Madame Bovary

ボヴァリー夫人 第3部 第1章〜第8章

I

 

Tout en étudiant son droit, M. Léon avait passablement fréquenté la Chaumière, et obtenu même de fort jolis succès près des grisettes, qui lui trouvaient l'air distingué. C'était le plus convenable des étudiants: il ne portait les cheveux ni trop longs ni trop courts, ne mangeait pas le premier du mois l'argent de son trimestre, et se maintenait en de bons termes avec ses professeurs. Quant à faire des excès, il s'en était toujours abstenu, autant par pusillanimité que par délicatesse.

Souvent, lorsqu'il restait à lire dans sa chambre, ou bien assis le soir sous les tilleuls du Luxembourg, il laissait tomber son Code par terre, et le souvenir d'Emma lui revenait. Mais peu à peu ce sentiment s'affaiblit, et d'autres convoitises s'accumulèrent par-dessus, bien qu'il persistât cependant à travers elles; car Léon ne perdait pas toute espérance, et il y avait pour lui comme une promesse incertaine qui se balançait 316dans l'avenir, tel qu'un fruit d'or suspendu à quelque feuillage fantastique.

Puis, en la revoyant après trois années d'absence, sa passion se réveilla. Il fallait, pensa-t-il, se résoudre enfin à la vouloir posséder. D'ailleurs, sa timidité s'était usée au contact des compagnies folâtres, et il revenait en province, méprisant tout ce qui ne foulait pas d'un pied verni l'asphalte du boulevard. Auprès d'une Parisienne en dentelles, dans le salon de quelque docteur illustre, personnage à décorations et à voiture, le pauvre clerc, sans doute, eût tremblé comme un enfant; mais ici, à Rouen, sur le port, devant la femme de ce petit médecin, il se sentait à l'aise, sûr d'avance qu'il éblouirait. L'aplomb dépend des milieux où il se pose: on ne parle pas à l'entre-sol comme au quatrième étage, et la femme riche semble avoir autour d'elle, pour garder sa vertu, tous ses billets de banque, comme une cuirasse, dans la doublure de son corset.

En quittant la veille au soir M. et Mme Bovary, Léon, de loin, les avait suivis dans la rue; puis, les ayant vus s'arrêter à la Croix rouge, il avait tourné les talons et passé la nuit à méditer un plan.

Le lendemain donc, vers cinq heures, il entra dans la cuisine de l'auberge, la gorge serrée, les joues pâles, et avec cette résolution des poltrons que rien n'arrête.

—Monsieur n'y est point, répondit un domestique. Cela lui parut de bon augure. Il monta.

Elle ne fut pas troublée à son abord; elle lui fit, au 317contraire, des excuses pour avoir oublié de lui dire où ils étaient descendus.

—Oh! je l'ai deviné, reprit Léon.

—Comment?

Il prétendit avoir été guidé vers elle, au hasard, par un instinct. Elle se mit à sourire, et aussitôt, pour réparer sa sottise, Léon raconta qu'il avait employé sa matinée à la chercher successivement dans tous les hôtels de la ville.

—Vous vous êtes donc décidée à rester? ajouta-t-il.

—Oui, dit-elle, et j'ai eu tort. Il ne faut pas s'accoutumer à des plaisirs impraticables, quand on a autour de soi mille exigences...

—Oh! je m'imagine!...

—Eh! non, car vous n'êtes pas une femme, vous.

Mais les hommes avaient aussi leurs chagrins, et la conversation s'engagea par quelques réflexions philosophiques. Emma s'étendit beaucoup sur la misère des affections terrestres et l'éternel isolement où le cœur reste enseveli.

Pour se faire valoir, ou par imitation naïve de cette mélancolie qui provoquait la sienne, le jeune homme déclara s'être ennuyé prodigieusement tout le temps de ses études. La procédure l'irritait, d'autres vocations l'attiraient, et sa mère ne cessait dans chaque lettre de le tourmenter; car ils précisaient de plus en plus les motifs de leur douleur, chacun, à mesure qu'il parlait, s'exaltant un peu dans cette confidence progressive. Mais ils s'arrêtaient quelquefois devant l'exposition 318complète de leur idée et cherchaient alors à imaginer une phrase qui pût la traduire cependant. Elle ne confessa point sa passion pour un autre; il ne dit pas qu'il l'avait oubliée.

Peut-être ne se rappelait-il plus ses soupers après le bal, avec des débardeuses; et elle ne se souvenait plus sans doute des rendez-vous d'autrefois, quand elle courait le matin dans les herbes vers le château de son amant. Les bruits de la ville arrivaient à peine jusqu'à eux, et la chambre semblait petite tout exprès pour resserrer davantage leur solitude. Emma, vêtue d'un peignoir en basin, appuyait son chignon contre le dossier du vieux fauteuil; le papier jaune de la muraille faisait comme un fond d'or derrière elle: et sa tête nue se répétait dans la glace avec la raie blanche au milieu, et le bout de ses oreilles dépassant sous ses bandeaux.

—Mais pardon! dit-elle, j'ai tort! je vous ennuie avec mes éternelles plaintes!

—Non! jamais! jamais!

—Si vous saviez... reprit-elle en levant au plafond ses beaux yeux qui roulaient une larme, tout ce que j'avais rêvé!

—Et moi donc? oh! j'ai bien souffert! Souvent je sortais, je m'en allais, je me traînais le long des quais, m'étourdissant au bruit de la foule sans pouvoir bannir l'obsession qui me poursuivait. Il y a sur le boulevard, chez un marchand d'estampes, une gravure italienne qui représente une Muse. Elle est drapée d'une tunique et elle regarde la lune avec des myosotis sur sa 319chevelure dénouée. Quelque chose incessamment me poussait là; j'y suis resté des heures entières. Puis, d'une voix tremblante:—Elle vous ressemblait un peu.

Mme Bovary détourna la tête, pour qu'il ne vît pas sur ses lèvres l'irrésistible sourire qu'elle y sentait monter.

—Souvent, reprit-il, je vous écrivais des lettres qu'ensuite je déchirais. Elle ne répondait pas. Il continua: Je m'imaginais quelquefois qu'un hasard vous amènerait. J'ai cru vous reconnaître au coin des rues, et je courais après tous les fiacres où flottait à la portière un châle, un voile pareil au vôtre.

Elle semblait déterminée à le laisser parler sans l'interrompre. Croisant les bras et baissant la figure, elle considérait la rosette de ses pantoufles, et elle faisait dans leur satin de petits mouvements, par intervalles, avec les doigts de son pied. Cependant elle soupira:

—Ce qu'il y a de plus lamentable, n'est-ce pas, c'est de traîner, comme moi, une existence inutile! Si nos douleurs pouvaient servir à quelqu'un, on se consolerait dans la pensée du sacrifice!

Il se mit à vanter la vertu, le devoir et les immolations silencieuses, ayant lui-même un incroyable besoin de dévouement qu'il ne savait où assouvir.

—J'aimerais beaucoup, dit-elle, à être une religieuse d'hôpital.

—Hélas! répliqua-t-il, les hommes n'ont point de ces missions saintes, et je ne vois nulle part aucun 320métier... à moins peut-être que celui de médecin...

Avec un haussement léger de ses épaules, Emma l'interrompit, pour se plaindre de sa maladie où elle avait manqué mourir; quel dommage! elle ne souffrirait plus maintenant.

Léon tout de suite envia le calme du tombeau, et même un soir il avait écrit son testament en recommandant qu'on l'ensevelît dans ce beau couvre-pied à bandes de velours qu'il tenait d'elle; car c'est ainsi qu'ils auraient voulu avoir été, l'un et l'autre se faisant un idéal sur lequel ils ajustaient à présent leur vie passée. D'ailleurs, la parole est un laminoir qui allonge toujours les sentiments.

Mais à cette invention du couvre-pied:

—Pourquoi donc? demanda-t-elle.

—Pourquoi?... Il hésitait... Parce que je vous ai bien aimée! Et, s'applaudissant d'avoir franchi la difficulté, Léon, du coin de l'œil, épia sa physionomie.

Ce fut comme le ciel, quand un coup de vent chasse les nuages. L'amas des pensées tristes qui les assombrissaient parut se retirer de ses yeux bleus, et tout son visage rayonna.

Il attendait. Enfin elle répondit:

—Je m'en étais toujours doutée.

Alors ils se racontèrent les petits événements de cette existence déjà lointaine, dont ils venaient de résumer, par un seul mot, les plaisirs et les mélancolies. Il se rappelait le berceau de clématites, les robes qu'elle avait portées, les meubles de sa chambre, toute sa maison.

321

—Et nos pauvres cactus, où sont-ils?

—Le froid les a tués cet hiver.

—Ah! que j'ai pensé à eux, savez-vous? Souvent je les revoyais, comme autrefois, quand par les matins d'été le soleil frappait sur les jalousies, et que j'apercevais vos deux bras nus, qui passaient entre les fleurs.

—Pauvre ami, fit-elle en lui tendant la main.

Léon bien vite y colla ses lèvres. Puis quand il eut largement respiré:

—Vous étiez dans ce temps-là, pour moi, je ne sais quelle force incompréhensible qui captivait ma vie. Une fois, par exemple, je suis venu chez vous; mais vous ne vous en souvenez pas, sans doute?

—Si, dit-elle. Continuez!

—Vous étiez en bas, dans l'antichambre, prête à sortir, sur la dernière marche,—vous aviez même un chapeau à petites fleurs bleues—et sans nulle invitation de votre part, malgré moi, je vous ai accompagnée. A chaque minute, cependant, j'avais de plus en plus conscience de ma sottise, et je continuais à marcher près de vous, n'osant vous suivre tout à fait, et ne voulant pas vous quitter. Quand vous entriez dans une boutique, je restais dans la rue, je vous regardais par le carreau défaire vos gants et compter la monnaie sur le comptoir. Ensuite vous avez sonné chez Mme Tuvache, on vous a ouvert; et je suis resté comme un idiot, devant la grande porte lourde, qui était retombée sur vous.

322

Mme Bovary, en l'écoutant, s'étonnait d'être si vieille; toutes ces choses qui réapparaissaient lui semblaient élargir son existence; cela faisait comme des immensités sentimentales où elle se reportait, et elle disait de temps à autre, à voix basse et les paupières à demi fermées:—Oui, c'est vrai!... c'est vrai... c'est vrai...

Ils entendirent huit heures sonner aux différentes horloges du quartier Beauvoisine, qui est plein de pensionnats, d'églises et de grands hôtels abandonnés. Ils ne se parlaient plus; mais ils sentaient en se regardant un bruissement dans leur tête, comme si quelque chose de sonore se fût réciproquement échappé de leurs prunelles fixes. Ils venaient de se joindre les mains; et le passé, l'avenir, les réminiscences et les rêves, tout se trouvait confondu dans la douceur de cette extase. La nuit s'épaississait sur les murs, où brillaient encore, à demi perdues dans l'ombre, les grosses couleurs de quatre estampes représentant quatre scènes de la Tour de Nesle avec une légende, au bas, en espagnol et en français. Par la fenêtre à guillotine, on voyait un coin de ciel noir entre des toits pointus.

Elle se leva pour allumer deux bougies sur la commode, puis elle vint se rasseoir.

—Eh bien? fit Léon.

—Eh bien! répondit-elle.

Et il cherchait comment renouer le dialogue interrompu, quand elle lui dit:

—D'où vient que personne, jusqu'à présent, ne m'a jamais exprimé de sentiments pareils?

Le clerc se récria que les natures idéales étaient 323difficiles à comprendre. Lui, du premier coup d'œil, il l'avait aimée; et il se désespérait en pensant au bonheur qu'ils auraient eu si, par une grâce du hasard, se rencontrant plus tôt, ils se fussent attachés l'un à l'autre d'une manière indissoluble.

—J'y ai songé quelquefois, reprit-elle.

—Quel rêve! murmura Léon; et maniant délicatement le liséré bleu de sa longue ceinture blanche, il ajouta:—Qui nous empêche donc de le recommencer.

—Non, mon ami, répondit-elle... je suis trop vieille... vous êtes trop jeune... oubliez-moi! D'autres vous aimeront... vous les aimerez.

—Pas comme vous! s'écria-t-il.

—Enfant que vous êtes! Allons, soyons sage! je le veux!

Elle lui représenta les impossibilités de leur amour, et qu'il devait se tenir, comme autrefois, dans les simples termes d'une amitié fraternelle.

Était-ce sérieusement qu'elle parlait ainsi? Sans doute Emma n'en savait rien elle-même, tout occupée par le charme de la séduction et la nécessité de s'en défendre; et, contemplant le jeune homme d'un regard attendri, elle repoussait doucement les timides caresses que ses mains frémissantes essayaient:

—Ah! pardon, dit-il en se reculant. Et Emma fut prise d'un vague effroi, devant cette timidité plus dangereuse pour elle que la hardiesse de Rodolphe quand il s'avançait les bras ouverts. Jamais aucun homme ne lui avait paru si beau. Une exquise candeur 324s'échappait de son maintien. Il baissait ses longs cils fins qui se recourbaient. Sa joue à l'épiderme suave rougissait—pensait-elle—du désir de sa personne, et Emma sentait une invincible envie d'y porter ses lèvres. Alors se penchant vers la pendule comme pour regarder l'heure:

—Qu'il est tard, mon Dieu! dit-elle; que nous bavardons!

Il comprit l'allusion et chercha son chapeau.

—J'en ai même oublié le spectacle! Ce pauvre Bovary qui m'avait laissée tout exprès! M. Lormeaux, de la rue Grand-Pont, devait m'y conduire avec sa femme. Et l'occasion était perdue, car elle partait dès le lendemain.

—Vrai? fit Léon.

—Oui.

—Il faut pourtant que je vous voie encore, reprit-il, j'avais à vous dire...

—Quoi?

—Une chose... grave, sérieuse. Eh non! d'ailleurs vous ne partirez pas, c'est impossible! Si vous saviez... écoutez-moi... vous ne m'avez donc pas compris, vous n'avez pas deviné...

—Cependant vous parlez bien, dit Emma.

—Ah! des plaisanteries! assez! assez! Faites par pitié que je vous revoie... une fois... une seule.

—Eh bien?... Elle s'arrêta; puis, comme se ravisant: Oh! pas ici!

—Où vous voudrez.

—Voulez-vous?... Elle parut réfléchir, et d'un 325ton bref: Demain, à onze heures, dans la cathédrale.

—J'y serai, s'écria-t-il en saisissant ses mains, qu'elle dégagea; et comme ils se trouvaient debout tous les deux, lui placé derrière elle et Emma baissant la tête, il se pencha vers son cou et la baisa longuement à la nuque.

—Mais vous êtes fou! Ah! vous êtes fou! disait-elle avec de petits rires sonores, tandis que les baisers se multipliaient.

Alors, avançant la tête par-dessus son épaule, il sembla chercher le consentement de ses yeux. Ils tombèrent sur lui, pleins d'une majesté glaciale.

Léon fit trois pas en arrière, pour sortir. Il resta sur le seuil. Puis il chuchota d'une voix tremblante:

—A demain.

Elle répondit par un signe de tête et disparut comme un oiseau dans la pièce à côté.

Emma, le soir, écrivit au clerc une interminable lettre où elle se dégageait du rendez-vous; tout maintenant était fini, et ils ne devaient plus, pour leur bonheur, se rencontrer. Mais quand la lettre fut close, comme elle ne savait pas l'adresse de Léon, elle se trouva fort embarrassée.

—Je la lui donnerai moi-même, se dit-elle, quand il viendra.

Léon, le lendemain, fenêtre ouverte et chantonnant sur son balcon, vernit lui-même ses escarpins, et à plusieurs couches. Il passa un pantalon blanc, des chaussettes fines, un habit vert, répandit dans son mouchoir tout ce qu'il possédait de senteurs, puis, 326s'étant fait friser, se défrisa, pour donner à sa chevelure plus d'élégance naturelle.

—Il est encore trop tôt! pensa-t-il, en regardant le coucou du perruquier qui marquait neuf heures. Il lut un vieux journal de modes, sortit, fuma un cigare, remonta trois rues, songea qu'il était temps et se dirigea lestement vers le parvis de Notre-Dame.

C'était par un beau matin d'été. Des argenteries reluisaient aux boutiques des orfèvres, et la lumière qui arrivait obliquement sur la cathédrale posait des miroitements à la cassure des pierres grises; une compagnie d'oiseaux tourbillonnait dans le ciel bleu, autour des clochetons à trèfles; la Place, retentissante de cris, sentait les fleurs qui bordaient son pavé, roses, jasmins, œillets, narcisses et tubéreuses, espacés inégalement par des verdures humides, de l'herbe-au-chat et du mouron pour les oiseaux; la fontaine, au milieu, gargouillait, et sous de larges parapluies, parmi les cantaloups s'étageant en pyramides, des marchandes, nu-tête, tournaient dans du papier des bouquets de violettes.

Le jeune homme en prit un. C'était la première fois qu'il achetait des fleurs pour une femme; et sa poitrine en les respirant se gonfla d'orgueil, comme si cet hommage qu'il destinait à une autre se fût retourné vers lui.

Cependant il avait peur d'être aperçu; il entra résolument dans l'église.

Le Suisse, alors, se tenait sur le seuil, au milieu du portail à gauche, au-dessous de la Marianne dansant, 327plumet en tête, rapière au mollet, canne au poing, plus majestueux qu'un cardinal et reluisant comme un saint ciboire.

Il s'avança vers Léon, et avec ce sourire de bénignité pateline que prennent les ecclésiastiques lorsqu'ils interrogent les enfants:

—Monsieur, sans doute, n'est pas d'ici? Monsieur désire voir les curiosités de l'église?

—Non, dit l'autre; et il fit d'abord le tour des bas côtés. Puis il vint regarder sur la Place. Emma n'arrivait pas. Il remonta jusqu'au chœur.

La nef se mirait dans les bénitiers pleins, avec le commencement des ogives et quelques portions de vitrail; le reflet des peintures, se brisant au bord du marbre, continuait plus loin sur les dalles, comme un tapis bariolé. Le grand jour du dehors s'allongeait dans l'église en trois rayons énormes, par les trois portails ouverts. De temps à autre, au fond, un sacristain passait en faisant devant l'autel l'oblique génuflexion des dévots pressés. Les lustres de cristal pendaient immobiles. Dans le chœur, une lampe d'argent brûlait; et, des chapelles latérales, des parties sombres de l'église, il s'échappait quelquefois comme des exhalaisons de soupirs, avec le son d'une grille qui retombait, en répercutant son écho, sous les hautes voûtes.

Léon, à pas sérieux, marchait auprès des murs. Jamais la vie ne lui avait paru si bonne. Elle allait venir tout à l'heure, charmante, agitée, épiant derrière elle les regards qui la suivaient, avec sa robe à 328volants, son lorgnon d'or, ses bottines minces, dans toutes sortes d'élégances dont il n'avait pas goûté, et dans l'ineffable séduction de la vertu qui succombe. L'église, comme un boudoir gigantesque, se disposait autour d'elle; les voûtes s'inclinaient pour recueillir dans l'ombre la confession de son amour; les vitraux resplendissaient pour illuminer son visage, et les encensoirs allaient brûler pour qu'elle apparût comme un ange, dans la fumée des parfums.

Elle ne venait pas. Cependant il se plaça sur une chaise, et ses yeux rencontrèrent un vitrage bleu où l'on voit des bateliers qui portent des corbeilles. Il le regarda longtemps, attentivement, et il comptait les écailles des poissons et les boutonnières des pourpoints, tandis que sa pensée vagabondait à la recherche d'Emma.

Le Suisse, à l'écart, s'indignait intérieurement contre cet individu, qui se permettait d'admirer seul la cathédrale. Il lui semblait se conduire d'une façon monstrueuse, le voler en quelque sorte, et presque commettre un sacrilège.

Mais un froufrou de soie sur les dalles, la bordure d'un chapeau, un camail noir... C'était elle! Léon se leva et courut à sa rencontre.

Emma était pâle. Elle marchait vite.

—Lisez! dit-elle, en lui tendant un papier. Oh, non! et brusquement elle retira sa main, pour entrer dans la chapelle de la Vierge, où, s'agenouillant contre une chaise, elle se mit en prières.

Le jeune homme fut irrité de cette fantaisie bigote; 329puis il éprouva pourtant un certain charme à la voir, au milieu du rendez-vous, ainsi perdue dans les oraisons comme une marquise andalouse; puis il ne tarda pas à s'ennuyer, car elle n'en finissait pas.

Emma priait, ou plutôt s'efforçait de prier, espérant qu'il allait lui descendre du ciel quelque résolution subite; et, pour attirer le secours divin, elle s'emplissait les yeux des splendeurs du tabernacle, elle aspirait le parfum des juliennes blanches épanouies dans les grands vases, et prêtait l'oreille au silence de l'église, qui ne faisait qu'accroître le tumulte de son cœur.

Elle se relevait, et ils allaient partir, quand le Suisse s'approcha vivement, en disant:

—Madame, sans doute, n'est pas d'ici? Madame désire voir les curiosités de l'église?

—Eh non! s'écria le clerc.

—Pourquoi pas! reprit-elle. Car elle se raccrochait de sa vertu chancelante à la Vierge, aux sculptures, aux tombeaux, à toutes les occasions.

Alors, afin de procéder dans l'ordre, le Suisse les conduisit jusqu'à l'entrée, près de la Place, où, leur montrant avec sa canne un grand cercle de pavés noirs, sans inscriptions ni ciselures:

—Voilà, fit-il majestueusement, la circonférence de la belle cloche d'Amboise. Elle pesait quarante mille livres. Il n'y avait pas sa pareille dans toute l'Europe. L'ouvrier qui l'a fondue en est mort de joie...

—Partons, dit Léon.

330

Le bonhomme se remit en marche; puis, revenu à la chapelle de la Vierge, il étendit les bras dans un geste synthétique de démonstration, et plus orgueilleux qu'un propriétaire campagnard vous montrant ses espaliers:

—Cette simple dalle recouvre Pierre de Brézé, seigneur de la Varenne et de Brissac, grand maréchal de Poitou et gouverneur de Normandie, mort à la bataille de Montlhéry, le 16 juillet 1465.

Léon, se mordant les lèvres, trépignait.

—Et à droite, ce gentilhomme tout bardé de fer, sur un cheval qui se cabre, est son petit-fils, Louis de Brézé, seigneur de Breval et de Montchauvet, comte de Maulevrier, baron de Mauny, chambellan du roi, chevalier de l'Ordre et pareillement gouverneur de Normandie, mort le 23 juillet 1531, un dimanche, comme l'inscription porte; et, au-dessous, cet homme prêt à descendre au tombeau, vous figure exactement le même. Il n'est point possible, n'est-ce pas, de voir une plus parfaite représentation du néant?

Mme Bovary prit son lorgnon. Léon, immobile, la regardait, n'essayant même plus de dire un seul mot, de faire un seul geste, tant il se sentait découragé, devant ce double parti pris de bavardage et d'indifférence.

L'éternel guide continua:

—Près de lui, cette femme à genoux, qui pleure, est son épouse Diane de Poitiers, comtesse de Brézé, duchesse de Valentinois, née en 1499, morte en 1566, et à gauche celle qui porte un enfant, la sainte Vierge. 331Maintenant tournez-vous de ce côté: voici les tombeaux d'Amboise. Ils ont été tous les deux cardinaux et archevêques de Rouen. Celui-là était ministre du roi Louis XII. Il a fait beaucoup de bien à la cathédrale. On a trouvé dans son testament trente mille écus d'or pour les pauvres.

Et sans s'arrêter, tout en parlant, il les poussa dans une chapelle encombrée par des balustrades, en dérangea quelques-unes, et découvrit une sorte de bloc, qui pouvait bien avoir été une statue mal faite.

—Elle décorait autrefois, dit-il avec un long gémissement, la tombe de Richard Cœur de Lion, roi d'Angleterre et duc de Normandie. Ce sont les calvinistes, monsieur, qui nous l'ont réduite en cet état! Ils l'avaient, par méchanceté, ensevelie dans de la terre, sous le siège épiscopal de Monseigneur. Tenez! voici la porte par où il se rend à son habitation, Monseigneur. Passons voir les vitraux de la Gargouille.

Mais Léon tira vivement une pièce blanche de sa poche et saisit Emma par le bras. Le Suisse demeura tout stupéfait, ne comprenant point cette munificence intempestive, lorsqu'il restait encore à l'étranger tant de choses à voir. Aussi le rappelant:

—Eh! monsieur. La Flèche! la Flèche!...

—Merci, fit Léon.

—Monsieur a tort! Elle aura quatre cent quarante pieds, neuf de moins que la grande pyramide d'Égypte. Elle est tout en fonte, elle...

Léon fuyait, car il lui semblait que son amour, qui, depuis deux heures bientôt, s'était immobilisé dans 332l'église comme les pierres, allait maintenant s'évaporer, telle qu'une fumée, par cette espèce de tuyau tronqué, de cage oblongue, de cheminée à jour, qui se hasarde si grotesquement sur la cathédrale comme la tentative extravagante de quelque chaudronnier fantaisiste.

—Où allons-nous donc? disait-elle.

Sans répondre, il continuait à marcher d'un pas rapide, et déjà Mme Bovary trempait son doigt dans l'eau bénite, quand ils entendirent derrière eux un grand souffle haletant, entrecoupé régulièrement par le rebondissement d'une canne. Léon se détourna.

—Monsieur!

—Quoi?

Et il reconnut le Suisse, portant sous son bras et maintenant en équilibre contre son ventre une vingtaine environ de forts volumes brochés. C'étaient les ouvrages qui traitaient de la cathédrale.

—Imbécile! grommela Léon, s'élançant hors de l'église. Un gamin polissonnait sur le parvis.

—Va me chercher un fiacre! L'enfant partit comme une balle, par la rue des Quatre-Vents; alors ils restèrent seuls quelques minutes, face à face et un peu embarrassés.

—Ah! Léon!... vraiment... je ne sais... si je dois... Elle minaudait. Puis d'un air sérieux:—C'est très inconvenant, savez-vous?

—En quoi? répliqua le clerc; cela se fait à Paris!

Et cette parole, comme un irrésistible argument, la détermina.

333

Cependant le fiacre n'arrivait pas. Léon avait peur qu'elle ne rentrât dans l'église. Enfin le fiacre parut.

—Sortez du moins par le portail du nord! leur cria le Suisse, qui était resté sur le seuil, pour voir la Résurrection, le Jugement dernier, le Paradis, le roi David, et les Réprouvés dans les flammes d'enfer.

—Où monsieur va-t-il? demanda le cocher.

—Où vous voudrez! dit Léon poussant Emma dans la voiture; et la lourde machine se mit en route.

Elle descendit la rue Grand-Pont, traversa la place des Arts, le quai Napoléon, le pont Neuf, et s'arrêta court devant la statue de Pierre Corneille.

—Continuez! fit une voix qui sortait de l'intérieur.

La voiture repartit; et se laissant, dès le carrefour Lafayette, emporter par la descente, elle entra au grand galop dans la gare du chemin de fer.

—Non! tout droit! cria la même voix.

Le fiacre sortit des grilles, et bientôt arrivé sur le Cours, trotta doucement, au milieu des grands ormes. Le cocher s'essuya le front, mit son chapeau de cuir entre ses jambes et poussa la voiture en dehors des contre-allées, au bord de l'eau, près du gazon.

Elle alla le long de la rivière, sur le chemin de halage pavé de cailloux secs, et longtemps, du côté d'Oyssel, au delà des îles.

Mais, tout à coup, elle s'élança d'un bond à travers Quatremares, Sotteville, la grande Chaussée, la rue d'Elbeuf, et fit sa troisième halte devant le jardin des Plantes.

—Marchez donc! s'écria la voix plus furieusement.

334

Et aussitôt, reprenant sa course, elle passa par Saint-Sever, par le quai des Curandiers, par le quai aux Meules, encore une fois par le pont, par la place du Champ de Mars et derrière les jardins de l'hôpital, où les vieillards en veste noire se promènent au soleil, le long d'une terrasse toute verdie par des lierres. Elle remonta le boulevard Bouvreuil, parcourut le boulevard Cauchoise, puis tout le Mont-Riboudet jusqu'à la côte de Deville.

Elle revint; et alors, sans parti pris ni direction, au hasard, elle vagabonda. On la vit à Saint-Pol, à Lescure, au mont Gargan, à la Rouge-Mare, et place du Gaillarbois; rue Maladrerie, rue Dinanderie, devant Saint-Romain, Saint-Vivien, Saint-Maclou, Saint-Nicaise,—devant la Douane, à la basse Vieille-Tour, aux Trois-Pipes et au Cimetière monumental! De temps à autre, le cocher sur son siège jetait aux cabarets des regards désespérés. Il ne comprenait pas quelle fureur de la locomotion poussait ces individus à ne vouloir point s'arrêter. Il essayait quelquefois, et aussitôt il entendait derrière lui partir des exclamations de colère. Alors il cinglait de plus belle ses deux rosses tout en sueur, mais sans prendre garde aux cahots, accrochant par-ci par-là, ne s'en souciant, démoralisé, et presque pleurant de soif, de fatigue et de tristesse.

Et sur le port, au milieu des camions et des barriques, et dans les rues, au coin des bornes, les bourgeois ouvraient de grands yeux ébahis devant cette chose si extraordinaire en province, une voiture à 335stores tendus et qui apparaissait ainsi continuellement, plus close qu'un tombeau et ballottée comme un navire.

Une fois, au milieu du jour, en pleine campagne, au moment où le soleil dardait le plus fort contre les vieilles lanternes argentées, une main nue passa sous les petits rideaux de toile jaune, et jeta des déchirures de papier qui se dispersèrent au vent, et s'abattirent plus loin, comme des papillons blancs, sur un champ de trèfles rouges tout en fleurs.

Puis, vers six heures, la voiture s'arrêta dans une ruelle du quartier Beauvoisine, et une femme en descendit qui marchait le voile baissé, sans détourner la tête.

レオンは、法律の勉強をするかたわら、ダンス・ホール『茅かやの家や』へもそうとう通い、お洒落な女工連から『品がいい』と盛んに持てはやされもした。レオンほど学生らしい学生はなかった。髪は長からず短からず、月の初めに三月みつき分の学資を食ってしまうようなこともなく、教授たちとも折り合いがよかった。放蕩などは、根が臆病なのと、好みが上品なのとで、いつも差し控えた。
部屋に籠って読書しているときとか、夕方、リュクサンブール公園の菩提樹の陰に腰を下ろしているときとかに、彼はよく手にした法典をとり落として、ついエンマのことを想い出したものだ。しかしその気持ちは次第次第に薄れ、ほかの様々な欲望がその上に積み重なったが、それにもかかわらずその気持ちは、これらの欲望を貫いてしつこく残っていた。レオンは全然希望をなくしたのではなかった。彼にとっては、黄金の果実が空想の葉陰に下がっているように、さだかならぬ一つの見込みともいうべきものが、未来の彼方に揺ゆらめいていたのである。
ところで、三年ぶりに女にめぐり会ってみると、彼の情熱は再び眼を覚ました。いよいよあの女をものにする覚悟が必要だと彼は考えた。そのうえ、彼の内気さは陽気な仲間と接するうちにけっこう磨すりへらされてしまった。そして彼は、パリの大通りのアスファルトをニス塗りの靴で踏んだこともない奴らを軽蔑しながら、田舎へ帰って来たのであった。勲章も持ち、馬車も持っているといった国手の客間サロンで、レースづくめのパリ女のそばへでも出た日には、この書記も可哀そうに、さすがに子供のように震えもしたことだろうが、ここルーアンの船着き場で、たかだか藪医者の妻君が相手なら、先方をうっとりさせるだけの自信は十分あるので悠々としていた。度胸のあるなしは度胸を据える場所次第だ。上流の住む中二階と、中流以下の住む五階とでは、ものの言い方も自おのずから違う。それに金持ちの女ときては貞操を護るのに、まるでコルセットの裏に鎧よろいでも着たように、礼びらをありったけ身のまわりに巻きつけているらしい。
前の晩、ボヴァリー夫婦と別れたとき、レオンは街なかを遠くから二人の後をつけ、やがて二人が『赤十字』ホテルの前に止まったのを見届けると、踵きびすを返し、夜っぴて計画を考えた。
そこで、翌日の五時頃、彼はホテルの料理場へ入って行った。喉はつまり、頬は蒼ざめ、いかにも臆病者らしい死に物狂いの決心で。
「ご主人はおられませんよ」と下男が答えた。
幸先よしと彼は上へあがった。
来たのを見てもエンマはあわてなかった。それどころか、自分らの泊まった所を言い忘れたと言ってあやまった。
「いや、見当はついていました」とレオンは答えた。
「どうして?」
レオンは、偶然、霊感で、エンマの方へ導かれたのだと言い張った。エンマが笑い出したので、これは拙まずかったと思って、朝中かかって町のホテルをつぎつぎに当たって見たのです、とさっそく言い直した。
「ではお残りになるご決心なんですね?」とつけ加えた。
「ええ、」とエンマ。「でも、いけないことをしたと思います。いろんな用事をひかえている人間は、無理な遊び癖をつけたりなんてするものじゃありません……」
「でも、僕は思うのですが……」
「いえ、いえ、あなたにはわかりませんわ、あなたは男ですもの」
しかし、男にも切ない悲しみはあるというようなことから、話はまず人生観から始まった。エンマは地上の愛のみじめさや、心の二度と浮かぶ瀬のない永遠の孤独について長々と語った。
衒てらうつもりなのか、それともつい釣り込まれて他愛なくエンマの憂鬱を真似たのか、青年は勉強中無聊ぶりように苦しめられとおしたと言った。訴訟手続きなど研究しているのがもどかしく、他の天職に心を引かれた。そして母は手紙の度に、絶えず彼を責めてきたと言った。エンマとレオンは、悩みの動機を次第に詳しく話すまでになってきた。話すにつれて、二人はだんだん進んでゆくこの打明け話にいくらか興奮して行った。しかし時どき彼らは腹のうちをすっかりはさらけ出しかねたが、そんな場合でも、なんとかその考えを言い表わすような言葉を思いつこうとするのであった。エンマは他の男を恋したことは告白しなかった。レオンも彼女を忘れていたとは言わなかった。
レオンは恐らく、仮装舞踏会のあとで、仲仕に扮した女たちと夜食をともにしたことなどは忘れていたろうし、エンマとてもまた、明け方、草露を踏んで恋人の邸へ駆けつけた、あのあいびきのことなどは思い出しもしなかったらしい。巷ちまたの物音はほとんど聞こえてこなかった。そしてこの部屋は、二人の孤独をひときわひきたてるために、ことさら小じんまりしているのかと思われた。エンマは綾織木綿の化粧着を纏まとい、古ぼけた肱掛け椅子の背に髻たぶさをもたせていた。黄色い壁紙は、彼女の後ろに黄金の背景をつくっていた。彼女の髪は姿見に映って、真ん中の白い分け口や、鬢びんの下から耳朶みみたぶの覗いているのが見えた。
「ごめんなさい。わたし、いけなかったわ! おいやだったでしょう、とりとめもない愚痴ばかり言って!」と彼女は言った。
「いいえ。どうしまして! どうしまして!」
「わたしがどんな夢を見ていたか、」と涙にうるむ美しい眼で天井を見上げながら、彼女は答えた。「とてもご想像はつきませんわ。」
「いえ、僕だってそうです? ああ、僕はずいぶん苦しみました。始終ふらふらと家を出て河岸通りをさ迷いました。そして群集のどよめきに心を紛らそうとしながら、憑つき物みたいに憑いて離れない考えを追い払うことができませんでした。大通りの版画屋に、ミューズを描いたイタリアの版画がありました。そのミューズは襞ひだもゆたかに衣を纏い、ほどいた髪に忘れな草を挿して、じっと月を見ていました。僕はなにものかに惹かれて、絶えずその絵を見に行きました。そして何時聞もそこに立ち尽くしたものです」
そして彼は震える声で、
「そのミューズは、どこかあなたに似ていたのです」
ボヴァリー夫人は、思わず口もとに浮かぶ微笑を見せまいとして顔をそむけた。
「僕はあなたに幾度も手紙を書いては、すぐに破ってしまいました」
エンマは答えなかった。彼は続けた。
「僕は時どき、ふとした機会であなたにお目にかかれるのではないかと思っていました。町の角でお姿を見たように思ったことがありました。辻馬車の窓に、あなたのによく似たショールやヴェールがひらひらしていると、きっと後をつけました……」
彼女は彼の言葉を遮さえぎらずに思うさましゃべらせておくつもりらしかった。腕を組み、顔を伏せながら、上靴のバラの飾りをじっと見つめていた。そうして時どき、足の指先で、かすかに上靴の繻子しゆすを動かした。
しかし、彼女は溜息をつきながら言った。
「なんと言っても一番悲しいのは、わたしのように、甲斐ない命をながらえていることではないでしょうか? もしわたしたちの苦しみがひとさまのおためになるものなら、犠牲だと思って諦めもしますけれど?」
彼は節操や義務や、黙々とした犠牲の精神を讃え始めた。そして彼自身信じられないような献身の要求を感じながら、それを満たすことができないのですと言った。
「わたし、病院の尼さんになりたくてなりませんの」と、彼女は言った。
「ああ、男にはそういった神聖な使命はないのです。僕のするような仕事はどこにも見あたりません……医者にでもなるなら別ですが?」
エンマは軽く肩を聳そびやかして彼の言葉を遮り、自分が病気で死に損なったことを嘆いて、なんて残念なことでしょう! あのとき死んでいましたら、今頃はもう苦しまなくてもよかったのにと言った。レオンはすかさず、『墓の静けさ』を羨望した。そして、ある夜など、自分の亡骸なきがらは、彼女から贈られた天鵞絨びろうど縁の、あの美しい膝掛けに包んでほしいと遺言に書いたことさえあると言った。実際のところ二人とも、過去において、そういう人間であればよかったと思っていたのである。二人ともめいめいの作りあげた理想の上に、現在、彼らの過去の生活をあてはめているのである。しかも言葉というものは常に感情を引き伸ばすローラーである。
ところで、この膝掛けの作り話を聞いたとき、エンマは、
「まあ、どうして?」と訊いた。
「どうしてですって?」レオンは言いしぶった。
「それは、僕があなたを心からお慕いしていたからです!」
ここで難関を突破したことをひそかに喜びながら、レオンは彼女の顔を横目でうかがった。
彼女の顔は、風がさっと雲を吹き払うときのあの空にも似ていた。二人に暗く垂れこめていた哀愁の数々が、彼女の青い眼から消え失せたように思われた。顔が輝いた。
レオンは待っていた。彼女はやっと答えた。
「わたしもそれは前から気づいていましたの……」
二人はこうしてやっとのことで互いに、あのはるかな過去の歓びや哀愁をただ一言に約つづめてみると、やがて二人の話はその遠い日々の些細なでき事に移っていった。レオンはボタンヅルの棚や、エンマの着ていたドレスや、彼女の部屋の調度や、家のすべてを思い浮かべた。
「ときに、あのなつかしいサボテン、あれはどうなりました?」
「この冬の寒さで枯れました。」
「ああ、僕はどんなにあのサボテンのことを考えたでしょう! 夏の朝、陽の光が鎧戸よろいどに射す頃になると、僕はよく昔のように、あのサボテンを思い浮かべるのでした……そして花のあいだに動いている、あなたの白いお腕がありありと眼に見えてくるのでした」
「あら、そうだったの!」と彼女は手を差し出した。
レオンは素早く唇を押しあてた。そして大きく息をついて、
「あの頃、僕にとってあなたは、僕の生命をとりこにするある不可解な力でした。たとえば、一度お宅へお伺いしたときのことです。でも、あなたはきっと忘れていらっしゃるでしょう?」
「いいえ、覚えていますわ。で、それから?」
「あなたはお出かけになろうとして、階下したの次の間の、段の上に立っていらっしゃいました。——青い小さな花のついた帽子を被っておいででした。そして僕は、誘われもしないのに、思わず知らず、あなたのお伴をしたのでした。しかし僕は自分の無作法をだんだんはっきり意識しました。僕は思い切ってついてゆく勇気もなく、そうかと言ってお別れしたくもない気持ちで、おそばを歩いて行ったのです。あなたがある店へお入りになったとき、僕は表で、あなたが手袋を脱いで台の上でお釣銭の勘定をなさるのを、ガラス越しに見ていました。それからあなたはテュヴァシュの奥さんをお訪ねになりました。戸が開きました。僕はあなたの後ろで閉ったあの重い大きな扉の前で、ばかみたいに立っていました。」
その話を聞いていると、ボヴァリー夫人はわれながら年をとったのに驚いた。再び眼前に現われてくるそれら一切のものは、彼女の生活を押しひろげるようにも思われた。それは茫漠たる感情の世界を振り返るのにも似ていた。彼女は声をひそめ、瞼まぶたを半ば閉じて、時どき口をはさんだ。
「そう、本当!……本当!……本当にねえ……」
彼らはボォヴォワジーヌ界隈の方々の大時計が八時を打つのを聞いた。この辺りにはやや荒れはてた大邸宅がたくさんある。二人はもう話してはいなかった。ただじっと顔を見合わせていると、頭の中に幽かすかな音が感じられる。ちょうど二人の見据えた瞳から互いになにか響くものが漏れ出るかのようであった。二人は今手をとり合っていた。そして過去も未来も、追憶も夢想も、すべてはこの狭い陶酔の中へ溶けこんでいた。夜の色が壁に濃くなっていた。しかしまだその壁には、半ば闇に没しながら、四枚の版画のどぎつい色が光っていた。『ネール塔』(アレクサンドル・デュマとガ
イヤルデ合作の五幕の散文劇)の四場面を描いた版画で、下の方にスペイン語とフランス語の説明が付いている。上げ下げ窓からは方々の尖った屋根の間に暗い空の一角が見える。
エンマは立ち上って、箪笥たんすの上の二本のロウソクに火をつけた。そしてまた座に直った。
「それで?……」とレオンは言った。
「それで?……」と彼女は答えた。
レオンは話のつぎほを考えていた。すると彼女が言った。
「今まで、そういう気持ちをわたしに言い表わしてくれた人がひとりもなかったのはどうしてでしょう?」
書記は情をこめて、それは夢のように美しい心は理解されにくいからです、と言った。しかし自分は一目見てあなたをお慕いしました。もし運よく二人がもっと早く出逢っていて、互いにしっかり結びついていたら、どんなに幸福だったろうと考えては絶望していますと言った。
「わたしも時どきそんなことを考えましたわ」と彼女は応じた。
「夢です!」とレオンは囁ささやいた。
そして、彼女の長い白の飾り帯の青い笹縁ささべりをそっといじりながら言いたした。
「初めからやり直せばいいじゃありませんか?……」
「いえ、それはいけません」と彼女は答えた。「わたしはもうお婆さんです……あなたはまだお若いんです。わたしのことなんか忘れて下さい! あなたを愛する女ひとは外ほかにいくらもあるでしょう……あなたはその女ひとたちをお愛しになるでしょう」
「あなたとはまるで違います!」と彼は叫んだ。
「まあ、なんてお坊ちゃん! さあ、おとなしくしましょうね! 本当に!」
彼女は二人の恋の不可能なことを説いた。そして二人は昔のように、ただ仲のよい姉弟きようだいの間柄でなければならないと言った。
本気で彼女はそんなことを言ったのだろうか? それは恐らく彼女自身にもわからなかったのだろう。とにかく、彼女は誘惑の魅力と、それを防ぐ必要とにすっかり気をとられていたのである。彼女は感動した眼差しで、じっと青年を見つめながら、彼が震える手で試みるおどおどした愛撫をそうっと押しのけた。
「ご免なさい!」と彼は後退りしながら言った。
エンマはこの内気さに、漠とした恐怖に襲われた。両手を広げてつめよって来たロドルフのあの大胆さより以上に、この小心は彼女にとっていっそう危険であった。男がこれほど美しく見えたことはかつてなかった。言いようのない純真さが彼の態度から感じられた。彼は反り返った細長いまつ毛を伏せていた。皮膚の美しい彼の頬は、彼女の肉に対する欲望のために赤らんだ——と彼女は思った。そしてエンマはその頬へ唇を持って行かないではいられないような欲望を感じた。そこでエンマは時間を見るような顔をして、置時計の方を向き、
「あら、ずいぶん遅いこと! とんだおしゃべりをしてしまいましたわね!」と言った。
レオンはその謎をさとって、帽子を取ろうとした。
「あんまりおしゃべりして、オペラへ行くのさえ忘れてしまいましたわ! 主人はわざわざそのためにわたしを残しておいてくれましたのに! グラン・ポン通りのロルモーさんが、奥さんとご一緒にわたしを連れてって下さるはずでしたの」
これでもう見る機はなくなりました。明日は発たねばなりませんから、と言うと、
「本当ですか?」とレオンが言った。
「ええ」
「でも僕はもう一度ぜひお目にかからなければなりません。お話したいことがあるのです……」
「なんですの?」
「ある……重大な、真面目なことなのです。いえ、いえ、あなたはお発ちにはならない、そんなことがあるものですか! せめてあなたが僕の……お聴き下さい……あなたは僕の気持ちをわかっては下さらなかったのですね? 察しては下さらなかったのですね!……」
「察するもなにも、あなたははっきりおっしゃってますわよ」とエンマは言った。
「ああ、からかうのはよして下さい! たくさんです、もうたくさんです! どうぞ、後生ですから、もう一度お目にかからせて下さい……一度だけ……ただ一度だけ!」
「いいですわ!……」
エンマは言葉を切った。それから思い直して、
「でも、ここじゃありませんよ!」
「どこででも結構です」
「じゃあ……」
彼女は思案するように見えたが、素っ気なく、
「明日、十一時に、大聖堂で」
「参ります!」と彼は叫んで手をとったが、彼女はその手を引いた。
二人ともに佇んで、レオンはエンマの後ろになり、エンマが顔を伏せているとき、レオンは首筋にかがみこんで、襟あしに長い口づけをした。
「いけないわ! あら! どうかしてらっしゃるわよ!」彼女はホッホッと軽く声高に笑いながら言った。そうして口づけは増すばかりだった。
それから彼は、肩越しにエンマの顔をのぞきこんで、許しを求めるふうに見えた。しかし彼女の視線は氷のような威厳にみちて彼の上に向けられた。
レオンは三歩さがって、出ようとした。閾しきいのところに停んだ。そして声を震わせて囁いた。
「では明日」
彼女はうなずいて答えた。そして小鳥のように脇の部屋へ姿を消した。
その晩、エンマは書記宛てに、あいびきを断る長い長い手紙を書いた。今はもうすべてはおしまいです。わたしたちはお互いの幸福のために、これ以上お会いしてはならないのです、というようなことを書いた。しかし手紙の封をしたとき、レオンの住所がわからないので、エンマはすっかり困ってしまった。
『手渡ししよう。あの人は来るんだから。』と彼女は考えた。
翌日、レオンは窓を開いて、露台の上で鼻唄を歌いながら、自分で舞踏靴に艶出しを塗った。上から上から塗り立てた。白のズボンに上等の靴下を穿き、緑色の上着を着込み、ハンカチには有りったけの香水を振りかけた。それから髪の毛をいったん縮らせたが、自然の美しさを与えるためにまた伸ばした。
『まだ早過ぎる!』九時を指している床屋の鳩時計を眺めながら考えた。
彼は古い流行雑誌を読み、外に出、葉巻を一本吸い、通りを三筋上り、時間はいいと考えて、颯爽さつそうとノートル・ダム前の広場へ向かった。
晴れた夏の朝であった。金銀細工師の店には銀の器が輝いていた。陽の光は大寺院の上に斜めに射して灰色の石の割れ目にキラキラ光った。鳥のひと群は、クローバ形のアーチのある小さな鐘塔をめぐって青空に舞っていた。叫び声でやかましい広場は、バラ、ジャスミン、石竹、水仙、月下香など、舗石を縁どる花の香りを漂わせていた。不規則な間まを置いたそれらの花の間には、イヌハッカやハコベなど、露を含んだ青草があった。中央には噴水が音を立てていた。そして大きな傘の下、三角に積み上げたマクワウリの間には、帽子なしの物売り女がスミレの束を紙に巻いていた。
青年は一束買った。女のために花を買うのは初めてだった。その匂いをかぐと、他人に捧げる敬意が、逆に自分に返ってきたように、胸は誇りに膨らんだ。
しかし彼は人に見つけられるのが怖いので、思い切って教会堂へ入った。
おりから堂守が一人、左手の扉の中、『マリアンヌの踊り』* の下、脇のところに立っていた。羽根飾りを頭に戴き、ふくらはぎまでとどく長剣を帯び、杖を握ったところは、大僧正よりも厳めしく、さながら聖体盒のように輝いて見えた。
(*マリアンヌの踊り La Marianne dansant 第二帝政を転覆する目的をもって結成された秘密結社『マリアンヌ』の名から、保守派はフランス共和国をマリアンヌと呼んだ。それが転じて共和国を象徴する名前になった。普通、革命帽を被った女人像で表現される)
彼はレオンの方へ近よって、僧侶が子供に問いかけるときの、賺すかすような好意の微笑を浮かべて、
「他国のお方とお見受けしますが、当会堂の宝物拝観はいかがですかな?」
「いえ、結構です」とレオンは言った。
そしてまず側廊を一回りした。それから広場を見に行った。エンマは来なかった。彼は内陣まで行った。
本陣は、いっぱい水を湛えた聖水盤に、アーチの尖さきやステンドグラスの所どころを映していた。しかしステンドグラスの絵の影は大理石に当たって砕け、その向こうの舗石の上に、色とりどりの毛氈もうせんのように続いていた。外の明るい陽ざしは、開いた三つの扉から、大きな三筋の光線となって御堂の中へ延びていた。時どき一人の寺男が奥の方を通り過ぎた。そして、急いでいる信者の誰もがするように、祭壇の前で斜めにちょっと膝を曲げた。水晶の釣燭台がいくつも静かにさがっていた。内陣には銀の燈明とうみようが燃えていた。そして脇の礼拝所や、御堂の薄暗いところからは、高い天井に反響しながら閉まる格子窓の響きにつれて、ときおり、溜息のような音が漏れてきた。
レオンは厳おごそかな歩調で壁のそばを歩いていた。かつて人生がこのように楽しく思えたことはなかった。あの女はおっつけやって来る。美しく、そわそわと、あとをつける人眼を気遣いながら——そして襞ひだ付きのドレスを着、金の鼻眼鏡を胸にさげ、華奢きやしやな靴を穿き、未だかつてレオンの味わったこともないあらゆる雅致に包まれ、まさに散ろうとする貞操の、言うに言われぬ魅惑を漂わせて。教会堂は、さながら巨大な閨房のように、彼女のまわりに整えられている。円まる天井は彼女の恋の告白を聴くために傾き、ステンドグラスほ彼女の顔を照らすために輝き、香炉は、立ちのぼる香煙の中から彼女が天使のように出現するために燃えようとしている。
ところが、彼女は来なかった。レオンは傍らの椅子に掛けた。すると、船頭が魚籠びくを運んでいるところを描いた一枚の青いガラス絵に眼がとまった。彼は余念なく、長い間その絵を見つめた。そして、魚の鱗の数や上着のボタン穴の数をかぞえていたが、心はやはりエンマを求めてさ迷っていた。
堂寺は、この男が自分勝手に御堂を見物しているのを、横からひそかに憤慨していた。堂守にしてみれば、実に奇怪な振る舞いであり、言わばなにかを盗まれているような、また神を瀆けがされているような気持ちがしたのである。
ところへ、舗石の上に絹ずれの音、帽子の縁、黒のケープ……彼女だ! レオンは立つと、走って迎えにいった。
エンマは蒼ざめていた。急いで歩いていた。
「読んで下さい!」と、一枚の紙をつき出して言ったが……「ああ、やっぱりいけない!」
そして急に彼女は手を引っ込めると、聖母の礼拝所に入り、椅子の前に跪ひざまずいて、祈り始めた。
青年はこの殊勝げな気紛れを見てじりじりしたが、あいびきの最中、彼女がアンダルシアの侯爵夫人のように、こうして祈りに耽っているのを見ると、さすがにある魅力を感じた。しかし、いつまでも切りがないので、彼はそろそろ退屈し出した。
エンマは、なにかとっさの決心が天降ってくることを望みながら、祈っていた。というよりは懸命に祈ろうとしていたのだ。そうして神の助けを得るために、燦爛さんらんたる聖櫃せいひつに眼を注ぎ、大花瓶の中に咲いている白いジュリエンヌ草の香りを吸い込み、堂内の静寂に耳を傾けた。しかしその静寂も、ただ胸さわぎをかき立てるばかりであった。
彼女は立ち上がった。そして二人が外へ出ようとしたとき、例の堂守がつかつかと近よってきて、言った。
「奥様は他国のお方とお見受けしますが、当会堂の宝物拝観はいかがですかな?」
「たくさんですよ!」と書記は叫んだ。
「なぜ、いけないの?」と彼女は言った。
よろめく自身の貞操を、彼女は、聖処女マリアに、数々の聖像に、聖者の墓に、あらん限りの救いの機縁に、まといつけようとしていたのである。
そこで堂守は『拝観の順序』をふむために、二人を入口の、広場に近い所へ案内し、銘も彫りもない、黒い舗石で作った、大きな輪を杖で指しながら、厳おごそかに言った。
「これなるはアンブロワーズの名鐘の周りにかたどったものでござります。鐘の重さは四万斤、全ヨーロッパに二つとなかった大鐘。それを鋳ました鐘作りは、嬉しさのあまり頓死致したのでござります……」
「行きましょう」とレオンは言った。
堂守の爺さんはまた歩き出した。そして聖母の礼拝所へ戻って来ると、全体を一まとめに指し示すような格好で両腕を突き出し、田舎の地主が自分の家の果樹の垣根を見せるよりも誇らしげに、
「このただ一枚の舗石の下には、千四百六十五年七月十六日、モンシリーの役えきに戦死あそばされましたヴァレンヌ並びにブリサックの御領主にて、ポワトゥの大将軍とノルマンディーの国守を兼ねたまいたる、ピエール・ド・ブレゼ様の御亡骸を納めてござります」
レオンは唇を噛みながら、地団太を踏んでいた。
「さて右の方、鉄の鎧よろいに身を堅め、棒立ちの馬に跨がったる貴人は、その御孫に当たらせたもうルイ・ド・ブレゼ様、プルヴァル並びにモンショーヴェの御領主にて、モールヴリエ伯爵、モーイ男爵とも申し上げ、国王陛下の侍従にして騎士を給わり、同じくノルマンディーの国守をお勤めあそばし、碑文にもありまするとおり、千五百三十一年七月二十二日、日曜日におかくれ遊ばしました。さてその下の方、いま墓に下りようとしておられまするは、正しく同じお方でござります。諸行無常のことわりをこれほど遺憾なく表わしたものは、他にまたとは見られまいと存じます」
ボヴァリー夫人は眼鏡を取り上げた。一方からは駄弁の、また一方からは冷淡さの、つまり二重の断固たる決意を見せつけられてがっかりしたレオンは、じっと夫人を見つめたまま、一言も口をきかず、身振り一つしようともしなかった。
いつはてるとも見えぬ案内人は続けて、
「その方のそば、跪ひざまずいて泣いておられまする婦人は、奥方のディアーヌ・ド・ボワティエ様、ブレゼ伯爵夫人、ヴァランティノワ公爵夫人とも申し上げまして、千四百九十九年の御生誕、千五百六十六年の御逝去にござります。さてまた左の方、お子様を抱いておられまするが、聖母マリア様。さて今度はこちらをお向き下さい。これなるはアンボワーズ家の墓でござります。お二人ながら大僧正としてルーアンの大司教をお勤めになりました。こちらのお方は、ルイ十三世様の宰相でござりました。当会堂のためにたいそうお尽くしなされたお方。御遺言には金貨三万エキュを貧民に施すべしとござりました」
息をもつがず滔々とうとうとまくし立てながら、堂守は手摺てすりがごたごたとある、一つの礼拝所の中へ二人を押し入れ、手摺りを二つ三つ動かして、その中から、でき損ないの彫像らしい、土塊のようのものを取り出した。そして苦しそうに呻きながら、
「これは昔、イギリス王兼ノルマンディー公たる獅子王リシャールの墓の飾りでござりました。それをかような有様に致しましたのは、カルヴィン派の輩やからでござります。非道にも奴らは、大司教様御席の下の土中にこれを埋めました。これを御覧ください、これなるが大司教様が御住居へ渡らせられる御出入口でござります。さてお次は樋嘴ひぐちの色ガラスをご覧に入れます」
しかし、レオンはポケットから急いで銀貨を一枚とり出すと同時に、エンマの腕をつかんだ。堂守はまだ客の見るものはたくさん残っているのに、妙な時に心付けをもらうものだと、開いた口がふさがらなかった。そこでお客を呼び戻して、
「ああ、もし旦那様! 尖塔を御覧ください? 尖塔を!……」
「もういいよ!」とレオンは言った。
「それはいけません! 尖塔は高さ四百四十尺、エジプトの大ピラミッドより九尺低いだけでござります。全部鋳物でござりまして、それは……」
レオンは逃げ出した。物好きな鋳物師の途方もない気紛れから、この御堂の上に奇怪至極にも乗っかって、さながら先を絞った長い蛇籠とも見えれば、透し入りの煙突とも見えるこの尖塔から、御堂の中で二時間近くも石のように動かずにいた心が、今度は煙みたいに立ち消えてゆきそうな気がしたからである。
「いったいどこへ行きますの?」とエンマは言った。
返事もせずに急ぎ足で歩いた。そして、ボヴァリー夫人がすでに聖水に指を浸しているとき、同じ間をおいてコツコツ鳴る杖の響きの間まをぬった、大きいせわしい息づかいが二人の後ろに聞こえてきた。レオンは振り返った。
「もしもし?」
「なんだ?」
見るとそれは堂守で、大部な仮綴じの本二十冊ばかりを脇に抱え、下腹で平均をとっていた。それは『御堂に関する』書物であった。
「ばかものめが!」レオンは呟きながら教会堂を飛び出した。
御堂の前の広場には子供がひとり遊んでいた。
「辻馬車を一台ひろって来てくれ!」
子供はカトル・ヴァン通りを鉄砲玉のように駆け出した。そこで彼らはしばらく二人きりで、顔を見合わせて、きまり悪げに立っていた。
「ああ! レオンさん!……ほんとに……いいのかしら……こんなこと……」
彼女は科しなをつくったが、やがて真顔になって、
「ずいぶん変ですわよ」
「なにが? こんなことパリではざらですよ!」と書記が答えた。
そしてこの言葉が、いやおうない論拠のように、彼女に心を決めさせた。ところが、辻馬車は来なかった。レオンは彼女がまた御堂の中へ入りやしないかと心配した。やっと辻馬車がやってきた。
「せめて北門から出て下さい!」と閾しきい口に立っていた堂守が叫んだ。「そうして『復活』や、『最後の審判』や、『天国』や、『ダビデ王』や、業火に携かれる『堕地獄者』をご覧なさいまし!」
「旦那、どちらへ?」と馭者が訊いた。
「好きな方へ!」とレオンはエンマを車の中へ押入れながら言った。
そしてがた馬車は動き出した。
馬車はグラン・ポン通りを下り、デ・ザアル広場、ナポレオン河岸、ヌウフ橋を横切り、ピエール・コルネイユの像の前で急に停まった。
「もっと行け!」と内側から声がかかった。
馬車はまた進み出した。そしてラファイエットの四辻を過ぎると、下りにまかせて、まっしぐらにステーションへ入った。
「いや、まっすぐだ!」と同じ声が叫んだ。
辻馬車は鉄柵を出て、まもなく散歩道に着くと、高い楡の木の間を静かに走った。馭者は額を拭き、革の帽子を膝にはさみ、馬車を歩道の外側、水際の芝生に近く進めて行った。
馬車は川に沿って、ごつごつした小石の敷いてある曳船路を進んだ。島々の向こうにあるワッセルの方へ長いあいだ進んだ。
ところが突然馬車は一飛びに、カトルマール、ソットヴール、グランド・ショッセ、エルブーフ通りを突き抜け、植物園前で、三度目に停まった。
「もっとやれ!」前より激しく叱る声がした。
すると馬車はすぐまた動き出して、サン・スヴェルを通り、キュランディエ河岸を通り、ムール河岸を通り、もう一度橋を渡ってシャン・ド・マルス広場を突っ切った。そして、黒服を着た老人たちが蔦の青々と繁った築山に沿って、日向ぼっこしながら散歩している病院の庭の後ろを通った。それからブーブルイユの大通りをのぼり、コーショワーズの大通りを突っ切り、それからリブゥデー峠をすっかり越してドヴィルの丘まで来た。
馬車は引き返した。そしてそれからは、どことも決めず、堂でもなく、ただやみくもにうろついた。サン・ボルやレスキュールやガルガン峠、ルージュ・マールやガイヤルボワ広場に見かけたかと思うと、今度はマラドルリー町やディナンドリー町、サン・ロマン、サン・ヴィヴィアン、サン・マクルー、サン・ミケーズの御堂の前——税関前、——バス・ヴィエイユ・トゥール広場やトロワ・ピィプや大墓地でも馬車の姿が見えた。馭者は時どき馭者台から居酒屋をやけに睨にらんだ。お客がどうしても停めろと言わないのは、動き病いにでも取りつかれたのかと、馭者には不思議でならなかった。時どき停めてはみるが、停めるとすぐ背中にどなる声がする。そこで彼は馬車の揺れにも頓着せず、方々で物に引っかかるのにもお構いなく、うんざりして、喉の渇きと疲労と、心細さに泣き出しそうになって、汗びっしよりの二頭の馬をいよいよ激しく鞭打つのであった。
そして船着場の荷馬車や大樽などの間、さては車避よけの石の立っている町の角々で、人々は驚きの眼を見張って、田舎ではまことに珍しいこの怪物、——窓掛けを下ろし、墓の穴よりも厳重に閉め切り、船のように揺れながら、こうして絶えず姿を現わす馬車を眺めていた。
一度、真昼ごろ、野原のまん中で、古ぼけた銀のランプに陽の光の激しく射す時分、小さな黄色の布カーテンの下から、あらわな手が一本ぬっと出て、千切れた紙くずを投げ棄てた。紙切はひらひら風に散り、はるか向こうに、今を盛りと咲いている草の畑へ、白蝶々のように舞い下りた。
やがて、六時ごろ、馬車はボーヴォワジーヌ区のとある裏町に停まったが、中から女が一人おりて、顔にヴェールをかけたまま、後をも見ずに歩いて行った。

II

En arrivant à l'auberge, Mme Bovary fut étonnée de ne pas apercevoir la diligence. Hivert, qui l'avait attendue cinquante-trois minutes, avait fini par s'en aller.

Rien ne la forçait à partir; mais elle avait donné sa parole qu'elle reviendrait le soir même. Charles l'attendait; et déjà elle se sentait au cœur cette lâche docilité, qui est pour bien des femmes comme le châtiment tout à la fois et la rançon de l'adultère.

Vivement elle fit sa malle, paya la note, prit dans la cour un cabriolet, et pressant le palefrenier, l'encourageant, 336s'informant à toute minute de l'heure et des kilomètres parcourus, parvint à attraper l'Hirondelle vers les premières maisons de Quincampoix.

A peine assise dans son coin, elle ferma les yeux et les rouvrit au bas de la côte, où elle reconnut de loin Félicité, qui se tenait en vedette devant la maison du maréchal. Hivert retint ses chevaux, et la cuisinière, se haussant jusqu'au vasistas, dit mystérieusement:

—Madame! il faut que vous alliez tout de suite chez M. Homais. C'est pour quelque chose de pressé.

Le village était silencieux comme d'habitude. Au coin des rues, il y avait de petits tas roses qui fumaient à l'air, car c'était le moment des confitures, et tout le monde à Yonville confectionnait sa provision le même jour. Mais on admirait, devant la boutique du pharmacien, un tas beaucoup plus large, et qui dépassait les autres, de la supériorité qu'une officine doit avoir sur les fourneaux bourgeois, un besoin général sur des fantaisies individuelles.

Elle entra. Le grand fauteuil était renversé, et même le Fanal de Rouen gisait par terre, étendu entre les deux pilons. Elle poussa la porte du couloir; et au milieu de la cuisine, parmi des jarres brunes pleines de groseilles égrenées, du sucre râpé, du sucre en morceaux, des balances sur la table, des bassines sur le feu, elle aperçut tous les Homais, grands et petits, avec des tabliers qui leur montaient jusqu'au menton et tenant des fourchettes à la main. Justin, debout, baissait la tête, et le pharmacien criait:

337

—Qui t'avait dit de l'aller chercher dans le Capharnaüm?

—Qu'est-ce donc? qu'y a-t-il?

—Ce qu'il y a! reprit l'apothicaire. On fait des confitures: elles cuisent; mais elles allaient déborder à cause du bouillon trop fort, et je commande une autre bassine. Alors, lui, par mollesse, par paresse, a été prendre, suspendue à son clou dans mon laboratoire, la clef du Capharnaüm!

L'apothicaire appelait ainsi un cabinet, sous les toits, plein des ustensiles et des marchandises de sa profession. Souvent il y passait seul de longues heures à étiqueter, à transvaser, à reficeler; et il le considérait, non comme un simple magasin, mais comme un véritable sanctuaire, d'où s'échappaient ensuite, élaborées par ses mains, toutes sortes de pilules, bols, tisanes, lotions et potions, qui allaient répandre aux alentours sa célébrité. Personne au monde n'y mettait les pieds; il le respectait si fort qu'il le balayait lui-même. Enfin, si la pharmacie, ouverte à tout venant, était l'endroit où il étalait son orgueil, le Capharnaüm était le refuge où, se concentrant égoïstement, Homais se délectait dans l'exercice de ses prédilections; aussi l'étourderie de Justin lui paraissait-elle monstrueuse d'irrévérence, et, plus rubicond que les groseilles, il répétait:

—Oui, du Capharnaüm! La clef qui enferme les acides avec les alcalis caustiques! Avoir été prendre une bassine de réserve! une bassine à couvercle! et dont jamais peut-être je ne me servirai! Tout a son importance dans les opérations délicates de notre art! 338Mais que diable! il faut établir des distinctions et ne pas employer à des usages presque domestiques ce qui est destiné pour les pharmaceutiques! C'est comme si on découpait une poularde avec un scalpel, comme si un magistrat...

—Mais calme-toi! disait Mme Homais, et Athalie le tirant par sa redingote:—Papa! papa!

—Non, laissez-moi! reprenait l'apothicaire, laissez-moi! fichtre! autant s'établir épicier, ma parole d'honneur! Allons, va! ne respecte rien! casse! brise! lâche les sangsues! brûle la guimauve! marine des cornichons dans les bocaux! lacère les bandages!

—Vous aviez pourtant... dit Emma.

—Tout à l'heure!—Sais-tu à quoi tu t'exposais? N'as-tu rien vu, dans le coin à gauche, sur la troisième tablette? Parle, réponds, articule quelque chose!

—Je ne... sais pas, balbutia le jeune garçon.

—Ah! tu ne sais pas! eh bien! je sais, moi! tu as vu une bouteille, en verre bleu, cachetée avec de la cire jaune, qui contient une poudre blanche, sur laquelle même j'avais écrit dangereux! et sais-tu ce qu'il y avait dedans? de l'arsenic! et tu vas toucher à cela, prendre une bassine qui est à côté?

—A côté! s'écria Mme Homais en joignant les mains. De l'arsenic? Tu pouvais nous empoisonner tous! Et les enfants se mirent à pousser des cris, comme s'ils avaient déjà senti dans leurs entrailles d'atroces douleurs.

—Ou bien empoisonner un malade! continua l'apothicaire. Tu voulais donc que j'allasse sur le banc des 339criminels! en cour d'assises! me voir traîner à l'échafaud? Ignores-tu le soin que j'observe dans les manutentions, quoique j'en aie cependant une furieuse habitude. Souvent je m'épouvante moi-même, lorsque je pense à ma responsabilité! car le gouvernement nous persécute, et l'absurde législation qui nous régit est comme une véritable épée de Damoclès suspendue sur notre tête!

Emma ne songeait plus à demander ce qu'on lui voulait, et le pharmacien poursuivit en phrases haletantes:

—Voilà comme tu reconnais les bontés que l'on a pour toi! Voilà comme tu me récompenses des soins tout paternels que je te prodigue! Car sans moi, où serais-tu? que ferais-tu? Qui te fournit la nourriture, l'éducation, l'habillement et tous les moyens de figurer un jour, avec honneur, dans les rangs de la société? Mais il faut, pour cela, suer ferme sur l'aviron, et acquérir, comme on dit, du cal aux mains. Fabricando fit faber, age quod agis. Il citait du latin, tant il était exaspéré. Il eût cité du chinois et du groënlandais s'il eût connu ces deux langues, car il se trouvait dans une de ces crises où l'âme entière montre indistinctement ce qu'elle enferme, comme l'océan qui, dans les tempêtes, s'entr'ouvre depuis les fucus de son rivage jusqu'au sable de ses abîmes.

Et il reprit:

—Je commence à terriblement me repentir de m'être chargé de ta personne! J'aurais certes mieux fait de te laisser autrefois croupir dans ta misère et 340dans la crasse où tu es né! Tu ne seras jamais bon qu'à être un gardeur de bêtes à cornes! Tu n'as nulle aptitude pour les sciences! à peine si tu sais coller une étiquette! Et tu vis là, chez moi, comme un chanoine, comme un coq en pâte! à te goberger!

Mais Emma se tournant vers Mme Homais:

—On m'avait fait venir...

—Ah! mon Dieu! interrompit d'un air triste la bonne dame, comment vous dirai-je bien?... C'est un malheur!

Elle n'acheva pas. L'apothicaire tonnait:

—Vide-la, écure-la! reporte-la! dépêche-toi donc!

Et secouant Justin par le collet de son bourgeron, il fit tomber un livre de sa poche.

L'enfant se baissa. Homais fut plus prompt, et, ayant ramassé le volume, il le contemplait, les yeux écarquillés, la mâchoire ouverte.

—L'Amour... conjugal! dit-il en séparant lentement ces deux mots. Ah! très bien!... très bien! très joli! Et des gravures?—Ah! c'est trop fort!

Mme Homais s'avança.

—Non! n'y touche pas!

Les enfants voulurent voir les images.

—Sortez! fit-il impérieusement.

Et ils sortirent.

Il marcha d'abord de long en large, à grands pas, gardant le volume ouvert entre ses doigts, roulant des yeux, suffoqué, tuméfié, apoplectique. Puis il vint droit à son élève, et se plantant devant lui, les bras croisés:

—Mais tu as donc tous les vices, petit malheureux!... 341Prends garde, tu es sur une pente!... Tu n'as donc pas réfléchi qu'il pouvait, ce livre infâme, tomber entre les mains de mes enfants, mettre l'étincelle dans leurs cerveaux, ternir la pureté d'Athalie, corrompre Napoléon? Il est déjà formé comme un homme! Es-tu bien sûr, au moins, qu'ils ne l'aient pas lu? peux-tu me certifier...

—Mais enfin, monsieur, fit Emma, vous aviez à me dire...

—C'est vrai, madame. Votre beau-père est mort!

En effet, le sieur Bovary père venait de décéder l'avant-veille, tout à coup, d'une attaque, au sortir de table; et par excès de précaution pour la sensibilité d'Emma, Charles avait prié M. Homais de lui apprendre avec ménagements cette horrible nouvelle.

Le pharmacien avait médité sa phrase; il l'avait arrondie, polie, rythmée. C'était un chef-d'œuvre de prudence et de transitions, de tournures fines et de délicatesses; mais la colère avait emporté la rhétorique.

Emma, renonçant à avoir aucun détail, quitta donc la pharmacie, car M. Homais avait repris le cours de ses vitupérations. Il se calmait cependant, et à présent il grommelait d'un ton paterne, tout en s'éventant avec son bonnet grec:

—Ce n'est pas que je désapprouve entièrement l'ouvrage! L'auteur était médecin. Il y a dedans certains côtés scientifiques qu'il n'est pas mal à un homme de connaître, et j'oserais dire qu'il faut qu'un homme connaisse. Mais plus tard, plus tard! Attends du moins 342que tu sois homme toi-même et que ton tempérament soit fait.

Au coup de marteau d'Emma, Charles, qui l'attendait, s'avançant les bras ouverts, lui dit avec des larmes dans la voix:

—Ah! ma chère amie!

Et il s'inclina doucement pour l'embrasser. Au contact de ses lèvres, le souvenir de l'autre la saisit, et elle se passa la main sur le visage en frissonnant.

Cependant elle répondit:

—Oui, je sais... je sais...

Il lui montra la lettre où sa mère narrait l'événement, sans aucune hypocrisie sentimentale. Seulement elle regrettait que son mari n'eût pas reçu les secours de la religion, étant mort à Doudeville, dans la rue, sur le seuil d'un café, après un repas patriotique avec d'anciens officiers.

Emma rendit la lettre, puis au dîner, par savoir-vivre, elle affecta quelque répugnance. Mais comme il la reforçait, elle se mit résolument à manger, tandis que Charles, en face d'elle, demeurait immobile, dans une posture accablée.

De temps à autre, relevant la tête, il lui envoyait un long regard tout plein de détresse. Une fois il soupira:

—J'aurais voulu le revoir encore!

Elle se taisait. Enfin, comprenant qu'il fallait parler:

—Quel âge avait-il, ton père?

—Cinquante-huit ans.

—Ah!

Et ce fut tout.

343

Un quart d'heure après, il ajouta:

—Ma pauvre mère! Que va-t-elle devenir à présent?

Elle fit un geste d'ignorance.

A la voir si taciturne, Charles la supposait affligée, et il se contraignait à ne rien dire pour ne pas aviver cette douleur qui l'attendrissait. Cependant, secouant la sienne:

—T'es-tu bien amusée, hier? demanda-t-il.

—Oui.

Quand la nappe fut ôtée, Bovary ne se leva pas, Emma non plus; et, à mesure qu'elle l'envisageait, la monotonie de ce spectacle bannissait peu à peu tout apitoiement de son cœur. Il lui semblait chétif, faible, nul, être un pauvre homme enfin, de toutes les façons. Comment se débarrasser de lui? Quelle interminable soirée! quelque chose de stupéfiant comme une vapeur d'opium l'engourdissait.

Ils entendirent dans le vestibule le bruit sec d'un bâton sur les planches. C'était Hippolyte qui apportait les bagages de Madame. Pour les déposer, il décrivit péniblement un quart de cercle avec son pilon.

—Il n'y pense même plus! se disait-elle en regardant le pauvre diable, dont la grosse chevelure rouge dégouttait de sueur.

Bovary cherchait un patard au fond de sa bourse, et, sans paraître comprendre tout ce qu'il y avait pour lui d'humiliation dans la seule présence de cet homme qui se tenait là, comme le reproche personnifié de son incurable ineptie:

344

—Tiens! tu as un joli bouquet! dit-il en remarquant sur la cheminée les violettes de Léon.

—Oui, fit-elle avec indifférence; c'est un bouquet que j'ai acheté tantôt... à une mendiante.

Charles prit les violettes, et, rafraîchissant dessus ses yeux tout rouges de larmes, il les humait délicatement. Elle les retira vite de sa main et alla les porter dans un verre d'eau.

Le lendemain, Mme Bovary mère arriva. Elle et son fils pleurèrent beaucoup. Mais Emma, sous prétexte d'ordres à donner, disparut.

Le jour d'après, il fallut aviser ensemble aux affaires de deuil. On alla s'asseoir avec les boîtes à ouvrage, au bord de l'eau, sous la tonnelle.

Charles pensait à son père, et il s'étonnait de sentir tant d'affection pour cet homme qu'il avait cru jusqu'alors n'aimer que très médiocrement. Mme Bovary mère pensait à son mari. Les pires jours d'autrefois lui réapparaissaient enviables. Tout s'effaçait sous le regret instructif d'une si longue habitude; et de temps à autre, tandis qu'elle poussait son aiguille, une grosse larme descendait le long de son nez et s'y tenait un moment suspendue. Emma pensait qu'il y avait quarante-huit heures à peine, ils étaient ensemble, loin du monde, tout en ivresse et n'ayant pas assez d'yeux pour se contempler. Elle tâchait de ressaisir les plus imperceptibles détails de cette journée disparue. Mais la présence de la belle-mère et du mari la gênait. Elle aurait voulu ne rien entendre, ne rien voir, afin de ne pas déranger le recueillement de son amour qui 345allait se perdant, quoiqu'elle fît, sous les sensations extérieures.

Elle décousait la doublure d'une robe dont les bribes s'éparpillaient autour d'elle; la mère Bovary, sans lever les yeux, faisait crier ses ciseaux, et Charles, avec ses pantoufles de lisière et sa vieille redingote brune, qui lui servait de robe de chambre, restait les deux mains dans ses poches et ne parlait pas non plus; près d'eux, Berthe, en petit tablier blanc, raclait avec sa pelle le sable des allées.

Tout à coup, ils virent entrer par la barrière M. L'Heureux, marchand d'étoffes.

Il venait offrir ses services, eu égard à la fatale circonstance. Emma répondit qu'elle croyait pouvoir s'en passer. Le marchand ne se tint pas pour battu.

—Mille excuses, dit-il; je désirerais avoir un entretien particulier.

Puis d'une voix basse:

—C'est relativement à cette affaire... Vous savez?

Charles devint cramoisi jusqu'aux oreilles.

—Ah! oui... effectivement.

Et dans son trouble, se tournant vers sa femme:

—Ne pourrais-tu pas... ma chérie?...

Elle parut le comprendre, car elle se leva, et Charles dit à sa mère:

—Ce n'est rien! sans doute quelque bagatelle de ménage.

Il ne voulait point qu'elle connût l'histoire du billet, redoutant ses observations.

Dès qu'ils furent seuls, M. L'Heureux se mit, en 346termes assez nets, à féliciter Emma sur la succession, puis à causer de choses indifférentes, des espaliers, de la récolte et de sa santé à lui, qui allait toujours couci couça, entre le zist et le zest. En effet, il se donnait un mal de cinq cents diables, bien qu'il ne fît pas, malgré les propos du monde, de quoi avoir seulement du beurre sur son pain.

Emma le laissait parler. Elle s'ennuyait si prodigieusement depuis deux jours!

—Et vous voilà tout à fait rétablie? continuait-il. Ma foi! j'ai vu votre pauvre mari dans de beaux états! C'est un brave garçon, quoique nous ayons eu ensemble des difficultés.

Elle demanda lesquelles, car Charles lui avait caché la contestation des fournitures.

—Mais vous savez bien, fit L'Heureux. C'était pour vos petites fantaisies, les boîtes de voyage.

Il avait baissé son chapeau sur ses yeux; et les deux mains derrière le dos, souriant et sifflotant, il la regardait en face, d'une manière insupportable. Soupçonnait-il quelque chose? Elle demeurait perdue dans toutes sortes d'appréhensions. A la fin pourtant, il reprit:

—Nous nous sommes rapatriés, et je venais encore lui proposer un arrangement. C'était de renouveler le billet signé par Bovary. Monsieur, du reste, en agirait à sa guise; il ne devait point se tourmenter, maintenant surtout qu'il allait avoir une foule d'embarras;—et même il ferait mieux de s'en décharger sur quelqu'un, sur vous, par exemple; avec une procuration 347ce serait commode, et alors nous aurions ensemble de petites affaires...

Elle ne comprenait pas. Il se tut. Ensuite, passant à son négoce, L'Heureux déclara que Madame ne pouvait se dispenser de lui prendre quelque chose. Il lui enverrait un barège noir, douze mètres, de quoi faire une robe.

—Celle que vous avez là est bonne pour la maison. Il vous en faut une autre pour les visites. J'ai vu ça, moi, du premier coup, en entrant. J'ai l'œil américain.

Il n'envoya point l'étoffe, il l'apporta. Puis il revint pour l'aunage; il revint sous d'autres prétextes, tâchant, chaque fois, de se rendre aimable, serviable, s'inféodant, comme eût dit Homais, et toujours glissant à Emma quelques conseils sur la procuration. Il ne parlait point du billet. Elle n'y songeait pas. Charles, au début de sa convalescence, lui en avait bien conté quelque chose; mais tant d'agitations avaient passé dans sa tête, qu'elle ne s'en souvenait plus. D'ailleurs, elle se garda d'ouvrir aucune discussion d'intérêt; la mère Bovary en fut surprise et attribua son changement d'humeur aux sentiments religieux qu'elle avait contractés étant malade.

Mais dès qu'elle fut partie, Emma ne tarda pas à émerveiller Bovary par son bon sens pratique. Il allait falloir prendre des informations, vérifier les hypothèques, voir s'il y avait lieu à une licitation ou à une liquidation. Elle citait des termes techniques, au hasard, prononçait les grands mots d'ordre, d'avenir, de prévoyance, et continuellement exagérait les embarras de 348la succession, si bien qu'un jour elle lui montra le modèle d'une autorisation générale pour «gérer et administrer ses affaires, faire tous emprunts, signer et endosser tous billets, payer toutes sommes, etc.» Elle avait profité des leçons de L'Heureux.

Charles, naïvement, lui demanda d'où venait ce papier.

—De M. Guillaumin; et avec le plus grand sang-froid du monde, elle ajouta: Je ne m'y fie pas trop. Les notaires ont si mauvaise réputation! Il faudrait peut-être consulter... Nous ne connaissons que... oh! personne.

—A moins que Léon... répliqua Charles qui réfléchissait.

Mais il était difficile de s'entendre par correspondance. Alors elle s'offrit à faire ce voyage. Il la remercia. Elle insista. Ce fut un assaut de prévenances. Enfin, elle s'écria d'un ton de mutinerie factice:

—Non! je t'en prie, j'irai.

—Comme tu es bonne! dit-il en la baisant au front.

Dès le lendemain, elle s'embarqua dans l'Hirondelle pour aller à Rouen consulter M. Léon, et elle y resta trois jours.

 

ホテルへ着くと、ボヴァリー夫人は乗合馬車の影もないのにびっくりした。イヴェールは五十三分も待っていたが、しびれをきらして出た後だった。
ぜひ発たねばならないこともないが、その日の晩中には帰るという約束だったし、それにシャルルは待っているに違いない。大ていの女にとっては、不義の罰とも償いとも言えるあの意気地のない素直さを、彼女ももう心の中で感じていたのだ。
手早く荷物をまとめて勘定を払い、内庭で馬車に乗ると、馭者を急きたて励まして、時間にしてはどれくらい、距離にしてはどのくらい走ったかとひっきりなしに引きながら、キャンカンボワ村に差しかかる頃、やっと『つばめ』に追いついた。
片隅へ腰をおろすと、彼女はすぐに眼をつむった。そし丘の麓で眼をあくと、鍛治屋の前で見張っているフェリシテの姿が遠くから見えた。イヴェールは馬を停める。女は窓のところまで背伸びして、意味ありげにこう言った。
「奥様、すぐにオメーさんのお家までお出で下さいまし、急用でございますよ」
村は相変わらず静かだった。町の角々にはバラ色をした物が小さく積んであって、そこから湯気が立っていた。ちょうどジャムを造る季節で、ヨンヴィルではどの家でも同じ日に一年分のジャムを造っておくのであった。しかし薬剤師の店先ではことさら大きい山が人眼を惹いた。それが他の家のに抽ぬきんでているわけは、薬局は素人の家の窯に勝り、一般的需要は個人の嗜好に勝るというところにあった。
エンマは中へ入った。大きな肘掛け椅子がひっくり返っている。『ルアンの燈火』も床に落ちて、二本の乳棒にゆうぼうの間に散らばっている。エンマは廊下の扉をあけた。すると料理場の中、スグリの実を毟むしってつめた茶色の壺や、粉砂糖、塊り砂糖、卓上の秤はかり、火にかけた手鍋の間に、オメー一家が大人も子供もみんな揃って、顎までとどくエプロンを掛け、手に手にフォークを持っているのが眼についた。ジュスタンは突っ立ったままうなだれている。薬屋はどなっている。
「誰が蔵へ取りに行けと言った?」
「どうしたと言うんです? 何事です?」
「どうしたもこうしたも、今みんなでジャムをこさえていたんです。ジャムは煮えたが、泡が立ちすぎてこぼれそうなんで、鍋をもう一つ取ってこいと言ったのです。するとこの野郎、怠けて、無精して、薬局に掛けてある蔵の鍵を取りに行きやがったんです!」
薬屋は商売道具や薬品を一杯入れた屋根裏の一室を、蔵と呼んでいた。彼はよくそこへひとりで何時間も入ったきりで、レッテルを張ったり、薬を移しかえたり、紐を掛け直したりした。彼はそこをただの物置ではなく、まるで聖堂のように考えていた。彼の調製にかかる各種の小粒丸薬、大丸薬、洗い薬に、水薬はやがてここから出て、近隣近在で、彼の名声を広めるのである。誰一人足を踏み入れた者はなかった。彼はこの部屋を自分で掃除するほど大事にしていた。要するに、誰でも入れる薬局をオメーの誇りの陳列所とすれば、蔵はオメーがただひとり思いを潜め、好きな物をいじくり回して悦に入る隠れ場所であった。だからしてジュスタンの粗相は、恐るべき不敬行為だと彼には思われたのである。オメーはスグリの実よりも赤くなって繰り返した。
「さよう、蔵の鍵! 酸類や苛性アルカリを入れておくところの鍵! しかも、取っておきの鍋をとりに行ったとは! 蓋ふたつきの鍋! この俺でさえ一生使わずにおくかもしれん鍋なんだぞ! わが製薬術の微妙な操作には、あだやおろそかな物は一つだってないのだ! べらぼうめ! 物のけじめをきちんと付けて、いやしくも製薬に用いる品を台所仕事みたいなことに使ってはならんのだ! それはまるでメスを使って鶏をさばくようなものだ。それはまるで司法官が……」
「まあ、お静かに!」とオメー夫人は言った。
アタリーは父親のフロックコートを引っ張りながら、
「お父さん! お父さん?」
「いや、構うな、構うなというに!」と薬屋は言葉をついだ。「本当に貴様のような奴は乾物屋にでもなるがいい! さあ! やれ! 手当たり次第にやっちまえ! ぶっ壊せ! 微塵みじんにしろ! 水蛭ひるを逃がせ! 薬草のタチアオイを焼け! 広口壜にキュウリを漬けろ! 包帯を裂いちまえ!」
「ときにあなたはなにか……」とエンマが言った。
「ちょっとお待ち下さい! やい、貴様はどんな危険を冒したのか知っとるか?……左の隅の、三つ目の棚にはなにも見なかったか? さあ言え、返答しろ、なんとかぬかせ!」
「僕はなにも……知りません」と小僧はびくびくして言った。
「なに、知らん? よし、知らねば言ってやろう! 貴様は黄ロウで封をした青いガラス壜を見ただろう。あれには白い粉が入っている。その壜にはちゃんと『危険!』と書いておいた! その中になにが入っているか知っとるか? 砒素ひそだぞっ! しかも異様はそれに触ろうとしたのだ! そのそばの手鍋を取ろうとしたのだ!」
「そのそばの?」オメー夫人は手を合わせて叫んだ。「砒素のそばの? お前はみんなを毒殺するところだったんだよ!」
それを聞くと子供たちは、五臓六腑に早や恐ろしい苦痛を感じたように喚き出した。
「それとも患者を毒殺したかもしれんのだ!」と薬屋はも続けて、「いったい貴様は俺を重罪裁判所の被告席へ遣りたいのか? 俺の断頭台へ引かれるところが見たいのか? 慣れきっているこの俺でさえ薬の取り扱いには、どんなに気をつけとるか知らんのか? 俺は自分の責任ということを考えて、よくわれながら恐ろしくなる! というのも政府がわれわれに対して過酷だからだ。われわれを支配する不合理な法律が、ダモクレスの剣※1のように、われわれの頭上に懸かっとるからだ!」
(ダモクレス Damocles ギリシャ人、紀元前四〇〇年頃の人。シラクサの僭主ディオニシオスの阿諛あゆ者、かつて僭主を大いに讃したため、ディオニシオスは彼のために盛宴を張ってやったが、その頭上に馬の尾の毛をもって鋭い剣を吊し、このような幸福を享楽する者の身の危うさを知らしめたという。この諺はキケロに出ている)
エンマはなんで呼ばれたのかを訊くのも忘れていた。薬剤師は息を切らしながら言い続ける。
「それが貴様の恩返しか? 父親も及ばぬほど親身に世話してやったお礼か! いったい俺というものがなかったら、貴様はどうなっておる? なにをしておる? 貴様に飯を食わせ、物を教え、着る物を拵こしらえてくれるのはいったいどこの誰様だ? 将来社会に伍して立派にやってゆく一切の資本もとでを造ってくれるのは誰様だ? しかし世の荒波を渡る櫂かいは汗水流して漕がねばならん。下世話にも言うとおり、手に胼胝たこを拵えねばならん。Fabricando fit faber, age quad agis.(人は鍛治をして鍛治屋となる。すべからく汝の仕事に全力を集中せよ)」
彼はラテン語を引用するほど逆上していた。知ってさえおれば、中国語やグリーンランド語を引いたかもしれない。なにしろ彼は、ちょうど暴風雨のとき大海原が、岸辺の藻草から奈落の底の砂までもさらけ出すように、心があらん限りのものを見さかいもなく打ぶちまけてしまうような激しい発作の状態にいたのである。
それから彼はなおも続けて、
『俺は貴様のような奴を引きうけて今さら後悔の臍ほぞを噛んどるわい! 俺はあのとき、貴様なんか助けずに、生まれたままのしがない貧乏暮らしをさせとけばよかったのだ! 貴様などは牛飼いになるのが関の山だ! 貴様などにはてんで向かん! レッテル一枚ろくに貼れやせん! それに貴様は俺の家で、のらくら坊主みたいに、まるで浮世の風はどこを吹くかと言わんばかりに、ご馳走ばっかり食ってやがる!」
ところが、エンマはオメー夫人の方を向いて、
「わたしに来るようにとおっしゃったのは……」
「ああ、そうそう!」とおかみさんは悲しそうにエンマの言葉を遮ぎって、「なんと申しあげたらいいのでしょう……悪いことができまして!」
おかみさんはみなまで言い終わらなかった。薬屋が雷みたいにどなっていたのだ。
「その鍋を空けろ! きれいにしろ! もとの所へ戻してこい! さあ早くするんだ!」
そう言いながらジュスタンの仕事着の襟を掴んで振りまわすと、ポケットから本が一冊落ちた。
小僧は身を屈めた。しかしオメーの方が早かった。彼は本を拾いあげると、眼を見張り、口を開けて眺め入った。
「『夫婦の……愛!』」彼はその二つの言葉をゆっくり切って言った。「どうもけしからん! けしからん! いや大したもんだ! おまけに絵入りだな!……いや、こいつはひどい!」
オメー夫人が近寄った。
「いや、触っちゃいかん!」
子供たちは絵を見たがった。
「あっちへ行った?」と彼は高圧的に言った。
子供らは出て行った。
オメーはまず、本を開いたまま手に持って、眼をむきながら、まるで中風ちゆうぶ病やみみたいに、息を切らし、膨ふくれあがって、あちらこちらと大股に歩いた。それから、まっすぐに弟子の方にやってきて、腕を組んで前に立った。
「悪いことはみんな覚えやがって、このろくでなしめ!……気をつけろ、どうも貴様危いぞ!……いったい貴様はこの汚らわしい本がひょいと家の子供の手に入ったら、あれらの心に火の子を撒き、アタリーの純潔を汚し、ナポレオンを堕落させるとは思わなかったのか! ナポレオンはもう一人前になっておる。まさか子供らは読みはしなかったろうな? 貴様、保証できるか……?」
「ところで、お話しというのは……?」とエンマは言った。
「そうそう……実はお舅しゆうとさんが亡くなられたので!」
いかにも、老ボヴァリー氏は、その前々日、食事を終わったときに、卒中を起こしてにわかに死んでしまったのだ。そこでシャルルは、エンマの敏感さを極度に警戒して、あらかじめオメーに、この凶報を十分手心してエンマに伝えてほしいと頼んでおいたのである。
オメーは文句をとっくり考え、円滑流暢りゆうちようにしておいた。それはきわめて慎重な、転移法の妙をえた、なだらかな、言い回しの巧い、微妙繊細の傑作だった。ところが、そのせっかくの美辞麗句を怒りが吹っ飛ばしてしまったのだ。
エンマは詳しい話は諦めて薬屋を出た。それはオメーがまたしてもどなり出したからである。しかしオメーもさすがに落ち着いて、トルコ帽で顔をあおぎながら、こんどはいやに優しく呟つぶやくのだった。
「しかし、わしはなにもこの本全体が悪いと言うのではない? 著者は医者だ。これには大人が知っていても悪くはない、いや大人たるものの知っておかねばならない科学的な方面もある。しかし貴様にはまだ早い、まだまだ早い! せめて貴様が一人前になり、体がちゃんとでき上がってからのことだ。」

エンマが戸口を叩く音を聞くと、待ちかねていたシャルルは両腕を開いて迎えに出て、泣き声でエンマに言った。
「ああ、お前……」
そして彼は優しく身をかがめてキスした。しかし夫の唇が触れたとき、男のことが胸に浮かんで、エンマは身震いしながら顔に手をやった。
そしてエンマはこう答えた。
「ええ、知ってます……知ってます……」
シャルルは、母親が一切気持ちを偽らずに、ありのまま事件を知らせてきた手紙を、エンマに見せた。母親はただ夫が宗教の救いを受けえずに死んだことだけを悔やんでいた。老父は在郷軍人たちと愛国的晩餐会を開いた後、ドゥドヴィルの街頭、カフェの入口で死んだためである。
エンマは手紙を返した。やがて夕食のとき、エンマは義理から、ものが不味そうな顔をした。しかし、夫がしきりに勧めるので思い切って食べ出したが、そのシャルルの方は彼女と向かい合ったまま、がっかりした様子で身動き一つしなかった。
時どきシャルルは顔をあげて、悲しげな眼をしてじっと彼女を見つめるのだった。ふと彼は嘆息して、
「もう一度会いたかった!」
彼女は黙っていた。が、なにか言うべきだとやっと気づいて、
「おいくつでしたの、お父様は?」
「五十八だよ!」
「そう!」
ただそれきりだった。
それから十五分も経ってから、彼は付けたした。
「お母さんも気の毒に……これからはどうなさることだろう?」
エンマは自分にはわからないという身振りをした。
エンマがこんなに押し黙っているのを見るにつけ、シャルルは、悲しんでいるのであろうと推量し、妻の心を湿らせているこの悲しみを掻き立てないよう、黙っていてやらねばならぬと考えた。しかし、やがてシャルルは自分の悲しみを振り払って、
「昨日は面白かったかい?」と訊いた。
「ええ」
テーブル掛けが取り去られても、ボヴァリーは立たなかった。エンマも立たなかった。こうしてつくづく顔を眺めていると、いつも変わらぬその単調な姿が、彼女の心から憐憫の情という情を次第に次第に押しのける。シャルルが貧相な、弱々しくてくだらない、つまりどこから見ても、けちな男としか思えないのだ。どうすればこの男を厄介払いできるだろう? なんて長ったらしい宵だろう! なにかしら阿片の煙のように人の知識を奪うものが、エンマを麻痺させていたのである。
床を棒でコツコツ叩くような音が廊下にした。イポリットが夫人の荷物を運んで来たのである。荷物をおろすのに、イポリットは、木の足で、苦しそうに四分の一の円を描いた。
『この男のことは、もう覚えてもいないのだ!』エンマは、赤い蓬髪ほうはつから汗を滴らしているこの憐れな男を見ながらこう思った。
ボヴァリーは財布の底の小銭を探っていた。そして、この男が、手のつけようもないボヴァリーの無能に対する非難の権化のように、そこに立っているそのことだけでも、いかに自分の恥辱であるか、それすらシャルルは気づかぬように、
「おや、お前、きれいな花束を持ってるね!」と、暖炉の上のレオンのくれたスミレを見つけて言った。
「ええ」とエンマはさりげなく、「さっき買った花束です、……女の乞食おこもさんから」
シャルルはスミレの花をとり、泣きはらした眼を当てて冷やしながら、静かに香をかいだ。エンマは彼の手からひったくるようにして、コップの中へ生けに行った。
翌日ボヴァリー老夫人が到着した。母と子はさめざめと泣いた。エンマは言いつける用事があるからと、姿を消した。
次の日は、みんなで喪服のつもりをしなければならなかった。三人は裁縫箱を携えて、川辺の青葉棚の下へ出て腰をかけた。
シャルルは父親のことを考えていた。今までは大して好きでもないつもりだったその人に、こんなに愛情を感じるのが不思議でならなかった。ボヴァリー老夫人は夫のことを考えていた。あの頃の一番不幸な日までが、今さら懐かしく思い返された。ああもすればよかった、こうもすればよかったという、長い長い習慣に対する理屈ぬきの後悔のうちに、なにもかも水に流されてしまった。針を進めているうちに、時たま大粒の涙が鼻を伝って、しばらくは鼻先にとまっていた。エンマはエンマで、つい四十八時間前、あの人と二人浮世を離れ、酔いしれて、互いに飽かず眺め合ったことを考えていた。過ぎ去ったあの日のごく些細な節ぶしまで、はっきり思い出そうとした。しかし姑や夫のいるのが邪魔だった。エンマはあの恋の思いを乱されないためには、なに一つ聞きたくもなく、なに一つ見たくもなかった。しかしその恋の思い出は、いかに努めても、外界の感覚の中へ次第次第に消えて行った。
彼女はドレスの裏をほどいていた。布切れが周りに撒き散らされた。ボヴァリー老夫人は眼を伏せたまま、鋏はさみの音をさせていた。そしてシャルルは縁地へりじで作ったスリッパを穿き、部屋着にしている古い焦げ茶のフロックを羽織って、両手をポケットに突っ込んだまま、これも押し黙っている。そばには小さい白エプロンをしたベルトがシャベルで小道の砂を掻いていた。
突然、柵門さくから呉服屋のルウルーの入ってくるのが見えた。
彼は『御不幸につき』御用を承りに参りましたと言った。エンマは別に用はあるまいと思うと答えた。商人は兜かぶとをぬがずに、
「まことにどうも相済みません。ちょっと内々お話し申しあげたいことがございまして」と言った。
それから、声をひそめて、
「あの件についてでございます……ほら、例のそれ?」
シャルルは耳まで赤くなった。
「ああ、そう……なるほど」
まごまごしながら、妻の方を振り返って、
「ねえ、お前一つ……」
エンマは呑み込んだと見えて、立ち上がった。と、シャルルは母親に、
「なんでもありません! きっと家のくだらん用事でしょうよ」と言った。
小言を恐れて、彼は手形の一件を母に知らせたくなかったのである。
エンマと二人きりになると、ルウルー氏は、かなり露骨に、遺産相続のお祝いを述べ出した。それから、果樹の垣根だの収穫だの、自分の健康状態だの、用もないことをしゃべり出した。相変わらず、『どうかこうか、まあまあ』生きていますと言った。実際、世間の噂と違い、パンに付けるバター代も儲からないくせに、身を粉こにして働いていますとも言った。
エンマは相手のしゃべるにまかせていた。この二日というもの、退屈で退屈でたまらないのだった!
「ときに! お体はもうすっかりおよろしゅうございますか? 本当に旦那様はお気の毒なほど心配しておいでになりました! わたくしとはいざこざもありましたが、旦那様は本当によい方でございますね」
彼女はどんないざこざかと訊いた。シャルルは例の品物について口論したことをエンマには隠していたのである。
「よく御存じじゃございませんか! それ、お好みの、例の旅行鞄のことでございますよ」
彼は帽子を目深まぶかに被り直し、後ろ手を組み、にやにやして口笛を吹きながら、我慢ならぬほど、じっとまともに、彼女の顔を見つめていた。この男はなにか感づいているのだろうか? 彼女は一途いちずになにかと気を揉んだ。しかしルウルーはやっとのこと、言葉をついで、
「旦那様とはもう仲直りいたしました。それで一つ旦那様にご相談申し上げようと思って、またお伺いしたわけですので。」
それはボヴァリーの振り出した手形の書き替えであった。もっともぜひと言うわけのものでもなく、旦那様のお好きなようになさればよい。殊に旦那様はこれからさき、いろんな面倒がおありなのだから、こんなことで心配なさらぬがよろしい、というような話から、
「いや、いっそのこと、その手形を誰かに肩代わりなさった方がよろしいでしょうな。たとえばあなた様に。委任状一枚あれば、それで結構なのですが。そうなれば、あなた様とわたくしとであっさり片づければよろしいので……」
エンマにはよくわからなかった。ルウルーは口を噤つぐんだ。やがて商売に移って、なにも御入用でないというはずはない、黒薄紗バレージを十二メートル、ドレスのできるだけお送り申しましょうと言った。
「今お召しのは、お普段着にはおよろしゅうございますが、ご訪問にはぜひもう一着お入用でございますな。ここへ伺いましてすぐそう思いましたが、なんせわたしは眼の早い方でして」
ルウルーは反物を送らずに持ってきた。それからまた尺を量とりに来た。そのほかいろんなことにかこつけては訪ねてきて、そのつど、努めて親切丁寧に立ち振舞い、オメーの言い草ではないが、家来のように仕え、必ず代理委任の件についてエンマにそっと入れ知恵するのを忘れなかった。ルウルーは手形のことはおくびにも出さなかった。彼女もそのことは考えてもみなかった。シャルルはエンマの病気の治りかけに、ちょっぴりその話はしたのだったが、なにしろエンマの頭にはその後いろんな動揺が起こったため、今ではすっかり忘れていた。そのうえ、彼女は金銭上の問題をとやかく言うことは避けていた。ボヴァリー老夫人は、エンマの気持ちがこんな風に変わったのは、病気中、宗教心を起こしたからだと思った。
しかし姑しゆうとめが帰るとすぐ、エンマは実務の才を発揮してボヴァリーを驚かせた。各方面に照会して、抵当権設定の有無を調査し、共有財産になっている場合の競売、または清算の心配がないかどうかを確かめねばならぬ、などとやたらに専門語を振りまわし、『公証』とか『将来財産』とか『将来の保証』とかいう仰々しい言葉を使い、遺産相続の面倒さを絶えず大げさに吹き立てた。とうとう彼女はある日、夫に委任状の雛型を見せた。それは『諸々ノ事項ヲ代理処弁シ、一切ノ借入ヲ行ヒ、手形ニ署名裏書シ、一切ノ金額ヲ支払フ』云々の包括的委任状であった。エンマはルウルーの教えを活用したのであった。
シャルルはその書きものはどこでもらったのかと子供のような質問をした。
「ギョーマンさんに」
それから落ち着き払って付け加えた。
「でもわたし、あの人はあまり信用しません。公証人なんて大てい評判の悪いものですからね! さしずめ誰かに相談しなけりゃいけないでしょうが……わたしたちの知っている人はただほんとに! 誰もありませんわね!」
「ただレオン君だけは……」思案していたシャルルが答えた。
しかし手紙では意志の疎通がむつかしい。そこでエンマは自分で出かけて行くと言い出した。シャルルはそんなことまでさせてはと言ったが、彼女はたってと言った。好意の見せ合いになった。終いに彼女は、わざと強情な調子で叫んだ。
「いいえ、なんとおっしゃっても参ります」
「なんて親切なんだ!」と、彼は妻の額にキスしながら言った。
翌る日、彼女は早速『つばめ』に乗って、レオンと相談するためルーアンへ発った。そして三日間、逗留した。

III

 

Ce furent trois jours pleins, exquis, splendides, une vraie lune de miel.

Ils étaient à l'hôtel de Boulogne, sur le port. Et ils 349vivaient là, volets fermés, portes closes, avec des fleurs par terre et des sirops à la glace, qu'on leur apportait dès le matin.

Vers le soir, ils prenaient une barque couverte et allaient dîner dans une île.

C'était l'heure où l'on entend, au bord des chantiers, retentir le maillet des calfats contre la coque des vaisseaux. La fumée du goudron s'échappait d'entre les arbres, et l'on voyait sur la rivière de larges gouttes grasses, ondulant inégalement sous la couleur pourpre du soleil, comme des plaques de bronze florentin, qui flottaient.

Ils descendaient au milieu des barques amarrées, dont les longs câbles obliques frôlaient un peu le dessus de la barque.

Les bruits de la ville insensiblement s'éloignaient, le roulement des charrettes, le tumulte des voix, le jappement des chiens sur le pont des navires. Elle dénouait son chapeau et ils abordaient à leur île.

Ils se plaçaient dans la salle basse d'un cabaret, qui avait à sa porte des filets noirs suspendus. Ils mangeaient de la friture d'éperlans, de la crème et des cerises. Ils se couchaient sur l'herbe; ils s'embrassaient à l'écart, sous les peupliers; et ils auraient voulu, comme deux Robinsons, vivre perpétuellement dans ce petit endroit, qui leur semblait, en leur béatitude, le plus magnifique de la terre. Ce n'était pas la première fois qu'ils apercevaient des arbres, du ciel bleu, du gazon, qu'ils entendaient l'eau couler et la brise soufflant dans le feuillage; mais ils n'avaient sans 350doute jamais admiré tout cela,—comme si la nature n'existait pas auparavant, ou qu'elle n'eût commencé à être belle que depuis l'assouvissance de leurs désirs.

A la nuit, ils repartaient. La barque suivait le bord des îles. Ils restaient au fond, tous les deux cachés par l'ombre, sans parler. Les avirons carrés sonnaient entre les tolets de fer; et cela marquait dans le silence comme un battement de métronome, tandis qu'à l'arrière, la bauce qui traînait ne discontinuait pas son petit clapotement doux dans l'eau.

Une fois la lune parut; alors ils ne manquèrent pas à faire des phrases, trouvant l'astre mélancolique et plein de poésie; même elle se mit à chanter:

Un soir, t'en souvient-il, nous voguions, etc.

Sa voix harmonieuse et faible se perdait sur les flots, et le vent emportait les roulades qu'il écoutait passer, comme des battements d'ailes autour de lui.

Elle se tenait en face, appuyée contre la cloison de la chaloupe, où la lune entrait par un des volets ouverts. Sa robe noire, dont les draperies s'élargissaient en éventail, l'amincissait, la rendait plus grande. Elle avait la tête levée, les mains jointes, et les deux yeux vers le ciel; parfois l'ombre des saules la cachait en entier, puis elle réapparaissait tout à coup, comme une vision, dans la lumière de la lune.

Léon, par terre, à côté d'elle, rencontra sous sa main un ruban de soie ponceau.

Le batelier l'examina et finit par dire:

351

—Ah! c'est peut-être à une compagnie que j'ai promenée l'autre jour? Ils sont venus un tas de farceurs, messieurs et dames, avec des gâteaux, du champagne, des cornets à piston, tout le tremblement! Il y en avait un, surtout, un grand, bel homme, à petites moustaches, qui était joliment amusant! et ils disaient comme ça: «Allons, conte-nous quelque chose... Adolphe... Dodolphe... je crois.»

Elle frissonna.

—Tu souffres? fit Léon, en se rapprochant d'elle.

—Oh! ce n'est rien. Sans doute la fraîcheur de la nuit.

—Et qui ne doit pas manquer de femmes non plus, ajouta doucement le vieux matelot, croyant dire une politesse à l'étranger. Puis, crachant dans ses mains, il reprit ses avirons.

Il fallut pourtant se séparer! Les adieux furent tristes. C'était chez la mère Rolet qu'il devait envoyer ses lettres; et elle lui fit des recommandations si précises à propos de la double enveloppe, qu'il admira grandement son astuce amoureuse.

—Ainsi tu m'affirmes que tout est bien? dit-elle dans le dernier baiser.

—Oui, certes!—Mais pourquoi donc, songea-t-il après, en s'en revenant seul par les rues, tient-elle si fort à cette procuration?

 

それは充実した、楽しい、素晴らしい三日であった。真の蜜月であった。
二人は波止場に臨んだ『ブローニュ・ホテル』に泊まっていた。鎧戸よろいどを閉たて、扉を閉め切って暮らした。床ゆかには花を撒まいた。そして、朝早々に選ばれるアイス・シロップを飲んだ。
夕方には、屋形舟に乗って、島へ食事に出かけた。
それは、船の胴に槇皮まいはだを詰める槌つちの音が、ドックのほとりに聞こえる頃であった。瀝青チヤンの煙が木の間から漏れ、河面かわもには大きな油の滴しずくが真紅の陽の光をうけて、さながらフロレンスの青鋼板が漂っているかのように、思い思いにゆらめくのが見えた。
二人は舫もやい船の間をくだって行く。長い舫い綱が、かすかに舟の屋形に触れる。
町の物音はいつとはなしに遠ざかる。荷車の音も、どよめく人も、船の甲板で吠え立てる犬の鳴き声も。エンマは帽子を脱ぐ。そして目ざす島に着く。
二人は戸口に黒い網の吊ってあるとある居酒屋の地下室に席をとる。鮎のフライやクリームやサクランボを食べる。草の上に寝転ぶ。ポプラの木陰に人を避けて抱き合う。二人ともまるでロビンソン・クルーソーのように、いついつまでもここでこうして暮らしたい。幸福の絶頂にある二人には、ここが地上でいっとう素晴らしい所に思われるのだ。木立や青空や芝生を見、流れる水に耳傾け、葉陰にそよぐ風を聴くのは、もとよりこれが最初ではなかったが、それらすべてを心から褒め讃えたことは恐らくかつてないことだったろう。それはさながら、大自然というものが今までは存在していなかったかと思われるようだった。二人の欲望が満たされてから初めて自然が美しくなったと思われるようであった。
日が暮れると、二人は帰路につく。舟は島々の岸づたいに進む。二人は舟底の闇に隠れて声も立てぬ。四角の櫂かいは鉄のクラッチの間に鳴る。それがあたりの静寂しじまのうちに、メトロノームの拍子をきざむと、後ろの方では水に垂れた纜ともづなが、絶えずかすかなやさしい水音をたてる。
ある時は月が出た。すると二人はたちまちに、美しい言葉をならべ、月は悲しく詩趣に満ちていると言い合う。女は歌をさえ歌いはじめる。

夕まぐれ思い出でずや 君とゆく……

なだらかな、かぼそい声は波のまにまに消え、そうしてレオンはこの華やかな節回しが、風にのって、羽ばたきさながら、わが身のまわりを飛び去るのを聴いていた。
彼女は舟の仕切りによりかかって、男と向かい合っていた。月の光はただ一枚開いた戸から射していた。扇の形に襞ひだの広がる黒いドレスは、彼女をほっそり丈高く見せる。彼女は顔をあげ、手を合わせて、空のかなたを仰いでいた。時どき柳の影が彼女をすっかり隠すと見ると、たちまちまた幻影のように、彼女は月光の中に現われた。
レオンはふと彼女のそばの船底で、真っ赤な絹のリボンの手に触れるのを見つけた。
船顔はとっくりリボンを見たうえで、こう言った。
「ああ、こりゃ大方この間、舟遊びにお連れ申したご連中のでしょう。殿方もご婦人方も、みんな陽気な方ばかり大勢でしてね、お菓子にシャンパン、コルネット、いや、もうなにやかやどっさり積み込みまして! 中でも一人、ちょび髭を生やした背の高い、男っ振りのよいお客さんときたら、めっぽう面白いお方でしたよ! みなさんが言ってましたよ。『さあ、なにかいい話をしろ……アドルフ……』……いや、『ドドルフ』だったかな」
彼女はぞっとした。
「苦しい?」とレオンは寄りそって訊いた。
「いえ、なんでもないの。きっと夜風のためでしょう」
「……そしてその方も、やっぱり女子おなごさんにゃ、ご不自由のない人らしゅうござりましたよ」と老船頭は今の客に対するお世辞のつもりで徐ろに付け加えた。
それから、両手に唾して櫂を取り直した。
ところで、いよいよ別れねばならぬ時が来た! 別れは悲しかった。レオンはロレーのおかみさん宛に手紙を出す手はずになった。エンマは二重封筒に入れてほしいとはっきり注意したので、レオンは恋にかけてのエンマの抜け目なさに舌をまいた。
『じゃ、あのことは、きっと大丈夫ね?」と、彼女は最後の口づけをしながら言った。
「ああ、大丈夫とも!」——それから後、別れて一人で帰る道すがら、彼は考えた。『だが、なんだってあの女は、委任状のことを、ああくどくど言うんだろう?』

IV

Léon, bientôt, prit devant ses camarades un air de supériorité, s'abstint de leur compagnie et négligea complètement les dossiers.

Il attendait ses lettres. Il les relisait. Il lui écrivait. Il l'évoquait de toute la force de son désir et de ses souvenirs. Au lieu de diminuer par l'absence, cette envie de la revoir s'accrut si bien qu'un samedi matin il s'échappa de son étude.

Lorsque, du haut de la côte, il aperçut dans la vallée le clocher de l'église avec son drapeau de fer-blanc qui tournait au vent, il se sentit cette délectation mêlée de vanité triomphante et d'attendrissement égoïste que doivent avoir les millionnaires quand ils reviennent visiter leur village.

Il alla rôder autour de sa maison. Une lumière brillait dans sa cuisine. Il guetta son ombre derrière les rideaux. Rien ne parut.

La mère Lefrançois, en le voyant, fit de grandes exclamations, et elle le trouva «grandi et minci», tandis qu'Artémise, au contraire, le trouva «forci et bruni».

Il dîna dans la petite salle, comme autrefois, mais seul, sans le percepteur; car Binet, fatigué d'attendre l'Hirondelle, avait définitivement avancé son repas 353d'une heure, et maintenant il dînait à cinq heures juste; encore prétendait-il le plus souvent que la vieille patraque retardait.

Léon pourtant se décida; il alla frapper à la porte du médecin. Madame était dans sa chambre, d'où elle ne descendit qu'un quart d'heure après. Monsieur parut enchanté de le revoir; mais il ne bougea de la soirée, ni de tout le jour suivant.

Il la vit seule, le soir, très tard, derrière le jardin, dans la ruelle;—dans la ruelle, comme avec l'autre. Il faisait de l'orage, et ils causaient sous un parapluie à la lueur des éclairs.

Leur séparation devenait intolérable.—Plutôt mourir, disait Emma. Elle se tordait sur son bras, tout en pleurant. Adieu!... adieu!... Quand te reverrai-je?

Ils revinrent sur leurs pas pour s'embrasser encore; et ce fut là qu'elle lui fit la promesse de trouver bientôt, par n'importe quel moyen, l'occasion permanente de se voir en liberté, au moins une fois par semaine. Emma n'en doutait pas. Elle était, d'ailleurs, pleine d'espoir. Il allait lui venir de l'argent.

Aussi, elle acheta pour sa chambre une paire de rideaux jaunes à larges raies, dont M. L'Heureux lui avait vanté le bon marché; elle rêva un tapis, et L'Heureux, affirmant «que ce n'était pas la mer à boire», s'engagea poliment à lui en fournir un. Elle ne pouvait plus se passer de ses services. Vingt fois dans la journée elle l'envoyait chercher; aussitôt il plantait là ses affaires, sans se permettre un murmure. On ne comprenait point davantage pourquoi la mère Rolet déjeunait 354chez elle tous les jours, et même lui faisait des visites en particulier.

Ce fut vers cette époque, c'est-à-dire vers le commencement de l'hiver, qu'elle parut prise d'une grande ardeur musicale.

Un soir que Charles l'écoutait, elle recommença quatre fois de suite le même morceau, et toujours en se dépitant, tandis que, sans y remarquer de différence, il s'écriait:

—Bravo!... très bien!... tu as tort! va donc!

—Eh non!... c'est exécrable!... j'ai les doigts rouillés.

Le lendemain, il la pria de lui jouer encore quelque chose.

—Soit, pour te faire plaisir! Et Charles avoua qu'elle avait un peu perdu. Elle se trompait de portée, barbouillait; puis, s'arrêtant court:—Ah! c'est fini! il faudrait que je prisse des leçons! mais... Elle se mordit les lèvres et ajouta: Vingt francs par cachet, c'est trop cher!

—Oui... en effet... un peu..., dit Charles tout en ricanant niaisement. Pourtant il me semble que l'on pourrait peut-être à moins, car il y a des artistes sans réputation, qui souvent valent mieux que les célébrités.

—Cherche-les, dit Emma.

Le lendemain, en rentrant, il la contempla d'un œil finaud et ne put à la fin retenir cette phrase:

—Quel entêtement tu as quelquefois! J'ai été à Barfeuchères aujourd'hui. Eh bien, Mme Liégeard m'a certifié que ses trois demoiselles, qui sont à la Miséricorde, 355prenaient des leçons moyennant cinquante sous la séance, et d'une fameuse maîtresse, encore!...

Elle haussa les épaules et ne rouvrit plus son instrument.

Mais lorsqu'elle passait auprès (si Bovary se trouvait là), elle soupirait: «Ah! mon pauvre piano!» Et quand on venait la voir, elle ne manquait pas de vous apprendre qu'elle avait abandonné la musique et qu'elle ne pouvait maintenant s'y remettre pour des raisons majeures. Alors on la plaignait. C'était dommage! elle qui avait un si beau talent! On en parla même à Bovary. On lui faisait honte, et surtout le pharmacien:

—Vous avez tort! il ne faut jamais laisser en friche les facultés de la nature. D'ailleurs, songez, mon bon ami, qu'en engageant Madame à étudier, vous économisez pour plus tard sur l'éducation musicale de votre enfant! Moi, je trouve que les mères doivent instruire elles-mêmes leurs enfants. C'est une idée de Rousseau, peut-être un peu neuve encore, mais qui finira par triompher, j'en suis sûr, comme l'allaitement maternel et la vaccination.

Charles revint donc encore une fois sur cette question du piano. Emma répondit avec aigreur qu'il valait mieux le vendre. Ce pauvre piano, qui lui avait causé tant de vaniteuses satisfactions, le voir s'en aller, c'était comme l'indéfinissable suicide d'une partie d'elle-même!

—Si tu voulais..., disait-il, de temps à autre, une leçon, cela ne serait pas, après tout, extrêmement 356ruineux.—Mais les leçons, répliqua-t-elle, n'étaient profitables que suivies.

Et voilà comme elle s'y prit, pour obtenir de son époux la permission d'aller à la ville, une fois la semaine, voir son amant. On trouva même, au bout d'un mois, qu'elle avait fait des progrès considérables.

レオンはやがて、同僚たちに兄貴風を吹かすようになり、友達との付合いも絶ち、訴訟記録などは見向きもしなくなった。ただ手紙のくるのを持っていた。繰り返して読み、そして返事を書いた。欲望と思い出の力をかき立てて、エンマの姿を喚び起こした。別れているために薄らぐどころか、逢いたい思いはつのるばかりで、とうとう土曜日の朝、事務所を脱け出した。
丘の頂上から、谷間に教会堂の鐘塔が見え、鐘塔のブリキの風見が風のまにまに回っているのが見えたとき、彼は百万長者が故郷に錦を飾るような、勝ち誇った得意さと身勝手な感動の入り混った悦びを味わった。
彼はエンマの家のまわりをうろついた。明かりが一つ料理場に点いている。もしかすると、と思って、窓掛けの向こうに彼女の影もと窺った。だが、なんの気配もない。
ルフランソワのおかみは、レオンを見ると、大声をあげた。そうして、『背が伸びて痩せた』と言った。またアルテミーズはそれとは反対に、『日に灼けて丈夫そうに』なったと言った。
彼は昔のように、例の小部屋で食事をしたが、収税吏のビネーはいなくて一人きりだった。というのは、ビネーは『つばめ』を待ちくたびれて、食事をちょうど一時間早め、今では五時きっかりに食べることにしていたからだ。そのくせいつでも決まって、『だいたいがた馬車の来ようが遅い』と言い張った。
さて、レオンは決心して、医者の家を訪ねて行った。夫人は居間にいたが、十五分もしてからやっと降りてきた。主人はレオンに会ってひどく嬉しそうだった。ところが、主人はその晩も、その翌日はまる一日、一歩も外へ出なかった。
レオンはその夜もずっと更けてから、庭の裏手の小径で、初めて、一人きりの彼女に会った。——前の男と同じ小径で! おりからちょうど荒模様で、二人は稲妻に照らされながら、傘のなかで語りあった。
二人とも別れが切なくなっていた。
「いっそ死んでしまいたい」とエンマは言った。
それからさめざめ泣きながら、男の腕の中で身もだえした。
「さようなら!……さようなら!……いつまたお逢いできるでしょう?」
二人はまた引き返して抱き合った。そしてそのときそこで、彼女はレオンに、せめて週に一度は自由に逢える、きまった機会を、なんとでもして、近いうちに見つけようと約束した。エンマはそうした機会のつくれることを疑ってはいなかった。そのうえ、彼女は希望に溢れていたのだ。金が手に入るはずだったのだ。
それを当てにして、エンマは自分の居間用に、ルウルーが格安ですと自慢している、太縞の黄色のカーテンを一対買った。毛氈もうせんがほしかった。するとルウルーは、『海を呑みほすようなことではございません、さっそくお届け致しましょう』、と慇懃いんぎんに引きうけた。エンマはもうルウルーの手を借りずにはやってゆけなくなっていた。日に何回となくルウルーを呼びにやるが、小言一つ言いもせず、仕事も放って飛んできた。それからまた、なぜ毎日のようにロレーのおかみさんがエンマの家で昼食ひるを食うのか、なぜ特別エンマにだけ会いにくるのか、世間の人にはわからなかった。
エンマが音楽熱に浮かされたように見えたのも、その頃、ちょうど冬の初めのことだった。
ある晩シャルルの聞いている前で、エンマは同じ曲を、しきりにじれながら、続けて四遍繰り返した。シャルルは普段と違ったところも気づかずに、声をあげてこう言った。
「素敵だ! うまいぞ!……いや止やめちゃいかん! さあ弾いてごらん!」
「いいえ! とても駄目! 指が硬くなっちゃって」
翌日、シャルルは、『またなにか弾いてくれ』と頼んだ。
「ええ、そんなにおっしゃるなら!」
シャルルは少し手が落ちたと言った。エンマは楽譜を読みそこなって、でたらめを弾いた。そして急にぴたっと止めて。
「ああ! もう駄目! ちゃんと習わなきゃ。だけど……」
彼女は唇を噛んで、つけ加えた。
「一レッスン二十フランなんて、高すぎるわねえ?」
「うむ、なるほど……少しね……」とシャルルはばかみたいに薄笑いしながら言った。「しかしそれ以下でもできそうに思うがな。評判になっていない音楽家でも、名のある人より腕のいいのがざらにいるからね」
「じゃ、お探しになるといいわ」とエンマは言った。
その翌日、外から帰ってくると、シャルルは小ざかしそうな眼付きでじっとエンマを見た。そしてとうとう肚はらにしまいきりにはしておけなかった。
「お前も時どきずいぶん強情をはるね! 今日はバルフシェールへ行ってきた。ところがどうだい! リエジャールの奥さんが言われるには、修道院の女学校へやってある三人のお嬢さんは、一回二フラン半でお稽古をしているのだとさ、しかもそれが立派な女の先生についてだよ!」
エンマは肩をそびやかした。そしてそれっきりピアノは開けなかった。
しかしそばを通るときには(ただしシャルルの居合したときだけ)、彼女は溜息をついて言った。
「ああ、ピアノも可哀そうに!」
そして訪ねてくる人ごとに必らず、自分が音楽をやめてしまったこと、やむを得ぬ事情でもう続けられないことを告げるのであった。するとみんなは気の毒がった。あれだけの腕があるのに! いかにも惜しい! そこで、ボヴァリーにもそのことを話した。そして非難までした。薬剤師は特に甚しかった。
「それは先生がいけませんな! 玉磨かざれば光なしですよ。それに、奥様に稽古をおさせになれば、ゆくゆくはお子たちの音楽教育の費用が省けるというものです! わたしの考えでは、子供の教育は母親が自身でやらなきゃなりません。これはルソーの説くところです。現在ではまだちょっと新しすぎるかもしれんが、今にきっと勝利を得るに決まってます。母乳主義や種痘のようにね」
そこでシャルルはまたピアノ問題をむし返した。エンマはいっそ売ってしまった方がましですとむっとして答えた。数々の誇らしい満足を与えてくれたそのピアノ、そのピアノが可哀そうに売られていくのを見るのは、ボヴァリーにとっては、妻がわれとわが身の一部分を切りとるような、なんとも言いようのない気持ちであった。
「もしもだな……」と彼は言った。「ときたまに稽古するつもりなら、それならまあ、大した失費でもなかろうさ」
「でもお稽古は続けてやらなきゃ身につきませんわ」と彼女は答えた。
こうして彼女は週に一度、恋人に逢いに町に出掛ける許しを、夫から手に入れた。一月ひとつきの終わりには、そうとう進歩したとさえ言われた。

 

V

 

C'était le jeudi. Elle se levait, et elle s'habillait silencieusement pour ne point éveiller Charles, qui lui aurait fait des observations sur ce qu'elle s'apprêtait de trop bonne heure. Ensuite elle marchait de long en large; elle se mettait devant les fenêtres; elle regardait la Place. Le petit jour circulait entre les piliers des halles, et la maison du pharmacien, dont les volets étaient fermés, laissait apercevoir dans la couleur pâle de l'aurore les majuscules de son enseigne.

Quand la pendule marquait sept heures et un quart, elle s'en allait au Lion d'or, dont Artémise, en bâillant, venait lui ouvrir la porte. Celle-ci déterrait pour Madame les charbons enfouis sous les cendres. Emma restait seule dans la cuisine. De temps à autre, elle sortait. Hivert attelait sans se dépêcher, et en écoutant d'ailleurs la mère Lefrançois, qui, passant par un guichet sa tête en bonnet de coton, le chargeait de commissions 357et lui donnait des explications à troubler un tout autre homme. Emma battait la semelle de ses bottines contre les pavés de la cour.

Enfin, lorsqu'il avait mangé sa soupe, endossé sa limousine, allumé sa pipe et empoigné son fouet, il s'installait tranquillement sur le siège.

L'Hirondelle partait au petit trot, et durant trois quarts de lieue s'arrêtait de place en place pour prendre des voyageurs, qui la guettaient debout, au bord du chemin, devant la barrière des cours. Ceux qui avaient prévenu la veille se faisaient attendre, quelques-uns même étaient encore au lit, dans leurs maisons; Hivert appelait, criait, sacrait, puis il descendait de son siège et allait frapper de grands coups contre les portes. Le vent soufflait par les vasistas fêlés.

Cependant les quatre banquettes se garnissaient, la voiture roulait, les pommiers à la file se succédaient; et la route, entre ses deux longs fossés pleins d'eau jaune, allait continuellement se rétrécissant vers l'horizon.

Emma la connaissait d'un bout à l'autre; elle savait qu'après un herbage il y avait un poteau, ensuite un orme, une grange ou une cahute de cantonnier; quelquefois même, afin de se faire des surprises, elle fermait les yeux. Mais elle ne perdait jamais le sentiment net de la distance à parcourir.

Enfin, les maisons de briques se rapprochaient, la terre résonnait sous les roues, et l'Hirondelle glissait entre des jardins, où l'on apercevait, par une claire-voie, des statues, un vignot, des ifs taillés et une escarpolette. 358Puis, d'un seul coup d'œil, la ville apparaissait.

Descendant tout en amphithéâtre et noyée dans le brouillard, elle s'élargissait au delà des ponts, confusément. La pleine campagne remontait ensuite, d'un mouvement monotone, jusqu'à toucher au loin la base indécise du ciel pâle. Ainsi vu d'en haut, le paysage tout entier avait l'air immobile comme une peinture; les navires à l'ancre se tassaient dans un coin; le fleuve arrondissait sa courbe au pied des collines vertes, et les îles, de forme oblongue, semblaient sur l'eau de grands poissons noirs arrêtés. Les cheminées des usines poussaient d'immenses panaches bruns, qui s'envolaient par le bout. On entendait le ronflement des fonderies avec le carillon clair des églises qui se dressaient dans la brume. Les arbres des boulevards, sans feuilles, faisaient des broussailles violettes au milieu des maisons, et les toits tout reluisants de pluie miroitaient inégalement, selon la hauteur des quartiers. Parfois, un coup de vent emportait les nuages vers la côte Sainte-Catherine, comme des flots aériens, qui se brisaient en silence contre une falaise.

Quelque chose de vertigineux se dégageait pour elle de ces existences amassées, et son cœur s'en gonflait abondamment, comme si les cent vingt mille âmes qui palpitaient là lui eussent envoyé toutes à la fois la vapeur des passions qu'elle leur supposait. Son amour s'agrandissait devant l'espace et s'emplissait de tumulte aux bourdonnements vagues qui montaient. Elle le reversait au dehors, sur les places, sur les promenades, 359sur les rues, et la vieille cité normande s'étalait à ses yeux comme une capitale démesurée, comme une Babylone où elle entrait. Elle se penchait des deux mains par le vasistas, en humant la brise; les trois chevaux galopaient, les pierres grinçaient dans la boue, la diligence se balançait, et Hivert, de loin, hélait les carrioles sur la route, tandis que les bourgeois qui avaient passé la nuit au Bois-Guillaume descendaient la côte tranquillement, dans leur petite voiture de famille.

On s'arrêtait à la barrière; Emma débouclait ses socques, mettait d'autres gants, rajustait son châle, et, vingt pas plus loin, elle sortait de l'Hirondelle.

La ville alors s'éveillait. Des commis, en bonnet grec, frottaient la devanture des boutiques, et des femmes qui tenaient des paniers sur la hanche poussaient par intervalles un cri sonore, au coin des rues. Elle marchait les yeux à terre, frôlant les murs, et souriant de plaisir sous son voile noir baissé.

Par peur d'être vue, elle ne prenait pas ordinairement le chemin le plus court. Elle s'engouffrait dans les ruelles sombres, et elle arrivait tout en sueur vers le bas de la rue Nationale, près de la fontaine qui est là. C'est le quartier du théâtre, des estaminets et des filles. Souvent une charrette passait près d'elle, portant quelque décor qui tremblait. Des garçons en tablier versaient du sable sur les dalles, entre des arbustes verts. On sentait l'absinthe, le cigare et les huîtres.

Elle tournait une rue: elle le reconnaissait à sa chevelure frisée qui s'échappait de son chapeau.

360

Léon, sur le trottoir, continuait à marcher. Elle le suivait jusqu'à l'hôtel; il montait; il ouvrait la porte; il entrait.—Quelle étreinte!

Puis les paroles, après les baisers, se précipitaient. On se racontait les chagrins de la semaine, les pressentiments, les inquiétudes pour les lettres; mais à présent tout s'oubliait, et ils se regardaient face à face, avec des rires de volupté et des appellations de tendresse.

Le lit était un grand lit d'acajou en forme de nacelle. Les rideaux de levantine rouge, qui descendaient du plafond, se cintraient trop bas vers le chevet évasé,—et rien au monde n'était beau comme sa tête brune et sa peau blanche se détachant sur cette couleur pourpre, quand, par un geste de pudeur, elle fermait ses deux bras nus, en se cachant la figure dans les mains.

Le tiède appartement, avec son tapis discret, ses ornements folâtres et sa lumière tranquille, semblait tout commode pour les intimités de la passion. Les bâtons se terminant en flèche, les patères de cuivre et les grosses boules des chenets reluisaient tout à coup si le soleil entrait. Il y avait sur la cheminée, entre les candélabres, deux de ces grandes coquilles roses, où l'on entend le bruit de la mer, quand on les applique à son oreille.

Comme ils aimaient cette bonne chambre pleine de gaieté, malgré sa splendeur un peu fanée! Ils retrouvaient toujours les meubles à leur place, et parfois des épingles à cheveux qu'elle avait oubliées, l'autre jeudi, 361sous le socle de la pendule. Ils déjeunaient au coin du feu, sur un petit guéridon incrusté de palissandre. Emma découpait, lui mettait les morceaux dans son assiette en débitant toutes sortes de chatteries, et elle riait d'un rire sonore et libertin, quand la mousse du vin de Champagne débordait du verre léger sur les bagues de ses doigts. Ils étaient si complètement perdus en la possession d'eux-mêmes, qu'ils se croyaient là dans leur maison particulière, et devant y vivre jusqu'à la mort, comme deux éternels jeunes époux. Ils disaient notre chambre, notre tapis, nos fauteuils, même elle disait mes pantoufles, un cadeau de Léon, une fantaisie qu'elle avait eue. C'étaient des pantoufles en satin rose, bordées de cygne. Quand elle s'asseyait sur ses genoux, sa jambe, alors trop courte, pendait en l'air,—la mignarde chaussure, qui n'avait pas de quartier, tenait seulement par les orteils à son pied nu.

Il savourait pour la première fois l'inexprimable délicatesse des élégances féminines. Jamais il n'avait rencontré cette grâce de langage, cette réserve du vêtement, ces poses de colombe assoupie. Il admirait l'exaltation de son âme et les dentelles de sa jupe. D'ailleurs, n'était-ce pas une femme du monde, et une femme mariée! une vraie maîtresse, enfin?

Par la diversité de son humeur, tour à tour mystique ou joyeuse, babillarde, taciturne, emportée, nonchalante, elle allait rappelant en lui mille désirs, évoquant des instincts ou des réminiscences. Elle était l'amoureuse de tous les romans, l'héroïne de tous les 362drames, le vague elle de tous les volumes de vers. Il retrouvait sur ses épaules la couleur ambrée de l'Odalisque au bain; elle avait le corsage long des châtelaines féodales; elle ressemblait aussi à la Femme pâle de Barcelone, mais elle était par-dessus tout l'Ange! Souvent, en la regardant, il lui semblait que son âme, s'échappant vers elle, se répandait comme une onde sur le contour de sa tête, et descendait entraînée dans la blancheur de sa poitrine.

Il se mettait par terre, devant elle,—et les deux coudes sur ses genoux, il la considérait avec un sourire, et le front tendu.

Elle se penchait vers lui et murmurait comme suffoquée d'enivrement:

—Oh! ne bouge pas! ne parle pas! regarde-moi! Il sort de tes yeux quelque chose de si doux, qui me fait tant de bien! Elle l'appelait enfant.—Enfant, m'aimes-tu? Et elle n'entendait guère sa réponse, dans la précipitation de ses lèvres qui lui montaient à la bouche.

Il y avait sur la pendule un petit Cupidon de bronze, qui minaudait en arrondissant les bras sous une guirlande dorée. Ils en rirent bien des fois; mais quand il fallait se séparer, tout leur semblait sérieux.

Immobiles l'un devant l'autre, ils se répétaient: A jeudi! à jeudi!

Tout à coup elle lui prenait la tête dans les deux mains, le baisait vite au front en s'écriant: Adieu! et s'élançait dans l'escalier.

Elle allait rue de la Comédie, chez un coiffeur, se 363faire arranger ses bandeaux. La nuit tombait. On allumait le gaz dans la boutique.

Elle entendait la clochette du théâtre qui appelait les cabotins à la représentation; et elle voyait, en face, passer des hommes à figure blanche et des femmes en toilette fanée, qui entraient par la porte des coulisses.

Il faisait chaud dans ce petit appartement trop bas, où le poêle bourdonnait au milieu des perruques et des pommades. L'odeur des fers avec ces mains grasses qui lui maniaient la tête ne tardait pas à l'étourdir; et elle s'endormait un peu sous son peignoir. Souvent le garçon, en la coiffant, lui proposait des billets pour le bal masqué.

Puis elle s'en allait! Elle remontait les rues; elle arrivait à la Croix rouge; elle reprenait ses socques, qu'elle avait cachés le matin sous une banquette, et se tassait à sa place, parmi les voyageurs impatientés. Quelques-uns descendaient au bas de la côte. Elle restait seule dans la voiture.

A chaque tournant, on apercevait de plus en plus tous les éclairages de la ville, qui faisaient une large vapeur lumineuse au-dessus des maisons confondues; Emma se mettait à genoux sur les coussins, et elle égarait ses yeux dans cet éblouissement. Elle sanglotait, appelait Léon, lui envoyait des paroles tendres et des baisers, qui se perdaient au vent.

Il y avait dans la côte un pauvre diable vagabondant avec son bâton, tout au milieu des diligences; un amas de guenilles lui recouvrait les épaules, et un vieux castor défoncé, s'arrondissant en cuvette, lui cachait 364la figure. Mais quand il le retirait, il découvrait, à la place des paupières, deux orbites béantes tout ensanglantées. La chair s'effiloquait par lambeaux rouges,—et il en coulait des liquides qui se figeaient en gales vertes jusqu'au nez, dont les narines noires reniflaient convulsivement. Pour vous parler, il se renversait la tête avec un rire idiot;—alors ses prunelles bleuâtres, roulant d'un mouvement continu, allaient se cogner, vers les tempes, sur le bord de la plaie vive.

Il chantait une petite chanson, en suivant les voitures:

Souvent la chaleur d'un beau jour
Fait rêver fillette à l'amour.

Et il y avait dans tout le reste des oiseaux, du soleil et du feuillage.

Quelquefois il apparaissait tout à coup derrière Emma, tête nue. Elle se retirait avec un cri. Hivert venait le plaisanter. Il l'engageait à prendre une baraque à la foire Saint-Romain, ou bien lui demandait, en riant, comment se portait sa bonne amie.

Souvent on était en marche, lorsque son chapeau, d'un mouvement brusque, entrait dans la diligence par le vasistas, tandis qu'il se cramponnait, de l'autre bras, sur le marchepied, entre l'éclaboussure des roues. Sa voix, faible d'abord et vagissante, devenait aiguë. Elle se traînait dans la nuit, comme l'indistincte lamentation d'une vague détresse, et à travers la sonnerie des grelots, le murmure des arbres et le ronflement de la 365boîte creuse, elle avait quelque chose de lointain qui bouleversait Emma. Cela lui descendait au fond de l'âme comme un tourbillon dans un abîme, et l'emportait parmi les espaces d'une mélancolie sans bornes. Mais Hivert, qui s'apercevait d'un contrepoids, allongeait à l'aveugle de grands coups avec son fouet. La mèche le cinglait sur ses plaies, et il tombait dans la boue, en poussant un hurlement.

Puis les voyageurs de l'Hirondelle finissaient par s'endormir, les uns la bouche ouverte, les autres le menton baissé, s'appuyant sur l'épaule de leur voisin, ou bien le bras passé dans la courroie, tout en oscillant régulièrement au branle de la voiture; le reflet de la lanterne qui se balançait en dehors, sur la croupe des limoniers, pénétrant dans l'intérieur par les rideaux de calicot chocolat, posait des ombres sanguinolentes sur tous ces individus immobiles. Emma, ivre de tristesse, grelottait sous ses vêtements,—et se sentait de plus en plus froid aux pieds, avec la mort dans l'âme.

Charles, à la maison, l'attendait; l'Hirondelle était toujours en retard le jeudi. Madame arrivait enfin! à peine si elle embrassait la petite. Le dîner n'était pas prêt, n'importe! elle excusait la cuisinière. Tout maintenant semblait permis à cette fille.

Souvent son mari, remarquant sa pâleur, lui demandait si elle ne se trouvait point malade.

—Non! disait Emma.

—Mais, répliquait-il, tu es toute drôle ce soir?

—Eh! ce n'est rien! ce n'est rien!

366

Il y avait même des jours où, à peine rentrée, elle montait dans sa chambre; et Justin, qui se trouvait là, circulait à pas muets, plus ingénieux à la servir qu'une excellente camériste. Il plaçait les allumettes, le bougeoir, un livre, disposait sa camisole, ouvrait les draps.

—Allons, disait-elle, c'est bien, va-t'en; car il restait debout, les mains pendantes et les yeux ouverts, comme enlacé dans les fils innombrables d'une rêverie soudaine.

La journée du lendemain était affreuse, et les suivantes étaient plus intolérables encore par l'impatience qu'avait Emma de ressaisir son bonheur,—convoitise âpre, enflammée d'images connues, et qui, le septième jour, éclatait tout à l'aise dans les caresses de Léon. Ses ardeurs, à lui, se cachaient sous des expansions d'émerveillement et de reconnaissance; Emma goûtait cet amour d'une façon discrète et absorbée, l'entretenait par tous les artifices de sa tendresse, et tremblait un peu qu'il ne se perdît plus tard.

Souvent elle lui disait avec des douceurs de voix mélancolique: «Ah! tu me quitteras, toi!... tu te marieras!... tu seras comme les autres.»

Il demandait quels autres?

—Mais, les hommes, enfin, répondait-elle. Puis elle ajoutait en le repoussant d'un geste langoureux: «Vous êtes tous des infâmes!»

Un jour qu'ils causaient philosophiquement des désillusions terrestres, elle vint à dire (pour expérimenter sa jalousie, ou cédant peut-être à un besoin d'épanchement 367trop fort) qu'autrefois, avant lui, elle avait aimé quelqu'un, «pas comme toi», reprit-elle vite, protestant sur la tête de sa fille qu'il ne s'était rien passé.

Le jeune homme la crut, et néanmoins la questionna pour savoir ce qu'il faisait.

—Il était capitaine de vaisseau, mon ami.

N'était-ce pas prévenir toute recherche, et en même temps se poser très haut, par cette prétendue fascination exercée sur un homme qui devait être de nature belliqueuse et accoutumé à des hommages?

Le clerc sentit alors l'infirmité de sa position; il envia des épaulettes, des croix, des titres. Tout cela devait lui plaire: il s'en doutait à ses habitudes dispendieuses.

Cependant Emma taisait quantité de ses extravagances, telles que l'envie d'avoir, pour l'amener à Rouen, un tilbury bleu, attelé d'un cheval anglais, et conduit par un groom en bottes à revers. C'était Justin qui lui en avait inspiré le caprice, en la suppliant de le prendre chez elle comme valet de chambre;—et si cette privation n'atténuait pas à chaque rendez-vous le plaisir de l'arrivée, elle augmentait certainement l'amertume du retour.

Souvent, lorsqu'ils parlaient ensemble de Paris, elle finissait par murmurer:

—Ah! que nous serions bien là pour vivre!

—Ne sommes-nous pas heureux? reprenait doucement le jeune homme, en lui passant la main sur ses bandeaux.

—Oui, c'est vrai, disait-elle, je suis folle; embrasse-moi!

368

Elle était pour son mari plus charmante que jamais, lui faisait des crèmes à la pistache et jouait des valses après dîner. Il se trouvait donc le plus fortuné des mortels, et Emma vivait sans inquiétude, lorsqu'un soir, tout à coup:

—C'est Mlle Lempereur, n'est-ce pas, qui te donne des leçons?

—Oui.

—Eh bien! je l'ai vue tantôt, reprit Charles, chez Mme Liégeard. Je lui ai parlé de toi; elle ne te connaît pas.

Ce fut comme un coup de foudre. Cependant elle répliqua, d'un air tout naturel:

—Ah! sans doute elle aura oublié mon nom.

—Mais il y a peut-être à Rouen, dit le médecin, plusieurs demoiselles Lempereur qui sont maîtresses de piano?

—C'est possible! Puis, vivement: J'ai pourtant ses reçus, tiens! regarde. Et elle alla au secrétaire, fouilla tous les tiroirs, confondit les papiers et finit si bien par perdre la tête, que Charles l'engagea fort à ne point se donner tant de mal pour ces misérables quittances.

—Oh! je les retrouverai, dit-elle.

En effet, dès le vendredi suivant, Charles, en passant une de ses bottes dans le cabinet noir où l'on serrait ses habits, sentit une feuille de papier entre le cuir et sa chaussette; il la prit et lut:

«Reçu, pour trois mois de leçons, plus diverses fournitures, la somme de soixante-cinq francs.—Félicie Lempereur, professeur de musique.»

369

—Comment diable est-ce dans mes bottes?

—Ce sera, sans doute, répondit-elle, tombé du vieux carton aux factures qui est sur le bord de la planche.

A partir de ce moment, son existence ne fut plus qu'un assemblage de mensonges, où elle enveloppait son amour comme dans des voiles, pour le cacher. C'était un besoin, une manie, un plaisir; au point que si elle vous disait avoir passé, hier, par le côté droit d'une rue, il fallait croire qu'elle avait pris par le côté gauche.

Un matin qu'elle venait de partir, selon sa coutume, assez légèrement vêtue, il tomba de la neige tout à coup; et comme Charles regardait le temps à la fenêtre, il aperçut M. Bournisien dans le boc du sieur Tuvache qui le conduisait à Rouen. Alors il descendit confier à l'ecclésiastique un gros châle pour qu'il le remît à Madame, sitôt qu'il arriverait à la Croix rouge. A peine fut-il à l'auberge, que Bournisien demanda où était la femme du médecin d'Yonville. L'hôtelier répondit qu'elle fréquentait fort peu son établissement; aussi, le soir, en reconnaissant Mme Bovary dans l'Hirondelle, le curé lui conta son embarras, sans paraître, du reste, y attacher de l'importance, car il entama l'éloge d'un prédicateur qui pour lors faisait merveille à la cathédrale et que toutes les dames couraient entendre.

N'importe, s'il n'avait point demandé d'explications, d'autres plus tard pourraient se montrer moins discrets. Aussi jugea-t-elle utile de descendre chaque fois à la 370Croix rouge, de sorte que les bonnes gens de son village qui la voyaient dans l'escalier ne se doutaient de rien.

Un jour pourtant, M. L'Heureux la rencontra qui sortait de l'hôtel de Boulogne, au bras de Léon; et elle eut peur, s'imaginant qu'il bavarderait; il n'était pas si bête.

Mais trois jours après, il entra dans sa chambre, ferma la porte et dit:

—J'aurais besoin d'argent.

Elle déclara ne pouvoir lui en donner. L'Heureux se répandit en gémissements et rappela toutes les complaisances qu'il avait eues.

En effet, des deux billets souscrits par Charles, Emma jusqu'à présent n'en avait payé qu'un seul. Quant au second, le marchand, sur sa prière, avait consenti à le remplacer par deux autres, qui même avaient été renouvelés à une fort longue échéance. Puis il tira de sa poche une liste de fournitures non soldées, à savoir les rideaux, le tapis, l'étoffe pour les fauteuils, plusieurs robes et divers articles de toilette, dont la valeur se montait à la somme de deux mille francs environ. Elle baissa la tête; il reprit:

—Mais si vous n'avez pas d'espèces, vous avez du bien. Et il indiqua une méchante masure sise à Barneville, près d'Aumale, qui ne rapportait pas grand'chose. Cela dépendait autrefois d'une petite ferme vendue par M. Bovary père, car L'Heureux savait tout, jusqu'à la contenance d'hectares, avec le nom des voisins. Moi, à votre place, disait-il, je me libérerais, et j'aurais encore le surplus de l'argent.

371

Elle objecta la difficulté d'un acquéreur; il donna l'espoir d'en trouver; elle demanda comment faire pour qu'elle pût vendre.

—N'avez-vous pas la procuration? répondit-il.

Ce mot lui arriva comme une bouffée d'air frais.

—Laissez-moi la note, dit Emma.

—Oh! ce n'est pas la peine! reprit L'Heureux.

Il revint la semaine suivante et se vanta d'avoir, après force démarches, fini par découvrir un certain Langlois qui depuis longtemps guignait la propriété, sans faire connaître son prix.

—N'importe le prix! s'écria-t-elle.

Il fallait attendre, au contraire, tâter ce gaillard-là. La chose valait la peine d'un voyage; et comme elle ne pouvait faire ce voyage, il offrit de se rendre sur les lieux, pour s'aboucher avec Langlois. Une fois revenu, il annonça que l'acquéreur proposait quatre mille francs. Emma s'épanouit à cette nouvelle.—Franchement, ajouta-t-il, c'était bien payé.

Elle toucha la moitié de la somme immédiatement, et quand elle fut pour solder son mémoire, le marchand lui dit:

—Cela me fait de la peine, parole d'honneur, de vous voir vous dessaisir tout d'un coup d'une somme aussi conséquente que celle-là.

Alors, elle regarda les billets de banque, et rêvant au nombre illimité de rendez-vous que ces deux mille francs représentaient:

—Comment! comment! balbutia-t-elle.

—Oh! reprit-il en riant d'un air bonhomme, on 372met tout ce que l'on veut sur les factures. Est-ce que je ne connais pas les ménages? Et il la considérait fixement, tout en tenant à sa main deux longs papiers, qu'il faisait glisser entre ses ongles. Enfin, ouvrant son portefeuille, il étala sur la table quatre billets à ordre, de mille francs chacun.

—Signez-moi cela, dit-il, et gardez tout.

Elle se récria scandalisée.

—Mais si je vous donne le surplus, répondit effrontément M. L'Heureux, n'est-ce pas vous rendre service, à vous? Et prenant une plume, il écrivit au bas du mémoire: «Reçu de Mme Bovary quatre mille francs.» Qui vous inquiète? puisque vous toucherez dans six mois l'arriéré de votre baraque, et que je vous place l'échéance du dernier billet pour après le payement.

Emma s'embarrassait un peu dans ces calculs, et les oreilles lui tintaient comme si des pièces d'or, s'éventrant de leurs sacs, eussent sonné tout autour d'elle sur le parquet. Enfin L'Heureux expliqua qu'il avait un sien ami Vinçart, banquier à Rouen, lequel allait escompter ces quatre billets; puis il remettrait lui-même à Madame le surplus de la dette réelle.

Mais, au lieu de deux mille francs, il n'en apporta que dix-huit cents, car l'ami Vinçart (comme de juste) en avait prélevé deux cents pour frais de commission et d'escompte. Puis il réclama négligemment une quittance. Vous comprenez... dans le commerce... quelquefois... Et avec la date, s'il vous plaît, la date.

Un horizon de fantaisies réalisables s'ouvrit alors devant Emma. Elle eut assez de prudence pour mettre 373en réserve mille écus, avec quoi furent payés, lorsqu'ils échurent, les trois premiers billets; mais le quatrième, par hasard, tomba dans la maison un jeudi, et Charles, bouleversé, attendit impatiemment le retour de sa femme pour avoir des explications.

Si elle ne l'avait point instruit de ce billet, c'était afin de lui épargner des tracas domestiques; elle s'assit sur ses genoux, le caressa, roucoula, fit une longue énumération de toutes les choses indispensables prises à crédit.—Enfin, tu conviendras que, vu la quantité, ce n'est pas trop cher.

Cependant Charles, à bout d'idées, bientôt eut recours à l'éternel L'Heureux, qui jura de calmer les choses, si Monsieur lui signait deux billets, dont l'un de sept cents francs, payable dans trois mois. Pour se mettre en mesure, il écrivit à sa mère une lettre pathétique. Au lieu d'envoyer la réponse, elle vint elle-même; et quand Emma voulut savoir s'il en avait tiré quelque chose:

—Oui, répondit-il. Mais elle demande à connaître la facture.

Le lendemain, au point du jour, Emma courut chez M. L'Heureux le prier de refaire une autre note, qui ne dépassât point mille francs, car, pour montrer celle de quatre mille, il eût fallu dire qu'elle en avait payé les deux tiers, avouer conséquemment la vente de l'immeuble, négociation bien conduite par le marchand, et qui ne fut effectivement connue que beaucoup plus tard.

374

Malgré le prix très bas de chaque article, Mme Bovary mère ne manqua point de trouver la dépense exagérée.

—Ne pouvait-on se passer d'un tapis? Pourquoi avoir renouvelé l'étoffe des fauteuils? De mon temps, on avait dans une maison un seul fauteuil, pour les personnes âgées,—du moins c'était comme cela chez ma mère, qui était une honnête femme, je vous assure... Tout le monde ne peut pas être riche! Aucune fortune ne tient contre le coulage! Je rougirais de me dorloter comme vous faites! et pourtant, moi, je suis vieille, j'ai besoin de soins... En voilà! en voilà! des ajustements! des flaflas! Comment! de la soie pour doublure, à deux francs!... tandis qu'on trouve du jaconas à dix sous, et même à huit sous, qui fait parfaitement l'affaire.

Emma, renversée sur la causeuse, répliquait le plus tranquillement possible:—Eh! madame, assez! assez!...

L'autre continuait à la sermonner, prédisant qu'ils finiraient à l'hôpital.—D'ailleurs, c'était la faute de Bovary. Heureusement qu'il avait promis d'anéantir cette procuration...

—Comment!

—Ah! il me l'a juré! reprit la bonne femme.

Emma ouvrit la fenêtre, appela Charles, et le pauvre garçon fut contraint d'avouer la parole, arrachée par sa mère.

Emma disparut, puis rentra vite en lui tendant majestueusement une grosse feuille de papier.

—Je vous remercie, dit la vieille femme.

375

Et elle jeta dans le feu la procuration.

Emma se mit à rire d'un rire strident, éclatant, continu: elle avait une attaque de nerfs.

—Ah! mon Dieu! s'écria Charles. Eh! tu as tort aussi, toi! tu viens lui faire des scènes!...

Sa mère, en haussant les épaules, prétendait que tout cela c'était des gestes.

Mais Charles, pour la première fois se révoltant, prit la défense de sa femme, si bien que Mme Bovary mère voulut s'en aller. Elle partit dès le lendemain, et sur le seuil, comme il essayait à la retenir, elle répliqua:

—Non! non! Tu l'aimes mieux que moi, et tu as raison, c'est dans l'ordre. Au reste, tant pis! tu verras!... Bonne santé!... Car je ne suis pas près, comme tu dis, de venir lui faire des scènes.

Charles n'en resta pas moins fort penaud vis-à-vis d'Emma, celle-ci ne cachant point la rancune qu'elle lui gardait pour avoir manqué de confiance. Il fallut bien des prières avant qu'elle consentît à reprendre sa procuration, et même il l'accompagna chez M. Guillaumin pour lui en faire faire une seconde toute pareille.

—Je comprends cela, dit le notaire; un homme de science ne peut s'embarrasser aux détails pratiques de la vie.

Charles se sentit soulagé par cette réflexion pateline qui donnait à sa faiblesse les apparences flatteuses d'une préoccupation supérieure.

Quel débordement, le jeudi d'après, à l'hôtel, dans 376leur chambre avec Léon! Elle rit, pleura, chanta, dansa, fit monter des sorbets, voulut fumer des cigarettes, lui parut extravagante, mais adorable, superbe.

Il ne savait pas quelle réaction de tout son être la poussait davantage à se précipiter sur les jouissances de la vie. Elle devenait irritable, gourmande et voluptueuse; et elle se promenait avec lui dans les rues, tête haute, sans peur, disait-elle, de se compromettre. Parfois, cependant, Emma tressaillait à l'idée soudaine de rencontrer Rodolphe; car il lui semblait, bien qu'ils fussent séparés pour toujours, qu'elle n'était pas complètement affranchie de sa dépendance.

Un soir, elle ne rentra point à Yonville. Charles en perdait la tête, et la petite Berthe, ne voulant pas se coucher sans sa maman, sanglotait à se rompre la poitrine. Justin était parti au hasard sur la route. M. Homais en avait quitté la pharmacie.

Enfin, à onze heures, n'y tenant plus, Charles attela son boc, sauta dedans, fouetta sa bête et arriva vers deux heures du matin à la Croix rouge. Personne. Il pensa que le clerc peut-être l'avait vue; mais où demeurait-il? Charles, heureusement, se rappela l'adresse de son patron. Il y courut.

Le jour commençait à paraître. Il distingua des panonceaux au-dessus d'une porte; il frappa. Quelqu'un, sans ouvrir, lui cria le renseignement demandé, tout en ajoutant force injures contre ceux qui dérangeaient le monde pendant la nuit.

La maison que le clerc habitait n'avait ni sonnette, ni marteau, ni portier. Charles donna de grands coups 377de poings contre les auvents. Un agent de police vint à passer; alors il eut peur et s'en alla.

—Je suis fou, se disait-il; sans doute on l'aura retenue à dîner chez M. Lormeaux.—La famille Lormeaux n'habitait plus Rouen. Elle sera restée à soigner Mme Dubreuil. Eh! Mme Dubreuil est morte depuis dix mois!... Où est-elle donc?

Une idée lui vint. Il demanda dans un café l'Annuaire et chercha vite le nom de Mlle Lempereur, qui demeurait rue de la Renelle-des-Maroquiniers, no 74.

Comme il entrait dans cette rue, Emma parut elle-même à l'autre bout, il se jeta sur elle plutôt qu'il ne l'embrassa, en s'écriant:

—Qui t'a retenue hier?

—J'ai été malade.

—Et de quoi?... Où?... Comment?...

Elle se passa la main sur le front et répondit:

—Chez Mlle Lempereur.

—J'en étais sûr! J'y allais.

—Oh! ce n'est pas la peine! dit Emma. Elle vient de sortir tout à l'heure; mais à l'avenir tranquillise-toi. Je ne suis pas libre, tu comprends, si je sais que le moindre retard te bouleverse ainsi.

C'était une manière de permission qu'elle se donnait de ne point se gêner dans ses escapades. Aussi en profita-t-elle tout à son aise, largement. Lorsque l'envie la prenait de voir Léon, elle partait sous n'importe quel prétexte, et comme il ne l'attendait pas ce jour-là, elle allait le chercher à son étude.

Ce fut un grand bonheur les premières fois; mais 378bientôt il ne cacha plus la vérité, à savoir que son patron se plaignait fort de ces dérangements.

—Ah bah! viens donc, disait-elle.

Et il s'esquivait.

Elle voulut qu'il se vêtît tout en noir et se laissât pousser une pointe au menton, pour ressembler aux portraits de Louis XIII. Elle désira connaître son logement, le trouva médiocre; il en rougit; elle n'y prit garde, puis lui conseilla d'acheter des rideaux pareils aux siens, et comme il objectait la dépense:

—Ah! ah! tu tiens à tes petits écus! dit-elle en riant.

Il fallait que Léon chaque fois lui racontât toute sa conduite, depuis le dernier rendez-vous. Elle demanda des vers, des vers pour elle, une pièce d'amour en son honneur; jamais il ne put parvenir à trouver la rime du second vers, et il finit par copier un sonnet dans un keepsake.

Ce fut moins par vanité que dans le seul but de lui complaire. Il ne discutait pas ses idées; il acceptait tous ses goûts; il devenait sa maîtresse plutôt qu'elle n'était la sienne. Elle avait des paroles tendres avec des baisers qui lui emportaient l'âme. Où donc avait-elle appris cette corruption presque immatérielle, à force d'être profonde et dissimulée?

 

木曜日であった。エンマは起き出して、シャルルが眼を覚まさないように静かに着付けをした。朝早く仕度するのを見たら、ぐずぐず言うかもしれないからだ。それからエンマは部屋の中をうろうろ歩いた。窓際に立って広場を眺めた。薄ら明りは市場の柱の間をめぐり、薬屋の家は、雨戸をまだ閉めたまま、暁の蒼白い色の中に、看板の花文字を浮き出していた。
時計が七時十五分を指すと、エンマは『金獅子』へ出掛けた。女中のアルテミーズが欠伸あくびしながら開けてくれて、奥様のために埋火うずみびを掻き立ててくれた。エンマは料理場の中にひとりいた。時どき外へ出てみる。イヴェールがおかみのルフランソワの話を聞きながら、悠々と馬を馬車に繋いでいる。おかみは木綿頭巾の頭を小窓から突き出して、イヴェールにいろいろ用事をことづけたり、他人ならまごつくような説明をくどくどやっている。エンマは靴底を庭の敷石に打ちつけていた。
やっとのことで、イヴェールは食事をすまし、マントを羽織り、パイプに火をつけ、鞭をつかんで、悠然と馭者台に上った。
『つばめ』は小刻みに駆け出した。そして小一里ほどの間は、所どころで停まっては、庭木戸の前の道端に立って待っている客を拾って行った。前日から申し込んでいる連中はなかなか出てこなかった。中にはまだ家の中でベッドにいるものもあった。イヴェールは呼んだり、叫んだり、喚いたり、はては馭者台から降りて行って、破れるほど扉を叩いたりした。風はひびの入った馬車の窓から吹き込んだ。
そうこうするうち、ベンチは四つとも塞がって、馬車は走り出した。りんごの木が列をなしていた。そして街道は、黄色い水を湛えた長い溝に挟まれて、地平の彼方へ、末すぼまりに続いていた。
エンマにはこの道筋の端から端まで見覚えがあった。草原を過ぎると道標があり、その次には楡にれの木や、納屋や、道路工夫の箱番がある。ときには、見慣れぬものを期待しで、わざと眼を閉じてもみた。それでも、これからさき通るべき道程みちのりに対する感覚の狂うことはめったになかった。
やっと、煉瓦建ての家々が間近かくなり、車輪の下で地面が響き、『つばめ』は方々の庭の間を通り抜けて行くのだが、そのある庭の透垣すきがき越しに、石像や、ハリエニシダや、刈り込んだ水松いちい
や、ブランコなどが見えた。やがて、ぱっと一瞬、町が現われる。
町はさながら、円形劇場の底、立ちこめる霧に溺れて、橋の彼方に、ぼんやり広がっている。町の向こうには、広々とした野原が単調な起伏を描いて高まり、広い大空のさだかならぬ涯にまで続いている。こうして高みから見わたすと、この風景全体はさながら一幅の絵のように静まりかえっていた。錨いかりをおろした船舶は一隅にかたまり、河は縁なす丘の麓を大きくうねり、長細い島々は動かぬ黒い大魚のように水の上に浮かんでいる。多くの工場の煙突からは、巨大な羽飾りのような黒煙が後から後から飛んでゆく。鋳物いもの工場の唸うなるような響きが、霧の中にそびえ立つ教会堂の朗らかな鐘の音と一緒に聞こえてくる。葉の落ちつくした広小路の木々は立ち並ぶ家々の間にはさまれて、まるで紫色の草むらのよう。そうして雨に光る麓は、その街々の高低につれて、思い思いに光っている。ときおりさっと風が吹いて、聖サンカトリーヌの丘の方へ雲をはこぶのだが、それは空ゆく波が崖にあたって音もなく砕け散るかと見えるのだった。
エンマにとっては、そこに群れ集つどって生きているものすべてから、なにものか目眩めくるめくものが、彼女を目指して逃れてくるように思われた。そこに躍動している十二万の人間の魂が、必らず持っているに違いない情熱の蒸気を、みんな一時にエンマに向かって吹き送ってでもくるように、彼女の心はゆたかに膨れあがった。エンマの愛情は広々とした眺めを前にして大きく広がり、下から昇ってくるおぼろな唸りにかき立てられた。エンマはその愛情を外界へ、広場へ、散歩道プロムナードへ、街々へと注ぎ返した。ノルマンディーの古都は眼前に展ひらけて、エンマは今限りもなく広い都、バビロンの都へでも入って行くような気持ちになった。エンマは微風そよかぜを吸いながら、両手をついて窓外に乗り出していた。三頭の馬は疾駆する。石は泥濘に軋きしみ、車体は揺れる。そしてイヴェールは遠くから、街道を行く田舎馬車に声をかけた。ボワ・ギョームで夜明かししたブルジョワたちは小型の自家用馬車を駆って、静かに丘を降りて行った。
馬車は市門で停まった。エンマはその間に雨靴をぬぎ、手袋をはめ替え、ショールを直した。そうして『つばめ』がもう二十歩ばかり行ったところで、降りた。
市まちはちょうど眠りから覚めようとしていた。トルコ帽の店員たちが店先を拭いている。手籠を腰にあてた女房連が時どき街角で、大きな声を立てる。エンマは塀とすれすれに、黒のヴェールのかげで頬笑みながら、伏し眼がちに歩いて行った。
人目をはばかって、いつも近道はしなかった。小暗い裏通りばかりに潜り込み、ナショナル街の端にある噴水のそばへ、汗ぐっしょりになって辿たどりつく。そこらあたりは芝居小屋と居酒屋と娼婦の街である。荷車がぐらぐら揺れる書き割りを載せて、よくエンマのそばを通ってゆく。前掛姿の給仕ボーイたちは板石の上の植木鉢を並べた間へ砂を撤いている。アプサントや葉巻や牡蠣かきの匂いが鼻を撲うつ。
エンマは街角を曲がる。と、彼が見える。帽子からはみ出した縮れ毛でわかるのだ。
レオンは歩道の上を歩き続ける。エンマは後を追ってホテルにつく。彼は上ってゆく、扉をあける、入る……そしてなんという抱擁!
数々の口づけのあと、やがて言葉が口をつく。過ぐる一週間の切なさや、虫のしらせ、手紙の心もとなさを語り合う。だが今はもう何もかも忘れて、顔を見合わせ、逸楽に笑いさざめき、愛の名前を呼び交わす。
ベッドは舟形の、マホガニー材のダブル。赤いトルコ絹のカーテンが天井から垂れ下って、末広がりになった枕もとのもたれの上の、ごく低いところでアーチの形にしぼってあった。——恥ずかしそうにエンマが手で顔を隠して、露わな両の腕を胸のあたりですぼめるとき、このカーテンの緋の色に浮き出した黒髪と雪の肌ほど美しいものはまたとなかった。
しっとりした絨毯じゆうたんに、派手な装飾、そうしておだやかな光線の入る生暖かいこの部屋は、しんみり恋に耽るには、実際もってこいであった。尖端さきが矢形になっている帳竿とばりざおや、真鍮しんちゆうのカーテン止めや、暖炉の薪架うまの球飾りは、陽が射しこむとぱっと光った。暖炉棚の上の二つの枝付き燭台の間には、耳をあてると潮騒の聞こえる、大きなバラ色の貝殻が二つ飾ってあった。
華麗という点ではいくら欠けてはいたが、二人はこの晴れやかな部屋をどんなに愛したことか! 家具調度はいつ見ても、あるべきところにちゃんとあった。そうしてときには、前の木曜日にエンマの忘れておいたヘアピンですら、時計の台の下にそのまま見つかることがあった。二人は暖炉のそばに腰かけて、紫檀したんを象眼ぞうがんした小さい丸テーブルで食事をした。エンマはあらん限りの愛嬌をふりまきながら、肉を切ってはレオンの皿に盛ってやる。シャンパンの泡が軽いグラスに溢れて指輪にかかると、エンマは声を立てて、みだらに笑う。二人は互いの占有に無我夢中だったので、この部屋をまるでわが家のように考えていた。永遠に水々しい夫婦として死ぬまでここで暮らすように思っていた。二人は、『わたしたちの部屋、わたしたちの絨毯、わたしたちの肘掛け椅子』などと言い言いした。エンマにいたっては、『わたしたちのスリッパ』とまで言ったものだが、それはエンマがいつかふと欲しくなって、レオンにもらった品だった。それは、白鳥の毛で縁どった、バラ色の繻子しゆすの上履きで、エンマがレオンの膝に乗っかると、足は短く宙に浮いて、そのかかと革のない可愛い靴は、エンマの素足に指先だけで懸かるのだった。
レオンは初めて女性美の、言いようのない味を知った。こんなに優雅な言葉づかい、こんなに渋い着物の好み、そうしてまた、まどろむ鳩のような数々の姿態に、これまで巡り逢ったことはついぞなかった。レオンはエンマの魂の火のつきそうな恐ろしさと、スカート下のレースに心奪われた。それにエンマは貴婦人ではないか! しかもおまけに人妻だ! つまり、これこそ本当の情人ではないか!
気持ちの移り変わるままに、エンマはふっと沈むかと思うと急にはしゃぐ、しゃべりちらすかと見ると押し黙り、気短かになるかと思うとまるでのんきに構えて、レオンの心に数限りなき欲情を覚まし、さまざまな本能や記憶を呼び起こすのだ。エンマはあらゆる小説に出てくる恋の女ともなり、あらゆる劇のヒロインともなり、あらゆる詩集に歌われる茫漠たる『あの女』ともなるのだ。レオンはエンマの肩の上に、『浴ゆあみするハレムの女』(アングルの『ヴァルパンソンの浴
女』か。巻末の参考画像を参照)の琥珀こはくの色を見る。エンマは封建時代の城主の奥方のように胸がすらっと長かった。また『バロセロナの青白き女』(未
詳)にも似ていた。しかしわけても、エンマは天使であった。
彼女をじっと見つめていると、魂は女の方へ抜け出して、顔のまわりを波のようにつつみ、やがて胸の真白な中へ引きこまれるかと思われることがしばしばあった。
彼は女の前の床に腰を下ろす。そして膝頭に両肘をのせて、頬笑みながら、顔をつき出して、つくづくと眺めるのだ。
すると彼女はレオンの方に身をかがめ、息もつまらんばかりの酔い心地で、囁ささやく。
「ああ! 動かないで! 黙っていて! わたしをじっと見てよ! あんたの眼から、なんだか甘いものが出てくるのよ、ああ、とてもいい気持ち!」
エンマは彼を、『坊や』と呼ぶ。
「坊や、あたしが好き?」
そしてろくにも答えも聞かないうちに、あわただしく、唇をレオンの口に押し当てるのだった。
置時計の上には青銅の小さいキューピッドが、金色の花房をかざし、腕を丸く曲げて気取っていた。二人はそれを面白がってよく笑ったものだが、しかしいよいよ別れとなると、なにもかもが物々しく見えてくる。
互いにじっと向き合ったまま二人は繰り返した。
「次の木曜日!……木曜よ!」
エンマはいきなりレオンの頭を両腕に抱き、『さよなら!』と叫びながら、つと額に口づけして、階段を駆けおりた。
それから、髪を直しにコメディ街の床屋へ行った。日はとっぷり暮れようとしている。床屋ではガス灯を点ともしにかかっている。
役者連に楽屋入りを知らせる劇場の鈴の音が聞こえる。するとすぐ前を、色の白い男や、色の褪さめた服を着た女がぞろぞろ通って、楽屋口から入って行くのが見えた。
狭くて天井の低いこの部屋は、鬘かつらやポマードの一杯ある中にストーブが唸うなっているので、暑苦しかった。鏝こての匂いと、髪をいじる油手の匂いが一緒になって、まもなくエンマは気が遠くなり、化粧着のまましばらくの間うとうとする。髪を結いながら、小僧はよく仮装舞踏会の切符を勧めた。
さてそれからエンマは帰って行く! 街々をのぼって、『赤十字』ホテルへ着く。そして、その朝、馬車の腰掛けの下へ隠しておいた雨靴を穿き、気ぜわしい乗客の間を、自分の席へぐったり掛ける。幾人かは丘の麓で降りてしまう。エンマはよく馬車の中で一人になってしまう。
道を曲がるごとに町の灯がだんだんはっきり見えてくる。それはごっちゃになった家々の上に、大きな光の靄もやを立てていた。エンマはクッションの上に跪ひざまずいて、その眩まばゆい光の中へ眼をやった。エンマは啜すすりあげる。レオンの名を呼ぶ。そして彼に優しい愛の言葉を、口づけを送る。そしてそれは風に消えてゆく。
峠には一人の乞食が杖をついて、行きかう乗合馬車の間をうろついていた。肩には襤褸ぼろを重ね、顔は鍋底のように丸くなった崩れた高いビーバー帽に隠れている。しかし帽子を脱ぐと、瞼まぶたのところに、血だらけの、ぽっかり口をあいた二つの眼窩がんかが現われ、肉は赤くぼろぼろに爛ただれている。そこからは膿うみが出て、鼻の辺りまで緑色の疥癬かいせんのようにこびりついている。黒い鼻の孔は、ひきつるようにくんくん鳴る。ものを言うときには、仰向あおむいて白痴のように笑う。すると青みを帯びた瞳はぐうっとこめかみの方へ吊りあがって、生々しい傷の縁に突き当たるのだ。
乞食は馬車のあとをつけながら小唄を歌った。

晴れた日和にうきうきと、
娘も恋を夢みがち。

そのあとには、小鳥や日の光や青葉が出て来た。
時どき、乞食は帽子を脱いで、ぬっとエンマの後ろに現われた。エンマは声を立てて身を引いた。イヴェールは乞食をからかいにきて、サン・ロマンの市いちに小屋掛けしろとか、情婦いろはどうしているなどと笑いながら訊いた。
馬車が走っているとき、よく乞食の帽子が窓から車内へぬっと現われることがあった。乞食は前後の車輪の泥を浴びながら、もう一方の手で踏み台にしがみついている。声は最初は弱く、赤ん坊の泣き声のようだが、次第に鋭くなってゆく。なにを嘆くとも知れぬかすかな号泣のように、それは闇の中に長々と尾を曳いた。鈴の音や木立のざわめきや、箱馬車の唸りを通して聞くその声には、エンマの心を顛倒させるような、はるかな遠々しいものがあった。それは谷底に舞い降りる竜巻のように、エンマの魂の底へ沈んで行き、果てしもない憂鬱の虚空へエンマを運び去るのであった。しかしイヴェールは一方へ重みのかかるのに気がつくと、鞭をふるってこの盲人をひっぱたいた。革紐が盲人の傷を打つ。盲人は悲鳴をあげて泥濘ぬかるみの中へ倒れた。
やがて、『つばめ』の乗客は眠ってしまう。ある者は口をあけ、ある者は顎を落として隣りの人の肩へ寄りかかり、あるいは吊革に腕を通して、馬車の揺れるがまま規則正しく揺れていた。そして車外の、馬の尻の上あたりでぶらぶら揺れているランプの光は、チョコレート色のキャラコの幕を透して車内へ射し込み、じっと動かぬ人々の上に、血のような影を投げていた。エンマは悲しみに酔い、服にくるまって震えている。爪先はだんだん冷たくなり、悲しさに生きた心地もない。
シャルルは家で待っていた。『つばめ』は木曜日には必ず遅れた。エンマはやっと帰ってくる! が、ろくに子供にキスもしない。夕食の用意ができていないくらいがなんだろう。エンマは女中を咎とがめもしない。女中は今ではどんなわがままも許されているらしい。
夫はよくエンマの悪い顔色に目をとめて、病気ではないかと訊いてみる。
「いいえ」とエンマは言う。
「でも今晩は、お前なんだかおかしいよ」
「いいえ、なんでもないのよ! なんでもないのよ!」
日によると、エンマは帰るとさっそく、自分の居間へ上ってしまうことさえあった。すると、そこに居合わせたジュスタンが、足音静かに立ちまわって、気の利いた小間使いよりも器用にエンマの世話をやく。マッチや燭台や本を置くべきところへ置き、寝間着をならべ、掛け布団をはねる。
「さあ、もういいからお帰り」とエンマは言う。
それはジュスタンが、不意に無数の夢想の糸に絡まれたように、手を垂れ、眼は見開いたまま佇たたずんでいたからである。
あくる日一日は耐えがたいほど不愉快であった。そしてそれに続く数日は、幸福をもう一度捉えようとする焦燥、——過ぐる日の楽しい夢に煽あおられる激しい欲望のために、いっそう耐えがたかった。そしてその欲望は七日目に、レオンの愛撫の中で、思うさま、一時にどっと燃えあがるのだ。レオンの熱情は、エンマに対して溢れ出る、驚嘆や感謝の思いのかげに隠されていた。エンマはそういう恋を、ひそかに、心ゆくまで味わい、愛の技巧のかぎりを尽くして育はぐくみながらも、やはりいつかは消え失せるのではあるまいかと、一抹の不安を感じるのであった。
エンマは憂鬱な甘ったるい声でよく言った。
「ああ、あんたは今にわたしを捨てるのね!……結婚するのね!……ほかの人たちと同じになるのね」
レオンは訊いた。
「ほかの人って?」
「つまり世間の男のことよ」とエンマは答えた。
そして物憂げにレオンを押しのけながら、
「男って、みんな恥知らずよ!」
ある日二人が、この世の幻滅という事について、人生観めいた話をしていたとき、エンマはふと、(レオンの嫉妬心をためすためか、いや恐らくは言い出さずにはいられなかったのであろう)、自分はむかし、レオンを愛する前に、ある男を愛したことがあると言った。『あんたほどじゃないのよ!』とエンマはすぐ言葉を続け、そして、『なんにもなかった』ことを娘の生命いのちにかけて誓った。
青年はエンマを信用はしたが、『その人』は何をしていたのかと問いただした。
「海軍大佐だったの」
そう答えたのは、一切の穿鑿せんさくだてを予防することになり、また同時に、海軍大佐などという元々武張ぶばった人間、平生へいぜいちやほやされつけている人間を引きつけたと言いつくろって、自分を偉く見せるつもりではなかったろうか?
書記はそのとき、自分の地位の低さを感じたのだ。肩章や勲章や肩書が羨ましかった。そういうものがエンマには嬉しいに違いない。彼はエンマの平生の贅沢さからそう察した。
しかしエンマは途方もない贅沢な考えをたくさん口に出さずにいた。たとえばルーアンへ行くのに、青塗りの二輪馬車テイルピユリーに乗って、イギリス馬に曳かせて、乗馬靴の馬丁に手綱をとらせたかった。こういう考えをエンマに起こさせたのはジュスタンであった。ジュスタンは自分を従者として使ってほしいと頼み込んだのであった。この馬車のない不自由のため、あいびきのたびごと、たとえ向こうに着く時の悦びは減らずとも、帰りの辛さはたしかに増した。
二人してパリの話をした果てには、エンマはよくこんなことを囁ささやいた。
「ああ、パリへ行って暮らしたら、わたしたち、どんなにいいでしょうねえ!」
「じゃ、僕らは幸福じゃないと言うつもり?」と、青年はエンマの髪を撫でながらやさしく答えた。
「ほんとに、そうだったわね。わたしどうかしてるわ、キスしてよ!」
エンマは夫に対してこれまでよりも愛想よくした。落花生クリームをこしらえたり、食後にワルツを弾いたりした。そこでシャルルは自分を世界の果報者と思い、エンマは何の不安もなく暮らしていたが、ある晩、シャルルは藪から棒に、
「お前の先生は、たしかランプルールさんと言ったね?」
「ええ」
「実はさっき、リエジャールの奥さんのところでその人に逢ったんだよ。お前のことを話したところが、その人はお前を知らないと言うんだよ」
青天の霹靂へきれきであった。しかしエンマは何喰わぬ顔で答えた。
「そりゃ、きっとわたしの名前をお忘れになったんでしょう」
「いや、ルーアンには、女のピアノの先生で、ランプルールという人が幾人もあるかもしれないね?」
「そうかもしれませんわ!」
そう言って、やがて勢いよく、
「でも、その人の書いた受け取りがありますわ、ちょっと見てちょうだい!」
と言うなり、机のところへ行って、抽斗を全部掻きまわし、書類を引っくり返したあげく、果ては狂乱の体になってしまったので、シャルルは、たかが領収書ぐらいのことにそう苦労するには及ばないと言った。
「いえ、きっと見つけます!」とエンマは言った。
果たしてその次の金曜日、シャルルが自分の衣類のしまってある物置部屋の中で、長靴を片一方履はこうとすると、靴と靴下との間に、なにか紙ぎれの入っているのを感じた。拾って読んでみると、

『金六十五フラン也 右三ヶ月分教授料に雑品代として正に受け取り申し候也
音楽教師 フェリシー・ランプルール』

「どうしてこれが靴の中などにあるんだろう?」
「きっと、棚の縁ふちにある、あの古い書類入れから落ちたんでしょう」とエンマは答えた。
その時以来、エンマの生活は全く嘘の塊りになってしまった。エンマはその塊りの中へ、まるでヴェールにでも包むように、自分の恋を包み隠していたのである。
嘘をつくことがやむにやまれぬ要求となり、マニアとなり、快楽となった。それで、もしエンマが、昨日道の右側を通ったと言ったら、それは左側のことだと思わねばならないほどであった。
ある朝、エンマが例によって、かなり薄着で出掛けると、まもなく、にわかに雪になった。シャルルが窓から空模様を眺めていると、ブールニジアン師がテュヴァシュの軽馬車に乗せてもらって、一緒にルーアンへ出かけるのが見えた。そこで、シャルルは下へ降りて、厚いショールを坊様にことづけ、『赤十字』ホテルへ着いたらすぐエンマに渡して下さいと頼んだ。宿屋へ着くと、ブールニジアンはすぐ、ヨンヴィル村のお医者の細君はどこにいると尋ねた。宿の女将は、その方ならあまりこの宿へはおいでになりませんと答えた。そこで坊さんは、その晩『つばめ』の中でボヴァリー夫人の姿を見つけたとき、自分の困った話をして聞かせた。もっともそう大したこととも思っていないらしかった。その証拠に坊さんは、当時本山で大成功を博し、ルーアン中の婦人が争って聴きにゆくというある宣教師を褒め出したのである。
しかし、たとえ坊さんはわけを訊かなかったにしても、これから先、もっと無遠慮に訊きただす者が出ないとは限らない。そこでエンマはルーアンへ来る度に一度は『赤十字』に落ち着くのが得策だと思った。そのために、ヨンヴィル村から来た人たちで、『赤十字』の階段の上りおりに、エンマの姿を見かけた連中は、すこしも疑問を持たなかった。
ところがある日、ルウルーは、レオンと腕を組んで『ブローニュ』ホテルから出て来るエンマにばったり出逢った。エンマはルウルーがしゃべり回りはすまいかと心配した。ところが、ルウルーときたらそんな頓馬ではなかった。
それで、それから三日すると、彼はエンマの居間へ入ってきて、扉を閉めてから切り出した。
「お金のいることができましたので」
エンマはあげられないと断わった。ルウルーはしきりに泣き言を並べ、これまで見せた好意のありったけをさらけ出した。
いかにも、シャルルの裏書きした手形二通のうち、今日までにエンマの支払ったのは一通だけで、第一のものはルウルーがエンマの頼みを聞き入れて、別の手形二通に書き替え、その二通すらずっと前に、ごく長期の期日に書き替えられていた。さて、ルウルーはポケットから、貸しになっている納品の書き付けを取り出した。それは窓掛け、絨毯じゆうたん、肘掛け椅子用切地きれじ、ドレス数着、化粧品各種、合計約二千フランに上っていた。
エンマはうなだれた。ルウルーは言葉を継いで、
「しかし、現金のお持ち合わせはなくとも、『財産』がおありでしょう。」
そう言って彼は、オーマル町に近いバルヌヴィルに在る、大した身入りにもならぬぼろ家の話を持ち出した。それはもと、ボヴァリーの父親が売り払ったある小さな農場に付属していたものであった。ルウルーは何から何まで知っていた。広さは何町歩あって、近所には誰がいるかまで知っていた。
「もしわたしなら、それを売って借金を返したうえ、いくらか浮かせるんでございますがねえ」と彼は言った。
エンマは容易に買い手が見つかるまいと言った。ルウルーは、見つかりますよと希望を持たせた。しかしエンマは、自分の名義で売るにはどうしたらよいかと訊いた。
「委任状をお持ちじゃございませんか?」とルウルーは答えた。
この一言は涼風すずかぜのように感じられた。
「その書き付けは置いといて下さい」
「いや、それには及びません?」とルウルーは答えた。
彼は次の週またやって来た。そして種々奔走の結果、買い値は言ってないが、以前からあの家を覗っているラングロワという男を見つけ出したと得意顔で言った。
「値段なんか構わないわ!」とエンマは叫んだ。
いや、もうしばらく待って、その男の腹を探って見ねばならぬ。この話はわざわざ出向いて行くだけの値打ちがある。奥さんは出かけてゆくわけにも行きますいから、自分が現場へ行ってラングロワと話をつけましょうと言い出した。帰ってくると、ルウルーは買い手は四千フラン出そうと言っていると報告した。
エンマはこの知らせに有頂天になった。
「正直なところ、いい値でございますよ」とルウルーは言いたした。
エンマは即座に半金を受け取った。例の勘定書を払おうとすると、ルウルーが言った。
「それほど『莫大な』お金を一遍にお放しなさいますのは、実際お気の毒でございますなあ。」
そう聞いてエンマは、つくづく紙幣さつを眺めてみた。この二千フランが表している数限りないあいびきを空想しながら、
「なんですって? なんですって!」と呟つぶやいた。
「なあに!」とルウルーは人が好さそうに笑いながら、「勘定書には何とでも書けます。わたしはこれで、世帯のことには明るうございますからね」
そして彼は二通の長い書き付けを手に持ち、それを指先で揉みながら、エンマをじっと見まもっていた。それから、紙入れを開けて、一千フランずつの約束手形四枚を机の上に並べた。
「これに御署名なさいまし」と彼は言った。「そしてお金は全部とっておおきなさいまし」
エンマは、あんまりだと思って反対した。
「でも、残金は差し上げるのですから、」とルウルーは図々しく答えた。「これはあなた様のおためじゃございませんか?」
彼はペンを取って、請求書の下に『金四千フラン也 右正に領収候也 ボヴァリー御奥様』と響いた。
「六ヶ月経てばあの家の後金あときんがお手もとへ入るのですし、最後の手形の支払い期限は後金の入ったあとにして差し上げるのですから、なにもご心配はないではございませんか?」
エンマは胸算用には少々まごついたが、耳にはもう金貨が袋を破って、あたりの床ゆかで鳴っているのが聞こえた。やがて、ルウルーは、ルーアンのブローカーでヴァンサールという友達がいるから、それにこの四通の手形は割引いてもらおう、そして借金の実際高を差引いた残額は、自分が直接奥さんにお渡ししましょうと説明した。
ところで、ルウルーは一千フランのところを、千八百フランしか持ってこなかった。ヴァンサールが、(『当然の権利』として)手数料と割引料の二百フランを天引きしたのである。
次に、ルウルーは、どうでもよいことだがと言わんばかりに、領収証がほしいと言った。
「おわかりでございましょう……、商売で……往々その……あ、それから日付を、どうぞ、日付をね」
実現しそうな空想の天地がエンマの眼前に展開した。エンマもさすがに慎重に、三千フランには手をつけないで、期限がくると、その金で最初の手形三通は払った。ところが四枚目の手形が、どうしたはずみか、木曜日に家へ回ってきた。仰天したシャルルは、妻の帰りを待ちかねて、わけを訊いた。
その手形の話をしなかったのは、家のうるさいごたごたをお聞かせしたくなかったからですと、夫の膝の上に乗り、夫を撫でまわし、甘い声を出して、エンマは掛けで買った余儀ない品を一々丁寧に数え上げた。
「結局、品数から見れば、そう高いとはお思いにならないでしょう?」
シャルルは思案に困って、やがていつものルウルーに救いを求めた。ルウルーは、もしあなたが二通の手形を書いて下されば、きっと形をつけて見せますと言った。二枚のうちの一枚は金七百フラン、三ヶ月期限のものだった。シャルルは融通をつけるために、母親へ悲痛な手紙を書いた。母親は返事を書かずに自身でやって来た。お母さんからいくらか出ましたかと、エンマが夫に尋ねると、
「うむ、しかし母さんは勘定書を見たいと言うんだよ」とシャルルは答えた。
翌る日の夜明け、エンマはルウルーの家へ駆け込んで、千フラン以下の勘定書を別に一通作ってくれと頼んだ。四千フランの勘定書を見せようと思えば、既にその三分の二が払ってあること、それに勢い不動産売却のことも言ってしまわねばならないからであった。この売却の一件はルウルーが巧く計らってくれたので、実際にわかったのはそれからずっと後のことだった。
一つ一つを見れば、品物はごく安かったが、ボヴァリー老夫人はむろんのこと、金使いがあらすぎると言い出した。
「絨毯じゆうたんなんかなしでもやって行けるのじゃないかね? どうしてまた、肘掛け椅子の布なんぞ張り替えたんだろうね? わたしの若い頃なんぞは、一軒の家に肘掛け椅子は一つしかなかったもんだ、年寄りのためにね。——ほかは知りません、わたしの里ではそうでした、母親はそれはそれは、かたいお人だったからねえ。——世間は金ばかりじゃないんですよ! どんな身上だって湯水のように使われた日にゃかなわない! わたしなんぞは恥ずかしくて、お前さんみたいに、わが身の贅沢は出来ません! 年をとって、大事にしてもらいたいわたしでさえ、そうですよ……おや、ある、ある? おめかしの贅沢な衣裳が! なんですって? 裏地にする絹が二フランですって?……十スウ、いや、八スウも出せば、結構間に合う綿紗があるのに」
エンマはソファに反り返って、どこ吹く風と言わんばかりに、
「ええ、もうたくさんです! けっこうです!」とやり返した。
相手は説教を続けて、今にお前たちは救済院で死ぬようなことになりますと予言した。もっともこれはボヴァリーがいけないのだ。幸いあの子は、あの委任状を無効にすると約束はしてくれたが……
「なんですって?」
「ええ、あれはそうわたしに誓ったんですよ」と老夫人は答えた。
エンマは窓を開けた。そしてシャルルを呼びつけた。シャルルは仕方なく、母親に言質げんちを取られてしまったことをエンマに白状した。
エンマは出て行ったが、すぐ戻ってきて、大きな紙片を厳おごそかに母親に向けて差し出した。
「ありがとう」と老夫人は言った。
そして委任状を火にくべた。
エンマは笑い出した。鋭く、激しく、続けさまに。——神経の発作である。
「ああ、どうしよう!」とシャルルは叫んだ。「お母さんもいけませんよ! あなたはこれと喧嘩しにいらっしゃったんだ!」
母親は肩をそびやかして、『あれはみんなお芝居さ』と言ってのけた。
しかし、シャルルは初めて親に逆らって妻の肩を持った。そこで、ボヴァリー老夫人は帰ると言い出した。さっそく、老夫人はその翌る日に出発した。閾しきい口でシャルルがしきりに止めようとすると、老夫人は言い返した。
「いえ、いえ! お前はわたしよりあれが可愛いんだ、もっともさ、それが当たり前さ。とにかく気の毒だが仕方がない! 今にわかるよ!……身体を大事におし……ここ当分は、お前の言い草じゃないが、あれと喧嘩をしには来ないからね」
しかしエンマが、信用されなかった恨みを露骨に見せるので、シャルルはエンマに面と向かうと、さすがに照れた。幾度も拝むように頼んだあげく、やっともとどおりエンマが委任を受けることを承諾させ、そのうえギョーマン氏のところへ随ついて行って、前のと同じものを作ってもらった。
「ごもっとも」と公証人は言った。「学者というものは、日常の細かい事に関わってはおられませんからな」
シャルルはこのおべっかを聞いて胸がすいた。自分の弱味が、高尚な仕事に没頭しているという外観で、体裁よく繕つくろえたからである。
次の木曜日、ホテルの二人の部屋で、レオンと一緒になったときの、なんという痴情! エンマは笑い、泣き、歌い、踊った。氷菓子を取った。煙草を喫いたがった。レオンには彼女が狂暴にも見えたが、たまらなくよかった、素晴らしかった。
エンマの全生命のいかなる反動が、エンマをますます人生の享楽に走らせるのか、それがレオンにはわからなかった。エンマは激し易くなった。食い気も色気もつのってきた。レオンと連れ立って、表通りを大きな顔で、エンマの言い草をかりて言えば、世間も構わずに散歩した。とはいうものの、ときおり、ふとロドルフに出会いそうな気がしてぞっとした。二人は永久に別れてはしまったものの、彼女にはまだすっかり手が切れていないような気がするからであった。
ある晩エンマはヨンヴィルへ戻ってこなかった。シャルルはやきもきした。ベルトは、ママがいなくては寝ないと言って、胸もはり裂けるほど泣いた。ジュスタンは当てもなく街道を駆け出した。それでオメーまでが薬局を出てきた。
とうとう十一時になると、シャルルは居たたまらず、軽馬車に馬をつけ、飛び乗るが早いか、馬を鞭打ち鞭打ち、午前二時頃、『赤十字』へ着いた。誰もいない。もしかすると書記がエンマに出会ったかもしれない。だが、書記の住居はどこだろう? シャルルは幸い書記の主人の住所を思い出して、駆けつけた。
夜は明けようとしていた。とある門の上に公証人の門標が見えた。ノックした。誰かが、戸も開けずに、大声で所番地を教え、おまけに、夜なか人騒がせするような奴はろくでなしだと散々に罵ののしった。
書記の住家には呼鈴も叩金ノッカーも門番もなかった。シャルルは雨戸を叩いた。巡査が通りかかった。シャルルは怖くなって立ち去った。
「気がちがいそうだ」とシャルルは独りごとした。「あれは、きっとロルモーさんのところで、ご馳走に引き止められたのかもしれん。」
ロルモーはもうルーアンにはいない。
デュヴルイユの奥さんの看病に残ったのだろう。いや! デュブルイユの奥さんは十ヶ月前に死んでいる!……いったいどこにいるんだろう?」
ふと思い当たることがあった。彼はカフェへ入って、『年鑑』を借り、急いでランプルール嬢の名前を探した。ルネル・デ・マロキニエ街七十四番地に住んでいた。
その街へさしかかると、向こうの外れにエンマ自身が現われた。抱くというよりはむしろ飛びつくようにして、シャルルは叫んだ。
『昨日はどうして帰れなかった?」
「病気でしたの」
「どこが?……どこで?……どうして?……」エンマは額を抑えて答えた。
「ランプルールさんの家とこで」
「きっとそうだろうと思っていた! わたしもちょうど行くところだったんだ」
「いえ、それには及びませんわ」とエンマは言った。「先生はついさっきお出掛けになったんです。でも、これからは心配しないでちょうだい。ちょっと遅くなってさえ、そんなに気をお揉みになるのかと思うと、わたし、なんだか縛られたようで」
それは遠慮なく家をあける許しを得たようなものであった。で、エンマはそれを気ままに、自由に利用した。レオンに逢いたくなると、なんとでも口実をつけて出ていった。そんな日はレオンが迎えにきていないので、事務所へ連れ出しに行った。
初めのうち、レオンにはそれがずいぶん嬉しかった。しかしやがてありのままを隠さずに言った。——主人がそういう邪魔の入るのをひどくこぼしているということであった。
「構うもんですか! いらっしゃいよ」とエンマは言った。
で、レオンは抜け出した。
エンマはレオンに黒ずくめの服を着せたがった。またルイ十三世の肖像に似るように、顎に尖った髭を生やせと言った。レオンの下宿を見たがった。そして平凡だと言った。レオンは赤面したが、エンマは気にもかけないで、自分と対の窓掛けを買うように勧めた。レオンが金がかかると言うと、
「おやまあ! 細かいのねえ!」と笑いながら言った。
レオンはいつも、この前のあいびき後自分のしたことをすっかり報告させられた。エンマは詩を贈ってほしいと言った。自分のための詩、自分を讃えた『恋愛詩』をほしがった。レオンには第二句目の韻がどうしても見つからなかった。で、しまいには、絵入り詩集の中から十四行詩を写しとった。
それは、見栄からというよりは、ただ彼女に媚びるがためだった。レオンは彼女の考えはなにによらず通した。彼女の趣味はみんな受け入れた。彼女がレオンの情婦であるよりも、むしろレオンが彼女の情夫になった。エンマは優しい言葉と、魂を奪うような口づけを持っていた。あまりに底深く秘められて、ほとんど霊的とも見えるこの淫逸を、エンマはいったいどこで覚えてきたのだろう?

VI

 

Dans les voyages qu'il faisait pour la voir, Léon souvent avait dîné chez le pharmacien, et s'était cru contraint, par politesse, de l'inviter à son tour.

—Volontiers! avait répondu M. Homais; il faut d'ailleurs que je me retrempe un peu, car je m'encroûte ici. Nous irons au spectacle, au restaurant; nous ferons des folies!

—Ah! bon ami!... murmura tendrement Mme Homais, effrayée des périls vagues qu'il se disposait à courir.

—Eh bien! quoi? tu trouves que je ne ruine pas assez ma santé à vivre parmi les émanations continuelles de la pharmacie! Voilà, du reste, le caractère des femmes: elles sont jalouses de la science, puis s'opposent à ce que l'on prenne les plus légitimes distractions. N'importe, comptez sur moi; un de ces jours, je tombe à Rouen et nous ferons sauter ensemble les monacos.

L'apothicaire, autrefois, se fût bien gardé d'une telle expression; mais il donnait maintenant dans un genre folâtre et parisien qu'il trouvait du meilleur goût; et comme Mme Bovary, sa voisine, il interrogeait le clerc curieusement sur les mœurs de la capitale, même il parlait argot afin d'éblouir... les bourgeois, disant turne, bazar, chicard, chicandard, Breda-street, et je me la casse, pour: je m'en vais.

380

Donc, un jeudi, Emma fut surprise de rencontrer dans la cuisine du Lion d'or M. Homais en costume de voyageur, c'est-à-dire couvert d'un vieux manteau qu'on ne lui connaissait pas, tandis qu'il portait d'une main une valise, et de l'autre la chancelière de son établissement. Il n'avait confié son projet à personne, dans la crainte d'inquiéter le public par son absence.

L'idée de revoir les lieux où s'était passée sa jeunesse l'exaltait sans doute, car tout le long du chemin il n'arrêta pas de discourir; puis, à peine arrivé, il sauta vivement de la voiture pour se mettre en quête de Léon; et le clerc eut beau se débattre, M. Homais l'entraîna vers le grand café de Normandie, où il entra majestueusement sans retirer son chapeau, estimant fort provincial de se découvrir dans un endroit public.

Emma attendit Léon trois quarts d'heure. Enfin elle courut à son étude, et, perdue dans toutes sortes de conjectures, l'accusant d'indifférence et se reprochant à elle-même sa faiblesse, elle passa l'après-midi le front collé contre les carreaux.

Ils étaient encore à deux heures attablés l'un devant l'autre. La grande salle se vidait; le tuyau du poêle, en forme de palmier, arrondissait au plafond blanc sa gerbe dorée; et près d'eux, derrière le vitrage, en plein soleil, un petit jet d'eau gargouillait dans un bassin de marbre où, parmi du cresson et des asperges, trois homards engourdis s'allongeaient jusqu'à des cailles, toutes couchées en pile, sur le flanc.

Homais se délectait. Quoiqu'il se grisât de luxe encore plus que de bonne chère, le vin de Pomard, 381cependant, lui excitait un peu les facultés, et lorsque apparut l'omelette au rhum, il exposa sur les femmes des théories immorales. Ce qui le séduisait par-dessus tout, c'était le chic. Il adorait une toilette élégante dans un appartement bien meublé, et, quant aux qualités corporelles, ne détestait pas le morceau.

Léon contemplait la pendule avec désespoir. L'apothicaire buvait, mangeait, parlait.

—Vous devez être, dit-il tout à coup, bien privé à Rouen. Du reste, vos amours ne logent pas loin.—Et comme l'autre rougissait:—Allons, soyez franc! Nierez-vous qu'à Yonville?...—Le jeune homme balbutia.—Chez Mme Bovary... vous ne courtisiez point?

—Et qui donc?

—La bonne!

Il ne plaisantait pas; mais la vanité l'emportant sur toute prudence, Léon, malgré lui, se récria. D'ailleurs, il n'aimait que les femmes brunes.

—Je vous approuve, dit le pharmacien; elles ont plus de tempérament.

Et, se penchant à l'oreille de son ami, il indiqua les symptômes auxquels on reconnaissait qu'une femme avait du tempérament. Il se lança même dans une digression ethnographique: l'Allemande était vaporeuse, la Française libertine, l'Italienne passionnée.

—Et les négresses? demanda le clerc.

—C'est un goût d'artiste, dit Homais. Garçon!... deux demi-tasses!

—Partons-nous? reprit à la fin Léon, s'impatientant.

382

—Yes.

Mais il voulut, avant de s'en aller, voir le maître de l'établissement et lui adressa quelques félicitations.

Alors le jeune homme, pour être seul, allégua qu'il avait affaire.

—Ah! je vous escorte! dit Homais.

Et, tout en descendant les rues avec lui, il parlait de sa femme, de ses enfants, de leur avenir et de sa pharmacie, racontait en quelle décadence elle était autrefois, et le point de perfection où il l'avait montée.

Arrivé devant l'hôtel de Boulogne, Léon le quitta brusquement, escalada l'escalier et trouva sa maîtresse en grand émoi.

Au nom du pharmacien, elle s'emporta. Cependant il accumulait de bonnes raisons: ce n'était pas de sa faute... ne connaissait-elle pas M. Homais? pouvait-elle croire qu'il préférât sa compagnie? mais elle se détournait; il la retint; et, s'affaissant sur les genoux, il lui entoura la taille de ses deux bras, dans une pose langoureuse toute pleine de concupiscence et de supplication.

Elle était debout; ses grands yeux enflammés le regardaient sérieusement et presque d'une façon terrible. Puis des larmes les obscurcirent, ses paupières roses s'abaissèrent, elle abandonna ses mains, et Léon les portait à sa bouche lorsque parut un domestique, avertissant monsieur qu'on le demandait.

—Tu vas revenir? dit-elle.

—Oui.

—Mais quand?

383

—Tout à l'heure.

—C'est un truc, dit le pharmacien en apercevant Léon. J'ai voulu interrompre cette visite qui me paraissait vous contrarier. Allons chez Bridoux prendre un verre de garus.

Léon jura qu'il lui fallait retourner à son étude. Alors l'apothicaire fit des plaisanteries sur les paperasses, la procédure.

—Laissez donc un peu Cujas et Barthole, que diable! Qui vous empêche? Soyez un brave! Allons chez Bridoux, vous verrez son chien. C'est très curieux!

Et comme le clerc s'obstinait toujours:

—J'y vais aussi. Je lirai un journal en vous attendant, ou je feuilletterai un Code.

Léon, étourdi par la colère d'Emma, le bavardage de M. Homais, et peut-être les pesanteurs du déjeuner, restait indécis, et comme sous la fascination du pharmacien qui répétait:

—Allons chez Bridoux! c'est à deux pas, rue Malpalu!

Alors par lâcheté, par bêtise, par cet inqualifiable sentiment qui nous entraîne aux actions les plus antipathiques, il se laissa conduire chez Bridoux; et ils le trouvèrent dans sa petite cour, surveillant trois garçons qui haletaient à tourner la grande roue d'une machine pour faire de l'eau de seltz. Homais leur donna des conseils, il embrassa Bridoux, on prit le garus. Vingt fois Léon voulut s'en aller; mais l'autre l'arrêtait par le bras en lui disant:

—Tout à l'heure! je sors. Nous irons au Fanal de 384Rouen, voir ces messieurs. Je vous présenterai à Thomassin.

Il s'en débarrassa pourtant et courut d'un bond jusqu'à l'hôtel. Emma n'y était plus.

Elle venait de partir, exaspérée. Elle le détestait maintenant. Ce manque de parole au rendez-vous lui semblait un outrage, et elle cherchait encore d'autres raisons pour s'en détacher: il était incapable d'héroïsme, faible, banal, plus mou qu'une femme, avare d'ailleurs et pusillanime.

Puis, se calmant, elle finit par découvrir qu'elle l'avait sans doute calomnié. Mais le dénigrement de ceux que nous aimons, toujours nous en détache quelque peu. Il ne faut pas toucher aux idoles: la dorure en reste aux mains.

Ils en vinrent à parler plus souvent de choses indifférentes à leur amour; et dans les lettres qu'Emma lui envoyait, il était question de fleurs, de vers, de la lune et des étoiles, ressources naïves d'une passion affaiblie, qui essayait de s'aviver à tous les secours extérieurs. Elle se promettait continuellement, pour son prochain voyage, une félicité profonde; puis elle s'avouait ne rien sentir d'extraordinaire. Cette déception s'effaçait vite sous un espoir nouveau, et Emma revenait à lui plus enflammée, plus avide. Elle se déshabillait brutalement, arrachant le lacet mince de son corset qui sifflait autour de ses hanches comme une couleuvre qui glisse. Elle allait sur la pointe de ses pieds nus regarder encore une fois si la porte était fermée, puis elle faisait d'un seul geste tomber 385ensemble tous ses vêtements;—et pâle, sans parler, sérieuse, elle s'abattait contre sa poitrine, avec un long frisson.

Cependant il y avait sur ce front couvert de gouttes froides, sur ces lèvres balbutiantes, dans ces prunelles égarées, dans l'étreinte de ces bras, quelque chose d'extrême, de vague et de lugubre, qui semblait à Léon se glisser entre eux subtilement, comme pour les séparer.

Il n'osait lui faire de questions; mais, la discernant si expérimentée, elle avait dû passer, se disait-il, par toutes les épreuves de la souffrance et du plaisir. Ce qui le charmait autrefois l'effrayait un peu maintenant. D'ailleurs, il se révoltait contre l'absorption, chaque jour plus grande, de sa personnalité. Il en voulait à Emma de cette victoire permanente. Il s'efforçait même à ne pas la chérir; puis, au craquement de ses bottines, il se sentait lâche, comme les ivrognes à la vue des liqueurs fortes.

Elle ne manquait point, il est vrai, de lui prodiguer toutes sortes d'attentions, depuis les recherches de table jusqu'aux coquetteries du costume et aux langueurs du regard. Elle apportait d'Yonville des roses dans son sein, qu'elle lui jetait à la figure, montrait des inquiétudes pour sa santé, lui donnait des conseils sur sa conduite, et afin de le retenir davantage, espérant que le ciel peut-être s'en mêlerait, elle lui passa autour du cou une médaille de la Vierge. Elle s'informait, comme une mère vertueuse, de ses camarades. Elle lui disait:—Ne les vois pas, ne sors pas, ne 386pense qu'à nous, aime-moi! Elle aurait voulu pouvoir surveiller sa vie, et l'idée lui vint de le faire suivre dans les rues. Il y avait toujours, près de l'hôtel, une sorte de vagabond qui accostait les voyageurs et qui ne refuserait pas... mais sa fierté se réveilla.—Eh! tant pis! qu'il me trompe; que m'importe, est-ce que j'y tiens?

Un jour, qu'ils s'étaient quittés de bonne heure, et qu'elle s'en revenait seule par le boulevard, elle aperçut les murs de son couvent; alors elle s'assit sur un banc, à l'ombre des ormes. Quel calme dans ce temps-là! comme elle enviait les ineffables sentiments d'amour qu'elle tâchait, d'après des livres, de se figurer!

Les premiers mois de son mariage, ses promenades à cheval dans la forêt, le vicomte qui valsait, et Lagardy chantant, tout repassa devant ses yeux... Et Léon lui parut soudain, dans le même éloignement que les autres. «Je l'aime pourtant», se disait-elle; n'importe! elle n'était pas heureuse, ne l'avait jamais été. D'où venait donc cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s'appuyait?... Mais s'il y avait quelque part un être fort et beau, une nature valeureuse, pleine à la fois d'exaltation et de raffinements, un cœur de poète sous une forme d'ange, lyre aux cordes d'airain sonnant vers le ciel des épithalames élégiaques, pourquoi, par hasard, ne le trouverait-elle pas? Oh! quelle impossibilité! Rien d'ailleurs ne valait la peine d'une recherche, tout mentait! Chaque sourire cachait un bâillement d'ennui, 387chaque joie une malédiction, tout plaisir son dégoût, et les meilleurs baisers ne vous laissaient sur la lèvre que l'irréalisable envie d'une volupté plus haute.

Un râle métallique se traîna dans les airs, et quatre coups se firent entendre à la cloche du couvent. Quatre heures! et il lui semblait qu'elle était là, sur ce banc, depuis l'éternité. Mais un infini de passions peut se tenir dans une minute, comme une foule dans un petit espace.

Emma vivait tout occupée des siennes et ne s'inquiétait pas plus de l'argent qu'une archiduchesse.

Une fois pourtant, un homme d'allure chétive, rubicond et chauve, entra chez elle, se déclarant envoyé par M. Vinçart, de Rouen. Il retira les épingles qui fermaient la poche latérale de sa longue redingote verte, les piqua sur sa manche et tendit poliment un papier.

C'était un billet de sept cents francs, souscrit par elle, et que L'Heureux, malgré toutes ses protestations, avait passé à l'ordre de Vinçart.

Elle expédia chez lui sa domestique. Il ne pouvait venir.

Alors, l'inconnu qui était resté debout, lançant de droite et de gauche des regards curieux, que dissimulaient ses gros sourcils blonds, demanda d'un air naïf:

—Quelle réponse apporter à M. Vinçart?

—Eh bien! reprit Emma, dites-lui... que je n'en ai pas... ce sera la semaine prochaine... qu'il attende... oui, la semaine prochaine. Et le bonhomme s'en alla, sans souffler mot.

388

Mais le lendemain, à midi, elle reçut un protêt, et la vue du papier timbré, où s'étalait à plusieurs reprises et en gros caractères: «Maître Hareng, huissier à Buchy», l'effraya si fort qu'elle courut en toute hâte chez le marchand d'étoffes.

Elle le trouva dans sa boutique, en train de ficeler un paquet.

—Serviteur! dit-il, je suis à vous.

L'Heureux n'en continua pas moins sa besogne, aidé par une jeune fille de treize ans environ, un peu bossue, et qui lui servait à la fois de commis et de cuisinière.

Puis, faisant claquer ses sabots sur les planches de la boutique, il monta devant Madame au premier étage, et l'introduisit dans un étroit cabinet, où un gros bureau en bois de sape supportait quelques registres, défendus transversalement par une barre de fer cadenassée. Contre le mur, sous des coupons d'indienne, on entrevoyait un coffre-fort, mais d'une telle dimension qu'il devait contenir autre chose que des billets et de l'argent. M. L'Heureux, en effet, prêtait sur gages et c'est là qu'il avait mis la chaîne en or de Mme Bovary, avec les boucles d'oreilles du pauvre père Tellier, qui, enfin contraint de vendre, avait acheté à Quincampoix un maigre fonds d'épicerie où il se mourait de son catarrhe, au milieu de ses chandelles, moins jaunes que sa figure.

L'Heureux s'assit dans son large fauteuil de paille, en disant:

—Quoi de neuf?

389

—Tenez.

Et elle lui montra le papier.

—Eh bien! qu'y puis-je?

Alors, elle s'emporta, rappelant la parole qu'il avait donnée de ne pas faire circuler ses billets; il en convenait.

—Mais j'ai été forcé moi-même, j'avais le couteau sur la gorge.

—Et que va-t-il arriver, maintenant? reprit-elle.

—Oh! c'est bien simple: un jugement du tribunal, et puis la saisie: bernique!

Emma se retenait pour ne pas le battre. Elle lui demanda doucement s'il n'y avait pas moyen de calmer M. Vinçart.

—Ah bien, oui!... calmer Vinçart! vous ne le connaissez guère; il est plus féroce qu'un Arabe!

Pourtant il fallait que M. L'Heureux s'en mêlât.

—Écoutez donc! il me semble que, jusqu'à présent, j'ai été assez bon pour vous. Et déployant un de ses registres: Tenez! Puis remontant la page avec son doigt: Voyons... voyons... le 3 août, 200 francs... au 17 juin, 150 francs... 23 mars, 46... en avril... Il s'arrêta, comme craignant de faire quelque sottise... Et je ne dis rien des billets souscrits par Monsieur, un de 700 francs, un autre de 300 francs! Quant à vos petits acomptes, aux intérêts, ça n'en finit pas, on s'y embrouille. Je ne m'en mêle plus!

Elle pleurait, elle l'appela même «son bon monsieur L'Heureux». Mais il se rejetait toujours sur ce «mâtin de Vinçart». D'ailleurs, il n'avait pas un centime, 390personne à présent ne le payait, on lui mangeait la laine sur le dos, un pauvre boutiquier comme lui ne pouvait faire d'avances.

Emma se taisait, et M. L'Heureux, qui mordillonnait les barbes d'une plume, sans doute s'inquiéta de son silence, car il reprit:

—Au moins, si un de ces jours j'avais quelques rentrées... je pourrais...

—Du reste, dit-elle, dès que l'arriéré de Barneville...

—Comment?... Et en apprenant que Langlois n'avait pas encore payé, il parut fort surpris. Puis d'une voix mielleuse:—Et nous convenons, dites-vous?...

—Oh! de ce que vous voudrez!

Alors, il ferma les yeux pour réfléchir, écrivit quelques chiffres, et déclarant qu'il aurait grand mal, que la chose était scabreuse et qu'il se saignait, il dicta quatre billets de deux cent cinquante francs chacun, espacés les uns des autres à un mois d'échéance.—Pourvu que Vinçart veuille m'entendre! Du reste, c'est convenu, je ne lanterne pas, je suis rond comme une pomme.

Ensuite il lui montra négligemment plusieurs marchandises nouvelles, mais dont pas une, dans son opinion, n'était digne de Madame.—Quand je pense que voilà une robe à sept sous le mètre, et certifié bon teint! Ils gobent cela pourtant! on ne leur conte pas ce qui en est, vous pensez bien, voulant, par cet aveu de coquinerie envers les autres, la convaincre tout à fait de sa probité.

391

Puis il la rappela, pour lui montrer trois aunes de guipure qu'il avait trouvées dernièrement «dans une vendue».

—Est-ce beau! disait L'Heureux, on s'en sert beaucoup maintenant comme têtes de fauteuil, c'est le genre; et plus prompt qu'un escamoteur, il enveloppa la guipure de papier bleu et la mit dans les mains d'Emma.

—Au moins que je sache...

—Ah! plus tard, reprit-il en lui tournant les talons.

Dès le soir, elle pressa Bovary d'écrire à sa mère pour qu'elle leur envoyât bien vite tout l'arriéré de l'héritage. La belle-mère répondit n'avoir plus rien; la liquidation était close, et il leur restait, outre Barneville, six cents livres de rente, qu'elle leur servirait exactement.

Alors Madame expédia des factures chez deux ou trois clients, et bientôt usa largement de ce moyen, qui lui réussissait. Elle avait toujours soin d'ajouter en post-scriptum: «N'en parlez pas à mon mari, vous savez comme il est fier... Excusez-moi... Votre servante...» Il y eut quelques réclamations; elle les intercepta.

Pour se faire de l'argent, elle se mit à vendre ses vieux gants, ses vieux chapeaux, la vieille ferraille; et elle marchandait avec rapacité, son sang de paysanne la poussant au gain. Puis, dans ses voyages à la ville, elle brocantait des babioles, que M. L'Heureux, à défaut d'autres, lui prendrait certainement. 392Elle s'acheta des plumes d'autruche, de la porcelaine chinoise et des bahuts; elle empruntait à Félicité, à Mme Lefrançois, à l'hôtelière de la Croix Rouge, à tout le monde, n'importe où. Avec l'argent qu'elle reçut enfin de Barneville, elle paya deux billets; les quinze cents autres francs s'écoulèrent. Elle s'engagea de nouveau, et toujours ainsi!

Parfois, il est vrai, elle tâchait de faire des calculs; mais elle découvrait des choses si exorbitantes qu'elle n'y pouvait croire. Alors elle recommençait, s'embrouillait vite, plantait tout là, et n'y pensait plus.

La maison était bien triste, maintenant! On en voyait sortir les fournisseurs avec des figures furieuses. Il y avait des mouchoirs traînant sur les fourneaux, et la petite Berthe, au grand scandale de Mme Homais, portait des bas percés; si Charles, timidement, hasardait une observation, elle répondait avec brutalité que ce n'était point sa faute!

Pourquoi ces emportements? Il expliquait tout par son ancienne maladie nerveuse; et, se reprochant d'avoir pris pour des défauts ses infirmités, il s'accusait d'égoïsme, avait envie de courir l'embrasser.—Oh non! se disait-il, je l'ennuierais! Et il restait.

Après le dîner, il se promenait seul dans le jardin; il prenait la petite Berthe sur ses genoux, et, déployant son journal de médecine, essayait de lui apprendre à lire. Mais l'enfant, qui n'étudiait jamais, ne tardait pas à ouvrir de grands yeux tristes et se mettait à pleurer. Alors il la consolait, il allait lui chercher de l'eau dans l'arrosoir pour faire des rivières 393sur le sable, ou cassait les branches des troënes pour planter des arbres dans les plates-bandes, ce qui gâtait peu le jardin, tout encombré de longues herbes; on devait tant de journées à Lestiboudois! Puis l'enfant avait froid et demandait sa mère.—Appelle ta bonne, disait Charles. Tu sais bien, ma petite, qu'elle ne veut pas qu'on la dérange.

L'automne commençait et déjà les feuilles tombaient,—comme il y a deux ans,—lorsqu'elle était malade! Quand donc tout cela finirait-il?... Et il continuait à marcher les deux mains derrière le dos.

Madame était dans sa chambre. On n'y montait pas. Elle restait là tout le long du jour, engourdie, à peine vêtue, et, de temps à autre, faisant fumer des pastilles du sérail, qu'elle avait achetées à Rouen, dans la boutique d'un Algérien. Pour ne pas avoir, la nuit, auprès d'elle cet homme étendu qui dormait, elle finit, à force de grimaces, par le reléguer au second étage; et elle lisait jusqu'au matin des livres extravagants où il y avait des tableaux orgiaques avec des situations sanglantes. Souvent une terreur la prenait, elle poussait un cri. Charles accourait.—Ah! va-t'en! disait-elle. Ou, d'autres fois, brûlée plus fort par cette flamme intime que l'adultère avivait, haletante, émue, toute en désir, elle ouvrait sa fenêtre, aspirait l'air froid, éparpillait au vent sa chevelure trop lourde, et, regardant les étoiles, souhaitait des amours de prince. Elle pensait à lui, à Léon. Elle eût alors tout donné pour un seul de ces rendez-vous qui la rassasiaient.

C'était ses jours de gala. Elle les voulait splendides! 394et, lorsqu'il ne pouvait payer seul la dépense, elle complétait le surplus libéralement; ce qui arrivait à peu près toutes les fois. Il essaya de lui faire comprendre qu'ils seraient aussi bien ailleurs dans quelque hôtel plus modeste, mais elle trouva des objections.

Un jour, elle tira de son sac six petites cuillères en vermeil (c'était le cadeau de noces du père Rouault), en le priant d'aller immédiatement porter cela, pour elle, au mont-de-piété; et Léon obéit, bien que cette démarche lui déplût. Il avait peur de se compromettre.

Puis, en y réfléchissant, il trouva que sa maîtresse prenait des allures étranges, et qu'on n'avait peut-être pas tort de vouloir l'en détacher.

En effet, quelqu'un avait envoyé à sa mère une longue lettre anonyme, pour la prévenir qu'il se perdait avec une femme mariée et aussitôt la bonne dame, entrevoyant l'éternel épouvantail des familles, c'est-à-dire la vague créature pernicieuse, la sirène, le monstre, qui habite fantastiquement les profondeurs de l'amour, écrivit à Me Dubocage, son patron, lequel fut parfait dans cette affaire. Il le tint durant trois quarts d'heure, voulant lui dessiller les yeux, l'avertir du gouffre. Une telle intrigue nuirait plus tard à son établissement; il le supplia de rompre; et s'il ne faisait ce sacrifice dans son propre intérêt, qu'il le fît au moins pour lui, Dubocage!

Léon enfin avait juré de ne plus revoir Emma, et il se reprochait de n'avoir pas tenu à sa parole, considérant tout ce que cette femme pourrait encore lui attirer d'embarras et de discours, sans compter les 395plaisanteries de ses camarades, qui se débitaient le matin, autour du poêle. D'ailleurs, il allait devenir premier clerc; c'était le moment d'être sérieux. Aussi renonçait-il à la flûte, aux sentiments exaltés, à l'imagination;—car tout bourgeois, dans l'échauffement de sa jeunesse, ne fût-ce qu'un jour, une minute, s'est cru capable d'immenses passions, de hautes entreprises. Le plus médiocre libertin a rêvé des sultanes; chaque notaire porte en soi les débris d'un poète.

Il s'ennuyait maintenant lorsque Emma, tout à coup, sanglotait sur sa poitrine; et son cœur, comme les gens qui ne peuvent endurer qu'une certaine dose de musique, s'assoupissait d'indifférence au vacarme d'un amour dont il ne distinguait plus les délicatesses.

Ils se connaissaient trop pour avoir ces ébahissements de la possession qui en centuplent la joie. Elle était aussi dégoûtée de lui qu'il était fatigué d'elle. Emma retrouvait dans l'adultère toutes les platitudes du mariage.

Comment pouvoir s'en débarrasser? Puis elle avait beau se sentir humiliée de la bassesse d'un tel bonheur, elle y tenait encore par habitude ou par corruption; et chaque jour elle s'y acharnait davantage, tarissant toute félicité à la vouloir trop grande. Elle accusait Léon de ses espoirs déçus, comme s'il l'avait trahie; et même elle souhaitait une catastrophe qui amenât leur séparation, puisqu'elle n'avait pas le courage de s'y décider.

Elle n'en continuait pas moins à lui écrire des 396lettres amoureuses, en vertu de cette idée, qu'une femme doit toujours écrire à son amant.

Mais, en écrivant, elle percevait un autre homme, un fantôme, fait de ses plus ardents souvenirs, de ses lectures les plus belles, de ses convoitises les plus fortes; et il devenait à la fin si véritable et accessible, qu'elle en palpitait émerveillée, sans pouvoir néanmoins le nettement imaginer, tant il se perdait, comme un dieu, sous l'abondance de ses attributs. Il habitait la contrée bleuâtre où les échelles de soie se balancent à des balcons, sous le souffle des fleurs, dans la clarté de la lune. Elle le sentait près d'elle, il allait venir et l'enlèverait tout entière dans un baiser. Ensuite elle retombait à plat, brisée; car ces élans d'amour vague la fatiguaient plus que de grandes débauches.

Elle éprouvait maintenant une courbature incessante et universelle. Souvent même, Emma recevait des assignations, du papier timbré qu'elle regardait à peine. Elle aurait voulu ne plus vivre, ou continuellement dormir.

Le jour de la mi-carême, elle ne rentra pas à Yonville; elle alla le soir au bal masqué. Elle mit un pantalon de velours et des bas rouges, avec une perruque à catogan et un lampion sur l'oreille. Elle sauta toute la nuit au son furieux des trombones; on faisait cercle autour d'elle; et elle se trouva le matin, sur le péristyle du théâtre, parmi cinq ou six masques, débardeuses et matelots, des camarades de Léon, qui parlaient d'aller souper.

Les cafés d'alentour étaient pleins. Ils avisèrent 397sur le port un restaurant des plus médiocres, dont le maître leur ouvrit, au quatrième étage, une petite chambre.

Les hommes chuchotèrent dans un coin, sans doute se consultant sur la dépense. Il y avait un clerc, deux carabins et un commis: quelle société pour elle! Quant aux femmes, Emma s'aperçut vite, au timbre de leurs voix, qu'elles devaient être presque toutes du dernier rang. Elle eut peur alors, recula sa chaise et baissa les yeux.

Les autres se mirent à manger. Elle ne mangea pas; elle avait le front en feu, des picotements aux paupières, et un froid de glace à la peau. Elle sentait dans sa tête le plancher du bal, rebondissant encore sous la pulsation rythmique des mille pieds qui dansaient. Puis l'odeur du punch avec la fumée des cigares l'étourdit. Elle s'évanouissait; on la porta devant la fenêtre.

Le jour commençait à se lever, et une grande tache de couleur pourpre s'élargissait dans le ciel pâle, du côté de Sainte-Catherine. La rivière livide frissonnait au vent; il n'y avait personne sur les ponts; les réverbères s'éteignaient.

Elle se ranima cependant et vint à penser à Berthe qui dormait là-bas dans la chambre de sa bonne. Mais une charrette pleine de longs rubans de fer passa en jetant contre le mur des maisons une vibration métallique assourdissante.

Elle s'esquiva brusquement, se débarrassa de son costume, dit à Léon qu'il lui fallait s'en retourner, et 398enfin resta seule à l'hôtel de Boulogne. Tout et elle-même lui étaient insupportables. Elle aurait voulu, s'échappant comme un oiseau, aller se rajeunir quelque part, bien loin, dans les espaces immaculés.

Elle sortit, elle traversa le boulevard, la place Cauchoise et le faubourg, jusqu'à une rue découverte qui domine des jardins. Elle marchait vite, le grand air la calmait; et peu à peu les figures de la foule, les masques, les quadrilles, les lustres, le souper, ces femmes, tout disparaissait comme des brumes emportées. Puis, revenue à la Croix rouge, elle se jeta sur son lit, dans la petite chambre du second, où il y avait des images de la Tour de Nesle. A quatre heures du soir, Hivert la réveilla.

En entrant chez elle, Félicité lui montra, derrière la pendule, un papier gris. Elle lut:

En vertu de la grosse, en forme exécutoire d'un jugement. Quel jugement? La veille, en effet, on avait apporté un autre papier qu'elle ne connaissait pas; aussi fut-elle stupéfaite de ces mots: Commandement de par le roi, la loi et la justice, à madame Bovary. Alors, sautant plusieurs lignes, elle aperçut: Dans vingt-quatre heures pour tout délai.—Quoi donc? Payer la somme totale de huit mille francs. Et même il y avait plus bas: Elle y sera contrainte par toute voie de droit, et notamment par la saisie exécutoire de ses meubles et effets.

Que faire?... C'était dans vingt-quatre heures, 399demain... L'Heureux, pensa-t-elle, voulait sans doute l'effrayer encore; car elle devina du coup toutes ses manœuvres, le but de ses complaisances.

Ce qui la rassurait, c'était l'exagération même de la somme.

Cependant, à force d'acheter, de ne pas payer, d'emprunter, de souscrire des billets, puis de renouveler ces billets, qui s'enflaient à chaque échéance nouvelle, elle avait fini par préparer au sieur L'Heureux un capital, qu'il attendait impatiemment pour ses spéculations.

Elle se présenta chez lui d'un air dégagé.

—Vous savez ce qui m'arrive? C'est une plaisanterie, sans doute!

—Non.

—Comment cela?

Il se détourna lentement et lui dit en se croisant les bras:

—Pensiez-vous, ma petite dame, que j'allais, jusqu'à la consommation des siècles, être votre fournisseur et banquier pour l'amour de Dieu? Il faut bien que je rentre dans mes déboursés; soyons justes! Elle se récria sur la dette.—«Ah! tant pis! le tribunal l'a reconnue! il y a jugement! on vous l'a signifié! D'ailleurs, ce n'est pas moi, c'est Vinçart.»

—Est-ce que vous ne pourriez...

—Oh! rien du tout!

—Mais... cependant... raisonnons.

Et elle battit la campagne: elle n'avait rien su... c'était une surprise...

400

—A qui la faute? dit L'Heureux en la saluant ironiquement. Tandis que je suis, moi, à bûcher comme un nègre, vous vous repassez du bon temps.

—Ah! pas de morale!

—Ça ne nuit jamais, répliqua-t-il.

Elle fut lâche, elle le supplia; et même elle appuya sa main, sa jolie main blanche et longue, sur les genoux du marchand.

—Laissez-moi donc! On dirait que vous voulez me séduire!

—Vous êtes un misérable! s'écria-t-elle.

—Oh! oh! comme vous y allez! reprit-il en riant.

—Je ferai savoir qui vous êtes. Je dirai à mon mari...

—Eh bien, moi, je lui montrerai quelque chose, à votre mari.

Et L'Heureux tira de son coffre-fort le reçu de dix huit cents francs, qu'elle lui avait donné lors de l'escompte Vinçart.

—Croyez-vous, ajouta-t-il, qu'il ne comprenne pas votre petit vol, ce pauvre cher homme!

Elle s'affaissa, plus assommée qu'elle n'eût été par un coup de massue. Il se promenait depuis la fenêtre jusqu'au bureau, tout en répétant:

—Ah! je lui montrerais bien... je lui montrerais bien...

Ensuite il se rapprocha d'elle, et d'une voix douce:

—Ce n'est pas amusant, je le sais; personne, après tout, n'en est mort, et puisque c'est le seul moyen qui vous reste de me rendre mon argent...

401

—Mais où en trouverai-je? dit Emma en se tordant les bras.

—Ah! bah! quand on a, comme vous, des amis!

Et il la regardait d'une façon si perspicace et si terrible qu'elle en frissonna jusqu'aux entrailles.

—Je vous promets, dit-elle, je signerai...

—J'en ai assez de vos signatures!

—Je vendrai encore.

—Allons donc! fit-il en haussant les épaules; vous n'avez plus rien. Et il cria dans le judas qui s'ouvrait sur la boutique: Annette! n'oublie pas les trois coupons du no 14.

La servante parut; Emma comprit et demanda «ce qu'il faudrait d'argent pour arrêter toutes les poursuites».

—Il est trop tard!

—Mais si je vous apportais plusieurs mille francs, le quart de la somme, le tiers, presque tout?

—Eh! non! c'est inutile!

Il la poussait doucement vers l'escalier.

—Je vous en conjure, monsieur L'Heureux, quelques jours encore!

Elle sanglotait.

—Allons, bon! des larmes!

—Vous me désespérez!

—Je m'en moque pas mal! dit-il en refermant la porte.

彼女に逢いに来るとき、レオンはよく薬屋でご馳走になった。そこでその返礼に、自分の方からも薬屋を呼ばねばならぬと考えた。
「喜んで行くよ!」とオメーは答えた。「わしもこんなところにいてはかびが生えるから、少しは英気を養わねばならん。二人で一緒に、芝居でも料理屋でも、どこへでも行って、大いに羽目をはずすとしよう!」
「もし、お前さん!」夫が冒そうとする得体のしれない危険に恐れをなして、オメー夫人は心から言った。
「なに、なんだって俺がしょっちゅう薬剤の放散する臭においの中で暮らして、いい加減身体をいためているとは思わんのか? もっともそれが女の持ち前というものだ。女なんてものは学問に嫉妬する。それに、人が正当なる気晴らしをするのに反対するんだ。いや、とにかく当てにしていてくれたまえ。近いうちに、ルーアンへ出て、ひとつ君と一緒に『さつびら』を切ろうや」
薬屋も、前なら、こんな口の利き方は慎んだであろうが、今では景気のよいパリ風にかぶれて、それを最上の趣味だと思っていた。そしてお向かいのボヴァリー夫人と同じように、首府の風俗をしきりと書記に訊きたがった。のみならず……俗人を驚かそうと隠語まで使って、『テュルヌ(ぼろ家)』『バザール(家)』『シカール(粋シックな)』『シカンダール(飛び切りシック)』『ブレダ・ストリート(色街)』、またジュ・マン・ヴェ(帰る)と言う代わりに『ジュ・ム・ラ・カァス』と言ったりした。
そこで、ある木曜日、エンマは『金獅子』の料理場で、旅仕度のオメーを見てびっくりしたのである。つまり、今までついぞ見かけぬ古マントを羽織り、片手にトランク、片手には店に備えつけの足あぶりをさげていたのである。オメーは店を留守にしてお客に不安を与えてはという懸念から、計画は極秘に付していた。
青年時代を過ごした土地を久し振りに見るかと思うと、さすがに興奮したのであろう、オメーは途中、ひっきりなしにしゃべり続けた。やがて到着するや否や、勢いよく馬車から飛び降り、レオンを探し出した。書記はじたばたしても無駄だった。オメーはレオンを『ノルマンディー』という大きなカフェへ引っ張ってゆき、帽子も取らずに堂々と繰り込んだ。遊び場で脱帽するなど、とても田舎臭いと考えたのである。
エンマは四十五分もレオンを待った。しびれをきらして事務所へ駆けつけた。そして、いろいろと推量し、レオンの薄情を恨み、われとわが身の弱さを責めながら、窓ガラスに額をつけたまま午後を過ごした。
男二人は二時になっても、まだ食卓に向かい合っていた。広間はだんだん空すいてきた。棕櫚しゆろの樹の形になった、ストーブの煙突は、真白の天井にその金色の葉の束をひろげている。そして二人のそばのガラス張りの向こうには、さんさんと日の光を浴びて、小さな噴水が大理石の水盤の中で音を立てている。その水盤にはタガラシやアスパラガスの間に、麻痺したような大蝦えびが三匹、みんな横向きに積み重ねてある鶉うずらの方まで長々と身体を伸ばしていた。
オメーはむしょうに喜んでいた。ご馳走よりも周囲の豪華さに陶然としていたのであるが、ボマール酒にはさすがに少々浮かされて、ラム酒入りのオムレツが出る頃には猥褻わいせつな女性論を述べ出した。とりわけ惹かれるのは『シックな味』だ。調度の立派な部屋にいる粋いきな身なりの女ときてはたまらない。身体つきなら『小柄女モルソー』も悪くない。
レオンはがっかりして柱時計を眺めていた。薬屋は飲んで、食って、しゃべりまくった。
「さだめし君は、」とやぶからぼうに、「ルーアンでは不自由しておるだろう。もっとも君のいい人は近くにいるようだな」
そう言われて相手が顔を赤らめると、
「さあ、白状しろ! 君は嘘だと言うか、君はヨンヴィルの……」
青年は口をもぐもぐさせた。
「ボヴァリー夫人の家で、君は口説いたろうが……?」
「誰をです?」
「女中さんをさ!」
オメーはからかっているのではなかった。しかし、レオンは自惚れから、用心もなにも忘れてしまって、思わず楯ついた。そのうえ、好きなのは黒髪の女にかぎる、と言った。
「もっともだ」と薬剤師は言った。「そういう女の方が情が深い」
そしてオメーは相手の耳に口を寄せて、女はどういう所で情の深い浅いかがわかるかを教えた。のみならず人種学にまで脱線して、ドイツ女はふさぎ屋で、フランス女は浮気屋で、イタリア女は情熱家だと言った。
「じゃ黒人の女は?」と書記が訊いた。
「そりゃあ芸術家好みだよ」とオメーは言った。「ボーイ! コーヒーの小を二つ!」
「出かけますか?」と、とうとうレオンが業を煮やして言った。
「イェス」
しかしオメーは、出る前に店の主人に会うのだと言って、主人に二こと三こと賛辞を呈した。
そこで青年は、相手をまくつもりで、用事があるのだと言いわけした。
「よし、送って行こう!」とオメーは言った。
そして、通りを連れ立って下って行く道々、オメーは妻君のこと、子供のこと、子供の将来のこと、薬店のことを話し、あの店が昔はどんなに左前だったか、自分がそれをどこまで立派に盛り立てたかを物語った。
『ブローニュ・ホテル』の前まで来ると、レオンはいきなりオメーと別れて階段を駆け上った。情人はすっかり興奮していた。
薬屋の名を聞くとエンマはかっとなった。ところが、レオンはもっともな理由を次々に並べ立てた。今日のことは、自分のせいではない。あなたもオメーがどんな男かご存じでしょう。あんな男と一緒にいた方がよいなどと、そんなことを僕が思うものですか?——しかしエンマは向こうをむいて行こうとする。レオンは引きとめた。そしてぐったり跪ひざまずいて、情欲に溢れた、訴えるような、悩ましい姿でエンマの腰を両手で抱いた。
エンマはつっ立っていた。燃えるような大きな眼が、恐ろしいくらい真剣にレオンをじっと見つめていた。やがてそれらは涙に曇った。バラ色になった眼瞼まぶたが垂れた。エンマは両手をまかす。そしてレオンがそれを口へ持って行くとたんに、ボーイが現われて、旦那様に御面会ですと知らせた。
「あんた、帰ってくる?」
「ええ」
「でもいつ頃?」
「すぐに」
「これは、『手トリック』だよ」薬剤師はレオンの顔を見るなり言った。「君はさっき、このホテルの人を訪ねるのを迷惑そうにしていたから、早く切りあげさせてやったのさ。一つプリドゥーのところへ行ってガリュス酒を一杯やろうじゃないか」
レオンは事務所へ帰らねばならないと言った。すると薬屋は、訴訟書類を反故ほごと嘲あざけり、訴訟手続きを愚弄した。
「キュジャスやバルトル(いずれも法
律家の名前)はしばらく放っておくさ。下らない! 誰に遠慮がいるものか? 勇気を出せ! さあプリドゥーのところへ行こう。犬がいるぜ。こいつがなかなか面白い。」
書記が依然頑強なので、
「じゃわたしも事務所へ行く。新聞でも読んで待っとるよ。それとも法典でもひもとくかな」
エンマの怒りとオメーの饒舌じようぜつと、それにどうやら食もたれの気味もあってぼうっとしたレオンは、肚はらもきまらず、薬剤師の魔法にかかったように佇たたずんでいた。薬剤師は、
「プリドゥーのところへ行こう? つい目と鼻の先のマルパリュ街だ」としきりに繰り返す。
そこでレオンは、意気地なさと、迂闊うかつさと、どんなにいやな行為にでもわれわれを引きずってゆくあの名状しがたい気持ちとから、ついずるずるとプリドゥーの家へ連れて行かれた。プリドゥーは家の小さな庭へ出て、セルツ鉱水製造機の大きな輪をあえぎあえぎ回している三人の下僕を監督していた。オメーは下僕らに横からいろいろ口出しした。オメーはプリドゥーを抱擁した。皆でガリュス酒を飲んだ。レオンは幾度も帰ろうとした。が、オメーはその腕をおさえて言った。
「ちょっと待ちたまえ! わたしも帰る。二人でヘ『ルーアンの燈火ともしび』社へ行って連中に会おう。トマサンに紹介するよ」
しかしレオンはオメーをまいて、飛ぶようにホテルへ駆けつけた。エンマはもういなかった。
彼女は激昂して、帰ってしまったところなのだ。今となってはレオンが憎らしくてならなかった。あいびきの違約はエンマにとって、凌辱りようじよくにも等しかった。彼女はレオンと手を切るための理由をまだ他にも探してみた。——あの男には思い切ったことができない。弱虫で、平凡で、女の腐ったようで、おまけにけちん坊で意気地がない。
やがて、気持ちも落ち着いてくると、これは悪く言いすぎたと、やっとのことで気がついた。ところで、愛する者に難癖をつければ、それでいくらか隔たりができる。偶像には触ってはならぬ。金箔が剥げて手に残る。
二人は自分たちの恋とは無関係なことの方をよく話すようになった。そしてエンマが出す手紙の中には、花や、詩や、月や、星が問題にされた。つまりそれらのものは、薄らいだ情熱が、外部のあらゆる助けをかりて燃えあがろうとするときの素朴な手段なのである。今度行った時こそ深い悦びを味わおうと絶えず心に期しながら、やがていささかの変わりもなかったことを認めねばならなかった。しかしこの失望は、すぐまた新しい希望にかき消された。そしてエンマはさらに爛ただれた、さらに飽くなき気持ちを抱いて、男のところへ帰って行った。エンマは荒々しく着物を脱ぎ、コルセットの細紐を引き抜く。紐は這ってゆく蛇の鳴き声のように、腰のまわりでしゅうしゅう鳴る。エンマはもう一度、素足の爪先立ちで、扉の閉り工合を見に行く。それから身に纏っているものをみんななげ捨て、——そして、顔は青ざめ、口もきかず、思いつめ、わなわな震えながら、男の胸にとびかかるのだった。
しかしながら、冷汗ひやあせに被われたこの額の上に、呟つぶやくこの唇の上に、見るともなく見開かれたこの瞳の中に、この腕かいなの抱擁の中に、何ものか、極端にして得体のしれない、陰惨なものが見出され、それがレオンには、仲を割さこうとして、二人の間にこっそりと忍び込んだように思われるのだった。
レオンには押しきって、彼女に問いただす勇気がなかった。しかし、エンマがこれほどまでに老練であるところを見ると、確かに、酸すいも甘いも知り抜いている女に違いないと思われた。以前彼を恍惚に誘ったものが今ではいささか恐怖を抱かせる。そのうえ、レオンは自己の個性が日ごとに甚しく吸収されてゆくのに憤懣ふんまんを感じた。エンマの不断の勝利が恨めしくなった。努めて愛すまいとさえしたが、やがてエンマの靴音を聞くと、まるで強烈な酒を見た酒呑みのように、意地も張りもなくなってしまうのである。
実際エンマは彼に対して、まず食べものに凝ることから始めて服装のお洒落、眼付きの悩ましさに至るまで、あらゆる種類の心尽くしを惜しまなかった。ヨンヴィルからバラの花を胸にかくして持ってきて、レオンの顔に投げつけたり、レオンの健康を気遣ったり、日常の行いに注意を与えたりする。そしてますます彼を引きつけて離さないために、神の御加護もあれかしと、レオンの首のまわりにマリアを象かたどったメダルを掛けたりした。エンマは心掛けのよい母親のように、友人関係を問いただして、レオンに言うのだった。
「そんな人たちには会わないように、外出そとではしないよう。ただわたしたちだけのことを考えるのよ。わたしを愛するのよ!」
エンマは彼の生活を監視したかった。そしてふと彼を尾行つけさせたらと思った。ホテルのそばに、浮浪人みたいな男がいつもいて旅行者に寄ってくるのだが、あの男ならまさかいやとは言うまい……しかし彼女の自尊心が頭をもたげた。
「ええ、どうともなれ! 騙されたってなんなの! 構うものですか!」
ある日二人が早く別れて、エンマ独りで広小路を戻ってくると、昔自分のいた修道院の塀が見えた。エンマは楡にれの木陰のベンチに腰をおろした。ああ、あの頃はなんと平和だったろう! 書物から想像してみる、言うに言えない恋心を自分はどんなに憧れ求めたことだろう!
結婚当初の数ヶ月、森への騎馬行、ワルツを踊る子爵、唄うラガルディー、すべてがエンマの眼の前に浮かんだ……そしてレオンの姿も他の男たちと同じように、急に遠々しく思われた。
『でもやっぱりわたしはレオンを愛している!』と彼女は心に言った。
「どうだってよい、自分は幸福ではない、ついぞ幸福だったためしがない。いったい、人生のこの物足りなさはどこからやってくるのだろう? そして自分の寄りかかるものが立ちどころに腐ってしまうのは何故だろう?……しかし、もしもこの世のどこかに、強く美しい人がいるものなら、熱と優雅に充ち満ちた頼もしい性質、天使の姿をかりた詩人の心、大空に向かって哀愁の調べ高き祝婚の曲を奏でる、七絃の青銅の竪琴にも似た心があるものなら、ふとめぐり遇えないことがどうしてあろう? いや、不可能なことだ! しかも、求め甲斐あるものとては、なに一つないのだ。すべては虚偽なのだ! あらゆる微笑には倦怠の欠伸が、あらゆる歓びには呪詛じゆそが、あらゆる快楽には嫌悪が隠れている。そうして、こよなき口づけすら、ひときわ高き逸楽への満たされぬ望みをその唇に残すばかり。
金屬性の唸りが空中に尾を曳いて、修道院の鐘の四つ鳴るのが聞こえた。四時だ! しかもエンマには永劫の昔からこのベンチに掛けているように思われた。しかし、群集が狭い場所に蝟集いしゆうするように、無限の欲情もまたわずか一分時ぷんじによく容れ得るのだ。エンマは自身の欲情に囚われて日を暮らした。そしてまるで大公妃のように金銭のことは気にかけなかった。
ところがあるとき、赤ら顔で禿げ頭の貧相な男が、ルーアンのヴァンサール氏からの使いと称して、エンマの部屋へ入ってきた。緑色の長いフロックの脇ポケットに留めてあるピンを抜いて、袖に刺すと、丁寧に一通の書類を差し出した。
それはエンマの振り出した五百フランの約束手形で、ルウルーが堅い約束を反故にして、ヴァンサールに譲り渡したものであった。
エンマはルウルーのところへ女中を遣った。ルウルーは来なかった。
すると、ブロンド色の太い眉毛のかげから、あたりを参らしげに見回しながら、じっと立っていたこの見知らぬ男は、いかにも人が好さそうに、
「ヴァンサールさんへはなんとお返事いたしたものでしょう?」と訊いた。
「そうね、」とエンマは答えた。「こう言ってちょうだい……手もとにないから……さ来週にしますって……それまでお待ちくださいって……そう、来週まで」
するとその男はなにも言わずに帰っていった。
ところがその翌日の正午に、エンマは拒絶証書を受け取った。印紙を貼った紙に『ビュシイ町執達吏アラン』と幾度も大きな字で書いてあるのを見ると、エンマはすっかり震え上がって、とるものもとりあえず呉服屋へ駆けつけた。
ルウルーは店で包みに紐を掛けているところであった。
「いらっしゃいまし。只今すぐ」と彼は言った。
そうは言いながら、いくらか猫背の十三ぐらいの女の子に手伝わせて仕事を続けた。店でも台所でも働く子である。
やがて、店の床板に木靴サボの音を立てながら、ルウルーは夫人の先に立って二階へあがり、狭い部屋へ招じ入れた。そこには樅もみ材の大きな簿記台の上に数冊の帳簿が載っていた。帳簿は錠前付きの鉄棒で横様に締めてあった。壁寄りにはインド更紗さらさの端切はぎれを積んだ下から金庫が一つ覗いていたが、そうとう大型なので、手形や金が入っているだけではなさそうだった。事実、ルウルーは担保をとって金を貸しているのだった。そしてボヴァリー人の金鎖も、あの哀れなテリエ爺さんのイヤリングと一緒に、そこへ蔵しまってあるのだった。テリエ爺さん(『カフェ・フランセ』
の亭主。上巻に既出)は、とうとう店を売らねばならぬ破目になり、キャンカンポワ村でけちな雑貨屋を譲り受け、店に売っているロウソクよりも黄色い顔をして、持病のカタルで死にかけている。
ルウルーは、ゆったりした藁張り椅子に腰をかけて、
「なにか変わったことでも?」と言った。
「これです。」
エンマは例の書き付けを見せた。
「これは、わたしにおっしゃってもね」
それを聞くとエンマはかっとなって、手形は決して人手に渡さないと言ったあの約束を持ち出して怒った。そのことはルウルーも承認した。
「しかし、わたしだって背に腹は代えられずにやったことです。なにしろせっぱつまっておりましたんでな」
「すると、これからどうなるんでしょう?」とエンマはつづけた。
「ああ、そいつはとてもはっきりしたことで、判決があって、それから差し押え……もうなんとも仕方ありませんな!」
エンマは殴りつけたいのを我慢して、ヴァンサールをなだめる術はないものかと穏やかに訊いた。
「へえ、なるほど、ヴァンサールをなだめる! 奥様はあの男をよくご存じないが、あれはアラビア土人よりも物凄い男です」
しかし、どうしてもルウルーにひと肌ぬいでもらわねばならない。
「まあお聞き下さい! わたしは今日までずいぶん奥様にはお尽くししたつもりでございますよ」
と、一冊の帳簿を開いて、
「ご覧下さい」
そして指先でページを下から逆にたどりながら、
「ええと……これこれ……八月三日、二百フラン……六月十七日、百五十……、三月二十三日、四十六フラン……、四月には……」
ルウルーは、なにかへまをやるのを恐れるかのように、そこまで読んでやめにした。
「そのほか、旦那様お振り出しの七百フランと、いま一通の三百フランの手形についてはなにも申し上げますまい! 奥機のちびちびお入れ遊ばした内金うちきんや利息なんぞ、申しあげれば切りがなく、ごたごたしてて何が何だかわからなくなります。わたしはもう、こんなことから手を引かしてもらいましょう!」
エンマは泣いていた。そしてルウルーのことを『ルウルーのおじさん』とまで呼んだ。しかし彼は飽くまで、あの『ヴァンサールの野郎』のせいにして逃げた。そのうえ、自分には一文の金もない。この頃は誰一人払いをしてくれるものもなく、身に着けたものまで剥ぎ取られても黙っている始末だから、自分のようなけちな商売人にはとてもお立て替えする力はないと言った。
エンマは黙っていた。鵞ペンの羽根を噛んでいたルウルーもさすがにエンマの沈黙を気にしたと見えて、こう言った。
「せめて近いうちにいくらか入ってきましたら……なんとか……」
「もっともバルヌヴィルの残金さえ……」
「なんですと?」
ラングロワがまだ支払いを済ましていないのだと聞いて、ルウルーはひどくびっくりしたらしかった。やがて彼は猫なで声を出して、
「で、どうしたいとおっしゃいますので?……」
「どうぞ、あなたのいいように!」
するとルウルーは眼をつぶって思案して、しきりになにか数学を書いた。そして、こいつは一骨折りだ、危ない仕事だ。『生血を搾られる』ようだと言いながら、支払い期限を一ヶ月ずつずらした、二百五十フランの手形を四枚書かせた。
「ヴァンサールさえ言うことを聞いてくれましたらなあ? いや、とにかく承知しました。わたしはぐずぐずは致しません。なんせ曲がったことの嫌いな人間でしてな。」
それからルウルーはいろんな品物をざっと見せて、これは新入荷の品ですが、奥様にむくようなものは一つもありませんと言った。
「なにしろこれが一メートル七スウの服地で、しかも染めは保証付きでございますからねえ? でも、みなさん騙されてお買いになりますよ。お察しのとおり、お客様に、本当のことは申し上げませんからね」と、ほかの客に対するずるさ加減を白状して、エンマに自分の正直さを十分納得させようとした。
やがて彼は、帰ろうとするボヴァリー夫人を呼び戻して、最近『ある売り立てで』掘り出したという、三メートルからのレースを見せた。
「なんとお見事でございましょう! 当節はずいぶんこれを肘掛け椅子の枕にしてお使いなさいます。当世流行でございますな。」
と、手品使よりもすばやく、青い紙に包んで、手に持たせた。
「せめてお値段だけでも……」
「いえいえ、またいずれ」と彼は答えて踵を返した。
その晩エンマは、早速ボヴァリーにやかましく言って母親に手紙を書かせ、遺産の残りを至急送られたいと言ってやった。
姑は、もうなに一つない。清算は済んだ。お前たちに残っているのは、バルヌヴィルのほかに六百フランの金利だけだ。これは自分がきちきち送ってあげると返事してきた。
そこで夫人は二三の患者の家へ請求書を送った。それが成功したので、やがて盛んにこの手を用いた。追書おってがきには必らず『主人はあのとおりのきかぬ気でございますので、なにとぞ内密にお願い申し上げたく……あしからず……かしこ……』と驚き添えておいた。逆さかねじの手紙もきたが、そんなのは横取りした。
エンマは金をこさえるために、古手袋や古帽子、古い鉄物かなものを売りはじめた。そしてどぎつく掛け引きをやった。——親から享けた百姓の血が彼女を欲に走らせたのである。また、町へ出たついでに、他に買い手はなくても、ルウルーならきっと買い取ってくれるというつもりで、下手げて物を仕入れた。ダチョウの羽根や、支那の磁器や、昔の櫃ひつを買った。金はフェリシテや、ルフランソワのおかみや、『赤十字』のおかみ、そこは誰かれ構わず、行き当りばったりに借りた。バルヌヴィルからようやく金がくると、それで手形を二通だけ払い、残る千五百フランは使い果たした。で、また借金した。そしてこの調子で続けていった。
なるほど、たまには借金を計算してみることもあった。しかし、あまりにも度はずれのことばかりで、自分でも信じられなかった。そこでまた計算をし直してみるのだが、すぐこんぐらがってしまうので、そのまま打ちやって考えないことにした。
家の中は、今は実に暗澹あんたんとしていた。出入り商人はみんなふくれっ面で帰ってゆく。籠の上にはハンカチがじだらくに放ってある。ベルトが穴のあいた靴下を穿いているのには、オメー夫人も呆れ返った。シャルルが恐る恐る小言でも言おうものなら、エンマはわたしのせいじゃないと荒々しい口を返した。
どうしてそう昂奮するのだろう? シャルルはすべてを、妻が以前患った神経病のなせるわざだと考えた。そして妻の病気を、妻が到らぬからだと勘違いした自分を咎とがめ、自分の身勝手を責め、すぐにも行って妻を愛撫したい気になった。
『いや、よそう、うるさがるだろう!」と彼は心で言った。
そしてじっとしていた。夕食のあと、彼は独りで庭を散歩した。ベルトを膝に抱きあげて、新聞を広げて字を教えようとした。ついぞ勉強などしたことのない子供は、やがて悲しそうな、つぶらな眼をあけて泣き出した。すると彼は子供を慰めた。如露に水を汲んできて、砂の上に川をこしらえたり、イボタの枝を折って花壇に木を植えてやったりした。そんなことをしても、高い草のはびこった庭は大して見苦しくもならなかった。なにしろレスチブードワには日雇賃がずいぶん借りっ放しにしてあったのだ! やがて子供は寒がって母親を慕った。
「ねえやをお呼び」とシャルルは言った。「知ってるだろう、お前。ママはご用の邪魔をされるのが嫌いなんだからねえ」
秋の初めで、木の葉はもうちらちら散っていた。——二年前、エンマの病気の時と同じように!——いったい、いつになったら、こんな状態は終わるのだろう?……彼は後ろに手を組んで歩きつづけた。
夫人は自分の居間にいた。誰も上ってこないようになっていた。彼女はろくに着物も着ず、麻痺したようになって、一日中引きこもっていた。そして時どき、ルーアンの、アルジェリア人の店で買ったハレムの香を焚いた。夜、夫が大の字になってそばで寝ないように、エンマは何度か苦い顔を見せて、とうとう三階へ追い込んだ。そして自分は、淫らな酒宴の場面や血なまぐさい光景を描いたひどい本を、夜明けまで読んだ。しょっちゅう恐怖に襲われてエンマは叫びをあげた。シャルルが駆けつけると、
「ああ! あっちへ行ってちょうだい!」と言う。
またあるときは、不義の快楽に煽り立てられる胸の炎にいよいよ激しく焼け爛ただれ、喘ぎ、逆上し、情欲の塊になったエンマは、窓を開いて冷たい外気を吸い、重苦しい髪を風に乱し、星を眺めながら王者の恋に憧れた。彼女は彼、レオンを想った。そのときのエンマは、自分を満足させてくれるあのあいびきを、今、ただの一遍するためには、もう何もかも放り出したい気持ちだった。
そのあいびきの日こそはエンマにとって祝祭の日だった。エンマはその日を豪華絢爛たるものにしたかった。レオン一人で払いができないと、鷹揚に足りない分を出した。それは大ていいつものことになっていた。レオンは、ほかの安ホテルででも同じことだと仄めかしたが、エンマは反対した。
ある日彼女は鞄かばんから、金鍍金めつきをした銀匙を六本取り出し(それはルオー爺さんからの結婚のお祝いであった)、それを自分の代わりにすぐ質屋へ持って行ってくれと頼んだ。レオンは言われるとおりになったが、実は世間体を恐れていたのである。
それに、よく考えて見ると、エンマの態度にはどうも怪しい節ぶしが見える。してみると、エンマと手を切れと言う人の言葉も強あながち無理ではないとレオンは思った。
実のところ、誰だかわからないが、匿名の長い手紙をレオンの母親に出して、彼が『人妻に溺れている』ことを警告したものがあった。老母は、家庭にとって永遠の脅威、即ち妖あやしくも恋の淵に棲む得体のしれない魔性の女、妖婦、怪鬼の姿を予感して、さっそくレオンの主人デュボカージュに手紙を出した。そしてこの事件でデュボカージュのとった態度は申し分なかった。レオンを小一時間も自分の前に引き据えて眼を覚まさせようとし、堕落の淵の恐ろしさを警告した。そんな色恋沙汰は将来身を立てる妨げになる。頼むから手を切ってくれ。もし君自身のためにその犠牲が払えないなら、せめてこのデュボカージュのためだと思ってやってくれと言った。
レオンはとうとう、二度とエンマには会いませんと誓ったのであった。そして、朝のうちストーブを囲んで飛ばされる朋輩の冗談は別として、あの女のためにこの先どんな迷惑がかかり、どんな噂を立てられるかしれないと思うと、レオンはその誓いを破ったことを後悔した。そのうえ、近く書記長になるはずだ。今こそ自重する時だ。そこで彼はフルートも、激情も、空想も棄てた。——いかなる俗人でも、青春の血躍おどる頃には、たとえ一日、一分のわずかな間まにしろ、無限の情熱を感じ、遠大な計画を可能と考えぬものはなく、いかにやくざな遊び人でも一度はサルタンの妃に憧れ、どんな公証人でも詩人の名残りは胸に蔵しているわけなのである。
今では、エンマが胸に顔を埋めて突然すすりあげたりするとレオンはうんざりした。レオンの心は、一定量の音楽にしか耐えられない人のように、今では妙味もわからなくなってしまった、あの恋の噪音そうおんを聞きながら、冷ややかにまどろむのであった。
二人は余りになれ過ぎて、占有の歓びを百倍するあの驚異が、今ではもう味わえなくなった。レオンが彼女に飽いたと同じだけ、彼女もレオンが鼻についた。エンマは不義そのものの中にさえ、結婚生活につきもののあらゆる愚劣さを発見した。
しかし、どうすればこの生活が捨てられる? そのうえ、こうした幸福の下劣さに引け目は感じながら、エンマは惰性から、また、だらしなさからそれに執着した。そして日ごと、死物狂いに熱中し、余りに大きな幸福を望んではかえって幸福の泉を枯らしていった。エンマはまるでレオンに裏切られでもしたように、自分の味わう失望をみんなレオンの罪にした。それのみか、自ら決する勇気がないので、なにか突然事件が起こって、二人を別れさせてくれることを願った。
エンマはそのくせ、女というものは必らず恋人に手紙を出さねばならぬという考え方から、依然恋文を書き続けた。
けれども書いているうちに、他の男の姿が見えてくる。それは、焼けつくような追憶と、この上もなく美しい読書の思い出と、きわめて強い欲望とから造り出された幻影であった。それは遂には実在化して、手も届かんばかりになり、エンマはわれを忘れて胸躍らせる。しかし、異教の神にいろんな屬性があるように、この幻影も夥おびただしい属性に覆われて、さだかに思い浮かべるわけにはいかなかった。その幻影の人間は青白い国に住んでいた。そこには花の息吹のもと、月の光を浴びながら、絹の縄なわ梯子ばしごが露台で揺れる。エンマはその男を身近に感じる。彼は今にもやってきて、ただ一回の口づけで彼女のすべてを奪い去ろうとする。エンマはやがて疲れはててばったり倒れた。当てもない恋の興奮は、激しい肉のたわむれよりもずっと彼女を疲らせたのである。
エンマは今では全身に、なおることなき凝こりを感じていた。始終呼出状を受け取っても、印紙を貼った紙切れなどはろくに見向きもしなかった。エンマはもう死んでしまうか、それとも覚めるときなく眠り続けたかった。
四旬節の第三木曜日、エンマはヨンヴィルへは帰らないで、晩になると仮装舞踏会へ出掛けた。天鵞絨びろうどのズボンに赤い靴下を穿き、古風な束ね髪の鬘かつらをつけて、三角帽を横ちょに被った。そして夜っぴて、激しいトロンボーンの音につれて踊り狂った。エンマは取巻き連の中心にいた。夜明けになって気がつくと、エンマは女仲仕や水夫に仮装した連中五六人に交って、劇場の柱廊にいた。それはレオンの仲間たちだった。みなは夜食をたべに行こうと騒いでいた。
近くのカフェは満員であった。彼らは船着場のあたりにごく安手なレストランを見つけた。主人はみなを五階の小さな部屋へ通した。
男連中は、きっと費用の相談であろう、片隅でひそひそ囁ささやき合った。書記が一人に医学生二人、それに商店員が一人いた。なんという情けない仲間だろう! 女たちはと言えば、ほとんどみな最下等の連中であることが、声の調子ですぐわかった。エンマは怖ろしくなって、椅子を後ろへ引いて眼を伏せた。
他の連中は食べ始めた。エンマは食べなかった。額が火のように熱く、瞼まぶたがちくちく刺されているようで、肌は氷のように冷たかった。頭の中では、踊り狂う無数の足の律動につれ、ダンスホールの床が今も跳ね返っているような感じがする。やがてポンスの匂いと葉巻の煙で気が遠くなった。気絶しそうになった。みなが窓際へ担いで行った。
日はまさに昇ろうとしていた。大きな真紅の染しみが、サント・カトリーヌの方、ほの白い空に広がっている。鉛色の川が風に震えている。どの橋にも人影はなかった。街灯が次第に消えていく。
とかくするうちに、エンマは正気づいた。そしてふと、遠い向こうの家で、女中の部屋に眠っているベルトのことを思い出した。と、そのとき、長い平鉄を一杯積み込んだ荷車が、耳も聾するような金屬性の響きを家々の壁に投げながら通り過ぎた。
エンマはいきなりそつと脱け出して、衣裳を脱ぎすて、もう帰らねばならないとレオンに言った。そうしてやっと、『ブローニュ・ホテル』で一人になった。一切のものが、自身自分までが耐えがたくなった。できることなら鳥のように飛び立って、どこか遠いはるかな所、汚れなき大空の中で、自分の若さが取り返したかった。
エンマは外へ出た。広小路やコーショワーズ広場や場末を横ぎって、方々の庭が見下ろせる打ち開いた通りへ出た。エンマは足早に歩いた。外気が心を鎮めてくれる。そして、群集の無数の顔も、仮面も、カドリーユも、シャンデリヤも、夜食も、あの女たちも、すべては吹き退のけられる霧のように消えていく。やがてエンマは『赤十字』へ帰ると、『ネールの塔』の絵が掛かっている、三階の、小部屋のベッドに身を投げ出した。午後四時にイヴェールが起こしにきた。
家へ踊ると、フェリシテが置時計の後ろに隠してあったネズミ色の書き付けを見せた。エンマは読んだ。
『判決ニ依ル強制執行正本ニ基ヅキ……』
なんの判決だろう? 実はその前日、別の書き付けが一通送達されたのをエンマは知らなかったのである。そこでエンマは次の文句を読んでびっくりした。
『国王、法律及ビ裁判所ノ名ニ依リテ、ボヴァリー夫人ニ命ズ……』
そこで、数行飛ばして、こうあるのを見た。
『二十四時間ヲ期限トシテ』——なんのことだろう? 全額八千フランヲ支払ウベシ』しかもその次の方には、
『適法ノ処置、特ニ家財什器じゆうきノ差押ニ依リテ強制セラルベシ。』
どうしよう?……二十四時間以内だ、明日なのだ! ルウルーがきっとまた嚇かそうと思っているのだ、とエンマは思った。というのは、エンマも今度こそは、ルウルーの一切のからくり、親切の目的を見抜いたのである。金額を大きく吹いていることが、かえってエンマを安心させた。
しかし、物を買って払いはせず、金を借りて手形を振り出し、やがてその手形を幾度も幾度も書き替えしたあげく、手形の金額は支払い期限ごとに嵩みに嵩んで、エンマはルウルーのために、とうとうひとかどの資本を作ってやることになった。そしてルウルーは投機事業のために、その資本の手に入るのを持ちこがれていたのである。
エンマはなに喰わぬ顔でルウルーの店に現われた。
「あなた御存じでしょう、今度のこと? あれはむろん冗談だわねえ!」
「いえどうしまして」
「なんですって?」
彼はゆっくり向き直り、腕を組んで言った。
「ねえ奥さん、このわたしが幾千代かけて、ロハで奥さんの御用達や金方きんかたを勤めるとでもお考えですかい。懐ふところを痛めた金は戻さにゃなりませんよ、本当の話が!」
エンマは借金の不当を鳴らした。
「そりゃやむを得ませんな! 裁判所が承認して、判決が下り、あなたの方へはちゃんと通告がいってるんですからな! もっともこれはわたしじゃなくて、ヴァンサールですよ」
「もしやあなたのお力で?……」
「いや、どうにもなりませんな」
「でも……しかし……ものは相談ですわ」
そしてエンマはしどろもどろのことを言った。なにも知らなかったのです……寝耳に水です……
「それは誰の罪ですかね?」とルウルーは皮肉に一礼して言った。「このわたしが真っ黒になって働いているのに、奥さんは、さんざんいい目を見ていらっしゃる。」
「ああ、お説教はけっこうです!」
「毒にはなりませんよ」と彼はやり返した。
エンマは急に意気地がなくなって、ルウルーに泣きついた。それのみか、細い真っ白な美しい手を、ルウルーの膝に置いた。
「よしていただきましょう! 色仕掛けだと言われますよ!」
「恥しらず!」とエンマは叫んだ。
「おや、おや、たいへんな権幕ですな!」とルウルーは笑いながら答えた。
「わたしは、あんたのことをあばいてやる……夫うちに言いつけてやる……」
「よろしい、わたしの方では、ご主人にお見せするものがありますよ!」
ルウルーは、ヴァンサールに手形を割引してもらったとき、エンマからルウルーに渡した千八百フランの受取証を金庫から取り出した。そして、
「いかがです、これを見たらあのお気の毒なご主人だって、あなたにちょろまかされたことがわかりでしょう?」
エンマは太い棍棒でどやされたようにぐったりなった。ルウルーは窓際と簿記台の間を往ったり来たりしながら繰り返した。
「ええ、見せますとも……見せますとも……」それからエンマに近づいて、やさしい声で、
「こんなことは、なるほど面白い話じゃない。が結局、こんなことで人の死んだためしはなし、あなたとしてはわたしに、ただ金さえ返して下さればいいんですからな……」
「でもどこで工面すればいいんでしょう?」エンマは自分の両腕を捩よじり、身悶みもだえしながら言った。
「へへえ、奥さんみたいに、ちょいちょいお心易い男の方があれば!……」
と、射貫くような恐ろしい服でじっと見つめたので、エンマは腸はらわたの中までぞっと震えた。
「お約束します……署名します……」
「もうたくさんですよ、奥さんの署名は!」
「また売ります……」
「ご冗談でしょう!」と彼は肩をそびやかして、「もうなんにもないじゃありませんか」
そして、店を見下ろすようになっている覗き窓から叫んだ。
「アネット! 十四号の利札三枚忘れるなよ!」
女中が出て来た。エンマは悟って、『告訴をさげてもらうには、どれだけ金が要るか』訊いてみた。
「もう後の祭ですな!」
「でも、何千フランか持ってあがったら……全額の四分の一でも、三分の一でも、ほとんど全部でも?」
「いや、そりゃ無駄ですよ!」
彼はエンマをそっと階段の方へ押して行った。
「後生です、ルウルーさん、もう二三日!」
エンマは泣いていた。
「へん、下らない? 涙なんぞ!」
「あなたのおかげで、わたしはもう駄目です!」
「こちとらの知ったことですかい!」扉を閉めながら彼は言った。

VII

 

Elle fut stoïque, le lendemain, lorsque Me Hareng, l'huissier, avec deux témoins, se présenta chez elle pour faire le procès-verbal de la saisie.

Ils commencèrent par le cabinet de Bovary et n'inscrivirent point la tête phrénologique, qui fut considérée comme instrument de sa profession; mais ils comptèrent dans la cuisine les plats, les marmites, les chaises, les flambeaux, et dans sa chambre à coucher toutes les babioles de l'étagère. Ils examinèrent ses robes, le linge, le cabinet de toilette; et son existence, jusque dans ses recoins les plus intimes, fut, comme un cadavre que l'on autopsie, étalée tout du long aux regards de ces trois hommes.

Me Hareng, boutonné dans un mince habit noir, en cravate blanche, et portant des sous-pieds fort tendus, répétait de temps à autre: «Vous permettez, madame, vous permettez?...» Souvent il faisait des exclamations: «Charmant! fort joli!» Puis il se remettait à écrire, trempant sa plume dans l'encrier de corne qu'il tenait de la main gauche.

Quand ils en eurent fini avec les appartements, ils montèrent au grenier.

Elle y gardait un pupitre où étaient enfermées les lettres de Rodolphe. Il fallut l'ouvrir.

403

—Ah! une correspondance! dit Me Hareng, avec un sourire discret. Mais permettez! car je dois m'assurer si la boîte ne contient pas autre chose.

Et il inclina les papiers légèrement, comme pour en faire tomber des napoléons. Alors l'indignation la prit, à voir tomber cette grosse main, aux doigts rouges et mous comme des limaces, qui se posait sur les pages où son cœur avait battu.

Ils partirent enfin! Félicité rentra. Elle l'avait envoyée aux aguets pour détourner Bovary. Et elles installèrent vivement sous les toits le gardien de la saisie, qui jura de se tenir tranquille.

Charles, pendant la soirée, lui parut soucieux. Emma l'épiait d'un regard plein d'angoisses, croyant apercevoir dans les rides de son visage des accusations. Puis, quand ses yeux se reportaient sur la cheminée garnie d'écrans chinois, sur les larges rideaux, sur les fauteuils, sur toutes ces choses enfin qui avaient adouci l'amertume de sa vie, un remords la prenait, ou plutôt un regret immense et qui irritait la passion, loin de l'anéantir. Charles tisonnait avec placidité, les deux pieds sur les chenets.

Il y eut un moment où le gardien, sans doute s'ennuyant dans sa cachette, fit un peu de bruit.

—On marche là-haut! dit Charles.

—Non! reprit-elle, c'est une lucarne restée ouverte et que le vent remue.

Elle partit pour Rouen, le lendemain dimanche, afin d'aller chez tous les banquiers dont elle connaissait les noms. Ils étaient à la campagne ou en voyage. Elle ne se rebuta pas; et ceux qu'elle put rencontrer, 404elle leur demandait de l'argent, protestant qu'il lui en fallait, qu'elle le rendrait. Quelques-uns lui rirent au nez; tous la refusèrent.

A deux heures, elle courut chez Léon, frappa contre sa porte. On n'ouvrit point. Enfin il parut.

—Qui t'amène?

—Cela te dérange?

—Non... mais...

Et il avoua que le propriétaire n'aimait point à ce que l'on reçût «des femmes».

—J'ai à te parler, reprit-elle.

Alors il atteignit sa clef. Elle l'arrêta.

—Oh non! là-bas! chez nous.

Et ils allèrent dans leur chambre, à l'hôtel de Boulogne.

Elle but en arrivant un grand verre d'eau. Elle était très pâle. Elle lui dit:

—Léon, tu vas me rendre un service. Et le secouant par ses deux mains, qu'elle serrait étroitement, elle ajouta:

—Écoute! j'ai besoin de huit mille francs!

—Mais tu es folle!

—Pas encore!

Et aussitôt, racontant l'histoire de la saisie, elle lui exposa sa détresse, car Charles ignorait tout, sa belle-mère la détestait, le père Rouault ne pouvait rien; mais lui, Léon, il allait se mettre en course pour trouver cette indispensable somme...

—Comment veux-tu...

—Quel lâche tu fais! s'écria-t-elle.

405

Alors il dit bêtement:

—Tu t'exagères le mal. Peut-être qu'avec un millier d'écus ton bonhomme se calmerait?

Raison de plus pour tenter quelque démarche: il n'était pas possible que l'on ne découvrît point trois mille francs. D'ailleurs, Léon pouvait s'engager à sa place.

—Va! essaye! il le faut! cours! Oh! tâche! je t'aimerai bien!

Il sortit, revint au bout d'une heure, et dit avec une figure solennelle:

—J'ai été chez trois personnes inutilement!

Puis ils restèrent assis l'un en face de l'autre, aux deux coins de la cheminée, immobiles, sans parler. Emma haussait les épaules, tout en trépignant. Il l'entendit qui murmurait:

—Si j'étais à ta place, moi, j'en trouverais bien!

—Où donc?

—A ton étude! Et elle le regarda.

Une hardiesse infernale s'irradiait de ses prunelles enflammées, et les paupières se rapprochaient d'une façon lascive et encourageante:—si bien que le jeune homme se sentit faiblir sous la muette volonté de cette femme qui lui conseillait un crime. Alors il eut peur, et, pour éviter tout éclaircissement, il se frappa le front en s'écriant:

—Morel doit revenir cette nuit! il ne me refusera pas, j'espère (c'était un de ses amis, le fils d'un négociant fort riche), et je t'apporterai cela demain, ajouta-t-il.

406

Emma n'eut point l'air d'accueillir cet espoir avec autant de joie qu'il l'avait imaginé. Soupçonnait-elle le mensonge? Il reprit en rougissant:

—Pourtant, si tu ne me voyais pas à trois heures, ne m'attends plus, ma chérie. Il faut que je m'en aille, excuse-moi. Adieu.

Il serra sa main; mais il la sentit tout inerte. Emma n'avait plus la force d'aucun sentiment.

Quatre heures sonnèrent, et elle se leva pour s'en retourner à Yonville, obéissant comme un automate à l'impulsion des habitudes.

Il faisait beau; c'était un de ces jours du mois de mars clairs et âpres, où le soleil reluit dans un ciel tout blanc. Des Rouennais endimanchés se promenaient d'un air heureux. Elle arriva sur la place du Parvis.—On sortait des vêpres; la foule s'écoulait par les trois portails, comme un fleuve par les trois arches d'un pont, et au milieu, plus immobile qu'un roc, se tenait le Suisse.

Alors elle se rappela ce jour où, tout anxieuse et pleine d'espérances, elle était entrée sous cette grande nef qui s'étendait devant elle moins profonde que son amour; et elle continua de marcher, en pleurant sous son voile, étourdie, chancelante, prête à défaillir.

—Gare! cria une voix sortant d'une porte cochère qui s'ouvrait.

Elle s'arrêta, pour laisser passer un cheval noir, piaffant dans les brancards d'un tilbury, que conduisait un gentleman en fourrure de zibeline. Qui était-ce donc? Elle le connaissait... La voiture s'élança et disparut.

407

Mais c'était lui! le vicomte! Elle se détourna: la rue était déserte. Et elle fut si accablée, si triste, qu'elle s'appuya contre un mur pour ne pas tomber.

Puis elle pensa qu'elle s'était trompée. Au reste, elle n'en savait rien. Tout en elle-même et au dehors l'abandonnait. Elle se sentait perdue, roulant au hasard dans des abîmes indéfinissables; et ce fut presque avec joie qu'elle aperçut, en arrivant à la Croix rouge, ce bon Homais qui regardait charger sur l'Hirondelle une grande boîte pleine de provisions pharmaceutiques. Il tenait à sa main, dans un foulard, six cheminots pour son épouse.

Mme Homais aimait beaucoup ces petits pains lourds en forme de turban, que l'on mange dans le carême avec du beurre salé; dernier échantillon des nourritures gothiques, qui remonte peut-être au siècle des croisades, et dont les robustes Normands s'emplissaient autrefois, croyant voir sur leurs tables, à la lueur des torches jaunes, entre les brocs d'hypocras et les gigantesques chaircuiteries, des têtes de Sarrasins à dévorer. La femme de l'apothicaire les croquait comme eux, héroïquement, malgré sa détestable dentition; aussi toutes les fois que M. Homais faisait un voyage à la ville, il ne manquait pas à lui en rapporter, qu'il prenait toujours chez le grand faiseur, rue Massacre.

—Charmé de vous voir! dit-il en offrant la main à Emma pour l'aider à monter dans l'Hirondelle. Puis il suspendit les cheminots aux lanières du filet, et resta nu-tête et les bras croisés, dans une attitude pensive et napoléonienne.

408

Mais quand l'aveugle, comme d'habitude, apparut au bas de la côte, il s'écria:

—Je ne comprends pas que l'autorité tolère encore de si coupables industries! On devrait enfermer ces malheureux, que l'on forcerait à quelque travail! Le progrès, ma parole d'honneur, marche à pas de tortue; nous pataugeons en pleine barbarie!

L'aveugle tendait son chapeau, qui ballottait au bord de la portière comme une poche de la tapisserie déclouée.

—Voilà, dit le pharmacien, une affection scrofuleuse! Et, bien qu'il connût ce pauvre diable, il feignit de le voir pour la première fois, murmura les mots de cornée, cornée opaque, sclérotique, facies, puis lui demanda d'un ton paterne: Y a-t-il longtemps, mon ami, que tu as cette épouvantable infirmité? Au lieu de t'enivrer au cabaret, tu ferais mieux de suivre un régime. Il l'engageait à prendre de bon vin, de bonne bière, de bons rôtis. L'aveugle continuait sa chanson; il paraissait d'ailleurs presque idiot. Enfin M. Homais ouvrit sa bourse.

—Tiens, voilà un sou, rends-moi deux liards,—et n'oublie pas mes recommandations, tu t'en trouveras bien.

Hivert se permit tout haut quelque doute sur leur efficacité. Mais alors l'apothicaire certifia qu'il le guérirait lui-même, avec une pommade antiphlogistique de sa composition, et il donna son adresse:—M. Homais, près les halles, suffisamment connu.

—Eh bien, pour la peine, dit Hivert, tu vas nous montrer la comédie.

409

L'aveugle s'affaissa sur ses jarrets, et la tête renversée, tout en roulant ses yeux verdâtres et tirant la langue, il se frottait l'estomac à deux mains, tandis qu'il poussait une sorte de hurlement sourd, comme un chien affamé. Emma, prise de dégoût, lui envoya par-dessus l'épaule une pièce de cinq francs. C'était toute sa fortune; il lui semblait beau de la jeter ainsi.

La voiture était repartie, quand soudain M. Homais se pencha en dehors du vasistas et cria:

—Pas de farineux ni de laitage! Porter de la laine sur la peau et exposer les parties malades à la fumée de baies de genièvre!

Le spectacle des objets connus qui défilaient devant ses yeux peu à peu détournait Emma de sa douleur présente. Une intolérable fatigue l'accablait, et elle arriva chez elle hébétée, découragée, presque endormie. Advienne que pourra, se disait-elle, et puis, qui sait? pourquoi, d'un moment à l'autre, ne surgirait-il pas un événement extraordinaire? L'Heureux même pouvait mourir.

Elle fut, à neuf heures du matin, réveillée par un bruit de voix sur la place. Il y avait un attroupement autour des halles, pour lire une grande affiche collée contre un des poteaux, et elle vit Justin qui montait sur une borne et qui déchira l'affiche. Mais, à ce moment, le garde champêtre lui posa la main sur le collet. M. Homais sortit de la pharmacie, et la mère Lefrançois, au milieu de la foule, avait l'air de pérorer.

—Madame, madame! s'écria Félicité en entrant, c'est une abomination!

410

Et la pauvre fille, émue, lui tendit un papier jaune qu'elle venait d'arracher à la porte. Emma lut d'un clin d'œil que tout son mobilier était à vendre!

Alors elles se considérèrent silencieusement. Elles n'avaient, la servante et la maîtresse, aucun secret l'une pour l'autre. Enfin Félicité soupira:—Si j'étais de vous, madame, j'irais chez M. Guillaumin.

—Tu crois? Et cette interrogation voulait dire: Toi qui connais la maison par le domestique, est-ce que le maître quelquefois aurait parlé de moi?

—Oui, allez-y, vous ferez bien.

Elle s'habilla, mit sa robe noire avec sa capote à grains de jais, et pour qu'on ne la vît pas (il y avait toujours beaucoup de monde sur la Place), elle prit en dehors du village, par le sentier au bord de l'eau.

Elle arriva tout essoufflée devant la grille du notaire, le ciel était sombre et un peu de neige tombait.

Au bruit de la sonnette, Théodore, en gilet rouge, parut sur le perron; il vint lui ouvrir presque familièrement, comme à une connaissance, et l'introduisit dans la salle à manger.

Un large poêle de porcelaine bourdonnait sous un cactus qui emplissait la niche, et dans des cadres de bois noir, contre la tenture de papier chêne, il y avait la Esmeralda, de Steuben, avec la Putiphar de Schopin. La table servie, deux réchauds d'argent, le bouton des portes en cristal, le parquet et les meubles, tout reluisait d'une propreté méticuleuse, anglaise; les carreaux étaient décorés à chaque angle par des verres de couleur.

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—Voilà une salle à manger, pensait Emma, comme il m'en faudrait une.

Le notaire entra, serrant du bras gauche contre son corps sa robe de chambre à palmes, tandis qu'il ôtait et remettait vite de l'autre main sa toque de velours marron, prétentieusement posée sur le côté droit où retombaient les bouts de trois mèches blondes qui, prises à l'occiput, contournaient son crâne chauve.

Après qu'il eut offert un siège, il s'assit pour déjeuner, tout en s'excusant beaucoup de son impolitesse.

—Monsieur, dit-elle, je vous prierais...

—De quoi, madame? J'écoute.

Elle se mit à lui exposer sa situation.

Maître Guillaumin la connaissait, étant lié secrètement avec le marchand d'étoffes, chez lequel il trouvait toujours des capitaux pour les prêts hypothécaires qu'on lui demandait à contracter.

Donc il savait (et mieux qu'elle) la longue histoire de ces billets, minimes d'abord, portant comme endosseurs des noms divers espacés à de longues échéances et renouvelés continuellement, jusqu'au jour enfin où, ramassant tous les protêts, le marchand avait chargé son ami Vinçart de faire en son nom propre les poursuites qu'il fallait, ne voulant point passer pour un tigre parmi ses concitoyens.

Elle entremêla son récit de récriminations contre L'Heureux, auxquelles le notaire répondait de temps à autre par une parole insignifiante. Mangeant sa côtelette et buvant son thé, il baissait le menton dans sa cravate bleu ciel, piquée par deux épingles de diamant 412que rattachait une chaînette d'or; et il souriait d'un singulier sourire, d'une façon douceâtre et ambiguë. Mais s'apercevant qu'elle avait les pieds humides:

—Approchez-vous donc du poêle... plus haut... contre la porcelaine. Elle avait peur de la salir. Le notaire reprit d'un ton galant:—Les belles choses ne gâtent rien.

Alors elle tâcha de l'émouvoir, et s'émotionnant elle-même, elle vint à lui conter l'étroitesse de son ménage, ses tiraillements, ses besoins. Il comprenait cela: une femme élégante! et sans s'interrompre de manger, il s'était tourné vers elle complètement, si bien qu'il frôlait du genou sa bottine, dont la semelle se recourbait tout en fumant contre le poêle.

Mais lorsqu'elle lui demanda mille écus, il serra les lèvres, puis se déclara très peiné de n'avoir pas eu autrefois la direction de sa fortune, car il y avait cent moyens fort commodes, même pour une dame, de faire valoir son argent; on aurait pu, soit dans les tourbières de Grumesnil ou les terrains du Havre, hasarder presque à coup sûr d'excellentes spéculations; il la laissa se dévorer de rage à l'idée des sommes fantastiques qu'elle aurait certainement gagnées.

—D'où vient, reprit-il, que vous n'êtes pas venue chez moi?

—Je ne sais trop, dit-elle.

—Pourquoi, hein? Je vous faisais donc bien peur? C'est moi, au contraire, qui devrais me plaindre! A peine si nous nous connaissons! Je vous suis pourtant très dévoué; vous n'en doutez plus, j'espère?

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Il tendit sa main, prit la sienne, la couvrit d'un baiser vorace, puis la garda sur son genou; et il jouait avec ses doigts délicatement, tout en lui contant mille douceurs.

Sa voix fade susurrait, comme un ruisseau qui coule: une étincelle jaillissait de sa pupille à travers le miroitement de ses lunettes, et ses mains s'avançaient dans la manche d'Emma, pour lui palper le bras. Elle sentait contre sa joue le souffle d'une respiration haletante. Cet homme la gênait horriblement.

Elle se leva d'un bond et lui dit:

—Monsieur, j'attends!

—Quoi donc? fit le notaire qui devint tout à coup extrêmement pâle.

—Cet argent.

—Mais... Puis cédant à l'irruption d'un désir trop fort:—Eh bien! oui!... Il se traînait à genoux vers elle, sans égard pour sa robe de chambre.—De grâce! restez! je vous aime! Il la saisit par la taille.

Un flot de pourpre monta vite au visage de Mme Bovary. Elle se recula d'un air terrible, en s'écriant:

—Vous profitez impudemment de ma détresse, monsieur! Je suis à plaindre, mais pas à vendre! Et elle sortit.

Le notaire resta fort stupéfait, les yeux fixés sur ses belles pantoufles en tapisserie. C'était un présent de l'amour. Cette vue à la fin le consola. D'ailleurs, il songeait qu'une aventure pareille l'aurait entraîné trop loin.

—Quel misérable! quel goujat! quelle infamie! se 414disait-elle, en fuyant d'un pied nerveux sous les trembles de la route. Le désappointement de l'insuccès renforçait l'indignation de sa pudeur outragée; il lui semblait que la Providence s'acharnait à la poursuivre, et, s'en rehaussant d'orgueil, jamais elle n'avait eu tant d'estime pour elle-même ni tant de mépris pour les autres. Quelque chose de belliqueux la transportait. Elle aurait voulu battre les hommes, leur cracher au visage, les broyer tous; et elle continuait à marcher rapidement devant elle, pâle, frémissante, enragée, furetant d'un œil en pleurs l'horizon vide, et comme se délectant à la haine qui l'étouffait.

Quand elle aperçut sa maison, un engourdissement la saisit. Elle ne pouvait avancer, il le fallait cependant; d'ailleurs, où fuir?

Félicité l'attendait sur la porte.

—Eh bien?

—Non! dit Emma.

Et pendant un quart d'heure, toutes les deux, elles avisèrent les différentes personnes d'Yonville disposées peut-être à la secourir. Mais chaque fois que Félicité nommait quelqu'un, Emma répétait: Est-ce possible? Ils ne voudront pas!

—Et monsieur qui va rentrer!

—Je le sais bien; laisse-moi seule.

Elle avait tout tenté. Il n'y avait plus rien à faire maintenant; et quand Charles paraîtrait, elle allait donc lui dire: Retire-toi. Ce tapis où tu marches n'est plus à nous. De ta maison, tu n'as pas un meuble, une épingle, une paille; et c'est moi qui t'ai ruiné, pauvre 415homme! Alors ce serait un grand sanglot, puis il pleurerait abondamment, et enfin, la surprise passée, il pardonnerait.

—Oui! murmurait-elle en grinçant des dents, il me pardonnera! lui qui n'aurait pas assez d'un million à m'offrir pour que je l'excuse de m'avoir connue. Jamais! jamais! Cette idée de la supériorité de Bovary sur elle l'exaspérait. Puis, qu'elle avouât ou n'avouât pas, tout à l'heure, tantôt, demain, il n'en saurait pas moins la catastrophe; donc il fallait attendre cette horrible scène et subir le poids de sa magnanimité. L'envie lui vint de retourner chez L'Heureux: à quoi bon? d'écrire à son père: il était trop tard; et peut-être qu'elle se repentait maintenant de n'avoir pas cédé à l'autre, lorsqu'elle entendit le trot d'un cheval dans l'allée. C'était lui, il ouvrait la barrière, il était plus blême que le mur de plâtre. Bondissant dans l'escalier, elle s'échappa vivement par la Place; et la femme du maire, qui causait devant l'église avec Lestiboudois, la vit entrer chez le percepteur.

Elle courut le dire à Mme Caron. Ces deux dames montèrent dans le grenier; et cachées par du linge étendu sur des perches, se postèrent commodément pour apercevoir tout l'intérieur de Binet.

Il était seul, dans sa mansarde, en train d'imiter, avec du bois, une de ces ivoireries indescriptibles, composées de croissants, de sphères creusées les unes dans les autres, le tout droit comme un obélisque et ne servant à rien; et il entamait la dernière pièce, il touchait au but! Dans le clair-obscur de l'atelier, la 416poussière blonde s'envolait de son outil, comme une aigrette d'étincelles sous les fers d'un cheval au galop; les deux roues tournaient, ronflaient; Binet souriait, le menton baissé, les narines ouvertes, et semblait enfin perdu dans un de ces bonheurs complets n'appartenant sans doute qu'aux occupations médiocres, qui amusent l'intelligence par des difficultés faciles, et l'assouvissent en une réalisation au delà de laquelle il n'y a pas à rêver.

—Ah! la voici! fit Mme Tuvache.

Mais il n'était guère possible, à cause du tour, d'entendre ce qu'elle disait.

Enfin ces dames crurent distinguer le mot francs, et la mère Tuvache souffla tout bas:

—Elle le prie pour obtenir un retard à ses contributions.

—D'apparence! reprit l'autre.

Elles la virent qui marchait de long en large, examinant contre les murs les ronds de serviette, les chandeliers, les pommes de rampe, tandis que Binet se caressait la barbe avec satisfaction.

—Viendrait-elle lui commander quelque chose? dit Mme Tuvache.

—Mais il ne vend rien! objecta sa voisine.

Le percepteur avait l'air d'écouter, tout en écarquillant les yeux, comme s'il ne comprenait pas. Elle continuait d'une manière tendre, suppliante. Elle se rapprocha; son sein haletait; ils ne parlaient plus.

417

—Est-ce qu'elle lui fait des avances? dit Mme Tuvache.

Binet était rouge jusqu'aux oreilles. Elle lui prit les mains.

—Ah! c'est trop fort!

Et sans doute qu'elle lui proposait une abomination; car le percepteur,—il était brave pourtant, il avait combattu à Bautzen et à Lutzen, fait la campagne de France, et même été porté pour la croix;—mais tout à coup, comme à la vue d'un serpent, il se recula bien loin, en s'écriant:—Madame! y pensez-vous?

—On devrait fouetter ces femmes-là! dit Mme Tuvache.

—Où est-elle donc? reprit Mme Caron.

Car elle avait disparu durant ces mots; puis, l'apercevant qui enfilait la grande rue et tournait à droite comme pour gagner le cimetière, elles se perdirent en conjectures.

—Mère Rolet! dit-elle en arrivant chez la nourrice, j'étouffe!... délacez-moi.

Elle tomba sur le lit. Elle sanglotait. La mère Rolet la couvrit d'un jupon et resta debout près d'elle. Puis, comme elle ne répondait pas, la bonne femme s'éloigna, prit son rouet et se mit à filer du lin.

—Oh! finissez! murmura-t-elle, croyant entendre le tour de Binet.

—Qui la gêne? se demandait la nourrice. Pourquoi vient-elle ici?

Elle y était accourue, poussée par une sorte d'épouvante qui la chassait de sa maison.

Couchée sur le dos, immobile et les yeux fixes, elle discernait vaguement les objets, bien qu'elle y 418appliquât son attention avec une persistance idiote. Elle contemplait les écaillures de la muraille, deux tisons fumant bout à bout, et une longue araignée qui marchait au-dessus de sa tête, dans la fente de la poutrelle. Enfin, elle rassembla ses idées. Elle se souvenait... Un jour, avec Léon... Oh! comme c'était loin!... Le soleil brillait sur la rivière et les clématites embaumaient... Alors, emportée dans ses souvenirs comme dans un torrent qui bouillonne, elle arriva bientôt à se rappeler la journée de la veille.

—Quelle heure est-il? demanda-t-elle.

La mère Rolet sortit, leva les doigts de sa main droite du côté que le ciel était le plus clair, et rentra lentement en disant:

—Trois heures, bientôt.

—Ah! merci! merci!

Car il allait venir. C'était sûr! Il aurait trouvé de l'argent. Mais il irait peut-être là-bas, sans se douter qu'elle fût là, et elle commanda à la nourrice de courir chez elle pour l'amener.

—Dépêchez-vous!

—Mais, ma chère dame, j'y vais! j'y vais!

Elle s'étonnait, à présent, de n'avoir pas songé à lui tout d'abord; car hier il avait donné sa parole, il n'y manquerait pas; et elle se voyait déjà chez L'Heureux, étalant sur son bureau les trois billets de banque. Puis il faudrait inventer une histoire qui expliquât les choses à Bovary. Laquelle?

Cependant la nourrice était bien longue à revenir. Mais comme il n'y avait point d'horloge dans la chaumière, 419Emma craignait de s'exagérer peut-être la longueur du temps. Elle se mit à faire des tours de promenade dans le jardin, pas à pas; elle alla dans le sentier le long de la haie et elle s'en retourna vivement, espérant que la bonne femme serait rentrée par une autre route. Enfin, lasse d'attendre, assaillie de soupçons qu'elle repoussait, ne sachant plus si elle était là depuis un siècle ou une minute, elle s'assit dans un coin et ferma les yeux, se boucha les oreilles. La barrière grinça; elle fit un bond; avant qu'elle eût parlé, la mère Rolet lui avait dit:

—Il n'y a personne chez vous!

—Comment?

—Oh! personne! Et Monsieur pleure. Il vous appelle. On vous cherche.

Emma ne répondit rien. Elle haletait, tout en roulant des yeux autour d'elle, tandis que la paysanne, effrayée de son visage, se reculait instinctivement, la croyant folle. Mais tout à coup elle se frappa le front, poussa un cri, car le souvenir de Rodolphe, comme un grand éclair dans une nuit sombre, lui avait passé dans l'âme. Il était si bon, si délicat, si généreux! Et d'ailleurs, s'il hésitait à lui rendre ce service, elle saurait bien l'y contraindre en rappelant d'un seul clin d'œil leur amour perdu. Elle partit donc vers la Huchette, sans s'apercevoir qu'elle courait s'offrir à ce qui l'avait tantôt si fort exaspérée, ni se douter le moins du monde de cette prostitution.

 

その翌日、執達史アランが二人の立会人を伴って差押え調書作成のためにエンマの家へ現われたとき、エンマは眉ひとつ動かさなかった。
彼らはまずボヴァリーの診察室から始めた。骨相学用の髑髏どくろは『職業ニ必要ナル器具』と見做して書き入れなかった。しかし台所では、皿に鍋に椅子に燭台、寝室では棚の上のがらくたまで残らず数えあげた。エンマのドレスや下着を調べ、化粧室も調べた。そして彼女の生活は、まるで解割に付される屍体のように、この三人の男の眼の前に、ごく内幕の隅々までさらけ出された。
窮屈な燕尾服のボタンをとめ、白ネクタイをつけ、ズボンの裾の踏み紐スウ・ピエをピンと張ってしているアランは、時どき、
「奥様、ちょっと拝見、ちょっと拝見」と繰り返した。
またしきりに感嘆の声をあげた。
「美しい!……実にきれいだ!」
それから、左手に持っている角製のインク壺にペンを浸して、また書き始めるのであった。
部屋が一通り済むと、今度は屋根裏の物置きへ上って行った。
そこにはロドルの手紙を入れた机がしまってあった。それも開けねばならなかった。
「ああ! 手紙ですな!」と、アランは遠慮深そうに笑いながら言った。「しかし、ちょっと拝見! この箱に他のものが入っていないか確かめねばなりませんのでね」
そう言って、金貨ナポレオンでも振り落とすように手紙を軽く傾けた。ナメクジのようにぶよぶよした赤い指のこの大きな手が、読んでは胸とどろかせた手紙の上に掛かるのを見たとき、エンマは激しい怒りを感じた。
やっと彼らは出て行った! フェリシテが戻ってきた。ボヴァリーを家に寄せないために見張りに出しておいたのである。女二人は差押えの監視人をすばやく屋根裏へ入れてしまった。監視人はそこにじっとしていると堅く約束した。
その晩中、エンマにはシャルルがなにかこころを痛めているように見えた。彼の顔の皺しわを見ると、自分が咎とがめられてでもいるようで、エンマは始終、不安な眼で夫を盗み見るのであった。やがて、支那しな屏風びようぶを飾ったマントル・ピースや、大きなカーテンや、肘掛け椅子や、つまり生活の苦渋を和らげてくれたすべてのものの上に視線を移したとき、良心の呵責かしやくが、というよりは果てしもなく大きい悔恨がエンマを捉えた。しかもその悔恨の情は愛欲をなくしてしまうどころか、かえって激しく掻き立てた。シャルルは暖炉の薪架うまに両足をかけて、悠々と火を掻きたてていた。
ふと、監視人が隠れ場で退屈したらしく、小さな音を立てた。
「誰か上を歩いているよ?」とシャルルは言った。
「いいえ! 開いている天窓が風で動くんですわ」
あけの日曜日、彼女はルーアンへ発って、名を聞いているブローカーをすっかり訪ねた。みんな田舎の別荘へ行っているか旅行中だった。エンマは怯ひるまなかった。そして都合よく会えた人には無くてはならない金である、きっとお返しするから、と工面を頼んだ。中には鼻であしらう者もあった。結局みんなに断わられた。
二時にエンマは、レオンのところへ駆けつけてドアを叩いた。開かなかった。ようやくレオンが現われた。
「なんの用で?」
「お邪魔?」
「いえ、……でも……」
彼は家主が『女』を呼び入れることを、実は喜ばないのだと言った。
「あなたに話があるのよ」とエンマは言葉をついだ。
それでレオンは部屋の鍵を取ろうとした。エンマはとめた。
「いえ、いえ! あそこで、わたしたちの部屋で」
こうして二人は『ブローニュ・ホテル』の二人の部屋へ行った。
着くなりエンマは大きなコップで水を一杯飲んだ。顔は無骨だった。エンマは言った。
「レオン、わたし、あなたにお願いがあるのよ!」
その両手を堅く握りしめてレオンを揺すりながら、
「ねえ、わたし八千フラン(一フランが大体二千円ほど
なので、千六百万円ほど)要るの!」
「へえ、気でも狂ったんですか!」
「いえ、まだ狂わないわよ!」
エンマはさっそく、差押えの一件を話して窮境を打ち明けた。なにしろシャルルはまるでなにも知らないし、姑しゆうとめは自分を嫌っているし、父ルオーの力ではどうにもならない。しかしあなたなら、これから奔走して、なくてはならぬその金を都合してくれるでしょう……
「どうして僕にそんな……」
「まあ、意気地のないことを!」とエンマは叫んだ。
そこで彼はうかつにも、
「あなたはひどく考え過ぎてるんですよ。三千フランもあれば先方はおさまるでしょう」
それならなおさら、なんとか奔走してもらわねばならない。三千フランの金の見つからぬわけはない。それにレオンの名で代わりに金を借りる手もある。
「さあ! なんとか! ぜひ! 早く!……ねえ! ねえ! やってみて! わたし、たんと可愛がってあげるわ!」
彼は出て行ったが、一時間ばかりで戻ってきた。そして厳粛な面持ちで言った。
「三人訪ねました……無駄足でした」
やがて二人は暖炉の両脇に差し向かいに腰掛けたまま、身動きもせず、言葉もなかった。エンマは地団駄を踏みながら時どき肩をそびやかした。レオンはエンマの囁ささやく声を聞いた。
「もしわたしだったら、うまく手に入れるんだけど?」
「いったい、どこで?」
「あなたの事務所で!」
と、エンマは彼を凝視した。
悪魔的な大胆さが、燃えるような瞳から閃ひらめき出た。眼はなまめかしく、唆そそのかすように細くなった。——で、青年は、罪を犯せと勧めるこの女の唖おしのような力に圧倒された。彼は恐ろしくなった。そして、はっきりした話を避けるために、額を叩いて叫んだ。
「モレルが今晩帰るはずです! あの男ならきっといやとは言わないでしょう。(それはレオンの友人で、さる豪商の倅せがれだった)そうしたら明日持って来るでしょう」と彼は付けたした。
エンマはこの気休めを聞いて、レオンが思ったほど喜ばなかった。嘘ということがわかっているのだろうか? レオンは赤くなって言葉を続けた。
「でも、もし僕が三時になっても来なかったら、待たないで下さい。済まないけれど、僕失礼します。さようなら!」
彼はエンマの手を握ったが、まるで手ごたえがない。エンマにはもう何を感じる力もなかったのである。
四時が鳴った。するとエンマは自動人形のように、習慣の惰性で、立ち上ってヨンヴィルへ帰りかけた。
うららかな天気であった。陽は真白な空に輝いて、明るく輝く三月の日和ひよりであった。今日の日曜を晴れと着飾ったルーアンの人たちは楽しそうに散歩していた。エンマは教会前の広場まで来た。夕べのお勤めが済んだところで、群衆は三つの大門から、ちょうど橋の三つのアーチの下を流れる大河のように流れ出ていた。そうしてその中には、堂守が岩にも劣らずじっと立っていた。
そのときエンマは、かつて不安と希望に充ち満ちて、あの大きな内陣へ入って行ったあの日のこと、内陣は眼の前に奥深く延びてはいたが、胸の思いに比べては、それもなお浅く感じられた日のことを思い出した。そしてヴェールのかげで泣きながら、眼も眩くらみ、よろめいて、気絶せんばかりになって歩き続けた。
「危い!」と一声、おりしも開かれた、とある邸の大門から呼ばれた。
エンマは立ち止まって、一頭の黒馬あおをやり過ごした。馬は軽二輪馬車チルビユリーの梶棒の間に跳ねていた。貂てんの毛皮を着けた紳士が手綱をとっていた。誰だろう? 見覚えのある人だった……馬車は駆け出して、やがて見えなくなってしまった。
ああ、あの人だ、子爵様だ! エンマは振り返った。通りには人影はなかった。そうしてあまりの悲しさ、切なさに、エンマはとある壁によりかかって、倒れようとする体を支えた。
やがてエンマは自分の思い違いだったと考えた。結局確かなことはわからなかった。心の内も外もすべてがエンマを棄ててかえり見ない。もうわたしは駄目だ。得体のしれない深淵の中へ、当てもなく転落するように感じられた。それだから、『赤十字』へ着いて好々爺こうこうやオメーの姿を見かけたときの気持ちは、ほとんど歓びに近かった。オメーは仕入れた薬の大箱を『つばめ』に積み込ませていた。妻君へ土産の『パン菓子シュミノー』を六つ、絹のハンカチに包んで持っていた。
オメー夫人は、四旬節のあいだ、塩味バターをつけて食べる、ターバン形の、このどっしりした小さいパンが大好きだった。これは野蛮時代の食物の最後の標本で、恐らく起源は十字軍時代にも遡さかのぼるのであろう。その昔、剽悍ひようかんなノルマン族は、食卓の上、イポクラス酒(ぶどう酒に砂糖や香料は牛
乳などを混ぜた昔の薬酒)の瓶かめと大きな豚肉の間、黄ロウの灯りの投げる薄ら明かりに、サラセン人の首のご馳走でも見る思いで、このパンを腹いっぱい食ったのである。薬屋の妻君は歯が恐ろしく悪いくせに、ノルマン人のように勇ましくかじりついた。それでオメーは、町に出るつど、マサークル街の製造元で必らずこのパンを買って、土産に持って帰ることを忘れなかった。
「おや、これは!」オメーはそう言いながら、エンマに手を貸して、『つばめ』に助け乗せた。
それから『シュミノー』を網棚の革紐にぶら下げ、帽子を脱ぎ、腕を組んで、しばらくは、ナポレオンそこのけの考え深い格好をしていた。
しかし盲人がいつものように、丘の麓に現われると、オメーは大声をあげて、
「こういうけしからん商売を、いまだに当局が許しておるのがわたしにはとんとわからん! こんな奴らはすぐに監禁して、無理にでも仕事をさせるがよいのだ! 文明の進歩はまことに遅々、亀の歩みと一緒だ! われわれは蒙昧未開の時の代にいまだに停滞しておる!」
盲人は帽子を出した。それは鋲びようのとれた壁布のたるみのように、ドアのあたりで揺れていた。
「これは瘰癧るいれき性疾患ですな!」と薬剤師は言った。
そして彼はこの乞食をよく知っているくせに、初めて見たような顔をして、『角膜』とか、『不透明角膜』とか、『鞏膜きようまく』とか、『容貌』とかいう単語を呟つぶやくように並べ立て、さも親切げに問いかけた。
「お前、そんな恐ろしい病気に罹ってからよほどになるのか? 居酒屋で酔っぱらったりしないで摂生を守った方がよいぞ。」
オメーは、上等のぶどう酒と、上等のビールと、上等の焼肉を摂とれと盲人に勧めた。盲人は例の唄を続けていた。そのうえ、彼はまるで白痴のように見えた。オメーはようやく財布を開いて、
「さあ、ここに一スウあるから半分釣りをよこせ。それからわしの勧めたことを忘れるなよ。きっと効きくから」
イヴェールは大きな声で効き目は少々怪しいと言った。しかし薬屋は、自分の調製した消炎軟膏で立派に治して見せると請け合った。そして自分の住所を教えた。
「市場横のオメーといえば、そうとう知れとる」
「じゃ、お礼に『おどけを見せる』がいい」とイヴェールが言った。
盲人は膝を折ってペったり座り込んだ。そして頭を後ろへ反り返らせ、緑がかった眼の玉を回し、舌を出し、胃袋のあたりを両手でさすりながら、飢えた犬みたいに、一種の鈍にぶい唸りをあげた。エンマは気味が悪くなって、肩越しに五フラン金貨を投げてやった。それが彼女の全財産だった。が、それをこうして投げ出すのは、美しいことだとエンマには思えたのだ。
馬車はもう動き出していた。と、オメーは急に窓から乗り出して、
「澱粉質や乳類はいけないぞ! 肌には毛のものを着けろ、患部は杜松むろの実で燻いぶせ!」
見なれた景色が眼前にひろがるにつれて、エンマの現在の苦しみは次第次第に紛れてきた。エンマは耐えがたいほど疲れていた。やがて、なんの感覚もなく、しょんぼりと、眠ったようになって家に着いた。
「どうでもなれ!」とエンマは思った。
それに、もしかしたら、いい工合に今にも大変な事件が持ちあがってくれるかもしれないではないか、ルウルーだって死なないとは限らない。
エンマは朝の九時に、広場の人声で眼をさました。市場に人がたかっていて、柱に貼られた大きな掲示を読んでいる。見ると、ジュスタンが車止めの石にのぼって、その貼紙を破ろうとしている。と、そのとたん、巡査がジュスタンの襟首をつかまえた、オメーが薬局を飛び出してくる。ルフランソワのおかみが人込みの中で、大声でしゃべりまくっているらしかった。
「奥さん! 奥さん!」入ってくるなり、フェリシテが叫んだ。「憎らしいのなんのって!」
女中は可哀そうにすっかり興奮して、いま戸口からむしってきた一枚の黄色い紙を差し出した。エンマはちらと見て、自分の動産全部が競売になることを一目で読んだ。
二人は無言で顔を見合わせた。女中も奥様も、お互いになんの秘密もない仲だった。やっとフェリシテは溜息をついて、
「わたくしならギョーマンさんのところへ参りますがね」
「お前、そう思う?」
この問いはこういう意味であった。
『お前は下男と心易くてあすこの家をよく知ってるが、向こうの旦那さん、たまにはわたしの噂もしていた?』
「ええ、ええ、行ってごらんなさいまし、悪いことは申しません」
エンマは仕度をした。黒のドレスと、黒玉の粒を飾った小さい頭巾フードを着けた。そうして人目につかぬように(相変わらず広場には大ぜい人がたかっていたので)、川添いの小道づたいに村外れを進んでいった。
エンマは息を切らして公証人の門前に着いた。空はどんより曇って、雪がちらちら降っていた。
呼鈴の音に、赤チョッキを着たテオドールが玄関先の石段に現われた。そして知り合いの人にでもするように、なれなれしくエンマを迎えて、食堂の中へ案内した。
壁龕ニーシュの中一杯になっているサボテンの下には、焼き物の大きなストーブが唸うなっていた。そして、樫の木まがいの壁紙の上には、黒い木の額縁に入れて、ストウベン(一七八八—一八五六。ドイツ生
まれでフランスで死んだ画家。)作の『エスメラルダ』(巻末に
掲載)や、ショパン(フランスの
歴史画家)作の『ピュティファール』の画が掛かっていた。支度のできた食卓、二つの銀製焜炉こんろ、カット・グラスのドアの握り、嵌め木の床から様々な調度に至るまで、すべて塵一つとどめぬイギリス式の清潔さに輝いていた。窓ガラスの四隅は色ガラスで飾ってあった。
『こういう食堂こそ、ぜひ欲しいものだ』とエンマは思った。
公証人が、棕櫚しゆろ模様の部屋着の前を左手で押さえながら入ってきた。そして、もう一方の手で栗色天鵞絨びろうどの頭巾を脱いで、すぐまた右の方へわざとらしく傾けて被った。そこには、後頭部から起こって禿頭のまわりを巻いている三房ふさの金髪の先が垂れ下がっていた。
彼は椅子を勧めてから、幾重にも非礼を詫びながら、腰を下ろして食事をはじめた。
「ちょっと、お願いがあるのですけど」とエンマは言った。
「なんのご用でございましょう」
エンマは事情を打ち明け始めた。
ギョーマン先生は、呉服屋とひそかに結託しているので、事情はちゃんと知っていた。人から抵当貸しを頼まれると、いつもその資本を呉服屋のところから引っ張り出していたのである。
そこでギョーマンはあの手形の長いいきさつは、(エンマ以上に)よく知っていた。最初はごく小額であったものが、種々雑多な人物を裏書人とし、各手形の間に長い支払い期間が置かれ、絶えず書き替えが続けられたあげくの果ては、遂にルウルーが一切の拒絶証書をかき集め、仲間のヴァンサールに依頼して、必要な訴訟手続きをヴァンサールの名で、させるに至ったのである。それは同じ村の人たちから、極悪非道な人間と思われたくないからのことであった。
エンマは話の合の手に、ちょいちょいルウルーに対する非難を交ぜた。それに対して公証人は時どき、お座なりの相槌を打った。彼は肉を食い、紅茶をすすりながら、空色のネクタイに顎をうずめていた。ネクタイには短い金の鎖でつないだダイヤのピンが二本挿してあった。彼は甘ったるい、曖昧な、異様な薄笑いを漏らしていた。しかし、エンマの足が湿っているのに気がつくと、
「さあストーブへお寄りなさい……もっと上へ……瀬戸物へあてて。」
エンマは瀬戸物を汚しはせぬかと心配した。公証人は粋な調子で、
「美しいもので汚れることはありませんよ」
そこでエンマは公証人の心を動かそうと努めた。しかし自分が先に興奮して、家計の窮屈なこと、苦労の多いこと、金の要ることを打ち明けてしまった。粋いきな御婦人の身にすれば! ごもっとも、と公証人は言った。食べる手は休めずに、すっかりエンマの方に向いていたので、膝頭がエンマの靴に軽く触れた。靴底はストーブに押しつけられて曲がり、盛んに湯気を立てていた。
しかし、三千フランの用達ようたしを頼むと、彼は口をとじた。そうして、こうなる前に財産の管理をさせてもらわなかったことを大いに残念がった。たとえ女にでも手軽な利殖の道は無数にある。グリュメニルの泥炭坑にしろ、ル・アーヴルの地所にしろ、ほとんど危険なしに素晴らしい投機になったろうにと言った。夢のような大金が、そうすれば確かに儲かったのだったと思うと、エンマは残念でたまらなかった。公証人はエンマの口惜しがるのを黙って見ていたが、言葉をついで、
「今まで、わたしのところへいらっしゃらなかったのは、どうしたわけですかな?」
「どうしてって別に」
「なぜです、ええ?……このわたしが怖かったのですか? 苦情を言いたいのはかえってこちらですよ! 今まで様々お話ししたこともないんですからなあ! しかしわたしはあなたのおためになりたいつもりでいます。そのことはまさかお疑いはなさるまい」
彼は手を伸ばしてエンマの手をとり、貪むさぼるようにキスして、それをそのまま自分の膝に置いた。そして甘い言葉を掛けながら、エンマの指をそっといじった。
張りのない彼の声は小川の流れのようにぼそぼそ言っていた。火花のようなものが、キラキラ光る眼鏡越しに、瞳から散る。その両手はエンマの腕を探って、袖の中へ伸びていった。エンマは忙せわしい息づかいを頬に感じた。ぞっとするほどこの男が厭らしかった。
エンマは飛び上がって言った。
「もし! わたしはお待ちしているのです!」
「なにをです?」と急に真っ青になって公証人は言った。
「あのお金を」
「だが……」
やがて、押しよせる激しい感情に堪えかねて、
「ええ、よろしいとも!……」
彼は跪ひざまずいて、部屋の汚れるのも構わずに、エンマの方へにじり寄った。
「お願いです、そのまま、帰らないで! わたしはあんたを愛しておるのです!」
エンマの腰に抱きついた。
真紅の潮がさっとボヴァリー夫人の顔にさした。夫人は物凄い權幕で後退りしながら叫んだ。
「あなたは人の弱みにつけこんで、不埒ふらちなことをなさるんですね! わたしは哀れな女です。しかしお金で操みさおは売りません!」
彼女は飛び出した。
公証人は呆気あつけにとられて、自分の履いている美しい綴綿つづれの上靴を見つめた。それは恋の贈物であった。見ているうちにようやく気持ちが慰められた。そのうえ、こういう事件に係りあっていては、後が大変だったろうと思い返した。
『なんという恥知らずだ! なんて下劣な奴だ!……なんて卑しい振る舞いだ!』
街道の白楊はこやなぎの下を、震える足で逃れながら、エンマは心で言った。話のつかなかった失望が、辱められた憤怒をひとしお激しくした。神が躍起になって自分を苦しめているように思われた。そのためにかえって自尊心を高ぶらせたエンマは、これほど自身に誇りを感じ、これほど人に軽蔑を抱いたことはなかった。エンマは前後を忘れて、なにかに突っかかってゆきたかった。あらゆる男をぶんなぐって、顔に唾つばをかけ、一人残らず足下に蹂躙じゆうりんしてやりたかった。エンマは青ざめ、震え、いきり立ち、涙の眼で虚ろな地平を求めながら、息づまるような憎悪を自ら楽しむかのように、足も早く、まっすぐに歩き続けた。
家が見えると、急に身が痺れてしまった。もう進めなくなった。といって進まねばならぬ。それにどこへ逃げて行こうというのか?
フェリシテが戸口で待っていた。
「どうでございました?」
「だめ!」とエンマは言った。
それから十五分もの間、ヨンヴィルの人で助けてくれそうな人を、二人でいろいろ考えてみた。しかしフェリシテが誰かの名を挙げるごとに、エンマは答えた。
「だめ! きいてくれるものかね!」
「でも旦那様が今にお帰りでございますよ!」
「わかってるよ……あっちへ行っておくれ」
なにもかもやってみた。もうなにもすることはない。だから、シャルルがやってきたら、こう言おう。
「どいて下さい。あなたの踏んでいる毛氈もうせんはもうわたしたちの物じゃありません。あなたの家の中で、あなたには道具一つ、ピン一本、藁すべ一つだってないのです。お気の毒に、あなたを破産させたのは、このわたしなんです!」
すると夫は激しくすすり泣くだろう。それから泣いて泣いて泣きあかすだろう。そしてとどのつまり、驚きが冷めたとき、夫は許してくれるだろう。
「そうだ」とエンマは歯ぎしりしながら呟いた。「あんな男がわたしを許すんだって? あの男がわたしを知ったということを大目に見てやるにさえ、百万フラン出したって足りないあの男が……いやだ! いやだ!」
ボヴァリーに上手に出られるのかと思うと、むしょうに腹が立った。しかし、白状するしないにかかわらず、この結末は、おそかれ早かれ、今日明日にも夫には知れるのだ。してみると、おめおめその不快きわまる場面を待ちうけて、シャルルの度量の重みを甘受せねばならなくなるのだ。もう一度ルウルーの家へ行ってみたくなった。しかし行ったとてなんになろう? 父親に手紙を出そうか。いやもう遅い。エンマはさっきのあの男に身をまかさなかったことを今さら悔いていたらしい。そのとき、庭の小道に馬蹄の響きが聞こえた。シャルルである。彼は柵門さくを開けている。顔色は漆喰の壁より蒼白だ。エンマは階段をけおりて、いきなり広場から逃げ出した。教会の前でレスチブードワと話をしていた村長夫人は、エンマが収税吏の家に入るのを見た。
村長夫人はカロン夫人の家へ駆けつけてそのことを告げた。二人の夫人は屋根裏の物置へあがった。そして竿に干してある洗濯物のかげに隠れ、ビネーの部屋を見渡すに格好の位置についた。
ビネーはただ一人屋根裏の部屋に籠って、球体が互いちがいに食い込んだものに三日月形をあしらい、全体が方尖塔オベリスクのようにまっすぐな、使い途はどこにもないという、あの名のつけようのない象牙ぞうげ細工を、木で模造している最中であった。彼は最後の一片に手をつけていた。仕上げだった! 仕事場の明暗の中で、さながら奔馬ほんばの蹄鉄から羽飾りみたいな火花が散るように、金色のほこりが轆轤ろくろから飛んでいた。二個の車が回って唸っていた。ビネーは顎を引き、鼻を広げて微笑わらっていた。他愛もない急所で気を紛らせ、でき上がれば気がすんで、それから先にはもう夢も何もない下らぬ仕事だけに付きものの、あの満ち足りた喜びに、彼は浸っているようだった。
「あれ? 来ましたよ!」とテュヴァシュ夫人が言った。
しかし轆轤の音で、エンマの言うことはほとんど聞こえなかった。
やっと二人の人には『フラン』という言葉が聞き取れたように思えた。と、テュヴァシュ婆さんは小声で囁ささやいた。
「税金を延ばしてもらおうと思って頼んでいる……」
「と見せかけてね!」と相手は答えた。
見るとエンマはあちらこちら歩き回って、壁寄りにならべてあるナプキン挟みの環わや、燭台や、手摺てすりの球飾りを眺めている。一方ビネーは得意げに髭を撫でている。
「なにか注文をしに来たんじゃないでしょうか?」
「でもあの男はなにも売りはしないんですよ?」と隣りの女房は反対した。
収税史ビネーは不審そうに眼をむきながら、じっと聞いているらしい。エンマは物柔らかな、哀願するような態度で話し続けた。エンマは近づいた。胸が波打っている。彼らはもう無言であった。
「言い寄ってるんでしょうか?」とテュヴァシュ夫人は言った。
ビネーは耳まで真っ赤になった。エンマは彼の両手を握った。
「ああ、こりゃひどい!」
エンマは穢らわしい相談を持ちかけているに相違なかった。収税吏かつてボーツェンやリュツェン(いずれもナポレオン
戦争のあった場所)に戈をとって祖国フランスのために戦い、あまつさえ『レジョン・ドヌール勲章候補』とまでなった勇士の彼も——蛇を見たときのように、はるか後ろへ飛びのいて呼んだのだ。
「奥さん! それは正気の沙汰ですか?……」
「あんな女は笞でひっぱたいてやらなきゃ!」とテュヴァシュ夫人は言った。
「あの女はどこへ行ったんでしょう?」とカロン夫人は続けた。
というのは、エンマがこの話の間に姿を消してしまったのである。やがてエンマが大通りへ出、墓地へでも行くのか右手の方へ曲がるのを見たとき、二人の女は推量に迷った。

「ロレーおばさん、」乳母の家へ辿たどりつくとエンマは言った、「息が苦しいの!……着物を緩ゆるめて!」
彼女はベッドに倒れた。すすりあげていた。ロレーのおかみさんはエンマの上へペチコートを掛け、側に佇たたずんだ。が、一向受け答えがないので、やがてそばを離れ、糸車をとって麻を紡ぎ始めた。
「おお! やめてちょうだい」ビネーの轆轤ろくろの音がしたように思って、エンマは呟いた。
『どうなすったんだろう? なぜ家うちへ来なすったんだろう?』と乳母は考えるのだった。
エンマは一種の恐怖感に追っかけられて、ここまで駆けつけたのだった。
仰向けに寝たきり、身動きもせず、眼を据え、白痴のようにじっと注意を集中しても、物の形はぼんやりとしか見分けられなかった。壁の剥げたところや、くっついて燻っている二本の薪まきや頭の上の梁はりの割れ目を這っているひょろ長い蜘蛛を見ていた。やっと気を鎮めて考えた。思い出した……ある日、レオンと……ああ! なんて遠いことだ……陽は小川の面おもてに輝いていた。ボタンヅルが匂っていた……すると、激する急流の中へ巻き込まれるように、記憶の中へ巻き込まれたエンマは、やがて昨日のことを思い起こした。
「いま何時?」と彼女は訊いた。
ロレーのおかみさんは外へ出て、空の明るい方へ右手の指をあげ、やがてのっそり入って来て言った。
「おっつけ三時でございますよ」
「ああそう! ありがとう! ありがとう!」
と言ったのは、やがてあの人が来るからである。きっと来る! あの人は金の都合をつけたに違いない。しかし自分がここへ来ているとも知らずに、向こうの家へ行くかもしれない。こう思ったエンマは、一走り家まで行ってあの人を連れてきてくれと乳母に頼んだ。
「さあ早く!」
「はいはい、只今! 只今参ります!」
エンマは、初めからあの人のことを考えなかったのが、自分ながら不思議だった。昨日あの人は、ほかに約束してくれた。決して破ることはない。エンマはもう自分がルウルーのところへ行って、机の上に三枚の札を並べているところを思い描いた。その次には、ボヴァリーを巧く言いくるめる嘘を考え出さねばならない。さあ、それだが?
しかし乳母の帰りは遅かった。けれども、この破屋あばらやには時計がないから、時間を長く感じるのかもしれないとエンマは思った。エンマは庭の中をこつこつ歩き出した。生け垣に沿っている小径をたどって行ったが、婆さんは別の道から帰ったかもしれないと思って急いで引き返した。とうとう待ちくたびれたエンマは、襲いかかる様々の疑惑を押しのけ押しのけ、いったいここに遠い昔からいるのか、つい今来たばかりなのかもわからなくなって、片隅に座り、眼を閉じ、耳をふさいだ。柵門さくが軋きしんだ。エンマは飛び上がった。彼女が口を開くまでに、ロレーのおかみさんが言った。
「お家にはどなたも見えていません!」
「なんだって?」
「はい、どなたも! そして旦那様が泣いていらっしゃいます。奥様を呼んでいらっしゃる。みんなが奥様を探しておりました。」
エンマはなにも答えなかった。そして激しく喘ぎながら、あたりをきょろきょろ見回した。この形相ぎようそうに震えあがった百姓女は、てっきり気が違ったのだと思って、本能的に後退りした。突然エンマは額を叩いて叫んだ。ロドルフの記憶が、暗夜の稲妻のように心をかすめたのだった。あの人はずいぶん親切な人だった、優しい人だった、気の大きい人だった! そのうえ、たとえあの人がこの用達ようたしに二の足を踏んでも、自分は瞬く間に二人の失われた恋を呼び戻して、無理にもあの人に何とかさせてみせる。そう思って、エンマはユシェット荘に向かった。さっきあれほど彼女を激昂させたことに向かって、自ら進んで身を捧げに急いでいるのだとも意識せず、こうして貞操を売るのだとも微塵みじんも思わなかったのだ。

VIII

 

Elle se demandait tout en marchant: Que vais-je dire? Par où commencerai-je? Et à mesure qu'elle avançait, elle reconnaissait les buissons, les arbres, les joncs marins sur la colline, le château là-bas. Elle se retrouvait dans les sensations de sa première tendresse, et son pauvre cœur comprimé s'y dilatait amoureusement. Un vent tiède lui soufflait au visage; la neige, se fondant, tombait goutte à goutte, des bourgeons sur l'herbe.

Elle entra, comme autrefois, par la petite porte du parc, puis arriva dans la cour d'honneur, que bordait un double rang de tilleuls touffus. Ils balançaient en sifflant leurs longues branches. Les chiens au chenil aboyèrent tous, et l'éclat de leurs voix retentissait, sans qu'il parût personne.

Elle monta le large escalier droit, à balustres de bois, qui conduisait au corridor pavé de dalles poudreuses où s'ouvraient plusieurs chambres à la file, comme dans les monastères ou les auberges. La sienne était au bout, tout au fond, à gauche. Mais quand elle vint à poser les doigts sur la serrure, ses forces subitement l'abandonnèrent. Elle avait peur qu'il ne fût pas là, le souhaitait presque, et c'était pourtant son seul espoir, la dernière chance de salut; elle se recueillit 421une minute, et, retrempant son courage au sentiment de la nécessité présente, elle entra.

Il était devant le feu, les deux pieds sur le chambranle, en train de fumer une pipe.

—Tiens! c'est vous! dit-il en se levant brusquement.

—Oui, c'est moi! Je voudrais, Rodolphe, vous demander un conseil.

Et, malgré tous ses efforts, il lui était impossible de desserrer la bouche.

—Vous n'avez pas changé; vous êtes toujours charmante!

—Oh! reprit-elle amèrement, ce sont de tristes charmes, mon ami, puisque vous les avez dédaignés.

Alors il entama une explication de sa conduite, s'excusant en termes vagues, faute de pouvoir inventer mieux.

Elle se laissait prendre à ses paroles, plus encore à sa voix et par le spectacle de sa personne; si bien qu'elle fit semblant de croire, ou elle crut peut-être, au prétexte de leur rupture. C'était un secret d'où dépendaient l'honneur et même la vie d'une troisième personne.

—N'importe! fit-elle en le regardant tristement, j'ai bien souffert!

Il répondit d'un ton philosophique:

—L'existence est ainsi!

—A-t-elle du moins, reprit Emma, été bonne pour vous, depuis notre séparation?

—Oh! ni bonne... ni mauvaise.

422

—Il aurait peut-être mieux valu ne jamais nous quitter?

—Oui... peut-être!

—Tu crois? dit-elle en se rapprochant. Et elle soupira: O Rodolphe! si tu savais! je t'ai bien aimé!

Ce fut alors qu'elle prit sa main, et ils restèrent quelque temps les doigts entrelacés, comme le premier jour, aux comices! Par un reste d'orgueil, il se débattait encore sous l'attendrissement. Mais s'affaissant contre sa poitrine, elle lui dit:

—Comment voulais-tu que je vécusse sans toi? On ne peut pas se déshabituer du bonheur! J'étais désespérée! j'ai cru mourir! Je te conterai tout cela, tu verras... Et toi? tu m'as fuie!

Car, depuis trois ans, il l'avait soigneusement évitée, par suite de cette lâcheté naturelle qui caractérise le sexe fort; et Emma continuait avec des gestes mignons de tête, plus câline qu'une chatte amoureuse:

—Tu en aimes d'autres? avoue-le. Oh! je les comprends, va! je les excuse; tu les auras séduites comme tu m'avais séduite. Tu es un homme, toi! tu as tout ce qu'il faut pour te faire chérir. Mais nous recommencerons, n'est-ce pas? nous nous aimerons! Tiens, je ris, je suis heureuse! Parle donc!

Et elle était ravissante à voir, avec son regard où tremblait une larme, comme l'eau d'un orage dans un calice bleu.

Il l'attira sur ses genoux, et il caressait du revers de la main ses bandeaux lisses, où, dans la clarté du crépuscule, miroitait comme une flèche d'or un dernier 423rayon de soleil. Elle penchait le front; il finit par la baiser sur les paupières, tout doucement, du bout des lèvres.

—Mais tu as pleuré! dit-il. Pourquoi?

Elle éclata en sanglots. Rodolphe crut que c'était l'explosion de son amour, et comme elle se taisait, il prit ce silence pour une dernière pudeur, et alors il s'écria:

—Ah! pardonne-moi! tu es la seule qui me plaise. J'ai été imbécile et méchant! Je t'aime, je t'aimerai toujours! Qu'as-tu? dis-le donc!

Il s'agenouillait.

—Eh bien!... je suis ruinée, Rodolphe! Tu vas me prêter trois mille francs!

—Mais... mais... dit-il en se relevant peu à peu, tandis que sa physionomie prenait une expression grave.

—Tu sais, continuait-elle vite, que mon mari avait placé toute sa fortune chez un notaire: il s'est enfui. Nous avons emprunté; les clients ne payaient pas. Du reste, la liquidation n'est pas finie; nous en aurons plus tard. Mais aujourd'hui, faute de trois mille francs, on va nous saisir; c'est à présent, à l'instant même; et comptant sur ton amitié, je suis venue.

—Ah! pensa Rodolphe, qui devint très pâle tout à coup, c'est pour cela qu'elle est venue! Enfin il dit d'un air calme:—Je ne les ai pas, chère madame.

Il ne mentait point. Il les eût eus qu'il les aurait donnés, sans doute, bien qu'il soit généralement désagréable de faire de si belles actions; une demande 424pécuniaire, de toutes les bourrasques qui tombent sur l'amour, étant la plus froide et la plus déracinante.

Elle resta d'abord quelques minutes à le regarder.

—Tu ne les as pas! Elle répéta plusieurs fois: Tu ne les as pas! J'aurais dû m'épargner cette dernière honte. Tu ne m'as jamais aimée! tu ne vaux pas mieux que les autres!

Elle se trahissait, elle se perdait.

Rodolphe l'interrompit, affirmant qu'il se trouvait «gêné» lui-même.

—Ah! je te plains! dit Emma. Oui, considérablement!... Et arrêtant ses yeux sur une carabine damasquinée qui brillait dans la panoplie:—Mais lorsqu'on est si pauvre, on ne met pas d'argent à la crosse de son fusil! on n'achète pas une pendule avec des incrustations d'écaille! continuait-elle en montrant l'horloge de Boule.—Ni des sifflets de vermeil pour ses fouets! Elle les touchait.—Ni des breloques pour sa montre! Oh! rien ne lui manque! jusqu'à un porte-liqueurs dans sa chambre; car tu t'aimes, tu vis bien, tu as un château, des fermes, des bois; tu chasses à courre, tu voyages à Paris. Eh! quand ce ne serait que cela! s'écria-t-elle en prenant sur la cheminée ses boutons de manchettes,—que la moindre de ces niaiseries! on ne peut faire de l'argent! Oh! je n'en veux pas! Garde-le! Et elle lança bien loin les deux boutons, dont la chaîne d'or se rompit en cognant contre la muraille.—Mais, moi, je t'aurais tout donné, j'aurais tout vendu, j'aurais travaillé de mes mains, j'aurais mendié sur les routes, pour un sourire, pour un 425regard, pour t'entendre dire merci! Et tu restes là tranquillement dans ton fauteuil, comme si déjà tu ne m'avais pas fait assez souffrir! Sans toi, sais-tu bien, j'aurais pu vivre heureuse! Qui t'y forçait? Était-ce une gageure? Tu m'aimais cependant, tu le disais... Et tout à l'heure encore... Ah! il eût mieux valu me chasser! J'ai les mains chaudes de tes baisers, et voilà la place sur le tapis où tu jurais à mes genoux une éternité d'amour. Tu m'y as fait croire; tu m'as, pendant deux ans, traînée dans le rêve le plus magnifique et le plus suave!... Hein? nos projets de voyage, tu te rappelles? Oh! ta lettre! ta lettre! elle m'a déchiré le cœur! Et puis, quand je reviens vers lui, vers lui qui est riche, heureux, libre! pour implorer un secours que le premier venu rendrait, suppliante et lui rapportant toute ma tendresse, il me repousse, parce que ça lui coûterait trois mille francs.

—Je ne les ai pas! répondit Rodolphe, avec ce calme parfait dont se recouvrent comme d'un bouclier les colères résignées.

Elle sortit. Les murs tremblaient, le plafond l'écrasait; et elle repassa par la longue allée, en trébuchant contre les tas de feuilles mortes que le vent dispersait. Enfin elle arriva au saut de loup devant la grille; elle se cassa les ongles contre la serrure, tant elle se dépêchait pour l'ouvrir. Puis, cent pas plus loin, essoufflée, près de tomber, elle s'arrêta. Et alors, se détournant, elle aperçut encore une fois l'impassible château avec le parc, les jardins, les trois cours, et toutes les fenêtres de la façade.

426

Elle resta perdue de stupeur et n'ayant plus conscience d'elle-même que par le battement de ses artères, qu'elle croyait entendre s'échapper comme une assourdissante musique qui emplissait la campagne. Le sol sous ses pieds était plus mou qu'une onde, et les sillons lui parurent d'immenses vagues brunes qui déferlaient. Tout ce qu'il y avait dans sa tête de réminiscences, d'idées, s'échappait à la fois, d'un seul bond, comme les mille pièces d'un feu d'artifice. Elle vit son père, le cabinet de L'Heureux, leur chambre là-bas, un autre paysage: la folie la prenait, elle eut peur et parvint à se ressaisir, d'une manière confuse, il est vrai; car elle ne se rappelait point la cause de son horrible état, c'est-à-dire la question d'argent. Elle ne souffrait que de son amour, et sentait son âme l'abandonner par ce souvenir, comme les blessés, en agonisant, sentent l'existence qui s'en va par leur plaie qui saigne.

La nuit tombait, des corneilles volaient.

Il lui sembla tout à coup que des globules couleur de feu éclataient dans l'air comme des balles fulminantes en s'aplatissant, et tournaient, tournaient, pour aller se fondre sur la neige, entre les branches des arbres. Au milieu de chacun d'eux, la figure de Rodolphe apparaissait. Ils se multiplièrent, et ils se rapprochaient, la pénétraient; tout disparut. Elle reconnut les lumières des maisons qui rayonnaient de loin dans le brouillard.

Alors sa situation, telle qu'un abîme, se représenta. Elle haletait à se rompre la poitrine. Puis, dans un 427transport d'héroïsme qui la rendait presque joyeuse, elle descendit la côte en courant, traversa la planche aux vaches, le sentier, l'allée, les halles, et arriva devant la boutique du pharmacien.

Il n'y avait personne. Elle allait entrer; mais au bruit de la sonnette on pouvait venir; et se glissant par la barrière, retenant son haleine, tâtant les murs, elle s'avança jusqu'au seuil de la cuisine, où brûlait une chandelle posée sur le fourneau. Justin, en manches de chemise, emportait un plat.

—Ah! ils dînent. Attendons.

Il revint. Elle frappa contre la vitre. Il sortit.

—La clef! celle d'en haut, où sont les...

—Comment?

Et il la regardait, tout étonné par la pâleur de son visage, qui tranchait en blanc sur le fond noir de la nuit. Elle lui parut extraordinairement belle et majestueuse comme un fantôme; sans comprendre ce qu'elle voulait, il pressentait quelque chose de terrible.

Mais elle reprit vivement à voix basse, d'une voix douce et dissolvante:

—Je la veux! donne-la-moi.

Et comme la cloison était mince, on entendait le cliquetis des fourchettes sur les assiettes dans la salle à manger.

Elle prétendit avoir besoin de tuer des rats qui l'empêchaient de dormir.

—Il faudrait que j'avertisse Monsieur.

—Non! reste! Puis d'un air indifférent:—Eh! ce n'est pas la peine, je lui dirai tantôt. Allons, éclaire-moi!

428

Elle entra dans le corridor où s'ouvrait la porte du laboratoire. Il y avait contre la muraille une clef étiquetée Capharnaüm.

—Justin! cria l'apothicaire, qui s'impatientait.

—Montons!

Et il la suivit.

La clef tourna dans la serrure, et elle alla droit vers la troisième tablette, tant son souvenir la guidait bien, saisit le bocal bleu, en arracha le bouchon, y fourra sa main, et la retirant pleine d'une poudre blanche, elle se mit à manger à même.

—Arrêtez! s'écria-t-il en se jetant sur elle.

—Tais-toi! on viendrait.

Il se désespérait, voulait appeler.

—N'en dis rien, tout retomberait sur ton maître!

Puis elle s'en retourna subitement apaisée, et presque dans la sérénité d'un devoir accompli.

Quand Charles, bouleversé par la nouvelle de la saisie, était rentré à la maison, Emma venait d'en sortir. Il cria, pleura, s'évanouit, mais elle ne revint pas. Ou pouvait-elle être? Il envoya Félicité chez Homais, chez M. Tuvache, chez L'Heureux, au Lion d'or, partout; et dans les intermittences de son angoisse, il voyait sa considération anéantie, leur fortune perdue, l'avenir de Berthe brisé! Par quelle cause?... Pas un mot! il attendit jusqu'à six heures du soir. Enfin, n'y pouvant plus tenir, et imaginant qu'elle était partie à Rouen, il alla sur la grande route, fit une demi-lieue, ne rencontra personne, attendit encore et s'en revint.

Elle était rentrée.

429

—Qu'y avait-il?... Pourquoi?... Explique-moi...

Elle s'assit à son secrétaire et écrivit une lettre qu'elle cacheta lentement, ajoutant la date du jour et de l'heure. Puis elle dit d'un ton solennel:

—Tu la liras demain; d'ici là, je t'en prie, ne m'adresse pas une seule question!... Non! pas une!

—Mais...

—Oh! laisse-moi!

Et elle se coucha, tout du long, sur son lit.

Une saveur âcre qu'elle sentait dans sa bouche la réveilla. Elle entrevit Charles et referma les yeux.

Elle s'épiait curieusement, pour discerner si elle ne souffrait pas. Mais non! rien encore. Elle entendait le battement de la pendule, le bruit du feu, et Charles, debout près de sa couche, qui respirait.

—Ah! c'est bien peu de chose, la mort! pensait-elle. Je vais m'endormir, et tout sera fini!

Elle but une gorgée d'eau et se tourna vers la muraille. Cet affreux goût d'encre continuait.

—J'ai soif! oh! j'ai bien soif! soupira-t-elle.

—Qu'as-tu donc? dit Charles, qui lui tendait un verre.

—Ce n'est rien!... ouvre la fenêtre... j'étouffe!

Et elle fut prise d'une nausée si soudaine qu'elle eut à peine le temps de saisir son mouchoir sous l'oreiller.

—Enlève-le! dit-elle vivement, jette-le!

Il la questionna. Elle ne répondit pas. Elle se tenait immobile, de peur que la moindre agitation ne la fît vomir. Cependant elle sentait un froid de glace qui lui montait des pieds jusqu'au cœur.

430

—Ah! voilà que ça commence! murmura-t-elle.

—Que dis-tu?

Elle roulait sa tête avec un geste doux, plein d'angoisses et tout en ouvrant continuellement les mâchoires, comme si elle eût porté sur sa langue quelque chose de très lourd. A huit heures, les vomissements reparurent.

Charles observa qu'il y avait au fond de la cuvette une sorte de gravier blanc attaché aux parois de la porcelaine.

—C'est extraordinaire! c'est singulier! répéta-t-il.

Mais elle dit d'une voix forte:

—Non! tu te trompes!

Alors, délicatement et presque en la caressant, il lui passa la main sur l'estomac. Elle jeta un cri aigu. Il se recula tout effrayé.

Puis elle se mit à geindre, faiblement d'abord. Un grand frisson lui secouait les épaules, et elle devenait plus pâle que le drap où s'enfonçaient ses doigts crispés. Son pouls inégal était presque insensible maintenant.

Des gouttes suintaient sur sa figure bleuâtre, qui semblait comme figée dans l'exhalaison d'une vapeur métallique. Ses dents claquaient, ses yeux agrandis regardaient vaguement autour d'elle, et à toutes les questions elle ne répondait qu'en hochant la tête; même elle sourit deux ou trois fois. Peu à peu ses gémissements furent plus forts. Un hurlement sourd lui échappa; elle prétendit qu'elle allait mieux et qu'elle 431se lèverait tout à l'heure. Mais les convulsions la saisirent, elle s'écria:

—Ah! c'est atroce! mon Dieu!

Il se jeta à genoux contre son lit.

—Parle! qu'as-tu mangé? Réponds, au nom du ciel!

Et il la regardait avec des yeux d'une tendresse comme elle n'en avait jamais vu.

—Eh bien! là... là... dit-elle d'une voix défaillante.

Il bondit au secrétaire, brisa le cachet et lut tout haut: Qu'on n'accuse personne... Il s'arrêta, se passa la main sur les yeux, relut encore.

—Comment! au secours! à moi!

Et il ne pouvait faire que répéter ce mot: «Empoisonnée! empoisonnée!» Félicité courut chez Homais, qui l'exclama sur la place; Mme Lefrançois l'entendit au Lion d'or; quelques-uns se levèrent pour l'apprendre à leurs voisins, et toute la nuit le village fut en éveil.

Pâle, éperdu, balbutiant, près de tomber, Charles tournait dans la chambre. Il se heurtait aux meubles, s'arrachait les cheveux, et jamais le pharmacien n'avait cru qu'il pût y avoir de si épouvantable spectacle.

Il revint chez lui pour écrire à M. Canivet et au docteur Larivière. Il perdait la tête; il fit plus de quinze brouillons. Hippolyte partit à Neufchâtel, et Justin talonna si fort le cheval de Bovary, qu'il le laissa dans la côte du Bois-Guillaume, fourbu et aux trois quarts crevé.

Charles voulut feuilleter son dictionnaire de médecine; il n'y voyait pas; les lignes dansaient.

432

—Du calme! dit l'apothicaire. Il s'agit seulement d'administrer quelque puissant antidote. Quel est le poison?

Charles montra la lettre. C'était de l'arsenic.

—Eh bien! reprit Homais, il faudrait en faire l'analyse.

Car il savait qu'il faut, dans tous les empoisonnements, faire une analyse; et l'autre, qui ne comprenait pas, répondit:

—Ah! faites! faites! sauvez-la.

Puis, revenu près d'elle, il s'affaissa par terre sur le tapis, et il restait, la tête appuyée contre le bord de sa couche, à sangloter.

—Ne pleure pas! lui dit-elle. Bientôt je ne te tourmenterai plus!

—Pourquoi? Qui t'a forcée?

Elle répliqua:

—Il le fallait, mon ami.

—N'étais-tu pas heureuse? Est-ce ma faute? J'ai fait tout ce que j'ai pu, pourtant!

—Oui... c'est vrai... tu es bon, toi!

Et elle lui passait la main dans les cheveux, lentement; mais la douceur de cette sensation surchargeait sa tristesse; il sentait tout son être s'écrouler de désespoir à l'idée qu'il fallait la perdre, quand au contraire elle avouait pour lui plus d'amour que jamais; et il ne trouvait rien; il ne savait pas, il n'osait, l'urgence d'une résolution immédiate achevant de le bouleverser.

Elle en avait fini, songeait-elle, avec toutes les trahisons, les bassesses et les innombrables convoitises 433qui la torturaient. Elle ne haïssait personne maintenant; une confusion de crépuscule s'abattait en sa pensée, et de tous les bruits de la terre Emma n'entendait plus que l'intermittente lamentation de ce pauvre cœur, douce et indistincte comme le dernier écho d'une symphonie qui s'éloigne.

—Amenez-moi la petite, dit-elle en se soulevant du coude.

—Tu n'es pas plus mal, n'est-ce pas? reprit Charles.

—Non! non!

L'enfant arriva sur le bras de sa bonne, dans sa longue chemise de nuit, d'où sortaient ses pieds nus, sérieuse et presque rêvant encore. Elle considérait avec étonnement la chambre tout en désordre, et clignait des yeux, éblouie par les flambeaux qui brûlaient sur les meubles. Ils lui rappelèrent sans doute les matins du jour de l'an ou de la mi-carême, quand, ainsi réveillée de bonne heure à la clarté des bougies, elle venait dans le lit de sa mère pour y recevoir ses étrennes, car elle se mit à dire:

—Où est-ce donc, maman? Et comme tout le monde se taisait: Mais je ne vois pas mon petit soulier!

Félicité la penchait vers le lit, tandis qu'elle regardait toujours du côté de la cheminée.

—Est-ce nourrice qui l'aurait pris? demanda-t-elle.

Et à ce nom, qui la reportait dans le souvenir de ses adultères et de ses calamités, Mme Bovary détourna sa tête, comme au dégoût d'un autre poison plus fort qui lui remontait à la bouche. Berthe, cependant, restait posée sur le lit.

434

—Oh! comme tu as de grands yeux, maman! comme tu es pâle! comme tu sues! Sa mère la regardait.—J'ai peur! dit la petite en se reculant.

Emma prit sa main pour la baiser; mais elle se débattait.

—Assez! qu'on l'emmène! s'écria Charles, qui sanglotait dans l'alcôve.

Puis les symptômes s'arrêtèrent un moment; elle paraissait moins agitée; et à chaque parole insignifiante, à chaque souffle de sa poitrine un peu plus calme il reprenait espoir. Enfin, lorsque Canivet entra, il se jeta dans ses bras en pleurant.

—Ah! c'est vous! merci! vous êtes bon! Mais tout va mieux. Tenez, regardez-la!

Le confrère ne fut nullement de cette opinion, et n'y allant pas, comme il le disait lui-même, par quatre chemins, il prescrivit de l'émétique, afin de dégager complètement l'estomac.

Elle ne tarda pas à vomir du sang. Ses lèvres se serrèrent davantage. Elle avait les membres crispés, le corps couvert de taches brunes, et son pouls glissait sous les doigts comme un fil tendu, comme une corde de harpe près de se rompre.

Puis elle se mettait à crier horriblement. Elle maudissait le poison, l'invectivait, le suppliait de se hâter, et repoussait de ses bras roidis tout ce que Charles, plus agonisant qu'elle, s'efforçait de lui faire boire. Il était debout, son mouchoir sur les lèvres, râlant, pleurant, et suffoqué par des sanglots qui le secouaient jusqu'aux talons; Félicité courait çà et là dans la 435chambre; Homais, immobile, poussait de gros soupirs, et M. Canivet, gardant toujours son aplomb, commençait néanmoins à se sentir troublé.

—Diable!... cependant... elle est purgée, et du moment que la cause cesse...

—L'effet doit cesser, reprit Homais; c'est évident.

—Mais sauvez-la! exclamait Bovary.

Aussi, sans écouter le pharmacien qui hasardait encore cette hypothèse: «C'est peut-être un paroxysme salutaire», Canivet allait administrer de la thériaque, lorsqu'on entendit le claquement d'un fouet; toutes les vitres frémirent, et une berline de poste qu'enlevaient à plein poitrail trois chevaux crottés jusqu'aux oreilles, débusqua d'un bond au coin des halles. C'était le docteur Larivière.

L'apparition d'un Dieu n'eût pas causé plus d'émoi. Bovary leva les mains, Canivet s'arrêta court, et Homais retira son bonnet grec bien avant qu'il fût entré.

Il appartenait à la grande école chirurgicale sortie du tablier de Bichat, à cette génération, maintenant disparue, de praticiens philosophes qui, chérissant leur art d'un amour fanatique, l'exerçaient avec exaltation et sagacité! Tout tremblait dans son hôpital quand il se mettait en colère, et ses élèves le vénéraient si bien qu'ils s'efforçaient, à peine établis, de l'imiter le plus possible; de sorte que l'on retrouvait sur eux, par les villes d'alentour, sa longue douillette de mérinos et son large habit noir, dont les parements déboutonnés couvraient un peu ses mains charnues,—de fort belles mains, et qui n'avaient 436jamais de gants, comme pour être plus promptes à plonger dans les misères. Dédaigneux des croix, des titres et des académies, hospitalier, libéral, paternel avec les pauvres et pratiquant la vertu sans y croire, il eût presque passé pour un saint si la finesse de son esprit ne l'eût fait craindre comme un démon. Son regard, plus tranchant que ses bistouris, vous descendait droit dans l'âme et désarticulait tout mensonge à travers les allégations et les pudeurs.—Et il allait ainsi, plein de cette majesté débonnaire que donnent la conscience d'un grand talent, de la fortune et quarante ans d'une existence laborieuse et irréprochable.

Il fronça les sourcils dès la porte, en apercevant la face cadavéreuse d'Emma, étendue sur le dos, la bouche ouverte. Puis, tout en ayant l'air d'écouter Canivet, il se passait l'index sous les narines et répétait: «C'est bien, c'est bien.» Mais il fit un geste lent des épaules. Bovary l'observa: ils se regardèrent; et cet homme, si habitué pourtant à l'aspect des douleurs, ne put retenir une larme, qui tomba sur son jabot.

Il voulut emmener Canivet dans la pièce voisine, Charles le suivit.

—Elle est bien mal, n'est-ce pas? Si l'on posait des sinapismes! je ne sais quoi! trouvez donc quelque chose, vous qui en avez tant sauvé! Charles lui entourait le corps de ses deux bras, et il le contemplait d'une manière effarée, suppliante, à demi pâmé contre sa poitrine.

—Allons! mon pauvre garçon, du courage! il n'y 437a plus rien à faire.—Et le docteur Larivière se détourna.

—Vous partez?

—Je vais revenir.

Il sortit comme pour donner un ordre au postillon, avec le sieur Canivet, qui ne se souciait pas non plus de voir Emma mourir entre ses mains.

Le pharmacien les rejoignit sur la Place. Il ne pouvait, par tempérament, se séparer des gens célèbres. Aussi conjura-t-il M. Larivière de lui faire cet insigne honneur d'accepter à déjeuner.

On envoya bien vite prendre des pigeons au Lion d'or, tout ce qu'il y avait de côtelettes à la boucherie, de la crème chez Tuvache, des œufs chez Lestiboudois, et l'apothicaire aidait lui-même aux préparatifs, tandis que Mme Homais disait, en tirant les cordons de sa camisole:

—Vous ferez excuse, monsieur, car dans notre malheureux pays, du moment qu'on n'est pas prévenu la veille...

—Les verres à patte!!! souffla Homais.

—Au moins, si nous étions à la ville, nous aurions la ressource des pieds farcis.

—Tais-toi! A table, docteur!

Il jugea bon, après les premiers morceaux, de fournir quelques détails sur la catastrophe:

—Nous avons eu d'abord un sentiment de siccité au pharynx, puis des douleurs intolérables à l'épigastre, superpurgation, coma.

—Comment s'est-elle donc empoisonnée?

438

—Je l'ignore, docteur, et même je ne sais trop où elle a pu se procurer cet acide arsénieux.

Justin, qui apportait alors une pile d'assiettes, fut saisi d'un tremblement.

—Qu'as-tu? dit le pharmacien; et le jeune homme, à cette question, laissa tout tomber par terre, avec un grand fracas.

—Imbécile! s'écria Homais, maladroit! lourdaud! fichu âne! Mais soudain se maîtrisant: J'ai voulu, docteur, tenter une analyse, et primo, j'ai délicatement introduit dans un tube...

—Il aurait mieux valu, dit le chirurgien, lui introduire vos doigts dans la gorge.

Son confrère se taisait, ayant tout à l'heure reçu confidentiellement une forte semonce à propos de son émétique, de sorte que ce bon Canivet, si arrogant et verbeux lors du pied-bot, était très modeste aujourd'hui: il souriait sans discontinuer, d'une manière approbative.

Homais s'épanouissait dans son orgueil d'amphitryon, et l'affligeante idée de Bovary contribuait vaguement à sa joie, par un retour égoïste qu'il faisait sur lui-même. Puis, la présence du docteur le transportait; il étalait son érudition, il citait pêle-mêle les cantharides, l'upas, le mancenillier, la vipère.—«Et même j'ai lu que différentes personnes s'étaient trouvées intoxiquées, docteur, et comme foudroyées par des boudins qui avaient subi une trop véhémente fumigation! Du moins, c'était dans un fort beau rapport, composé par une de nos sommités pharmaceutiques, 439un de nos maîtres, l'illustre Cadet de Cassicourt!»

Mme Homais réapparut, portant une de ces vacillantes machines que l'on chauffe avec de l'esprit-de-vin; car Homais tenait à faire son café sur la table, l'ayant d'ailleurs torréfié lui-même, porphyrisé lui-même, mixtionné lui-même.

—Saccharum, docteur, dit-il en offrant du sucre. Puis il fit descendre tous ses enfants, curieux d'avoir l'avis du chirurgien sur leur constitution.

Enfin, M. Larivière allait partir, quand Mme Homais lui demanda une consultation pour son mari. Il s'épaississait le sang à s'endormir chaque soir après le dîner.

—Oh! ce n'est pas le sens qui le gêne;—et, souriant un peu de ce calembour inaperçu, le docteur ouvrit la porte. Mais la pharmacie regorgeait de monde; et il eut grand'peine à pouvoir se débarrasser du sieur Tuvache, qui redoutait pour son épouse une fluxion de poitrine, parce qu'elle avait coutume de cracher dans les cendres; puis de M. Binet, qui éprouvait parfois des fringales, et de Mme Caron qui avait des picotements; de L'Heureux, qui avait des vertiges; de Lestiboudois, qui avait un rhumatisme; de Mme Lefrançois, qui avait des aigreurs. Enfin les trois chevaux détalèrent, et l'on trouva généralement qu'il n'avait point montré de complaisance.

Mais l'attention publique fut distraite par l'apparition de M. Bournisien, qui passait sous les halles avec les saintes huiles.

Homais, comme il le devait à ses principes, compara les prêtres à des corbeaux qu'attire l'odeur des 440morts; la vue d'un ecclésiastique lui était personnellement désagréable, car la soutane le faisait rêver au linceul, et il exécrait l'une un peu par épouvante de l'autre.

Néanmoins, ne reculant pas devant ce qu'il appelait sa mission, il retourna chez Bovary en compagnie de Canivet, que M. Larivière, avant de partir, avait engagé fortement à cette démarche; et même, sans les représentations de sa femme, il eût emmené avec lui ses deux fils, afin de les accoutumer aux fortes circonstances, pour que ce fût une leçon, un exemple, un tableau solennel qui leur restât plus tard dans la tête.

La chambre, quand ils y entrèrent, était toute pleine d'une solennité lugubre. Il y avait sur la table à ouvrage, recouverte d'une serviette blanche, cinq ou six petites boules de coton dans un plat d'argent, près d'un gros crucifix, entre deux chandeliers qui brûlaient. Emma, le menton contre sa poitrine, ouvrait démesurément les paupières, et ses pauvres mains se traînaient sur les draps, avec ce geste hideux et doux des agonisants qui semblent vouloir déjà se recouvrir du suaire. Pâle comme une statue, et les yeux rouges comme des charbons, Charles, sans pleurer, se tenait en face d'elle, au pied du lit, tandis que le prêtre, appuyé sur un genou, marmottait des paroles basses.

Elle tourna sa figure lentement et parut saisie de joie à voir tout à coup l'étole violette, sans doute retrouvant au milieu d'un apaisement extraordinaire la volupté perdue de ses premiers élancements mystiques, 441avec des visions de béatitude éternelle qui commençaient.

Le prêtre se releva pour prendre le crucifix; alors elle allongea le cou comme quelqu'un qui a soif, et collant ses lèvres sur le corps de l'Homme-Dieu, elle y déposa de toute sa force expirante le plus grand baiser d'amour qu'elle eût jamais donné. Ensuite il récita le Misereatur et l'Indulgentiam, trempa son pouce droit dans l'huile et commença les onctions: d'abord sur les yeux, qui avaient tant convoité toutes les somptuosités terrestres; puis sur les narines, friandes de brises tièdes et de senteurs amoureuses; puis sur la bouche, qui s'était ouverte pour le mensonge, qui avait gémi d'orgueil et crié dans la luxure; puis sur les mains, qui se délectaient aux contacts suaves, et enfin sur la plante des pieds, si rapides autrefois quand elle courait à l'assouvissance de ses désirs et qui maintenant ne marcheraient plus.

Le curé s'essuya les doigts, jeta dans le feu les brins de coton trempés d'huile, et revint s'asseoir près de la moribonde pour lui dire qu'elle devait à présent joindre ses souffrances à celles de Jésus-Christ et s'abandonner à la miséricorde divine.

En finissant ses exhortations, il essaya de lui mettre dans la main un cierge bénit, symbole des gloires célestes dont elle allait tout à l'heure être environnée. Mais Emma, trop faible, ne put fermer les doigts, et le cierge, sans M. Bournisien, serait tombé par terre.

Cependant elle n'était plus aussi pâle, et son visage 442avait une expression de sérénité, comme si le sacrement l'eût guérie.

Le prêtre ne manqua point d'en faire l'observation; il expliqua même à Bovary que le Seigneur, quelquefois, prolongeait l'existence des personnes lorsqu'il le jugeait convenable pour leur salut; et Charles se rappela un jour où, ainsi près de mourir, elle avait reçu la communion. Il ne fallait peut-être pas se désespérer, pensa-t-il.

En effet, elle regarda tout autour d'elle, lentement, comme quelqu'un qui se réveille d'un songe, puis, d'une voix distincte, elle demanda son miroir, et elle resta penchée dessus quelque temps, jusqu'au moment où de grosses larmes lui découlèrent des yeux. Alors elle se renversa la tête en poussant un soupir et retomba sur l'oreiller.

Sa poitrine aussitôt se mit à haleter rapidement. La langue tout entière lui sortit hors de la bouche; ses yeux, en roulant, pâlissaient comme deux globes de lampe qui s'éteignent,—à la croire déjà morte, sans l'effrayante accélération de ses côtes secouées par un souffle furieux, comme si l'âme eût fait des bonds pour se détacher. Félicité s'agenouilla devant le crucifix et le pharmacien lui-même fléchit un peu les jarrets, tandis que M. Canivet regardait vaguement sur la Place. Bournisien s'était remis en prières, la figure inclinée contre le bord de la couche, avec sa longue soutane noire qui traînait derrière lui dans l'appartement. Charles était de l'autre côté, à genoux, les bras étendus vers elle. Il avait pris ses mains et il les serrait, tressaillant 443à chaque battement de son cœur, comme au contre-coup d'une ruine qui tombe. Et à mesure que le râle devenait plus fort, l'ecclésiastique précipitait ses oraisons; elles se mêlaient aux sanglots étouffés de Bovary, et quelquefois tout semblait disparaître dans le sourd murmure des syllabes latines, qui tintaient comme un glas de cloche.

Tout à coup, on entendit sur le trottoir un bruit de gros sabots, avec le frôlement d'un bâton; et une voix s'éleva, une voix rauque qui chantait:

Souvent la chaleur d'un beau jour
Fait rêver fillette à l'amour.

Elle se releva comme un cadavre que l'on galvanise, les cheveux dénoués, la prunelle fixe, béante.

Pour amasser diligemment
Les épis que la faux moissonne,
Ma Nanette va s'inclinant
Vers le sillon qui nous les donne.

—L'aveugle! s'écria-t-elle.

Et Emma se mit à rire, d'un rire atroce, frénétique, désespéré, croyant voir la face hideuse du misérable, qui se dressait dans les ténèbres éternelles comme un épouvantement.

Il souffla bien fort ce jour-là,
Et le jupon court s'envola!

Une convulsion la rabattit sur le matelas. Tous s'approchèrent. Elle n'existait plus.

彼女は歩きながら考えた。『どう言おう? なにから切り出そう?』進んで行くうちに、丘の上の藪や、木立ち、燈心草、はるか向こうの館やかたなど、見覚えあるものが見えてきた。昔の恋の感覚が甦よみがえった。そして圧迫されたの哀れな女心は、その感覚のなかにしみじみと広がった。なま暖かい風が顔にかかった。雪は溶けて、木の芽から草の上へぽとぽと落ちていた。
彼女は以前のように、庭の木戸から入って前庭に出た。前庭は茂った二列の菩提樹に縁どられていた。樹々は風に鳴って、長い枝を揺すっている。小屋の犬が一斉に吠え立てた。しかしその鳴き声が激しく響き渡っても、誰ひとり姿を見せなかった。
エンマは木の手摺てすりのついた、まっすぐの大階段を上っていった。それは埃ほこりまみれの舗石ほせきを敷いた廊下に通じ、その廊下には僧院か旅館のように、いくつもの部屋の入口が並んでいた。彼の部屋はその端の、どんづまりの左側である。錠前に手を掛けると、急に力が抜けた。留守ではないかという気がした。留守であってほしいという気持ちに近いものを感じた。しかし、彼に会うことが、エンマにとってはたった一つの心頼み、救いの最後の機会である。エンマは一瞬心を鎮めた。そして、現在のこのさし迫った事情をひしひしと感じ、気を取り直して、入った。
彼は暖炉の前にいた。マントル・ピースの上に両脚を乗せて、パイプを吹かしているところだった。
「おや? あなたですか!」彼はいきなり立ち上がって言った。
「ええ、わたしです!……ロドルフさん、わたしあなたに御相談がありますの。」
いかに努めても、エンマは口が利けなかった。
「相変わらずお美しいですな!」
「ああ!」エンマは苦々しげに答えた。「くだらない美しさですわ、あなたに嫌われたくらいですもの。」
そこでロドルフは自分の態度について弁解を始めた。いい文句が浮かばないので、曖昧な言葉で詫びを言った。
エンマは彼の言葉にほろっとした。いや、それよりも、彼の声、彼の姿にほろっとした。そこでエンマは、手を切った彼の口実を真に受ける様子もしやすかった。あるいは事実真に受けたのかもしれなかった。その手を切ったわけというのは、第三者の名誉、いな生命に関わる秘密だと言うのである。
「でもねえ、わたし、ずいぶん苦しみましたわ!」悲しげに彼を見詰めてエンマは言った。
彼は悟りすましたように答えた。
「人生とはそういうものですよ!」
「でもその人生は、お別れしてから、あなたにはよかったでしょうか?」
「いや、べつによくも……悪くもなかったです」
「別れない方がよかったのかもしれませんわね」
「そう……かもしれませんね。」
「あなた、そう思って?」エンマは寄りそいながら言った。
それからエンマは溜息をついた。
「ああ、ロドルフ! あなたにはわからないの!……わたし、どんなに愛していたか!」
そのときエンマは彼の手を取った。そして、二人は指を組んで、しばらくは動かなかった、——初めての日、あの共進会のときのように! ロドルフは意地から、動く心と戦った。しかしエンマはその胸にくずれかかって、
「あなたなしでやってゆけなんて、どうしてお考えになったの? 幸福の習慣が棄てられて! わたしやけになったわ! 死ぬかと思ったわ! そのことはあとでみんなお話しするから、わかってよ。でも、あなたは、あなたはわたしから逃げたのねえ!……」
実際、ロドルフは三年このかた、男性に持ち前の卑怯さから、気をつけて彼女を避けとおしたのである。エンマは愛らしく首を振りながら、恋の猫よりも甘ったれたしなで、言葉を続けた。
「あなたは幾人もほかの女を愛している、さあ白状なさい。でもわたしにはその人たちがよくわかるわ、無理もないと思うわ。だってあなたが誘惑したんでしょう? ちょうどわたしを誘惑したように。あなたは男なんですもの! 女に好かれるところをなにもかも持ってらっしゃるんですもの。でも、わたしたち、やり直しましょうよ、ね! 愛し合いましょうね! あら、わたし笑ってる、わたし嬉しいの!……さあ、なんとか言ってよ!」
夕立の雨の滴しずくが青い蕚うてなで震えるように、涙が一滴ひとしずく眼に震えて、うっとりさせるほどエンマは美しかった。
ロドルフは彼女を膝の上に引き寄せて、滑らかな髪を手の甲で撫でさすった。その髪には落日の最後の光が、黄昏たそがれの薄ら明かりの中に、金の矢のように照り映えていた。エンマは額を伏せていた。彼はとうとう、唇のさきを、そうっとエンマの瞼まぶたにつけた。
「おや、泣いたんだね! どうしたの?」
エンマは急に激しくすすりあげた。ロドルフはそれを恋の激発と考えた。エンマが黙っているので、その沈黙を彼は最後のはにかみと思った。そこで彼は声を上げて、
「ああ! 許してくれ! わたしの好きなのはあなただけだ! わたしはばかだった、悪人だった! わたしはあなたが好きだ、いつまでも愛します!……どうしたの? ねえ、言ってごらん!」
彼は跪ひざまずいていた。
「ええ……わたし破産したの、ロドルフ! 三千フラン貸してちょうだいな!」
「だけど……だけど……」と言いながら彼はだんだん腰をあげた。そして顔は物々しくなってきた。
「ねえ」とエンマは早口に続けて、「夫がある公証人に財産を全部預けておいたんですが、その男が逃げてしまったんですの。わたしたちお金を借りたの。患者が支払いをしてくれないからですの。もっとも清算はまだすんでいないので、いずれはいくらか入るんだけど、いま差し当って、三千フランのお金がないために、差押えになろうとしているの。今なの、たった今にも差押えられるのです。だからあなたの親切をお頼みしてお訪ねしたわけなんですの」
『ああ!』急に真っ青になってロドルフは考えた。『そのためか、やって来たのは!』
ようやく彼は落ち着いて言った。
「奥さん、わたしにはないのです」
嘘ではなかった。金の無心というものは、恋の上に襲いかかる疾風はやてのうちで一番冷たく、恋を根絶ねだやしする力も一番強いだけに、だいたい金を出すというような善行はいやなことなのだが、もしロドルフに持ち合わせがあったら、恐らくそれは投げ出したことだろう。
エンマは初めしばらくはじっと彼を見つめてばかりいた。
「ないんですって!」
エンマは何度も繰り返した。
「ないんですって!……ああ、こんな恥ずかしいことをするのではなかった。あなたはわたしを愛してなんかいなかったんだ! あなたも世間みの男とおんなじだ!」
思わず本心を言ってしまった。自分を失ってしまったのだ。
ロドルフは遮って、自分も、『困っている』のだと言い切った。
「そう! お気の毒ね! ご愁傷さまね!……」
そして、武器飾りの中に輝いている銀細工の騎銃に眼をとめて、
「でもそんなに貧乏なら、鉄砲の台尻に銀なんか飾れないわよ! べっ甲をはめた時計なんか買わないわよ!」と象嵌ぞうがんの時計を指さしながら続けた。「また、鞭につける金鍍金めつきした銀の呼子よびこだって——とエンマはそれに手を触れた!——また時計につける鎖の先の飾りだって買ったりしない! まあなんでもあるわ! 酒壜さかびんの台まで部屋の中に。これというのも、あなたはご自分孝行なのです。結構に暮らしてなさるからです。屋敷も、農場も、森も持ってらっしゃるからです。大がかりな狩をしたり、パリへ旅行したり……ふん! ただこれっぽっちのものだって、」とマントル・ピースの上からカフス・ボタンをつまみ上げて、「こんなつまらないものでもお金に替えられるんです!……いやわたしはこんな物ほしくない? 取っときなさい。」
と言うなり、遠くへ投げつけた。ボタンについた金鎖が壁に当たって切れた。
「わたしなら、なにもかもみんなあなたに上げてしまいます、なにもかもみんな売ってしまいます、この腕で働きます。大道で乞食もします、あなたにたった一度笑ってもらえるなら、たった一目見てもらえるなら、たった一言ひとこと『ありがとう!』と言うお声が聞けるなら。それにあなたはそうして肘掛け椅子に澄まして掛けていらっしゃる、まだまだわたしを苦しめ足りないと言わんばかりの顔をして! あなたという人がなかったら、わたしは幸福に暮らせたんです! 誰があんなことをしろってあなたに言ったんです? なにか思惑あってのことですか? でも、あなたはわたしを愛してらした。あなたはそうおっしゃった……現に今さっきも……ああ! いっそのこと、わたしを追い返して下さった方がよかったんです! わたしの手はまだあなたの口づけで暖かい、そして、ほら、そこの絨毯じゆうたんの上で、あなたはわたしの膝にすがって永久に変わらないと愛をお誓いになった。あなたはそれをわたしに信じさせたんです。あなたはわたしを、二年のあいだ、すばらしい夢の中へ、甘い甘い夢の中へ引きずって下すったんです!……ねえ! 二人で立てたあの旅行の計画、覚えてらっしゃる? ああ、そしてあなたのあの手紙! あの手紙! あれを読んでわたしの胸は滅茶々々に引き裂かれたんです!……それから、わたしがその人のところへ、そうです、金持ちで、幸福で、自由のきく! その人のところへ、手も合わさんばかりにして、ありったけの愛情を持って戻って来て、行きずりの人だってしてくれそうな助けを頼むと、その人は断ってしまうのです、三千フランの損がいくからって!」
「わたしにはないんです!」抑えた怒りをまるで、楯のように蔽うあの寸分の隙もない平静さで、ロドルフは答えた。
エンマは出ていった。壁は震動し、天井は彼女を圧しつぶすかとも思われた。風に散る落葉の山に喚わめきながら、あの長い並木道をとって返した。ようやく門前の堀に着いた。あまり急いで開けようとして錠前で爪を裂いた。やがて百歩も行くと、息が切れ、倒れそうになって立ち止まった。そのとき、振り返ったエンマの眼に、いま一度、あの冷然と聳そびえる館やかたが、そして庭が、花園が、三つの中庭が、正面に並んだ窓が映った。
エンマはただ茫然と立ちつくした。血管の脈打つ音のほか、もう自己の意識はなかった。その脈拍の音が体から漏れ出て、耳を聾せんばかりの音楽のように、野にみなぎりわたるのが聞こえるように思われた。足下の土は波よりも柔らかく、田の畝うねは鳶色とびいろの巨濤おおなみが逆巻きよせるかとも見えた。頭の中のあらゆる記憶や思想は幾千の、花火の火花のように一時にぱっと逃げ出してしまった。父親の姿、ルウルーの事務室、遠い彼方の二人の部屋、そうしてまたそのほかの風景が見えた。狂いそうになった。エンマはぞっとした。そして実際、混濁こんだくした意識の中で、ようやく気をとり直した。というのも、エンマには彼女をこんな怖ろしい状態に陥れた原因、即ち金の問題に対する覚えがまるでなかったからである。エンマはただ恋にばかり悩んでいた。そしてちょうど断末魔の負傷者が、出血する傷口から命が消え失せると感じるように、エンマは自分の魂が恋の思い出を通って逃れ去るように感じたのである。
日はまさに暮れようとして、鳥がしきりに飛んでいた。
突如、火の色をした多くの小粒の玉が、炸裂弾のように空中に爆発して一面に広がり、ぐるぐる旋回しては、木の間の雪に溶け込むかと思われた。その一つ一つの玉の真ん中に、ロドルフの顔が見えた。玉は数を増した。そして近づいてきてはエンマの体に突き込んでみんな消えた。エンマは霧のなか、はるかにちらちら光る人家の灯かりを目にした。
そのとき、彼女の境遇が再び、深い淵のように現われた。胸も張り裂けるほど喘いでいた。やがて、ある悲壮な、ほとんど歓喜にちかい感激に浸りながらエンマは丘を駆け下り、牛を渡すかけ橋や、小径こみちや、並木道を通り、市場を突っ切って薬屋の前まで来た。
誰もいなかった。入ろうとした。が、鈴りんの音がすると誰か出てくるかもしれない。そこで柵門さくからそっと忍び込み、息を隠し、壁を手探りつつ台所の入口までやってきた。台所にはロウソクが一本炉の上にともっていた。シャツ一枚になったジュスタンが料理の皿を運んでゆくところだった。
『ああ! 食時中だ。待っていよう。』
ジュスタンが戻ってきた。窓ガラスを叩いた。ジュスタンが出てきた。
「鍵ね! ほらあれのある屋根裏の鍵……」
「ええっ!」
夜の闇にくっきり白く浮き上がった顔の蒼白しろさに驚きながら、ジュスタンはじっとエンマを見つめていた。この世のものと思えぬほど美しく、亡霊のように厳おごそかに見えた。夫人の心のうちは知るよしもないが、ジュスタンはなにかしら恐ろしいものを感じた。
が、エンマは、低い、しんみりした、溶けるような声で、早口につづけた。
「その鍵が欲しいの! わたしに貸してちょうだいよ」
仕切りの壁が薄いので、皿にあたるフォークの音が食堂から聞こえてきた。
エンマはネズミで眠れないので退治したいの、と言った。
「いっぺん旦那さんにことわってきます」
「いいえ! よして!」
と言って、今度はさりげなく、
「だって、それにはおよばないわ、わたしがあとで言うんだから。さあ、明かりを見せてちょうだい!」
エンマは薬局の入口のある廊下へ入っていく。薬局の壁には『蔵』と札のついた鍵がかかっていた。
「ジュスタン!」薬屋がじりじりしてどなっている。
「さあ上りましょう!」
ジュスタンはその後に従った。
鍵は錠前のなかで回った。エンマは、記憶に導かれて間違いなく、すぐに三番目の棚へ進み寄り、青い壜を掴み、栓を抜き、手を突っ込み、白い粉こなを一杯つかみ出して、そのまま口に入れはじめた。
「およしなさいっ!」と、ジュスタンは飛びかかって叫んだ。
「黙って! 人が来る……」
ジュスタンは手のつけようがなく、人を呼ぼうとした。
「なんにも言ってはいけないの。みんなお前のご主人のせいになる!」と、急にエンマは心も静かに、なすべきことをしたあの清々すがすがしさにちかい気持ちを抱きつつ帰って行った。

シャルルが差し押えの知らせに顛倒てんとうして帰ってくると、入れちがいにエンマが出かけたところだった。シャルルは叫び立てた。泣いた。気絶した。しかしエンマは帰ってはこなかった。いったいどこにいるんだろう? フェリシテを遣って、オメーの家や、テュヴァシュ氏の家、ルウルーの家や、『金獅子』と、方々尋ねて回らせた。そして苦悶くもんの絶え間、絶え間には自分の名声が地に堕ちたこと、一文無しになったこと、ベルトの将来が台なしになったことを考えてみた。その原因は?……一言も聞いてはいない! 夕方の六時まで待った。とうとう我慢しきれなくなり、エンマはルーアンへ行ったのかもしれないと想像して、街道筋へ出た。半道ほど行った。誰にも逢わない。今しばらく待ってみて、引き返した。
エンマは帰っていた。
「どうしたんだい?……なぜなんだい?……わけを言ってくれないか?……」
エンマは机に座って手紙を書き、ゆっくり封をして、それに日付と時間を書き足した。そしてそれから厳粛な口調で言った。
「明日これを読んで下さい。それまでは、どうぞ一言ひとことも訊かないでちょうだい!……ええ、一言も?」
「だって……」
「もう、あっちへ行って!」と言うなりエンマはベッドの上に長々と寝そべった。
そのうちに喉がヒリヒリとしてきて眼をさました。シャルルをちらと見て、すぐ眼を閉じた。
エンマは自分が苦しんでいるのかどうか、はっきり見分けたくて、しきりに体の具合を調べてみた。いや! まだなんともない。時計の音が聞こえる。火のはぜる音、そうして、ベッドのそばに立っているシャルルの息も聞こえる。
『ああ! 死ぬなんてずいぶん他愛もないものだ!』とエンマは思った。『わたしは今に眠ってしまう。そうしてそれですべてにけりがつくのだ!』
エンマは水をごくっと飲み込んで、壁の方へ寝返りした。インクをなめたような、あの不気味な味がまだ続いている。
「喉がかわく……ああ! ひどくかわく!」とエンマは嘆息した。
「どうしたんだ?」シャルルはコップを渡しながら言った。
「なんでもないの!……窓を開けて……息苦しい!」
急に嘔吐がきて、枕の下のハンカチを取るひまもないくらいだった。
「これを取ってちょうだい!」エンマは急せき込んで言った。「捨ててちょうだい!」
シャルルは問うた。が、エンマは答えない。ちょっと動いても吐きそうで、体をじっとさせていた。そのうちに、氷のような冷たさが、足の先から心臓までのぼってくるのが感じられた。
「さあ、いよいよ始まった!」とエンマは呟いた。
「なにを言ってるんだい?」エンマは舌の上になにか非常に重いものでも載せているように、絶えず口を開いたまま、さも苦しげにしずかに頭を振っていた。八時にまた嘔吐が始まった。
シャルルは洗面器の底に白い砂粒状の物が瀬戸物の内側にくっついているのを目にとめた。「不思議だ! こりや妙だ!」と彼は繰り返した。
しかしエンマはしっかりした声で言った。
「いいえ、そうじゃありません!」
そこでシャルルは、そっと、まるで愛撫するようにエンマの胃部に手をあてた。エンマは鋭い叫びをきけた。シャルルはびっくりして後ずさりした。
やがてエンマは呻うめき出した。最初はごくかすかであった。激しい戦慄が両の肩を震わせる。エンマの顔は、痙攣する指先の深くめり込んだシーツよりも白くなっていった。不整の脈拍は今はほとんど感じられないほど弱かった。
青ざめた顔の上に汗の雫しずくが浮いている。顔はまるで金属から発散する蒸気に包まれて、凝固したかのように見える。歯はカチカチと鳴り、大きく開いた眼はぼんやりとあたりを見回している。なんと尋ねても頭を横に振るだけだったが、二三度彼女は微笑さえ漏らした。次第次第に呻き声は高くなる。低い唸うなりが口から漏れる。エンマは気分もだんだんよくなったから、もうすぐ起きると言い張った。しかし痙攣けいれんが襲ってきた。エンマは叫んだ。
「ああ! 苦しい、ああっ!」
シャルルはベッドのそばに倒れるように跪いた。
「言っておくれ! 何を食べたんだ? 返事してくれ、お願いだ!」
こう言ってシャルルは、エンマが今まで見たこともない優しい眼で、じっとエンマを見つめた。
「それはね、そこ……、そこ!……」エンマは絶え入るような声で言った。
シャルルは机に飛びついた。封を切った。そして読みあげた。『誰が悪いのでもありません……』読むのをやめて、眼をこすって、また読み返した。
「大変だ!……誰か来てくれ!」
彼には『毒を飲んだ、毒を飲んだ!』と繰り返すことしかできなかった。フェリシテはオメーのところへ駆けつけた。オメーは広場で喚わめき立てる。ルフランソワのおかみは、『金獅子』でその声を聞きつける。ある者は起き出して隣り近所へ触れまわった。そして夜通し村は緊張した。
心も空に、口をもぐもぐさすだけで、シャルルは倒れそうになって部屋中を歩き回った。家具に突きあたる、髪の毛を引きむしる。薬剤師はこんな怖ろしい光景があろうなどとは思いもかけなかった。
薬屋は家へ帰って、カニヴェ氏とラリヴィエール博士に手紙を書いた。興奮していて、十五枚以上も書きつぶしをした。イポリットはヌーシャテルに向け出発した。ジュスタンはボヴァリーの馬に拍車をあて過ぎたので、ボワ・ギヨームの丘で乗り捨てたときには、馬は脚を棒にして、半死半生であった。
シャルルは医学辞典を繰ろうとした。行が踊ってなにも見えない。
「冷静に!」と薬屋は言った。「なにか強力な解毒剤を服用させれば、それでよろしい。毒はなにかな?」
シャルルは手紙を見せた。砒素ひそである。
「それなら分析する必要がありますな」とオメーは答えた。
彼は中毒とさえ言えば、なんでも分析が必要だと思っていた。すると相手はわけわからずに、
「ああ! そう願います! そう願います! 助けてやって」と、答えた。
そしてエンマの側へ戻ると、絨毯じゆうたんの上にくずおれ、ベッドの縁に頭をもたせてすすり泣いた。
「泣かないで下さい! わたしはもうすぐあなたを苦しめなくなるんです!」
「なぜなんだ? なぜこんなことをしてしまったんだ?」
エンマは答えた。
「どうにも仕方がなかったの」
「お前は幸福じゃなかったのかい? わたしが悪かったのだろうか? でもわたしは、できるだけのことはしたんだよ」
「ええ……ほんと……あなたはいい方だわ!」
こう言ってエンマは静かに夫の髪を撫でた。この快い感覚がシャルルの悲しみをいっそう切なくした。かつてないほどの愛情を見せてくれるそのエンマを、かえって今失わねばならないのかと思うと、絶望のあまり自分の全存在が崩れてしまうように感じられた。シャルルにはまるで見当がつかなかった。わからなかった。思い切ってどうすることもできなかった。即刻処置すべき火急の場合に迫られて、すっかり気が顛倒していたのである。
すべての裏切りも、下劣さも、自分を苦しめていた数限りない渇望も、これで一切おしまいだとエンマは思った。今は誰をも憎まなかった。黄昏たそがれどきの仄暗さがエンマの心に垂れこめた。地上のあらゆる響きのうち、エンマの耳に聞こえるのは、この哀れな夫の胸から絶えては起こる嘆きばかり。それは遠ざかり行く交響楽の木魂こだまのように、静かにもまたかすかな嘆きであった。
「子供を運れて来てください」エンマは片膝ついて起き上がりながら言った。
「お前、悪い方じゃないんだろう?」とシャルルは訊いた。
「ええ、そう!」
子供は女中に抱かれてきた。長い寝間着から素足が出ていた。むつかしい顔をして、まだ夢でもみているようだった。散らかった部屋の中を不思議そうに眺め、あちらこちらの家具の上についているロウソクがまぶしいのか、眼ばたきする。子供はこの明かりから、元日や四旬節中日の朝、やはりこうして朝早くロウソクの明かりに眼を覚まし、贈り物を戴きに母親のベッドへ入ってきた時のことを思い出したと見えて、
「どこにあるの、ママ?」と口を切った。
が、みんなが黙っているので、
「だって、あたしの靴が見えないんだもの」
フェリシテは子供をベッドの方へ傾かしげたが、子供は暖炉の方ばかり見つめていた。
「乳母ばあやがとってしまったの?」とベルトは訊いた。
乳母やという名を聞くと、ボヴァリー夫人は自分の犯した不義の恋、自分に降りかかった様々な禍いを思い出し、別のいっそう強烈な毒物が口へ込みあげてくるような嫌悪を感じて、顔をそむけた。ベルトはしかし、じっとベッドの上に乗っていた。
「あら! ずいぶん大きなお眼めね、ママ。まあ青い顔! たくさん汗が出てるのね!」
母親はじっと子供を見つめていた。
「あたし怖いわ!」子供は後ずさりして言った。
エンマは子供の手をとってキスしようとした。ベルトはもがいた。
「もういい! あちらへ連れていってくれ
!」寝間アルコーヴの中ですすりあげていたシャルルがどなった。
やがて症状は一時停頓した。興奮もややおさまったらしい。そしてシャルルは、無意味な言葉の一つひとつ、やや鎮まったエンマの胸のひと息ごとに、希望をとり戻した。ようやくカニヴェが入ってきたとき、シャルルは泣きながらその両腕に飛びついた。
「ああ! あなたですか? ご親切にありがとう! しかし万事いい方です。ほら、あれを見て下さい……」
同業カニヴェは全然意見を異にした。彼は胃を空っぽにするために、彼自身の言葉に依れば、『右往左往』することなく直ちに吐剤を処方した。
エンマはまもなく血を吐いた。唇はますます引き締まった。手足は痙攣けいれんし、五体は褐色の斑点に被われ、脈拍は張り切った糸のように、今にも切れようとするハープの絃のように、細く鋭く指下をかすめた。
やがてエンマはもの凄く叫び出した。毒を呪い、毒を罵ののしり、また毒に早く回ってくれと哀訴した。そしてシャルルが、エンマ以上に苦しみながら、飲ませようとするものをみんな、硬直した腕で押し返した。シャルルは喘あえぎながら、泣きながら、踵かかとまで震えるような激しい鳴咽おえつに息づまり、ハンカチを口に当てて立っている。フェリシテは部屋中をうろうろした。オメーはじっとして、太い溜息ためいきをついていた。そしてカニヴェ氏は相変わらず、泰然たいぜんとしてはいるものの、内心さすがに狼狽ろうばいし始めた。
「こりゃいかん!……しかし……毒はもう吐いたのだ。原因がなくなれば……」
「結果もなくなる。自明のことですな」とオメーは言った。
「とにかく助けてやって下さい!」とボヴァリーは叫んだ。
そこでカニヴェは、薬剤師が、『多分良くなる発作でしょう』と、なおも臆説を試みるのには耳も籍かさず、まさに解毒剤を与えようとしたとき、鞭の音が聞こえた。窓ガラスが震動した。すると、全身泥まみれの馬三頭に全速力で曳かれた宿馬車しゆくばしやが一台、さっと市場の角に躍り出た。ラリヴィエール博士だった。
神の出現もこれ以上の感動は起こすまい。ボヴァリーは両手を上げ、カニヴェははたと手をとめ、そしてオメーは、まだ博士の入ってこない前にトルコ帽を脱いだ。
博士はビシャ(フランスの有名な外科医。
一七七一—一八〇二)の流れを汲むあの偉大な外科学派の人であった。今こそ跡を断ったけれども、熱狂的に医術を愛し、感激と明智をもって医術を施した、あの哲人的医家の世代にしていた。博士が怒り出すと、病院中が震えおののいた。弟子たちは博士を敬するのあまり、開業早々、できるだけ博士を真似ようとした。従って近在の町々では、博士と同じ長いメリノの綿入れ外套や、博士と同じ大きな燕尾服が弟子たちにも見られたのである。博士の燕尾服の、ボタンを外した袖は、肉付きのよい手をわずかばかり蔽っていた。非常に美しい手で、一刻も早く苦痛の中へ差し入れようとするかのように、手袋などはついぞ用いたことがない。勲章や肩書や学会を軽蔑し、貧者を遇するには慇懃いんぎん、寛大にして慈悲深く、報酬などまるで念頭になくして徳を行う博士は、頭脳の鋭敏によって鬼神のように恐れられさえしなければ、恐らくは聖者として通ったことであろう。外科刀メスのように鋭い眼は、まっすぐ魂の底深く入りこみ、弁解や羞恥の奥底から一切の虚偽を剔抉てつけつした。こうして博士は偉大な才能の自覚と、財産と、一点非のうちどころのない勤勉な四十年の生涯との与える親しみやすい威厳に満ちて、やりとおしてきたのである。
仰向けに臥し、口を開いているエンマの死相を見ると、博士は入口から早くも眉をひそめた。そしてカニヴェの話に耳を傾ける体で、鼻の下に人差指をやりながら繰り返した。
「結構、結構」
が、博士は肩をおもむろにそびやかした。ボヴァリーはそれを見とがめた。二人は顔を見合わせた。人の苦痛を見なれた博士も、さすがに胸飾りに落ちる一滴の涙を禁じ得なかった。
博士はカニヴェを隣室へ連れて行こうとした。シャルルはそのあとに従った。
「重態なんですね? 芥子からしの湿布しつぷをするとか、わたしにはわかりませんが、なんとかしてみたらいかがでしょう? 先生はたくさん人の命をお助けになったお方です、どうぞなんとかお考え下さい!」
シャルルは両の手で博士を抱いて、半ば気絶したように博士の胸によりかかり、怯えたように、哀願するように、じっと博士の顔を見つめた。
「さあ君、しっかりしたまえ! もう手の施しようがないのです」
そう言ってラリヴィエール博士は向こうをむいた。
「お帰りですか?」
「また来ましょう」
博士は馭者に命令を与えるためらしく、カニヴェ氏と一緒に出て行った。カニヴェ氏もエンマの臨終には立ち会いたくなかった。
薬剤師は広場で二人に追いついた。彼は性分として、名士と離れていることができなかった。そこで彼はラリヴィエール氏に懇願して、特に昼食をたべてもらうことにした。
早速『金獅子』から鳩を取り寄せ、肉屋にあるだけの精肉を仕入れ、テュヴァシュの家からはクリームを、レスチブードワのところからは卵を取り寄せた。そして薬屋は自分で仕度を手伝った。オメー夫人は胸着の紐を締めながら言った。
「先生、まことに相済みません。こういう辺鄙へんぴな田舎では、前の日にわかっておりませんと……」
「脚つきのコップ!」とオメーが耳打ちした。
「これがせめて町でございましたら、豚脚詰ピエ・ファルシぐらいはなんとかできるのでございますが」
「黙って!……博士、まずお席へ!」
オメーは、二口三口済んだところで、そろそろ事件の顛末てんまつを話してもよかろうと考えた。
「最初喉頭部に乾燥感を覚え、次いで鳩尾みぞおちに激痛を感じ、次いで猛烈な吐瀉としや、昏睡こんすいときましたわけで」
「いったい、どうして毒を飲んだのです?」
「それがわかりませんので、博士。それに、どこであの亜砒酸あひさんを入手したかも存じませんので。」
ちょうどそのとき、皿をたくさん積み重ねて運んできたジュスタンが急に顔を出した。
「どうした?」と薬剤師が言った。
そう問われると、小僧は持っていた皿を全部、大音響もろとも床へ落とした。
「馬鹿野郎!」とオメーはどなった。「間抜け! ひょっとこ! 頓馬!」
しかし急に怒りを鎮めて、
「博士、わたしは分析を試みたいと思いまして、まず第一に、試験管の中へそっと入れましたのが……」
「それよりは、指を咽喉のどへ突っ込んであげた方がよかったでしょう」と外科医は言った。
同業カニヴェは、さっきあの吐剤の件で内々手厳しくたしなめられていたので黙っていた。えび足手術のときにはあれほど傲岸能弁だったカニヴェ先生も、だから今日は非常におとなしく、絶えず賛意の微笑を浮かべていた。
オメーは主人役を勤めているのが得意でならなかった。そして気の毒なボヴァリーのことを思い、私ひそかにわが身を振り返ってみると、なんとなく嬉しさが増してきた。そのうえ、博士の臨席が無上に嬉しかった。オメーは博識を衒てらって、ハンミョウだの、ユーパス樹だの、マンスニル樹だの、蛇だの、およそ毒のあるものをごたごた並べ立てた。
「博士、そればかりではありません。わたしはいろんな人間が燻蒸くんじよう過度の腸詰に中毒して、いわば立ちどころに倒れたという例を読んだことがあります! とにかく、その事はある立派な報告の中に書いてありました。筆者は我が薬学界の重鎮、泰斗、あの有名なカデ・ド・ガジクール先生です!」
オメー夫人は、アルコールで熱する、座りの悪い器械を持って再び現われた。それはオメーが食卓の上でコーヒーを沸かしたがったからである。なおコーヒーは前以て自分で炒いり、自分で挽ひき、自分で混合しておいた。オメーは砂糖を勧めて、
「博士、『サッカルム』を」と言った。
やがてオメーは、子供らの体格について、ぜひともこの外科の意見を聞いておきたいと思って、みんなを二階から呼びおろした。
いよいよラリヴィエール氏が帰ろうとすると、オメー夫人は一度夫を診ていただきたいと頼んだ。毎晩、食後に眠るので、血の循環がだんだん悪くなると言うのである。
「いや、御主人は『サン』のめぐりが悪いんじゃありませんな」(血(sang)ではなく『常識(sen
s)』のめぐりが悪いという洒落)
博士は、通じないらしいこの洒落ににっこりしながら扉を開いた。ところが薬店は人でぎっしりつまっていた。妻君が始終灰の中へ痰を吐くので、肺炎を起こしはしないかと心配しているテュヴァシュ氏、時どき無闇に空腹を感じるというネー氏、身体がちくちくするというカロン夫人、リューマチスのレスチブードワ、胃酸過多のルフランソワの女将、これらの達中を払いのけることは、なみ大抵の苦労ではなかった。ようやく三頭の馬は駆け出した。博士は少しも親切にしてくれなかったというのが一般の評判であった。
そこへブールニジアン師が聖油を携えて市場を通り抜けていったので、みんなはその方に気を取られた。
オメーは、持論の手前、坊主は死人の臭いに惹き寄せられる鳥のようなものだと言った。坊主の姿を見ると、理屈ぬきに虫ずが走るのだ。僧服は経きよう帷子かたびらを連想させるからであった。オメーが僧服を快く思わないのには、いくらか経帷子の恐いところもあった。
しかしながら、オメーは彼のいわゆる『使命』の前には一歩も退かないで、カニヴェと連れ立ち、再びボヴァリー家を訪れた。カニヴェには、ラリヴィエール氏がそうするよう出発前に極力勧めておいたのである。そしてオメーはそのうえ、妻君さえ止めだてしなかったら、二人の息子までも一緒に連れてゆくところだった。息子たちをこういう非常の場合に馴れさせ、それが一つの教訓とも戒めともなり、荘厳な場面として後々まで頭に残るようにと思ったからである。
入って行くと、部屋は沈痛の気に満たされていた。白タオルを掛けた裁縫台の上には、銀の皿に綿を小さく丸めた玉が五つ六つ、大きな十字架像のそば、火の点った二つの燭台のあいだに置いてあった。エンマは顎を胸に押しあて、眼をひどく大きく見開いていた。そして痛々しいその手はシーツの上を這っていた。早や経帷子を身に纏まとおうとするらしい臨終の人のするあの不気味な、静かな身振りであった。顔は石像のように蒼ざめ、眼は炭火のように真っ赤にしてシャルルは、今は涙もなく、ベッドの足もとにエンマと向かい合いに立っていた。司祭は片膝をついて、声低く経文を誦じゆしていた。
エンマは静かに振り向いた。そしてふと司祭の掛けている紫の袈裟ストラを目にして急に喜びの色を現わした。おそらくまさに始まろうとしている久遠の至福の幻影とともに、忘れられていた若き日の法悦を、異常に静かな心の中に見出したのであろう。
司祭は立ち上がって十字架像をとった。するとエンマは渇した人のように首を差しのべ、キリストの体にしっかと唇をつけ、今にも絶えようとする力のかぎりを尽くしながら、生涯を通じて最も熱烈な愛の口づけをそこに印した。つづいて司祭は『憐憫れんびん』と『赦免しやめん』の祈りを誦し、右の親指を聖油に浸して塗油とゆを始めた。まず眼の上に、地上のありとある栄華をあれほどまでに焦がれ求めた眼の上に。次には鼻、なま温かい微風や艶めかしい匂いを好んで嗅いだ鼻。続いて口、嘘をつくために開かれ、倨傲きよごうに呻き、肉の悦びに声上げた口。続いて手、快い触感を楽しんだ手。そして最後には足の裏、かつて欲望の満足を求めて駆けつけるときにはあんなにも遠かった足、そして今はもう歩行もかなわぬ足の裏に。
司祭は指を拭った。油に浸した綿きれを火中に投げた。そして臨終の女のそばに戻って、腰を掛け、今はその身の苦痛をイエス・キリストの苦痛と一つにし、神の御恵みに身を委さねばならぬと説き聞かせた。
説教の終わりにちかく、司祭は聖燭をエンマの手に渡そうとした。それはやがて、エンマを囲繞いじようする天の栄光の象徴である。エンマは、弱り果てて、握りしめる力もない。ブールニジアン師が手を添えなかったなら、ロウソクは床へ落ちたかもしれない。
しかし、エンマはもう前ほど青ざめてはいなかった。秘蹟によって癒いやされたもののように、エンマは静かに澄みきった顔になっていた。
司祭は如才なくその事を指摘した。彼はボヴァリーに、主は霊魂の救いのために格好と考えられた場合には、人の生命を延ばされることさえあるのだと説明した。そこで、シャルルは、かつてエンマがちょうど今のように瀕死の状態になって、聖体を拝領した日のことを思い出した。
『絶望することはなかったのかもしれない』とシャルルは考えた。
なるほどエンマは、まるで夢から醒めた人のように、静かにあたりを見回した。そして、はっきりした声で、鏡をかしてほしいと言い、しばらくは鏡をのぞき込んでいたが、やがてその眼から、大粒の涙がはふり落ちた。と、エンマは一つ溜息をついて、頭を反らせ、机の上にばったり倒れた。
胸はたちまちせわしく喘あえぎはじめた。舌はだらっと口から出た。眼はくるくる動きながら、ランプの丸いほやが消えるように、薄れてゆく。霊魂が遊離しようとして飛び跳ねてでもいるように、激しい息づかいに揺れる肋骨の動きが、恐ろしいほど速度を増してゆく。その動きがなければ、エンマはもう死んだと思われるくらいだった。フェリシテは十字架像の前に跪いた。薬剤師もさすがにちょっと膝を曲げた。カニヴェ氏はぼんやり広場を眺めていた。ブールニジアンは顔をベッドの縁へりにかがめてまた祈りはじめた。長い黒の僧服の裾が後ろの床の上に尾を引いている。シャルルはその向こう側に跪いて、両腕をエンマの方へ差しのべている。彼はエンマの手をとって、かたくかたく握りしめながら、エンマの心臓が鼓動するごとに、廃墟の壊れる煽あおりをくったようにおののいた。断末魔の喘ぎが強くなるにつれて、司祭は祈禱の調子を速めた。祈禱の声はボヴァリーの忍び泣きと交り合った。そうして時としてすべては、弔鐘ちようしようのように響くラテン語の低い呟きの中へ消え入るように思われた。
突然、歩道に重い木靴サボの音が、杖を曳きずる音と一緒に聞こえてきた。そして一つの声が、嗄しやがれ声が起こって、こう歌った。

晴れた日和ひよりにうきうきと、
娘も恋を夢みがち。

エンマは電気をかけられた死骸のように、起き上がった、髪ふり乱し、眼を見据え、口を開いて。

鎌が刈り取る麦の穂を
せっせと寄せんばっかりに、
ナネット姐ねえさん前こごみ
麦の穂の成る畝うねさして。

「めくらだ!」とエンマは叫んだ。
そしてエンマは笑い出した。あの乞食の醜悪な顔が、物怪もののけのように、永劫の闇に突っ立っているのが見えるような気がして、激しく、狂暴に、絶望的に笑い出した。

さてもその日は大風で、
短い下袴ズボンが飛んじゃった!

痙攣けいれんがエンマを布団の上へ打ち倒す。一同は詰め寄った。既に彼女はこと切れていた。

第3部第9章へ続く

 

合計ビュー 756 , 今日のビュー 5 

-Madame Bovary