Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第5巻 広場の市 La Foire sur la Place 第2部 (1) 

Une impression plus forte s'imposait à Christophe, à mesure qu'il voyait plus clair dans la cuve aux idées, où fermentait l'art parisien: la suprématie de la femme sur cette société cosmopolite. Elle y tenait une place absurde, démesurée. Il ne lui suffisait plus d'être la compagne de l'homme. Il ne lui suffisait même pas de devenir son égale. Il fallait que son plaisir fût la première loi pour l'homme. Et l'homme s'y prêtait. Quand un peuple vieillit, il abdique sa volonté, sa foi, toutes ses raisons de vivre, dans les mains de la dispensatrice de plaisir. Les hommes font les œuvres; mais les femmes font les hommes,—(quand elles ne se mêlent pas de faire aussi les œuvres, comme c'était le cas dans la France d'alors);—et ce qu'elles font, il serait plus juste de dire qu'elles le défont. L'éternel féminin a toujours exercé sans doute une force exaltante sur les meilleurs; mais pour le commun des hommes et pour les époques fatiguées, il y a, comme l'a dit quelqu'un, un autre féminin tout aussi éternel, qui les attire en bas. Cet autre était le maître de la pensée, le roi de la République.

Christophe observait curieusement les Parisiennes, dans les salons où la présentation de Sylvain Kohn et son talent de virtuose l'avaient fait accueillir. Comme la plupart des étrangers, il généralisait à toutes les Françaises ses remarques sans indulgence d'après deux ou trois types qu'il avait rencontrés: de jeunes femmes, pas très grandes, sans beaucoup de fraîcheur, la taille souple, les cheveux teints, un grand chapeau sur leur aimable tête, un peu grosse pour le corps; les traits nets, la chair un peu soufflée; un nez assez bien fait, souvent vulgaire, sans caractère, toujours; des yeux en éveil, mais sans vie profonde, qui tâchaient de se rendre le plus brillants et le plus grands possible; la bouche bien dessinée, bien maîtresse d'elle-même; le menton gras; tout le bas de la figure dénotant le caractère matériel de ces élégantes personnes, qui, si occupées qu'elles fussent d'intrigues amoureuses, ne perdaient jamais de vue le souci du monde et de leur ménage. Jolies, mais point de race. Chez presque toutes ces mondaines, on sentait la bourgeoise pervertie, ou qui eût voulu l'être, avec les traditions de sa classe: prudence, économie, froideur, sens pratique, égoïsme. Une vie pauvre. Un désir du plaisir, procédant beaucoup plus d'une curiosité cérébrale que d'un besoin des sens. Une volonté de qualité médiocre, mais décidée. Elles étaient supérieurement habillées, et avaient de menus gestes automatiques. Tapotant leurs cheveux et leurs peignes, du revers ou du creux de leurs mains, par petits coups délicats, elles s'asseyaient toujours de façon à pouvoir se mirer—et surveiller les autres—dans une glace, voisine ou lointaine, sans compter, au dîner ou au thé, les cuillers, les couteaux, les cafetières d'argent, polis et reluisants, où elles attrapaient au passage le reflet de leur visage, qui les intéressait plus que le reste du monde. Elles observaient à table une hygiène sévère: buvant de l'eau, et se privant de tous les mets, qui eussent pu porter atteinte à leur idéal de blancheur enfarinée.

La proportion des Juives était assez forte dans les milieux que fréquentait Christophe; et il était attiré par elles, bien que, depuis sa rencontre avec Judith Mannheim, il n'eût guère d'illusions sur leur compte. Sylvain Kohn l'avait introduit dans quelques salons israélites, où il avait été reçu avec l'intelligence habituelle de cette race, qui aime l'intelligence. Christophe se rencontrait à dîner avec des financiers, des ingénieurs, des brasseurs de journaux, des courtiers internationaux, des espèces de négriers,—les hommes d'affaires de la République. Ils étaient lucides et énergiques, indifférents aux autres, souriants, expansifs, et fermés. Christophe avait le sentiment qu'il y avait des crimes sous ces fronts durs, dans le passé et dans l'avenir de ces hommes assemblés autour de la table somptueuse, chargée de chairs et de fleurs. Presque tous étaient laids. Mais le troupeau des femmes, dans l'ensemble, était assez brillant. Il ne fallait pas les regarder de trop près: la plupart manquaient de finesse dans la ligne ou la couleur. Mais de l'éclat, une apparence de vie matérielle assez forte, de belles épaules qui s'épanouissaient orgueilleusement sous les regards, et un génie pour faire de leur beauté, et même de leur laideur, un piège à prendre l'homme. Un artiste eût retrouvé en certaines d'entre elles l'ancien type romain, les femmes du temps de Néron, ou de celui de Hadrien. On voyait aussi des figures à la Palma, expression charnelle, lourd menton, fortement attaché dans le cou, non sans beauté bestiale. D'autres avaient les cheveux abondants et frisés, des yeux brûlants, hardis: on les devinait fines, incisives, prêtes à tout, plus viriles que les autres femmes, et cependant plus femmes. Au milieu du troupeau, se détachait çà et là un profil plus spiritualisé. Ses traits purs, par delà Rome, remontaient jusqu'au pays de Laban: on y croyait goûter une poésie de silence, l'harmonie du Désert. Mais quand Christophe s'approchait et écoutait les propos qu'échangeait Rébecca avec Faustine la Romaine, ou Sainte Barbe la Vénitienne, il trouvait une juive parisienne, comme les autres, plus Parisienne qu'une Parisienne, plus factice et plus frelatée, qui disait des méchancetés tranquilles, en déshabillant l'âme et le corps des gens avec ses yeux de Madone.

Christophe errait, de groupe en groupe, sans pouvoir se mêler à aucun. Les hommes parlaient de chasse avec férocité, d'amour avec brutalité, d'argent seulement avec une sûre justesse, froide et goguenarde. On prenait des notes d'affaires au fumoir. Christophe entendait dire d'un bellâtre, qui se promenait entre les fauteuils des dames, une rosette à la boutonnière, grasseyant de lourdes gracieusetés:

—Comment! Il est donc en liberté?

Dans un coin du salon, deux dames s'entretenaient des amours d'une jeune actrice et d'une femme du monde. Parfois, il y avait concert. On demandait à Christophe de jouer. Des poétesses, essoufflées, ruisselantes de sueur, proféraient sur un ton apocalyptique des vers de Sully-Prudbomme et de Auguste Dorchain. Un illustre cabotin venait solennellement déclamer une Ballade mystique, avec accompagnement d'orgue céleste. Musique et vers étaient si bêtes que Christophe en était malade. Mais les Romaines étaient charmées, et riaient de bon cœur, en montrant leurs dents magnifiques. On jouait aussi de l'Ibsen. Épilogue de la lutte d'un grand homme contre les Soutiens de la Société, aboutissant à les divertir!

Ensuite, ils se croyaient tenus, naturellement, à deviser sur l'art. C'était une chose écœurante. Les femmes surtout se mettaient à parler d'Ibsen, de Wagner, de Tolstoy, par flirt, par politesse, par ennui, par sottise. Une fois que la conversation était sur ce terrain, plus moyen de l'arrêter. Le mal était contagieux. Il fallait écouter les pensées des banquiers, des courtiers et des négriers sur l'art. Christophe avait beau éviter de répondre, détourner l'entretien: on s'acharnait à lui parler musique, haute poésie. Comme disait Berlioz, «ces gens-là emploient ces termes avec le plus grand sang-froid; on dirait qu'ils parlent vin, femmes, ou autres cochonneries». Un médecin aliéniste reconnaissait dans l'héroïne d'Ibsen une de ses clientes, mais beaucoup plus bête. Un ingénieur assurait, convaincu, que, dans Maison de Poupée, le personnage sympathique était le mari. L'illustre cabotin,—un comique fameux,—ânonnait en vibrant de profondes pensées sur Nietzsche et sur Carlyle; il contait à Christophe qu'il ne pouvait pas voir un tableau de Velasquez,—(c'était le dieu du jour)—«sans que de grosses larmes lui coulassent sur les joues». Toutefois, il confiait—à Christophe, toujours,—que, si haut qu'il mît l'art, il plaçait encore plus haut l'art dans la vie, l'action, et que s'il avait eu le choix du rôle à jouer, il eût choisi Bismarck. Parfois, il se trouvait là un de ces hommes dits d'esprit. La conversation n'en était pas sensiblement relevée. Christophe faisait le compte de ce qu'ils passaient pour dire, et de ce qu'ils disaient en effet. Le plus souvent, ils ne disaient rien; ils s'en tenaient à des sourires énigmatiques; ils vivaient sur leur réputation, et ne la risquaient point. À part quelques discoureurs, en général, du Midi. Ceux-là parlaient de tout. Nul sentiment des valeurs; tout était sur le même plan. Tel était un Shakespeare. Tel était un Molière. Ou tel, un Jésus-Christ. Ils comparaient Ibsen à Dumas fils, Tolstoy à George Sand; et naturellement, c'était pour montrer que la France avait tout inventé. D'ordinaire, ils ne savaient aucune langue étrangère. Mais cela ne les gênait pas. Il importait si peu à leur public, qu'ils disent la vérité! Ce qui importait, c'était qu'ils disent des choses amusantes, et autant que possible flatteuses pour l'amour-propre national. Les étrangers avaient bon dos,—à part l'idole du jour: car il en fallait une pour la mode: que ce fût Grieg, ou Wagner, ou Nietzsche, ou Gorki, ou d'Annunzio. Cela ne durait pas longtemps, et l'idole était sûre de passer, un matin, à la boîte aux ordures.

Pour le moment, l'idole était Beethoven. Beethoven—qui l'eût dit?—était un homme à la mode. Du moins, parmi les gens du monde et les littérateurs: car les musiciens s'étaient sur-le-champ détachés de lui, suivant le système de bascule, qui est une des lois du goût artistique en France. Pour savoir ce qu'il pense, un Français a besoin de savoir ce que pense son voisin, afin de penser de même, ou de penser le contraire. Voyant Beethoven devenir populaire, les plus distingués d'entre les musiciens avaient commencé de ne le plus trouver assez distingué pour eux; ils prétendaient devancer l'opinion, et ne jamais la suivre; plutôt que d'être d'accord avec elle, ils lui tournaient le dos. Ils s'étaient donc mis à traiter Beethoven de vieux sourd, qui criait d'une voix âpre; et certains affirmaient qu'il était peut-être un moraliste estimable, mais un musicien surfait.—Ces mauvaises plaisanteries n'étaient pas du goût de Christophe. L'enthousiasme des gens du monde ne le satisfaisait pas davantage. Si Beethoven était venu à Paris, en ce moment, il eût été le lion du jour: c'était fâcheux pour lui qu'il fût mort depuis un siècle. Sa musique comptait pour moins dans cette vogue que les circonstances plus ou moins romanesques de sa vie, popularisée par des biographies sentimentales. Son masque violent, au mufle de lion, était devenu une figure de romance. Les dames s'apitoyaient sur lui; elles laissaient entendre que, si elles l'avaient connu, il n'eût pas été si malheureux; et leur grand cœur était d'autant plus disposé à s'offrir qu'il n'y avait aucun risque que Beethoven les prît au mot: le vieux bonhomme n'avait plus besoin de rien.—C'est pourquoi les virtuoses, les chefs d'orchestre, les impresarii se découvraient des trésors de piété pour lui; et, en leur qualité de représentants de Beethoven, ils recueillaient les hommages qui lui étaient destinés. De somptueux festivals, à des prix fort élevés, donnaient aux gens du monde l'occasion de montrer leur générosité,—et parfois aussi de découvrir les symphonies de Beethoven. Des comités de comédiens, de mondains, de demi-mondains, et de politiciens chargés par la République de présider aux destinées de l'art, faisaient savoir au monde qu'ils allaient élever un monument à Beethoven: on voyait sur la liste, avec quelques braves gens qui servaient de passeport aux autres, toute cette racaille, qui eût foulé aux pieds Beethoven vivant.

Christophe regardait, écoutait. Il serrait les dents, pour ne pas dire une énormité. Toute la soirée, il restait tendu et crispé. Il ne pouvait ni parler, ni se taire. Parler, non par plaisir ou par nécessité, mais par politesse, parce qu'il faut parler, lui semblait humiliant. Dire le fond de sa pensée, cela ne lui était pas permis. Dire des banalités, cela ne lui était pas possible. Et il n'avait même pas le talent d'être poli, quand il ne disait rien. S'il regardait son voisin, c'était d'une façon trop fixe et trop intense: malgré lui, il l'étudiait, et l'autre en était blessé. S'il parlait, il croyait trop à ce qu'il disait: cela choquait tout le monde, et même lui. Il se rendait compte qu'il n'était pas à sa place; et, comme il était assez intelligent pour avoir le sens de l'harmonie du milieu, où sa présence détonnait, il était aussi choqué de ses façons d'être que ses hôtes eux-mêmes. Il s'en voulait, et il leur en voulait.

Quand il se retrouvait seul enfin dans la rue, au milieu de la nuit, il était si écrasé d'ennui qu'il n'avait pas la force de rentrer à pied chez lui; il avait envie de se coucher par terre, en pleine rue, comme il avait été, vingt fois, sur le point de le faire, lorsque, petit virtuose, il revenait de jouer au château du grand-duc. Parfois, n'ayant plus que cinq à six francs pour la fin de sa semaine, il en dépensait deux à une voiture. Il s'y jetait précipitamment, afin de fuir plus vite; et tandis qu'elle l'emportait, il gémissait d'énervement. Chez lui, il gémissait encore, dans son lit, en dormant... Et puis, brusquement, il éclatait de rire, en se rappelant une parole burlesque. Il se surprenait à la redire, en mimant les gestes. Le lendemain, et plusieurs jours après, il lui arrivait encore, se promenant seul, de gronder tout à coup comme une bête... Pourquoi allait-il voir ces gens? Pourquoi retournait-il les voir? Pourquoi s'obliger à faire des gestes et des grimaces, comme les autres, à feindre de s'intéresser à ce qui ne l'intéressait pas?—Est-ce qu'il était bien vrai que cela ne l'intéressât pas?—Il y a un an, il n'eut jamais pu supporter cette société. Maintenant, elle l'amusait tout en l'irritant. Était-ce un peu de l'indifférence parisienne qui s'insinuait en lui? Il se demandait avec inquiétude s'il était donc devenu moins fort. Mais c'était au contraire qu'il l'était davantage. Il était plus libre d'esprit dans un milieu étranger. Ses yeux s'ouvraient malgré lui a la grande Comédie du monde.

D'ailleurs, que cela lui plût ou non, il fallait bien continuer cette vie, s'il voulait que son art fût connu de la société parisienne, qui ne s'intéresse aux œuvres que dans la mesure où elle connaît les artistes. Et il fallait bien qu'il cherchât à être connu, s'il voulait trouver des leçons à donner parmi ces Philistins, dont il avait besoin pour vivre.

Et puis, l'on a un cœur; et, malgré soi, le cœur s'attache; il trouve à s'attacher, dans quelque milieu que ce soit; s'il ne s'attachait, il ne pourrait vivre.

Parmi les jeunes filles que Christophe avait pour élèves, était la fille d'un riche fabricant d'automobiles, Colette Stevens. Son père était Belge, naturalisé Français, fils d'un Anglo-Américain établi à Anvers et d'une Hollandaise. Sa mère était Italienne. C'était une famille bien parisienne. Pour Christophe,—pour beaucoup d'autres,—Colette Stevens était le type de la jeune fille française.

Elle avait dix-huit ans, des yeux noirs veloutés, qu'elle faisait doux aux jeunes gens, des prunelles d'Espagnole, qui remplissaient tout l'orbite de leur humide éclat, un petit nez un peu long et fantasque, qu'elle fronçait et remuait légèrement en parlant, avec des moues mutines, les cheveux désordonnés, un minois chiffonné, la peau médiocre, frottée de poudre, les traits gros, un peu gonflés, l'air d'un petit chat bouffi.

De proportions toutes menues, très bien habillée, séduisante, agacinante, elle avait des manières mignardes, précieuses, niaisottes; elle jouait la fillette, se balançant deux heures dans son fauteuil à bascule, poussant des petits cris, des:

—Non? C'est pas possible?... à table, battant des mains, quand il y avait un plat qu'elle aimait; au salon, grillant des cigarettes, affectant, devant les hommes, une affection exubérante pour ses amies, se jetant à leur cou, leur caressant la main, leur chuchotant à l'oreille, disant des ingénuités, disant aussi des méchancetés, admirablement, d'une voix douce et frêle, qui savait même, à l'occasion, dire des choses très lestes, sans avoir l'air d'y toucher, qui savait encore mieux en faire dire,—l'air candide d'une petite fille bien sage, les yeux brillants, aux paupières lourdes, voluptueux et sournois, qui regardaient de côté, malignement, guettant tous les potins, happant toutes les polissonneries de la conversation, et tâchant de pêcher çà et là quelque cœur à la ligne.

Ces singeries, ces parades de petit chien, cette ingénuité frelatée, ne plaisaient à Christophe en aucune façon. Il avait autre chose à faire qu'à se prêter aux manèges d'une petite fille rouée, ou même qu'à les considérer, d'un œil amusé. Il avait à gagner son pain, à sauver de la mort sa vie et ses pensées. Le seul intérêt pour lui de ces perruches de salon était de lui en fournir les moyens. En échange de leur argent, il leur donnait ses leçons, en conscience, le front plissé, l'esprit tendu vers la tâche, afin de ne se laisser distraire ni par l'ennui qu'elle lui causait, ni par les agaceries de ses élèves, quand elles étaient aussi coquettes que Colette Stevens. Il ne faisait guère plus d'attention à elle qu'à la petite cousine de Colette, une enfant de douze ans, silencieuse et timide, que les Stevens avaient prise chez eux, et à qui il enseignait aussi le piano.

Mais Colette était trop fine pour ne pas sentir qu'avec lui toutes ses grâces étaient perdues, et trop souple pour ne pas s'adapter instantanément aux façons de Christophe. Elle n'avait même pas besoin de s'appliquer pour cela. C'était un instinct de sa nature. Elle était femme. Elle était une onde sans forme. Toutes les âmes qu'elle rencontrait lui étaient comme des vases, dont, par curiosité, par besoin, sur-le-champ, elle épousait les formes. Pour être, il fallait toujours qu'elle fût un autre. Toute sa personnalité, c'était qu'elle ne le restait pas. Elle changeait de vases, souvent.

Christophe l'attirait, pour beaucoup de raisons, dont la première était qu'il n'était pas attiré par elle. Il l'attirait encore, parce qu'il était différent de tous les jeunes gens qu'elle connaissait: elle n'avait jamais essayé encore d'une potiche de cette forme et de ces aspérités. Il l'attirait enfin, parce qu'experte, de race, à évaluer du premier coup d'œil le prix exact des potiches et des gens, elle se rendait parfaitement compte qu'à défaut d'élégance, Christophe avait une solidité, qu'aucun de ses bibelots parisiens ne pouvait lui offrir.

Elle faisait de la musique, comme la plupart des jeunes filles oisives. Elle en faisait beaucoup et peu. C'est-à-dire qu'elle en était toujours occupée, et qu'elle n'en connaissait presque rien. Elle tripotait son piano, toute la journée, par désœuvrement, par pose, par volupté. Tantôt elle en faisait, comme du vélocipède. Tantôt elle pouvait jouer bien, très bien, avec goût, avec âme,—(on eût presque dit qu'elle en avait une: il suffisait qu'elle se mît à la place de quelqu'un qui en avait une).—Elle était capable d'aimer Massenet, Grieg, Thomé, avant de connaître Christophe. Mais elle était aussi capable de ne plus les aimer, depuis qu'elle connaissait Christophe. Et maintenant, elle jouait Bach et Beethoven très proprement,—(ce qui, à la vérité, n'est pas beaucoup dire);—mais le plus fort, c'est qu'elle les aimait. Au fond, ce n'était ni Beethoven, ni Thomé, ni Bach, ni Grieg, qu'elle aimait: c'étaient les notes, les sons, ses doigts qui couraient sur les touches, les vibrations des cordes qui lui grattaient les nerfs comme autant d'autres cordes, leurs chatouilleries voluptueuses.

Dans le salon de l'hôtel aristocratique, décoré de tapisseries un peu pâles, avec, sur un chevalet, au milieu de la pièce, le portrait de la robuste madame Stevens par un peintre à la mode, qui l'avait représentée languissante, comme une fleur sans eau, les yeux mourants, le corps tordu en spirale, pour exprimer la rareté de son âme millionnaire,—dans le grand salon aux baies vitrées, donnant sur de vieux arbres, que la neige poudrait, Christophe trouvait Colette toujours assise devant son piano, ressassant indéfiniment les mêmes phrases, se caressant les oreilles de dissonances moelleuses.

—Ah! faisait Christophe, en entrant. Voilà la chatte, qui fait encore ronron!

—Malhonnête! disait-elle, en riant...

(Et elle lui tendait sa main un peu moite.)

—... Écoutez cela. Est-ce que ce n'est pas joli?

—Très joli, disait-il, d'un ton indifférent.

—Vous n'écoutez pas!... Voulez-vous bien écouter!

—J'entends... C'est toujours la même chose.

—Ah! vous n'êtes pas musicien, faisait-elle, avec dépit.

—Comme si c'était de musique qu'il s'agissait!

—Comment! ce n'est pas de musique?... Et de quoi, s'il vous plaît?

—Vous le savez très bien; et je ne vous le dirai pas, parce que ce ne serait pas convenable.

—Raison de plus pour le dire.

—Vous le voulez?... Tant pis pour vous!... Eh bien, savez-vous ce que vous faites avec votre piano?... Vous flirtez.

—Par exemple!

—Parfaitement. Vous lui dites: «Cher piano, cher piano, dis-moi des gentils mots, encore, caresse-moi, donne-moi un petit baiser!»

—Mais voulez-vous vous taire! dit Colette, moitié riante, moitié fâchée. Vous n'avez pas la moindre idée du respect.

—Pas la moindre.

—Vous êtes un impertinent... Et puis d'abord, quand cela serait, est-ce que ce n'est pas la vraie façon d'aimer la musique?

—Oh! je vous en prie, ne mêlons pas la musique à cela!

—Mais c'est la musique même! Un bel accord, c'est un baiser.

—Je ne vous l'ai pas fait dire.

—Est-ce que ce n'est pas vrai?... Pourquoi haussez-vous les épaules? Pourquoi faites-vous la grimace?

—Parce que cela me dégoûte.

—De mieux en mieux!

—Cela me dégoûte d'entendre parler de la musique, comme d'un libertinage... Oh! ce n'est pas votre faute. C'est la faute de votre monde. Toute cette fade société qui vous entoure regarde l'art comme une sorte de débauche permise... Allons, assez là-dessus! Jouez-moi votre sonate.

—Mais non, causons encore un peu.

—Je ne suis pas ici pour causer, je suis ici pour vous donner des leçons de piano... En avant, marche!

—Vous êtes poli! disait Colette, vexée,—ravie, au fond, d'être ainsi rudoyée.

パリーの芸術が発酵してる思想の醸造桶おけを、クリストフは次第にはっきりとのぞき込むにつけ、一つの強い印象を受けた。それは、この世界一家的な社会における婦人の最上権であった。婦人はこの社会で、法外な異常な地位を占めていた。もはや男子の伴侶はんりょたることだけでは満足しなかった。男子と同等になってさえも満足しなかった。婦人の喜びが男子にとっての第一の掟とならなければ承知しなかった。そして男子もそれに賛成していた。民衆は老衰してゆく時、その意志や信念やあらゆる生存の理由を、快楽を与えてくれる者の手に委ゆだねるものである。男子は作品を作る。しかし女子は男子を作る――(当時のフランスにおけるごとく、女子もまた作品を作ることに立ち交らない時には)――そして女子が作るというのも、実は破壊するといった方が至当かもしれない。もちろん、永遠の女性は常に、優良な男子の上に刺激的な力を与えはした。しかし一般男子にとっては、疲弊した時代にとっては、だれかが言ったように、まったく別な女性がある。この女性もまた永遠なものではあるが、男子を下へ引きおろすのである。そしてかかる女性こそ、パリーの思想の主人であり、フランス共和国の王であった。

クリストフは、シルヴァン・コーンの紹介により、また自分の技倆ぎりょうによって、多くの客間サロンから迎えられていたが、そこで彼は珍しげに、パリー婦人を観察した。彼は多くの外国人と同じく、自分が出会った二、三の類型によって得た仮借かしゃくなき意見を、フランス婦人全般に押し広げてしまった。その類型というのは、年若な婦人で、大して背が高くなく、さほど清楚せいそでもなく、しなやかな身体、染めた髪の毛、愛嬌ある顔の上にある、身体不相応に大きな帽子。はっきりした顔だち、少し脹ふくれっ気味の肉。どれもみな、かなり格好はよいが、たいてい卑俗で、特質のない小さな鼻。なんら深い生命はないがいつも活発であって、できるだけ輝かせ、できるだけ大きく見せようとつとめてる眼。しまりのよいきっぱりした口。ぽってりした頤あご。恋愛事件にばかり没頭しながらも、決して世間や家庭への注意をも怠らないそれら華奢きゃしゃな婦人らの、物質的な性質を示してる顔の下部。きれいではあるが、民族的な根は少しもない。それら社交婦人のほとんどすべてには、一種の臭みが感ぜられた。腐敗してる中流婦人の臭みであり、もしくはそう見せたがってる中流婦人の臭みであって、その階級特有の伝統が見えていた、慎重、倹約、冷静、実際的能力、利己主義など。貧弱なる生活。官能の要求よりもむしろ頭の好奇心から多く発した、快楽の欲望。平凡なしかも断固たる意志。きわめてりっぱに衣服をまとい、自動的な細かな身振りをしていた。手の甲や掌たなごころで、髪や櫛くしをこまかにたたきなでていた。そしていつも、大鏡の近くででもまた遠くででも、自分の姿が映るようなふうに――そして他人をも監視できるようなふうに――すわるのであった。そのうえになお、食事の時でもまたはお茶の時でも、よくみがかれて光ってる匙さじやナイフや銀の珈琲皿コーヒーざらなどに、自分の顔がちらと映るのを見落とさないで、何よりもその方を多く気にかけていた。食卓ではきびしい摂生法を守まもっていた。理想的な白粉おしろいののりぐあいを害するかもしれないような食物は、いっさい口にしないで、水ばかり飲んでいた。
クリストフが出入する周囲には、ユダヤ婦人が割合に多かった。彼はユーディット・マンハイムに出会って以来、ユダヤ婦人にあまり空望をかけはしなかったが、それでも、いつも彼女らにひきつけられた。シルヴァン・コーンは彼を、イスラエル系統の二、三の客間サロンへ紹介していた。そこで彼は、才知を好むこの民衆に通例の才知をもって迎えられた。その晩餐ばんさんの席で出会ったのは銀行家、技師、新聞記者、国際的仲介人、アルジェリアの黒奴こくど売買人的な者ども――すべてフランス共和国の実務家らであった。彼らは明敏で精力家で、他人には無頓着むとんじゃくで、微笑をたたえ、腹蔵なきふりをし、しかも腹の底を堅く閉ざしていた。クリストフは、肉と花とを積んだ豪奢ごうしゃな食卓のまわりに集まってるそれらの人々の、過去と未来とのうちに、そのきびしい額ひたいの下に、種々の罪悪が潜んでるように感ずることがあった。ほとんどすべての者が醜かった。しかし婦人の連中は、全体として見ると、かなり光っていた。あまり近寄ってながめてはいけなかった。多くは線や色の繊麗さを欠いでいた。しかし光輝はそなえていて、かなり強烈な物質的生気をもった風貌ふうぼう、見せつけがましく傲然ごうぜんと差し出してる美しい肩、その美やまたは醜をも、男子をとらえる罠わなとなすだけの才能、などをもっていた。美術家だったら、ローマ式の古い型、ネロやハドリアヌス時代の婦人を、彼女らのうちのある者に見出したであろう。また、肉感的な表情をし重々しい頤あごがしっかりと首にくっついていて、獣的な美がないでもない、パルマ式な顔も見られた。またある者は、房々ふさふさとした縮れ毛と、燃えるような果敢な眼とをもっていた。よく観察すると、そういう女らは慧敏けいびんで、鋭利で、万事にゆきわたり、他の女よりもさらに男らしく、それでもまたさらに女性であった。またかかる連中の間に、あちらこちらに、いっそう霊的な顔が際きわだっていた。その清純な顔だちは、ローマを越えて、ラバンの国へまでさかのぼるものであった。静寂の詩が、砂漠さばくの諧調かいちょうが、その顔には感ぜられた。しかしクリストフはそばに寄っていって、このレベッカのような婦人が、ローマのファウスチナやヴェニスの聖バルブなどのような婦人とかわす言葉を聞いた時、それもやはり他の者らと同じく、ユダヤ系のパリー女にすぎないことを知った。しかも本来のパリー女よりいっそうパリー的で、いっそう技巧的であり作り物であって、マドンナのような眼で人々の魂や身体を赤裸に看破しながら、平気な意地悪を言っていた。
クリストフはどの連中にも仲間入りすることができずに、一つの連中から他の連中へとさまよい歩いた。男子らは、獰猛どうもうな調子で狩猟の話をし、粗暴な調子で恋愛の話をし、ただ金銭のことだけは、冷静な嘲笑ちょうしょう的な正確さで話していた。喫煙室で用件を書き取っていた。一輪の薔薇ばらをボタンの穴にさして、重々しい喉声のどごえの愛嬌あいきょうをふりまきながら、女たちの椅子いすから椅子へと歩き回ってる色男について、次のような言葉をクリストフは耳にした。
「なに、彼奴あいつは自由な身になったのか。」
客間の片隅かたすみでは、若い女優や貴婦人の情事について、二人の婦人が話し合っていた。時々音楽の演奏が催されることもあった。クリストフは演奏を求められた。女流詩人らが息を切らし汗を流しながら、シュリー・プリュドンムやオーギュスト・ドルシャンの詩句を、朦朧もうろうたる調子で誦しょうした。ある名高い大根役者が来て、天国的なオルガン伴奏につれて、神秘なる譚歌をおごそかに吟じた。しかしその音楽も詩句もあまりに馬鹿げていたので、クリストフは気色が悪くなった。しかしそれらローマ型の婦人らは非常に愉快がって、みごとな歯並みを見せながら心から笑っていた。またイプセンの物が演ぜられることもあった。社会の柱たる人々にたいする偉人の争闘が、これらの婦人たちの慰みとなったのは、面白い結末と言うべきである。
次に彼らは皆、芸術談をなす義務があるかのようにおのずから信じていた。それは実にたまらないことだった。ことに婦人らは、昵懇じっこんや礼儀や退屈や愚蒙などのために、イプセン、ワグナー、トルストイ、などの話を始めるのであった。一度会話がこの方面に向かってくると、もう引き止める術すべがなかった。その病癖は感染していった。銀行家や仲買人や奴隷売買人らの芸術観を、聞かなければならなかった。クリストフは、返答を避け話頭をそらそうとつとめたが無駄むだだった。彼らは競うて、音楽や高級の詩の話をもちかけてきた。ベルリオーズが言ったように、「その連中はきわめて冷静にそういう言葉を使った。あたかも酒や女やまた他のくだらない事柄をでも話すように。」ある精神病専門の医者は、イプセンの女主人公のうちに、自分の患者の一人の姿を、その方がはるかに馬鹿ではあったが、認めていた。一人の技師は、人形の家の中で同情し得られる人物は夫であると、本気で断言していた。名高い大根役者――著名な喜劇役者――は、ニーチェやカーライルに関して、深奥な思想を震え声で口ごもっていた。ベラスケス――(それは当時の神であった)――の絵を見るといつでも、「大粒の涙が頬ほおに流れざるを得ない」と、彼はクリストフに話してきかした。それでも彼のうち明け話――やはりクリストフにたいしての――によれば、彼はいかに芸術を高位にすえるにしても、実人生の芸術を、行為を、さらに高位にすえていて、もし演じたい役割を選ぶとすれば、ビスマルクの役を選びたがっていた。また時々一座の中には、いわゆる才人が交っていた。しかしそのために会話が明らかに高尚となるようなことはなかった。彼らが言ってるつもりでいる事や現に言ってる事などを、クリストフはよくあらためてみた。するとたいてい彼らは、何にも言っていないことが多かった。謎なぞめいた微笑を浮かべて満足しきっていた。自分の名声だけで生きていて、それを損じないようにしていた。また弁舌家もいた。たいてい南欧の者だった。この連中はどんなことでも話した。価値にたいする感じを具えていなかった。すべてを同一の平面に置いていた。シェイクスピヤ気取りの者もいた。モリエール気取りの者もいた。あるいはイエス・キリスト気取りの者もいた。彼らはイプセンを子デューマに比較したり、トルストイをジョルジュ・サンドに比較したりした。そしてそれはもちろん、フランスがすべてを発明したのだということを示さんためにであった。普通彼らはどの外国語も知らなかった。しかしそれに困らされはしなかった。彼らが真実のことを言ってるかどうかは、その聴きき手にはどうでもいいことだった。大事なことは、面白くてできるだけ国民的自尊心におもねるような事柄を、口にするということだった。外国人は盛んにののしられていた! その時々の偶像を除けば。偶像と言えばグリーグ、ワグナー、ニーチェ、ゴーリキー、ダヌンチオ、だれであろうと、とにかく流行にとってその一つがいつも必要だった。ただし長つづきはしなかった。今日の偶像はいつか塵ちり箱に入れられるの運命にあった。
当時にあっては、偶像はベートーヴェンだった。ベートーヴェンが――いずくんぞ知らん――流行児だったのだ。少なくとも、上流人士と文学者との間ではそうだった。音楽家らの方は、フランスにおける芸術趣味の一の法則たるシーソー的な方法で、すぐにベートーヴェンから離れてしまっていた。フランス人は自分の考えを知るためには、まず隣人の考えを知りたがり、それによって、同じように考えるかあるいは反対に考えるかするものである。かくて、ベートーヴェンが広く知られてきたのを見ると、音楽家らのうちの最も秀ひいでた人々は、ベートーヴェンも自分らから見るとそう秀でた者ではないと考え始めた。彼らは世論に先んじようとしていて、決して世論のあとに従ってゆこうとはしなかった。世論に同意するよりはむしろ、それに背を向けたがっていた。それで彼らはベートーヴェンをもって、金切り声で叫ぶ聾の老人だとした。傾聴すべき道徳家ではあるかもしれないが、音楽家としては買いかぶられてるものだと、断定する者さえあった。――そういう悪い冗談は、クリストフの趣味に適しなかった。また上流人士の心酔もやはり彼を満足させなかった。もしベートーヴェンがその時パリーへ来たら、彼は当時の獅子ししとなり得たであろう。惜しいかな彼は一世紀前に死んでいた。それにまた、感傷的な伝記によって世に広く知られてる、彼の生涯しょうがいの多少小説的な事情の方が、彼の音楽よりもさらに多く、この流行を助けていた。獅子のような顔つきをした彼の荒々しい面影は、小説的な顔だちとなされていた。婦人らは彼に同情を寄せていた。もし自分が彼を知っていたら彼をあれほど不幸にはさせなかったものをと、彼女らははばからず言っていた。そしてベートーヴェンがその言葉を真面目まじめに取るの恐れがなかっただけに、なおさら彼女らはその寛大な心をささげようとしていた。がこの好々爺こうこうやはもはや故人となって、何物をも求めてはいなかったのである。――それゆえに、名手や管弦楽長や劇場主らは、多くの憐憫れんびんを彼にかけてやっていた。そしてベートーヴェンの代表者だという資格で、ベートーヴェンにささげられた敬意を身に引き受けていた。ごく高価な華麗な大音楽会は、上流人士らに、その寛仁さを示す機会を与えていた。――時としてはまた、ベートーヴェンの交響曲シンフォニーを発見する機会を与えていた。俳優や軽薄才子や遊蕩ゆうとう者や、芸術の運命を監理するの任をフランス共和国から帯びせられた政治家、そういう連中から成る委員らが、ベートーヴェンの記念碑建設の計画を、世間に発表していた。ベートーヴェンが生きていたらその足下に踏みにじられそうな下劣な連中が、かつぎ上げられてる若干のりっぱな人物とともに、その名簿に名を連ねていた。
クリストフはながめまた聴いていた。悪口を言うまいと歯をくいしばっていた。そんな晩じゅう、気を張りつめ身体をひきつらしていた。口をきくことも黙ってることもできなかった。愉快からでもなくまた必要からでもなく、口をきかなければいけないという礼儀から口をきくことは、彼には卑しい恥ずかしいことのように思われた。心底の考えを口に出すことは、彼に許されなかった。つまらないお座なりを言うことは、彼にはできない業だった。しかも黙っていて礼を失しっしないだけの才能を、彼はもっていなかった。隣席の人をながめるにしても、あまりにじっと見つめるのであった。彼はわれ知らず隣席の人を研究してるのであって、向こうはそれを不快に感じた。口をきけば、自分の言うところをあまりに信じすぎていた。それは皆のものにとって、また彼自身にとっても、気まずいことだった。彼は自分の来るべき場所でないことをよく知っていた。そして相当に怜悧れいりで、一座の調子が合ってるのを感ずることができ、自分が交ってるためにその調子が狂ってるのを感ずることができたので、来客らと同じように自分でも自分の態度が気にくわなかった。彼はみずから自分を恨みまた他人を恨んでいた。
真夜中ごろついに街路に出て一人っきりになると、厭いやで厭でたまらなくて、歩いて帰るだけの力がなかった。昔少年名手であったころ、大公爵邸の演奏から帰る途中、幾度もしたがったと同じように、往来のまん中に寝そべってしまいたかった。時とすると、一週間の間五、六フランしかもたないにもかかわらず、その二フランを馬車に費やしてしまうこともあった。早く逃げ出すために急いで馬車に飛び乗るのだった。馬車に運ばれながらがっかりして嘆息していた。家に帰っても寝床の中で、眠りながら嘆息していた……。それから突然、おかしな言葉を思い出して放笑ふきだした。その身振りを真似まねて言葉をくり返しながら、自分でもびっくりした。翌日、または数日後、一人で歩き回りながら、にわかに獣のように唸うなり出すことがあった。……なぜああいう連中に会いに行くのか? なぜ彼らに会いにまたやって行くのか? 他人と同様に身振りをししかめ顔をし、面白くもないことに面白がってるふうをすることが、なぜ余儀ないのか?――面白くないというのはほんとうなのか?――一年前だったら、彼はかかる仲間には我慢ができなかったはずである。しかし今や、彼らは彼をいらだたせながらも実は面白がらせていた。パリー風の無関心さが多少彼のうちにしみ込んできたのか? 彼は不安の念をもって、自分が弱くなったのではないかと怪しむこともあった。しかし反対に、彼はいっそう強くなったのだった。他国の社会において、彼の精神はいっそう自由になったのだった。彼の眼はわれにもあらず、世間の大喜劇に向かって開かれていた。
そのうえ、芸術家を知るにつれてその作品に興味をもちだしてくるこのパリーの社会から、自分の芸術が知られんことを望むならば、彼は否でも応でもかかる生活をつづけなければならなかった。またこれらの俗衆の間に、生活に必要な稽古けいこの口を得んと望むならば、彼は人に知られることを求めなければならなかった。
それにまた、人は一つの心をもっている。心は知らず知らず愛着する。いかなる環境にあっても、愛着の対象を見出してゆく。もし愛着しないとすれば、生きることができないのである。

クリストフが稽古を授けてる若い令嬢のうちに、自動車を製造してる富豪の娘で、コレット・ストゥヴァンというのがあった。父はフランスに帰化してるベルギー人で、アンヴェルスに住まってるアングロ・アメリカ人とオランダ婦人との間あいの子であった。娘の母親はイタリー人であった。それはまったくパリー的な家庭だった。クリストフにとっては――また多くの他人の眼から見ても――コレット・ストゥヴァンはフランスの若い令嬢の典型だった。
彼女は十八歳になっていた。若い男たちにやさしみを送るビロードのような真黒な眼、湿うるんだ光を眼いっぱいにみなぎらすスペイン風な瞳ひとみ、すねたような口つきをしながら話の間に軽く顰ひそめたり動かしたりする、やや長い奇妙な小さい鼻、乱れた髪、愛嬌たっぷりの顔、白粉をなすりつけた平凡な肌はだ、やや脹ふくれっ気味の大きな顔だち、太った子猫こねこのような様子。
彼女はごくすらりとした身体つきで、服の着つけもよく、誘惑的な挑戦ちょうせん的な姿だったが、わざとらしい馬鹿げた嬌態きょうたいをいつも見せていた。小娘らしいふりを装よそおって、船底肱掛椅子ひじかけいすでいつまでも身体を揺り、「どう、そんなのないの?」などと小さな叫び声をたて、食卓で自分の好きな料理が出ると、両手をたたき、客間では、巻煙草たばこを吹かしてみ、男の前で女の友だちにたいする途方もない愛情の様子を見せ、その首に飛びつき、その手をなで、その耳にささやき、やさしい細い声で、無邪気なことを言い、また巧みに悪口をも言い、場合によっては、何気ないふうでごく際きわどい事をも言い、またいっそうそれを人にも言わせ、――きわめておとなしい小娘のような清純な様子をし、重々しい眼瞼まぶたのある、肉欲的な陰険な輝いた眼で、狡猾こうかつそうな横目を使い、あらゆる冗談を待ち受け、あらゆる猥みだらな話を拾い取り、どこかで男の心を釣つろうとつとめていた。
それらの猿さる知恵は、小犬のようなそれらの道化振りは、猫被ねこかぶりのその無邪気さは、いかにしてもクリストフの気に入るはずがなかった。放縦ほうじゅうな娘の策略に巻き込まれたり、あるいは面白そうな眼でそれをながめることよりも、彼には他になすべきことがあった。彼はパンを得なければならなかった、自分の生命と思想とを死から救わなければならなかった。客間の鸚鵡おうむたる彼女らから受ける唯一の利益は、この必要な方法を得るということだけだった。彼は金の代わりに彼女に、稽古けいこを授けていた。額ひたいに皺しわを寄せ、仕事に気をこめて、熱心にやりながら、仕事のつまらなさ加減のために気を散らされないようにし、またコレット・ストゥヴァンのように婀娜あだっぽい弟子でしたちの揶揄やゆのために、気を散らされないようにつとめていた。彼はコレットにたいしても、その小さな従妹いとこにたいするくらいの注意をしか払っていなかった。この従妹というのは、黙った内気な十二歳の少女で、ストゥヴァン家に引き取られていたものであるが、やはりクリストフからピアノを教わっていた。
しかしコレットはきわめて機敏だったので、自分の容色もクリストフにたいしては無駄むだであると感ぜずにはいなかったし、またきわめて柔和だったので、一時彼のやり方に順応せずにはいなかった。彼女はそれをみずからつとめるにも及ばなかった。それは生来の一本能だった。彼女は女だった、形のない波のようなものだった。彼女が出会うあらゆる魂は、彼女にとっては器うつわのようなもので、彼女は好奇心からまた必要から、すぐにその形をみずから取るのであった。存在せんがためには、いつも他の人となる必要があった。彼女の性格と言えば、一つの性格者でないということであった。彼女はしばしば自分の器を取り換えていた。
クリストフは彼女をひきつけていた。それには多くの理由があったが、その第一のものは、彼が彼女からひきつけられていないということだった。なお他の理由としては、彼女の知ってるあらゆる青年と彼が異なってるからでもあった。こんな形のこんな粗暴な容器に、彼女はまだかつて順応しようとしたことがなかった。また最後の理由としては、彼女は容器や人々の正確な価値を一見して評価するのに、民族的な巧慧こうけいさをそなえていたから、クリストフには優雅な点はないが、骨董こっとう品的なパリー人の示すことのできない堅実さをもっているということを、完全に見て取ったからであった。
彼女は現代の暇な若い娘の大多数と同じ調子で、音楽をやっていた。盛んにやるとともにほとんどやっていなかった。言い換えれば、常に音楽をやりながらほとんど何にも知らなかった。仕事がないために、様子ぶるために、楽しみのために、終日ピアノをたたきちらしていた。あるいは自転車をでも取扱うようなふうにやることもあった。あるいは趣味と魂とをこめてごくうまくひくこともあった。――(彼女は一つの魂をもってるとも言えるほどだった。しかしそれには、一つの魂をもってるだれかの地位に身を置けば十分なのであった)――彼女はクリストフを知る前には、マスネー、グリーグ、トーマ、などを好むこともできた。しかしクリストフを知ってからは、そういう人々をもう好まないこともできた。そして今ではバッハやベートーヴェンをごく正しくひいていた――(実を言えばそれは大したことでない)――しかしいいことには、彼女は彼らを好んでいた。が結局は、彼女が好んでいたものは、ベートーヴェンでもトーマでもバッハでもグリーグでもなかった。それは、音符をであり、音響をであり、鍵盤けんばんの上を走る自分の指をであり、神経の弦を刺激する弦の震えをであり、快感をそそるそのくすぐりをであった。
貴族的な邸宅の客間の中は、やや色褪あせた壁布で飾られていて、室のまん中の画架の上には、強健なストゥヴァン夫人の肖像がかかっていた。流行児の一画家が描いたもので、眼には光がなく、身体は螺旋らせん状にねじ曲げて、百万長者の魂の世に稀有けうなことを表現するため、あたかも水なき花のように、憔悴しょうすいした姿に描かれていた。ガラス窓の壁口からは、白雪を頂いただいた老樹が見えていた。――その大きな客間の中に、いつもピアノにすわってるコレットを、クリストフは見出した。彼女は際限もなく同じ楽句をくり返し、柔らかな調子はずれの響きで耳を楽しませていた。
「ああ、」とクリストフははいりながら言った、「また猫ねこが喉のどを鳴らしていますね。」
「いやな方かた!」と彼女は笑いながら言った。
(そして彼女はやや湿っぽい手を彼に差し出した。)
「……まあ聴きいてちょうだい。りっぱじゃありませんか。」
「たいへん結構です。」と彼は冷淡な調子で言った。
「聴いていらっしゃらないのね。……よく聴いてちょうだいよ!」
「聞いていますよ。……いつも同じものですね。」
「ああ、あなたは音楽家じゃないわね。」と彼女はむっとして言った。
「それでも音楽のつもりですか。」
「え、音楽じゃないんですって?……では、なんだとおっしゃるの?」
「御自分でよくわかってるでしょう。失礼に当たるから私の口からは言いますまい。」
「そんならなおおっしゃらなけりゃいけません。」
「言ってもらいたいんですか。……お気の毒さま!……いったいあなたは、ピアノを相手に何をしてるのか自分で知っていますか。……あなたはふざけてるんです。」
「まあ!」
「そうですとも。あなたはピアノにこう言っています、ピアノさん、ピアノさん、優しい言葉を聞かしてちょうだい、もっとよ、私をかわいがってちょうだい、ちょっとキスしてちょうだいよ!」
「もうたくさんよ!」とコレットは半ば笑い半ば怒おこって言った。「あなたには人を尊敬する念が少しもないのね。」
「少しもありませんよ。」
「横柄おうへいな方ね。……それに第一もしそうだったとしても、それこそほんとうに音楽を愛する仕方ではありませんか。」
「ああ、お願いだから、音楽とそんなこととを混同しないでください。」
「でもそれが音楽ですわ。美しい和音は接吻せっぷんと同じですもの。」
「そんなことをあなたに教えた覚えはありません。」
「でもほんとにそうじゃありませんか……。なぜ肩を怒らしなさるの。なぜ顔をしかめなさるの?」
「不快だからです。」
「まあひどいわ。」
「不品行の話でもするような調子で、音楽のことを言われるのを聞くのは、私は不快です。……しかし、それはあなたが悪いのではない。あなたの世界が悪いからです。あなたをとり巻いてるこの無趣味な社会は、芸術を一種の許された道楽だと見なしている。……さあ、おすわりなさい。奏鳴曲ソナタをひいてごらんなさい。」
「でも、もう少し話しましょう。」
「私は話をしに来てるのではありません。ピアノを教えに来てるのです。……さあ、やりましょう。」
「御親切ね!」とコレットは当惑して言った。――心のうちでは、かくひどい取り扱いを受けたのがうれしかった。

 

Elle jouait son morceau, s'appliquant de son mieux; et, comme elle était habile, elle y réussissait très passablement, parfois même assez bien. Christophe, qui n'était pas dupe, riait en lui-même de l'adresse «de cette sacrée mâtine, qui jouait, comme si elle sentait ce qu'elle jouait, quoiqu'elle n'en sentît rien». Il ne laissait pas d'en éprouver pour elle une sympathie amusée. Colette, de son côté, saisissait tous les prétextes pour reprendre la conversation, qui l'intéressait beaucoup plus que la leçon de piano. Christophe avait beau s'en défendre, prétextant qu'il ne pouvait dire ce qu'il pensait, sans risquer de la blesser: elle arrivait toujours à le lui faire dire; et plus c'était blessant, moins elle était blessée: c'était un amusement. Mais comme la fine mouche sentait que Christophe n'aimait rien tant que la sincérité, elle lui tenait tête hardiment, et discutait mordicus. Ils se quittaient très bons amis.

Pourtant, jamais Christophe n'eût eu la moindre illusion sur cette amitié de salon, jamais la moindre intimité ne se fût établie entre eux, sans les confidences que Colette lui fit, un jour, autant par surprise que par instinct de séduction.

La veille, il y avait eu réception chez ses parents. Elle avait ri, bavardé, flirté comme une enragée; mais, le matin suivant, quand Christophe vint lui donner sa leçon, elle était lasse, les traits tirés, le teint gris, la tête grosse comme le poing. Elle dit à peine quelques mots; elle avait l'air éteinte. Elle se mit au piano, joua mollement, rata ses traits, essaya de les refaire, les rata encore, s'interrompit brusquement, et dit:

—Je ne peux pas... Je vous demande pardon... Voulez-vous, attendons un peu...

Il lui demanda si elle était souffrante. Elle répondit que non:

«Elle n'était pas bien disposée... Elle avait des moments comme cela... C'était ridicule, il ne fallait pas lui en vouloir.»

Il lui proposa de revenir, un autre jour; mais elle insista pour qu'il restât:

—Un instant seulement... Tout à l'heure, ce sera mieux... Comme je suis bête, n'est-ce pas?

Il sentait qu'elle n'était pas dans son état normal; mais il ne voulut pas la questionner; et, pour parler d'autre chose, il dit:

—Voilà ce que c'est d'avoir été si brillante, hier soir! Vous vous êtes trop dépensée.

Elle eut un petit sourire ironique:

—On ne peut pas vous en dire autant, répondit-elle.

Il rit franchement.

—Je crois que vous n'avez pas dit un mot, reprit-elle.

—Pas un.

—Il y avait pourtant des gens intéressants.

—Oui, de fameux bavards, des gens d'esprit. Je suis perdu au milieu de vos Français désossés, qui comprennent tout, qui expliquent tout, qui excusent tout,—qui ne sentent rien. Des gens qui parlent, pendant des heures, d'amour et d'art! N'est-ce pas écœurant?

—Cela devrait pourtant vous intéresser: l'art, sinon l'amour.

—On ne parle pas de ces choses: on les fait.

—Mais quand on ne peut pas les faire? dit Colette, avec une petite moue.

Christophe répondit, en riant:

—Alors, laissez cela à d'autres. Tout le monde n'est pas fait pour l'art.

—Ni pour l'amour?

—Ni pour l'amour.

—Miséricorde! Et qu'est-ce qui nous reste?

—Votre ménage.

—Merci! dit Colette, piquée.

Elle remit ses mains sur le piano, essaya de nouveau, manqua de nouveau ses traits, tapa sur les touches, et gémit:

—Je ne peux pas!... Je ne suis bonne à rien, décidément. Je crois que vous avez raison. Les femmes ne sont bonnes à rien.

—C'est déjà quelque chose de le dire, fit Christophe, avec bonhomie.

Elle le regarda, de l'air penaud d'une petite fille qu'on gronde, et dit:

—Ne soyez pas si dur!

—Je ne dis pas de mal des bonnes femmes, répliqua gaiement Christophe. Une bonne femme, c'est le paradis surterre. Seulement, le paradis sur terre...

—Oui, personne ne l'a jamais vu.

—Je ne suis pas si pessimiste. Je dis: Moi, je ne l'ai jamais vu; mais il se peut bien qu'il existe. Je suis même décidé à le trouver, s'il existe. Seulement, ce n'est pas facile. Une bonne femme et un homme de génie, c'est aussi rare l'un que l'autre.

—Et en dehors d'eux, le reste des hommes et des femmes ne compte pas?

—Au contraire! Il n'y a que le reste qui compte... pour le monde.

—Mais pour vous?

—Pour moi, cela n'existe pas.

—Comme vous êtes dur! répéta Colette.

—Un peu. Il faut bien que quelques-uns le soient. Quand ce ne serait que dans l'intérêt des autres!... S'il n'y avait pas un peu de caillou, par-ci par-là, dans le monde, il s'en irait en bouillie.

—Oui, vous avez raison, vous êtes heureux d'être fort, dit Colette tristement. Mais ne soyez pas trop sévère pour ceux,—surtout pour celles qui ne le sont pas... Vous ne savez pas combien notre faiblesse nous pèse. Parce que vous nous voyez rire, flirter, faire des singeries, vous croyez que nous n'avons rien de plus en tête, et vous nous méprisez. Ah! si vous lisiez tout ce qui se passe dans la tête des petites femmes de quinze à dix-huit ans, qui vont dans le monde, et qui ont le genre de succès que comporte leur vie débordante,—lorsqu'elles ont bien dansé, dit des niaiseries, des paradoxes, des choses amères dont on rit parce qu'elles rient, lorsqu'elles ont livré un peu d'elles-mêmes à des imbéciles, et cherché au fond des yeux de chacun cette lumière qu'on n'y trouve jamais,—si vous les voyiez, quand elles rentrent chez elles, dans la nuit, et s'enferment dans leur chambre silencieuse, et se jettent à genoux dans des agonies de solitude!...

—Est-ce possible? dit Christophe, stupéfait. Quoi! vous souffrez, vous souffrez ainsi?

Colette ne répondit pas; mais des larmes lui vinrent aux yeux. Elle essaya de sourire, et tendit la main à Christophe: il la saisit, ému.

—Pauvre petite! disait-il. Si vous souffrez, pourquoi ne faites-vous rien pour sortir de cette vie?

—Que voulez-vous que nous fassions? Il n'y a rien à faire. Vous, hommes, vous pouvez vous libérer, faire ce que vous voulez. Mais nous, nous sommes enfermées pour toujours dans le cercle des devoirs et des plaisirs mondains: nous ne pouvons en sortir.

—Qui vous empêche de vous affranchir comme nous, de prendre une tâche qui vous plaise et vous assure, comme à nous, l'indépendance?

—Comme à vous? Pauvre monsieur Krafft! Elle ne vous l'assure pas trop!... Enfin! Elle vous plaît, du moins. Mais nous, pour quelle tâche sommes-nous faites? Il n'y en a pas une qui nous intéresse.—Oui, je sais bien, nous nous mêlons de tout maintenant, nous feignons de nous intéresser à des tas de choses qui ne nous regardent pas; nous voudrions tant nous intéresser à quelque chose! Je fais comme les autres. Je m'occupe de patronages, de comités de bienfaisance. Je suis des cours de la Sorbonne, des conférences de Bergson et de Jules Lemaître, des concerts historiques, des matinées classiques, et je prends des notes, des notes... je ne sais pas ce que j'écris!... et je tâche de me persuader que cela me passionne, ou du moins que c'est utile. Ah! comme je sais bien le contraire, comme tout cela m'est égal, et comme je m'ennuie!... Ne recommencez pas à me mépriser, parce que je vous dis franchement ce que tout le monde pense. Je ne suis pas plus bécasse qu'une autre. Mais qu'est-ce que la philosophie, et l'histoire, et la science peuvent bien me faire? Quant à l'art,—vous voyez—je tapote, je barbouille, je fais des petites saletés d'aquarelles;—mais est-ce que cela remplit une vie? Il n'y a qu'un but à la nôtre: c'est le mariage. Mais croyez-vous que c'est gai de se marier avec l'un ou l'autre de ces individus, que je connais aussi bien que vous? Je les vois comme ils sont. Je n'ai pas la chance d'être comme vos Gretchen allemandes, qui savent toujours se faire illusion... Est-ce que ce n'est pas terrible? Regarder autour de soi, voir celles qui se sont mariées, ceux avec qui elles se sont mariées, et penser qu'il faudra faire comme elles, se déformer de corps et d'esprit, devenir banales comme elles!... Il faut du stoïcisme, je vous assure, pour accepter une telle vie et ses devoirs. Toutes les femmes n'en sont pas capables... Et le temps passe, les années coulent, la jeunesse s'en va; et pourtant, il y avait de jolies choses, de bonnes choses en nous,—qui ne serviront à rien, qui meurent tous les jours, qu'il faudra se résigner à donner à des sots, à des êtres qu'on méprise, et qui vous mépriseront!... Et personne ne vous comprend! On dirait que nous sommes une énigme pour les gens. Passe encore pour les hommes, qui nous trouvent insipides et baroques! Mais les femmes devraient nous comprendre! Elles ont été comme nous; elles n'auraient qu'à se souvenir... Point. Aucun secours de leur part. Même nos mères nous ignorent, et ne cherchent pas vraiment à nous connaître. Elles ne cherchent qu'à nous marier. Pour le reste, vis, meurs, arrange-toi comme tu voudras! La société nous laisse dans un abandon absolu.

—Ne vous découragez pas, dit Christophe. Il faut que chacun, à son tour, refasse l'expérience de la vie. Si vous êtes brave, tout ira bien. Cherchez en dehors de votre monde. Il doit pourtant y avoir encore quelques honnêtes hommes en France.

—Il y en a. J'en connais. Mais ils sont si ennuyeux!... Et puis, je vous dirai: le monde où je vis me déplaît; mais je ne crois pas que je pourrais vivre en dehors, maintenant. J'en ai pris l'habitude. J'ai besoin d'un certain bien-être, de certains raffinements de luxe et de société, que l'argent ne suffit pas sans doute à donner, mais pour lesquels il est indispensable. Ce n'est pas brillant, je le sais. Mais je me connais, je suis faible... Je vous en prie, ne vous éloignez pas de moi, parce que je vous dis mes petites lâchetés. Écoutez-moi avec bonté. Cela me fait tant de bien de causer avec vous! Je sens que vous êtes fort, que vous êtes sain: j'ai toute confiance en vous. Soyez un peu mon ami, voulez-vous?

—Je veux bien, dit Christophe. Mais qu'est-ce que je pourrai faire?

—M'écouter, me conseiller, me donner du courage. Je suis dans un tel désarroi, souvent! Alors, je ne sais plus que faire. Je me dis: «À quoi bon lutter? À quoi bon me tourmenter? Ceci ou cela, qu'importe? N'importe qui! N'importe quoi!» C'est un état affreux. Je ne voudrais pas y tomber. Aidez-moi! Aidez-moi!...

Elle avait l'air accablée, vieillie de dix ans; elle regardait Christophe avec de bons yeux soumis et suppliants. Il promit tout ce qu'elle voulut. Alors elle se ranima, sourit, redevint gaie.

Et, le soir, elle riait et flirtait, comme à l'ordinaire.

À partir de ce jour, ils eurent régulièrement des entretiens intimes. Ils étaient seuls ensemble: elle lui confiait ce qu'elle voulait; il se donnait beaucoup de mal pour la comprendre et pour la conseiller; elle écoutait les conseils, au besoin les remontrances, gravement, attentivement, comme une fillette bien sage: cela la distrayait, l'intéressait, la soutenait même; elle le remerciait d'une œillade émue et coquette.—Mais à sa vie, rien n'était changé: il n'y avait qu'une distraction de plus.

Sa journée était une suite de métamorphoses. Elle se levait excessivement tard, vers midi. Elle avait eu des insomnies; elle ne s'endormait guère qu'à l'aube. De tout le jour, elle ne faisait rien. Elle ressassait indéfiniment un vers, une idée, un lambeau d'idée, un souvenir de conversation, une phrase musicale, l'image d'une figure qui lui avait plu. Elle n'était tout à fait éveillée qu'à partir de quatre ou cinq heures du soir. Jusque-là, elle avait les paupières lourdes, le visage gonflé, l'air boudeur, endormi. Elle se ranimait, quand venaient quelques bonnes amies, bavardes comme elle, et comme elle curieuses des potins de Paris. Elles discutaient ensemble à perte de vue sur l'amour. La psychologie amoureuse: c'était l'éternel sujet, avec la toilette, les indiscrétions, les médisances. Elle avait aussi son cercle de petits jeunes gens oisifs, qui avaient besoin de passer deux ou trois heures par jour au milieu des jupes, et qui eussent pu en porter: car ils avaient des âmes et des conversations de filles. Christophe avait son heure: l'heure du confesseur. Colette, instantanément, se faisait grave et recueillie. Elle était comme la jeune Française, dont parle Bodley, qui, au confessionnal, «développait un thème tranquillement préparé, modèle d'ordonnance lumineuse et de clarté, où tout ce qui devait être dit était rangé en bon ordre, et classé en catégories distinctes».—Après quoi, elle s'amusait déplus belle. À mesure que la journée s'avançait, elle redevenait plus jeune. Le soir, on allait au théâtre; et c'était l'éternel plaisir de reconnaître dans la salle les mêmes éternelles figures;—le plaisir, non de la pièce qu'on jouait, mais des acteurs qu'on connaissait, et dont on relevait, une fois de plus, les travers bien connus. On échangeait avec ceux qui venaient vous voir dans votre loge des méchancetés sur ceux qui étaient dans les autres loges, ou bien sur les actrices. On trouvait que l'ingénue avait un filet de voix «comme une mayonnaise tournée», ou que la grande comédienne était habillée «comme un abat-jour».—Ou bien, on allait en soirée; et là, le plaisir était de se montrer, si l'on était jolie:—(cela dépendait des jours: rien de plus capricieux qu'une joliesse de Paris);—on renouvelait sa provision de critiques sur les gens, leurs toilettes et leurs défauts physiques. De conversation, il n'y en avait point.—On rentrait tard. On avait peine à se coucher: (c'était l'heure où l'on était le plus éveillée). On trôlait autour de sa table. On feuilletait un livre. On riait toute seule, au souvenir d'une parole ou d'un geste. On s'ennuyait. On était très malheureuse. On ne pouvait s'endormir. Et la nuit, brusquement, on avait des crises de désespoir.

Christophe, qui ne voyait Colette que quelques heures, de temps en temps, et ne pouvait assister qu'à quelques-unes de ses transformations, avait déjà bien de la peine à s'y reconnaître. Il se demandait à quel moment elle était sincère,—ou si elle était sincère toujours,—ou si elle n'était sincère jamais. Colette elle-même n'aurait pu le lui dire. Elle était comme la plupart des jeunes filles, qui ne sont que désir oisif et contraint, dans la nuit. Elle ne savait pas ce qu'elle était, parce qu'elle ne savait pas ce qu'elle voulait, et parce qu'elle ne pouvait pas le savoir, avant de l'avoir essayé. Alors elle l'essayait, à sa façon, avec le plus de liberté et le moins de risques possible, entachant de se calquer sur ceux qui l'entouraient, de prendre leur mesure morale. Elle ne se pressait pas de choisir. Elle eût voulu tout ménager, afin de profiter de tout.

Mais avec un ami comme Christophe, ce n'était pas commode. Il admettait qu'on lui préférât des êtres qu'il n'estimait pas, ou même qu'il méprisait; mais il n'admettait pas qu'on l'égalât à eux. Chacun son goût; mais au moins, fallait-il en avoir un.

Il était d'autant moins disposé à la patience que Colette semblait prendre plaisir à collectionner autour d'elle tous les petits jeunes gens, qui pouvaient le plus exaspérer Christophe: d'écœurants petits snobs, riches pour la plupart, en tout cas oisifs, ou lotis de quelque sinécure dans quelque ministère,—ce qui est tout comme. Tous écrivaient—prétendaient écrire. C'était une névrose, sous la Troisième République. C'était surtout une forme de paresse vaniteuse,—le travail intellectuel étant de tous le plus difficile à contrôler, et celui qui prête le plus au bluff. Ils ne disaient de leurs grands labeurs que quelques mots discrets, mais respectueux. Ils semblaient pénétrés de l'importance de leur tâche, accablés sous le fardeau. Dans les premiers temps, Christophe éprouvait une gêne à ignorer absolument leurs œuvres et leurs noms. Avec timidité, il tâcha de s'informer; il désirait surtout savoir ce qu'avait écrit l'un d'eux, dont leurs discours faisaient un maître du théâtre. Il fut surpris d'apprendre que ce grand dramaturge avait produit un seul acte, lequel était extrait d'un roman, qui lui-même était fait d'une suite de nouvelles, ou plutôt de notations qu'il avait publiées dans une de leurs Revues, au cours des dix dernières années. Les autres n'avaient pas un bagage plus lourd: quelques actes, quelques nouvelles, quelques vers. Certains étaient célèbres pour un article. D'autres pour un livre, «qu'ils devaient faire». Ils professaient du dédain pour les œuvres de longue haleine. Ils semblaient attacher une importance extrême à l'agencement des mots dans la phrase. Cependant, le mot de «pensée» revenait fréquemment dans leurs propos; mais il ne paraissait pas avoir le même sens que dans le langage courant: ils l'appliquaient à des détails de style. Toutefois, il y avait aussi parmi eux de grands penseurs et de grands ironistes, qui, lorsqu'ils écrivaient, mettaient leurs mots profonds et fins en italiques, pour qu'on ne s'y trompât point.

Tous avaient le culte du moi: le seul culte qu'ils eussent. Ils cherchaient à le faire partager aux autres. Le malheur était que les autres étaient déjà pourvus. Ils avaient la préoccupation constante d'un public dans leur façon de parler, marcher, fumer, lire un journal, porter la tête et les yeux, se saluer entre eux. Le cabotinage est naturel aux jeunes gens, et d'autant plus qu'ils sont plus insignifiants, c'est-à-dire moins occupés. C'est surtout pour la femme qu'ils se mettent en frais: car ils la convoitent, et désirent—encore plus—être convoités par elle. Mais même pour le premier venu, ils font la roue: pour un passant qu'ils croisent, et dont ils ne peuvent attendre qu'un regard ébahi. Christophe rencontrait souvent de ces petits paonneaux: rapins, virtuoses, jeunes cabots, qui se font la tête d'un portrait connu: Van Dyck, Rembrandt, Velasquez, Beethoven, ou d'un rôle à jouer: le bon peintre, le bon musicien, le bon ouvrier, le profond penseur, le joyeux drille, le paysan du Danube, l'homme de la nature... Ils jetaient un regard de côté, en passant, pour voir si on les remarquait. Christophe les voyait venir, et, quand ils étaient près de lui, malicieusement, il tournait, avec indifférence, les yeux d'un autre côté. Mais leur déconvenue ne durait guère: deux pas plus loin, ils piaffaient pour le prochain passant.—Ceux du salon de Colette étaient plus raffinés: c'était surtout leur esprit qu'ils grimaient: ils copiaient deux ou trois modèles, qui eux-mêmes n'étaient pas des originaux. Ou bien, ils mimaient une idée: la Force, la Joie, la Pitié, la Solidarité, le Socialisme, l'Anarchisme, la Foi, la Liberté: c'étaient des rôles pour eux. Ils avaient le talent de faire des plus chères pensées une affaire de littérature, et de ramener les plus héroïques élans de l'âme humaine au rôle de cravates à la mode.

Où ils étaient tout à fait dans leur élément, c'était dans l'amour: il leur appartenait. La casuistique du plaisir n'avait point de secrets pour eux; dans leur virtuosité, ils inventaient des cas nouveaux, afin d'avoir l'honneur de les résoudre. Ç'a toujours été l'occupation de ceux qui n'en ont point d'autre: faute d'aimer, ils «font l'amour»; et surtout, ils l'expliquent. Les commentaires étaient plus abondants que le texte, qui, chez eux, était fort mince. La sociologie donnait du ragoût aux pensées les plus scabreuses: tout se couvrait alors du pavillon de la sociologie; quelque plaisir qu'on eût à satisfaire ses vices, il eût manqué quelque chose, si l'on ne s'était persuadé qu'en les satisfaisant, on travaillait pour les temps nouveaux. Un genre de socialisme éminemment parisien: le socialisme érotique.

Parmi les problèmes qui passionnaient alors cette petite cour d'amour, était l'égalité des femmes et des hommes dans le mariage et de leurs droits à l'amour. Il y avait eu de braves jeunes gens, honnêtes, protestants, un peu ridicules,—Scandinaves ou Suisses,—qui avaient réclamé l'égalité dans la vertu: les hommes arrivant au mariage, vierges comme les femmes. Les casuistes parisiens demandaient une égalité d'une autre sorte, l'égalité dans la malpropreté: les femmes arrivant au mariage, souillées comme les hommes,—le droit aux amants. Paris avait fait une telle consommation de l'adultère, en imagination et en pratique, qu'il commençait à sembler insipide: on cherchait à lui substituer, dans le monde des lettres, une invention plus originale: la prostitution des jeunes filles,—j'entends la prostitution régulière, universelle, vertueuse, décente, familiale, et, par-dessus le marché, sociale.—Un livre, plein de talent, qui venait de paraître, faisait loi sur la question: il étudiait en quatre cents pages d'un pédantisme badin, «selon toutes les règles de la méthode Baconienne», le «meilleur aménagement du plaisir». Cours complet d'amour libre, où l'on parlait sans cesse d'élégance, de bienséance, de bon goût, de noblesse, de beauté, de vérité, de pudeur, de morale,—un Berquin pour les jeunes filles du monde qui voulaient mal tourner.—C'était, pour le moment, l'Évangile, dont la petite cour de Colette faisait ses délices, et qu'elle paraphrasait. Il va de soi qu'à la façon des disciples, ils laissaient de côté ce qu'il pouvait y avoir, sous ces paradoxes, de juste, de bien observé et même d'assez humain, pour n'en retenir que le pire. Dans ce parterre de petites fleurs sucrées, ils ne manquaient jamais de cueillir les plus vénéneuses,—des aphorismes de ce genre: «que le goût de la volupté ne peut qu'aiguiser le goût du travail»;—«qu'il est monstrueux qu'une vierge devienne mère avant d'avoir joui»;—«que la possession d'un homme vierge était pour une femme la préparation naturelle à la maternité réfléchie»;—que c'était le rôle des mères «d'organiser la liberté des filles avec cet esprit de délicatesse et de décence qu'elles appliquent à protéger la liberté de leurs fils»;—et que le temps viendrait «où les jeunes filles rentreraient de chez leur amant avec autant de naturel qu'elles reviennent à présent du cours ou de prendre le thé chez une amie».

Colette déclarait, en riant, que de tels préceptes étaient fort raisonnables.

Christophe avait l'horreur de ces propos. Il s'exagérait leur importance et le mal qu'ils pouvaient faire. Les Français ont trop d'esprit pour appliquer leur littérature. Ces Diderots au petit pied, cette menue monnaie du grand Denis, sont, dans la vie ordinaire, comme le génial Panurge de l'Encyclopédie, des bourgeois aussi honnêtes, voire aussi timorés que les autres. C'est justement parce qu'ils sont si timides dans l'action qu'ils s'amusent à pousser l'action (en pensée), jusqu'aux limites du possible. C'est un jeu où l'on ne risque rien.

Mais Christophe n'était pas un dilettante français.

Entre tous les jeunes gens qui entouraient Colette, il y en avait un qu'elle semblait préférer. Naturellement, de tous il était celui qui était le plus insupportable à Christophe.

Un de ces fils de bourgeois enrichis, qui font de la littérature aristocratique, et jouent les patriciens de la Troisième République. Il se nommait Lucien Lévy-Cœur. Il avait les yeux écartés, au regard vif, le nez busqué, les lèvres fortes, la barbe blonde taillée en pointe, à la Van Dyck, un commencement de calvitie précoce, qui ne lui allait point mal, la parole câline, des manières élégantes, des mains fines et molles, qui fondaient dans la main. Il affectait toujours une très grande politesse, une courtoisie raffinée, même avec ceux qu'il n'aimait point, et qu'il cherchait à jeter par-dessus bord.

Christophe l'avait rencontré déjà, au premier dîner d'hommes de lettres, où Sylvain Kohn l'avait introduit; et bien qu'ils ne se fussent point parlé, il lui avait suffi d'entendre le son de sa voix pour éprouver à son égard une aversion, qu'il ne s'expliquait pas, et dont il ne devait comprendre que plus tard les profondes raisons. Il y a des coups de foudre de l'amour. Il y en a aussi de la haine,—ou,—(pour ne point choquer les âmes douces, qui ont peur de ce mot, comme de toutes les passions),—c'est l'instinct de l'être sain, qui sent l'ennemi et se défend.

En face de Christophe, il représentait l'esprit d'ironie et de décomposition, qui s'attaquait doucement, poliment, sourdement, à tout ce qu'il y avait de grand dans l'ancienne société qui mourait: à la famille, au mariage, à la religion, à la patrie; en art, à tout ce qu'il y avait de viril, de pur, de sain, de populaire; à toute foi dans les idées, dans les sentiments, dans les grands hommes, dans l'homme. Au fond de toute cette pensée, il n'y avait qu'un plaisir mécanique d'analyse, d'analyse à outrance, un besoin animal de ronger la pensée, un instinct de ver. Et à côté de cet idéal de rongeur intellectuel, une sensualité de fille, mais de fille bas-bleu: car chez lui, tout était ou devenait littéraire. Tout lui était matière à littérature: ses bonnes fortunes, ses vices et ceux de ses amis. Il avait écrit des romans et des pièces où il narrait avec beaucoup de talent la vie privée de ses parents, leurs aventures intimes, celles de ses amis, les siennes, ses liaisons, une entre autres qu'il avait eue avec la femme de son meilleur ami: les portraits étaient faits avec un grand art; chacun en louait l'exactitude: le public, la femme, et l'ami. Il ne pouvait obtenir les confidences ou les faveurs d'une femme, sans le dire dans un livre.—Il eût semblé naturel que ses indiscrétions le missent en froid avec ses «associées». Mais il n'en était rien: elles en étaient à peine un peu gênées; elles protestaient, pour la forme: au fond, elles étaient ravies qu'on les montrât aux passants, toutes nues; pourvu qu'on leur laissât un masque sur la figure, leur pudeur était en repos. De son côté, il n'apportait à ces commérages aucun esprit de vengeance, ni peut-être même de scandale. Il n'était pas plus mauvais fils, ni plus mauvais amant que la moyenne des gens. Dans les mêmes chapitres où il dévoilait effrontément son père, sa mère et sa maîtresse, il avait des pages où il parlait d'eux avec une tendresse et un charme poétiques. En réalité, il était extrêmement familial; mais de ces gens qui n'ont pas besoin de respecter ce qu'ils aiment: bien au contraire; ils aiment mieux ce qu'ils peuvent un peu mépriser; l'objet de leur affection leur en paraît plus près d'eux, plus humain. Ils sont les gens du monde les moins capables de comprendre l'héroïsme et surtout la pureté. Ils ne sont pas loin de les considérer comme un mensonge ou une faiblesse d'esprit. Il va de soi d'ailleurs qu'ils ont la conviction de comprendre mieux que quiconque les héros de l'art, et qu'ils les jugent avec une familiarité protectrice.

Il s'entendait admirablement avec les ingénues perverties de la société bourgeoise, riche et fainéante. Il était une compagne pour elles, une sorte de servante dépravée, plus libre et plus avertie, qui les instruisait, et qu'elles enviaient. Elles ne se gênaient pas avec lui; et, la lampe de Psyché à la main, elles étudiaient curieusement l'androgyne nu, qui les laissait faire.

Christophe ne pouvait comprendre comment une jeune fille, comme Colette, qui semblait avoir une nature délicate et le désir touchant d'échapper à l'usure dégradante de la vie, pouvait se complaire dans cette société... Christophe n'était point psychologue. Lucien Lévy-Cœur l'était cent fois plus que lui. Christophe était le confident de Colette; mais Colette était la confidente de Lucien Lévy-Cœur. Grande supériorité pour celui-ci. Il est doux à une femme de croire qu'elle a affaire à un homme plus faible qu'elle. Elle trouve à satisfaire, en même temps qu'à ce qu'il y a de moins bon en elle, à ce qu'il y a de meilleur: son instinct maternel. Lucien Lévy-Cœur le savait bien: un des moyens les plus sûrs pour toucher le cœur des femmes est d'éveiller cette corde mystérieuse. Puis, Colette se sentait faible, passablement lâche, avec des instincts dont elle n'était pas très fière, mais qu'elle se fût bien gardée de repousser. Il lui plaisait de se laisser persuader, par les confessions audacieusement calculées de son ami, que les autres étaient de même, et qu'il fallait prendre la nature humaine comme elle était. Elle se donnait alors la satisfaction de ne pas combattre des penchants qui lui étaient agréables, et le luxe de se dire qu'elle avait raison ainsi, que la sagesse était de ne pas se révolter et d'être indulgent pour ce qu'on ne pouvait—«hélas!»—empêcher. C'était là une sagesse dont la pratique n'avait rien de pénible.

Pour qui sait regarder la vie avec sérénité, il y a une forte saveur dans le contraste perpétuel qui existe, au sein de la société, entre l'extrême raffinement de la civilisation apparente et l'animalité profonde. Tout salon, qui n'est point rempli de fossiles et d'âmes pétrifiées, présente, comme deux couches de terrains, deux couches de conversations superposées: l'une,—que tout le monde entend,—entre les intelligences; l'autre,—dont peu de gens ont conscience, et qui est pourtant la plus forte,—entre les instincts, entre les bêtes. Ces deux conversations sont souvent contradictoires. Tandis que les esprits échangent des monnaies de convention, les corps disent: Désir, Aversion, ou, plus souvent: Curiosité, Ennui, Dégoût. La bête, encore que domptée par des siècles de civilisation, et aussi abrutie que les misérables lions dans la cage, rêve toujours à sa pâture.

Mais Christophe n'était pas encore arrivé à ce désintéressement de l'esprit, que seul apporte l'âge et la mort des passions. Il avait pris très au sérieux son rôle de conseiller de Colette. Elle lui avait demandé son aide; et il la voyait s'exposer de gaieté de cœur au danger. Aussi ne cachait-il plus son hostilité a Lucien Lévy-Cœur. Celui-ci s'était tenu d'abord, vis-à-vis de Christophe, dans l'attitude d'une politesse irréprochable et ironique. Lui aussi flairait l'ennemi; mais il ne le jugeait pas redoutable: il le ridiculisait, sans en avoir l'air. Il n'eût demandé qu'à être admiré de Christophe pour rester en bons termes avec lui: mais c'était ce qu'il ne pourrait obtenir jamais; et il le sentait bien, car Christophe n'avait pas l'art de feindre. Alors, Lucien Lévy-Cœur était passé insensiblement d'une opposition tout abstraite de pensées à une petite guerre personnelle, soigneusement voilée, dont Colette devait être le prix.

Entre ses deux amis elle tenait la balance égale. Elle goûtait la supériorité morale et le talent de Christophe; mais elle goûtait aussi l'immoralité amusante et l'esprit de Lucien Lévy-Cœur; et, au fond, elle y trouvait plus de plaisir. Christophe ne lui ménageait pas les remontrances: elle les écoutait avec une humilité touchante, qui le désarmait. Elle était assez bonne, mais sans franchise, par faiblesse, par bonté même. Elle jouait à demi la comédie; elle feignait de penser comme Christophe. Elle savait bien le prix d'un ami comme lui; mais elle ne voulait faire aucun sacrifice à une amitié; elle ne voulait faire aucun sacrifice à rien, ni à personne; elle voulait ce qui lui était le plus commode et le plus agréable. Elle cachait donc à Christophe qu'elle recevait toujours Lucien Lévy-Cœur; elle mentait, avec le naturel charmant des jeunes femmes du monde, expertes dès l'enfance en cet exercice nécessaire à qui doit posséder l'art de garder tous ses amis et de les contenter tous. Elle se donnait comme excuse que c'était pour ne pas faire de peine à Christophe; mais en réalité, c'était parce qu'elle savait qu'il avait raison; et elle n'en voulait pas moins faire ce qui lui plaisait à elle, sans pourtant se brouiller avec lui. Christophe avait parfois le soupçon de ces ruses; il grondait alors, il faisait la grosse voix. Elle, continuait de jouer la petite fille contrite, affectueuse, un peu triste; elle lui faisait les yeux doux,—feminæ ultima ratio.—Cela l'attristait vraiment de sentir qu'elle pouvait perdre l'amitié de Christophe; elle se faisait séduisante et sérieuse; et elle réussissait à désarmer pour quelque temps Christophe. Mais tôt ou tard, il fallait bien en finir par un éclat. Dans l'irritation de Christophe, il entrait, à son insu, un petit peu de jalousie. Et dans les ruses enjôleuses de Colette, il entrait aussi un peu, un petit peu d'amour. La rupture n'en devait être que plus vive.

Un jour que Christophe avait pris Colette en flagrant délit de mensonge, il lui mit marché en main: choisir entre Lucien Lévy-Cœur et lui. Elle essaya d'éluder la question; et, finalement, elle revendiqua son droit d'avoir tous les amis qu'il lui plaisait. Elle avait parfaitement raison; et Christophe se rendit compte qu'il était ridicule; mais il savait aussi que ce n'était pas par égoïsme qu'il se montrait exigeant: il s'était pris pour Colette d'une sincère affection; il voulait la sauver, fut-ce en violentant sa volonté. Il insista donc, maladroitement. Elle refusa de répondre. Il lui dit:

—Colette, vous voulez donc que nous ne soyons plus amis?

Elle dit:

—Non, je vous en prie. Cela me ferait beaucoup de peine, si vous ne l'étiez plus.

—Mais vous ne feriez pas à notre amitié le moindre sacrifice?

—Sacrifice! Quel mot absurde! dit-elle. Pourquoi faudrait-il toujours sacrifier une chose à une autre? Ce sont des bêtes d'idées chrétiennes. Au fond, vous êtes un vieux clérical sans le savoir.

—Cela se peut bien, dit-il. Pour moi, c'est tout un ou tout autre. Entre le bien et le mal, je ne trouve pas de milieu, même pour l'épaisseur d'un cheveu.

—Oui, je sais, dit-elle. C'est pour cela que je vous aime. Je vous aime bien, je vous assure; mais...

—Mais vous aimez bien aussi l'autre?

Elle rit, et dit, en lui faisant ses yeux les plus câlins et sa voix la plus douce:

—Restez!

彼女はできるだけ努めて稽古けいこの曲を弾ひいた。そして器用だったので、かなりにひけたし、時とすると上手じょうずにひけることもあった。クリストフはそれにごまかされはしなかった。「何にも感じていないくせに、よく感じてるかのようなひき方をしてる、このずるい小娘」の巧みさを、心の中で笑っていた。それでもやはり、心うれしい同情を感じないでもなかった。コレットの方では、ピアノの稽古けいこよりも話の方がずっと面白かったので、あらゆる口実を捜しては話をしようとした。クリストフは、思ってることを言えば不快を与える恐れがあるという口実で、話をすまいとしたが駄目だめだった。彼女はいつでも彼に思ってることを言わしてしまった。そしてそれがひどいことであればあるほど、ますます彼女は腹をたてなかった。彼女にとっては一つの娯楽だった。しかしこの機敏な小娘は、クリストフが誠実を最も愛してることを感じていたので、勇ましく言いさからって、頑固がんこに議論をした。そして二人はいつも仲よく別れた。

けれどももしそのままでいったら、クリストフはかかる客間的な友誼ゆうぎになんらの幻をもかけなかったろうし、少しの親交も二人の間には生じなかったろう。ところがある日コレットは、誘惑したい本能と不意の出来心とで、彼にいろんなことをうち明けた。
前日、彼女の両親は自宅で招待会を催した。彼女は狂人のように笑いしゃべりふざけた。しかし翌朝になって、クリストフが稽古を授けに来た時には、彼女はがっかりして、顔だちにはしまりがなく、顔色は曇り、不機嫌ふきげんだった。ろくに口もきかなかった。気力つきた様子をしていた。彼女はピアノにつき、力ないひき方をし、経過句を間違え、やり直し、また間違え、突然ひきやめ、そして言った。
「できません……ごめんなさい……少し待ってちょうだいな……。」
気分が悪いのかと彼は尋ねた。彼女はいいえと答えた。
――気が向かないのであった……そんなことがよくあった……ほんとに妙だった。怒られるようなことではなかった。
彼はまた他の日に来ようと言った。しかし彼女はいてくれと頼んだ。
「ちょっとの間ですわ……じきによくなるでしょうから……ほんとに私馬鹿ばかですわね。」
いつもの彼女でないことを彼は感じた。しかしその訳を尋ねたくなかった。そして話を転ずるつもりで言った。
「昨晩あんなに華はなやかに振舞ったからでしょう。あまり元気を使いすぎましたね。」
彼女は皮肉な微笑ほほえみをちょっと浮かべた。
「あなたはそうじゃありませんでしたわね。」と彼女は答えた。
彼は率直に笑った。
「あなたは一言ひとことも口をおききなさらなかったのね。」と彼女は言いつづけた。
「ええ一言も。」
「でも面白い方がいましたわ。」
「ええ、すてきな饒舌家おしゃべりだの才子だのが。なんでも理解し、なんでも説明し、なんでも見のがし――何にも感じない、骨抜きのフランス人たちの間にはいって、私はまごついてしまいましたよ。幾時間もたてつづけに、恋愛や芸術の話をするような連中でしたね。たまらないじゃありませんか。」
「でもあなたには面白かったはずだと思いますわ、恋愛かさもなくば芸術の話が。」
「そんなことは話すべきものではなくて、なすべきものです。」
「だって、なすことができなければ?」とコレットはちょっと口をとがらして言った。
クリストフは笑いながら答えた。
「その時は他人に任せるまでです。万人が芸術のために生まれてるのではありません。」
「恋愛のためにも?」
「恋愛のためにもです。」
「つまらないわね。では私たちには何が残るんでしょう。」
「家事があります。」
「ありがとうよ!」とコレットは不快げに言った。
彼女はまたピアノに手を置き、ふたたびやってみ、ふたたび経過句を間違え、鍵キーをうちたたき、そして嘆息した。
「できません。……私はまったく何をやっても駄目ね。あなたのおっしゃるのがもっともですわ。女はなんの役にもたちませんわ。」
「そう言うのは多少いいことです。」とクリストフは純朴じゅんぼくな調子で言った。
彼女はしかられてる小娘のような極きまり悪げな様子で彼をながめ、そして言った。
「そんなに手てきびしくおっしゃるものではありませんわ。」
「私は善良な婦人の悪口を言ってるのではありません。」とクリストフは快活に答え返した。「善良な婦人は地上の楽園です。ただ、地上の楽園は……。」
「そうよ、だれも見たことがありませんわ。」
「私はそれほど悲観してもいません。私が言いたいのは、この私が見たことがないというのです。しかしそれは存在するかもしれません。存在してるなら見出したいものだとさえ思っています。ただ、見出すのが容易でないのです。善良な婦人と天才の男子とは、いずれも滅多にありません。」
「そしてその二つを除くと、他ほかの男や女は皆物の数にはいりませんか。」
「いやかえって、そういう男女こそ、物の数にはいるのです……世間にとっては。」
「でもあなたにとっては?」
「私にとっては、ないも同じです。」
「ほんとに手きびしい方ね!」とコレットはくり返した。
「少々です。少しは手きびしい者もいなくちゃいけません。もちろん他人に関してです。……もしところどころに小石が少し交っていなければ、世の中はぐずぐずになってしまうでしょう。」
「ええ、もっともですわ。あなたは強いから仕合わせですわ。」とコレットは悲しげに言った。「でも強くない人たちには――ことに女には、あまり厳格になすってはいけません……。私たちが自分の弱さをどんなに苦しんでるか、御存じないでしょう。なぜって、私たちが笑ったりふざけたり小賢こざかしいことをやったりしてるのを見て、あなたは私たちの頭にはそれ以外に何にもないと考えて、私たちを軽蔑けいべつなすってるじゃありませんか。社交界に出て、そのあふれるような活気である種の成功をかち得る、十五から十八くらいの娘の頭に、どんなことが浮かんでいるか、それをあなたが読み取ってくだすったら! もちろん、よく踊ったり、つまらないことや、間違ったことや、苦々にがにがしいことなどを言って、自分でも笑ってるので他人をも笑わせますし、またいくらかは馬鹿者どもの言うままになって、決して見出せないような光をめいめいの眼の底に捜し求めたりしますけれど、夜自分の家に帰って、ひっそりした居間の中にとじこもり、孤独の苦しみにひざまずいて祈る様子を、もしあなたが御覧なすったら!……」
「そんなこともあるんですか。」とクリストフはあきれたように言った。「え、苦しむことが、そんなに苦しむことが?」
コレットは答えなかった。しかし彼女の眼には涙が出て来た。彼女は微笑ほほえもうとした。そしてクリストフに手を差し出した。彼は心を動かされてその手をとった。
「かわいそうに!」と彼は言った。「苦しいんなら、そんな生活から脱するために、なぜ何にもしないんです?」
「どうせよとおっしゃるのですか。どうにも仕方ないじゃありませんか。あなたがた男の方は、のがれることもできますし、なんでも勝手なことがおできになります。けれども私たちは、社交上の務めと楽しみの範囲内に、永久に閉じこめられています。それから出ることができません。」
「われわれ同様にあなたがたが自分を解放することを、だれが妨げるものですか。あなたがたが自分の好きな仕事をして、われわれのように独立できる仕事をするのを、だれが妨げるものですか。」
「あなたがたのようにですって? まあ、クラフトさん! あなたがたの仕事だって大して独立の助けになってはしませんわ。……でも、少なくともあなたがたは仕事を喜んでいらっしゃるんでしょう。ところが私たちは、どんな仕事に適してるんでしょうか? 気に入る仕事は一つだってありませんもの。
――そうですわ。私はよく知っています、私たちは今のところ何事にでも関係し、自分に無関係な多くの事柄に興味をもってるようなふうをしています。それほど何かに興味をもちたがっています。私だって同じですわ。救済事業に関係し、慈善会に関係しています。ソルボンヌ大学の講義、ベルグソンやジュール・ルメートルの講演、歴史協会、古典研究会、いろんなものに出ては、ノートばかり取っています……何を書いてるのか自分にもわかりません……そして無理にも、たいへん面白いと思い込もうとしたり、少なくとも有益だと思い込もうとしています。でも、その反対だということを私はよく知っています。そんなものは私にはどうでもいいことなんです。ほんとに退屈でたまりません!……ありふれた考えをそのまま言ってるきりだというので、私をまた軽蔑けいべつなすってはいけませんよ。そりゃ私もやはり馬鹿ですわ。けれど、哲学だの歴史だの科学だのが、私になんの役にたつでしょう? 芸術についても――御承知のとおり――私はピアノをたたいたり、つまらないものを書き散らしたり、きたならしい水彩画をかいたりしています――でもそれで生活が充実するでしょうか? 私たちの生活には一つの目的があるばかりです、結婚という目的が。けれども、あなたと同じように私にもよくわかってる、あんな人たちのだれかと結婚するのが、愉快なことでしょうか? 私はあの人たちのありのままの姿を見て取っています。いつでも幻を描くことのできるドイツのグレートヘンたちのようには、私はなることができないのです。……恐ろしいことではありませんか、結婚した女たちや、その結婚の相手の男たちを、自分の周囲にながめて、自分もやがては同じようなことをし、身体や精神をゆがめ、その人たちのように平凡になってしまうのかと、考えてみますのは!……そんな生活やその義務などを甘受するには、確かに克己の精神が必要ですわ。ところがどんな女にもそれができるというわけにはゆきません。……そして時は過ぎてゆき、年は流れ去り、青春は去ってしまいます。それでも、美しいもの、善良なものが、私たちのうちにはあったんですのに――それさえもう、なんの役にもたたず、日に日に死んでゆき、馬鹿な人たちに、人に軽蔑けいべつされまた私たちを軽蔑するような人たちに、我慢して与えてしまわなければならないでしょう。……そしてだれも私たちを理解してはくれません。女は男にとって謎なぞだと言われるかもしれません。そして、私たちをつまらないおかしなものだと思うのも、男の方にはまだ許せます。けれども女の人は私たちを理解してくれてもいい訳です。自分でも私たちと同じだったことがあるんですもの。ただ昔のことを思いだすだけで足りるんですわ。……それなのにまるっきり駄目なんです。少しも力になってはくれません。母親でさえも私たちのことを知りません。ほんとうに私たちを知ろうともつとめません。ただ私たちを結婚させようとばかりしています。その他のことは、生きようと死のうと、勝手にするがいいというのです。社会は私たちをまったくうっちゃっておくのです。」
「力を落としてはいけません。」とクリストフは言った。「人は各自に人生の経験をやり直さなければなりません。勇気があれば万事うまくゆきます。あなたの世界以外に捜してごらんなさい。フランスにはまだりっぱな人が多少あるはずです。」
「あるにはありますわ。私の知ってる人にもありますわ。でも皆厭いやな人ばかりですもの。……それに、ほんとのことを言いますと、自分の生きてる世界が私には不快なのです。けれども今ではもう、この世界を離れて生きられようとは私には思われません。習慣になってしまったのです。ある種の安楽と、それから、もちろん金では買えませんがしかし金がなければ得られない、贅沢ぜいたくと社交とのある精練さが、私には必要なのです。それがほんとうに輝かしいものでないことは、私も知っています。しかし私は自分自身をよく知っています。私は弱いんです。……ねえどうぞ、自分のつまらない卑怯ひきょうさを私がうち明けたからって、私から離れないでくださいね。私の言うことを快く聴いてくださいね。あなたと話すことはどんなにか私のためになるでしょう! あなたは強くて健全な方だと、私は感じていますの。あなたにすっかり信頼していますわ。少しは私の友だちにもなってくださいな、ねえ。」
「私も望むところです。」とクリストフは言った。「しかし私に何ができましょう?」
「私の言うことを聴いて、私に諭さとして、私に力をつけてください。私はむちゃくちゃになることがよくありますの。するともうどうしていいかわからなくなります。『争ったって何になろう? 苦しんだって何になろう? あれだってこれだって同じことだ。だれだって構わない、なんだって構わない!』と自分で考えます。ほんとに恐ろしい心ですわ。そんな心になりたくありません。私を助けてください、助けてくださいね!」
彼女はがっかりしたふうで、十歳も老ふけたように見えた。従順な懇願的なやさしい眼で、クリストフをながめていた。彼は向こうの望みどおりにすべて誓ってやった。すると彼女は元気づき、笑えみを浮かべ、また快活になった。
そして晩には、彼女はいつものとおりに、笑ったりふざけたりしていた。

その日以来、二人はきまって親しい話をした。室には二人きりだった。彼女はなんでも思うまま彼へうち明けた。彼はそれを理解して助言してやるのに、たいへん苦心した。彼女はその助言に耳を傾け、場合によっては、ごくおとなしい小娘のように、叱責しっせきを真面目まじめくさって注意深く聞いた。それは彼女にとって、憂うさ晴らしでもあり、面白くもあり、支持でさえもあった。彼女は感動した媚こびある流し目で、彼に感謝した。――しかし彼女の生活は、少しも変化しなかった。ただ一つの気晴らしがふえたにすぎなかった。
彼女の一日は転身の連続だった。非常に遅おそく午ひるごろに起き上がった。不眠症にかかっていて、明け方にならなければ眠れないのだった。昼間は何にもしなかった。一つの詩句、一つの思想、思想の断片、会話の思い出、一つの楽句、自分の気に入った面影、などをとり留めもなく心にくり返した。ほんとうに気分がはっきりしてくるのは、午後の四時か五時ごろからであった。それまでは、眼瞼まぶたが重く、顔がむくんで、不機嫌ふきげんそうな眠そうな様子をしていた。そして幾人かの親しい友だちが来ると、彼女は初めて元気になった。その友だちらも皆、彼女と同様に饒舌じょうぜつで、彼女と同様にパリーの噂話うわさばなしを聞きたがっていた。皆はいっしょになって、際限もなく恋愛を論じた。恋愛の心理、それこそ、化粧や秘密事や悪口などとともに、いつも変わらぬ話題だった。彼女の周囲にはまた、隙ひまな青年連中が集まっていた。彼らは日に二、三時間は、女の裳衣しょういの間で過ごさなければ承知しなかったし、裳衣しょういをつけることさえできそうだった、なぜなら、娘らしい魂と話し方とをそなえていたから。クリストフに割り当てられた時間もあった。それは聴罪師の時間だった。コレットはただちに、真面目まじめな考え込んだふうになった。彼女はあたかも、ボドレーが語ってる、懺悔ざんげ室における若きフランス婦人のようであった。「その述べたてる事柄は、冷静に準備された問題であって、簡明な整頓せいとんと明晰めいせきとの模範とも称せられるほどで、言わなければならないすべてのことが、正しい順序に配列され、はっきりした種類に区分されていた。」――そのあとで、彼女は前よりもいっそうはしゃいでいた。日が暮れてゆくに従って、ますます若々しくなった。晩には芝居へ行った。いつも変わらぬ同じ顔をそこに見出すのが、いつも変わらぬ楽しみだった。――楽しみ、それは演ぜられてる芝居から受けるのではなくて、よく知ってる癖をまた見て取られる馴染なじみの役者から受けるのであった。また、桟敷さじきに会いに来る人たちと、向こう桟敷にいる人々の悪口や、女優らの悪口をかわした。生娘きむすめの役をしてる女優が「腐ったソースのような」鈍い声を出してると言ったり、花形女優が「ランプの笠かさのような」着物をつけてると言ったりした。――あるいはまた、夜会へ出かけた。その楽しみは、自分の姿を人に見せることだった。もちろんきれいな女にとってである。――(そのきれいさも日によって異なっていた。パリーの美人くらい変わりやすいものはない。)――そして服装や身体の欠点など、すべて人々にたいする批評の種を、新たに仕入れた。話の方は少しもやらなかった。――遅くなって家に帰った。なかなか寝られなかった。(最も眼が冴さえてる時間だった。)テーブルのまわりにぐずついていた。書物を開いてみた。ある言葉や身振りを思い出して一人で笑った。退屈してきた。非常に味気なかった。眠ることができなかった。そして夜中に突然、絶望の発作に襲われるのだった。
クリストフは、時々数時間しかコレットに会っていなかったし、彼女の転身の二、三をしか見ることができなかったので、右のようなことを知るだけでもかなり困難だった。いったい彼女はいつが真面目まじめなのか――あるいは、彼女はいつも真面目なのか――あるいは、彼女は決して真面目なことがないのか、それを彼は怪しんでいた。コレット自身もそれには答えることができなかったろう。遊惰な拘束された欲望にすぎない多くの若い娘と同じく、彼女も闇夜やみよの中に生きていた。自分がいかなるものであるかをも知らなかった。なぜなら、自分の欲するところを知らなかったし、実際に行なってみないうちはそれを知ることができなかった。そして彼女は、周囲の人々の真似まねをしようとつとめ、彼らの道徳的標準にならおうとつとめながら、できるだけ多くの自由と少しの危険とをもって、自己流に行なってみるのだった。彼女は選択を急がなかった。すべてを利用するためにすべてをあやなしたがっていた。
しかしクリストフのような友を相手には、都合よくいかなかった。人が彼を捨てて、彼から尊敬されていない者らを取り、もしくは彼から軽蔑けいべつされてる者らを取ることは、彼も許していた。しかし彼は彼らと同視されることを人に許さなかった。人はそれぞれ自分の趣味をもっている。しかし少なくとも、趣味は一つでなければいけない。
彼がことに我慢しかねたことは、彼から最も厭いやがられるようなくだらない青年らを、コレットが自分の周囲に集めて喜んでるらしいことだった。たまらない気取りやどもで、多くは金持ちでとかく閑散であるか、あるいは何かの官省の閑官の気に入りであった――いずれにしても同じことだった。皆物を書いていた――書いてると自称していた。それは第三共和政時代における一つの精神病であった。ことに虚栄的な怠惰の一形式であった――知的労働はあらゆる労働のうちで、最も点検しがたいものだったし、最も空威張からいばりのきくものだったから。彼らはその大なる労苦については、控え目ではあるがしかしもったいぶった言葉を、少しばかり口にするきりだった。自分の仕事の重大さをしみじみ感じてるがようであり、その重荷の下に苦しんでるがようだった。初めのうちクリストフは、彼らの作品や名前を全然知らないので少々困却した。そしてひそかに調べてみた。戯曲界の大立物だと彼らから言われている一人の男の書いた物を、彼はことに知りたかった。ところが、その大劇作家はただ一幕物を一つ作ったのみだと知って、彼はびっくりした。しかもその一幕物が、最近十年間にわたって彼らの雑誌の一つに発表された、一連の短編というよりむしろ一連の小品からでき上がった一つの長編小説を、さらに抜粋してきたものであった。他の者らの作も、同じような分量だった。二、三の一幕物、二、三の短編、二、三の詩だった。一つの論文で名高くなってる者もいた。「これから作るはずの」書物で有名になってる者もいた。彼らは大きな長い作品をいつも軽蔑けいべつしていた。文句中の言葉の布置を極端に重んじているらしかった。それでも、「思想」という言葉が彼らの話にはしばしば出て来た。しかし普通の意味とは異なってるらしかった。文体の些細ささいな事柄にその言葉をあてはめていた。とは言え、彼らのうちにも、偉大な思想家や偉大な諷刺ふうし家がいた。そういう連中は、物を書く時に、深遠巧妙な言葉を読者が見誤らないようにとイタリックになしていた。
彼らは皆自己崇拝者であった。それが彼らの有する唯一の崇拝だった。その崇拝を他人にも分かとうとしていた。あいにくなことには、他人も皆それをすでにそなえていた。彼らは話すにも、歩くにも、煙草たばこを吹かすにも、新聞を読むにも、頭や眼を向けるにも、たがいに挨拶あいさつし合うにも、たえず公衆を念頭に置いてやっていた。道化どうけは青年につきものである、彼らが微々たる人物であればあるほど。換言すれば人から閑却さるればさるるほど、なおさらそうである。ことに女性にたいしては、ひどく骨を折る。なぜなら、女性を渇望してるからであり、女性から渇望されることを――さらに――望んでいるからである。しかし初対面の男にたいしてさえ、彼らは気取ってみせる。唖然あぜんたる眼つきをしか期待できないような擦すれ違う男にたいしてさえ、そうである。クリストフはしばしばそういうくだらない孔雀くじゃくの雛ひなどもに出会った。画家や音楽家や俳優などの卵どもであって、ヴァン・ダイク、レンブラント、ベラスケス、ベートーヴェン、などのよく知られてる様子をまねたり、りっぱな画家、りっぱな音楽家、りっぱな労働者、深遠な思想家、快活な好男子、ダニューヴの百姓、自然人、などの役割を演じたりしていた……。他人に注目されてるかどうかを見るために、通りすがりにちらと横目をつかった。クリストフは彼らがやって来るのを見、いよいよそばに近づいてくると、意地悪くも素知らぬ顔で眼をそらした。しかし彼らは長く気にかけはしなかった。二、三歩も行くと、もう次に出会う人に気取って見せていた。――コレットの客間に集まる連中は、いくらか垢あかぬけがしていた。彼らはことに精神を粉飾ふんしょくしていた。二、三のモデルをもっていた。しかもそのモデルがすでに本物ではなかった。あるいはまた、彼らは一つの観念をまねていた。力、喜悦、憐憫れんびん、連帯責任、社会主義、無政府主義、信仰、自由、などと。それが彼らの役割だった。最も高尚な思想をも文学上の一事となし、人間の魂の最も勇壮な飛躍にも、流行の襟えり飾りと同じ役目を帯ばせるだけの才能を、彼らはりっぱにそなえていた。
しかし彼らの最も得意な世界は、恋愛であった。恋愛は彼らの領有だった。快楽の研究においては彼らの通じないところはなかった。彼らはその手腕に任して、解釈の名誉を得んがために新しい問題までこしらえ出した。そういうことはいつでも、他に能事のない連中の仕事だった。恋をしていないから、せめて「恋を作り出す」のである。そしてことに恋を説き明かすのである。原文はきわめて貧弱なくせに、注釈が馬鹿ばかに豊富だった。社会学は最も放縦ほうしょうな思想に珍味を与えていた。当時はすべてが社会学の天幕に覆おおわれていた。自分の不貞な欲望を満足させるのがいかに愉快であろうとも、それを満足させながら新時代のために働いているのだと思い込まなかったら、何か物足りない点が生ずるほどだった。それは明らかにパリー的な一種の社会主義であった。恋愛社会主義であった。
かかる恋愛の小宮廷を当時沸きたたせていた問題の中に、結婚における男女の平等および恋愛にたいする権利の平等というのがあった。善良で正直で抗弁好きでやや滑稽こっけいな青年ら――スカンジナヴィア人やスイス人のごとき――がいて、貞操の平等を要求して、女子と同じく男子も童貞で結婚すべきことを主張していた。パリー式の通人らは他の種類の平等を、不品行の平等を要求して、男子と同様に女子も身を涜けがして結婚すべきことを――情人をもつの権利を――主張していた。パリー人らは、想像上においても実行上においてもあまりに姦淫かんいんをやり遂げたがために、それをもう無趣味に思い始めていた。文学界においては、もっと特殊な考案をもってそれに換えようとしていた。それは若い娘の売淫ばいいんであった――言う意味は、規則的な、普遍的な、貞節な、瑞正な、家庭的な、おまけに社会的な、売淫である。――最近に現われた巧妙な一事が、この問題に範例をたれていた。諧謔かいぎゃく的な博識の四百ページ中で、「ベーコンの方法の規則に従って」、「快楽の最上整理法」が研究されていた。それは自由恋愛の講義で、優雅、適宜、良趣味、品位、美、真理、貞操、道徳、などがしきりに説かれていた。堕落したがってる上流の若い娘らにとっては、ベルカン式の好読物だった。――それは一時福音書となって、コレットの小宮廷でも盛んにもてはやされ、注釈されていた。もちろん、弟子でしたちのいつものやり方に漏れず彼らも、正しいものや、よく観察されたものや、かなり人間的なものまでが、逆説の下に隠されてるのをすべてうち捨てて、その悪いものをばかり取り上げていた。その甘いちっちゃな花の花壇から、彼らは最も有毒なものを摘み取らずにはおかなかった。すなわち次のような警句を。――「逸楽の趣味は勤勉の趣味を鋭敏にするのみである。」――「処女が享楽しないうちに母となるのは奇怪である。」――「童貞の男子を所有することは女子にとって、思慮深き母性へ至る自然の準備である。」――「息子むすこの自由を護るに用いると同じ微妙謹直な精神をもって、娘の自由を取り計らってやるのは」母親たる者の役目である。――「年若な娘らは現今、講演会や友人の家の茶話会などから平気な顔でもどってくるが、それと同じ様子で情人のもとからもどってくる」時代が、やがて来るであろう。
コレットは笑いながら、こういう教えはきわめてもっともであると断言していた。
クリストフはそれらのことが大きらいだった。彼はその重大さとそれが流すかもしれない害毒とを、誇張して考えていた。ところがフランス人は、文学を実行するにはあまりに賢い。それら小型のディドロー輩は、大ドゥニーの小銭は、普通の生活においては、大百科辞典の非凡なパニュルジュのように、他の人々と同じく正直でかつ気の小さな市民となっている。彼らは実行においてかく臆病おくびょうであるからこそ、でき得る限りの極端にまで実行を(頭の中の実行を)押し進めて喜ぶのである。それは少しも危険のない遊戯である。
しかしクリストフは、フランス式の享楽者ではなかった。

コレットを取り巻いてる青年らのうちに、彼女から好まれてるらしい者が一人いた。もちろんこの青年はまた、クリストフにとっては最も堪えがたい人物でもあった。
それは、貴族的な文学を書いたり第三共和政の貴族をもって任じたりしてる、成金の息子連中の一人だった。名前をリュシアン・レヴィー・クールといった。両方に広く離れた眼、鋭い眼つき、曲がった鼻、厚い唇くちびる、ヴァン・ダイク風に先とがりに刈り込んだ金褐色きんかっしょくの髯ひげ、よく似合ってる早老の禿はげかかりの頭、舌ったるい言葉つき、優美な物腰、いつも揉もみ手をしてる細い柔らかい手、をもっていた。非常な丁重さを、巧妙な愛想を、いつも装よそおっていて、実は嫌きらいで排斥したがってる者にたいしてもそうだった。
クリストフは前に、文学者らの晩餐ばんさん会へシルヴァン・コーンから初めて連れて行かれた時、この男に会ったことがあった。そして、言葉をかわしはしなかったが、その声を聞いただけですでに、一種の嫌悪けんおを覚えた。彼はこの嫌悪の理由が自分でもわからなかったが、あとになってその深い理由がわかるようになってきた。人には愛情の突発もあれば、また憎悪ぞうおの突発もある――と言うのが悪ければ――(あらゆる情熱とともに憎悪という言葉をも恐れるやさしい魂の人に不快をかけないため)――敵を感じて身を護る健全な人の本能、と言ってもいい。
彼はクリストフと正反対に、皮肉と分解との精神を代表していた。死にかかってる古い社会のうちにあるすべての偉大なもの、すなわち家庭や結婚や宗教や祖国、また芸術においては、すべて男らしいもの、純潔なもの、健全なもの、民衆的なもの、あるいは、思想や感情や偉人や人間のうちにあるあらゆる信念、などをことごとく彼は、やさしく丁重にひそかに攻撃していた。そういう思想の底には、分析の、極度の分析の、機械的な楽しみ、思想そのものを咬かみ砕かんとする、一種の動物的な欲求、あたかも蛆虫うじむしのような本能、があるばかりだった。そしてこの完全な知的咬噛こうごうと相並んで、娘らしい肉感的快楽があった。娘といっても、それは青鞜せいとう者流の娘である。なぜなら、彼にあっては、すべてが文学的であり、もしくは文学的たるべきであった。彼にとっては、すべてが文学の材料であった、自分のまた友人の幸運も悪徳もことごとく。彼は小説や戯曲を書いていたが、その中で、両親の私生活、その内密事、友人らの内密事、自分の内密事、女との関係、なかんずく、自分の親友の細君との関係、などをきわめて巧みに語っていた。人物の描写も手ぎわよくなされていた。読者もその細君も友人も皆、描写の精確なことをほめていた。彼は女の打ち明け話か寵愛ちょうあいかを受ける時には、それを書物の中で言わずには済ませなかった。――普通に考えると、彼の不謹慎な叙述は彼とその「関係の女たち」との間を冷たくするのが、当然らしく思われた。しかしそんなことは少しもなかった。女たちはほとんど迷惑がりもしなかった。ただ形式のことだけをかれこれ言っていたが、内心では、自分の裸体姿を公衆にさらしてもらったのがうれしかった。その顔に仮面を残してさえおけば、彼女らの貞節は無事だった。また彼の方でも、なんら意趣返しの心も、また誹謗ひぼうの心をも、それらの饒舌じょうぜつに含ましてはいなかった。彼は普通一般の者に比べて、さらに悪戯いたずらな息子むすこでもなければ、さらにいけない情人でもなかった。彼が自分の父や母や情婦のことを露骨にあばいてる同じ章の中にも、彼らのことを詩的な愛情と魅力とで述べてるページがあった。実際のところ、彼は極端に親密な態度だった。しかしながら、愛するものをも尊敬しないで済ませる連中の一人だった。尊敬するどころではない。多少軽蔑けいべつできるようなものを彼らはいっそう愛するのである。自分の愛情の対象は自分にいっそう近くいっそう人間的であるように彼らは考える。勇壮とかことに純潔とかいうことを少しも理解し得ない俗人どもである。勇壮や純潔などを、虚偽かあるいは精神の弱さかであるように見なしがちである。それでももちろん彼らは、芸術上の英傑をだれよりもよく理解してるとの確信をもち、その英傑らを保護者的な馴なれ馴れしさで批判するのである。
レヴィー・クールは、富裕閑散な中流市民階級の腐敗した生娘きむすめらと、いたってよく気が合っていた。彼は彼女らにとって一のお友だちであり、彼女らを教育し彼女らから必要とされてる、ずっと自由な老練な一種の堕落した女中であった。彼女らは彼にたいして少しも気兼ねをしなかった。そしてプシュケーの燈火を手にしては自分らに好き勝手なことをさせるこの赤裸な両性の男を、物珍しげに研究していた。
繊細な性質をもち生命の堕落的な磨損まそんからのがれようとの感心な願いをもってるらしい、コレットのような若い娘が、どうしてかかる連中といっしょになるのを喜ぶことができるのか、クリストフには了解がいかなかった。……クリストフは少しも人の心理に通じていなかった。リュシアン・レヴィー・クールの方がはるかによく通じていた。クリストフはコレットの信頼者であったが、コレットはリュシアン・レヴィー・クールの信頼者であった。すなわち彼女はレヴィー・クールにたいして大なる優越をもっていた。自分より弱い男を相手にしてると思うことは、女にとっては気持のいいことである。女はそこに二つのものを同時にみずから満足させる、自分のうちにあるよくないものと、よい方のものすなわち母性的本能とを。リュシアン・レヴィー・クールはそれをよく知っていた。女の心を動かす最も確実な方法の一つは、この秘密な急所を突くことである。その上にコレットは、あまり自慢にもしていないがしかししりぞけようともしていない種々の本能をもっていて、自分を弱々しくまたかなり卑怯ひきょうに感じていた。それで、親しい男の厚かましく組み立てられた告白を聞いて、他人も自分と同様であると考え、人間的性質はそのままに容認するがいいと考えるのは、彼女にとってうれしいことだった。すると彼女は、自分に快い性癖と戦わないで満足して、こうあるのが当然だと勝手な理屈をつけ、どうにもできない――(悲しいかな!)――ことにたいしては、反抗しないで寛大であるのがすなわち賢明なやり方だと、勝手に考えた。それこそ、実行に少しも困難でない賢明なやり方であった。
清朗な心で人生をながめ得る者にとっては、社会の胸の中に、皮相な文明の極度の精練と深い動物性との間に、常に存在する矛盾は、大なる興味を含んでるものである。化石や化石された魂などでいっぱいになっていないあらゆる客間は、あたかも二つの地層のように、たがいにつみ重ねられた二層の会話を現わしている。その一つは――皆が耳にしてるもので――知能のうちにある。他の一つは――あまり人に気づかれはしないが、しかし最も大きなもので――本能のうちに、動物性のうちにある。それら二つの会話は、しばしばたがいに撞着どうちゃくする。精神が慣習の通貨をたがいにかわしてる一方に、肉体は欲望や怨恨えんこんを口にし、あるいはさらに多く、好奇や倦怠けんたいや嫌悪けんおを口にしている。その動物性は、幾世紀もの文明によって馴養じゅんようされ、檻おりの中のみじめな獅子ししほどに愚鈍にされてはいるが、それでもやはり餌食えじきにあこがれている。
しかしクリストフは、年齢と情熱の死滅とのみがもたらしてくれる公平無私な心境には、まだ到達していなかった。彼はコレットの相談者たる役目を、ごく真面目まじめに取ってしまった。彼女は彼に助けを求めたのだったし、彼は彼女が軽率にも危険に身をさらしてるのを見て取った。それで彼はもはや、リュシアン・レヴィー・クールにたいして敵意を隠さなかった。レヴィー・クールの方では最初、クリストフにたいして、完璧かんぺきなしかも皮肉な礼節の態度を取っていた。彼もまた敵の様子を探っていた。しかし、恐るべき敵ではないと判断して、それとなく馬鹿にしていた。彼はクリストフから感心されさえすれば、心よく折り合ってゆけるのであった。しかしそれはできない相談だった。彼もよくそれを感じた。なぜならクリストフは考えを隠す術すべを知らなかったから。そこでリュシアン・レヴィー・クールは、単に思想上の抽象的な対抗から、注意深く鉾先ほこさきを隠した対人間的な戦いへ、それとなく移っていった。コレットがその懸賞品たるべきはずだった。
彼女は二人の友を平等にあやなしていた。クリストフの道徳的優秀さと才能とを味わっていたが、またリュシアン・レヴィー・クールの面白い不道徳性と機知とをも味わっていた。そして内心では、後者の方により多くの楽しみを見出していた。クリストフは彼女に少しも叱責しっせきを控えなかった。彼女は殊勝げにしおらしくそれを聴いた。それで彼の心も和らいだ。彼女はかなり善良であったが、心弱さと温良そのものとのために本気でなかった。半ば狂言をやっていた。クリストフと同じように考えてるふうを装よそおっていた。実は彼のような友人の価値をよく知ってはいた。しかし友情のためになんらかの犠牲を払うのを欲しなかった。何物にたいしてもまただれにたいしても、なんらの犠牲をも払いたくなかった。自分に最も便利で最も快いことを欲していた。それで彼女は、リュシアン・レヴィー・クールをいつも迎えてることをクリストフに隠した。友だちを皆引き止めてその皆を満足させるの技倆ぎりょうをもっていなければならない者に必要な一種の技術に、子どもの時から馴ならされてる社交裡りの若い女性特有の、みごとなかわいい自然さをもって、彼女は嘘うそをついていた。クリストフに不快をかけないためだということを、みずから嘘の口実としていた。しかし実際においては、彼の言うところがもっともであると知っていたからであり、彼と仲違たがいをしないで自分の好きなことをやはりしたいからであった。クリストフは時々その狡猾こうかつな策略に気づいた。そして叱責し声を荒らげた。彼女はそれでもやはり、かわいらしいやや悲しげな後悔した小娘のふうを装った。そして彼にやさしい眼つき――女性の最後の策――を送った。クリストフの友情を失うかもしれないと感ずることは、彼女にとってほんとうに悲しかった。彼女は誘惑的なまた真面目まじめな様子をした。すると果たして、しばらくはクリストフの心を和らげることができた。しかし早晩、破裂に終わるの運命にあった。クリストフのいらだちのうちには、知らず知らずごく少しの嫉妬しっとがいり込んでいた。そしてコレットの追従ついしょう的な策略のうちには、同じくごく少しの恋愛がはいり込んでいた。不和はそのためにますますひどくなるのほかはなかった。
ある日、クリストフはコレットが嘘をついてる現場を押えて、リュシアン・レヴィー・クールと自分とどちらかを選べと、手詰めの談判をした。彼女はその問題を避けようと試みた。そしてしまいには、好きな者はだれでも友だちにしておく権利があると主張した。彼女の言うところはまったく正当だった。クリストフは自分の方が滑稽こっけいだと気づいた。しかし自分がかく厳格な態度を取るのは利己心からではないということも、またよく知っていた。彼はコレットにたいして誠実な愛情をいだいていたのである。たとい彼女の意志に逆らおうとも彼女を救いたかった。それで彼はへまに言い張った。彼女は返辞を拒んだ。彼は言った。
「コレットさん、では私たちがもう友だちでなくなることを望むんですか。」
彼女は言った。
「いいえ、ちっとも。あなたが友だちでなくなってしまわれると、私はたいへん悲しいんですもの。」
「しかしあなたは私どもの友情に、少しの犠牲をも払いたがらないじゃありませんか。」
「犠牲ですって! まあ馬鹿なことをおっしゃるのね。」と彼女は言った。「いつでも何かのために何かを犠牲にしなければならないという訳があるでしょうか? それはキリスト教的な馬鹿げた考えですわ。つまりあなたは、知らず知らず古臭いお坊さんになっていらっしゃるのね。」
「そうかもしれません。」と彼は言った。「私にとっては、これかあれかです。善と悪との間に、私は空間を認めません、たとい髪の毛一筋ほども。」
「ええ、知っています。」と彼女は言った。「だから私はあなたが好きです。ほんとに、たいへん好きですわ。けれど……。」
「けれど、も一人の方も同様に好きだ、というんでしょう。」
彼女は笑った。そして、いちばんかわいい眼つきをしいちばんやさしい声をして言った。
「お友だちでいてくださいね!」

 

Il était sur le point de céder encore. Mais Lucien Lévy-Cœur entra; et les mêmes yeux câlins et la même voix douce servirent à le recevoir. Christophe regarda, en silence, Colette faire ses petites comédies; puis il s'en alla, décidé à rompre. Il avait le cœur chagrin. C'était si bête de s'attacher toujours, de se laisser prendre au piège!

En rentrant chez lui, et rangeant machinalement ses livres, il ouvrit par désœuvrement sa Bible, et lut:

... Le Seigneur a dit: Parce que les filles de Sion vont en raidissant le cou, en remuant les yeux, en marchant à petits pas affectés, en faisant résonner les anneaux de leurs pieds,

Le Seigneur rendra chauve le sommet de la tête des filles de Sion, le Seigneur en découvrira la nudité...

Il éclata de rire, en songeant aux manèges de Colette; et il se coucha, de bonne humeur. Puis il pensa qu'il fallait qu'il fût bien atteint, lui aussi, par la corruption de Paris, pour que la Bible fût devenue pour lui d'une lecture comique. Mais il n'en continua pas moins, dans son lit, à se répéter la sentence du grand Justicier farceur; et il cherchait à en imaginer l'effet sur la tête de sa jeune amie. Il s'endormit, en riant comme un enfant. Il ne songeait déjà plus à son nouveau chagrin. Un de plus, un de moins... Il en prenait l'habitude.

Il ne cessa point de donner des leçons de piano à Colette; mais il évita désormais les occasions qu'elle lui offrait de continuer leurs entretiens amicaux. Elle eut beau s'attrister, se piquer, jouer de ses petites roueries: il s'obstina; ils se boudèrent; d'elle-même, elle finit par trouver des prétextes pour espacer les leçons; et il en trouva pour esquiver les invitations aux soirées des Stevens.

Il en avait assez de la société parisienne; il ne pouvait plus souffrir ce vide, cette oisiveté, cette impuissance morale, cette neurasthénie, cette hypercritique, sans raison et sans but, qui se dévore elle-même. Il se demandait comment un peuple pouvait vivre dans cette atmosphère stagnante d'art pour l'art et de plaisir pour le plaisir. Cependant, ce peuple vivait, il avait été grand, il faisait encore assez bonne figure dans le monde; pour qui le voyait de loin, il faisait illusion. Où pouvait-il puiser ses raisons de vivre? Il ne croyait à rien, à rien qu'au plaisir...

Comme Christophe en était là de ses réflexions, il se heurta dans la rue à une foule hurlante de jeunes gens et de femmes, qui traînaient une voiture, où un vieux prêtre était assis, bénissant à droite et à gauche. Un peu plus loin, il vit des soldats français, qui enfonçaient à coups de hache les portes d'une église, et que des messieurs décorés accueillaient à coups de chaises. Il s'aperçut que les Français croyaient pourtant à quelque chose,—encore qu'il ne comprît pas à quoi. On lui expliqua que c'était l'État qui se séparait de l'Église, après un siècle de vie commune, et que, comme elle ne voulait pas partir de bon gré, fort de son droit et de sa force, il la mettait à la porte. Christophe ne trouva point le procédé galant; mais il était si excédé du dilettantisme anarchique des artistes parisiens qu'il eut plaisir à rencontrer des gens qui étaient prêts à se faire casser la tête pour une cause, si inepte qu'elle fût.

Il ne tarda pas à reconnaître qu'il y avait beaucoup de ces gens en France. Les journaux politiques se livraient des combats, comme les héros d'Homère; ils publiaient journellement des appels à la guerre civile. Il est vrai que cela se passait en paroles, et que l'on en venait rarement aux coups. Cependant, il ne manquait pas de naïfs pour mettre en action la morale que les autres écrivaient. On assistait alors à de curieux spectacles: des départements qui prétendaient se séparer de la France, des régiments qui désertaient, des préfectures brûlées, des percepteurs à cheval, à la tête de compagnies de gendarmes, des paysans armés de faux, faisant bouillir des chaudières pour défendre les églises, que des libres penseurs défonçaient, au nom de la liberté, des Rédempteurs populaires, qui montaient dans les arbres pour parler aux provinces du Vin, soulevées contre les provinces de l'Alcool. Par-ci, par-là, ces millions d'hommes qui se montraient le poing, tout rouges d'avoir crié, finissaient tout de bon par se cogner. La République flattait le peuple; et puis, elle le faisait sabrer. Le peuple, de son côté, cassait la tête à quelques enfants du peuple,—officiers et soldats.—Ainsi, chacun prouvait aux autres l'excellence de sa cause et de ses poings. Quand on regardait cela de loin, au travers des journaux, on se croyait revenu de plusieurs siècles en arrière. Christophe découvrait que la France,—cette France sceptique,—était un peuple fanatique. Mais il lui était impossible de savoir en quel sens. Pour ou contre la religion? Pour ou contre la raison? Pour ou contre la patrie?—Ils l'étaient dans tous les sens. Ils avaient l'air de l'être, pour le plaisir de l'être.

Il fut amené à en causer, un soir, avec un député socialiste, qu'il rencontrait parfois dans le salon des Stevens. Bien qu'il lui eût déjà parlé, il ne se doutait point de la qualité de son interlocuteur: jusque-là, ils ne s'étaient entretenus que de musique. Il fut très étonné d'apprendre que cet homme du monde était un chef de parti violent.

Achille Roussin était un bel homme, à la barbe blonde, au parler grasseyant, le teint fleuri, les manières cordiales, une certaine élégance avec un fond de vulgarité, des gestes de rustre, qui lui échappaient de temps en temps:—une façon de se faire les ongles en société, une habitude toute populaire de ne pouvoir parler à quelqu'un sans happer son habit, l'empoigner, lui palper les bras;—il était gros mangeur, gros buveur, viveur, rieur, les appétits d'un homme du peuple, qui se rue à la conquête du pouvoir; souple, habile à changer de façons, suivant le milieu et l'interlocuteur, exubérant d'une façon raisonnée, sachant écouter, s'assimilant sur-le-champ tout ce qu'il entendait; sympathique d'ailleurs, intelligent, s'intéressant à tout, par goût naturel, par goût acquis, et par vanité; honnête, dans la mesure où son intérêt ne lui commandait pas le contraire, et où il eût été dangereux de ne pas l'être.

Il avait une assez jolie femme, grande, bien faite, solidement charpentée, la taille élégante, un peu étriquée dans de luxueuses toilettes, qui accusaient avec exagération les robustes rondeurs de son anatomie; le visage encadré de cheveux noirs frisottants, les yeux grands, noirs et épais; le menton un peu en galoche; la figure grosse, d'aspect assez mignon toutefois, mais gâté par les petites grimaces des yeux myopes, clignotants, et de la bouche en cul-de-poule. Elle avait une démarche factice, saccadée, comme certains oiseaux, et une façon de parler minaudière, mais beaucoup de bonne grâce et d'amabilité. Elle était de riche famille bourgeoise et commerçante, d'esprit libre et d'espèce vertueuse, attachée aux devoirs innombrables du monde, comme à une religion, sans parler de ceux qu'elle s'imposait, de ses devoirs artistiques et sociaux: avoir un salon, répandre l'art dans les Universités Populaires, s'occuper d'œuvres philanthropiques ou de psychologie de l'enfance,—sans chaleur de cœur, sans intérêt profond,—par bonté naturelle, snobisme, et pédantisme innocent de jeune femme instruite, qui semble réciter perpétuellement une leçon, et qui met son amour-propre à ce qu'elle soit bien sue. Elle avait besoin de s'occuper, mais elle n'avait pas besoin de s'intéresser à ce dont elle s'occupait. Telle, l'activité fébrile de ces femmes, qui ont toujours un tricot entre les doigts, et qui remuent sans trêve les aiguilles, comme si le salut du monde était attaché à ce travail, dont elles n'ont même pas l'emploi. Et puis, il y avait chez elle,—comme chez les «tricoteuses»,—la petite vanité de l'honnête femme, qui fait, par son exemple, la leçon aux autres femmes.

Le député avait pour elle un mépris affectueux. Il l'avait fort bien choisie, pour son plaisir et pour sa tranquillité. Elle était belle, il en jouissait, il ne lui demandait rien de plus; et elle ne lui demandait rien de plus. Il l'aimait, et la trompait. Elle s'en accommodait, pourvu qu'elle eût sa part. Peut-être même y trouvait-elle un certain plaisir. Elle était calme et sensuelle. Une mentalité de femme de harem.

Ils avaient deux jolis enfants de quatre à cinq ans, dont elle s'occupait, en bonne mère de famille, avec la même application aimable et froide qu'elle apportait à suivre la politique de son mari et les dernières manifestations de la mode et de l'art. Et cela faisait, dans ce milieu, le plus singulier mélange de théories avancées, d'art ultra-décadent, d'agitation mondaine, et de sentiment bourgeois.

Ils invitèrent Christophe à venir les voir. Madame Roussin était bonne musicienne, jouait du piano d'une façon charmante; elle avait un toucher délicat et ferme; avec sa petite tête, qui regardait fixement les touches, et ses mains perchées dessus, qui sautillaient, elle avait l'air d'une poule qui donne des coups de bec. Bien douée, et plus instruite en musique que la plupart des Françaises, elle était d'ailleurs indifférente comme une carpe au sens profond de la musique: c'était pour elle une suite de notes, de rythmes et de nuances, qu'elle écoutait ou récitait avec exactitude; elle n'y cherchait point d'âme, n'en ayant pas besoin pour elle-même. Cette aimable femme, intelligente, simple, toujours disposée à rendre service, dispensa à Christophe la bonne grâce accueillante qu'elle avait pour tous. Christophe lui en savait peu de gré; il n'avait pas beaucoup de sympathie pour elle: il la trouvait inexistante. Peut-être ne lui pardonnait-il pas non plus, sans s'en rendre compte, la complaisance qu'elle mettait à accepter le partage avec les maîtresses de son mari, dont elle n'ignorait pas les aventures. La passivité était, de tous les vices, celui qu'il excusait le moins.

Il se lia plus intimement avec Achille Roussin. Roussin aimait la musique, comme les autres arts, d'une façon grossière, mais sincère. Quand il aimait une symphonie, il avait l'air de coucher avec. Il avait une culture superficielle, et il en tirait très bon parti; sa femme ne lui avait pas été inutile en cela. Il s'intéressa à Christophe, parce qu'il voyait en lui un plébéien vigoureux, comme il était lui-même. Il était d'ailleurs curieux d'observer de près un original de ce genre—(il était d'une curiosité inlassable pour observer les hommes)—et de connaître ses impressions sur Paris. La franchise et la rudesse des remarques de Christophe l'amusa. Il était assez sceptique pour en admettre l'exactitude. Que Christophe fût Allemand n'était pas pour le gêner: au contraire! Il se vantait d'être au-dessus des préjugés de patrie. Et, en somme, il était sincèrement «humain»—(sa principale qualité);—il sympathisait avec tout ce qui était homme. Mais cela ne l'empêchait point d'avoir la conviction bien assurée de la supériorité du Français—vieille race, vieille civilisation—sur l'Allemand, et de se gausser de l'Allemand.

Christophe voyait chez Achille Roussin d'autres hommes politiques, ministres de la veille ou du lendemain. Avec chacun d'eux, individuellement, il aurait eu assez de plaisir à causer, si ces illustres personnages l'en avaient jugé digne. Au contraire de l'opinion généralement répandue, il trouvait leur société plus intéressante que celle des littérateurs qu'il connaissait. Ils avaient une intelligence plus vivante, plus ouverte aux passions et aux grands intérêts de l'humanité. Causeurs brillants, méridionaux pour la plupart, ils étaient étonnamment dilettantes; pris à part, ils l'étaient presque autant que les hommes de lettres. Bien entendu, ils étaient assez ignorants de l'art, surtout de l'art étranger; mais ils prétendaient tous plus ou moins s'y connaître; et souvent, ils l'aimaient vraiment. Il y avait des Conseils de ministres, qui ressemblaient à des cénacles de petites Revues. L'un faisait des pièces de théâtre. L'autre raclait du violon et était wagnérien enragé. L'autre gâchait de la peinture. Et tous collectionnaient les tableaux impressionnistes, lisaient les livres décadents, mettaient une coquetterie à goûter un art ultra-aristocratique, qui était l'ennemi mortel de leurs idées. Christophe était gêné de voir ces ministres socialistes, ou radicaux-socialistes, ces apôtres des classes affamées, faire les connaisseurs en jouissances raffinées. Sans doute, c'était leur droit; mais cela ne lui semblait pas très loyal.

Mais le plus curieux, c'était quand ces hommes, qui, pris en particulier, étaient sceptiques, sensualistes, nihilistes, anarchistes, touchaient à l'action: aussitôt, ils devenaient fanatiques. Les plus dilettantes, à peine arrivés au pouvoir, se muaient en petits despotes orientaux; ils étaient pris de la manie de tout diriger, de ne rien laisser libre: ils avaient l'esprit sceptique et le tempérament tyrannique. La tentation était trop forte de pouvoir user du formidable mécanisme de centralisation administrative, qu'avait jadis construit le plus grand des despotes, et de n'en pas abuser. Il s'en suivait une sorte d'impérialisme républicain, sur lequel était venu se greffer, dans les dernières années, un catholicisme athée.

Pendant un certain temps, les politiciens n'avaient prétendu qu'à la domination des corps,—je veux dire des fortunes;—ils laissaient les âmes à peu près tranquilles, les âmes n'étant pas monnayables. De leur côté, les âmes ne s'occupaient pas de politique; elle passait au-dessus ou au-dessous d'elles; la politique, en France, était considérée comme une branche, lucrative, mais suspecte, du commerce et de l'industrie; les intellectuels méprisaient les politiciens, les politiciens méprisaient les intellectuels.—Or, depuis peu un rapprochement s'était fait, puis bientôt une alliance, entre les politiciens et la pire classe des intellectuels. Un nouveau pouvoir était entré en scène, qui s'était arrogé le gouvernement absolu des pensées: c'étaient les Libres Penseurs. Ils avaient lié partie avec l'autre pouvoir, qui avait vu en eux un rouage perfectionné de despotisme politique. Ils tendaient beaucoup moins à détruire l'Église qu'à la remplacer; et, de fait, ils formaient une église de la Libre Pensée, qui avait ses catéchismes et ses cérémonies, ses baptêmes, ses premières communions, ses mariages, ses conciles régionaux, nationaux, voire même œcuméniques à Rome. Inénarrable bouffonnerie que ces milliers de pauvres bêtes, qui avaient besoin de se réunir en troupeaux, pour «penser librement»! il est vrai que leur liberté de pensée consistait à interdire celle des autres, au nom de la Raison: car ils croyaient à la Raison, comme les catholiques à la Sainte Vierge, sans se douter, les uns et les autres, que la Raison, pas plus que la Vierge, n'est rien par elle-même, et que la source est ailleurs. Et, de même que l'Église catholique avait ses armées de moines et ses congrégations, qui sourdement cheminaient dans les veines de la nation, propageaient son virus, et anéantissaient toute vitalité rivale, l'église anti-catholique avait ses francs-maçons, dont la maison mère, le Grand-Orient, tenait registre fidèle de tous les rapports secrets que lui adressaient, chaque jour, de tous les points de France, ses pieux délateurs. L'État républicain encourageait sous main les espionnages sacrés de ces moines mendiants et de ces jésuites de la Raison, qui terrorisaient l'armée, l'Université, tous les corps de l'État; et il ne s'apercevait point qu'en semblant le servir, ils visaient peu à peu à se substituer à lui, et qu'il s'acheminait tout doucement à une théocratie athée, qui n'aurait rien à envier à celle des Jésuites du Paraguay.

Christophe vit chez Roussin quelques-uns de ces calotins. Ils étaient plus fétichistes les uns que les autres. Pour le moment, ils exultaient d'avoir fait enlever le Christ des tribunaux. Ils croyaient avoir détruit la religion, parce qu'ils détruisaient quelques morceaux de bois. D'autres accaparaient Jeanne d'Arc et sa bannière de la Vierge, qu'ils venaient d'arracher aux catholiques. Un des pères de l'église nouvelle, un général qui faisait la guerre aux Français de l'autre église, venait de prononcer un discours anti-clérical en l'honneur de Vercingétorix: il célébrait dans le Brenn gaulois, h qui la Libre Pensée avait élevé une statue, un enfant du peuple et le premier champion de la France contre Rome (l'église de). Un ministre de la marine, pour purifier la flotte et faire enrager les catholiques, donnait à un cuirassé le nom d'Ernest Renan. D'autres libres esprits s'attachaient à purifier l'art. Ils expurgeaient les classiques du XVIIe siècle, et ne permettaient pas que le nom de Dieu souillât les Fables de La Fontaine. Ils ne l'admettaient pas plus dans la musique ancienne; et Christophe entendit un vieux radical,—(«Être radical dans sa vieillesse, dit Gœthe, c'est le comble de toute folie»)—qui s'indignait qu'on osât donner dans un concert populaire les lieder religieux de Beethoven. Il exigeait qu'on changeât les paroles.

D'autres, plus radicaux encore, voulaient qu'on supprimât purement et simplement toute musique religieuse, et les écoles où on l'apprenait. Vainement, un directeur des Beaux-Arts, qui dans cette Béotie passait pour un Athénien, expliquait qu'il fallait pourtant apprendre la musique aux musiciens: car, disait-il: «quand vous envoyez un soldat à la caserne, vous lui apprenez progressivement à se servir de son fusil et à tirer. Il en est de même du jeune compositeur: la tête fourmille d'idées; mais leur classement n'est pas encore opéré.» Effrayé de son courage, protestant à chaque phrase: «Je suis un vieux libre penseur... Je suis un vieux républicain...», il proclamait audacieusement que «peu lui importait de savoir si les compositions de Pergolèse étaient des opéras ou des messes; il s'agissait de savoir si c'étaient des œuvres de l'art humain».—Mais l'implacable logique de son interlocuteur répliquait au «vieux libre penseur», au «vieux républicain», qu'«il y avait deux musiques: celle qu'on chantait dans les églises, et celle qu'on chantait ailleurs». La première était ennemie de la Raison et de l'État; et la Raison d'État devait la supprimer.

Ces imbéciles eussent été plus ridicules que dangereux, s'ils n'avaient eu derrière eux des hommes d'une réelle valeur, sur qui ils s'appuyaient, et qui étaient comme eux,—davantage peut-être,—fanatiques de la Raison. Tolstoy parle quelque part de ces «influences épidémiques», qui règnent en religion, en philosophie, en politique, en art et en science, de ces «influences insensées, dont les hommes ne voient la folie que lorsqu'ils en sont débarrassés, mais qui, tant qu'ils y sont soumis, leur paraissent si vraies qu'ils ne croient même pas nécessaire de les discuter». Ainsi, la passion des tulipes, la croyance aux sorciers, les aberrations des modes littéraires.—La religion de la Raison était une de ces folies. Elle était commune aux plus sots et aux plus cultivés, aux «sous-vétérinaires» de la Chambre et à certains des esprits les plus intelligents de l'Université. Elle était plus dangereuse encore chez ceux-ci que chez ceux-là; car, chez ceux-là, elle s'accommodait d'un optimisme béat et stupide, qui en détendait l'énergie; au lieu que chez les autres, les ressorts en étaient bandés et le tranchant aiguisé par un pessimisme fanatique, qui ne se faisait point illusion sur l'antagonisme foncier de la Nature et de la Raison, et qui n'en était que plus acharné à soutenir le combat de la Liberté abstraite, de la Justice abstraite, de la Vérité abstraite, contre la Nature mauvaise. Il y avait là un fond d'idéalisme calviniste, janséniste, jacobin, une vieille croyance en l'irrémédiable perversité de l'homme, que seul peut et doit briser l'orgueil implacable des Élus chez qui souffle la Raison,—l'Esprit de Dieu. C'était un type bien français, le Français intelligent, qui n'est pas «humain». Un caillou dur comme fer: rien n'y peut pénétrer; et il casse tout ce qu'il touche.

Christophe fut atterré par les conversations qu'il eut chez Achille Roussin avec quelques-uns de ces fous raisonneurs. Ses idées sur la France en étaient bouleversées. Il croyait, d'après l'opinion courante, que les Français étaient un peuple pondéré, sociable, tolérant, aimant la liberté. Et il trouvait des maniaques d'idées abstraites, malades de logique, toujours prêts à sacrifier les autres à un de leurs syllogismes. Ils parlaient constamment de liberté, et personne n'était moins fait pour la comprendre et pour la supporter. Nulle part, des caractères plus froidement, plus atrocement despotiques, par passion intellectuelle, ou parce qu'ils voulaient toujours avoir raison.

Ce n'était pas le fait d'un parti. Tous les partis étaient de même. Ils ne voulaient rien voir en deçà, au delà de leur formulaire politique ou religieux, de leur patrie, de leur province, de leur groupe, de leur étroit cerveau. Il y avait des antisémites, qui dépensaient toutes les forces de leur être en une haine enragée contre tous les privilégiés de la fortune: car ils haïssaient tons les Juifs, et ils appelaient Juifs tous ceux qu'ils haïssaient. Il y avait des nationalistes, qui haïssaient—(quand ils étaient très bons, ils se contentaient de mépriser)—toutes les autres nations, et, dans leur nation même, appelaient étrangers, ou renégats, ou traîtres, ceux qui ne pensaient pas comme eux. Il y avait des antiprotestants, qui se persuadaient que tous les protestants étaient Anglais ou Allemands, et qui eussent voulu les bannir tous de France. Il y avait les gens de l'Occident, qui ne voulaient rien admettre à l'Est de la ligne du Rhin; et les gens du Nord, qui ne voulaient rien admettre au Sud de la ligne de la Loire; et les gens du Midi, qui appelaient Barbares ceux qui étaient au Nord de la ligne de la Loire; et ceux qui se faisaient gloire d'être de race Germanique; et ceux qui se faisaient gloire d'être de race Gauloise; et, les plus fous de tous, les «Romains», qui s'enorgueillissaient de la défaite de leurs pères; et les Bretons, et les Lorrains, et les Félibres, et les Albigeois; et ceux de Carpentras, de Pontoise, et de Quimper-Corentin: chacun n'admettant que soi, se faisant de son soi un titre de noblesse, et ne tolérant pas qu'on pût être autrement. Rien à faire contre cette engeance: ils n'écoutent aucun raisonnement; ils sont faits pour brûler le reste du monde, ou pour être brûlés.

Christophe pensait qu'il était heureux qu'un tel peuple fût en République: car tous ces petits despotes s'annihilaient mutuellement. Mais si l'un d'eux avait été roi, il ne fût plus resté assez d'air pour aucun autre.

Il ne savait pas que les peuples raisonneurs ont une vertu, qui les sauve:—l'inconséquence.

Les politiciens français ne s'en faisaient pas faute. Leur despotisme se tempérait d'anarchisme; ils oscillaient sans cesse de l'un à l'autre pôle. S'ils s'appuyaient à gauche sur les fanatiques de la pensée, à droite ils s'appuyaient sur les anarchistes de la pensée. On voyait avec eux toute une tourbe de socialistes dilettantes, de petits arrivistes, qui s'étaient bien gardés de prendre part au combat, avant qu'il fût gagné, mais qui suivaient à la trace l'armée de la Libre Pensée, et, après chacune de ses victoires, s'abattaient sur les dépouilles des vaincus. Ce n'était pas pour la raison que travaillaient les champions de la raison... Sic vos non vobis... C'était pour ces profiteurs cosmopolites, qui piétinaient joyeusement les traditions du pays, et qui n'entendaient pas détruire une foi pour en installer une autre à la place, mais pour s'installer eux-mêmes.

Christophe retrouva là Lucien Lévy-Cœur. Il ne fut pas trop étonné d'apprendre que Lucien Lévy-Cœur était socialiste. Il pensa simplement qu'il fallait que le socialisme fût bien sûr du succès pour que Lucien Lévy-Cœur vint à lui. Mais il ne savait pas que Lucien Lévy-Cœur avait trouvé moyen d'être tout aussi bien vu dans le camp opposé, où il avait réussi à devenir l'ami des personnalités de la politique et de l'art les plus antilibérales, voire même antisémites. Il demanda à Achille Roussin:

—Comment pouvez-vous garder de tels hommes avec vous?

Roussin répondit:

—Il a tant de talent! Et puis, il travaille pour nous, il détruit le vieux monde.

—Je vois bien qu'il détruit, dit Christophe. Il détruit si bien que je ne sais pas avec quoi vous reconstruirez. Êtes-vous sûr qu'il vous restera assez de charpente pour votre maison nouvelle? Les vers se sont déjà mis dans votre chantier de construction...

Lucien Lévy-Cœur n'était pas le seul à ronger le socialisme. Les feuilles socialistes étaient pleines de ces petits hommes de lettres, art pour l'art, anarchistes de luxe, qui s'étaient emparés de toutes les avenues qui pouvaient conduire au succès. Ils barraient la route aux autres, et remplissaient de leur dilettantisme décadent et struggle for life les journaux, qui se disaient les organes du peuple. Ils ne se contentaient pas des places: il leur fallait la gloire. Dans aucun temps, on n'avait vu tant de statues hâtivement élevées, tant de discours devant des génies de plâtre. Périodiquement, des banquets étaient offerts aux grands hommes de la confrérie par les habituels pique-assiette de la gloire, non pas à l'occasion de leurs travaux, mais de leurs décorations: car c'était là ce qui les touchait le plus. Esthètes, surhommes, métèques, ministres socialistes, se trouvaient tous d'accord pour fêter une promotion dans la Légion d'Honneur, instituée par cet officier corse.

Roussin s'égayait des étonnements de Christophe. Il ne trouvait point que l'Allemand jugeât si mal ses partenaires. Lui-même, quand ils étaient seul à seul, les traitait sans ménagements. Il connaissait mieux que personne leur sottise ou leurs roueries; mais cela ne l'empêchait pas de les soutenir, afin d'être soutenu par eux. Et si, dans l'intimité, il ne se gênait pas pour parler du peuple en termes méprisants, à la tribune il était un autre homme. Il prenait une voix de tête, des tons aigus, nasillards, martelés, solennels, des trémolos, des bêlements, de grands gestes vastes et tremblotants, comme des battements d'ailes: il jouait Mounet-Sully.

Christophe s'évertuait à démêler dans quelle mesure Roussin croyait à son socialisme. L'évidence était qu'il n'y croyait pas, au fond: il était trop sceptique. Il y croyait pourtant, avec une part de sa pensée; et quoiqu'il sût fort bien que ce n'en était qu'une part—(et pas la plus importante),—il avait organisé d'après cela sa vie et sa conduite, parce que cela lui était plus commode, ainsi. Son intérêt pratique n'était pas seul en cause, mais aussi son intérêt vital, sa raison d'être et d'agir. Sa foi socialiste lui était pour lui-même une sorte de religion d'État.—La majorité des hommes ne vit pas autrement. Leur vie repose sur des croyances religieuses, ou morales, ou sociales, ou purement pratiques,—(croyance à leur métier, à leur travail, à l'utilité de leur rôle dans la vie),—auxquelles ils ne croient pas, au fond. Mais ils ne veulent pas le savoir: car ils ont besoin, pour vivre, de ce semblant de foi, de ce culte officiel, dont chacun est le prêtre.

Roussin n'était pas un des pires. Combien d'autres dans le parti «faisaient» du socialisme ou du radicalisme,—on ne pouvait même pas dire, par ambition, tant cette ambition était à courte vue, n'allait pas plus loin que le pillage immédiat et leur réélection! Ces gens avaient l'air de croire en une société nouvelle. Peut-être y avaient-ils cru jadis; mais, en fait, ils ne pensaient plus qu'à vivre sur les dépouilles de la société qui mourait. Un opportunisme myope était au service d'un nihilisme jouisseur. Les grands intérêts de l'avenir étaient sacrifiés à l'égoïsme de l'heure présente. On démembrait l'armée, on eût démembré la patrie pour plaire aux électeurs. Ce n'était point l'intelligence qui manquait: on se rendait compte de ce qu'il eût fallu faire, mais on ne le faisait point, parce qu'il en eût coûté trop d'efforts. On voulait arranger sa vie et celle de la nation avec le minimum de peine. Du haut en bas de l'échelle, c'était la même morale du plus de plaisir possible avec le moins d'efforts possible. Cette morale immorale était le seul fil conducteur au milieu du gâchis politique, où les chefs donnaient l'exemple de l'anarchie, où l'on voyait une politique incohérente poursuivant dix lièvres à la fois, et les lâchant tous l'un après l'autre, une diplomatie belliqueuse côte à côte avec un ministère de la guerre pacifiste, des ministres de la guerre qui détruisaient l'armée afin de l'épurer, des ministres de la marine qui soulevaient les ouvriers des arsenaux, des instructeurs de la guerre qui prêchaient l'horreur de la guerre, des officiers dilettantes, des juges dilettantes, des révolutionnaires dilettantes, des patriotes dilettantes. Une démoralisation politique universelle. Chacun attendait de l'État qu'il le pourvût de fonctions, de pensions, de décorations; et l'État, en effet, ne manquait pas d'en arroser sa clientèle: la curée des honneurs et des charges était offerte aux fils, aux neveux, aux petits-neveux, aux valets du pouvoir; les députés se votaient des augmentations de traitement: un gaspillage effréné des finances, des places, des titres, de toutes les ressources de l'État.—Et, comme un sinistre écho de l'exemple d'en haut, le sabotage d'en bas: les instituteurs enseignant la révolte contre la patrie, les employés des postes brûlant les lettres et les dépêches, les ouvriers des usines jetant du sable et de l'émeri dans les engrenages des machines, les ouvriers des arsenaux détruisant des arsenaux, des navires incendiés, le gâchage monstrueux du travail par les travailleurs,—la destruction non pas des riches, mais de la richesse du monde.

Pour couronner l'œuvre, une élite intellectuelle s'amusait à fonder en raison et en droit ce suicide d'un peuple, au nom des droits sacrés au bonheur. Un humanitarisme morbide rongeait la distinction du bien et du mal, s'apitoyait devant la personne «irresponsable et sacrée» des criminels, capitulait devant le crime et lui livrait la société.

Christophe pensait:

—La France est soûle de liberté. Après avoir déliré, elle tombera ivre-morte. Et quand elle se réveillera, elle sera au violon.

 彼はまた負けかかった。しかしそこに、リュシアン・レヴィー・クールがはいって来た。そして同じかわいい眼つきと同じやさしい声とが、彼を迎えるのに使われた。クリストフは口をつぐんで、コレットが芝居をうってるのをながめた。それから、交誼こうぎを絶とうと決心して立ち去った。心が悲しかった。しかし、いつも執着して罠わなにかかってばかりいるのは、いかにも愚かなことだった。
彼は家に帰って、機械的に書物を片付けながら、退屈なまま聖書を開いて読んだ。

 ……主しゅは宣のたまえり、シオンの娘らは、首を硬かたくし、眼を動かし、気取りたる小足にて歩み、足の輪を鳴らせばなりと。
主はシオンの娘らの頭の頂を禿はげとなし、その裸の地を見出したもうべし……。

彼はコレットの素振りを考えて放笑ふきだした。そして機嫌きげんよく床についた。それから、自分にとっては聖書も滑稽こっけいな読み物となったところをみると、自分もまたパリーの腐敗に冒されたのに違いないと考えた。けれども彼はやはり寝床の中で、そのおかしな大審判者の判決文をくり返し思い出していた。そしてあの年若な女友だちの頭にはそれがどう響くか、想像してみようとした。彼は子どものように笑いながら眠った。自分の新しい苦しみのことはもはや考えていなかった。可もなく不可もないことだ……。彼はそれに馴なれていた。

彼はなおコレットにピアノの稽古けいこを授けることはやめなかった。しかしそれから後は、彼女から親しい対談をされるような機会を避けた。彼女がいかに悲しい様子をしたり、怒ったふりをしたり、そのつまらない術策を弄ろうしたりしても、彼はがんばっていた。二人は不機嫌ふきげんな顔をし合った。ついには彼女の方から、口実を設けて稽古の回数を減らした。彼もまた口実を設けてストゥヴァン家の夜会へ招待されたのを断わった。
パリーの社交界はもうたくさんだった。その空虚、無為、精神的無力、神経衰弱、理由も目的もなくただ空費される妄評もうひょう、などに彼はもう堪えることができなかった。芸術のための芸術の、また快楽のための快楽の、この沈滞せる雰囲気ふんいきの中に、どうして一民衆が生活し得るかを、彼は怪しんだ。それでもこの民衆は生活していた。かつては偉大だった。まだ世界においてかなりりっぱな顔つきをしていた。遠くからながめる者には幻をかけさしていた。しかし、どこからその生存の理由をくみ取っているのか? 何物も信ぜず、快楽をしか信じていないのに……。
クリストフはそこまで考えを進めていると、青年男女の騒々しい一群に、往来の中で出会った。彼らは一つの車をひいていた。車の中には一人の老牧師がすわって、左右の人々に祝福を与えていた。その少し先を見ると、フランス兵らが斧おのを振りあげて、教会堂の扉とびらをこわしており、それにたいしてりっぱな紳士らが、椅子いすをかざして対抗していた。クリストフはフランス人がなお何かを信じてることに気づいた――何をであるかはまだわからなかった。人の説明によれば、一世紀間の共同生活の後に国家は教会と分離したのであって、教会が快く別れ去ることを欲しなかったので、法と力とをそなえた強い国家は、教会を駆逐してるのであった。クリストフはそれを適宜なやり方だとは思わなかった。しかし彼は、パリーの芸術家らの無政府的享楽主義に弱らされていたので、いかにつまらない主旨にせよ、それに熱中せんとする人々に出会うと、ある喜びを感ぜざるを得なかった。
彼はやがて、そういう人物がフランスにはたくさんいることを認めた。政治新聞はホメロスの英雄らのようにたがいに戦っていた。内乱を煽動せんどうする記事を毎日掲げていた。実を言えば、それもただ言葉の上のことだけで、実際の腕力沙汰ざたになることはめったになかった。けれども、他人が書いてる道徳を実地に行なうような率直な者も、いないではなかった。すると、不思議な光景が見られるのであった。フランスから分離したつもりでいる地方、脱走した連隊、焼かれた県庁、憲兵隊の先頭に立って馬に乗ってる収税吏、自由思想家らが自由の名においてこわそうとしてる教会堂を保護せんため、釜かまに湯を煮たて手に鎌かまをもってる農夫、アルコール地方にたいして反抗した葡萄ぶどう酒地方へ話しかけるため、木の上に登っている民衆の贖主あがないぬし。ここかしこに無数の群集がいて、拳固げんこを差し出し、怒鳴って真赤まっかになっていたが、しまいには本気でなぐり合うのだった。共和政府は民衆に媚こびていた。そして次には、民衆を薙なぎ払わせていた。民衆の方でもまた、民衆の赤子――将校や兵卒――の頭をたたき割っていた。かくてそれぞれ、自分の主旨と拳固げんことのりっぱなことを、他人に証明してみせていた。そういうありさまを遠くから新聞を通じてながめると、数世紀も逆転したがように思われるのだった。フランスは――この懐疑的なフランスは――熱狂的な民衆であるということを、クリストフは発見した。しかしいかなる意味において熱狂的だかは、知ることができなかった。宗教に味方してかあるいは反対してか? 理性に味方してかあるいは反対してか? 祖国に味方してかあるいは反対してか?――彼らはそれらすべての意味において熱狂的だった。彼らは熱狂的であるという快楽のために熱狂的になってるがようだった。

ある晩彼は、ストゥヴァン家の客間で時々出会ったことのある、社会主義の一代議士と話を交えることになった。彼はすでにこの男と言葉をかわしたことはあったが、その肩書は少しも知らなかった。これまで二人は音楽のことを話したにすぎなかった。彼はこの社交界の男が過激な党派の一首領だときいて、たいへん驚かされた。
このアシル・ルーサンは好男子であって、金褐色きんかっしょくの髯ひげ、喉のどにかかった言葉つき、つやつやした顔色、懇切な物腰、卑俗な素質を含んでるある種の高雅さ、時々仄ほの見える朴訥ぼくとつな身振り、すなわち、人前で爪つめをみがくやり方、人に話しかける時にはいつも、相手の服をつかんだり手を握ったり腕をたたいたりする、ごく平民的な習慣、――それに、大食家で、大酒家で、道楽者で、笑い好きで、権力を得んとて突進する一平民に見るような貪欲どんよくをそなえていた。また円転滑脱で、環境と相手とに従って様子を変えるのが巧みで、もっともらしい様子でよくしゃべり、聞き上手じょうずで、人の言うことにすぐ同化した。そのうえ、よく物に同感し、怜悧れいりであって、生来の趣味と後天的趣味と虚栄心とから、何物にも興味をもった。そしてかなり正直だった、自分の利害に衝突しないくらいの程度において、また正直でないことが危険であるような場合に応じて。
彼の細君はかなりきれいだった。背が高く、格好がよく、骨格が丈夫で、身体つきもすらりとしていて、きっちり合った華美な服装は、肉体の強健な円まるみをとくによく示していた。縮れた黒髪に縁取られた顔、大きな黒い厚ぼったい眼、とがり気味の頤あご、そして、実は太いけれど見たところかなりほっそりとした顔つきは、ただ瞬またたきがちな近視の眼とつぼめた口の動きで、少し損ぜられてるのみだった。ある小鳥のようなわざとらしい落ち着きのない態度と、愛嬌あいきょうを装よそおってはいるが淑しとやかさと親愛さとに富んだ話し方をそなえていた。中流の富裕な商家の生まれで、自由な精神と徳操とを有し、宗教にでも執着するような調子で、世間的な無数の仕事に執着していた。芸術的な社会的な仕事をももちろん引き受けていた。一つの客間サロンを作ること、通俗大学にも芸術を普及させること、博愛的事業や児童心理学などに従事すること――それも大した熱心や深い興味をもってではなく――たえずある学科を暗誦あんしょうせんとし自分の知識を自負してる教育ある若い女に見るような、無邪気な衒学げんがく心、それからまた、生来の温良な性質、気取りたい性質、などが入り交った心持をもってであった。彼女はただ何かをしないではおれなかった。しかし自分のしてる事に興味をもつ必要はなかった。いつも指先に編み物をもてあそんでしきりなしに針を動かし、あたかも世界の安危はその用もない仕事にかかってるとでもいうようなふうをしてる婦人が、世にはよくあるものだが、ちょうどそういう熱中的な仕事ぶりに彼女のも似ていた。そしてまた彼女のうちには――「編み物をする女」と同じく――自分を手本として他の女に教えをたれる、正直な婦人の小さな虚栄心があった。
代議士は彼女にたいして温あたたかい軽蔑けいべつ心をいだいていた。彼が彼女を妻に選んだのは、彼の快楽と安静とに好都合だった。彼女は美しかった。彼はその美を享楽して、それ以外は何にも彼女に求めなかった。彼女も彼にそれ以上を求めなかった。彼は彼女を愛し、しかも彼女を欺いていた。彼女は自分の分け前さえ得れば、そんなことには平気だった。おそらくある種の興味を見出してさえいたのだろう。彼女は冷静で肉感的であった。妾嬖めかけの心ばえをそなえていた。
彼らには四、五歳になるきれいな児こが二人あった。そして彼女は、夫の政治や流行および芸術の最近の傾向などに気をつけるのと、同じかわいい冷やかな勉励さで、家庭の賢母として子どもの世話をしていた。そういう中にあって彼女は、進んだ理論や極度に頽廃たいはい的な芸術や世態の動揺や市民的感情などの、最も不思議な混和体を形造っていた。
彼らはクリストフを自宅に招待した。ルーサン夫人はりっぱな音楽家で、みごとにピアノをひいた。微妙な確実な手をもっていた。小さな頭を振りたてて鍵キーを見つめ、鍵の上に両手を躍おどらしながら、牝鶏めんどりがくちばしで物を突っついてるような様子だった。音楽にかけて多くのフランス婦人よりも天分に富み教養が深くはあったが、もとよりその深い意味にはまったく無関心だった。音楽は彼女にとって、音と律動リズムと調子との連続であって、彼女はそれを正確に聴き取りまたは暗誦してるのみだった。自分にとっても魂は必要ではなかったから、音楽のうちにも魂を捜そうとしなかった。愛想がよく怜悧れいりで単純でいつも人の世話をしたがってる彼女は、だれにでもそうであるが、クリストフにも歓待をつくしてくれた。クリストフは別にありがたいとも思わなかった。彼は彼女に多くの同情を寄せていなかった。いてもいなくても同じような者だと思っていた。彼女が夫の情事を知りながら情婦らとともに夫を分有して満足してることをも、彼はわれ知らず許しがたく思っていたに違いない。受動的だということはあらゆる悪徳のうちでも、彼が最も許しがたく思ってたものである。
アシル・ルーサンにたいしては、彼はもっと親しい交わりを結んだ。ルーサンは他の芸術を愛すると同じように、音楽をも粗野ではあるが真面目まじめな心で愛していた。一つの交響曲シンフォニーを愛する時には、それといっしょに臥ふせるような様子だった。教養は浅薄だったが、それを巧みに利用していた。この点においては彼の妻も何かの役にたった。そして彼は、自分と同じような強健な一平民の姿をクリストフのうちに認めて、クリストフに興味を覚えた。そのうえ彼は、この種の変人を目近に観察したがっていたし――(彼は人間をいくら観察しても飽きない好奇心をもっていた)――パリーに関する彼の印象を知りたがっていた。そしてクリストフの露骨な忌憚きたんなき意見を面白がった。彼はかなり懐疑的だったので、それらの意見の正確さを認めることができた。クリストフがドイツ人であることは邪魔にはならなかった。かえってその反対だった。彼は国家的偏見を超越してると自負していた。そして結局、彼は真面目に「人間的」だった――(それが彼の主要な特長だった)――すべて人間的なものに同情を寄せていた。しかしながら、それでもやはり彼は、フランス人――古い民族、古い文明――の方が、ドイツ人よりも優秀だという確信をいだかざるを得なかったし、ドイツ人をあざけらずにはいられなかった。

クリストフはアシル・ルーサンの家で、過去に大臣でありあるいは未来に大臣たるべき、他の政治家らに出会った。それらの著名な人々から話せる男だと判断されて、そのおのおのと一人一人話をしたら、彼はかなり愉快を感じたかもしれなかった。一般に伝えられてる意見と反対に、彼は知り合いの文学者仲間よりも、これら政治家の連中をより興味深く感じた。人類の熱情や大なる利害問題にたいして、彼らはいっそう活発な打ち開けた知力をもっていた。たいていは南欧生まれの話し上手じょうずで、驚くべきほど芸術愛好家だった。その点だけを言えば、「ほとんど文学者と同じだった。もちろん彼らは芸術にかなり無知で、ことに外国の芸術には無知だった。しかし彼らは皆、多少の芸術通をもって任じていた。そしてしばしばほんとうに芸術を愛していた。大臣連中の会議が、小雑誌の会合に似てくることさえあった。ある者は脚本を作っていた。ある者はヴァイオリンをかき鳴らしてワグナー狂だった。ある者は絵画を塗りたてていた。そしてだれも皆、印象派の画を集め、頽廃たいはい派の書物を読み、彼らの思想とは大敵である極端に貴族的な芸術を、追従ついしょう的に味わっていた。社会主義もしくは過激社会主義のそれら大臣連中が、飢餓階級の使徒らが、精緻せいちな享楽の方面における通人を気取ってるのを見ると、クリストフは変な気がした。もちろんそういうことをするのも彼らの権利ではあった。しかし彼から見るとあまり誠実だとは思われなかった。
最も不思議なことには、彼らは個人としては、懐疑的で快楽主義者で虚無主義者で無政府主義者であるくせに、一度実行に移ると、すぐに熱狂的になるのであった。最も享楽的な連中でも、権力を得るようになると、東方的な小さな専制者に変わるのだった。すべてを意のままに指導して何物をも自由にさせない病癖をもっていた。懐疑的な精神と暴君的な気質とをもっていた。誘惑の方があまりに強いので、専制者中の最も偉大な者によって昔制定された、中央集権制の恐るべき機関を利用せずに、それを濫用してばかりいた。その結果一種の共和的帝政主義が生じ、近年になっては、無信仰的なカトリック主義がその上につみ重なってきた。
ある期間政治家らは、物体――というのは財の謂いいである――の支配をしか主張しなかった。霊魂の方はほとんどそのままに放っておいた。鋳直いなおすことができなかったからである。霊魂の方でもまた、政治には関与しなかった。政治は霊魂の上や下をすべり越していた。フランスにおいては政治は、商業や工業の有利なしかし不確実な一分派だと考えられていた。知識階級は政治家らを軽蔑けいべつし、政治家らは知識階級を軽蔑していた。――ところが最近になって、政治家らと知識階級の最下級者らとの間に、多少の接近が生じてき、やがて間もなく同盟が結ばれた。思想の絶対支配権を僭有せんゆうする新しい一つの力が、舞台に現われてきた。それは自由思想家らであった。彼らのうちに専制政治の完全な一機関を見出したも一つの力と、彼らは結託した。彼らは教会を破壊するよりもむしろ、それに取って代わろうとした。そして実際彼らは、自由思想という一つの教会を作り上げた。特殊な教理問答、儀式、洗礼、最初の聖体拝受、結婚、地方のまた一国の教議会、ならびにローマの万国的教議会、などをもっていた。「自由に思考する」ために群をなして団結しなければならない、それら無数の憐あわれな愚人どもは、実に笑止の至りだった。実際のところ、彼らの思想の自由なるものは、他人の思想の自由を理性の名において禁ずることにあるのだった。カトリック教徒らが聖母を信ずると同じように彼らは理性を信じていた。この両者の人々はともに、理性もしくは聖母というものは、それ自身では何物でもなく源は他にあることを、少しも気づかずにいた。そして、カトリック教会がその僧侶そうりょの軍隊や修道会を備えて、ひそかに国民の血管中にはいり込んで病毒を伝播でんぱさせ、反対者のあらゆる活力を絶滅さしてるのと同じく、反カトリックのこの教会の方でも、秘密結社員らを備えていて、その本部たるグラン・トリアンにおいては、敬虔けいけんなる密告者らがフランスの四方から毎日送ってくる秘密通信を、残らず帳簿に書き取っていた。共和政府では、軍隊や大学や国家のあらゆる肢体したいを実は脅かしてる、それら乞食こじき坊主や理性の狂信者らの密偵を、内々奨励していた。そして、彼らが国家に仕えるふりをしながら、次第に国家に取って代わらんと目ざしてることを、少しも気づかなかったし、また国家が徐々に、パラゲーのジェズイット派のそれとほとんど選ぶところのない、無信仰的な神権政治へ進みつつあることを、少しも気づかなかった。
クリストフはルーサンの家で、それら俗衆的使徒の数名に会った。彼らは皆いずれ劣らぬ拝物教徒であった。当時彼らは、法廷からキリストを追い出したことを歓喜していた。数個の木片を破壊したことで、すでに宗教そのものを破壊したと信じていた。カトリック教徒から奪ってきたジャンヌ・ダルクやその聖母の旗を、独占してる者らもあった。この新しい教会の長老の一人、他の教会のフランス人らと戦っていた一人の将軍は、ヴェルキンゲトリックスを称揚して反僧侶的な演説を試みた。自由思想派が銅像をささげたこのガリアの首領が、平民の子であったことを祝し、ローマに(ローマ教会に)対抗したフランスの第一人者だったことを祝した。ある海軍大臣は、艦隊を浄化しカトリック派を憤慨させるため、戦闘艦にエルネスト・ルナンという名をつけた。また他の自由精神の人々は、芸術を純化せんとつとめていた。彼らは十七世紀の古典文学を抹殺まっさつし、また神の名でラ・フォンテーヌの物語を汚すことを許さなかった。昔の音楽についても同じくそれを許さなかった。クリストフが実際聞いたところによると、ある過激派の老人――(年を取って過激なのは馬鹿の骨頂だ、とゲーテは言った)――は、ベートーヴェンの宗教的な歌曲が通俗音楽会のうちに加えられてることを、ひどく憤慨していた。彼はその歌詞を変えよと要求していた。
なおいっそう過激な他の人々は、あらゆる宗教的音楽とそれを教える学校とを、そっくり廃止してしまうことを望んでいた。このベネチアでアテネ人だと見なされてるある美術学校の校長は、やはり音楽家らに音楽を教える必要があることを、つとめて説明したけれど甲斐かいがなかった。彼は説いた。「兵営に送られた一兵卒は、銃の操法や射撃法を徐々に教えられる。年若い作曲家についても同様である。頭には無数の観念が湧わいているが、その分類はまだ行なわれてはいない。」そして彼は、自分の勇気にみずから恐れて、一句ごとにくり返した。「私は老いたる自由思想家である……私は老いたる共和主義者である……。」それから彼は大胆に次のことを宣言した。「ペルゴレージの作が歌劇であるかミサ曲であるかを知るのは、重要なことではない。それが人間的な芸術の作品であるかどうかを知るのが、肝腎かんじんである。」――しかし相手の一徹な論理は、この「老自由思想家」へ、「老共和主義者」へ、答え返した。「二種の音楽があるのだ、すなわち教会堂で歌われる音楽と、他の場所で歌われる音楽と。」第一のものは理性と国家との敵であった。そして国家的理性はそれを廃止すべきであった。
これらの馬鹿者どもは皆、危険な人物というよりもむしろ滑稽こっけいな人物と言うべきであった。しかしながらただ、彼らの背後には真に価値ある人々が隠れていた。この人々は彼らの支柱となっていて、彼らと同じく――おそらく彼ら以上に――理性の狂信者であった。トルストイはどこかで、宗教や哲学や政治や芸術や科学などを支配してる、かかる「伝染的影響」のことを述べている。「人はかかるばかげた影響の狂愚さを、それから脱した時にしか認めない。それに服従してる間は、いかにもそれを真実だと思って、論議する必要をも考えない。」それはまったく、チューリップにたいする熱愛、妖術ようじゅつ者にたいする信仰、文学様式の変態などと同じものだった。――理性の宗教はそういう狂愚の一つだった。最も愚昧ぐまいな者にも最も教養ある者にも、議院の有象無象にも大学の最も賢明なるある人々にも、等しく感染していた。そして愚者におけるよりも智者においてさらに危険だった。なぜなら、愚者においては平穏な遅鈍な楽天思想とよく調和して、力をゆるめられていたからである。ところが智者の方においては、その弾力は緊張され、狂信的な悲観思想によって刃が鋭くなされていた。この悲観思想は、自然と理性との根本的な敵対を少しも見誤ることがなく、邪悪な自然にたいする、抽象的な自由、抽象的な正義、抽象的な真理、などの戦いをますます激しくならしむるのみだった。そこには、カルヴィン派式の、ジャンセニスト式の、ジャコバン式の、理想主義の根底があり、人間の救うべからざる堕落にたいする古い信仰があった。それを破り得るものは、また破るべき務めを持ってるものは、ただ、心中に理性――神の精神――が吹き渡ってる選ばれたる人々の、動かしがたい傲慢ごうまん性のみであった。それはきわめてフランス人の典型だった。「人間的」でない知的なフランス人だった。鉄のように堅い小石、何物もそれを貫くことができない。それは触れるものすべてを破損させる。
クリストフはアシル・ルーサンの家で、それら理屈的な狂人の数人と話をして、非常に驚かされた。フランスに関する彼の考えは、そのために覆くつがえされた。彼は一般に伝えられてる意見どおりに、フランス人とは円満な社交的な寛大な自由好きな民衆だと、これまで信じていた。ところが今、自家独特な三段論法の犠牲に他のすべてをいつでも供さんとしてる、抽象的観念の狂人、論理の病人を、見出したのであった。彼らはたえず自由のことを口にしていたが、最も自由を了解せず最も自由に堪えきれぬ人々だった。知的熱情のために、もしくは常に理性を失うまいとしてるために、これほど冷淡な苛酷かこくな専制的性格になってる者は、世界のどこにも見出されないほどだった。
それはただ一党派のことだけではなかった。どの党派も同じことだった。彼らは、自分の祖国の、自分の地方の、自分の団体の、自分の狭い頭脳の、政治的もしくは宗教的の形式以外には、何物も見ようとしなかった。そのうちには反ユダヤ主義者らがいた。あらゆる財産上の特権者らにたいする激しい憎悪のうちに、全身の力を費やしつくしていた。なぜなら彼らは、あらゆるユダヤ人を憎んでいたし、自分の憎むあらゆる者をユダヤ人だと呼んでいた。また国家主義者らがいた。他のあらゆる国民を憎み――(ごく温和な時には軽蔑けいべつするだけで満足していたが)――自国民のうちにおいてさえ、自分らと同じ考えをしない人々を、外国人だの変節漢だの叛逆はんぎゃく者だのと呼んでいた。また反新教徒らがいた。すべての新教徒らはイギリス人かドイツ人かであると信じ、それを皆フランスから駆逐しようと欲していた。また西方主義者らは、ライン河以東には何物も認めようとしなかった。北方主義者らは、ロアール河以南には何物も認めようとしなかった。南方主義者らは、ロアール河以北の者を野蛮人だと呼んでいた。その他、ゲルマン民族たることを光栄としてる人々、ゴール民族たることを光栄としてる人々、そして最も狂愚なのは、父祖の敗亡を誇りとしてる「ローマ人」ら。あるいはまた、ブルトン人、ローレン人、フェリブル人、アルビジョア人。それから、カルパントラスの者、ポントアーズの者、カンペル・コランタンの者。いずれも皆自分自身をしか認めず、自分であることを貴族の肩書とし、他人が異なった意見をもつことを許さなかった。この種の人間にたいしては施す術すべがない。彼らはいかなる理屈にも耳を貸さない。自分以外の全世界を焼きつくすか、自分が焼かれるか、いずれかのほかはないのである。
かかる民衆が共和政体にあるのは仕合わせなことだと、クリストフは考えた。それら小さな専制者らは、たがいに滅ぼし合っていたからである。もし彼らの一人が国王になっていたとすれば、他のだれにも十分の空気は残されなかったであろう。

理屈癖の民衆にも、彼らを救う一つの長所――矛盾撞着どうちゃく――があることを、クリストフは知らなかった。
フランスの政治家らもその例に漏れなかった。彼らの専制主義は無政府主義で緩和されていた。彼らはたえず一方の極端から他の極端へと移っていた。左方において思想の狂信者らにすがるならば、右方においては思想の無政府主義者らにすがっていた。彼らの周囲にはいつも、享楽的な社会主義者やくだらない猟官連の群れが見えていた。こういう連中は、勝利にならないうちは用心して戦闘に加わらないで、いつも自由思想家軍のあとについて行き、その勝利のあとには毎回、敗北者らの遺留品を奪い合った。理性の選手らが努力していたのは、理性のためにではなかった……かくも汝努むれど、そは汝自身のためならず……。それはこの一所不住の利用者らのためにであった。彼らは自国の伝統を喜んで蹂躙じゅうりんするが、一つの信仰を破壊してそのあとへ他の信仰をすえるの意志はなく、そのあとへ自分自身をすえようとばかりしていた。
クリストフは、リュシアン・レヴィー・クールがこの仲間であることを認めた。リュシアン・レヴィー・クールが社会主義者だと聞いてもあまり驚きはしなかった。社会主義の成功が確かなので、リュシアン・レヴィー・クールはそれに加担したのだと、単純に考えた。しかし、リュシアン・レヴィー・クールが反対党の陣営にも同じく顔出しをするような策を取ってるのを、彼は今まで知らなかった。レヴィー・クールはそこで、政治および芸術上の最も反自由思想家たる人々と、反ユダヤ主義の人々とまで、うまく交誼こうぎを結んでいた。クリストフはアシル・ルーサンに尋ねた。
「どうしてあなたはあんな男を仲間にしておくのですか。」
ルーサンは答えた。
「なかなか才があるですからね。それに彼はわれわれのために働いてくれてるんです。旧世界を破壊してくれてるんです。」
「破壊しているのは私もよく知っています。」とクリストフは言った。「しかしあまりよく破壊するので、なんで建て直したらいいかわからなくなりはしませんか。あなたの新しい家のために彼が十分の材料を残してくれるだろうと、あなたは信じていられるのですか。あなたの普請ふしん場にはもう虫がくいこんでいますよ……。」
社会主義をむしばむ者はリュシアン・レヴィー・クールのみではなかった。社会主義の新聞にはこの種の小文士がいっぱい群がっていた。彼らは芸術のための芸術ラール・プール・ラールの味方であり、贅沢ぜいたくを事とする無政府主義者であって、成功へ至り得る道をすべて占領していた。彼らは他人の道をさえぎり、民衆の機関だと言われる新聞に、おのれの頽廃たいはい的な享楽主義と生存競争との匂においを満たしていた。彼らは地位だけで満足しなかった。栄誉までも求めていた。にわか造りの銅像や、石膏せっこう細工の天才の前での演説が、これほど多い時代はかつて見られなかった。仲間の偉大なだれかへ周期的に、光栄の居候いそうろうどもが饗宴きょうえんをささげていた。それも彼の功業が一つ成った機会にではなく、勲章を一つ授けられた機会においてであった、なぜなら、彼らが最も感動するのは勲章だったから。耽美たんび主義者、超人、居留外国人、社会主義の大臣、などが皆一致して、あのコルシカの将校が制定したレジオン・ドヌールへの叙勲を祝賀していた。
ルーサンはクリストフの驚きを面白がった。彼はこのドイツ人が自分の仲間をあまりに酷評してるのだとは思わなかった。彼自身もクリストフと二人きりになると、彼らを容赦なく批判した。彼はだれよりもよく彼らの愚劣さや策略を知っていた。とは言うものの、彼らの支持を得るために彼らを助けてやらなければならなかった。なおまた、親しい談話のうちでは軽蔑けいべつ的な言葉で民衆のことを平気に論じても、一度議政壇上に立つと彼は別人の観があった。頭から出る声を張り上げ、鼻にかかった打ちおろすような厳おごそかな鋭い調子になり、顫音せんおんや鈍重な音を出し、羽ばたきのような震えがちの広い大きな身振りをした。彼はまったくムーネー・シュリーの芝居を演じていた。
ルーサンがいかなる程度まで社会主義を信じているかを、クリストフは解き明かそうと努めた。心底において彼が信じていないことは明らかだった。彼はあまりに懐疑的だった。それでも彼は思想の一部分では信じていた。自分でもそれが一部分にすぎない――(そしておそらく最も重要な部分ではないだろう)――ことをよく知ってはいたが、それでも生活や行為をそれに従って規定していた。なぜならその方が便宜であったから。それは実際上の利害からばかりでなく、また生活的利害、存在および行動の理由からでもあった。社会主義の信仰は彼自身にとっては一種の国家的宗教だった。――大多数の人は彼と同じような生き方をしてるものである。内心では信じてもいないところの、宗教的信仰、道徳的信仰、社会的信仰、もしくは純粋に実際的な信仰――(自分の職業や自分の仕事や人生における自分の役目の有用さなどにたいする信仰)――そういうものの上に彼らの生活は立てられている。しかし彼らは内心では信じていないということをみずから知りたがらない。なぜなら、そういう信仰の様子、各人がみずからその教師たる公然の宗旨が、生きんためには必要であるから。

ルーサンは最も下等なうちの一人ではなかった。この党派では実に多くの者が、社会主義もしくは急進主義を「やって」いた――それも、野心からとも言えないほどのものだった。それほど彼らの野心は短見浅慮で、直接の利益と再選との範囲を出でなかった。彼らは新しい社会を信ずるようなふりをしていた。おそらくかつて信じたことがあったのだろう。しかし実際は、死にかかってる社会の遺物によって生活しようとしか考えていなかった。近視的な便宜主義が享楽的な虚無主義に仕えていた。未来の大利害は現在の利己主義にささげられていた。彼らは軍隊の減員を行なっていた。選挙人の意を迎えるためには祖国の四肢しを断つかもしれなかった。彼らに欠けてるのは知力ではなかった。彼らはなすべきことをよく知っていた。しかしそれを少しもなさなかった。なすには多くの努力がいるからだった。彼らはおのれの生活と国民の生活とを、最少の労力で整えようと欲していた。社会の上下を通じて、できるかぎり快楽を多くして努力を少なくせんとする同一の道徳が支配していた。かかる不道徳な道徳が、多難な政治を導いてゆく唯一の糸であった。そこでは、首領らが無政府の実例を示していた。不統一な政策が一時に十兎とを追って、途中でそれを一つ一つ取り逃がしていた。平和主義の陸軍省と相並んでる好戦的な外交、軍隊を刷新せんがためにかえって破壊してる陸軍大臣、造兵職工らを反乱さしてる海軍大臣、戦争の恐怖を説いてる軍事教官、道楽的な将校、道楽的な裁判官、道楽的な革命者、道楽的な愛国者。一般にわたる政治道徳の堕落であった。各人は国家から、職務や手当や勲位を授かることばかり待っていた。そして実際に国家は、それを顧客らにかならず振りまいていた。権力者の子や甥おいや縁故の者や部下などに、名誉と仕事とをおごってやった。議員らは歳費の増額をみずから投票していた。財産や地位や肩書など国家のあらゆる資源が、ほしいままに濫費されていた。――そして、上層の実例の痛ましい反響として、下層には怠業が起こっていた。祖国にたいする反抗を教える小学教員、手紙や電報を焼く郵便局員、機械の歯車仕掛けに砂や金剛砂を投げ込む工場職工、造兵廠ぞうへいしょうを破壊する造兵職工、焼かれる船舶、労働者自身の手によってなされる恐るべき労働の浪費――富者の破壊ではなく、世界の富の破壊であった。
この仕事を確認するために、選ばれたる知者らが、民衆のこの自殺的行為を、幸福にたいする神聖なる権利という名において、理性と権利との上に立脚せしめて喜んでいた。病人めいた人道主義は、善悪の差別を無視し、罪人の「責任なき神聖なる」人そのものにたいして憐憫れんびんの情を寄せ、罪悪の前に平伏して罪悪に社会を委ゆだねていた。
クリストフはこう考えた。
「フランスは自由というものに酔っている。狂乱を演じたあとで酔い倒れてしまうだろう。そして眼を覚さます時には、拘留所にぶち込まれてるだろう。」

 

Ce qui blessait le plus Christophe dans cette démagogie, c'était de voir les pires violences politiques froidement accomplies par des hommes, dont il connaissait le fond incertain. La disproportion était trop scandaleuse entre ces êtres ondoyants et l'action âpre qu'ils déchaînaient, ou qu'ils autorisaient. Il semblait qu'il y eût en eux deux éléments contradictoires: un caractère inconsistant, qui ne croyait à rien, et une raison raisonnante, qui saccageait la vie, sans vouloir rien écouter. Christophe se demandait comment la bourgeoisie paisible, les catholiques, les officiers qu'on harcelait de toutes les façons, ne les jetaient pas par la fenêtre. Comme il ne savait rien cacher, Roussin n'eut pas de peine à deviner sa pensée. Il se mit à rire, et dit:

—Sans doute, c'est ce que vous ou moi, nous ferions, n'est-ce pas? Mais il n'y a point de risques avec eux. Ce sont de pauvres bougres, qui ne sont pas capables de prendre le moindre parti énergique; ils ne sont bons qu'à récriminer. Une aristocratie gâteuse, abrutie par les clubs, prostituée aux Américains et aux Juifs, qui, pour prouver son modernisme, s'amuse du rôle insultant qu'on lui prête dans les romans et les pièces à la mode, et fait fête aux insulteurs. Une bourgeoisie grincheuse, qui ne lit rien, qui ne comprend rien, qui ne veut rien comprendre, qui ne sait que dénigrer, dénigrer à vide, aigrement, sans résultat pratique,—qui n'a qu'une passion: dormir, sur son sac aux gros sous, avec la haine de ceux qui la dérangent, ou même de ceux qui travaillent: car cela la dérange que les autres se remuent, tandis qu'elle pionce!... Si vous connaissiez ces gens là, vous finiriez par nous trouver sympathiques...

Mais Christophe n'éprouvait qu'un grand dégoût pour les uns et pour les autres: car il ne pensait point que la bassesse des persécutés fût une excuse pour celle des persécuteurs. Il avait souvent rencontré chez les Stevens des types de cette bourgeoisie riche et maussade, que lui dépeignait Roussin,

... l'anime triste di coloro,
Che visser senza infamia e senza lodo...

Il ne voyait que trop les raisons que Roussin et ses amis avaient d'être sûrs non seulement de leur force sur ces gens, mais de leur droit d'en abuser. Les outils de domination ne leur manquaient point. Des milliers de fonctionnaires sans volonté, obéissant aveuglément. Des mœurs courtisanesques, une République sans républicains; une presse socialiste, en extase devant les rois en visite; des âmes de domestiques, aplaties devant les titres, les galons, les décorations: pour les tenir, il n'y avait qu'à leur jeter en pâture un os à ronger, ou la Légion d'Honneur. Si un roi eût promis d'anoblir tous les citoyens de France, tous les citoyens de France eussent été royalistes.

Les politiciens avaient beau jeu. Des trois États de 89, le premier était anéanti; le second était banni ou suspect; le troisième, repu de sa victoire, dormait. Et quant au quatrième État, qui maintenant se levait, menaçant et jaloux, il n'était pas difficile encore d'en avoir raison. La République décadente le traitait, comme Rome décadente traitait les hordes barbares, qu'elle n'avait plus la force d'expulser de ses frontières: elle les enrôlait; ils devenaient bientôt ses meilleurs chiens de garde. Les ministres bourgeois, qui se disaient socialistes, attiraient sournoisement, annexaient les plus intelligents de l'élite ouvrière; ils décapitaient de leurs chefs le parti des prolétaires, s'infusaient leur sang nouveau, et, en retour, les gorgeaient d'idéologie bourgeoise.

Un spécimen curieux de ces tentatives d'annexion du peuple par la bourgeoisie était, en ce temps-là, les Universités Populaires. C'étaient de petits bazars de connaissances confuses de omni re scibili. On prétendait y enseigner, comme disait un programme, «toutes les branches du savoir, physique, biologique, sociologique: astronomie, cosmologie, anthropologie, ethnologie, physiologie, psychologie, psychiatrie, géographie, linguistique, esthétique, logique, etc.» De quoi faire craquer le cerveau de Pic de la Mirandole.

Certes, il y avait eu à l'origine, il y avait encore dans certaines d'entre elles un idéalisme sincère, un besoin de dispenser à tous la vérité, la beauté, la vie morale, qui avait de la grandeur. Ces ouvriers, qui, après une journée de dur travail, venaient s'entasser dans les salles de conférences étouffantes, et dont la soif de savoir était plus forte que la fatigue, offraient un spectacle touchant. Mais, comme on avait abusé des pauvres gens! Pour quelques vrais apôtres, intelligents et humains, pour quelques bons cœurs, mieux intentionnés qu'adroits, combien de sots, de bavards, d'intrigants, écrivains sans lecteurs, orateurs sans public, professeurs, pasteurs, parleurs, pianistes et critiques, qui inondaient le peuple de leurs produits! Chacun cherchait à placer sa marchandise. Les plus achalandés étaient naturellement les vendeurs d'orviétan, les discoureurs philosophiques, qui remuaient à la pelle des idées générales, avec le paradis social au bout.

Les Universités Populaires servaient aussi de débouché pour un esthétisme ultra-aristocratique: gravures, poésies, musique décadentes. On voulait l'avènement du peuple pour rajeunir la pensée et pour régénérer la race. Et l'on commençait par lui inoculer tous les raffinements de la bourgeoisie! Il les prenait avec avidité, non parce qu'ils lui plaisaient, mais parce qu'ils étaient bourgeois. Christophe, qui avait été amené à une de ces Universités Populaires par Mme Roussin, lui entendit jouer du Debussy au peuple, entre la Bonne Chanson de Gabriel Fauré et l'un des derniers quatuors de Beethoven. Lui qui n'était arrivé à l'intelligence des dernières œuvres de Beethoven qu'après bien des années, par un lent acheminement de son goût et de sa pensée, demanda, plein de pitié, à l'un de ses voisins:

—Mais est-ce que vous comprenez cela?

L'autre se dressa sur ses ergots, comme un coq en colère, et dit:

—Bien sûr! Pourquoi est-ce que je ne comprendrais pas aussi bien que vous?

Et, pour prouver qu'il avait compris, il bissa une fugue, en regardant Christophe, d'un air provocant.

Christophe se sauva, consterné; il se disait que ces animaux-là avaient réussi à empoisonner jusqu'aux sources vives de la nation: il n'y avait plus de peuple.

—Peuple vous-même! comme disait un ouvrier à l'un de ces braves gens qui tentaient de fonder des Théâtres du Peuple. Je suis autant bourgeois que vous!

Un beau soir, que le ciel moelleux, comme un tapis d'Orient, aux teintes chaudes, un peu passées, s'étendait au-dessus de la ville assombrie, Christophe suivait les quais, de Notre-Dame aux Invalides. Dans la nuit qui tombait, les tours de la cathédrale montaient comme les bras de Moïse, dressés pendant la bataille. La lance d'or ciselée de la Sainte-Chapelle, l'épine sainte fleurissante, jaillissait du fourré des maisons. De l'autre côté de l'eau, le Louvre déroulait sa façade royale, dans les yeux ennuyés de laquelle les reflets du soleil couchant mettaient une dernière lueur de vie. Au fond de la plaine des Invalides, derrière ses fossés et ses murailles hautaines, dans son désert majestueux, la coupole d'or sombre planait, comme une symphonie de victoires lointaines. Et l'Arc de Triomphe ouvrait sur la colline, telle une marche héroïque, l'enjambée surhumaine des légions impériales.

Et Christophe eut soudain l'impression d'un géant mort, dont les membres immenses couvraient la plaine. Le cœur serré d'effroi, il s'arrêta, contemplant les fossiles gigantesques d'une espèce fabuleuse, disparue de la terre, et dont toute la terre avait entendu sonner les pas,—la race, casquée du dôme des Invalides, et ceinturée du Louvre, qui étreignait le ciel avec les mille bras de ses cathédrales, et qui arc-boutait sur le monde les deux pieds triomphants de l'Arche Napoléonienne, sous le talon de laquelle grouillait aujourd'hui Lilliput.

Sans qu'il l'eût cherché, Christophe avait acquis une petite notoriété dans les milieux parisiens, où Sylvain Kohn et Goujart l'avaient introduit. L'originalité de sa figure, qu'on apercevait toujours, avec l'un ou l'autre de ses deux amis, aux premières des théâtres et aux concerts, sa laideur puissante, les ridicules même de sa personne, de sa tenue, de ses manières brusques et gauches, les boutades paradoxales qui parfois lui échappaient, son intelligence mal dégrossie, mais large et robuste, et les récits romanesques que Sylvain Kohn avait colportés sur ses escapades en Allemagne, sur ses démêlés avec la police et sur sa fuite en France, l'avaient désigné à la curiosité oisive et affairée de ce grand salon d'hôtel cosmopolite, qu'est devenu le Tout-Paris. Tant qu'il se tint sur la réserve, observant, écoutant, tâchant de comprendre, avant de se prononcer, tant qu'on ignora ses œuvres et le fond de sa pensée, il fut assez bien vu. Les Français lui savaient gré de n'avoir pu rester en Allemagne. Surtout, les musiciens français étaient touchés, comme d'un hommage qui leur était rendu, de l'injustice des jugements de Christophe sur la musique allemande:—(il s'agissait, à la vérité, de jugements déjà anciens, à la plupart desquels il n'eût plus souscrit aujourd'hui: quelques articles publiés naguère dans une Revue allemande, et dont les paradoxes avaient été répandus et amplifiés par Sylvain Kohn).—Christophe intéressait, et il ne gênait point; il ne prenait la place de personne. Il n'eût tenu qu'à lui d'être un grand homme de cénacle. Il n'avait qu'à ne rien écrire, ou le moins possible, surtout à ne rien faire entendre de lui, et à alimenter d'idées Goujart et ses pareils, tous ceux qui ont pris pour devise un mot fameux,—en l'arrangeant un peu:

«Mon verre n'est pas grand; mais je bois... dans celui des autres.»

Une forte personnalité exerce son rayonnement surtout sur les jeunes gens, plus occupés de sentir que d'agir. Il n'en manquait pas autour de Christophe. C'étaient en général de ces êtres oisifs, sans volonté, sans but, sans raison d'être, qui ont peur de la table de travail, peur de se trouver seuls avec eux-mêmes, qui s'éternisent dans un fauteuil, qui errent d'un café à une salle de théâtre, cherchant tous les prétextes pour ne pas rentrer chez eux, pour ne pas se voir face à face. Ils venaient, s'installaient, traînaient pendant des heures, dans ces conversations insipides, d'où l'on sort avec une dilatation d'estomac, écœurés, saturés, et pourtant affamés, avec le besoin et le dégoût à la fois de continuer. Ils entouraient Christophe, comme le barbet de Gœthe, les «larves à l'affût», qui guettent une âme à happer, pour se raccrocher à la vie.

Un sot vaniteux eût trouvé plaisir à cette cour de parasites. Mais Christophe n'aimait pas jouer à l'idole. Il était horripilé d'ailleurs par la prétentieuse bêtise de ses admirateurs, qui trouvaient dans ce qu'il faisait des intentions saugrenues, Renaniennes, Nietzschéennes, Rose-Croix, hermaphrodites. Il les mit à la porte. Il n'était pas fait pour un rôle passif. Tout chez lui avait l'action pour but. Il observait, pour comprendre; et il voulait comprendre, pour agir. Libre de préjugés, il s'informait de tout, étudiait dans la musique toutes les formes de pensée et les ressources d'expression des autres pays et des autres temps. Chacune de celles qui lui paraissaient vraies, il en faisait sa proie. À la différence de ces artistes français qu'il étudiait, ingénieux inventeurs de formes nouvelles, qui s'épuisent à inventer sans cesse et laissent leurs inventions en chemin, il cherchait beaucoup moins à innover dans la langue musicale qu'à la parler avec plus d'énergie; il n'avait point le souci d'être rare, mais celui d'être fort. Cette énergie passionnée s'opposait au génie français de finesse et de mesure. Elle avait le dédain du style pour le style. Les meilleurs artistes français lui faisaient l'effet d'ouvriers de luxe. Un des plus parfaits poètes parisiens s'était amusé lui-même à dresser «la liste ouvrière de la poésie française contemporaine, chacun avec sa denrée, son produit ou ses soldes»; et il énumérait «les lustres de cristal, les étoffes d'Orient, les médailles d'or et de bronze, les guipures pour douairières, les sculptures polychromes, les faïences à fleurs», qui sortaient de la fabrique de tel ou tel de ses confrères. Lui-même se représentait, «dans un coin du vaste atelier des lettres, reprisant de vieilles tapisseries, ou dérouillant des pertuisanes hors d'usage».—Cette conception de l'artiste, comme d'un bon ouvrier, attentif uniquement à la perfection du métier, n'était pas sans beauté. Mais elle ne satisfaisait pas Christophe; tout en reconnaissant sa dignité professionnelle, il avait du mépris pour la pauvreté de vie qu'elle recouvrait. Il ne concevait pas qu'on écrivît pour écrire. Il ne disait pas des mots, il disait—il voulait dire—des choses

Ei dice cose, e voi dite parole...

Après une période de repos où il n'avait été occupé qu'à absorber un monde nouveau, l'esprit de Christophe fut pris brusquement du besoin de créer. L'antagonisme qui s'accusait entre Paris et lui, centuplait sa force, en stimulant sa personnalité. C'était un débordement de passions, qui demandaient impérieusement à s'exprimer. Elles étaient de toute sorte; par toutes, il était sollicité avec la même ardeur. Il lui fallait forger des œuvres, où se décharger de l'amour qui lui gonflait le cœur, et aussi de la haine; et de la volonté, et aussi du renoncement, et de tous les démons qui s'entrechoquaient en lui, et qui avaient un droit égal à vivre. À peine s'était-il soulagé d'une passion dans une œuvre,—(quelquefois, il n'avait même pas la patience d'aller jusqu'à la fin de l'œuvre)—qu'il se jetait dans une passion contraire. Mais la contradiction n'était qu'apparente: s'il changeait toujours, toujours il restait le même. Toutes ses œuvres étaient des chemins différents qui menaient au même but; son âme était une montagne: il en prenait toutes les routes; les unes s'attardaient à l'ombre, en leurs détours moelleux; les autres montaient arides, âprement au soleil; toutes conduisaient au Dieu, qui siégeait sur la cime. Amour, haine, volonté, renoncement, toutes les forces humaines, portées au paroxysme, touchent à l'éternité, déjà y participent. Chacun la porte en soi: le religieux et l'athée, celui qui voit partout la vie, et celui qui la nie partout, et celui qui doute de tout et de la vie et de la négation,—et Christophe, dont l'âme embrassait tous ces contraires à la fois. Tous les contraires se fondent en l'éternelle Force. L'important pour Christophe était de réveiller cette Force en lui et dans les autres, de jeter des brassées de bois sur le brasier, de faire flamber l'Éternité. Une grande flamme s'était levée dans son cœur, au milieu de la nuit voluptueuse de Paris. Il se croyait libre de toute foi, et il n'était tout entier qu'une torche de foi.

Rien ne pouvait davantage prêter le flanc à l'ironie française. La foi est un des sentiments que pardonne le moins une société raffinée: car elle l'a perdu. Dans l'hostilité sourde ou railleuse de la plupart des hommes pour les rêves des jeunes gens, il entre pour beaucoup l'amère pensée qu'eux-mêmes furent ainsi, qu'ils eurent ces ambitions et ne les réalisèrent point. Ceux qui ont renié leur âme, ceux qui avaient en eux une œuvre, et ne l'ont pas accomplie, pensent:

—Puisque je n'ai pu faire ce que j'avais rêvé, pourquoi le feraient-ils, eux? Je ne veux point qu'ils le fassent.

Combien d'Heddas Gabier parmi les hommes! Quelle sourde malveillance qui cherche à annihiler les forces neuves et libres, quelle science pour les tuer par le silence, par l'ironie, par l'usure, par le découragement,—et par quelque séduction perfide, au bon moment!...

Le type est de tous les pays. Christophe le connaissait, pour l'avoir rencontré en Allemagne. Contre cette espèce de gens il était cuirassé. Son système de défense était simple: il attaquait, le premier; dès leurs premières avances, il leur déclarait la guerre; il contraignait ces dangereux amis à se faire ses ennemis. Mais si cette franche politique était la plus efficace à sauvegarder sa personnalité, elle l'était beaucoup moins à lui faciliter sa carrière d'artiste. Christophe recommença ses errements d'Allemagne. C'était plus fort que lui. Une seule chose avait changé: son humeur, qui était fort gaie.

Il exprimait gaillardement à qui voulait l'entendre ses critiques peu mesurées sur les artistes français: il s'attira ainsi beaucoup d'inimitiés. Il ne prenait même pas la précaution de se ménager, comme font les gens avisés, l'appui d'une petite coterie. Il n'eût pas eu de peine à trouver des artistes tout prêts à l'admirer, pourvu qu'il les admirât. Il y en avait même qui l'admiraient d'avance, à charge de revanche. Ils considéraient celui qu'ils louaient, comme un débiteur, auquel ils pouvaient, le moment venu, réclamer le remboursement de leur créance. C'était de l'argent bien placé.—C'était de l'argent mal placé, avec Christophe. Il ne remboursait rien. Bien pis, il avait l'effronterie de trouver médiocres les œuvres de ceux qui trouvaient bonnes les siennes. Ils en gardaient, sans le dire, une rancune profonde, et se promettaient, à la prochaine occasion, de lui rendre la même monnaie.

Entre toutes les maladresses commises, Christophe eut celle de partir en guerre contre Lucien Lévy-Cœur. Il le trouvait partout sur sa route, et il ne pouvait cacher une antipathie exagérée pour cet être doux, poli, qui ne faisait aucun mal apparent, qui semblait même avoir plus de bonté que lui, et qui en tout cas avait bien plus de mesure. Il le provoquait à des discussions; et, si insignifiant qu'en fût l'objet, elles prenaient toujours, par le fait de Christophe, une âpreté subite, qui étonnait l'auditoire. Il semblait que Christophe cherchât tous les prétextes pour fondre, tête baissée, sur Lucien Lévy-Cœur; mais jamais il ne pouvait l'atteindre. Son ennemi avait la suprême habileté, même quand son tort était le plus certain, de se donner le beau rôle; il se défendait avec une courtoisie, qui faisait ressortir le manque d'usages de Christophe. Celui-ci, qui d'ailleurs parlait mal le français, avec des mots d'argot, voire d'assez gros mots, qu'il avait sus tout de suite, et qu'il employait mal à propos, comme beaucoup d'étrangers, était incapable de déjouer la tactique de Lévy-Cœur; et il se débattait furieusement contre cette douceur ironique. Tout le monde lui donnait tort: car on ne voyait pas ce que Christophe sentait obscurément: l'hypocrisie de cette douceur, qui, se heurtant à une force qu'elle ne parvenait pas à entamer, travaillait à l'étouffer, sans éclat, en silence. Il n'était pas pressé, étant, comme Christophe, de ceux qui comptaient sur le temps: mais c'était pour détruire; Christophe, pour édifier. Lévy-Cœur n'eut pas de peine à détacher de Christophe Sylvain Kohn et Goujart, comme il l'avait peu à peu évincé du salon des Stevens. Il fit le vide autour de lui.

Christophe s'en chargeait, de lui-même. Il ne contentait personne, n'étant d'aucun parti, ou mieux, étant contre tous. Il n'aimait pas les Juifs; mais il aimait encore moins les antisémites. Cette lâcheté des masses soulevées contre une minorité puissante, non parce qu'elle est mauvaise, mais parce qu'elle est puissante, cet appel aux bas instincts de jalousie et de haine, lui répugnait. Les Juifs le regardaient comme un antisémite, les antisémites comme un Juif. Quant aux artistes, ils sentaient en lui l'ennemi. Instinctivement, Christophe se faisait, en art, plus Allemand qu'il n'était. Par opposition avec la voluptueuse ataraxie de certaine musique parisienne, il célébrait la volonté violente, un pessimisme viril et sain. Quand la joie paraissait, c'était avec un manque de goût, une fougue plébéienne, bien faits pour révolter jusqu'aux aristocratiques patrons de l'art populaire. Sa forme était savante et rude. Même, il n'était pas loin d'affecter, par réaction, une négligence apparente dans le style et une insouciance de l'originalité extérieure, qui devaient être très sensibles aux musiciens français. Aussi, ceux d'entre eux, à qui il communiqua ses œuvres, l'englobèrent-ils, sans y regarder de plus près, dans le mépris qu'ils avaient pour le wagnérisme attardé de l'école allemande. Christophe ne s'en souciait guère; il riait intérieurement, se répétant ces vers d'un charmant musicien de la Renaissance française,—adaptés à son usage:

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Va, va, ne t'esbahy de ceux la qui diront:
Ce Christophe n'a pas d'un tel le contrepoint,
Il n'a pas de cestuy la pareille harmonie.
J'ai quelque chose aussi que les autres n'ont point.

Mais quand il voulut essayer de faire jouer ses œuvres dans les concerts, il trouva porte close. On avait déjà bien assez à faire de jouer—ou de ne pas jouer—les œuvres des jeunes musiciens français. On n'avait pas de place pour un Allemand inconnu.

Christophe ne s'entêta point à faire des démarches. Il s'enferma chez lui, et se remit à écrire. Peu lui importait que les gens de Paris l'entendissent ou non. Il écrivait pour son plaisir, et non pour réussir. Le vrai artiste ne s'occupe pas de l'avenir de son œuvre. Il est comme ces peintres de la Renaissance, qui peignaient joyeusement des façades de maisons, sachant que dans dix ans il n'en resterait rien. Christophe travaillait donc en paix, attendant des temps meilleurs, quand lui vint un secours inattendu.

Christophe était alors attiré par la forme dramatique. Il n'osait pas s'abandonner librement au flot de son lyrisme intérieur. Il avait besoin de le canaliser en des sujets précis. Et, sans doute, est-il bon pour un jeune génie qui n'est pas encore maître de soi, qui ne sait même pas encore ce qu'il est exactement, de se fixer des limites volontaires où enfermer son âme qui se dérobe à lui. Ce sont les écluses nécessaires qui permettent de diriger le cours de la pensée.—Malheureusement, il manquait à Christophe un poète; il était obligé de se tailler lui-même ses sujets dans la légende ou dans l'histoire.

Parmi les visions qui flottaient en lui depuis quelques mois, étaient des images de la Bible.—La Bible, que sa mère lui avait donnée comme compagne d'exil, avait été pour lui une source de rêves. Bien qu'il ne la lût point dans un esprit religieux, l'énergie morale, ou, pour mieux dire, vitale, de cette Iliade hébraïque lui était une fontaine, où, le soir, il lavait son âme nue, salie par les fumées et les boues de Paris. Il ne s'inquiétait pas du sens sacré du livre; mais ce n'en était pas moins pour lui un livre sacré, par le souffle de nature sauvage et d'individualités primitives, qu'il y respirait. Il buvait ces hymnes de la terre dévorée de foi, des montagnes palpitantes, des cieux exultants, et des lions humains.

Une des figures du livre, pour qui il avait une tendresse, était David adolescent. Il ne lui prêtait pas l'ironique sourire de gamin de Florence, ni la tension tragique, que Verrocchio et Michel-Ange avaient donnés à leurs œuvres sublimes: il ne les connaissait pas. Il voyait son David comme un pâtre poétique, au cœur vierge, où dormait l'héroïsme, un Siegfried du Midi, de race plus affinée, plus harmonieux de corps et de pensée.—Car il avait beau se révolter contre l'esprit latin: cet esprit s'infiltrait en lui. Ce n'est pas seulement l'art qui influe sur l'art, ce n'est pas seulement la pensée, c'est tout ce qui nous entoure:—les êtres et les choses, les gestes et les mouvements, les lignes et la lumière. L'atmosphère de Paris est bien forte: elle modèle les âmes les plus rebelles. Moins que toute autre, une âme germanique est capable de résister: elle se drape en vain dans son orgueil national, elle est, de toutes les âmes d'Europe, la plus prompte à se dénationaliser. Celle de Christophe avait déjà commencé, à son insu, de prendre à l'art latin une sobriété, une clarté du cœur, et même, dans une certaine mesure, une beauté plastique, qu'elle n'aurait pas eues sans cela. Son David l'attestait.

Il avait voulu retracer la rencontre avec Saül; et il l'avait conçue comme un tableau symphonique, à deux personnages.

Sur un plateau désert, dans une lande de bruyères en fleurs, le petit pâtre était couché, et rêvait au soleil. La sereine lumière, le bourdonnement des êtres, le doux frémissement des herbes, les grelots argentins des troupeaux qui paissaient, la force de la terre, berçaient la rêverie de l'enfant inconscient de ses divines destinées. Indolemment, il mêlait sa voix et les sons d'une flûte au silence harmonieux; ce chant était d'une joie si calme, si limpide que l'on ne songeait même plus, en l'entendant, à la joie ou à la douleur, mais qu'il semblait que c'était ainsi, que ce ne pouvait être autrement... Soudain, de grandes ombres s'étendaient sur la lande; l'air se taisait; la vie semblait se retirer dans les veines de la terre. Le chant de flûte, seul, tranquille, continuait. Saül, halluciné, passait. Le roi dément, rongé par le néant, s'agitait comme une flamme qui se dévore, et que tord l'ouragan. Il suppliait, injuriait, défiait le vide qui l'entourait, et qu'il portait en lui. Et lorsque, à bout de souffle, il tombait sur la lande, reparaissait dans le silence le sourire du chant du pâtre, qui ne s'était pas interrompu. Alors Saül, écrasant les battements de son cœur tumultueux, venait, en silence, près de l'enfant couché; en silence, il le contemplait; il s'asseyait près de lui et posait sa main fiévreuse sur la tête du berger. David, sans se troubler, se retournait et regardait le roi. Il appuyait sa tête sur les genoux de Saül, et reprenait sa musique. L'ombre du soir tombait; David s'endormait, en chantant; et Saül pleurait. Et, dans la nuit étoilée, s'élevait de nouveau l'hymne de la nature ressuscitée, et le chant de grâces de l'âme convalescente.

Christophe, en écrivant cette scène, ne s'était occupé que de sa propre joie; il n'avait pas songé aux moyens d'exécution; et surtout, il ne lui serait pas venu à l'idée qu'elle put être représentée. Il la destinait aux concerts, pour le jour où les concerts daigneraient l'accueillir.

Un soir qu'il en parlait à Achille Roussin, et que, sur sa demande, il avait essayé de lui en donner une idée, au piano, il fut bien étonné de voir Roussin prendre feu et flamme pour l'œuvre, déclarant qu'il fallait qu'elle fût jouée sur une scène parisienne, et qu'il en faisait son affaire. Il fut bien plus étonné encore, quand il vit, quelques jours après, que Roussin prenait la chose au sérieux; et son étonnement toucha à la stupeur, lorsqu'il apprit que Sylvain Kohn, Goujart, et Lucien Lévy-Cœur lui-même, s'y intéressaient. Il lui fallait admettre que les rancunes personnelles de ces gens cédaient à l'amour de l'art: cela le surprenait bien. Le moins empressé à faire jouer son œuvre, c'était lui. Elle n'était pas faite pour le théâtre: c'était un non-sens de l'y donner. Mais Roussin fut si insistant, Sylvain Kohn si persuasif, et Goujart si affirmatif, que Christophe se laissa tenter. Il fut lâche. Il avait tellement envie d'entendre sa musique!

Tout fut facile à Roussin. Directeurs et artistes s'empressaient à lui plaire. Justement, un journal organisait une matinée de gala au profit d'une œuvre de bienfaisance. Il fut convenu qu'on y jouerait le David. On réunit un bon orchestre. Quant aux chanteurs, Roussin prétendait avoir trouvé pour le rôle de David l'interprète idéal.

Les répétitions commencèrent. L'orchestre se tira assez bien de la première lecture, quoiqu'il fût peu discipliné, à la façon française. Le Saül avait une voix un peu fatiguée, mais honorable; et il savait son métier. Pour le David, c'était une belle personne, grande, grasse, bien faite, mais une voix sentimentale et vulgaire, qui s'étalait lourdement avec des trémolos de mélodrame et des grâces de café-concert. Christophe fit la grimace. Dès les premières mesures qu'elle chanta, il fut évident pour lui qu'elle ne pourrait conserver le rôle. À la première pause de l'orchestre, il alla trouver l'impresario, qui s'était chargé de l'organisation matérielle du concert, et qui, avec Sylvain Kohn, assistait à la répétition. Ce personnage, le voyant venir, lui dit, le visage rayonnant:

—Eh bien, vous êtes content?

—Oui, dit Christophe, je crois que cela s'arrangera. Il n'y a qu'une chose qui ne va pas: c'est la chanteuse. Il faudra changer cela. Dites-le-lui gentiment; vous avez l'habitude... Il vous sera bien facile de m'en trouver une autre.

L'impresario eut l'air stupéfait; il regarda Christophe, comme s'il ne savait pas si Christophe parlait sérieusement; et il dit:

—Mais ce n'est pas possible!

—Pourquoi ne serait-ce pas possible? demanda Christophe.

L'impresario échangea un coup d'œil avec Sylvain Kohn, narquois, et il reprit:

—Mais elle a tant de talent!

—Elle n'en a aucun, dit Christophe.

—Comment!... Une si belle voix!

—Elle n'en a aucune.

—Et puis, une si belle personne!

—Je m'en fous.

—Cela ne nuit pourtant pas, fit Sylvain Kohn, en riant.

—J'ai besoin d'un David, et d'un David qui sache chanter; je n'ai pas besoin de la belle Hélène, dit Christophe.

L'impresario se frottait le nez avec embarras:

—C'est bien ennuyeux, bien ennuyeux,... dit-il. C'est pourtant une excellente artiste... Je vous assure! Elle n'a peut-être pas tous ses moyens aujourd'hui. Vous devriez encore essayer.

—Je veux bien, dit Christophe; mais c'est du temps perdu.

Il reprit la répétition. Ce fut encore pis. Il eut peine à aller jusqu'au bout: il devenait nerveux; ses observations à la chanteuse, d'abord froides mais polies, se faisaient sèches et coupantes, en dépit de la peine évidente qu'elle se donnait afin de le satisfaire, et des œillades qu'elle lui décochait pour conquérir ses bonnes grâces. L'impresario, prudemment, interrompit la répétition, au moment où les affaires menaçaient de se gâter. Pour effacer le mauvais effet des observations de Christophe, il s'empressait auprès de la chanteuse et lui prodiguait de pesantes galanteries, lorsque Christophe, qui assistait à ce manège, avec une impatience non dissimulée, lui fit signe impérieusement de venir, et dit:

—Il n'y a pas à discuter. Je ne veux pas de cette personne. C'est désagréable, je le sais; mais ce n'est pas moi qui l'ai choisie. Arrangez-vous comme vous voudrez.

L'impresario s'inclina, d'un air ennuyé, et dit, avec indifférence:

—Je n'y puis rien. Adressez-vous à M. Roussin.

—En quoi cela regarde-t-il M. Roussin? demanda Christophe. Je ne veux pas l'ennuyer de ces affaires.

—Cela ne l'ennuiera pas, dit Sylvain Kohn, ironique.

Et il lui montra Roussin, qui, justement, entrait.

Christophe alla au-devant de lui. Roussin, d'excellente humeur, s'exclamait:

—Eh quoi! déjà fini? J'espérais entendre encore une partie. Eh bien, mon cher maître, qu'est-ce que vous en dites? Êtes-vous satisfait?

—Tout va très bien, dit Christophe. Je ne puis assez vous remercier...

—Du tout! Du tout!

—Il n'y a qu'une seule chose qui ne peut pas marcher.

—Dites, dites. Nous arrangerons cela. Je tiens à ce que vous soyez content.

—Eh bien, c'est la chanteuse. Entre nous, elle est exécrable.

Le visage épanoui de Roussin se glaça subitement. Il dit, d'un air sévère:

—Vous m'étonnez, mon cher.

—Elle ne vaut rien, rien du tout, continua Christophe. Elle n'a ni voix, ni goût, ni métier, pas l'ombre de talent. Vous avez de la chance de ne pas l'avoir entendue tout à l'heure!...

Roussin, de plus en plus pincé, coupa la parole à Christophe, et dit, d'un ton cassant:

—Je connais Mlle de Sainte-Ygraine. C'est une artiste de grand talent. J'ai la plus vive admiration pour elle. Tous les gens de goût, à Paris, pensent comme moi.

Et il tourna le dos à Christophe. Christophe le vit offrir son bras à l'actrice et sortir avec elle. Comme il restait stupéfait, Sylvain Kohn, qui avait suivi la scène avec délices, lui prit le bras, et lui dit, en riant, tandis qu'ils descendaient l'escalier du théâtre:

—Mais vous ne savez donc pas qu'elle est sa maîtresse?

Christophe comprit. Ainsi, c'était pour elle, ce n'était pas pour lui que l'on montait la pièce! Il s'expliqua l'enthousiasme de Roussin, ses dépenses, l'empressement de ses acolytes. Il écoutait Sylvain Kohn qui lui contait l'histoire de la Sainte-Ygraine: une divette de music-hall, qui, après s'être exhibée avec succès dans des petits théâtres de genre, avait été prise de l'ambition, commune à beaucoup de ses pareilles, de se faire entendre sur une scène plus digne de son talent. Elle comptait sur Roussin pour la faire engager à l'Opéra, ou à l'Opéra Comique; et Roussin, qui ne demandait pas mieux, avait trouvé dans la représentation du David une occasion de révéler sans risques au public parisien les dons lyriques de la nouvelle tragédienne, dans un rôle qui n'exigeait presque aucune action dramatique, et qui mettait en pleine valeur l'élégance de ses formes.

Christophe écouta l'histoire jusqu'au bout; puis il se dégagea du bras de Sylvain Kohn, et il éclata de rire. Il rit, il rit longuement. Quand il eut fini de rire, il dit:

—Vous me dégoûtez. Vous me dégoûtez tous. L'art ne compte pas pour vous. Ce sont toujours des questions de femmes. On monte un opéra pour une danseuse, pour une chanteuse, pour la maîtresse de Monsieur un tel, ou de Madame une telle. Vous ne pensez qu'à vos cochonneries. Voyez-vous, je ne vous en veux pas: vous êtes ainsi, restez ainsi, si cela vous plaît, et barbotez dans votre auge. Mais séparons-nous: nous ne sommes pas faits pour vivre ensemble. Bonsoir.

Il le quitta; et, rentré chez lui, il écrivit à Roussin qu'il retirait sa pièce, sans lui cacher les raisons qui la lui faisaient reprendre.

Ce fut la rupture avec Roussin et avec tout son clan. Les conséquences s'en firent immédiatement sentir. Les journaux avaient mené un certain bruit autour de la représentation projetée, et l'histoire de la brouille du compositeur avec son interprète ne manqua pas de faire jaser. Un directeur de concerts eut la curiosité de donner l'œuvre dans une de ses matinées du dimanche. Cette bonne fortune fut un désastre pour Christophe. L'œuvre fut jouée—et sifflée. Tous les amis de la chanteuse s'étaient donné le mot pour administrer une leçon à l'insolent musicien; et le reste du public, que le poème symphonique avait ennuyé, s'associa complaisamment au verdict des gens compétents. Pour comble de malchance, Christophe avait eu l'imprudence, afin de faire valoir son talent de virtuose, d'accepter de se faire entendre, au même concert, dans une Fantaisie pour piano et orchestre. Les dispositions malveillantes du public, retenues dans une certaine mesure, pendant l'exécution du David, par le désir de ménager les interprètes, se donnèrent libre champ, quand il se trouva en présence de l'auteur en personne,—dont le jeu n'était pas d'ailleurs trop correct. Christophe, énervé par le bruit de la salle, s'interrompit brusquement au milieu du morceau; et, regardant, d'un air goguenard, le public qui s'était tu soudain, il joua: «Malbrough s'en va-t-en guerre!»—et dit insolemment:

—Voilà ce qu'il vous faut.

Là-dessus, il se leva et partit.

Ce fut un beau tumulte. On criait qu'il avait insulté le public, et qu'il devait venir faire des excuses à la salle. Les journaux, le lendemain, exécutèrent avec ensemble l'Allemand grotesque, dont le bon goût parisien avait fait justice.

Et puis, ce fut le vide, de nouveau, complet, absolu. Christophe se retrouvait seul, une fois de plus, plus seul que jamais, dans la grande ville étrangère et hostile. Il ne s'en affectait plus. Il commençait à croire que c'était sa destinée, et qu'il resterait, toute sa vie, ainsi.

Il ne savait pas qu'une grande âme n'est jamais seule, que si dénuée qu'elle soit d'amis par la fortune, elle finit toujours par les créer, qu'elle rayonne autour d'elle l'amour dont elle est pleine, et qu'à cette heure même, où il se croyait isolé pour toujours, il était plus riche d'amour que les plus heureux du monde.

Il y avait chez les Stevens une petite fille de treize à quatorze ans, à qui Christophe avait donné des leçons, en même temps qu'à Colette. Elle était cousine germaine de Colette, et se nommait Grazia Buontempi. C'était une fillette au teint doré, rosissant délicatement aux pommettes, les joues pleines, d'une santé campagnarde, un petit nez un peu relevé, la bouche grande, bien fendue, à demi entrouverte, le menton rond, très blanc, les yeux tranquilles, doucement souriants, le front rond, encadré d'une profusion de cheveux longs et soyeux, qui descendaient, sans boucles, le long des joues, avec de légères et calmes ondulations. Une petite Vierge d'Andrea del Sarto, figure large, beau regard silencieux.

Elle était Italienne. Ses parents habitaient, presque toute l'année, à la campagne, dans une grande propriété du Nord de l'Italie: plaines, prairies, petits canaux. De la terrasse sur le toit, on avait à ses pieds des flots de vignes d'or, d'où émergeaient de place en place les fuseaux noirs des cyprès. Au delà, c'étaient les champs, les champs. Le silence. On entendait meugler les bœufs qui retournaient le sol, et les cris aigus des paysans à la charrue:

—Ihi!... Fat innanz'!...

Les cigales chantaient dans les arbres, et les grenouilles le long de l'eau. Et, la nuit, c'était l'infini du silence, sous la lune aux flots d'argent. Au loin, de temps en temps, les gardiens des récoltes, qui sommeillaient dans des huttes de branchages, tiraient des coups de fusil, pour avertir les voleurs qu'ils étaient réveillés. Pour ceux qui les entendaient, à demi-assoupis, ce bruit n'avait plus d'autre sens que le tintement d'une horloge pacifique, marquant au loin les heures de la nuit. Et le silence se refermait, comme un manteau moelleux aux vastes plis, sur l'âme.

Autour de la petite Grazia, la vie semblait endormie. On ne s'occupait pas beaucoup d'elle. Elle poussait tranquillement dans le beau calme qui la baignait. Nulle fièvre, nulle hâte. Elle était paresseuse, elle aimait à flâner et dormir longuement. Elle restait étendue, des heures, dans le jardin. Elle se laissait flotter sur le silence, comme une mouche sur un ruisseau d'été. Et parfois, brusquement, sans raison, elle se mettait à courir. Elle courait, comme un petit animal, la tête et le buste légèrement inclinés vers la droite, souplement, sans raideur. Un vrai cabri, qui grimpait, glissait, parmi les pierres, pour la joie de bondir. Elle causait avec les chiens, avec les grenouilles, avec les herbes, avec les arbres, avec les paysans, avec les bêtes de la basse cour. Elle adorait tous les petits êtres qui l'entouraient, et aussi les grands: mais avec ceux-ci elle se livrait moins. Elle voyait très peu de monde. La propriété était loin de la ville, isolée. Bien rarement passait sur la route poudreuse le pas traînant d'un grave paysan, ou d'une belle campagnarde, aux yeux lumineux dans la figure hâlée, marchant d'un rythme balancé, la tête haute, la poitrine en avant. Grazia vivait, des journées, seule, dans le parc silencieux; elle ne voyait personne; elle ne s'ennuyait jamais; elle n'avait peur de rien.

Une fois, un vagabond entra, pour voler une poule dans la ferme déserte. Il s'arrêta, interdit, devant la petite fille couchée dans l'herbe, qui mangeait une longue tartine, en chantonnant une chanson. Elle le regarda tranquillement, et lui demanda ce qu'il voulait. Il dit:

—Donnez-moi quelque chose, ou je deviens méchant.

Elle lui tendit sa tartine, et dit, avec ses yeux souriants:

—Il ne faut pas devenir méchant.

Alors il s'en alla.

Sa mère mourut. Son père, très bon, très faible, était un vieil Italien de bonne race, robuste, jovial, affectueux, mais un peu enfantin, et tout à fait incapable de diriger l'éducation de la petite. La sœur du vieux Buontempi, Mme Stevens, venue pour l'enterrement, fut frappée de l'isolement de l'enfant; pour la distraire de son deuil, elle décida de l'emmener pour quelque temps à Paris. Grazia pleura, et le vieux papa aussi; mais quand Mme Stevens avait décidé quelque chose, il n'y avait plus qu'à se résigner: nul ne pouvait lui résister. Elle était la forte tête de la famille; et, dans sa maison de Paris, elle dirigeait tout: son mari, sa fille, et ses amants;—car elle menait de front ses devoirs et ses plaisirs: c'était une femme pratique et passionnée,—au reste, très mondaine et très agitée.

Transplantée à Paris, la calme Grazia se prit d'adoration pour sa belle cousine Colette, qui s'en amusa. On conduisit dans le monde, on mena au théâtre la douce petite sauvageonne. On continuait de la traiter en enfant, et elle-même se regardait comme une enfant, quand déjà elle ne l'était plus. Elle avait des sentiments qu'elle cachait, et dont elle avait peur: d'immenses élans de tendresse pour un objet, ou pour un être. Elle était amoureuse en secret de Colette: elle lui volait un ruban, un mouchoir; souvent, en sa présence, elle ne pouvait dire un seul mot; et quand elle l'attendait, quand elle savait qu'elle allait la voir, elle tremblait d'impatience et de bonheur. Au théâtre, lorsqu'elle voyait sa jolie cousine, décolletée, entrer dans la loge où elle était et attirer tous les regards, elle avait un bon sourire, humble, affectueux, débordant d'amour; et son cœur se fondait, lorsque Colette lui adressait la parole. En robe blanche, ses beaux cheveux noirs défaits et bouffants sur ses épaules brunes, mordillant le bout de ses longs gants, dans l'ouverture desquels elle fourrait le doigt par désœuvrement,—à tout instant, pendant le spectacle, elle se retournait vers Colette, pour quêter un regard amical, pour partager le plaisir qu'elle ressentait, pour dire de ses yeux bruns et limpides:

—Je vous aime bien.

En promenade, dans les bois, aux environs de Paris, elle marchait dans l'ombre de Colette, s'asseyait à ses pieds, courait devant ses pas, arrachait les branches qui auraient pu la gêner, posait des pierres au milieu de la boue. Et, un soir que Colette, frileuse, au jardin, lui demanda son fichu, elle poussa un rugissement de plaisir,—(elle en fut honteuse après),—du bonheur que la bien-aimée s'enveloppât d'un peu d'elle, et le lui rendit ensuite, imprégné du parfum de son corps.

Il y avait aussi des livres, certaines pages des poètes, lues en cachette,—(car on continuait de lui donner des livres d'enfant),—qui lui causaient des troubles délicieux. Et, plus encore, certaines musiques, bien qu'on lui dît qu'elle n'y pouvait rien comprendre; et elle se persuadait qu'elle n'y comprenait rien;—mais elle était toute pâle et moite d'émotion. Personne ne savait ce qui se passait en elle, à ces moments.

En dehors de cela, elle était une fillette docile, étourdie, paresseuse, assez gourmande, rougissant pour un rien, tantôt se taisant pendant des heures, tantôt parlant avec volubilité, riant et pleurant facilement, ayant de brusques sanglots et un rire d'enfant. Elle aimait rire et s'amusait de petits riens. Jamais elle ne cherchait a jouer la dame. Elle restait enfant. Surtout, elle était bonne, elle ne pouvait souffrir de faire de la peine, et elle avait de la peine du moindre mot un peu fâché contre elle. Très modeste, s'effaçant toujours, toute prête à aimer et à admirer tout ce qu'elle croyait voir de beau et de bon, elle prêtait aux autres des qualités qu'ils n'avaient pas.

On s'occupa de son éducation, qui était très en retard. Ce fut ainsi qu'elle prit des leçons de piano avec Christophe.

Elle le vit, pour la première fois, à une soirée de sa tante, où il y avait une société nombreuse. Christophe, incapable de s'adapter h aucun public, joua un interminable adagio, qui faisait bâiller tout le monde: quand cela semblait fini, cela recommençait; on se demandait si cela finirait jamais. Mme Stevens bouillait d'impatience. Colette s'amusait follement: elle dégustait le ridicule de la chose, et elle ne savait pas mauvais gré à Christophe d'y être, à ce point, insensible; elle sentait qu'il était une force, et cela lui était sympathique; mais c'était comique aussi; et elle se fût bien gardée de prendre sa défense. Seule, la petite Grazia était pénétrée jusqu'aux larmes par celte musique. Elle se dissimulait dans un coin du salon. À la fin, elle se sauva, pour qu'on ne remarquât point son trouble, et aussi parce qu'elle souffrait de voir qu'on se moquait de Christophe.

Quelques jours après, à dîner, Mme Stevens parla, devant elle, de lui faire donner des leçons de piano par Christophe. Grazia fut si troublée qu'elle laissa retomber sa cuiller dans son assiette à soupe, et qu'elle s'éclaboussa, ainsi que sa cousine. Colette dit qu'elle aurait bien besoin d'abord de leçons pour se tenir convenablement à table. Mme Stevens ajouta qu'en ce cas, ce n'était pas à Christophe qu'il faudrait s'adresser. Grazia fut heureuse d'être grondée avec Christophe.

Christophe commença ses leçons. Elle était toute guindée et glacée, elle avait les bras collés au corps, elle ne pouvait remuer; et quand Christophe posait la main sur sa menotte, pour rectifier la position des doigts et les étendre sur les touches, elle se sentait défaillir. Elle tremblait de jouer mal devant lui; mais elle avait beau étudier jusqu'à se rendre malade et jusqu'à faire pousser des cris d'impatience à sa cousine, toujours elle jouait mal, quand Christophe était là; le souffle lui manquait, ses doigts étaient raides comme du bois, ou mous comme du coton; elle accrochait les notes et accentuait à contre-sens; Christophe la grondait et s'en allait fâché: alors, elle avait envie de mourir.

Il ne faisait aucune attention à elle; il n'était occupé que de Colette. Grazia enviait l'intimité de sa cousine avec Christophe; mais quoiqu'elle en souffrît, son bon petit cœur s'en réjouissait pour Colette et pour Christophe. Elle trouvait Colette si supérieure à elle qu'il lui semblait naturel qu'elle absorbât tous les hommages.—Ce ne fut que lorsqu'il fallut choisir entre sa cousine et Christophe qu'elle sentit son cœur prendre parti contre elle. Son intuition de petite femme lui fit voir que Christophe souffrait des coquetteries de Colette et de la cour assidue de Lévy-Cœur. D'instinct, elle n'aimait pas Lévy-Cœur; et elle le détesta, dès le moment qu'elle sut que Christophe le détestait. Elle ne pouvait comprendre comment Colette s'amusait à le mettre en rivalité avec Christophe. Elle commença de la juger sévèrement en secret; elle surprit certains de ses petits mensonges, et elle changea soudain de manières avec elle. Colette s'en aperçut, sans en deviner la cause; elle affectait de l'attribuer à des caprices de petite fille. Mais le certain, c'est qu'elle avait perdu son pouvoir sur Grazia: un fait insignifiant le lui montra. Un soir que, se promenant toutes deux au jardin, Colette voulait, avec une tendresse coquette, abriter Grazia sous les plis de son manteau contre une petite ondée qui s'était mise à tomber, Grazia, pour qui c'eût été, quelques semaines avant, un bonheur ineffable de se blottir contre le sein de sa chère cousine, s'écarta froidement. Et quand Colette disait qu'elle trouvait laid un morceau de musique que jouait Grazia, cela n'empêchait pas Grazia de le jouer, et de l'aimer.

Elle n'était plus attentive qu'à Christophe. Elle avait la divination de la tendresse, et percevait ce qu'il souffrait. Elle se l'exagérait beaucoup, dans son attention inquiète et enfantine. Elle croyait que Christophe était amoureux de Colette, quand il n'avait pour elle qu'une amitié exigeante. Elle pensait qu'il était malheureux, et elle était malheureuse pour lui. La pauvrette n'était guère récompensée de sa sollicitude: elle payait pour Colette quand Colette avait fait enrager Christophe; il était de mauvaise humeur, et se vengeait sur sa petite élève, en relevant impatiemment les fautes de son jeu. Un matin que Colette l'avait exaspéré encore plus qu'à l'ordinaire, il s'assit au piano avec tant de brusquerie que Grazia acheva de perdre le peu de moyens qu'elle avait: elle pataugea; il lui reprocha ses fausses notes avec colère; alors, elle se noya tout à fait; il se fâcha, il lui secoua les mains, il cria qu'elle ne ferait jamais rien de propre, qu'elle s'occupât de cuisine, de couture, de tout ce qu'elle voudrait, mais au nom du ciel! qu'elle ne fit plus de musique! Ce n'était pas la peine de martyriser les gens à entendre ses fausses notes. Sur quoi, il la planta là, au milieu de sa leçon. Et la pauvre Grazia pleura toutes les larmes de son corps, moins encore du chagrin que lui faisaient ces humiliantes paroles, que du chagrin de ne pouvoir faire plaisir à Christophe, malgré tout son désir, et même d'ajouter encore par sa sottise à la peine de celui qu'elle aimait.

Elle souffrit bien plus, quand Christophe cessa de venir chez les Stevens. Elle voulut retourner au pays. Cette enfant, si saine jusque dans ses rêveries, et qui gardait en elle un fond de sérénité rustique, se sentait mal à l'aise dans cette ville, au milieu des Parisiennes neurasthéniques et agitées. Sans oser le dire, elle avait fini par juger assez exactement les gens qui l'entouraient. Mais elle était timide, faible, comme son père, par bonté, par modestie, par défiance de soi. Elle se laissait dominer par sa tante autoritaire et par sa cousine habituée à tout tyranniser. Elle n'osait pas écrire à son vieux papa, à qui elle envoyait régulièrement de longues lettres affectueuses:

—Je t'en prie, reprends-moi!

Et le vieux papa n'osait pas la reprendre, malgré tout son désir; car Mme Stevens avait répondu à ses timides avances que Grazia était bien où elle était, beaucoup mieux qu'elle ne serait avec lui, et que, pour son éducation, il fallait qu'elle restât.

Mais un moment arriva où l'exil devint trop douloureux à la petite âme du Midi, et où il fallut qu'elle reprît son vol vers la lumière.—Ce fut après le concert de Christophe. Elle y était venue avec les Stevens; et ce fut un déchirement pour elle d'assister au spectacle hideux d'une foule s'amusant à outrager un artiste... Un artiste? Celui qui, aux yeux de Grazia, était l'image même de l'art, la personnification de tout ce qu'il y avait de divin dans la vie. Elle avait envie de pleurer, de se sauver. Il lui fallut entendre jusqu'au bout le tapage, les sifflets, les huées, et, au retour chez sa tante, les réflexions désobligeantes, le joli rire de Colette, qui échangeait avec Lucien Lévy-Cœur des propos apitoyés. Réfugiée dans sa chambre, dans son lit, elle sanglota, une partie de la nuit: elle parlait a Christophe, elle le consolait, elle eût voulu donner sa vie pour lui, elle se désespérait de ne pouvoir rien pour le rendre heureux. Il lui fut désormais impossible de rester à Paris. Elle supplia son père de la faire revenir. Elle disait:

—Je ne peux plus vivre ici, je ne peux plus, je mourrai si tu me laisses plus longtemps.

 この過激民主政のうちで、最もクリストフの気を害したことは、明らかに根底の不確実な連中によって最も悪い政治的暴逆が冷やかになされるのを、目撃することであった。かかる浮薄な徒輩と、彼らがなしもしくは許してる苛酷かこくな行為との間には、あまりに厚かましい不均衡が存在していた。彼らのうちには二つの矛盾したものがあるようだった。すなわち何物をも信じない不安定な性質と、何物にも耳を傾けずにただ人生をかき回す理屈癖の理性と。種々の方法でいじめつけられてる平和な市民やカトリック教徒や将校などが、なぜ彼らを放逐しないのかしらと、クリストフは怪しんだ。そして彼は何にも隠すことができなかったので、ルーサンは容易に彼の考えを推知した。ルーサンは笑い出して言った。
「もちろんそれは、君か僕か、とにかくわれわれがやることでしょう。しかし彼らにはなかなかやれはしない。少しの断固たる決心もできない憐あわれな奴どもです。ただ答え返すのがうまいばかりです。倶楽部クラブのために馬鹿ばかになり、アメリカ人やユダヤ人に身を売ってる、耄碌もうろくした貴族どもで、自分の近代主義を証明するためには、流行の小説や芝居の中で演ぜさせられる屈辱的な役目を喜び、侮辱する者らの御機嫌きげんを取ってるという奴どもです。何にも読まず、何にも理解せず、何にも学ぼうとせず、ただいたずらに苦々にがにがしい無用な悪口を言うことばかりを知ってる、癇癪かんしゃくもちの俗輩です。――その熱情と言ったら、ただ眠ることだけです。ためこんだ金嚢かねぶくろの上にぐっすり寝込んで、眠りの邪魔になるような者を憎み、または働いてる者をも憎むんです。なぜなら、自分たちが眠ってる間に他人が動きまわってることは、彼らの邪魔になるからです。……もし君がそういう連中をよく知ったら、君はわれわれの方に同情を寄せてくれるようになるでしょう。」しかしクリストフは、両者いずれにたいしても大なる嫌忌けんきの念を感ずるのみだった。なぜなら彼は、被迫害者の下劣さは迫害者の下劣さを許してやる口実になろうとは考えなかったから。彼はストゥヴァン家で、富裕な不機嫌ふきげんなこの中流市民の典型的人物にしばしば出会っていた。ルーサンは彼らのことをこう彼に言ってきかせた。

……恥もあらず誉ほまれもあらず
いたずらに生くる者らの悲しき魂……。

ルーサンおよびその仲間の者らが、それらの人物を統御する力を自信してるのみでなく、またその力を濫用するの権利をも自信してることについては、クリストフも明らかにその理由を見て取っていた。統御の道具立ては彼らに不足していなかった。なんらの意志もなく盲目的に服従してる、無数の役人。阿諛あゆ的な風習、共和党員のない共和国。巡遊の王者の前に歓喜してる、社会主義の新聞。肩書や金モールや勲章の前に平伏してる奴僕的な魂。それらを制御するには、しゃぶるべき骨を、レジオン・ドヌール動章を、餌えとして投げてやれば十分だった。もし一の王者があって、フランスの公民をことごとく貴族にしてやると約束したならば、フランスの公民は皆王党になったかもしれない。
政治家らは好機に際会していた。一七八九年の三つの階級のうち、第一の階級は滅亡していた。第二の階級は放逐されるか嫌疑けんぎを受くるかしていた。第三の階級は勝利に飽いて眠っていた。そして今や、脅威的な排他的な姿で擡頭たいとうしてきた第四の階級は、屈服させるのにまだ困難ではなかった。頽廃たいはいしたローマが野蛮人の群れを取り扱ったと同じように、頽廃したフランス共和政府はこの第四階級を取り扱っていた。ローマはもはや野蛮人らを国境外に掃蕩そうとうする力がなくて、彼らを自分のうちに合体させ、そして間もなく彼らは最上の番犬となってしまったのである。社会主義者だと自称してるブールジョア階級の代表者らも、労働階級の選良中の最も知力すぐれた人々を、隠密おんみつに引きつけ併合していた。彼らは無産党からその首領らを切り放し、その新しい血を自分のうちに注入し、その代わりには、ブールジョア的観念を彼らにつめこんでいた。

ブールジョア階級が試みてる民衆併合の企てのうちで、当時最も不思議な実例の一つは、通俗大学であった。それは、人の知り得るあらゆる事物の知識を雑然と並べた、小さな勧工場だった。そこで教えることになってる科目は、綱領の示すとおり、「物理学や生物学や社会学などの知識の各部門、すなわち、天文学、宇宙学、人類学、人種学、生理学、心理学、精神病学、地理学、言語学、美学、論理学、その他」であった。しかし、ピコ・デラ・ミランドラの頭を割ってぶちまけたとて、それがなんの役にたつものか!
もとより、通俗大学のあるもののうちには、その起原においては、誠実な理想主義、真や美や精神生活やを万人に分かとうとする要求が、存在していた。それはりっぱな事柄だった。一日の激しい労働を終わって、狭い息苦しい講堂にやって来、疲労よりもさらに強い知識欲をいだいてる、それら労働者らの集まりは、感嘆すべき光景を呈していた。しかしながら、いかに人々はそれら憐あわれな者たちを濫用したことだろう! 知力すぐれ慈心ある少数の真の使徒に比して、巧者だというよりもむしろりっぱな意向をもった少数の善良な心の人に比して、愚者、饒舌じょうぜつ家、陰謀家、読者のない著作家、聴衆のない弁舌家、教師、牧師、巧弁家、ピアニスト、批評家、すべて自分の製作物で民衆をおぼらそうとする徒輩が、いかに多かったことだろう。彼らは各自に自分の商品を並べたててばかりいた。最も客を多く呼んだ者は、いうまでもなく、香具師やし、哲学的駄弁だべん家、天国的な社会を匂におわして一般的観念を盛んにこね回してる連中であった。
通俗大学はまた、頽廃たいはい的な彫刻や詩や音楽など、極端に貴族的な審美主義のはけ口であった。人々は思想を若返らせ民族を再生させるために、民衆の君臨を望んでいた。そしてまず手始めに、ブールジョア階級の精練さを民衆に移し伝えていた。民衆はそれをむさぼるように受け取っていた。それが気に入ったからではなくて、それがブールジョア的なものだったからである。クリストフはある時、ルーサン夫人からそれら通俗大学の一つに案内されたが、そこで、ガブリエル・フォーレの優しき歌とベートーヴェンの晩年の四重奏曲の一つとの間にはさんで、ドビュッシーの作を彼女が民衆に演奏してきかせるのを聞いた。彼は趣味と思想との徐々の進歩につれて、幾年もの時日を経た後にようやく、ベートーヴェンの晩年の作が理解できるようになったのだった。それで彼は気の毒そうに隣席の一人に尋ねた。
「君にあれがわかりますか。」
相手の男はあたかも怒った牡鶏おんどりのように憤然とした様子をして言った。
「わかるとも。君くらいには俺おれにだってわからないことがあるものか。」
そして、理解してることを証明するために、喧嘩けんか腰でクリストフをながめながら、一つの遁走とんそう曲を復吟した。
クリストフは狼狽ろうばいして逃げ出した。あいつどもは国民の生きたる源泉をまで害毒してしまっている、と彼は考えた。もはやそこには民衆は存在しなかった。
「お前たちだって民衆だ!」と民衆劇場を建設しようと企ててるかかる善人どもの一人に、ある労働者が言った言葉どおりだった。「俺もお前たちと同じくブールジョアだぜ!」

ある夕方、やや褪あせた温あたたかい色彩の東方産の絨緞じゅうたんのような柔らかい空が、薄暗い都会の上に広がってる時、クリストフは河岸通りに沿って、ノートル・ダームからアンヴァリードの方へやって行った。たれこめてきた闇やみの中には、戦いの最中に振り上げてるモーゼの腕のように、大寺院の塔がそびえていた。サント・シャペル会堂の黄金彫りの尖頂せんちょうが、花咲ける聖きよき棘いばらが、立ち込んだ屋並みから突き出ていた。流れの彼方かなたには、ルーヴル美術館の厳おごそかな正面が広げられていて、その退屈そうな小窓には、夕陽ゆうひが生々とした残照を投げていた。廃兵院の広地の奥、その濠ほりや高い壁の後ろ、厳粛な寂寞せきばくさの中には、遠い昔の戦勝の交響曲のように、薄黒い金色の円まる屋根が浮き出していた。そして凱旋門がいせんもんは、勇敢なる進軍のように、帝国軍団の超人間的な大跨おおまたを、丘の上に踏み開いていた。
クリストフはにわかに、巨人の死骸しがいの大なる手足が平野を覆おおうているような印象を受けた。彼は恐怖に胸迫って、そこに立ち止まりながらながめやった、地上から消え失うせた物語めいた巨人の化石を、かつては全世界がその足音を聞いた巨人の化石を。――それは、廃兵院の円屋根を頭にいただき、大堂宇の無数の腕で空を抱いてるルーヴル美術館を帯にまとい、ナポレオン凱旋門の堂々たる両足を世界に踏み広げてる、一民族であった。しかし今では、この凱旗門の踵かかとの下に、侏儒しゅじゅどもが蠢動しゅんどうしていた。

クリストフは名声を求めはしなかったが、シルヴァン・コーンやグージャールから紹介されて、パリー社会にかなり知られていた。芝居の初日や音楽会などで、この二人の友人のいずれかといっしょにいつも見出せる、彼の顔つきの独特さ、またその非常な醜さ、その身体つきや服装や唐突とうとつ拙劣な素振りなどの滑稽こっけいさ、時々その口から漏れる矛盾した奇抜な言葉、垢あかぬけはしていないがしかし広い強健な知力、また、ドイツでの脱走や官憲との喧嘩けんかやフランスへの逃亡などについて、シルヴァン・コーンがふれ歩いた小説的な物語、それらのものは、世界一家的な大客間となってるこの全パリーの、閑散でまたたえず働いてる好奇心の的と彼をなしてしまった。そして彼が、自己の意見を吐かずにただ観察し傾聴し理解に努力しながら、控え目にしてる間は、その作品や思想の根底が人から知られない間は、皆からかなりよく思われていた。フランス人らは彼がドイツにとどまっていられなかったことを幸いだとしていた。ことにフランスの音楽家らは、ドイツの音楽に関するクリストフの苛酷かこくな批判を、自分らになされた敬意ででもあるかのように感謝していた。――(それも実際はすでに陳腐ちんぷな批判であって、彼自身ももはや今日では賛成できかねるようなものが多かった。そういう四、五の論説が近ごろドイツの一雑誌に掲げられたので、シルヴァン・コーンはその奇警な逆説を人に言い伝え誇張していたのだった。)――クリストフは人々の興味をひくだけで、少しもその邪魔にはならなかった。彼はだれの地位をも奪いはしなかった。一派の大立物となることも、彼一人の思いのままだった。何にも書かないでもよいし、もしくはできるだけわずかしか書かないでもよいし、ことに自分の作を少しも人に聞かせなくても済むし、グージャールみたいな連中に思想を供給してやるだけで十分だった。この連中は有名な言葉を格言としていた――ただ少しそれを修正して。

私の杯さかずきは大きくはないが、しかし私は……他人の杯で飲む。

強い性格は、行動するよりもむしろ感ずることの方が多い青年らにたいして、ことにその光輝を働かせるものである。クリストフの周囲には青年が乏しくはなかった。一般にそれらの青年は、閑ひまな連中で、意志もなく、目的もなく、存在の理由をも有せず、勉強の机を恐れ、自分一人になるのを恐れ、肱掛椅子ひじかけいすにいつまでもすわり込み、自分の家に帰って自分自身と差し向かいになることを避けるためには、あらゆる口実を設けながら、珈琲店や芝居をうろつき回っていた。彼らは無味乾燥な談話に加わりに来、そこに腰を落ち着け、幾時間もぐずついていた。ようやく立ち上がる時には、胃袋が妙にふくれきり、胸糞むなくその悪い気持になり、飽き飽きしながら物足りなくて、もっとつづけたくもあればまたつづけるのが厭いやでもあるのだった。そういう青年らがクリストフを取り巻いていた。あたかも、生命にすがりつくために一つの魂へ取りつこうとうかがってる「待ち伏せの怨霊おんりょう」、ゲーテのいわゆる尨犬むくいぬ、のようであった。
虚栄心の強い馬鹿者なら、そういう寄生虫の取り巻き連中を喜んだかもしれない。しかしクリストフは偶像の真似まねをしたくなかった。そのうえ、彼がなしてることのうちに、ルナン式の、ニーチェ式の、ローズ・クロア的な、雌雄両性的の、へんてこな意向があると思ってるそれら賛美者らの、馬鹿ばかげきった生意気さに彼はぞっとした。彼は皆を追っ払ってしまった。彼は受動的な役目を演ずべき人間ではなかった。彼のうちではすべてが行動を目的としていた。彼は理解せんがために観察していた。そして行動せんがために理解したがっていた。偏見の拘束を受けないで、彼はすべてを調べ、音楽に関しては、各国各時代の思想の形式や表現の方法を、ことごとく研究していた。そして真実だと思われる点は、皆取り用いていた。彼が研究していたフランス芸術家らは、新式の巧みなる発明者で、たえず発明することに苦心し、しかもその発明を中途で放擲ほうてきしてしまうのであったが、彼はそれと異なって、音楽の言葉を改新することよりもむしろ、それをさらに力強く話すことにつとめていた。彼は珍奇でありたいとは少しも心掛けなかったが、力強くありたいと心掛けていた。そういう熱烈な気力は、繊巧と適宜とのフランス精神とは反対だった。様式のための様子を、その気力は軽蔑けいべつしていた。彼にとっては、フランスの優良な芸術家らも贅沢ぜいたく品職工のように思われた。パリーの最も完全な詩人の一人は、「各自の商品や生産品や見切品を付した現代フランス詩壇の労働表」をこしらえて面白がっていた。そして、「玻璃はり製の大燭台だいしょくだい、東方諸国の織物、金や青銅の記念牌はい、未亡人用の透かしレース、彩色彫刻、花模様の陶器」など、仲間のたれ彼の工場からこしらえ出されるものを、列挙していた。彼自身もまた、「文芸の大製作所の片隅かたすみに、古い絨緞じゅうたんを繕ったり廃すたれた古代の鎗やりをみがいたり」してるところを示していた。――手工の完成をのみ注意してる、かかる良職工観みたいな芸術家観にも、美が存しないではなかった。しかしそれはクリストフを満足させなかった。彼はそこに職業的威厳を認めはしたが、それが懐抱する生命の貧弱さを軽蔑していた。彼には書くために書くということが考えられなかった。彼は言葉を言いはしないで、事柄を言っていた――言いたがっていた。

彼らは事柄を言えど汝なんじらは言葉を言うのみ……。

クリストフの精神は、新しい世界を吸収するだけの休息の時期を経た後に、にわかに創作の欲求にとらえられた。パリーと自身との間に感ぜられる反対性は、彼の個性を際きわだたせながら彼の力を倍加せしめた。ぜひとも自己表現を求める熱情の溢漲いっちょうであった。その熱情は各種のものだった。彼はそのすべてから、同様の激しさで刺激された。彼は作品をこしらえ出して、心に満ちている愛情やまたは憎悪ぞうおを放散せざるを得なかった。また、意志をも忍諦にんていをも、彼のうちで衝突し合ってたがいに同等の生存権をもってるあらゆる悪魔を、放散せざるを得なかった。一作品の中に一つの熱情の荷をおろすや否や――(時とするとその作品を終わりまで書きつづけるだけの忍耐がないこともあった)――すぐに彼は反対の熱情に落ち込んでいった。しかしその矛盾は表面のみだった。彼は常に変わりながらも、常に同じだった。彼のあらゆる作品は、同一の目的に達する種々の道筋だった。彼の魂は一つの山嶽さんがくであった。彼はそのあらゆる道を進んだ。ある道は羊腸ようちょうとして木陰にたゆたっていた。ある道は日にさらされて険峻けんしゅんな坂をなしていた。そしてそのすべてが、山頂に鎮座してる神へ達するのだった。愛情、憎悪、意志、忍諦、すべて極度に達した人間的な力は、永遠に接触してすでに永遠を分有するものである。人は各自分のうちに永遠なるものをもっている、信仰者も無信仰者も、至るところに生命を見出す者も、至るところに生命を否定する者も、生命や否定や万事を疑う者も、――またそれらたがいに矛盾する事柄を同時に魂の中に抱擁していたクリストフも。そしてあらゆる矛盾は永遠の力の中に融とけ込んでしまう。クリストフにとって重要なことは、その力を自分のうちにまた他人のうちに呼び覚さますこと、火炉の上に一かかえの薪まきを投ずること、永遠をして燃えたたせることであった。パリーの逸楽的な闇夜やみよの中にあって、彼の心のうちには大なる炎が上がっていた。彼はいかなる信仰にも縛られていないとみずから信じていたが、実は全身が信仰の炬火きょかにすぎなかった。
それは最もフランス人の皮肉の的となりやすいものだった。信仰はきわめて精練された社会が最も許しがたく思う感情の一つである。なぜなら、そういう社会はみずから信仰を失っているから。青年の夢想にたいする大多数の人々の暗黙なあるいは嘲笑ちょうしょう的な敵意のうちには、自分らも昔はそのとおりであり、そういう野心をいだきながらそれを実現できなかったのだという、苦々にがにがしい考えが多くは交っている。すべて自分の魂を否定した人々、自分のうちに仕事をもちながらそれを完成しなかった人々は、こう考える。
「私にしても夢想したことをしとげることができなかった。どうして彼らにできるものか。私は彼らがしとげることを望まない。」
人間のうちにはいかにヘッダ・ガブラーが多いことだろう! 新しい自由な力を絶滅せんとする、なんという陰険な悪意であることぞ! 沈黙によって、皮肉によって、磨損まそんさせることによって、落胆させることによって――また、おりよき邪悪な誘惑によって、それらの力を殺さんとする、なんというみごとな手ぎわであることぞ!……
そういう人物はいずれの国にもいる。クリストフはドイツで彼らに出会ったので、彼らのことをよく知っていた。彼はそういう連中にたいしては武装をしていた。彼の防御法は簡単だった。自分の方から先に攻撃していった。彼らが少しでも好意を見せると、すぐに宣戦を布告した。それらの危険な味方はかならず敵となしてしまった。しかしこの率直な策略は、自分の性格を保全するためには最も有効であったとは言え、芸術家としての生涯しょうがいを容易ならしむるためには有効でなかった。クリストフはドイツにいた時と同じ方法をまたやり出した。余儀ないことだった。変わった事情はただ一つきりだった。すなわち彼の気分がごく快活になってるのみだった。
彼はだれでも耳を傾ける人には、フランスの芸術家らに関する忌憚きたんなき批評を元気に言ってきかした。かくて多くの恨みを買った。怜悧れいりな人々がなすように、何か一派の援助をつないでおくだけの用心をさえしなかった。こちらから称賛してやれば向こうでもこちらを称賛するような芸術家らを、彼は自分の周囲にたやすく見出せたはずである。あとで称賛してもらうつもりで向こうから先に称賛してくる者さえあった。彼らは自分がほめる者を一つの債務者だと見なし、時期が来ればいつでもその債権の償却を要求し得ることと考えていた。それはうまく投じた資金であった。――しかしクリストフを相手にしては、投じそこなった資金と言うべきだった。クリストフは少しも償却しなかった。さらにいけないことには、彼は自分の作をほめてくれる連中の作を、凡庸ぼんようだと思うだけの厚顔をそなえていた。彼らは口にこそ言いはしなかったが、それを深く根にもって、次の機会には仕返しをしてやろうと誓っていた。
クリストフは多くの拙劣なことをなしたが、リュシアン・レヴィー・クールとの喧嘩けんかはことに拙劣だった。彼は至るところにレヴィー・クールを見出した。そして、外見上意地悪いことは少しもせず、彼よりもいっそうの温情をそなえてるらしく、そしてとにかく彼よりはいっそうの節度をそなえてる、この穏和なていねいな男にたいして、大袈裟おおげさな反感を隠すことができなかった。彼は議論を吹きかけた。その題目がいかにもつまらない時でも、議論はいつもクリストフのせいでにわかに辛辣しんらつになってきて、聞いてる人々をびっくりさした。あたかもクリストフはあらゆる口実を設けて、リュシアン・レヴィー・クールにまっしぐらに突進したがってるかのようだった。でも決してやりこめることはできなかった。相手はいつも、自分の方が間違ってることがいかに明白な時にでも、うまく振る舞うのに巧妙をきわめていた。クリストフの世馴よなれないことをことに目だたせるような慇懃いんぎんさで、自分の身を護っていた。それにクリストフの方では、フランス語のしゃべり方がまずく、覚えたての隠語やまた下等な言葉まで交え、しかもそれらを多くの外国人のように不適当に使っていたので、レヴィー・クールの戦術を失敗に終わらせることは不可能だった。そしてその皮肉な穏和さにたいして猛然とぶつかっていった。人は皆クリストフの方が悪いと思った。なぜなら、彼がひそかに感じていたところのことを、だれも見て取り得なかったから。すなわちそれは、穏和の偽瞞ぎまんであった。一つの力に衝突してそれを切り捨てることができない時に、ひそかに暗黙のうちにそれを窒息させようとすることだった。彼はクリストフと同じく時日に期待をかける男だったので、別に急いではいなかった。クリストフの方は建設せんがためにであったが、彼の方は破壊せんがためにであった。クリストフをストゥヴァン家の客間から次第に遠ざけたように、クリストフからシルヴァン・コーンやグージャールを引き離すのは、むずかしいことではなかった。彼はクリストフの周囲を空虚にしていった。
クリストフ自身でもそれを助長していた。彼はいずれの流派にも属しなかったし、なおよく言えばあらゆる流派の敵だったので、だれをも満足させなかった。彼はユダヤ人どもを好まなかった。しかし反ユダヤ主義者らをさらに好まなかった。悪いからというのではなく力強いからというので、この有力な小数党たるユダヤ人どもに反抗してる、大多数の者らの卑怯ひきょうさ、嫉妬しっとや怨恨えんこんの下劣な本能に訴えたやり方、それを彼はきらっていた。かくて彼は、ユダヤ人らからは反ユダヤ主義者だと見なされ、反ユダヤ主義者らからはユダヤ党と見なされた。また芸術家らは、彼のうちに敵を感じた。知らず知らずにクリストフは芸術において、実際以上にドイツ的だった。パリーのある音楽の快楽的な恬静てんせいさに対抗して、彼は激しい意志を、雄々しい健全な悲観思想を称揚していた。彼の作に歓喜が現われる時には、それはいつも、通俗芸術の貴族的な保護者らにまで不快を催させるような、趣味の欠如と平民的な熱狂となされていた。形式は学者ぶった粗剛なものだった。そのうえ彼は反抗心から、様式における表面的な閑却や、外的な独自性にたいする無頓着むとんじゃくなどを、ともすると装よそおいがちであった。フランスの音楽家らにとっては、それはきわめて不快なことに違いなかった。それで、彼から自作のあるものを見せられた者らは、よく見てみようともせずに、ドイツのワグナー末派にたいする軽蔑のうちに、彼をも一括かつしてしまった。クリストフはそれをほとんど気にもとめなかった。彼は内心で笑いながら、フランス文芸復興期の愉快な一音楽家の詩句を――自分の場合にあてはめて――くり返した。

…………………………
さあ、人の言葉を気にかけるな。
このクリストフには某のごとき対位法がない、
某のごとき和声がない、という人の言葉を。
俺もまた他人にない何かをもっているのだ。

しかし、音楽会で自作を演奏してもらおうとすると、彼は扉とびらが閉ざされてるのを見出した。演奏すべき――もしくは演奏すべからざる――フランスの青年音楽家らの作品が、すでに十分あった。無名な一ドイツ人の作品にたいする余地はなかった。
クリストフは奔走につとめなかった。彼は家に閉じこもってまた書き始めた。パリーの奴やつらに聞いてもらおうともらうまいと、それはどうでもよかった。彼は自分の楽しみに書いてるので、成功せんがために書いてるのではなかった。真の芸術家は作品の未来には気をとめない。十年後には何も残らないことを知りながら人家の正面に愉快に絵を書いていた、文芸復興期の画家らのようなものである。そしてクリストフは、好時期の到来を待ちながら穏やかに仕事をしていた。その時意外な援助がやって来た。

クリストフは当時、劇的形式に心ひかれていた。彼はまだ内心の情緒の波に自由に没頭し得なかった。その情緒を明確な主題の中に流し込みたがっていた。そして、まだ十分に自己を統御していないし、自己の真相をはっきり知ってもいない、年若な精神にとっては、手にあまる自分の魂を閉じこめるべき任意の限界を定めることは、確かにいいことに違いない。それは思想の流れを導くのに必要な水門である。――不幸にも、クリストフには詩人の素質が欠けていた。彼は伝説や歴史の中から、自分の主題を取って来なければならなかった。
数か月以来彼の心に浮かんでいる幻想のうちには、聖書の種々の幻影が交っていた。――流離中の友として母から贈られた聖書は、彼にとっては夢想の源であった。彼は宗教的な精神においてそれを読みはしなかったけれど、このヘブライのイーリアスともいうべき書物の、精神力もしくはなおよく言えば生命力は、パリーの塵煙じんえんによごれた裸の魂を晩に洗うべき泉であった。彼は書物の神聖な意味を気にとめはしなかった。しかし、その中で呼吸される粗野な自然と原始的な個人との息吹いぶきによって、それはやはり彼にとって神聖な書物だった。信仰のうちに併呑へいどんされた土地、鼓動してる山嶽さんがく、歓喜してる空、人間の獅子しし、それらにたいする賛歌を彼は飲み込んだ。
彼がことに愛していた聖書中の面影の一つは、青年期のダヴィデであった。ヴェロキオやミケランジェロがその崇高な作品中に現わしている、フロレンスの悪童みたいな皮肉な微笑やまたは悲壮な緊張を、彼はダヴィデに想像しなかった。彼はそれらの作品をまだ知らなかったのである。彼が想像したダヴィデは、勇武がその中に眠ってる童貞の心をもった、詩的な牧人であり、南方のジーグフリートであり、より高雅な民族の者であり、身体と思想とがよりよく調和した者であった。――なぜなら、彼はラテン精神にいくら反抗しても無駄むだであった。ラテン精神は彼のうちに沁しみ込み始めていた。芸術に影響してくるものは、ただ芸術のみではない、思想のみではない。すべて周囲のもの――人や事物、身振りや動作、線や光である。パリーの雰囲気ふんいきはきわめて強烈である。それは最も反発的な魂をも鋳直す。そしてことにゲルマン魂は、反抗することができにくい。ゲルマン魂は国民的倨傲きょごうのうちにくるまっていながら、ヨーロッパのあらゆる魂のうちで、最も国民性を失いやすいものである。クリストフの魂はすでに、ラテン芸術から、如上のことがなかったら決してもち得ないような、一つの簡明さを、心の明朗さを、またある程度まで造形的美をさえも、知らず知らずのうちに取り始めていた。彼のダヴィデはその証拠であった。
彼はダヴィデとサウルの邂逅かいこうを取り扱いたかった。そして人物二人の交響曲の一齣こまに立案した。
花咲いた灌木かんぼくの曠野こうやの中の、寂しい丘の上に、牧童が寝そべって、日向ひなたで夢想にふけっていた。清朗な光、虫の羽音、草葉のやさしい戦そよぎ、通りゆく羊ひつじの群れの銀の鈴音、大地の力、それらのものが、自分の聖きよき運命をまだ知らないこの少年の夢想を揺っていた。彼はうっとりしながら、自分の声と笛の音とを、なごやかな静寂のうちに融とかし込んでいた。その歌にはいかにも静穏明快な喜びがこもっていて、聞く人に喜びや悲しみを考えさせることなく、ただかくのとおりであってこれ以外ではあり得ないというように、思わせるのであった。……にわかに、大きな影が境野の上に広がってきた。空気がひっそりとなった。生命は大地の血管中に潜み込んだかと思われた。ただ静かに笛の歌のみがつづいていた。サウルが幻影に駆られながら通りかかった。心乱れたこの王は、虚無にさいなまれて、嵐あらしに吹きゆがめられつつ燃えさかる炎のように、いらだっていた。自分の周囲と身内とにある空虚にたいして、懇願しののしり挑いどみかかっていた。そして彼が息つきて曠野の上に倒れかけた時、なおつづけられてる牧童の歌の平和な微笑ほほえみが、静寂のうちにまた現われてきた。サウルは騒ぎたつ胸の動悸どうきを押えながら、寝そべってる少年のそばへ無言で近づいていった。なお無言のまま少年を見守みまもった。その傍かたわらにすわって、この牧童の頭に熱い手をのせた。ダヴィデは心臆おくしもせず、振り向いて王をながめた。そしてサウルの膝ひざに頭をのせて、また歌をつづけた。夕闇ゆうやみが落ちてきた。ダヴィデは歌いながら眠ってしまい、サウルは泣いていた。そして星の輝く夜のうちに、甦生そせいした自然の賛歌と回癒かいゆした魂の感謝の歌とが、新たに起こってきた。
クリストフはその場面を書きながら、自分自身の喜びにばかりとらわれていた。彼は実演の方法などは考えもしなかった。ことに、芝居の舞台にのぼされることがあろうとは思い浮かべもしなかった。音楽会で採用してくれる時には演奏してもらうつもりだった。
ある晩彼は、その作品のことをアシル・ルーサンに話した。そして願われるまま、ピアノでひいて大略を知らせようとした。するとルーサンはその作に感激して、ぜひともパリーの舞台にのぼせるべきものだと言い出し、自分が万事尽力すると誓った。クリストフの思いもかけないことだった。数日後に、ルーサンがそれを本気にしてるところを見ると、彼はさらにびっくりした。それから、シルヴァン・コーンやグージャールやリュシアン・レヴィー・クールまでが、それに興味をもってることを知ると、彼は驚きのあまり呆気あっけに取られた。この連中の私的な恨みは芸術にたいする愛にうち負けたのだと、彼は認めざるを得なかった。彼のまったく意外とするところだった。その上演を最も急がないのはクリストフ自身だった。作品は少しも芝居のために作られたものではなかった。舞台にのぼせるのは無意味なことだった。しかしルーサンは非常に固執し、シルヴァン・コーンは盛んに説きすすめ、グージャールはいかにも信じきってるふうだったので、クリストフもついに我がを折った。彼は卑怯ひきょうだった。それほど自分の音楽を聞きたがっていたのである。
万事はルーサンの手で容易に運んだ。劇場理事らも芸術家らも競って彼の意をむかえた。ちょうどある新聞が、慈善事業のために盛んな昼興行マチネーを催しかけていた。その中でダヴィデが上演されることになった。りっぱな管弦楽団が集められた。歌手たちの方については、ダヴィデの役に理想的な者を見出したとルーサンは言っていた。
試演が始まった。管弦楽団はフランス流に多少訓練が欠けてはいたが、最初の一回をかなりよくやってのけた。サウルの歌手は、やや疲れたしかしりっぱな声をもっていた。そして自分の職務をよく心得ていた。ダヴィデの歌手の方は、背の高い太った格好のよい美人であったが、その声は感傷的で下品であって、插楽劇メロドラマ的な顫音トレモロと奏楽珈琲店的な風情ふぜいとで重々しく広がっていった。クリストフは顔をしかめた。最初の小節を幾つか歌った時から早くも、彼女にはその役が勤まらないことが明らかにわかった。管弦楽の第一休止の時に、彼は座主に会いに行った。座主はこの音楽会の物質的方面いっさいの責任を帯びていて、シルヴァン・コーンとともに試演に臨んでいた。彼はクリストフがやって来るのを見て、顔を輝かせながら言った。
「どうです、御満足ですか。」
「ええ、」とクリストフは言った、「うまくゆくだろうと思います。がただ一ついけないことがあるんです。それはあの女歌手です。代えなけりゃいけますまい。穏やかに言ってください。あなたは……馴なれておいででしょうから。他の歌手を一人見つけてくださるくらいはたやすいことでしょう。」
座主は呆気あっけにとられた様子をした。クリストフが真面目まじめに言ってるかどうかをうかがうかのように、彼の顔をながめた。そして言った。
「だが、そんなことはできませんよ。」
「なぜできないんです?」とクリストフは尋ねた。
座主はシルヴァン・コーンとずるい目配せをし合って、そして言った。
「しかし、あの女はなかなかいい腕前ですよ。」
「ちっとも腕前はありません。」とクリストフは言った。
「え! あんないい声なのに!」
「ちっともよかありません。」
「それにまた美人ですがね。」
「そんなことはどうでもいいんです。」
「でも害にはならないよ。」とシルヴァン・コーンは笑いながら言った。
「僕はダヴィデを、歌い方を知ってるダヴィデを、求めてるんだ。美しいヘレナを求めてるんじゃない。」とクリストフは言った。
座主は当惑して鼻をなでていた。
「困りますね、実際困りますね……。」と彼は言った。「あの女はりっぱな芸術家ですがね……確かですよ。今日は多分全力を尽くさなかったのでしょう。もっとためしてごらんなさい。」
「そうしてみましょう。」とクリストフは言った。「しかし時間を無駄むだに使うだけのことでしょう。」
彼はまた試演にかかった。こんどはさらにいけなかった。終わりまで我慢するのが容易ではなかった。彼はいらいらしてきた。女歌手にたいする彼の注意の言葉は、最初は冷淡だがしかしていねいだったのが、そっけない辛辣しんらつなものになっていった。彼女は彼を満足させんがために明らかに骨折っていたし、彼の機嫌きげんを取るためしきりに流し目を使っていたが、彼は少しも容赦しなかった。そして事がめんどうになりかけた時に、座主は用心深くも試演を中止さした。クリストフの小言こごとを受けて不機嫌になってる歌手をなだめるため、彼は急いでそのそばに行って、重苦しい冗談を盛んに言いかけた。その取りなしを見ていたクリストフは、我慢しかねた様子を押し隠しもしないで、無理に座主をこちらへ来さして、そして言った。
「議論の余地はありません。私はあの婦人がきらいです。実に不愉快です。しかし選んだのは私ではありません。いいように都合をつけていただきたいものです。」
座主は困った様子で下を向いて、気がなさそうな調子で言った。
「私にはどうにもできません。ルーサン氏へ話してください。」
「なんでルーサン氏に関係があるんです?」とクリストフは尋ねた。「私はこんなことで氏にめんどうをかけたくありません。」
「なにめんどうな訳があるものか。」とシルヴァン・コーンは皮肉らしく言った。
そして彼は、ちょうどはいって来たルーサンの方を指ゆびさした。
クリストフはその前に行った。ルーサンはすこぶる上機嫌きげんで大声をたてた。
「どうしました、もう済んだのですか。僕も少し聞きたかったですね。ところで、君の御意見はどうです。満足ですか。」
「万事好都合です。」とクリストフは言った。「お礼の申しようもありません……。」
「いや、どうしまして。」
「ただ一つうまくゆかないことがあるんです。」
「言ってごらんなさい。なんとか都合しましょう。君が満足しさえすればいいんですから。」
「というのは、あの女歌手のことです。ここだけの語ですが、あれはとうてい駄目だめです。」
ルーサンの晴れやかな顔はにわかに冷え切った。彼は厳格な様子で言った。
「それは意外ですね。」
「あの女はまったくなんの価値もありません。」とクリストフは言いつづけた。「声も、趣味も、技倆ぎりょうも、露ほどの才能もありません。先刻お聞きにならなくて仕合わせでした……。」
ルーサンはますますしかつめらしい様子になり、クリストフの言葉をさえぎって、きっぱりと言ってのけた。
「僕はサント・イグレーヌ嬢の真価を知っています。大なる手腕をもってる芸術家です。僕は非常に感嘆しています。パリーの趣味ある人々は皆、僕と同様に考えています。」
そして彼はクリストフに背中を向けた。見ると、彼はその女優に腕を貸していっしょに出て行った。クリストフは茫然ぼうぜんとたたずんでいた。すると、先刻から大喜びをしてその光景を見ていたシルヴァン・コーンが、彼の腕をとらえ、いっしょに劇場の階段を降りてゆく時に、笑いながら言った。
「だが君は、あの女が彼の情婦だということを知らないのか。」
クリストフはそれで事情がわかった。してみると、作品が上場されたのは、彼女のためにであって、彼のためにではなかったのだ。ルーサンの意気込み、その出費、取り巻き連中の熱心、などの理由が彼にわかった。彼はシルヴァン・コーンの言葉に耳を傾けて、サント・イグレーヌに関する話を聞いた。彼女は演芸館の歌手であって、通俗な小芝居に出て成功した後、そういう連中の多くの例に漏れず、もっと自分の才能にふさわしい舞台で歌いたいという野心を起こした。そしてルーサンを頼りとして、オペラ座かオペラ・コミック座かへはいりたがっていた。もとよりそれを望んでいたルーサンは、ダヴィデ上演の機会をとらえて、ほとんどなんらの劇的所作をも要求せず、しかも形体の優美さを十分に発揮させてくれる役を、その新進女優にやらして、彼女の抒情じょじょう的天分を、パリーの公衆に安全に見せてやるつもりだった。
クリストフはその話を終わりまで傾聴した。それから、シルヴァン・コーンの腕を離して笑い出した。彼は長い間笑った。笑い絶えてから言った。
「僕は君らがきらいだ。フランス人は皆きらいなんだ。君らにとっては、芸術はなんでもないんだろう。いつでも婦人ばかりが問題だ。一人の舞妓まいこのために、一人の歌妓かぎのために、某氏の情婦のために、あるいは某夫人の贔屓ひいきの女のために、歌劇オペラを上演するのだ。君らは淫猥いんわいなことをしか頭においていないんだ。だが僕はそのために君らを憎みはしない。君らはそういう人間だ。よかったらそのままでいるがいい。そして泥水どろみずの中に餌えさを捜し回りたまえ。しかし僕は別れよう。僕たちはいっしょに暮らせるようにはできていないんだ。さようなら。」
彼はコーンと別れた。そして家に帰ると、作品を撤回する由をルーサンへ書き贈った。もちろん撤回の理由も隠さなかった。
それが、ルーサンおよびその一派との絶縁だった。その結果はただちに現われてきた。諸新聞は上演計画についてある風説を流布るふしていたし、作曲家と実演者との葛藤かっとうの話は噂うわさの種とならざるを得なかった。ある音楽会の司会者は好奇心を起こして、日曜日の昼興行マチネーにその作を採用した。その幸運もクリストフにとっては一つの災難であった。作品は演奏された――そして失敗した。女歌手の味方は皆、無礼な音楽家を懲らしめてやろうと牒しめし合わせていた。残余の聴衆は交響詩に退屈しきって、玄人くろうと筋の決議に雷同した。そのうえ運の悪いことには、クリストフは自分の技能を見せるため、ピアノと管弦楽とのための幻想曲ファンタジヤを一つ、その音楽会で聞かせることを不用意にも承諾した。聴衆の不穏な気分は演奏者らをいたわりたい心から、ダヴィデ実演の間はある程度まで押えられていたが、作者自身と面を合わせる段になると――その演奏もまた大して正確ではなかったが――自由に発露された。クリストフは聴衆席の喧騒けんそうに気を腐らし、楽曲の途中で突然中止した。そして、にわかに静まり返った聴衆を不快な様子でながめながら、マルブルーの出征をひいた――そして傲然ごうぜんと言った。
「諸君にはこれが適当です!」
そこで彼は立ち上がって出て行った。
大した騒ぎだった。人々は彼が聴衆を侮辱したと叫び、客席に来て謝罪すべきだと叫んだ。諸新聞は翌日、パリーのよき趣味によって罰せられた野卑なドイツ人を、いっしょになって筆誅ひっちゅうした。
その次には、ふたたびひっそりと静まり返ってしまった。クリストフはまたもや、敵意を含んだ他国の大都市の中で孤立した。今までになくひどい孤立だった。しかし彼はもはや気にしなかった。これが自分の運命である、生涯しょうがいこのとおりだろう、と彼は信じ始めていた。
彼は知らなかった、偉大な魂は決して孤独でないことを、時の運によって友をもたないことがあるとしても、ついにはいつも友を作り出すものであることを、それは自分のうちに満ちてる愛を周囲に放射することを、また、自分は永久に孤立だと信じてる現在においても、彼は世の最も幸福な人々よりさらに多くの愛を他から受けていたことを。

ストゥヴァン家には十三、四歳の少女がいて、クリストフはこれにも、コレットと同時に稽古けいこを授けていた。彼女はコレットの従妹いとこで、グラチア・ブオンテンピという名前だった。金色の顔色をした少女で、頬骨ほおぼねの肉が軽く薔薇ばら色を帯び、頬がふっくらとして、田舎いなか娘のような健康をもち、やや反そり返った小さな鼻、いつも半ば開いてる切れのいい大きな口、まっ白な円い頤あご、やさしく微笑ほほえんでる静安な眼、長い細やかな房々ふさふさした髪に縁取られてる円まるい額ひたい、そしてその髪は、縮れもせずにただ軽いゆるやかな波動をなして、顔にたれていた。静かな美しい眼つきをした、顔の大きな、アンドレア・デル・サルトの幼い聖母に似ていた。
彼女はイタリーの者だった。両親はほとんど一年じゅう北部イタリーの田舎いなかの、大きな所有地に住んでいた。野原や牧場や小さな運河などがあった。屋上の平屋根からは、金色の葡萄ぶどう畑の波が足下に見おろせた。黒いとがった糸杉いとすぎの姿がところどころにそびえていた。その向こうには畑がうちつづいていた。閑寂だった。地を耘うなってる牛の鳴声や、犁すきを取ってる百姓の甲かん高い声が聞こえていた。
「シッ!……ダア、ダア、ダアー!……」
蝉せみが木の間で鳴いていた。蛙かえるが水のほとりに鳴いていた。そして夜には、銀の波をなした月光の下に、無限の静寂があった。遠くで、柴しば小屋の中にうとうとしてる収穫の番人らが、眼覚めざめてることを盗人に知らせんがため、時々小銃を打っていた。半ば眠りながら聞く人々にとっては、その音も、夜の時間を遠くで刻んでる、平和な時計の音と異ならなかった。そして静寂はまた、襞ひだの広い柔らかなマントのように、人の魂を包んでいった。
小さなグラチアの周囲では、人生が眠ってるかのようだった。人々はあまり彼女に干渉しなかった。彼女は美しい静穏のうちに浸って、静かに生長していった。いらだちも気忙きぜわしさもなかった。彼女は怠惰で、ぶらついたり寝坊したりするのが好きだった。幾時間も庭の中に寝そべっていた。夏の小川の上の蝿はえのように、静寂の上に漂っていた。そして時とすると、理由もなく突然走り出すことがあった。頭と上半身とを軽く右に傾けながら、しなやかに暢々のびのびとして、小さな動物のように駆けた。飛びはねる面白さのために石ころの間を登ったり滑すべったりする、まったくの子山羊やぎであった。また彼女は、犬や蛙や草や木や、家畜場の百姓や動物などを相手に、話をした。周囲の小さな生物が非常に好きだった。大きなものも好きだった。しかし大きなものにたいしては、さほど夢中にはならなかった。彼女はごくまれにしか客に接しなかった。この土地は町から遠くて、かけ離れていた。日焼けのした顔に眼を輝かし、頭をもたげ胸をつき出して、ゆったりした歩き方をする、真面目まじめくさった百姓や田舎いなか娘が、埃ほこりの多い街道の上を、引きずり加減の足取りで、ごくまれに通っていった。グラチアはただ一人で、ひっそりした庭の中で幾日も過ごした。だれにも会わなかった。決して退屈もしなかった。何にも恐こわくはなかった。
ある時一人の浮浪人が、人のいない農場へ鶏を盗みにはいった。すると、小声で歌いながら草の上に寝そべって、長いパンをかじってる少女に出っくわして、びっくりして立ち止まった。彼女は平気で男をながめて、なんの用かと尋ねた。男は言った。
「何かもらいに来たのだ。くれなけりゃひどいことをするぞ。」
彼女は自分のパンを差し出した。そして微笑を浮かべた眼で言った。
「ひどいことをするものではありませんよ。」
すると男は立ち去っていった。
彼女の母は死んだ。父はいたってやさしく、気が弱かった。彼はりっぱな血統の老イタリー人で、強健で快活で愛想がよかったが、しかし多少子どもらしいところがあって、娘の教育を指導することがとうていできなかった。その老ブオンテンピの妹に当たるストゥヴァン夫人は、葬式のためにやって来て、娘の一人ぽっちな境遇にびっくりし、喪の悲しみを晴らしてやるために、彼女をしばらくパリーへ連れて行こうとした。グラチアは泣いた。年とった父も泣いた。しかしストゥヴァン夫人が一度思い定めた以上は、もうあきらめるよりほかに仕方がなかった。彼女に逆らうことはとうていできなかった。彼女は一家じゅうでのしっかり者だった。パリーの家においてさえ、すべてを支配していた、夫をも娘をも、また情人らをも――というのは、彼女は義務と快楽とを同時にやってのけていた。実際的でしかも熱情的だった――そのうえ、きわめて社交的で活動的だった。
パリーに連れて来られると、もの静かなグラチアは、美しい従姉いとこのコレットが大好きになった。コレットは彼女を面白がった。人々はこのやさしい小さな芽生めばえを、社交裡りに引き入れたり芝居に連れていったりした。彼女はもう子どもではないのに、皆から子どもとして取り扱われ、自分でもやはり子どものように思っていた。心の中の感情を押し隠していたし、その感情を恐がっていた。それはある物もしくはある人にたいする愛情の跳躍だった。彼女はひそかにコレットを慕っていた。コレットのリボンを盗みハンケチを盗んだ。その面前で一言も口がきけないこともしばしばだった。コレットを待っていたり、これからコレットに会えるのだとわかっていたりする時には、待ち遠しさとうれしさとで震えていた。芝居で、胸を露あらわにした美しい従姉いとこが、同じ桟敷さじきの中にはいって来て、衆目をひくのを見る時には、彼女は愛情のあふれたやさしいつつましい微笑ほほえみを浮かべた。そしてコレットから言葉をかけられると、気がぼーっとなった。白い長衣をまとい、ふうわりと解いた美しい黒髪を褐色かっしょくの肩にたらし、長い手袋の先を口にかみ、手もちぶさたのあまりにはその切れ目へ指先をつっ込みながら、芝居の間じゅうたえず彼女は、コレットの方へふり向いては、親しい眼つきを求めたり、自分が感じてる楽しみを分かとうとしたり、または褐色かっしょくの澄んだ眼で言いたがった。
「私あなたを愛しててよ。」
パリー近郊の森の中を散歩する時には、彼女はコレットの影の中を歩み、その足もとにすわり、その前へ駆け出し、邪魔になるような枝を折り取り、泥濘ぬかるみの中に石を置いたりした。ある夕方庭の中で、コレットは寒けを覚えて、彼女にその肩掛をかしてくれと頼むと、彼女は、自分の愛してる人が自分の物を少し身につけてくれ、次にその身体の香かおりがこもったままを返してもらえるといううれしさのあまり、思わず喜びの声をたてた――(あとでそれを恥ずかしく思いはしたが)。
彼女に楽しい胸騒ぎを起こさせるものとしては、なおその他に、ひそかに読んでる詩集――(彼女はまだ子どもの書物だけしか許されていなかったので)――のあるページがあった。それからさらに、ある種の音楽があった。皆からは音楽がわかるものかと言われていたし、自分でも何にもわからないと思い込んでいたが、しかしそれでも、感動のあまり顔色を変え汗ばんでいた。そういう時彼女のうちに何が起こってるかは、だれも知らなかった。
その他の点においては、彼女はいつもおとなしい小娘で、うっかりしていて、怠惰で、かなり食い辛棒しんぼうで、なんでもないことに顔を赤らめ、あるいは幾時間も黙り込み、あるいは快活にしゃべりたて、すぐに笑ったり泣いたりし、しかも突然のすすり泣きや子どもらしい笑い方をするのだった。彼女は笑うのが好きで、つまらないことを面白がった。決して大人おとなぶるところがなかった。まだ子どものままだった。ことに彼女は善良で、人に心配をかけることを苦にし、また少しでも人から小言こごとを言われるのを苦にした。ごく謙遜けんそんで、いつでも引っ込みがちで、美しいとかりっぱだとか思えるようなものは、なんでも愛したがり感嘆したがっていて、他人のうちに実際以上の美点をみて取りがちであった。
彼女の教育はたいへん遅れていたので、人々はそれに気を配った。かくて彼女は、クリストフについてピアノの稽古けいこを受けた。
彼女は叔母おばの家の夜会で初めてクリストフに会った。たくさんの人が集まっていた。クリストフは聴衆に応じて機宜の処置を取ることができなかったので、長々しいアダジオを一つ演奏した。皆は欠伸あくびをしだした。曲は終わるかと思うとまた始まっていた。いつになったら終わるか見当がつかなかった。ストゥヴァン夫人はじりじりしていた。コレットはこのうえもなく面白がっていた。事情の滑稽こっけいさを残らず味わっていた。かくまでクリストフが無頓着むとんじゃくなのを不快に思うわけにはゆかなかった。彼が一つの力であることを彼女は感じて、かえって同情の念が起こった。しかしまた滑稽でもあった。そして彼を弁護してやることをよく差し控えた。ただ小さなグラチア一人が、涙を浮かべるほどその音楽に感動していた。彼女は客間の片隅かたすみに隠れていた。しまいには、自分の感動を人に見られたくないので、またクリストフが嘲笑ちょうしょうされるのを見るのがつらくて、逃げ出してしまった。
数日後に、晩食の時、ストゥヴァン夫人は彼女の前で、クリストフからピアノの稽古を受けさせることを話した。グラチアははっとして、スープ皿ざらの中に匙さじを取り落し、自分と従姉いとことにスープをはねかけた。コレットは、行儀よく食卓につく教えをまず受けるべきだと言った。ストウヴァン夫人は、その方面のことはクリストフには頼めないと言い添えた。グラチアは、クリストフといっしょにしてしかられたのがうれしかった。
クリストフは稽古けいこを始めた。彼女はいやに堅くとりすまして、両腕が身体に糊のり付けになり、身動きすることもできなかった。クリストフが彼女の小さな手の上に自分の手を置き添えて、指の位置を直しそれを鍵キーの上に広げてやる時、彼女は気が遠くなるような心地がした。彼女は彼の前でひき損じはすまいかとびくびくしていた。しかし、病気になるほどつとめても、従姉いとこにじれったがった叫び声をたてさせるほどつとめても、クリストフがそばにいる間はいつもひき損じてばかりいた。息もろくにできないし、指は木片のように堅くなったり、綿のように力なくなったりした。音符にまごついたり、アクセントを逆にしたりした。クリストフは彼女をしかり飛ばして、むっとして立ち去った。すると彼女は死にたいほどつらかった。
彼は彼女になんらの注意をも払っていなかった。彼はただコレットにばかり心を向けていた。グラチアは従姉とクリストフとの親交をうらやんだ。しかし、それがたとい苦しいことだったとはいえ、彼女の善良な小さな心は、コレットとクリストフとのためにそれを祝していた。彼女は自分よりコレットの方がずっとすぐれてると考えていたので、コレットがすべての好意を一人で占めるのは当然だと思っていた。――彼女が従姉と対抗する自分の心を感ずるのは、従姉とクリストフといずれかを選ばなければならない時にばかりであった。彼女は小さな女らしい直覚によって、コレットの嬌態きょうたいとレヴィー・クールが彼女に寄せてる執拗しつような追従ついしょうとをクリストフが苦しんでるのを、よく見て取った。彼女は本能的にレヴィー・クールを好んでいなかったが、クリストフが彼をきらってると知るや否や、同じく彼をきらった。コレットがどうして彼をクリストフの競争者にさして喜んでるかを、彼女は理解できなかった。彼女はひそかにコレットをきびしく批判し始めた。そしてコレットの小さな虚偽を多少発見して、にわかに態度を変えた。コレットはそれに気づいた。しかし原因は察することができなかった。彼女はそれを小娘の移り気のせいだとしたかった。しかしただ確実なことは、自分がグラチアにたいして権力を失ったということだった。つまらない一事がそれを証明した。ある夕方、二人で庭を散歩していると、ちょっと村雨が降りだしたので、コレットは追従ついしょう的な愛情を示して、グラチアを自分のマントの中に入れてやろうとした。数週間前だったら、なつかしい従姉いとこの胸に寄りすがるのは、グラチアにとってえも言えぬうれしさであるはずだったが、その時グラチアは、冷やかに遠のいた。それからまた、グラチアがひいてる楽曲を面白くないものだと思う由を、コレットが言ってきかしても、グラチアはやはりそれをひきつづけて、それを好んでいた。
彼女はもはや、クリストフにしか注意を向けてはいなかった。彼女は愛情から来る洞察力どうさつりょくをもっていて、彼が苦しんでる事柄を推測していた。そしてそれを不安な子どもらしい注意のためにたいへん誇張していた。クリストフがコレットにたいして気むずかしい友情をしかもっていない時にでも、クリストフは恋してるのだと彼女は信じた。彼は不幸であると彼女は考えた。そして彼女は彼のために不幸であった。この憐あわれな少女は、その心尽くしの報いをほとんど受けなかった。コレットがクリストフを腹だたせると、彼女はその償いをしなければならなかった。彼は不機嫌ふきげんになって、演奏の誤りを短気に指摘しながら、小さな弟子でしに向かって意趣晴らしをするのであった。ある朝、コレットは彼をいつもよりひどく怒おこらせた。すると彼はいかにも乱暴な様子でピアノについたので、グラチアはそのわずかな技倆ぎりょうをも失ってしまった。彼女はひき渋った。彼はその音符の間違いを怒って責めたてた。すると彼女はすっかりまごついた。彼は腹をたて、彼女の手を揺ぶり、こんなではいつまでたっても正しくひけはしないと叫び、料理か裁縫か勝手なものをやるのはいいが、しかしもう断じて音楽をやらないがいいと叫んだ。間違った音符を聞かして人を苦しめるには及ばない。そう言って彼は、稽古けいこの中途で放り出して帰っていった。憐あわれなグラチアは涙の限り泣いた。それは、右のような屈辱的な言葉にたいする悲しさからというよりも、いくら望んでもクリストフを喜ばせることができない悲しさからであり、自分の愚かさによって愛する人の苦しみをさらに増させる悲しさからであった。
クリストフがストゥヴァン家へ来るのをやめた時、彼女はさらにひどく悩んだ。故郷へ帰ってしまいたかった。この少女は、夢想においてまで健全であって、田園的な清朗な素質を失わないでいたので、神経衰弱のいらいらしたパリー婦人の間に交ってこの都会に住んでると、妙に居心地が悪かった。あえて口には出さなかったが、周囲の人々をかなり正確に判断してしまった。しかし彼女はその父と同様に、温良さや謙譲さや自信の不足などによって、臆病おくびょうで気が弱かった。主権的な叔母おばと圧制を事とする従姉いとことから、支配されるままになっていた。年老いた父へやさしい長い手紙を几帳面きちょうめんに書き送ってはいたが、あえてこうは書き得なかった。
「どうぞ私を連れ帰ってくださいませ!」
そして老いた父も、連れ帰ることを望んではいたがあえてなし得なかった。なぜなら、ストゥヴァン夫人は彼のおずおずした申し出にたいして、グラチアは当地にいてたいへんいいとか、彼といっしょにいない方がはるかにいいとか、彼女の教育のためにまだ滞在していなければいけないなどと、すでに答え返してしまっていたから。
しかし、この南国の小さな魂には流離があまりに悲しくなり、光の方へ飛び帰らざるを得ない時が、ついに到来した。――それはクリストフの音楽会後であった。彼女はそこへストゥヴァン家の人たちとともに行っていた。そして、芸術家を侮辱して面白がってる群衆の嫌悪けんおすべき光景を見ることは、彼女にとっては非常に切ないことであった。……芸術家、それはグラチアの眼には、芸術それ自身の面影たる人であり、人生におけるすべて崇高なるものを具現してる人であった。彼女は泣き出したくなり、逃げ出したくなった。それでもぜひなく、喧騒けんそうや口笛や非難の声を終わりまで聞かされ、また叔母おばの家に帰ると、種々の悪口を聞かされ、リュシアン・レヴィー・クールと憐あわれみの言葉をかわしてるコレットの、はれやかな笑い声を聞かされた。自分の室の中に、寝床の中に、彼女は逃げ込んで、一夜のなかばすすり泣いた。彼女は心でクリストフに話しかけ、彼を慰め、自分の命をも彼にささげたがり、彼を幸福ならしむるようなことが何もできないのを悲嘆した。それ以来彼女はパリーにとどまってることができなくなった。彼女は連れ帰ってくれるようにと父へ懇願した。彼女は書いた。
「私はもうここで暮らすことはできません、もうできませんわ。このうえ長く放っておかれると、私はきっと死んでしまいます。」

第5巻 広場の市 第2部(2)へ続く

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-Jean-Christophe