Son père vint aussitôt; et si pénible qu'il leur fût à tous deux de tenir tête à la terrible tante, ils en puisèrent l'énergie dans un effort de volonté désespérée.
Grazia revint dans le grand parc endormi. Elle retrouva avec joie la chère nature et les êtres qu'elle aimait. Elle avait emporté et garda quelque temps encore dans son cœur endolori, qui se rassérénait, un peu de la mélancolie du Nord, comme un voile de brouillards, que le soleil peu à peu faisait fondre. Elle pensait par moments à Christophe malheureux. Couchée sur la pelouse, écoutant les grenouilles et les cigales familières, ou assise au piano, avec qui elle s'entretenait plus souvent qu'autrefois, elle rêvait de l'ami qu'elle s'était choisi; elle causait avec lui, tout bas, pendant des heures, et il ne lui eût pas semblé impossible qu'il ouvrît la porte, un jour, et qu'il entrât. Elle lui écrivit, et, après avoir hésité longtemps, elle lui envoya une lettre, non signée, qu'elle alla, un matin, en cachette, le cœur battant, jeter dans la boîte du village, à trois kilomètres de là, de l'autre côté des grands champs labourés,—une bonne lettre, touchante, qui lui disait qu'il n'était pas seul, qu'il ne devait pas se décourager, qu'on pensait à lui, qu'on l'aimait, qu'on priait Dieu pour lui,—une pauvre lettre, qui s'égara sottement en route, et qu'il ne reçut jamais.
Puis, les jours uniformes et sereins se déroulèrent dans la vie de la lointaine amie. Et la paix italienne, le génie du calme, du bonheur tranquille, de la contemplation muette, rentrèrent dans ce cœur chaste et silencieux, au fond duquel continuait de brûler, comme une flamme immobile, le souvenir de Christophe.
Mais Christophe ignorait la naïve affection, qui de loin veillait sur lui, et qui devait plus tard tenir tant de place dans sa vie. Et il ignorait aussi qu'à ce même concert, où il avait été insulté, assistait celui qui allait être l'ami, le cher compagnon, qui devait marcher auprès de lui, côte à côte, et la main dans la main.
Il était seul. Il se croyait seul. D'ailleurs, il n'en était aucunement accablé. Il ne ressentait plus cette amère tristesse qui l'angoissait naguère, en Allemagne. Il était plus fort, plus mûr: il savait que ce devait être ainsi. Ses illusions sur Paris étaient tombées: tous les hommes étaient partout les mêmes; il fallait en prendre son parti, et ne pas s'obstiner dans une lutte enfantine contre le monde; il fallait être soi-même, avec tranquillité. Comme disait Beethoven, «si nous livrons à la vie les forces de notre vie, que nous restera-t-il pour le plus noble, pour le meilleur?» Il avait pris vigoureusement conscience de sa nature et de sa race, qu'il avait jugée si sévèrement jadis. À mesure qu'il était plus oppressé par l'atmosphère parisienne, il éprouvait le besoin de se réfugier auprès de sa patrie, dans les bras des poètes et des musiciens, où le meilleur d'elle-même s'est recueilli. Dès qu'il ouvrait leurs livres, sa chambre se remplissait du bruissement du Rhin ensoleillé et de l'affectueux sourire des vieux amis délaissés.
Comme il avait été ingrat envers eux! Comment n'avait-il pas senti plus tôt le trésor de leur candide bonté? Il se rappelait avec honte tout ce qu'il avait dit d'injuste et d'outrageant pour eux, quand il était en Allemagne. Alors, il ne voyait que leurs défauts, leurs manières gauches et cérémonieuses, leur idéalisme larmoyant, leurs petits mensonges de pensée, leurs petites lâchetés. Ah! c'était si peu de chose auprès de leurs grandes vertus! Comment avait-il pu être aussi cruel pour des faiblesses, qui les rendaient en ce moment presque plus touchants à ses yeux: car ils en étaient plus humains! Par réaction, il était attiré davantage par ceux d'entre eux pour qui il avait été le plus injuste. Que n'avait-il point dit contre Schubert et contre Bach! Et voici qu'il se sentait tout près d'eux, à présent. Voici que ces grandes âmes, dont il avait relevé avec impatience les ridicules, se penchaient vers lui, exilé loin des siens, et lui disaient avec un bon sourire:
—Frère, nous sommes là. Courage! Nous avons eu, nous aussi, plus que notre lot de misères... Bah! on en vient à bout...
Il entendait gronder l'Océan de l'âme de Jean-Sébastien Bach: les ouragans, les vents qui soufflent, les nuages de la vie qui s'enfuient,—les peuples ivres de joie, de douleur, de fureur, et le Christ, plein de mansuétude, le Prince de la Paix, qui plane au-dessus d'eux,—les villes éveillées par les cris des veilleurs, se ruant, avec des clameurs d'allégresse, au-devant du Fiancé divin, dont les pas ébranlent le monde,—le prodigieux réservoir de pensées, de passions, de formes musicales, de vie héroïque, d'hallucinations shakespeariennes, de prophéties à la Savonarole, de visions pastorales, épiques, apocalyptiques, enfermées dans le corps étriqué du petit cantor thuringien, au doublé menton, aux petits yeux brillants sous les paupières plissées et les sourcils relevés...—il le voyait si bien! sombre, jovial, un peu ridicule, le cerveau bourré d'allégories et de symboles, gothique et rococo, colère, têtu, serein, ayant la passion de la vie et la nostalgie de la mort...—il le voyait dans son école, pédant génial, au milieu de ses élèves, sales, grossiers, mendiants, galeux, aux voix éraillées, ces vauriens avec qui il se chamaillait, avec qui il se battait parfois comme un portefaix, et dont l'un le roua de coups...—il le voyait dans sa famille, au milieu de ses vingt et un enfants, dont treize moururent avant lui, dont un fut idiot; les autres, bons musiciens, lui faisaient de petits concerts... Des maladies, des enterrements, d'aigres disputes, la gêne, son génie méconnu;—et, par là-dessus, sa musique, sa foi, la délivrance et la lumière, la Joie entrevue, pressentie, voulue, saisie,—Dieu, le souffle de Dieu brûlant ses os, hérissant son poil, foudroyant par sa bouche... Ô Force! Force! Tonnerre bienheureux de Force!...
Christophe buvait à longs traits cette force. Il sentait le bienfait de cette puissance de musique, qui ruisselle des âmes allemandes. Médiocre souvent, grossière même, qu'importe? L'essentiel, c'est qu'elle soit, qu'elle coule à pleins bords. En France, la musique est recueillie, goutte à goutte, par des filtres Pasteur dans des carafes soigneusement bouchées. Et ces buveurs d'eau fade font les dégoûtés devant les fleuves de la musique allemande! Ils épluchent les fautes des génies allemands!
—Pauvres petits!—pensait Christophe, sans se souvenir que lui-même naguère avait été aussi ridicule,—ils trouvent des défauts dans Wagner et dans Beethoven! Il leur faudrait des génies qui n'eussent pas de défauts!... Comme si, quand souffle la tempête, elle allait s'occuper de ne rien déranger au bel ordre des choses!...
Il marchait dans Paris, tout joyeux de sa force. Tant mieux s'il était incompris! Il en serait plus libre. Pour créer, comme c'est le rôle du génie, un monde de toutes pièces, organiquement constitué suivant ses lois intérieures, il faut y vivre tout entier. Un artiste n'est jamais trop seul. Ce qui est redoutable, c'est de voir sa pensée se refléter dans un miroir qui la déforme et l'amoindrit. Il ne faut rien dire aux autres de ce qu'on fait, avant de l'avoir fait: sans cela, on n'aurait plus le courage d'aller jusqu'au bout; car ce ne serait plus son idée, mais la misérable idée des autres, qu'on verrait en soi.
Maintenant que rien ne venait plus le distraire de ses rêves, ils jaillissaient comme des fontaines de tous les coins de son âme et de toutes les pierres de sa route. Il vivait dans un état de visionnaire. Tout ce qu'il voyait et entendait évoquait en lui des êtres et des choses différents de ce qu'il voyait et entendait. Il n'avait qu'à se laisser vivre pour retrouver, autour de lui, la vie de ses héros. Leurs sensations venaient le chercher, d'elles-mêmes. Les yeux de ceux qui passaient, le son d'une voix que le vent apportait, la lumière sur une pelouse de gazon, les oiseaux qui chantaient dans les arbres du Luxembourg, une cloche de couvent qui sonnait au loin, le ciel pâle, le petit coin du ciel, vu du fond de sa chambre, les bruits et les nuances des diverses heures du jour, il ne les percevait pas en lui, mais dans les êtres qu'il rêvait.—Christophe était heureux.
Cependant, sa situation était plus difficile que jamais. Il avait perdu les quelques leçons de piano, qui étaient son unique ressource. On était en septembre, la société parisienne était en vacances; et il était malaisé de trouver d'autres élèves. Le seul qu'il eût était un ingénieur, intelligent et braque, qui s'était mis en tête, à quarante ans, de devenir un grand violoniste. Christophe ne jouait pas très bien du violon; mais il en savait toujours plus que son élève; et, pendant quelque temps, il lui donna trois heures de leçons par semaine, à deux francs l'heure. Mais, au bout d'un mois et demi, l'ingénieur se lassa, découvrant tout à coup que sa vocation principale était pour la peinture.—Le jour qu'il fit part de cette découverte à Christophe, Christophe rit beaucoup: mais, quand il eut bien ri, il fit le compte de ses finances, et constata qu'il avait juste en poche les douze francs, que son élève venait de lui payer, pour ses dernières leçons. Cela ne l'émut point; il se dit seulement qu'il allait falloir décidément se mettre en quête d'autres moyens d'existence: recommencer les courses auprès des éditeurs. Ce n'était pas réjouissant... Pff!... Inutile de s'en tourmenter à l'avance! Aujourd'hui, il faisait beau. Il s'en alla à Meudon.
Il avait une fringale de marche. La marche faisait lever des moissons de musique. Il en était plein, comme une ruche de miel; et il riait au bourdonnement doré de ses abeilles. C'était, à l'ordinaire, une musique qui modulait beaucoup. Et des rythmes bondissants, insistants, hallucinants... Allez donc créer des rythmes, quand vous êtes engourdi dans votre chambre! Bon pour amalgamer alors des harmonies subtiles et immobiles, comme ces Parisiens!
Quand il fut las de marcher, il se coucha dans les bois. Les arbres étaient à demi défeuillés, le ciel bleu de pervenche. Christophe s'engourdit dans une rêverie, qui prit bientôt la teinte de la douce lumière qui tombe des nuages d'octobre. Son sang battait. Il écoutait passer les flots pressés de ses pensées. Il en venait de tous les points de l'horizon: mondes jeunes et vieux, qui se livraient bataille, lambeaux d'âmes passées, hôtes anciens, parasites, qui vivaient en lui, comme le peuple d'une ville. L'ancienne parole de Gottfried devant la tombe de Melchior lui revenait à l'esprit: il était un tombeau vivant, plein de morts qui s'agitaient,—toute sa race inconnue. Il écoutait cette multitude de vies, il se plaisait à faire bruire l'orgue de cette forêt séculaire, pleine de monstres, comme la forêt de Dante. Il ne les craignait plus maintenant, comme au temps de son adolescence. Car le maître était là: sa volonté. Il avait une forte joie à faire claquer son fouet, pour que les bêtes hurlassent, et qu'il sentît mieux la richesse de sa ménagerie intérieure. Il n'était pas seul. Il n'y avait pas de risques qu'il le fût jamais. Il était toute une armée, des siècles de Krafft joyeux et sains. Contre Paris hostile, contre un peuple, tout un peuple: la lutte était égale.
Il avait abandonné sa modeste chambre,—trop chère,—pour prendre dans le quartier de Montrouge une mansarde, qui, à défaut d'autres avantages, était très aérée. Un courant d'air perpétuel. Mais il lui fallait respirer. De sa fenêtre, il avait une vue étendue sur les cheminées de Paris. Le déménagement n'avait pas été long: une charrette à bras suffit; Christophe la poussa lui-même. De tout son mobilier, l'objet le plus précieux pour lui était, avec sa vieille malle, un de ces moulages, si vulgarisés depuis, du masque de Beethoven. Il l'avait empaqueté avec autant de soin que s'il s'était agi d'une œuvre d'art du plus haut prix. Il ne s'en séparait pas. C'était son île, au milieu de Paris. Ce lui était aussi un baromètre moral. Le masque lui marquait, plus clairement que sa propre conscience, la température de son âme, ses plus secrètes pensées: tantôt le ciel chargé de nuées, tantôt le coup de vent des passions, tantôt le calme puissant.
Il dut rogner beaucoup sur sa nourriture. Il mangeait une fois par jour, à une heure de l'après-midi. Il avait acheté un gros saucisson, qu'il avait pendu à sa fenêtre; avec une bonne tranche, un solide quignon de pain, et une tasse de café qu'il fabriquait, il faisait un repas des dieux. Mais il en eût bien fait deux. Il était fâché d'avoir si bon appétit. Il s'apostrophait sévèrement; il se traitait de goinfre, qui ne pense qu'à son ventre. De ventre, il n'en avait guère; il était plus efflanqué qu'un chien maigre. Au reste, solide, une charpente de fer, et la tête toujours libre.
Il ne s'inquiétait pas trop du lendemain. Tant qu'il avait devant lui l'argent de la journée, il ne se mettait pas en peine. Le jour où il n'eut plus rien, il se décida enfin à commencer ses tournées chez les éditeurs. Il ne trouva de travail nulle part. Il revenait chez lui, bredouille, quand, passant près du magasin de musique où il avait été présenté naguère par Sylvain Kohn à Daniel Hecht, il entra, sans se rappeler qu'il y était déjà venu dans des circonstances peu agréables. La première personne qu'il vit fut Hecht. Il fut sur le point de rebrousser chemin; mais il était trop tard: Hecht l'avait vu. Christophe ne voulut pas avoir l'air de reculer; il s'avança vers Hecht, ne sachant pas ce qu'il allait lui dire, et prêt à lui tenir tête avec autant d'arrogance qu'il le faudrait: car il était convaincu que Hecht ne lui ménagerait pas les insolences. Il n'en fut rien. Hecht, froidement, lui tendit la main: avec une formule de politesse banale, il s'informa de sa santé, et, sans même attendre que Christophe lui en fît la demande, il lui désigna la porte de son cabinet, et s'effaça pour le laisser passer. Il était heureux, secrètement, de cette visite, que son orgueil avait prévue, mais qu'il n'attendait plus. Sans en avoir l'air, il avait suivi très attentivement Christophe; il n'avait manqué aucune occasion de connaître sa musique; il était au fameux concert du David; et l'accueil hostile du public l'avait d'autant moins étonné, dans son mépris du public, qu'il avait parfaitement senti toute la beauté de l'œuvre. Il n'y avait peut-être pas deux personnes à Paris qui fussent plus capables que Hecht d'apprécier l'originalité artistique de Christophe. Mais il se fût bien gardé de lui en rien dire, non seulement parce qu'il était piqué de l'attitude de Christophe à son égard, mais parce qu'il lui était impossible d'être aimable: c'était une disgrâce spéciale de sa nature. Il était sincèrement disposé à aider Christophe; mais il n'eût point fait un pas pour cela: il attendait que Christophe vînt le lui demander. Et maintenant que Christophe était venu,—au lieu de saisir généreusement l'occasion d'effacer le souvenir de leur malentendu, en épargnant à son visiteur une démarche humiliante, il se donna la satisfaction de le laisser exposer tout au long sa requête; et il tint à lui imposer, au moins pour une fois, les travaux que Christophe avait refusés jadis. Il lui donna, pour le lendemain, cinquante pages de musique à transposer pour mandoline et guitare. Après quoi, satisfait de l'avoir fait plier, il lui trouva des occupations moins rebutantes, mais toujours avec une telle absence de bonne grâce qu'il était impossible de lui en savoir gré; il fallait que Christophe fût talonné par la gêne pour recourir de nouveau à lui. En tout cas, il aimait encore mieux gagner son argent par ces travaux, si irritants qu'ils fussent, que le recevoir en don de Hecht, comme Hecht le lui offrit, une fois:—et certes, c'était de bon cœur; mais Christophe avait senti l'intention que Hecht avait eue de l'humilier d'abord; contraint d'accepter ses conditions, il se refusa du moins à accepter ses bienfaits; il voulait bien travailler pour lui:—donnant, donnant, il était quitte;—mais il ne voulait rien lui devoir. Il n'était pas comme Wagner, ce mendiant impudent pour son art, il ne mettait pas son art au-dessus de son âme; le pain qu'il n'eût pas gagné lui-même l'eût étouffé.—Un jour qu'il venait de rapporter la tâche qu'il avait passé la nuit à faire, il trouva Hecht à table. Hecht, remarquant sa pâleur et les regards qu'il jeta involontairement sur les plats, eut la certitude qu'il n'avait pas mangé, et l'invita à déjeuner. L'intention était bonne; mais Hecht laissa si lourdement sentir qu'il avait vu le dénuement de Christophe, que son invitation ressemblait à une aumône: Christophe fût mort de faim, plutôt que d'accepter. Il ne put refuser de s'asseoir à table—(Hecht avait à lui parler);—mais il ne toucha à rien: il prétendit qu'il venait de déjeuner. Son estomac se crispait de besoin.
Christophe eût voulu se passer de Hecht; mais les autres éditeurs étaient encore pires.—Il y avait aussi les riches dilettantes, qui accouchaient d'un lambeau de phrase musicale, et qui n'étaient même pas capables de l'écrire. Ils faisaient venir Christophe, et lui chantaient leur élucubration:
—Hein! est-ce beau!
Ils la lui donnaient à «développer»,—(à écrire en entier);—et cela paraissait sous leur nom chez un grand éditeur. Après, ils étaient persuadés que le morceau était d'eux. Christophe en connut un, gentilhomme de bonne marque, un grand corps agité, qui lui donna du: «cher ami», l'empoigna par le bras, lui prodiguant les démonstrations d'enthousiasme tempétueux, ricanant à son oreille, bafouillant des coq-à-l'âne et des incongruités mêlées de cris d'extase: Beethoven, Verlaine, Offenhach, Yvette Guilbert... Il le faisait travailler, et négligeait de le payer. Il soldait en invitations à déjeuner et en poignées de mains. À la fin des fins, il envoya à Christophe vingt francs, que Christophe se donna le luxe stupide de lui renvoyer. Ce jour-là, il n'avait pas vingt sous en poche; et il lui avait fallu acheter un timbre de vingt-cinq centimes pour écrire à sa mère. C'était le jour de fête de la vieille Louisa; et, pour rien au monde, Christophe n'eût voulu y manquer: la bonne femme comptait trop sur la lettre de son garçon, elle n'aurait pu s'en passer. Elle lui écrivait un peu plus souvent, depuis quelques semaines, malgré la peine que cela lui coûtait d'écrire. Elle souffrait de sa solitude. Mais elle n'aurait pu se décider à venir rejoindre Christophe à Paris: elle était trop timorée, attachée à sa petite ville, à son église, à sa maison, elle avait peur des voyages. Et d'ailleurs, quand elle eût voulu venir, Christophe n'avait pas d'argent pour elle; il n'en avait pas tous les jours, pour lui-même.
Un envoi qui lui fit bien plaisir, une fois, ce fut de Lorchen, la jeune paysanne pour laquelle il avait eu une rixe avec des soldats prussiens: elle lui écrivait qu'elle se mariait; elle donnait des nouvelles de la maman, et elle lui expédiait un panier de pommes et une part de galette, pour manger en son honneur. Cela tomba joliment à propos. Ce soir-là chez Christophe, c'était jeûne, quatre-temps, et carême: du saucisson pendu au clou, près de la fenêtre, il ne restait plus que la ficelle. Christophe se compara aux saints anachorètes, qu'un corbeau vient nourrir sur leur rocher. Mais le corbeau avait beaucoup à faire sans doute de nourrir tous les anachorètes, car il ne revint plus.
Malgré tous ces ennuis, Christophe gardait son entrain. Il faisait dans sa cuvette la lessive de son linge, et il cirait ses chaussures, en sifflant comme un merle. Il se consolait avec les mots de Berlioz: «Élevons-nous au-dessus des misères de la vie, et chantons d'une voix légère le gai refrain si connu: Dies iræ...»—Il le chantait parfois, au scandale des voisins, stupéfiés de l'entendre s'interrompre au milieu par des éclats de rire.
Il menait une vie rigoureusement chaste. Comme dit cet autre, «la carrière d'amant est une carrière d'oisif et de riche». La misère de Christophe, sa chasse au pain quotidien, sa sobriété excessive, et sa fièvre de création ne lui laissaient ni le temps, ni le goût de songer au plaisir. Il n'y était pas seulement indifférent; par réaction contre Paris, il s'était jeté dans une sorte d'ascétisme moral. Il avait un besoin passionné de pureté, l'horreur de toute souillure. Ce n'était pas qu'il fût à l'abri des passions. À d'autres moments, il y avait été livré. Mais ces passions restaient chastes, même quand il y cédait: car il n'y cherchait pas le plaisir, mais le don absolu de soi et la plénitude de l'être. Et quand il voyait qu'il s'était trompé, il les rejetait avec fureur. La luxure n'était pas pour lui un péché comme les autres. C'était bien le grand Péché, celui qui souille les sources de la vie. Tous ceux chez qui le vieux fond chrétien n'a pas été totalement enseveli sous les alluvions étrangères, tous ceux qui se sentent encore aujourd'hui les fils des races vigoureuses, qui, au prix d'une discipline héroïque, édifièrent la civilisation de l'Occident, n'ont pas de peine à le comprendre. Christophe méprisait la société cosmopolite, dont le plaisir était l'unique but, le credo.—Certes, on fait bien de chercher le bonheur, de le vouloir pour les hommes, de combattre les déprimantes croyances pessimistes, amassées sur l'humanité par vingt siècles de christianisme gothique. Mais c'est à condition que ce soit une généreuse foi, qui veuille le bien des autres. Au lieu de cela, de quoi s'agit-il? De l'égoïsme le plus piteux. Une poignée de jouisseurs cherchent à «faire rendre» à leurs sens le maximum de plaisirs avec le minimum de risques, en s'accommodant fort bien que les autres en pâtissent.—Oui, sans doute, on connaît leur socialisme de salon!... Mais est-ce qu'ils ne sont pas les premiers à savoir que leurs doctrines voluptueuses ne valent que pour le peuple des «gras», pour une «élite» à l'engrais, et que pour les pauvres, c'est un poison?...
«La carrière du plaisir est une carrière de riches.»
Christophe n'était point riche, ni fait pour le devenir. Quand il venait de gagner quelque argent, il se hâtait de le dépenser aussitôt en musique; il se privait de nourriture pour aller au concert. Il prenait des dernières places, tout en haut du théâtre du Châtelet; et il se remplissait de musique: elle lui tenait lieu de souper et de maitresse. Il avait une telle faim de bonheur et tant d'aptitude à en jouir que les imperfections de l'orchestre ne parvenaient pas à le troubler; il restait, deux ou trois heures, engourdi dans un état de béatitude, sans que les fautes de goût et les fausses notes provoquassent en lui autre chose qu'un sourire indulgent: il avait laissé sa critique à la porte; il venait pour aimer et non pas pour juger. Autour de lui, le public s'abandonnait, comme lui, immobile, les yeux à demi-clos, au grand torrent de rêves. Christophe avait la vision d'un peuple tapi dans l'ombre, ramassé sur lui-même, comme un énorme chat, couvant des hallucinations de volupté et de carnage. Dans les demi-ténèbres épaisses et dorées, se modelaient mystérieusement certaines figures, dont le charme inconnu et l'extase muette attiraient les regards et le cœur de Christophe; il s'attachait à elles; il écoutait en elles; il finissait par s'assimiler corps et âme avec elles. Il arrivait qu'une d'elles s'en aperçût, et qu'il se tissât entre eux deux, pendant la durée du concert, une de ces sympathies obscures, qui vont jusqu'au plus profond de l'être, sans qu'il en reste rien, une fois le concert fini et le courant rompu qui unissait les âmes. C'est un état que connaissent bien ceux qui aiment la musique, surtout quand ils sont jeunes et se donnent le plus: l'essence de la musique est tellement l'amour qu'on ne la goûte complètement que si on la goûte en un autre; et au concert on cherche instinctivement des yeux, au milieu de la foule, un ami avec qui partager une joie trop grande pour soi seul.
Parmi ces amis d'une heure, dont Christophe faisait choix, afin de savourer mieux la douceur de la musique, une figure l'attirait, qu'il revoyait, à chaque concert. C'était une petite grisette, qui devait adorer la musique, sans rien y comprendre. Elle avait un profil de petite bête, un petit nez droit, dépassant à peine la ligne de la bouche légèrement avancée et du menton délicat, des sourcils fins et levés, des yeux clairs: un de ces minois insouciants, sous le voile desquels on sent de la joie, du rire, enveloppés d'une paix indifférente. Ces fillettes vicieuses, ces gamines ouvrières, reflètent peut-être le plus de la sérénité disparue, celle des statues antiques et des figures de Raphaël. Ce n'est là qu'un instant dans leur vie, le premier éveil du plaisir; la flétrissure est proche. Mais elles ont vécu du moins une jolie heure.
Christophe se délectait à la regarder: une gentille figure lui faisait du bien au cœur; il savait en jouir sans la désirer; il y puisait de la joie, de la force, de l'apaisement,—oui, presque de la vertu. Elle,—cela va sans dire,—avait vite remarqué qu'il la regardait; et il s'était établi entre eux, sans y penser, un courant magnétique. Et comme ils se retrouvaient, à peu près aux mêmes places, à presque tous les concerts, ils n'avaient pas tardé à connaître leurs goûts. À certains passages, ils échangeaient un regard d'intelligence; lorsqu'elle aimait particulièrement une phrase, elle tirait légèrement la langue, comme pour se lécher les lèvres; ou, pour montrer qu'elle ne trouvait pas cela bon, elle avançait dédaigneusement son gentil museau. Il se mêlait à ces petites mines un peu de ce cabotinage innocent, dont presque aucun être ne peut se dégager quand il se sait observé. Elle voulait se donner parfois, pendant les morceaux sérieux, une expression grave; et, tournée de profil, l'air absorbé, et la joue souriante, du coin de l'œil elle regardait s'il la regardait. Ils étaient devenus très bons amis, sans s'être jamais dit un mot, et sans avoir même essayé—(Christophe tout au moins)—de se rencontrer à la sortie.
Le hasard fit enfin qu'à un concert du soir, ils se trouvèrent placés l'un à côté de l'autre. Après un instant d'hésitation souriante, ils se mirent à causer amicalement. Elle avait une voix charmante, et disait beaucoup de bêtises sur la musique: car elle n'y connaissait rien, et voulait avoir l'air de s'y connaître; mais elle l'aimait passionnément. Elle aimait la pire et la meilleure, Massenet et Wagner; il n'y avait que la médiocre qui l'ennuyât. La musique était une volupté pour elle; elle la buvait par tous les pores de son corps, comme Danaé la pluie d'or. Le prélude de Tristan lui donnait la petite mort; et elle jouissait de se sentir emportée, comme une proie dans la bataille, par la Symphonie Héroïque. Elle apprit à Christophe que Beethoven était sourd-muet, et que, malgré cela, si elle l'avait connu, elle l'aurait bien aimé, quoiqu'il fût joliment laid. Christophe protesta que Beethoven n'était pas si laid; alors, ils discutèrent sur la beauté et sur la laideur; et elle convint que tout dépendait des goûts; ce qui était beau pour l'un ne l'était pas pour l'autre: «on n'était pas le louis d'or, on ne pouvait pas plaire à tout le monde».—Il aimait mieux qu'elle ne parlât point: il l'entendait bien mieux. Pendant la Mort d'Ysolde, elle lui tendit sa main; sa main était toute moite; il la garda dans la sienne jusqu'à la fin du morceau; ils sentaient, à travers leurs doigts entrelacés, couler le flot de la symphonie.
Ils sortirent ensemble; il était près de minuit. Ils remontèrent, en causant, vers le quartier Latin; elle lui avait pris le bras, et il la reconduisit chez elle; mais arrivés à la porte, comme elle se disposait à lui montrer le chemin, il la quitta, sans prendre garde à ses yeux engageants. Sur le moment, elle fut stupéfaite, puis furieuse; puis, elle se tordit de rire, en pensant à sa sottise; puis, rentrée dans sa chambre et se déshabillant, elle fut de nouveau agacée, et finalement pleura en silence. Quand elle le revit au concert, elle voulut se montrer piquée, indifférente, un peu cassante. Mais il était si bon enfant que sa résolution ne tint pas. Ils se remirent à causer; seulement, elle gardait avec lui maintenant une réserve. Il lui parlait cordialement, mais avec une grande politesse, et de choses sérieuses, de belles choses, de la musique qu'ils entendaient et de ce que cela signifiait pour lui. Elle l'écoutait attentivement, et tâchait de penser comme lui. Le sens de ses paroles lui échappait souvent; mais elle y croyait quand même. Elle avait pour Christophe un respect reconnaissant, qu'elle lui montrait à peine. D'un accord tacite, ils ne se parlaient qu'au concert. Il la rencontra une fois au milieu d'étudiants. Ils se saluèrent gravement. À personne elle ne parlait de lui. Il y avait dans le fond de son âme une petite province sacrée, quelque chose de beau, de pur, de consolant.
Ainsi, Christophe commençait à exercer par sa seule présence, parle seul fait qu'il existait, une influence apaisante. Partout où il passait, il laissait inconsciemment une trace de sa lumière intérieure. Il était le dernier à s'en douter. Il y avait près de lui, dans sa maison, des gens qu'il n'avait jamais vus, et qui, sans s'en douter eux-mêmes, subissaient peu à peu son rayonnement bienfaisant.
Depuis plusieurs semaines, Christophe n'avait plus d'argent pour aller au concert, même en faisant carême; et, dans sa chambre sous les toits, maintenant que l'hiver venait, il se sentait transi; il ne pouvait rester immobile à sa table. Alors il descendait, et marchait dans Paris, afin de se réchauffer. Il avait la faculté d'oublier par instants la ville grouillante qui l'entourait, et de se sauver dans l'infini du temps. Il lui suffisait de voir au-dessus de la rue tumultueuse la lune morte et glacée, suspendue dans le gouffre du ciel, ou le disque du soleil, roulant dans le brouillard blanc, pour que le bruit de la rue s'effaçât, pour que Paris s'enfonçât dans le vide sans bornes, pour que toute cette vie ne lui apparût plus que comme le fantôme d'une vie qui avait été, il y avait longtemps, longtemps,... il y avait des siècles... Le moindre petit signe, imperceptible au commun des hommes, de la grande vie sauvage de la nature, que recouvre tant bien que mal la livrée de la civilisation, suffisait à la faire surgir tout entière à ses yeux. L'herbe qui poussait entre les pavés, le renouveau d'un arbre étranglé dans son carcan de fonte, sans air et sans terre, sur un boulevard aride; un chien, un oiseau qui passaient, derniers vestiges de la faune qui remplissait l'univers primitif, et que l'homme a détruite; une nuée de moucherons; l'épidémie invisible qui dévorait un quartier:—c'était assez pour que, dans l'asphyxie de cette serre-chaude humaine, le souffle de l'Esprit de la Terre vînt le frapper au visage et fouetter son énergie.
Dans ces longues promenades, à jeun souvent, et n'ayant pas causé, de plusieurs jours, avec qui que ce fût, il rêvait intarissablement. Les privations et le silence surexcitaient cette disposition morbide. La nuit, il avait des sommeils pénibles, des rêves fatigants: sans cesse, il revoyait la vieille maison, la chambre où il avait vécu, enfant; il était poursuivi par des obsessions musicales. Le jour, il conversait avec ses êtres intérieurs et avec ceux qu'il aimait, les absents et les morts.
Une après-midi de décembre humide, que le givre couvrait les pelouses raidies, que les toits des maisons et les dômes gris se diluaient dans le brouillard, et que les arbres, aux branches nues, grêles et tourmentées, dans la vapeur qui les noyait, semblaient des végétations marines au fond e l'Océan,—Christophe, qui, depuis la veille, se sentait frissonnant et ne parvenait point à se réchauffer, entra au Louvre, qu'il connaissait à peine.
Il n'était pas, jusque-là, très touché par la peinture. Il était trop absorbé par l'univers intérieur pour bien saisir le monde des couleurs et des formes. Elles n'agissaient sur lui que par leurs résonances musicales, qui ne lui en apportaient qu'un écho déformé. Sans doute, son instinct percevait obscurément les lois identiques, qui président à l'harmonie des formes visuelles comme des formes sonores, et les nappes profondes de l'âme, d'où sourdent les deux fleuves de couleurs et de sons, qui baignent les deux versants opposés de la vie. Mais il ne connaissait que l'un des deux versants, et il était perdu dans le royaume de l'œil. Ainsi, lui échappait le secret du charme le plus exquis, le plus naturel peut-être, de la France au clair regard, reine dans le monde de la lumière.
Eût-il été plus curieux de peinture, Christophe était trop Allemand pour s'adapter aisément à une vision des choses aussi différente. Il n'était pas de ces Allemands dernier-cri, qui renient la façon de sentir germanique, et qui se persuadent qu'ils raffolent de l'impressionnisme ou du dix-huitième siècle français,—quand, d'aventure, ils n'ont pas la ferme assurance qu'ils les comprennent mieux que les Français. Christophe était un barbare, peut-être; mais il l'était franchement. Les petits culs roses de Boucher, les mentons gras de Watteau, les bergers ennuyés et les bergères dodues, sanglées dans leur corset, les âmes de crème fouettée, les vertueuses œillades de Greuze, les chemises troussées de Fragonard, tout ce poétique déculottage ne lui inspirait pas beaucoup plus d'intérêt qu'un journal élégant et polisson. Il n'en entendait point la riche et brillante harmonie; les rêves voluptueux, parfois mélancoliques, de cette vieille civilisation, la plus raffinée de l'Europe, lui étaient étrangers. Quant au dix-septième siècle français, il ne goûtait pas plus sa dévotion cérémonieuse et ses portraits d'apparat; la réserve un peu froide des plus graves entre ces maîtres, un certain gris de l'âme répandu sur l'œuvre hautain de Nicolas Poussin et sur les figures pâles de Philippe de Champaigne, éloignaient Christophe de l'ancien art français. Et du nouveau, il ne connaissait rien. S'il l'eût connu, il l'eût méconnu. Le seul peintre moderne, dont il eût, en Allemagne, subi la fascination, Boecklinle Bâlois, ne l'avait point préparé à voir l'art latin. Christophe gardait en lui le choc de ce brutal génie, qui sentait la terre et les fauves relents du bestiaire héroïque qu'il en avait fait sortir. Ses yeux, brûlés par la lumière crue, habitués au bariolage frénétique de ce sauvage ivre, avaient de la peine à se faire aux demi-teintes, aux harmonies morcelées et moelleuses de l'art français.
Mais ce n'est pas impunément qu'on vit dans un monde étranger. On en subit l'empreinte. On a beau se murer en soi: on s'aperçoit un jour qu'il y a quelque chose de changé.
Il y avait quelque chose de changé dans Christophe, ce soir-là où il errait par les salles du Louvre. Il était las, il avait froid, il avait faim, il était seul. Autour de lui, l'ombre descendait dans les galeries désertes, les formes endormies s'animaient. Christophe passait, silencieux et glacé, au milieu des sphinx d'Égypte, des monstres assyriens, des taureaux de Persépolis, des serpents gluants de Palissy. Il se sentait dans une atmosphère de contes de fées; et dans son cœur montait un émoi mystérieux; Le rêve de l'humanité l'enveloppait,—les fleurs étranges de l'âme...
Dans le poudroiement doré des galeries de peinture, les jardins de couleurs éclatantes et mûres, les prairies de tableaux, où l'air manque, Christophe, fiévreux, au seuil de la maladie, eut un coup de foudre.—Il allait, presque sans voir, étourdi par le besoin, par la tiédeur des salles, et par cette orgie d'images: la tête lui tournait. Arrivé au bout de la galerie du bord de l'eau, devant le Bon Samaritain de Rembrandt, il s'appuya des deux mains, pour ne pas tomber, sur la rampe de fer qui entoure les tableaux, il ferma les yeux, un instant. Quand il les rouvrit sur l'œuvre qui était en face de lui, tout près de son visage, il fut fasciné...
Le jour s'éteignait. Le jour était lointain déjà, déjà mort. Le soleil invisible s'effondrait dans la nuit. C'était l'heure magique où les hallucinations sont sur le point de sortir de l'âme endolorie par les travaux du jour, immobile, engourdie. Tout se tait, on n'entend que le bruit des artères. On n'a plus la force de remuer, à peine de respirer, on est triste et livré... Un immense besoin de s'abandonner dans les bras d'un ami... On implore le miracle, on sent qu'il va venir... Il vient! Dans le crépuscule un flot d'or flamboie, rejaillit sur le mur, sur l'épaule de l'homme qui porte le mourant, baigne ces humbles objets et ces êtres médiocres, et tout prend une douceur, une gloire divine. C'est Dieu même, qui étreint dans ses bras terribles et tendres ces misérables, faibles, laids, pauvres, sales, ce valet pouilleux, aux bas sur les talons, ces visages difformes, qui se pressent lourdement à la fenêtre, ces êtres apathiques, qui se taisent, épeurés,—toute cette humanité pitoyable de Rembrandt, ce troupeau des âmes obscures et ligotées, qui ne savent rien, qui ne peuvent rien, qu'attendre, trembler, pleurer, prier.—Mais le Maître est là. On ne Le voit pas Lui-même; on voit son auréole et l'ombre de lumière qu'il projette sur les hommes...
Christophe sortit du Louvre, d'un pas mal assuré. La tête lui faisait mal. Il ne voyait plus rien. Dans la rue, sous la pluie, il remarquait à peine les flaques entre les pavés et l'eau ruisselant de ses souliers. Le ciel jaunâtre, sur la Seine, s'allumait, à la tombée du jour, d'une flamme intérieure,—une lumière de lampe. Christophe emportait dans ses yeux la fascination d'un regard. Il lui semblait que rien n'existait: non, les voitures n'ébranlaient pas les pavés, avec un bruit impitoyable; les passants ne le heurtaient point avec leurs parapluies mouillés; il ne marchait point dans la rue; peut-être qu'il était assis chez lui et qu'il rêvait; peut-être qu'il n'existait plus... Et brusquement,—(il était si faible)!—un étourdissement le prit, il se sentit tomber comme une masse, la tête en avant... Ce ne fut qu'un éclair: il serra les poings, et s'arc-boutant sur ses jambes, il reprit son aplomb.
À ce moment précis, dans la seconde où sa conscience émergeait du gouffre, son regard se heurta, de l'autre côté de la rue, à un regard qu'il connaissait bien, et qui semblait l'appeler. Il s'arrêta, interdit, cherchant où il l'avait déjà vu. Ce ne fut qu'au bout d'un moment qu'il reconnut ces yeux tristes et doux: la petite institutrice française, qu'il avait sans le vouloir fait chasser de sa place, en Allemagne, et qu'il avait tant cherchée depuis, pour lui demander pardon. Elle s'était arrêtée aussi, au milieu de la cohue des passants, et elle le regardait. Soudain, il la vit essayer de remonter le courant de la foule, et descendre sur la chaussée, pour venir à lui. Il se jeta à sa rencontre; mais un encombrement inextricable de voitures les sépara; il l'aperçut encore un instant, se débattant de l'autre côté de cette muraille vivante; il voulut traverser quand même, fut bousculé par un cheval, glissa, tomba sur l'asphalte gluant, faillit être écrasé. Quand il se releva, couvert de boue, et réussit à passer de l'autre côté, elle avait disparu.
Il voulut se mettre à sa poursuite. Mais son vertige redoublait: il dut y renoncer. La maladie venait: il le sentait, mais il ne voulait pas en convenir. Il s'obstina à ne pas rentrer tout de suite, à prendre le plus long chemin. Torture inutile: il lui fallut se reconnaître vaincu; il avait les jambes cassées, il se traînait, il eut peine à revenir chez lui. Dans l'escalier, il étouffa, il dut s'asseoir sur les marches. Rentré dans sa chambre glacée, il s'entêta à ne pas se coucher; il restait sur sa chaise, trempé de pluie, la tête lourde et la poitrine haletante, s'engourdissant dans des musiques courbaturées, comme lui. Il entendait passer des phrases de la Symphonie inachevée de Schubert. Pauvre petit Schubert! Quand il écrivait cela, il était seul, fiévreux et somnolent, lui aussi, dans l'état de demi-torpeur qui précède le grand sommeil; il rêvait au coin du feu; des musiques engourdies flottaient autour de lui, comme des eaux un peu stagnantes; il s'y attardait, tel un enfant à demi endormi qui se complaît à l'histoire qu'il se raconte, en répète un passage vingt fois; le sommeil vient... la mort vient...—Et Christophe entendit passer aussi cette autre musique aux mains brûlantes, aux yeux fermés, souriant d'un sourire las, le cœur gonflé de soupirs, rêvant de la mort qui délivre:—le premier chœur de la Cantate de J. S. Bach: «Cher Dieu, quand mourrai-je?»... Il faisait bon s'enfoncer dans les moelleuses phrases qui se déroulent avec de lentes ondulations, le bourdonnement des cloches lointaines et voilées... Mourir, se fondre dans la paix de la terre!... «Und dann selber Erde werden»... «Et puis soi-même devenir terre...»
Christophe secoua ces pensées maladives, le sourire meurtrier de la sirène qui guette les âmes affaiblies. Il se leva et essaya de marcher dans sa chambre; mais il ne put tenir debout. Il grelottait de fièvre. Il dut se mettre au lit. Il sentait que, cette fois, c'était sérieux; mais il ne désarmait pas; il n'était pas de ceux qui, quand ils sont malades, s'abandonnent à la maladie; il luttait, il ne voulait pas être malade, et surtout, il était parfaitement décidé à ne pas mourir. Il avait sa pauvre maman qui l'attendait là-bas. Et il avait son œuvre à faire: il ne se laisserait pas tuer. Il serrait ses dents qui claquaient, il tendait sa volonté qui lui échappait; ainsi, un bon nageur qui continue de lutter sous les vagues qui le recouvrent. À tout instant, il plongeait: c'étaient des divagations, des images sans suite, des souvenirs du pays ou des salons parisiens; aussi, des obsessions de rythmes et de phrases, qui tournaient, tournaient indéfiniment, comme des chevaux de cirque; le choc soudain de la lumière d'or du Bon Samaritain; les figures d'épouvante dans l'ombre; et puis, des abîmes, des nuits. Puis, il surnageait de nouveau, il déchirait les nuées grimaçantes, il crispait les poings et la mâchoire. Il s'accrochait à tous ceux qu'il aimait dans le présent et le passé, à la figure amie qu'il avait entrevue tout à l'heure, à la chère maman, et aussi à son être indestructible, qu'il sentait comme un roc: «la mort n'y mord»...—Mais le roc était de nouveau recouvert par la mer; un choc des vagues faisait lâcher prise à l'âme; elle était balayée par l'écume. Et Christophe se débattait dans le délire, disant des paroles insensées, dirigeant et jouant un orchestre imaginaire: trombones, trompettes, cymbales, timbales, bassons, et contrebasses,... il raclait, soufflait, tapait, avec frénésie. Le malheureux bouillait de musique rentrée. Depuis des semaines qu'il ne pouvait plus en entendre, ni en jouer, il était comme une chaudière sous pression, près d'éclater. Certaines phrases obstinées s'enfonçaient dans son cerveau comme des vrilles, lui perforaient le tympan, le faisaient souffrir à hurler. Au sortir de ces crises, il retombait sur son oreiller, mort de fatigue, trempé, moulu, haletant, étouffant. Il avait installé près de son lit son pot à eau, dont il buvait des gorgées. Les bruits des chambres voisines, les portes des mansardes qu'on refermait, le faisaient ressauter. Il avait le dégoût halluciné de ces êtres entassés autour de lui. Mais sa volonté luttait toujours, elle soufflait des fanfares belliqueuses, le combat contre les diables... «Und wenn die Welt voll Teufel wär, und wollten uns verschlingen, so fürchten wir uns nicht so sehr...» («Et quand bien même le monde serait plein de diables, et qu'ils voudraient nous avaler, cela ne nous ferait pas peur...»)
Et sur l'océan de ténèbres brûlantes où son être roulait, s'ouvrait soudain une accalmie, des éclaircies de lumière, un murmure apaisé des violons et des violes, de calmes sonneries de gloire des trompettes et des cors, tandis que, presque immobile, tel un grand mur, s'élevait de l'âme malade un chant inébranlable, comme un choral de J. S. Bach.
Tandis qu'il se débattait contre les fantômes de la fièvre et contre l'étouffement qui gagnait sa poitrine, il eut vaguement conscience qu'on ouvrait la porte de sa chambre, et qu'une femme entrait, une bougie à la main. Il crut que c'était encore une hallucination. Il voulut parler. Mais il ne put, et retomba. Quand, de loin en loin, une vague de conscience le ramenait du fond à la surface, il sentait qu'on avait soulevé son oreiller, qu'on lui avait mis une couverture sur les pieds, qu'il avait sur le dos quelque chose qui le brûlait; ou il voyait, assise au pied du lit, cette femme, dont la figure ne lui était pas tout à fait inconnue. Puis il vint une autre figure, un médecin, qui l'ausculta. Christophe n'entendait pas ce qu'on disait; mais il devina qu'on parlait de le porter à l'hôpital. Il essaya de protester, de crier qu'il ne voulait pas, qu'il voulait mourir ici, seul; mais il ne sortait de sa bouche que des sons incompréhensibles. La femme le comprit pourtant: car elle prit sa défense, et elle le calma. Il s'épuisait à savoir qui elle était. Aussitôt qu'il put formuler une phrase suivie, au prix d'efforts inouïs, il le lui demanda.. Elle lui répondit qu'elle était sa voisine de mansarde, qu'elle l'avait entendu gémir de l'autre côté du mur, et qu'elle s'était permis d'entrer, pensant qu'il avait besoin d'aide. Elle le pria respectueusement de ne pas se fatiguer à parler. Il lui obéit. Au reste, il était brisé par l'effort qu'il avait fait; il se tint donc immobile, et se tut; mais son cerveau continuait de travailler, rassemblant péniblement ses souvenirs épars. Où donc l'avait-il vue?... Il finit par se rappeler: oui, il l'avait rencontrée dans le couloir des mansardes; elle était domestique, elle se nommait Sidonie.
Les yeux à demi clos, il la regardait, sans qu'elle le vît. Elle était petite, la figure sérieuse, le front bombé, les cheveux relevés, le haut des joues et les tempes découverts, pâles et de forte ossature, le nez court, les yeux bleu-clair, au regard doux et obstiné, les lèvres grosses et serrées, le teint anémié, l'air humble, concentré, un peu raidi. Elle s'occupait de Christophe, avec un dévouement actif et silencieux, sans familiarité, sans se départir jamais de la réserve d'une domestique qui n'oublie pas la différence de classes.
Peu à peu cependant, lorsqu'il alla mieux et qu'il put causer avec elle, la bonhomie affectueuse de Christophe amena Sidoine à lui parler un peu plus librement; mais elle se surveillait toujours; il y avait certaines choses (on le voyait), qu'elle ne disait pas. Elle avait un mélange d'humilité et de fierté. Christophe apprit qu'elle était bretonne. Elle avait laissé au pays son père, dont elle parlait avec beaucoup de discrétion; mais Christophe n'eut pas de peine à deviner qu'il ne faisait rien que boire, se donner du bon temps, et exploiter sa fille; elle se laissait exploiter, sans rien dire, par orgueil; et elle ne manquait jamais de lui envoyer une partie de l'argent de son mois; mais elle n'était pas dupe. Elle avait aussi une sœur plus jeune, qui se préparait à un examen d'institutrice, et dont elle était très fière. Elle payait presque tous les frais de son éducation. Elle s'acharnait au travail, d'une façon entêtée.
—«Est-ce qu'elle avait une bonne place?» lui demandait Christophe.
—«Oui; mais elle pensait à la quitter.»
—«Pourquoi? Est-ce qu'elle avait à se plaindre de ses maîtres?»
—«Oh! non. Ils étaient très bons pour elle.»
—«Est-ce qu'elle ne gagnait pas assez?»
—«Si...»
Il ne comprenait pas bien; il essayait de comprendre, il l'encourageait à parler. Mais elle n'avait rien à lui raconter que sa vie monotone, la peine qu'on avait à gagner sa vie, elle n'y insistait point: le travail ne l'effrayait pas, il lui était un besoin, presque un plaisir. Elle ne parlait pas de ce qui lui était le plus pesant: l'ennui. Il le devinait. Peu à peu, il lisait en elle, avec l'intuition d'une grande sympathie, que la maladie avait aiguisée, et que rendait plus pénétrante le souvenir des épreuves supportées dans une vie analogue par la chère maman. Il voyait, comme s'il l'avait vécue, cette existence morne, malsaine, contre nature,—l'existence ordinaire, que la société bourgeoise impose aux domestiques:—des maîtres pas méchants, mais indifférents, qui la laissaient parfois plusieurs jours, sans lui dire un mot, sauf pour le service. Des heures, des heures, dans l'étouffante cuisine, dont la lucarne, encombrée par un garde-manger, donnait sur un mur blanc sale. Toutes ses joies, quand on lui disait négligemment que la sauce était bonne, ou le rôti bien cuit. Une vie murée, sans air, sans avenir, sans une lueur de désir et d'espoir, sans intérêt à rien.—Le plus mauvais moment pour elle était quand ses maîtres s'en allaient à la campagne. Ils ne l'emmenaient pas avec eux, par économie; ils lui payaient son mois, mais ne lui payaient pas son voyage pour retourner au pays; ils la laissaient libre d'y aller à ses frais. Elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas le faire. Alors, elle restait seule dans la maison à peu près abandonnée. Elle n'avait pas envie de sortir, elle ne causait même pas avec les autres domestiques, qu'elle méprisait un peu à cause de leur grossièreté et de leur immoralité. Elle n'allait pas s'amuser: elle était sérieuse de nature, économe, et elle avait la crainte des mauvaises rencontres. Elle restait assise, dans sa cuisine, ou dans sa chambre, d'où par-dessus les cheminées elle apercevait le sommet d'un arbre, dans un jardin d'hôpital. Elle ne lisait pas, elle essayait de travailler, elle s'engourdissait, elle s'ennuyait, elle pleurait d'ennui; elle avait un pouvoir singulier de pleurer, indéfiniment: c'était son plaisir. Mais quand elle s'ennuyait trop, elle ne pouvait même plus pleurer, elle était comme gelée, le cœur mort. Puis, elle se secouait; ou la vie revenait d'elle-même. Elle pensait à sa sœur, elle écoutait un orgue de barbarie dans le lointain, elle rêvassait, elle comptait longuement combien il lui faudrait de jours pour avoir fini tel travail, pour avoir gagné telle somme; elle se trompait dans ses comptes; elle recommençait à compter; elle dormait. Les jours passaient...
Avec ces accès de dépression alternaient des réveils de gaieté enfantine et gouailleuse. Elle se gaussait des autres et d'elle-même. Elle n'était pas sans voir et sans juger ses maîtres, les soucis que se créait leur désœuvrement, les vapeurs de Madame et ses mélancolies, les soi-disant occupations de cette soi-disant élite, l'intérêt qu'ils prenaient à un tableau, a un morceau de musique, à un livre de vers. Avec son bon sens un peu gros, également éloigné du snobisme des domestiques très parisiens et de la bêtise épaisse des domestiques provinciaux, qui n'admirent que ce qu'ils ne comprennent pas, elle avait un mépris respectueux pour ces pianotages, ces bavardages, toutes ces choses intellectuelles, parfaitement inutiles, et ennuyeuses par surcroît, qui prennent une si grande place dans ces existences mensongères. Elle ne pouvait s'empêcher de comparer silencieusement la vie réelle, avec laquelle elle était aux prises, aux plaisirs et aux peines imaginaires de cette vie de luxe, où tout semble fabriqué par l'ennui. Au reste, elle n'en était pas révoltée. C'était ainsi: c'était ainsi. Elle admettait tout, les méchantes gens et les sots. Elle disait:
—Faut de tout, pour faire un monde.
Christophe s'imaginait qu'elle était soutenue par sa foi religieuse; mais un jour, elle dit, à propos des autres, plus riches et plus heureux:
—Au bout du compte, on sera tous pareils, plus tard.
—Quand donc? demanda-t-il. Après la révolution sociale?
—La révolution? dit-elle. Oh! bien, il passera de l'eau sous le pont, avant. Je ne crois pas à ces bêtises. Tout sera toujours de même.
—Alors, quand est-ce qu'on sera pareils?
—Après la mort, bien sûr! Il ne reste rien de personne.
Il fut bien étonné de ce matérialisme tranquille. Il n'osa pas lui dire:
—Est-ce que ce n'est pas affreux, en ce cas, si l'on n'a qu'une vie, qu'elle soit comme la vôtre, tandis qu'il y a d'autres gens qui sont heureux?
Mais elle sembla avoir deviné ce qu'il pensait; elle continua, avec un flegme résigné et un peu ironique:
—Il faut bien se faire une raison. Tout le monde ne peut pas tirer le gros lot. On est mal tombé: tant pis!
Elle ne songeait même pas à chercher hors de France (comme on le lui avait offert en Amérique) une place qui lui rapportât davantage. L'idée de quitter le pays ne pouvait entrer dans sa tête. Elle disait:
—C'est partout que les pierres sont dures.
Il y avait en elle un fond de fatalisme sceptique et railleur. Elle était bien de cette race, qui a peu ou point de foi, peu de raisons intellectuelles de vivre, et pourtant une tenace vitalité,—de ce peuple des campagnes françaises, laborieux et apathique, frondeur et soumis, qui n'aime pas beaucoup la vie, mais qui y tient, et qui n'a pas besoin d'encouragements factices pour garder son courage.
Christophe, qui ne le connaissait pas encore, s'étonnait de trouver chez cette simple fille un désintéressement de toute foi; il admirait son attachement à la vie, sans plaisir et sans but, et, plus que tout, son robuste sens moral, qui ne s'appuyait sur rien. Il n'avait vu jusque-là les gens du peuple français qu'à travers les romans naturalistes et les théories des petits hommes de lettres contemporains, qui, au rebours de ceux du siècle des bergeries et de la Révolution, aimaient à se représenter l'homme de la nature comme un animal vicieux, afin de légitimer leurs propres vices... Il découvrait avec surprise l'intransigeante honnêteté de Sidonie. Ce n'était pas une affaire de morale; c'était une affaire d'instinct et de fierté. Elle avait son orgueil aristocratique. Car c'est une sottise de croire que qui dit: peuple, dit: populaire. Le peuple a ses aristocrates, de même que la bourgeoisie a ses âmes de la plèbe. Des aristocrates, c'est-à-dire des êtres qui ont des instincts, un sang peut-être, plus purs que les, autres, et qui le savent, qui ont la conscience de ce qu'ils sont, et la fierté de ne pas déchoir. Ils sont minorité; mais, même tenus à l'écart, on sait bien qu'ils sont les premiers; et leur seule présence est un frein pour les autres. Les autres sont contraints de se modeler sur eux, ou de faire semblant. Chaque province, chaque village, chaque groupement d'hommes est, dans une certaine mesure, ce que sont ses aristocrates; et, suivant ce qu'ils sont, l'opinion est, ici, extrêmement sévère; et là, elle est relâchée. Le débordement anarchique des majorités, à l'heure actuelle, ne changera rien à cette autorité immanente des minorités muettes. Plus dangereux pour elles est leur déracinement du sol natal, et leur éparpillement au loin, dans les grandes villes. Mais même ainsi, perdues dans des milieux étrangers, isolées les unes des autres, les individualités de bonne race persistent, sans se mêler à ce qui les entoure.—De tout ce que Christophe avait vu à Paris, Sidonie ne connaissait quasi rien, et ne cherchait à rien connaître. La littérature sentimentale et malpropre des journaux ne l'atteignait pas plus que les nouvelles politiques. Elle ne savait même pas qu'il y eût des Universités Populaires; et, si elle l'avait su, il est probable qu'elle ne s'en serait pas plus souciée que d'aller au sermon. Elle faisait son métier, et pensait ses pensées; elle ne s'inquiétait pas de penser celles des autres. Christophe lui en fit ses compliments.
—Qu'est-ce qu'il y a d'étonnant? dit-elle. Je suis comme tout le monde. Vous n'avez donc pas vu de Français?
—Voilà un an que j'habite au milieu d'eux, dit Christophe; et je n'en ai pas rencontré un seul qui parût penser à autre chose qu'à s'amuser, ou à singer ceux qui s'amusent.
—Bien oui, dit Sidonie. Vous n'avez vu que des riches. Les riches, c'est partout les mêmes. Vous n'avez encore rien vu.
—Si fait, dit Christophe. Je commence.
Il entrevoyait, pour la première fois, ce peuple de France, qui donne l'impression d'une durée éternelle, qui fait corps avec sa terre, qui a vu passer, comme elle, tant de races conquérantes, tant de maîtres d'un jour, et qui ne passe pas.
Il allait mieux maintenant et commençait à se lever.
La première chose dont il s'inquiéta fut de rembourser à Sidonie les dépenses qu'elle avait faites pour lui, pendant qu'il était malade. Dans l'impossibilité où il se trouvait de courir dans Paris pour chercher de l'ouvrage, il dut se résoudre à écrire à Hecht: il demandait qu'on voulût bien lui faire une avance d'argent sur son prochain travail. Avec son mélange étonnant d'indifférence et de bienfaisance, Hecht lui fit attendre, plus de quinze jours, la réponse,—quinze jours, durant lesquels Christophe se tortura, se refusant presque à toucher à la nourriture que lui apportait Sidonie, n'acceptant qu'un peu de lait et de pain qu'elle le forçait à prendre, et qu'il se reprochait ensuite, parce qu'il ne l'avait pas gagné: après quoi il reçut de Hecht, sans un mot, la somme demandée; et pas une fois, pendant les mois que dura la maladie de Christophe, Hecht ne chercha à savoir comment il allait. Il avait le génie de ne pas se faire aimer, même en faisant du bien. C'était, du reste, qu'en faisant du bien, il n'aimait pas.
Sidonie venait, chaque jour, un moment dans l'après-midi, et le soir. Elle préparait le dîner de Christophe. Elle ne faisait aucun bruit; elle s'occupait discrètement de ses affaires; et, ayant vu le délabrement de son linge, sans le dire, elle l'emportait chez elle, pour le raccommoder. Insensiblement, s'était glissé dans leurs relations quelque chose de plus affectueux. Christophe parlait longuement de sa vieille maman. Sidonie était émue; elle se mettait à la place de Louisa, seule, là-bas; et elle avait pour Christophe un sentiment maternel. Lui-même, en causant avec elle, s'efforçait de tromper son besoin d'affection familiale, dont on souffre bien plus, quand on est faible et malade. Il se sentait plus près de Louisa avec Sidonie qu'avec toute autre. Il lui confiait parfois quelques-uns de ses chagrins d'artiste. Elle le plaignait doucement, avec un peu d'ironie pour ces tristesses intellectuelles. Cela aussi lui rappelait sa mère, et lui faisait du bien.
Il cherchait à provoquer ses confidences; mais elle se livrait beaucoup moins que lui. Il lui demandait, en plaisantant, si elle ne se marierait pas. Elle répondait, sur son ton habituel de résignation railleuse, que «ce n'était pas permis, quand on est domestique: cela complique trop les choses. Et puis, il faut bien tomber dans son choix, et ce n'est pas commode. Les hommes sont de fameuses canailles. Ils viennent vous faire la cour, quand vous avez de l'argent; ils mangent votre argent, et puis après, ils vous plantent là. Elle en avait vu trop d'exemples autour d'elle: elle n'était pas tentée de faire de même.»—Elle ne disait pas qu'elle avait eu un mariage manqué: son «futur» l'avait laissée, quand il avait vu qu'elle donnait tout ce qu'elle gagnait aux siens.—Christophe la voyait jouer maternellement dans la cour avec les enfants d'une famille qui habitait la maison. Quand elle les rencontrait seuls dans l'escalier, il lui arrivait de les embrasser avec passion. Christophe l'imaginait à la place d'une des dames qu'il connaissait: elle n'était point sotte, elle n'était pas plus laide qu'une autre; il se disait qu'à leur place, elle eût été mieux qu'elles. Tant de puissances de vie enterrées, sans que personne s'en souciât! Et, en revanche, tous ces morts vivants, qui encombrent la terre, et qui prennent, au soleil, la place et le bonheur des autres!...
Christophe ne se méfiait pas. Il était très affectueux, trop affectueux pour elle; il se faisait câliner, comme un grand enfant.
Sidonie, certains jours, avait l'air abattue; mais il l'attribuait à sa tâche. Une fois, au milieu d'un entretien, elle se leva brusquement, et quitta Christophe, prétextant un ouvrage. Enfin, après un jour où Christophe lui avait témoigné plus de confiance encore qu'à l'ordinaire, elle interrompit ses visites pour quelque temps; et, quand elle revint, elle ne lui parla plus qu'avec contrainte. Il se demandait en quoi il avait pu l'offenser. Il le lui demanda. Elle répondit avec vivacité qu'il ne l'avait offensée en rien; mais elle continua de s'éloigner de lui. Quelques jours après, elle lui annonça qu'elle partait: elle avait laissé sa place, et quittait la maison. En termes froids et guindés, elle le remercia des bontés qu'il lui avait témoignées, lui exprima les souhaits qu'elle formait pour sa santé et pour celle de sa mère, et elle lui fit ses adieux. Il fut si étonné de ce brusque départ qu'il ne sut que dire; il essaya de connaître les motifs qui l'y déterminaient: elle répliqua, d'une manière évasive. Il lui demanda où elle allait se placer: elle évita de répondre; et, pour couper court à ses questions, elle partit. Sur le seuil de la porte, il lui tendit la main; elle la serra un peu vivement; mais sa figure ne se démentit pas; et, jusqu'au bout, elle garda son air raide et glacé. Elle s'en alla.
Il ne comprit jamais pourquoi.
L'hiver s'éternisait. Un hiver humide, brumeux et boueux. Des semaines sans soleil. Bien que Christophe allât mieux, il n'était pas guéri. Il avait toujours un point douloureux au poumon droit, une lésion qui se cicatrisait lentement, et des accès de toux nerveuse, qui l'empêchaient de dormir, la nuit. Le médecin lui avait défendu de sortir. Il aurait pu tout autant lui ordonner de s'en aller sur la Côte d'Azur, ou dans les Canaries. Il fallait bien qu'il sortit! S'il n'était pas allé chercher son dîner, ce n'était pas son dîner qui serait venu le chercher.—On lui ordonnait aussi des drogues qu'il n'avait pas les moyens de payer. Aussi avait-il renoncé à demander conseil aux médecins: c'était de l'argent perdu; et puis, il se sentait toujours mal à l'aise avec eux; eux et lui ne pouvaient se comprendre: deux mondes opposés. Ils avaient une compassion ironique et un peu méprisante pour ce pauvre diable d'artiste, qui prétendait être un monde à lui tout seul, et qui était balayé comme une paille par le fleuve de la vie. Il était humilié d'être regardé, palpé, tripoté par ces hommes. Il avait honte de son corps malade. Il pensait:
—Comme je serai content, lorsqu'il mourra!
Malgré la solitude, la maladie, la misère, tant de raisons de souffrir, Christophe supportait son sort patiemment. Jamais il n'avait été si patient. Il s'en étonnait lui-même. La maladie est bienfaisante, souvent. En brisant le corps, elle affranchit l'âme; elle la purifie: dans les nuits et les jours d'inaction forcée, se lèvent des pensées, qui ont peur de la lumière trop crue, et que brûle le soleil de la santé. Qui n'a jamais été malade ne s'est connu jamais tout entier.
La maladie avait mis en Christophe un apaisement singulier. Elle l'avait dépouillé de ce qu'il y avait de plus grossier dans son être. Il sentait, avec des organes plus subtils, le monde des forces mystérieuses qui sont en chacun de nous, et que le tumulte de la vie nous empêche d'entendre. Depuis la visite au Louvre, dans ces heures de fièvre, dont les moindres souvenirs s'étaient gravés en lui, il vivait dans une atmosphère analogue à celle du tableau de Rembrandt, chaude, douce et profonde. Il sentait, lui aussi, dans son cœur, les magiques reflets d'un soleil invisible. Et bien qu'il ne crût point, il savait qu'il n'était point seul: un Dieu le tenait par la main, le menait où il fallait qu'il vînt. Il se confiait à lui comme un petit enfant.
Pour la première fois depuis des années, il était contraint de se reposer. La lassitude même de la convalescence lui était un repos, après l'extraordinaire tension intellectuelle, qui avait précédé la maladie, et qui le courbaturait encore. Christophe qui, depuis plusieurs mois, se raidissait dans un état de qui-vive perpétuel, sentait se détendre peu à peu la fixité de son regard. Il n'en était pas moins fort; il en était plus humain. La vie puissante, mais un peu monstrueuse, du génie, était passée à l'arrière-plan; il se retrouvait un homme comme les autres, dépouillé de ses fanatismes d'esprit, et de tout ce que l'action a de dur et d'impitoyable. Il ne haïssait plus rien; il ne pensait plus aux choses irritantes, ou seulement avec un haussement d'épaules; il songeait moins à ses peines, et plus à celles des autres. Depuis que Sidonie lui avait rappelé les souffrances silencieuses des humbles âmes, qui luttaient sans se plaindre, sur tous les points de la terre, il s'oubliait en elles. Lui qui n'était pas sentimental à l'ordinaire, il avait maintenant des accès de cette tendresse mystique, qui est la fleur de la faiblesse. Le soir, accoudé à sa fenêtre, au-dessus de la cour, écoutant les bruits mystérieux de la nuit, ... une voix qui chantait dans une maison voisine, et que l'éloignement faisait paraître émouvante, une petite fille qui pianotait naïvement du Mozart, ... il pensait:
—Vous tous que j'aime, et que je ne connais pas! Vous que la vie n'a point flétris, qui rêvez a de grandes choses que vous savez impossibles, et qui vous débattez contre le monde ennemi,—je veux que vous ayez le bonheur—il est si bon d'être heureux!... Ô mes amis, je sais que vous êtes là, et je vous tends les bras... Il y a un mur entre nous. Pierre à pierre, je l'use; mais je m'use; en même temps. Nous rejoindrons-nous jamais? Arriverai-je à vous, avant que se soit dressé l'autre mur: la mort?...—N'importe! Que je sois seul, toute ma vie, pourvu que je travaille pour vous, que je vous fasse du bien, et que vous m'aimiez un peu, plus tard, après ma mort!...
Ainsi, Christophe convalescent buvait le lait des deux bonnes nourrices: «Liebe and Not» (Amour et Misère).
Dans cette détente de sa volonté, il sentait le besoin de se rapprocher des autres. Et, bien qu'il fût très faible encore, et que ce ne fût guère prudent, il sortait, de bon matin, à l'heure où le flot du peuple dévalait des rues populeuses vers le travail lointain, ou le soir, quand il revenait. Il voulait se plonger dans le bain rafraîchissant de la sympathie humaine. Non qu'il parlât à personne. Il ne le cherchait même pas. Il lui suffisait de regarder passer les gens, de les deviner, et de les aimer. Il observait, avec une affectueuse pitié, ces travailleurs qui se hâtaient, ayant tous, par avance, la lassitude de la journée,—ces figures de jeunes hommes, de jeunes filles, au teint étiolé, aux expressions aiguës, aux sourires étranges,—ces visages transparents et mobiles, sous lesquels on voyait passer des flots de désirs, de soucis, d'ironies changeantes,—ce peuple si intelligent, trop intelligent, un peu morbide, des grandes villes. Ils marchaient vite, tous, les hommes lisant les journaux, les femmes grignotant un croissant. Christophe eût bien donné un mois de sa vie pour que la blondine ébouriffée, aux traits bouffis de sommeil, qui venait de passer près de lui, d'un petit pas de chèvre, nerveux et sec, pût dormir encore une heure ou deux de plus. Oh! qu'elle n'eût pas dit non, si on le lui avait offert! Il eût voulu enlever de leurs appartements, hermétiquement clos à cette heure, toutes les riches oisives, qui jouissaient ennuyeusement de leur bien-être, et mettre à leur place, dans leurs lits, dans leur vie reposante, ces petits corps ardents et las, ces âmes non blasées, pas abondantes, mais vives et gourmandes de vivre. Il se sentait plein d'indulgence pour elles, à présent; et il souriait de ces minois éveillés et vannés, où il y a de la rouerie et de l'ingénuité, un désir effronté et naïf du plaisir, et, au fond, une brave petite âme, honnête et travailleuse. Et il ne se fâchait pas, quand quelques-unes lui riaient au nez, ou se poussaient du coude, en se montrant ce grand garçon, aux yeux ardents.
Il s'attardait aussi sur les quais, à rêver. C'était sa promenade de prédilection. Elle calmait un peu sa nostalgie du grand fleuve, qui avait bercé son enfance. Ah! ce n'était plus sans doute le Vater Rhein! Rien de sa force toute-puissante. Rien des larges horizons, des vastes plaines, où l'esprit plane et se perd. Une rivière aux yeux gris, à la robe vert-pâle, aux traits fins et précis, une rivière de grâce, aux souples mouvements, s'étirant avec une spirituelle nonchalance dans la parure somptueuse et sobre de sa ville, les bracelets de ses ponts, les colliers de ses monuments, et souriant à sa joliesse, comme une belle flâneuse... La délicieuse lumière de Paris! C'était la première chose que Christophe avait aimée dans cette ville; elle le pénétrait, doucement, doucement; peu à peu, elle transformait son cœur, sans qu'il s'en aperçût. Elle était pour lui la plus belle des musiques, la seule musique parisienne. Il passait des heures, le soir, le long des quais, ou dans les jardins de l'ancienne France, à savourer les harmonies du jour sur les grands arbres baignés de brume violette, sur les statues et les vases gris, sur la pierre patinée des monuments royaux, qui avait bu la lumière des siècles,—cette atmosphère subtile, faite de soleil fin et de vapeur laiteuse, où flotte, dans une poussière d'argent, l'esprit riant de la race.
Un soir, il était accoudé près du pont Saint-Michel, et, tout en regardant l'eau, il feuilletait distraitement les livres d'un bouquiniste, étalés sur le parapet. Il ouvrit au hasard un volume dépareillé de Michelet. Il avait déjà lu quelques pages de cet historien, qui ne lui avait pas trop plu par sa hâblerie française, son pouvoir de se griser de mots, et son débit trépidant. Mais, ce soir là, dès les premières lignes, il fut saisi: c'était la fin du procès de Jeanne d'Arc. Il connaissait par Schiller la Pucelle d'Orléans; mais jusqu'ici, elle n'était pour lui qu'une héroïne romanesque, à laquelle un grand poète avait prêté une vie imaginaire. Brusquement, la réalité lui apparut, et elle l'étreignit. Il lisait, il lisait, le cœur broyé par l'horreur tragique du sublime récit; et lorsqu'il arriva au moment où Jeanne apprend qu'elle va mourir le soir et où elle défaille d'effroi, ses mains se mirent à trembler, les larmes le prirent, et il dut s'interrompre. La maladie l'avait affaibli: il était devenu d'une sensibilité ridicule, qui l'exaspérait.—Quand il voulut achever sa lecture, il était tard, et le bouquiniste fermait ses caisses. Il résolut d'acheter le livre; il chercha dans ses poches: il lui restait six sous. Il n'était pas rare qu'il fût aussi dénué: il ne s'en inquiétait pas; il venait d'acheter son dîner, et il comptait, le lendemain, toucher un peu d'argent chez Hecht, pour une copie de musique. Mais attendre jusqu'au lendemain, c'était dur! Pourquoi venait-il justement de dépenser à son dîner le peu qui lui restait? Ah! s'il avait pu offrir en paiement au bouquiniste le pain et le saucisson, qu'il avait dans sa poche!
Le lendemain matin, très tôt, il alla chez Hecht, pour chercher l'argent; mais en passant près du pont, qui porte le nom de l'archange des batailles,—«le frère du paradis» de Jeanne,—il n'eut pas le courage de ne pas s'arrêter. Il retrouva le précieux volume dans les caisses du bouquiniste; il le lut en entier; il passa près de deux heures à le lire; il manqua le rendez-vous chez Hecht; et, pour le rencontrer ensuite, il dut perdre presque toute sa journée. Enfin, il réussit à avoir sa nouvelle commande et a se faire payer. Aussitôt, il courut acheter le livre. Il avait peur qu'un autre acheteur ne l'eût pris. Sans doute, le mal n'eût pas été grand: il était facile de se procurer d'autres exemplaires; mais Christophe ne savait pas si le livre était rare ou non; et d'ailleurs, c'était ce volume-là qu'il voulait, et non un autre. Ceux qui aiment les livres sont volontiers fétichistes. Les feuillets, même salis et tachés, d'où la source des rêves a jailli, sont pour eux sacrés.
Christophe relut chez lui, dans le silence de la nuit, l'Évangile de la Passion de Jeanne; et aucun respect humain ne l'obligea plus à contenir son émotion. Une tendresse, une pitié, une douleur infinie le remplissaient pour la pauvre petite bergeronnette, dans ses gros habits rouges de paysanne, grande, timide, la voix douce, rêvant au chant des cloches,—(elle les aimait comme lui)—avec son beau sourire, plein de finesse et de bonté, ses larmes toujours prêtes à couler,—larmes d'amour, larmes de pitié, larmes de faiblesse: car elle était à la fois si virile et si femme, la pure et vaillante fille, qui domptait les volontés sauvages d'une armée de bandits, et tranquillement, avec son bon sens intrépide, sa subtilité de femme, et son doux entêtement, déjouait pendant des mois, seule et trahie par tous, les menaces et les ruses hypocrites d'une meute de gens d'église et de loi,—loups et renards, aux yeux sanglants,—faisant cercle autour d'elle.
Ce qui pénétrait le plus Christophe, c'était sa bonté, sa tendresse de cœur,—pleurant après les victoires, pleurant sur les ennemis morts, sur ceux qui l'avaient insultée, les consolant quand ils étaient blessés, les aidant à mourir, sans amertume contre ceux qui la livrèrent, et, sur le bûcher même, quand les flammes s'élevaient, ne pensant pas à elle, s'inquiétant du moine qui l'exhortait, et le forçant à partir. Elle était «douce dans la plus âpre lutte, bonne parmi les mauvais, pacifique dans la guerre même. La guerre, ce triomphe du diable, elle y porta l'esprit de Dieu».
Et Christophe, faisant un retour sur lui-même, pensait:
—Je n'y ai pas assez porté l'esprit de Dieu.
Il relisait les belles paroles de l'évangéliste de Jeanne:
«Être bon, rester bon, entre les injustices des hommes et les sévérités du sort... Garder la douceur et la bienveillance parmi tant d'aigres disputes, traverser l'expérience sans lui permettre de toucher à ce trésor intérieur...»
Et il se répétait:
—J'ai péché. Je n'ai pas été bon. J'ai manqué de bienveillance. J'ai été trop sévère.—Pardon. Ne croyez pas que je sois votre ennemi, vous que je combats! Je voudrais vous faire du bien, à vous aussi... Mais il faut pourtant vous empêcher de faire le mal...
Et comme il n'était pas un saint, il lui suffisait de penser à eux pour que sa haine se réveillât. Ce qu'il leur pardonnait le moins, c'était qu'à les voir, à voir la France à travers eux, il était impossible d'imaginer qu'une telle fleur de pureté et de poésie héroïque eût pu jamais pousser de ce sol. Et pourtant, cela était. Qui pouvait dire qu'elle n'en sortirait pas encore une seconde fois? La France d'aujourd'hui ne pouvait être pire que celle de Charles VII, la nation prostituée d'où sortit la Pucelle. Le temple était vide à présent, souillé, à demi ruiné. N'importe! Dieu y avait parlé.
Christophe cherchait un Français à aimer, pour l'amour de la France.
C'était vers la fin de mars. Depuis des mois, Christophe n'avait causé avec personne, ni reçu aucune lettre, sauf de loin en loin quelques mots de la vieille maman, qui ne savait point qu'il était malade, qui ne lui disait point qu'elle était malade. Toutes ses relations avec le monde se réduisaient à ses courses au magasin de musique, pour prendre ou rapporter du travail. Il y allait à des heures où il savait que Hecht n'y était pas,—afin d'éviter de causer avec lui. Précaution superflue: car la seule fois qu'il avait rencontré Hecht, celui-ci lui avait à peine adressé quelques mots indifférents au sujet de sa santé.
Il était donc bloqué dans une prison de silence, quand, un matin, lui arriva une invitation de Mme Roussin à une soirée musicale: un quatuor fameux devait s'y faire entendre La lettre était fort aimable, et Roussin y avait ajouté quelques lignes cordiales. Il n'était pas très fier de sa brouille avec Christophe. Il l'était d'autant moins que, depuis, il s'était brouillé avec sa chanteuse et la jugeait sans ménagements. C'était un bon garçon; il n'en voulait jamais à ceux à qui il avait fait tort. Il lui eût paru ridicule que ses victimes eussent plus de susceptibilité que lui. Aussi, quand il avait plaisir à les revoir, n'hésitait-il pas à leur tendre la main.
Le premier mouvement de Christophe fut de hausser les épaules et de jurer qu'il n'irait pas. Mais à mesure que le jour du concert approchait, il était moins décidé. Il étouffait de ne plus entendre une parole humaine, ni surtout une note de musique. Il se répétait pourtant que jamais il ne remettrait les pieds chez ces gens-là. Mais, le soir venu, il y alla, tout honteux de sa lâcheté.
Il en fut mal récompensé. À peine se retrouva-t-il dans ce milieu de politiciens et de snobs qu'il fut ressaisi d'une aversion pour eux plus violente encore que naguère: car, dans ses mois de solitude, il s'était déshabitué de cette ménagerie. Impossible d'entendre de la musique ici: c'était une profanation. Christophe décida de partir, aussitôt après le premier morceau.
Il parcourait des yeux tout ce cercle de figures et de corps antipathiques. Il rencontra, à l'autre extrémité du salon, des yeux qui le regardaient et se détournèrent aussitôt. Il y avait en eux je ne sais quelle candeur qui le frappa, parmi ces regards blasés. C'étaient des yeux timides, mais clairs, précis, des yeux à la française, qui, une fois qu'ils se fixaient sur vous, vous regardaient avec une vérité absolue, qui ne cachaient rien de soi, et à qui rien de vous n'était peut-être caché. Il connaissait ces yeux. Pourtant, il ne connaissait pas la figure qu'ils éclairaient. C'était celle d'un jeune homme de vingt à vingt-cinq ans, de petite taille, un peu penché, l'air débile, le visage imberbe et souffreteux, avec des cheveux châtains, des traits irréguliers et fins, une certaine asymétrie, donnant à l'expression quelque chose, non de trouble, mais d'un peu troublé, qui n'était pas sans charme, et semblait contredire la tranquillité des yeux. Il était debout dans l'embrasure d'une porte; et personne ne faisait attention à lui. De nouveau, Christophe le regarda; et, à chaque fois, il rencontrait ces yeux, qui se détournaient timidement, avec une aimable maladresse; et à chaque fois, il les «reconnaissait»: il avait l'impression de les avoir vus déjà dans un autre visage.
Incapable de cacher ce qu'il sentait, suivant son habitude, Christophe se dirigea vers le jeune homme; mais, tout en approchant, il se demandait ce qu'il pourrait lui dire; et il s'attardait, indécis, regardant à droite et à gauche, comme s'il allait au hasard. L'autre n'en était pas dupe, et comprenait que Christophe venait à lui; il était si intimidé, à la pensée de lui parler, qu'il songeait à passer dans la pièce voisine; mais il était doué sur place par sa gaucherie même. Ils se trouvèrent l'un en face de l'autre. Il se passa quelques moments avant qu'ils réussissent à trouver une entrée en matière. À mesure que la situation se prolongeait, chacun d'eux se croyait ridicule aux yeux de l'autre. Enfin, Christophe regarda en face le jeune homme, et, sans autre préambule, lui dit en souriant, sur un ton bourru:
—Vous n'êtes pas Parisien?
À cette question inattendue, le jeune homme sourit, malgré sa gêne, et répondit que non. Sa voix faible et d'une sonorité voilée était comme un instrument fragile.
—Je m'en doutais, fit Christophe.
Et, comme il le vit un peu confus de cette singulière remarque, il ajouta:
—Ce n'est pas un reproche.
Mais la gêne de l'autre ne fit qu'en augmenter.
Il y eut un nouveau silence. Le jeune homme faisait des efforts pour parler; ses lèvres tremblaient; on sentait qu'il avait une phrase toute prête à dire, mais qu'il ne pouvait se décider à la prononcer. Christophe étudiait avec curiosité ce visage mobile, où l'on voyait passer de petits frémissements sous la peau transparente; il ne semblait pas de la même essence que ceux qui l'entouraient dans ce salon, des faces massives, de lourde matière, qui n'étaient qu'un prolongement du cou, un morceau du corps. Ici, l'âme affleurait à la surface; il y avait une vie morale dans chaque parcelle de chair.
Il ne réussissait pas à parler. Christophe, bonhomme, continua:
—Que faites-vous ici, au milieu de ces êtres?
Il parlait tout haut, avec cette étrange liberté, qui le faisait haïr. Le jeune homme, gêné, ne put s'empêcher de regarder autour d'eux si on ne les entendait pas; et ce mouvement déplut à Christophe. Puis, au lieu de répondre, il demanda, avec un sourire gauche et gentil:
—Et vous?
Christophe se mit à rire, de son rire un peu lourd.
—Oui. Et moi? fit-il, de bonne humeur.
Le jeune homme se décida brusquement:
—Comme j'aime votre musique! dit-il, d'une voix étranglée.
Puis, il s'arrêta, faisant de nouveaux et inutiles efforts pour vaincre sa timidité. Il rougissait; il le sentait; et sa rougeur en augmentait, gagnait les tempes et les oreilles. Christophe le regardait en souriant, et il avait envie de l'embrasser. Le jeune homme leva des yeux découragés vers lui.
—Non, décidément, dit-il; je ne puis pas, je ne puis pas parler de cela... pas ici...
Christophe lui prit la main, avec un rire muet de sa large bouche fermée. Il sentit les doigts maigres de l'inconnu trembler légèrement contre sa paume, et l'étreindre avec une tendresse involontaire; et le jeune homme sentit la robuste main de Christophe qui lui écrasait affectueusement la main. Le bruit du salon disparut autour d'eux. Ils étaient seuls ensemble, et ils comprirent qu'ils étaient amis.
Ce ne fut qu'une seconde, après laquelle Mme Roussin, touchant légèrement le bras de Christophe avec son éventail, lui dit:
—Je vois que vous avez fait connaissance, et qu'il est inutile de vous présenter. Ce grand garçon est venu pour vous, ce soir.
Alors, ils s'écartèrent l'un de l'autre, avec un peu de gêne.
Christophe demanda à Mme Roussin:
—Qui est-ce?
—Comment! fit-elle, vous ne le connaissez pas? C'est un petit poète, qui écrit gentiment. Un de vos admirateurs. Il est bon musicien, et joue bien du piano. Il ne fait pas bon vous discuter devant lui: il est amoureux de vous. L'autre jour, il a failli avoir une altercation, à votre sujet, avec Lucien Lévy-Cœur.
—Ah! le brave garçon! dit Christophe.
—Oui, je sais, vous êtes injuste pour ce pauvre Lucien. Cependant, il vous aime aussi.
—Ah! ne me dites pas cela! Je me haïrais.
—Je vous assure.
—Jamais! Jamais! Je le lui défends.
—Juste ce qu'a fait votre amoureux. Vous êtes aussi fous l'un que l'autre. Lucien était en train de nous expliquer une de vos œuvres. Ce petit timide que vous venez de voir s'est levé, tremblant de colère, et lui a défendu de parler de vous. Voyez-vous cette prétention!... Heureusement que j'étais là. J'ai pris le parti de rire; Lucien a fait comme moi; et l'autre s'est tu, tout confits; et il a fini par faire des excuses.
—Pauvre petit! dit Christophe.
Il était ému.
—Où est-il passé? continuait-il, sans écouter Mme Roussin, qui lui parlait d'autre chose.
Il se mit à sa recherche. Mais l'ami inconnu avait disparu. Christophe revint vers Mme Roussin:
—Dites-moi comment il se nomme.
—Qui? demanda-t-elle.
—Celui dont vous m'avez parlé.
—Votre petit poète? dit-elle. Il se nomme Olivier Jeannin.
L'écho de ce nom tinta aux oreilles de Christophe comme une musique connue. Une silhouette de jeune fille flotta, une seconde, au fond de ses yeux. Mais la nouvelle image, l'image de l'ami l'effaça aussitôt.
Christophe rentrait chez lui. Il marchait dans les rues de Paris, au milieu de la foule. Il ne voyait, il n'entendait rien, il avait les sens fermés à tout ce qui l'entourait. Il était comme un lac, séparé du reste du monde par un cirque de montagnes. Nul souffle, nul bruit, nul trouble. La paix. Il se répétait:
—J'ai un ami.
FIN DU DEUXIÈME VOLUME
彼女の父はすぐにやって来た。そして、恐ろしい叔母に対抗することは彼ら二人にとっていかにも困難なことではあったが、絶望的な意志の努力でやってのけた。
グラチアはひっそりとした広い庭の中にもどってきた。親しい自然と愛する人々とをふたたび見出して喜んだ。彼女の痛める心は晴れていったが、太陽の光に少しずつ消えてゆく霧の帷のような北方の憂鬱を多少、その心の中に彼女は持ち帰って、なおしばらくは保っていた。彼女は時おり、不幸なクリストフのことを考えた。芝生の上に寝ころんで、耳馴れた蛙や蝉の声を聞きながら、あるいはピアノの前にすわって、昔よりはしばしばそれと心で話をしながら、彼女はみずから選んだ友のことを夢想した。幾時間も彼と声低く語り合った。いつかは彼が扉を開いてはいってくることも、あり得べからざることだとは思えなかった。彼女は彼に手紙を書いた。そして長く躊躇したあとで、無名にしてその手紙を贈った。ある朝ひそかに、広い耕作地の彼方三キロも隔たった村の郵便箱に、胸をとどろかせながらそれを投じに行った。――親切なやさしい手紙であって、彼は孤独ではないこと、落胆してはいけないこと、彼のことを考えてる人がいること、彼を愛してる人がいること、彼のために神に祈ってる人がいること、などが告げてあった。――しかも憐れな手紙、愚かにも途中に迷ってしまって、彼の手には届かなかった。
それからは、単調な清朗な日々が、この遠い女友だちの生活のうちに開けていった。そして、イタリーの平和が、平穏と落ち着いた幸福と無言の観照との精神が、その清いひそやかな心の中に返ってきた。その底にはなお、小揺ぎもない小さな炎のように、クリストフの思い出が燃えつづけていた。
しかしクリストフは、遠くから自分を見守っていてくれて、将来自分の生活中に大なる場所を占むることとなる、この純朴な愛情の存在を知らなかった。また彼は、自分が侮辱されたあの音楽会に、将来友たるべき一人の男が、手を取り合いながら相並んで進むべき親しい道づれが、出席していたことを知らなかった。
彼は孤独だった。孤独であるとみずから思っていた。それでも彼は少しも失望しなかった。先ごろドイツで苦しんだあの苦々しい悲しみを、彼はもう感じなくなっていた。彼はいっそう強くなりいっそう成育していた。万事かくのごときものだということを知っていた。パリーにかけていた幻はすべて滅びた。どこへ行っても同じ人間どもばかりだった。腹をすえてかからなければならなかった。世間相手の子どもらしい闘争に固執してはいけなかった。平然として自分自身たることが必要であった。ベートーヴェンが言ったように、「もし生命の力をすべて世間のことに与えてしまうならば、最も高尚なもの最も優良なものにたいしては、何がわれわれに残るであろうか?」彼は昔あれほど苛酷に批判した自分の天性と自分の民族とを、今力強く意識しだした。パリーの雰囲気に圧倒さるるに従って、祖国のそばに逃げてもゆきたい欲求を、祖国の精華が集められてる詩人や音楽家の腕の中に逃げ込みたい欲求を感じた。彼らの書物をひらくや否や、日に照らされたライン河の囁きが、うち捨ててきた旧友のやさしい微笑みが、室の中に満ちてきた。
いかに彼は彼らに対して忘恩であったろう! どうして彼は、彼らの誠実な好意の貴さをもっと早く感じなかったのか? 彼は自分がドイツにいた時、彼らにたいして言った不正な侮辱的な事柄を皆、思い起こしては恥ずかしくなった。あの当時彼は、彼らの欠点、彼らの拙劣な儀式張った態度、彼らの涙っぽい理想主義、彼らのつまらない思想上の虚偽、彼らのつまらない卑怯さ、などをしか見てはいなかった。ああそういうものは、彼らの大なる美点に比ぶればいかに些細なものだろう! どうして彼は、それらの欠点にたいしてあれほど酷薄であり得たのか? 今になって思えば、その欠点のために彼らはさらに強く人の心を打つのであった。なぜなら、そのために彼らはさらに人間的なのであったから。反動によって彼は、昔自分が最も不正に取り扱った人々にたいして、より多く心ひかれた。シューベルトやバッハにたいして、彼はいかにひどいことを言ったことであるか! そして今や彼は、彼らのすぐ近くに自分自身を感じた。かつて彼から辛辣に滑稽な点を指摘されたそれらの偉大な魂は、彼が遠くへ流竄の身となった今となって、彼の方へ身をかがめて、親切な微笑を浮かべながら彼に言っていた。
「兄弟よ、われわれが控えている。しっかりせよ。われわれもまた、不当に大きな悲惨をなめたのだ……。なに、どうにか切りぬけてゆけるものだ……。」
彼はヨハン・セバスチアン・バッハの魂の大洋が怒号するのを聞いた。
風、吹き荒れる風、飛び去る人生の暗雲――喜悦や悲痛や憤怒に酔った諸々の民衆、その上に翔る、温和に満ちたキリスト平和の主宰者――その足音で世界を揺がす聖なる婚約者の前に、歓喜の叫びを発して飛び歩いてる、夜警らの声で眼を覚ます、諸々の都市――思想、熱情、音楽的形象、勇荘な生活、シェイクスピヤ式の幻覚、サヴォナロラ式の予言、または皺寄った眼瞼と挙げた眉との下に輝いてる小さな眼をもち、二重頤をもった、チューリンゲンの少年歌手のいじけた身体にこもっている、牧歌的な叙事詩的な黙示録的な幻影、などの驚くべき貯蔵……。彼はその姿をありありと見た。陰気で、溌剌として、多少滑稽で、比喩と象徴とがいっぱいつめ込まれた頭脳をもち、ゴチック的でまたロココ的で、怒りっぽく、頑固で、清朗で、生命にたいする熱情と死にたいする郷愁とをそなえている……。彼はその姿を学校の中に見た。嗄れ声のきたない粗野な賤しい疥癬病みの生徒らの中に交って、衒学的な天才はだの風貌をしているが、それらの悪童どもと口論し、時としては土方みたいになぐり合い、ある者から打ち倒されることもある……。彼はその姿を家庭の中に見た。二十一人の子どもにとり囲まれていて、そのうち十三人は彼より前に死に、一人は白痴であるが、その他は皆りっぱな音楽家で、彼に小音楽会を催してくれる……。疾病、埋葬、苦々しい論争、困窮、世に認められない天才、――そしてことに、その音楽、その信仰、解放と光明、垣間見られ予感され欲求され把握された喜悦、――神、彼の骨を焼き毛を逆立たせ口から雷鳴を発せしむる神の息吹き……。おお力よ、力よ! 力の多幸なる雷電よ。
クリストフは息を凝らしてその力を飲み込んだ。ドイツ人の魂から流れ出るこの音楽の偉力の恩恵を、彼は感じた。往々平凡で粗野でさえもあるが、そんなことはなんの関係があるか? 肝要なのは、それが満ちあふれてることであり、満ちあふれて流れてることである。フランスにおいては、音楽はパストゥール式濾過器によって、ていねいに口をふさいだ瓶の中に、一滴ずつ集められている。そして無味な水ばかり飲んでいるそれらの連中は、ドイツ音楽の大河にたいして嫌悪の感をいだいている。彼らはドイツ精神の欠点をいちいち拾い上げるのである!
「憐れなる小人輩よ!」とクリストフは、先ごろ自分自身も同様に笑うべきものであったことを思い出さないで考えていた。「彼らはワグナーやベートーヴェンのうちにも欠点を見出している。彼らには欠点のない天才が必要なのかもしれない。……あたかも、嵐は吹き荒れても、事物のりっぱな秩序を少しも乱すまいと努める、とでもいうかのように!……」
彼は自分の力に欣喜しながらパリーの中を濶歩した。理解されなくとも結構だ。その方がかえって自由だろう。創造するのは天才の役目であるが、内心の法則に従って有機的に組み立てられた完全な一世界を創造するには、すっかりその中に生きなければならない。芸術家は孤独でありすぎるということは決してない。恐るべきことは、自分の思想を鏡に映してその変形され縮小されたものを見ることである。自分のなさんとすることは、なし遂げないうちに他人に漏らしてはいけない。そうしなければ最後までやり遂げる勇気がなくなるだろう。なぜなれば、その時自分のうちに見えるのは、もはや自分の思想でなくて、他人の惨めな思想であろうから。
今や何物も彼の夢想を乱しに来るものはなかった。その夢想は、彼の魂のあらゆる隅々から、彼の進路のあらゆる石ころから、泉のようにほとばしり出ていた。彼は幻覚者のような状態に生きていた。すべて見るもの聞くものは、実際に見聞きするものとは異なった人物事物を、彼のうちに喚起さしてくれた。ただ生きてさえいれば、自分の周囲至るところに、作中人物の生活が見出された。その感覚の方から彼を捜しにきてくれた。通りがかりの人の眼、風がもたらす一の声音、芝生の上に落ちてる光、リュクサンブールの園の木の間にさえずる小鳥、遠くで鳴る修道院の鐘、青ざめた大空、室の奥から見える空の片隅、一日の種々の時間における物音と色合い、それらを彼は自分のうちに認めはしないで、夢想の人物のうちに認めた。――クリストフは幸福だった。
とは言え、彼の境遇は最も困難になっていた。唯一の財源だったピアノの教授のわずかなものを、皆失ってしまった。ちょうど九月のことで、パリーの上流社会は休暇中だった。他の弟子を見つけるのは困難だった。彼が見出した唯一の弟子は、頭はよいが分別の足りない技師で、四十歳になってヴァイオリンの名手になろうと思いついた男であった。クリストフはヴァイオリンがそう上手ではなかった。それでもこの弟子よりは巧みだった。そしてしばらくの間彼は、一時間二フランのきめで週に三時間教えてやった。しかし一か月半ばかりたつと、技師は飽いてしまって、自分の重大な天職は絵画にあることをにわかに発見した。――ある日彼がその発見をクリストフに語った時、クリストフはたいへん笑った。しかし笑い終えてから、懐勘定をしてみると、最後の謝礼としてもらった十二フランがあるきりだった。それでも彼はあわてなかった。ただ、生活の他の方法を捜さなければならないが、出版共著の方にでもまた奔走を始めてみようかと、考えただけだった。それはたしかに愉快なことではなかった。……が、馬鹿な!……前から気を病むに及ぶものか。ちょうど天気もよかった。彼はムードンへ出かけた。
彼は歩行の飢えを感じていた。歩いてると音楽上の収穫が増してきた。彼は音楽に満ちていて、あたかも蜂の巣のようだった。そして蜜蜂の金色の羽音に微笑んでいた。それはたいてい、転調に富んだ音楽だった。それから、躍り立つ執拗な魅惑的な律動……。室内に蟄居してしびれがきれたら、律動を創作しにでも出かけるがいい! パリー人らのように動きのない微細な和声と混和させるには、もってこいだ!
彼は歩き疲れると、森の中に寝そべった。木々の葉は半ば枯れ落ちて、空は雁来紅の花のように青かった。クリストフはうっとりと夢想にふけった。その夢想はすぐに、十月の靄から落ちてくる柔らかい光の色に染められた。彼の血は高鳴っていた。彼は自分の思想の早波が通りすぎるのに耳傾けた。たがいに争闘してる老若の世界、また一都会の住民のように彼のうちに生きている、亡き魂の断片、古の客人寄食者、それらが地平線の四方から湧き上がってきた。メルキオルの墓の前で聞いたゴットフリートの古い言葉が、頭に浮かんできた。彼は、うごめいてる死人ら――見知らぬ自分の全民族――に満ちてる、生きた墳墓であった。彼はそれらの生命の群れに耳を傾け、あたかもダンテの森のように怪物に満ちたその古い森の、大オルガンの音をたてさせるのが楽しみだった。彼は今ではもうそれらの怪物を、少年時代のように恐がりはしなかった。なぜなら、支配者が、彼の意志が、そこにあったから。彼は獣どもを咆哮させるために、そして内心の動物園の豊富さをいっそうよく感ずるために、鞭を響かせて非常に喜んでいた。彼は孤独ではなかった。孤独になるの恐れはさらになかった。自分一人だけで全軍隊であり、快活健全なクラフト家の数世紀であった。敵たるパリーにたいして、一民衆にたいして、こちらも一の民衆だった。争闘は互角であった。
クリストフは、これまで住んでいた粗末な室――室代があまり高かった――を捨てて、モンルージュ町にある屋根裏の室を借りた。この室は他になんの取り柄もなかったが、ただきわめて風通しがよかった。たえず空気が流れ込んできた。ちょうど彼には、深く空気を呼吸することが必要だったのである。その窓からは、パリーの立ち並んだ煙突がずっと見渡せた。移転は手間取らなかった。荷車一つで十分だった。クリストフはみずからその荷車をひいた。道具の中で彼にとって最も貴重なのは、古いかばんとベートーヴェンの面型とであった。この面型は、その後世に広まった鋳物の一つだったが、彼はそれを、最も高価な美術品ででもあるかのように、ごくていねいに包み上げていた。手元から少しも離さなかった。それは彼にとって、パリーの大洋中における小島であった。また、精神上の晴雨計でもあった。彼の魂の天候を、彼のごくひそかな思想を、彼がみずから意識してる以上にはっきりと示してくれた。あるいは雲に閉ざされた空を、あるいは熱情の突風を、あるいは力強い静穏を示してくれた。
彼は食物を非常に節約しなければならなかった。日に一回、午後一時に食事をすることにした。大きな腸詰を買って窓につるしておいた。その厚ぼったい肉片、堅い一片のパン、手製のコーヒー一杯、それだけで彼は山海の珍味とした。しかしそれを二人分も食べたかった。彼は自分の貪食に腹がたった。きびしくみずから責めた。腹のことばかり考えてる食い辛棒だとみずから見なした。が実は彼には腹はほとんどなかった。痩せ犬よりもなおほっそりした腹だった。それでも彼は堅固で、骨格はたくましく、頭脳は常に自由だった。
彼は明日のことをあまり気にしなかった。その日の金さえあれば平気だった。無一文になると、思い切って本屋回りを始めた。しかしどこにも仕事は見出せなかった。むなしく家へ帰りかけた。その時、先ごろシルヴァン・コーンからダニエル・ヘヒトへ紹介された楽譜店のそばを通りかかって、中にはいって行った。あまり面白くない事情ですでにここへは来たことがあるのを、忘れてしまっていた。ところが第一に眼にとまったのはヘヒトだった。彼は引き返そうとした。しかしもう間に合わなかった。ヘヒトから見られてしまっていた。彼は逃げる様子を見せたくなかった。どう言ってよいかもわからないで、ただヘヒトの方へ進んでいった。なるべく横柄な様子で対抗してやるつもりだった。というのは、ヘヒトは無礼を容赦しない男だと信じていたから。ところがヘヒトは少しもそうでなかった。彼の方へ平然と手を差し出した。普通のきまり文句で彼の健康を尋ねた。そして彼が何か言い出すのをも待たないで、事務室の扉を指し、身を退けて彼を通した。ヘヒトはこの訪問を内心喜んだ。傲慢のあまりそれを予知してはいたが、もう期待してはいなかったのである。彼はひそかにクリストフの行動を注意深く探っていた。クリストフの音楽を知るべき機会は一度ものがさなかった。噂の高いダヴィデ演奏会にも臨んでいた。彼は聴衆を軽蔑していたので、その作にたいする聴衆の敵意ある冷遇をさほど驚きはしなかったが、作の美点は残らず完全に感じたのだった。クリストフの芸術的独創性をヘヒト以上によく鑑賞し得る者は、おそらくパリーに幾人もなかったであろう。しかしヘヒトは、それをクリストフに言いたがらなかった。自分にたいするクリストフの態度が癪にさわっていたばかりでなく、親切な様子を見せることがまったくできなかったのである。彼は生来特別に無愛想な男だった。心からクリストフを助けるつもりではいたが、そのために一歩の労も取りたくはなかった。クリストフの方から助力を求めに来るのを待っていた。しかるに今クリストフがやって来ると、彼はこの機会をとらえて、相手に屈辱的な態度を取らないでいいようにしてやりながら、過去の誤解の記憶を寛大に消し去ろうとするどころか、かえって、相手に長々とその要求を述べさして喜んだ。そして、クリストフがかつて拒んだ仕事を、少なくとも一度だけはぜひともやらせたがった。五十ページの楽譜を渡して、それを明日じゅうにマンドリンとギターとに組曲してくれと言った。そのあとで彼は、クリストフに我を折らしたのに満足して、も少しよい仕事を見つけてくれた。しかしいつもきわめて無愛想な態度だったので、クリストフは少しもありがたくは思えなかった。困窮に駆られなければふたたび彼のもとへ走ることをしなかった。がとにかく、その仕事がいかに厭なものであろうと、ヘヒトからただ金をもらうよりは、まだそれで金を得る方が気持よかった。実際ヘヒトは、ある時彼に金をやろうとした――それも確かに好意からであった。しかしクリストフは、ヘヒトが初め自分をへこますつもりでいたことを感じていた。彼は向こうの条件は承諾しなければならなかったが、少なくとも恩恵を受けることは拒絶した。仕事をしてやるのはいい――おたがいに与えっこだから構わない――しかし何か負い目を受けることは好ましくなかった。彼は、自分の芸術にたいする破廉恥な乞食たるワグナーとは異なっていた。自分の芸術を自分の魂以上に置いてはいなかった。自分のかせいだパンでなければ喉に通らなかった。――あくる日、彼が徹夜して仕上げた仕事をもってゆくと、ヘヒトは食卓についていた。ヘヒトは、彼が無意識に食物の上へ投げた眼つきや蒼ざめた顔色を見て、何にも食べないでいるのに違いないと思い、御馳走をしてやろうとした。その志は親切だった。しかし、クリストフの困窮を見て取ったことや、その御馳走が施与に等しいことを、どしりと胸にこたえさせるような態度だった。クリストフは、たとい餓死するともそんなものを受けたくなかった。が食卓へすわるのを断わるわけにはゆかなかった――(話があると言われたので)。けれど何一つ手をつけなかった。食事をしたばかりのところだと言った。胃袋は食べたくてひくひくしていた。
クリストフはヘヒトに頼らないで済ましたかった。しかし他の出版屋はさらにひどかった。――また、楽句の断片を思いついてもそれを書くことさえできないような、富裕な音楽愛好家らがあった。彼らはクリストフを呼んで、その苦心の曲を歌ってきかした。
「どうです、いいでしょう!」
彼らは彼に頼んで、それを展開させ――(そっくり書かせ)――自分の名前で大書肆から出版さした。するともうその楽曲全体を自分の作だと思い込むのであった。クリストフはそういう連中の一人をよく知っていた。世に知名の紳士であって、落ち着きのない大きな身体をし、すぐに彼へ親しい呼びかけをし、彼の腕をとらえたりして、騒々しい感激の辞を浴びせかけ、冗談をささやき、取り留めもないことや厚かましいことをしゃべりたて、それといっしょに、ベートーヴェン、ヴェルレーヌ、オフェンバッハ、イヴェット・ギルベール……などという心酔の叫びを交えた。彼はクリストフに仕事をしてもらったが、金を払うことは閑却していた。食事に招いたり握手をしたりすることで報酬を済ましたつもりでいた。最後にようやく二十フラン送ってきた。クリストフは馬鹿げた贅沢心を起こして、その金を送り返してしまった。その日彼は、幾何も懐にもっていなかった。それにまた、母へ手紙を出すのに二十五サンチームの切手を買わなければならなかった。年老いたルイザにとってはちょうど祝い日だった。クリストフはぜひとも手紙を出したかった。善良な彼女は息子の手紙を非常に頼りとしていて、それなしで済ますことができないほどだった。彼女は手紙を書くのが骨折れたけれども、この数週間は、彼よりもしばしば書き送っていた。寂しさに苦しんでいた。しかしクリストフのところへ、パリーまでやって来ることは決心しかねた。彼女はあまり気が小さく、その小さな町や教会堂や住居などに執着しすぎていて、旅を恐がっていた。それにまた、たとい彼女が来ることを望んでも、クリストフには彼女を養うだけの金がなかった。彼は自分一人で毎日を過ごすだけの金ももたなかった。
ある時、クリストフにとって非常にうれしかったのは、ロールヘンからの贈り物であった。ロールヘンというのは若い田舎娘で、この娘のために彼はプロシャの兵士らと喧嘩をしたのだった(第四巻反抗参照)。彼女は結婚する由を彼に知らしてきた。また彼の母の消息を告げてくれ、一籠のりんごと一片の菓子パンとを送ってきて、それを自分のために食べてくれと言ってよこした。それはちょうどよい機に到着した。その晩クリストフは、断食と小斎日と四旬節の精進とがいっしょに来たような場合にあった。窓ぎわの釘につるした腸詰はもう紐だけしか残っていなかった。岩の上で烏に養われた聖い隠士らに、クリストフは自分を比較してみた。しかしすべての隠士を養うのは、この烏にとってたいへん骨の折れることだったに違いない。烏はもうふたたびやって来なかった。
それらの困難にもかかわらず、クリストフは元気を失わなかった。盥の中でシャツを洗ったり、鶫のように口笛を吹きながら靴をみがいた。ベルリオーズの言葉でみずから慰めた。「生活の困苦を超越して、あの名高い怒りの日の快活な歌を、軽やかな声で、くり返し歌おうではないか……。」――クリストフも時々それを歌った。近所の人々はうるさがったが、彼が中途で歌をやめてふいに大笑いするのを聞くと、呆気に取られてしまった。
彼は厳格に清浄な生活をしていた。「色男の生活は閑人や金持の生活である」とベルリオーズが言ったとおりだった。困窮、日々のパンの追求、過度の節食、創作熱などは、快楽を思う隙をも趣味をも、彼に残さなかった。彼は快楽にたいして無関心なばかりではなかった。パリーにたいする反発から、一種の精神的禁慾主義に陥っていた。純潔にたいする熱烈な要求とあらゆる醜汚にたいする嫌悪の情とをもっていた。と言って彼は、情熱に襲われないのではなかった。ある時には情熱にとらわれることがあった。しかしそれらの情熱は、彼がそれに屈服した時でさえもやはり清浄だった。なぜなら、彼はその中に快楽を求めてるのではなくて、自我の絶対的傾倒と一身の豊満とを求めていたから。そして彼は、自分の誤りを見て取ると、憤然として情熱を投げ拾てていた。淫逸は彼にとって、別に罪悪ではなかった。生命の泉を汚すものこそ大なる罪悪であった。キリスト教的の古い素地が他の後来物の下に全然埋もれてしまってはいない人々、今日でもなお強健な人種の子孫だとみずからを感じてる人々、勇ましい規律を守って西欧の文明を建設した人々、彼らはクリストフを理解するに困難ではあるまい。クリストフは、快楽を唯一の目的とし信条としてる四海一家的な社会を軽蔑していた。――もちろん、幸福を求め、人間のために幸福を欲し、また、ゴートのキリスト教から二十世紀間人類の上に積み重ねられてる、弱気な悲観的な信仰を撲滅することは、いいことには違いない。しかしそれは、他人の幸福を欲する寛大な信念であるという条件においてでなければならない。さもなくんばなんであろう。最も憐むべき利己主義のみではないか。他人が苦しむのを平然と看過しながら、自分の官能へは最小の危険で最大の快楽を与えようと求むる、享楽家どもばかりではないか。――そうだ確かに、彼らの客間的社会主義は人の知るとおりのものである。……しかし、彼らの快楽的主義主張は、彼らと同様な「脂肪」の徒、肥満の「選良」にとってのみ価値あるのであって、貧しい人々にとっては害毒であるということを、彼らはだれよりもよく知らないのであろうか?……
「快楽の生活は富者の生活である。」
クリストフは少しも富者でなかったし、また富者となるために努めもしなかった。多少の金を手に入れると、すぐにそれを音楽上のことに費やしてしまった。食物を節してまで音楽会に行った。シャートレー座の一番上階の下等席を占めて、音楽の中に没頭した。彼にとってはそれが御馳走や情婦の代わりとなった。幸福にたいする渇望と幸福を享楽する能力とを多分にもっていたので、そこの管弦楽の不完全さにも心を乱されなかった。彼は二、三時間もじっと恍惚のうちに浸っていて、誤った趣味や間違った音に出会っても、ただ寛大な微笑をもらすのみだった。批評なんか戸外に置きっ放しにしておいた。愛するために来たのであって、批判するために来たのではなかった。彼の周囲の聴衆も、彼と同じく半ば眼を閉じたままじっとして、夢想の大きな流れに身を任していた。逸楽と殺戮との幻覚を胸にはらんでる巨大な猫のように、内に思いを潜めながら影の中にうずくまってる民衆の姿を、クリストフは眼に見るような気がした。金色の濃やかな薄闇の中に、種々の面影が怪しくも浮き出してきた。その見知らぬ魅力と無言の喜びとが、クリストフの眼と心とをひきつけた。彼はそれらの面影に執着し、その方へ耳を澄ました。そしてついには、身も心もそれと同化してしまった。時とすると、それらの一人がそれと気づいて、演奏のつづくかぎり、両者の間にひそやかな同感の情が結ばれることもあった。そういう同感の情は、心身の奥底まで沁みとおるものではあるが、一度音楽会が終わって、魂と魂とを結合する交流が絶えると、もはや何もあとに残らないものである。それは、音楽を愛する人々が、ことに年若くて最も自分を投げ出し得る人々が、よく知っている精神状態である。音楽の本質はまさしく愛であって、他人のうちにそれを味わう時にしか完全には味わわれない。そして人は音楽会において、群衆のうちに、自分一人ではあまりに大きすぎる喜びを分かつべき、ある眼を、ある友を、本能的に捜し求める。
クリストフが、音楽の楽しみをよりよく味わうために選んだ、それら一時の友のうちに、彼をひきつける一つの顔があった。彼は音楽会ごとにそれを見かけた。小さな女工であって、音楽をなんらの理解なしにただ愛してるらしかった。かわいげのある横顔をしていて、軽くつき出た口とやさしい頤、それとほとんど同じ高さの小さなまっすぐな鼻、つり上がった細い眉、輝いてる眼、のんきなかわいい小娘の一人だった。そういう小娘の顔つきの下にこそ、無関心な平和に包まれてる喜びや笑いが、見て取られるものである。それらの不品行な娘たち、それらの悪戯な女工たちこそ、古代の彫像やラファエロの描いた女などに見えるような、今は見られない清朗な気分を、おそらくは最も多分に反映している。それは彼女らの生涯中の一瞬にすぎないし、快楽の最初の眼覚めにすぎなくて、凋落はほど近い。しかし彼女らは少なくとも、美わしい時を生きたのである。
クリストフは楽しんで彼女をながめた。そのやさしい顔つきが彼の心を喜ばした。彼は欲求なしに享楽し得た。そしてそこに、喜びや力や慰安を見出した――ほとんど貞節をさえ見出した。彼女も――言うまでもなく――彼から見られてることをすぐに気づいていた。そして二人の間には、知らず知らずのうちに、一種の磁気の流れができてきた。ほとんどすべての音楽会で、たいてい同じ場所で顔を合わしたので、間もなくたがいの趣味をも知り合った。ある楽節になると、意味ありげな眼つきをかわした。彼女はとくにある楽句を好む時には、唇をなめるかのように軽く舌を出した。また、面白くないことを示すには、そのやさしい顔を軽蔑的につき出した。それらのかわいらしい顔つきのうちには、人から見られてると知ってる時ほとんどだれでもしずにはいられないような、無邪気な道化た様子が交っていた。また彼女は時とすると、真面目な楽曲の間、しかつめらしい表情をつとめることもあった。そして横顔を向け、聴きとれてるふりをし、頬に微笑を浮かべながら、彼から見られてるかどうかを横目でうかがっていた。二人はかつて一言もかわしたことがなく、出る時いっしょになろうとつとめたことも――(少なくともクリストフの方は)――なかったが、それでもごく親しい友だちとなっていた。
ついに偶然にも、ある晩の音楽会で、二人は相並んだ席についた。ちょっとにこやかなためらいのあとで、親しく話を始めた。彼女は美しい声をもっていた。音楽について愚劣なことをたくさんしゃべった。少しも理解がないくせに通がっていたのである。しかし音楽を非常に好んでいた。最悪のものと最良のものとを、マスネーとワグナーとを好んでいた。退屈するのは凡庸なものにばかりだった。彼女にとっては音楽は一つの快楽であった。ダナーエが金色の雨を飲むように、全身の毛穴から音楽を吸い込んでいた。トリスタンの前奏曲では息絶えんばかりになった。英雄交響曲では、あたかも戦利品のように自分が運び去られるのを楽しんだ。ベートーヴェンが聾で唖だったことをクリストフに教え、それでももしベートーヴェンを知ったら、どんなに醜男でも自分は彼を愛したはずだと言った。ベートーヴェンはそんなに醜男ではなかったと、クリストフは抗弁した。そして二人は、美と醜とについて議論した。すべては趣味によるのだと彼女は説きたてた。一人に美しいものも他の者には美しくない。「人間は金貨ではない。万人の気に入るものではない。」――クリストフは彼女が口をきかない方を好んだ。その方が彼女の心がよくわかった。イゾルデの死の間、彼女は彼に手を差し出した。その手は汗ばんでいた。彼はそれを曲が終わるまで自分の手に握りしめた。彼らは組み合わした指を通して、その交響曲の波が流れるのを感じた。
二人はいっしょに外へ出た。十二時に近かった。話をしながらラタン町へ上っていった。彼女は彼の腕を取っていた。彼は彼女を家まで送っていった。しかしその戸口までやって行き、彼女が彼を引き入れるつもりでいると、彼はその誘いの眼つきに気も留めないで、そのまま別れ去ってしまった。しばらく彼女は呆然としたが、次には腹がたった。それから、彼の馬鹿さを考えて笑いこけた。次に自分の室へはいって着物を脱ぎながら、またいらだってきた。そしてついには黙って泣いた。音楽会でふたたび彼に会った時、彼女は気をそこねた冷淡な多少意固地な様子を見せようとした。しかし、彼があまり善良なお坊ちゃんだったので、その決心も保てなかった。二人はまた話しだした。ただ彼女は、今でも少し遠慮していた。彼の方では、ねんごろにしかしごくていねいに口をきいて、真面目なことや、美しいことや、二人で聴いてる音楽のことや、それが自分にとっては何を意味するかということを、話してきかした。彼女は注意深く耳を傾けて、彼と同じように考えようとつとめた。彼の言葉の意味がわからないこともしばしばだったが、それでもやはり信じていた。クリストフにたいして感謝的な敬意をいだいていたが、その様子をほとんど示しはしなかった。二人は暗々裡に一致して、音楽会でしか語を交えなかった。彼は一度、学生らの間で彼女に出会った。二人は真面目くさって挨拶をした。彼女はだれにも彼のことを語らなかった。彼女の魂の奥底には、ある神聖な小さな場所が、何かしら美しい純潔な慰謝的なものが、存在していた。
かくてクリストフは、彼一人の存在によって、彼が存在してるというだけの事実によって、人の心を慰安するような影響を及ぼし始めた。彼はどこへ行っても、知らず知らずに、自分の内部の光明の跡を残した。それに最も気づいていないのは彼自身だった。彼の近くに、同じ家の中に、彼がかつて会いもしなかった多くの人がいたが、彼らはみずから知らずに、彼の有益な光明を次第に受けていた。
数週間前からクリストフは、肉食を断ちまでして倹約しながらも、もう音楽会へ行くだけの金がなかった。そして、屋根裏の自分の室では、今や冬になると、身体が凍えてしまうような気がした。彼はじっと机に向かってることができなかった。そこで降りていって、温まるためにパリーの中を歩き回った。彼は周囲の煩雑な都会を時々うち忘れて、無限の時間のうちに逃げ込む術を知っていた。空の深みにかかってる死に凍えた月や、白い霧の中に回転してる太陽の円い面を、騒々しい街路の上方にながめるだけで、町の喧騒は消えてしまい、パリー全市は無際限な空虚のうちに捜してしまって、その全生活が、昔の、遠い遠い以前の……数世紀以前の……生活の幻影のようにしか思えなかった。辛うじて文明の皮をかぶってる自然の大なる野蛮な生活の、普通の人の眼にはつかないほどのわずかな徴を見ただけで、その自然の生活全部が彼の眼に映じてきた。舗石の間に伸び出てる草、乾燥した大通りの空気も土も不足してる所に、鉄板の幹覆いに圧迫されながらも芽を出してる樹木、または、太古の世界に充満してその後人間に滅ぼされてしまった動物どもの名残りとも言うべき、うろついてる犬や小鳥、あるいは、一群れの小蝿、町の一郭を蚕食してる眼に見えない病菌――それらに眼をやるだけで、人間の温室たるこの都会の息苦しい中にあって、大地の霊の息吹きが彼の顔に吹きつけてき、彼の元気を鼓舞するのであった。
彼はしばしば食も取らず、数日間だれとも話をせずに、そういう長い散歩をしながら、尽きぬ夢想のうちに浸った。その病的な気分は節食と沈黙とのためにひどく昂進していた。夜は、苦しい眠りや疲労を来たす夢に陥った。幼時を過ごした古い家が、その室が、たえず眼の前に浮かんできた。音楽的妄想が、しつこく頭につきまとって来た。昼は、心の中にある人々や愛する人々、遠く離れてる人々や死んだ人々と、たえず話をかわした。
湿っぽい十二月の午後、霜氷は堅くなった芝生を覆い、人家の屋根や灰色の円屋根は霧にぼかされ、細長い屈曲した裸の枝を広げてる樹木は、靄の中におぼれて、大洋の底の海草に似ていた――その午後、クリストフは前日来悪寒を覚え身体が温まらなかったが、まだよく知らないルーヴル博物館にはいってみた。
彼はこれまで、大して絵画に心を動かされたことがなかった。内心の世界にあまり気を奪われていたので、色彩と形体との世界をよくとらえることができなかった。色彩や形体は、ただぼんやりした反響をもたらすのみである音楽的共鳴としてしか、彼に働きかけてこなかった。もちろん彼は本能的におぼろげながら知覚していた、音響的形体におけるごとく視覚的形体における諧調を支配する、同じ法則や、または、生命の両反対の斜面をそそぐ色と音との両河が流れ出る、魂の深い水脈などを。しかし彼はその両斜面のうちの一つしか知らなかった。そして視覚の国においては少しも勝手がわからなかった。それゆえに、光の世界の女王とも言うべき明るい眼をしたフランスの、最も微妙なまたおそらく最も自然な魅力の秘密が、彼の眼には止まらなかった。
また、たとい絵画にも少し興味をもっていたとしたところで、クリストフはあまりにドイツ人であって、かくも異なったフランスの視覚にたやすく順応することができなかった。新式のドイツ人らは、ゲルマン風の感じ方を排して、印象主義や十八世紀のフランスを熱愛してるとみずから信じており――フランス人よりもそれらをよく理解してるとの確信をもち合わせない時でさえそう信じているけれども、クリストフは、そういう新式のドイツ人ではなかった。彼はおそらく野蛮人であったろう。しかし率直に野蛮人だったのである。ブーシェの小さな薔薇色の臀、ワットーの肥満した頤、グルーズの、退屈そうな羊飼いや、コルセットの中にしめつけられてる太った羊飼いの女、よく捏ね上げられた魂、淑かな流し目、フラゴナールのすり切れたシャツ、すべてそれらの詩的な肉体美も、世間の艶種を満載している新聞紙にたいするくらいの興味をしか、クリストフには与えなかった。彼はその豊麗な諧調を少しも了解しなかった。ヨーロッパのうちで最も精練されたその古い文明の、逸楽的な時として憂鬱な夢にたいして、彼はまったく門外漢であった。また十七世紀のフランスについても、そのあらたまった敬虔さやはでやかな肖像を、彼はやはり味わえなかった。その大家のうちの最も真面目な人々の多少冷やかな謹直さ、ニコラ・プーサンの尊大な作品やフィリップ・ド・シャンパンニュの蒼い人物の上に広がってる、魂のある灰色味は、クリストフをフランスの古い芸術から遠ざけてしまった。また新しいものについても、彼は少しも知るところがなかった。知ってるとすれば、誤り知ってるばかりだった。ドイツにいる時彼が心ひかされた唯一の近代画家ベックリン・ル・バロアは、ラテン芸術を見るの準備を彼に与えはしなかった。土の匂いがし、土から発する勇ましい猛獣格闘者の粗野な匂いがする、その獰猛な天才から受ける刺激が、クリストフの心の中には残っていた。彼の眼は、その酔える野人の、生々しい光に焼かれ、熱狂的な雑色に慣れていたので、フランス芸術の薄ぼかしの色や細分された柔らかな語調などには、なかなか調和しがたかった。
しかしながら、人は異なった世界に無難で生き得るものではない。いつしかその影響を受ける。いかに自分自身のうちに閉じこもっていても、いつかは何かが変化されたことに気づくものである。
ルーヴル博物館の広間をうろついた夕方、クリストフのうちには今までと変わってる何かがあった。彼は疲れ、凍え、飢え、一人きりであった。あたりには寂しい陳列室の中に影がこめてきて、眠ったように静かな物の形が生き生きとしてきた。エジプトのスフィンクス、アッシリアの怪物、ペルセポリスの牡牛、ポリシーのねばねばした蛇、などの間をクリストフは、ぞっとしながら黙って通り過ぎた。お伽噺の世界にいるような気がした。神秘な感動が心に上ってきた。そして次第に包み込まれていった、人類の夢に――人の魂の不思議な花に……。
絵画陳列室の金色の埃、燦然たる爛熟せる色彩の庭、画面の立ち並んだ牧場、しかも空気の不足してるそれらの中にあって、クリストフは熱に浮かされ、半ば病気の心地だったが、はっと心打たれた。――飢えと、室の微温と、おびただしい絵画とに、彼はぼんやりして、ほとんど何にも見ずに通り過ぎ、眩暈がしていた。そして水に臨んだ先端で、レンブラントの善良なるサマリア人の前まで来た時、彼は倒れまいとして、絵画のまわりの鉄欄に両手でつかまり、ちょっと眼を閉じた。その眼をまた開いて、すぐ前の正面にあるその作を見ると、魅惑されてしまった……。
日は暮れかかっていた。昼の明るみはすでに遠ざかって消えていた。眼に見えない太陽の光が闇のうちに沈み込んでいた。昼間の働きに倦んでじっと休らってる魂から、幻覚が出て来ようとする怪しい時刻だった。すべてのものが黙っている。聞こえるものは自分の動脈の音ばかり。もはや身を動かす力もなく、ほとんど呼吸する力もなく、うら寂しく頼りなくて……ただしきりに友の腕に身を投じたく……奇跡が願われ、奇跡が今にも起こるような気がする……それが実際に起こってくる! 金色の波が、薄暮の中に炎を発し、壁に反射し、瀕死の者を担いでる男の肩に反射し、貧しい事物や凡庸な人々の上に広がって、すべてが温和になり聖なる栄光を帯びる。それこそまさしく神である。神はその恐ろしいまた優しい腕に抱きしめる、それらの弱い醜い貧しい汚い惨めな者たちを、靴の踵のすり切れた虱だらけの従僕を、重々しく窓に押しかけてる無格好なおびえてる顔つきの者どもを、恐怖にさいなまれて黙ってる呆けた人々を――レンブラントが描いてるその憐れむべき人類を、束縛された暗い魂の群れを。彼らは何にも知らず、何にもできず、ただ待ち震え嘆き祈るのみである。――しかし主はそこにいる。姿は見えない。けれどもその円光と、人間の上に投射されている光明の影とが、眼に見える……。
クリストフはふらふらした足取りで、ルーヴル博物館から出た。頭が痛んでいた。もう何にも見えなかった。街路で雨に打たれながら、舗石の間の水溜まりにも靴からしたたる水にも、ほとんど気がつかなかった。セーヌ河の上には黄色っぽい空が、日暮れの光を受けて、内部の炎――ランプのような光で輝いていた。クリストフはある眼つきの幻覚を眼の中にもっていた。彼にとっては、何物も存在しないように思われた。そうだ、馬車もその無慈悲な響きで舗石を揺がしてはしなかった。通行人もその濡れた雨傘で彼に突き当たりはしなかった。彼は往来を歩いてるのではなかった。自分の室にすわり込んで夢想してるがようだった。もはや自分の身も存在しないがようだった。……と突然――(彼はそれほど弱っていたのだ)――眩暈にとらえられて、前のめりにぱったり倒れる心地がした……。それはほんの束の間だった。彼は両の拳を握りしめ、足を踏みしめて、まっすぐに立ち直った。
ちょうどその瞬間に、彼の意識が深淵から浮かび上がってきた間ぎわに、彼の眼は街路の向こう側の一つの眼とぶつかった。彼がよく知ってる眼つきで、彼を呼んでるように見えた。彼ははっとして立ち止まり、どこで見たのかと考えた。とすぐに、あの悲しげなやさしい眼を思い当たった。ドイツにいた時彼が心にもなく地位を失わせることになった、あの若い家庭教師のフランス女で、許しを乞わんためにその後あれほど捜し求めていた女だった。彼女もまた、込み合った通行人の間に立ち止まって、彼の方をながめていた。見ると、彼女は突然群集の流れに逆らって、彼の方へ来るため中央路に降りようとした。彼も彼女に会おうと駆け出した。しかしどうにもできない馬車の輻輳のために、間を隔てられた。その生きた障壁の向こう側でいらついてる彼女の姿が、なおちょっと見えた。彼はなお通りを横切ろうとして、為に突き飛ばされ、ねばねばしたアスファルトの上に滑りころげ、危うく轢きつぶされるところだった。そして泥まみれになってまた立ち上がり、ようやく向こう側にたどりついた時には、彼女の姿はもう見えなかった。
彼は彼女のあとを追っかけたかった。しかし眩暈がさらにひどくなっていた。あきらめるのほかはなかった。病気になりかかっていた。それを感じながらも認めたくなかった。彼はがんばって、すぐに家へは帰らずに、長い回り道をした。無駄な苦しみだった。まいったことを認めざるを得なかった。足が折れそうで、やっと歩行をつづけ、ようやくのことで家に帰った。階段で息が切れて、その踏み段に腰をおろさなければならなかった。冷え切った自分の室にもどったが、なお意地を張って寝床にはいらなかった。じっと椅子に腰をかけて、雨に濡れ頭は重く胸はあえぎながらも、自分と同じように疲憊しきった音楽の中に浸り込んだ。シューベルトの未完成交響曲の楽句が次々に聞こえてきた。可憐なるシューベルトよ! 彼もまた、それを書いた時には、孤独で熱に浮かされうとうととしていて、永眠に先立つ夢現の状態にあった。暖炉の隅で夢想していた。麻痺しかけた音楽が、少しよどんだ水のようにあたりに漂っていた。半ば眠りかけた子供が、自分でこしらえ出す話を面白がって、その一か所を幾度もくり返すように、彼はその音楽にいつまでも浸り込んでいる。そして眠りがやって来る……死がやって来る……。またクリストフの耳には、他の音楽も響いてきた。燃えるような手をし、眼を閉じ、ものうい微笑を浮かべ、心は嘆息に満ち、解放の死を夢みてる音楽――ヨハン・セバスチアン・バッハの、「懐かしき神よ、われは何時死ぬべきか」という交声曲の第一合唱句が……。心地よきかな、ゆるやかな波動、遠いおぼろな鐘の音、それとともに展けゆく柔らかな楽句の中に身を浸すことは、……死ぬこと、大地の平和の中に融け込むこと、……「それから自分の身が土となる」ことは……。
クリストフは、それらの病的な思想を振るい落し、弱った魂をねらってる人魚の危険な徹笑を拒けた。そして立ち上がって、室の中を歩こうとした。しかし立っていることができなかった。熱のために震えていた。床につかざるを得なかった。こんどは重い病気だという気がした。しかし降参しなかった。病気になって病気に身を任せるような男ではなかった。彼は反抗し、病気になるまいとし、ことに、死ぬものかと腹をすえていた。遠く彼方には彼を待ってる憐れな母親があった。そして自分にはなすべき仕事があった。殺されてなるものか! 彼は震える歯をくいしばり、逃げようとする意志を張りつめた。覆いかかる波の中に闘いつづける水練家のようだった。それでもたえず彼は沈み込んだ。取り留めもない事柄、連絡のない幻影、パリーの客間や故郷の思い出、または、馬場の馬みたいに際限もなく回ってる、律動や楽句の妄想、あるいは突然に、善良なるサマリア人の金色の光の投射、闇の中の恐怖の顔つき、次には、深淵、暗夜。それから彼はまた浮かび上がってき、立ち乱れた雲霧を引き裂き、拳を握りしめ頤をくいしばった。彼はすがりついていった、現在や過去において愛したすべての人々に、先刻ちらと見た懐かしい顔に、親愛なる母親に、または、「死も噛み込めない」岩のように感ぜられる、自分の頑丈な一身に……。しかしその岩もふたたび海水に覆われた。ぶつかってくる波のために、しがみついてる魂の手はゆるんだ。魂は白波に押し流された。そしてクリストフは、昏迷のうちにもがきながら、無意味な文句を口にして、想像の管弦楽を、トロンボーン、トランペット、シンバル、チンパニー、バスーン、コントラバス……などを指揮し演奏し、熱狂的にひき吹き打ちたたいた。不幸なる彼は胸に納めた音楽で沸騰していた。数週間以来音楽を聞くことも演奏することもできなかったので、高圧を加えられた汽鑵のように爆発しかけていた。若干の執拗な楽句は、螺錐のように頭脳へはいり込んで、鼓膜を貫き、彼に苦悩の唸きをたてさせた。それらの発作が済むと、彼はまた枕に身を落して、疲れきり、汗にまみれ、息をあえぎつまらした。寝床のそばに水差を置いといて、ごくりごくりと飲んだ。隣室の物音や、屋根室の扉の音にも、ぴくりと震え上がった。周囲にぎっしり住んでる人々にたいして、幻覚的な嫌悪の念をいだいた。しかし彼の意志はなお闘いつづけ、悪魔にたいする戦いの、進軍ラッパを吹奏していた……。「世に悪魔満ち渡り、われわれを呑噬せんとするとも、あに恐るることがあろうぞ……。」
そして、彼の一身を流し去る燃える闇の大洋上に、風の合い間の凪が、晴れ間の光が、ヴァイオリンやヴィオラの和らいだ囁きが、トランペットやホルンの栄光ある穏やかな音が、突然響いてきて、それとともに彼の病める魂からは、ヨハン・セバスチアン・バッハの聖歌のような確固たる歌が、大なる壁のごとくほとんど不動の勢いで、起こってくるのであった。
かくて、熱の幻や胸をしめつける息苦しさなどと戦ってるうちに、室の扉が開かれて、一人の女が手に蝋燭をもってはいって来るのを、彼はぼんやり意識した。彼はそれをも幻覚だと思った。口をきこうとした。しかしそれができないでまた身を落した。時おり、深い底から表面へ意識の波に連れもどされる時に、だれかが枕元を高めてくれたのを、足に夜具をかけてもらったのを、背中にたいへん熱いものがあるのを、彼は感じた。あるいはまた、まったく見知らぬ顔のその女が、寝台の足下にすわってるのを、彼は見て取った。次には、別の顔が、医者が、やって来て聴珍をした。クリストフには彼らの言葉が聞き取れなかった。しかし、自分を病院に入れようとしてるのだと察した。彼は言い逆らってみた。病院にはいりたくないと叫び、ここで一人で死にたいと叫んだ。が口からは、訳のわからない音しか出なかった。それでも女は了解した。というのは、彼の味方をして、彼を落ち着かしてくれたから。その女がだれであるかを彼はしきりに知りたがった。非常な努力をしてまとまった言葉を発し得るようになると、すぐにそのことを尋ねた。彼女の答えでは、屋根裏の隣り同士の女で、彼がうなるのを壁越しに聞き、助けを求めてるのだと考えて、勝手にはいって来たのだった。口をきいて疲れてはいけないと、彼女はていねいに頼んだ。彼はそれに従った。そのうえ、今しがた口をきいた努力のために、がっかりしてしまっていた。で彼はじっとして口をつぐんだ。しかし彼の頭は働きつづけて、散らばった記憶をどうにか寄せ集めようとした。いったいどこでこの女を見かけたのかしら?……しまいに彼は思い出した。そうだ、屋根裏の廊下で出会ったことがあるのだった。下女で、シドニーという名前だった。
彼は半ば眼をつぶりなから、彼女をながめた。彼女はそれに気づかなかった。背の低い女で、真面目な顔つき、つき出た額、ひきつめた髪、骨張った蒼白い露わな、頬の上部と顳
、短い鼻、穏やかな頑固な眼つきをしてる、うす青い眼、引きしまってる太い唇、貧血した顔色、卑下し遠慮し多少堅くなってる様子だった。彼女はてきぱきした黙々たる心尽くしで、クリストフの世話をしながらも、親しみは少しも見せず、階級の違いを忘れない召使の控え目さを、決して越えることがなかった。
それでも、彼が快方に向かって話ができるほどになると、彼の親切な善良さのために、シドニーは次第に多少自由に口をきくようになった。しかしいつも気をつけていた。言うのを控えている事柄があった(それが様子でわかった)。彼女は卑下と矜持との交り合った性格だった。クリストフは彼女がブルターニュ生まれであることを知った。故郷に父親がいるのだが、その父親のことを彼女はごく慎み深く話した。しかし、その父親は酒飲みで、さんざん遊び暮らし、娘に迷惑ばかりかけてることは、クリストフもたやすく推察し得た。彼女は搾り取られながら、気位を高くもって一言も文句を言わなかった。そして欠かさず月給の一部分を送っていた。が少しもだまされてるのではなかった。また彼女には一人の妹があって、女教員になる受験準備をしていたが、その妹を彼女はたいへん自慢していた。その教育費のほとんど全部を仕送っていた。彼女は頑固なほど仕事に熱心だった。クリストフは尋ねた。
――彼女の勤め口は楽だったか。
――楽だった。しかし彼女はよそうと考えていた。
――なぜ? 家の人たちがつらかったのか。
――否。たいへん親切にしてくれる人たちばかりだった。
――給金が十分でなかったのか。
――十分だった……。
クリストフには合点がいかなかった。彼は理解しようとつとめ、彼女を励まして話させようとした。しかし彼女は、その単調な生活だの自活する苦労など以外には、何にも話すことをもたなかったし、話したがってもいなかった。彼女は労働を恐れてはいなかった。労働は彼女にとって、一つの欲求であり、ほとんど一つの楽しみだった。彼女は最もつらい事柄を、退屈のことを、口に出さなかった。が彼はそれを推察した。同時に豊富な直覚力で、少しずつ彼女の心中を読み取っていった。その直覚力は、病気のために鋭くなり、また、同様な生活のうちに親愛な母親が耐えていた辛苦を思い出しては、さらに洞察的になっていた。彼はあたかも自分で経験してきたかのように、自然に反した陰鬱な不健全なその生活――中流社会が婢僕に課している普通の生活――を見て取った。主人たちは、意地悪くはないが冷淡で、時とすると数日の間、用事以外には一言も言葉をかけない。幾時間も幾時間も、息苦しい台所で立ち働く。蝿帳でふさがれたその軒窓の前には、よごれた白壁がつっ立っている。喜びといっては、ソースがいいとか炙肉がよく焼けてるなどと、事もなげに言われる時だけである。空気もなく、未来もなく、欲望や希望の輝きもなく、何物にも興味のない、鎖された生活。――彼女にとって最もつらいのは、主人たちが田舎へ行く時だった。彼らは倹約のために彼女を連れて行かなかった。月々の給金は払ってやったが、郷里へ行く旅費は払ってやらなかった。自分の金で行くのは勝手にさしておいた。が彼女はそんなことをしたくなかったし、できもしなかった。そして一人ぽっちで、ほとんど見捨てられたその家に残っていた。外に出かけたくもなかった。他の召使たちを野卑で不品行だと軽蔑しがちだったので、それといっしょに話をすることもなかった。遊びにも行かなかった。彼女は生来真面目で倹約だった。悪い交際を恐れていた。台所か居間かにすわりきりだった。居間からは煙筒越しに、病院の庭の木の梢が見えた。書物を読むでもなく、働こうとばかりした。頭がぼんやりし、退屈し、退屈のあまりに涙を流した。やたらに泣くという独特の才能をもっていた。泣くのが楽しみだった。しかしあまりに退屈すると、もう泣くこともできなかった。生き心地も失って凍えきったようになった。次にははっと元気を振るい起こすか、自然に元気がよみがえってくるかした。妹のことを考えたり、柄オルガンの遠い音を聞いたり、夢想にふけったり、あるいは、これこれの仕事を仕上げるには、これだけの金を儲けるには、幾日くらいかかるかと長い間勘定した。その勘定を間違えてはまたやり直した。よく眠った。日々が過ぎていった……。
それらのひどい意気消沈の合い間合い間には、子供らしい嘲笑的な快活さが起こってきた。他人をあざけり自分自身をあざけった。主人たちの方へ批評の眼を向けないでもなかった、彼らの閑な生活から生ずる種々の気苦労、夫人の気病みや憂鬱、すぐれた人間だと自称してる彼らのいわゆる業務、ある書面や楽曲や詩集などに彼らが覚えてる興味など。彼女の見識は多少粗雑ではあったが、ごくパリー式な婢僕の軽薄さと、自分にわからないものしか賞賛しないごく田舎式な婢僕の深い愚蒙さとから、離れていたので、その明識でもって彼女は、遊戯的な音楽やつまらぬ饒舌など、この虚偽な生活中に大なる位置を占めている、知的な全然無用なそのうえ退屈なそれらの事柄にたいして、一種敬遠的な蔑視をいだいていた。万事退屈のあまりこしらえ出されたと思われるその贅沢な生活の、空想的な種々な快楽や苦労に、自分が奮闘してる現実の生活を、ひそかに比較してみざるを得なかった。それでも別に反抗心は起こらなかった。世の中は万事そうしたものなのだ。彼女はすべてを、悪人をも馬鹿をも許していた。彼女は言っていた。
「世間は持ち寄りですよ。」
彼女は宗教心で支持されているのだ、とクリストフは想像した。しかしある日彼女は、自分より金持ちで仕合わせな人たちについて言った。
「つまるところだれでも皆、あとには同じになります。」
「いつのこと?」と彼は尋ねた。「社会上の革命のあとですか。」
「革命ですって?」と彼女は言った。「それこそ紺屋の明後日です。私はそんなばかばかしいことは信じません。いつだって同じことですよ。」
「では、いつ皆が同じようになるんです?」
「もちろん死んでからですわ。だれでも消えてしまいます。」
彼はその冷静な唯物主義にすこぶる驚いた。があえて次のようには言い得なかった。
――それでは、人は一つの生活しかもたないとして、その生活が君の生活のようであるのに、他には幸福な人がいくらもいるということは、恐ろしいことではないですか。
しかし彼女は、彼のそういう考えを察したらしかった。あきらめた多少皮肉な沈着さで言いつづけた。
「我慢するよりほかはありません。皆が当たり籤を引けるわけではないから。はずれた者は仕方がないんですよ。」
彼女はフランス以外の地に(たとえば、アメリカから申し込みがあったように)もっと収入の多い地位を求めようとも考えていなかった。国を離れるという考えは、彼女の頭にはいることができなかった。彼女は言っていた。
「どこへ行っても石は堅いものです。」
彼女のうちには懐疑的な冷笑的な宿命観の素質があった。信念をあまりもたず、あるいはまったくもたず、生存の知的理由をあまりもたず、しかも根強い生活力をもってる人種――さほど生を愛してはいないが、しかも生にかじりついて、勇気を維持するために人為的な鼓舞を必要とせず、勤勉で冷静で、不満でしかも従順な、フランスの田舎者、その仲間で彼女はあった。
そのことをまだよく知らなかったクリストフは、この単純な女のうちに、なんらの信条にも偏しない心を見出して驚いた。彼女が楽しみも目的もなしにただ生に執着してることを、彼は驚嘆し、何物にも頼らない彼女の頑強な道徳心を、ことに驚嘆した。彼がこれまでフランスの民衆を見たのは、自然主義の小説や現代の小文士の理論などを通してであった。それらの小文士は、牧歌時代や革命時代の人々と反対に、自分自身の悪徳を正当化せんがために、自然の人間を不徳なる動物と見なしがちであった……。ところがクリストフは、シドニーの一徹な正直さを見て驚いた。それは道徳の事柄ではなかった。本能と矜持との事柄だった。彼女は貴族的な自尊心をもっていた。民衆とは平民のことであると信ずるのは、愚かの至りである。中流階級にも賤民の魂があると同じく、民衆にも貴族がある。他人よりも純潔な本能を、おそらくは血潮を、もっていて、それをみずから知り、自分の真価を意識し、頽廃しないという衿持をもっている人々こそ、貴族というべきである。彼らは少数者である。しかし、たとい彼らは孤立していても、彼らこそ第一人者であることはよくわかる。そして彼らがその場にいるだけでも、他の人々にとっては一つの抑制となる。他の人々は、彼らを模範としあるいは彼らの真似をすることを、おのずから強いられる。いずれの地方も、いずれの村も、人間のいかなる集団も、ある程度までは、その貴族と同じ性質を帯びる。その貴族らの性質に従って、ある所では世論がきわめて厳格であり、ある所では弛緩している。現今のごとき多数者の無秩序な跋扈も、黙々たる少数者の恒久的権威を、なんら変じはしないであろう。彼ら少数者にとってさらに危険なのは、彼らが故郷の地から根こぎにされることであり、遠く大都市の中に散乱させられることである。しかし、かく異境に散り失せ、たがいに孤立していても、よき人種の個性は存続して、周囲のものと交混することがないのだ。――クリストフがパリーで見たような事柄を、シドニーはほとんど知らなかったし、知ろうとも欲しなかった。感傷的で不潔な新聞文学は、政治上の消息と同様に彼女のもとまでは達しなかった。彼女は通俗大学の存在をさえも知らなかった。もし知っていたとしても彼女はおそらく、説教を聴きに行くくらいのこととしか思わなかったろう。彼女は自分の職務を行ない、自分の思想を頭に置いていた。あくせくして他人の思想を考えはしなかった。クリストフはそれを彼女にほめてやった。
「何も不思議がることはありませんよ。」と彼女は言った。「私ばかりでなく皆そうです。あなたはフランス人を御覧なさらなかったんでしょう。」
「いや、もう一年間も僕もフランス人の間に住んでいる。」とクリストフは言った。「そして、楽しむことや楽しんでる人の真似をすること以外に、何かを考えてるように見えるフランス人には、一人も出会ったことがない。」
「そうでしょう。」とシドニーは言った。「あなたは金持ちばかりを御覧なすったんです。金持ちはどこへ行っても同じものですよ。あなたはまだ何にも御覧なすってやしません。」
「そうです。」とクリストフは言った。「これから見てみよう。」
彼は初めてフランス民衆を瞥見した。その土地と合体し、多くの優勝階級や多くの一時的主君が過ぎ去るのを、土地とともに見たのであるが、自身は決して過ぎ去ることがなく、永久に継続するらしい民衆だった。
彼は次第によくなって、起き上がれるようになり始めた。
彼が気をもんだ第一のことは、病気中にシドニーが立て替えてくれた入費を、彼女に返済することであった。仕事を捜すためにパリー中を駆け回ることがまだできなかったので、余儀なく意を決してヘヒトへ手紙を書いた。次の仕事にたいして前借をさしてくれと頼んだ。冷淡と親切とが不思議に交り合った性格のヘヒトは、彼に十五日以上も返事を待たせた。――十五日、その間クリストフは、シドニーがもって来てくれる食物になるべく手をつけまいとし、無理に強いられると牛乳やパンを少しばかり取り、そのあとで、自分が稼いだものではないとみずからとがめたりして、一人で自分を苦しめた。――その十五日後にヘヒトは、求められた金を一言も言わずに送ってきた。そして、クリストフの病気がつづいた数か月間、ヘヒトは一度もその容態を尋ねなかった。彼はたとい親切を施しながらも、人に愛されない天才をそなえていた。またそれは、親切は施すが愛しはしないからでもあった。
シドニーは毎日、午後と晩とにちょっとやって来た。クリストフの晩飯を支度してくれた。少しも音をたてなかった。つつましく仕事にかかっていた。彼のシャツが傷んでるのを見ると、一言もいわずにもち帰って直してくれた。二人の関係にはそれとはなしに、あるこまやかな親愛さが滑り込んでいた。クリストフは年老いた母親のことを長々と話した。シドニーは感動した。彼方に一人ぽっちでいるルイザの地位に身を置いてみた。そしてクリストフにたいしては母親らしい感情をいだいた。クリストフの方は彼女と話をしながら、弱って病気でいる時にはことに苦しい家庭的愛情の欠乏をみずからまぎらそうとつとめた。他の者といっしょの時よりもシドニーといっしょにいると、いちばんルイザの近くにいるような気がした。時とすると、芸術家としての苦悶を少し打ち明けることもあった。彼女はそういう知的な悲しみには多少の皮肉を示しながらも、やさしい憐れみを寄せてくれた。それがまた母親を思い出させて、彼にはうれしかった。
彼は彼女の打ち明け話を引き出そうとつとめた。しかし彼女は彼ほど打ち解けなかった。彼は冗談に、結婚するつもりはないかと尋ねてみた。彼女はいつもの冷笑的な諦めの調子で答えた。――「そんなことは召使の身分には許されていない。事がめんどうになるばかりである。それにまた、いい相手を選ばなければならない。それが容易なことではない。男というものはきわめて性質が悪い。金をもってると言い寄ってきて、食いつぶしてしまう。そのあとでは放り出す。まわりにそういう例はたくさん見てきた。そんな目に会いたくはない。」――彼女はかつて結婚に失敗したことがあるのを話さなかった。彼女の約束の男は、彼女が稼ぎ高をすっかり家の者らに与えてるのを見ると、彼女を捨ててしまったのだった。――クリストフは、同じ建物に住んでるある家族の子どもたちと中庭で、彼女が母親らしく遊んでるのをよく見かけた。その子どもたちだけに階段で出会うと、彼女は彼らを熱く抱擁することもあった。クリストフは彼女を、知り合いの上さんのだれかの地位に置いて想像してみた。彼女は決して馬鹿ではなかった。他の上さんたちより醜くもなかった。上さんとなったら彼女の方がまさってるかもしれない、と彼は考えた。だれにも気づかれずに埋もれている、かくも大なる生の力! それに引きかえ、地上をふさぎ、他人の地位と幸福とを奪い、日の光に当たってる、あれら死人同様の者ども!……
クリストフは疑懼しなかった。彼女にたいしてごく懇切であり、あまりに懇切すぎた。大きな坊ちゃんとして甘ったれていた。
シドニーはあるころ、がっかりした様子をしていた。しかし彼は、それを勤労のせいだと思った。ある時などは、話の最中に彼女は突然立ち上がって、仕事を口実にクリストフのところを去った。ついにある日、クリストフが平素よりなおいっそうの信頼を示すと、それからしばらく彼女は来るのを中止した。またやって来た時には、もう遠慮がちにしか口をきかなかった。なんで彼女の気分を害したかを彼は怪しんだ。彼女に尋ねてまでみた。彼から気を悪くさせられたのでは決してないと、彼女は強く答えた。しかしやはり彼から遠ざかっていた。数日後に、立ち去る由を彼に告げた。暇を取ってしまったので、出て行こうとしてるのであった。冷やかな取り澄ました言葉で、彼から受けた好意の礼を言い、彼の健康と彼の母親の健康とを祈り、そして別れの挨拶を述べた。彼はその唐突な出立にびっくりして、どう言っていいかもわからなかった。彼女がそんな決心をした動機を知ろうと試みた。彼女は一時のがれの返辞をした。彼は落ち着く先を尋ねた。彼女は答えを避けた。そして、彼の質問をうち切るために、室を出ていった。戸口で彼は手を差し出した。彼女はその手を少し強く握りしめた。しかしその顔は何物も示さなかった。そして最後まで、彼女は堅い冷たい様子を失わなかった。彼女は立ち去った。
彼は少しも訳がわからなかった。
冬が長くつづいた。湿った靄のかけた泥深い冬。日の光を見ない数週間。クリストフは快方に向かっていたが、まだ全快はしなかった。やはり右の胸に痛いところが残ってい、病根は徐々にしか癒えてゆかず、神経的な咳の発作が起こって、夜はそのために眠れなかった。医者は外出を禁じていた。それだけにまた、コート・ダジュールやカナリー島への転地なら大賛成だったろう。しかしクリストフは外出しなければならなかった。食事をしに出かけなければ、食事の方からやって来てはくれなかった。――また種々の薬も命ぜられたが、彼にはその代価を払う方法がつかなかった。それで彼は医者にかかるのをやめてしまった。まったく無駄使いに終わるの思った。そのうえ彼はいつも医者と気が合わなかった。両者はたがいに理解することができなかった。それは相反した二つの世界だった。自分一人で一つの世界だとうぬぼれながら、人生の河から藁屑のように押し流されてる、この憐れな芸術家めにたいして、医者たちの方では、皮肉な多少軽侮的な憐憫の情をいだいていた。彼はそういう奴らから、ながめられ触られ取り扱われるのを屈辱のように感じていた。彼は病気の身体が恥ずかしかった。彼はこう考えていた。
「こいつが死んだらどんなにうれしいだろう!」
孤独、疾病、困窮、苦しみの理由は多くあったにもかかわらず、クリストフは我慢強く自己の運命を堪え忍んだ。かほど忍耐強いことはかつてなかった。彼自身でも驚いた。病気は往々ためになるものである。病気は身体をこわしながら、魂を解放する、魂を浄める。無活動を強いられた夜や昼を過ごすうちに、あまりに生々しい光を恐れ健康の太陽には焼かれるような、種々の思想が起こってくる。かつて病気になったことのない者は、決して自己の全部を知ってはいない。
病気はクリストフのうちに、特殊な和らぎを与えていた。彼のうちの粗野なものをはぎ取っていた。各人のうちに存在しながら人生の喧騒のために聞き漏らされてる、諸々の神秘な力の一世界を、彼はこれまでにない繊細な官能で感得した。ごく些細な記憶も脳裡に刻まれる発熱時に、ルーヴル博物館を見物して以来、彼はレンブラントの画面の雰囲気に似た、熱い深い穏やかな雰囲気のうちに生きていた。彼もまた心のうちに、眼に見えない太陽の怪しい反映を感じていた。信仰をもってはいなかったけれど、自分が孤独でないことを知っていた。一の神が彼の手を取って、彼を行くべきところへ導いていた。彼は幼い子どものようにその神に信頼していた。
数年以来初めて、彼は休息しなければならなかったのである。病気になる前の異常な知的緊張は、今もなお彼を疲憊さしていたが、そういう緊張のあとにおいては、回復期の倦怠でさえ一つの休息であった。数か月以来不断の警戒的気持に堅くなっていた彼は、次第に視力が散漫になるのを感じた。それでも彼は弱らなかった。いっそう人間的になった。天才の力強いしかし多少怪物的な生活は、遠景にひそんでしまった。あらゆる精神的熱狂を奪われ、活動に付随する冷酷無慈悲なものをすべて奪われた、通常の人間たる自分自身を、彼は見出した。彼はもはや何物をも憎まなかった。もはや腹だたしい事柄を考えなかった。あるいは考えても、単に肩をそびやかすばかりだった。自分の労苦を少なく考え、他人の労苦を多く考えた。地上のあらゆる方面において、不平も言わずに苦闘してる、貧しい魂らの黙々たる苦しみを、シドニーから思い起こさせられて以来、彼はそういう魂のうちに自分を忘れた。平素は感傷的でなかった彼も、虚弱の花とも言うべきかかる神秘な愛情の発作に、今や駆られるようになった。晩に、中庭の上の窓にもたれて、夜の神秘な響きに……遠く聞けば可憐と思える隣家の歌声に、モーツァルトの曲を無心でひいてる小娘のピアノに……じっと耳を傾けながら、彼は考えた。
「僕の愛する見知らない皆の人たちよ! 生活のために少しもしぼまず、不可能だと知りながら大事を夢み、敵の世界と闘ってる人たちよ――僕は君たちが幸福を得んことを希望する――幸福であることは実にいいことだ!……おう友たる人たちよ、僕は君たちがそこにいるのを知って、両手を差し出しているのだ。……しかしわれわれの間には石の壁がある。僕はその一石一石をすりへらしている。しかし同時に僕自身もすりへらされる。われわれは決していっしょになれないのであろうか? 他の壁が、死が、間にそびえないうちに、僕は君たちのもとに達するであろうか?……いや、僕はたとい生涯孤独であっても構わないのだ。君たちのために働き、君たちのためにいいことをなし、君たちが僕を、やがて、死後に、多少なりと愛してくれさえするならば……。」
かくして回復期のクリストフは、二人の善良な乳母の乳を飲んでいた、「愛と悲惨」との乳を。
彼はかかる意志の弛緩中、他人に近づきたい欲求を感じた。まだ身体がごく弱かったけれども、そして無用心なことではあったけれども、彼は朝早く、人口稠密な街路から群集の波が遠くの仕事場へ流れ出すころ、または夕方、その人波がもどってくるころ、外へ出かけてみた。彼は人情の慰安の風呂に浸りたかった。それでもだれかに口をきくでもなかった。口をきくことを求めもしなかった。人々が通るのをながめその心中を察し彼らを愛することだけで、彼には十分だった。彼は愛情のこもった憐憫の眼で観察した、前もってその日の仕事に疲れてるような様子で、足を早めてる労働者らを――艶のない顔色をしきびしい表情を見せ変な微笑を浮かべてる、青年男女の顔つきを――移り気な欲望や懸念や皮肉などの波の過ぎるのがよく見て取られる、変化の多い透き通った顔を――機敏な、あまりに機敏な、多少病的な、大都市のその民衆を。彼らは皆、男は新聞を読みながら、女は三日月形のパンをかじりながら、早く歩いていた。うとうととした脹れ顔の金髪を乱した娘が、神経質な素気ない山羊のような小足でそばを通りかかると、クリストフは彼女をもう一、二時間も多く眠らせるためには、自分の一か月分の生活費を与えても惜しくはない気がした。もしそれを申し込まれたら彼女は厭とは言わないだろう! 退屈げに安逸を享楽している閑な金持ちの婦人らを、まだこの時間にはぴったり閉まってるその室から追い出して、その代わりに、その臥床に、その休息の生活に、これらの溌剌としたしかも疲れてる小さな身体を、鈍らず満ち足らずしかも生きることに活発貪欲なこれらの魂を、置いてみたらと彼は考えた。今や彼は、彼女らにたいする寛大な心で胸がいっぱいになるのを感じた。その快活なしかも疲れたかわいい顔つきに微笑んだ。彼女らのうちには、狡猾さと率直さとがあり、快楽にたいする厚かましい素朴な欲求があり、そして底には、正直勤勉な善良な小さい魂があるのだった。そのうちのある者らが、臆面もない眼つきをしたこの大子供たる彼をたがいにさし示しながら、鼻先であざけったりたがいに肱でつつき合ったりしても、彼は腹をたてなかった。
彼はまた河岸通りを夢想にふけりながらよくぶらついた。それは彼が大好きな散歩だった。幼年時代を守りしてくれた大河にたいする郷愁が、その散歩で多少和らげられた。ああそれはもちろん、かの父なるライン河ではなかった。かの全能的な力は少しもなかった。精神が翔り回って迷い込むような、広い地平線や広漠たる平野は少しもなかった。灰色の眼をし、褪緑色の衣をつけ、繊細なきっぱりした顔つきの河であった。都市の華麗でしかも簡素な衣裳をまとい、多くの橋の腕輪をはめ、多くの記念塔の頸輪をつけ、悧発げな無頓着さで伸びをして、またそぞろ歩きの美人のように、自分の美しさに微笑んでいる、身こなし嫋かな優美な河であった。……そのあたりの、パリーの麗わしい光よ! それこそ、クリストフがこの都会で愛した第一のものだった。それは静かに静かに彼のうちに沁み通った。彼がみずから気づかぬまに彼の心を少しずつ変化さした。それは彼にとって、音楽中の最も美しい音楽であり、パリー唯一の音楽だった。彼は夕方、河岸通りや古いフランスの庭園で、幾時間も過ごしながら、紫色の靄に浸ってる大木、灰色の像や柱頭、幾世紀もの光を吸収した王政時代の塔碑の苔生した石、それらの上に射している光線の諧調を――細やかな日光と乳白色の水蒸気とでできてる、その微妙な大気を味わった。その大気には、銀色の埃の中に、民族のにこやかな精神が漂っていた。
ある晩彼は、サン・ミシェルの橋の近くの欄壁にもたれて、河の水をながめながら、欄壁の上に並んでるある古本屋の書物を、何気なくいじっていた。そしてふとミシュレーの端本をひらいた。彼はかつてこの史家の数ページを読んだことがあったけれど、そのフランス式な誇張や言語の陶酔や性急な調子などのために、あまり面白く思わなかった。ところがその晩は、初めから感動させられた。それはジャンヌ・ダルクの裁判の終わりの方だった。彼はシルレルの作でこのオルレアンの少女のことは知っていた。しかしこれまで彼女は彼にとって、大詩人から想像的生活を与えられてる架空的な女丈夫にすぎなかった。しかるに今突然その実相が彼の前に現われて、彼女は彼をとらえてしまった。彼はその厳かな物語の悲壮な凄みに心打たれながら、読みつづけていった。ジャンヌがその夕方死ぬことを知って、恐怖のあまり気を失うところまで読んだ時、彼の手は震えだし、涙が出てきて、読みつづけられなかった。彼は病気のために弱っていて、みずから腹だたしいほどおかしな多感性になっていた。――彼は読み終えようとしたが、もう間に合わなかった。古本屋は箱をしまいかけていた。彼はその本を買おうときめた。ポケットを探ってみると、わずか六スーしか残っていなかった。これほど貧しいのも珍しいことではなかった。彼は別に気をもみはしなかった。食物を購ったばかりだった。翌日ヘヒトのところへ行けば、楽譜の稿料として多少の金をもらえるはずだった。しかし、翌日まで待つのはつらかった。なぜ先刻、わずかな残金を食物の代に費やしたのか。ポケットにあるパンと腸詰とを、古本屋へ書物の代として提供することができるなら!
翌朝ごく早く、彼は金をもらいにヘヒトの家へ出かけた。しかし、戦いの大天使――ジャンヌの「天国の兄弟」――の名前をもってるサン・ミシェル橋のそばを通りかかると、彼はどうしても立ち止まらずにはいられなかった。古本屋の箱の中にはまだ貴い書物がはいっていた。彼はそれを全部読んだ。読み終えるのに二時間近くもかかった。そのためヘヒトとの面会の時間を遅らした。それからヘヒトに会うために、ほとんどその一日をつぶしてしまった。そしてようやく新しい仕事を頼まれて、金を払ってもらえた。彼はすぐさま古本屋へかけつけた。他の者から買われてやしないかと気づかわれた。もちろん買われていても大した不都合はなかったろう。ほかのを手に入れることは容易だった。しかしクリストフは、その書物がありふれたものかどうか知らなかった。それになお、ほしいのはその書物であってほかのではなかった。書物を愛する人々は、ややもすれば拝物教徒となりやすい。汚点のある汚いページも、それから夢想の泉がほとばしり出てきたせいで、神聖なものとなるのである。
クリストフは家に帰って、夜の静けさの中で、ジャンヌの受難の福音書を読み返した。人の手前もないのでもはや感動を押えるに及ばなかった。その憐れな羊飼いの少女にたいして、やさしみの情が、憐れみの念が、限りない悲しみが、彼の心に満ちてきた。田舎風の赤い大きな着物をつけた羊飼いの少女、背が高く内気で、やさしい声をもち、鐘の音の歌に夢想し――(彼女も彼と同じく鐘の音が好きだった)――慧敏と温情とに満ちた美わしい微笑を浮かべ、いつも流れ出さんばかりの涙――愛の涙、憐憫の涙、気弱な涙、をたたえていた。なぜなら彼女は、いかにも雄々しいとともに女々しかった。純潔でまた勇ましい娘だった。無頼漢どもから成る一軍の荒々しい意志を統御し、また平然として、皆の者から裏切られ孤立しながらも、その大胆な明識と女らしい機敏さとやさしい熱心とで、数か月の間、周囲を取り巻いてる教会と法律との徒輩の――血走った眼をしてる狐狼の――威嚇と偽善的な詭計とを、失敗に終わらせていた。
最もクリストフの胸に沁み通ったのは、彼女の温情であり心のやさしさであった――勝利の後に涙を流し、死んだ敵に涙をそそぎ、自分を侮辱した者らに涙をそそぎ、傷ついた者らを慰め、死んでゆく者らに力をつけ、自分を売り渡した者らをも恨まず、そして火刑台に上がって、炎が立ちのぼってきた時でさえ、自分のことを考えず、力をつけてくれてる修道士のことのみ考えて、彼を強いて逃げさしたのであった。彼女は「最も激しい争闘中にも温和であり、悪人の間にあっても善良であり、戦いの最中にも平静であった。悪魔の勝利たる戦争に、彼女は神の精神をもたらした。」
そしてクリストフは、自分自身を省みながら考えた。
「俺は戦いに神の精神を十分もたらさなかった。」
彼はジャンヌの福音史家の美しい言葉を読み返した。
「人々の邪悪さと運命の酷薄さとの間にありながら、善良でありいつまでも善良であること……多くの苦々しい諍いのうちにも温和と親切とを失わず、その内心の宝に触れさせずに経験を通り越すこと……。」
そして彼はみずからくり返した。
「俺は悪かった。俺は善良ではなかった。親切を欠いていた。あまりに厳酷だった。――許してくれ。僕が攻撃してる諸君よ、僕を諸君の敵だと考えてくれるな。僕は善を、諸君にもなしたいのだ……。それでもなお、諸君が悪をなすのを防がねばならないのだ……。」
そして彼は聖者でなかったから、敵のことを考えるだけで憎悪の念が起こってきた。彼らを見ると、彼らを通してフランスを見ると、かかる純潔と勇ましい詩との花がこの土地から生じたのだとは、想像し得られないほどなのを、彼は最も彼らに許しがたく思った。それでも、かかる花が実際に生じたのだ。またふたたびそれが出て来ないとはだれが言い得よう? 今日のフランスが、シャルル七世のころのフランスより悪かろうはずはない。しかも当時の堕落せる国民からオルレアンの少女が出て来たのだ。今では、寺院は空虚であり、汚されて、半ば荒廃に帰している。それでもよろしい! 神はかつてそこで言葉を発したのだ。
クリストフは、フランスにたいする愛のために、愛し得る一のフランス人を求めたかった。
三月の終わりのころであった。もう数か月以来、クリストフはだれとも話をしなかった。彼が病気であることを少しも知らず、また自分が病気であることをも彼に知らせないでいる、年老いた母親からの短い便りを、たまに受け取る以外には、なんらの手紙にも接しなかった。世間との関係はただ、仕事の取りやりのために楽譜商へ行き来することだけだった。そこへ行くにも彼は、ヘヒトがいないとわかってる時間にした――ヘヒトと話すのを避けるために。しかしそれは余計な用心だった。一度ヘヒトに出会ったことがあるけれど、ヘヒトは彼の健康を二、三言冷淡に尋ねたばかりだった。
かくして彼は沈黙の獄屋に蟄居していた。するとある朝、ルーサン夫人から一晩の音楽会の招待状を送ってきた。名高い四重奏曲が聴かれるはずだった。手紙はきわめて親切な文句で、主人のルーサンも懇篤な数行を書き添えていた。彼はクリストフとの仲違いを自慢にはしていなかった。情婦の女歌手と喧嘩をして彼女に容赦ない批判をくだすようになってからは、なおさらのこと自慢にしてはいなかった。彼は善良な男だった。不正な目に会わしてやった人たちを恨んではしなかった。不正を受けた人たちが彼よりもいっそうそれを根にもってるのが、おかしく思われるほどだった。それで、そういう人たちに会ってうれしい時には、躊躇せずに手を差し出すのであった。
クリストフは初め肩をそびやかして、行くものかと誓った。しかし音楽会の日が近づくに従って決心が鈍ってきた。もう人間の言葉を一語も聞かないので、ことに音楽の一音符をも聞かないので、胸つまる心地がしていた。それでも彼はなお、彼奴らの家へ足を踏み入れるものかとみずからくり返した。しかしその晩になると、自分の弱さを恥じながらも出かけていった。
その報いはひどかった。政治家や軽薄才子らの集まりにはいるや否や、彼らにたいして近来にない激しい嫌悪を感じた。幾月も寂寞のうちに暮らしてきたので、かかる人間の動物園に馴染浅くなっていたのである。そこで音楽を聞くことはとても辛抱できなかった。それは一つの冒涜だった。最初の曲が終わったらすぐに帰ろうと彼は決心した。
彼は周囲にずらりと並んでる厭な顔や身体を見渡した。すると、客間の向こう端で、こちらをながめてる眼に出会った。その眼はすぐにそらされたけれど、その中にこもっていたなんとも言えぬ誠実さが、まわりの鈍い眼つきの間で彼の心を打った。内気ではあるが明らかなきっぱりとした眼であった。一度だれかの上にすえられると、絶対の真実さでその人をながめ、自分のうちの何物をも隠さないとともに、おそらく相手の何物をも見落さないような、フランス式の眼であった。クリストフはそういう眼を知っていた。しかし今その眼で輝いてる顔は知らなかった。二十歳から二十五歳くらいの間の青年で、小柄で、やや前かがみになり、虚弱そうで、無髯の悩ましげな顔、栗色の髪、不揃いな繊細な顔だち、一種の不均衡さをもっていた。その不均衡さは顔の表情に、ある不安さをではないが、ある落ち着きなさを与えていて、ちょっと魅力がないでもなかったけれど、眼の平静さと矛盾してるようにも思われた。その青年は扉の入口に立っていた。だれからも注意を向けられていなかった。クリストフはまた彼をながめた。ながめるたびごとにその眼に出会った。するとその眼は、かわいげな無器用さでおずおずとそらされた。そのたびごとにクリストフは「見覚えがある」のを感じた。別な顔のうちにその眼をすでに見たことがあるような気がした。
クリストフはいつもの癖で、自分の感じを隠すことができなかったから、青年の方へ進んでいった。しかし近寄ってゆきながら、なんと言ったらいいか考えた。そして何気なく歩いてるかのように左右をながめては、心をきめかねてぐずぐずしていた。青年はそれにだまされなかった。クリストフが自分の方へ来るつもりでいるのを覚っていた。しかし彼に話しかけることを考えただけで気遅れがして、隣室へ逃げ出そうかと思ったほどだった。それでもやはり拙劣にもそこに釘付けにされていた。二人は向かい合ってつっ立った。思ったところへ落ち込むにはしばらくかかった。そのままの状態が長引くにつれて、どちらも相手の眼に自分がおかしく映ってると思った。ついにクリストフは青年をまともにながめた。そして何の前置きもなしに、微笑みながら武骨な調子で話しかけた。
「あなたはパリーの人じゃないんでしょう?」
その意外な質問に会って、青年は当惑しながらも微笑んで、パリーの者ではないと答えた。その内ごもりの響きのある弱い声は、脆弱な楽器の音のようだった。
「僕もそうだろうと思っていました。」とクリストフは言った。
そしてその妙な認定に相手が少し恐縮しているのを見て、彼は言い添えた。
「悪い意味で言ってるのじゃありません。」
しかし相手の当惑は増すばかりだった。
また沈黙が落ちてきた。青年は口をきこうと努めていた。唇は震えていた。言うべき文句がまとまっていながら、口に出すのを決しかねてるらしかった。クリストフは珍しげに、透き通った皮膚の下に小さな戦きの過ぎるのが見えている、その変わりやすい顔を見守った。客間の中にいる周囲の人々、ただ首の延長であり肉体の一片である、どっしりした顔、重々しい物体、それとは本質的に異なってるように思われた。魂が顔の表面に現われていた。各肉片のうちに精神生活がこもっていた。
青年はどうしても口がきけなかった。クリストフは淡白に言いつづけた。
「あなたはここで、こんな人たちの中で、どうしようというんですか。」
彼は人からきらわれるほどのなみはずれた自由さで、声高に口をきいた。青年は困って、人に聞かれはすまいかと、あたりを見回さずにはいられなかった。その素振りがクリストフの気に入らなかった。青年はそれから、答える代わりに、おとなしいへまな微笑を浮かべて尋ねた。
「ではあなたは?」
クリストフは笑い出した。多少重々しい例の笑い方だった。
「そうですね、僕は……。」と彼は快活に言った。
青年は突然決心した。
「僕はほんとにあなたの音楽が好きです!」と喉がつまった声で言った。
それから彼は自分の臆病さに打ち勝つためにふたたび無駄な努力をしながら、口をつぐんだ。顔を赤らめていた。それをみずから感じていた。そのためにいっそう赤くなって、顳
や耳まで真赤になった。クリストフは微笑みながら彼をながめて、抱擁してやりたくなった。青年は彼の方へがっかりした眼を挙げた。
「いえまったく、」と彼は言った、「どうしても……それが言えません……ここでは……。」
クリストフは大きな口をきっと結んで無言の笑みを浮かべながら、この未知の青年の手をとった。その痩せた指先が掌で軽く震えて、無意識な愛情で握りしめてくるのを、彼は感じた。青年の方では、クリストフの頑丈な手が心をこめて、自分の手を握りつぶしそうにしてるのを感じた。客間の騒々しさは二人のまわりから消え失せた。彼らはただ二人きりの心地がし、たがいに友であることを知った。
それはちょっとの間だった。すぐにルーサン夫人が、クリストフの腕に扇で軽く触りながら、彼に言った。
「あなた方はもう近づきになりましたね。御紹介するにも及びませんでしょう。この人は今晩あなたのためにいらしたんですよ。」
すると二人は、ちょっと気兼ねをしてたがいに離れた。
クリストフはルーサン夫人に尋ねた。
「どういう人ですか。」
「まあ!」と彼女は言った、「あなたは御存じないんですか。きれいな詩を書かれる青年詩人ですよ。あなたの崇拝者の一人ですよ。りっぱな音楽家で、ピアノがお上手です。あの人の前では、あなたのことを批評はできません。あなたに惚れこんでるのですから。このあいだも、あなたのことで、リュシアン・レヴィー・クールと喧嘩になりかかったのですよ。」
「ああそれはありがたい!」とクリストフは言った。
「でも、そのリュシアンさんにたいしてはあなたの方が悪いんですよ。あの人もやはりあなたを好きですもの。」
「そんなことがあるものですか。たまらないことです。」
「確かですよ。」
「いえ、決して決して! 私は好きになってもらいたくはありません。」
「ちょうどあなたの崇拝者と同じことをおっしゃるのね。あなた方はどちらも狂人同士ね。その時は、リュシアンがあなたのある作品を説明していました。すると今お会いなすったあの恥ずかしがりやさんが、震えるほど怒りながら立ち上がって、あなたのことを口にしてはいけないと言い出したのです。大した意気込みじゃありませんか! おりよく私が居合わしていました。思い切って笑ってやりますと、リュシアンも私の真似をしたのです。相手は困って黙り込んで、とうとうあやまりましたわ。」
「気の毒に!」とクリストフは言った。
彼は感動していた。
「どこへ行ったんでしょう?」と彼はつづけて言いながら、他のことを話しかけるルーサン夫人へは耳も貸さなかった。
彼は青年を捜し始めた。しかしその友は姿を隠していた。クリストフはルーサン夫人の方へもどってきた。
「なんという名前ですか教えてください。」
「どなた?」と彼女は尋ねた。
「今のお話の人です。」
「あなたの若い詩人の方ですか。」と彼女は言った。「オリヴィエ・ジャンナンというんですよ。」
その名前の反響は、クリストフの耳へは、よく知ってる音楽のように響いた。一人の若い女の影が、彼の眼の底にちょっと浮かんだ。しかし新しい面影が、友の面影が、すぐにそれを消してしまった。
クリストフは家へ帰りかけた。群集の中に交って、パリーの街路を歩いていった。何にも見えも聞こえもしなかった。周囲のすべてのものにたいして、彼の感覚は閉ざされていた。世界の他の部分から山脈で隔てられてる、一つの湖水に似ていた。なんらの風も音も動揺もない。平穏だ。彼はくり返していた。
「俺には一人の友がある。」
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