Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第5巻 広場の市 La Foire sur la Place 第1部 

 

Le désordre dans l'ordre. Des employés de chemin de fer débraillés et familiers. Des voyageurs qui protestaient contre le règlement, tout en s'y soumettant.—Christophe était en France.

Après avoir satisfait aux curiosités de la douane, il reprit le train pour Paris. La nuit couvrait les champs, trempés de pluie. Les lumières brutales des gares faisaient ressortir plus durement la tristesse de l'interminable plaine ensevelie dans l'ombre. Les trains que l'on croisait, de plus en plus nombreux, déchiraient l'air de leurs sifflets, qui secouaient la torpeur des voyageurs assoupis. On approchait de Paris.

Une heure avant l'arrivée, Christophe était prêt à descendre: il avait enfoncé son chapeau sur sa tête; il s'était boutonné jusqu'au cou, par crainte des voleurs, dont on lui avait dit que Paris était plein; il s'était levé et rassis vingt fois; il avait vingt fois déplacé sa valise, du filet à la banquette, et de la banquette au filet, pour l'agacement de ses voisins, qu'avec sa maladresse il heurtait, à chaque fois.

Au moment d'entrer en gare, le train s'arrêta en pleine nuit. Christophe s'écrasait la figure contre les vitres, et tâchait vainement de voir. Il se retournait vers ses compagnons de voyage, quêtant un regard qui lui permît d'engager la conversation, de demander où l'on était. Mais ils sommeillaient, ou ils faisaient semblant, l'air renfrognés et ennuyés; aucun ne faisait un mouvement pour s'expliquer l'arrêt. Christophe était surpris de cette inertie: ces êtres rogues et engourdis ressemblaient si peu aux Français qu'il imaginait! Il finit par s'asseoir, découragé, sur sa valise, culbutant à chaque cahot du train, et il s'assoupissait à son tour, quand il fut réveillé par le bruit des portières qu'on ouvrait... Paris!... Ses voisins descendaient.

Bousculant et bousculé, il se dirigea vers la sortie, repoussant les facteurs qui s'offraient à porter son bagage. Soupçonneux comme un paysan, il pensait que chacun voulait le voler. Il avait chargé sur son épaule sa précieuse valise, et il allait son chemin, sans se soucier des apostrophes des gens, au milieu desquels il se frayait un passage. Enfin il se trouva sur le pavé gluant de Paris.

Il était trop préoccupé de sa charge, du gîte qu'il allait choisir, et de l'embarras de voitures où il se trouvait pris, pour penser à rien regarder. La première chose était de se mettre en quête d'une chambre. Ce n'étaient pas les hôtels qui manquaient: ils bloquaient la gare, de tous côtés; leurs noms flamboyaient en lettres de gaz. Christophe chercha le moins brillant: aucun ne lui semblait assez humble pour sa bourse. Enfin, dans une rue latérale, il vit une sale auberge, avec une gargote au rez-de-chaussée. Elle s'intitulait Hôtel de la Civilisation. Un gros homme, en bras de chemise, fumait la pipe, à une table; il accourut, en voyant entrer Christophe. Il ne comprit rien à son jargon; mais il jugea du premier coup d'œil l'Allemand gauche et enfantin, qui refusait de laisser prendre son paquet et s'évertuait à lui faire un discours, en une langue invraisemblable. Il le conduisit par un escalier mal odorant à une pièce sans air, qui donnait sur une cour intérieure. Il ne manqua pas de vanter la tranquillité d'un lieu, où ne parvenait aucun des bruits du dehors; et il lui en demanda un bon prix. Christophe, comprenant mal, ignorant les conditions de la vie à Paris, l'épaule cassée par sa charge, accepta tout: il avait hâte d'être seul. Mais à peine fut-il seul que la saleté des choses le saisit; et pour ne pas s'abandonner à la tristesse qui montait en lui, il se hâta de ressortir, après s'être trempé la tête dans l'eau poussiéreuse, qui était grasse au toucher. Il s'efforçait de ne pas voir et de ne pas sentir, pour échapper au dégoût.

Il descendit dans la rue. Le brouillard d'octobre était épais et piquant; il avait cette odeur fade de Paris, où se mêlent les exhalaisons des usines de la banlieue et la lourde haleine de la ville. On ne voyait point à dix pas. La lueur des becs de gaz tremblait comme une bougie qui va s'éteindre. Dans les demi-ténèbres, une cohue de gens roulait en flots contraires. Les voitures se croisaient, se heurtaient, obstruant le passage, refoulant la circulation comme une digue. Les chevaux glissaient sur la boue glacée. Les injures des cochers, les trompes et les cloches des tramways faisaient un vacarme assourdissant. Ce bruit, ce grouillement, cette odeur saisirent Christophe. Il s'arrêta un instant, fut aussitôt poussé par ceux qui marchaient derrière lui, emporté par le courant. Il descendit le boulevard de Strasbourg, ne voyant rien, se jetant gauchement contre les passants. Il n'avait pas mangé depuis le matin. Les cafés qu'il rencontrait à chaque pas l'intimidaient et le dégoûtaient, à cause de la foule qui y était entassée. Il s'adressa à un sergent de ville. Mais il était si lent à trouver ses mots que l'autre ne se donna même pas la peine de l'écouter jusqu'au bout, et lui tourna le dos, au milieu de la phrase, en haussant les épaules. Il continua machinalement à marcher. Des gens étaient arrêtés devant une boutique. Il s'arrêta machinalement comme eux. C'était un magasin de photographies et de cartes postales: elles représentaient des filles en chemise, ou sans chemise; des journaux illustrés étalaient des plaisanteries obscènes. Des enfants, de jeunes femmes regardaient tranquillement. Une fille maigre aux cheveux rouges, voyant Christophe absorbé dans sa contemplation, lui fit des offres. Il la regarda sans comprendre. Elle lui prit le bras, avec un sourire stupide. Il secoua son étreinte, et s'éloigna, rougissant de colère. Les cafés-concerts se succédaient; à la porte, des affiches de cabotins grotesques paradaient. La foule était toujours plus dense; Christophe était frappé du nombre de figures vicieuses, de louches rôdeurs, de gueux avilis, de filles plâtrées aux odeurs écœurantes. Il se sentait glacé. La fatigue, la faiblesse, et l'horrible dégoût qui l'étreignait de plus en plus lui donnaient le vertige. Il serra les dents et marcha plus vite. Le brouillard augmentait, à mesure qu'on approchait de la Seine. La cohue des voitures devint inextricable. Un cheval glissa et tomba sur le flanc; le cocher le roua de coups pour le faire relever; la malheureuse bête, étranglée par ses sangles, s'agitait et retombait lamentablement, immobile, comme morte. Ce spectacle banal fut pour Christophe la goutte d'eau qui fait déborder l'âme. Les convulsions de cet être misérable sous les regards indifférents lui firent sentir avec une telle angoisse son propre néant parmi ces milliers d'êtres,—la répulsion que depuis une heure il s'efforçait d'étouffer pour ce bétail humain, pour cette atmosphère souillée, pour ce monde moral ennemi, fit irruption avec une telle violence qu'il suffoqua. Il eut une crise de sanglots. Les passants regardaient, étonnés, ce grand garçon au visage convulsé de douleur. Il marchait, les larmes ruisselant le long de ses joues, sans chercher à les essuyer. On s'arrêtait pour le suivre des yeux, un instant; et, s'il eût été capable de lire dans l'âme de cette foule qui lui semblait hostile, peut-être aurait-il pu voir chez quelques-uns,—mêlée sans doute à un peu d'ironie parisienne—une compassion fraternelle. Mais il ne voyait plus rien: ses pleurs l'aveuglaient.

Il se trouva sur une place, près d'une grande fontaine. Il y baigna ses mains, il y plongea sa figure. Un petit marchand de journaux le regardait faire curieusement, avec des réflexions gouailleuses, mais sans méchanceté; et il lui ramassa son chapeau, que Christophe avait laissé tomber. Le froid glacial de l'eau ranima Christophe. Il se ressaisit. Il revint sur ses pas, évitant de regarder; il ne pensait même plus à manger: il lui eût été impossible de parler à qui que ce fût; un rien eût suffi pour rouvrir la source des larmes. Il était épuisé. Il se trompa de chemin, erra au hasard, se retrouva devant sa maison, au moment où il se croyait définitivement perdu:—il avait oublié jusqu'au nom de la rue où il habitait.

Il rentra dans son infâme logis. À jeun, les yeux brûlants, le cœur et le corps courbaturés, il s'affaissa sur une chaise, dans un coin de sa chambre; il y resta deux heures, incapable de bouger. Enfin il s'arracha à cette apathie, et il se coucha. Il tomba dans une torpeur fiévreuse, d'où il s'éveillait à chaque minute, avec l'illusion d'avoir dormi des heures. La chambre était étouffante; il brûlait des pieds à la tête; il avait une soif horrible; il était en proie à des cauchemars stupides, qui continuaient de s'accrocher à lui, même quand il avait les yeux ouverts; des angoisses aiguës le pénétraient comme des coups de couteau. Au milieu de la nuit, il s'éveilla, pris d'un désespoir si atroce qu'il en aurait hurlé; il s'enfonça les draps dans la bouche, pour qu'on ne l'entendît pas: il se sentait devenir fou. Il s'assit sur son lit, et il alluma. Il était trempé de sueur. Il se leva, il ouvrit sa valise, pour y chercher un mouchoir. Il mit la main sur une vieille Bible, que sa mère avait cachée au milieu de son linge. Christophe n'avait jamais beaucoup lu ce livre; mais ce lui fut un bien inexprimable de le trouver, en cet instant. Cette Bible avait appartenu au grand-père, et au père du grand-père. Les chefs de la famille y avaient inscrit, sur une feuille blanche à la fin, leurs noms et les dates importantes de leur vie: naissances, mariages, morts. Le grand-père avait marqué au crayon, de sa grosse écriture, les dates des jours où il avait lu et relu chaque chapitre; le livre était rempli de bouts de papier jauni, où le vieux avait noté ses naïves réflexions. Cette Bible était placée sur une planche, au-dessus de son lit; il la prenait pendant ses longues insomnies, conversant avec elle, plutôt qu'il ne la lisait. Elle lui avait tenu compagnie jusqu'à l'heure de la mort, comme elle avait tenu déjà compagnie à son père. Un siècle des deuils et des joies de la famille se dégageait de ce livre. Christophe se sentit moins seul, avec lui.

Il l'ouvrit aux plus sombres passages:

La vie de l'homme sur la terre est une guerre continuelle, et ses jours sont comme les jours d'un mercenaire...

Si je me couche, je dis: Quand me lèverai-je? Et, étant levé, j'attends le soir avec impatience, et je suis rempli de douleur jusqu'à la nuit...

Quand je dis: Mon lit me consolera, le repos assoupira ma plainte, alors tu m'épouvantes par des songes, et tu me troubles par des visions...

Jusqu'à quand ne m'épargneras-tu point? Ne me donneras-tu point quelque relâche, pour que je puisse respirer? Ai-je péché? Que t'ai-je fait, ô gardien des hommes?...

Tout revient au même: Dieu afflige le juste aussi bien que le méchant...

Qu'Il me tue! Je ne laisserai pas d'espérer en Lui...

Les cœurs vulgaires ne peuvent comprendre le bienfait, pour un malheureux, de cette tristesse sans bornes. Toute grandeur est bonne, et le comble de la douleur atteint à la délivrance. Ce qui abat, ce qui accable, ce qui détruit irrémédiablement l'âme, c'est la médiocrité de la douleur et de la joie, la souffrance égoïste et mesquine, sans force pour se détacher du plaisir perdu, et prête secrètement à tous les avilissements pour un plaisir nouveau. Christophe était ranimé par l'âpre souffle qui montait du vieux livre: le vent du Sinaï, des vastes solitudes et de la mer puissante, balayait les miasmes. La fièvre de Christophe tomba. Il se recoucha, plus calme, et il dormit d'un trait jusqu'au lendemain. Quand il rouvrit les yeux, le jour était venu. Il vit plus nettement encore l'ignominie de sa chambre; il sentit sa misère et son isolement; mais il les regarda en face. Le découragement était parti; il ne lui restait plus qu'une virile mélancolie. Il redit la parole de Job:

Quand Dieu me tuerait, je ne laisserais pas d'espérer en Lui...

Il se leva, et commença le combat, avec tranquillité.

Il décida, le matin même, de faire les premières démarches. Il connaissait deux seules personnes à Paris, deux jeunes gens de son pays: son ancien ami, Otto Diener, qui était associé à un oncle, marchand de draps, dans le quartier du Mail; et un petit juif de Mayence, Sylvain Kohn, qui devait être employé dans une grande maison de librairie, dont il n'avait pas l'adresse.

Il avait été très intime avec Diener, vers quatorze ou quinze ans[3]. Il avait eu pour lui une de ces amitiés d'enfance, qui devancent l'amour, et qui sont déjà de l'amour. Diener aussi l'avait aimé. Ce gros garçon timide et compassé avait été séduit par la fougueuse indépendance de Christophe; il s'était évertué à l'imiter, d'une façon ridicule: ce qui irritait Christophe et le flattait. Alors ils faisaient des projets qui bouleversaient le monde. Puis Diener avait voyagé, pour son éducation commerciale, et ils ne s'étaient plus revus; mais Christophe avait de ses nouvelles par les gens du pays, avec qui Diener était resté en relations régulières.

Quant à Sylvain Kohn, ses rapports avec Christophe avaient eu un autre caractère. Ils s'étaient connus, tout gamins, à l'école, où le petit singe avait joué des tours à Christophe, qui l'étrillait en échange, quand il voyait le piège où il était tombé. Kohn ne se défendait pas; il se laissait rouler, et frotter la figure dans la poussière, en pleurnichant; mais il recommençait aussitôt après, avec une malice inlassable,—jusqu'au jour où il prit peur, Christophe l'ayant menacé sérieusement de le tuer.

Christophe sortit de bonne heure. Il s'arrêta en route, pour déjeuner à un café. Il s'obligeait, malgré son amour-propre, à ne perdre aucune occasion de parler en français. Puisqu'il devait vivre à Paris, peut-être des années, il lui fallait s'adapter le plus vite possible aux conditions de la vie, et vaincre ses répugnances. Il s'imposa donc de ne pas prendre garde, bien qu'il en souffrît cruellement, à l'air goguenard du garçon, qui écoutait son charabia; et sans se décourager, il bâtissait pesamment des phrases informes, qu'il répétait avec ténacité, jusqu'à ce qu'il fût compris.

Il se mit à la recherche de Diener. Suivant son habitude, quand il avait une idée en tête, il ne voyait rien autour de lui. Paris lui faisait, dans cette première promenade, l'impression d'une ville vieille et mal tenue. Christophe était habitué à ses villes du nouvel Empire allemand, à la fois très vieilles et très jeunes, où l'on sent monter l'orgueil d'une force nouvelle: et il était désagréablement surpris par les rues éventrées, les chaussées boueuses, la bousculade des gens, le désordre des voitures,—des véhicules de toute sorte, de toute forme: de vénérables omnibus à chevaux, des tramways à vapeur, à électricité, et de tous les systèmes,—des baraques sur les trottoirs, des manèges de chevaux de bois (ou plutôt de monstres, de gargouilles), sur les places encombrées de statues en redingote: je ne sais quelle pouillasserie de ville du moyen âge, initiée aux bienfaits du suffrage universel, mais qui ne peut se défaire de son vieux fond truand. Le brouillard de la veille s'était changé en une petite pluie pénétrante. Dans beaucoup de boutiques, le gaz était allumé, bien qu'il fût plus de dix heures.

Christophe arriva, non sans avoir erré dans le dédale de rues qui avoisinent la place des Victoires, au magasin qu'il cherchait, rue de la Banque. En entrant, il crut voir, au fond de la boutique longue et obscure, Diener occupé à ranger des ballots, au milieu d'employés. Mais il était un peu myope et se défiait de ses yeux, bien que leur intuition le trompât rarement. Il y eut un remue-ménage parmi les gens du fond, quand Christophe eut dit son nom au commis qui le recevait; et, après un conciliabule, un jeune homme se détacha du groupe, et dit en allemand:

—Monsieur Diener est sorti.

—Sorti? Pour longtemps?

—Je crois. Il vient de sortir.

Christophe réfléchit un instant; puis il dit:

—Très bien. J'attendrai.

L'employé, surpris, se hâta d'ajouter:

—C'est qu'il ne rentrera peut-être pas avant deux ou trois heures.

—Oh! cela ne fait rien, répondit Christophe avec placidité. Je n'ai rien à faire à Paris. Je puis attendre, tout le jour, s'il le faut.

 

秩序のうちの混乱。だらしのないぞんざいな鉄道駅員。規則に服従しながら規則に抗言する乗客。――クリストフはフランスにはいった。

税関吏の好奇心を満足さした後、彼はパリー行きの列車に乗った。夜の闇やみは雨に濡ぬれた野を覆おおうていた。駅々の荒い燈火は、闇に埋もれてる涯はてしない平野の寂しさを、さらに侘わびしくてらし出していた。行き違う列車はますます数多くなって、その汽笛で空気をつんざき、うとうとしてる乗客の眠りを覚さまさした。もうパリーに近づいていた。

到着する一時間も前から、クリストフは降りる用意をしていた。帽子を眼深まぶかに被かぶった。パリーにはたくさんいると聞いていた盗人を気づかって、首のところまで服のボタンをかけた。幾度も立ったりすわったりした。網棚あみだなと腰掛とに幾度もかばんを置き代えた。そのたびごとにいつもの無器用さから、隣席の客にぶつかってはその機嫌きげんを損じていた。

停車場へはいりかけたとたんに、汽車は突然闇の中に止まった。クリストフは窓ガラスに顔を押しつけて、外を見ようとしたが何も見えなかった。彼は同乗客の方をふり向いて、話をしかけてもよさそうな、今どこだかということを尋ねてもよさそうな、眼つきを一つ捜し求めた。しかし彼らは不機嫌な退屈そうな様子で、うとうとしているか、あるいはそういうふうを装よそおっていた。停車の理由を知ろうと身動きする者もいなかった。クリストフはその不活発さに驚いた。それらの倣岸ごうがん冷静な人々は、彼が想像していたフランス人とは非常に違っていた。彼は汽車の揺れるたびによろめきながら、ついにがっかりしてかばんの上に腰をおろした。そしてこんどは自分がうとうとしていると、車室の扉とびらが開く音に眼を覚ました……。パリーだ!……。隣席の人々は降りかけていた。

彼は人込みに押したり押されたりしながら、また、荷物をもとうと進み出る赤帽をしりぞけながら、出口の方へ進んでいった。田舎いなか者のように疑い深くなっていて、自分の品を盗もうとしてる者ばかりのように考えられた。たいせつなかばんを肩にかついで、小言こごとをくっても平気で人込みを押し分けながら、ずんずん歩いていった。そしてついに、パリーのねばねばした舗石路の上に出た。

彼は自分の荷物のことや、これから選定する住居のことや、馬車の混雑の中に巻き込まれたことなどに、あまり気を取られていたから、何も見ようとは考えなかった。まず第一の仕事は、室を捜すことだった。旅館は不足していなかった。停車場の四方に立ち並んで、その名前がガス文字になって輝いていた。クリストフはなるべく光の薄いのを捜した。しかしどれも、彼の財布に適するほど下等ではなさそうだった。ついに彼はある横丁で、一階が飲食店になってる汚きたない宿屋を見つけた。文明館という名だった。チョッキだけのでっぷりした男が、一つのテーブルでパイプを吹かしていた。クリストフがはいって来るのを見ると、その男は駆け寄ってきた。彼はクリストフの下手へたな言葉が少しもわからなかった。しかし一目見て、頓馬とんまな世慣れないドイツ人だと判断した。クリストフは彼に荷物を渡すのを拒んで、まるでなっていない言葉で意味を伝えようとしていた。彼はクリストフを案内して、臭い階段を通り、中庭に面してる風通しの悪い室へ通した。外の響きが達しない静かな室であることを自慢して、高い宿料を要求した。クリストフは、向こうの言うことがよくわからなかったし、パリーの生活状態を知らなかったし、肩は荷物で砕けそうになっていたので、すべてを承諾した。早く一人になりたかった。しかし一人になるや否や、物品の汚なさにびっくりした。そして、心に湧わき上がってくる悲しみにふけらないため、にちゃにちゃする埃ほこりだらけの水に頭をひたしてから、急いで外に出かけた。嫌いやな気持からのがれるために、何にも見も感じもすまいとつとめた。

彼は街路へ降りた。十月の霧は濃く冷やかだった。霧の中には、郊外の諸工場の悪臭と都会の重々しい息とが混和してる、パリーの嫌な匂においがこもっていた。十歩先はもう見えなかった。ガス燈の光は、消えかかった蝋燭ろうそくの火のように震えていた。薄暗い中を群集が、ごたごたこみ合って動いていた。馬車が行き違いぶつかり合って、堤防のように通路をふさぎ交通をせき止めていた。馬は凍った泥どろの上を滑すべっていた。御者のののしる声、らっぱの響き、電車の鉦かねの音が、耳を聾ろうするばかりの喧騒けんそうをなしていた。その音響、その動乱、その臭気に、クリストフはつかみ取られた。彼はちょっと立ち止まったが、すぐに、あとから来る人々に押され、流れに運ばれていった。ストラスブール大通りを下りながら、何にも眼にはいらず、へまに通行人へぶつかってばかりいた。彼は朝から物を食べていなかった。一歩ごとに珈琲店カフェーへ出会ったが、中に立て込んでる群集を見ては、気後きおくれがし嫌な心地になった。彼は巡査に尋ねかけた。しかし言葉を考え出すのにぐずぐずしていたので、巡査は終わりまで聞いてもくれずに、話の中途で肩をそびやかしながら向こうを向いた。クリストフは機械的に歩きつづけた。ある店先に人だかりがしていた。彼も機械的に同じく立ち止まった。それは写真や絵葉書の店だった。シャツ一枚のやまたはシャツもつけない女どもの姿が出ていた。絵入新聞には猥褻わいせつな冗談が並んでいた。子どもや若い婦人らが平気でそれをながめていた。赤毛の痩やせた娘が、クリストフが見入っているのを見て、いろいろ申し込んできた。彼は意味がわからなくて彼女をながめた。彼女は愚かな微笑を見せて彼の腕を取った。彼は真赤まっかに憤って、彼女を振り離して遠ざかった。酒亭しゅていがつづいていた。その入口には、奇怪な道化どうけの広告が並んでいた。群集はますます立て込んできた。不徳そうな顔つき、いかがわしい漫歩者、卑しい賤民せんみん、白粉おしろいをぬりたてた嫌いやな匂いの女、などがあまり多いのにクリストフは驚いた。彼はぞっとした。疲労や無気力や恐ろしい嫌悪けんおに、ますますしめつけられて、眩暈めまいがしてきた。彼は歯をくいしばって足を早めた。セーヌ河に近づくに従って、霧はさらに濃くなってきた。馬車は抜け出せないほど輻輳ふくそうしてきた。一頭の馬が滑って横に倒れた。御者はそれを立たせようとやたらに鞭むち打った。不幸な動物は、革紐かわひもにしめつけられて振るいたったが、痛ましくもまた下に倒れて、死んだようにじっと横たわった。このありふれた光景もクリストフにとっては、もうたまらなくなる最後の打撃だった。無関心な衆目環視の中におけるこの惨みじめな動物の痙攣けいれんは、それら無数の人々の間にある自分自身のむなしさを、非常な苦しさで彼に感じさせたので、――また、家畜の群れのごときその群集にたいして、その汚れたる雰囲気ふんいきにたいして、その悪にくむべき精神状態にたいして、彼が一時間以来押えようとつとめていた嫌悪の情が、非常な激しさで破裂してきたので、彼は息がつけなくなった。彼は歔欷きょきの発作に襲われた。通行人らは、悲しみに顔をひきつらしてるこの大きな青年を、驚いてながめていった。彼は涙が頬ほおに流れても、拭ぬぐおうともせずに歩きつづけた。人々はちょっと立ち止まって彼を見送った。彼がもし、敵意あるように思われるその群集の魂の中を、読み取ることができるのであったら、一つの親しい同情の念を――パリー人特有の皮肉が多少交ってはいたろうけれど――ある人々のうちにおそらく見出し得たであろう。しかし彼はもう何にも見ていなかった。涙のために眼がくらんでいた。
彼はある広場の大きな泉のそばに出た。彼はその中に手をつけ顔を浸した。一人の新聞売りの小僧が嘲弄ちょうろう的ではあるが悪意はない気持で、彼の仕業しわざを不思議そうにながめていた。そしてクリストフが落としてる帽子を拾ってくれた。水の凍るような冷たさに、クリストフはまた元気を得た。彼の気分は直った。彼は何にも見ないようにして足を返した。もう食べることも考えてはいなかった。だれにも話しかけることができないほどだった。ちょっとしたことにもまた涙が流れそうだった。彼は疲れはてていた。道を間違えて、やたらに歩き回り、ほんとに迷ってしまったと思ってるとたんに、宿屋の前へ出た。――彼は宿屋の町名まで忘れてしまっていた。

彼は自分の汚ない住居へもどった。一日食事をしなかったので、眼は燃えるようになり、心も身体も弱りきっていて、室の隅すみの椅子いすにがっくりと腰をおろした。二時間もそのままで身動きができなかった。ついに自失の状態からむりに身をもぎ離して、床についた。熱っぽい無感覚のうちに落ちて、幾時間も眠ったような気がしながらたえず眼を覚ました。室は息苦しかった。彼は足先から頭まで焼けるようだった。恐ろしく喉のどが渇かわいていた。馬鹿ばかげた悪夢にとらえられて、眼を開いてる時でもそれにつきまとわれた。鋭い悩みがナイフで刺されるように身にしみた。真夜中に眼を覚まし、残忍な絶望の念に襲われて、喚わめきたてようとした。その声を人に聞かれないようにと、夜具を口にいっぱい押し込んだ。狂人になるかと思われた。彼は寝床にすわって燈火をつけた。ぐっしょり汗をかいていた。彼は立ち上がって、かばんを開き、ハンカチを捜した。手は古い聖書バイブルにさわった。母がシャツの間に隠しておいてくれたものである。クリストフはこの書物をあまり読んだことがなかった。しかしただいまそれを見出して、なんとも言えない嬉うれしさを感じた。この聖書は祖父のものであり、また曾祖父そうそふのものでもあった。家長たちがそれぞれ、最後の一枚の白紙へ、自分の名前と、生涯しょうがいの重要な日付、誕生や結婚や死亡などを、書き込んでいた。祖父は鉛筆の大きな字体で、各章を読んだり読み返したりした日付を、書き入れていた。黄ばんだ紙片がいっぱい插はさんであって、それには老人の質朴しつぼくな感想がしるされていた。この聖書は祖父の寝台の上の方に、棚たなに乗せられていた。祖父は長く眠れない時しばしばそれを取って、読むというよりはむしろ話し合っていた。それは曾祖父の友でもあったが、また同じく、祖父の終生の伴侶はんりょでもあった。一家の悲喜哀楽の一世紀が、それから立ちのぼっていた。クリストフは今この書物といっしょにいると、いくらか孤独の感が薄らいだ。

彼は最も痛ましいところを開いた。

 それ人の世に在るは、絶えざる戦闘たたかいに在るがごとくならずや。またその日々は、傭人やといびとの日々のごとくならずや。……
我臥ふせばすなわち言う、何時いつ我起きいでんかと。起きぬれば夕を待ちかねつ。夜まで苦しき思いに満てり。……
わが牀とこは我を慰め、休息やすらいはわが愁うれいを和らげんと、我思いおる時に、汝は夢をもて我を驚かし、異象まぼろしをもて我を懼おそれしめたまう。……
何時いつまで汝我を容ゆるしたまわざるや。息をする間だに与えたまわざるや。我罪を犯したるか。我汝に何をなしたるか、おお人を護まもらせたまう者よ。……
すべては同じきに帰す。神は善と悪とを共に苦しめたまう。……
よしや我彼が御手に殺さるるとも、我はなお、彼に希のぞみをかけざるを得ざるなり。……

かかる無限の悲しみが不幸な者にたいしてなす恵みを、卑俗な心の人々は理解することができない。すべて偉大なるものは善良である。悲しみもその極度に達すれば、救済に到達する。人の魂を挫くじき悩まし根柢から破壊するものは、凡庸ぼんようなる悲しみや喜びである。失われた快楽に別れを告げる力もなく、あらゆる卑劣な行ないをして新たな快楽を求めんとひそかにたくらむ、利己的な浅薄な苦しみである。クリストフは古い書物から立ちのぼる苛辣からつな息吹いぶきに、元気づけられた。シナイの風が、寂寞せきばくたる曠野こうやと力強い海との風が、瘴癘しょうれいの気を吹き払った。クリストフの熱はとれた。彼はずっと安らかにふたたび床について、翌日まで一息に眠った。眼を覚ました時には、もう昼になっていた。室の醜さがさらにはっきり眼についた。自分の惨めさと孤独さとが感ぜられた。しかし彼はそれらをまともにながめやった。落胆は消えていた。もう男らしい憂鬱ゆううつが残ってるのみだった。彼はヨブの言葉をくり返した。

 よしや我神の御手に殺さるるとも、我はなお、神に希のぞみをかけざるを得ざるなり。……

彼は立ち上がった。そして泰然と戦闘を開始した。

彼はすぐその朝から、奔走ほんそうを始めようと決心した。パリーにはただ二人の知人があるばかりだった。二人とも同国の青年だった。一人は旧友のオットー・ディーネルで、マイー町でラシャ商をしてる叔父おじの下に働いていた。一人はシルヴァン・コーンというマインツの若いユダヤ人で、ある大書店に雇われてるはずだった。しかし書店の所在地は不明だった。

彼は十四、五歳のころ、ディーネルとたいへん親しかった(第二巻朝参照)。恋愛に先立つものでしかも恋愛をすでに含んでいる幼き友情を、彼はディーネルにたいしていだいていた。ディーネルもまた彼を愛していた。この内気で几帳面きちょうめんな大子供は、クリストフの狂暴な独立不羈ふきの精神に魅せられてしまって、滑稽こっけいなやり方でそれをまねようとつとめていた。クリストフはそれにいらだちもし得意でもあった。そのころ彼らは、驚天動地の計画をたてていた。その後ディーネルは、商業教育を受けるために旅行をした。それきり二人は再会もしなかった。しかしクリストフは、ディーネルが几帳面に交際をつづけてる土地の人々から、彼の消息を時々聞き知っていた。

シルヴァン・コーンとクリストフとの間は、まったく違った関係だった。二人は悪戯いたずら盛りのころから、小学校で知り合った。子猿こざるみたいなコーンはクリストフに悪戯をしかけた。クリストフはその穽おとしあなにかかったのを知ると、ひどい返報をしてやった。コーンは抵抗しなかった。ころがされるままになって、顔を塵ちりの中にこすりつけながら泣きまねをした。しかし彼はそのあとでまたすぐに、飽きもせずに意地悪をやりだすのだった――ある日、殺してしまうぞとクリストフから本気におどかされて、恐ろしくなってしまうまで。
さてクリストフは、早くに旅館から出かけた。途中で珈琲店カフェーに立ち寄って朝食をした。彼はその自尊心にもかかわらず、フランス語を話す機会を少しも失うまいと心がけた。おそらく幾年もパリーで生活しなければなるまいから、できるだけ早くその生活状態に順応して、嫌悪けんおの情を克服しなければならなかったのである。それで彼は、彼のめちゃな言葉を聞いて給仕ボーイが嘲笑ちょうしょう的な様子をしたのを、ひどく気に病みながらも、強しいて平気でいようとつとめた。そして元気を失わないで、なっていない文句を重々しく組み立てて、向こうにわかるまで執拗しつようにくり返した。
彼はディーネルを捜し始めた。例によって彼は、頭に一つの考えがあると、周囲のことは何一つ眼に止まらなかった。初めて歩き回ってみると、パリーは古い乱雑な町であるという印象をしか得なかった。彼は元来、一つの新しい力の驕慢きょうまんが漂っているのが感ぜられる、ごく古いとともにごく若いドイツ新帝国の町々に慣れていた。そして今パリーから、不快な驚きを得た。横っ腹に穴のあいてる街路、泥どろだらけの通路、押し合ってる人混ひとごみ、入り乱れてる車――あらゆる形の乗り物があって、古い乗合馬車、蒸汽車、電車、その他各種の機関の車――歩道の上の露店、フロックコートをつけた人がいっぱい立ち並んでる広場には、いろんな木馬館(木馬というよりもむしろ、怪物であり化物であった)。普通選挙の恩恵に浴しながらも、古い賤民せんみん的な素質を脱しきらないでいる、中世都市の遺物かと思われた。前日からの霧は、じめじめした細雨に変わっていた、もう十時過ぎなのに、多くの店にはまだガス燈がついていた。

クリストフはヴィクトアール広場に接している街路の網目に迷い込んだ後、ようやくバンク街の店を尋ねあてた。中にはいりながら彼は、長い薄暗い店の奥に、多くの店員に交って大梱おおこりを並べてるディーネルの姿を、見かけたように思った。しかし少し近眼だったので、めったに誤ることのない直覚力をそなえてはいたが、視力には自信がなかった。迎え出た店員に名前を告げると、奥の人々の間にちょっとざわめきが起こった。何かひそかに相談し合った後、一人の若い男がその群れから出て来て、ドイツ語で言った。

「ディーネルさんはお出かけになっています。」

「出かけましたって? なかなか帰りませんか。」

「ええ、たぶん。出かけられたばかりですから。」

クリストフはちょっと考えた。それから言った。

「構いません。待ちましょう。」

店員はびっくりして、急いでつけ加えた。

「二、三時間たたなければお帰りになりますまい。」

「なに、それくらいなんでもありません。」とクリストフは平然と答えた。「私はパリーでなんの用もありません。場合によっては一日待っていても平気です。」

Le jeune homme le regarda avec stupéfaction, croyant qu'il plaisantait. Mais Christophe ne songeait déjà plus à lui. Il s'était assis tranquillement dans un coin, le dos tourné à la rue; et il semblait prêt à y camper.

Le commis retourna au fond du magasin, et chuchota avec ses collègues; ils cherchaient, avec une consternation comique, un moyen de se débarrasser de l'importun.

Après quelques minutes d'incertitude, la porte du bureau s'ouvrit. Monsieur Diener parut. Il avait une large figure rouge, balafrée sur la joue et le menton d'une cicatrice violette, la moustache blonde, les cheveux aplatis, avec une raie sur le côté, un lorgnon d'or, des boutons d'or à son plastron de chemise, et des bagues à ses gros doigts. Il tenait son chapeau et son parapluie. Il vint à Christophe, d'un air dégagé. Christophe, qui rêvassait sur sa chaise, eut un sursaut d'étonnement. Il saisit les mains de Diener, et s'exclama, avec une cordialité bruyante, qui fit rire sous cape les employés et rougir Diener. Le majestueux personnage avait ses raisons pour ne pas vouloir reprendre avec Christophe ses relations d'autrefois; et il s'était promis de le tenir à distance, dès le premier abord, par ses manières imposantes. Mais à peine retrouvait-il le regard de Christophe, qu'il se sentait de nouveau un petit garçon en sa présence; il en était furieux et honteux. Il bredouilla précipitamment:

—Dans mon cabinet... Nous serons mieux pour causer.

Christophe reconnut sa prudence habituelle.

Mais, dans le cabinet, dont la porte fut soigneusement refermée, Diener ne s'empressait pas de lui offrir une chaise. Il restait debout, expliquant, avec une lourde maladresse:

—Bien content... J'allais sortir... On croyait que j'étais sorti... Mais il faut que je sorte... Je n'ai qu'une minute... Un rendez-vous urgent...

Christophe comprit que l'employé lui avait menti tout à l'heure, et que le mensonge était convenu avec Diener, pour le mettre à la porte. Le sang lui monta à la tête; mais il se contint, et dit sèchement:

—Rien ne presse.

Diener en eut un haut-le-corps. Il était révolté d'un tel sans-gêne.

—Comment! rien ne presse! dit-il. Une affaire...

Christophe le regarda en face:

—Non.

Le gros garçon baissa les yeux. Il haïssait Christophe, de se sentir si lâche devant lui. Il balbutia avec dépit. Christophe l'interrompit:

—Voici, dit-il. Tu sais...

(Ce tutoiement blessait Diener, qui s'était vainement efforcé, dès les premiers mots, d'établir entre Christophe et lui la barrière du: vous.)

—... Tu sais pourquoi je suis ici?

—Oui, je sais, dit Diener.

(Il avait été informé par ses correspondants de l'algarade de Christophe, et des poursuites dirigées contre lui.)

—Alors, reprit Christophe, tu sais que je ne suis pas ici pour mon plaisir. J'ai dû fuir. Je n'ai rien. Il faut que je vive.

Diener attendait la demande. Il la reçut, avec un mélange de satisfaction—(car elle lui permettait de reprendre sa supériorité sur Christophe)—et de gêne—(car il n'osait pas lui faire sentir cette supériorité, comme il l'eût voulu.)

—Ah! fit-il avec importance, c'est bien fâcheux, bien fâcheux. La vie est difficile ici. Tout est cher. Nous avons des frais énormes. Et tous ces employés...

Christophe l'interrompit avec mépris:

—Je ne te demande pas d'argent.

Diener fut décontenancé. Christophe continua:

—Tes affaires vont bien? Tu as une belle clientèle?

—Oui, oui, pas mal, Dieu merci... dit prudemment Diener. (Il se méfiait.)

Christophe lui lança un regard furieux, et reprit:

—Tu connais beaucoup de monde dans la colonie allemande?

—Oui.

—Eh bien, parle de moi. Ils doivent être musiciens. Ils ont des enfants. Je donnerai des leçons.

Diener prit un air embarrassé.

—Qu'est-ce encore? fit Christophe. Est-ce que tu doutes par hasard que j'en sache assez pour un pareil métier?

Il demandait un service, comme si c'était lui qui le rendait. Diener, qui n'eût jamais rien fait pour Christophe que pour avoir le plaisir de le sentir son obligé, était bien résolu à ne pas remuer un doigt pour lui.

—Tu en sais mille fois plus qu'il n'en faut... Seulement...

—Eh bien?

—Eh bien, c'est difficile, très difficile, vois-tu, à cause de ta situation.

—Ma situation?

—Oui... Enfin, cette affaire, ce procès... Si cela venait à se savoir... C'est difficile pour moi. Cela peut me faire beaucoup de tort.

Il s'arrêta, voyant le visage de Christophe se décomposer de colère; et il se hâta d'ajouter:

—Ce n'est pas pour moi... Je n'ai pas peur... Ah! si j'étais seul!... C'est mon oncle... Tu sais, la maison est à lui, je ne peux rien sans lui...

De plus en plus effrayé par la figure de Christophe et par l'explosion qui se préparait, il dit précipitamment—(il n'était pas mauvais an fond; l'avarice et la vanité luttaient en lui: il eût voulu obliger Christophe, mais à bon compte):

—Veux-tu cinquante francs?

Christophe devint cramoisi. Il marcha vers Diener, d'une telle façon que celui-ci recula en toute hâte jusqu'à la porte, qu'il ouvrit, prêt à appeler. Mais Christophe se contenta d'approcher de lui sa tête congestionnée:

—Cochon! dit-il, d'une voix retentissante.

Il le repoussa du chemin, et sortit, au milieu des employés. Sur le seuil, il cracha de dégoût.

Il marchait à grands pas dans la rue. Il était ivre de colère. La pluie le dégrisa. Où allait-il? Il ne savait. Il ne connaissait personne. Il s'arrêta, pour réfléchir, devant une librairie, et il regardait, sans voir, les livres à l'étalage. Sur une couverture, un nom d'éditeur le frappa. Il se demanda pourquoi. Il se rappela, après un instant, que c'était le nom de la maison où était employé Sylvain Kohn. Il prit note de l'adresse... Que lui importait? Il n'irait certainement pas... Pourquoi n'irait-il pas?... Si ce gueux de Diener, qui avait été son ami, le recevait ainsi, qu'avait-il à attendre d'un drôle qu'il avait traité sans ménagement et qui devait le haïr? D'inutiles humiliations? Son sang se révoltait.—Mais un fond de pessimisme natif, qui lui venait peut-être de son éducation chrétienne, le poussait à éprouver jusqu'au bout la vilenie des gens.

—Je n'ai pas le droit de faire des façons. Il faut avoir tout tenté, avant de crever.

Une voix ajoutait en lui:

—Et je ne crèverai pas.

Il s'assura de nouveau de l'adresse, et il alla chez Kohn. Il était décidé à lui casser la figure, à la première impertinence.

La maison d'édition se trouvait dans le quartier de la Madeleine. Christophe monta à un salon du premier étage, et demanda Sylvain Kohn. Un employé à livrée lui répondit «qu'il ne connaissait pas». Christophe, étonné, crut qu'il prononçait mal, et il répéta sa question; mais l'employé, après avoir écouté attentivement, affirma qu'il n'y avait personne de ce nom dans la maison. Tout décontenancé, Christophe s'excusait, et il allait sortir, quand au fond d'un corridor une porte s'ouvrit; et il vit Kohn lui-même, qui reconduisait une dame. Sous le coup de l'affront qu'il venait de subir de Diener, il était disposé à croire en ce moment que tout le monde se moquait de lui. Sa première pensée fut donc que Kohn l'avait vu venir, et qu'il avait donné l'ordre au garçon de dire qu'il n'était pas là. Une telle impudence le suffoqua. Il partait, indigné, lorsqu'il s'entendit appeler. Kohn, de ses yeux perçants, l'avait reconnu de loin; et il courait à lui, le sourire aux lèvres, les mains tendues, avec toutes les marques d'une joie exagérée.

Sylvain Kohn était petit, trapu, la face entièrement rasée, à l'américaine, le teint trop rouge, les cheveux trop noirs, une figure large et massive, aux traits gras, les yeux petits, plissés, fureteurs, la bouche un peu de travers, un sourire lourd et malin. Il était mis avec une élégance, qui cherchait à dissimuler les défectuosités de sa taille, ses épaules hautes et la largeur de ses hanches. C'était là l'unique chose qui chagrinât son amour-propre; il eût accepté de bon cœur quelques coups de pied au derrière pour avoir deux ou trois pouces de plus et la taille mieux prise. Pour le reste, il était fort satisfait de lui; il se croyait irrésistible. Le plus fort est qu'il l'était. Ce petit juif allemand, ce lourdaud, s'était fait le chroniqueur et l'arbitre des élégances parisiennes. Il écrivait de fades courriers mondains, d'un raffinement compliqué. Il était le champion du beau style français, de l'élégance française, de la galanterie française, de l'esprit français,—Régence, talon rouge, Lauzun. On se moquait de lui; mais cela ne l'empêchait point de réussir. Ceux qui disent que le ridicule tue à Paris ne connaissent point Paris: bien loin d'en mourir, il y a des gens qui en vivent; à Paris, le ridicule mène à tout, même à la gloire, même aux bonnes fortunes. Sylvain Kohn n'en était plus à compter les déclarations que lui valaient, chaque jour, ses marivaudages francfortois.

Il parlait, avec un accent lourd et une voix de tête.

—Ah! voilà une surprise! criait-il gaiement, en secouant la main de Christophe dans ses mains boudinées, aux doigts courts, qui semblaient tassés dans une peau trop étroite. Il ne pouvait se décider à lâcher Christophe. On eût dit qu'il retrouvait son meilleur ami. Christophe, interloqué, se demandait si Kohn se moquait de lui. Mais Kohn ne se moquait pas. Ou bien, s'il se moquait, ce n'était pas plus qu'à l'ordinaire. Kohn n'avait pas de rancune: il était trop intelligent pour cela. Il y avait beau temps qu'il avait oublié les mauvais traitements de Christophe; et, s'il s'en était souvenu, il ne s'en fût guère soucié. Il était ravi de cette occasion de se faire voir à un ancien camarade, dans l'importance de ses fonctions nouvelles et l'élégance de ses manières parisiennes. Il ne mentait pas, en disant sa surprise: la dernière chose du monde à laquelle il se fût attendu était bien une visite de Christophe; et s'il était trop avisé pour ne pas savoir d'avance qu'elle avait un but intéressé, il était des mieux disposés à l'accueillir, par ce seul fait qu'elle était un hommage rendu à son pouvoir.

—Et vous venez du pays? Comment va la maman? demandait-il, avec une familiarité qui, en un autre jour, eût choqué Christophe, mais qui lui faisait du bien, maintenant, dans cette ville étrangère.

—Mais comment se fait-il, demanda Christophe, encore un peu soupçonneux, qu'on m'ait répondu tout à l'heure que Monsieur Kohn n'était pas là?

—Monsieur Kohn n'est pas là, dit Sylvain Kohn, en riant. Je ne me nomme plus Kohn. Je m'appelle Hamilton.

Il s'interrompit.

—Pardon, fit-il.

Il alla serrer la main à une dame qui passait, et grimaça des sourires. Puis il revint. Il expliqua que c'était une femme de lettres, célèbre par des romans d'une volupté brûlante. La moderne Sapho avait une décoration violette à son corsage, des formes plantureuses, et des cheveux blond ardent sur une figure réjouie et plâtrée; elle disait des choses prétentieuses, d'une voix mâle, qui avait un accent franc-comtois.

Kohn se remit à questionner Christophe. Il s'informait de tous les gens du pays, demandait ce qu'était devenu celui-ci, celui-là, mettant une coquetterie à montrer qu'il se souvenait de tous. Christophe avait oublié son antipathie; il répondait, avec une cordialité reconnaissante, donnant une foule de détails, qui étaient absolument indifférents à Kohn, et qu'il interrompit de nouveau.

—Pardon, fit-il encore.

Et il alla saluer une autre visiteuse.

—Ah! ça, demanda Christophe, il n'y a donc que les femmes qui écrivent en France?

Kohn se mit à rire, et dit avec fatuité:

—La France est femme, mon cher. Si vous voulez arriver, faites-en votre profit.

Christophe n'écouta point l'explication, et continua les siennes. Kohn, pour y mettre fin, demanda:

—Mais comment diable êtes-vous ici?

Voilà! pensa Christophe. Il ne savait rien. C'est pourquoi il était si aimable. Tout va changer, quand il saura.

Il mit un point d'honneur à conter tout ce qui pouvait le compromettre: la rixe avec les soldats, les poursuites contre lui, sa fuite du pays.

Kohn se tordit de rire:

—Bravo! criait-il, bravo! Ah! la bonne histoire!

Il lui serra la main chaleureusement. Il était enchanté de tout pied de nez à l'autorité; et celui-ci l'amusait d'autant plus qu'il connaissait les héros de l'histoire: le côté comique lui en apparaissait.

—Écoutez, continua-t-il. Il est midi passé. Faites-moi le plaisir... Déjeunez avec moi.

Christophe accepta avec reconnaissance. Il pensait:

—C'est un brave homme, décidément. Je me suis trompé.

Ils sortirent ensemble. Chemin faisant, Christophe hasarda sa requête:

—Vous voyez maintenant quelle est ma situation. Je suis venu ici chercher du travail, des leçons de musique, en attendant que je me sois fait connaître. Pourriez-vous me recommander?

—Comment donc! fit Kohn. À qui vous voudrez. Je connais tout le monde ici. Tout à votre service.

 若い店員はそれを冗談だと思って茫然ぼうぜんと彼をながめた。しかしクリストフはもうその男のことなんか考えていなかった。往来の方に背を向けて悠々ゆうゆうと片隅かたすみにすわった。そこに腰を落ち着けてしまうつもりらしかった。

店員は店の奥にもどっていって、仲間の者らと耳打ちをした。彼らはおかしな狼狽ろうばいの様子で、この邪魔者を追い払う方法を講じた。

不安な数分が過ぎてから、店の中扉なかとびらが開いた。ディーネル氏が現われた。大きな赤ら顔で、頬ほおと頤あごとに紫色の傷痕きずあとがあり、赤い口髭ひげを生はやし、髪を平らになでつけて横の方で分け、金の鼻眼鏡めがねをかけ、シャツの胸には金ボタンをつけ、太い指に指輪をはめていた。帽子と雨傘あまがさとを手にしていた。彼は何気ない様子でクリストフの方へやっていった。クリストフは椅子いすの上にぼんやりしていたが、驚いて飛び上がった。彼はディーネルの両手を取り、大仰おおぎょうな親しさで叫びだした。店員らは忍び笑いをし、ディーネルは顔を赤らめた。この堂々たる人物が、クリストフと昔の関係をふたたびつづけたくないと思ったのには、種々の理由があった。彼は最初から威圧的な態度をしてクリストフを親しませないつもりだった。しかしクリストフの眼つきを見るや否や、その面前では自分がふたたび小さな少年になったような気がした。それが腹だたしくもあり恥ずかしくもあった。彼は急いで口早に言った。
「私の室に来ませんか。……その方がよく話しができていいでしょう。」

クリストフはそういう言葉のうちに、ディーネルの例の用心深さをまた見出した。

しかし、その室にはいって扉とびらを注意深く閉しめ切っても、ディーネルはなかなか彼に椅子いすをすすめようともしなかった。彼はつっ立ったまま、へまに重々しく弁解しだした。

「たいへん愉快です……私は出かけるところでした……皆はもう私が出かけたことと思って……だが出かけなければならないんです……ちょっとしか隙ひまがありません……さし迫った面会の約束があるので……。」

クリストフは、店員が先刻嘘うそをついたことを悟り、その嘘は自分を追い払うためにディーネルとも相談されたものであることを悟った。かっと血が頭に上った。しかし我慢をして冷やかに言った。

「何も急がなくたっていいよ。」

ディーネルは身体をぎくりとさした。そういう無遠慮が癪しゃくにさわったのだった。

「なに、急がなくってもいいって!」と彼は言った。「用があるのに……。」

クリストフは相手をまともにながめた。

「なあに。」

大きな青年は眼を伏せた。彼はクリストフにたいして自分がいかにも卑怯ひきょうだという気がしたので、クリストフを憎んだ。そして不機嫌ふきげんそうにつぶやきだした。クリストフはそれをさえぎった。

「こうなんだ、」と彼は言った、「君も知ってるだろう……。」

(この君というような言葉使いにディーネルは気を悪くしていた。彼は最初の一言から、クリストフとの間にあなたという垣根かきねをこしらえようと、いたずらに努力していた。)

「僕がこちらへやって来た訳を。」
「ええ、知っている。」とディーネルは言った。
(クリストフの逃亡とその追跡とを、彼は通信によって知っていた。)

「それでは、」とクリストフは言った、「僕が遊びに来たのでないことも知ってるだろう。僕は逃げなきゃならなかったんだ。ところが今無一物なんだ。生活しなくちゃならないんだ。」

ディーネルは要求を待っていた。そしてその要求を、満足と困却との交った気持で聞いた――(なぜなら、クリストフにたいする優越感を得られるので満足だったが、その優越感を思うまま相手に感じさせかねたので困却した。)

「ああ、それは困ったな、」と彼はもったいぶって言った、「実に困った。こちらでは生活が容易じゃない。万事高い。僕のところでも何かと入費が多い。そしてあの店員全部が……。」

クリストフは軽蔑けいべつの様子でそれをさえぎった。

「僕は君に金銭を求めやしないよ。」

ディーネルは狼狽ろうばいした。クリストフはつづけて言った。

「景気はどうだい? 得意があるかね。」

「ああ、ああ、悪くはない、おかげさまで……。」とディーネルは用心深く言った。(彼は半信半疑だった。)

クリストフは激しい眼つきを注いで、言い進んだ。

「君はドイツの移住者をたくさん知ってるかい?」

「ああ。」

「では、僕のことを吹聴ふいちょうしてくれたまえ。皆音楽は好きなはずだ。子供があるだろう。僕は稽古けいこをしてやるつもりだ。」

ディーネルは当惑の様子をした。

「何かあるのかい。」とクリストフは言った。「そんなことをするくらいには十分僕に音楽の心得があることを、君は疑ってでもいるのかい。」

彼はあたかも自分の方で世話してやるかのような調子で、世話を求めてるのだった。ディーネルは、向こうに恩を感じさせる喜びのためにしか何かをしてやりたくなかったので、もう彼のためには指一本も動かしてやるものかと思っていた。

「君はそれには十分すぎるほど音楽を心得てはいるが……ただ……。」

「なんだい?」

「それはむずかしいよ、たいへん困難だよ、ねえ、君の境遇では。」

「僕の境遇?」

「そうだ……つまりあの事件が、あの表沙汰ざたが……もしあれが知れ渡ると……僕にはどうも困難だ。いろいろ掛り合いを受けることになるかもしれない。」

彼はクリストフの顔が怒りにゆがんでくるのを見て言いやめた。そして急いで言い添えた。

「僕のことじゃない……僕は恐れはしない……。ああ、僕一人だけだったら!……叔父おじがいるのでね……君も知ってるとおり、この家は叔父のものなんだ。叔父に言わなけりゃ僕には何にもできない……。」

彼はクリストフの顔つきと今にも破裂しそうなその様子とにますます脅かされて、あわてて言いだした――(彼は根は悪い男ではなかった。吝嗇りんしょくと見栄とが彼のうちで争っていた。クリストフに恵んでやりたくはあったが、なるべく安価に済ましたかった。)

「五十フランばかりでどうだい。」
クリストフは真赤まっかになった。恐ろしい様子でディーネルの方へ歩み寄った。ディーネルは急いで扉とびらのところまでさがり、それを開いて、人を呼ぼうとした。しかしクリストフは、充血した顔を彼にさしつけただけで我慢した。

「豚め!」と彼は鳴り響く声で言った。

彼はディーネルを押しのけ、店員らの間を通って、外に出た。敷居のところで、嫌悪けんおの唾つばをかっと吐いた。

彼は街路を大跨おおまたに歩いていった。怒りに酔っていた。その酔いも雨に覚さまされた。どこへ行くのか? それを彼は知らなかった。知人は一人もなかった。考えようと思って、ある書店の前に立ち止まった。そして棚たなの書物を、見るともなくながめた。ある書物の表紙に、出版屋の名前を見てはっとした。なぜだかみずからいぶかった。やがて彼は、シルヴァン・コーンの雇われてる書店の名であることを思い出した。彼は所番地を書き取った。……しかしそれが何になろう? もとより尋ねてなんか行くものか……。なぜって?……友人だったあのディーネルの奴やつでさえ、ああいう待遇をしたところを見ると、昔さんざんいじめられて憎んでるに違いない此奴こいつから、何が期待されよう? 無駄むだに屈辱を受けるばかりではないか。彼の血潮は反発していた。――しかしながら、おそらくキリスト教教育から来たらしい、先天的悲観主義の気質のために、彼は人間の賤いやしさをどん底まで感じてみようとした。「俺おれは遠慮する必要はない。くたばるまではなんでもやってみなけりゃいけない。」
一つの声が彼のうちで言い添えた。
「そして、くたばるものか。」
彼はふたたび所番地を確かめた。そしてコーンのところへやって行った。少しでも横柄おうへいな態度に出たら、すぐにその顔を張りつけてやる決心だった。

書店はマドレーヌ町にあった。クリストフは二階の客間に上がって、シルヴァン・コーンを尋ねた。給仕が、「知らない」と答えた。クリストフはびっくりして発音が悪かったのだと思い、問いをくり返した。しかし給仕は、注意深く耳を傾けた後、家にそんな名前の者はいないと断言した。クリストフは面くらって、詫わびを言い、出かけようとした。その時廊下の奥の扉とびらが開あいた。見ると、コーンが一人の婦人を送り出していた。ちょうど彼はディーネルから侮蔑ぶべつを受けたばかりのところだったので、皆が自分を馬鹿にしているのだと思いがちだった。それで、コーンは自分が来るのを見て、いないと言えと給仕に言いつけたのだと、彼は真先まっさきに考えた。そんな浅はかなやり方に、堪えられなかった。そして憤然と帰りかけた。すると呼ばれてる声が耳にはいった。コーンは鋭い眼つきで、遠くから彼を認めたのだった。そして唇くちびるに笑いをたたえ、両手を広げ、大袈裟おおげさな喜びをありったけ示して、駆け寄ってきた。

シルヴァン・コーンは、背の低い太った男で、アメリカ風にすっかり髭ひげを剃そり、赤すぎる顔色、黒すぎる髪、広い厚ぼったい顔つき、脂あぶらぎった顔だち、皺しわ寄った穿鑿せんさく的な小さい眼、少しゆがんだ口、重々しい意地悪げな微笑をもっていた。華奢きゃしゃな服装をして、身体の欠点を、高い肩や大きい臀しりを、隠そうとつとめていた。そういう欠点こそ、彼の自尊心をなやます唯一のものだった。身長がもう二、三寸も伸びて身体つきがよくなることなら、後ろから足蹴あしげにされてもいとわなかったろう。その他の事においては、彼は自分自身にしごく満足していた。自分に敵かなう者はないと思っていた。実際すてきな男だった。ドイツ生まれの小さなユダヤ人でありながら、のろまな太っちょでありながら、パリーの優雅な風俗の記者となり絶対批判者となっていた。社交界のつまらない噂種うわさだねを、複雑な巧妙をきわめた筆致で書いていた。フランスの美文体、フランスの優美、フランスの嬌艶きょうえん、フランスの精神――摂政時代の風俗、赤踵あかかかとの靴くつ、ローザン式の人物――などの花形だった。彼は人から冷やかされていたが、それも成功の妨げにはならなかった。パリーでは滑稽こっけいは身の破滅だと言う人々は、少しもパリーを知らない輩やからである。身の破滅どころか、かえってそのために生き上がってる者がいる。パリーでは、滑稽によってすべてが得られる、光栄をも幸運をも得られる。シルヴァン・コーンは、そのフランクフルト式な虚飾のために毎日かれこれ言われても、もはやそんなことは平気だった。

彼は重々しい調子と頭のてっぺんから出る声とで口をきいていた。

「やあ、これは驚いた!」と彼は快活に叫びながら、あまり狭い皮膚の中につめこまれてるかと思われる指の短いぎこちない手で、クリストフの手を取って打ち振った。なかなかクリストフを放しそうになかった。最も親しい友人にめぐり会ったような調子だった。クリストフはあっけにとられて、コーンから揶揄からかわれてるのではないかと疑った。しかしコーンは揶揄ってるのではなかった。なおよく言えば、もし揶揄ってるのだとしてもそれはいつもの伝にすぎなかった。コーンは少しも恨みを含んではいなかった。恨みを含むにはあまりに利口だった。クリストフからいじめられたことなんかは、もう久しい以前に忘れてしまっていた。もし思い出したとしてもほとんど気にしなかったろう。新しい重大な職業を帯びパリー風の華美な様子をしているところを、旧友に見せてやる機会を得て大喜びだった。驚いたと言うのも嘘ではなかった。クリストフが訪れて来ようなどとは、最も思いがけないことだった。彼はきわめて炯眼けいがんだったので、クリストフの訪問には一つの利害関係の目的があることを予見してはいたが、それは自分の力にささげられた敬意だという一事だけで、すでに喜んで迎えてやる気になったのである。

「国から来たのかい。お母かあさんはどうだい。」と彼は馴なれ馴れしく尋ねた。他の時だったらそれはクリストフの気にさわったかもしれないが、しかし他国の都にいる今では、かえってうれしい感じを与えた。

「だがいったいどうしたんだろう、」とクリストフはまだ多少疑念をいだいて尋ねた、「先刻コーンさんという人はいないという返辞だったが。」

「コーンさんはいないよ。」とシルヴァン・コーンは笑いながら言った。「僕はコーンとはいわないんだ。ハミルトンというんだ。」

彼は言葉を切った。

「ちょっと失敬。」と彼は言った。
彼は通りかかった一人の婦人の方へ行って、握手をして、笑顔えがおを見せた。それからまたもどって来た。そして、あれは激しい肉感的な小説で有名になった閨秀けいしゅう作家だと説明した。その近代のサフォーは、胸に紫色の飾りをつけ、種々の模様をちらし、真白に塗りたてた快活な顔の上に、艶つやのいい金髪を束ねていた。フランシュ・コンテの訛なまりがある男らしい声で、気障きざなことを言いたてていた。

コーンはまたクリストフに種々尋ねだした。国の人たちのことを残らず尋ね、だれだれはどうなったかと聞き、すべての人を記憶してることを追従ついしょう的に示していた。クリストフはもう反感を忘れてしまっていた。感謝を交えた懇切な態度で答え、コーンにとってはまったく無関係な些細ささいな事柄をやたらに述べた。コーンはそれをふたたびさえぎった。

「ちょっと失敬。」と彼はまた言った。

そして他の婦人客へ挨拶あいさつに行った。

「ああそれじゃあ、」とクリストフは尋ねた、「フランスには婦人の作家ばかりなのか。」

コーンは笑い出した。そしてしたり顔に言った。

「フランスは女だよ、君。君がもし成功したけりゃ、女を利用するんだね。」

クリストフはその説明に耳を貸さないで、自分だけの話をつづけた。コーンはそれをやめさせるために尋ねた。

「だが、いったいどうして君はこちらへ来たんだい。」

「なるほど、」とクリストフは考えた、「この男は何にも知らないんだな。だからこんなに親切なんだ。知ったらがらりと変わってしまうだろう。」

彼は昂然こうぜんと語りだした、自分を最も難境に陥らせるかもしれない事柄を、すなわち、兵士らとの喧嘩けんか、自分が受けた追跡、国外への逃亡などを。

コーンは腹をかかえて笑った。
「すてきだ」と彼は叫んでいた、「すてきだ! 実に愉快な話だ!」
彼は熱心にクリストフの手を握りしめた。官憲の鼻をあかしてやったその話を、この上もなく面白がっていた。話の主人公らを知っているだけになお面白がっていた。その滑稽こっけいな方面を眼に見るような気がしていた。

「ところで、」と彼はつづけて言った、「もう午ひる過ぎだ。つき合ってくれたまえ……いっしょに食事をしよう。」

クリストフはありがたく承知した。彼はこう考えていた。
「これは確かにいい人物だ。俺の思い違いだった。」
二人はいっしょに出かけた。途中でクリストフは思い切って要件をもち出した。
「君にはもう僕の境遇がわかってるだろう。僕は世に知られるまで、さしあたり仕事を、音楽教授の口でも、求めに来たんだが。僕を推薦してくれないかね。」
「いいとも!」とコーンは言った。「望みどおりの人に推薦しよう。こちらで僕はだれでも知っている。なんでもお役にたとう。」

 

Il était heureux de faire montre de son crédit.

Christophe se confondait en remerciements. Il se sentait le cœur déchargé d'un grand poids.

À table, il dévora, de l'appétit d'un homme qui ne s'était pas repu depuis deux jours. Il s'était noué sa serviette autour du cou, et mangeait avec son couteau. Kohn-Hamilton était horriblement choqué par sa voracité et ses manières paysannes. Il ne fut pas moins blessé du peu d'attention que son convive prêtait à ses vantardises. Il voulait l'éblouir par le récit de ses belles relations et de ses bonnes fortunes; mais c'était peine perdue: Christophe n'écoutait pas, il interrompait sans façons. Sa langue se déliait; il devenait familier. Il avait le cœur gonflé de gratitude, et il assommait Kohn, en lui confiant naïvement ses projets d'avenir. Surtout, il l'exaspérait par son insistance à lui prendre la main par-dessus la table et à la presser avec effusion. Et il mit le comble à son irritation, en voulant à la fin trinquer, à la mode allemande, et boire, avec des paroles sentimentales, à ceux qui étaient là-bas et au Vater Rhein. Kohn vit, avec épouvante, le moment où il allait chanter. Les voisins de table les regardaient ironiquement. Kohn prétexta des occupations urgentes, et se leva. Christophe s'accrochait à lui; il voulait savoir quand il pourrait avoir une recommandation, se présenter chez quelqu'un, commencer ses leçons.

—Je vais m'en occuper. Aujourd'hui. Ce soir même, promettait Kohn. J'en parlerai tout à l'heure. Vous pouvez être tranquille.

Christophe insistait.

—Quand saurai-je?

—Demain... Demain... ou après-demain.

—Très bien. Je reviendrai demain.

—Non, non, se hâta de dire Kohn. Je vous le ferai savoir. Ne vous dérangez pas.

—Oh! cela ne me dérange pas. Au contraire! N'est-ce pas? Je n'ai rien d'autre à faire à Paris, en attendant.

—Diable! pensa Kohn... Non, reprit-il tout haut, j'aime mieux vous écrire. Vous ne me trouveriez pas, ces jours-ci. Donnez-moi votre adresse.

Christophe la lui dicta.

—Parfait. Je vous écrirai demain.

—Demain?

—Demain. Vous pouvez y compter.

Il se dégagea des poignées de main de Christophe, et il se sauva.

—Ouf! pensait-il. Voilà un raseur!

Il avertit, en rentrant, le garçon de bureau qu'il ne serait pas là, quand «l'Allemand» viendrait le voir.—Dix minutes après, il l'avait oublié.

Christophe revint à son taudis. Il était attendri.

—Le bon garçon! pensait-il. Comme j'ai été injuste envers lui! Et il ne m'en veut pas!

Ce remords lui pesait; il fut sur le point d'écrire à Kohn combien il était peiné de l'avoir mal jugé autrefois, et qu'il lui demandait pardon du tort qu'il lui avait fait. Il avait les larmes aux yeux, en y pensant. Mais il lui était moins aisé d'écrire une lettre qu'une partition; et après avoir pesté dix fois contre l'encre et la plume de l'hôtel, qui en effet étaient ignobles, après avoir barbouillé, raturé, déchiré quatre ou cinq feuilles de papier, il s'impatienta et envoya tout promener.

Le reste de la journée fut long à passer; mais Christophe était si fatigué par sa mauvaise nuit et par les courses du matin qu'il finit par s'assoupir sur sa chaise. Il ne sortit de sa torpeur, vers le soir, que pour se coucher; et il dormit douze heures de suite, sans s'arrêter.

Le lendemain, dès huit heures, il commença d'attendre la réponse promise. Il ne doutait pas de l'exactitude de Kohn. Il ne bougea point de chez lui, se disant que Kohn passerait peut-être à l'hôtel, avant de se rendre au bureau. Pour ne pas s'éloigner, vers midi, il se fit monter son déjeuner de la gargote d'en bas. Puis, il attendit de nouveau, sûr que Kohn viendrait, au sortir du restaurant. Il marchait dans sa chambre, s'asseyait, se remettait à marcher, ouvrant sa porte, quand il entendait monter des pas dans l'escalier. Il n'avait aucun désir de se promener dans Paris, pour tromper son attente. Il se mit sur son lit. Sa pensée revenait constamment vers la vieille maman, qui pensait aussi à lui, en ce moment,—qui seule pensait à lui. Il se sentait pour elle une tendresse infinie et un remords de l'avoir quittée. Mais il ne lui écrivit pas. Il attendit de pouvoir lui apprendre quelle situation il avait trouvée. Malgré leur profond amour, il ne leur serait pas venu à l'idée, ni à l'un ni à l'autre, de s'écrire pour se dire simplement qu'ils s'aimaient: une lettre était faite pour dire des choses précises.

—Couché sur le lit, les mains jointes sous sa tête, il rêvassait. Bien que sa chambre fût éloignée de la rue, le grondement de Paris remplissait le silence; la maison trépidait.

—La nuit vint de nouveau, sans avoir apporté de lettre.

Une journée recommença, semblable à la précédente.

Le troisième jour, Christophe, que cette réclusion volontaire commençait à rendre enragé, se décida à sortir. Mais Paris lui causait, depuis le premier soir, une répulsion instinctive. Il n'avait envie de rien voir: nulle curiosité; il était trop préoccupé de sa vie pour prendre plaisir à regarder celle des autres; et les souvenirs du passé, les monuments d'une ville, le laissaient indifférent. À peine dehors, il s'ennuya tellement que, quoiqu'il eût décidé de ne pas retourner chez Kohn avant huit jours, il y alla, tout d'une traite.

Le garçon, qui avait le mot d'ordre, dit que M. Hamilton était parti de Paris pour affaires. Ce fut un coup pour Christophe. Il demanda en bégayant quand M. Hamilton devait revenir. L'employé répondit, au hasard:

—Dans une dizaine de jours.

Christophe s'en retourna, consterné, et se terra chez lui, pendant les jours suivants. Il lui était impossible de se remettre au travail. Il s'aperçut avec terreur que ses petites économies,—le peu d'argent que sa mère lui avait envoyé, soigneusement serré dans un mouchoir, au fond de sa valise,—diminuaient rapidement. Il se soumit à un régime sévère. Il descendait seulement, vers le soir pour dîner, dans le cabaret d'en bas, où il avait été rapidement connu des clients, sous le nom du «Prussien», ou de «Choucroute».—Il écrivit, au prix de pénibles efforts, deux ou trois lettres à des musiciens français, dont le nom lui était vaguement connu. Un d'eux était mort depuis dix ans. Il leur demandait de vouloir bien lui donner audience. L'orthographe était extravagante, et le style agrémenté de ces longues inversions et de ces formules cérémonieuses, qui sont habituelles en allemand. Il adressait l'épître: «Au Palais de l'Académie de France.»—Le seul qui la lut en fit des gorges chaudes avec ses amis.

Après une semaine, Christophe retourna à la librairie. Le hasard le servit, cette fois. Sur le seuil, il croisa Sylvain Kohn, qui sortait. Kohn fit la grimace, en se voyant pincé; mais Christophe était si heureux qu'il ne s'en aperçut pas. Il lui avait ressaisi les mains, suivant son habitude agaçante, et il demandait, joyeux:

—Vous étiez en voyage? Vous avez fait bon voyage?

Kohn acquiesçait, mais ne se déridait pas. Christophe continua:

—Je suis venu, vous savez... On vous a dit, n'est-ce pas?... Eh bien, quoi de nouveau? Vous avez parlé de moi? Qu'est-ce qu'on a répondu?

Kohn se renfrognait de plus en plus. Christophe était surpris de ses manières guindées: ce n'était plus le même homme.

—J'ai parlé de vous, dit Kohn; mais je ne sais rien encore; je n'ai pas eu le temps. J'ai été très pris, depuis que je vous ai vu. Des affaires par-dessus la tête. Je ne sais comment j'en viendrai à bout. C'est écrasant. Je finirai par tomber malade.

—Est-ce que vous ne vous sentez pas bien? demanda Christophe, d'un ton de sollicitude inquiète.

Kohn lui jeta un coup d'œil narquois, et répondit:

—Pas bien du tout. Je ne sais ce que j'ai, depuis quelques jours. Je me sens très souffrant.

—Ah! mon Dieu! fit Christophe, en lui prenant le bras. Soignez-vous bien! Il faut vous reposer. Comme je suis fâché de vous avoir donné encore cette peine de plus! Il fallait me le dire. Qu'est-ce que vous sentez, au juste?

Il prenait tellement au sérieux les mauvaises raisons de l'autre que Kohn, gagné par une douce hilarité qu'il cachait de son mieux, fut désarmé par cette candeur comique. L'ironie est un plaisir si cher aux Juifs—(et nombre de chrétiens à Paris sont Juifs sur ce point)—qu'ils ont des indulgences spéciales pour les fâcheux et pour les ennemis même, qui leur offrent une occasion de l'exercer à leurs dépens. D'ailleurs, Kohn ne laissait pas d'être touché par l'intérêt que Christophe prenait à sa personne. Il se sentit disposé à lui rendre service.

—Il me vient une idée, dit-il. En attendant les leçons, feriez-vous des travaux d'édition musicale?

Christophe accepta avec empressement.

—J'ai votre affaire, dit Kohn. Je connais intimement un des chefs d'une grande maison d'éditions musicales, Daniel Hecht. Je vais vous présenter; vous verrez ce qu'il y aura à faire. Moi, vous savez, je n'y connais rien. Mais lui est un vrai musicien. Vous n'aurez pas de peine à vous entendre.

Ils prirent rendez-vous pour le jour suivant. Kohn n'était pas fâché de se débarrasser de Christophe, tout en l'obligeant.

Le lendemain, Christophe vint prendre Kohn à son bureau. Il avait, sur son conseil, emporté quelques compositions pour les montrer à Hecht. Ils trouvèrent celui-ci à son magasin de musique, près de l'Opéra. Hecht ne se dérangea pas, à leur entrée; il tendit froidement deux doigts à la poignée de main de Kohn, ne répondit pas au salut cérémonieux de Christophe, et, sur la demande de Kohn, il passa avec eux dans une pièce voisine. Il ne leur offrit pas de s'asseoir. Il resta adossé à la cheminée sans feu, les yeux fixés au mur.

Daniel Hecht était un homme d'une quarantaine d'années, grand, froid, correctement mis, un type phénicien très marqué, l'air intelligent et désagréable, figure renfrognée, poil noir, barbe de roi assyrien, longue et carrée. Il ne regardait presque jamais en face, et il avait une façon de parler glaciale et brutale, qui frappait comme une insulte, même quand il disait bonjour. Cette insolence était plus apparente que réelle. Sans doute, elle répondait à une disposition méprisante de son caractère; mais elle tenait encore plus à ce qu'il y avait en lui d'automatique et de guindé. Les Juifs de cette espèce ne sont point rares; et l'opinion n'est pas tendre pour eux: elle taxe d'arrogance cette raideur cassante, qui est souvent le fait d'une gaucherie incurable de corps et d'âme.

Sylvain Kohn présentait son protégé, sur un ton de prétentieux badinage, avec des éloges exagérés. Christophe, décontenancé par l'accueil, se balançait, son chapeau et ses manuscrits à la main. Lorsque Kohn eut fini, Hecht, qui jusque-là ne semblait pas s'être douté que Christophe fût là, tourna dédaigneusement la tête vers lui, et, sans le regarder, dit:

—Krafft... Christophe Krafft... Je n'ai jamais entendu ce nom.

Christophe reçut cette parole, comme un coup de poing en pleine poitrine. Le rouge lui monta au visage. Il répondit avec colère:

—Vous l'entendrez plus tard.

Hecht ne sourcilla point, et continua imperturbablement, comme si Christophe n'existait pas:

—Krafft... Non. Je ne connais pas.

Il était de ces gens, pour qui c'est déjà une mauvaise note que de n'être pas connu d'eux.

Il continua, en allemand:

—Et vous êtes du Rhein-Land?... C'est étonnant combien il y a de gens là-bas qui se mêlent de musique! Je crois qu'il n'y en a pas un qui ne prétende être musicien.

Il voulait dire une plaisanterie, et non une insolence; mais Christophe le prit autrement. Il eût répliqué, si Kohn ne l'avait devancé.

—Ah! pardon, pardon, disait-il à Hecht, vous me rendrez cette justice que moi, je n'y entends rien.

—Cela fait votre éloge, répondit Hecht.

—S'il faut ne pas être musicien pour vous plaire, dit sèchement Christophe, je suis fâché, je ne fais pas l'affaire.

Hecht, la tête toujours tournée de côté, reprit, avec la même indifférence:

—Vous avez déjà écrit de la musique? Qu'est-ce que vous avez écrit? Des lieder, naturellement?

—Des lieder, deux symphonies, des poèmes symphoniques, des quatuors, des suites pour piano, de la musique de scène, dit Christophe, bouillonnant.

—On écrit beaucoup en Allemagne, fit Hecht, avec une politesse dédaigneuse.

Il était d'autant plus méfiant, à l'égard du nouveau venu, que celui-ci avait écrit tant d'œuvres, et que lui, Daniel Hecht, ne les connaissait pas.

—Eh bien, dit-il, je pourrais peut-être vous occuper, puisque vous m'êtes recommandé par mon ami Hamilton. Nous faisons en ce moment une collection, une Bibliothèque de la jeunesse, où nous publions des morceaux de piano faciles. Sauriez-vous nous «simplifier» le Carnaval de Schumann, et l'arranger à quatre, six et huit mains?

Christophe tressauta:

—Et voilà ce que vous m'offrez, à moi, à moi!...

Ce «moi» naïf fit la joie de Kohn; mais Hecht prit un air offensé:

—Je ne vois pas ce qui peut vous étonner, dit-il. Ce n'est point là un travail si facile! S'il vous paraît trop aisé, tant mieux! Nous verrons ensuite. Vous me dites que vous êtes bon musicien. Je dois vous croire. Mais enfin, je ne vous connais pas.

Il pensait, à part lui:

—Si on croyait tous ces gaillards-là, ils feraient la barbe à Johannes Brahms lui-même.

Christophe, sans répondre,—(car il s'était promis de réprimer ses emportements)—enfonça son chapeau sur sa tête, et se dirigea vers la porte. Kohn l'arrêta, en riant:

—Attendez, attendez donc! dit-il.

Et, se tournant vers Hecht:

—Il a justement apporté quelques-uns de ses morceaux, pour que vous puissiez vous faire une idée.

—Ah! dit Hecht, ennuyé. Eh bien, voyons cela.

Christophe, sans un mot, tendit les manuscrits. Hecht y jeta les yeux, négligemment.

—Qu'est-ce que c'est? Une Suite pour piano... (Lisant:) Une journée... Ah! toujours de la musique à programme!...

Malgré son indifférence apparente, il lisait avec grande attention. Il était excellent musicien, possédait son métier, d'ailleurs ne voyait rien au delà; dès les premières mesures, il sentit parfaitement à qui il avait affaire. Il se tut, feuilletant l'œuvre, d'un air dédaigneux; il était très frappé du talent qu'elle révélait; mais sa morgue naturelle et son amour-propre froissé par les façons de Christophe lui défendaient d'en rien montrer. Il alla jusqu'au bout, en silence, ne perdant pas une note:

—Oui, dit-il enfin, d'un ton protecteur, c'est assez bien écrit.

Une critique violente eût moins blessé Christophe.

—Je n'ai pas besoin qu'on me le dise, fit-il, exaspéré.

—J'imagine pourtant, dit Hecht, que si vous me montrez ce morceau, c'est pour que je vous dise ce que j'en pense.

—En aucune façon.

—Alors, fit Hecht, piqué, je ne vois pas ce que vous venez me demander.

—Je vous demande du travail, pas autre chose.

—Je n'ai rien autre à vous offrir, pour le moment, que ce que je vous ai dit. Encore n'en suis-je pas sûr. J'ai dit que cela se pourrait.

—Et vous n'avez pas d'autre moyen d'occuper un musicien comme moi?

—Un musicien comme vous? dit Hecht, d'un ton d'ironie blessante. D'aussi bons musiciens que vous, pour le moins, n'ont pas cru cette occupation au-dessous de leur dignité. Certains, que je pourrais nommer, et qui sont maintenant bien connus à Paris, m'en ont été reconnaissants.

—C'est qu'ils sont des jean-foutre, éclata Christophe.—(Il connaissait déjà des finesses de la langue française.)—Vous vous trompez, si vous croyez que vous avez affaire à quelqu'un de leur espèce. Croyez-vous m'en imposer avec vos façons de ne pas me regarder en face et de me parler du bout des dents? Vous n'avez même pas daigné répondre à mon salut, quand je suis entré... Mais qu'est-ce que vous êtes donc, pour en user ainsi avec moi? Êtes-vous seulement musicien? Avez-vous jamais rien écrit?... Et vous prétendez m'apprendre comment on écrit, à moi, dont c'est la vie d'écrire!... Et vous ne trouvez rien de mieux à m'offrir, après avoir lu ma musique, que de châtrer de grands musiciens et de faire des saloperies sur leurs œuvres, pour faire danser les petites filles!... Adressez-vous à vos Parisiens, s'ils sont assez lâches pour se laisser faire la leçon par vous! Pour moi, j'aime mieux crever!

Impossible d'arrêter le torrent.

Hecht dit, glacial:

—Vous êtes libre.

彼は自分のもっている信用を示すのがうれしかった。

クリストフは感謝にくれた。心から大きな重荷が取れた心地がした。
食卓につくと彼は、二日も前から物を食べなかったかのようにむさぼり食った。首のまわりにナフキンを結えつけて、ナイフですぐ食べた。コーンのハミルトンは、そのひどい食い方や田舎いなか者めいた様子に、ごく不快を感じた。また自慢にしてる事柄をあまり注意してもくれないことに、同じく不満を覚えた。彼は自分の艶福えんぷくや幸運の話をして、相手を煙に巻いてやろうとした。しかしそれは無駄むだな骨折りだった。クリストフは耳を傾けないで、無遠慮に話をさえぎった。彼は舌がほどけてきて馴なれ馴れしくなっていた。謝恩の念で心がいっぱいになっていた。そして未来の抱負を率直にうち明けながら、コーンを困らした。ことに、テーブルの上から無理にコーンの手を取って、心こめて握りしめたので、コーンをさらにやきもきさした。しまいには、感傷的なことを言い出して、故国にいる人々や父なるラインのために、ドイツ流の祝杯を挙げたがったので、コーンのいらだちは極度に達した。コーンは彼が今にも歌い出そうとするのを見てたまらなくなった。隣席の人々は二人の方を皮肉そうにながめていた。コーンは急な用務があるという口実を設けて立ち上がった。クリストフはそれにすがりついた。いつ推薦状をもらって、その家へやって行き、稽古けいこを始めることができるか、それを知りたがった。

「取り計らってあげよう。今日、今晩にでも。」とコーンは約束した。「すぐに話をしてみよう。安心したまえ。」

クリストフは執拗しつようだった。

「いつわかるだろう?」

「明日あした……明日……または明後日。」
「結構だ。明日また来よう。」
「いやいや、」とコーンは急いで言った、「僕の方から知らせよう。君を煩わさないように。」
「なあに、煩すも何もあるものか。そうだろう。それまで僕は、パリーで何にも用はないんだ。」
「おやおや!」とコーンは考えた。そして大声に言い出した。「いや、手紙を上げる方がいい。しばらくは面会ができないかもしれない。宿所を知らしてくれたまえ。」
クリストフは宿所を彼に書き取らした。
「よろしい。明日手紙を上げよう。」
「明日?」
「明日だ。間違いないよ。」
彼はクリストフの握手からのがれて逃げ出した。
「あああ!」と彼は思っていた。「たまらない奴だ。」
彼は店に帰ると、「あのドイツ人」が尋ねて来たら留守にするんだと、給仕に言いつけた。――十分もたつと、もうクリストフのことは忘れてしまった。
クリストフは汚きたない巣へもどった。心動かされていた。
「親切な男だ!」と彼は思っていた。「俺は彼にたいして悪いことをしたことがある。だが彼は俺を恨んでもいない!」
そういう悔恨の念が重く心にかかった。昔悪く思ったことが今いかに心苦しいか、昔ひどく当たったことを許してもらいたいと今どんなに思ってるか、コーンへ書き送ろうとした。昔のことを思うと眼に涙が湧わいてきた。しかし彼にとっては、一通の手紙を書くのは、大譜表を書くに劣らないほどの大仕事だった。そして、宿屋のインキやペンを、それは実際ひどいものではあったが、盛んにののしり散らした後、四、五枚の紙を書きなぐり消したくり引き裂いた後、もう我慢ができなくなってすべてを放ほうり出した。
その日の残りの時間はなかなか過ぎなかった。しかしクリストフは、寝苦しい昨晩と午前中の奔走とにひどく疲れていたので、椅子いすにかけたままついにうとうととした。夕方ようやくわれに返って、すぐに寝床についた。そして十二時間ぶっとおしにぐっすり眠った。

翌日八時ごろから、彼は約束の返事を待ち始めた。彼はコーンの几帳面きちょうめんさを少しも疑わなかった。コーンが店へ出る前にこの宿へ寄るかもしれないと思って、一歩も外に踏み出さなかった。午ひるごろになると、室をあけないために、下の飲食店から朝食を取り寄せた。それから、コーンが食事後にやって来るだろうと思って、ふたたび待ってみた。室の中を歩き、腰をおろし、また歩き出し、階段を上ってくる足音が聞こえると、扉とびらを開いてみたりした。待ち遠しさをまぎらすためにパリーのうちを散歩してみる気も、さらに起こらなかった。彼は寝台の上に横たわった。思いはたえず老母の方へ向いていった。彼女もまたこの時彼のことを思っていたのだ――彼のことを思ってくれるのは彼女だけだったのだ。彼は彼女にたいして、限りない愛情と見捨てた悔恨とを感じた。しかし手紙は出さなかった。どういう地位を見出したか知らせ得るまで待つことにした。二人はたがいに深い愛情をいだいていたにもかかわらず、愛してることだけを単に告げるような手紙を書くことは、どちらも考えていなかったに違いない。手紙というものは、はっきりした事柄を告げるためのものであった。――彼は寝台の上に寝そべり、頭の下に両手を組んで、ぼんやり考え込んだ。室は往来から隔たってはいたけれど、静けさのうちにはパリーのどよめきがこもっていた。家は揺れていた。――また夜となったが、手紙は来なかった。
前日と同じような一日が、また始まった。
三日目になって、クリストフは好んで蟄居ちっきょしていたのが腹だたしく思えて、外出しようと決心した。しかしパリーには、最初の晩以来、一種の本能的な嫌気いやけを覚えていた。彼は何にも見たくなかった。なんらの好奇心も起こらなかった。自分の生活にあまり心を奪われていたので、他人の生活を見ても面白くなかった。過去の記念物にも、都会の塔碑にも、心ひかれなかった。それで彼は、一週間以内にはコーンの許もとへ行くまいときめていたものの、外へ出るや否や非常に退屈して、まっすぐにコーンのところへ行った。
言いつけられていた給仕は、ハミルトン氏は所用のためパリーから出かけたと告げた。クリストフにとっては一打撃だった。彼は口ごもりながら、いつハミルトン氏は帰るのかと尋ねた。給仕はいい加減に答えた。
「十日ばかりしましたら。」
クリストフは駭然がいぜんとして家に帰った。その後毎日室に閉じこもった。仕事にかかることができなかった。自分のわずかな所持金――母がていねいにハンカチにくるんでカバンの底に入れて贈ってくれた些少さしょうな金額――が、どんどん減ってゆくのを見て恐ろしくなった。彼は切りつめた生活法を守まもった。ただ夕方だけ、夕食をしに階下の飲食店へ降りて行った。そこでは「プロシャ人」とか「漬菜シュークルート」とかいう名前で、早くも客の間に知れ渡ってしまった。――彼は非常な努力を払って、フランスの音楽家らへ二、三の手紙を書いた。それも漠然ばくぜんと名前を知ってるだけだった。十年も前に死んでる人さえあった。彼はそういう人々に、面会を求めた。綴字つづりじはめちゃくちゃだったし、文体はドイツで習慣となってる、長たらしい語位転換と儀式張った形式とで飾られていた。彼は書簡を「フランスのアカデミー院」へ贈った。――ただ一人の者がそれを読んで、友人らと大笑いをした。
一週間後に、クリストフはまた書店へ出かけた。このたびは偶然に助けられた。入口で彼は、出かけようとするシルヴァン・コーンにぶっつかった。コーンはつかまったのを見て顔を渋めた。しかしクリストフはうれしさのあまり、その渋面に気づかなかった。彼は例のうるさい調子で、コーンの両手を取り、※(「口+喜」、第3水準1-15-18)々ききとして尋ねた。
「旅に行ってたそうだね。面白かったかい。」
コーンはうなずいたが、しかしその顔は和らいでいなかった。クリストフは言いつづけた。
「僕が来たのは……わかってるだろう……。話はどうだった?……え、どういうふうだい。僕のことを言ってくれたろうね。返事はどうだった。」
コーンはますます顔を渋めた。クリストフは様子ありげなその態度に驚いた。まるで別人のようだった。
「君のことは話してみたよ。」とコーンは言った。「だがまだ結果はわからない。隙ひまがなかったんだ。君に会った時から実に忙しかった。用事がたくさん頭につかえているんだ。どうして片付けていいかわからないほどだ。まったくやりきれない。病気にでもなりそうだ。」
「気分がすぐれないのかい。」とクリストフは気づかわしい調子で尋ねた。
コーンは嘲あざけり気味の一瞥べつを注いで答えた。
「まったくいけない。この数日へんてこだ。非常に苦しい気持がする。」
「そりゃたいへんだ!」とクリストフは彼の腕を取りながら言った。「ほんとに用心したまえ。身体を休めなけりゃいけないね。僕まで余計な心配をかけて、実に済まない。そう言ってくれりゃよかったのに。ほんとにどんな気持だい?」
彼が悪い口実をもあまり真面目まじめに取ってるので、コーンは愉快なおかしさがこみ上げてくるのをつとめて押し隠しながらも、相手の滑稽こっけいな純朴じゅんぼくさに気が折れてしまった。皮肉はユダヤ人らにとって非常に大きな楽しみであって――(この点においては、パリーにおけるキリスト教徒の多くはユダヤ人と同じである)――皮肉を浴びせる機会を与えてさえもらうならば、いかに不快な者にたいしても、また敵にたいしてまでも、とくに寛大な心をいだくようになるのである。そのうえコーンはまた、自分一身のことをクリストフが心配してくれるのを、感動せずにはいられなかった。彼は世話をしてやりたい気持になった。
「ちょっと思いついたことがあるんだがね。」と彼は言った。「稽古けいこの口があるまで、楽譜出版の方の仕事をしないかね。」
クリストフは即座に承知した。
「いいことがある。」とコーンは言った。「ある大きな楽譜出版屋の重立った一人で、ダニエル・ヘヒトという男と、僕は懇意にしてる。それに紹介しよう。何か仕事があるだろう。僕は君の知るとおり、その方面のことは何にもわからない。しかしあの男はほんとうの音楽家だ。君なら訳なく話がまとまるだろう。」
二人は翌日の会合を約した。コーンはクリストフに恩をきせて追っ払ったので、悪い気持はしなかった。

翌日、クリストフはコーンの店へ誘いに来た。彼はコーンの勧めによって、ヘヒトへ見せるために自分の作曲を少しもって来た。二人はヘヒトを、オペラ座近くの楽譜店に見出した。二人がはいって来るのを見ても、ヘヒトは傲然ごうぜんと構えていた。コーンの握手へは冷やかに指先を二本差し出し、クリストフの儀式張った挨拶あいさつへは答えもしなかった。そしてコーンの求めによって、二人を従えて隣りの室へはいった。二人にすわれとも言わなかった。火のない暖炉にもたれて壁を見つめたままつっ立っていた。
ダニエル・ヘヒトは、四十年配の背の高い冷静な男で、きちんと服装を整え、いちじるしくフェーニキア人の特長を有し、怜悧れいりで不愉快な様子、渋めた顔つき、黒い毛、アッシリアの王様みたいな長い角張った頤髯あごひげをもっていた。ほとんど真正面に人を見ず、冷やかなぶしつけな話し方をして、挨拶あいさつまでが侮辱の言のように響いた。でもその横柄おうへいさはむしろ外面的のものだった。もちろんそれは、彼の性格のうちにある軽蔑けいべつ的なものと相応じてはいたが、しかしなおいっそう、彼のうちの自動的な虚飾的なものから来るのであった。こういう種類のユダヤ人は珍しくない。そして世間では彼らのことをあまりよく言わない。彼らのひどい剛直さは、身体と魂との不治の頓馬とんまさ加減に由来することが多いけれども、世間ではそれを傲慢ごうまんの故ゆえだとしている。
シルヴァン・コーンは、気障きざな饒舌じょうぜつの調子で大袈裟おおげさにほめたてながら、世話をしようというクリストフを紹介し始めた。クリストフは冷やかな待遇に度を失って、帽子と原稿とを手にしながら身を揺っていた。コーンの言葉が終わると、それまでクリストフの存在を気にもかけないでいたようなヘヒトは、軽蔑けいべつ的にクリストフの方へ顔を向け、しかもその顔をながめもしないで言った。
「クラフト……クリストフ・クラフト……私はそんな名前をまだ聞いたことがない。」
クリストフは胸のまん中を拳固げんこでなぐられたようにその言葉を聞いた。顔が赤くなってきた。彼は憤然と答えた。
「やがてあなたの耳へもはいるようになるでしょう。」
ヘヒトは眉根まゆね一つ動かさなかった。あたかもクリストフがそこにいないかのように、泰然と言いつづけた。
「クラフト……いや、私は知らない。」
自分に知られていないのはくだらない証拠だと考える者が、世にあるが、彼もそういう人物だった。
彼はドイツ語でつづけて言った。
「そしてあなたはライン生まれですね。……音楽に関係する者があちらに多いのには、実に驚くほどです。自分は音楽家だと思っていない者は、一人もないと言ってもいい。」
彼は冗談を言うつもりであって、悪口を言うつもりではなかった。しかしクリストフは曲解した。彼は答え返そうとした。しかしコーンが先に口を出した。
「ですけれど、」と彼はヘヒトへ言った、「私だけは音楽を少しも知らないことを、認めていただきたいものですね。」
「それはあなたの名誉ですよ。」とヘヒトは答えた。
「音楽家でないことをあなたが喜ばれるなら、」とクリストフは冷やかに言った、「残念ですが私はもう用はありません。」
ヘヒトはやはり横を向きながら、同じ無関心な調子で言った。
「あなたは音楽を書いたことがあるそうですね。何を書きましたか。もとより歌曲リードでしょう?」
「歌曲リードと、二つの交響曲シンフォニーと、交響詩や、四重奏曲や、ピアノの組曲や、舞台音楽などです。」とクリストフはむきになって言った。
「ドイツではたくさん書くものですね。」とヘヒトは軽蔑けいべつ的なていねいさで言った。
この新来の男が、そんなにたくさんの作品を書いていて、しかも自分ダニエル・ヘヒトがそれを知らないだけに、彼はなおいっそう疑念をいだいていた。
「とにかく、」と彼は言った、「あなたに仕事を頼んでもいいです、友人のハミルトンさんの推薦があるので。ただいまちょうど青年叢書という叢書そうしょ物を作っています。たやすいピアノの曲を出すのです。で、シューマンの謝肉祭を簡単にして、四手や六手や八手に直すことを、あなたにしてもらえましょうか。」
クリストフは飛び上がった。
「そんなことをさせるんですか、僕に、僕に!……」
その率直な「僕に」という言葉に、コーンは面白がった。しかしヘヒトは気分を害した様子をした。
「あなたの驚く訳が私にはわからない。」と彼は言った。「そうたやすい仕事ではないですよ。やさしすぎるように思われるなら、なお結構です。今にわかることです。あなたはりっぱな音楽家だと自分で言ってるし、私もそう信ずべきですが、しかし、要するに私はあなたを知りません。」
彼は心の中でこう思っていた。
「こんな元気な奴の口ぶりでは、まるでヨハネス・ブラームスよりりっぱなものが書けるとでもいうようだ。」
クリストフは返辞もしないで――(怒りを押えようと誓っていたからである)――頭に深く帽子をかぶり、そして扉とびらの方へ進んでいった。コーンは笑いながらそれを引き止めた。
「待ちたまえ、まあ待ちたまえ!」と彼は言った。
そしてヘヒトの方へ向いた。
「あなたに判断してもらうために、ちょうど作品を少しもって来てるんです。」
「そう、」とヘヒトは迷惑そうに言った、「では拝見しましょうか。」
クリストフは一言も言わないで、原稿を差し出した。ヘヒトはぞんざいに眼を注いだ。
「なんですか、ピアノ組曲――(読みながら)一日……ああやはり表題楽ですね……。」
彼は無関心を装いながらも、深い注意を払って読んでいった。彼はりっぱな音楽家で、自分の職業に明るかった。がもとよりそれ以上には出ていなかった。彼は初めの小節を少し読むや否や、相手の真価をすっかり感じた。そして軽蔑けいべつ的な様子で楽譜をめくりながら、口をつぐんでしまった。楽譜の示してる才能にひどく心を打たれた。しかし元来の無愛想さのために、またクリストフのやり方に自尊心を害されていたために、それを少しも示さなかった。彼は一つの音符をも見落とさないで、黙って終わりまで読んだ。
「なるほど、」と彼は保護者的な調子でついに言った、「かなりよく書けている。」
激しい非難の方がクリストフにはもっと癪しゃくにさわらなかったかもしれない。
「そんなことを言ってもらう必要はありません。」と彼は激昂げっこうして言った。
「それでも、」とヘヒトは言った、「この曲を見せる以上は、私の考えを聞くためではないですか。」
「いやちっとも。」
「そんなら、」とヘヒトはむっとして言った、「あなたが何を求めに来たのか私にはわからない。」
「僕は仕事を求めに来たので、他のことは求めません。」
「先刻言った仕事以外には、当分やっていただきたいこともありません。あの仕事にしても、たしかにお頼みするかどうかわからない。お頼みするかもしれないと言っただけです。」
「他に方法はないのですか、僕のような音楽家を使うのに。」
「あなたのような音楽家ですって?」とヘヒトは侮辱的な皮肉の調子で言った。「少なくともあなたに劣らないほどのりっぱな音楽家で、そういう仕事を体面にかかわると思わなかった人がいくらもあります。いちいち名を指さしてもいいですが、今パリーで名を知られてるある人たちは、かえってそれを私に感謝していました。」
「それは彼らが卑劣だからだ。」とクリストフは叫び出した。――(彼はもうフランス語の言い回しを多少知っていた。)――「そんな種類の人間だと僕を思ったら間違いです。まともに顔を見なかったり口先だけで物を言ったりするやり方で、僕をへこませるとでも思ってるんですか。はいって来た時だって、僕の挨拶あいさつに答えもしないで……。僕に向かってそんな態度をして、あなたはいったいなんです? 音楽家とでも言うんですか。何か書いたことでもありますか。……そして、作曲を生命としてる僕に向かって、作曲の仕方を教えようとでもいうんですか。……そして、僕の音楽を読んだあとに、小娘どもを踊らせるために、大音楽家の作品を去勢してくだらないものになすこと以外には、何も頼むような仕事はないというんですか。……パリーの者はあなたから甘んじて教えを受けるほど卑劣なら、そういうパリー人を相手になさるがいい。僕は、そんなことをするよりくたばってしまう方がまだましです。」
激烈な調子を押えることができなかったのである。
ヘヒトは冷然として言った。
「それはあなたの勝手です。」

 

Christophe sortit, en faisant claquer les portes. Hecht haussa les épaules, et dit à Sylvain Kohn, qui riait:

—Il y viendra, comme les autres.

Au fond, il l'estimait. Il était assez intelligent pour sentir la valeur non seulement des œuvres, mais des hommes. Sous l'emportement injurieux de Christophe il avait discerné une force, dont il savait la rareté,—dans le monde artistique plus qu'ailleurs. Mais son amour-propre s'était buté: à aucun prix, il n'eût consenti à reconnaître ses torts. Il avait le besoin loyal de rendre justice à Christophe, et il était incapable de le faire, à moins que Christophe ne s'humiliât devant lui. Il attendit que Christophe lui revînt: son triste scepticisme et son expérience de la vie lui avaient fait connaître l'avilissement inévitable des volontés par la misère.

Christophe rentra chez lui. La colère avait fait place à l'abattement. Il se sentait perdu. Le faible appui sur lequel il comptait s'était écroulé. Il ne doutait pas qu'il ne se fût fait un ennemi mortel, non seulement de Hecht, mais de Kohn qui l'avait présenté. C'était la solitude absolue dans une ville ennemie. En dehors de Diener et de Kohn, il ne connaissait personne. Son amie Corinne, la belle actrice, avec qui il s'était lié en Allemagne, n'était pas à Paris,—elle faisait encore une tournée à l'étranger, en Amérique, et cette fois pour son compte: car elle était devenue célèbre; les journaux publiaient de bruyants échos de son voyage. Quant à la petite institutrice française, qu'il avait, sans le vouloir, fait renvoyer de sa place, et dont la pensée avait été longtemps pour lui un remords, combien de fois s'était-il promis de la retrouver, quand il serait à Paris! Mais maintenant qu'il était à Paris, il s'apercevait qu'il n'avait oublié qu'une chose: son nom. Impossible de se le rappeler. Il ne se souvenait que du prénom: Antoinette. Au reste, quand la mémoire lui serait revenue, le moyen de retrouver une pauvre petite institutrice, dans cette fourmilière humaine!

Il fallait s'assurer au plus tôt de quoi vivre. Il restait à Christophe cinq francs. Il prit sur lui, malgré sa répugnance, de demander à son hôte, le gros cabaretier, s'il ne connaîtrait pas dans le quartier des gens à qui il pourrait donner des leçons de piano. L'homme tenait déjà en médiocre estime un locataire qui ne mangeait qu'une fois par jour, et qui parlait allemand; il perdit tout respect, quand il sut que ce n'était qu'un musicien. Il était un Français de la vieille race, pour qui la musique est un métier de feignant. Il se gaussa:

—Du piano!... Vous tapez de ça? Compliments!... C'est-y curieux tout de même de faire ce métier-là par goût! Moi, toute musique me fait l'effet, comme s'il pleuvait... Après ça, vous pourriez peut-être m'apprendre. Qu'est-ce que vous en diriez, vous autres? cria-t-il, en se tournant vers des ouvriers qui buvaient.

Ils rirent bruyamment.

—C'est un joli métier, fit l'un. Pas salissant. Et puis, ça plaît aux dames.

Christophe comprenait mal le français, et plus mal la moquerie: il cherchait ses mots; il ne savait pas s'il devait se fâcher. La femme du patron eut pitié de lui:

—Allons, allons, Philippe, tu n'es pas sérieux, dit-elle à son mari.—Tout de même, continua-t-elle, en s'adressant à Christophe, il y aurait peut-être bien quelqu'un qui ferait votre affaire.

—Qui donc? demanda le mari.

—La petite Grasset. Tu sais, on lui a acheté un piano.

—Ah! ces poseurs! C'est vrai.

On apprit à Christophe qu'il s'agissait de la fille du boucher: ses parents voulaient en faire une demoiselle; ils consentiraient à ce qu'elle prît des leçons, quand ce ne serait que pour faire jaser. La femme de l'hôtelier promit de s'en occuper.

Le lendemain, elle dit à Christophe que la bouchère voulait le voir. Il alla chez elle. Il la trouva à son comptoir, au milieu des cadavres de bêtes. Cette belle femme, au teint fleuri, au sourire doucereux, prit un air digne, quand elle sut pourquoi il venait. Tout de suite, elle aborda la question de prix, se hâtant d'ajouter qu'elle ne voulait pas y mettre beaucoup, parce que le piano est une chose agréable, mais pas nécessaire: elle lui offrit un franc l'heure. Après quoi, elle demanda à Christophe, d'un air méfiant, si au moins il savait bien la musique. Elle parut se rassurer et devint plus aimable, quand il dit que non seulement il la savait, mais qu'il en écrivait: son amour-propre en fut flatté; elle se promit de répandre dans le quartier la nouvelle que sa fille prenait des leçons avec un compositeur.

Quand Christophe se vit; le lendemain, assis près du piano,—un horrible instrument, acheté d'occasion, et qui sonnait comme une guitare,—avec la petite bouchère, dont les doigts courts et gros trébuchaient sur les touches,—qui était incapable de distinguer un son d'un autre,—qui se tortillait d'ennui,—qui lui bâillait au nez, dès les premières minutes,—quand il eut à subir la surveillance de la mère et sa conversation, ses idées sur la musique et sur l'éducation musicale,—il se sentit si misérable, si misérablement humilié qu'il n'avait même plus la force de s'indigner. Il rentrait dans un état d'accablement; certains soirs, il ne pouvait dîner. S'il en était tombé là au bout de quelques semaines, où ne descendrait-il pas, par la suite? À quoi lui avait-il servi de se révolter contre l'offre de Hecht? Ce qu'il avait accepté était plus dégradant encore.

Un soir, dans sa chambre, les larmes le prirent; il se jeta désespérément à genoux devant son lit, il pria... Qui priait-il? Qui pouvait-il prier? Il ne croyait pas en Dieu, il croyait qu'il n'y avait point de Dieu... Mais il fallait prier, il fallait se prier. Il n'y a que les médiocres qui ne prient jamais. Ils ne savent pas la nécessité où sont les âmes fortes de faire retraite dans leur sanctuaire. Au sortir des humiliations de la journée, Christophe sentit, dans le silence bourdonnant de son cœur, la présence de son Être éternel. Les flots de la misérable vie s'agitaient au-dessous de Lui: qu'y avait-il de commun entre elle et Lui? Toutes les douleurs du monde, acharnées à détruire, venaient se briser contre son roc. Christophe entendait battre ses artères, comme une mer intérieure; et une voix répétait:

—Éternel... Je suis... Je suis...

Il la connaissait bien: si loin qu'il se souvînt, il avait toujours entendu cette voix. Il lui arrivait de l'oublier; pendant des mois, il cessait d'avoir conscience de son rythme puissant et monotone; mais il savait qu'elle était là, qu'elle ne cessait jamais, pareille à l'Océan qui gronde dans la nuit. Il retrouva dans cette musique le calme et l'énergie qu'il y puisait, chaque fois qu'il s'y retrempait. Il se releva, apaisé. Non, la dure vie qu'il menait n'avait rien du moins dont il dût avoir honte; il pouvait manger son pain sans rougir; ceux qui le lui faisaient acheter à ce prix, c'était à eux de rougir. Patience! Le temps viendrait...

Mais le lendemain, la patience recommençait à lui manquer; et malgré ses efforts, il finit par éclater de rage, un jour pendant la leçon, contre la stupide pécore, impertinente par surcroît, qui se moquait de son accent, et mettait une malice de singe à faire le contraire de ce qu'il disait. Aux cris de colère de Christophe répondirent les hurlements de la donzelle, effrayée et indignée qu'un homme qu'elle payait osât lui manquer de respect. Elle cria qu'il l'avait battue:—(Christophe lui avait secoué le bras assez rudement.)—La mère se précipita comme une furie, couvrit sa fille de baisers et Christophe d'invectives. Le boucher parut à son tour, et déclara qu'il n'admettait pas qu'un gueux de Prussien se permît de toucher à sa fille. Christophe, blême de colère, honteux, incertain s'il n'étranglerait pas l'homme, la femme, et la fille, se sauva sous l'averse. Ses hôtes, qui le virent rentrer, bouleversé, n'eurent pas de peine à se faire raconter l'histoire; et leur malveillance pour les voisins en fut réjouie. Mais le soir, tout le quartier répétait que l'Allemand était une brute, qui battait les enfants.

Christophe fit de nouvelles démarches chez des marchands de musique: elles ne servirent à rien. Il trouvait les Français peu accueillants; et leur agitation désordonnée l'ahurissait. Il avait l'impression d'une société anarchique, dirigée par une bureaucratie rogue et despotique.

Un soir qu'il errait sur les boulevards, découragé de l'inutilité de ses efforts, il vit Sylvain Kohn, qui venait en sens inverse. Convaincu qu'ils étaient brouillés, il détourna les yeux, et tâcha de passer inaperçu. Mais Kohn l'appela:

—Et qu'étiez-vous devenu depuis ce fameux jour? demanda-t-il en riant. Je voulais aller chez vous; mais je n'ai plus votre adresse... Tudieu, mon cher, je ne vous connaissais pas. Vous avez été épique.

Christophe le regarda, surpris et un peu honteux:

—Vous ne m'en voulez pas?

—Vous en vouloir? Quelle idée!

Bien loin de lui en vouloir, il avait été réjoui de la façon dont Christophe avait étrillé Hecht: il avait passé un bon moment. Il lui était fort indifférent que Hecht ou que Christophe eût raison; il n'envisageait les gens que d'après le degré d'amusement qu'ils pouvaient avoir pour lui; et il avait entrevu en Christophe une source de haut comique, dont il se promettait bien de profiter.

—Il fallait venir me voir, continuait-il. Je vous attendais. Qu'est-ce que vous faites, ce soir? Vous allez venir diner. Je ne vous lâche plus. Nous serons entre nous: quelques artistes, qui nous réunissons, une fois par quinzaine. Il faut que vous connaissiez ce monde-là. Venez. Je vous présenterai.

Christophe s'excusait en vain sur sa tenue. Sylvain Kohn l'emmena.

Ils entrèrent dans un restaurant des boulevards, et montèrent au premier. Christophe se trouva au milieu d'une trentaine de jeunes gens, de vingt a trente-cinq ans, qui discutaient avec animation. Kohn le présenta, comme venant de s'échapper des prisons d'Allemagne. Ils ne firent aucune attention à lui, et n'interrompirent même pas leur discussion passionnée, où Kohn, à peine arrivé, se jeta à la nage.

Christophe, intimidé par cette société d'élite, se taisait, et il était tout oreilles. Il ne réussissait pas à comprendre—ayant peine à suivre la volubilité de parole française—quels grands intérêts artistiques étaient débattus. Il avait beau écouter, il ne distinguait que des mots comme «trust», «accaparement», «baisse des prix», «chiffres des recettes», mêlés à ceux de «dignité de l'art» et de «droits de l'écrivain». Il finit par s'apercevoir qu'il s'agissait d'affaires commerciales. Un certain nombre d'auteurs, appartenant, semblait-il, à une société financière, s'indignaient contre les tentatives qui étaient faites pour constituer une société rivale, disputant à la leur son monopole d'exploitation. La défection de quelques-uns de leurs associés, qui avaient trouvé avantageux de passer, armes et bagages, dans la maison rivale, les jetait dans des transports de fureur. Ils ne parlaient de guère moins que de couper des têtes. «... Déchéance... Trahison... Flétrissure... Vendus...»

D'autres ne s'en prenaient pas aux vivants: ils en avaient aux morts, dont la copie gratuite obstruait le marché. L'œuvre de Musset venait de tomber dans le domaine public, et, à ce qu'il paraissait, on l'achetait beaucoup trop. Aussi réclamaient-ils de l'État une protection énergique, frappant de lourdes taxes les chefs-d'œuvre du passé, afin de s'opposer à leur diffusion à prix réduits, qu'ils taxaient aigrement de concurrence déloyale pour la marchandise des artistes d'à présent.

Ils s'interrompirent les uns et les autres pour écouter les chiffres des recettes qu'avaient faites telle et telle pièce dans la soirée d'hier. Tous s'extasièrent sur la chance d'un vétéran de l'art dramatique, célèbre dans les deux mondes,—qu'ils méprisaient, mais qu'ils enviaient encore plus.—Des rentes des auteurs ils passèrent à celles des critiques. Ils s'entretinrent de celles que touchait—(pure calomnie, sans doute?)—un de leurs confrères connu, pour chaque première représentation d'un théâtre des boulevards, afin d'en dire du bien. C'était un honnête homme: une fois le marché conclu, il le tenait loyalement; mais son grand art était—(à ce qu'ils prétendaient)—de faire de la pièce des éloges qui la fissent tomber le plus promptement possible, afin qu'il y eût des premières souvent. Le conte—(le compte)—fit rire, mais n'étonna point.

Au travers de tout cela, ils disaient de grands mots; ils parlaient de «poésie», d'«art pour l'art». Dans ce bruit de gros sous, cela sonnait: «l'art pour l'argent»; et ces mœurs de maquignons, nouvellement introduites dans la littérature française, scandalisaient Christophe. Comme il ne comprenait rien aux questions d'argent, il avait renoncé à suivre la discussion, quand ils finirent par parler de littérature,—ou, plutôt, de littérateurs.—Christophe dressa l'oreille, en entendant le nom de Victor Hugo.

Il s'agissait de savoir s'il avait été cocu. Ils discutèrent longuement sur les amours de Sainte-Beuve et de madame Hugo. Après quoi, ils parlèrent des amants de George Sand et de leurs mérites respectifs. C'était la grande occupation de la critique littéraire d'alors: après avoir tout exploré dans la maison des grands hommes, visité les placards, retourné les tiroirs, et vidé les armoires, elle fouillait l'alcôve. La pose de monsieur de Lauzun, à plat ventre sous le lit du roi et de la Montespan, était de celles qu'elle affectionnait, dans son culte pour l'histoire et pour la vérité:—(ils avaient tous, en ce temps, le culte de la vérité).—Les convives de Christophe montrèrent qu'ils en étaient possédés: rien ne les lassait dans cette recherche du vrai. Ils l'étendaient à l'art d'aujourd'hui, comme à l'art du passé; et ils analysèrent la vie privée de certains des plus notoires contemporains, avec la même passion d'exactitude. C'était une chose curieuse qu'ils connussent les moindres détails de scènes, qui d'habitude se passent de tout témoin. C'était à croire que les intéressés avaient été les premiers à fournir le public de renseignements exacts, par dévouement pour la vérité.

Christophe, de plus en plus gêné, essayait de causer d'autre chose avec ses voisins. Mais aucun ne s'occupait de lui. Ils avaient bien commencé par lui poser quelques vagues questions sur l'Allemagne,—questions qui lui avaient révélé, à son grand étonnement, l'ignorance absolue, où étaient ces gens distingués et qui semblaient instruits, des choses les plus élémentaires de leur métier—littérature et art—en dehors de Paris; tout au plus s'ils avaient entendu parler de quelques grands noms: Hauptmann, Sudermann, Liebermann, Strauss (David, Johann, ou Richard?) parmi lesquels ils s'aventuraient prudemment, de peur de faire quelque fâcheuse confusion. Au reste, s'ils avaient questionné Christophe, c'était par politesse, non par curiosité: ils n'en avaient aucune; à peine s'ils prirent garde à ce qu'il répondit; ils se hâtèrent de revenir aux questions parisiennes qui délectaient le reste de la table.

Christophe timidement tenta de parler de musique. Aucun de ces littérateurs n'était musicien. Au fond, ils regardaient la musique comme un art inférieur. Mais soi! succès croissant, depuis quelques années, leur causait un secret dépit; et, puisqu'elle était à la mode, ils feignaient de s'y intéresser. Ils faisaient grand bruit surtout d'un récent opéra, dont ils n'étaient pas loin de faire dater la musique, ou tout au moins l'ère nouvelle de la musique. Leur ignorance et leur snobisme s'accommodaient de cette idée, qui les dispensait de connaître le reste. L'auteur de cet opéra, un Parisien, dont Christophe entendait le nom pour la première fois, avait, disaient certains, fait table rase de tout ce qui était avant lui, renouvelé de toutes pièces, re-créé la musique. Christophe sursauta. Il ne demandait pas mieux que de croire au génie. Mais un génie de cette trempe, qui d'un coup anéantissait le passé!... Nom de nom! C'était un gaillard; comment diable avait-il pu faire?—Il demanda des explications. Les autres, qui eussent été bien embarrassés pour lui en donner, et que Christophe assommait, l'adressèrent au musicien de la bande, le grand critique musical, Théophile Goujart, qui lui parla aussitôt de septièmes et de neuvièmes. Christophe le suivit sur ce terrain. Goujart savait la musique à peu près comme Sganarelle savait le latin...

—... Vous n'entendez point le latin?

—Non.

—(Avec enthousiasme) Cabricias, arci thuram, catalamus, singulariter... bonus, bona, bonum...

Se trouvant en présence d'un homme, qui «entendait le latin», il se replia prudemment dans le maquis de l'esthétique. De ce refuge inexpugnable, il se mit à fusiller Beethoven, Wagner, et l'art classique, qui n'étaient pas en cause: (mais, en France, on ne peut louer un artiste, sans lui offrir en holocauste tous ceux qui ne sont pas comme lui). Il proclamait l'avènement d'un art nouveau, foulant aux pieds les conventions du passé. Il parlait d'une langue musicale, qui venait d'être découverte par le Christophe Colomb de la musique parisienne, et qui supprimait totalement la langue des classiques, en faisait une langue morte.

Christophe, tout en réservant son opinion sur le génie novateur, dont il attendait d'avoir vu les œuvres, se sentait en défiance contre ce Baal musical, à qui l'on sacrifiait la musique tout entière. Il était scandalisé d'entendre parler ainsi des maîtres; et il ne se rappelait pas que naguère, en Allemagne, il en avait dit bien d'autres. Lui qui se croyait là-bas un révolutionnaire en art, lui qui scandalisait par sa hardiesse de jugement et sa verte franchise,—dès les premiers mots en France, il se sentait devenu conservateur. Il voulut discuter, et il eut le mauvais goût de le faire, non pas en homme bien élevé, qui avance des arguments et ne les démontre pas, mais en homme du métier, qui va chercher des faits précis, et qui vous en assomme. Il ne craignit pas d'entrer dans des explications techniques; et sa voix, en discutant, montait à des intonations, bien faites pour blesser les oreilles d'une société d'élite, où ses arguments et la chaleur qu'il mettait à les soutenir paraissaient également ridicules. Le critique se hâta de mettre fin par un mot, dit d'esprit, à une discussion fastidieuse, où Christophe venait de s'apercevoir avec stupéfaction que son interlocuteur ne savait rien de ce dont il parlait. L'opinion était faite désormais sur l'Allemand pédantesque et suranné; et, sans qu'on la connût, sa musique fut jugée détestable. Mais l'attention de cette trentaine de jeunes gens, aux yeux railleurs, prompts à saisir les ridicules, avait été ramenée vers ce personnage bizarre, qui agitait avec des mouvements gauches et violents des bras maigres aux mains énormes, et qui dardait des regards furibonds, en criant d'une voix suraiguë. Sylvain Kohn entreprit d'en donner la comédie à ses amis.

La conversation s'était définitivement écartée de la littérature pour s'attacher aux femmes. À vrai dire, c'étaient les deux faces d'un même sujet: car dans leur littérature il n'était guère question que de femmes, et dans leurs femmes que de littérature, tant elles étaient frottées de choses ou de gens de lettres.

On parlait d'une honnête dame, connue dans le monde parisien, qui venait de faire épouser son amant à sa fille, pour mieux se le réserver. Christophe s'agitait sur sa chaise et faisait une grimace de dégoût. Kohn s'en aperçut; et, poussant du coude son voisin, il fit remarquer que le sujet semblait passionner l'Allemand, qui sans doute brûlait d'envie de connaître la dame. Christophe rougit, balbutia, puis finit par dire avec colère que de telles femmes il fallait les fouetter. Un éclat de rire homérique accueillit sa proposition; et Sylvain Kohn, d'un ton flûté, protesta qu'on ne devait pas toucher une femme, même avec une fleur... etc... etc... (Il était à Paris le chevalier de l'Amour.)—Christophe répondit qu'une femme de cette espèce n'était ni plus ni moins qu'une chienne, et qu'avec les chiens vicieux il n'y avait qu'un remède: le fouet. On se récria bruyamment. Christophe dit que leur galanterie était de l'hypocrisie, que c'étaient toujours ceux qui respectaient le moins les femmes, qui parlaient le plus de les respecter; et il s'indigna contre leurs récits scandaleux. On lui opposa qu'il n'y avait là aucun scandale, rien que de naturel; et tous furent d'accord pour reconnaître en l'héroïne de l'histoire non seulement une femme charmante, mais la Femme, par excellence. L'Allemand s'exclama. Sylvain Kohn lui demanda sournoisement comment était donc la Femme, telle qu'il l'imaginait. Christophe sentit qu'on lui tendait un panneau; mais il y donna en plein, emporté par sa violence et par sa conviction. Il se mit à expliquer à ces Parisiens gouailleurs ses idées sur l'amour. Il ne trouvait pas ses mots, il les cherchait pesamment, finissant par pêcher dans sa mémoire des expressions invraisemblables, disant des énormités qui faisaient la joie de l'auditoire, et ne se troublant pas, avec un sérieux admirable, une insouciance touchante du ridicule: car il ne pouvait pas ne pas voir qu'ils se moquaient de lui effrontément. À la fin, il s'empêtra dans une phrase, n'en put sortir, donna un coup de poing sur la table, et se tut.

On essaya de le relancer dans la discussion; mais il fronça les sourcils, et il ne broncha plus, les coudes sur la table, honteux et irrité. Il ne desserra plus les dents jusqu'à la fin du diner, si ce n'est pour manger et pour boire. Il buvait énormément, au contraire de ces Français, qui touchaient à peine à leurs vins. Son voisin l'y encourageait malignement, et remplissait son verre, qu'il vidait sans y penser. Mais, quoiqu'il ne fût pas habitué à ces excès de table, surtout après les semaines de privations qu'il venait de passer, il tint bon et ne donna pas le spectacle ridicule que les autres espéraient. Il restait absorbé; on ne faisait plus attention à lui: on pensait qu'il était assoupi par le vin. En outre de la fatigue qu'il avait à suivre une conversation française, il était las de n'entendre parler que de littérature,—acteurs, auteurs, éditeurs, bavardages de coulisses ou d'alcôves littéraires: à cela se réduisait le monde! Au milieu de ces figures nouvelles et de ce bruit de paroles, il ne parvenait à fixer en lui ni une physionomie, ni une pensée. Ses yeux de myope, vagues et absorbés, faisaient le tour de la table lentement, se posant sur les gens, et ne semblant pas les voir. Il les voyait pourtant mieux que quiconque; mais il n'en avait pas conscience. Son regard n'était point comme celui de ces Parisiens et de ces Juifs, qui happe à coups de bec des lambeaux d'objets, menus, menus, menus, et les dépèce en un instant. Il s'imprégnait longuement, en silence, des êtres, comme une éponge; et il les emportait. Il lui semblait n'avoir rien vu, et ne se souvenir de rien. Longtemps après,—des heures, souvent des jours,—lorsqu'il était seul et regardait en lui, il s'apercevait qu'il avait tout raflé.

Pour l'instant, il n'avait l'air que d'un lourdaud d'Allemand, qui s'empiffrait de mangeaille, attentif seulement à ne pas perdre une goulée. Et il ne distinguait rien, sinon qu'en écoutant les convives s'interpeller par leurs noms, il se demandait, avec une insistance d'ivrogne, pourquoi tant de ces Français avaient des noms étrangers: flamands, allemands, juifs, levantins, anglo ou hispano-américains...

Il ne s'aperçut pas que l'on se levait de table. Il restait seul assis; et il rêvait des collines rhénanes, des grands bois, des champs labourés, des prairies au bord de l'eau, de la vieille maman. Quelques convives causaient encore, debout, à l'autre bout de la salle. La plupart étaient déjà partis. Enfin il se décida, se leva, à son tour, et, ne regardant personne, il alla chercher son manteau et son chapeau accrochés à l'entrée. Après les avoir mis, il partait sans dire bonsoir, quand, par l'entrebâillement d'une porte, il aperçut dans un cabinet voisin un objet qui le fascina: un piano. Il y avait plusieurs semaines qu'il n'avait touché à un instrument de musique. Il entra, caressa amoureusement les touches, s'assit, et, son chapeau sur la tête, son manteau sur le dos, il commença de jouer. Il avait parfaitement oublié où il était. Il ne remarqua point que deux personnes se glissaient dans la pièce pour l'entendre. L'une était Sylvain Kohn, passionné de musique,—Dieu sait pourquoi! car il n'y comprenait rien, et il aimait autant la mauvaise que la bonne. L'autre était le critique musical, Théophile Goujart. Celui-là—(c'était plus simple)—ne comprenait ni n'aimait la musique; mais cela ne le gênait point pour en parler. Au contraire: il n'y a pas d'esprits plus libres que ceux qui ne savent point ce dont ils parlent: car il leur est indifférent d'en dire une chose plutôt qu'une autre.

Théophile Goujart était un gros homme, râblé et musclé; la barbe noire, de lourds accroche-cœur sur le front, un front qui se fronçait de grosses rides inexpressives, une figure mal équarrie, comme grossièrement sculptée dans du bois, les bras courts, les jambes courtes, une grasse poitrine: une sorte de marchand de bois, ou de portefaix auvergnat. Il avait des manières vulgaires et le verbe arrogant. Il était entré dans la musique par la politique, qui, dans ce temps-là, en France, était le seul moyen d'arriver. Il s'était attaché à la fortune d'un ministre de sa province, dont il s'était découvert vaguement parent ou allié,—quelque fils «du bâtard de son apothicaire».—Les ministres ne sont pas éternels. Quand le sien avait paru près de sombrer, Théophile Goujart avait abandonné le bateau, après en avoir emporté tout ce qu'il pouvait prendre, notamment des décorations: car il aimait la gloire. Las de la politique, où depuis quelque temps il commençait à recevoir, pour le compte de son patron, et même pour le sien, quelques coups assez rudes, il avait cherché, à l'abri des orages, une situation de tout repos, où il pourrait ennuyer les autres, sans être ennuyé lui-même. La critique était tout indiquée. Justement, une place de critique musical était vacante dans un des grands journaux parisiens. Le titulaire, un jeune compositeur de talent, avait été congédié, parce qu'il s'obstinait à dire ce qu'il pensait des œuvres et des auteurs. Goujart ne s'était jamais occupé de musique, et il ne savait rien: on le choisit sans hésiter. On en avait assez des gens compétents; au moins, avec Goujart, on n'avait rien à craindre; il n'attachait pas une importance ridicule à ses opinions; toujours aux ordres de la direction, et prêt à en faire passer les éreintements et les réclames. Qu'il ne fût pas musicien, c'était une considération secondaire. La musique, chacun en sait assez en France. Goujart avait vite acquis la science indispensable. Le moyen était simple: il s'agissait, aux concerts, de prendre pour voisin quelque bon musicien, si possible un compositeur, et de lui faire dire ce qu'il pensait des œuvres qu'on jouait. Au bout de quelques mois de cet apprentissage, on connaissait le métier: l'oison pouvait voler. À la vérité, ce n'était pas comme un aigle; et Dieu sait les sottises que Goujart déposait dans sa feuille, avec autorité! Il écoutait et lisait à tort et à travers, embrouillait tout dans sa lourde cervelle, et faisait arrogamment la leçon aux autres; il écrivait dans un style prétentieux, bariolé de calembours, et lardé de pédantismes agressifs; il avait une mentalité de pion de collège. Parfois, de loin en loin, il s'était attiré de cruelles ripostes: dans ces cas-là, il faisait le mort, et se gardait bien de répondre. Il était à la fois un gros finaud et un grossier personnage, insolent ou plat, selon les circonstances. Il faisait des courbettes aux chers maîtres, pourvus d'une situation ou d'une gloire officielle: (c'était le seul moyen qu'il eût d'évaluer sûrement le mérite musical.) Il traitait dédaigneusement les autres, et exploitait les faméliques.—Ce n'était pas une bête.

Malgré l'autorité acquise et sa réputation, dans son for intérieur il savait qu'il ne savait rien en musique; et il avait conscience que Christophe s'y connaissait très bien. Il se serait gardé de le dire; mais cela lui en imposait.—Et maintenant, il écoutait Christophe, qui jouait; et il s'évertuait à comprendre, l'air absorbé, profond, ne pensant à rien; il ne voyait goutte dans ce brouillard de notes, et il hochait la tête en connaisseur, mesurant ses signes d'approbation sur les clignements d'yeux de Sylvain Kohn, qui avait grand'peine à rester tranquille.

Enfin, Christophe, dont la conscience émergeait peu à peu des fumées du vin et de la musique, se rendit compte vaguement de la pantomime qui avait lieu derrière son dos; et, se tournant, il vit les deux amateurs. Ils se jetèrent aussitôt sur lui, et lui secouèrent les mains avec énergie,—Sylvain Kohn glapissant qu'il avait joué comme un dieu, Goujart affirmant d'un air doctoral qu'il avait la main gauche de Rubinstein et la main droite de Paderewski—(à moins que ce ne fût le contraire).—Ils s'accordaient tous deux pour déclarer qu'un tel talent ne devrait pas rester sous le boisseau, et ils s'engagèrent à le mettre en valeur. Pour commencer, tous deux comptaient bien en tirer pour eux-mêmes tout l'honneur et le profit possibles.

Dès le lendemain, Sylvain Kohn invita Christophe à venir chez lui, mettant aimablement à sa disposition l'excellent piano qu'il avait, et dont il ne faisait rien. Christophe, qui mourait de musique rentrée, accepta, sans se faire prier; et il usa de l'invitation.

Les premiers soirs, tout alla bien. Christophe était tout au bonheur de jouer; et Sylvain Kohn mettait une certaine discrétion à l'en laisser jouir en paix. Lui-même en jouissait sincèrement. Par un de ces phénomènes bizarres, que chacun peut observer, cet homme qui n'était pas musicien, qui n'était pas artiste, qui avait le cœur le plus sec, le plus dénué de toute poésie, de toute bonté profonde, était pris sensuellement par ces musiques, qu'il ne comprenait pas, mais d'où se dégageait pour lui une force de volupté. Malheureusement, il ne pouvait pas se taire. Il fallait qu'il parlât, tout haut, pendant que Christophe jouait. Il soulignait la musique d'exclamations emphatiques, comme un snob au concert, ou bien il faisait des réflexions saugrenues. Alors, Christophe tapait le piano, et déclarait qu'il ne pouvait pas continuer ainsi. Kohn s'évertuait à se taire; mais c'était plus fort que lui: il se remettait aussitôt à ricaner, gémir, siffloter, tapoter, fredonner, imiter les instruments. Et quand le morceau était fini, il eût crevé, s'il n'avait fait part à Christophe de ses ineptes réflexions.

Il était un curieux mélange de sentimentalité germanique, de blague parisienne, et de fatuité qui lui appartenait en propre. Tantôt c'étaient des jugements apprêtés et précieux, tantôt des comparaisons extravagantes, tantôt des indécences, des obscénités, des insanités, des coquecigrues. Pour louer Beethoven, il y voyait des polissonneries, une sensualité lubrique. Il trouvait un élégant badinage dans de sombres pensées. Le quatuor en ut dièze mineur lui semblait aimablement crâne. Le sublime adagio de la Neuvième Symphonie lui rappelait Chérubin. Après les trois coups qui ouvrent la Symphonie en ut mineur, il criait: «N'entrez pas! Il y a quelqu'un!» Il admirait la bataille de Heldenleben, parce qu'il prétendait y reconnaître le ronflement d'une automobile. Et partout, des images pour expliquer les morceaux, et des images puériles, incongrues. On se demandait comment il pouvait aimer la musique. Cependant, il l'aimait; à certaines de ces pages, qu'il comprenait de la façon la plus cocasse, les larmes lui venaient aux yeux. Mais, après avoir été ému par une scène de Wagner, il tapotait sur le piano un galop d'Offenbach, ou chantonnait une scie de café-concert, après l'Ode à la joie. Alors Christophe bondissait, et il hurlait de colère.—Mais le pire n'était pas quand Sylvain Kohn était absurde; c'était quand il voulait dire des choses profondes et délicates, quand il voulait poser aux yeux de Christophe, quand c'était Hamilton, et non Sylvain Kohn, qui parlait. Dans ces moments-là, Christophe dardait sur lui un regard chargé de haine, et il l'écrasait sous des paroles froidement injurieuses, qui blessaient l'amour-propre de Hamilton: les séances de piano se terminaient fréquemment par des brouilles. Mais, le lendemain, Kohn avait oublié; et Christophe, qui avait remords de sa violence, s'obligeait à revenir.

Tout cela n'eût encore été rien, si Kohn avait pu se retenir d'inviter des amis à entendre Christophe. Mais il avait besoin de faire montre de son musicien.—La première fois que Christophe trouva chez Kohn trois ou quatre petits Juifs et la maîtresse de Kohn, une grande fille enfarinée, bête comme un panier, qui répétait des calembours ineptes et parlait de ce qu'elle avait mangé, mais qui se croyait musicienne, parce qu'elle étalait ses cuisses, chaque soir, dans une Revue des Variétés,—Christophe fit grise mine. La deuxième fois, il déclara tout net à Sylvain Kohn qu'il ne jouerait plus chez lui. Sylvain Kohn jura ses grands dieux qu'il n'inviterait plus personne. Mais il continua en cachette, installant ses invités dans une pièce voisine. Naturellement, Christophe finit par s'en apercevoir; il s'en alla, furieux, et, cette fois, ne revint plus.

Toutefois, il devait ménager Kohn, qui le présentait dans des familles cosmopolites et lui trouvait des leçons.

De son côté, Théophile Goujart vint, quelques jours après, chercher Christophe dans son taudis. Il ne se montra pas offusqué de le trouver si mal logé. Au contraire: il fut charmant. Il lui dit:

—J'ai pensé que cela vous ferait plaisir d'entendre un peu de musique; et comme j'ai mes entrées partout, je suis venu vous prendre.

Christophe fut ravi. Il trouva l'attention délicate, et remercia avec effusion. Goujart était tout différent de ce qu'il l'avait vu, le premier soir. Seul à seul avec lui, il était sans morgue, bon enfant, timide, cherchant à s'instruire. Ce n'était que lorsqu'il se trouvait avec d'autres qu'il reprenait instantanément son air supérieur et son ton cassant. D'ailleurs, son désir de s'instruire avait toujours un caractère pratique. Il n'était pas curieux de ce qui n'était pas d'actualité. Pour le moment, il voulait savoir ce que Christophe pensait d'une partition qu'il avait reçue, et dont il eut été bien embarrassé pour rendre compte: car il lisait à peine ses notes.

Ils allèrent ensemble à un concert symphonique. L'entrée en était commune avec un music-hall. Par un boyau sinueux, on accédait à une salle sans dégagements: l'atmosphère était étouffante; les sièges, trop étroits, entassés; une partie du public se tenait debout, bloquant toutes les issues:—l'inconfortable français. Un homme, qui semblait rongé d'un incurable ennui, dirigeait au galop une symphonie de Beethoven, comme s'il avait hâte que ce fût fini. Les flonflons d'une danse du ventre venaient, du café-concert voisin, se mêlera la marche funèbre de l'Héroïque. Le public arrivait toujours, s'installait, se lorgnait. Quand il eut fini d'arriver, il commença de partir. Christophe tendait les forces de son cerveau pour suivre le fil de l'œuvre, à travers cette foire; et, au prix d'efforts énergiques, il parvenait à y avoir du plaisir,—(car l'orchestre était habile, et Christophe était sevré depuis longtemps de musique symphonique),—quand Goujart le prit par le bras, et lui dit, au milieu du concert.

—Maintenant, nous partons. Nous allons à un autre concert.

Christophe fronça le sourcil; mais il ne répliqua point, et il suivit son guide. Ils traversèrent la moitié de Paris. Ils arrivèrent dans une autre salle, qui sentait l'écurie, et où, à d'autres heures, on jouait des féeries et des pièces populaires:—(la musique, à Paris, est comme ces ouvriers pauvres qui se mettent à deux pour louer un logement: lorsque l'un sort du lit, l'autre entre dans les draps chauds.)—Point d'air, naturellement: depuis le roi Louis XIV, les Français le jugent malsain; et l'hygiène des théâtres, comme autrefois celle de Versailles, est qu'on n'y respire point. Un noble vieillard, avec des gestes de dompteur, déchaînait un acte de Wagner: la malheureuse bête—l'acte—ressemblait à ces lions de ménagerie, ahuris d'affronter les feux de la rampe, et qu'il faut cravacher pour les faire ressouvenir qu'ils sont pourtant des lions. De grosses pharisiennes et de petites bécasses assistaient à cette exhibition, le sourire sur les lèvres. Après que le lion eut fait le beau, que le dompteur eut salué, et qu'ils eurent été récompensés tous deux par le tapage du public, Goujart eut la prétention d'emmener encore Christophe à un troisième concert. Mais, cette fois, Christophe fixa ses mains aux bras de son fauteuil, et il déclara qu'il ne bougerait plus: il en avait assez de courir d'un concert à l'autre, attrapant au passage, ici des miettes de symphonie, là des bribes de concerto. En vain, Goujart essayait de lui expliquer que la critique musicale à Paris était un métier, où il était plus essentiel de voir que d'écouler. Christophe protesta que la musique n'était pas faite pour être entendue en fiacre, et qu'elle voulait du recueillement. Ce mélange de concerts lui tournait le cœur: un seul lui suffisait, à la fois.

Il était bien surpris de cette incontinence musicale. Il croyait, comme la plupart des Allemands, que la musique tenait en France peu de place; et il s'attendait à ce qu'on la lui servît par petites rations, mais très soignées. On lui offrit, pour commencer, quinze concerts en sept jours. Il y en avait pour tous les soirs de la semaine, et souvent deux ou trois par soir, à la même heure, dans des quartiers différents. Pour le dimanche, il y en avait quatre, à la même heure, toujours. Christophe admirait cet appétit de musique. Il n'était pas moins frappé de l'abondance des programmes. Il pensait jusque-là que ses compatriotes avaient la spécialité de ces goinfreries de sons, qui lui avaient plus d'une fois répugné en Allemagne. Il constata que les Parisiens leur eussent rendu des points à table. On leur faisait bonne mesure: deux symphonies, un concerto, une ou deux ouvertures, un acte de drame lyrique. Et de toute provenance: allemand, russe, scandinave, français,—bière, champagne, orgeat et vin,—ils avalaient tout, sans broncher. Christophe s'émerveillait que les oiselles de Paris eussent un aussi vaste estomac. Cela ne les gênait guère! Le tonneau des Danaïdes... Il ne restait rien au fond.

Christophe ne tarda pas à remarquer que cette quantité de musique se réduisait en somme à fort peu de chose. Il trouvait à tous les concerts les mêmes figures et les mêmes morceaux. Ces programmes copieux ne sortaient jamais du même cercle. Presque rien avant Beethoven. Presque rien après Wagner. Et dans l'intervalle, que de lacunes! Il semblait que la musique se réduisît à cinq ou six noms célèbres en Allemagne, à trois ou quatre en France, et, depuis l'alliance franco-russe, à une demi-douzaine de morceaux moscovites.—Rien des anciens Français. Rien des grands Italiens. Rien des colosses Allemands du XVIIe et du XVIIIe siècles. Rien de la musique allemande contemporaine, à l'exception du seul Richard Strauss, qui, plus avisé que les autres, venait lui-même chaque année imposer ses œuvres nouvelles au public parisien. Rien de la musique belge. Rien de la musique tchèque. Mais le plus étonnant: presque rien de la musique française contemporaine.—Cependant, tout le monde en parlait, en termes mystérieux, comme d'une chose qui révolutionnait le monde. Christophe était à l'affût des occasions d'en entendre; il avait une large curiosité, sans parti pris: il brûlait du désir de connaître du nouveau, d'admirer des œuvres de génie. Mais malgré tous ses efforts, il ne parvenait pas à en entendre: car il ne comptait pas trois ou quatre petits morceaux, assez finement écrits, mais froids et sagement compliqués, auxquels il n'avait pas prêté grande attention.

En attendant de se faire une opinion par lui-même, Christophe chercha à se renseigner auprès de la critique musicale.

Ce n'était pas aisé. Elle ressemblait à la cour du roi Pétaud. Non seulement les différentes feuilles musicales se contredisaient l'une l'autre à cœur-joie; mais chacune d'elles se contredisait elle-même, d'un article à l'autre. Il y aurait eu de quoi en perdre la tête, si l'on avait tout lu. Heureusement, chaque rédacteur ne lisait que ses propres articles, et le public n'en lisait aucun. Mais Christophe, qui voulait se faire une idée exacte des musiciens français, s'acharnait à ne rien passer; et il admirait le calme guilleret de ce peuple, qui se mouvait dans la contradiction, comme un poisson dans l'eau.

Au milieu de ces divergences d'opinions, une chose le frappa: l'air doctoral des critiques. Qui donc avait prétendu que les Français étaient d'aimables fantaisistes, qui ne croyaient à rien? Ceux que voyait Christophe étaient enharnachés de plus de science musicale,—même quand ils ne savaient rien,—que toute la critique d'outre-Rhin.

En ce temps-là, les critiques musicaux français s'étaient décidés à apprendre la musique. Il y en avait même quelques-uns qui la savaient: c'étaient des originaux; ils s'étaient donné la peine de réfléchir sur leur art et de penser par eux-mêmes. Ceux-là, naturellement, n'étaient pas très connus: ils restaient cantonnés dans leurs petites revues; à une ou deux exceptions près, les journaux n'étaient pas pour eux. Braves gens, intelligents, intéressants, que leur isolement inclinait parfois au paradoxe, et l'habitude de causer tout seuls, à l'intolérance de jugement et au bavardage.—Les autres avaient appris hâtivement les rudiments de l'harmonie; et ils restaient ébahis devant leur science récente. Ainsi que monsieur Jourdain, lorsqu'il vient d'apprendre les règles de la grammaire, ils étaient dans l'émerveillement:

—D, a, Da, F, a, Fa, R, a, Ra... Ah! que cela est beau!... Ah! la belle chose que de savoir quelque chose!...

 クリストフは扉とびらをがたりといわして出て行った。ヘヒトは肩をそびやかした。そして、笑ってるシルヴァン・コーンに言った。
「皆と同じように、また頼みに来るようになりますよ。」
彼は心中ではクリストフをかっていた。かなり聡明そうめいだったから、作品の価値ばかりではなく、また人間の価値を感ずることができるのだった。クリストフの攻撃的な憤りのもとに、彼は一つの力を見て取っていた。そして力の稀まれなこと――他の方面よりもいっそう芸術界において稀なこと――をよく知っていた。しかし自尊心の反発があった。いかなることがあっても自分の方が誤ってるとは承認したくなかった。クリストフの真価を認めてやりたいという公平な心はもっていたが、少なくとも向こうから頭を下げて来ない以上は、認めてやることができなかった。彼はクリストフがまたやって来るのを待った。彼は悲しい悲観思想と人生の経験とによって、困窮のためには人の意志もかならずや卑しくなるということを、よく知っていた。

クリストフは宿に帰った。憤りは落胆に代わっていた。万事終わった気がしていた。当てにしていたわずかな支持も、こわれてしまったのである。ただにヘヒトばかりではなく、紹介の労を取ってくれたコーンとも、永遠の敵となったのだと疑わなかった。敵都における絶対の孤独だった。ディーネルとコーンとのほかには、一人の知人もなかった。ドイツで交誼こうぎを結んだ美しい女優のコリーヌは、パリーにいなかった。彼女はまだ他国巡業中で、アメリカに行っていて、こんどは独立でやっていた。有名になっていたのである。新聞には彼女の旅の華々はなばなしい記事が出ていた。また彼は、思いがけなくも職を失わせた結果になってる、あの若い家庭教師のフランス婦人については、長い間考えることに苛責かしゃくの種となったので、パリーへ行ったら捜し出そうと、幾度みずから誓ったかわからなかった(第四巻反抗参照)。しかし今パリーへ来てみると、たった一つのことを忘れてるのに気がついた。それは彼女の姓だった。どうしても思い出せなかった。ただアントアネットという名だけしか覚えていなかった。それにまた、もし思い出すことがあろうとも、こんなにたくさんの人が集まってる中で、一人の若い家庭教師たる彼女をどうして見出せよう!
彼はできるだけ早く、糊口ここうの道を立てなければならなかった。もう五フランしか残っていなかった。彼は主人へ、でっぷりした飲食店の主人へ、この付近にピアノの稽古けいこを受けそうな人はいないだろうかと、嫌々いやいやながらも思い切って尋ねてみた。主人は日に一度しか食事をせずにドイツ語を話してるこの宿泊人を、前からあまり尊敬してはいなかったが、一音楽家にすぎないことを知ると、そのわずかな敬意をも失ってしまった。音楽を閑人ひまじんの業わざだと考える古めかしいフランス人だったのである。彼は馬鹿にしてかかった。
「ピアノですって……。あなたはピアノをたたくんですか。結構なことですな。……だが、すき好んでそんな商売をやるたあ、どうも不思議ですね。私にゃどんな音楽を聞いても雨が降るようにしか思えないんですが……。あとで私にも教えてもらいますかな。どう思う、君たちは?」と彼は酒を飲んでる労働者らの方へ向いて叫んだ。
彼らは騒々しく笑った。
「きれいな商売だ。」と一人が言った。「汚きたなかねえよ。それに、女どもの気に入るからな。」
クリストフにはまだフランス語がそうよくはわからなかった。悪口はなおさらだった。彼はなんと言おうかと考えた。怒おこっていいものかどうかわからなかった。おかみさんは彼を気の毒に思った。
「まあ、フィリップ、冗談にしてるんだね。」と彼女は亭主へ言った。――それからクリストフへ向かってつづけて言った。「でもたぶん、だれかあるでしょうよ。」
「だれだい?」と亭主が尋ねた。
「グラッセの娘さん。ピアノを買ってもらったっていうじゃないの。」
「ああ、あの見栄坊どもか。なるほど。」
クリストフは肉屋の娘のことだと教えられた。両親は彼女をりっぱな令嬢に育てたがっていた。たとい近所の評判になるためばかりにでも、娘が稽古けいこを受けることを承知しそうだった。宿屋のおかみさんがあっせんしてやろうと約束した。
翌日彼女は、肉屋のおかみさんが会いたがってるとクリストフに知らした。彼は出かけて行った。ちょうどおかみさんは、獣の死骸しがいのまん中に帳場にすわっていた。顔艶つやのよい愛嬌あいきょう笑いのある美しい女で、彼がやって来た訳を知ると、大風おおふうな様子をした。すぐに彼女は報酬の高を尋ねだして、ピアノは気持のよいものではあるが必要なものではないから、たくさん払うわけにはゆかないと急いでつけ加えた。一時間に一フラン出そうときり出した。そのあとで彼女は、半信半疑の様子で、音楽をよく心得ているのかとクリストフに尋ねた。心得てるばかりでなく自分で作りもすると彼が答えると、彼女は安心したらしく、前よりも愛想よくなった。自分で作るということが彼女の自尊心を喜ばした。娘が作曲家から稽古けいこを受けてるという噂うわさを、彼女は近所に広めるつもりだった。
翌日クリストフは、肉屋の娘といっしょにピアノについた。それはギターのような音がする、出物で買った恐ろしい楽器だった。娘の指は太くて短く、鍵キーの上にまごついてばかりいた。彼女は音と音との区別もできなかった。退屈でたまらなかった。初めから彼の眼の前で欠伸あくびをやり始めた。そのうえ彼は、母親の監視や説明を受け、音楽および音楽数育に関する彼女の意見を聞かされた。すると彼はもう、非常に惨みじめな気持になり、惨めな恥さらしの気持になって、腹をたてるだけの力もなかった。彼はまた失望落胆に陥った。ある晩などは食事することもできなかった。数週間のうちにここまで落ちて来た以上は、今後どこまで落ちてゆくことであろう。ヘヒトの申し出に反抗したのもなんの役にたったか。現在甘受してる仕事の方が、さらに堕落したものではなかったか。
ある晩、彼は自分の室で涙にくれた。絶望的に寝台の前にひざまずいて祈った。だれに祈ったのか? だれに祈り得たのか? 彼は神を信じていなかった。神が存在しないことを信じていた。……しかし、祈らざるを得なかった。自己に祈らざるを得なかった。かつて祈ることのないものは、凡人のみである。強い魂にも時々その聖殿に隠れる必要があることを、彼らは知らないのである。クリストフは一日の屈辱からのがれると、心の鳴り渡る沈黙のうちに、自分の永久存在の現前を感じた。惨めなる生活の波は、彼の下に立ち騒いでも、両者の間には共通なものが何かあったか? 破壊を事とするこの世のあらゆる悩みは、その巌いわおにたいして砕け散ったではないか。クリストフは、あたかも身内に海があるように、動脈の高鳴るのを聞き、一つの声がくり返し言うのを聞いた。
「永遠だ……俺おれは……俺は。」
彼はその声をよく知っていた。記憶の及ぶ限り昔から、彼はいつもその声を聞いてたのである。ただ時々忘れることがあった。往々幾月もの間、その力強い単調な律動リズムを、意識しないことがあった。しかし彼は、その声がいつも存在していて、暗夜に怒号する大洋のように、決して響きやまぬことを知っていた。その音楽のうちに浸ることに、静安と精力とを見出してはくみ取るのだった。そして慰安を得て起たち上がった。否、いかほどつらい生活をしていても、少しも恥ずべきではなかった。顔を赤らめずに自分のパンを食し得るのだった。かかる代価をもって彼にパンを買わしてる人々こそ、顔を赤らむべきであった。忍耐だ! やがて時期が来るだろう……。
しかし翌日になると、また忍耐がなくなり始めるのだった。彼はできるだけ我慢をしてはいたが、ついにある日、馬鹿でおまけに横着なその女郎めろうにたいして、稽古けいこ中に癇癪かんしゃくを破裂さした。彼女は彼の言葉つきをあざけったり、小意地悪くも彼の言うところと反対のことばかりをしたのである。クリストフが怒鳴りつけるのにたいして、この馬鹿娘は、金を払ってる男から尊敬されないのを憤りまた恐れて、喚わめきたてて答えた。打たれたのだと叫んだ。――(クリストフはかなり乱暴に彼女の腕を揺ゆすったのだった。)――母親は猛烈な勢いで駆け込んでき、娘をやたらに接吻せっぷんし、クリストフをののしりちらした。亭主ていしゅの方もやって来て、プロシャの乞食こじきめに娘に手を触れさせるものかと言い切った。クリストフは憤怒ふんぬのあまり蒼あおくなり、恥ずかしくなり、亭主や女房や娘を、締め殺すかもしれない気がして、驟雨しゅううを構わず逃げ出した。宿の者らは、彼が狼狽ろうばいしてもどって来るのを見ると、すぐ事情をうち明けさした。隣人一家にたいして好意をもたなかった彼らは、その話を面白がった。しかし晩になると、ドイツ人の方こそ娘をなぐるような畜生だという噂うわさが、その界隈かいわいにくり返し伝えられた。

クリストフは方々の楽譜店に新しい交渉を試みた。しかしなんの甲斐かいもなかった。彼はフランス人を冷淡な人間だと思った。そして彼らの乱雑な行動に驚かされた。傲慢ごうまん専断な官僚気風に支配された無政府的社会、そういう印象を彼は受けた。
ある晩彼は、奔走の無結果にがっかりして大通りをさまよってると、向こうから来るシルヴァン・コーンの姿を認めた。仲違たがいをしたことと信じていたので、彼は眼をそらして、向こうの知らないうちに通り過ぎようとした。しかしコーンの方で呼びかけた。
「あの日からどうしてたんだ?」と彼は笑いながら尋ねた。「君のところへ行こうと思ったが、宿所を忘れたものだからね……。君、僕は見違えていたよ。君は実にえらい男だ。」
クリストフはびっくりしまた多少極きまり悪くもなって、相手の顔をながめた。
「僕に怒おこってはいないのかい。」
「君に怒るって? 何を言いってるんだ!」
彼は怒るどころか、クリストフがヘヒトをやりこめた仕方を、たいへん愉快がっていた。おかげで面白い目に会ったのだった。ヘヒトとクリストフとどちらが道理だか、そんなことは問題でなかった。彼は自分に与えてくれる面白みの程度によって、人の顔を見てるのだった。そして、きわめて面白い興味の種を、クリストフのうちに見て取って、それを利用したがっていた。
「会いに来てくれるとよかったんだ。」と彼はつづけて言った。「僕は待っていたんだ。ところで今晩は、どうしてるんだい? 飯を食いに行こう。もう放さないよ。ちょうど仲間が集まることになってる。何人かの芸術家だけで、半月に一度の会合なんだ。こういう連中も知っておく必要がある。来たまえ。僕が紹介してやろう。」
クリストフは服装がひどいからと断わったが駄目だめだった。シルヴァン・コーンは彼を引っ張っていった。
二人は大通りのある料理店にはいって、二階へ上がった。そこには三十人ばかりの青年らが集まっていた。二十歳から三十歳ばかりの連中で、盛んに議論をしていた。コーンはクリストフを、ドイツから来た脱獄者だと紹介した。彼らはクリストフになんらの注意も向けず、熱心な議論を中止しもしなかった。コーンも来る早々から、その議論に加わりだした。
クリストフはそういうりっぱな連中に気後きおくれがして、口をつぐんだまま、懸命に耳を澄ました。彼は芸術上のいかなる大問題が議論されてるのか理解し得なかった――フランス語の早い饒舌じょうぜつについてゆきかねたのである。いくら耳を澄ましても、ようやく聞き取り得るのは、「芸術の威厳」とか「著作者の権利」とかいう言葉に交ってる、「トラスト」、「壟断ろうだん」、「代価の低廉」、「収入額」などという言葉ばかりだった。がついに、商業上の問題であることに気づいた。ある営利組合に属してるらしい幾人かの作家が、事業の独占を争って反対の一組合が設けられるという計画にたいして、憤慨してるのであった。数名の仲間が、全然敵方へ移った方が利益だと見て裏切ってしまったので、彼らは激怒の絶頂に達しているのであった。頭をたたき割りかねないような調子で話していた、「……堕落……裏切り……汚辱……売節……」などと。
また他の者らは、現在の作家を攻撃してはいなかった。印税なしの出版で市場をふさいでる故人を攻撃していた。ミュッセの作品は近ごろ無版権となったので、あまりに売れすぎるらしかった。それで、過去の傑作を廉価に頒布はんぷするのは、現存作家の商売品にたいする不公平な競争であって、それに対抗するために、過去の傑作には重税を課するという有効な政府の保護を、彼らは要求していた。
彼らは両方とも議論をやめて、昨晩の興行で某々の作品が得た収入額に耳を傾けだした。両大陸に有名なある老練戯曲家の幸福に、うっとりと聞き惚ほれた――彼らはその戯曲家を軽蔑けいべつしてはいたが、それよりもなお多くうらやんでいたのである。――彼らは作者の収入から、批評家の収入に移っていった。仲間の名高い一人の批評家が、ある通俗劇場の初回興行ごとにその提灯ちょうちん持ちをして、幾何いくばくの金をもらってるかを――(もちろんまったくの中傷ではあろうが)――話し合った。その批評家は正直者であった。一度約束をするとそれを忠実に果たした。しかしその大なる手腕は――(彼らの言うところによれば)――幾度も初回興行があるように、上演作をできるだけ早くやめさせるような讃ほめ方をすることであった。その話コント――(もしくは金額コント)――に皆大笑いをしたが、だれも驚く者はなかった。
そういう話の間々に彼らは、たいそうな言葉を口にしていた。「詩」のことを話したり、「芸術のための芸術ラール・プール・ラール」の話をしていた。騒がしい収入問題の中ではそれが、「金銭のための芸術ラール・プール・ラルジャン」と響いていた。クリストフは、フランス文学の中に新しくはいってきたこの周旋人的な風習に、不快の念を覚えた。彼は少しも金銭問題がわからなかったので、議論を傾聴するのをやめてしまった。その時、彼らは文学談を、――あるいはむしろ文学者談を――始めた。そしてヴィクトル・ユーゴーの名前が聞こえたので、クリストフは耳をそばだてた。
それは、ユーゴーがその夫人から欺かれたかどうかの問題だった。彼らは長々と、サント・ブーヴとユーゴー夫人との恋愛を論じ合った。そのあとで彼らは、ジョルジュ・サンドの多くの情夫やその価値の比較を語りだした。それは当時の文学批評界の大問題だった。偉大な人々の家宅探索をし、その戸棚とだなを検査し、引き出しの底を探り、箪笥たんすをぶちまけた後、批評界はその寝所をまでのぞき込んだ。国王とモンテスパン夫人との寝台の下に腹匐はらばいになったローザン氏の姿勢は、ちょうど批評界が歴史と真実とを崇たっとんで取ってる姿勢と同じだった。――(当時人々は皆、真実を崇拝していた。)――クリストフの同席者らは、真実の崇拝にとらえられてることをよく示した。この真実の探求においては、彼らは疲れを知らなかった。彼らは過去の芸術にたいすると同じく、現在の芸術にたいしてもそれを試みていた。そして正確さにたいする同じ熱情をもって、最も顕著な現代人の私生活を分析した。普通だれからも知られないようなごく細かな情景にまで、彼らは不思議なほど通じていた。あたかもその当事者らが率先して、真実にたいする奉仕の念から、正確な消息を世間に提供してるかと思われるほどだった。
クリストフはますます当惑して、隣席の人々と他のことを話そうと試みた。しかしだれも相手にしてくれなかった。それでも初めは、ドイツに関する漠然ばくぜんたる問いをかけてくれた。しかしその問いは、これらの教養あるらしい秀ひいでた人々が、パリー以外ではその専門――文学および芸術――の最も初歩の事柄をも、まったく知らないでいることを示すので、クリストフは非常に驚いた。ハウプトマン、ズーデルマン、リーベルマン、ストラウス(それもダヴィドかヨハンかリヒャールトかわからない)、などという幾人かの偉人の名前を、彼らはようやく耳にしてるくらいのもので、そういう人たちのことをも、おかしな取り違えをしはすまいかと恐れて、用心深く話してゆくのであった。それにまた、彼らがクリストフに尋ねかけるのも、ただ一片の挨拶あいさつからで、好奇心からではなかった。彼らは少しも好奇心をもっていなかった。彼の答えにもろくろく注意を払わなかった。そしてすぐに、他の連中が夢中になってるパリーの問題の方へ、急いで加わっていった。
クリストフはおずおずと、音楽談を試みようとした。がそれらの文学者中には、一人も音楽のわかる者はいなかった。内心彼らは、音楽を下級な芸術だと見なしていた。しかし数年来音楽が成功の度を増してゆくので、ひそかに不快の念をいだいていた。そして音楽が流行になってるというので、それに興味をもっているらしく装よそおっていた。ことにある新しい歌劇オペラのことを盛んに口にしていた。その歌劇こそ音楽の初めであり、あるいは少なくも、音楽に一新紀元を画するものであるとまで、唱えかねまじき様子だった。彼らの無知と軽薄とはそういう考えによく調和して、彼らはもう他のことを知る必要を感じなかった。その歌劇の作者は、クリストフが初めて名前を聞いたパリー人だったが、ある人々の説によれば、以前に存在しているすべてのものを一新し、あらゆる作を改新し、音楽を改造したのであった。クリストフは驚いて飛び上がった。彼は何よりも天才を信じたがってはいた。しかしながら、一挙に過去を覆くつがえすそういう天才があろうか。……馬鹿な! それは猪いのしし武者だ。どうしてそんなことができるものか。――彼は説明を求めた。人々は説明に当惑し、またクリストフから執拗しつように尋ねられるので、仲間じゅうでの音楽家であり音楽の大批評家であるテオフィル・グージャールへうち任せた。グージャールはすぐに七度音程と九度音程とについて話しだした。クリストフはその点で彼を追求した。グージャールの音楽の知識は、スガナレルのラテン語の知識程度だった……。
――……君はラテン語を知らないのですか。
――知りません。
――(威勢よく彼は言った。)カブリキアス、アルキ・チュラム、カタラミュス、シンギュラリテル……ボニュス、ボナ、ボニュム……。
ところがグージャールは、「ラテン語を知っている」男を相手にしていることを見て取って、用心深く美学の荊棘けいきょく地に立てこもった。その攻略不可能な避難所から、問題外のベートーヴェンやワグナーや古典芸術を射撃し始めた。(フランスでは、ある芸術家をほめる場合には、かならず他派の者すべてを血祭りにするのである。)過去の因襲を蹂躙じゅうりんして新芸術が君臨するのを、彼は宣言した。パリー音楽のクリストファー・コロンブスによって発見された音楽の言葉のことを、彼は語った。それは古典の言葉を死語となして、それを全然廃滅させるものであった。
クリストフはその革命的天才にたいする意見を差し控え、作品を見てから何か言うつもりではあったが、人々が音楽全体をささげつくしてるその音楽上のバール神にたいして、疑惑を感ぜざるを得なかった。また楽匠らにたいするかかる言を聞くと、不快な気がした。つい先ごろドイツにおいて彼自身、他の多くの楽匠らのことを云々うんぬんしたのは、もう忘れてしまっていた。あちらでは芸術上の革命者をもって任じていた彼であり、批判の大胆さと血気に逸はやった率直さとで他人の気を害した彼でありながら、フランスで一言発しようとすると、保守的になってるのをみずから感じた。彼は論争しようとした。しかも理論を提出はするがそれを証明しようとはしない教養ある人間としてではなく、正確な事実を探求しそれで人を押えつけようとする職業家として、論議するの悪趣味をもっていた。彼は専門的な説明にはいることをも恐れなかった。論じながら彼の声は、この選良たちの耳には聞き苦しいほど調子高くなっていった。彼の議論とそれを支持する熱烈さとが、ともに彼らには滑稽こっけいに思われた。批評家グージャールは、一言の警句を吐いて、その途方もない議論を片付けようとあせった。クリストフは、自分の言うところを相手が少しも知っていないのに気づいて、呆然ぼうぜんとしてしまった。それから、この衒学げんがく的な陳腐ちんぷなドイツ人にたいして、人々は一つの意見をたててしまった。だれも彼の音楽を知らないくせに、くだらない音楽に違いないと判断してしまった。けれども、ただちに滑稽こっけいな点をつかむ嘲笑ちょうしょう的な眼をもってる、それら三十人ばかりの青年らの注意は、この奇怪な人物の方へ向けられていた。彼は手先の大きな痩やせ腕を、拙劣に乱暴に振り動かし、金切声で叫びながら、激越な眼つきで見回すのだった。シルヴァン・コーンは、友人らに茶番を見せてるつもりだった。
話はまったく文学から離れて、婦人の方へ向いていった。実を言えば、それは同じ問題の両面であった。なぜなら、彼らの文学中ではほとんど婦人だけが問題だったし、婦人の中ではほとんど文学だけが問題だった。それほど婦人らは、文学上の事柄や人に関係深かった。
パリーの社交界に名を知られている一人のりっぱな夫人が、自分の情人をしかと引き止めておくために娘と結婚さしたという噂うわさに、彼らの話は落ちていった。クリストフは椅子いすの上でいらだちながら、渋面じゅうめんをしていた。コーンはその様子に気づいた。そして隣りの者を肱ひじでつつきながら、あのドイツ人が話にやきもきしているところを見ると、きっとその婦人を知りたくてたまらながってるに違いないと、注意してやった。クリストフは真赤まっかになって口ごもっていたが、ついに憤然として、そういう女こそ鞭むち打つべきだと言った。人々はどっと笑い出してその提議を迎えた。するとシルヴァン・コーンはやさしい声で、花や……何……何……をもってしても、婦人にさわるべきではないと抗議した。(彼はパリーにおいて、愛の騎士であった。)――クリストフはそれに答えた、そういう種類の女は牝犬めすいぬに等しいものであって、よからぬ犬にたいしては、ただ一つの良薬すなわち鞭むちがあるばかりであると。人々はやかましく異議をもち出した。クリストフは言った、彼らの任侠にんきょうは偽善であって、婦人を最も尊敬しているらしい口をきく者こそ、最も婦人を尊敬しないのが常であると。そして彼はその破廉恥な話を憤慨した。人々はそれに反対して、この話には少しも破廉恥な点はなく、自然な点ばかりだと言った。そしてこの話の女主人公も、ただ優美な婦人であるばかりでなく、卓越した女性であるということに、皆の意見は一致した。ドイツ人は叫びたてた。それなら女性とはどういうものだと思っているのかと、シルヴァン・コーンは狡猾こうかつに尋ねた。クリストフは罠わなを張られているのを感じた。しかし彼は奮激と確信とに駆られて、それにすっかり引っかかった。彼はそれらの嘲弄ちょうろう的なパリー人に向かって、自分の恋愛観を説明しだした。しかし適当な言葉が見つからずぐずぐずその言葉を捜し求め、記憶をたどってはほんとうらしからぬ表現をばかりあさり、とんでもないことを言い出しては聴きき手を愉快がらせ、しかもこの上なく真面目まじめくさって、笑われてもさらに平気で、泰然と言いつづけた。いくら彼でも、厚かましく嘲笑されてることに気づかないではなかったが、それを気にかけなかったのである。ついに彼は、ある文句にはまり込んで、それから脱することができず、テーブルを拳固げんこで一撃し、そして口をつぐんだ。
人々は彼をさらに議論の中へ引き込もうとした。しかし彼は眉まゆをしかめて、恥ずかしげないらだった様子で、テーブルの上に両肱をつき、もう誘いに乗らなかった。食ったり飲んだりすること以外には、食事の終わるまで、もはや歯の根をゆるめなかった。葡萄ぶどう酒にろくろく口をつけようともしないそれらのフランス人に引き代え、彼はやたらに痛飲した。隣りの男は意地悪く彼を励まして、たえず杯を満たしてくれたが、彼は何の考えもなくそれを飲み干していた。彼はかかる暴飲暴食には慣れなかったけれども、ことにそれは数週間の節食の後ではあったけれども、よくもち堪えることができて、人々が望んでるような滑稽こっけいな様子は見せなかった。ただ何かぼんやり考え込んでいた。人々はもう彼に注意しなかった。彼は酒のためにうとうとしてるのだと思われていた。彼はフランス語の会話を聞き取るの疲れ以外に、文学――俳優、作者、出版者、文学上の楽屋や寝所――の詩ばかりなのにも、聞き疲れていた。世界がそれだけの範囲に狭せばまったかのようだった。周囲の新しい人々の顔や響きなどから、彼は一つの顔形も一つの思想もはっきりとらえることができなかった。注意のこもらないぼんやりした彼の近視眼は、おもむろに食卓を見回して、人々の上にじっとすわりながらも、別に見ているようでもなかった。けれども彼はだれよりもよく人々を見ていた。ただそれを意識していないだけだった。彼の眼は、ごく細かな物の断片を嘴くちばしでくわえてそれを一瞬間に噛かみ砕くような、それらのパリー人やユダヤ人などの眼と違っていた。彼は海綿のように、沈黙のうちに徐々に人々を吸い込み、そしてもち去るのであった。彼自身も、何にも見ず何にも記憶しないような気がしていた。彼が一人になって自分自身のうちをながめ、すべてを奪い取ってきたと気づくのは、長い後――数時間またはしばしば数日の後――であった。
しかしこの時彼は、一口も食べそこなうまいとしてやたらに頬張ほおばる、愚鈍なドイツ人の様子をしか示していなかった。そして、仲間の者らが呼びかわす名前よりほかには、何にも聞き取っていなかった。それら多くのフランス人が、フラマン人やドイツ人やユダヤ人や東洋人やイギリス産アメリカ人やスペイン産アメリカ人などのような、外国人的な名前をどうしてもってるのかを、彼は酔っ払いの執拗しつようさで怪しんでいた。
彼は人々が食卓から立ち上がったのに気づかなかった。ただ一人すわったままでいた。そしてライン河畔の丘、大きな森、耕された畑、水辺の牧場、年老いた母、などのことを夢想していた。数人の仲間がまだ、室の向こうの隅すみで立ち話をしていた。多くの者はもう出かけてしまっていた。彼もついに思い切って立ち上がり、だれにも眼をくれずに、入口にかかってる自分のマントと帽子とを取りに行った。それらを身につけてから、挨拶あいさつもせずに出かけようとした。その時扉とびらの開き目から、隣りの控え室に、ある物を見つけて夢中になった。それは一台のピアノだった。彼は数週間なんらの楽器にも手を触れたことがなかったのである。彼はその室にはいり、なつかしげに鍵キーをなで、腰をおろしてしまって、帽子をかぶりマントを着たままで、演奏し始めた。どこの家だかすっかり忘れていた。二人の男が聞きに忍び込んできたのもわからなかった。一人はシルヴァン・コーンだった。彼は音楽熱愛家だった――なぜだかは人間にはわからない。というのは、彼は音楽に少しも理解がなかったし、いいのも悪いのも同じように好んでいたから。も一人は音楽批評家のテオフィル・グージャールだった。この男は――(いっそう簡単だが)――音楽を理解しても愛してもいなかった。しかし音楽談をやって少しもはばからなかった。否はばかるどころではない。自分が何を言ってるのか自分で知らない人ぐらい自由なものはないのだ。どういうことを言おうとまったく平気だから。
テオフィル・グージャールは、背中のむくむくとした筋肉の太い肥大漢だった。黒い髯ひげ、首に重々しくたれさがった毛、没表情の太い皺しわが寄ってる額ひたい、粗雑な木彫のように変な四角形な顔、短い腕、短い脚あし、でっぷりした胸、まるで木挽こびきかオーヴェルニュの人夫みたいだった。その素振りは卑しく言葉は横柄おうへいだった。当時フランスで唯一の成功の道たる政治界から、音楽界に移ってきたのだった。初めは、同郷出身の一大臣の財産を目当てにした。自分がその大臣の親戚しんせきか因縁の者かであることを――「大臣の抱かかえ医者の私生児」の倅せがれででもあるらしいことを――おぼろげに発見したのだった。ところが大臣というものはいつまでもつづきはしない。テオフィル・グージャールは、自分の大臣が失脚しそうになると、取れるだけのものを取ってから見捨ててしまった。ことに勲章をおもに引き出した。栄誉が好きだったのである。それからやがて、保護者もまた自分自身も、かなりきびしい打撃を受け始めると、もう政治に厭気いやけがさして、騒動の害を被らないような仕事を、他人に迷惑をかけても自分は迷惑を受けないような安全な地位を、捜し求めた。何から考えても批評界がいちばんよさそうだった。ちょうどパリーのある大きな新聞に、音楽批評の口があいていた。この前それを受け持ってた者は、才能ある青年作曲家だったが、作品や作家にたいしてあくまでも自分の意見を述べるので、やめさせられたのだった。グージャールはかつて音楽に関係したことがなく、音楽については何も知らなかった。がすぐに選ばれてしまった。才幹のある候補者はいくらもあった。しかし少なくともグージャールなら、なんらの心配もいらなかった。彼はばかばかしく自説を重んじはしなかった。いつでも編集者の命令どおりに、非難をも賛辞をも書くのだった。音楽家でないなどということは、第二義的の問題だった。フランスではだれでもかなり音楽を知ってるのだ。グージャールはすぐに必要な知識を得てしまった。その方法は簡単だった。音楽会で、あるいい音楽家かまたできるなら作曲家の隣りにすわって、演奏作品にたいする意見を吐かせることだった。そういう見習いを数か月やると、もうその方面のことに明るくなるのだった。鵞鳥がちょうの雛ひなでも飛べるようになるのだった。実際グージャールは鷲わしなんかではなかった。彼がその新聞にいかめしく書いた批評の馬鹿さ加減は、知る人ぞ知る! 彼はでたらめに聞いたり読んだりし、自分の鈍重な頭の中ですべてを混乱させ、そして他人に傲然ごうぜんと教訓を与えていた。洒落しゃれまじりのいやに学者ぶった気障きざな文章だった。彼は学生監みたいな心をもっていた。時とすると、ごくまれに無惨な反駁はんばくを招くこともあった。そういう場合には、知らない顔をして答弁すまいと用心した。彼は愚かな偽君子であるとともにまた粗笨そほんな人物であって、時の事情によってあるいは傲慢ごうまんになりあるいは穏和になった。公の地位か栄誉か(それによってのみ彼は音楽上の価値を確実に認定したがっていた)をもってさえおれば、そういう大家連中にはしきりに腰を低くしていた。その他の者にたいしては軽蔑けいべつ的な態度を取り、また食うに困ってる者を利用していた――それは馬鹿なやり方ではなかった。
彼は権威を得また名声を博したにもかかわらず、内心では、少しも音楽に通じていないことを知っていた。そしてクリストフが音楽にきわめて理解深いことを認めた。用心して口へは出さなかったが一種の威圧を感じた。そして今、クリストフの演奏に耳を傾けた。余念なくじっと注意を凝らしてるようなふうで理解しようとつとめた。そしてこの音楽の霧の中に何物をも見て取ることができなかったけれども、じっとしてるのを苦しがってるシルヴァン・コーンの瞬またたきに応じて、賞賛の様子を示しながら、もっともらしくうなずいていた。
ついにクリストフは、酒と音楽との陶酔から次第に覚さめてきて、背後に行なわれてる無言の所作をぼんやり感づいた。ふり向いて見ると、二人の愛好家が立っていた。二人はすぐに彼へ駆け寄って、力強く握手をした。――シルヴァン・コーンは、彼が神のように演奏したと甲高かんだかに叫び、グージャールは学者ぶった様子で、彼がルビンシュタインのような左手とパデレウスキーのような右手を――(あるいは反対かもしれないが)――もってると断言した。二人とも口をそろえて、かかる才能が長く埋もれるはずはないと公言し、その真価を世に紹介しようと約した。そしてまず手始めに二人とも、できるだけの名誉と利益とを自分のために引き出すつもりだった。

その翌日から、シルヴァン・コーンはクリストフを自宅に招いて、もってはいるがなんの役にもたてていないりっぱなピアノを、親切にも勝手に使わしてくれた。クリストフは音楽をやりたくてたまらながっていたので、少しも遠慮せずに承諾した。その招待を利用した。
初めのうちの晩は、万事都合よくいった。クリストフはピアノがひけるのでこの上もなくうれしかった。シルヴァン・コーンは控え目な態度をして彼を静かに享楽さしておいた。そして彼自身も心から享楽していた。だれでも認め得るおかしな現象の一つではあるが、この男は、音楽家でなく、芸術家でもなく、最も干乾ひからびた心をもち、あらゆる詩趣や深い慰悦の情などに最も乏しくはあったが、クリストフの音楽から肉感的な魅惑を受けた。少しも理解しはしなかったが、一つの快楽的な力を感じた。ただ不幸にも、彼は黙ってることができなかった。クリストフが演奏してる間にも、声高に口をきかずにはおられなかった。音楽会に臨んだ気取りやのように、大袈裟おおげさな賛辞を音楽に加えたり、あるいはとんでもない考案を述べたりした。するとクリストフはピアノを打ちたたき、こんなではひきつづけられないと言ってのけた。コーンは黙ってようとつとめた。しかし自分を押えることができなかった。またすぐに、冷笑したり、唸うなり声を出したり、口笛を吹いたり、指先で調子を取ったり、鼻声を出したり、楽器の真似まねをしたりした。そして一曲が終わることに、自分のくだらない意見をぜひともクリストフに述べようとした。
彼は、ゲルマン風の感傷性と、パリー人的な空威張からいばりと、生来の自惚うぬぼれとが、不思議に混合してる人物だった。あるいは得意げな気取った判断を述べ、あるいは不条理な比較を試み、あるいは無作法なこと、卑猥ひわいなこと、狂気じみたこと、駄洒落だじゃれめいたこと、などを口にした。ベートーヴェンをほめるのに、その作品には悪ふざけや淫蕩いんとうな肉感があると言っていた。陰鬱いんうつな思想中にもみやびな饒舌じょうぜつを見出していた。嬰ハ短調の四重奏曲も、彼にはちょっと小気味よいものだと思えた。第九交響曲の崇厳なアダジオは彼に大天使を想像さした。ハ短調の交響曲を開く三つの音のあとで彼は、「はいってはいけない、人がいるぞ!」と叫んだ。彼は英雄の生涯の戦争の章に、自動車の響きが認められるからと言って、それを嘆賞した。その他いつでも、楽曲を説明するのに比喩ひゆの事柄をもち出したが、それも幼稚な的はずれのものばかりだった。どうして彼が音楽を好むのか不思議なほどだった。それでも彼は音楽を好んでいた。ある曲を聞くと、最も滑稽こっけいな理解の仕方をしながらも、眼に涙をためることさえあった。しかし、ワグナーの一場面に感動したあとに、オフェンバッハのギャロップをピアノでたたき出したり、喜びの頌歌を聞いたあとに、奏楽珈琲店のたまらない一節ひとふしを口ずさんだりした。するとクリストフは飛び上がって、憤りの声をたてた。――しかし最もいけないのは、シルヴァン・コーンが馬鹿げたことをする時ではなくて、深奥な精緻せいちなことを言いたがる時であり、クリストフの眼に自分を見せかけたがる時であり、シルヴァン・コーンではなくハミルトンが口をきく時であった。そういう時クリストフは、嫌悪けんおの眼つきを彼に注ぎ、冷酷な悪罵あくばを彼に浴びせかけた。ハミルトンの自尊心はそれに傷つけられた。ピアノの演奏会も喧嘩けんかに終わることがしばしばだった。しかし翌日になるとコーンはもう忘れてしまっていた。クリストフは自分の乱暴さを後悔して、またやって来ざるを得なかった。
それでもなお、もしコーンがクリストフの演奏に他人を招待するのを控えていたら、何事もなく済んだはずである。ところが彼は友人の音楽家を人に見せびらかしたがった。――最初招かれて来たのは三、四人のユダヤ人と、コーンの情婦とであった。彼女は白粉だらけの大きな馬鹿げきった女で、つまらない洒落しゃれをくり返し言い、食べたもののことばかりを話し、しかも、毎晩寄席よせでへんてこな踊りをしてるからというので、音楽家だとうぬぼれていた。――クリストフは嫌いやな顔をした。二度目にはシルヴァン・コーンへ向かって、もう彼の家では演奏しないときっぱり言い切った。シルヴァン・コーンは神かけて、これからだれも招かないと誓った。しかし彼は呼んだ客たちを隣室に入れて、ひそかに前どおりにしつづけた。もとよりクリストフは長く気づかないではいなかった。彼は腹をたてて帰ってゆき、このたびはもう二度とやって来なかった。
それでも彼は、コーンを許してやらなければならなかった。コーンは彼を国家的偏見のない家庭に紹介して、稽古けいこの口を見つけてくれたのであった。

テオフィル・グージャールの方は、幾日かあとに、クリストフをその汚きたない住居へ、自分から訪ねてきた。彼はクリストフのみじめな生活を見ても、さらに嫌気いやけを示さなかった。否かえって愛嬌あいきょうがよかった。彼は言った。
「時々音楽を少し聞くのも、君には愉快だろうと思ったし、僕はどこへでもはいれるので、誘いに来たんです。」
クリストフはたいへんうれしがった。向こうの志をいかにも親切に感じて、心から感謝した。グージャールは、最初の晩とはまったく様子が変わっていた。二人でさし向かいになると、少しも高ぶらず、おとなしく、内気で、みずから学ぼうとばかりしていた。優越な様子と高飛車な調子とを一時取るのは、多くの者といっしょの時だけであった。それにまた、みずから学ぼうとする彼の志望は、いつも実際的な性質を帯びてるのだった。当面のことでないものには、少しも興味をもたなかった。ところで目下は、手元に届いたある総譜について、クリストフの意見を知りたがっていた。ろくにその音符も読めなかったので、どう考えていいかすこぶる困ってるのだった。
二人はいっしょにある交響曲演奏会へ行った。入口はある演芸場と共通になっていた。曲がりくねった狭い廊下を通って、出口のない広間に達した。中の空気は息苦しかった。座席は狭すぎるうえにぎっしりつまっていた。聴衆の一部分は出入口をふさいでつっ立っていた。すべてフランス式の不快さだった。退屈たいくつでたまらながっているらしい一人の男が、ベートーヴェンの交響曲シンフォニーを、早く終えたいと思ってるかのように急速度で指揮していた。隣りの奏楽珈琲店から響いてくる腹踊りの折り返し句が、エロイカの葬送行進曲に交っていた。聴衆はたえずやって来ては席について、目配せをしあった。やって来るのが済むと、帰りかける者が出てきた。クリストフはそれらの雑踏の間にも、頭の力を集中して作品の筋をたどった。そして非常な努力を払ってから、愉快を感ずるようになった。――(なぜなら、その管絃楽団は上手じょうずだったし、またクリストフは長い間交響曲を聞かないでいたから。)――するとちょうどグージャールが、彼の腕を取って、演奏最中に言った。
「もう出かけよう。ほかの音楽会へ行こう。」
クリストフは眉まゆをしかめた。しかしなんとも答え返さないで、案内されるままに従った。二人はパリーを半分ほども横切って他の音楽会場へ着いた。馬小屋みたいな匂においがする広間で、時間を違えて、夢幻的なものと通俗的なものとをやっていた。――(パリーにおいては、音楽は、二人組んで一つの室を借りる貧しい労働者に似ていた。一人が寝床から出ると、その温あたたかい蒲団ふとんの中にも一人がはいるのである。)――もとより空気は通わない。ルイ十四世以来フランス人は、空気を不健康なものだと考えている。そして劇場の衛生法は、ヴェルサイユ宮殿の昔の衛生法のように、少しも息をしないということである。一人の上品な老人が、獣使いのような身振りで、ワグナーの一幕を指揮していた。不幸な獣――その一幕――は、ちょうど見世物の獅子ししに似ていた。脚燈の火に触れはすまいかと狼狽ろうばいしているが、一方では鞭むち打たれて、無理にも獅子だということを思い起こさせられているのである。物知りげな女たちや無神経な娘たちが、唇くちびるに微笑を浮かべて見物していた。獅子がうまく芸当をやり、獅子使いが敬礼をして、両方とも見物の喝采かっさいに報いられたあとに、グージャールはなおクリストフを、三番目の音楽会へ連れて行こうとした。しかしこんどは、クリストフは椅子いすの肱掛ひじかけから両手を離さないで、もう動くのは嫌いやだと言ってのけた。ここでは交響曲シンフォニーの切れ端を、あすこでは協奏曲コンセルトの断片を、通りがかりに聞きかじりながら、音楽会から音楽会へと駆け回るのは、もうたくさんだった。グージャールはいたずらに、パリーでの音楽批評は聴きくより見る方が主要な仕事だと、説明してやろうと試みた。クリストフはそれに抗弁して、音楽は辻つじ馬車の中で聴くようにできてるものではなくて、もっと心をこめて聴くべきものだと言った。方々の音楽会をごっちゃに聴きかじるのは、彼にはとても堪えられなかった。一つの音楽会を一度聴くだけで十分だった。
彼は音楽会の数多いのにたいへん驚かされた。彼は多くのドイツ人と同じく、フランスでは音楽は大した地位を占めてはいないものと思っていた。そして少量ではあるがごく凝ったものを聴かしてもらえることと、期待していた。ところが初めの一週間に、十五、六もの音楽会が前に並べられた。平日毎晩音楽会があったし、また異なった町で同じ時間に、一晩二つ三つあることもしばしばだった。日曜日には、いつも同じ時間に四つあった。クリストフはそういう音楽欲に感心した。また番組の豊富なのにも同じく驚かされた。彼はこれまで、ドイツ人は音響にたいする特殊な貪婪どんらん性を有していると考えていたし、その貪婪性についてドイツで一度ならず不快を覚えたことがあった。ところが今彼は、パリー人の方がすぐれた食欲をもってることを認めた。パリーでは実に盛もりだくさんだった、二つの交響曲シンフォニー、一つの協奏曲コンセルト、一つもしくは二つの序曲、叙情劇一幕。しかもドイツやロシアやスカンジナヴィアやフランスなど各国でできたもの――ビールやシャンパンや巴旦杏はたんきょう酒や葡萄ぶどう酒――を、彼らはすべて一気に飲み下した。この愚図ぐずのフランス人らがそんな大きな胃袋をもってるのに、クリストフは感嘆させられた。だが彼らはそれくらいのことには平気だった。ダナイードの樽たる……いくらつぎ込んでも底には何も残らなかった。
やがてクリストフは、かく多量の音楽も、結局はごく少量にすぎないことを気づいた。あらゆる音楽会に同じ顔と同じ楽曲とを見出した。その豊富な番組は、決して一定の範囲を出てなかった。ベートーヴェン以前のものはほとんど何もなかった。ワグナー以後のものはほとんど何もなかった。また中間のものもまったく欠けていた。ドイツで著名な五、六人の作と、フランスで著名な三、四人の作と、また仏露同盟以来は、ロシアの五つ六つの曲とに、音楽はすべて限られてるかのようだった。――古いフランス人のものは何もなかった。イタリーの大家のものは何もなかった。十七、八世紀のドイツの偉人のものは何もなかった。リヒァルト・シュトラウス一人を除けば、現代のドイツ音楽は何もなかった。シュトラウスは他の人々よりも怜悧れいりで、自分の新作をパリーの聴衆に聞かせに、毎年みずからやって来たのである。ベルギーの音楽は何もなかった。チェコの音楽は何もなかった。しかし最も驚くべきことには、現代のフランス音楽がほとんど何もなかった。――それでも世人は皆、世界を革新する事柄をでも話すような様子ありげな言葉で、フランス現代音楽のことを話していた。クリストフはその演奏を聴く機会をねらった。彼はなんらの偏見もなく広い好奇心をいだいていた。新しいものを知りたくてたまらなかったし、天才の作品を賛美したくてたまらなかった。しかしいかに努力しても、そういうものを聴くにいたらなかった。というのは、それが三、四の小曲なんかだろうとは思っていなかったからである。かなり精功に書かれてはいるが冷やかで上手に入り組ませてある小曲で、彼はそれに大して注意を払っていなかった。

クリストフは自説をたてるまでにまず、音楽批評界の情勢を知ろうとつとめた。
それは容易なことではなかった。音楽批評界は、各人が自分勝手なペトー王廷に似ていた。音楽に関する種々の新聞雑誌は、おかしなほどたがいに矛盾してるのみでなく、また同じ新聞雑誌のうちでも、各記事ごとにたがいに矛盾していた。そのすべてを読んでたら、目がまわるかもしれないほどだった。幸いにも、各記者は自分の論説しか読んでいなかったし、公衆はどの論説も読んではいなかった。しかしクリストフは、フランスの音楽家らについて正確な観念を得たかったので、何一つ見落とすまいとつとめた。そして彼は、魚が水中を泳ぐように平然と、矛盾の中に動き回ってるこの民衆の、快活な冷静さに感嘆させられた。
それらの錯雑した意見の中で、一つの事柄が彼の心を打った。それは多くの批評家の学者的な態度であった。フランス人は何事をも信じないすてきな空想家だとは、だれの戯言たわごとぞ! クリストフが見たフランス人は、ラインの彼方かなたのあらゆる批評家よりも、さらに多く音楽上の知識をそなえていた――何にも知らない時でさえも。
この当時、フランスの音楽批評家は、音楽を学び知ろうとつとめていた。すでに音楽を知ってる者も幾人かあった。それらは皆独創家で自分の芸術に関する考察に努力し、みずから一人で思考しようとしていた。もとよりそれらの人々は有名ではなかった。自分の小さな雑誌の中にとじこもっていた。一、二の例外を除いては、諸新聞雑誌は彼らの味方でなかった。彼らは怜悧な面白いりっぱな人々ではあったが、孤立してるために往々逆説に傾きやすく、また仲間だけで言論する習慣のために、仮借かしゃくなき批判と饒舌じょうぜつとに傾きがちだった。――その他の批評家らも、和声ハーモニーの初歩を急速に覚え込んでいた。その新しく得た知識に感心していた。ちょうどジュールダンさんが文法の規則を学んだ時のように、彼らは自分の知識に恍惚こうこつとなっていた。
「デー、アー、ダ。エフ、アー、ファ。エル、アー、ラ……。ああ実にいい……。何かを知るのは実にいいことだ!……」

 

Ils ne parlaient plus que de sujet et de contre-sujet, d'harmoniques et de sons résultants, d'enchaînements de neuvièmes et de successions de tierces majeures. Quand ils avaient nommé les suites d'harmonies qui se déroulaient dans une page, ils s'épongeaient le front avec fierté: ils croyaient avoir expliqué le morceau; ils croyaient presque l'avoir écrit. À vrai dire, ils n'avaient fait que le répéter, en termes d'école, comme un collégien qui fait l'analyse grammaticale d'une page de Cicéron. Mais il était si difficile aux meilleurs de concevoir la musique comme une langue naturelle de l'âme que, lorsqu'ils n'en faisaient pas une succursale de la peinture, ils la logeaient dans les faubourgs de la science, et ils la réduisaient à des problèmes de construction harmonique. Des gens aussi savants devaient naturellement en remontrer aux musiciens passés. Ils trouvaient des fautes dans Beethoven, donnaient de la férule à Wagner. Pour Berlioz et pour Gluck, ils en faisaient des gorges chaudes. Rien n'existait pour eux, à cette heure de la mode, que Jean-Sébastien Bach, et Claude Debussy. Encore le premier, dont on avait beaucoup abusé dans ces dernières années, commençait-il à paraître pédant, perruque, et, pour tout dire, un peu coco. Les gens très distingués prônaient mystérieusement Rameau, et Couperin dit le Grand.

Entre ces savants hommes, des luttes épiques s'élevaient. Ils étaient tous musiciens; mais comme ils ne l'étaient pas tous de la même manière, ils prétendaient, chacun, que sa manière seule était la bonne, et ils criaient: raca! sur celles de leurs confrères. Ils se traitaient mutuellement de faux littérateurs et de faux savants; ils se lançaient à la tête les mots d'idéalisme et de matérialisme, de symbolisme et de vérisme, de subjectivisme et d'objectivisme. Christophe se disait que ce n'était pas la peine d'être venu d'Allemagne, pour trouver à Paris des querelles d'Allemands. Au lieu de savoir gré à la bonne musique de leur offrir à tous tant de façons diverses d'en jouir, ils ne toléraient pas d'autre façon que la leur; et un nouveau Lutrin, une guerre acharnée, divisait en ce moment les musiciens en deux armées: celle du contrepoint, et celle de l'harmonie. Comme les Gros-boutiens et les Petits-boutiens, les uns soutenaient âprement que la musique devait se lire horizontalement, et les autres qu'elle devait se lire verticalement. Ceux-ci ne voulaient entendre parler que d'accords savoureux, d'enchaînements fondants, d'harmonies succulentes: ils parlaient de musique, comme d'une boutique de pâtisserie. Ceux-là n'admettaient point qu'on s'occupât de l'oreille, cette guenille: la musique était pour eux un discours, une Assemblée parlementaire, où les orateurs parlaient tous à la fois, sans s'occuper de leurs voisins, jusqu'à ce qu'ils eussent fini; tant pis si on ne les entendait pas! On pourrait lire leurs discours, le lendemain, au Journal officiel: la musique était faite pour être lue, et non pour être entendue. Quand Christophe ouït parler, pour la première fois, de cette querelle entre les Horizontalistes et les Verticalistes, il pensa qu'ils étaient tous fous. Sommé de prendre parti entre l'armée de la Succession et l'armée de la Superposition, il leur répondit par sa devise habituelle, qui n'était pas tout à fait celle de Sosie:

—Messieurs, ennemi de tout le monde!

Et comme ils insistaient, demandant:

—De l'harmonie et du contrepoint, qu'est-ce qui importe le plus en musique?

Il répondit:

—La musique. Montrez-moi donc la vôtre!

Sur leur musique, ils étaient tous d'accord. Ces batailleurs intrépides, qui se gourmaient à qui mieux mieux, quand ils ne gourmaient point quelque vieux mort illustre, dont la célébrité avait trop duré, se trouvaient réconciliés en une passion commune: l'ardeur de leur patriotisme musical. La France était pour eux le grand peuple musical. Ils proclamaient sur tous les tons la déchéance de l'Allemagne.—Christophe n'en était pas blessé. Il l'avait tellement décrétée lui-même qu'il ne pouvait de bonne foi contredire à ce jugement. Mais la suprématie de la musique française l'étonnait un peu: à vrai dire, il en voyait peu de traces dans le passé. Les musiciens français affirmaient cependant que leur art avait été admirable, en des temps très anciens. Pour mieux glorifier la musique française, ils commençaient par ridiculiser toutes les gloires françaises du siècle dernier, à part celle d'un seul maître très bon, très pur, qui était Belge. Cette exécution faite, on en était plus à l'aise pour admirer des maîtres archaïques, qui tous étaient oubliés, et dont certains étaient restés jusqu'à ce jour totalement inconnus. Au rebours des écoles laïques de France, qui font dater le monde de la Révolution française, les musiciens regardaient celle-ci comme une chaîne de montagnes, qu'il fallait gravir pour contempler, derrière, l'âge d'or de la musique, l'Eldorado de l'art. Après une longue éclipse, l'âge d'or allait renaître: la dure muraille s'effondrait; un magicien des sons faisait refleurir un printemps merveilleux; le vieux arbre de musique revêtait un jeune plumage tendre; dans le parterre d'harmonies, mille fleurs ouvraient leurs yeux riants à l'aurore nouvelle; on entendait bruire les sources argentines, le chant frais des ruisseaux: ... C'était une idylle.

Christophe était ravi. Mais quand il regardait les affiches des théâtres parisiens, il y voyait toujours les noms de Meyerbeer, de Gounod, de Massenet, voire de Mascagni et de Leoncavallo, qu'il ne connaissait que trop; et il demandait à ses amis si cette musique impudente, ces pâmoisons de filles, ces fleurs artificielles, cette boutique de parfumeur, étaient les jardins d'Armide, qu'ils lui avaient promis. Ils se récriaient, d'un air offensé: c'étaient, à les en croire, les derniers vestiges d'un âge moribond; personne n'y songeait plus.—À la vérité, Cavalleria Rusticana trônait à l'Opéra-Comique, et Pagliacci à l'Opéra; Massenet et Gounod faisaient le maximum; et la trinité musicale: Mignon, Les Huguenots et Faust, avaient gaillardement passé le cap de la millième représentation.—Mais c'étaient là des accidents sans importance; il n'y avait qu'à ne pas les voir. Quand un fait impertinent dérange une théorie, rien n'est plus simple que de le nier. Les critiques français niaient ces œuvres effrontées, ils niaient le public qui les applaudissait; et il n'aurait pas fallu les pousser beaucoup pour leur faire nier le théâtre musical tout entier. Le théâtre musical était pour eux un genre littéraire, donc impur. (Comme ils étaient tous littérateurs, ils se défendaient tous de l'être.) Toute musique expressive, descriptive, suggestive, en un mot toute musique qui voulait dire quelque chose, était taxée d'impure.—Dans chaque Français, il y a un Robespierre. Il faut toujours qu'il décapite quelqu'un ou quelque chose, afin de le rendre pur.—Les grands critiques français n'admettaient que la musique pure, et laissaient l'autre à la canaille.

Christophe se sentait mortifié, en songeant combien son goût était canaille. Ce qui le consolait un peu, c'était de voir que tous ces musiciens qui méprisaient le théâtre écrivaient pour le théâtre: il n'en était pas un qui ne composât des opéras.—Mais c'était là sans doute encore un accident sans importance. Il fallait les juger, comme ils le voulaient être, d'après leur musique pure. Christophe chercha leur musique pure.

Théophile Goujart le conduisit aux concerts d'une Société qui se consacrait à l'art national. Là, les gloires nouvelles étaient élaborées et couvées longuement. C'était un grand cénacle, une petite église, à plusieurs chapelles. Chaque chapelle avait son saint, chaque saint avait ses clients, qui médisaient volontiers du saint de la chapelle voisine. Entre tous ces saints, Christophe ne fit d'abord pas grande différence. Comme c'était naturel, avec ses habitudes d'un art tout autre, il ne comprenait rien à cette musique nouvelle, et comprenait d'autant moins qu'il croyait la comprendre.

Tout lui semblait baigné dans un demi-jour perpétuel. On eût dit une grisaille, où les lignes s'estompaient, s'enfonçaient, émergeaient par moments, s'effaçaient de nouveau. Parmi ces lignes, il y avait des dessins raides, rêches et secs, tracés comme à l'équerre, qui se repliaient avec des angles pointus, comme le coude d'une femme maigre. Il y en avait d'onduleux, qui se tortillaient comme des fumées de cigares. Mais tous étaient dans le gris. N'y avait-il donc plus de soleil en France? Christophe, qui, depuis son arrivée à Paris, n'avait eu que la pluie et le brouillard, était porté à le croire; mais c'est le rôle de l'artiste de créer le soleil, lorsqu'il n'y en a pas. Ceux-ci allumaient bien leur petite lanterne; seulement, elle était comme celle des vers luisants: elle ne réchauffait rien et éclairait à peine. Les titres des œuvres changeaient: il était parfois question de printemps, de midi, d'amour, de joie de vivre, de course à travers les champs; la musique, elle, ne changeait point; elle était uniformément douce, pâle, engourdie, anémique, étiolée.—C'était alors la mode en France, parmi les délicats, de parler bas en musique. Et l'on avait raison: car dès qu'on parlait haut, c'était pour crier: pas de milieu. On n'avait le choix qu'entre un assoupissement distingué et des déclamations de mélo.

Christophe, secouant la torpeur qui commençait à le gagner, regarda son programme; et il fut surpris de voir que ces petits brouillards qui passaient dans le ciel gris avaient la prétention de représenter des sujets précis. Car, en dépit des théories, cette musique pure était presque toujours de la musique à programme, ou tout au moins à sujets. Ils avaient beau médire de la littérature: il leur fallait une béquille littéraire sur laquelle s'appuyer. Étranges béquilles! Christophe remarqua la puérilité bizarre des sujets qu'ils s'astreignaient à peindre. C'étaient des vergers, des potagers, des poulaillers, des ménageries musicales, de vrais Jardins des Plantes. Certains transposaient pour orchestre ou pour piano les tableaux du Louvre, ou les fresques de l'Opéra; ils mettaient en musique Cuyp, Baudry, et Paul Potter; des notes explicatives aidaient à reconnaître, ici la pomme de Pâris, là l'auberge hollandaise, ou la croupe d'un cheval blanc. Cela semblait à Christophe des jeux de vieux enfants, qui ne s'intéressaient qu'à des images et qui, ne sachant pas dessiner, barbouillaient leurs cahiers de tout ce qui leur passait par la tête, inscrivant naïvement au-dessous, en grosses lettres, que c'était le portrait d'une maison ou d'un arbre.

À côté de ces imagiers aveugles, qui voyaient avec leurs oreilles, il y avait aussi des philosophes: ils traitaient en musique des problèmes métaphysiques; leurs symphonies étaient la lutte de principes abstraits, l'exposé d'un symbole ou d'une religion. Les mêmes, dans leurs opéras, abordaient l'étude des questions juridiques et sociales de leur temps: la Déclaration des Droits de la Femme et du Citoyen. On ne désespérait pas de mettre sur le chantier la question du divorce, la recherche de la paternité, et la séparation de l'Église et de l'État. Ils se divisaient en deux camps: les symbolistes laïques et les symbolistes cléricaux. Ils faisaient chanter des chiffonniers philosophes, des grisettes sociologues, des boulangers prophétiques, des pêcheurs apostoliques. Gœthe parlait déjà des artistes de son époque, «qui reproduisaient les idées de Kant dans des tableaux allégoriques». Ceux du temps de Christophe mettaient la sociologie en doubles croches. Zola, Nietzsche, Maeterlinck, Barrés, Jaurès, Mendès, l'Évangile et le Moulin Rouge, alimentaient la citerne, où les auteurs d'opéras et de symphonies venaient puiser leurs pensées. Nombre d'entre eux, grisés par l'exemple de Wagner, s'étaient écriés: «Et moi aussi, je suis poète!»—et ils alignaient avec confiance sous leurs lignes de musique des bouts-rimés, ou non rimés, en style d'école primaire ou de feuilleton décadent.

Tous ces penseurs et ces poètes étaient des partisans de la musique pure. Mais ils aimaient mieux en parler qu'en écrire.—Il leur arrivait pourtant quelquefois d'en écrire. C'était alors de la musique qui ne voulait rien dire. Le malheur était qu'elle y réussissait souvent: elle ne disait rien du tout—du moins à Christophe.—Il est vrai qu'il n'en avait pas la clef.

Pour comprendre une musique étrangère, on doit se donner la peine d'en apprendre la langue, et ne pas croire qu'on la sait d'avance. Christophe le croyait, comme tout bon Allemand. Il était excusable. Beaucoup de Français eux-mêmes ne la comprenaient pas mieux que lui. Comme ces Allemands du temps du roi Louis XIV, qui s'évertuaient à parler français et qui avaient fini par oublier leur langue, les musiciens français du XIXe siècle avaient si longtemps désappris la leur que leur musique était devenue un idiome étranger. Ce n'était que depuis peu qu'un mouvement avait commencé pour parler français en France. Ils n'y réussissaient pas tous: l'habitude était bien forte; et à part quelques-uns, leur français était belge, ou gardait un fumet germanique. Il était donc naturel qu'un Allemand s'y trompât et déclarât, avec son assurance ordinaire, que c'était là du mauvais allemand, qui ne signifiait rien, puisque lui, n'y comprenait rien.

Christophe ne s'en faisait pas faute. Les symphonies françaises lui semblaient une dialectique abstraite, où les thèmes musicaux s'opposaient ou se superposaient, à la façon d'opérations arithmétiques: pour exprimer leurs combinaisons, on aurait pu aussi bien les remplacer par des chiffres, ou par des lettres de l'alphabet. L'un bâtissait une œuvre sur l'épanouissement progressif d'une formule sonore, qui, n'apparaissant complète que dans la dernière page de la dernière partie, restait â l'état de larve pendant les neuf dixièmes de l'œuvre. L'autre échafaudait des variations sur un thème, qui ne se montrait qu'à la fin, descendant peu à peu du compliqué au simple. C'étaient des joujoux très savants. Il fallait être à la fois très vieux et très enfant pour pouvoir s'en amuser. Cela avait coûté aux inventeurs des efforts inouïs. Ils mettaient des années à écrire une fantaisie. Ils se faisaient des cheveux blancs à chercher de nouvelles combinaisons d'accords,—pour exprimer...? Peu importe! Des expressions nouvelles. Comme l'organe crée le besoin, dit-on, l'expression finit toujours par créer la pensée: l'essentiel est qu'elle soit nouvelle. Du nouveau, à tout prix! Ils avaient la frayeur maladive du «déjà dit». Les meilleurs en étaient paralysés. On sentait qu'ils étaient toujours occupés à se surveiller peureusement, à effacer ce qu'ils avaient écrit, à se demander: «Ah! mon Dieu! où est-ce que j'ai déjà lu cela?»... Il y a des musiciens,—surtout en Allemagne,—qui passent leur temps à coller bout à bout les phrases des autres. Ceux de France contrôlaient, pour chacune de leurs phrases, si elle ne se trouvait pas dans leurs listes de mélodies déjà employées par d'autres, et à gratter, gratter, changer la forme de son nez, jusqu'à ce qu'il ne ressemblât plus à aucun nez connu, ni même à aucun nez.

Avec tout cela, ils ne trompaient pas Christophe: ils avaient beau s'affubler d'un langage compliqué et mimer des emportements surhumains, des convulsions d'orchestre, ou cultiver des harmonies inorganiques, des monotonies obsédantes, des déclamations à la Sarah-Bernhardt, qui partaient à côté du ton, et continuaient, pendant des heures, à marcher, comme des mulets, à demi assoupis, sur le bord de la pente glissante,—Christophe retrouvait, sous le masque, de petites âmes froides et fades, outrageusement parfumées, à la façon de Gounod et de Massenet, mais avec moins de naturel. Et il se redisait le mot injuste de Gluck, à propos des Français:

—Laissez-les faire: ils retourneront toujours à leurs ponts-neufs.

Seulement, ils s'appliquaient à les rendre très savants. Ils prenaient des chansons populaires pour thèmes de symphonies doctorales, comme des thèses de Sorbonne. C'était le grand jeu du jour. Tous les chants populaires et de tous les pays y passaient à tour de rôle.—Ils faisaient avec cela des Neuvième Symphonie et des Quatuor de Franck, mais beaucoup plus difficiles. L'un d'eux pensait-il une petite phrase bien claire? Vite, il se hâtait d'en introduire une seconde au milieu, qui ne signifiait rien, mais qui râpait cruellement contre la première.—Et l'on sentait que ces pauvres gens étaient si calmes, si pondérés!...

Pour conduire ces œuvres, un jeune chef d'orchestre, correct et hagard, se démenait, foudroyait, faisait des gestes à la Michel-Ange, comme s'il s'agissait de soulever des armées de Beethoven ou de Wagner. Le public, composé de mondains qui mouraient d'ennui, mais qui pour rien au monde n'eussent renoncé à l'honneur de payer chèrement un ennui glorieux, et de petits apprentis, heureux de se prouver leur science d'école, en démêlant au passage les ficelles du métier, dépensait un enthousiasme frénétique, comme les gestes du chef d'orchestre et les clameurs de la musique...

—Tu parles!... disait Christophe.

(Car il était devenu un Parisien accompli.)

Mais il est plus facile de pénétrer l'argot de Paris que sa musique. Christophe jugeait, avec la passion qu'il mettait à tout, et avec l'incapacité native des Allemands à comprendre l'art français. Du moins, il était de bonne foi et ne demandait qu'à reconnaître ses erreurs, si on lui prouvait qu'il s'était trompé. Aussi, ne se regardait-il point comme lié par son jugement, et il laissait la porte grande ouverte aux impressions nouvelles, qui pourraient le changer.

Dès à présent, il ne laissait pas de reconnaître dans cette musique beaucoup de talent, un matériel intéressant, de curieuses trouvailles de rythmes et d'harmonies, un assortiment d'étoffes fines, moelleuses et brillantes, un papillotage de couleurs, une dépense continuelle d'invention et d'esprit. Christophe s'en amusait, et il en faisait son profit. Tous ces petits maîtres avaient infiniment plus de liberté d'esprit que les musiciens d'Allemagne; ils quittaient bravement la grande route, et se lançaient à travers bois. Ils cherchaient à se perdre. Mais c'étaient de si sages petits enfants qu'ils n'y parvenaient point. Les uns, au bout de vingt pas, retombaient sur le grand chemin. Les autres se lassaient tout de suite, s'arrêtaient n'importe où. Il y en avait qui étaient presque arrivés à des sentiers nouveaux; mais, au lieu de poursuivre, ils s'asseyaient à la lisière, et musaient sous un arbre. Ce qui leur manquait le plus, c'était la volonté, la force; ils avaient tous les dons,—moins un: la vie puissante. Surtout, il semblait que cette quantité d'efforts fussent utilisés d'une façon confuse et se perdissent en route. Il était rare que ces artistes sussent prendre nettement conscience de leur nature et coordonner leurs forces avec constance en vue d'un but donné. Effet ordinaire de l'anarchie française: elle dépense des ressources énormes de talent et de bonne volonté à s'annihiler par ses incertitudes et ses contradictions. Il était presque sans exemple qu'un de leurs grands musiciens, un Berlioz, un Saint-Saëns,—pour ne pas nommer les plus récents,—ne se fût pas embourbé en soi-même, acharné à se détruire, renié, faute d'énergie, faute de foi, faute surtout de boussole intérieure.

Christophe, avec le dédain insolent des Allemands d'alors, pensait:

—Les Français ne savent que se gaspiller en inventions dont ils ne font rien. Il leur faut toujours un maître d'une autre race, un Gluck ou un Napoléon, qui vienne tirer parti de leurs Révolutions.

Et il souriait a l'idée d'un Dix-huit Brumaire.

Cependant, au milieu de l'anarchie, un groupe s'efforçait de restaurer l'ordre et la discipline dans l'esprit des artistes. Pour commencer, il avait pris un nom latin, évoquant le souvenir d'une institution cléricale, qui avait fleuri, il y avait quelque quatorze cents ans, au temps de la grande Invasion des Goths et des Vandales. Christophe était un peu surpris que l'on remontât si loin. Certes, il est bon de dominer son temps. Mais on pouvait craindre qu'une tour de quatorze siècles de haut ne fut un observatoire incommode, d'où il fût plus aisé de suivre les mouvements des étoiles que ceux des hommes d'aujourd'hui. Christophe se rassura vite, en voyant que les fils de saint Grégoire ne restaient que rarement sur leur tour; ils y montaient seulement, afin de sonneries cloches. Tout le reste du temps, ils le passaient a l'église d'en bas. Christophe, qui assista à quelques-uns des offices, fut un peu de temps avant de s'apercevoir qu'ils étaient du culte catholique; il était convaincu d'abord qu'ils appartenaient au rite de quelque petite secte protestante. Un public prosterné; des disciples peux, intolérants, volontiers agressifs; à leur tête, un homme très pur, très froid, volontaire et un peu enfantin, maintenant l'intégrité de la doctrine religieuse, morale et artistique, expliquant en termes abstraits l'Évangile de la musique au petit peuple des Élus, et damnant avec tranquillité l'Orgueil et l'Hérésie. Il leur attribuait toutes les fautes de l'art et les vices de l'humanité: la Renaissance, la Réforme, et le judaïsme actuel, qu'il mettait dans le même sac. Les juifs de la musique étaient brûlés en effigie, après avoir été affublés de costumes infamants. Le colossal Hændel recevait les étrivières. Seul, Jean-Sébastien Bach obtenait d'être sauvé, par la grâce du Seigneur, qui reconnaissait en lui «un protestant par erreur».

Le temple de la rue Saint-Jacques exerçait un apostolat: on y sauvait les âmes et la musique. On enseignait méthodiquement les règles du génie. De laborieux élèves appliquaient ces recettes, avec beaucoup de peine et une certitude absolue. On eût dit qu'ils voulaient racheter par leurs pieuses fatigues la légèreté coupable de leurs grands-pères: les Auber, les Adam, et cet archidamné, cet âne diabolique, Berlioz, le diable en personne, diabolus in musica. Avec une louable ardeur et une piété sincère, on répandait le culte des maîtres reconnus. En une dizaine d'années, l'œuvre accomplie était considérable; la musique française en était transformée. Ce n'étaient pas seulement les critiques français, c'étaient les musiciens eux-mêmes qui avaient appris la musique. On voyait maintenant des compositeurs, et jusqu'à des virtuoses, qui connaissaient l'œuvre de Bach!—Surtout, on avait fait un grand effort pour combattre l'esprit casanier des Français. Ces gens-là se calfeutrent chez eux; ils ont peine à sortir. Aussi, leur musique manque d'air: musique de chambre close, de chaise longue, musique qui ne marche pas. Tout le contraire d'un Beethoven, composant à travers les champs, dégringolant les pentes, marchant à grandes enjambées, sous le soleil et la pluie, et effrayant les troupeaux par ses gestes et par ses cris! Il n'y avait pas de danger que les musiciens de Paris dérangeassent leurs voisins par le fracas de leur inspiration, comme l'ours de Bonn. Ils mettaient, quand ils composaient, une sourdine à leur pensée; et des tentures empêchaient les bruits du dehors d'arriver jusqu'à eux.

La Schola avait tâché de renouveler l'air; elle avait ouvert les fenêtres sur le passé. Sur le passé seulement. C'était les ouvrir sur la cour, et non pas sur la rue. Cela ne servait pas à grand'chose. À peine la fenêtre ouverte, ils repoussaient le battant, comme de vieilles dames qui ont peur de s'enrhumer. Il entrait par là quelques bouffées du moyen âge, de Bach, de Palestrina, de chansons populaires. Mais qu'était-ce que cela? La chambre n'en continuait pas moins de sentir le renfermé. Au fond, ils s'y trouvaient bien; ils se méfiaient des grands courants modernes. Et s'ils connaissaient plus de choses que les autres, ils niaient aussi plus de choses. La musique prenait dans ce milieu un caractère doctrinal; ce n'était pas un délassement: les concerts devenaient des leçons d'histoire, ou des exemples d'édification. On académisait les pensées avancées. Le grand Bach, torrentueux, était reçu, assagi, dans le giron de l'Église. Sa musique subissait dans le cerveau scholastique une transformation analogue à celle de la Bible furibonde et sensuelle dans des cerveaux d'Anglais. La doctrine qu'on prônait était un éclectisme aristocratique, qui s'efforçait d'unir les caractères distinctifs de trois ou quatre grandes époques musicales, du VIe au XXe siècle. S'il avait été possible de la réaliser, on eût obtenu en musique l'équivalent de ces constructions hybrides, élevées par un vice-roi des Indes, au retour de ses voyages, avec des matériaux précieux, ramassés à tous les coins du globe. Mais le bon sens français les sauvait des excès de cette barbarie érudite; ils se gardaient bien d'appliquer leurs théories; ils agissaient avec elles, comme Molière avec ses médecins: ils prenaient l'ordonnance, et ils ne la suivaient pas. Les plus forts allaient leur chemin. Le reste du troupeau s'en tenait dans la pratique à des exercices savants de contrepoint fort durs: on les nommait sonates, quatuors et symphonies...—«Sonate, que me veux-tu?»—Elle ne voulait rien du tout, qu'être une sonate. La pensée en était abstraite et anonyme, appliquée et sans joie. C'était un art de parfait notaire. Christophe, qui avait d'abord su gré aux Français de ne pas aimer Brahms, se disait à présent qu'il y avait beaucoup de petits Brahms en France. Tous ces bons ouvriers, laborieux, consciencieux, étaient pleins de vertus. Christophe sortit de leur compagnie, extrêmement édifié, mais pénétré d'ennui. C'était très bien, très bien...

Qu'il faisait beau, dehors!

Il y avait pourtant à Paris, parmi les musiciens, quelques indépendants, dégagés de toute école. C'étaient les seuls qui intéressassent Christophe. Seuls, ils peuvent donner la mesure de la vitalité d'un art. Écoles et cénacles n'en expriment qu'une mode superficielle ou des théories fabriquées. Mais les indépendants, qui se retirent en eux-mêmes, ont plus de chances d'y trouver la pensée véritable de leur temps et de leur race. Il est vrai que, par là, ils sont pour un étranger plus difficiles encore à comprendre que les autres.

Ce fut ce qui advint, quand Christophe entendit pour la première fois cette œuvre fameuse, dont les Français disaient mille extravagances, et que certains proclamaient la plus grande révolution musicale accomplie depuis dix siècles.—(Les siècles ne leur coûtent guère! ils sortent peu du leur)...

Théophile Goujart et Sylvain Kohn menèrent Christophe à l'Opéra-Comique, pour entendre Pelléas et Mélisande. Ils étaient tout glorieux de lui montrer cette œuvre: on eût dit qu'ils l'avaient faite. Ils laissaient entendre à Christophe qu'il allait trouver là son chemin de Damas. Le spectacle était commencé qu'ils continuaient encore leurs commentaires. Christophe les fit taire, et écouta de toutes ses oreilles. Après le premier acte, il se pencha vers Sylvain Kohn, qui lui demandait, les yeux brillants:

—Eh bien, mon vieux lapin, qu'est-ce que vous en dites? Et il dit:

—Est-ce que c'est, tout le temps, comme cela?

—Oui.

—Mais il n'y a rien.

Kohn se récria, et le traita de philistin.

—Rien du tout, continuait Christophe. Pas de musique. Pas de développement. Cela ne se suit pas. Cela ne se tient pas. Des harmonies très fines. De petits effets d'orchestre très bons, de très bon goût. Mais ce n'est rien, rien du tout...

Il se remit à écouter. Peu à peu, la lanterne s'éclairait; il commençait a apercevoir quelque chose dans le demi-jour. Oui, il comprenait bien qu'il y avait là un parti pris de sobriété contre l'idéal wagnérien, qui engloutissait le drame sous les flots de la musique; mais il se demandait, avec quelque ironie, si cet idéal de sacrifice ne venait pas de ce que l'on sacrifiait ce que l'on ne possédait pas. Il sentait dans l'œuvre la peur de la peine, la recherche de l'effet produit avec le minimum de fatigue, le renoncement par indolence au rude effort que réclament les puissantes constructions wagnériennes. Il n'était pas sans être frappé par la déclamation unie, simple, modeste, atténuée, bien qu'elle lui parût monotone et qu'en sa qualité d'Allemand il ne la trouvât pas vraie:—(il trouvait que plus elle cherchait à être vraie, plus elle faisait sentir combien la langue française convenait mal à la musique: trop logique, trop dessinée, de contours trop définis, un monde parlait en soi, mais hermétiquement clos.)—Néanmoins, l'essai était curieux, et Christophe en approuvait l'esprit de réaction révolutionnaire contre les violences emphatiques de l'art wagnérien. Le musicien français semblait s'être appliqué, avec une discrétion ironique, à ce que tous les sentiments passionnés se murmurassent à mi-voix. L'amour, la mort sans cris. Ce n'était que par un tressaillement imperceptible de la ligne mélodique, un frisson de l'orchestre comme un pli au coin des lèvres, que l'on avait conscience du drame qui se jouait dans les âmes. On eût dit que l'artiste tremblait de se livrer. Il avait le génie du goût,—sauf à certains instants, où le Massenet qui sommeille dans tous les cœurs français se réveillait pour faire du lyrisme. Alors on retrouvait les cheveux trop blonds, les lèvres trop rouges,—la bourgeoise de la Troisième République qui joue la grande amoureuse. Mais ces instants étaient exceptionnels: c'était une détente à la contrainte que l'auteur s'imposait; dans le reste de l'œuvre régnait une simplicité raffinée, une simplicité qui n'était pas simple, qui était le produit de la volonté, la fleur subtile d'une vieille société. Le jeune Barbare qu'était Christophe ne la goûtait qu'à demi. Surtout, l'ensemble du drame, le poème l'agaçait. Il croyait voir une Parisienne sur le retour, qui jouait l'enfant et se faisait raconter des contes de fées. Ce n'était plus le gnangnan wagnérien, sentimental et lourdaud, comme une grosse fille du Rhin. Mais le gnangnan franco-belge ne valait pas mieux, avec ses minauderies et ses bêtasseries de salon:—«les cheveux», «le petit père», les «colombes»,—et tout ce mystérieux à l'usage des femmes du monde. Les âmes parisiennes se miraient dans cette pièce, qui leur renvoyait, comme un tableau flatteur, l'image de leur fatalisme alangui, de leur nirvana de boudoir, de leur moelleuse mélancolie. De volonté, aucune trace. Nul ne savait ce qu'il voulait. Nul ne savait ce qu'il faisait.

—«Ce n'est pas ma faute! Ce n'est pas ma faute!...» gémissaient ces grands enfants. Tout le long des cinq actes, qui se déroulaient dans un crépuscule perpétuel—forêts, cavernes, souterrains, chambre mortuaire,—de petits oiseaux des îles se débattaient, à peine. Pauvres petits oiseaux! jolis, tièdes et fins... Quelle peur ils avaient de la lumière trop vive, de la brutalité des gestes, des mots, des passions, de la vie!... La vie n'est pas raffinée. La vie ne se prend pas avec des gants...

Christophe entendait venir le roulement des canons, qui allaient broyer cette civilisation épuisée, cette petite Grèce expirante.

Était-ce ce sentiment de pitié orgueilleuse qui lui inspirait malgré tout une sympathie pour cette œuvre? Toujours est-il qu'elle l'intéressait, plus qu'il n'en voulait convenir. Quoiqu'il persistât à répondre à Sylvain Kohn, au sortir du théâtre, que «c'était très fin, très fin, mais que cela manquait de Schwung (d'élan), et qu'il n'y avait pas là assez de musique pour lui», il se gardait bien de confondre Pelléas avec les autres œuvres musicales françaises. Il était attiré par cette lampe qui brûlait au milieu du brouillard. Il apercevait encore d'autres lueurs, vives, fantasques, qui tremblotaient autour. Ces feux-follets l'intriguaient: il eût voulu s'en approcher pour savoir com ment ils brillaient; mais ils n'étaient pas faciles à saisir. Ces libres musiciens, que Christophe ne comprenait pas, et qu'il était d'autant plus curieux d'observer, étaient peu abordables. Ils semblaient manquer du grand besoin de sympathie, qui possédait Christophe. À part un ou deux, ils lisaient peu, connaissaient peu, désiraient peu connaître. Presque tous vivaient à l'écart, isolés, de fait et de volonté, enfermés dans un cercle étroit,—par orgueil, par sauvagerie, par dégoût, par apathie. Si peu nombreux qu'ils fussent, ils étaient divisés en petits groupes rivaux, qui ne pouvaient vivre ensemble. Ils étaient d'une susceptibilité extrême, et ne supportaient ni leurs ennemis, ni leurs rivaux, ni même leurs amis, quand ceux-ci osaient admirer un autre musicien, ou quand ils se permettaient de les admirer d'une façon ou trop froide, ou trop exaltée, ou trop banale, ou trop excentrique. Il devenait excessivement difficile de les satisfaire. Chacun d'eux avait fini par accréditer un critique, muni de sa patente, qui veillait jalousement au pied de la statue. Il n'y fallait point toucher.—Pour n'être compris que d'eux-mêmes, ils n'en étaient pas mieux compris. Adulés, déformés par l'opinion que leurs partisans avaient d'eux et qu'ils s'en faisaient eux-mêmes, ils perdaient pied dans la conscience qu'ils avaient de leur art et de leur génie. D'aimables fantaisistes se croyaient réformateurs. Des artistes Alexandrins se posaient en rivaux de Wagner. Presque tous étaient victimes de la surenchère. Il fallait qu'ils sautassent, chaque jour, plus haut qu'ils n'avaient sauté, la veille, et que leurs rivaux n'avaient sauté. Ces exercices de haute voltige ne leur réussissaient pas toujours; et cela n'avait d'attrait que pour quelques professionnels. Ils ne se souciaient pas du public; le public ne se souciait pas d'eux. Leur art était un art sans peuple, une musique qui ne s'alimentait que dans la musique, dans le métier. Or Christophe avait l'impression, vraie ou fausse, qu'aucune musique, plus que celle de France, n'aurait eu besoin de chercher un appui en dehors d'elle. Cette plante souple et grimpante ne pouvait se passer d'étai: elle ne pouvait se passer de littérature. Elle ne trouvait pas en elle assez de raisons de vivre. Elle avait le souffle court, peu de sang, pas de volonté. Elle était comme une femme alanguie, qui attend un mâle qui la prenne. Mais cette impératrice de Byzance, au corps fluet, exsangue, et chargé de pierreries, était entourée d'eunuques: snobs, esthètes, et critiques. La nation n'était pas musicienne; et tout cet engouement, bruyamment proclamé depuis vingt ans, pour Wagner, Beethoven, ou Bach, ou Debussy, ne dépassait guère une caste. Cette multiplication de concerts, cette marée envahissante de musique à tout prix, ne répondaient pas à un développement réel du goût public. C'était un surmenage de la mode, qui ne touchait que l'élite et qui la détraquait. La musique n'était vraiment aimée que d'une poignée de gens; et ce n'étaient pas toujours ceux qui s'en occupaient le plus: compositeurs et critiques. Il y a si peu de musiciens en France, qui aiment vraiment la musique!

Ainsi pensait Christophe; et il ne se disait pas que c'est partout ainsi, que même en Allemagne il n'y a pas beaucoup plus de vrais musiciens, et que ce qui compte en art, ce ne sont pas les milliers qui n'y comprennent rien, mais la poignée de gens qui l'aiment et qui le servent avec une fière humilité. Les avait-il vus, en France? Créateurs et critiques,—les meilleurs travaillaient en silence, loin du bruit, comme Franck avait fait, comme faisaient les mieux doués des compositeurs d'à présent, tant d'artistes qui vivraient toute leur vie dans l'ombre, pour fournir plus tard à quelque journaliste la gloire de les découvrir et de se dire leur ami,—et cette petite armée de savants laborieux, qui, sans ambition, insoucieux d'eux-mêmes, relevaient pierre à pierre la grandeur de la France passée, ou qui, s'étant voués à l'éducation musicale du pays, préparaient la grandeur de la France à venir. Combien il y avait là d'esprits, dont la richesse, la liberté, la curiosité universelle eût attiré Christophe, s'il avait pu les connaître! Mais à peine avait-il entrevu, en passant, deux ou trois d'entre eux; il ne les connaissait qu'à travers des caricatures de leur pensée. Il ne voyait que leurs défauts, copiés, exagérés par les singes de l'art et les commis voyageurs de la presse.

Cette plèbe musicale l'écœurait surtout par son formalisme. Jamais il n'était question entre eux d'autre chose que de la forme. Du sentiment, du caractère, de la vie, pas un mot! Pas un ne se doutait que tout vrai musicien vit dans un univers sonore, et que ses journées se déroulent en lui, comme un flot de musique. La musique est l'air qu'il respire, le ciel qui l'enveloppe. Même son âme est musique; musique, tout ce qu'elle aime, hait, souffre, craint, espère. Une âme musicale, quand elle aime un beau corps, le voit comme une musique. Les chers yeux qui la charment ne sont ni bleus, ni gris, ni bruns: ils sont musique; elle éprouve, à les voir, l'impression d'un accord délicieux. Cette musique intérieure est mille fois plus riche que celle qui l'exprime, et le clavier est inférieur à celui qui en joue. Le génie se mesure à la puissance de la vie, que tâche d'évoquer Part, cet instrument imparfait.—Mais combien de gens s'en doutent en France? Pour ce peuple de chimistes, la musique semble n'être que l'art de combiner des sons. Ils prennent l'alphabet pour le livre. Christophe haussait les épaules, quand il les entendait dire que, pour comprendre l'art, il faut faire abstraction de l'homme. Ils apportaient à ce paradoxe une grande satisfaction: car ils croyaient ainsi se prouver leur musicalité. Jusqu'à Goujart, ce niais qui n'avait jamais pu comprendre comment on pouvait faire pour se rappeler par cœur une page de musique!—(il avait tâché de se faire expliquer ce mystère par Christophe).—Ne prétendait-il pas maintenant lui enseigner que la grandeur d'âme de Beethoven et la sensualité de Wagner n'avaient pas plus de part à leur musique que le modèle d'un peintre n'en a à ses portraits!

—Cela prouve, finit par lui répondre Christophe impatienté, que pour vous un beau corps n'a pas de prix artistique! Pas plus qu'une grande passion! Pauvre homme!... Vous ne vous doutez pas de tout ce que la beauté d'une figure parfaite ajoute à la beauté de la peinture qui la retrace, comme la beauté d'une grande âme à la beauté de la musique qui la reflète?... Pauvre homme!... Le métier seul vous intéresse? Pourvu que ça soit de l'ouvrage bien fait, cela vous est égal ce que l'ouvrage veut dire?... Pauvre homme!... Vous êtes comme ces gens qui n'écoutent pas ce que dit l'orateur, mais le son de sa voix, qui regardent sans comprendre ses gesticulations, et qui trouvent qu'il parle diablement bien?... Pauvre homme! Pauvre homme!... Bougre de crétin!

Mais ce n'était pas seulement telle ou telle théorie qui irritait Christophe, c'étaient toutes les théories. Il était excédé de ces disputes byzantines, de ces conversations de musiciens éternellement sur la musique, uniquement sur la musique. Il y avait de quoi en dégoûter à jamais le meilleur musicien. Christophe pensait, comme Moussorgski, que les musiciens ne feraient pas mal de laisser de temps en temps leur contrepoint et leurs harmonies, pour la lecture des beaux livres et l'expérience de la vie. La musique ne suffit pas à un musicien: ce n'est pas ainsi qu'il arrivera à dominer le siècle et à s'élever au-dessus du néant... La vie! Toute la vie! Tout voir et tout connaître. Aimer, chercher, étreindre la vérité,—la belle Penthésilée, reine des Amazones, qui mord celui qui la baise!

Assez de parlottes musicales, assez de boutiques à fabriquer des accords! Tous ces ragots de cuisine harmonique étaient bien incapables de lui apprendre à trouver une harmonie nouvelle qui ne fût pas un monstre, mais un être vivant!

Il tourna le dos à ces docteurs Wagner, couvant leurs alambics pour faire éclore quelque Homunculus en bouteille; et, s'évadant de la musique française, il tâcha de connaître le milieu littéraire et la société parisienne.

Ce fut par les journaux quotidiens que Christophe fit d'abord connaissance,—comme des millions de gens en France,—avec la littérature française de son temps. Comme il était désireux de se mettre le plus vite possible au diapason de la pensée parisienne, en même temps que de se perfectionner dans la langue, il s'imposa de lire avec beaucoup de conscience les feuilles qu'on lui disait le plus parisiennes. Le premier jour, il lut parmi des faits-divers horrifiants, dont la narration et les instantanés remplissaient plusieurs colonnes, une nouvelle sur un père qui couchait avec sa fille, âgée de quinze ans: la chose était présentée comme toute naturelle, et même assez touchante. Le second jour, il lut dans le même journal une nouvelle sur un père et son fils, âgé de douze ans, qui couchaient avec la même fille. Le troisième jour, il lut une nouvelle sur un frère, qui couchait avec sa sœur. Le quatrième, sur deux sœurs qui couchaient ensemble. Le cinquième... Le cinquième, il jeta le journal, avec un haut-le-cœur, et dit à Sylvain Kohn:

—Ah! ça, qu'est-ce que vous avez? Vous êtes malades?

 彼らが口にすることは、主題や副主題、陪音ばいおんや結合音、九度の連結や長三度の連続、などばかりだった。ある楽譜の中に展開する一連の和声ハーモニーに名前を与え得ると、得意然と額ひたいをふいていた。その楽曲を説明し得たような気がし、それを自分で書いたような気がしてるのだった。しかし実を言えば、学生がキケロの一ページに文法的な分解を施すのと同じく、彼らはその楽曲を学生語でくり返したのにすぎなかった。そして彼らのうちの最も優良な者にとっても、音楽を魂の自然の言葉だと考えることはいたってむずかしかったので、彼らは音楽をもって絵画の一分派だとするか、あるいはまた、音楽を科学の末に列せしめて、和声的構成の問題だけにしてしまいがちだった。かかる学者らは、当然過去の音楽家にまでさかのぼらずにはいられなかった。彼らはベートーヴェンのうちにも欠点を見出し、ワグナーをも攻撃した。ベルリオーズやグルックにたいしては熱罵ねつばを浴びせた。彼らにとっては、この流行の際に当たって、ヨハン・セバスチアン・バッハやクロード・ドビュッシー以外には、何者も存在しなかった。そして、近年あまりにもてはやされたこのバッハでさえも、すでに衒学げんがく的で陳腐ちんぷであると見なされ始め、要するに多少子供っぽいのだと見なされていた。ごく秀ひいでた人々は、ラモーやまた偉人と言われてるクープランなどを、妙に賞揚していた。
それらの学者の間に、激しい争論が起こっていた。彼らは皆音楽家だった。しかし皆が同じ態度の音楽家でなかったから、各自に自分の態度だけがいいと称していた。そして仲間の者らの態度をすべて馬鹿だとののしっていた。彼らはたがいに似而非えせ文学者だとし、似而非学者だとしていた。理想主義だの唯物主義、象徴主義だの実物主義、主観主義だの客観主義、などという言葉をたがいに与え合っていた。クリストフは、パリーでもドイツと同じ喧嘩けんかを見出すのならば、何もわざわざドイツからやって来るには及ばなかったと、みずから言った。彼らはいい音楽に向かって、種々の異なった享楽法を与えてもらったことを感謝もせずに、自分の享楽法をしか容認しなかった。そして新しいリュトランが、激しい論争が、当時音楽家らを両軍に分かっていた。すなわち対位法軍と和声軍と。ちょうど大ブーチャンと小ブーチャンとのように、一方は音楽は水平に読むべきものだと主張し、他方は音楽は垂直に読むべきものだと主張していた。後者の人々は、味のよい和音、汁気しるけの多い連結、滋養分に富んだ和声、などばかりを問題にしたがっていた。あたかも菓子屋の噂うわさをでもするように、音楽のことを話していた。前者の人々は、くだらない耳だけを問題とするのを、決して許さなかった。彼らにとっては、音楽は演説と同じものだった。議会と同じものだった。演説者らは皆一時に、あたりの者に構わずに、最後まで口をきくのだった。いちいち聞き取れなくても平気だ。翌日の官報で皆読むことができるのである。音楽は読まれるためにできてるので、聞かれるためにできてるのではない。クリストフは、そういう水平派と垂直派との間の論争を、初めて聞くと、皆狂人ばかりだと思った。連続軍と重積軍とのどちらかに味方せよと促されると、ソジーの名言ではないが、例の自分一個の名言で答えた。
「僕は諸君全部の敵だ。」
すると彼らはしつこく尋ねた。
「和声と対位法と、どちらが音楽ではよりたいせつか。」
彼は答えた。
「音楽がたいせつだ。まあ君らの音楽を示してくれ。」
彼らは自分らの音楽については、皆意見が一致していた。あまり長い名声を有する過去の大家を攻撃するか、さもなくばたがいに攻撃し合ってるくせに、一つの共通な熱情ではいつも一致していた。それは音楽上の熱烈な愛国心だった。彼らにとっては、フランスは偉大な音楽的国民だった。彼らはいつも、ドイツの衰微を言明していた。――クリストフはそのために気分を害しはしなかった。彼はその批判を正当だとみずから認めていたので、本気で抗弁することができなかった。しかしフランスの音楽が最上だという説には、かなり驚かされた。実際のところ、過去にそういう形勢はどうも認めがたかった。それでもフランスの音楽家らは、自分らの芸術が遠い昔においてはすてきなものであったと肯定していた。それにまた彼らは、フランスの音楽をさらに光栄あらしむるために、まず前世紀のあらゆるフランスの光栄ある楽匠をあざけった。ただ一人のごくりっぱな純潔な大家だけは例外としていた――がそれもベルギー人だったのである。そういう非難をしてから、彼らはいっそう気兼ねなしに、古代の大家を賞揚したのである。それらの大家は皆世に忘られてしまってる人々で、中には今日までまったく名を知られてない者もあった。フランス大革命から新世界が開けたのだとする、フランスの通俗派とまったく反対に、これらの音楽家らは、フランス大革命を一つの大山脈だと見なして、音楽の黄金時代を、芸術のエルドラードを、振り返ってながめるためには、それをよじ登らなければならないとした。そして長い暗黒のあとに、黄金時代はふたたび来かかってるそうだった。堅い壁はくずれかけている。音響の魔法使が、驚嘆すべき春をよみがえらせかけている。音楽の老木は、ふたたび柔らかな若葉に覆おおわれようとしている。和声ハーモニーの花壇には、無数の花が新しい曙あけぼのににこやかな眼を開きかけている。銀の音ねの泉の響きが、小川のさわやかな歌が、聞こえ始めている……。一つの田園詩だった。
クリストフは非常に喜んだ。しかしパリー諸劇場の広告をながめると、マイエルベール、グノー、マスネー、および彼が知りすぎるほど知ってるマスカーニやレオンカヴァロ、などの名前がいつも出ていた。そういう不貞節な音楽が、娘たちの喜びそうなものが、造り花が、香水の店が、約束のアルミデスの園なのかと、クリストフは友人らに尋ねた。すると彼らは、気を悪くした様子で抗言した。彼らの言うところによれば、そういうものは瀕死ひんし時代の最後の名残なごりだった。もうだれもそんなものを顧みる者はなかった。――実際ではカヴァレリア・ルスチカナがオペラ・コミック座に君臨してい、パリアッチがオペラ座に君臨していた。マスネーとグノーとがいちばん多くもてはやされていた。音楽上の三体神ともいうべき、ミニョンとユグノー教徒とファウストが、一千回の公演を景気よく越していた。――しかしそういうのはなんら重きをなさない出来事だった。眼中におくに足りないことだった。一つの不都合な事実が理論の邪魔になる時には、最も簡単な方法は、その事実を否定することである。フランスの批評家らは、右のような厚かましい作品を否定し、それを喝采かっさいする公衆を否定していた。も少しおだてられたら、音楽劇全体を否定するかもしれなかった。彼らに言わすれば、音楽劇は文学の一種であって、それゆえに不純なものであった。(彼らは皆文学者だったから、文学者たることを皆きらってるのだった。)表現的で叙述的で暗示的なあらゆる音楽、一言にして言えば、何かを言わんとするあらゆる音楽は、不純の名を冠せられていた。――各フランス人のうちには、ロベスピエールのごとき性質がある。だれかをまたは何かを純粋にせんがためには、いつもその首を切らざるを得なくなる。――フランスの大批評家らは純粋な音楽をしか容認しないで、その他は衆愚の手に任していた。
クリストフは自分の趣味がいかに劣ってるかを考えて、非常に心細い気がした。しかし多少慰められたことには、劇を軽蔑けいべつしてるそれらの音楽家らが皆、劇のために書いてることだった。歌劇オペラを書かない者は一人もなかった。――しかしそれもまたたぶん、なんら重きをなさない事柄に違いなかった。彼らを批判するには、彼らが希望してるとおりに、彼らの純粋なる音楽によってしなければならなかった。クリストフは彼らの純粋な音楽を捜した。

テオフィル・グージャールは、国民的芸術に奉仕してるある協会の音楽会に、クリストフを連れていった。そこでは新しい光栄が、徐々に形造られ育はぐくまれていた。それは大きな団体であって、幾つもの礼拝堂をもってる小教会であった。各礼拝堂にはその聖者があり、各聖者にはそれぞれ信仰者があって、この信仰者らは好んで隣りの礼拝堂の聖者を悪口していた。それらの聖者らのうちに、クリストフは初め大した差異をおかなかった。当然のことであるが、彼はまったく異なった芸術に馴なれきっていたので、その新しい音楽には少しも理解がなかったし、理解できると思ってるだけになお理解できなかった。
すべてが永久の薄明のうちに浸ってるように、彼には思われた。あたかも灰色の浮絵のようであって、その各線はぼやけて沈み込んでいて、時々浮き出してはまた消えていった。それらの線のうちには、直角定規で引いたような堅い荒い冷やかな構図があって、痩やせた女の肱ひじのように鋭角をなして曲がっていた。または波動をなしてる構図もあって、煙草たばこの煙のようにもつれていた。しかしすべては灰色の中にあった。それでみると、フランスにはもはや太陽はないのか? パリーへ着いてから雨と霧とにばかり会っていたクリストフは、そう信じがちであった。しかしながら太陽がない時にも太陽を創つくり出すのが、芸術家の役目である。それらの人々は、自分の小さな燈火をよくともしていた。ただそれは螢ほたるの光ほどのものにすぎなかった。少しも物を暖めないし、辛うじて輝いていた。作の題目は変わっていた。春、正午、愛、生の喜び、野の散歩、などが取り扱われてることも時々あった。けれども音楽それ自身は、少しも変わっていなかった。いつもきまって、穏和で、蒼白あおじろくて、縮み込み、貧血し、衰弱していた。――当時フランスでは、音楽において声低く語るのが、心ある人々の間の流行だった。それには理由があった。声高く語るのは叫ぶためのものだった。中間はあり得なかった。うっとりとさせる秀ひいでた調子か、插楽劇メロドラマ的な誇張した調子か、その一つを選ぶしかなかった。
クリストフは、自分にも感染してくる遅鈍な気分を振るい落して、曲目をながめた。そして、灰色の空を通るそれらの細かな霧が、精確な主題を表現するつもりでいるのを見て、驚かされた。その理論にもかかわらず、この純粋な音楽は、いつもたいていは標題音楽であるか、あるいは少なくとも主題音楽であった。彼らはいたずらに文学をののしってるのみだった。身をささえる文学の松葉杖づえが、彼らには必要だった。おかしな松葉杖だ! クリストフは、彼らが描こうとしてる主題のおかしなほど幼稚なのを、見て取った。果樹園、菜園、鳥小屋、音楽上の動物園、まったくの動植物園だった。ある者らは、管弦楽やピアノのために、ルーヴル美術館の絵画やオペラ座の壁画などをもち出していた。クイプやボードリーやパゥル・ポッテルなどを音楽に取り入れていた。傍注の助けによって、あるいはパリスの林檎りんごが、あるいはオランダの旅宿が、あるいは白馬の臀しりが、認められるのだった。それがクリストフには大きな子どもの戯れとしか思われなかった。形象にばかり興味をもち、しかも自分で絵を書くことができないので、頭に浮かぶものをすべて手帳に書き散らして、その下に太い文字で、これは人家もしくは樹木の絵であると、無邪気に書きつけてるのだった。
耳で物を見るそれらの盲目な絵かきのほかに、また哲学者らもいた。彼らは音楽のうちに、形而けいじ上の問題を取り扱っていた。彼らの交響曲シンフォニーは、抽象的な主義の戦いであり、ある象徴もしくは宗教の解説であった。また同じく歌劇オペラの中では、現在の法律的社会的問題の研究に取りかかっていた。婦人および公民の権利を宣言していた。離婚問題、実父調査、教会と国家との分離、などを平気で取り扱っていた。彼らは二派に別れていた。俗衆的象徴主義者と僧侶的象徴主義者とだった。紙屑かみくず屋の哲学者、売笑女工の社会学者、パン屋の予言者、漁夫の使徒、などを彼らは歌わしていた。ゲーテはすでに、「比喩ひゆ的情景の中にカントの思想を再現する」当時の芸術家らのことを、説いている。ところがクリストフの時代の者らは、十六分音符のうちに社会学を取り入れていた。ゾラ、ニーチェ、メーテルリンク、バレス、ジョーレス、マンデス、福音書、赤い風車などが、貯水池に水を給して、歌劇オペラや交響曲シンフォニーの作者らは、そこへ思想をくみ取りにやってくるのであった。彼らのうちの多くは、ワグナーの例に心酔して、「予もまた詩人なり!」と叫んでいた。そして音楽の譜線の下に、小学生徒や頽廃たいはい的な小品記者のような文体で、韻文いんぶんや無韻文を得意然と書き並べていた。
それらの思想家や詩人はことごとく、純粋音楽の味方であった。しかし彼らは、音楽を書くよりも音楽を語る方をいっそう好んでいた。――それでも時々書くことがあった。できあがったものは、まったく無意味な音楽だった。不幸にもそれはしばしば成功した。でもやはりまったく意味のないものだった――少なくともクリストフにとっては。――それにまた実は、クリストフはそれを解く鍵かぎを有しなかった。
外国の音楽を理解せんがためには、つとめてその言葉を学ばなければならないし、その言葉を前から知ってると思ってはいけない。ところがクリストフは、一般の善良なるドイツ人と同じく、自分はフランスの言葉を知ってると思っていた。それには恕じょすべき点もある。多くのフランス人自身でさえ、彼以上によくフランスの言葉を理解してはいなかった。ルイ十四世時代のドイツ人らが、フランスの言葉を話すことばかりつとめて、ついに自国の言葉を忘れてしまったのと同様に、十九世紀のフランス音楽家らは、長い間自国の言葉を閑却していたので、彼らの音楽は一つの外国の言葉となってしまった。ようやく近年になって、フランスでフランスの言葉を話そうとする運動が起こった。しかしすべての者がそれに成功することはできなかった。習慣の力はきわめて大きかった。幾人かを除いては、彼らのフランスの言葉はベルギー風だったり、あるいはゲルマン風の臭味を保っていた。それゆえに一ドイツ人が、思い違いをするのももっともであって、自分が理解しないという理由で、これは悪いドイツの言葉でなんらの意味もなさないものだと、平素の確信をもって公言するのは、当然のことであった。
クリストフもその例に漏れなかった。フランスの交響曲シンフォニーは、一つの抽象的な論法であって、算術の運算のようなふうに、主題がたがいに対立しあるいはつみ重なってるがように、彼には思われたのである。その組み合わせを示すためには、数字かアルファベットの文字かを置き代えてもよさそうだった。ある者は、一つの音響形式の漸進ぜんしん的展開の上に、作品を組み立てていた。その形式も、最後の部分の最後のページにしか完全には現われないで、作品の十分の九までの間は幼虫の状態にとどまっていた。またある者は、一つの主題の上に種々の変奏曲を築いていた。その主想も、複雑から簡単へと次第に下っていって、最後にしか現われて来なかった。それは非常に知的な玩具がんぐだった。それで遊び得るためには、ごく老人であるとともにごく子供であらねばならなかった。発明者には異常な努力が要するのであった。彼らは一つの幻想曲ファンタジアを書くのに数年かかった。和音の新奇な組み合わせを求めて――表現のためかもしれないが――頭髪が白くなるほどの苦心をした。しかしそんなことは平気だ。新しい表現が生ずるのだから。人体においても器官が欲求を生むと言われてるように、表現は常に思想を生むにいたるものである。要は表現が新しければよいのである。いかなる代価を払っても新奇を求めることだ! 彼らは「すでに言われたこと」にたいして病的な恐怖をいだいていた。最もひどい者になるとそのために身体不随に陥っていた。彼らはいつも、小心翼々として自分を監視することにつとめ、前に書いたものを塗抹とまつしようとつとめ、「おや、これは前にどこで読んだのかしら……」とみずから尋ねようとばかりしてるらしかった。他人の楽句をつぎ合わして時間を過ごすような音楽家が、世には――ことにドイツには――かなりある。ところがフランスの音楽家らの努力は、自分の各楽句について、すでに他人が用いた旋律メロディーの表中にそれがあるかどうかを捜すことであった。自分の鼻をやたらにねじまげて、知ってるいかなる鼻にも似なくなるまで、否まったく鼻だとは見えなくなるまでに、その形を変えてしまうことだった。
そういうことをもってしても、彼らはクリストフを欺き得なかった。複雑な言葉を身にまとい、超人間的な激昂げっこうや管弦楽的な痙攣けいれんを装よそおい、あるいはまた、半音から常に発して、半ば眠りかけてる騾馬らばのように、滑すべっこい坂の縁をすれすれに、幾時間も歩きつづけるような、非有機的な和声ハーモニーや執拗しつような単調モノトニーやサラ・ベルナール式の朗詠法などを、彼らは盛んに用いてはいたけれども、それでもクリストフは、グノーやマスネー式にではあるがより不自然に、ひどく粉飾を事としてる、冷たい色褪あせたちっぽけな魂を、その仮面の下に見て取るのであった。そして彼は、フランス人にたいするグルックの不当な言葉を、いつもみずからくり返した。
「勝手にさしておけば、いつでも俗謡にもどってゆきたがる。」
ただ彼らは、その俗謡を高尚ならしめようとつとめていた。彼らは俗歌を取り上げて、ソルボンヌ大学の論文みたいに堂々たる交響曲シンフォニーの主題としていた。それは当時の大機運だった。あらゆる種類のまたあらゆる国の俗歌が、各自に役目を帯びさせられていた。――彼らはそういうものをもって、第九交響曲やフランクの四重奏曲のごときものを作っていた。しかしはるかに困難なことだった。ごく明瞭めいりょうな一つの小さな楽句を頭に浮かべると、すぐに第二の楽句をその中間にはさもうとした。それはなんらの意味をも有しないものにせよ、ひどく第一のものと矛盾しがちだった。――しかもかかる憐あわれな連中がいかにも冷静で円満な音楽家だと、一般に思われていた。
そういう作品の演奏を指揮するためには、厳格で猛々たけだけしい青年音楽長が、あたかもベートーヴェンやワグナーの軍隊をでも奮起させるかのように、ミケランジェロ風の身振りをしてあばれ喚わめいていた。聴衆は社交界の人々と音楽家の卵とで成っていた。前者は、退屈でたまらながっていながら、光栄ある退屈を高価に購あがなうの名誉を、どうしても見捨てかねているのであった。後者は、専門家の乱麻をところどころ解いてゆきながら、覚えたての知識をみずから証明して喜んでいた。そしてこの聴衆は、楽長の身振りや音楽の喧騒けんそうと同じくらいに、熱狂的な感激の喝采かっさいを与えていた……。
「これあるかな!……」とクリストフは言った。
(彼はもうすっかりパリー児こになりすましていた。)

しかしパリーの俗語に通ずることよりも、パリーの音楽に通ずることはさらにむずかしかった。クリストフは何事にたいしても示す例の熱情と、フランス芸術を理解し得ないドイツ人の天性とをもって、判断をくだしていた。ただ彼は誠心をもってしていたし、誤ってることをもし指摘さるれば、それを認めるに躊躇ちゅうちょしなかった。それゆえ、自分の判断に縛られてるとは少しもみずから思わなかった。そして自分の意見を一変させるかもしれないような新しい印象をも、うち開いた心で受け入れていた。
そしてもう今では、彼はフランスの音楽の中に、多くの才能、興味ある素材、律動リズムと和声ハーモニーとの珍しい発見物、光沢こうたくのある柔らかい精緻せいちな織物の配列、色彩の絢爛けんらん、発明力と機智との不断の傾注、などを認めざるを得なかった。クリストフはそれを愉快に感じ、それから得るところがあった。それらの群小音楽家たちは、ドイツの音楽家らよりも、精神の自由をはるかに多く有していた。彼らは敢然と大道から離れて、森の中に飛び込んでいた。道に迷うことを求めていた。しかし迷い得ないほど賢い子供らであった。ある者らは、数十歩行くとまた大道にもどってきた。ある者らは、すぐに疲れてどこでも構わず立ち止まった。または、新しい小径こみちに達しかけてる者らもあった。しかしそういう者らも、なお進みつづけることをしないで、森の出はずれに腰をおろして、木陰にぐずついていた。彼らに最も欠けてるものは、意志であり力であった。天賦の才をことごとくそなえてはいた――がただ一つ不足してるものがあった。それは強健な生活力だった。さらに、その多くの努力も、雑然たる方法で費やされているらしく、中途で無駄むだに終わってるらしかった。それらの芸術家らが自分の性質を明らかに自覚し、一定の目的へ向かって自分の力をたゆまず集中することは、めったになかった。それはフランスの無秩序から来る普通の結果だった。この無秩序は、才能と善良な意志との大なる源泉を、不確定と矛盾とによって空費さしてしまうのである。彼らの大音楽家は皆、ほとんど一人の例外もなく、たとえば近代の人を挙げずとも――ベルリオーズでもサン・サーンスでも、精力を欠き、信念を欠き、ことに内心の羅針盤らしんばんを欠いてるために、自家撞着どうちゃくをきたし、自己を破壊するようなことばかりをし、自己を否認しているのであった。
クリストフは、当時のドイツ人に通有な厚かましい軽蔑けいべつの態度で、こう考えていた。
「フランス人は、自分で利用できないような発明に、無駄な努力を重ねてばかりいる。彼らの革命を利用しに来る異人種の偉人が、グルックやナポレオンのごとき者が、彼らにはいつも必要である。」
そして彼は、フランス共和暦八年霧月ブリュメール十八日のことを考えて、微笑をもらしたのであった。

けれどもある一群の者らは、そういう無秩序のまん中にあって、芸術家の精神のうちに、秩序と規律とを回復せんとつとめていた。彼らはまず手初めに、今から約千四百年前ゴート人やヴァンダル人の大侵入のころ栄えていた、ある僧侶団体の記憶を呼び起こしながら、ラテン語の名称を採用していた。それほど遠い昔にさかのぼるのを、クリストフは多少驚いた。おのれの時代を俯瞰ふかんするのは確かにいいことではある。しかしおそらくは、十四世紀もの高さを有する高塔は、現代の人間の運動を観測するよりもむしろ星の運動を観察する方がたやすいほどの、不便な観測所たるやもしれなかった。ところがクリストフは、聖グレゴアールの子孫らがめったにその塔上にいないのを見て、すぐに安心を覚えた。彼らがそれに上るのは、ただ鐘を鳴らさんがためばかりであった。その他の時には、皆下の会堂に集まっていた。クリストフはその祭式に数回臨んでみて、彼らが旧教的信仰をもってることに気づいたのは、しばらくたってからであった。しかし始めの間彼は、彼らが新教のある小派の典礼に属してることだと、思い込んでいた。聴衆は跪拝きはいしていた。弟子でしらは敬虔けいけんで、偏狭で、攻撃を好んでいた。その上に立ってる首領は、ごく純潔で、ごく冷静で、わがままで、多少子供らしい人物だったが、宗教的で道徳的で芸術的であるその教義の完全無欠さを力説し、選まれたる少数の人民らに、音楽の福音書を抽象的な言葉で説明し、驕慢きょうまんと異端とを平然としてののしっていた。そして右の二つに、芸術の罪過と人類の悪徳とを帰していた。文芸復興、宗教改革、および彼が同じ袋に入れて論じてる現代のユダヤ主義、ことごとくを帰していた。音楽上のユダヤ人らは、辱はずかしめの衣裳を着せられた後にその肖すがたを焼かれていた。巨人ヘンデルも笞刑ちけいを受けていた。ただヨハン・セバスチアン・バッハのみは、「誤って新教徒になった者」と上帝から認められ、その慈悲によって特赦を受けていた。
サン・ジャック街の殿堂で布教が行なわれていた。魂と音楽とが救済されていた。天才の規則が組織的に教えられていた。勤勉な生徒らは、多くの苦心と絶対の確信とをもって、その方法を実地に適用していた。あたかも彼らはその敬虔な労苦によって、オーベル輩、アダム輩、および、かの偉大な罪人であり悪魔的な驢馬ろばであり、悪魔の権化ごんげにして音楽上の悪魔なるベルリオーズ、そういう父祖の、軽薄さの罪を、償おうとでも思ってるかのようだった。そして讃むべき熱心と誠実なる信仰とをもって、すでに認められた大家にたいする崇拝を世に広めていた。約十年間のうちに偉大な事業が完成されていた。フランスの音楽はそれで一新されたのだ。音楽を学んだのは、ただに批評家ばかりではなく、音楽家自身もであった。今や作曲家も出て来たし、バッハの作品を知ってる名手まで出てきた。――ことに、フランス人の家居的な精神を打破するのに、大なる努力がつくされたのだ。彼らは自分の家にばかり蟄居ちっきょしている。外に出るのをおっくうがっている。それゆえ、彼らの音楽には空気が欠乏している。閉しめ切った室と長椅子いすとの音楽であり、歩くことのない音楽である。野の中で作曲し、坂路をころげ降り、月光や雨の中を大股おおまたに歩き、その身振りと叫び声とで家畜の群れを恐れさせる、ベートーヴェンのごときとは、まったく正反対である。パリーの音楽家らには、「ボンの熊くま」みたいに、霊感インスピレーションの騒々しさによって隣人らの邪魔となる恐れは、少しもなかった。彼らは作曲する時、自分の楽想に弱音器をはめ、また外界の音響が伝わって来るのを、帷幕とばりによって防いでいたのだ。
ところでこのスコラ派は、空気を新しくしようと努めたのだった。そして過去にたいして窓を開いていた。しかしただ過去にたいしてばかりだった。言わば中庭の方のを開いたのであって、往来の方のを開いたのではなかった。それでは大した役にはたたなかった。彼らは窓を開いたかと思うとすぐに、風邪かぜにかかりはしないかと恐れてる老婆ろうばのように、その鎧戸よろいどを閉めてしまった。その隙間すきまから、中世紀のもの、バッハ、パレストリナ、俗謡などが、多少吹き込んできた。しかしそれがなんになろう? 室の中はやはり閉め切った感じばかりだった。要するに、彼らにはそれの方がよかったのである。彼らは近代の空気の大流通をきらっていたのである。そして、他の者らよりも多くのことを知っていたとはいえ、またより多くのことを否定していた。この連中の中にはいると、音楽は教理的性質を帯びるのであった。それは一つの休養ではなかった。音楽会は、歴史の授業か教化の実例かのようであった。進んだ思想も官学風になされていた。急湍きゅうたんのごときバッハも、この聖教徒らの中に迎えられると賢明になっていた。彼の音楽は、このスコラ派の頭脳にはいると、荒々しい肉感的な聖書がイギリス人の頭脳にはいった時と同じような、一種の変形を受けるのであった。彼が主唱する教義は、ごく貴族的な折衷主義であって、六世紀から二十世紀にわたる三、四の音楽的大時代の各特質を、一つに合同しようと努めることであった。もしそれが実現できた暁には、インドのある太守が方々への旅行からもどってきて、地球の四辺から集めてきた貴重な材料で作り上げた、あの混成建築物にも等しいほどのものが、音楽上にも得られるわけだった。しかしフランス人特有の良識は、そういう博学な野蛮さの病弊から彼らを救い出した。彼らはその理論を実際に適用することをよく差し控えた。医者にたいするモリエールの態度と同じ態度を、彼らはその理論にたいして取っていた。療法の指図さしずは受けていたが、それに従っていなかった。最もひどいのは、自分勝手の道を進んでいた。残余の者らは、実地においては、対位法のごく困難な込み入った練習をするだけで、みずから満足していた。そういう練習を彼らは、奏鳴曲ソナタだの四重奏曲だの交響曲シンフォニーだのと名づけていた……。「奏鳴曲ソナタよ、何を望むのか。」――しかし奏鳴曲はただ奏鳴曲たること以外には、まったく何も望んではいなかった。彼らの奏鳴曲の楽想は、抽象的で特徴がなく、苦心のみあって喜びのないものだった。それはまったく公証人的な芸術だった。クリストフは、フランス人らがブラームスを愛しないことを初め感謝していたが、もう今では、フランスには小ブラームスがたくさんいると考えていた。勤勉な誠実なそれらのりっぱな労働者らは皆、多くの美徳をもっていた。クリストフはたいへん教えられるところがあったが、またひどく退屈して、その仲間からのがれ出た。のがれ出てよかった、実によかった……。
戸外はなんといい気持だったろう!

それでも、パリーの音楽家中には、あらゆる流派を脱して独立してる者が、幾人かあった。クリストフが興味を覚えたのは、そういう人たちばかりだった。彼らのみが、一芸術の生活力の程度を知らせるのである。流派や学会などは、皮相な流行やこしらえられた理論だけをしか示さない。しかし自分だけ離れて立っている独立者らは、その時代と民族との真の思想を見出すの機会を、より多く有している。それゆえにまた、外国人にとっては、他の者らよりも彼らの方がいっそう理解しがたいのは、事実である。
クリストフがある名高い作を初めて聞いた時も、実際そのとおりであった。フランス人らはその作を法外にほめたてていた。最近十世紀間にその例を見ない音楽上の最大革命だと、公言してる者もあった。――(十世紀といっても、フランス人には世紀ということが大した意味をなしはしない。彼らは自国の世紀以外のことはあまり考えない。)
テオフィル・グージャールとシルヴァン・コーンとは、ベレアスとメリザンドを聞かせるために、クリストフをオペラ・コミック座へ連れていった。二人は彼にその作を示すのを非常な光栄としていた。あたかも自分で作ったかのようだった。それを聞いたら彼が心機一転するかもしれない、などと吹聴ふいちょうしていた。劇が始まっても二人はなお吹聴をやめなかった。クリストフは二人を黙らして、耳を澄すまして聴きいた。第一幕が済むと、彼はシルヴァン・コーンの方へ身を乗り出した。コーンは眼を輝かしながら彼に尋ねたのであった。
「おい、気むずかしや、どうだい?」
彼は言った。
「ずっとこんな調子なのか。」
「そうだ。」
「じゃあ、からっぽだね。」
コーンは反対して、彼を俗物だとした。
「まったくからっぽだ。」とクリストフは言いつづけた。「少しも音楽がない。発展がない。連絡がない。支離滅裂だ。ごく繊細な和声ハーモニーはある。ごく巧みなごくよい趣味の管弦楽から来る、小さな効果はある。しかしそんなのは、くだらないものだ、まったくくだらないものだ……。」
彼はまた聴き始めた。すると次第に、燈火が輝いてきた。薄ら明かりのうちに何かが見え始めた。そうだ、音楽の波の下に劇を沈めようとするワグナー派の理想に反対して、簡潔を旨とする意図がその中に含まってることを、彼はよく理解した。しかしながら、そういう犠牲的な意図は、もっていないものを犠牲にするというところから来るのではないかと、彼はやや皮肉に疑ってみた。苦心することの恐れ、疲れを最も少なくして効果を得んとする試み、ワグナー派の力強い構成に必要な激しい努力を無精ぶしょうのためにあきらめたやり方、などを彼は作の中に感じた。平坦へいたんで簡単で穏やかで微温的な朗詠法に、心ひかれないでもなかったが、しかしどうも単調なように思われ、ドイツ人の眼では真実のものだとは考えられなかった。――(彼が見て取ったところによれば、朗詠法が真実らしくなろうとすればするほど、いかにフランス語が音楽に不適当であるかをますます目立たせるのであった。あまりに論理的で、あまりに形が正しく、あまりに輪郭がはっきりしていて、それ自身で完全な一世界をなしてはいるが、しかしそれも密閉された世界なのであった。)――けれどもその試みは珍しいものであった。クリストフは、ワグナー派の芸術の強調的な暴戻ぼうれいさにたいする、革命的反動のその精神に、喜んで賛成した。このフランスの音楽家は、あらゆる熱烈な感情をも声低くささやかせようと、皮肉な慎重さで努めたかのようだった。愛も死も叫び声を挙げはしなかった。作中人物の魂の中で行なわれてる動乱も、旋律メロディーの線のかすかな震えによって、口角の皺しわほどの管弦楽のおののきによって、伝えられてるのみだった。あたかも作者は身を投げ出すことを恐れてるかのようだった。彼は趣味の天才をもっていた――がただ、フランス人の心の中に仮睡しているマスネー式なものが、眼を覚さまして情緒を吐露するような瞬間は、別であった。そういう瞬間になると、あまりに金色な髪の毛やあまりに赤い唇くちびるが――激しい恋に駆られてる第三共和時代の中流婦人が、現われてくるのであった。しかしそういうのは例外であって、作者がみずから課した抑制のゆるんだがためだった。その他の部分には、精練されたる簡素さが、まったくの簡素ではなくて意志から来た簡素さが、古い社会の繊巧な花が、全体を支配していた。年少の「野蛮人」たるクリストフは、それを半ばしか味わうことができなかった。ことに劇の全体には、詩には、嫌気いやけを催させられた。年増としまのパリー婦人が子供の真似まねをしてお伽噺とぎばなしをしてもらってるのを、眼に見るような気がした。それはライン河畔の大きな娘のような、感傷的で愚鈍なワグナー流の駄々だだっ児こではなかった。しかしこのフランス・ベルギーの駄々っ児は、その愛嬌あいきょうやくだらないお座敷道具――お河童かっぱさん、ちっちゃなパパ、鳩はとぽっぽ――や、社交界の婦人らがよくやる思わせぶりなどをもってしても、前者ほどの価値はもたなかった。パリー人の魂はこの劇の中に反映していた。そしてこの劇は、追従ついしょう的な画面のように、彼らの萎靡いびした宿命観、化粧室の涅槃ねはん境、柔弱な憂鬱ゆううつ、などの象すがたを映し出していた。意志の痕跡こんせきは少しもなかった。何が欲求されてるのかだれにもわからなかった。何がなされてるのかだれにもわからなかった。
「それは私のせいじゃない、私のせいじゃない!……」とその大きな子供たちは嘆いていた。永遠の薄明のうちに展開してゆく五幕――森、洞窟どうくつ、地下道、死人の室――を通じて、ようやく小島の小鳥が幾羽かもがいてるのみだった。憐あわれなる小鳥よ! かわいい、温あたたかい、ちまちまとした小鳥……。あまりに強い光、荒々しい身振りや言葉や熱情、生命、それを彼らはどんなに恐れていることだろう! しかし生命は精練されたるものではない。生命は手袋をもってとらえられるものではない……。
かかる疲憊ひはいした文明を、この瀕死ひんしの小さなギリシャを、一掃しつくすような大砲のとどろきが来るのを、クリストフは期待していたのである。

それにもかかわらず、この作品にたいする同感の念をクリストフに起こさしたのは、傲慢ごうまんな憐憫れんびんの感情であったろうか? それはとにかく、彼は心ならずも多くの興味を覚えた。芝居の帰りにはシルヴァン・コーンへ向かって、「ごく精巧だ、ごく精巧だ、しかし活気が欠けている、僕にとっては音楽が足りない、」と飽くまで答えはしたものの、フランスの他の音楽的作品とこのペレアスとを、いっしょにしないように用心していた。霧の中にともっているその燈火に、心ひかれたのであった。その周囲にはさらに、怪しい他の光がちらついてるのが見えていた。それらの鬼火に彼はいらだたせられた。近づいてその輝きぐあいを知りたかった。しかしなかなかとらえがたかった。それらの自由な音楽家らのものが、彼にはよくわからなかったし、それだけにまたいっそう観察したかったけれど、容易に近づけなかった。クリストフは他人の同情を非常に求めていたが、彼らはそういう要求をもっていないらしかった。一、二の例外を除けば、彼らは人のものをあまり読まず、人のものをあまり知らず、また知ろうともあまり望んでいなかった。ほとんどすべての者が、皆、実際にまたわざと、人を避けた孤独の生活をし、狭い圏内に閉じこもっていた――驕慢きょうまんの心から、粗野な性質から、嫌悪けんおの情から、又は淡々たる心情から。人数は多くなかったが、敵対した小さな群れに分かれて、いっしょに生きることができなかった。極端な猜疑さいぎ心をもっていて、敵や競争者を許さなかったのはもちろんのこと、もし友人が仲間外の音楽家を賞賛したり、またはあまりに冷やかなふうや、あまりに興奮したふうや、あまりに卑俗なふうや、あまりに非常識なふうやで、自分を賞賛してくれたりする時には、そういう友人をも許さなかった。彼らを満足させることは至難の業わざだった。彼らの各人はついに特許の批評家を一人任命してしまった。その批評家が偶像の足下で細心に監視の眼を見張っていた。偶像は少しでも手を触れることが許されなかった。――彼らは仲間うちだけから理解されていたが、それでもよい理解を受けてるというわけにいかなかった。味方の意見や自分自身の意見によって、おもねられゆがめられて、自分の芸術および才能についての自覚をあやまっていた。愛すべき空想家も、みずから改革者だと信じていた。十二韻脚派の芸術家らも、ワグナーの敵をもって自任していた。ほとんどすべての者が、価値せり上げ競争の犠牲となっていた。前日飛び上がったのよりもさらに高く、ことに競争者が飛び上がったのよりもさらに高く、毎日飛び上がらねばならなかった。そういう高飛びの競争には、いつも成功するというわけにいかなかった。そしてそれも、ある職業人にとってしか興味がなかった。彼らは聴衆を念頭におかなかった。聴衆[#「聴衆」は底本では「聴集」]も彼らを念頭におかなかった。彼らの芸術は、公衆のない芸術であり、音楽と職業とだけでみずから養ってる音楽であった。しかるにクリストフは、真偽はともかくとして、フランスの音楽ほど他物の支持を必要としてる音楽は他にない、というような印象を受けた。他物にからんで伸びるこのしなやかな植物は、支柱なしに済ますことができなかった。すなわち文学なしに済ますことができなかった。自分自身のうちに十分の生活理由を見出していなかった。息が短く、血が少なく、意志がなかった。男子の手を待ってる弱り果てた女のようだった。しかし繊細な貧血的な身体をし宝石を飾りたててるこのビザンチンの皇后は、軽薄才子、美学者、批評家、などという多くの宦官かんがんにとり巻かれていた。ただ国民が音楽に通じていなかった。ワグナーやベートーヴェンやバッハやドビュッシーなどのために、二十年来騒々しく発せられていた熱狂の叫びも、一つの階級以外にはほとんど伝わっていなかった。音楽会の増加も、すべてを押し流す潮のような音楽熱も、公衆の趣味の実際の発達とはなんらの呼応がなかった。ただ選ばれたる人々にのみ触れて彼らを惑乱さしてる、過度の流行にすぎなかった。音楽はある一握りの人々からしかほんとうには愛されてはいなかった。しかも、作曲家や批評家など最も音楽にたずさわってる者らが、いつもその数にはいるのでもなかった。真に音楽を愛する音楽家は、フランスにはいたって少ないのだ!
そういうふうにクリストフは考えていた。そして、どこもそのとおりだということ、ドイツにおいてさえ真の音楽家はそうたくさんないということ、芸術において重要なのは、無理解な多衆ではなくて、芸術を愛し矜ほこらかな謙譲をもって芸術に奉仕する少数の者であること、などを彼はみずから考えなかった。そういう少数者を、彼はフランスにおいて見かけなかったのか? 創作家や批評家――フランスがなしたように、現今の作曲家中最も天分ある人々がなしてるように、喧騒けんそうを離れて黙々と勉つとめてるすぐれた人々、やがてはある新聞雑誌記者に、発見の光栄と味方だと称する光栄とを与えはするが、目下は生涯しょうがい闇やみに埋もれている、多くの芸術家――なんらの野心もなく、自分自身のことも顧慮せず、過去のフランスの偉大さを築いている石を、一つずつほじくってる勤勉な学者や、あるいは、自国の音楽教育に身をささげて、来たるべきフランスの偉大さを準備してる勤勉な学者などの、少数の一団、それを彼は見かけなかったのか? もし彼が知り得たら心ひかれたに違いないような、宝と自由と普遍的な好奇とを有する精神が、いかばかりそこにあったことであろう! しかし彼は、そういう人々の二、三を、通りがかりにちらと見たにすぎなかった。彼が彼らを知ったのは、彼らの思想の漫画を通じてであった。芸術上の小猿こざるや新聞雑誌を渡り歩く小僧などによって、まねられ誇張せられた彼らの欠点をしか、彼は見なかったのである。
音楽上のそういう賤民せんみんらのうちにおいて、彼に悪感をことに起こさしたものは、彼らの形式主義であった。彼らの間においては、かつて形式以外のものが問題となったことがなかった。感情、性格、生命などについては一言も言われなかった。真の音楽家というものは、聴覚の世界に生きてること、その日々は音楽の波となって彼のうちに展開していること、などに気づく者は彼らのうち一人もなかった。真の音楽家にとっては、音楽は自分が呼吸する空気であり、自分を包む空である。彼の魂自身がすでに音楽である。彼の魂が愛し憎み苦しみ恐れ希こいねがうところのもの、そのすべてが音楽である。音楽的な魂は、一つの美しい肉体を愛する時にも、それを音楽として見る。魂を魅惑する恋しい眼は、碧あお色でも灰色でも褐色かっしょくでもない。その眼は音楽なのである。魂はその眼を見て、快い和音と同じ印象を受ける。かかる内的の音楽は、それを表現する音楽よりもはるかに豊富である。そして楽器の鍵盤けんばんは、それを演奏する鍵盤よりも劣っている。不完全な楽器たる芸術が喚起せんとする生命の力、それによって天才は測られる。――しかしこのことを、フランスにおいてどれだけの人が感じているだろうか。化学者の集まりなるこの民衆にとっては、音楽は音響結合の術としか思われていない。彼らはアルファベットを書物だと思っている。芸術を理解せんがためには人間を抽出して除かなければいけない、と彼らが説くのを聞いた時、クリストフは肩をそびやかした。彼らはそういう逆説に、大なる満足を覚えていた。それでもって自分の音楽性が自認できると思っていたからである。グージャールまでがそうであった。この馬鹿ばか者は、音楽のページを暗誦あんしょうするためにはどうしたらいいか、かつて了解することができなかった。――(その秘法をクリストフから説明してもらおうとしたことがあった。)――が今では、ベートーヴェンの魂の偉大さやワグナーの肉感性などが、フランス音楽にたいして有する関係は、画家のモデルとその肖像画との関係以上のものではないと、彼に証明したがっていた。
「それは、」とクリストフはついに我慢しかねて答えた、「美しい肉体も君にとっては、大なる情熱と同じく芸術的価値をもっていないということを、証明することになるんだ。憐あわれな男だね!……偉大なる魂の美が、それを反映する音楽の美を増すと同じように、完全な顔だちの美は、それを描く絵画の美をいかに増すかを、君は思いいたらないのか。……憐れな男だね!……職業だけにしか君は興味をもたないのか。細工さえうまくいっておれば、その意味なんかは君にはどうでもいいのか。……憐れな男だね! 演説者が何を言ってるかは聴ききもせず、その声の響きばかりを聴き、意味もわからずにその身振りをながめ、そしていかにもりっぱにしゃべると感心する奴やつがあるが、君もそういう連中なのか。憐れな男だ、憐れな男だ!……馬鹿な奴だな!」
しかしクリストフをいらだたせたのは、単に某々の理論だけではなくて、あらゆる理論であった。ビザンチン式の論争、永遠にそして単に音楽のことばかりを言う音楽家連中の会話に、彼は悩まされた。最良な音楽家にも音楽を嫌いやにならせるほどだった。音楽家も時々はその対位法や和声を捨てて、よい書物を読んだり人生の経験を積んだりする方がいいと、クリストフはムソルグスキーと同じようなことを考えていた。音楽家にとっては、音楽だけでは十分でない。音楽だけでは、時代を達観し虚無を超越するまでにはいたらないだろう……。人生だ! 全人生だ! すべてを見、すべてを知ることだ。真実を愛し求め抱きしめることだ。真実――接吻せっぷんしてくる者にたいして噛かみつく美しいアマゾンの女王ペンテジレアよ!
音楽討論会や和音製造店などは、もうたくさんだ! それらの和声料理の饒舌じょうぜつなんかは、怪物でなくて一つの生物たる新しい和声を発見する道をば、決して教えてくれないであろう。
クリストフは、壜びんの中に侏儒しゅじゅをでも孵化ふかさせるために蒸留器を大事に温あたためてる、それらワグナー派の学者たちに背を向けた。そしてフランスの音楽界から脱出して、文学界とパリーの社会とを知ろうとつとめた。

クリストフがまず当時のフランス文学と近づきになったのは――フランスの大多数の人々と同じように――日刊新聞によってであった。彼は自分の語学を完成するとともに、できるだけ早くパリーの思想に通じたかったので、最もパリー的だと言われてる新聞を、ごく丹念に読もうと努めた。第一日目に彼は、記事や写真で数欄を埋めてる恐ろしい雑報のうちに、一つの短編小説を読んだ。十五歳になる娘といっしょに寝る父親のことが書いてあった。ごく自然でまたかなり痛切なこととして叙述されていた。二日目には同じ新聞で、父親と十二歳になる息子とがやはり娘といっしょに寝る短編を読んだ。三日目には、兄と妹とがいっしょに寝る短編を読んだ。四日目には、二人の姉妹がいっしょに寝る短編を読んだ。五日目には……彼は嘔吐おうとを催して新聞を投げ捨て、シルヴァン・コーンに言った。
「ああ、これはいったいどうしたんだ? 君たちは病気なのか。」

 

 

Sylvain Kohn se mit à rire, et dit:

—C'est de l'art.

Christophe haussa les épaules:

—Vous vous moquez de moi.

Kohn rit de plus belle:

—En aucune façon. Voyez plutôt.

Il montra à Christophe une enquête récente sur l'Art et la Morale, d'où il résultait que «l'Amour sanctifiait tout», que «la Sensualité était le ferment de l'Art», que «l'Art ne pouvait être immoral», que «la morale était une convention inculquée par une éducation jésuitique», et que seule comptait «l'énormité du Désir».—Une suite de certificats littéraires attestaient dans les journaux la pureté d'un roman qui peignait les mœurs des souteneurs. Certains des répondants étaient des plus grands noms de la littérature, ou d'austères critiques. Un poète des familles, bourgeois et catholique, donnait sa bénédiction d'artiste à une peinture très soignée des mauvaises mœurs grecques. Des réclames lyriques exaltaient des romans, où laborieusement s'étalait la Débauche à travers les âges: Rome, Alexandrie, Byzance, la Renaissance italienne et française, le Grand Siècle... c'était un cours complet. Un autre cycle d'études embrassait les divers pays du globe: des écrivains consciencieux s'étaient consacrés, avec une patience de bénédictins, à l'étude des mauvais lieux des cinq parties du monde. On trouvait, parmi ces géographes et ces historiens du rut, des poètes distingués et de parfaits écrivains. On ne les distinguait des autres qu'à leur érudition. Ils disaient en termes impeccables des polissonneries archaïques.

L'affligeant était de voir de braves gens et de vrais artistes, des hommes qui jouissaient dans les lettres françaises d'une juste notoriété, s'évertuer à ce métier pour lequel ils n'étaient point doués. Certains s'épuisaient à écrire, comme les autres, des ordures que les journaux du matin débitaient par tranches. Ils pondaient cela régulièrement, à dates fixes, une ou deux fois par semaine; et cela durait depuis des années. Ils pondaient, pondaient, pondaient, n'ayant plus rien à dire, se torturant le cerveau pour en faire sortir quelque chose de nouveau, saugrenu, incongru: car le public, gorgé, se lassait de tous les plats et trouvait bientôt fades les imaginations de plaisirs les plus dévergondées: il fallait faire l'éternelle surenchère,—surenchère sur les autres, surenchère sur soi-même;—et ils pondaient leur sang, ils pondaient leurs entrailles: c'était un spectacle lamentable et grotesque.

Christophe ne connaissait pas tous les dessous de ce triste métier; et s'il les eût connus, il n'en eût pas été plus indulgent: car rien au monde n'excusait à ses yeux un artiste de vendre l'art pour trente deniers...

—(Même pas d'assurer le bien-être de ceux qu'il aime?

—Même pas.

—Ce n'est pas humain.

—Il ne s'agit pas d'être humain, il s'agit d'être un homme... Humain!... Dieu bénisse votre humanitarisme au foie blanc!... On n'aime pas vingt choses à la fois, on ne sert pas plusieurs dieux!...)

Dans sa vie de travail, Christophe n'était guère sorti de l'horizon de sa petite ville allemande; il ne pouvait se douter que cette dépravation artistique, qui s'étalait à Paris, était commune à presque toutes les grandes villes; et les préjugés héréditaires de «la chaste Allemagne» contre «l'immoralité latine» se réveillaient en lui. Sylvain Kohn aurait eu beau jeu à lui opposer ce qui se passait sur les bords de la Sprée, et l'effroyable pourriture d'une élite de l'Allemagne impériale, dont la brutalité rendait l'ignominie plus repoussante encore. Mais Sylvain Kohn ne pensait pas à en tirer avantage; il n'en était pas plus choqué que des mœurs parisiennes. Il pensait ironiquement: «Chaque peuple a ses usages»; et il trouvait naturels ceux du monde où il vivait: Christophe pouvait donc croire qu'ils étaient la nature même de la race. Aussi ne se faisait-il pas faute, comme ses compatriotes, de voir dans l'ulcère qui dévore les aristocraties intellectuelles de tous les pays le vice propre de l'art français, la tare des races latines.

Ce premier contact avec la littérature parisienne lui fut pénible, et il lui fallut du temps pour l'oublier, par la suite. Les œuvres ne manquaient pourtant pas qui n'étaient point uniquement occupées de ce que l'un de ces écrivains appelait noblement «le goût des divertissements fondamentaux». Mais des plus belles et des meilleures, rien ne lui arrivait. Elles n'étaient pas de celles qui cherchent les suffrages des Sylvain Kohn; elles ne s'inquiétaient pas d'eux, et ils ne s'inquiétaient pas d'elles: ils s'ignoraient mutuellement. Jamais Sylvain Kohn n'en eût parlé à Christophe. De bonne foi, il était convaincu que ses amis et lui incarnaient l'art français, et qu'en dehors de ceux que leur opinion avait sacrés grands hommes, il n'y avait point de talent, il n'y avait point d'art, il n'y avait point de France. Des poètes qui étaient l'honneur des lettres, la couronne de la France, Christophe ne connut rien. Des romanciers, seuls lui parvinrent, émergeant au-dessus de la marée des médiocres, quelques livres de Barrès et d'Anatole France. Mais il était trop peu familiarisé avec la langue pour pouvoir bien goûter l'ironie érudite de l'un, le sensualisme cérébral de l'autre. Il resta quelque temps à regarder curieusement les orangers en caisse, qui poussaient dans la serre d'Anatole France, et les narcisses grêles, qui émaillaient le cimetière d'âme de Barrès. Il s'arrêta quelques instants devant le génie, un peu sublime, un peu niais, de Maeterlinck: un mysticisme monotone, mondain, s'en exhalait. Il se secoua, tomba dans le torrent épais, le romantisme boueux de Zola, qu'il connaissait déjà, et n'en sortit que pour se noyer tout à fait dans une inondation de littérature.

De ces plaines submergées s'exhalait un odor di femina. La littérature d'alors pullulait de femmes et d'hommes femelles.—Il est bien que les femmes écrivent, si elles ont la sincérité de peindre ce qu'aucun homme n'a su voir tout à fait: le fond de l'âme féminine. Mais bien peu l'osaient faire; la plupart n'écrivaient que pour attirer l'homme: elles étaient aussi menteuses dans leurs livres que dans leurs salons; elles s'embellissaient fadement, et flirtaient avec le lecteur. Depuis qu'elles n'avaient plus de confesseur à qui raconter leurs petites malpropretés, elles les racontaient au public. C'était une pluie de romans, presque toujours scabreux, toujours maniérés, écrits dans une langue qui avait l'air de zézayer, une langue qui sentait la boutique à parfums, et l'obsédante odeur fade, chaude et sucrée. Elle était partout dans cette littérature. Christophe pensait, comme Gœthe: «Que les femmes fassent autant qu'elles veulent des poésies et des écrits! Mais que les hommes n'écrivent pas comme des femmes! Voilà ce qui ne me plaît point.» Il ne pouvait voir sans dégoût cette coquetterie louche, ces minauderies, cette sensiblerie qui se dépensait de préférence au profit des êtres les moins dignes d'intérêt, ce style pétri de mignardise et de brutalité, ces charretiers psychologues.

Mais Christophe se rendait compte qu'il ne pouvait juger. Il était assourdi par le bruit de la foire aux paroles. Impossible d'entendre les jolis airs de flûte, qui se perdaient au milieu. Parmi ces œuvres de volupté, il en était au fond desquelles souriait sur le ciel limpide la ligne harmonieuse des collines de l'Attique,—tant de talent et de grâce, une douceur de vivre, une finesse de style, une pensée pareille aux langoureux adolescents de Pérugin et du jeune Raphaël, qui, les yeux à demi-clos, sourient à leur rêve amoureux. Christophe n'en voyait rien. Rien ne pouvait lui révéler les courants de l'esprit. Un Français aurait eu lui-même grand'peine à s'y reconnaître. Et la seule constatation qu'il lui était permis de faire, c'était de ce débordement d'écriture, qui avait l'air d'une calamité publique. Il semblait que tout le monde écrivît: hommes, femmes et enfants, officiers, comédiens, gens du monde et forbans. Une vraie épidémie.

Christophe renonça, pour l'instant, à se faire une opinion. Il sentait qu'un guide, comme Sylvain Kohn, ne pourrait que l'égarer tout à fait. L'expérience qu'il avait eue en Allemagne d'un cénacle littéraire le mettait justement en défiance; il était sceptique à l'égard des livres et des revues: savait-on s'ils ne représentaient pas simplement l'opinion d'une centaine de désœuvrés, ou même si l'auteur n'était pas tout le public à lui tout seul? Le théâtre donnait une idée plus exacte de la société. Il tenait à Paris, dans la vie quotidienne, une place exorbitante. C'était un restaurant pantagruélique, qui ne suffisait pas à assouvir l'appétit de ces deux millions d'hommes. Une trentaine de grands théâtres, sans parler des scènes de quartier, des cafés-concerts, des spectacles divers,—une centaine de salles, chaque soir, presque toutes pleines. Un peuple d'acteurs et d'employés. Les quatre théâtres subventionnés occupant à eux seuls près de trois mille personnes, et dépensant dix millions. Paris entier rempli de la gloire des cabots. À chaque pas, d'innombrables photos, dessins, caricatures, répétaient leurs grimaces, les gramophones leur nasillement, les journaux leurs jugements sur l'art et sur la politique. Ils avaient leur presse spéciale. Ils publiaient leurs Mémoires héroïques et familiers. Parmi les autres Parisiens, ces grands enfants flâneurs qui passaient leur temps à se singer, ces singes complets tenaient le sceptre; et les auteurs dramatiques étaient leurs chambellans. Christophe pria Sylvain Kohn de l'introduire dans le royaume des reflets et des ombres.

Mais Sylvain Kohn n'était pas un guide plus sûr dans ce pays que dans celui des livres, et la première impression que Christophe eut, grâce à lui, des théâtres parisiens, ne fut pas moins repoussante que celle de ses premières lectures. Il semblait que partout régnât le même esprit de prostitution cérébrale.

Il y avait deux écoles parmi les marchands de plaisir. L'une était a la bonne vieille mode, la façon nationale, le gros plaisir bien sale, à la bonne franquette, la joie de la laideur, des digestions copieuses, des difformités physiques, les gens en caleçon, les plaisanteries de corps de garde, la bisque, le poivre rouge, les viandes faisandées, les cabinets particuliers,—«cette mâle franchise», comme disent ces gens-là, qui prétend concilier la gaillardise et la morale, parce qu'après quatre actes de chienneries, elle ramène le triomphe du Code en jetant, au hasard de quelque imbroglio, la femme légitime dans le lit du mari qu'elle voulait cocufier:—(pourvu que la loi soit sauve, la vertu l'est aussi),—cette honnêteté grivoise, qui défend le mariage, en lui donnant les allures de la débauche:—le genre gaulois.

L'autre école était modern-style. Elle était beaucoup plus raffinée, plus écœurante aussi. Les Juifs parisianisés (et les chrétiens judaïsés), qui foisonnaient au théâtre, y avaient introduit le mic-mac de sentiments, qui est le trait distinctif d'un cosmopolitisme dégénéré. Ces fils qui rougissaient de leur père s'appliquaient à renier la conscience de leur race; ils n'y réussissaient que trop. Après avoir dépouillé leur âme séculaire, il ne leur restait plus de personnalité que pour mêler les valeurs intellectuelles et morales des autres peuples; ils en faisaient une macédoine, une olla podrida: c'était leur façon d'en jouir. Ceux qui étaient les maîtres du théâtre à Paris excellaient à battre ensemble l'ordure et le sentiment, à donner à la vertu un parfum de vice, au vice un parfum de vertu, à intervertir toutes les relations d'âge, de sexe, de famille, d'affections. Leur art avait ainsi une odeur sui generis, qui sentait bon et mauvais à la fois, c'est-à-dire très mauvais: ils nommaient cela «amoralisme».

Un de leurs héros de prédilection était alors le vieillard amoureux. Leur théâtre en offrait une riche galerie de portraits. Ils trouvaient dans la peinture de ce type l'occasion d'étaler mille délicatesses. Tantôt le héros sexagénaire avait sa fille pour confidente; il lui parlait de sa maîtresse; elle lui parlait de ses amants; ils se conseillaient fraternellement; le bon père aidait sa fille dans ses adultères; la bonne fille s'entremettait auprès de la maîtresse infidèle, la suppliait de revenir, la ramenait au bercail. Tantôt le digne vieillard se faisait le confident de sa maîtresse; il causait avec elle des amants qu'elle avait, sollicitait le récit de ses libertinages, et même il finissait par y trouver plaisir. On voyait des amants, gentlemen accomplis, qui étaient les intendants gagés de leurs anciennes maîtresses, veillaient sur leur commerce et leurs accouplements. Les femmes du monde volaient. Les hommes étaient maquereaux, les filles lesbiennes. Tout cela, dans le meilleur monde: le monde riche,—le seul qui comptât. Car il permettait d'offrir aux clients, sous le couvert des séductions du luxe, une marchandise avariée. Ainsi maquillée, elle s'enlevait sur la place; les jeunes femmes et les vieux messieurs en faisaient leurs délices. Il se dégageait de là un fumet de cadavre et de pastilles du sérail.

Leur style n'était pas moins mêlé que leurs sentiments. Ils s'étaient fait un argot composite, d'expressions de toutes classes et de tous pays, pédantesque, chatnoiresque, classique, lyrique, précieux, poisseux, poissard, mixture de coq-à-l'âne, d'afféteries, de grossièretés et de mots d'esprit, qui semblaient avoir un accent étranger. Ironiques, et doués d'un humour bouffon, ils n'avaient pas beaucoup d'esprit naturel; mais, adroits comme ils étaient, ils en fabriquaient assez habilement, à l'instar de Paris. Si la pierre n'était pas toujours de la plus belle eau, et si presque toujours la monture était d'un goût baroque et surchargé, du moins cela brillait, aux lumières: c'était tout ce qu'il fallait. Intelligents d'ailleurs, bons observateurs, mais observateurs myopes, les yeux déformés depuis des siècles par la vie de comptoir, examinant les sentiments à la loupe, grossissant les choses menues et ne voyant pas les grandes, avec une prédilection marquée pour les oripeaux, ils étaient incapables de peindre autre chose que ce qui semblait à leur snobisme de parvenus l'idéal de l'élégance: une poignée de viveurs fatigués et d'aventuriers, qui se disputaient la jouissance de quelque argent volé et de femelles sans vertu.

Parfois la vraie nature de ces écrivains juifs se réveillait, montait des lointains de leur être, à propos d'on ne savait quels échos mystérieux provoqués par le choc d'un mot. Alors, c'était un amalgame étrange de siècles et de races, un souffle du Désert qui, par delà les mers, apportait dans ces alcôves parisiennes des relents de bazar turc, l'éblouissement des sables, des hallucinations, une sensualité ivre, une puissance d'invectives, une névrose enragée, à deux doigts des convulsions, une frénésie de détruire,—Samson, qui brusquement assis depuis des siècles dans l'ombre se lève comme un lion, et secoue avec rage les colonnes du Temple, qui s'écroulent sur lui et sur la race ennemie.

Christophe se boucha le nez, et dit à Sylvain Kohn:

—Il y a de la force là-dedans; mais elle pue. Assez! Allons voir autre chose.

—Quoi? demanda Sylvain Kohn.

—La France.

—La voilà! dit Kohn.

—Ce n'est pas possible, fit Christophe. La France n'est pas ainsi.

—La France, comme l'Allemagne.

—Je n'en crois rien. Un peuple qui serait ainsi n'en aurait pas pour vingt ans: il sent déjà le pourri. Il y a autre chose.

—Il n'y a rien de mieux.

—Il y a autre chose, s'entêta Christophe.

—Oh! nous avons aussi de belles âmes, dit Sylvain Kohn, et des théâtres à leur mesure. Est-ce là ce qu'il vous faut? On peut vous en offrir.

Il conduisit Christophe au Théâtre-Français.

On jouait, ce soir-là, une comédie moderne, en prose, qui traitait d'une question juridique.

Dès les premiers mots, Christophe ne sut plus dans quel monde cela se passait. Les voix des acteurs étaient démesurément amples, lentes, graves, compassées; elles articulaient toutes les syllabes, comme si elles voulaient donner des leçons de diction; elles paraissaient scander perpétuellement des alexandrins, avec des hoquets tragiques. Les gestes étaient solennels et presque hiératiques. L'héroïne, drapée de son peignoir comme d'un péplum grec, le bras levé, la tête baissée, jouait l'Antigone toujours, et souriait d'un sourire d'éternel sacrifice, en modulant les notes les plus profondes de son beau contralto. Le père noble marchait d'un pas de maître d'armes, avec une dignité funèbre, un romantisme en habit noir. Le jeune premier se contractait froidement la gorge pour en tirer des pleurs. La pièce était écrite en style de tragédie-feuilleton: c'étaient des mots abstraits, des épithètes bureaucratiques, des périphrases académiques. Pas un mouvement, pas un cri imprévu. Du commencement à la fin, un mécanisme d'horloge, un problème posé, un schéma dramatique, un squelette de pièce, et dessus, point de chair, des phrases de livre. Au fond de ces discussions qui voulaient paraître hardies, des idées timorées, une âme de petit bourgeois gourmé.

L'héroïne avait divorcé d'avec un mari indigne, dont elle avait un enfant, et elle s'était remariée avec un honnête homme qu'elle aimait. Il s'agissait de prouver que, même en ce cas, le divorce était condamné par la nature, comme par le préjugé. Pour cela, rien de plus facile: l'auteur s'arrangeait de façon à ce que le premier mari reprit la femme, une fois, par surprise. Et après, au lieu de la nature toute simple, qui eût voulu des remords, une honte peut-être, mais le désir d'aimer d'autant plus le second, l'honnête homme, on présentait un cas de conscience héroïque, hors nature. Il en coûte si peu d'être vertueux, hors nature! Les écrivains français n'ont pas l'air familiers avec la vertu: ils forcent la note, quand ils en parlent; il n'y a plus moyen d'y croire. On dirait qu'on a toujours affaire à des héros de Corneille, à des rois de tragédie.—Et ne sont-ils pas des rois, ces héros millionnaires, ces héroïnes qui, toutes, ont, pour le moins, un hôtel à Paris et deux ou trois châteaux? La richesse, pour cette sorte d'écrivains, est une beauté, presque une vertu.

Le public paraissait à Christophe encore plus étonnant que la pièce. Aucune invraisemblance ne le troublait. Il riait aux bons endroits, quand l'acteur disait la phrase qui devait faire rire, en l'annonçant à l'avance, afin qu'on eût le temps de se préparer à rire. Il se mouchait, toussait, ému jusques aux larmes, quand les mannequins tragiques hoquetaient, rugissaient, ou s'évanouissaient, selon des rites consacrés.

—Et on dit que les Français sont légers! s'exclama Christophe, au sortir de la représentation.

—Il y a temps pour tout, dit Sylvain Kohn, gouaillant. Vous vouliez de la vertu? Vous voyez qu'il y en a encore en France.

—Mais ce n'est pas de la vertu, se récria Christophe, c'est de l'éloquence!

—Chez nous, dit Sylvain Kohn, la vertu au théâtre est toujours éloquente.

—Vertu de prétoire, dit Christophe, la palme est au plus bavard. Je hais les avocats. N'avez-vous pas des poètes, en France?

Sylvain Kohn le mena à des théâtres poétiques.

Il y avait des poètes en France. Il y avait même de grands poètes. Mais le théâtre n'était pas pour eux. Il était pour les rimeurs. Le théâtre est à la poésie ce qu'est l'opéra à la musique. Comme disait Berlioz: Sicut amori lupanar.

Christophe vit des princesses courtisanes par sainteté, qui mettaient leur honneur à se prostituer, et que l'on comparait au Christ, gravissant le calvaire;—des amis qui trompaient leur ami, par dévouement pour lui;—de vertueux ménages a trois;—des cocus héroïques: (le type était devenu, comme la chaste prostituée, un article européen; l'exemple du roi Marke leur avait tourné la tête: tel le cerf de saint Hubert, ils ne se présentaient plus qu'avec une auréole).—Christophe vit aussi des filles galantes, qui étaient partagées, comme Chimène, entre la passion et le devoir: la passion était de suivre un nouvel amant; le devoir était de rester avec l'ancien, un vieux qui leur donnait de l'argent, et que d'ailleurs elles trompaient. À la fin, noblement, elles choisissaient le devoir.—Christophe trouvait que ce devoir différait peu du sordide intérêt; mais le public était content. Le mot de Devoir lui suffisait; il ne tenait pas à la chose: le pavillon couvrait la marchandise.

Le comble de l'art était quand pouvaient s'accorder, de la façon la plus paradoxale, l'immoralité sexuelle avec l'héroïsme cornélien. Ainsi, tout était satisfait chez ce public parisien: son libertinage d'esprit, et sa vertu oratoire.—Il faut lui rendre justice: il était encore plus bavard que paillard. L'éloquence faisait ses délices. Il se fût fait fouetter pour un beau discours. Vice ou vertu, héroïsme abracadabrant ou bassesse crapuleuse, il n'était pas de pilule qu'on ne lui fît avaler, dorée de rimes sonores et de mots ronflants. Tout était matière à couplets. Tout était phrases. Tout était jeu. Quand Hugo faisait entendre son tonnerre, vite, (comme disait son apôtre, Mendès), il y mettait une sourdine, pour ne pas effrayer même un petit enfant... (L'apôtre était persuadé qu'il faisait un compliment.)—Jamais on ne sentait dans leur art une force de la nature. Ils mondanisaient tout: l'amour, la souffrance, la mort. Comme en musique,—bien plus encore qu'en musique, qui était un art plus jeune en France et relativement plus naïf,—ils avaient la terreur du «déjà dit». Les mieux doués s'appliquaient froidement à en prendre le contrepied. La recette était simple: on faisait choix d'une légende, ou d'un conte d'enfant, et on leur faisait dire juste le contraire de ce qu'ils voulaient dire. On obtenait ainsi Barbe-Bleue battu par ses femmes, ou Polyphème qui se crève l'œil, par bonté, afin de se sacrifier au bonheur d'Acis et de Galatée. En tout cela, rien de sérieux, que la forme. Encore semblait-il à Christophe (mais il était mauvais juge) que ces maîtres de la forme étaient de petits-maîtres et des maîtres pasticheurs, plutôt que de grands écrivains, créateurs de leur style, et peignant largement.

Nulle part, le mensonge poétique ne s'étalait avec plus d'insolence que dans le drame héroïque. Ils se faisaient du héros une conception burlesque:

«L'important, c'est d'avoir une âme magnifique.
Un œil d'aigle, un front large et haut comme un portique,
Un air puissant et grave, émouvant, radieux,
Un cœur plein de frissons, du rêve plein les yeux.»

シルヴァン・コーンは笑い出して言った。
「それが芸術さ。」
クリストフは肩をそびやかした。
「冗談はよせよ。」
コーンはますます笑った。
「冗談なものか。まあこれを見てみたまえ。」
彼は芸術と道徳とに関する最近の調査を、クリストフに示した。調査の結果によれば、「恋愛はすべてを神聖にす、」「肉欲は芸術の酵母なり、」「芸術は不道徳たり得ず、」「道徳は偽善的教育によって注入せられたる因襲なり、」ただ「大なる欲望」のみが問題である、などということになるのであった。――遊蕩ゆうとう者の風俗を描いたある長編小説の純潔さが、どの新聞を見ても、多くの文学者の書信によって証明されていた。回答者のうちには、文学の大家や謹厳な批評家などがあった。通俗で旧教的なある家庭詩人は、ギリシャの悪習のごく細密な描写に、芸術家としての祝福をささげていた。ローマ、アレキサンドリア、ビザンチン、イタリーおよびフランスの文芸復興、大世紀……などの各時代を通ずる放逸のありさまを勤勉に細叙してある小説に、多くの叙情的な称賛の辞が浴びせられていた。それらの小説には放逸の変遷が何一つ省かれていなかった。また他の一群の研究は、世界各国を包含していた。細心な作者らは、聖ベノア修道会員のような忍耐をもって、世界五か所の遊蕩ゆうとう場の研究に身をささげていた。それらの快楽の地理学者や歴史家らのうちに、秀ひいでた詩人やりっぱな著作家が現われていた。人々が彼らを他人と区別してるのは、ただその博識によってばかりだった。彼らは完璧かんぺきな措辞をもって、古代の遊蕩を語っていた。
最も驚くべきことには、りっぱな人々や真の芸術家らが、フランス文芸界において正当な名声を博してる人々までが、まったく不適当なこの仕事に努力していた。ある人々は他人をまねて、朝刊新聞が切り売りする卑猥ひわいなものを書こうと苦心していた。彼らはそれを、一週に一、二回、きまった日に規則正しく生み出していた。しかもすでに数年来引きつづいてることだった。彼らはもう何も言うことがなくなっても、でたらめな無作法な新しいものを頭からしぼり出しながら、やたらに生み出してばかりいた。公衆は食べすぎて、いかなる料理にも飽いてしまい、やがて、最も淫蕩いんとうな快楽の想像をもつまらなく思うようになっていた。それでただ競せり上げを、永久の競り上げ――他人よりもまさり自分自身よりもまさろうとする――を、なさなければならなかった。そして彼らは自分の血をしぼり出し、自分の臓腑ぞうふをしぼり出していた。それは痛ましいまた奇怪な光景であった。
クリストフは、そういうあさましい職業の内幕に通じていなかった。もし通じていても、そのために大目に見てやりはしなかったであろう。なぜなら彼から見れば、銀三十枚のために芸術を売る芸術家ほど、世に許しがたいものはなかったから……。
――愛する人々の生活を確かにしてやるためにでも、いけないのか。
――いけない。
――それは人情がないというものだ。
――人情があることが問題じゃない。一個の人間たることが問題なのだ。……人情だって!……毛色の変わった君らの人情こそ、憐あわれなものだ。……人は同時に多くのものを愛するものではない、多くの神に仕えるものではない!……
クリストフは、勤労な生活をしているうち、自分の小さなドイツの町の地平線から、ほとんど外に出たことがなかったので、パリーに展開されてる芸術上の腐敗は、ほとんどすべての大都会に共通のものであるということを、気づき得なかったのである。そして、「ラテンの不道徳」にたいする「貞節なるドイツ」の遺伝的偏見が、彼のうちに目覚めざめていた。それでもシルヴァン・コーンはシュプレー河畔に起こっている事柄を、強暴なる性質のためにその醜事がさらに嫌悪けんおすべきものとなっている、ドイツ帝国の選良階級の恐るべき腐敗を、クリストフの説にりっぱに対向せしめ得るはずであった。しかしシルヴァン・コーンはそれを利用しようとは思わなかった。彼はパリーの風俗に平気であるごとく、ベルリンの風俗にも平気であった。「各民衆にはそれぞれの風習があるものだ、」と彼は皮肉な考え方をして、周囲の社会の風習を自然なものだと思っていた。それを見てクリストフは、それらの風習は民族本来の性質であるとまで考えた。ゆえに彼は同国人らと同じように、ヨーロッパの精神的貴族社会を呑噬どんぜいしつつある腐食のうちに、フランスの芸術に固有な悪徳を、ラテン諸民族の欠点を、見て取らずにはいられなかった。
パリーの文学とのこの初めの接触は、彼には心苦しいものだった。後にその心苦しさを忘れるまでには、多少の時間がかかった。とは言えそれらの著作家の一人が、「基礎的娯楽の趣味」と高尚な名前をつけてるもの、それにばかり関係してるのではないような作品も、ないではなかった。しかしその最もりっぱな最もよい作品は、クリストフの眼には触れなかった。それらの作品は、シルヴァン・コーンなどの連中に賛成を求めてはいなかった。それらは彼らを念頭においてはいなかったし、彼らもそれらを念頭においてはいなかった。両方ともたがいに知らなかった。シルヴァン・コーンはかつて、そういう作の噂うわさをクリストフにしたことがなかった。彼は自分や自分の友人らがフランス芸術を代表してるのだと、真面目まじめに思い込んでいたし、自分らが偉人だと認めた者以外には、才能もなく、芸術もなく、フランスもないと、思い込んでいた。クリストフは、フランス文芸の名誉たりフランスの王冠たる詩人らについては、なんらの知るところもなかった。ただ数人の小説家だけが、パレスとアナトール・フランスとの数冊の書が、凡庸ぼんようの潮の上に浮き出して彼の手に達した。しかし彼はまだフランス語に十分慣れていなかったので、後者の博識な皮肉、前者の頭脳的官能主義を、十分味わうことができなかった。それでも、アナトール・フランスの温室の中に萌もえ出てる橙樹オレンジの鉢植はちうえ、パレスの魂の墓地にのぞき出てる繊細な水仙花すいせんか、それらの前に彼はしばらく足を止めて珍しげにながめた。また、メーテルリンクのやや崇高でやや幼稚な天才の前にも、しばらく足を止めた。世俗的な単調な一つの神秘主義がそれから発散していた。彼ははっと飛びのいて、こんどは太い急湍きゅうたんの中に、前から知っていたゾラの泥どろ深い浪漫主義ロマンチズムの中に、落ち込んでいった。それから出たかと思うと、文学の大氾濫はんらんの中にすっかりおぼれてしまった。
水に浸ったそれらの平野からは、女の匂いが立ちのぼっていた。当時の文学には、女性的男子と女子とがいっぱい群がっていた。――もし女が、いかなる男もかつて完全に見て取り得なかったものを、すなわち女性の魂の奥底を、描写するだけの誠実を有するならば、女が文筆を執ることは結構である。しかしごく少数者のみがそれをなし得るのであって、大多数の女はただ男をひきつけんがためにのみ書いていた。彼女らはその客間におけると同じく、書物の中においても虚言者であった。くだらない化粧に凝り読者と戯れていた。自分のちょっとした不都合を語るべき聴罪師をもたなくなってからは、それを公衆に語っていた。無数の小説が現われた。ほとんどいつも不貞なもので、いつも様子ぶったもので、舌たるい言葉で書かれ、香水店の匂においのする言葉で、気のぬけた温かい甘い異臭のある言葉で書かれていた。その匂いが文学全体の中にこもっていた。クリストフはゲーテと同じように考えた。「婦人には思うまま詩や小説を作らせて構わない。しかし男子は女のようなことを書いてはいけない。そういうことをする男子こそ、俺おれは嫌きらいだ。」その中途半端な愛嬌あいきょう振り、そのいかがわしい仇あだっぽさ、最もつまらない人物のために好んで費やされるその感傷風、気取りと粗暴とでこね上げられたその文体、それらの野卑な心理学者を、彼は嫌悪けんおの情なしには見ることができなかった。
しかしクリストフは、自分にはよく判断できないことを知っていた。彼は言葉の市場から来る喧騒けんそうに耳を聾ろうしていた。笛の美しい節ふしは喧騒の中に消え失うせて、聞き取ることができなかった。というのは、快楽を主としたそれらの作品の間にも、底の方に、アッチカのなだらかな丘陵の線が清澄な空に微笑ほほえんでいないでもなかった。――多くの才能と優美、生の楽しみ、文体の美しさ、または、ペルジノや若いラファエルの手に成った、半ば眼を閉じて恋の夢想に微笑んでいる憂わしげな青年にも似寄った思想。しかしクリストフにはそれが少しも見えなかった。精神の諸流を、何物も彼に示してはくれなかった。フランス人自身でも、それを知るのは困難であったろう。そして、彼が確かに見て取り得た唯一のことは、著作の過多という一事だった。あたかも社会的災難とも言えるほどだった。男も女も将校も俳優も紳士も囚人も、すべての者が筆を執ってるかのようだった。まったく一つの流行病だった。
クリストフは意見をたてるのを一時断念した。シルヴァン・コーンのような案内者についていると、まったく道に迷ってしまうかもしれないような気がした。ドイツにおいてある文学会から得た経験にてらしてみると、どうも自信がもてなかった。書物や雑誌にたいして疑惑があった。それらは多くの閑人ひまじんどもの意見だけを代表してるものでないかどうか、あるいはただ作者だけの一人よがりでないかどうか、それがわからなかった。芝居の方がずっと正確に、社会の実情を伝えてくれるのだった。芝居はパリーの日常生活中に、法外な場所を占めていた。それは放縦ほうじゅうな料理店だったが、それでもこれら二百万人の食欲を満足させるに足りなかった。三十余の大劇場、その他四方にある小劇場、奏楽珈琲店、種々の見世物――毎晩興行して毎晩ほとんど満員となる有余の小屋。多数の役者や事務員。政府の補助を受けてる四大劇場だけでも、三千人近くの専属人員と、千万フラン余の費用。大根役者の人気ばかりで湧わきたってるパリー全市。一歩ごとに眼に触れるものは、彼らのしかめ顔を示してる、無数の写真や絵や漫画、彼らの鼻声を示してる蓄音器、芸術や政治に関する彼らの意見を掲げてる新聞。彼らはそれぞれ自分の新聞をもっていた。大胆な立ち入った覚え書きを発表していた。人真似まねをして時間をつぶす遊惰な大子供たるパリー人中で、それらの完全な猿さるどもが牛耳ぎゅうじを取っていた。そして劇作家らは、彼らの侍従となっていた。クリストフはシルヴァン・コーンに、反映と影との王国へ案内してくれと頼んだ。
しかしシルヴァン・コーンは、書物の世界におけると同じく、この世界においても安全な案内者ではなかった。クリストフが彼のおかげによって、パリーの芝居から受けた最初の印象は、最初の読書から受けた印象に劣らず不快なものであった。頭脳的売淫ばいいんの同じ精神が、至るところに支配してるようであった。
この快楽の商人のうちに、二派あった。その一つは、おめでたい旧式で、国民式であって、無遠慮な賤いやしい快楽、醜悪や貪欲どんよくや肉体的欠陥などの喜び、半裸体の人々、兵卒小屋の冗談、羹物あつものや赤胡椒こしょうや油の乗った肉や特別室――ふざけきった四幕のあとで、事件の錯綜さくそうによって、欺こうとしてる夫の寝床に正妻がはいるようなことになって、法典の勝利をもたらすがゆえに――(法律が救わるれば美徳も救われるというのだ)――彼らの言葉に従えば、卑猥ひわいと道徳とを和解させんとする「男らしい淡泊たんぱくさ」――結婚に淫蕩いんとうの様子を与えながら結婚を保護する放逸な貞節さ――いわゆるゴール風なのであった。
他の一派は、近代式であった。前者よりはるかに精練されてるとともに、またより嫌味いやみなものであった。パリー化されたユダヤ人ら(およびユダヤ化されたキリスト教徒ら)が芝居にうようよはいり込んで、衰退した世界主義の特徴たるいつもの感情の陰謀を、芝居に導き入れていた。父祖を恥じてる息子むすこどもが、民族の意識を打ち消さんとつとめていた。そしてうまく成功していた。古臭い自分らの魂を赤裸になした後、彼らに残ってる性格と言えば、他民族のあらゆる知的道徳的価値を混ぜ合わせるということばかりだった。彼らは諸種の民族で、一つのマケドニア人を、一つの雑炊を、作り上げていた。それが彼らの享楽方法だった。パリーの芝居の頭かしら立った人々は、汚辱と感情とをこね合わせること、美徳に悪徳の匂いを与えること、悪徳に美徳の匂いを与えること、年齢や性や家族や愛情の諸関係をかき回すこと、などに秀ひいでていた。かくて彼らの芸術は、それ独特の臭みをもっていた。その臭みは、よいとともに悪いもので、言い換えれば、ごく悪いものだった。彼らはそれを「非道徳主義」と名づけていた。
彼らが当時好んで用いていた主人公の一人は、恋してる老人であった。彼らの芝居には、そういう老人の姿がたくさん並んでいた。彼らはそういう類型的人物を描写するに当たって、機微にわたる多くの事柄を並べたてていた。あるいは、六十歳にもなる主人公が、自分の娘を腹心の友としていた。彼は娘に自分の情婦のことを話し、娘は彼に自分の情人らのことを話した。二人は親しく相談し合った。親切な父は娘の不品行を助けた。親切な娘は父の不貞な情婦に近づいて、もどって来てくれるように懇願し、家へ連れ込んできた。あるいは、りっぱな老人が自分の情婦の内密話の相手になっていた。彼は彼女の情人らのことを彼女と噂うわさし、彼女の放逸の話を懇望し、ついにはそれに愉快をさえ感ずるようになった。それからまた、情人らも出て来るのであった。皆りっぱな紳士であるが、昔の情婦たちの雇い監督となり、彼女らの取り引きや情交などを監視した。社交界の婦人は盗みを事としていた。男子は媒介人であり、娘は淫猥いんわいだった。すべてそれらのことは、上流社会、富裕な階級――唯一の有力な階級、においてであった。そういう社会においては、腐敗した商品を華美の魅惑に包んで、客に提供することができるからであった。かく扮装ふんそうして市場に立ち現われると、若い女や年取った男どもが、それを非常に喜んだ。屍体したいと後宮の臙脂えんじとの匂いが、そこから発散していた。
彼らの文体も、その感情と同じく混成したものであった。彼らはあらゆる階級のまたあらゆる国の言葉から、一つの混合的隠語をこしらえていた。それは衒学げんがく的で、冗漫で、古典的で、叙情的で、気取りすぎた、嫌味いやみたらしい、下等なものであって、外国的な調子をもってるように思われる、駄法螺だぼらや穿うがちや露骨や機知などの混和だった。彼らは皮肉であって滑稽こっけいな気質をそなえてはいたが、自然の機才をあまりもっていなかった。しかし器用だったから、パリー風に機才をかなり巧みにこしらえ出していた。たとい宝石はいつも最も清く透きわたってはいないとは言え、またその縁取りがたいていおかしな凝りすぎた趣味になってるとは言え、少なくともそれは光を受くれば輝くのであった。それだけで十分なのだった。彼らはもとより怜悧れいりであって、りっぱな観察者ではあったが、その眼は商売生活のために数世紀来ゆがめられていて、顕微鏡で人の感情を調べ、細かな物を大きくなし、しかも虚飾を非常に好んで、偉大なものは少しも見えないので、実は近視眼的観察者であった。それゆえ彼らには、その成り上がり者的な紳士気取りの考えによって、上品な社会の理想だと思うようなもの以外は、何一つ描くことができなかった。盗み取った金と無節操な女とを争って享楽せんとする、疲れたる道楽者や冒険者などという一握りの人々のみだった。
時とすると、ユダヤ的なそれら著作家等の真の性質が、ある言葉の響きに一種の不思議な反響を返して、眼をさまし、彼らの存在の深みから表面にのぞき出してきた。するとそれは、幾多の世紀と人種との異様な混和であり、砂漠さばくの息吹いぶきであった。その息吹きは海の彼方かなたからこれらパリーの寝所の中へ、種々のものをもたらしてきた、トルコ市場の悪臭、砂の輝き、種々の幻影、陶酔したる肉感、力強い罵詈ばり、痙攣けいれんを起こしかけてる激しい神経痛、破壊にたいする熱狂、数世紀来影の中にすわっていたのが、獅子ししのように立ち上がって、自分自身や敵人種の上に、奮然と殿堂の円柱を揺り倒す、かのサムソン。
クリストフは鼻をつまんで、シルヴァン・コーンに言った。
「力はこもってるが、しかし臭い。たくさんだ。他ほかのものを見に行こう。」
「何を?」とシルヴァン・コーンは尋ねた。
「フランスをさ。」
「これがフランスだ。」とコーンは言った。
「そんなことがあるものか。」とクリストフは言った。「フランスはこんなものじゃない。」
「フランスもドイツと同じだ。」
「僕はそう思わない。こんなふうの国民なら、長くはつづくまい。もう腐った臭においがしてるから。まだ他に何かあるに違いない。」
「これ以上のものは何もないんだ。」
「他に何かあるはずだ。」とクリストフは強情を張った。
「そりゃあ、かわいい魂の人たちもいるし、」とシルヴァン・コーンは言った、「そういう人たちのための芝居もあるさ。君はそんなのが見たいのかい。それじゃ見せてあげてもいい。」
彼はクリストフをフランス座へ連れていった。

その晩は、法律問題を取り扱った散文の近代劇が演ぜられていた。
クリストフには最初からして、どういう世界でそれが起こってるのかわからなかった。俳優らの声はこの上もなく豊量で緩ゆるやかで荘重で厳格だった。あたかも言葉づかいの稽古けいこをでも授けるかのように、あらゆる綴つづりを皆発音していた。悲しい吃逆しゃくりとともにたえず十二音脚をふんでるかと思われた。所作は荘厳でほとんど神前の儀式めいていた。ギリシャの寛袍かんぽうのように仮衣をまとった女主人公が、片腕を挙げ、頭をたれて、やはりアンチゴーネらしい演じ方をしていた。そして持ち前の美しいアルトの最も奥深い音をまろばしながら、永久の献身を示す微笑をたたえていた。りっぱな父親は、痛ましい品位を示し、黒衣のうちに浪漫主義ロマンチズムの気味を見せて、剣術者めいた足取りで歩いていた。色男の立役者は、冷やかに喉のどをひきつらして涙をしぼっていた。一編の作は悲劇物語めいた文体で書かれていた。抽象的な言葉、お役所的な形容、官学的な比喩ひゆなどばかりだった。一つの動きもなければ、不意の叫びもなかった。始めから終わりまで時計のような組み立て、固定した題目、劇的図形、戯曲の骸骨がいこつであって、その上にはなんらの肉もなく、ただ書物的文句をつけてるのみだった。大胆らしく見せかけようとしたその議論の底には、臆病おくびょうな観念が潜んでいた。様子ぶった小市民の魂だった。
女主人公は、一人の子どもを設けてるつまらない夫と離婚して、愛してる正直な男に再婚したのであった。かかる場合においてさえ離婚は、偏見によってもそうだが、また自然からも罰せられるということを証明するのが、一編の主眼であった。それは実に容易なことだった。先夫がその女を不意に一度わが物にするようなふうに、作者はくふうしていた。そしてそのあとで、悔恨やおそらくは恥辱をも感ぜさせるとともに、それだけまたさらに強く、正直な男である第二の夫を愛したいという欲求を感ぜさせるはずの、ごく単純な自然の道を取らないで、作者は自然を無視した勇壮な心境を提出していた。自然を無視してなら有徳たることも訳はない。フランスの作家たちは、美徳ということにあまり慣れていないらしい。彼らは美徳の話をする時には、いつでも無理なこじつけ方をする。どうにも信じようがない。あたかもコルネイユの英雄を、悲劇の王様を、いつも取り扱っているかのようである。――それらの富裕な主人公や、少なくともパリーに一つの屋敷と田舎いなかに二、三の別邸とをもっているそれらの女主人公は、王様と同じではないだろうか? この種の作者にとっては、富裕は一つの美であり、ほとんど一つの美徳であるのだ。
観客は脚本よりもさらに不思議だった。いかなる不真実さにも彼らは驚かなかった。面白い場所になって、笑わせるべき文句を、笑う用意をする余裕を与えるために、俳優がまず予告しながら口にする時には、彼らは皆笑った。また悲劇人形どもが、在来の型に従って泣きじゃくったり喚わめいたり気絶したりする時には、彼らは感動のあまり涙を流して、鼻をかんだり咳せきをしたりした。
「だからフランス人は軽薄だと言われるんだ。」とクリストフは芝居から出て叫んだ。
「何事でもすぐにわかるものじゃないさ。」とシルヴァン・コーンは快活に言った。「君は徳操を見たがってたが、フランスにも徳操があることはわかったろう。」
「あんなのは徳操じゃない、」とクリストフは言い返した、「ただ雄弁というものだ。」
「フランスでは、」とシルヴァン・コーンは言った、「芝居の徳操はいつも雄弁なんだ。」
「裁判所の徳操なら、」とクリストフは言った、「いちばん饒舌じょうぜつな者が勝つにきまってるさ。僕は弁護士が嫌きらいだ。フランスには詩人はいないのか。」
シルヴァン・コーンは彼を詩劇へ連れていった。

フランスには詩人がいた。偉大な詩人さえもあった。しかし芝居は彼らのためのものではなかった。三文詩人のために存在してるのであった。芝居と詩との関係は、歌劇オペラと音楽との関係と同じである。ベルリオーズが言ったように、娼家と恋愛との関係である。
クリストフは種々のものを見た。身を売るのを名誉としていて、十字架に上るキリストに比較されてる、清浄によって娼婦しょうふたる貴婦人――忠実なるあまり友人を欺いてる男――貞節なる三角関係――妻に裏切られてる雄々しい夫(この類型は、純潔なる売笑婦と同様、全欧的の題目となっていた。マルク王の例は彼らを熱狂さしていた。聖フーベルトの鹿しかのように、彼らはもはや円光をいただいてしか現われなかった)――クリストフはまた、シメーヌのように恋と義理との板ばさみとなってる浮気娘をも見た。恋は新しい情婦のもとに走ることを求め、義理は古い男のもとにとどまることを求めていた。古い男というのは、彼女に金を与えてる老人で、もとより彼女から欺かれてるのであった。終わりになると彼女はいつも敢然として、義理の方に従うのであった。――クリストフは、その義理なるものは汚らわしい利害と大差ないものだと思った。しかし観客は満足していた。義理という言葉だけで十分なのであった。実物はどうでもよかった。保証のしるしがついてるだけでたくさんだった。
情欲的な不道徳とコルネイユ風の勇侠ゆうきょうとが、最も矛盾した方法で一致し得る時に、芸術の極致に達するのであった。かくてこのパリーの観客は、精神の放逸も饒舌じょうぜつな徳操も、すべてにおいて満足させられていた。――それには無理からぬ点もあった。彼らは放逸ではあるがさらにより多く饒舌じょうぜつだった。雄弁に出会うと恍惚こうこつとなるのだった。りっぱな演説を聞くためなら鞭むち打たれても構わないほどだった。美徳にせよ悪徳にせよ、すてきな勇侠ゆうきょうにせよ卑猥ひわいな下劣にせよ、調子のよい脚韻と響きのよい言葉とで飾られる時には、彼らはどんな物でも丸飲みにした。あらゆるものが対句ついくの材料となった。すべてが文句だった。すべてが遊戯だった。ユーゴーはその霹靂へきれきの声を聞かせようとする時、すぐに弱音機を用いて(彼の使徒たるマンデスが言ったように)小さな子供をも驚かすまいとした。(この使徒はそれを賞賛のつもりで言ってるのだった。)――フランス詩人の芸術のうちには、自然の力が感ぜられることはかつてなかった。彼らはすべてを世間風になした、恋愛も苦悶くもんも死をも。また音楽におけると同じように――フランスにおいてはまだ年若い比較的素朴そぼくな芸術である音楽におけるよりも、さらにはなはだしく――彼らは「すでに言われたこと」にたいして恐怖をいだいていた。最も天分に富んだ詩人らは、逆の道を取ろうと冷静に努めていた。その方法は簡単だった。伝説か童謡かを選んで、それらに本来の意味と正反対なことを語らした。かくて、青髭あおひげはその妻たちから打たれ、ポリフェモスはみずから善意をもって眼をえぐって、アシスとガラテアとの幸福のために身を犠牲にした。すべてそれらのもののうちには、形式以外にはなんらの真面目まじめさもなかった。クリストフ(彼はよく理解してない批判者であったろうけれど)の眼から見れば、それら形式の大家らは、おのれの文体を創造して縦横に描写する大作家というよりも、むしろ小作家であり模造大家であるように思われた。
彼らの勇武劇の中には、詩的虚偽がこの上もなく横柄おうへいに現われていた。彼らは英雄というものについて、滑稽こっけいな観念をいだいていた。

壮大なる魂、鷲わしの眼差まなざし、
前廊の如く広く高き額ひたい、
魅力ある輝かしき剛壮なる風貌ふうぼう、
戦おののきに満てる心、夢に満てる眼、
そを持つこそ肝要なれ。

De tels vers étaient pris au sérieux. Sous l'affublement des grands mots, des panaches, des parades de théâtre avec des épées de fer-blanc et des casques en carton, on retrouvait toujours l'incurable futilité d'un Sardou, l'intrépide vaudevilliste, qui jouait Guignol avec l'histoire. À quoi pouvait répondre, dans la réalité, l'absurde héroïsme d'un Cyrano? Ces gens-là remuaient le ciel et la terre, ils faisaient sortir de leurs tombeaux l'Empereur et ses légions, les bandes de la Ligue, les condottieri de la Renaissance, tous les cyclones humains qui dévastèrent l'univers:—et c'était pour montrer quelque fantoche, impassible dans les massacres, entouré d'armées de reîtres et de sérails de captives, qui se consumait d'un amour de petit bêta romanesque pour une femme qu'il avait vue, dix ou quinze ans avant,—ou le roi Henri IV, qui allait se faire assassiner, parce que sa maîtresse ne l'aimait pas!

C'est ainsi que ces bonnes gens jouaient les rois et les héros en chambre. Dignes rejetons des illustres benêts du temps du Grand Cyrus, ces Gascons de l'idéal,—Scudéry, La Calprenède,—chantres du faux héroïsme, de l'héroïsme impossible, qui est l'ennemi du vrai... Christophe remarquait avec étonnement que les Français, qui se disent si fins, n'avaient pas le sens du ridicule.

Mais ce qui passait tout, c'était quand la religion était à la mode! Alors, pendant le carême, des comédiens lisaient au théâtre de la Gaîté les sermons de Bossuet, avec accompagnement d'orgue. Des auteurs israélites écrivaient pour des actrices israélites des tragédies sur sainte Thérèse. On jouait Chemin de Croix à la Bodinière, l'Enfant Jésus à l'Ambigu, la Passion à la Porte-Saint-Martin, Jésus à l'Odéon, des Suites d'orchestre sur le Christ, au Jardin d'Acclimatation. Quelque brillant causeur, un poète de l'amour voluptueux, faisait au Châtelet une conférence sur la Rédemption. Naturellement, de tout l'Évangile, ce que ces snobs avaient le mieux retenu, c'était Pilate et la Madeleine:—«Qu'est-ce que la Vérité?», et la vierge folle.—Et leurs Christs boulevardiers étaient d'affreux bavards, au courant des dernières ficelles de la casuistique mondaine.

Christophe dit:

—Cela, c'est le pire de tout. C'est le mensonge incarné. J'étouffe. Sortons d'ici!

Un grand art classique se maintenait pourtant au milieu de ces industries modernes, comme les ruines des temples antiques parmi les constructions prétentieuses de la Rome d'aujourd'hui. Mais, à l'exception de Molière, Christophe n'était pas encore en état de l'apprécier. Il lui manquait le sens intime de la langue, donc, du génie de la race. Rien ne lui était plus incompréhensible que la tragédie du XVIIe siècle,—la province de l'art français la moins accessible aux étrangers, justement parce qu'elle est située au cœur même de la France. Il la trouvait assommante, froide, sèche, écœurante de pédantisme et de minauderies. Une action indigente ou forcée, des personnages abstraits comme des arguments de rhétorique, ou insipides comme une conversation de femmes du monde. Une caricature des sujets et des héros antiques. Un étalage de raison, de raisons, d'arguties, de psychologie, d'archéologie démodée. Des discours, des discours, des discours: l'éternel bavardage français. Que cela fût beau ou non, Christophe se refusait ironiquement à en décider: il ne s'intéressait à rien là-dedans; quelles que fussent les thèses soutenues tour à tour par les orateurs de Cinna, il lui était parfaitement indifférent que l'une ou l'autre de ces machines à harangues l'emportât, à la fin.

Il constatait d'ailleurs que le public français n'était pas de son avis et qu'il applaudissait fort. Cela ne contribuait pas à dissiper le malentendu: il voyait ce théâtre au travers du public; et il reconnaissait dans les Français modernes certains traits, déformés, des classiques. Tel un regard trop lucide qui retrouverait dans le visage flétri d'une vieille coquette les traits purs de sa fille: le spectacle est peu propre à faire naître l'illusion amoureuse!... Comme les gens d'une même famille, qui sont habitués à se voir, les Français ne s'apercevaient pas de la ressemblance. Mais Christophe en était frappé, et il l'exagérait: il ne voyait plus qu'elle. L'art d'aujourd'hui lui semblait offrir les caricatures des grands ancêtres; et les grands ancêtres, à leur tour, lui apparaissaient en caricatures. Il ne distinguait plus Corneille de sa lignée de rhéteurs poétiques, enragés à placer partout des cas de conscience sublimes et absurdes. Et Racine se confondait avec sa postérité de petits psychologues parisiens, penchés prétentieusement sur leurs cœurs.

Tous ces vieux écoliers ne sortaient pas de leurs classiques. Les critiques continuaient indéfiniment à discuter sur Tartuffe et sur Phèdre. Ils ne s'en lassaient point. Ils se délectaient, vieillards, des mêmes plaisanteries qui avaient fait leurs délices, quand ils étaient enfants. Il en serait ainsi jusqu'à la fin de la race. Aucun pays, au monde, ne conservait aussi enraciné le culte de ses arrière-grands-pères. Le reste de l'univers ne l'intéressait point. Combien n'avaient rien lu et ne voulaient rien lire, en dehors de ce qui avait été écrit en France, sous le Grand Roi! Leurs théâtres ne jouaient ni Gœthe, ni Schiller, ni Kleist, ni Grillparzer, ni Hebbel, ni Strindberg, ni Lope, ni Calderon, ni aucun des grands hommes d'aucune des autres nations, à part la Grèce antique, dont ils se disaient les héritiers,—(comme tous les peuples d'Europe). De loin en loin, ils éprouvaient le besoin d'enrôler Shakespeare. C'était la pierre de touche. Il y avait parmi eux deux écoles d'interprètes: les uns jouaient le Roi Lear, avec un réalisme bourgeois, comme une comédie d'Émile Augier; les autres faisaient d'Hamlet un opéra, avec des airs de bravoure et des vocalises à la Victor Hugo. Il ne leur venait point à l'idée que la réalité pût être poétique, ni la poésie une langue spontanée, pour des cœurs débordants de vie. Shakespeare paraissait faux. On en revenait vite à Rostand.

Cependant, depuis vingt ans, un effort était fait pour renouveler le théâtre; le cercle étroit de la littérature parisienne s'était élargi; elle touchait à tout, avec un semblant d'audace. Même, deux ou trois fois, la mêlée du dehors, la vie publique avait crevé, d'une poussée, le rideau des conventions. Mais ils se dépêchaient de recoudre les déchirures. C'étaient des pères douillets, qui avaient peur de voir les choses comme elles sont. Un esprit de société, une tradition classique, une routine de l'esprit et de la forme, un manque de sérieux profond, les empêchaient d'aller jusqu'au bout de leurs audaces. Les problèmes les plus poignants devenaient des jeux ingénieux; et tout se ramenait finalement à des questions de femmes,—de petites femmes. Ô la triste figure que faisaient sur leurs tréteaux les fantômes des grands hommes: l'Anarchie héroïque d'Ibsen, l'Évangile de Tolstoy, le Surhomme de Nietzsche!...

Les écrivains de Paris se donnaient bien du mal pour avoir l'air de penser des choses nouvelles. Au fond, ils étaient tous conservateurs. Il n'était pas en Europe de littérature où régnât plus généralement le passé, «l'éternel hier»: dans les grandes Revues, dans les grands journaux, dans les théâtres subventionnés, dans les Académies. Paris était en littérature ce que Londres était en politique: le frein modérateur de l'esprit européen. L'Académie française était une Chambre des Lords. Des institutions de l'Ancien Régime persistaient à imposer leur norme d'autrefois à la société nouvelle. Les éléments révolutionnaires étaient rejetés ou assimilés promptement. Ils ne demandaient qu'à l'être. Même quand le gouvernement affectait en politique des allures socialistes, en art il se mettait à la remorque des Écoles Académiques. Contre les Académies, on ne luttait qu'à coups de cénacles; et on luttait fort mal. Car aussitôt qu'un du cénacle le pouvait, il enjambait dans une Académie et devenait plus académique que les autres. Au reste, que l'écrivain fût à l'avant-garde, ou dans les fourgons de l'armée, il était prisonnier de son groupe et des idées de son groupe. Les uns s'enfermaient dans leur Credo académique, les autres dans leur Credo révolutionnaire; et, au bout du compte, c'étaient toujours les mêmes œillères.

Pour réveiller Christophe, Sylvain Kohn lui proposa encore de le mener à des théâtres d'un genre spécial,—le dernier mot du raffinement. On y voyait des meurtres, des viols, des folies, des tortures, yeux arrachés, ventres étripés, tout ce qui pouvait secouer les nerfs et satisfaire la barbarie cachée d'une élite trop civilisée. Cela exerçait un attrait sur un public de jolies femmes et de mondains,—les mêmes qui allaient bravement s'enfermer pendant des après-midi dans les salles étouffantes du Palais de Justice, pour suivre des procès scandaleux, en bavardant, riant, et croquant des bonbons. Mais Christophe refusa avec indignation. Plus il avançait dans cet art, plus il sentait se préciser l'odeur, qui, dès les premiers pas, l'avait saisi, sournoise, puis tenace, suffocante: l'odeur de mort.

La mort: elle était partout, sous ce luxe, sous ce bruit. Christophe s'expliquait la répulsion qu'il avait tout d'abord éprouvée pour certaines de ces œuvres. Ce n'était pas leur immoralité qui le choquait. Moralité, immoralité, amoralité,—ces mots ne veulent rien dire. Christophe ne s'était jamais fait de théories morales; il aimait dans le passé de très grands poètes et de très grands musiciens, qui n'étaient pas de petits saints; quand il avait la chance de rencontrer un grand artiste, il ne lui demandait pas son billet de confession; il lui demandait plutôt:

—Es-tu sain?

Être sain, tout est là. «Si le poète est malade, qu'il commence par se guérir, dit Gœthe. Quand il sera guéri, il écrira.»

Les écrivains parisiens étaient malades; ou, quand l'un était sain, il en avait honte; il s'en cachait, il tâchait de se donner une bonne maladie. Leur mal ne se révélait pas à tel trait de leur art:—à l'amour du plaisir, à la licence extrême de la pensée, à l'esprit de critique destructeur. Tous ces traits pouvaient être—étaient, suivant les cas,—sains ou malsains; il n'y avait en eux aucun germe de mort. Si la mort était là, elle ne venait pas de ces forces, elle venait de leur emploi par ces gens, elle était dans ces gens.—Et lui aussi, Christophe, aimait le plaisir. Lui aussi aimait la liberté. Il avait soulevé contre lui l'opinion de sa petite ville allemande, par sa franchise à soutenir des idées, qu'il retrouvait maintenant, prônées par ces Parisiens, et qui, prônées par eux, maintenant le dégoûtaient. Les mêmes idées, pourtant. Mais elles ne sonnaient plus de même. Quand Christophe, impatient, secouait le joug des maîtres du passé, quand il partait en guerre contre l'esthétique et la morale pharisiennes, ce n'était pas un jeu pour lui, comme pour ces beaux esprits; il était sérieux, terriblement sérieux; et sa révolte avait pour but la vie, la vie féconde, grosse des siècles à venir. Chez ces gens, tout allait à la jouissance stérile. Stérile. Stérile. C'était le mot de l'énigme. Une débauche inféconde de la pensée et des sens. Un art brillant, plein d'esprit, d'habileté,—une belle forme, certes, une tradition de la beauté, qui se maintenait indestructible, en dépit des alluvions étrangères,—un théâtre qui était du théâtre, un style qui était un style, des auteurs qui savaient leur métier, des écrivains qui savaient écrire, le squelette assez beau d'un art, d'une pensée, qui avaient été puissants. Mais un squelette. Des mots qui tintent, des phrases qui sonnent, des froissements métalliques d'idées qui se heurtent dans le vide, des jeux d'esprit, des cerveaux sensuels, et des sens raisonneurs. Tout cela ne servait à rien, qu'à jouir égoïstement. Cela allait à la mort. Phénomène analogue à celui de l'effrayante dépopulation de la France, que l'Europe observait—escomptait—en silence. Tant d'esprit et d'intelligence, des sens si affinés, se dépensaient en une sorte d'onanisme honteux! Ils ne s'en doutaient point. Ils riaient. C'était même la seule chose qui rassurât Christophe: ces gens-là savaient encore bien rire; tout n'était pas perdu. Il les aimait beaucoup moins, quand ils voulaient se prendre au sérieux; et rien ne le blessait autant que de voir des écrivains, qui ne cherchaient dans l'art qu'un instrument de plaisir, se donner comme les prêtres d'une religion désintéressée:

—Nous sommes des artistes, répétait avec complaisance Sylvain Kohn. Nous faisons de l'art pour l'art. L'art est toujours pur; il n'a rien que de chaste. Nous explorons la vie, en touristes que tout amuse. Nous sommes les curieux de rares voluptés, les éternels Don Juan amoureux de la beauté.

—Vous êtes des hypocrites, finit par riposter Christophe. Pardonnez-moi de vous le dire. Je croyais jusqu'ici qu'il n'y avait que mon pays qui l'était. En Allemagne, nous avons l'hypocrisie de parler toujours d'idéalisme, en poursuivant toujours notre intérêt; et nous nous persuadons que nous sommes idéalistes, en ne pensant qu'à notre égoïsme. Mais vous êtes bien pires: vous couvrez du nom d'Art et de Beauté (avec une majuscule) votre luxure nationale,—quand vous n'abritez point votre Pilatisme moral sous le nom de Vérité, de Science, de Devoir intellectuel, qui se lave les mains des conséquences possibles de ses recherches hautaines. L'art pour l'art!... Une foi magnifique! Mais la foi seulement des forts. L'art! Étreindre la vie, comme l'aigle sa proie, et l'emporter dans l'air, s'élever avec elle dans l'espace serein!... Pour cela, il faut des serres, de vastes ailes, et un cœur puissant. Mais vous n'êtes que des moineaux, qui, quand ils ont trouvé quelque morceau de charogne, le dépècent sur place et se le disputent en piaillant... L'art pour l'art!... Malheureux! L'art n'est pas une vile pâture, livrée aux vils passants. Une jouissance, certes, et de toutes la plus enivrante. Mais elle n'est le prix que d'une lutte acharnée, et son laurier couronne la victoire de la force. L'art est la vie domptée. L'empereur de la vie. Quand on veut être César, il faut en avoir l'âme. Vous n'êtes que des rois de théâtre: c'est un rôle que vous jouez, vous n'y croyez même pas. Et, comme ces acteurs, qui se font gloire de leurs difformités, vous faites de la littérature avec les vôtres. Vous cultivez amoureusement les maladies de votre peuple, sa peur de l'effort, son amour du plaisir, des idéologies sensuelles, de l'humanitarisme chimérique, de tout ce qui engourdit voluptueusement la volonté et peut lui enlever toutes ses raisons d'agir. Vous le menez droit aux fumeries d'opium. Et vous le savez bien; mais vous ne le dites point: la mort est au bout.—Eh bien, moi, je dis: Où est la mort, l'art n'est point. L'art, c'est ce qui fait vivre. Mais les plus honnêtes d'entre vos écrivains sont si lâches que, même quand le bandeau leur est tombé des yeux, ils affectent de ne pas voir; ils ont le front de dire:

—C'est dangereux, je l'avoue; il y a du poison là-dedans; mais c'est plein de talent!

Comme si, en correctionnelle, le juge disait d'un apache:

—Il est un gredin, c'est vrai; mais il a tant de talent!...

Christophe se demandait à quoi servait la critique française. Ce n'étaient pourtant pas les critiques qui manquaient; ils pullulaient sur l'art. On n'arrivait plus à voir les œuvres: elles disparaissaient sous eux.

Christophe n'était pas tendre pour la critique, en général. Il avait déjà peine à admettre l'utilité de cette multitude d'artistes, qui formaient comme un quatrième, ou un cinquième État, dans la société moderne: il y voyait le signe d'une époque fatiguée, qui s'en remet à d'autres du soin de regarder la vie,—qui sent, par procuration. À plus forte raison, trouvait-il un peu honteux qu'elle ne fût même plus capable de voir avec ses yeux ces reflets de la vie, qu'il lui fallût encore d'autres intermédiaires, des reflets de reflets, en un mot, des critiques. Au moins, eût-il fallu que ces reflets fussent fidèles. Mais ils ne reflétaient rien que l'incertitude de la foule, qui faisait cercle autour. Telles, ces glaces de musée, où se réfléchissent, avec le plafond peint, les visages des curieux qui tâchent de l'y voir.

Il avait été un temps où ces critiques avaient joui en France d'une immense autorité. Le public s'inclinait devant leurs arrêts; et il n'était pas loin de les regarder comme supérieurs aux artistes, comme des artistes intelligents:—(les deux mots ne semblaient pas faits pour aller ensemble).—Puis, ils s'étaient multipliés à l'excès; ils étaient trop d'augures: cela gâte le métier. Quand il y a tant de gens, qui affirment, chacun, qu'il est le seul détenteur de l'unique vérité, on ne peut plus les croire; et ils finissent par ne plus se croire eux-mêmes. Le découragement était venu: du jour au lendemain, suivant l'habitude française, ils avaient passé d'un extrême à l'autre. Après avoir professé qu'ils savaient tout, ils professaient maintenant qu'ils ne savaient rien. Ils y mettaient leur point d'honneur et leur fatuité même. Renan avait enseigné à ces générations amollies qu'il est élégant de ne rien affirmer sans le nier aussitôt, ou du moins sans le mettre en doute. Il était de ceux dont parle saint Paul, «en qui il y a toujours oui, oui, et puis non, non». Toute l'élite française s'était enthousiasmée pour ce Credo amphibie. La paresse de l'esprit et la faiblesse du caractère y avaient trouvé leur compte. On ne disait plus d'une œuvre qu'elle était bonne ou mauvaise, vraie ou fausse, intelligente ou sotte. On disait:

—Il se peut faire... Il n'y a pas d'impossibilité... Je n'en sais rien... Je m'en lave les mains.

Si l'on jouait une ordure, ils ne disaient pas:

—Voilà une ordure.

Ils disaient:

—Seigneur Sganarelle, changez, s'il vous plaît, cette façon de parler. Notre philosophie ordonne de parler de tout avec incertitude; et, par cette raison, vous ne devez pas dire: «Voilà une ordure», mais: «Il me semble... Il m'apparaît que voilà une ordure... Mais il n'est pas assuré que cela soit. Il se pourrait que ce fût un chef-d'œuvre. Et qui sait si ce n'en est pas un?»

Il n'y avait plus de danger qu'on les accusât de tyranniser les arts. Jadis, Schiller leur avait fait la leçon, et il avait rappelé aux tyranneaux de la presse ce qu'il appelait crûment:

Le Devoir des Domestiques.

«Avant tout, que la maison soit nette, où la Reine va paraître. Alerte donc! Balayez les chambres. Voilà pourquoi, Messieurs, vous êtes là.

«Mais dès qu'Elle paraît, vite à la porte, valets! Que la servante ne se carre point dans le fauteuil de la dame!»

Il fallait rendre justice à ceux d'aujourd'hui. Ils ne s'asseyaient plus dans le fauteuil de la dame. On voulait qu'ils fussent domestiques: ils l'étaient.—Mais de mauvais domestiques: ils ne balayaient rien; la chambre était un taudis. Plutôt que d'y remettre l'ordre et la propreté, ils se croisaient les bras, et laissaient la tâche au maître, à la divinité du jour:—le Suffrage Universel.

À la vérité, il se dessinait depuis quelque temps un mouvement de réaction contre la veulerie anarchique du jour. Quelques esprits plus fermes avaient entrepris une campagne—bien faible encore—de salubrité publique; mais Christophe n'en voyait rien, dans le milieu où il se trouvait. D'ailleurs, on ne les écoutait pas, ou l'on se moquait d'eux. Quand il arrivait, de loin en loin, qu'un vigoureux artiste eût un mouvement de révolte contre la niaiserie malsaine de l'art à la mode, les auteurs répliquaient avec superbe qu'ils avaient raison, puisque le public était content. Cela suffisait à fermer la bouche aux objections. Le public avait parlé: suprême loi de l'art! Il ne venait à l'idée de personne que l'on pût récuser le témoignage d'un public dépravé, en faveur de ceux qui le dépravaient, ni que l'artiste fût fait pour commander au public, et non le public à l'artiste. La religion du Nombre—du nombre des spectateurs et du chiffre des recettes—dominait la pensée artistique de cette démocratie mercantilisée. À la suite des auteurs, les critiques docilement décrétaient que l'office essentiel de l'œuvre d'art est de plaire. Le succès est la loi; et quand le succès dure, il n'y a qu'a s'incliner. Ils s'appliquaient donc à pressentir les fluctuations de la Bourse du plaisir, à lire dans les yeux du public ce qu'il pensait des œuvres. Le plaisant, c'était que le public s'évertuait de son côté à lire dans les yeux de la critique ce qu'il fallait penser des œuvres. Ainsi, tous deux se regardaient; et ils ne voyaient dans les yeux l'un de l'autre que leur propre indécision.

Jamais pourtant une critique intrépide n'eût été aussi nécessaire. Dans une République anarchique, la mode, toute-puissante, a rarement des retours en arrière, comme dans un pays conservateur; elle va de l'avant, toujours; et c'est une surenchère perpétuelle de fausse liberté d'esprit, à laquelle presque personne n'ose résister. La foule est incapable de se prononcer; elle est choquée, au fond; mais aucun n'ose dire ce que chacun sent en secret. Si les critiques étaient forts, s'ils osaient être forts, quel serait leur pouvoir! Un robuste critique, (pensait Christophe, ce jeune despote), pourrait, en quelques années, se faire le Napoléon du goût public, et balayer à Bicêtre les malades de l'art. Mais vous n'avez plus de Napoléon... D'abord, tous vos critiques vivent dans cette atmosphère viciée: ils ne s'en aperçoivent plus. Puis, ils n'osent parler. Ils se connaissent tous, ils forment une compagnie, et doivent se ménager: il n'est point d'indépendant. Pour l'être, il faudrait renoncer à la vie de société, et aux amitiés mêmes. Qui en aurait le courage, dans une époque affaiblie où les meilleurs doutent que la justesse d'une franche critique vaille les désagréments qu'elle peut causer à son auteur? Qui se condamnerait, par devoir, à faire de sa vie un enfer: oser tenir tête à l'opinion, lutter contre l'imbécillité publique, mettre à nu la médiocrité des triomphateurs du jour, défendre l'artiste inconnu, seul, et livré aux bêtes, imposer les esprits-rois aux esprits faits pour obéir?—Il arrivait à Christophe d'entendre des critiques se dire, à une première, le soir, dans les couloirs du théâtre:

—Hein! Est-ce assez mauvais! Quel four!

Et, le lendemain, dans leurs chroniques, ils parlaient de chef d'œuvre, de Shakespeare nouveau, et de l'aile du génie, dont le vent avait passé sur les têtes.

—Ce n'est pas le talent qui manque à votre art, disait Christophe à Sylvain Kohn; c'est le caractère. Vous auriez plus besoin d'un grand critique, d'un Lessing, d'un...

—D'un Boileau? dit Sylvain Kohn, goguenardant.

—D'un Boileau, peut-être bien, que de dix artistes de génie.

—Si nous avions un Boileau, dit Sylvain Kohn, on ne l'écouterait pas.

—Si on ne l'écoutait pas, c'est qu'il ne serait pas un Boileau, répliqua Christophe. Je vous réponds que, du jour où je voudrais vous dire vos vérités toutes crues, si maladroit que je sois, vous les entendriez; et il faudrait bien que vous les avaliez.

Mon pauvre vieux! ricana Sylvain Kohn.

Il avait l'air si sûr et si satisfait de la veulerie générale que Christophe, le regardant, eut soudain l'impression que cet homme était cent fois plus un étranger en France que lui-même.

—Ce n'est pas possible, dit-il de nouveau, comme le soir où il était sorti écœuré d'un théâtre des boulevards. Il y a autre chose.

—Qu'est'ce que vous voulez de plus? demanda Kohn.

Christophe répétait avec opiniâtreté:

—La France.

—La France, c'est nous, fit Sylvain Kohn, en s'esclaffant.

Christophe le regarda fixement, un instant, puis secoua la tête, et reprit son refrain:

—Il y a autre chose.

—Eh bien, mon vieux, cherchez, dit Sylvain Kohn, en riant de plus belle.

Christophe pouvait chercher. Ils l'avaient bien cachée.

かかる詩句が真面目まじめに受け取られていた。大袈裟おおげさな言葉や羽根飾り、ブリキの剣と厚紙の兜かぶととをつけた芝居がかりの空威張からいばり、そういう扮装ふんそうの下にはいつも、操あやつり人形のギニョル式に歴史をもてあそんでる無謀なヴォードヴィル作者サルドゥー流の、救済しがたい軽薄さが見て取られるのであった。シラノのごとき虚妄きょもうな勇武に相当するものが、現実にあり得るだろうか。しかもこの詩人らは、驚天動地の業わざを演じていた。皇帝とその軍団、神聖同盟の軍勢、文芸復興期の傭兵ようへいなど、宇宙を荒した人類の旋風をことごとく、その墳墓から引き出していた――それも、残虐な軍隊と囚とらわれの婦女らに取り囲まれ、殺戮さつりくのさなかにあっても平然として、十年か十五年か前に見た一婦人にたいする、空想的な馬鹿げた恋で身を焦がしてるある傀儡かいらいを、示さんがためであった――あるいは、恋人に愛されないからといって、わざわざ死地に身をさらしてる国王アンリー四世を、示さんがためであった。
かくてその薄野呂うすのろな人々は、国王や英雄らの室内劇をやっていた。キロス大王の時代の有名な馬鹿者ども、理想的なガスコン人ども――スキュデリーやラ・カルプルネード――のふさわしい後裔こうえいであり、真の英雄主義の敵たる、あり得べからざる虚偽の英雄主義の謳歌おうか者であった……。フランスは慧敏けいびんだと自称してるくせに、滑稽こっけいにたいしては少しも感じがないということを、クリストフは見て取って驚いた。
何よりもいけないのは、宗教が流行してる時だった。当時、四旬節祭の間、俳優らがゲーテ座で、オルガンの伴奏につれて、ボシュエの説教を読んでいた。イスラエル式の作者らが、イスラエル式の女優のために、聖テレザに関する悲劇を書いていた。ボディニエール座では十字架への途が演ぜられ、アンビギュ座では幼きキリストが、ポルト・サン・マルタン座では御受難が、オデオン座ではイエスが、動植物園ではキリストに関する管絃楽の組曲が、それぞれ演ぜられていた。ある華々はなばなしい話し手が、豊艶ほうえんな恋愛の詩人が、シャートレー座で贖罪について講演をしていた。もとより、これらの俗人らが福音書中で最もよく頭に留めてるのは、ピラトとマグダラのマリアとであった――「真理とはなんぞや?」と狂気の処女とであった。――そして広場を彷徨ほうこうする彼らのキリストは恐ろしく饒舌じょうぜつで、世間的良心批判のごく機微な点にまで通じていた。
クリストフは言った。
「これはいちばんひどい。虚偽の化身けしんだ。僕は息がつけなくなる。出て行こう。」
それでも、偉大な古典芸術が存在していた。現代ローマの気障きざな建築物中における、古代殿堂の廃址はいしのように、それは近代の工芸品の中にそびえ立っていた。しかしクリストフは、モリエールを除いては、それを鑑賞し得るまでになっていなかった。彼には言葉の深い意味がわからなかった。したがって、民族の特性がつかめなかった。十七世紀の悲劇くらい彼にわかりにくいものはなかった。それはちょうどフランスの中心に位しているがためにかえって、外国人にとっては最も近づきがたいフランス芸術の田舎いなかだった。クリストフから見ると、それはたまらなく退屈なもので、冷淡乾燥で、嬌媚きょうびや衒学げんがくを事としてる嫌味いやみなものだった。貧弱なあるいは無理な筋の運び、修辞学の議論みたいに抽象的な、あるいは社交婦人の会話みたいに実のない人物。古い主題と主人公との漫画。理性と理屈と空論と心理と時代後おくれの考古学との陳列。議論に議論に議論、フランス流のはてしない饒舌じょうぜつ。それがりっぱであるかどうかを、クリストフは皮肉にも判断することを拒んだ。彼はそういうものに少しも興味を覚えなかった。シンナの演説者らによって代わる代わる主張される問題がたといなんであろうと、それら議論機械のいずれが最後に勝利を占めるかは、彼にとってまったく無関係だった。
そのうえ彼は、フランスの観客が自分と同意見でないこと、たいへん喝采かっさいしてることを、見て取ったのである。しかしそれは、彼の誤解を一掃する役にはたたなかった。彼は観客を通じて芝居を見ていた。そして、古典者流のある変形した特質を、近代フランス人のうちに認めた。あまりに明徹な眼が、婀娜あだな老婦人のしぼんだ顔のうちに、その娘の純粋な顔だちを見て取るがようなものだった。そういう観察は、恋の幻を生ぜしむるにはあまり適しないものである……。たがいに顔を見馴みなれてる一家族の人々のように、フランス人はその類似さに気づかないでいた。しかしクリストフはそれにびっくりして、それを誇張していた。もはやその類似をしか眼に止めなかった。現代の芸術は、偉大な祖先の漫画を示しているように思われた。そして偉大な祖先自身も、彼の眼には漫画として映じた。崇高な荒唐無稽こうとうむけいな心境を至るところにもち出そうと熱中してる、末流の詩的修辞家らと、本物のコルネイユとを、彼はもはや区別しなかった。またラシーヌも気障きざな態度で自分の心をのぞいてるパリーの群小心理家らの末流と、混同して考えられた。
それらの老書生らは、少しも古典芸術の外に踏み出さなかった。批評家らは際限もなくタルチュフやフェードルについて議論をつづけていた。それに少しも飽きることがなかった。老人になってからも、子どもの時に面白がった同じ冗談に笑っていた。民族がつづく最後までそのとおりかもしれなかった。およそ世界のいかなる国でも、祖先崇拝の情をかほど根深く維持してるものはなかった。宇宙のうちで祖先以外の他の部分は、彼らになんらの興味をも起こさせなかった。いかに大多数の者が、フランスにおいて大王の御代において書かれたもの以外は、何一つ読んでいなかったし、何一つ読みたがらなかったことだろう! 彼らの芝居には、ゲーテも、シルレルも、クライストも、グリルパルツェルも、ヘッベルも、ストリンドベリーも、ローペも、カルデロンも、他国のいかなる偉人の作も、演ぜられていなかった。ただ古代ギリシャの物だけは別だった。彼らは古代ギリシャの後継者だと自称していた――(ヨーロッパのあらゆる国民と同様に)またごくまれにシェイクスピヤを取り入れたがっていた。それは試金石だった。彼らのうちには演戯上の二派があった。一方では、エミル・オージエの劇のように、通俗的な写実主義をもって、リヤ王を演じていた。他方では、ヴィクトル・ユーゴー式の声太な勇ましい調子で、ハムレットを歌劇オペラにしていた。現実も詩的であり得ること、生命にあふれた心にとっては詩も一の自発的言語であること、などを彼らは思い及ばなかった。そしてシェイクスピヤは虚偽のように思われて、また急いでロスタンに立ちもどっていた。
けれどもこの二十年来、芝居を改革するために努力が尽くされていた。パリー文学の狭い範囲は広げられていた。大胆を装よそおってすべてに手が触れられていた。外部の変動が、一般の生活が、恐ろしい力で慣習の幕を押し破ったことも、二、三度あった。しかしながら、その裂け目はまた急いで縫い合わされた。ありのままに事物を見ることを恐れてる、気の小さな父親らであった。社会の精神、古典的伝統、精神と形式との旧習、深い真摯しんしの欠乏、などは彼らをして、その大胆な試みを最後まで押し進めることを許さなかった。最も痛切な問題も巧みな遊戯となった。そしていつも帰するところは婦人――つまらない婦人――の問題であった。イプセンの勇壮な無秩序、トルストイの福音、ニーチェの超人など、偉大な人々の影法師が、彼らの舞台でなんと悲しげな顔をしていたことだろう!……
パリーの著作者らは、新しいことを考えてる様子をするのに、たいへん骨折っていた。が根本は皆保守的であった。大雑誌、大新聞、政府補助の劇場、学芸会などのうちにあって、過去が、「永遠なる昨日」が、これほど一般的に君臨してる文学は、ヨーロッパに他に例がなかった。パリーが文学における関係は、ロンドンが政治におけるのと等しかった。すなわちヨーロッパ精神の調節機であった。フランス翰林院かんりんいんは、一つのイギリス上院であった。旧制に成っている幾多の制度は、その古い精神を新しい社会に飽くまで課そうとしていた。革命的な諸分子は、すぐに排斥されるか同化されるかした。そうされるのがまた彼らの本望でもあった。政府は政治上では社会主義的態度を装よそおっていたが、芸術上では、官学派の導くままになっていた。人々は諸学芸会にたいして民間の団体としてしか争わなかった。それもへまな争い方だった。なぜなら、団体の一人がある学芸会にはいり得るようになると、すぐにそれへはいり込んで、最もひどく官学風になるからであった。そのうえ、ある軍隊の前衛にいようが後列にいようが、作者はその軍隊の捕虜ほりょであり、その軍隊の思想の捕虜であった。ある者は官学的な信条のうちに蟄居ちっきょし、ある者は革命的な信条のうちに蟄居していた。そして結局は、いずれにしても同じ目隠しであった。

クリストフの眼を覚さまさせるために、シルヴァン・コーンはまた特殊な芝居へ連れて行こうと言い出した――精練の極致たる芝居へ。そこでは、殺戮さつりく、強姦ごうかん、狂暴、拷問、えぐり出された両眼、臓腑ぞうふをぬき出された腹など、あまりに開化した選良人らの神経を刺激し、隠れたる野蛮性を満足させるようなものが、見られるのであった。美しい女や当世風の才士などからなる観客――裁判所の息苦しい室の中に午後じゅうはいり込んで、しやべったり笑ったりボンボンをかじったりしながら、破廉恥な裁判を傍聴するのと、同じような奴やつら――に、それは非常な魅力を及ぼしていた。しかしクリストフは、憤然としてそれを拒んだ。この種の芸術にはいり込めばはいり込むほど、臭気がますますはっきりしてきて、やがて彼をとらえ、ほのかに匂におってたのが、次に執拗しつようになり、息苦しいほどになってきた。それは死の臭気だった。
死、それはかかる華麗と喧騒けんそうとのもと至るところにあった。それらのある作品にたいしてただちに嫌悪けんおの情を感じたのが、なにゆえであるか今やクリストフにわかった。彼を不快ならしめたのは、その不道徳ではなかった。道徳、不道徳、非道徳――そういう言葉は皆なんらの意味をもなさない。クリストフはかつて道徳論をたてたことはなかった。彼は過去のうちに、ごく偉大な詩人と音楽家とを愛していた。しかしそれらはけちな聖者ではなかった。彼は偉大な芸術家に出会う機会を得る時、告白録を尋ねはしなかった。むしろこう尋ねた。
「あなたは健全ですか。」
健全であること、それが万事だった。ゲーテは言った。「もし詩人が病んでるなら、まず回復することから始めるがよい。回復したら、その時に書くがよい。」
パリーの著作者らは病気になっていた。あるいは、健全な者はそれを恥として、健全なことをみずから押し隠し、りっぱな病気にかかろうとつとめていた。彼らの病気は、その芸術の何かの特質に現われてはしなかった――快楽の嗜好しこうに、思想の極端な放逸さに、破壊的な批評精神に、現われてはしなかった。すべてそれらの特質は、健全でも不健全でもあり得るのであった――場合によっては、実際にそうであった。その中には死の萌芽ほうがは少しもなかった。もし死があるとしても、それはそういう力から来たのではなかった。それらの人々の力の使い方から来たのであった。それらの人々の中にあるのであった。――そして彼クリストフもまた、快楽を好んでいた。彼もまた自由気ままを好んでいた。彼はかつて種々意見を率直に述べたために、故郷の小さなドイツの町で不評を買ったことがあった。ところが今では、それらの意見がパリー人らによって唱道されているのを見出し、そしてパリー人らによって唱道されてると、今では嫌悪けんおの情を感じた。それにしても意見は同じものだった。しかしながら同じ響きをたててはいなかった。クリストフがいらだって、過去の大家らの軛くびきを払いのけた時、パリーの審美眼と道徳とにたいする征途にのぼった時、それは彼にとって、これらの才人らにとってのように一つの遊戯ではなかった、彼は真摯しんしだった、恐ろしく真摯だった。そして彼の反抗の目的は、生命だった、来たるべき幾世紀間にわたる豊饒ほうじょうな巨大な生命だった。ところがこれらの人々にあっては、すべてが無益な享楽のみに向かっていた。無益、無益。それが謎なぞを解く鍵かぎであった。思想と官能との不妊的な放蕩ほうとう。機才と技巧とに富んだはなやかな芸術――確かに美しくはある形式、外国の影響を受けてもなお巍然ぎぜんとそびえてる美の伝統――芝居としての一つの芝居、文体としての一つの文体、おのれの業わざをよく知ってる作者、書くことを知ってる著作者、かつて強健であった芸術の、思想の、かなり美しい骸骨がいこつ。が要するに骸骨だった。音色のよい言葉、響きのよい文句、空虚の中でぶつかり合う諸観念の金属性な軋きしり、機知と戯れ、肉感の纏綿てんめんしてる頭脳、理屈っぽい感覚。すべてそれらのものは、なんの役にもたっていなかった、利己的な享楽以外にはなんの役にもたっていなかった。死へ向かいつつあった。全ヨーロッパがひそかに観察し――喜んで――いる、フランスの恐るべき人口減少と類似の現象だった。多くの才と知力とが、多くの精練された官能が、一種の恥ずべき自涜じとく行為のうちに消費されていた。彼らはそのことに少しも気づかなかった。彼らは笑っていた。しかしその一事こそ、クリストフを安心さしたことだった。彼らもなおよく笑うことを知っていたのだ。すべてが失われたのではなかった。彼らが真面目まじめな顔をしたがる時には、彼は彼らをあまり愛せられなかった。芸術のうちに快楽の道具をしか求めていないような著作家らが、無私無欲な宗教の牧師らしいふりを装よそおうのを見るくらい、彼の気色を害するものはなかった。
「われわれは芸術家だ。」とシルヴァン・コーンは満足げにくり返していた。「われわれは芸術のために芸術をこしらえてるんだ。芸術は常に純潔である。芸術の中にあるものは清浄なものばかりである。何事にも面白がる漫遊者として、われわれは人生を探究してるんだ。われわれは珍しい悦楽の愛好者であり、美を慕う永遠のドン・ファンである。」
「君らは偽善者だ。」とついにクリストフは用捨なく答え返した。「あえて言うのを許してくれ。僕は今まで、僕の国だけが偽善者の国だと思っていた。ドイツ人は偽善者であって、常におのれの利益を追求しながらいつも理想を口にしてるし、利己的なことばかり考えながら理想主義者だと自信している。しかし君らはさらにひどい。芸術と美と(大袈裟おおげさに祭り上げた芸術と美と)の名のもとに、国民的淫佚いんいつを覆おおい隠している――しかも一方には、真理だの科学だの知的義務などの名のもとに、道徳的ピラト主義を押し隠しもしないくせに。君らの真理や科学や知的義務などは、そのいかめしい探究の可能的結果については、口をぬぐって関せず焉えんとしている。芸術のための芸術だって!……なるほどりっぱな信念だ。しかしそれは強者のみの信念だ。芸術! それは鷲わしが餌食えじきをつかむように、人生をつかみ取り、それを空中に運び去り、それとともに清朗な空間に上昇することだ。……そのためには、爪つめと大きな翼と力強い心とが必要だ。しかし君らは小雀こすずめにすぎない。一片の腐肉を見出すと、即座にそれをつっついて、ちゅうちゅう鳴きながら争っている……、芸術のための芸術だって!……災なるかなだ。芸術というものは、いかなる賤いやしい風来人にも渡される賤しい餌えさではない。確かに一つの享楽であり、最も人を陶酔させる享楽ではある。しかしながら、激しい闘たたかいによってのみ得られる享楽であり、力の勝利を冠する月桂樹げっけいじゅである。芸術とは、征服せられたる人生なのだ。人生の帝王なのだ。シーザーになりたくば、シーザーの魂をもたなければならない。君らは芝居の上の王様にすぎない。君らはただ役割だけを演じている。役割を信じてさえもいない。そして、自分の畸形きけいを誇る役者のように、君らは君らの畸形で文学を作っている。自国民のあらゆる病気、努力の恐れ、快楽の嗜好しこう、肉感的な観念、空想的な人道主義、意志を快く麻痺まひさせて、あらゆる活動の理由を奪い去るもの、そういうものを大事に育て上げている。阿片あへん喫煙所へばかり案内したがっている。そして君らはよく知っていながら、決して口には言わない、最後には死が控えていることを。――そこで僕が言ってやろう、死が存在するところには芸術は存在しないと。芸術、それは人を生きさせるものだ。しかし君らの著作者は、最も正直な者でさえも、いかにも卑怯ひきょうで、蔽眼布めかくしが眼から落ちた時でさえ、見えないふうを装よそおっている。彼らは厚かましくもこう言っている。
『それが危険であることは僕も認める、中には毒がある。しかし才能に富んでるではないか!』
あたかも軽罪裁判所で一無頼漢について判事が言うように、
『此奴こいつは悪者には違いない。しかしなかなか才能のある奴やつだ!』」

クリストフは、フランスの批評界はいったいなんの役にたつかを怪しんだ。といって、批評家がいないのではなかった。批評家は芸術家の方面にうようよしていた。多くの作品は人に見られることができなくなっていた。作品は批評家らの下に埋もれていた。
クリストフは概して、批評界にたいして穏和ではなかった。近代社会中に第四もしくは第五階級のごときものを形成している、この無数の芸術批評家らの有用さを、彼はなかなか認めることができなかった。彼はそこに、人生をながめる務めを他人に譲ってる――他人の代理となって感じてる――一つの疲弊した時代の徴候を、見て取っていた。時代が自分の眼をもって、人生の反映たる芸術を見ることさえできなくなり、なお他の仲介者を、反映の反映を、一言にして言えば批評家を、必要としているということに、彼は多少恥辱を感じていた。それはしごくもっともなことだった。少なくともそれらの反映は、忠実なものであらねばならなかった。しかしそれらは、周囲に並んでる群集の不安定さをしか、映し出してはいなかった。あたかも、自分の姿を見ようとする好奇な連中の顔を、彩色の天井とともに映し出してる、あの博物館の大鏡のごときものだった。
ある時代において、それらの批評家がフランスで非常な権威を得た。公衆は彼らの判定の前に低頭した。そして彼らを、芸術家よりもすぐれた者だと、賢明な芸術家だと――(この両語は調和しがたく思われるが)――見なすほどになった。それ以来批評家らは、はなはだしく増加した。彼らはあまりに占考者じみていた。そのために本来の職務が煩わされた。各自に自分だけが唯一の真理の占有者だと主張する者どもが、非常に多くある時には、人はもはや彼らを信じ得られなくなる。そしてついには彼らも、もはや自分自身を信じられなくなる。かくて絶望が到来した。例のフランス流によって彼らは朝三暮四、極端から極端へと移り変わっていって、すべてを知ってると公言したかと思えば、すぐあとでは何にも知らないと公言した。彼らはそれを名誉にかけて言い、また自惚うぬぼれをもってさえ言った。何事かを肯定してあとですぐにそれを否定しないのは、あるいは少なくともそれに疑問をつけないのは、上品なやり方ではないということを、それらの柔惰な者どもはルナンから教え込まれていた。「常に然り然りであり、その次に否々である、」と聖パウロが評したような人物に、ルナンは属していた。フランスの選良な人々は皆、この水陸両棲りょうせい的な信条に心酔していた。精神の遊惰と性格の柔弱とは、それをいいことにしていた。彼らはもはや一つの作品について、良いとも悪いとも、真だとも嘘うそだとも、賢いとも愚かだとも、言わなくなった。彼らはこう言った。
「そうかもしれない……そうでないとも言えない……俺おれにはわからない……俺はごめんこうむろう。」
もし淫猥いんわいな芝居が演ぜられていても、「これは淫猥だ、」とは彼らは言わなかった。彼らはこう言った。
「スガナレルさん、どうかそういう言い方は変えてください。私どもの哲学によると、なんでも不確実に言わなければなりません。それですから、『これは淫猥だ、』と言ってはいけません。『私には……どうも、これは淫猥のように思われる。……しかし、確かにそうだというのではない。あるいは傑作であるかもしれない。傑作でないとはだれにも言えない。』と言わなければいけません。」
そこにはもはや、芸術にたいして暴慢だとの咎とがめを受ける危険はなかった。昔、シルレルは彼らに教えをたれたことがあった。彼は当時の雑誌新聞記者らを、用捨もなくけちな暴君と呼んで、次の事柄を頭に入れさした。

   婢僕ひぼくの本分
何よりもまず、女王の出御される家が、きれいになっていなければいけない。気をつけて、室々を掃除そうじせよ。そのために諸君はここにいるのだ。
しかし女王が出御されたならば、すぐに退さがってしまえ。女王の椅子いすに、召使風情ふぜいが腰をおろしてはいけない。

ところが、現今の批評家どもは許してやらなければならなかった。彼らはもはや女王の椅子に腰掛けてはいなかった。婢僕たることを求められたので、すなわち婢僕となっていた。――しかし悪い婢僕だった。彼らは少しも掃除しなかった。室は散らかっていた。彼らは室を片づけ清潔にするよりは、むしろ腕をこまねいて、自分の仕事を委ゆだねていた、主人に、当時の神に――普通選挙に。
実のところ、少し以前から、当時の無政府的無気力さにたいして、反動の気運が起こっていた。ある真面目まじめな人々は公衆の衛生を目的とした戦いを――まだごく微弱なものではあったが――企てていた。しかしクリストフは、自分の周囲にそういう様子を少しも見出さなかった。そのうえ、人は彼らに耳を貸さなかった、もしくは彼らを嘲笑あざわらっていた。時々ある強健な芸術家が、一般にもてはやされる芸術の不健全な愚劣さにたいして、反抗の気勢を示すと、その作者らは傲然ごうぜんとして、公衆が満足してる以上は自分らの方が正当だと答え返した。非難の口をつぐませるにはそれで十分だった。公衆がそう言ったのだ。それは芸術の最上の審判なのだ! そして、公衆を腐敗さした人々のためにする腐敗した公衆の立証は、拒否してかまわないこと、また、芸術家は公衆に命令するためにあるものであって、公衆が芸術家に命令するものではないこと、それにはだれも思い及ばなかった。数――客と収入額との数――にたいする崇拝が、この商売人化された民主主義の芸術観を支配していた。作者らのあとについて、批評家らも従順に、芸術品の本務は人を喜ばすことだと、宣言していた。成功が掟おきてであった。成功がつづく間は平伏するのほかはなかった。かくて批評家らは、快楽の相場の変動を予知しようと、作品にたいする公衆の意見をその眼色で読み取ろうと、つとめていた。またおかしなことには、公衆の方でも、作品をどう考えていいかを、批評家の眼色で読み取ろうとつとめていた。そして両方から眼を見合わしていた。しかもたがいの眼の中には、自分自身の不決断が見て取られるばかりだった。
けれども、大胆な批評が最も必要な場合であった。無政府的共和国にあっては、万能である流行が、保守的な国におけるように退転することは、めったにあるものではない。流行は常に前進してゆく。そして精神的似而非えせ自由が、たえずせり上がってゆく。それにはほとんどだれも抵抗しようとしない。群集は本音を吐くことができない。心の底では不快を感じているが、しかしだれもあえて、自分がひそかに感じてることを言い得ない。ここでもし批評家が強かったならば、あえて強くあり得たならば、いかなる権威を彼は握ることだろう! 頑強がんきょうな批評家は数年のうちに、(と若い専制者クリストフは考えた、)一般趣味のナポレオンとなることもでき、芸術のあらゆる病人をビセートル療養院へ追い払うこともできるかもしれない。しかし、もはやナポレオンは存在しない。……第一、批評家らは皆、腐敗した空気の中に住んでいる。しかもそれに気づかなくなっている。次に、彼らはあえて語り得ない。彼らは皆知り合っていて、小さな仲間を形造っていて、たがいに遠慮しなければならなくなっている。独立してる者は一人もない。独立せんがためには、組合生活を捨て、友誼ゆうぎをも捨てなければならないだろう。それだけの勇気を、この柔弱な時代にだれがもってるだろうか? 率直な正しい批評は、それをなす者がこうむることのある不快事を、償い得るものであるかどうかを、最も優良な人々でさえ疑っている時代なのだ。本分のために自分の生活を火宅となし得る者が、だれかあるだろうか? あえて世論に対抗し、一般の愚蒙ぐもうと戦い、現時の勝利者らの凡庸ぼんようさを暴露ばくろし、馬鹿者どもの手中に渡されてる無名孤独な芸術家を擁護し、服従をのみ知ってる人々の精神に帝王の精神を課し得る者が、あるだろうか?――劇場の廊下で初日の晩に、批評家らが言い合ってる言葉を、クリストフはふと耳にすることがあった。
「どうだい。まずいね。失敗だね。」
しかも翌日になると彼らは、傑作だとか、新しいシェイクスピヤだとか、天才の羽ばたきが頭上をかすめたなどと、新聞記事の中で言っていた。
「君らの芸術に欠けてるものは、」とクリストフはシルヴァン・コーンに言った、「才能よりもむしろ性格だ。君らに多く必要なのは、偉大な批評家であり、レッシングであり、また……。」
「ボアローかね?」とシルヴァン・コーンはひやかして言った。
「おそらくそうだ。十人の天才芸術家よりも一人のボアローだ。」
「ボアローがいたって、」とシルヴァン・コーンは言った、「だれも耳を貸すまいよ。」
「耳を貸す者がいないとすれば、その男がボアローでないからだ。」とクリストフは答え返した。
「僕は誓っておくが、もし僕が君らの赤裸々な実相を言ってやろうと思ったら、その時こそは、いかに僕が無器用であるにせよ、君らに耳を傾けさせないではおかない。かならず君らに丸飲みにさせてみせる。」
「そうかねえ。」とシルヴァン・コーンは冷笑した。
彼は公衆一般の柔惰にいかにも意を安んじ満足してる様子だったので、クリストフは彼をながめながら、この男は自分よりはるかにフランスにたいして門外漢だなと、にわかに感じた。
「こんなはずではない。」と彼は、通俗な劇場から嫌いやになって出てきた晩と同じように、ふたたび言った。
「他に何かあるはずだ。」
「このうえ何がほしいんだ?」とコーンは尋ねた。
クリストフは執拗しつようにくり返した。
「フランスさ。」
「フランスとは、われわれのことだよ。」とシルヴァン・コーンは笑い出しながら言った。
クリストフはちょっと彼を見つめ、それから首を振って、またくり返した。
「他に何かある。」
「じゃあ捜してみるがいい。」とシルヴァン・コーンはますます笑いながら言った。

クリストフは捜しあてることができた。まさしく彼らは他のものを隠しもっていた。

第5巻 広場の市 第2部(1)へ続く

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-Jean-Christophe