Hassler, enfoncé dans le divan, ses longues jambes croisées, ses mains maigres jointes sur son genou droit, relevé à la hauteur du menton, répliqua:
—Connais pas.
Christophe, la gorge contractée, entreprit de lui rappeler leur ancienne rencontre. En n'importe quelle circonstance, il lui eût été difficile de parler de ces souvenirs intimes; ici, ce lui était une torture: il s'embrouillait dans ses phrases, ne trouvait pas ses mots, disait des choses absurdes, qui le faisaient rougir. Hassler le laissait patauger, sans cesser de le fixer de ses yeux vagues et indifférents. Quand Christophe fut arrivé au bout de son récit, Hassler continua un instant de balancer son genou, en silence, comme s'il attendait que Christophe continuât. Puis, il dit:
—Oui... Cela ne nous rajeunit pas... et s'étira.
Après avoir bâillé, il ajouta:
—... Demande pardon... Pas dormi... Soupé au théâtre, cette nuit... et bâilla de nouveau.
Christophe espérait que Hassler ferait une allusion à ce qu'il venait de lui raconter; mais Hassler, que toute cette histoire n'avait aucunement intéressé, n'en parla plus; et il n'adressa nulle question à Christophe sur sa vie. Quand il eut fini de bâiller, il lui demanda:
—Il y a longtemps que vous êtes à Berlin?
—Je suis arrivé ce matin, dit Christophe.
—Ah! fit Hassler, sans s'étonner autrement. Quel hôtel?
Sans paraître écouter la réponse, il se souleva paresseusement, atteignit un bouton électrique, et sonna.
—Permettez, fit-il.
La petite bonne parut, avec son air impertinent.
—Kitty, dit il, est-ce que tu as la prétention de me faire passer de déjeuner, aujourd'hui?
—Vous ne pensez pourtant pas, dit-elle, que je vais vous apporter votre manger ici, pendant que vous avez quelqu'un?
—Pourquoi donc pas? fit-il en désignant Christophe, d'un clignement d'œil railleur. Il me nourrit l'esprit; je vais nourrir le corps.
—Est-ce que vous n'avez pas honte de faire assister à votre repas, comme une bête dans une ménagerie?
Hassler, au lieu de se fâcher, se mit à rire, et corrigea:
—Comme une bête en ménage...
—Apporte toujours, continua-t-il, je mangerai la honte avec.
Elle se retira, en haussant les épaules.
Christophe, voyant que Hassler ne cherchait toujours pas à s'informer de ce qu'il faisait, tâcha de renouer l'entretien. Il parla de la difficulté de la vie en province, de la médiocrité des gens, de leur étroitesse d'esprit, de l'isolement où on était. Il s'efforçait de l'intéresser à sa détresse morale. Mais Hassler, affalé dans le divan, la tête renversée en arrière sur un coussin et les yeux à demi fermés, le laissait parler, semblant ne pas écouter: ou bien il soulevait un moment ses paupières et lançait quelques mots d'une ironie froide, une saillie bouffonne sur les gens de province, qui coupait net les tentatives de Christophe pour parler plus intimement.—Kitty était revenue avec le plateau du déjeuner: café, beurre, jambon, etc. Elle le déposa, boudeuse, sur le bureau, au milieu des papiers en désordre. Christophe attendit qu'elle fût ressortie, pour reprendre son douloureux récit, qu'il avait tant de peine à suivre.
Hassler avait attiré a lui le plateau; il se versa le café, y trempa les lèvres; puis, familier et bonhomme, un peu méprisant, il interrompit Christophe au milieu d'une phrase, pour lui offrir:
—Une tasse?
Christophe refusa. Il s'évertuait à renouer le fil de sa phrase; mais, de plus en plus démonté, il ne savait plus ce qu'il disait. Il était distrait par le spectacle de Hassler, qui, son assiette sous le menton, se bourrait, comme un enfant, de tartines beurrées et de tranches de jambon, qu'il tenait avec ses doigts. Il réussit pourtant à raconter qu'il composait, qu'il avait fait jouer une ouverture pour la Judith de Hebbel. Hassler écoutait distraitement:
—Was? (Quoi?) demanda-t-il.
Christophe répéta le titre.
—Ach! so, so! (Ah! bon, bon!) fit Hassler, en trempant sa tartine et ses doigts dans sa tasse.
Ce fut tout.
Christophe, découragé, était sur le point de se lever et de partir; mais il pensa à ce long voyage fait en vain; et, ramassant son courage, il proposa à Hassler, en balbutiant, de lui jouer quelques-unes de ses œuvres. Aux premiers mots, Hassler l'arrêta:
—Non, non, je n'y connais rien, dit-il avec son ironie goguenarde et un peu insultante. Et puis, je n'ai pas le temps.
Christophe en eut les larmes aux yeux. Mais il s'était juré de ne pas sortir de là, sans avoir l'avis de Hassler sur ses compositions. Il dit avec un mélange de confusion et de colère:
—Je vous demande pardon; mais vous m'avez promis autrefois de m'entendre; je suis venu uniquement pour cela, du fond de l'Allemagne: vous m'entendrez.
Hassler, qui n'était pas habitué à ces façons, regarda le jeune homme gauche, furieux, rougissant, près de pleurer: cela l'amusa; haussant les épaules avec lassitude, il lui montra le piano du doigt, et dit, d'un air de résignation comique:
—Alors!... Allons-y!...
Là-dessus, il s'enfonça dans son divan, comme un homme qui va faire une somme, bourra les coussins à coups de poing, les disposa sous ses bras étendus, ferma les yeux à demi, les rouvrit un instant pour évaluer les dimensions du rouleau de musique que Christophe avait sorti d'une de ses poches, poussa un petit soupir, et se disposa à écouter avec ennui.
Christophe, intimidé et mortifié, commença à jouer. Hassler ne tarda pas à rouvrir l'œil et l'oreille, avec l'intérêt professionnel de l'artiste qui est repris, malgré lui, par une belle chose. D'abord, il ne dit rien, et resta immobile; mais ses yeux devinrent moins vagues, et ses lèvres boudeuses remuaient. Puis, il se réveilla tout à fait, grognant son étonnement et son assentiment. C'étaient des interjections inarticulées; mais le ton ne laissait aucun doute sur ce qu'il pensait; et Christophe en éprouvait un bien-être inexprimable. Hassler ne songeait plus à calculer le nombre de pages qui étaient jouées et celles qui restaient à jouer. Quand Christophe avait fini un morceau, il disait:
—Après!... Après!...
Il commençait à faire usage du langage humain.
—Bon, cela! Bon!... (s'exclamait-il). Fameux!... Effroyablement fameux! (Schrecklich famos!)... Mais que diable! (grommelait-il, stupéfait), qu'est-ce que c'est que ça?
Il s'était redressé sur son siège, penchait la tête en avant, se faisait un cornet avec sa main, se parlait à lui-même, riait de contentement, et, à certaines curiosités d'harmonies, tirait légèrement la langue, comme pour se lécher les lèvres. Une modulation inattendue eut un tel effet sur lui qu'il se leva brusquement, avec une exclamation, et vint s'asseoir au piano, à côté de Christophe. Il n'avait pas l'air de s'apercevoir que Christophe fût là. Il ne s'occupait que de la musique; et, quand le morceau fut fini, il saisit le cahier, se mit à relire la page, puis lut les pages suivantes, continuant de monologuer son admiration et sa surprise, comme s'il eût été seul dans la chambre:
—Que le diable!... (faisait-il). Où cet animal a-t-il trouvé cela?...
Repoussant Christophe de l'épaule, il joua lui-même certains passages. Il avait au piano de charmants doigts, très doux, caressants et légers. Christophe regarda ses mains fines, longues, bien soignées, d'un aristocratisme un peu maladif, qui ne répondait pas au reste de la personne. Hassler s'arrêtait à certains accords, les répétait, en clignant de l'œil et faisant claquer sa langue; il bourdonnait avec ses lèvres, imitant la sonorité des instruments, et il continuait d'entremêler à cette musique ses apostrophes, où il y avait à la fois du plaisir et du dépit: il ne pouvait se défendre d'une secrète irritation, d'une jalousie inavouée; et, en même temps, il jouissait avidement.
Bien qu'il persistât à se parler à lui seul, comme si Christophe n'existait pas, Christophe, rouge de plaisir, ne pouvait s'empêcher de prendre pour son compte les exclamations de Hassler; et il expliquait ce qu'il avait voulu faire. Hassler sembla d'abord ne faire aucune attention à ce que le jeune homme disait, et poursuivit ses réflexions à voix haute; puis, certains mots de Christophe le frappèrent, et il se tut, les yeux toujours fixés sur le cahier de musique, qu'il feuilletait, en écoutant, sans avoir l'air d'écouter. Christophe, de son côté, s'animait peu à peu; et il finit par se confier tout à fait: il parlait avec une excitation naïve de ses projets et de sa vie.
Hassler, silencieux, était repris par son ironie. Il s'était laissé retirer le cahier des doigts; le coude appuyé sur la tablette du piano et le front dans la main, il regardait Christophe qui lui commentait son œuvre avec une ardeur et un trouble juvéniles. Et il souriait amèrement, en pensant à ses propres débuts, à ses espoirs, aux espoirs de Christophe, et aux déboires qui l'attendaient.
Christophe parlait, les yeux baissés, dans la crainte de ne plus savoir ce qu'il avait à dire. Le silence de Hassler l'encourageait. Il sentait que Hassler l'observait, qu'il ne perdait pas une de ses paroles; il lui semblait avoir brisé la glace qui les séparait, et son cœur rayonnait. Quand il eut fini, il leva la tête avec timidité,—avec confiance aussi,—et regarda Hassler. Toute sa joie naissante gela d'un coup, comme les pousses trop précoces, quand il vit les yeux mornes et railleurs sans bonté qui le fixaient. Il se tut.
Après une pause glaciale, Hassler parla, d'une voix sèche. Il avait de nouveau changé: il affectait une sorte de dureté pour le jeune homme; il persiflait cruellement ses projets, ses espoirs de succès, comme s'il eût voulu se persifler lui-même, puisqu'il se retrouvait en lui. Il s'acharnait froidement à détruire sa foi dans la vie, sa foi dans l'art, sa foi en soi. Il se donna lui-même en exemple, avec amertume, parlant de ses œuvres d'aujourd'hui, d'une façon insultante.
—Des cochonneries! dit-il. C'est ce qu'il faut pour ces cochons. Est-ce que vous croyez qu'il y a dix personnes au monde, qui aiment la musique? Est-ce qu'il y en a une seule?
—Il y a moi! dit Christophe, avec emportement.
ハスレルは、安楽椅子に深くすわり込み、長い両足を組み合わせ、頤の高さまで来てる右膝の上に、痩せた両手を握り合わせていたが、答え返した。
「覚えないね。」
クリストフは喉をひきつらしながら、昔面会したことを向こうに思い出させようと試みた。しかしそういう親しい思い出を語ることは、いかなる事情においても彼には困難であった。そして目下の事情においては一つの苦悩であった。彼は文句にまごつき、適当な言葉が見当たらず、馬鹿なことを言っては顔を赤らめた。ハスレルはぼんやりした無関心な眼でじっと見つづけながら、彼を言い渋るままに放っておいた。クリストフがようやく話を終えると、ハスレルはあたかも彼がまだ言いつづけるのを待ってるかのように、しばらく黙ったまま膝をゆすっていた。それから言った。
「そう……だがそんな話で若返りはしないね……。」
そして彼は伸びをした。
欠伸をした後彼は言い添えた。
「……失敬……眠らなかったものだから……昨晩劇場で夜食をしたので……。」
そしてふたたび欠伸をした。
クリストフは今話したことについてハスレルからなんとか言ってもらいたかった。しかしハスレルは、その話に格別興味を覚えないで、もうなんとも言わなかった。そしてクリストフの身の上についても、なんらの問いをもかけなかった。欠伸をしてしまってから、尋ねた。
「前からベルリンへ来てるのかね。」
「今朝ついたばかりです。」とクリストフは言った。
「そう。」とハスレルは別に驚きもしないで言った。「宿屋はどこだい。」
返辞を聞くふうもなく、彼は懶げに身を起こし、呼鈴のボタンに手を伸ばし、そして鳴らした。
「ちょっとごめん。」と彼は言った。
小間使が例の横柄な様子をして現われた。
「キティー、」と彼は言った、「今日は俺に朝飯を食わせないつもりかい。」
「でも、」と彼女は言った、「お客様とごいっしょのところへ食べ物をもってまいってはいけないじゃございませんか。」
「なぜいけないんだい。」と彼は言いながら、嘲笑的な瞬きでクリストフをさし示した。「この方は俺の精神を養ってくださる。俺は身体を養おうとするんだ。」
「人様の前で召し上がるのを恥ずかしいとはお思いなさらないのですか、動物園の獣のように。」
ハスレルは怒りもせず、笑いだして、言葉を言い直してやった。
「飼われてる犬猫のように、だろう。」
「でもまあもっておいで。」と彼は言いつづけた。「恥ずかしさもいっしょに食べてやろう。」
彼女は肩をそびやかしながら出て行った。
クリストフは、自分のしてることをハスレルがなお尋ねようともしないのを見て、ふたたび話の糸口を結ぼうとつとめた。田舎における生活の困難なこと、人々の凡庸なこと、彼らの精神の偏狭なこと、孤独な情況のこと、などを話した。自分の心の苦悶を訴えて、同情を寄せてもらおうとつとめた。しかしハスレルは、安楽椅子にうずくまり、頭を反り返らして羽蒲団にもたせかけ、眼を半ば閉じて、彼を話すままにしておいて、聞いてもいないようだった。あるいはまた、ちょっと眼瞼をあげて、田舎の人々に関する冷やかな皮肉や滑稽な警句を数語投げつけて、もっとうち解けた話をしようとするクリストフの気をくじいてしまった。――キティーはもどって来て、コーヒーやバタやハムなどの朝食の盆をもってきていた。彼女は脹れ顔をして、紙の散らかってるまん中に机の上にそれを置いた。クリストフは、彼女が出て行くのを待って、苦しい話をまた始めた。言いつづけるのにたいへん骨が折れた。
ハスレルは盆を自分の前に引き寄せていた。彼はコーヒーをついで唇をつけた。それから馴れ馴れしい人のいいやや軽蔑的な様子で、クリストフの話の途中をさえぎって、彼に勧めた。
「一杯どうだい。」
クリストフは断わった。彼は文句の筋道をつなごうと骨折っていた。しかしますますまごついてきて、もう何を言ってるのかみずからわからなくなった。ハスレルの様子に気を奪われていた。ハスレルは皿を頤の下に置き、バタつきのパンやハムの切れを指でつまみ上げては、子供のように頬張っていた。でもクリストフはようようのことで、自分は作曲をしてるということや、ヘッベルのユーディットにたいする序曲を演奏さしたことがあるなどと、話すことができた。ハスレルは気も止めずに聞いていた。
「何を?」と彼は尋ねた。
クリストフは序曲の題名をくり返した。
「ああ、なるほど。」とハスレルは言いながら、パンと指先とをいっしょにコーヒーの中に浸した。
それきりだった。
クリストフはがっかりして、立ち上がって帰ろうかとした。しかし長い旅行が無駄になることを考えた。そして勇気を振るい起こしながら、自分の作を少しひいてお聞かせしたいと、口ごもりながら申し出た。その一言を聞くや否やハスレルはさえぎった。
「いやいや、僕にはわからないよ。」と彼は愚弄的な多少侮辱的な皮肉の調子で言った。「それにまた、暇がないからね。」
クリストフは眼に涙を浮かべた。しかし彼は、自作にたいするハスレルの意見を聞かないうちは、ここから出て行かないとみずから誓っていた。彼は困惑と憤慨との交った調子で言った。
「失礼ですが、あなたは昔、私の作を聞いてくれるとお約束なさいました。私はただそのために、ドイツの奥からやってまいったのです。どうか聞いてください。」
ハスレルはそういう応対に馴れていなかった。怒って顔を赤らめ泣かんばかりになってるその無作法な青年を、彼はながめた。そして面白く思った。彼は懶げに肩をそびやかしながら、指でピアノを指し示し、おかしな諦めの様子で言った。
「では……やってみたまえ……。」
そこで彼は、仮睡をでもしようとする者のように、安楽椅子の中に身を埋め、拳固で羽蒲団を打ちたたき、その平らな上に両腕を伸ばし、半ば眼を閉じたが、クリストフがポケットから取り出した巻いた楽譜の量を測るために、またちょっと眼を見開き、小さな溜息をもらし、そして厭々ながら聞くことにした。
クリストフは気おくれがし慴えながらも、演奏し始めた。すると間もなくハスレルは、美しいものに我れ知らず心ひかれる芸術家の職業的な興味をもって、眼と耳とをうち開いた。最初はなんとも言わないで、じっとしていた。しかしその眼は前よりはっきりしてき、そのむっつりした唇は動いてきた。次に彼はまったく本気に返って、驚きと感嘆との声をもらした。それはぼんやりした間投詞だけだった。しかしその調子は、彼の感情を明らかに示していた。クリストフは言い知れぬうれしさを感じた。ハスレルはもはや、ひかれたページや残ってるページの数を測ろうとしなかった。クリストフが一曲をひき終わると、彼は言った。
「それから……それから……。」
彼は人間らしい言葉を使い始めていた。
「それはいい、いい!……(彼は感嘆していた)……すてきだ……恐ろしくすてきなものだ!……だがいったい(彼は驚いてつぶやいていた)どうしたんだ?」
彼は座席に身を起こし、頭を前方に差し出し、手を耳にかざし、独語をし、満足げに笑い、そしてある珍しい和声の箇所になると、唇をなめようとでもするようにちょっと舌を出した。不意の転調に、彼は非常に動かされて、感嘆の一語をもらしながら急に立ち上がり、ピアノのところへ来てクリストフのそばにすわった。クリストフがそこにいることにも気づかないらしかった。彼は音楽のことばかりを念頭においていた。その一曲が済むと、彼は楽譜帳を取り上げ、ページを読み返し始め、それから次々にページを読んでゆきながら、賞賛と驚きとの独語を言いつづけ、あたかも室には自分一人きりであるかのようだった。
「驚いた!……(彼は言っていた)……此奴はどこからこんなものを見つけ出したのかな……。」
彼は肩でクリストフを押しのけ、みずから数節をひいてみた。ピアノにおける彼の指先は、きわめてやさしくしなやかで軽くみごとだった。クリストフは、彼の華奢な長いよく手入れの届いた両手を認めた。それは彼の身体つきに似合わない、多少病的な貴族味をそなえていた。ハスレルはある和音のところでひき止め、瞬きをしたり音を鳴らしたりしながら、それをくり返しひいた。彼は種々の楽器の音を真似ながら、唇でやかましく音をたて、またたえず勝手な激語を音楽に交えていた。その激語には好悪の情がともにこもっていた。ひそかないらだちを、それとなき嫉妬の念を、彼はみずから禁ずることができなかったのである。そしてまた同時に、貪るように享楽していたのである。
彼はあたかもクリストフがそこにいないかのように、なお独語をばかりつづけていたが、クリストフはうれしさに真赤になりながら、ハスレルの賛辞は自分にたいしてなされてるのだと思わずにはいられなかった。そして彼は、自分が何を作るつもりだったかを説明しだした。ハスレルは初めのうち、その青年が言ってることにはなんらの注意も払わないらしく、大声で自分一人の考えを言いつづけていた。が次に、クリストフのある言葉にはっとした。彼はさあらぬ体を装って耳を傾けながら、めくってる楽譜になお眼をすえたまま、口をつぐんでしまった。クリストフの方は、次第に元気になっていた。そしてすっかり信頼してしまった。彼は無邪気な興奮をもって、自分の抱負や身の上を語った。
黙々としていたハスレルは、またも皮肉な様子をしだした。彼は心ひかれてる楽譜から指を離した。ピアノの棚に肱をかけ、手に額を置いて彼は、年少の客気と惑乱との調子で自作の注釈をしてるクリストフを、ながめてやっていた。そして自分の初めのころのことや、自分の希望や、クリストフの希望や、彼の前途に待ち受けてる苦しみなどを、考えながら、苦笑を浮かべていた。
クリストフは言うべきことを忘れやしないかと恐れながら、眼を伏せて話していた。ハスレルが黙ってるので力を得ていた。ハスレルが自分を見守ってること、自分の一言をも漏れなく聞いてることを、彼は感じていた。二人を隔てていた氷が砕けたように思われて、心が輝かしくなっていた。語り終わると、おずおずと――また信頼しきって――顔を上げ、ハスレルをながめた。そして自分を見すえてる陰鬱な嘲笑的な好意なき眼を見た時、湧きかけていた彼の喜びはことごとく、あまりに早い若芽のように一時に凍えてしまった。彼は口をつぐんだ。
ちょっと冷やかな間を置いてから、ハスレルは冷淡な声で口を開いた。彼はふたたび変わってしまったのである。彼は相手の青年にたいして一種の酷薄さを装っていた。相手のうちに自分の昔の姿を見出したので、みずから自分を嘲ろうとでもしてるかのように、その抱負や成功の希望などを、残酷に嘲笑っていた。青年の人生にたいする信念を、芸術にたいする信念を、自己にたいする信念を、破壊してしまおうと冷酷にもつとめていた。苦々しげに自分自身を例にあげて、侮辱的な調子で現在の自作のことを話した。
「くだらない作ばかりだ。」と彼は言った。「くだらない奴らにはそれがちょうどいいんだ。音楽を愛する者が、世に十人といると君は思うか。一人もいないじゃないか。」
「私がいます。」とクリストフは熱心に言った。
ハスレルは彼をながめ、肩をそびやかし、そして大儀そうな声で言った。
Hassler le regarda, haussa les épaules, et dit d'une voix lassée:
—Vous serez comme les autres. Vous ferez comme les autres. Vous penserez à arriver, à vous amuser, comme les autres... Et vous aurez raison...
Christophe essaya de protester; mais Hassler lui coupa la parole, et, reprenant son cahier, se mit à critiquer aigrement les œuvres qu'il louait tout à l'heure. Non seulement il relevait avec une dureté blessante les négligences réelles, les incorrections d'écriture, les fautes de goût ou d'expression, qui avaient échappé au jeune homme; mais il lui faisait des critiques absurdes, des critiques comme en eût pu faire le plus étroit et le plus arriéré des musiciens, dont lui-même, Hassler, avait eu, toute sa vie, à souffrir. Il demandait à quoi tout cela rimait. Il ne critiquait même plus, il niait: on eût dit qu'il s'efforçait d'effacer haineusement l'impression que ces œuvres lui avaient faite, en dépit de lui-même.
Christophe, consterné, n'essayait pas de répondre. Comment répondre à des absurdités, qu'on rougit d'entendre dans la bouche de quelqu'un qu'on estime et qu'on aime? Au reste, Hassler n'écoutait rien. Il restait là, buté, le cahier fermé entre les mains, les yeux sans expression, la bouche amère. À la fin, il dit, comme si de nouveau il avait oublié la présence de Christophe:
—Ah! la pire misère, c'est qu'il n'y a pas un homme, pas un qui soit capable de vous comprendre!
Christophe se sentit transpercé d'émotion; il se retourna brusquement, posa sa main sur la main de Hassler, et, le cœur plein d'amour, il répéta:
—Il y a moi!
Mais la main de Hassler ne bougea point; et si quelque chose dans son cœur tressaillit, une seconde, à ce cri juvénile, aucune lueur ne brilla dans ses yeux éteints, qui regardèrent Christophe. L'ironie et l'égoïsme prirent le dessus. Il esquissa un mouvement du buste, cérémonieux et comique, pour saluer:
—Très honoré! dit-il.
Il pensait:
—Je m'en fiche bien! Crois-tu que ce soit pour toi que j'ai perdu ma vie?
Il se leva, jeta le cahier sur le piano, et, de ses longues jambes qui flageolaient, s'en alla reprendre sa place sur le divan. Christophe, qui avait saisi sa pensée et qui en avait senti l'insultante blessure, essayait fièrement de répondre que l'on n'a pas besoin d'être compris de tous: certaines âmes à elles seules valent un peuple tout entier; elles pensent pour lui; et, ce qu'elles ont pensé, il faudra qu'il le pense.—Mais Hassler n'écoutait plus. Il était retombé dans son apathie, causée par l'affaiblissement de la vie qui s'endormait en lui. Christophe, trop sain pour comprendre ce revirement subit, sentait vaguement que la partie était perdue; mais il ne pouvait s'y résigner, après avoir été si près de la croire gagnée. Il faisait des efforts désespérés pour ranimer l'attention de Hassler; il avait repris son cahier de musique, et cherchait à expliquer la raison des irrégularités, que Hassler avait notées. Hassler, enfoncé dans le sofa, gardait un silence morne; il n'approuvait, ni ne contredisait: il attendait que ce fût fini.
Christophe vit qu'il n'avait plus rien à faire ici. Au milieu d'une phrase, il s'arrêta. Il roula son cahier, et se leva. Hassler se leva aussi. Christophe, honteux et intimidé, s'excusait en balbutiant. Hassler, s'inclinant légèrement, avec une certaine distinction hautaine et ennuyée, lui tendit la main, froidement, poliment, et l'accompagna jusqu'à la porte d'entrée, sans un mot pour le retenir, ou pour l'inviter à revenir.
Christophe se retrouva dans la rue, anéanti. Il allait au hasard. Après avoir suivi machinalement deux ou trois rues, il se trouva à la station du tram, qui l'avait amené. Il le reprit, sans penser à ce qu'il faisait. Il s'affaissa sur la banquette, les bras, les jambes cassés. Impossible de réfléchir, de rassembler ses idées: il ne pensait à rien. Il avait peur de regarder en lui. C'était le vide. Ce vide était autour de lui, dans cette ville; il ne pouvait plus y respirer: le brouillard, les maisons massives l'étouffaient. Il n'avait plus qu'une idée: fuir, fuir au plus vite,—comme si, en se sauvant de la ville, il devait y laisser l'amère désillusion qu'il y avait trouvée.
Il retourna à son hôtel. Il n'était pas midi et demi. Il y avait deux heures qu'il y était entré,—avec quelle lumière au cœur!—Maintenant, tout était nuit.
Il ne déjeuna point. Il ne monta pas dans sa chambre. À la stupéfaction de l'hôte, il demanda sa note, paya comme s'il avait passé la nuit, et dit qu'il voulait partir. En vain, lui expliquait-on qu'il n'avait pas à se presser, que le train qu'il voulait reprendre ne partait pas avant plusieurs heures, qu'il ferait mieux d'attendre à l'hôtel. Il voulut aller tout de suite à la gare: il voulait prendre le premier train, n'importe lequel, ne plus rester une heure dans ce pays. Après ce long voyage et ses dépenses pour venir,—bien qu'il se fût fait une fête non seulement de voir Hassler, mais de visiter des musées, d'entendre des concerts, de faire des connaissances,—il n'avait plus qu'une idée en tête: partir...
Il revint à la gare. Ainsi qu'on le lui avait dit, son train ne partait pas avant trois heures. Encore ce train, qui n'était pas express,—(car Christophe était forcé de prendre la dernière classe)—s'arrêtait-il en route; Christophe aurait eu avantage à monter dans le train suivant, qui partait deux heures plus tard et qui rejoignait le premier. Mais c'était deux heures de plus à passer ici, et Christophe ne pouvait le supporter. Il ne voulut même plus sortir de la gare, en attendant.—Lugubre attente, dans ces salles vastes et vides, tumultueuses et funèbres, où entrent et sortent, toujours affairées, toujours courant, des ombres étrangères, toutes étrangères, toutes indifférentes, pas une qu'on connaisse, pas un visage ami. Le jour blafard s'éteignait. Les lampes électriques, enveloppées de brouillard, mouchetaient la nuit, semblaient la rendre plus sombre. Christophe, plus oppressé d'heure en heure, attendait avec angoisse le moment de partir. Il allait, dix fois par heure, revoir les affiches des trains pour s'assurer qu'il ne s'était pas trompé. Comme il les relisait d'un bout à l'autre, une fois de plus, pour passer le temps, un nom de pays le frappa: il se dit qu'il le connaissait; après un moment, il se rappela que c'était le pays du vieux Schulz, qui lui avait écrit de si bonnes lettres. L'idée lui vint aussitôt, dans son désarroi, d'aller voir cet ami inconnu. La ville n'était pas sur son chemin direct de retour, mais à une ou deux heures, par un chemin de fer local; c'était un voyage de toute une nuit, avec deux ou trois changements de train, d'interminables attentes: Christophe ne calcula rien. Sur-le-champ, il décida d'y aller: ce lui était un besoin instinctif de se raccrocher à une sympathie. Sans se donner le temps de réfléchir, il rédigea une dépêche et télégraphia à Schulz son arrivée pour le lendemain matin. Il n'avait pas envoyé ce mot, qu'il le regrettait déjà. Il se plaisantait amèrement sur ses illusions éternelles. Pourquoi aller au-devant d'un nouveau chagrin?—Mais c'était fait maintenant. Trop tard pour changer.
Ces pensées occupèrent sa dernière heure d'attente.—Son train était enfin formé. Il y monta le premier; et son enfantillage était tel qu'il ne commença à respirer que lorsque le train s'ébranla et que, par la portière du wagon, il vit derrière lui s'effacer dans le ciel gris, sous les tristes averses, la silhouette de la ville, sur laquelle la nuit tombait. Il lui semblait qu'il serait mort, s'il avait passé la nuit là.
À cette même heure,—vers six heures du soir,—une lettre de Hassler arrivait pour Christophe, à son hôtel. La visite de Christophe avait remué bien des choses en lui. Pendant toute l'après-midi, il y avait songé avec amertume, et non sans sympathie pour le pauvre garçon qui était venu à lui avec une telle ardeur d'affection, et qu'il avait reçu d'une façon glaciale. Il se reprochait son accueil. À vrai dire, ce n'avait été de sa part qu'un de ces accès de bouderie quinteuse, dont il était coutumier. Il pensa le réparer, en envoyant à Christophe, avec un billet pour l'Opéra, un mot qui lui donnait rendez-vous, à l'issue de la représentation.—Christophe n'en sut jamais rien. En ne le voyant pas venir, Hassler pensa:
—Il est fâché. Tant pis pour lui!
Il haussa les épaules, et n'en chercha pas plus long. Le lendemain, il ne pensait plus à lui.
Le lendemain, Christophe était loin de lui,—si loin que toute l'éternité n'eût pas suffi à les rapprocher l'un de l'autre. Et tous deux étaient seuls pour jamais.
Peter Schulz avait soixante-quinze ans. Il était de santé délicate, et l'âge ne l'avait pas épargné. Assez grand, mais voûté, la tête penchée sur la poitrine, il avait les bronches faibles, et respirait avec peine. Asthme, catarrhe, bronchite, s'acharnaient après lui: et la trace des luttes qu'il lui fallait subir,—bien des nuits, assis dans son lit, le corps courbé en avant, et trempé de sueur, pour tâcher de faire entrer un souffle d'air dans sa poitrine qui étouffait,—était gravée dans les plis douloureux de sa longue figure, maigre et rasée. Le nez était long et un peu gonflé au sommet. Des rides profondes, partant du dessous des yeux, coupaient transversalement les joues creusées par les vides de la mâchoire. L'âge et les infirmités n'avaient pas été les seuls sculpteurs de ce pauvre masque délabré; les chagrins de la vie y avaient eu part aussi.—Et malgré tout, il n'était pas triste. La grande bouche tranquille avait une bonté sereine. Mais c'étaient surtout les yeux qui donnaient à ce vieux visage une douceur touchante: ils étaient d'un gris-clair limpide et transparent; ils regardaient bien en face, avec calme et candeur; ils ne cachaient rien de l'âme: on eût pu lire au fond.
Sa vie avait été pauvre en événements. Il était seul depuis des années. Sa femme était morte. Elle n'était pas très bonne, pas très intelligente, pas du tout belle. Mais il en conservait un souvenir attendri. Il y avait vingt-cinq ans qu'il l'avait perdue: et, pas un soir depuis, il ne s'était endormi, sans un petit entretien mental, triste et tendre, avec elle; il l'associait à chacune de ses journées.—Il n'avait pas eu d'enfant: c'était le grand regret de sa vie. Il avait reporté son besoin d'affection sur ses élèves, auxquels il était attaché, comme un père à ses fils. Il avait trouvé peu de retour. Un vieux cœur peut se sentir très près d'un jeune cœur, et presque du même âge: il sait combien sont brèves les années qui l'en séparent. Mais le jeune homme ne s'en doute point: le vieillard est pour lui un homme d'une autre époque: au reste, il est absorbé par trop de soucis immédiats, et il détourne instinctivement les yeux du but mélancolique de ses efforts. Le vieux Schulz avait rencontré parfois quelque reconnaissance chez des élèves, touchés par l'intérêt vif et frais qu'il prenait à tout ce qui leur arrivait d'heureux ou de malheureux: ils venaient le voir de temps en temps; ils lui écrivaient, pour le remercier, quand ils quittaient l'université; certains lui écrivaient encore, une ou deux fois, les années suivantes. Puis, le vieux Schulz n'entendait plus parler d'eux, sinon par les journaux, qui lui faisaient connaître l'avancement de tel ou tel: et il se réjouissait de leurs succès, comme si c'étaient les siens. Il ne leur en voulait pas de leur silence: il y' trouvait mille excuses; il ne doutait point de leur affection, et prêtait aux plus égoïstes les sentiments qu'il avait pour eux.
Mais ses livres étaient pour lui le meilleur des refuges: ils n'étaient point oublieux, ni trompeurs. Les âmes, qu'il chérissait en eux, étaient maintenant sorties du flot du temps: elles étaient immuables, fixées pour l'éternité dans l'amour qu'elles inspiraient et qu'elles semblaient ressentir, qu'elles rayonnaient à leur tour sur ceux qui les aimaient. Professeur d'esthétique et d'histoire de la musique, il était comme un vieux bois, vibrant de chants d'oiseaux. Certains de ces chants résonnaient très loin, ils venaient du fond des siècles: ils n'étaient pas les moins doux et les moins mystérieux. Il en était d'autres qui lui étaient familiers et intimes: c'étaient de chers compagnons; chacune de leurs phrases lui rappelait des joies et des douleurs de sa vie passée, consciente ou inconsciente:—(car sous chacun des jours que la lumière du soleil éclaire, d'autres jours se déroulent, qu'éclaire une lumière inconnue.)—Il y en avait enfin qu'on n'avait jamais entendus encore, et qui disaient des choses qu'on attendait depuis longtemps, dont on avait besoin: le cœur s'ouvrait pour les recevoir, comme la terre sous la pluie. Ainsi, le vieux Schulz écoutait, dans le silence de sa vie solitaire, la forêt pleine d'oiseaux; et, comme le moine de la légende, endormi dans l'extase du chant de l'oiseau magique, les années passaient pour lui, et le soir de la vie était venu; mais il avait toujours son âme de vingt ans.
Il n'était pas seulement riche de musique. Il aimait les poètes,—les anciens et les nouveaux. Il avait une prédilection pour ceux de son pays, surtout pour Gœthe; mais il aimait aussi ceux des autres pays. Il était instruit et lisait plusieurs langues. Il était, d'esprit, un contemporain de Herder et des grands Weltbürger—des «citoyens du monde», de la fin du dix-huitième siècle. Il avait vécu les années d'âpres luttes qui précédèrent et suivirent 70, enveloppé de leur vaste pensée. Et, quoiqu'il adorât l'Allemagne, il n'en était pas «glorieux». Il pensait, avec Herder, qu'«entre tous les glorieux, le glorieux de sa nationalité est un sot accompli», et avec Schiller, que «c'est un bien pauvre idéal de n'écrire que pour une seule nation». Son esprit était parfois timide; mais son cœur était d'une largeur admirable, et prêt à accueillir avec amour tout ce qui était beau dans le monde. Peut-être était-il trop indulgent pour la médiocrité; mais son instinct n'avait point de doute sur ce qui était le meilleur; et s'il n'avait pas la force de condamner les faux artistes que l'opinion publique admirait, il avait toujours celle de défendre les artistes originaux et forts que l'opinion publique méconnaissait. Sa bonté l'abusait souvent: il tremblait de commettre une injustice; et, quand il n'aimait pas ce que d'autres aimaient, il ne doutait point que ce ne fût lui qui se trompât; et il finissait par l'aimer. Il lui était si doux d'aimer! L'amour et l'admiration étaient encore plus nécessaires à sa vie morale que l'air à sa misérable poitrine. Aussi, quelle reconnaissance il avait pour ceux qui lui en offraient une occasion nouvelle!—Christophe ne pouvait se douter de ce que ses Lieder avaient été pour lui. Il était bien loin de les avoir sentis lui-même aussi vivement, quand il les avait créés. C'est que pour lui ces chants n'étaient que quelques étincelles jaillies de la forge intérieure: il en jaillirait bien d'autres! Mais pour le vieux Schulz, c'était tout un monde qui se révélait, d'un seul coup,—tout un monde à aimer. Sa vie en avait été illuminée.
Depuis un an, il avait dû résigner ses fonctions à l'Université: sa santé de plus en plus précaire ne lui permettait plus de professer. Il était malade, et au lit, quand le libraire Wolf lui fit porter, comme il en avait l'habitude, un paquet des dernières nouveautés musicales qu'il avait reçues, et où se trouvaient, cette fois, les Lieder de Christophe. Il était seul. Nul parent auprès de lui; le peu de famille qu'il avait était mort depuis longtemps. Il était livré aux soins d'une vieille bonne, qui abusait de sa faiblesse, pour lui imposer tout ce qu'elle voulait. Deux ou trois amis, guère moins âgés que lui, venaient le voir de temps en temps; mais ils n'étaient pas non plus d'une très bonne santé; et, quand le temps était mauvais, ils se tenaient clos aussi et espaçaient leurs visites. Justement, c'était l'hiver alors, les rues étaient couvertes d'une neige qui fondait: Schulz n'avait vu personne, de tout le jour. Il faisait sombre dans la chambre: un brouillard jaune était tendu contre les vitres, comme un écran, et murait les regards: la chaleur du poêle était lourde et fatigante. De l'église voisine, un vieux carillon du dix-septième siècle chantait, tous les quarts d'heure, d'une voix boiteuse et horriblement fausse, des bribes de chorals monotones, dont la jovialité paraissait un peu grimaçante, quand on n'était pas très gai, soi-même. Le vieux Schulz toussait, le dos appuyé contre une pile d'oreillers. Il essayait de relire Montaigne, qu'il aimait; mais cette lecture ne lui faisait pas aujourd'hui autant de plaisir qu'à l'ordinaire; il avait laissé tomber le livre, il respirait avec peine, et rêvait. Le paquet de musique était là, sur son lit: il n'avait pas le courage de l'ouvrir; il se sentait le cœur triste. Enfin, il soupira, et, après avoir défait très soigneusement la ficelle, il remit ses lunettes, et commença de lire les morceaux de musique. Sa pensée était ailleurs: elle revenait à des souvenirs qu'il voulait écarter.
Ses yeux tombèrent sur un vieux cantique, dont Christophe avait repris les paroles à un naïf et pieux poète du dix-septième siècle, en renouvelant leur expression: le Christliches Wanderlied (chant du voyageur chrétien) de Paul Gerhardt.
Hoff, o du arme Seele,
Hoff und sei unverzagt!
. . . . . . . . . .
Erwarte nur der Zeit,
So wirst du schon erblicken
Die Sonn der schönsten Freud.
«Espère, pauvre âme,
espère, et sois intrépide!
. . . . . . . . . .
Attends seulement, attends:
voici que tu vas voir
le soleil de la belle Joie!»
Le vieux Schulz connaissait bien ces candides paroles; mais jamais elles ne lui avaient parlé ainsi... Ce n'était plus la tranquille piété, qui calme et endort l'âme par sa monotonie. C'était une âme comme la sienne, c'était son âme même, mais plus jeune et plus forte, qui souffrait, qui voulait espérer, qui voulait voir la Joie, qui la voyait. Ses mains tremblaient, de grosses larmes coulaient le long de ses joues. Il continua:
Auf, auflgieb deinem Schmerze
Und Sorgen gute Nacht!
Lass fahren, was das Herze
Betrübt und traurig macht!
«Debout, debout! dis à ta douleur
et à tes soucis bonne nuit!
Laisse partir ce qui trouble
le cœur et qui l'attriste!»
Christophe communiquait à ces pensées une jeune ardeur intrépide, dont le rire héroïque rayonnait dans ces derniers vers confiants et naïfs:
Bist du doch nicht Regente,
Der alles führen soll,
Gott sitzt im Regimente,
Und führet alles wohl.
«Ce n'est pas toi qui règnes
et qui dois tout conduire.
C'est Dieu. Dieu est le roi,
Il mène tout comme il doit!»
Et quand venait cette strophe de superbe défi, qu'il avait, avec son insolence de jeune barbare, arrachée tranquillement de sa place primitive dans l'ensemble du poème, pour en faire la conclusion de son Lied:
Und ob gleich alle Teufel
Hier wollten widerstehn,
So wird doch ohne Zweifel
Gott nicht zurücke gehen:
Was er ihm vor genommen,
Und was er haben will,
Das muss doch endlich kommen
Zu seinem Zweck und Ziel.
«Et quand bien tous les diables
voudraient s'y opposer,
sois calme, ne doute pas!
Dieu ne reculera point.
Ce qu'il a décidé,
ce qu'il veut accomplir,
cela sera, cela se fera,
Il viendra à ses fins!»
「君も皆と同じようになるだろう。皆と同じことをするようになるだろう。皆と同じように、成り上がったり楽しんだりすることを考えるだろう。……そして、それがもっともなんだ……。」
クリストフは抗弁しようと試みた。けれどハスレルは彼の言葉をさえぎった。そして彼の楽譜をふたたび取り上げながら、先刻賞賛したその作品を、辛辣に非難し始めた。青年の眼を逸した、実際上の粗漏を、書き方の不正確さを、趣味や表現の欠点を、ひどく厳重に指摘したばかりでなく、なお馬鹿げた非難を加え、ハスレル自身が生涯苦しまなければならなかった、最も偏狭で最も時代におくれた音楽家らがなしそうな非難を、加えたのであった。いったい何を意味するのかと尋ねた。彼はもはや非難してるのではなかった。否定してるのであった。心ならずもそれらの作から受けた印象を、憎々しく消し去ろうとつとめてるかのようだった。
クリストフはびっくりして、答えようとも試みなかった。尊敬し愛してる人の口から聞くには恥ずかしい無茶な言葉に、なんで答え返されよう。それにまたハスレルは少しも耳を貸さなかった。彼はそこにぴったりと頑張って、楽譜を両手に閉じ、没表情な眼つきをし、苦々しげな口つきをしていた。がついに彼は、クリストフがいるのをふたたび忘れたかのように言った。
「ああいちばん悲しいことは、理解し得る人がいないことだ、一人もいないことだ。」
クリストフは感動に身内を貫かれる心地がした。彼は急にふり向き、ハスレルの手の上に自分の手を置き、心は愛情でいっぱいになって、くり返した。
「私がいます!」
しかしハスレルの手は少しも動かなかった。その若々しい叫びにたいして、彼の心の中で何物かが.一瞬間振るい立ったとしても、クリストフをながめてる彼の鈍い眼には、なんらの光も輝かなかった。皮肉と利己心とが勢いを占めていた。彼は儀式ばったおかしな様子で上半身をちょっと動かして、会釈の様子をした。
「ありがとう!」と彼は言った。
彼はこう考えていた。
「勝手にするがいい! 貴様のために俺が生命を失ったとでも思ってるのか。」
彼は立ち上がり、ピアノの上に楽譜を投げ出し、よろよろした長い足で、また安楽椅子のところへ行ってすわり込んだ。クリストフは、彼の胸中を読み取り、不快な侮辱を感じながら、人は万人に理解される必要はないと昂然として答えてみた。ある種の魂の人たちだけで全民衆に価する。彼らは民衆に代わって考えてくれる。そして彼らが考えたことを、かならず民衆は考えるようになると。――しかしハスレルはもう聞いていなかった。彼はまた茫然自失の状態に陥っていた。それは彼のうちに眠ってる生命力の衰弱から来たものだった。クリストフはきわめて健全であって、そういう急激な変調を理解できなかったから、もう負けだということを漠然と感じた。しかし勝ちかけたように思ったすぐあとなので、あきらめることができなかった。彼は絶望的な努力をして、ハスレルの注意を呼び起こそうとつとめた。楽譜を取り上げて、ハスレルから指摘された不規則さの理由を、説明しようとつとめた。ハスレルは安楽椅子に埋まって、陰鬱な沈黙を守っていた。賛成もせず反対もしなかった。ただおしまいになるのを待っていた。
クリストフは、もう仕方がないことを見て取った。文句の途中で言いやめた。楽譜を巻き納めて立ち上がった。ハスレルも立ち上がった。クリストフは恥ずかしくまた気おくれがして、口ごもりながら詫びを言った。ハスレルは傲慢なまた退屈そうな品位を見せながら、軽く身をかがめ、冷やかにていねいに手を差し出し、そして入口まで送ってきたが、一言引き止めようともせず、また来るようにも言わなかった。
クリストフはがっかりして街路に出た。当てもなく歩いていった。機械的に二、三の通りをたどった後、前に乗って来た電車の停留場に出た。なんの考えもなくまたそれに乗った。手足にも力がぬけはてて、腰掛の上に身を落した。思慮をめぐらすことも、自分の考えをまとめることもできなかった。何にも考えてはいなかった。自分の心中をのぞき込むのが恐ろしかった。まったく空虚だった。その空虚は自分のまわりに町の中にあるような気がした。もう息もつけなかった。その霧、それらの大きな家々が、彼の呼吸をふさいだ。彼はもう一つの考えしかもたなかった。逃げること、できるだけ早く逃げること――あたかも、この町から逃げ出せば、そこに見出した苦い幻滅を残して行けるかのように。
彼は旅館に帰った。十二時半前だった。二時間以前に彼はこの旅館にはいったのだった――いかなる光明を心にいだいていたことぞ!――が今は、すべて消え失せてしまっていた。
彼は昼食を取らなかった。室へも上がらなかった。主人が驚いたことには、彼は勘定書を求め、一晩過ごしたかのように金を払い、そして出発するつもりだと言った。何も急ぐ必要はないこと、彼の乗ろうとする汽車は数時間後にしか出ないこと、旅館で待ってる方がいいこと、などを説明されても無駄だった。彼はすぐに停車場へ行きたがった。どれでも構わず最初の汽車に乗りたく、一刻もそこにとどまることを欲しなかった。この長い旅をした後、旅費をだいぶ使った後――ただにハスレルに会うことばかりではなく、博物館を見物し音楽会に行き種々の知己を得ることなどを、楽しみにしていたのであるが――彼はもはや一つの考えしかもたなかった、すなわち出発すること……。
彼は停車場へもどってきた。言われたとおりに、乗るべき汽車は三時間後にしか出なかった。しかもその汽車は急行でなく――(クリストフは最下等にしか乗れなかったのである)――途中で停まるのであった。二時間後に発車して初めのに追いつく次の汽車に乗った方が、ずっと利益だった。しかしそれはここで二時間ほど多く過ごすことであった。クリストフには堪えがたかった。彼はもう、待ってる間に停車場の外へ出たくもなかった。――陰鬱な待合時間だった。室は広くがらんとして、しかも騒々しく陰気で、見知らぬ人影が、まったくの他人であり無関係である人影が、どれも皆忙しそうに足を早めながら、出入りしていて、一人の知人もなく、一の親しい顔もなかった。蒼白い明るみは消えてしまった。霧に包まれた電燈が、夜の中に点々とともって、夜をいっそう暗くしてるがようだった。時がたつにつれてクリストフはますます切ない気持になり、出発の時間を苦しげに待っていた。間違えていないことを確かめるために、一時間に十度も時間表を見直しに行った。そして時間つぶしに、それを隅々までまた読み返してると、ある地名にはっとした。どうも覚えがあるようだった。やがてそれは、いかにも親切な手紙をくれたシュルツ老人の土地であることが、思い出された。この見知らぬ友を訪れてみようという考えが、慌しい中にもすぐに浮かんできた。その町は直接の帰途には当たっていなくて、支線を一、二時間ばかりの所だった。長い時間待って二、三度乗り換えをしながら、夜通しの旅になるのだった。クリストフは何にも計算に入れなかった。そこへ行こうとすぐにきめた。同情にすがりたいという本能的な欲求があった。考える暇も待たずにすぐ電報を打って、翌朝着くことをシュルツに知らした。がその電報を出すか出さないうちに、もう後悔した。いつに変わらぬおのれの幻が苦笑された。何故にまた新たな苦しみの方へ向かって行くのか?――しかしもう済んだあとだった。変更するには間に合わなかった。
それらの考えのうちに待ち残した時間は過ぎた。――彼の乗るべき汽車がついに仕立てられた。彼はまっ先に乗り込んだ。彼はまったく子供らしくなっていて、ようやく息がつけるようになったのは、汽車が動き出して、灰色の空の中に、もの悲しい驟雨の下に、夜の落ちかかってる都会の影が消えてゆくのを、車窓から見送った時からであった。そこで一晩過ごしたら死ぬかもしれないような気がしていた。
ちょうどその時――午後六時ごろ――ハスレルの手紙がクリストフあてで旅館に届いた。クリストフの訪問によって、彼は心に多くの動揺を受けたのだった。午後じゅう彼は心苦しく考えていた。あれほど熱烈な愛情をいだいてやって来ながら、自分の冷淡な待遇を受けた憐れな青年にたいして、同情の念が湧かないでもなかった。彼は自分の応対をみずからとがめた。実を言えば彼の方では、いつもの癇癪まぎれな不機嫌の発作にすぎなかった。彼はそれを償おうと考えて、オペラ歌劇の切符とともに閉場後会おうという約束をクリストフに書き送った。――クリストフはそれを少しも知らなかった。ハスレルは彼がやって来ないのを見てこう思った。
「怒ってるな。気の毒だな。」
彼は肩をそびやかした。そしてさらに求めようともしなかった。翌日になるともう念頭にもなかった。翌日には、クリストフは彼から遠くにいた――いかに永遠をかけてもふたたびたがいに近寄ることがないほど遠くに。そして二人は永久に別れてしまった。
ペーテル・シュルツは七十五歳だった。いつも身体が弱くて、かつ老衰していた。かなりの身長だったが、背は曲がり、頭は胸にたれ、気管支は弱く、呼吸が困難だった。喘息やカタルや気管支炎がついてまわった。そして必然の苦闘の跡が――幾晩も寝床にすわって、身体を前にかがめ、汗にまみれて、つまった胸に一息の空気を吸い込もうと骨折ることがあった――その痩せた無髯の長い顔の痛ましい皺の中に刻まれていた。鼻は長くて、その先が少し太くなっていた。幾筋かの深い皺が、歯の抜けて落ちくぼんだ頬を、眼の下から斜めにたち切っていた。そういう衰残の憐れな顔を刻んだものは、ただ老年と疾病のみではなかった。生活の苦しみもそれに加わっていた。――がそれにもかかわらず、彼は悲しんではいなかった。落ち着いた大きな口には、朗らかな温情が現われていた。しかしその年老いた顔に痛切な穏和さを与えてるものは、ことに眼であった。眼は清澄な淡灰色だった。平静と誠実とをもってじっとまともにながめた。それは魂を少しも隠さなかった。心の底まで開き示してるがようだった。
彼の生涯は事件に乏しかった。長年独身をつづけていた。細君は死んでいた。彼女は大して善良でなく、大して怜悧でなく、少しも美しくはなかった。しかし彼は彼女についてしみじみとした思い出をもっていた。彼女を亡くしたのは二十五年前だった。それ以来彼は一晩といえども、彼女と悲しいやさしい短い対話を心の中でしないでは、眠ったことがなかった。自分の一日一日に彼女を結びつけていた。――彼には子供がなかった。それが生涯の大きな憾みだった。彼は父が子に対するように学生らに愛着して、学生らの上に愛情の欲求を移していた。しかし報いられることはまれだった。年老いた心は、若い心にごく近く自分を感じ、ほとんど同年輩くらいに感じ得る。両者を隔てる年月がいかに短いかを知っている。しかし青年はそれを少しも気づかない。青年にとっては、老人は異なった時代の人である。そのうえ、青年は目前の配慮にあまりに心を奪われていて、自分の努力の悲しい終局からは本能的に眼をそらすのである。シュルツ老人は、ある学生らの感謝に時々出会うこともないではなかった。幸でも不幸でも彼らに起こることにはすべて彼が新鋭な関心を見せるので、彼らはそれに動かされた。時々会いに来てくれた。大学を出ると感謝の手紙をよこした。なお引きつづいて年に一、二回手紙をくれる者もあった。けれどその後になると、シュルツ老人はもう彼らの消息に接しなかった。ただ新聞などで某々の出世を知った。すると彼は自分が成功でもしたかのようにその成功を喜んだ。彼は彼らの無音を恨まなかった。いろんな理由を察しやっていた。彼らの愛情を少しも疑わなかった。彼らにたいする自分の感情と同じような感情が、彼らのうちの最も利己的な者にもあるがように思っていた。
しかし書物こそは、彼にとって最上の慰安所であった。書物は決して彼を忘れることなく欺くことがなかった。彼が書物の中でいつくしんだ多くの魂は、今はもう時の波を超越していた。その魂らは愛のうちに永久の確固不動さを保っていた。しかもその愛たるや、彼らが人の心のうちに喚び起こしかつみずからも感じてるらしいものであって、彼らを愛する人々の上に彼らが光り輝かしてくれるものであった。美学と音楽史との教授である彼は、小鳥の歌にそよいでる古い林に似ていた。それらの歌のあるものはごく遠くに響いていた。幾世紀もの彼方から来るものだった。それでも十分にやさしく神秘的であった。また彼にとって耳馴れた親しい歌もあった。それらは親愛な道づれであった。それらの文句のおのおのは、過去の生涯の喜びや悲しみを思い起こさしてくれた。過去の生涯といっても、意識してるものも意識しないものもあった。(なぜなら、太陽の光に照らされるおのおのの日の下には、他の日々が展開していて、それを見知らぬ光が照らすのだから。)また最後には、欲求して長い間待ち望んでる事柄を言ってくれる、まだかつて聞いたこともない歌があった。あたかも雨の下の地面のように、心はうち開いてそれらを迎えた。かくてシュルツ老人は、孤独な生活の沈黙のうちに、小鳥の群がってる森に耳傾けていた。そして伝説中の僧侶のように、魔法の鳥の歌に恍惚と眠りながら、年月は過ぎてゆき晩年は到来した。しかし彼はいつも二十年代の魂をもっていた。
彼はただに音楽に豊富なばかりではなかった。詩人をも愛していた――古代や近代の詩人らを。自国の詩人ら、ことにゲーテを、愛好していた。しかしまた他国の詩人をも愛していた。彼は学問があって種々の国語が読めた。精神上では、ヘルデルや大ヴェルトブュルゲルら――十八世紀末の「世界の公民」らと、同時代人だった。その広汎な思想に包まれて、千八百七十年前後の激しい争闘の時代を、生きて来たのであった。そして彼はドイツを尊びながらも、ドイツを「光栄」とはしなかった。彼はヘルデルとともに考えていた、「何かを光栄とする者のうちで、おのれの国家を光栄とする者は、至極の愚者である」と。またシルレルとともに考えていた、「ただ一国民のためにのみ書くは、きわめて貧弱なる理想である」と。彼の精神は時として臆病になることがあった。しかし彼の心はすばらしく広大で、世に美わしいものはことごとく歓迎しようとしていた。おそらく彼は凡庸にたいしてあまりに寛大であったろう。しかし彼の本能は最善なものにたいして少しの疑いをもいだかなかった。そして、よい世評を得てる偽りの芸術家らを非難するの力はなかったとは言え、世に認められない独創的な力強い芸術家らを弁護するの力は、常にそなえていた。彼は自分の温良な性質からしばしば誤られた。不正なことをしはすまいかと恐れていた。他人が愛するものを自分が愛しない時には、自分の方が間違ってるのだということを疑わなかった。そしてしまいにはやはりそれを愛するようになった。愛することは彼にとって非常にうれしいことだった。愛と称賛とは、彼の惨めな胸に空気が必要であるより以上に、彼の精神生活に必要だった。それで、愛と称賛との新しい機会を与えてくれる人々にたいして、彼はいかに感謝の念をいだいたことだろう!――クリストフは、自分の歌曲がシュルツ老人にとってなんであったかを、夢にも知らなかった。それを書いた時の彼自身の感じも、それにたいする老人の生き生きとした感じには及びもつかなかった。彼にとってはそれらの歌は、内部の熔炉から迸り出た若干の火花にすぎなかった。なお他にも多くの火花が迸り出るに違いなかった。しかしシュルツ老人にとっては、それは一挙に啓示せられた一世界……愛すべき一世界だった。彼の生活はそれによって輝かされたのであった。
一年前から彼は、大学の職を断念しなければならなかった。ますます不安な健康は、もう彼に講義を許さなかったのである。病気で床についている時、ウォルフ書店からいつものとおりに、音楽書の新刊の小包が届いた。受け取ってみるとこんどのには、クリストフの歌曲集がはいっていた。彼は一人きりだった。近親の者もそばにいなかった。わずかの家族は久しい前に死に絶えていた。一人の老婢にすべての世話をさしていたが、老婦は彼の不健康につけこんで、勝手なことばかり彼に強いていた。ほとんど同年輩の二、三の友が、時々訪ねてきてくれた。しかし彼らもまたごく健康ではなかった。天気が悪い時には、彼らもやはり家に閉じこもって、訪問をのばした。ちょうど冬のことで、街路は解けかかった雪に覆われていた。シュルツは終日だれにも会わなかった。室の中は薄暗かった。黄色い霧が、衝立のように窓ガラスを張りつめて、視線を妨げていた。暖炉の熱が重々しく懶かった。近くの教会堂では、十七世紀の古い鐘が、不揃いな恐ろしく調子はずれな声で、十五分ごとに、単調な賛美歌の断片を歌っていた。こちらであまり愉快でないおりには、その陽気な調子もなんだか渋面しているように思われるのだった。シュルツ老人は咳をしながら、一積みの枕蒲団に背中でよりかかっていた。彼は好きなモンテーニュを読み返そうとした。しかしその日はいつもほど面白く感じなかった。で書物を置き、苦しげに息をついて、夢想にふけった。音楽書の小包が寝床の上にあった。それを開くだけの勇気もなかった。悲しい心持だった。ついに彼は溜息をして、包みのひもをていねいに解いてから、眼鏡をかけ、楽曲を読み始めた。彼の考えは他に向いていた。避けたい追憶の方へいつも考えがもどってゆくのであった。
彼の眼は古い聖歌の上に落ちた。クリストフが十七世紀の素朴敬虔な詩人の言葉を借りてきて、その調子を一新したものであって、パウル・ゲルハルトのキリスト教徒の旅人の歌であった。
希望をかけよ、勇ましかれ!
………………
待てよ、ただ待てよかし。
美わしき喜びの太陽を、
やがて汝は見るならん。
シュルツ老人はそれらの誠実な言葉をよく知っていた。しかしそれらが彼に話しかけてくれるのは、かつてそんなふうにではなかった……。それはもはや、その単調さによって人の魂を静め眠らしてくれる平静な信仰心ではなかった。それは彼の魂と同じような魂であり、彼自身の魂であり、しかも、さらに若くさらに強く、苦しみながら希望をかけ、喜びを見んと欲しつつ喜びを見てる魂であった。彼の手はうち震えた。大粒の涙が頬に流れた。彼は読みつづけた。
悲哀と懸念を捨て去れよ!
心を乱し悲しむるものを、
汝が許より去らしめよ!
クリストフはそれらの思想に、若い大胆な熱情を伝えていた。その勇壮な笑いは、信じきった率直な最後の句に花を開いていた。
げに汝には非ざるなり。
そは神なり。神は王にして、
凡てを適宜に導くなれ!
そして彼が、若い野人の傲慢さをもって、原詩の中の元の場所から平気で引き抜き、自分の歌曲の結末としている、壮大なる軽侮の一連はやって来た。
それに反抗なさんとも、
平然たれ、疑うなかれ!
神は退くものならず。神の企みしことはみな、
遂げんと欲せしことはみな、
ついにかならず成るならむ、
神は目的を果すなり!
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