそり歩いて、人の注意を避けていたが、その疲れたやさしい眼や清い小さな口のごくしとやかな表情で、やはり人の注意をひいていた。人から好かれてるとみずから気づくこともときどきあった。そしては当惑した――がやはりうれしくもあった……。他の魂の同情ある接触を感ずると、その穏やかな魂のうちにも、言い知れぬやさしいつつましい浮かれ心が、知らず知らずはいってくるのだった。それがへまなちょっとした身振りや恥ずかしげな横目などとなって現われた。その様子が面白くもあればかわいくもあった。そういう心乱れのためにいっそう魅力が増した。人々の欲望は募るのみだった。そして彼女は貧しい娘で、世に保護者もなかったから、人々はその思いを彼女に打ち明けてはばからなかった。
彼女はときどき、富裕なイスラエル人ナタン家の客間へ行った。ナタン家と親しい家に彼女は出稽古でげいこをしていたが、そこで出会ってから同情を寄せられたのだった。そして彼女は人づきが悪かったにもかかわらず、ナタン家の夜会へも一、二度出席を強しいられた。アルフレッド・ナタン氏は、パリーで知名な教授であって、秀ひいでた学者であるとともにいたって交際家で、ユダヤ人仲間によくある学識と軽佻けいちょうさとが不思議に混和してる人物だった。ナタン夫人のうちには、ほんとうの親切と過度の俗臭とが同じ割合に混ざり合っていた。二人ともアントアネットにたいして、騒々しい真実なしかも間歇かんけつ的な同情をやたらに見せつけた。――アントアネットは一般に、自分と同宗教の人たちの間によりも、ユダヤ人らの間により多くの温良さを見出していた。ユダヤ人らは多くの欠点をもってはいるが、しかしまた大なる美点を、おそらくはあらゆる美点のうちの第一のものをもっている。彼らは生活者であり、人間的である。人間的なものならいかなるものにも無関心でなく、また生活してるすべての人に同情をもっている。真の熱い同情の念は欠けてるとは言え、不断の好奇心をそなえていて、なんらかの価値ある魂や思想なら、たとい自分らの魂や思想といかに異なったものであろうとも、それを捜し求めている。と言って彼らは一般に、それを助けるために大したことをなすのではない。なぜなら、彼らはまた同時に、利害の念にあまり多くとらわれていて、世俗的な虚栄心などに支配せられてはしないと自称しながらも、やはりだれよりももっとも多くそれに支配せられてるのだから。しかし少なくとも、彼らは何かをしている。そして現代の無情な社会のうちにあっては、それでもなお多とすべきである。すなわち彼らは、活動の発酵素であり、生活の酵母である。――アントアネットは、カトリック教徒らのうちで、氷のように冷淡な壁へぶつかったので、ナタン夫妻が示してくれる同情はいかに皮相なものであったにせよ、その価をだれよりもよく感じたのだった。ナタン夫人はアントアネットの献身的な生活をおおよそ見てとった。彼女の身体と精神との美しさに心ひかれた。そして彼女を保護してやろうと思った。夫人には子供がなかった。しかし若い者が好きで、しばしば若い人々を家に集めていた。アントアネットにも来るように、孤独の生活から出て少しく気晴らしをするようにと、夫人はしきりにすすめた。そして、アントアネットがもじもじしてる一部の原因はその貧しいゆえだと、たやすく推察し得たので、きれいな身回りの品を与えようとまでした。アントアネットは自尊心からそれを断わった。しかし親切な保護者たる夫人は、彼女をたいへん贔屓ひいきにしていて、いろいろくふうのあまりに、それらの小さな贈り物の幾つかを無理に受けさしてしまった。女の無邪気な虚栄心にとってはきわめて貴重な品物だった。アントアネットは感謝するとともにまた当惑した。ときおりはナタン夫人の夜会へつとめてやって来た。そして彼女はまだ若かったから、さすがにその夜会が楽しくないでもなかった。
しかし、多くの青年らがやって来る多少雑多なその集まりの中で、ナタン夫人から愛顧されてる貧しいきれいな彼女は、すぐに二、三の道楽者の目標となった。彼らはすっかり確信しきって、彼女は自分のものだときめていた。前もって彼女の臆病おくびょうさにつけ込んでいた。彼女を賭かけ物とさえ見なしていた。
彼女はやがて、無名の手紙――なおくわしく言えば、上品な偽名を用いてる手紙――を幾通か受け取った。それらはみな意中を明かす手紙だった。愛の手紙で、初めはまず密会場所を定めた阿諛あゆ的な急せき込んだものだった。つぎにはすぐに、威嚇いかくを試みた大胆な手紙となり、やがて侮辱的な卑しい誹謗ひぼうの手紙となった。それは彼女を裸体にし、彼女の身体の秘処を細かく述べたて、露骨な渇望で彼女の身体を汚していた。定めた密会場所へもし彼女が来なかったら、公衆の中で侮辱してやるとおどかしながら、彼女の無邪気な性質に乗じようとしていた。彼女はそういう申し込みを招いた心痛から涙を流した。そしてそれらの侮辱は彼女の身体と心との自尊心をひどく害した。彼女はどうしたらそれからのがれられるかわからなかった。弟には話したくなかった。弟があまり心配して事件をなおいっそう重大ならしむることは、わかりきっていた。また彼女には他に男の友だちもなかった。警察に訴えることも、世間の悪評を気にしてなしかねた。それでもどうにか片をつけねばならなかった。黙っていたのでは十分に身を守り得ない気がした。つけねらってる悪者は執拗しつようであって、こちらに危険を及ぼすほどの極端にまで走るかもしれなかった。
男のほうからは、あすリュクサンブールの博物館で会うことを命令する、一種の最後通牒つうちょうを送ってきた。彼女はそれへ赴おもむいた。――いろいろ考えめぐらしたうえついに、相手の悪者はナタン夫人の家で会った男に違いないと信ぜられた。手紙の一つに書いてあったある言葉は、そこでしか起こりようのない一事に説き及ぼしていた。彼女はナタン夫人に骨折りを願い、博物館の入口まで馬車でついて来てもらい、そこでしばらく待っていてもらった。彼女は中にはいった。約束の画面の前に立ってると、脅迫者が揚々と近寄ってきて、わざとらしい慇懃いんぎんさで話しかけた。彼女は黙ってその顔を見つめた。男は言い終えてから、なぜそんなに顔を見てるのかと冗談げに尋ねた。彼女は答えた。
「私は卑劣な人を見てるのです。」
彼はそれくらいのことでは閉口しなかった。そしてしだいに狎なれ狎れしくしだした。彼女は言った。
「あなたは私に悪名を着せるといっておどかしなさいましたね。私はその悪名をあなたに差し上げにまいったのです。受け取ってくださいましょうね。」
彼女は身を震わし、声高に口をきき、人々の注意をひくつもりでいる様子を示していた。人々は彼らのほうをながめていた。彼女がどんなことにも辟易へきえきしないのを彼は感じた。そして声の調子を低めた。彼女は最後にも一度言ってやった。
「あなたは卑劣な人です。」
そして彼のほうへ背を向けた。
彼はまいった様子をしたくないので、彼女のあとについてきた。彼女はそれをすぐ後ろに従えながら博物館を出た。待ってる馬車のほうへまっすぐに進んでいって、いきなりその扉とびらを開いた。ついてきた男はナタン夫人と顔を合わした。夫人はその男を見てとって、名前を呼びながら挨拶あいさつをした。男は度どを失って逃げ出した。
アントアネットはナタン夫人へ事情を述べなければならなかった。彼女は心ならずもそしてたいへん控え目に話した。傷つけられた貞節の悩みの秘事に、他人を立ち交らせるのは心苦しかった。ナタン夫人はもっと早く知らせなかったことを責めた。アントアネットはだれにも内密にしてもらうように頼んだ。事件はそれきりだった。そしてアントアネットが頼りにしてる夫人は、その客間をあの男に向かって閉ざす必要はなかった。彼のほうでもうやって来なかったから。

それとほとんど同じころ、アントアネットにはまったく違った種類の他の心痛が起こった。
四十歳ばかりのごく正直な男で、極東に領事の役を帯びていて、数か月の休暇をフランスで過ごしに帰って来ていたのが、ナタン家でアントアネットに出会った。そして彼女に惚ほれ込んでしまった。その出会いは、アントアネットの知らないまにナタン夫人が前もって手はずを定めたのだった。夫人はかわいい彼女を結婚させようと考えてるのだった。その男もやはりイスラエル人だった。美男ではなかった。頭が少し禿はげて背が曲がっていた。しかし温良な眼をしていて、態度もものやさしく、自分が苦しんだので他人の苦しみにも同情し得る心をもっていた。アントアネットはもう昔の空想的な少女ではなかった。麗わしい日に恋人とともにする散歩といったふうに人生を夢みる、甘やかされた子供ではなかった。彼女は今では、人生をきびしい戦いだと見なしていた。長い労苦の歳月の間に少しずつ獲得していった地歩をも、一瞬間に失うかもしれない憂いの下にあって、決して休むことなく、毎日くり返さなければならない戦いだと見なしていた。そして、男性の友の腕によりかかり、彼と労苦を分かち、彼が見守っていてくれる間少し眼をつぶることができたら、どんなにか楽しいだろうと考えていた。それは一つの夢であることを彼女は知ってはいたけれど、しかしまだ、その夢をまったく見捨てるだけの勇気はなかった。それでも実は、自分の周囲の社会では持参財産のない娘は何物も望み得ないということを、知らないではなかった。フランスの古い中流社会が卑しい利害観念を結婚にもち出すことは、全世界によく知れ渡ってることである。ユダヤ人らは金銭にたいしてそれほど下劣な貪欲どんよくをもってはいない。富裕な青年が貧しい娘を望み選ぶことや、財産のある娘が知力の秀でた男を熱心に捜し回ることなどは、彼らの間によく見受けられる。しかしフランス中流のカトリック教徒の田舎いなか紳士の間では、いつも財嚢ざいのうと財嚢との捜し合いである。しかもなんのためであるか? 憐あわれむべき彼らはくだらない欲求をしかもってはいない。食べること、欠伸あくびをすること、眠ること――また、倹約すること、それだけしか彼らはなし得ないのである。アントアネットはそういう連中をよく知っていた。子供のときから見てきたのだった。富裕と貧困との眼鏡で見てきたのだった。自分が期待できる事柄について、もう幻を描いてはいなかった。それで、結婚を求めてきた男の申し出は、彼女にとっては意外の喜びだった。彼女は初め彼を愛してはいなかったが、深い感謝と情愛とがしだいに胸に沁しみ通ってきた。彼女はその申し込みを承諾したかった。しかしそれには、彼に従って植民地へ行き、弟を見捨てなければならなかった。で彼女は断わった。相手の男は、彼女の拒絶の理由がりっぱなものであることを理解しはしたけれど、それでも許し得なかった。恋愛の利己心は、恋人のうちでもっとも尊いものと思われるその美徳をさえも、こちらのために犠牲にしてもらわなければ承知しないのである。彼は彼女に会うことをやめた。もう手紙もくれなかった。そして彼が出発してからは、彼女はその消息を少しも聞かなかった。最後にある日――五、六か月後のことだったが――他の女と結婚したという宛名あてな自筆の通知状を受け取った。
それはアントアネットにとって大きな悲しみだった。こんどもまた悲痛のあまりに、彼女は自分の苦しみを神にささげた。弟のために身を犠牲にするという唯一の務めを、ちょっとでも等閑なおざりにした罰を受けたのだと、みずから信じたかった。そしてますますその務めに身を投げ出した。
彼女はまったく世間から身を退ひいた。ナタン家へ行くことまでやめた。ナタン夫妻は、せっかく選んでやった相手を断わられてから、多少冷淡になっていた。彼らもまた彼女の拒絶の理由を認めなかった。ナタン夫人は、その結婚がかならず成立ししかも申し分のないものだと、前もってきめていたところへ、アントアネットのせいで成立しなかったので、自尊心を傷つけられた。彼女の憂慮は、確かに尊重すべきものではあるがしかしひどく感傷的なものだと考えた。そして日に日に、その馬鹿な娘へ同情を失っていった。そのうえ、相手の承知不承知にかかわらず他人に尽くしたいという欲求から、夫人は他の女を選み出して、費やさずにはいられない同情と親切との全部を、しばらくはその女から吸い取られていた。
オリヴィエは、姉の心中に起こってる悲しい物語を、少しも知らなかった。彼は自分の夢想の中に生きてる感傷的な浮わついた青年だった。鋭いりっぱな精神をもっていたにもかかわらず、また、アントアネットの心と同じく愛情の宝庫とも言うべき心をもっていたにもかかわらず、浮き浮きとして少しも頼りにならなかった。前後撞着どうちゃく、意気沮喪そそう、逍遙しょうよう、頭の中だけの恋愛、そんなことに時間と力とを無駄むだに費やしては、数か月の努力勉強をもたえず駄目にしてしまっていた。ちょっと見かけたきれいな顔に夢中になったり、客間で一度話をしただけで少しも注意を向けてくれなかった婀娜あだっぽい小娘に、すっかり心を奪われたりした。ある文章や詩や音楽などに心酔して、勉強などは放り出しながら、それに幾月もの間一途いちずに没頭した。アントアネットはそれをたえず見張り、しかも彼の気を害するのを恐れて、彼に気づかれないようにと非常に注意しなければならなかった。いつどんな向こう見ずなことをされるかが恐ろしかった。肺結核に襲われる人たちにしばしば見かけるような、熱狂的な激昂げっこうや平静の欠乏や不安なおののきなどに、彼はよく陥った。アントアネットはその危険さを医者から聞かされていた。田舎いなかからパリーへ移し植えられたすでに病的なその植物には、よい空気と光とが必要なはずだった。アントアネットはそれを彼に与えることができなかった。二人は休暇中パリーを離れるだけの金がなかった。休暇のほかは一年じゅう、毎週仕事がいっぱいだった。そして日曜日には、音楽会へ行くときのほかは、もう外出したくないほど疲れていた。
それでも夏の日曜日にはときおり、アントアネットは元気を出して、シャヴィルやサン・クルー方面の郊外の森へ、オリヴィエを連れ出した。しかし森の中は、騒々しい男女や、奏楽珈琲店カフェー・コンセールの歌や、きたない紙くずなどでいっぱいだった。人の心を休め清むる神聖な静寂境ではなかった。そして夕方帰り道では、列車の混雑、低い狭い薄暗いみじめな郊外客車の、むせるほどの人込み、喧騒けんそう、笑い声、歌の声、猥雑わいざつ、悪臭、たばこの煙。アントアネットとオリヴィエは、どちらも平民的な魂をもたなかったので、厭いやながっかりした気持で帰ってきた。オリヴィエはもうそんな散歩をくりかえさないようにアントアネットへ願った。アントアネットもしばらくはもうその気が起こらなかった。けれどもやがて彼女は、その散歩をオリヴィエよりもいっそう不快がってる癖にまた主張しだした。弟の健康にはそれが必要だと彼女は信じていた。弟を強しいてまた散歩させた。がこんどもやはり愉快ではなかった。オリヴィエは苦々にがにがしげに彼女を責めた。それからもう彼らは、息苦しい都会の中に閉じこもった。そしてその牢獄ろうごくみたいな中庭から、悲しげに田野をしのんでいた。

最後の学年だった。師範学校の入学試験も終わりかけた。ようやくこぎつけてきたのだ。アントアネットはたいへん疲れた気がした。彼女は成功を当てにしていた。弟は万事運よくいっていた。中学校では優等な志願者の一人だと見なされていた。いかなる事柄にも容易になずまない不規律な精神を除いては、その勉強と知力とは教師たちからこぞって賞賛されていた。しかし身に担になってる責任のためにオリヴィエはひどく圧倒されて、試験が近づくにつれて能力を失っていった。極度の疲労、失敗の恐れ、病的な臆病おくびょうは、前もって彼を麻痺まひさせてしまった。公衆の中で試験官の前に出ることを考えただけで、震えおののいた。彼はいつも自分の臆病を苦しんでいた。教室では顔を真赤まっかにし、口をきかなければならないときには喉のどがつまった。最初のうちは名を呼ばれて返辞をするのもようやくのことだった。今に尋ねかけられるとわかってるときよりも、不意の問いに答えるほうがずっと容易だった。前からわかってると病的になった。頭がたえず働きつづけて、これから起こる事柄を細かく思い浮かべた。待てば待つほど気にかかった。どの試験も少なくとも二度は受けたと言っていいほどだった。前の晩に夢の中で試験を受けて、それに全精力を費やしてしまった。で実際の試験にはもう精力がなくなっていた。
しかし彼は恐ろしい口述試験まではゆけなかった。晩にその試験のことを考えると、冷たい汗が流れた。筆記試験で、平素なら熱中できるような哲学の問題について、六時間に二ページも書けなかった。最初のうちは、頭が空からっぽになって、何一つ考えられなかった。真黒な壁にぶつかってつぶされかかってるかのようだった。それから、試験が終わる一時間ばかり前に、その壁が割れて、割れ目から数条の光がさし込んできた。そこで彼はすぐれた答案をだいぶつづった。それでも及第には不十分だった。その苦難から出て来た彼のがっかりした様子を見て、アントアネットは落第の余儀ないことを予見した。そして彼女も彼と同じくらいがっかりした。しかし様子には現わさなかった。そのうえ彼女は、もっとも絶望的な情況にあっても、不撓ふとうの希望をもちつづけることができるのだった。
オリヴィエは入学ができなかった。

 

Il était atterré. Antoinette feignait de sourire, comme si ce n'était pas grave; mais ses lèvres tremblaient. Elle consola son frère, elle lui dit que c'était une malechance facilement réparable, qu'il serait sûrement reçu, l'an prochain, et dans un meilleur rang. Elle ne lui dit pas combien il eût fallu pour elle qu'il réussît, cette année, combien elle se sentait usée de corps et d'âme, quelles inquiétudes elle avait de ne pouvoir recommencer une année comme celle-là. Cependant, il le fallait. Si elle disparaissait, avant qu'Olivier fût reçu, jamais il n'aurait le courage, seul, de continuer la lutte: il serait dévoré par la vie.

Elle lui cacha donc sa fatigue. Elle redoubla d'efforts. Elle se saigna pour lui procurer quelques distractions pendant les vacances, afin qu'à la rentrée il pût reprendre le travail avec plus de force. Mais, à la rentrée, sa petite réserve se trouva entamée; et, par surcroît, elle perdit les leçons qui lui rapportaient le plus.

Encore une année!... Les deux enfants étaient tendus jusqu'à se briser, en vue de l'épreuve finale. Avant tout, il fallait vivre, et chercher d'autres ressources. Antoinette accepta une place d'institutrice, qu'on lui offrait en Allemagne, grâce aux Nathan. C'était le dernier parti auquel elle se fût arrêtée: mais il n'en était pas d'autre, pour le moment, et elle ne pouvait attendre. Jamais elle n'avait quitté son frère, un seul jour depuis six ans; et elle ne concevait même pas ce que pourrait être sa vie maintenant, sans le voir et l'entendre. Olivier n'y pensait pas sans terreur; mais il n'osait rien dire: cette misère était sa faute; s'il avait été reçu, Antoinette n'eût pas été réduite à cette extrémité; il n'avait pas le droit de s'y opposer, de mettre en ligne de compte son propre chagrin: elle seule devait décider.

Ils passèrent les dernières journées ensemble dans une douleur muette, comme si l'un d'eux allait mourir; ils allaient se cacher, quand leur peine était trop forte. Antoinette cherchait conseil dans les yeux d'Olivier. S'il lui avait dit:

—Ne pars pas! elle ne serait pas partie, bien qu'il fallût partir. Jusqu'à la dernière heure, dans le fiacre qui les emportait tous deux à la gare de l'Est, elle fut près de renoncera sa résolution: elle ne se sentait plus la force de l'accomplir. Un mot de lui, un mot! ... Mais il ne le dit pas. Il se raidissait comme elle.—Elle lui fit promettre qu'il lui écrirait tous les jours, qu'il ne lui cacherait rien, et qu'à la moindre alerte, il la ferait revenir.

Elle partit. Tandis qu'Olivier rentrait, le cœur glacé, au dortoir du lycée, où il avait accepté d'être mis en pension, le train emportait Antoinette douloureuse et transie. Les yeux ouverts dans la nuit, tous deux sentaient chaque minute les éloigner l'un de l'autre; et ils s'appelaient tout bas.

Antoinette avait l'effroi du monde où elle allait. Elle avait bien changé depuis six ans. Elle, si hardie naguère, et que rien n'intimidait, elle avait pris une telle habitude du silence et de l'isolement que celui était une souffrance d'en sortir. L'Antoinette rieuse, bavarde et gaie des jours de bonheur passés, était morte avec eux. Le malheur l'avait rendue sauvage. Sans doute, à vivre avec Olivier, elle avait fini par subir la contagion de sa timidité. Sauf avec son frère, elle avait peine à parler. Tout l'effarouchait: une visite lui faisait peur. Aussi, elle avait une angoisse nerveuse, à la pensée qu'il lui faudrait vivre chez des étrangers, causer avec eux, être constamment en scène. La pauvre petite n'avait, pas plus que son frère, la vocation du professorat: elle s'en acquittait en, conscience, mais elle n'y croyait pas, et elle ne pouvait être soutenue par le sentiment de l'utilité de sa tâche. Elle était faite pour aimer, et non pour instruire. Et de son amour, nul ne se souciait.

Nulle part, elle n'en trouva moins l'emploi que dans sa place nouvelle, en Allemagne. Les Grünebaum, chez qui elle était chargée d'apprendre le français aux enfants, ne lui témoignèrent pas le moindre intérêt. Ils étaient rogues et familiers, indifférents et indiscrets; ils payaient assez bien: moyennant quoi, ils regardaient comme leur obligé celui qui touchait leur argent, et ils se croyaient tout permis avec lui. Ils traitaient Antoinette comme une sorte de domestique, un peu plus relevée, et ne lui laissaient presque aucune liberté. Elle n'avait même pas de chambre à elle: elle couchait dans un cabinet attenant à la chambre des enfants, et dont la porte restait ouverte, la nuit. Elle n'était jamais seule. On ne respectait pas le besoin qu'elle avait de se réfugier de temps en temps en soi,—le droit sacré qu'a tout être à la solitude intérieure. Tout son bonheur était de se retrouver mentalement avec son frère, de converser avec lui; elle profitait des moindres instants de liberté. Mais on les lui disputait. Dès qu'elle écrivait un mot, on rôdait autour d'elle, dans la chambre, on l'interrogeait sur ce qu'elle écrivait. Quand elle lisait une lettre, on lui demandait ce qu'il y avait dedans; avec une familiarité goguenarde, on s'informait du «petit frère». Il lui fallait se cacher. On rougirait de raconter à quels expédients elle était contrainte parfois, et dans quels réduits elle devait s'enfermer, pour lire, sans être vue, les lettres d'Olivier. Si elle laissait une lettre traîner dans sa chambre, elle était sûre qu'on la lisait; et, comme elle n'avait, en dehors de sa malle, aucun meuble qui fermât, elle était obligée d'emporter sur elle tous les papiers qu'elle ne voulait pas qu'on lût: on furetait constamment dans ses affaires et dans son cœur, on s'efforçait de crocheter les secrets de sa pensée. Ce n'était pas que les Grünebaum s'y intéressassent. Mais ils jugeaient qu'elle leur appartenait, puisqu'ils la payaient. Au reste, ils n'y mettaient pas malice: l'indiscrétion était chez eux une habitude invétérée; ils ne s'en offusquaient pas entre eux.

Rien ne pouvait être plus intolérable à Antoinette que cet espionnage, ce manque de pudeur morale, qui ne lui permettait pas, une heure par jour, d'échapper aux regards indiscrets. La réserve un peu hautaine, qu'elle opposait aux Grünebaum, les blessait. Naturellement, ils trouvaient des raisons de haute moralité pour légitimer leur curiosité grossière, et pour condamner la prétention d'Antoinette à s'y dérober: «C'était leur devoir, pensaient-ils, de connaître la vie intime d'une jeune fille, qui était logée chez eux, qui faisait partie de leur maison, et à qui ils avaient confié l'éducation de leurs enfants: ils en étaient responsables.»—(C'est ce que disent de leurs domestiques tant de maîtresses de maison, dont la «responsabilité» ne va pas jusqu'à épargner à ces malheureuses une seule fatigue et un seul dégoût, mais se borne à leur interdire toute espèce de plaisir.)—«Pour qu'Antoinette se refusât à reconnaître ce devoir de conscience, il fallait, concluaient-ils, qu'elle ne se sentît pas sans reproches: une fille honnête n'a rien à cacher.»

Ainsi, s'établissait autour d'Antoinette une persécution de tous les instants, contre laquelle elle se tenait constamment en défense, et qui la faisait paraître encore plus froide et plus concentrée qu'à l'ordinaire.

Son frère lui écrivait, chaque jour, des lettres de douze pages; et elle réussissait aussi, chaque jour, à lui écrire, ne fût-ce que deux ou trois lignes. Olivier s'efforçait d'être un brave petit homme et de ne pas trop montrer son chagrin. Mais il mourait d'ennui. Sa vie avait toujours été si indissolublement liée à celle de sa sœur que maintenant qu'on l'en avait arrachée, il lui semblait avoir perdu la moitié de son être: il ne savait plus user de ses bras, de ses jambes, de sa pensée, il ne savait plus se promener, il ne savait plus jouer du piano, il ne savait plus travailler, ni ne rien faire, ni rêver—si ce n'était à elle. Il s'acharnait sur ses livres, du matin au soir; mais il ne faisait rien de bon: sa pensée était ailleurs; il souffrait, ou il pensait à elle, il pensait à la lettre de la veille; les yeux fixés sur l'horloge, il attendait la lettre d'aujourd'hui; et quand elle arrivait, ses doigts tremblaient de joie,—de peur, aussi,—en déchirant l'enveloppe. Jamais lettre d'amoureuse ne causa aux mains de l'amoureux un tel frémissement de tendresse inquiète. Il se cachait, comme Antoinette, pour lire ces lettres; il les portait toutes sur lui; et, la nuit, il avait, sous son oreiller, la dernière reçue; il la touchait de temps en temps, pour s'assurer qu'elle était toujours là, dans les longues insomnies où il rêvait de sa chère petite. Comme il se sentait loin d'elle! Il en était particulièrement oppressé, quand un retard de la poste lui faisait parvenir la lettre d'Antoinette, le surlendemain du jour où elle l'avait envoyée. Deux jours, deux nuits entre eux!... Il s'exagérait le temps et la distance, d'autant plus qu'il n'avait jamais voyagé. Son imagination travaillait: «Dieu! si elle tombait malade! Elle aurait le temps de mourir avant qu'il ne pût la revoir... Pourquoi ne lui avait-elle écrit que quelques lignes, la veille?... Si elle était malade? .. Oui, elle était malade...» Il suffoquait.—Plus souvent encore, il avait l'épouvante de mourir loin d'elle, seul, au milieu de ces indifférents, dans ce lycée repoussant, dans ce triste Paris. À force d'y penser, il devenait malade... «S'il lui écrivait de revenir?...»—Mais il rougissait de sa lâcheté. D'ailleurs, dès qu'il lui écrivait, c'était un tel bonheur de s'entretenir avec elle qu'il en oubliait pour un instant ce qu'il souffrait. Il avait l'illusion de la voir, de l'entendre: il lui racontait tout; jamais il ne lui avait parlé si intimement, si passionnément, quand ils étaient ensemble; il l'appelait: «ma fidèle, ma brave, ma chère bonne bien-aimée petite sœur, que j'aime tant.» C'étaient de vraies lettres d'amour.

Elles baignaient de leur tendresse Antoinette; elles étaient tout l'air respirable de ses journées. Quand elles n'arrivaient pas, le matin, à l'heure attendue, elle était malheureuse. Il advint que, deux ou trois fois, les Grünebaum, par indifférence, ou,—qui sait?—par une sorte de taquinerie méchante, oublièrent de les lui remettre jusqu'au soir, une fois même jusqu'au lendemain matin: elle en eut la fièvre.—Pour le Jour de l'an, les deux enfants eurent la même idée, sans s'être concertés: ils se firent la surprise de s'envoyer tous deux une longue dépêche,—(cela coûtait bien cher)—qui leur arriva, à la même heure, à tous deux.—Olivier continuait de consulter Antoinette sur ses travaux et sur ses doutes; Antoinette le conseillait, le soutenait, lui soufflait sa force.

Elle n'en avait pas trop pour elle-même. Elle étouffait dans ce pays étranger, où elle ne connaissait personne, où personne ne s'intéressait à elle, à part la femme d'un professeur, qui était venue s'installer depuis peu dans la ville, et qui s'y trouvait dépaysée, elle aussi. La brave personne était assez maternelle, et compatissait à la peine des deux enfants séparés, qui s'aimaient—(car elle avait arraché à Antoinette une partie de son histoire);—mais elle était si bruyante, si commune, elle manquait à un tel point de tact et de discrétion que l'aristocratique petite âme d'Antoinette se repliait, effarouchée. Ne pouvant se confier à personne, elle amassait en elle tous ses soucis: c'était un poids bien lourd; par moments, elle croyait qu'elle allait tomber; mais elle serrait les lèvres, et se remettait en marche. Sa santé était atteinte: elle maigrissait beaucoup. Les lettres de son frère se faisaient de plus en plus découragées. Dans une crise d'abattement, il écrivit:

«Reviens, reviens, reviens!...»

Mais la lettre n'était pas envoyée, qu'il en avait honte; et il en écrivit une autre, où il suppliait Antoinette de déchirer la première et de n'y plus penser. Il affectait même d'être gai, et de n'avoir pas besoin de sa sœur. Son amour-propre ombrageux souffrait qu'on pût croire qu'il était incapable de se passer d'elle.

Antoinette ne s'y trompait pas; elle lisait ses pensées; mais elle ne savait que faire. Un jour, elle était sur le point de partir; elle allait à la gare pour connaître exactement l'heure du train pour Paris. Et puis, elle se disait que c'était une folie: l'argent qu'elle gagnait ici servait à payer la pension d'Olivier; tant qu'il pourraient tenir tous deux, il fallait tenir. Elle n'avait plus l'énergie de prendre une décision: le matin, sa vaillance renaissait; mais, à mesure qu'approchait l'ombre du soir, sa force défaillait, elle pensait à fuir. Elle avait le mal du pays,—de ce pays qui avait été bien dur pour elle, mais où étaient ensevelies toutes les reliques de son passé,—elle avait la nostalgie de cette langue que parlait son frère, et dans laquelle s'exprimait son amour pour lui.

Ce fut alors qu'une troupe de comédiens français passa par la petite ville allemande. Antoinette, qui allait rarement au théâtre,—(elle n'en avait ni le temps, ni le goût),—fut prise du besoin irrésistible d'entendre parler sa langue, de se réfugier en France. On sait le reste. Il n'y avait plus de places au théâtre; elle rencontra le jeune musicien Jean-Christophe, qu'elle ne connaissait pas, mais qui, voyant son désappointement, lui offrit de partager une loge dont il disposait: elle accepta étourdiment. Sa présence avec Christophe fit jaser la petite ville; et ces bruits malveillants arrivèrent aussitôt aux oreilles des Grünebaum, qui, déjà disposés à admettre toutes les suppositions désobligeantes sur le compte de la jeune Française, et exaspérés contre Christophe, à la suite de certaines circonstances que nous avons racontées ailleurs,[1] donnèrent brutalement congé à Antoinette.

Cette âme chaste et rougissante, que son amour fraternel avait tout entière possédée, sauvée de toute souillure de pensée, crut mourir de honte, quand elle comprit ce dont on l'accusait. Pas un instant, elle n'en voulut à Christophe. Elle savait qu'il était aussi innocent qu'elle et que, s'il lui avait fait du mal, c'était en voulant lui faire du bien: elle lui était reconnaissante. Elle ne savait rien de lui, sinon qu'il était musicien, et qu'il était fort attaqué; mais, dans son ignorance de la vie et des hommes, elle avait une intuition naturelle des âmes, que la misère avait aiguisée; elle avait reconnu dans son voisin de théâtre, mal élevé, un peu fou, une candeur égale à la sienne, et une virile bonté, dont le seul souvenir lui était bienfaisant. Le mal qu'elle avait entendu dire de lui n'atteignait point la confiance que Christophe lui avait inspirée. Victime elle-même, elle ne doutait pas qu'il ne fût une autre victime, souffrant comme elle, et depuis plus longtemps, de la méchanceté de ces gens qui l'outrageaient. Et comme elle avait pris l'habitude de s'oublier pour penser aux autres, l'idée de ce que Christophe avait dû souffrir la distrayait un peu de son propre chagrin. Pour rien au monde, elle n'eût cherché à le revoir, ni à lui écrire: un instinct de pudeur et de fierté le lui défendait. Elle se dit qu'il ignorait le tort qu'il lui avait causé; et, dans sa bonté, elle souhaita qu'il l'ignorât toujours.

Elle partit. Le hasard voulut qu'à une heure de la ville, le train qui remportait se croisât avec celui qui ramenait Christophe d'une ville voisine, où il avait passé la journée.

De leurs wagons qui stationnèrent quelques minutes l'un à côté de l'autre, ils se virent tous deux dans le silence de la nuit, et ils ne se parlèrent pas. Qu'auraient-ils pu se dire que des paroles banales? Elles eussent profané le sentiment indéfinissable de commune pitié et de sympathie mystérieuse, qui était né en eux, et qui ne reposait sur rien que sur la certitude de leur vision intérieure. Dans cette dernière seconde où, inconnus l'un a l'autre, ils se regardaient, ils se virent tous deux comme aucun de ceux qui vivaient avec eux ne les avait jamais vus. Tout passe: le souvenir des paroles, des baisers, de l'étreinte des corps amoureux; mais le contact des âmes, qui se sont une fois touchées et se sont reconnues parmi la foule des formes éphémères, ne s'efface jamais. Antoinette l'emporta dans le secret de son cœur,—ce cœur enveloppé de tristesses, mais au centre desquelles souriait une lumière voilée, pareille à celle qui baigne les Ombres Élyséennes d'Orphée.

Elle revit Olivier. Il était temps qu'elle rentrât. Il venait de tomber malade; et ce petit être nerveux et tourmenté, qui tremblait devant la maladie quand elle n'était pas là,—maintenant qu'il était réellement souffrant, se refusait à l'écrire à sa sœur, pour ne pas l'inquiéter. Mais mentalement il l'appelait, il l'implorait comme un miracle.

Quand le miracle se produisit, il était couché à l'infirmerie du lycée, fiévreux et rêvassant. Il ne cria point, en la voyant. Combien de fois il avait eu l'illusion de la voir entrer!... Il se dressa sur son lit, la bouche ouverte, tremblant que ce ne fût une illusion de plus. Et quand elle fut assise sur le lit près de lui, quand elle l'eut pris dans ses bras, quand il se fut blotti contre son sein, quand il sentit sous ses lèvres la joue délicate, dans ses mains les mains glacées par la nuit de voyage, quand il fut sûr enfin que c'était bien sa sœur, sa petite, il se mit à pleurer. Il ne savait faire que cela: il était toujours resté «le petit serin» qu'il était, enfant. Il la serrait contre lui, de peur qu'elle ne lui échappât de nouveau. Comme ils étaient changés tous deux! Quelle triste mine!... N'importe! ils s'étaient retrouvés: tout redevenait lumineux, l'infirmerie, le lycée, le jour sombre; ils se tenaient l'un l'autre, ils ne se lâcheraient plus. Avant qu'elle eût rien dit, il lui fit jurer qu'elle ne partirait plus. Il n'avait pas besoin de le lui faire promettre: non, elle ne partirait plus, ils avaient été trop malheureux, éloignés l'un de l'autre; leur mère avait raison: tout valait mieux que la séparation. Même la misère, même la mort, pourvu qu'on fût ensemble.

Ils se hâtèrent de louer un appartement. Ils auraient voulu reprendre l'ancien, si laid qu'il fût; mais il était déjà occupé. Le nouveau logement donnait aussi sur une cour; mais par-dessus un mur, on apercevait le sommet d'un petit acacia, et ils s'y attachèrent aussitôt, comme à un ami des champs, prisonnier ainsi qu'eux dans les pavés de la ville. Olivier reprit rapidement sa santé, ou ce que l'on était accoutumé à nommer tel:—(ce qui était santé chez lui eût semblé maladie chez un autre plus fort.)—Le triste séjour d'Antoinette en Allemagne lui avait du moins rapporté quelque argent; et la traduction d'un livre allemand, qu'un éditeur consentit à prendre, augmenta ses ressources. Les inquiétudes matérielles étaient écartées pour un temps; et tout irait bien, pourvu qu'Olivier fût reçu, à la fin de l'année.—Mais s'il ne l'était pas?

L'obsession de l'examen les reprit, aussitôt qu'ils furent réhabitués à la douceur d'être ensemble. Ils évitaient de s'en parler; mais ils avaient beau faire: ils y revenaient toujours. L'idée fixe les poursuivait partout, même quand ils essayaient de se distraire: au concert, elle surgissait, au milieu d'un morceau; la nuit, quand ils s'éveillaient, elle s'ouvrait comme un gouffre. À l'ardent désir de soulager sa sœur et de répondre au sacrifice qu'elle lui avait fait de sa jeunesse, s'ajoutait chez Olivier la terreur du service militaire, qu'il ne pourrait éviter, s'il était refusé:—(c'était au temps où l'admission aux grandes Écoles servait encore de dispense).—Il éprouvait un dégoût invincible pour la promiscuité physique et morale, pour la dégradation intellectuelle, qu'il voyait, à tort ou à raison, dans la vie de caserne. Tout ce qu'il y avait en lui d'aristocratique et de virginal se révoltait contre cette obligation: il ne savait point s'il ne lui eût préféré la mort. C'est là un sentiment qu'il est permis de railler, ou même de flétrir, au nom d'une morale sociale, qui est devenue la foi du jour; mais aveugles, ceux qui le nient! il n'est rien de plus profond que cette souffrance de la solitude morale, violée par le communisme généreux et grossier d'aujourd'hui.

L'examen recommença. Olivier faillit ne pouvoir y prendre part: il était souffrant, et il avait si peur des angoisses, par lesquelles, reçu ou non, il aurait à passer, qu'il eût presque souhaité de tomber malade tout à fait. Il réussit assez bien cette fois, à l'écrit. Mais ce fut dur d'attendre les résultats de l'admissibilité. Suivant les usages immémoriaux du pays de la Révolution, qui est le pays le plus routinier du monde, les examens avaient lieu en juillet, pendant les jours les plus torrides de l'année: comme si l'on avait l'intention arrêtée d'achever les malheureux, déjà écrasés par la préparation de programmes monstrueux, dont aucun de leurs juges ne savait la dixième partie. On rendait compte des compositions, le lendemain de la cohue du 14 juillet, de cette gaieté pénible pour ceux qui ne sont pas gais et qui ont besoin de silence. Sur la place à côté de la maison, des forains étaient installés, des tirs crépitaient, des chevaux de bois à vapeur mugissaient, des orgues de Barbarie braillaient, de midi à minuit. Le vacarme dura huit jours. Puis, un président de la République, pour entretenir sa popularité, accorda aux hurleurs une demi-semaine de plus. Cela ne lui coûtait rien: il ne les entendait pas! Mais Olivier et Antoinette, le cerveau martelé, meurtri par le bruit, obligés de garder leurs fenêtres fermées et d'étouffer dans leurs chambres, se bouchant les oreilles, essayant vainement d'échapper à l'obsession lancinante de ces refrains idiots, grincés du matin au soir, qui leur entraient dans la tête comme des coups de couteau, se crispaient de douleur.

Les examens oraux commençaient presque aussitôt après l'admissibilité. Olivier supplia Antoinette de n'y pas assister. Elle attendait à la porte,—plus tremblante que lui. Jamais il ne lui dit qu'il était satisfait de la façon dont il avait passé. Il la tourmentait de ce qu'il avait dit, ou de ce qu'il n'avait pas dit.

Le jour du résultat final arriva. On affichait dans la cour de la Sorbonne les noms des candidats reçus. Antoinette ne voulut pas laisser Olivier aller seul. En quittant leur maison, ils pensèrent, sans se le dire, que quand ils y rentreraient, ils sauraient, et que peut-être alors ils regretteraient cette minute de crainte, où du moins ils espéraient encore. Quand ils aperçurent la Sorbonne, ils sentirent leurs jambes fléchir. Antoinette, si brave, dit à son frère:

—Pas si vite, je t'en prie...

Olivier regarda sa sœur, qui s'efforçait de sourire. Il lui dit:

—Veux-tu que nous nous asseyions un instant sur ce banc?

Il aurait voulu ne pas aller jusqu'au bout. Mais, après un instant, elle lui serra la main, et dit:

—Ce n'est rien, mon petit, continuons.

 彼は落胆してしまった。アントアネットは別に大したことではないように微笑を装った。しかしその唇くちびるは震えていた。彼女は弟を慰め、単なる不運ですぐに取り返せると言い、来年はずっと上席で入学できるに違いないと言った。今年彼の成功することがいかに彼女に必要であったか、もう身体も魂もいかに消耗されつくしてる気持がしてるか、も一年同じことを繰り返すのがいかになしがたい気持がしてるか、それを彼女は言わなかった。それでもとにかくも一年やらねばならなかった。もしオリヴィエの入学前に彼女がいなくなったら、オリヴィエはけっして一人で戦いをつづけてゆく勇気はないだろう。彼は人生からのみつくされてしまうだろう。
彼女は自分の疲労を隠した。さらに努力を重ねまでした。血の汗をしぼって働きながら、休暇中彼に多少の慰安を得さして、学校が始まったらいっそうの力をもって勉強にかかれるようにしてやろうとした。しかし学校が始まると、彼女のわずかな貯蓄はひどく減っていた。それに加えて、もっとも収入の多かった二、三の稽古けいこの口を失った。
もう一年!……二人の若者は最後の困難を見て精いっぱいに気が張りつめた。何よりもまず暮らしてゆかなければならなかった。そして他の収入の道を捜さなければならなかった。ナタン夫妻の尽力でドイツに見つかった家庭教師の口を、アントアネットは承諾した。それは彼女がもっとも決心しかねる事柄だった。しかし、さし当たって他に方法もなかったし、また待ってるわけにもゆかなかった。六年前から彼女はただの一日も弟のもとを離れたことがなかった。毎日弟の顔も見ず声も聞かなかったら、これから自分の生活がどうなりゆくか見当もつかなかった。オリヴィエも考えてみるとぞっとした。しかし彼はなんとも言いかねた。その悲惨も彼のせいだった。もし彼が入学できてたら、アントアネットはそんな羽目に陥らないですむわけだった。彼には反対する権利がなく、自分自身の悲痛を勘定にいれる権利がなかった。彼女一人で決定して構わなかった。
最後の数日を、彼らはあたかもどちらか一人が死にかかってるかのように、無言の悲しみのうちにいっしょに過ごした。あまり苦しいときには姿を隠した。アントアネットはオリヴィエの眼の中にその意見を求めた。「発たってはいや!」ともし彼が言ったら、ぜひとも出発しなければならなくても、なお彼女は出発しかねたであろう。最後の時間まで、東停車場へ二人をはこんでゆく辻つじ馬車の中でまで、彼女は決心を翻えそうとしかけていた。もう決心を実行するだけの力を身に感じなかった。弟の一言、たった一言!……しかし彼はそれを言わなかった。彼は彼女と同じように堅くなっていた。――彼女は彼に約束さした、毎日手紙を書くこと、何事も隠さないこと、ちょっとでも変わったことがあったら呼びもどすことを。

彼女は出発した。中学校の寄宿舎にはいることを承諾していたオリヴィエが、その寝室に冷たい心で帰ってゆくうちに、悲しみ震えてるアントアネットを汽車は運び去っていった。夜のうちに眼を見開きながら、二人は一瞬間ごとにますますたがいに遠ざかるのを感じて、低く呼びかわしていた。
アントアネットはこれからはいってゆく世界が恐ろしかった。彼女は六年前から非常に変わってしまった。昔はあれほど大胆で何物をも恐れなかった彼女も、今は沈黙と孤独との習慣になじんで、それから出るのが苦痛なほどだった。昔の幸福な日のにこやかで饒舌じょうぜつで快活なアントアネットは、その幸福な日が過ぎ去るとともに死んでしまった。不幸は彼女を世間ぎらいにしてしまった。オリヴィエといっしょに暮らしてきたので、その内気さに感染したのも事実だった。彼女は弟を相手のとき以外は、なかなか口がきけなかった。何事もいやがり、訪問なども恐れきらった。それで、これから外国人の家に住み、彼らと話をし、たえず人前を取り繕わねばならないと考えると、いらいらした心苦しさを感じた。そのうえ憐あわれな彼女は、弟と同じく教師としての天稟てんぴんをそなえていなかった。心して職務を果たしてはいたが、それを信じてはいなかった。有益な仕事をしてるという感情で助けられることがなかった。彼女の天性は愛することにあって、教えることにあるのではなかった。そして彼女の愛情については、だれも心にかける者はいなかった。
ドイツに来て新しい地位につくと、どこにいたときよりもなおいっそう、彼女はその愛情の用途を見出さなかった。彼女がフランス語を子供たちに教える役目ではいったグリューネバウム家の人たちは、彼女に少しの同情も示さなかった。彼らは横柄おうへいで無遠慮であり、冷淡でぶしつけだった。金はかなりよく出した。がそうすることによって彼らは、金を受け取る者を一種の債務者だと見なして、その者にたいしてはどんなことをしてもいいと思っていた。彼らはアントアネットをやや高等な一種の召使として取り扱い、ほとんどなんらの自由をも許し与えなかった。彼女は自分の室をももたなかった。子供たちの室につづいてる控え室に寝て、間の扉とびらは夜通しあけ放されていた。けっして一人きりになることがなかった。ときどき自分自身のうちに逃げ込みたい彼女の欲求――内心の静寂境にたいしてすべての人がもってる神聖な権利、それも尊敬されなかった。彼女の幸福といってはただ、心の中で弟に会って話をすることだった。彼女はわずかな隙ひまをも利用しようとした。がその隙まで邪魔された。一言書き始めるや否や、だれかに室の中を身近くぶらつかれて、何を書いてるかと尋ねられた。手紙を読んでると、何が書いてあるかと聞かれた。嘲弄ちょうろう的な馴なれ馴れしさで「いとしい弟」のことを尋ねられた。彼女は隠れ忍ばなければならなかった。彼女がときどきどういうくふうをめぐらしたか、オリヴィエの手紙を人目を避けて読むために、どういう片隅かたすみにこもったかは、語るも恥ずかしいことだった。もし手紙を室の中に置いておくと、きっと人に読まれていた。そしてかばん以外には、締まりのできる道具をもっていなかったので、人に読まれたくない紙片は、すっかり膚はだにつけていなければならなかった。出来事や心の中のことをたえずうかがわれ、思考の秘所をつとめてあばこうとされた。それも、グリューネバウム家の人たちが彼女に同情してるからではなかった。彼らは金を払ってる以上彼女を自分たちのものだと思っていた。と言って悪意をいだいてるのではなかった。無遠慮は彼らの根深い習慣だった。彼らの間ではたがいに無遠慮を不快とは思わなかった。
アントアネットがもっとも堪えがたく思ったものは、日に一時間も無遠慮な眼つきからのがれることを許さない、そういう探索、精神上の羞恥しゅうちを失った行ないであった。グリューネバウム家の人々にたいする彼女のやや尊大な控え目は、彼らの気分を害した。そしてもとより彼らは、自分らの厚かましい好奇心を正当とし、それからのがれようとするアントアネットの考えを不当とするために、高い道徳上の理由を見出した。彼らは考えた、「家に同居し家族の一員となり、子供らの教育を引き受けてる若い娘の、内心の生活を知ることは、自分たちの義務である。自分たちは責任がある。」――(これは、多くの主婦たちがその召使どもについて言うところと同じである。その「責任」というのは、不幸な召使どもから一つの労苦や一つの不快をも除いてやろうとはしないで、ただ彼らにあらゆる種類の楽しみを禁じようとばかりするのである。)――彼らは結論した、「良心の命ずるかかる義務を認めることをアントアネットが拒むなら、それは彼女が多少自責すべき点をみずから感ずるからである。正しい娘は何も隠すべきものをもっていないはずである。」
かくて、アントアネットはたえず周囲からうかがわれていた。それにたいして彼女は常に身を守った。そのために平素よりはさらに冷やかなうち解けない様子となった。
弟からは毎日、十二ページもの手紙が来た。そして彼女も毎日なんとかして、たとい二、三行でも書き送った。オリヴィエはつとめて大人びた態度をして、悲しみをあまり示すまいとした。しかし彼はやるせなくてたまらなかった。彼の生活はいつも姉の生活とごく密接に結合していたから、今や姉を奪い去られてみると、自身の半ばを失ってしまったような気がした。もう自分の腕をも足をも思想をも働かせることができず、散歩もできず、ピアノをひくこともできず、勉強もできず、何にもすることができず、夢想にふけることも――姉のことを夢みる以外には――できなかった。朝から晩まで書物にかじりついた。しかし何にもためになることはなし得なかった。考えはよそにあった。苦しむか、または姉のことを考えた。前日来た手紙のことを考えた。眼を時計にすえて、今日の手紙を待った。手紙が来ると、その封を開きながら、喜びに――また懸念に――指先が震えた。恋人の手紙は相手の手に気がかりな愛情の震えを起こさせるものであるが、それ以上だった。その手紙を読むのに、彼もまたアントアネットと同様に人目を避けた。手紙をみんな身につけていた。そして夜には、最後に受け取ったのを枕の下に置いた。そして手紙がやはりそこにあるのを確かめるために、ときどき手でさわりながら、なつかしい姉のことを夢みて長く眠れなかった。いかに姉から遠く離れてる心地がしたことだろう! 郵便が遅れて、出された日の翌々日にしかアントアネットの手紙が着かないときには、ことに切ない思いをした。二人の間には二日二晩の距離がある!……彼はかつて旅をしたことがなかっただけになおさら、その時間と距離とを大袈裟おおげさに考えた。彼の想像はいろいろ働いてきた。「ああ、もし姉が病気になったら! 会いに行くうちには死ぬかもしれない……。昨日なぜ数行しか書いて来なかったんだろう?……もし病気だったら?……そうだ、病気に違いない……。」彼は息がつけなかった。――また、その嫌いやな学校の中で、寂しいパリーの中で、冷淡な人たちの間にあって、姉から遠く離れたまま一人ぽっちで死にはすまいか、という恐怖になおしばしば襲われた。それを考えるだけでも病気になった。……「帰って来てくれと書き送ろうかしら?」――しかし彼は自分の卑怯ひきょうを恥じた。そのうえ、手紙を書き始めてみると、彼女とそうして言葉を交えるのが非常に幸福に感ぜられて、苦しんでることをしばし忘れてしまった。姉の顔を見、姉の声を聞くような気がした。そして姉に何もかも物語った。いっしょにいたときでさえ、それほどうち解けて熱心に話したことはなかった。「私の信実な、りっぱな、親愛な、親切な、慕わしい、恋しい恋しい姉ねえ様、」と彼は呼んでいた。それはまったく恋の手紙だった。
その手紙は愛情でアントアネットを浸した。日々に彼女が呼吸し得る空気はそれだけだった。毎朝待ってる時間に手紙が着かないと、彼女は悲しくなった。グリューネバウム家の人たちが、不注意からかあるいは――ことによると――意地悪なからかいからか、手紙を彼女に渡すのを晩まで忘れたことが、二、三度あった。あるときなどは翌朝まで忘れられた。そのために彼女はいらだった。――新年には、二人は別に相談したわけではないが同じ考えをいだいた。二人とも長い電報――(高い料金がかかった)――を送って相手をびっくりさした。その電報はどちらもちょうど同じ時刻に届いた。――オリヴィエはなおつづいて、自分の勉強や疑惑についてアントアネットに相談した。アントアネットは助言し支持し、自分の力を吹き込んでやった。
が彼女自身も、あまり力をもってはいなかった。彼女はその外国の土地で息がつけなかった。一人の知人もなければ、一人の同情者もなかった。ただある教授夫人だけが同情を示してくれた。夫人は近ごろその町に移住してきたのであって、アントアネットと同じく異境の寂しみを感じていた。善良なかなり慈愛心深い婦人であって、愛し合いながらたがいに離れてる二人の若者の苦しみに同情してくれた――(というのは、アントアネットへその身の上話を少しさせたのだった。)――しかし彼女はいかにも騒々しくて凡庸で、気転と慎みとがひどく欠けていたので、アントアネットの貴族的な小さな魂は、反感をそそられて打ち解けなかった。彼女はだれも心を打ち明けるべき者がいないので、あらゆる心配を自分一人の胸に収めた。それはきわめて重い荷だった。ときとするともう倒れそうな気がした。しかし彼女は唇くちびるをかみしめて、また進みつづけた。健康は害せられて、ひどく痩やせてしまった。弟の手紙はますます力ないものとなってきた。落胆の発作にかられて彼は書いた。
――帰って来てください、帰って来て、帰って来てください!……
しかし彼はその手紙を出すとすぐ恥ずかしくなった。も一つ手紙を書いて、初めの手紙は裂き捨てて気にしてくれるなと、アントアネットへ願った。元気なふうまで装って、姉がいなくてもいいという様子をした。彼の疑い深い自尊心は、姉がいなくてはやっていけないと人に思われることを苦にした。
アントアネットはそれに欺かれはしなかった。弟の考えをすっかり読みとっていた。しかし彼女はどうしていいかわからなかった。ある日などは、すぐに帰りかけようとした。パリー行きの汽車の時間をはっきり知るために、停車場まで行った。それから、正気のやり方ではないと考えた。その地で得てる金でこそ、オリヴィエの寄宿料が払えるのだった。どちらも我慢できるだけ我慢すべきだった。彼女はもう何かを決断するだけの気力がなかった。朝になると元気が出て来た。しかし夕闇が近づいてくるに従って、力がくじけて逃げ出すことを考え始めた。彼女は故国にたいして――彼女につらく当たりはしたが、しかし彼女の過去の遺物がすべて埋もれてる、その国にたいして――なつかしさの情に堪えなかった。また弟が話してる国語、弟にたいする愛情が表現される国語にたいして、恋しさの情に堪えなかった。
ちょうどそのとき、フランス俳優の一団が、その小さなドイツの町を通りかかった。アントアネットは、芝居へはめったに行かなかった――(行くだけの隙ひまも趣味ももたなかった)――がそのときは、自国語を聞きフランスのうちに逃げ込みたいという、押えがたい欲求にとらえられた。その後のことは読者の知ってるとおりである。もう劇場には座席がなかった。彼女は青年音楽家のジャン・クリストフに出会った。見知らぬ間柄だったけれども、クリストフは彼女の失望を見てとって、自分がもっている桟敷ボックスに入れてやろうと申し出た。彼女はうっかり承諾した。そしてクリストフといっしょにいたことが、小さな町の噂うわさの種となった。その悪い噂はすぐにグリューネバウム家の人たちの耳にもはいった。彼らはもうすでに、その若いフランスの女に関するよからぬ疑いを認めたい気持になっていたし、また、他の所で(第四巻反抗参照)述べておいたとおりの事情からして、クリストフにたいして憤っていたので、非道にもアントアネットを解雇してしまった。
弟にたいする愛情のうちにすっかり包み込まれ、あらゆる汚れた考えから脱している、彼女の貞節な羞恥しゅうち深い魂は、なんで非難されたかを知ったとき、たまらない恥ずかしさを感じた。けれど彼女は片時もクリストフを恨まなかった。自分と同様に彼のほうも潔白であって、たとい彼が自分に悪をなしたとしてもそれは善をなさんと欲してであったことを、彼女はよく知っていた。そして彼に感謝していた。彼女が彼について知ってることは、音楽家であることと、人からたいへん悪口を言われてることとだけだった。しかし彼女は、世の中や人間について無知ではあったが、生まれつき人の魂を見てとる直覚力をそなえ、不幸のためにそれがなお鋭敏になされていたので、劇場で隣り合った不行儀な多少狂気じみたその青年のうちに、自分と同じような廉潔さと一種の男々おおしい善良さとを見てとった。そしてその思い出だけでも彼女には慰安だった。彼にたいする人の悪口をいくら耳にしても、彼から起こさせられた信頼の念を少しも損じなかった。自身で人からさいなまれていた彼女は、彼もまた自分と同じく、しかも自分よりずっと前から、侮辱してくる人々の悪意を苦しんでる、同じ被害者に相違ないと思った。そして、他人のことを考えて自分のことを忘れる癖がついていたから、クリストフが苦しんできたに違いないと考えては、自分自身の苦しみから多少気をそらすことができた。けれど彼に再会したり手紙を書いたりすることは、少しも求めなかった。貞節と自負との感情から、そういうことをなし得なかった。彼女は自分にかけた損害を彼が知らないでいるだろうと思った。そして温良な心から、彼がいつまでもそれを知らずにいるようにと願った。
彼女は出発した。町から一時間ばかりのところで、彼女を運び去ってる汽車は、隣の町で一日を過ごしたクリストフを連れ帰ってる汽車と、偶然にもすれちがった。
向き合って数分間止まったその車室から、二人はひっそりした夜の中にたがいに顔を見合った。そして言葉を交えなかった。通俗な言葉以外に何を彼らは言い得たであろうか? 彼らのうちに生まれ出で、内心の幻覚の確実さの上にのみかかっている、相互の憐憫れんびんと神秘な同情とのえも言えぬ感情は、通俗な言葉では汚されるに違いなかった。たがいによく知らないままで顔を見合ったその最後の瞬間に、彼らは二人とも、いっしょに暮らしてる人たちから見らるるのとは、まったく違った見方で、たがいに相手から見られた。すべては過ぎ去る、言葉や接吻せっぷんや恋しい肉体の抱擁などの種々の思い出は。しかしながら、数多あまたの一時の形象の間で、一度触れ合ってたがいに認める魂と魂との接触は、けっして消え失うせるものではない。アントアネットはそういう接触を、長く心の奥に秘めた――その心は、悲しみに包まれてはいたけれど、オルフェウスの仙境せんきょうの霊を浸してる光に似たおぼろな光が、悲しみのまん中に微笑ほほえんでいた。

彼女はふたたびオリヴィエに会った。ちょうどよいときに帰って来たのだった。オリヴィエは病気になっていた。いらいらしたむら気な青年である彼は、病気にならない前から病気を恐れおののいていたが、今やほんとうに病気にかかると、姉に心配させまいとしてそれを知らせなかった。しかし心のうちでは姉を呼びつづけ、姉の帰国を奇跡をでも願うように待ち望んでいた。
その奇跡が実際起こったときには、彼は熱にうかされうとうとしながら、学校の病室に臥ふせっていた。姉の姿を見ても声をたてなかった。姉がはいって来るような幻を幾度見たことだったろう!……彼は寝床の上に身を起こし、口をうち開いて、こんども幻覚ではないかと気づかっていた。そして彼女が寝台の上に彼のそばへ腰をおろし、彼を両腕に抱きしめ、彼は彼女の胸に寄りすがり、唇くちびるの下に彼女のやさしい頬ほおを感じ、手の中に彼女の夜旅に冷えた手を感じ、最後にそれはまさしくなつかしい姉であることを確かめ得たとき、彼は泣き出した。泣くよりほかにしかたがなかった。今でもなおやはり、子供のおりの「泣きむし」のままだった。姉がまた逃げ出しはしないかと恐れて、しっかと胸に抱きしめた。彼らは二人ともいかに変わったことだろう! いかに悲しい顔つきをしてることだろう!……それはともあれ、ふたたびいっしょになったのだ! 病室も学校も薄暗い日も、すべてふたたび光り輝いてきた。二人たがいに抱き合って、もう離れようとしなかった。彼女が何にも言わない先に、彼は彼女にもう出発しないと誓わした。しかし誓わせるには及ばないことだった。彼女はもう出発する気はなかった。彼らはたがいに離れているとあまりに不幸だった。母親の考えは道理だった。何事も別離よりはましである。困窮も、死も、ただいっしょにいさえすれば……。
彼らは住居を借りることを急いだ。きたなくはあったが以前の住居をまた借りたかった。しかしそれはもうふさがっていた。そして新たに借りた住居は、やはり中庭に面していた。そして壁の上から、小さなアカシアの木の梢こずえが見えていた。自分らと同じく都会の舗石の中にとらわれてる野の友にたいする心地で、彼らはすぐにその木へ愛着の念をいだいた。オリヴィエは間もなく健康を、もしくは健康と言われてきたところのもの――(というのは、彼において健康とされていたものも、もっと丈夫な人においては病気だったかもしれない)――それを回復した。アントアネットはドイツのつらい生活のために、多少の金を手に入れていた。それにドイツのある書物の翻訳を出版屋に引き取ってもらって、なお幾何いくばくかの金が手にはいることになった。で物質上の心配はしばし除かれていた。そして学年の末にオリヴィエが入学できさえしたら、万事都合よくいくはずだった。――がもし入学できなかったら?
彼らが共同生活の楽しみにふたたび馴なれだすや否や、試験のことがしきりに気にかかってきた。彼らはそれをたがいに避けて話さなかった。しかしどんなにつとめても、やはりそのほうへ気をとられた。ただ一つのその考えが、気を紛らそうとしてるときでも始終つきまとってきた。音楽会で、楽曲を聴いてる最中に突然それが湧わき上がってきた。夜中に眼を覚ますとき、それが深淵しんえんのように口を開いてきた。ことにオリヴィエのほうには、姉を慰め姉がその青春を犠牲にしてくれたことに報いたいという、熱烈な願望のほかにも一つ、兵役にたいする恐怖があった。試験に失敗したら兵役を免れることができなかった。――(高等の学校へはいれば兵役を免れる時代だった。)――当不当はともかく兵営生活のうちに見てとられる、大勢の身心の混和にたいして、一種の知的退歩にたいして、彼は押えがたい嫌悪けんおの情を感じた。彼のうちにある貴族的な童貞的な情操は、兵役の義務にたいして反発した。それと死といずれがましだかわからないほどだった。かかる感情は、目下一つの信条となってる社会道徳の名のもとに、嘲笑ちょうしょうしもしくは非難することができるかもしれないけれど、それを否定する者は盲者と言うべきである。現時の放漫蕪雑ぶざつな共産主義によって精神的孤立の犯される苦しみ、それ以上の深い苦しみは世に存しない。
試験が始まった。オリヴィエはも少しで試験を受けられないところだった。彼は気分がよくなかった。そしてまた、ほんとうに病気になったほうがいいと思うほど、及第してもしなくてもとにかく経なければならない心痛を、非常に恐れていた。がこんどは、筆記試験にはかなり成功した。しかし通過か否かの成り行きを待つのはつらいことだった。革命の国でありながら世にもっとも旧慣墨守ぼくしゅの国たるこの国の、ごく古くからの習慣に従って、試験は七月に、一年じゅうのもっとも酷暑のころに、行なわれたのだった。あたかも、各試験官でさえその十分の一も知らないような恐るべき科目の準備に、すでにまいってしまってる憐あわれな受験者らを、さらに圧倒しつくそうと目論もくろまれてるかのようだった。述作の受験は、人出の多い七月十四日の祭日の翌日に当たっていた。自身愉快でなくて静粛を必要とする人々にとっては、非常につらい陽気な祭りだった。戸外の広場には、午ひるごろから夜中まで、屋台店が立ち並び、射的の音が響き、蒸気木馬が唸うなり声をたて、オルガンが鳴り響いていた。その馬鹿騒ぎが一週間もつづいた。それから、共和国大統領は人望をつなぐために、わいわい連中になお半週間の祭りを与えた。彼はそれについてなんの迷惑もこうむらなかった。それらの騒ぎが聞こえなかったから。しかしオリヴィエとアントアネットとは、喧騒に頭を痛められ、害せられ、窓を閉しめ切って息苦しい室の中にこもり、自分で自分の耳をふさぎ、朝から晩まで繰り返される馬鹿げたきいきい騒ぎが、小刀で刺すように頭の中へしきりとはいってくるのを、いたずらにのがれようとつとめながら、苦しさにたまらなくなっていた。
おおよその採用がきまると間もなく、口頭試験が始まった。オリヴィエはアントアネットへ列席してくれるなと頼んだ。彼女は門口に待っていた――彼よりもなお震えながら。彼はもとより、満足な試験の受け方をしたとは彼女へ言わなかった。彼が言ったことも言わないこともともに彼女には心配の種となった。
最後の発表の日が来た。ソルボンヌ大学の校庭に、採用者の名前が掲示された。アントアネットはオリヴィエ一人で行かせなかった。二人は家から出かけながら、口には出さなかったが、帰ってくるときにはもうわかってるのだと考えたり、少なくともまだ希望が残ってるこの心配な今のほうを、そのときになったら残り惜しく思うかもしれないなどと考えた。ソルボンヌ大学が見えだすと、足もよく立たない気がした。あれほどしっかりしていたアントアネットも、弟へ言った。
「ねえ、そんなに早く歩かないでちょうだい……。」
オリヴィエは姉のほうをながめた。彼女は微笑ほほえもうとつとめていた。彼は言った。
「この腰掛にちょっとかけましょうか。」
彼は向こうまで行きたくない気がしていた。しかしやがて、彼女は彼の手を握りしめて言った。
「なんでもないことよ。行きましょう。」

第6巻 アントアネット (2)へ続く

 

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-Jean-Christophe