Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第9巻 燃ゆる荊 第2部  (2)

Mon Dieu, que t'ai-je fait? Pourquoi m'accables-tu? Dès l'enfance, tu m'as donné pour lot la misère, la lutte. J'ai lutté sans me plaindre. J'ai aimé ma misère. J'ai tâché de conserver pure cette âme que tu m'avais donnée, de sauver ce feu que tu avais mis en moi... Seigneur, c'est toi, c'est toi qui t'acharnes à détruire ce que tu avais créé, tu as éteint ce feu, tu as souillé cette âme, tu m'as dépouillé de tout ce qui me faisait vivre. J'avais deux seuls trésors au monde: mon ami et mon âme. Je n'ai plus rien, tu m'as tout pris. Un seul être était mien dans le désert du monde, tu me l'as enlevé. Nos cœurs n'en faisaient qu'un, tu les as déchirés, tu ne nous as fait connaître la douceur d'être ensemble que pour nous faire mieux connaître l'horreur de nous être perdus. Tu as creusé le vide autour de moi, en moi. J'étais brisé, malade, sans volonté, sans armes, pareil à un enfant qui pleure dans la nuit. Tu as choisi cette heure pour me frapper. Tu es venu à pas sourds, par derrière, comme un traître, et tu m'as poignardé; tu as lâché sur moi la passion, ton chien féroce; j'étais sans force, tu le savais, et je ne pouvais lutter; elle m'a terrassé, elle a tout saccagé en moi, tout sali, tout détruit... J'ai le dégoût de moi. Si je pouvais au moins crier ma douleur et ma honte! ou bien les oublier, dans le torrent de la force qui crée! Mais ma force est brisée, ma création desséchée. Je suis un arbre mort... Mort, que ne le suis-je! Ô Dieu, délivre-moi, romps ce corps et cette âme, arrache-moi à la terre, déracine-moi de la vie, ne me laisse pas sans fin me débattre dans la fosse! Je crie grâce... Tue-moi!

Ainsi, la douleur de Christophe appelait un Dieu, à qui sa raison ne croyait pas.

Il s'était réfugié dans une ferme, isolée, du Jura suisse. La maison, adossée aux bois, se dissimulait dans le repli d'un haut plateau bossué. Des renflements de terrain la protégeaient des vents du Nord. Par devant, dévalaient des prairies, de longues pentes boisées; la roche, brusquement, s'arrêtait, tombait à pic; des sapins contorsionnés s'accrochaient au bord; des hêtres aux larges bras se rejetaient en arrière. Ciel éteint. Vie disparue. Une étendue abstraite aux lignes effacées. Tout dormait sous la neige. Seuls, la nuit, dans la forêt, les renards glapissaient. C'était la fin de l'hiver. Hiver tardif. Interminable hiver. Lorsqu'il semblait fini, il recommençait toujours.

Cependant, depuis une semaine, la vieille terre engourdie sentait son cœur renaître. Un premier printemps trompeur s'insinuait dans l'air et sous l'écorce glacée. Des branches de hêtres étendues comme des ailes qui planent, la neige s'égouttait. Au travers du manteau blanc qui couvrait les prairies, déjà quelques fils d'herbe d'un vert tendre pointaient; autour de leurs fines aiguilles, par les déchirures de la neige, comme par de petites bouches, le sol noir et humide respirait. Quelques heures par jour, la voix de l'eau engourdie dans sa robe de glace, de nouveau murmurait. Dans le squelette des bois, quelques oiseaux sifflaient de clairs chants aigrelets.

Christophe ne remarquait rien. Tout était le même pour lui. Il tournait indéfiniment dans sa chambre. Ou il marchait, dehors. Impossible de rester en repos. Son âme était écartelée par les démons intérieurs. Ils s'entre-déchiraient. La passion, refoulée, continuait de battre furieusement les parois de la maison. Le dégoût de la passion n'était pas moins enragé; ils se mordaient à la gorge; et dans leur lutte, ils lacéraient le cœur. Et c'étaient en même temps le souvenir d'Olivier, le désespoir de sa mort, la hantise de créer qui ne pouvait se satisfaire, l'orgueil qui se cabrait devant le trou du néant. Tous les diables en lui. Pas un instant de répit. Ou, s'il se produisait une menteuse accalmie, si les flots soulevés retombaient un moment, il se retrouvait seul, et il ne retrouvait plus rien de lui: pensée, amour, volonté, tout avait été tué.

Créer! c'était le seul recours. Abandonner aux flots l'épave de sa vie! Se sauver à la nage dans le rêve de l'art!... Créer! Il le voulait... Il ne le pouvait plus.

Christophe n'avait jamais eu de méthode de travail. Quand il était fort et sain, il était plutôt gêné de sa surabondance qu'inquiet de la voir s'appauvrir; il suivait son caprice; il travaillait, à sa fantaisie, au hasard des circonstances, sans aucune règle fixe. En réalité, il travaillait en tout lieu, à tout moment; son cerveau ne cessait d'être occupé. Bien des fois, Olivier, moins riche et plus réfléchi, l'avait averti:

—Prends garde. Tu te fies trop à ta force. Torrent des montagnes. Plein aujourd'hui, demain peut-être à sec. Un artiste doit capter son génie; il ne lui permet pas de s'éparpiller, au hasard. Canalise ta force. Contrains-toi à des habitudes, à une hygiène de travail quotidien, à heures fixes. Elles sont aussi nécessaires à l'artiste que l'habitude des gestes et des pas militaires à l'homme qui doit se battre. Viennent les moments de crise—(et il en vient toujours)—cette armature de fer empêche l'âme de tomber. Je le sais bien, moi! Si je ne suis pas mort, c'est qu'elle m'a sauvé.

Mais Christophe riait, et disait:

—Bon pour toi, mon petit! Pas de danger que je perde jamais le goût de vivre! J'ai trop bon appétit.

Olivier haussait les épaules:

—Le trop amène le trop peu. Il n'est pas de pires malades que les trop bien portants.

La parole d'Olivier se vérifiait maintenant. Après la mort de l'ami, la source de vie intérieure ne s'était pas tout de suite tarie; mais elle était devenue étrangement intermittente; elle coulait par brusques gorgées, puis se perdait sous terre. Christophe n'y prenait pas garde; que lui importait? Sa douleur et la passion naissante absorbaient sa pensée.—Mais après qu'eut passé l'ouragan, lorsqu'il chercha de nouveau la fontaine pour y boire, il ne trouva plus rien. Le désert. Pas un filet d'eau. L'âme était desséchée. En vain, il voulut creuser le sable, faire jaillir l'eau des nappes souterraines, créer à tout prix: la machine de l'esprit refusait d'obéir. Il ne pouvait pas évoquer l'aide de l'habitude, l'alliée fidèle, qui, lorsque toutes les raisons de vivre nous ont fuis, seule, tenace et constante, demeure à nos côtés, et ne dit pas un mot, et ne fait pas un geste, les yeux fixes, les lèvres muettes, mais de sa main très sûre qui n'a jamais la fièvre, nous conduit au travers du défilé dangereux, jusqu'à ce que soient revenus la lumière du jour et le goût à la vie. Christophe était sans aide; et sa main ne rencontrait aucune main dans la nuit. Il ne pouvait plus remonter à la lumière du jour.

Ce fut l'épreuve suprême. Alors, il se sentit aux limites de la folie. Tantôt une lutte absurde et démente contre son cerveau, des obsessions de maniaque, une hantise de nombres: il comptait les planches du parquet, les arbres dans la forêt; des chiffres et des accords, dont le choix lui échappait, se livraient dans sa tête des batailles rangées. Tantôt un état de prostration, comme un mort.

Personne ne s'occupait de lui. Il habitait une aile de la maison, à l'écart. Il faisait lui-même sa chambre,—il ne la faisait pas, tous les jours. On lui déposait sa nourriture, en bas; il ne voyait pas un visage humain. Son hôte, un vieux paysan, taciturne et égoïste, ne s'intéressait pas à lui. Que Christophe mangeât ou ne mangeât point, c'était son affaire. À peine prenait-on garde si, le soir, Christophe était rentré. Une fois, il se trouva perdu dans la forêt, enfoncé dans la neige jusqu'aux cuisses; il s'en fallut de peu qu'il ne pût revenir. Il cherchait à se tuer de fatigue, pour ne pas penser. Il n'y réussissait pas. Seulement, de loin en loin, quelques heures de sommeil harassé.

Un seul être vivant semblait se soucier de son existence: un vieux chien Saint-Bernard, qui venait poser sa grosse tête aux yeux sanglants sur les genoux de Christophe, lorsque Christophe était assis sur le banc devant la maison. Ils se regardaient longuement. Christophe ne le repoussait pas. Comme le maladif Goethe, ces yeux ne l'inquiétaient point.

Il n'avait pas envie de leur crier:

—Va-t'en!... Tu auras beau faire, larve, tu ne me happeras point!

Il ne demandait qu'à se laisser prendre par ces yeux suppliants et somnolents, à leur venir en aide; il sentait là une âme emprisonnée, qui l'implorait.

Dans ce moment où il était détrempé par la souffrance, arraché tout vivant à la vie, châtré de l'égoïsme humain, il apercevait les victimes de l'homme, le champ de bataille où l'homme triomphe, sur le carnage des autres êtres; et son cœur était plein de pitié et d'horreur. Même au temps où il était heureux, il avait toujours aimé les bêtes; il ne pouvait supporter la cruauté à leur égard; il avait pour la chasse une aversion, qu'il n'osait pas exprimer, par crainte du ridicule; peut-être n'osait-il pas en convenir avec lui-même, mais cette répulsion était la cause secrète de l'éloignement qu'il éprouvait pour certains hommes: jamais il n'aurait pu accepter pour ami un homme qui tuait un animal, par plaisir. Nulle sentimentalité: il savait mieux que personne que la vie repose sur une somme de souffrance et de cruauté infinie; l'on ne peut vivre sans faire souffrir. Il ne s'agit pas de se fermer les yeux et de se payer de mots. Il ne s'agit pas non plus de conclure qu'il faut renoncer à la vie, et de pleurnicher comme un enfant. Non. S'il n'est pas aujourd'hui d'autre moyen de vivre, il faut tuer pour vivre. Mais celui qui tue pour tuer est un misérable. Un misérable, inconscient. Un misérable, tout de même. L'effort incessant de l'homme doit être de diminuer la somme de la souffrance et de la cruauté: c'est le premier devoir.

Ces pensées, dans la vie ordinaire, restaient ensevelies au fond du cœur de Christophe. Il ne voulait pas y songer. À quoi bon? Qu'y pouvait-il? Il lui fallait être Christophe, il lui fallait accomplir son œuvre, vivre à tout prix, vivre aux dépens des plus faibles... Ce n'était pas lui qui avait fait l'univers... N'y pensons pas, n'y pensons pas!...

Mais après que le malheur l'eut précipité, lui aussi, dans les rangs des vaincus, il fallut bien qu'il y pensât! Naguère, il avait blâmé Olivier, qui s'enfonçait dans l'inutile remords et la compassion vaine pour les malheurs que les hommes souffrent et font souffrir. Il allait plus loin que lui, à présent; avec l'emportement de sa puissante nature, il pénétrait jusqu'au fond de la tragédie de l'univers; il souffrait de toutes les souffrances du monde, il était comme un écorché. Il ne pouvait plus songer aux animaux sans un frémissement d'angoisse. Il lisait dans les regards des bêtes, il lisait une âme comme la sienne, une âme qui ne pouvait pas parler; mais les yeux criaient pour elle:

—Que vous ai-je fait? Pourquoi me faites-vous mal?

Le spectacle le plus banal, qu'il avait vu cent fois,—un petit veau qui se lamentait, enfermé dans une caisse à claires-voies; ses gros yeux noirs saillants, dont le blanc est bleuâtre, ses paupières roses, ses cils blancs, ses touffes blanches frisées sur le front, son museau violet, ses genoux cagneux;—un agneau qu'un paysan emportait par les quatre pattes liées ensemble, la tête pendante, tâchant de se relever, gémissant comme un enfant, et bêlant et tendant sa langue grise;—des poules empilées dans un panier;—au loin, les hurlements d'un cochon qu'on saignait;—sur la table de la cuisine, un poisson que l'on vide... Il ne pouvait plus le supporter. Les tortures sans nom que l'homme inflige à ces innocents lui étreignaient le cœur. Prêtez à l'animal une lueur de raison, imaginez le rêve affreux qu'est le monde pour lui: ces hommes indifférents, aveugles et sourds, qui l'égorgent, l'éventrent, le tronçonnent, le cuisent vivant, s'amusent de ses contorsions de douleur. Est-il rien de plus atroce parmi les cannibales d'Afrique? La souffrance des animaux a quelque chose de plus intolérable encore pour une conscience libre que la souffrance des hommes. Car, celle-ci du moins, il est admis qu'elle est un mal et que qui la cause est criminel. Mais des milliers de bêtes sont massacrées inutilement, chaque jour, sans l'ombre d'un remords. Qui y ferait allusion se rendrait ridicule.—Et cela, c'est le crime irrémissible. À lui seul, il justifie tout ce que l'homme pourra souffrir. Il crie vengeance contre le genre humain. Si Dieu existe et le tolère, il crie vengeance contre Dieu. S'il existe un Dieu bon, la plus humble des âmes vivantes doit être sauvée. Si Dieu n'est bon que pour les plus forts, s'il n'y a pas de justice pour les misérables, pour les êtres inférieurs offerts en sacrifice à l'humanité, il n'y a pas de bonté, il n'y a pas de justice...

Hélas! Les carnages accomplis par l'homme sont si peu de chose, eux-mêmes, dans la tuerie de l'univers! Les animaux s'entre-dévorent. Les plantes paisibles, les arbres muets sont entre eux des bêtes féroces. Sérénité des forêts, lieu commun de rhétorique pour les littérateurs qui ne connaissent la nature qu'au travers de leurs livres!... Dans la forêt toute proche, à quelques pas de la maison, se livraient des luttes effrayantes. Les hêtres assassins se jetaient sur les sapins au beau corps rosé, enlaçaient leur taille svelte de colonnes antiques, les étouffaient. Ils se ruaient sur les chênes, ils les brisaient, ils s'en forgeaient des béquilles. Les hêtres Briarées aux cent bras, dix arbres dans un arbre! Ils faisaient la mort autour d'eux. Et quand, faute d'ennemis, ils se rencontraient ensemble, ils se mêlaient avec rage, se perçant, se soudant, se tordant, comme des monstres antédiluviens. Plus bas, dans la forêt, les acacias, partis de la lisière, étaient entrés dans la place, attaquaient la sapinière, étreignaient et griffaient les racines de l'ennemi, les empoisonnaient de leurs sécrétions. Lutte à mort, où le vainqueur s'emparait à la fois de la place et des dépouilles du vaincu. Alors, les petits monstres achevaient l'œuvre des grands. Les champignons, venus entre les racines, suçaient l'arbre malade, qui se vidait peu à peu. Les fourmis noires broyaient le bois qui pourrissait. Des millions d'insectes invisibles rongeaient, perforaient, réduisaient en poussière ce qui avait été la vie... Et le silence de ces combats!... Ô paix de la nature, masque tragique qui recouvre le visage douloureux et cruel de la Vie!

Christophe coulait à pic. Mais il n'était pas homme à se laisser noyer sans lutte, les bras collés au corps. Il avait beau vouloir mourir, il faisait tout ce qu'il pouvait pour vivre. Il était de ceux, comme disait Mozart, «qui veulent agir, jusqu'à ce qu'enfin il n'y ait plus moyen de rien faire». Il se sentait disparaître, et il cherchait dans sa chute, battant des bras, à droite, à gauche, un appui où s'accrocher. Il crut l'avoir trouvé. Il venait de se rappeler le petit enfant d'Olivier. Sur-le-champ, il reporta sur lui toute sa volonté de vivre; il s'y agrippa. Oui, il devait le rechercher, le réclamer, l'élever, l'aimer, prendre la place du père, faire revivre Olivier dans son fils. Dans son égoïste douleur, comment n'y avait-il pas songé? Il écrivit à Cécile, qui avait la garde de l'enfant. Il attendit fiévreusement la réponse. Tout son être se tendait vers cette unique pensée. Il se forçait au calme: une raison d'espérer lui restait. Il avait confiance, il connaissait la bonté de Cécile.

La réponse vint. Cécile disait que, trois mois après la mort d'Olivier, une dame en deuil s'était présentée chez elle, et lui avait dit:

—Rendez-moi mon enfant!

C'était celle qui avait abandonné naguère son enfant et Olivier,—Jacqueline, mais si changée qu'on avait peine à la reconnaître. Sa folie d'amour n'avait pas duré. Elle s'était lassée plus vite de l'amant que l'amant ne s'était lassé d'elle. Elle était revenue brisée, dégoûtée, vieillie. Le scandale trop bruyant de son aventure lui avait fermé beaucoup de portes. Les moins scrupuleux n'étaient pas les moins sévères. Sa mère elle-même lui avait témoigné un dédain si offensant que Jacqueline n'avait pu rester chez elle. Elle avait vu à fond l'hypocrisie du monde. La mort d'Olivier avait achevé de l'accabler. Elle semblait si abattue que Cécile ne s'était pas cru le droit de lui refuser ce qu'elle réclamait. C'était bien dur de rendre un petit être qu'on s'était habitué à regarder comme sien. Mais comment être plus dur encore pour quelqu'un qui a plus de droits que vous et qui est plus malheureux? Elle eût voulu écrire à Christophe, lui demander conseil. Mais Christophe n'avait jamais répondu aux lettres qu'elle lui avait écrites, elle ne savait pas son adresse, elle ne savait même pas s'il était vivant ou mort... La joie vient, elle s'en va. Que faire? Se résigner. L'essentiel était que l'enfant fût heureux et aimé...

La lettre arriva, le soir. Un retour d'hiver tardif avait ramené la neige. Toute la nuit, elle tomba. Dans la forêt, où déjà les feuilles nouvelles étaient apparues, les arbres sous le poids craquaient et se rompaient. Une bataille d'artillerie. Christophe, seul dans sa chambre, sans lumière, au milieu des ténèbres phosphorescentes, écoutant la forêt tragique, sursautait à chaque coup; et il était pareil à un de ces arbres qui plie sous le faix et craque. Il se disait:

—Maintenant, tout est fini.

La nuit passa, le jour revint; l'arbre ne s'était pas rompu. Toute la journée nouvelle, et la nuit qui suivit, et les jours et les nuits d'après, l'arbre continua de plier et de craquer; mais il ne se rompit point. Christophe n'avait plus aucune raison de vivre; et il vivait. Il n'avait plus aucun motif de lutter; et il luttait, pied à pied, corps à corps, avec l'ennemi invisible qui lui broyait l'échine. Jacob avec l'ange. Il n'attendait rien de la lutte, il n'attendait rien que la fin; et il luttait toujours. Et il criait:

—Mais terrasse-moi donc! Pourquoi ne me terrasses-tu pas?

Les jours passèrent. Christophe sortit de là, vidé de sa vie. Il persistait pourtant à se tenir debout, il sortait, il marchait. Heureux, ceux qu'une race forte soutient, dans les éclipses de leur vie! Les jambes du père et du grand-père portaient le corps du fils prêt à s'écrouler; la poussée des robustes ancêtres soulevait l'âme brisée, comme le cavalier mort que son cheval emporte.

Il allait, par un chemin de crête, entre deux ravins; il descendait l'étroit sentier aux pierres aiguës, entre lesquelles serpentaient les racines noueuses de petits chênes rabougris; sans savoir où il allait, et plus sûr de ses pas que si une volonté lucide l'eût mené. Il n'avait pas dormi; à peine avait-il mangé depuis plusieurs jours. Il avait un brouillard devant les yeux. Il descendait vers la vallée.—C'était la semaine de Pâques. Jour voilé. Le dernier assaut de l'hiver était vaincu. Le chaud printemps couvait. Des villages d'en bas, les cloches montèrent. De l'un d'abord, nid blotti dans un creux, au pied de la montagne, avec ses toits de chaumes bariolés, noirs et blonds, revêtus de mousse épaisse, comme velours. Puis, d'un autre, invisible, sur l'autre versant du mont. Puis, d'autres dans la plaine, au delà d'une rivière. Et le bourdon, très loin, d'une ville qui se perdait dans la brume... Christophe s'arrêta. Son cœur était près de défaillir. Ces voix semblaient lui dire:

—Viens avec nous! Ici est la paix. Ici, la douleur est morte. Morte, avec la pensée. Nous berçons l'âme si bien qu'elle s'endort dans nos bras. Viens, et repose-toi, tu ne t'éveilleras plus...

Comme il se sentait las! Qu'il eût voulu dormir! Mais il secoua la tête, et dit:

—Ce n'est pas la paix que je cherche, c'est la vie.

Il se remit en marche. Il parcourait des lieues, sans s'en apercevoir. Dans son état de faiblesse hallucinée, les sensations les plus simples avaient des résonnances inattendues. Sa pensée projetait, sur la terre et dans l'air, des lueurs fantastiques. Une ombre qui courait devant lui, sans qu'il en vît la cause, sur la route blanche et déserte au soleil, le fit tressaillir.

Au débouché d'un bois, il se trouva près d'un village. Il rebroussa chemin: la vue des hommes lui faisait mal. Il ne put éviter pourtant de passer près d'une maison isolée, au-dessus du hameau; elle était adossée au flanc de la montagne; elle ressemblait à un sanatorium; un grand jardin, exposé au soleil, l'entourait; quelques êtres erraient, à pas incertains, par les allées sablées. Christophe n'y prit pas garde; mais à un détour du sentier, il se trouva face à face avec un homme aux yeux pâles, figure grasse et jaune, qui regardait devant lui, affaissé sur un banc, au pied de deux peupliers. Un autre homme était assis, auprès; ils se taisaient tous deux. Christophe les dépassa. Mais après quatre pas, il s'arrêta: ces yeux lui étaient connus. Il se retourna. L'homme n'avait pas bougé, il continuait de fixer, immobile, un objet devant lui. Mais son compagnon regardait Christophe, qui lui fit signe. Il vint.

—Qui est ce? demanda Christophe.

—Un pensionnaire de la maison de santé, dit l'homme, montrant l'habitation.

—Je crois le connaître, dit Christophe.

—C'est possible, fit l'autre. Il était un écrivain très connu en Allemagne.

Christophe dit un nom.—Oui, c'était bien ce nom-là.—Il l'avait vu jadis, au temps où il écrivait dans la revue de Mannheim. Alors, ils étaient ennemis; Christophe ne faisait que débuter, l'autre était déjà célèbre. C'était un homme fort, sûr de lui, méprisant de tout ce qui n'était pas lui, un romancier fameux, dont l'art réaliste et sensuel dominait la médiocrité des productions courantes. Christophe, qui le détestait, ne pouvait s'empêcher d'admirer la perfection de cet art matériel, sincère et borné.

—Ça l'a pris, il y a un an, dit le gardien. On l'a soigné, on l'a cru guéri, il est reparti chez lui. Et puis, ça l'a repris. Un soir, il s'est jeté de sa fenêtre. Dans les premiers temps qu'il était ici, il s'agitait et il criait. Maintenant, il est bien tranquille. Il passe ses journées, comme vous le voyez, assis.

—Que regarde-t-il? dit Christophe.

Il s'approcha du banc. Il contempla avec pitié la blême figure du vaincu, les grosses paupières qui retombaient sur les yeux; l'un d'eux était presque fermé. Le fou ne semblait pas savoir que Christophe était là. Christophe l'appela par son nom, lui prit la main,—la main molle et humide, qui s'abandonnait comme une chose morte; il n'eut pas le courage de la garder dans ses mains; l'homme leva, un instant, vers Christophe ses yeux chavirés, puis se remit à regarder devant lui, avec son sourire hébété. Christophe demanda:

—Qu'est-ce que vous regardez?

L'homme, immobile, dit, à mi-voix:

—J'attends.

—Quoi?

—La Résurrection.

Christophe tressauta. Il partit précipitamment. La parole l'avait pénétré d'un trait de feu.

Il s'enfonça dans la forêt, il remonta la pente, dans la direction de sa maison. Dans son trouble, il perdit le chemin; il se trouva au milieu des grands bois de sapins. Ombre et silence. Quelques taches de soleil d'un blond roux, venues on ne savait d'où, tombaient dans l'épaisseur de l'ombre. Christophe était hypnotisé par ces plaques de lumière. Tout semblait nuit, autour. Il allait sur le tapis d'aiguilles, buttant contre les racines qui saillaient comme des veines gonflées. Au pied des arbres, pas une plante, pas une mousse. Dans les branches, pas un chant d'oiseau. Les rameaux du bas étaient morts. Toute la vie s'était réfugiée en haut, où était le soleil. Bientôt, cette vie même s'éteignît. Christophe entra dans une partie du bois que rongeait un mal mystérieux. Des sortes de lichens longs et fins, comme des toiles d'araignées, enveloppaient de leurs résilles les branches de sapins rouges, les ligotaient des pieds à la tête, passaient d'un arbre à l'autre, étouffaient la forêt. On eût dit des algues sous-marines aux tentacules sournoises. Et c'était le silence des profondeurs océaniques. En haut, le soleil pâlissait. Des brouillards, qui s'étaient insidieusement glissés au travers de la forêt morte, cernèrent Christophe. Tout disparut; plus rien. Pendant une demi-heure, Christophe erra au hasard, dans le réseau de brume blanche, qui peu h peu se resserrait, noircissait, lui entrait dans la gorge; il croyait marcher droit, et il tournait en cercle sous les gigantesques toiles d'araignées qui pendaient des sapins étouffés; le brouillard, en les traversant, y laissait attachées des gouttes grelottantes. Enfin, les mailles se détendirent, une trouée se fit, et Christophe réussit à sortir de la forêt sous-marine. Il retrouva les bois vivants et la lutte silencieuse des sapins et des hêtres. Mais c'était toujours même immobilité. Ce silence qui couvait depuis des heures angoissait. Christophe s'arrêta pour l'entendre...

Soudain, ce fut au loin une houle qui venait. Un coup de vent précurseur se levait du fond de la forêt. Comme un cheval au galop, il arriva sur les cimes des arbres, qui ondulèrent. Tel le Dieu de Michel-Ange, qui passe dans une trombe. Il passa au-dessus de la tête de Christophe. La forêt et le cœur de Christophe frémirent. C'était l'annonciateur...

Le silence retomba. Christophe, en proie à une terreur sacrée, hâtivement rentra, les jambes flageolantes. Sur le seuil de la maison, comme un homme poursuivi, il jeta un coup d'œil inquiet derrière lui. La nature semblait morte. Les forêts qui couvraient les pentes de la montagne dormaient, appesanties sous une lourde tristesse. L'air immobile avait une transparence magique. Nul bruit. Seule, la musique funèbre d'un torrent—l'eau qui ronge le roc—sonnait le glas de la terre. Christophe se coucha, avec la fièvre. Dans l'étable voisine, les bêtes, inquiètes comme lui, s'agitaient...

La nuit. Il s'était assoupi. Dans le silence, la houle de nouveau, lointaine, se leva. Le vent revenait, en ouragan cette fois,—le fœhn du printemps, qui réchauffe de sa brûlante haleine la terre frileuse qui dort encore, le fœhn qui fond les glaces et amasse les pluies fécondes. Il grondait comme le tonnerre, de l'autre côté du ravin, dans les forêts. Il se rapprocha, s'enfla, monta les pentes au pas de charge; la montagne entière mugit. Dans l'étable, un cheval hennit et les vaches meuglèrent. Christophe, dressé sur son lit, les cheveux hérissés, écoutait. La rafale arriva, hulula, fit grincer les girouettes, fit voler des tuiles du toit, fit trembler la maison. Un pot de fleurs tomba et se brisa. La fenêtre de Christophe, mal fermée, s'ouvrit avec fracas. Et le vent chaud entra. Christophe le reçut en pleine face et sur sa poitrine nue. Il sauta du lit, la bouche ouverte, suffoqué. C'était comme si dans son âme vide se ruait le Dieu vivant. La Résurrection!... L'air entrait dans sa gorge, le flot de vie nouvelle le pénétrait jusqu'aux entrailles. Il se sentait éclater, il voulait crier, crier de douleur et de joie; et il ne sortait de sa bouche que des sons inarticulés. Il trébuchait, il frappait les murs de ses bras, au milieu des papiers que l'ouragan faisait voler. Il s'abattit, au milieu de la chambre, en criant:

—Ô toi, toi! Tu es enfin revenu!

—Tu es revenu, tues revenu! Ô toi, que j'avais perdu. Pourquoi m'as-tu abandonné?

—Pour accomplir ma tâche, que tu as abandonnée.

—Quelle tâche?

—Combattre.

—Qu'as-tu besoin de combattre? N'es-tu pas le maître de tout?

—Je ne suis pas le maître.

—N'es-tu pas Tout ce qui Est?

—Je ne suis pas tout ce qui est. Je suis la Vie qui combat le Néant. Je ne suis pas le Néant. Je suis le Feu qui brûle dans la Nuit. Je ne suis pas la Nuit. Je suis le Combat éternel; et nul destin éternel ne plane sur le combat. Je suis la Volonté libre, qui lutte éternellement. Lutte et brûle avec moi.

—Je suis vaincu. Je ne suis plus bon à rien.

—Tu es vaincu? Tout te semble perdu? D'autres seront vainqueurs. Ne pense pas à toi, pense à ton armée.

—Je suis seul, je n'ai que moi, et je n'ai pas d'armée.

—Tu n'es pas seul, et tu n'es pas à toi. Tu es une de mes voix, tu es un de mes bras. Parle et frappe pour moi. Mais si le bras est rompu, si la voix est brisée, moi, je reste debout; je combats par d'autres voix, d'autres bras que les tiens. Vaincu, tu fais partie de l'armée qui n'est jamais vaincue. Souviens-toi, et tu vaincras jusque dans ta mort.

—Seigneur, je souffre tant!

—Crois-tu que je ne souffre pas aussi! Depuis les siècles, la mort me traque et le néant me guette. Ce n'est qu'à coups de victoires que je me fraie le chemin. Le fleuve de la vie est rouge de mon sang.

—Combattre, toujours combattre?

—Il faut toujours combattre. Dieu combat, lui aussi. Dieu est un conquérant. Il est un lion qui dévore. Le néant l'enserre, et Dieu le terrasse. Et le rythme du combat fait l'harmonie suprême. Cette harmonie n'est pas pour tes oreilles mortelles. Il suffit que tu saches qu'elle existe. Fais ton devoir en paix, et laisse faire aux Dieux.

—Je n'ai plus de forces.

—Chante pour ceux qui sont forts.

—Ma voix est brisée.

—Prie.

—Mon cœur est souillé.

—Arrache-le. Prends le mien.

—Seigneur, ce n'est rien de s'oublier soi-même, de rejeter son âme morte. Mais puis-je rejeter mes morts, puis-je oublier mes aimés?

—Abandonne-les, morts, avec ton âme morte. Tu les retrouveras, vivants, avec mon âme vivante.

—Ô toi qui m'as laissé, me laisseras-tu encore?

—Je te laisserai encore. N'en doute point. C'est à toi de ne me plus laisser.

—Mais si ma vie s'éteint?

—Allumes-en d'autres.

—Si la mort est en moi?

—La vie est ailleurs. Va, ouvre-lui tes portes. Insensé, qui t'enfermes dans ta maison en ruines! Sors de toi. Il est d'autres demeures.

—Ô vie, ô vie! Je vois... Je te cherchais en moi, dans mon âme vide et close. Mon âme se brise; par les fenêtres de mes blessures, l'air afflue; je respire, je te retrouve, ô vie!...

—Je te retrouve... Tais-toi, et écoute.

わが神よ、われは汝なんじに何をなしたか? なにゆえに汝はわれを圧倒するか! 幼きころから汝はわれに、悲惨と闘争とを賦与した。われは不平を言わず闘った。わが悲惨を好んだ。汝から与えられたこの魂を、純潔に保たんとつとめ、汝からわがうちに置かれたこの火を、防護せんとつとめた……。主しゅよ、汝が創つくったものをこわさんといきり立つのは、それは汝である、汝自身である。汝はこの火を消し、この魂を汚し、われを生かすものすべてを剥はぎ取った。われは世にただ二つの宝をもっていた、わが友とわが魂と。もはやわれは何物ももたない。汝はすべてを取り去った。世の沙漠さばくの中において、ただ一人の者がわれのものであった。汝はそれを奪い去った。われわれの心はただ一つであった。それを汝は引き裂いた。共に居るの楽しさを汝がわれわれに知らせたのは、たがいに失う悲しみをよりよく知らせんがためのみであった。汝はわれのまわりに、われのうちに、空虚を穿うがった。われはくじけ、病み、意志を失い、武器を失い、闇の中に泣く小児のごとくなっていた。その時を選んで、汝はわれを打った。あたかも叛逆はんぎゃく者のごとくに、足音をぬすんで後ろより来て、われを突き刺した。汝はわれに向かって、汝の猛犬を、情熱を、解き放した。汝の知るとおりわれに力なく、闘うことを得なかった。情熱はわれを打倒し、われのうちのすべてを荒らし、すべてを汚し、すべてを破壊した……。われはわれ自身が厭いとわしい。せめてわが悲しみと恥とを、大声に嘆き得たならば! もしくはそれを、創作力の奔流のうちに忘れ得たならば! しかしわが力はくじかれており、わが創作は干乾ひからびておる。われは一本の枯れ木にすぎない……。もし死ぬことができていたならば! おう神よ、われを解放し、この身体と魂とをこわし、われを地上からもぎ取り、われを生から根こぎにして、われを穴の中で限りなく※(「足へん+宛」、第3水準1-92-36)もがかしめたもうな! われは懇願する……。われを終わらしめたまえ!

かように、クリストフの苦悩は、理性が信じていない一つの神を呼ばっていた。

彼はスイスのジュラの山中の孤立した農家に逃げ込んだ。その家は森を後ろにして、起伏してる高い丘の襞ひだのうちに隠れていた。地面のうねりが北風を防いでいた。家の前方には、牧場や木の茂った長い斜面が広がり、突兀とつこつたる岩が屹立きつりつし、曲がりくねった樅もみが崖がけにしがみつき、大きく腕を広げた※(「木+無」、第3水準1-86-12)ぶなが後ろに倒れかかっていた。空はどんよりしていた。生の気配が見えなかった。線のぼやけた無形の広漠こうばくさだった。すべてが雪の下に眠っていた。ただ狐きつねだけが夜の森の中に鳴いていた。ちょうど冬の終わりだった。長くためらってる冬であり、いつまでもつきない冬だった。もう終わったかと思うとまたやって来た。
それでも一週間この方、古い麻痺した大地は自分の心がよみがえるのを感じていた。不確かな初春の気が空気の中や凍った樹皮の下にしみ込んでいた。翔かけってる翼のように広がった※(「木+無」、第3水準1-86-12)の枝からは雪解けの零しずくが落ちていた。牧場を覆おおうている白いマントを通して、柔らかい緑色の草の細芽がすでに萌もえ出していた。その細い針のような新芽のまわりには、雪の裂け目から、あたかも小さな口からでもするやうに、濡ぬれた黒い土地が息をしていた。毎日幾時間かの間、氷に覆われて麻痺してる水の声がまたつぶやき出した。骸骨がいこつのような森の中には、清い鋭い歌を小鳥がさえずっていた。
クリストフは何一つ眼に止めなかった。彼にとってはすべてが同じだった。いつまでも室の中をぐるぐる歩き回った。あるいは戸外をも歩いた。じっとしてることができなかった。彼の魂は内心の悪鬼のために分裂させられていた。悪鬼どもはたがいに噛かみ裂き合っていた。押えつけられた情熱は、その獄屋の壁に猛然とぶつかりつづけていた。情熱にたいする嫌悪けんおの念もそれに劣らず激しかった。両者はたがいに喉のど首を噛み合っていた。そして争闘のうちに心を引き裂いていた。また同時に、オリヴィエの思い出、オリヴィエの死から来る絶望の念、満たされ得ない創作の妄執もうしゅう、虚無の深淵しんえんの前に荒立つ自負心、などもあった。あらゆる悪魔が彼のうちにあった。一刻の休息も得られなかった。あるいは、欺瞞ぎまん的な静安が来ることはあっても、荒波が一時静まることはあっても、彼は孤独の自分を見出して、そして自分のものをもう何にも見出さなかった。思想も愛も意志も、すべてが滅ぼされていた。
創作すること! それが唯一の助けであった。自分の生活の残骸ざんがいを波のまにまに打ち捨てること! 芸術の夢の中へ泳ぎ逃げること!……創作すること! 彼は創作したかった……しかしもうそれができなかった。
クリストフはかつて一定の働き方をしたことがなかった。強健であったときには、自分の充実にむしろ困るくらいで、その充実が欠けてきはすまいかとの心配も感じなかった。気の向くままに従っていた。なんら一定の規則もなしに、その時と気分とのままに働いていた。そして実際においては、いかなるところででもいかなる時にも働いていた。彼の頭は常に満たされていた。そして彼ほど充実してはいないが彼より思慮深かったオリヴィエは、幾度も彼に警告したことがあった。
「用心したまえ。君はあまり自分の力に信頼しすぎてる。がその力は谷川の水みたいなものだ。今日はいっぱいであるかと思うと、明日にも涸かれてしまうかも知れない。芸術家は自分の才能をうまく利用しなければいけない。それをむやみに消耗さしてはいけない。君の力に一定の道を作りたまえ。ある習慣、日々一定の時間に仕事をする摂生法、それに馴なれるようにしたまえ。そのことが芸術家にとって必要なのは、ちょうど軍隊式の動作や歩調が、戦闘する者にとって必要であるのと同じだ。危機がやってくると――(そして危機はいつでもやってくるものだ)――そういう鉄の鎧よろいが魂の没落を防いでくれる。僕はそのことを自分でよく知っている。僕が滅亡しなかったのは、そういう鎧に救われたからだ。」
しかしクリストフは笑った。そして言った。
「君にはそれがいいかもしれないよ。しかし僕には生きる趣味を失うような危険はない。僕はあまりにりっぱな食欲をもってるのだ。」
オリヴィエは肩をそびやかした。
「過多は過少を伴うものだ。あまりに丈夫な人ほど始末におえない病人はない。」
そのオリヴィエの言葉が今や実証された。友が死んであとも、内生活の泉はすぐには涸れてしまわなかった。が妙に間歇かんけつ的となってきた。突然盛んに流れ出すかと思うと、つぎには地下に消えてしまった。クリストフはそれに気を止めなかった。そんなことはどうでもよかった。悲しみと新たな情熱とが彼の考えを奪っていた。――しかし、嵐あらしが過ぎ去った後、ふたたび泉を捜してその水を飲もうとしたとき、彼はもう何にも見出さなかった。まるで沙漠さばくだった。一筋の細流もなかった。魂が乾燥していた。彼はいたずらに、砂を掘ろうとし、地下の水脈から水を湧わき出させようとし、いかにもして創作しようとした。しかし精神機能がそれに従わなかった。彼は習慣の助けを呼び出すことができなかった。習慣こそは忠実な味方であって、生の理由がことごとく逃げ去ったときにも、ただ一人しっかとわれわれのそばにとどまっていて、一言もいわず、一つの身振りもせず、眼をすえ口をつぐんではいるが、けっしておののかない確実な手で、われわれの手を取って危険な隘路あいろを導いてくれ、白日の光と生活の趣味とがもどってくるまで支持してくれるのである。クリストフには助力者がなかった。彼の手は闇夜やみよの中でだれの手にも出会わなかった。彼はもう白日の光の中へもどることができなかった。
それは極度の苦難だった。彼はもう狂乱に陥りそうな気がした。時としては、自分の頭脳にたいする無法な狂暴な争いをし、狂気に等しい妄想もうそうが起こり、数の観念がうるさくつきまとって、床板や森の木などを数えた。彼は数字と協和音との区別がつかなくて、その二つが頭の中で陣地を破って戦った。また時としては、死人のように虚脱の状態に陥ることもあった。
だれも彼の世話をする者はなかった。彼はその家の離れた部屋に住んでいた。自分で室の片付けをした――それを毎日はしなかった。食物は階下に置いて行かれた。彼は人の顔を一つも見なかった。主人の老百姓は、無口な利己的な人物で、彼に同情を寄せていなかった。クリストフが食べようと食べまいと、それは彼の知ったことではなかった。晩にクリストフがもどってきたかどうかにも、ほとんど注意を向けなかった。クリストフはあるとき、森の中に迷い込み、股またまでも雪の中に埋まった。も少しで帰って来れないところだった。彼はもう何も考えないように、身を疲らしきらせようとしていた。しかしそれも成功しなかった。ただときおりまれに、がっかりした数時間の睡眠を得た。
ただ一つの生き物が彼の存在を気に止めてるようだった。それはサンベルナール種の老犬で、クリストフが家の前の腰掛にすわっていると、眼の血走ったその太い頭を、彼の膝ひざへもたせに来た。二人は長い間たがいに見合った。クリストフはその犬を退けなかった。彼は病気のゲーテのように犬の眼を不安に思うことが少しもなかった。彼はゲーテのようにその眼へ叫びかけたい気は起こさなかった。「あっちへ行け!……この蛆うじ虫め、貴様がどんなにしたって食いつかれるものか!」
それよりも彼はむしろ、嘆願的なうっとりしてるその眼からながめてもらいたかったし、その眼に力を添えてやりたかった。彼はその眼の中に、哀願してるとらわれの魂を感じた。
そのとき彼は、苦悩に浸され、生きながら人生からもぎ離され、人間の利己心を取り去られていたので、人間から犠牲にされたもろもろのものに気づき、他物を殺戮さつりくして人間が勝利を得てる戦いに気づいたのだった。そして彼の心は憐憫れんびんと嫌悪けんおとに満たされた。彼は幸福だったときでさえも、常に動物を愛していた。動物にたいする残虐を忍び得なかった。狩猟にたいして嫌忌の念を覚えた。人に笑われはすまいかと思って、それをあえて口には出さなかったし、またおそらく自分自身でも、はっきり是認し得なかったかもしれない。しかしその嫌悪の念こそ、彼がある種の人々にたいしていだいてる反感の、ひそかな原因だったのである。娯楽のために動物を殺すような者を、彼はかつて友として受けいれ得なかったであろう。それは少しも感傷性ではなかった。人生は苦悶くもんと残忍との無限な総和の上に立ってることを、彼はだれよりもよく知っていた。人は他を苦しめずには生きてゆけない。眼をつぶったり言葉でごまかしたりすべきではない。人生を捨つべきだと結論したり子供のようにめそめそ泣いたりすべきではない。否、当分他に生きる方法がないとするならば、生きんがためには殺してさしつかえない。しかしながら、殺さんがために殺す者は悪人である。無意識的ではあるが、でも悪人たるに変わりはない。人間の不断の努力は、苦しみと残虐との総和を減ぜんとすることにあらねばならぬ。それが人間の第一の務めである。
そういう考えが、平素はクリストフの心の底に埋もれていた。彼はそのことを考えようとはしなかった。なんの役にたつものか? 自分に何ができるものか? 彼に必要なのは、クリストフたることであり、自分の仕事を完成することであり、いかにしても生きることであり、弱者を犠牲にしても生きることであった……。彼みずから世界を作ったのではなかった……。そんなことは考えないがいい、考えないがいい……。
けれども、不幸のために彼もまた敗者のうちに投げ込まれてからは、それを考えざるを得なかった。以前オリヴィエが、無益な悔恨に沈み込み、人間が受けたり与えたりしてる不幸にたいして、いたずらな憐憫れんびんに沈み込んでいるのを、彼はとがめたことがあった。ところが今では、彼はオリヴィエ以上になっていった。強い性質に駆られて、世界の悲劇の奥底へまではいり込んだ。世の中のあらゆる苦悩を苦しみ、あたかも皮膚を剥はがれたようになっていた。動物のことを考えると、苦悶の戦慄せんりつを覚えざるを得なかった。自分と同じような魂を、口をきくことのできない魂を、獣の眼の中に読み取った。その眼は魂の代わりに叫んでいた。
「私はあなたに何をしましたか? なにゆえにあなたは私を害するのですか?」
幾度も見馴なれたもっともありふれた光景にも、彼はもう堪え得なかった。――荒い格子こうしの檻おりに閉じこめられて嘆いてる仔牛こうし、青っぽい白目をしてる飛び出した大きい黒い眼、薄赤い眼瞼まぶた、白い睫毛まつげ、額に縮れてる白い尨毛むくげ、紫色の鼻、X形の足、――百姓のもって行く仔羊が、いっしょに縛られた四足でぶら下げられ、頭を下にたれながら、起き直ろうとつとめ、子供のように泣きたてて、灰色の舌を差し出してるさま、――籠かごにいっぱいつめ込まれてる牝鶏めんどり、――遠くには、屠殺とさつされてる豚の鳴き声、――料理場のまな板の上には、臓腑ぞうふを抜き取られてる魚、……クリストフはもうそれらの光景に堪え得なかった。それらの罪なき生物に人間が与えてる名目のない苦しみは、彼の心をしめつけた。動物に理性の光が少しあるものと見なしてもみよ。動物にとっては世界がいかに恐ろしい幻であるかを想像してもみよ。冷淡無情で盲目で聾である人間らは、動物を締め殺し、その腹を割さき、筒切りにし、生きながら煮、苦痛にもがくさまを見ては面白がっている。アフリカの食人種のうちにも、これ以上獰猛どうもうな行為があるだろうか? 動物の苦しみには、自由な良心の者にとっては、人間の苦しみよりもいっそう許容しがたいものがある。なぜなら、少なくとも人間の苦しみは、一つの悪であることが是認されてるし、それを引き起こすものは罪人であると是認されている。しかし無数の動物は、一片の悔恨の影もなしに、毎日いたずらに屠ほふられている。それを口にする者は物笑いとなるだろう。――そしてこのことこそ、許すべからざる罪悪である。この罪悪だけでも、人間は苦しむのが道理だということになる。この罪悪は人類に返報を求めている。もし神が存在していてこの罪悪を寛容するとすれば、この罪悪は神に返報を求めるだろう。もし善良な神が存在するならば、生ける魂のうちのもっとも卑賤ひせんなものも救われなければならない。もしも神は最強者にとってしか善良でないとするならば、そして、惨みじめなるものにとっては、人間の犠牲に供えられてる下等のものにとっては、正理がないとするならば、善良というものは存在しないことになり、正理というものは存在しないことになる……。
ああ、人間の行なう殺戮さつりくそのものも、世界の殺戮の中においてはわずかなものである。動物はたがいに食い合っている。穏やかな植物も、無言の樹木も、たがいに猛獣のごとき関係をもっている。森林の静穏さ、書物を通してしか自然を知らない文学者にとっては、たやすく美辞麗句の材料となる普通の場所……しかも、クリストフの家から数歩の所にある近くの森の中にも、恐るべき争闘が行なわれていた。殺害者の※(「木+無」、第3水準1-86-12)ぶなは、美しい薔薇ばら色の身体をした樅もみに飛びかかり、古代円柱のようにすらりとしたその胴体にからみついて、それを窒息さしていた。※(「木+無」、第3水準1-86-12)はまた樫かしの上にも飛びついて、それを打ち砕き、それを自分の松葉杖としていた。百本の腕をもってるブリアレウスのような※(「木+無」、第3水準1-86-12)、一株から十本もの幹が出ていた。周囲のものをことごとく枯死さしていた。そして敵がなくなると、たがいにぶつかり合い、猛然とからみ合い、裂き合い、膠着こうちゃくし合い、ねじ合って、大洪水こうずい以前の怪物のようであった。森の下部のほうでは、アカシアが周辺から内部へ生え込んでいって、樅林を攻撃し、敵の根を締めつけかきむしり、分泌物でそれを毒殺していた。それこそ必死の争闘であって、勝利者は敗者の場所と遺骸とをともに奪い取っていた。するとこんどは小さな怪物が、大怪物のその事業を最後までやり遂げていた。根の間から生え出た茸きのこが、病衰した樹木の汁を吸って、それをしだいに空洞くうどうになしていた。黒蟻ありが朽木を砕いていた。眼に見えない無数の虫が、生ありしものを噛かみ穿うがって、塵埃じんあいに帰せしめていた……。しかもそれらの戦いの静寂さ!……おう、自然の平和よ、生の痛ましい残忍な面貌めんぼうを覆おおってる悲しい仮面よ!

クリストフはまっすぐに沈んでいった。しかし彼は腕を拱こまねいて争いもせず溺おぼれてゆく人間ではなかった。いかに死にたがってたとは言え、生きんがためにできるだけのことをしていた。彼はモーツァルトが言ったように、「もはやなすべき手段が尽きるまでは活動せんとする」人物の一人だった。彼は今にも消え失せてゆくような心地がした。そして底へ沈み込みながらも、左右に腕を動かして取りすがるべき支ささえを捜し求めた。彼はそれを見出したと思った。オリヴィエの子供のことを思い出したのだった。すぐに彼は自分の生きる意志をことごとくその子供の上に投げかけた。それにしっかとすがりついた。そうだ、その子供を捜し出し、自分のもとに引き取り、育て上げ、愛してやり、父親の代わりをつとめ、オリヴィエをその子のうちに生き返らせてやるべきだった。利己的な苦悩の中にあって、どうして今までその考えを起こさなかったのだろう? 彼は子供を保護してるセシルへ手紙を書いた。そして返事を待ち焦がれた。彼の全存在はその唯一の考えのほうへ向けられた。彼は強しいて落ち着こうとした。希望をかけ得る理由が残っていた。彼は大丈夫だと思っていた。セシルの温情をよく知っていた。
返事が来た。セシルの言うところによると、オリヴィエの死後三か月たって、喪服をつけた一人の婦人が彼女のところへ来て、彼女に言った。
「私の子供を返してください!」
それは、前に子供とオリヴィエとを見捨てた女――ジャックリーヌだった。しかしそれと認めがたいほど変わりはてていた。彼女の狂気じみた恋愛は長つづきしなかった。情夫が彼女に倦あきるよりももっと早く、彼女のほうで情夫に倦きはてた。彼女は心くじけ嫌気いやけがさし老い衰えてもどってきた。彼女の情事のあまりに騒々しい醜聞のために、多くの家は戸を開いてくれなかった。もっとも物事を気にかけない人々でもやはり厳格だった。母親でさえもジャックリーヌにたいしては、家にとどまっておれないほど侮辱的な軽蔑けいべつの様子を見せつけた。ジャックリーヌは世間の偽善を底まで見通した。そしてオリヴィエの死によってすっかり圧倒されてしまった。彼女があまりに痛ましげなふうをしていたので、セシルは彼女の要求を拒み得ない気がした。自分のものとして見馴なれていた子供を人に与えるのは、いかにも辛つらいことだった。けれども、自分より多くの権利をもち自分よりいっそう不幸である者にたいして、どうしてなお酷薄であられようぞ。彼女はクリストフに手紙を書いて相談しようとした。しかしクリストフは今まで彼女の何度もの手紙にかつて返事をくれたことがなかった。彼女は彼の住所を知らなかったし、彼が生きてるか死んでるかさえも知らなかった……。喜びは来たかと思うと去ってゆく。どうにもしようはない。あきらめるばかりだ。肝要なのは子供が幸福になり愛されるということだった……。

その手紙は晩に着いた。ぐずついてる冬がまたもどってきて雪をもたらしていた。夜通し雪が降った。すでに若葉が出だしてる森の中では、樹木が雪の重みに音をたてて折れていた。あたかも砲戦のようであった。クリストフは燈火もつけずに、燐光りんこう性の闇やみの中に、ただ一人室にいて、悲痛な森の音に耳を傾け、木の折れる響きのすることにびくりとした。そして彼自身も、重荷の下に撓たわんで音をたてる樹木に似ていた。彼はみずから言った。
「今や万事終わった。」
夜が過ぎてまた昼となった。この樹木は折れてはしなかった。その新たな一日、それにつづく一夜、それからあとの幾昼夜、この樹木は撓んで音をたてつづけた。しかし折れくじけはしなかった。彼はもうなんら生きる理由をもってはいなかった。しかもなお生きていた。もうなんら闘争の趣旨をもってはいなかった。しかもなお、背骨を折りくじこうとする眼に見えぬ敵と、取っ組み合って争っていた。天使と闘うヤコブに似ていた。彼はその争闘からもう何にも期待してはいなかった。ただ終局をのみ期待していた。そしてなお争闘しつづけた。そしてこう叫んでいた。
「さあ俺おれを打ち倒せ! なぜ俺を打ち倒さないのか?」

日々が過ぎていった。クリストフは戦いから脱して、まったくもぬけの殻からとなっていた。それでも彼はなおつっ立っていて、出かけて歩き回った。生気の欠けてるおりに強健な種族から支持される人々は幸いである。父や祖先の足が、将まさに崩壊せんとしてるこの息子むすこの身体をささえていた。頑健がんけんな父祖の支力が、あたかも馬が騎士の死体を運ぶように、くじけたこの魂を支持していた。

彼は両方に谷を控えた頂上の道を歩いていった。萎縮いしゅくした小さな樫かしの節くれだった根が匐はい回ってる、石のとがった狭い小径こみちを降りていった。どこへ行くのかも知らなかった。しかも明瞭めいりょうな意志に導かれてるものよりもいっそう確かな歩調だった。彼は眠っていなかった。数日来食事もほとんどしていなかった。眼の前に霧がかかってるようだった。彼は谷の方へ降りていった。――それは復活祭の週間だった。曇り日だった。冬の最後の襲撃が打ち負かされていた。暖かい春が醸かもされていた。下のほうの村々から鐘の音が聞こえてきた。最初にその音を送ってきた村は、山のふもとの窪くぼ地に巣のようにうずくまって、ビロードのような厚い苔こけに覆おおわれた、黒色や金褐かっ色などいろんな色の藁わら屋根を並べていた。つぎの村は、山の向こう側の斜面にあって見えなかった。つぎには、河の彼方の平野にある村々。そしてずっと遠方には、靄もやの中に隠れてる町から来る大鐘の音……。クリストフは立ち止まった。心はつぶれそうになっていた。それらの鐘の音はこう言うかのようだった。
「われわれといっしょに来たまえ。ここにこそ平和がある。ここでは悲しみは死にうせる。思考とともに死にうせる。われわれは魂をうまく揺ゆすってやるので、魂はわれわれの腕に抱かれて眠ってゆく。ここへ来て、休みたまえ、君はもう眼を覚さますことがないだろう……。」
いかに彼は疲れきってたことだろう! いかに彼は眠りたがってたことだろう! しかし彼は頭を振って言った。
「僕が求めているのは平和ではない、生なのだ。」
彼はまた歩きだした。みずから気づかずに幾里も歩き通した。夢幻的な衰弱の状態にあったので、もっとも単純な感覚も意外の反響を伴ってきた。彼の思想は地上や空中に奇怪な光を投射していた。日に照らされた白い寂しい道の上に、何物の影とも知れない一つの影が前方にさすと、彼はぞっと震え上がった。
ある森の出口まで来ると、彼は一つの村の近くに出た。彼は道を引き返した。人を見るのが嫌いやだった。それでも彼は、村の上方にある一軒家のそばを通らねばならなかった。その家は山腹を背にしていて、療養院らしいふうだった。日の光を受けた大きな庭に取り巻かれていた。数人の者が不確かな足取りで砂の小径をぶらついていた。クリストフはそれに気を止めなかった。しかし道の曲がり角まで行くと、一人の男と顔をつき合わした。蒼あおざめた眼をしてる脂あぶらぎった若々しい顔の男で、二本のポプラの根本の腰掛にぐったりとすわって、前方をながめていた。も一人の男がそのそばにすわっていた。二人とも黙っていた。クリストフはそこを通り越した。しかし数歩行ってから立ち止まった。その男の眼に見覚えがあった。彼は振り返った。男は身動きもしないで、前方の一物をじっと見つめつづけていた。しかし連れの男はクリストフをながめていた。クリストフは手真似まねをした。彼はやって来た。
「あれはどういう人ですか。」とクリストフは尋ねた。
「あの療養院の入院患者です。」と男は建物をさしながら言った。
「私はあの人を知ってるような気がしますが。」とクリストフは言った。
「そうかもしれません。」と男は言った。「ドイツでごく名高い作家ですから。」
クリストフは名前を言ってみた。まさしくその名前だった。――クリストフは昔マンハイムの雑誌に筆を執っていたころ、彼に会ったことがあった。当時二人は敵だった。クリストフはほんの出たてだったし、向こうはすでに名高くなっていた。自信の強いしっかりした男で、自分以外のものはすべてを軽蔑けいべつしていて、一般の凡庸な作品を現実的な肉感的な芸術で風靡ふうびしてる名高い小説家だった。彼を嫌きらっていたクリストフも、その唯物的な真摯しんしな偏狭な芸術の完璧かんぺきを嘆賞せざるを得なかった。
「一年前からああなったのです。」と付添人は言った。「療養して癒なおったようでしたから、家に帰ることになりました。それからまた始まったのです。ある晩、窓から飛び降りてしまいました。ここへ来た当座は、あばれたり怒鳴ったりしていました。今はもうたいへんおとなしくなっています。ご覧のとおりじっとすわって日を送っています。」
「何を見てるんでしょう?」とクリストフは言った。
彼は腰掛に近寄っていった。敗残者の蒼あおざめた顔を、眼の上にたれ下がって一方はほとんどふさがってる太い眼瞼まぶたを、気の毒そうにうちながめた。狂人はそこにクリストフがいることも知らないらしかった。クリストフはその名前を呼びかけて、片手をとった――柔軟な湿っぽい手で、死物のようにぐったりしていた。彼はその手を両手に握っているだけの元気がなかった。狂人はちょっと彼のほうへ転倒した眼をあげたが、またぼんやりした微笑を浮かべながら前方をながめ始めた。クリストフは尋ねた。
「何を見てるのですか。」
狂人はじっとしたまま低い声で言った。
「待ってるのだ。」
「何を?」
「復活を。」
クリストフはぞっとした。そしてあわただしく立ち去った。その言葉が火箭かせんのように彼を貫いたのだった。
彼は森の中にはいり込み、自分の家の方へ坂を上っていった。心乱れていたので道に迷った。樅もみの大きな森のまん中に出た。影と静寂とばかりだった。赤茶色の日光の斑はん点が少しばかり、どこからともなくさしてきて、濃い影の中に落ちていた。クリストフはそれらの光の延板から昏迷こんめいされた。周囲はすっかり闇夜のようだった。脹ふくれ上がった血管のように突起してる木の根につまずきながら、樅の針葉の落ち敷いてる上を歩いていった。樹木の根元には一本の草も苔こけもなかった。枝葉の中には一声の鳥のさえずりもなかった。下のほうの細枝は枯れていた。生命はことごとく日の当たる上のほうへ逃げていた。少し行くと、その生命さえも消滅していた。クリストフはある不可思議な害悪に侵されてる部分にはいった。蜘蛛くもの糸のような長い細かな地衣科の苔類が、赤い樅の枝を網で包み込み、それを頭から足までからげ上げ、木から木へ移っていって、森全体を窒息さしていた。陰険な触手をもってる海底の藻もに似ていた。そして太洋の深い底のような静寂がこめていた。上方には太陽が蒼ざめていた。枯死した森の隙間へ忍び込んできた霧が、四方からクリストフを取り巻いた。すべてが消え失せた。もう何物もなくなった。クリストフは三十分ばかりの間、白い靄もやの網の中を足に任せてさ迷うた。靄はしだいに濃く暗くなってきて、彼の喉のどへまではいってきた。彼はまっすぐに歩いてるつもりだったが、窒息した樅もみからたれてる幾つもの大きな蜘蛛くもの巣の下を、ぐるぐる回ってるのだった。霧は蜘蛛の巣の間を通りながら、そこにうち震える雫しずくを残していった。ついに網の目が裂け、穴が一つ開いて、彼はその海中の森から出ることができた。彼はまた生きてる森に出会い、樅と※(「木+無」、第3水準1-86-12)ぶなとの黙々たる争闘を見た。しかしやはり同じ不動さだった。幾時間も前から醸かもされてる静寂がもだえていた。クリストフは立ち止まってその音を聞いた……。
突然、津浪の寄せてくるような音が遠くに聞こえた。先駆者たる一陣の風が森の奥に起こっていた。疾駆する鳥のように、それは樹木の梢こずえに吹きつけて波打たした。竜巻たつまきに包まれて通りゆくミケランジェロの神のようだった。それはクリストフの頭の上を通っていった。森とクリストフの心とは震えおののいた。それは告知者だった……。
ふたたび静寂に帰した。クリストフはある聖なる恐怖にとらえられて、震える足で大急ぎに帰っていった。家の入り口で、あたかもだれかに追っかけられてるかのように、後ろを振り向いて不安な一瞥べつを投げた。自然は死んでるかのようだった。山の斜面を覆うている森は、重い憂愁に圧せられて眠っていた。じっと動かない空気は妙に澄み切っていた。なんの物音もしなかった。ただ急湍きゅうたんの悲しい音楽が――岩を浸触しんしょくしてる水が――大地の喪鐘を鳴らしていた。クリストフは熱が出て寝床にはいった。隣の小屋では、彼と同じように不安を覚えてる家畜が動き回っていた……。
夜になった。彼はうとうとした。静寂の中に、遠い津浪の音がふたたび起こった。風はこんどは颶風ぐふうとなって吹いてきた――まだ眠ってる寒がりの大地を熱い息で温める春の南風、氷を融とかして豊かな雨を集めてる南風。それが谷の彼方の森の中に宵のように吼ほえ立てた。そして近づいて来、脹ふくれ上がり、山の斜面を襲い上った。山全体が唸うなり出した。小屋の中では、一匹の馬がいななき多くの牛が鳴いた。クリストフは寝床に身を起こし髪を逆立てて聴きき入った。颶風が吹き来たって、わめきたち、風見かざみを軋きしらせ、屋根の瓦かわらを飛ばし、家を震わした。花瓶かびんが一つ落ちてこわれた。クリストフの室の締まりの悪い窓は音をたてて開いた。熱い風が吹き込んだ。クリストフはそれを顔の真正面と露あらわな胸とに受けた。咽むせ返って口を開きながら寝床から飛び出した。あたかも彼の空しい魂の中に生ける神が飛び込んできたかのようだった。復活!……空気は彼の喉の中へ吹き込み、新生の波は臓腑はらわたの底まではいり込んだ。彼は破裂する心地がし、叫びたくなり、苦悶と歓喜との声をあげたくなった。が口からは不明瞭めいりょうな声が少し出たばかりだった。彼は颶風に舞いたってる紙片の中で、よろよろと歩き回り、両腕で壁をなぐりつけた。そして室のまん中に打ち倒れながら叫んだ。
「おう、汝なんじ、汝! 汝はついにもどってきた!」

「汝はもどってきた、汝はもどってきた! おう、わが失っていた汝……なにゆえに汝はわれを見捨てたのか。」
「汝が捨てた予の仕事をやり遂げんがためにだ。」
「なんの仕事であるか。」
「戦うことだ。」
「なんで戦う必要があるのか。汝なんじは万事の主宰者ではないか。」
「予は主宰者ではない。」
「汝は存在するすべてではないか。」
「予は存在するすべてではない。予は虚無と戦う生である。予は虚無ではない。予は闇夜のうちに燃える火である。予は闇夜ではない。予は永遠の戦いである。そしてなんら永遠の宿命も戦いの上に臨んではいない。予は永遠に闘争する自由なる意志である。汝も予とともに戦い燃えるがよい。」
「われは打ち負かされている、われはもはやなんの役にもたたない。」
「汝は打ち負かされたというか。万事終わったと思うか。それでは他の人々が勝利者となるであろう。汝自身のことを考えずに、汝の軍隊のことを考えてみよ。」
「われは一人きりである。われ自身よりほかにだれもいない。われには軍隊はない。」
「汝は一人きりではない。そして汝は汝自身のものでもない。汝は予が声の一つであり、予が腕の一つである。予のために語りまた打てよ。たといその腕が折れようとも、その声がくじけようとも、予自身はなおつっ立っている。予は汝より他の声と他の腕とをもって戦うのだ。汝はよし打ち負けるとも、けっして負けることのない軍隊に属しているのだ。それを覚えておくがよい。さすれば汝は死んでもなお打ち勝つであろう。」
「主しゅよ、われはこんなに苦しんでいる!」
「予もまた苦しんでいると汝なんじは思わないか。幾世紀となく、死は予を追跡し、虚無は予をねらっている。予はただ勝利によって己が道を開いているのだ。生の河流は予が血で真赤まっかになっている。」
「戦うのか、常に戦うのか。」
「常に戦わなければならないのだ。神といえども戦っている。神は征服者である。呑噬どんぜいの獅子ししである。ひしひしと寄せてくる虚無を打倒している。そして戦いの律動リズムこそ最上の諧調かいちょうである。この諧調は命数に限りある汝の耳には聞き取れない。汝はただその存在を知りさえすればよい。平静に汝の義務を果たして、神のなすところに任せよ。」
「われにはもう力がない。」
「強き人々のために歌えよ。」
「わが声はくじけている。」
「祈れよ。」
「わが心は汚れている。」
「その心を捨て去って、予の心を取れよ。」
「主よ、おのれ自身を忘れるのは、おのれの死せる魂を投げ捨てるのは、訳もないことである。しかしわれは死せる人々を投げ捨て得ようか、愛する人々を忘れ得ようか?」
「汝の死せる魂とともに、死せる彼らを捨て去れよ。汝は生ける彼らを予の生ける魂とともにふたたび見出すであろう。」
「おう、われを見捨てた汝なんじ、汝はまたわれを見捨てんとするのか?」
「予は汝をまた見捨てるであろう。それをゆめ疑ってはいけない。ただ汝こそもはや予を見捨ててはならないのだ。」
「しかしわが生が消滅したならば?」
「他の生に火をともせよ。」
「死がわれのうちにあるとするならば?」
「生は他の所にある。いざ、その生に向かって汝の戸を開けよ。己が廃墟はいきょに閉じこもっているは愚かである。汝自身より外に出でよ。他にも多くの住居がある。」
「おう生よ、おう生よ! われは悟った……。われはおのれのうちに、空しい閉ざされたる己が魂のうちに、汝を捜し求めていた。わが魂は破れる。わが傷所の窓から、空気は流れ込む。われは息をつき、われはふたたび汝を見出す、おう生よ!……」
「予は汝をふたたび見出した。……口をつぐんで耳を傾けてみよ。」

 

Et Christophe entendit, comme un murmure de source, le chant de la vie qui remontait en lui. Penché sur le bord de sa fenêtre, il vit la forêt, morte hier, qui dans le vent et le soleil bouillonnait, soulevée comme la mer. Sur l'échine des arbres, des vagues de vent, frissons de joie, passaient; et les branches ployées tendaient leurs bras d'extase vers le ciel éclatant. Et le torrent sonnait comme un rire de cloche. Le même paysage, hier dans le tombeau, était ressuscité; la vie venait d'y rentrer, en même temps que l'amour dans le cœur de Christophe. Miracle de l'âme que la grâce a touchée! Elle se réveille à la vie! Et tout revit autour d'elle. Le cœur se remet à battre. Les fontaines taries recommencent à couler.

Et Christophe rentra dans la bataille divine... Comme ses propres combats, comme les combats des hommes se perdent au milieu de cette mêlée gigantesque, où pleuvent les soleils comme des flocons de neige que l'ouragan balaie!... Il avait dépouillé son âme. Ainsi que dans ces rêves suspendus dans l'espace, il planait au-dessus de lui-même, il se voyait d'en haut, dans l'ensemble des choses; et, d'un regard, lui apparut le sens de ses souffrances. Ses luttes faisaient partie du grand combat des mondes. Sa déroute était un épisode, aussitôt réparé. Il combattait pour tous, tous combattaient pour lui. Ils partageaient ses peines, il partageait leur gloire.

—«Compagnons, ennemis, marchez, piétinez-moi, que je sente sur mon corps passer les roues des canons qui vaincront! Je ne pense pas au fer qui me laboure la chair, je ne pense pas au pied qui me foule la tête, je pense à mon Vengeur, au Maître, au Chef de l'innombrable armée. Mon sang est le ciment de sa victoire future...»

Dieu n'était pas pour lui le Créateur impassible, le Néron qui contemple, du haut de sa tour d'airain, l'incendie de la Ville que lui-même alluma. Dieu souffre. Dieu combat. Avec ceux qui combattent et pour tous ceux qui souffrent. Car il est la Vie, la goutte de lumière qui, tombée dans la nuit, s'étend et boit la nuit. Mais la nuit est sans bornes, et le combat divin ne s'arrête jamais; et nul ne peut savoir quelle en sera l'issue. Symphonie héroïque, où les dissonances même qui se heurtent et se mêlent forment un concert serein! Comme la forêt de hêtres qui livre dans le silence des combats furieux, ainsi la Vie guerroie dans l'éternelle paix.

Ces combats, cette paix, résonnaient dans Christophe. Il était un coquillage où l'océan bruit. Des appels de trompettes, des rafales de sons, des cris d'épopées passaient sur l'envolée de rythmes souverains. Car tout se muait en sons dans cette âme sonore. Elle chantait la lumière. Elle chantait la nuit. Et la vie. Et la mort. Pour ceux qui étaient vainqueurs. Pour lui-même, vaincu. Elle chantait. Tout chantait. Elle n'était plus que chant.

Comme les pluies de printemps, les torrents de musique s'engouffraient dans ce sol crevassé par l'hiver. Hontes, chagrins, amertumes, révélaient à présent leur mystérieuse mission: elles avaient décomposé la terre, et elles l'avaient fertilisée; le soc de la douleur, en déchirant le cœur, avait ouvert de nouvelles sources de vie. La lande refleurissait. Mais ce n'étaient plus les fleurs de l'autre printemps. Une autre âme était née.

Elle naissait, à chaque instant. Car elle n'était pas encore ossifiée, comme les âmes parvenues au terme de leur croissance, les âmes qui vont mourir. Elle n'était pas la statue, mais le métal en fusion. Chaque seconde faisait d'elle un nouvel univers. Christophe ne songeait pas à fixer ses limites. Il s'abandonnait à cette joie de l'homme qui, rejetant derrière lui le poids de son passé, part pour un long voyage, le sang jeune, le cœur libre, et aspire l'air marin, et croit que le voyage n'aura jamais de fin. Il était repris par la force créatrice qui coule dans le monde; et la richesse du monde le remplissait d'extase. Il aimait, il était son prochain comme lui-même. Et tout lui était «prochain», de l'herbe qu'il foulait à la main qu'il serrait. Un arbre, l'ombre d'un nuage sur la montagne, l'haleine des prairies, la ruche du ciel nocturne, bourdonnante des essaims de soleils... c'était un tourbillon de sang... Il ne cherchait pas à parler, ni penser... Rire, pleurer, se fondre dans cette merveille vivante!... Écrire, pourquoi écrire? Est-ce qu'on peut écrire l'indicible?... Mais que cela fût possible ou non, il fallait qu'il écrivît. C'était sa loi. Les idées le frappaient, par éclairs, en quelque lieu qu'il fût. Impossible d'attendre. Alors, il écrivait, avec n'importe quoi, sur n'importe quoi; et il eût été incapable souvent de dire ce que signifiaient ces phrases qui jaillissaient de lui; et voici que pendant qu'il écrivait, d'autres idées lui venaient, d'autres... il écrivait, il écrivait, sur ses manches de chemise, sur la coiffe de son chapeau; si vite qu'il écrivît, sa pensée allait plus vite, il devait user d'une sorte de sténographie...

Ce n'étaient là que des notes informes. La difficulté commença lorsqu'il voulut couler ces idées dans les formes musicales ordinaires; il fit la découverte qu'aucun des moules anciens ne pouvait leur convenir; s'il voulait fixer ses visions avec fidélité, il devait commencer par oublier tout ce qu'il avait jusque-là entendu ou écrit, faire table rase de tout formalisme appris, de la technique traditionnelle, rejeter ces béquilles de l'esprit impotent, ce lit tout fait pour la paresse de ceux qui, fuyant la fatigue de penser par eux-mêmes, se couchent dans la pensée des autres. Naguère, lorsqu'il se croyait arrivé à la maturité de sa vie et de son art,—(en fait, il n'était qu'au bout d'une de ses vies),—il s'exprimait dans une langue préexistante à sa pensée; son sentiment se soumettait à une logique de développement préétablie, qui d'avance lui dictait une partie de ses phrases et le menait docilement, par les chemins frayés, au terme convenu où le public l'attendait. À présent, plus de route, c'était au sentiment de la frayer; l'esprit n'avait qu'à suivre. Son rôle n'était même plus de décrire la passion; il devait faire corps avec elle et tâcher d'en épouser la loi intérieure.

Du même coup, tombaient les contradictions où Christophe se débattait depuis longtemps, sans vouloir en convenir. Car, bien qu'il fût un pur artiste, il avait mêlé souvent à son art des préoccupations étrangères à l'art; il lui attribuait une mission sociale. Et il ne s'apercevait pas qu'il y avait deux hommes en lui: l'artiste qui créait, sans se soucier d'aucune fin morale, et l'homme d'action, raisonneur, qui voulait que son art fût moral et social. Ils se mettaient parfois l'un l'autre dans un étrange embarras. À présent que toute idée créatrice s'imposait à lui, comme une réalité supérieure avec sa loi organique, il était arraché à la servitude de la raison pratique. Certes, il n'abdiquait rien de son mépris pour le veule immoralisme du temps; certes, il pensait toujours que l'art impur est le plus bas degré de l'art, parce qu'il en est une maladie, un champignon qui pousse sur un tronc pourri; mais si l'art pour le plaisir est l'art mis au bordel, Christophe ne lui opposait pas l'utilitarisme plat de l'art pour la morale, ce Pégase hongre qui traîne la charrue. L'art le plus haut, le seul digne de ce nom, est au-dessus des lois d'un jour: il est une comète lancée dans l'infini. Que cette force soit utile, ou qu'elle semble inutile, même dangereuse, dans l'ordre pratique, elle est la force, elle est le feu; elle est l'éclair jailli du ciel: par là, elle est sacrée, par là, elle est bienfaisante. Ses bienfaits peuvent être, par fortune, même de l'ordre pratique; mais ses vrais, ses divins bienfaits sont, comme la foi, de l'ordre surnaturel. Elle est pareille au soleil, dont elle est issue. Le soleil n'est ni moral, ni immoral. Il est Celui qui Est. Il vainc la nuit. Ainsi, l'art.

Alors Christophe, qui lui était livré, eut la stupeur de voir surgir de lui des puissances inconnues, qu'il n'eût pas soupçonnées: tout autres que ses passions, ses tristesses, son âme consciente...—une âme étrangère, indifférente à ce qu'il avait aimé et souffert, à sa vie entière, une âme joyeuse, fantasque, sauvage, incompréhensible! Elle le chevauchait, elle lui labourait les flancs à coups d'éperons. Et, dans les rares moments où il pouvait reprendre haleine, il se demandait, relisant ce qu'il venait d'écrire:

—Comment cela, cela a-t-il pu sortir de mon corps?

Il était en proie à ce délire de l'esprit, que connaît tout génie, à cette volonté indépendante de la volonté, «cette énigme indicible du monde et de la vie», que Gœthe appelait «le démoniaque», et contre laquelle il restait armé, mais qui le soumettait.

Et Christophe écrivait, écrivait. Pendant des jours, des semaines. Il y a des périodes où l'esprit, fécondé, peut se nourrir uniquement de soi, et continue de produire, d'une façon presque indéfinie. Il suffit d'un effleurement, d'un pollen apporté par le vent, pour que lèvent les germes intérieurs, les myriades de germes... Christophe n'avait pas le temps de penser, il n'avait pas le temps de vivre. Sur les ruines de la vie, l'âme créatrice régnait.

Et puis, cela s'arrêta. Christophe sortit de là, brisé, brûlé, vieilli de dix ans,—mais sauvé. Il avait quitté Christophe, il avait émigré en Dieu.

Des touffes de cheveux blancs étaient brusquement apparues dans la chevelure noire, comme ces fleurs d'automne qui montent des prairies en une nuit de septembre. Des rides nouvelles sabraient les joues. Mais les yeux avaient reconquis leur calme, et la bouche s'était résignée. Il était apaisé. Il comprenait, maintenant. Il comprenait la vanité de son orgueil, la vanité de l'orgueil humain, sous le poing redoutable de la Force qui meut les mondes. Nul n'est maître de soi, avec certitude. Il faut veiller. Car si l'on s'endort, la Force se rue en nous et nous emporte... dans quels abîmes? Ou le torrent se retire et nous laisse dans son lit à sec. Il ne suffit même pas de vouloir, pour lutter. Il faut s'humilier devant le Dieu inconnu, qui fiat ubi vult, qui souffle quand il veut, où il veut, l'amour, la mort, ou la vie. La volonté de l'homme ne peut rien sans la sienne. Une seconde lui suffit pour anéantir des années de labeur et d'efforts. Et, s'il lui plaît, il peut faire surgir l'éternel de la boue. Nul, plus que l'artiste qui crée, ne se sent à sa merci: car, s'il est vraiment grand, il ne dit que ce que l'Esprit lui dicte.

Et Christophe comprit la sagesse du vieux Haydn, se mettant à genoux, chaque matin, avant de prendre la plume... Vigila et Ora. Veillez et priez. Priez le Dieu, afin qu'il soit avec vous. Restez en communion amoureuse et pieuse avec l'Esprit de vie!

Vers la fin de l'été, un ami parisien qui passait en Suisse découvrit la retraite de Christophe. Il vint le voir. C'était un critique musical, qui s'était toujours montré le meilleur juge de ses compositions. Il était accompagné d'un peintre connu, qui se disait mélomane et admirateur, lui aussi, de Christophe. Ils lui apprirent le succès considérable de ses œuvres: on les jouait partout, en Europe. Christophe témoigna peu d'intérêt à cette nouvelle: le passé était mort pour lui, ces œuvres ne comptaient plus. Sur la demande de son visiteur, il lui montra ce qu'il avait écrit récemment. L'autre n'y comprit rien. Il pensa que Christophe était devenu fou.

—Pas de mélodie, pas de mesure, pas de travail thématique; une sorte de noyau liquide, de matière en fusion qui n'est pas refroidie, qui prend toutes les formes et qui n'en a aucune; ça ne ressemble a rien: des lueurs dans un chaos.

Christophe sourit:

—C'est à peu près cela, dit-il. «Les yeux du chaos qui luisent à travers le voile de l'ordre...»

Mais l'autre ne comprit pas le mot de Novalis.

(—Il est vidé, pensa-t-il.)

Christophe ne chercha pas à se faire comprendre.

Quand ses hôtes prirent congé, il les accompagna un peu, afin de leur faire les honneurs de sa montagne. Mais il n'alla pas bien loin. À propos d'une prairie, le critique musical évoquait des décors de théâtre parisien; et le peintre notait des tons, sans indulgence pour la maladresse de leurs combinaisons, qu'il trouvait d'un goût suisse, tarte à la rhubarbe, aigres et plates, à la Hodler; il affichait d'ailleurs, à l'égard de la nature, une indifférence qui n'était pas tout à fait simulée. Il feignait de l'ignorer.

—La nature! qu'est-ce que c'est que ça? Connais pas! Lumière, couleur, à la bonne heure! La nature, je m'en fous...

Christophe leur serra la main et les laissa partir. Tout cela ne l'affectait plus. Ils étaient de l'autre côté du ravin. C'était bien. Il ne dirait à personne:

—Pour venir jusqu'à moi, prenez le même chemin.

Le feu créateur qui l'avait brûlé pendant des mois était tombé. Mais Christophe en gardait dans son cœur la chaleur bienfaisante. Il savait que le feu renaîtrait: si ce n'était en lui, ce serait dans un autre. Où que ce fût, il l'aimerait autant: ce serait toujours le même feu. En cette fin de journée de septembre, il le sentait répandu dans la nature entière.

Il remonta vers sa maison. Un orage avait passé. C'était maintenant le soleil. Les prairies fumaient. Des pommiers, les fruits mûrs tombaient dans l'herbe humide. Tendues aux branches des sapins, des toiles d'araignées, brillantes encore de pluie, étaient pareilles aux roues archaïques de chariots mycéniens. À l'orée de la forêt mouillée, le pivert secouait son rire saccadé. Et des myriades de petites guêpes, qui dansaient dans les rayons de soleil, remplissaient la voûte des bois de leur pédale d'orgue continue et profonde.

Christophe se trouva dans une clairière, au creux d'un plissement de la montagne, un vallon fermé, d'un ovale régulier, que le soleil couchant inondait de sa lumière: terre rouge; au milieu, un petit champ doré, blés tardifs, et joncs couleur de rouille. Tout autour, une ceinture de bois, que l'automne mûrissait: hêtres de cuivre rouge, châtaigniers blonds, sorbiers aux grappes de corail, flammes des cerisiers aux petites langues de feu, broussailles de myrtils aux feuilles orange, cédrat, brun, amadou brûlé. Tel, un buisson ardent. Et du centre de cette coupe enflammée, une alouette, ivre de grain et de soleil, montait.

Et l'âme de Christophe était comme l'alouette. Elle saurait qu'elle retomberait tout à l'heure, et bien des fois encore. Mais elle savait aussi qu'infatigable ment elle remonterait dans le feu, chantant son tireli, qui parle à ceux qui sont en bas de la lumière des cieux.

そしてクリストフは、自分のうちに起こってくる生の歌を、泉の囁ささやきのように聞き取った。彼は窓際に身を乗り出して、昨日まで死んでいた森が、日の光と風との中に、大洋のように盛り上がって湧きたってるのを見た。樹木の背骨の上を、歓喜のおののきのように、風の波が通っていった。撓しなってる枝々はその喜びの腕を、光り輝く空のほうへ差し伸ばしていた。急湍きゅうたんは笑ってる鐘のように響いていた。昨日は墳墓の中にあったその同じ景色が、今はよみがえっていた。クリストフの心に愛がもどって来るとともに、景色にも生命がもどってきていた。聖寵せいちょうに触れた魂の奇跡よ! その魂は生に眼覚める。その周囲でもすべてが生き返る。心臓はふたたび鼓動し始める。涸かれた泉はふたたび流れだす。
クリストフはまた崇高な戦いのうちに加わった……。彼自身の戦いのごときは、人間同士の戦いのごときは、この巨大な白熱戦の中に消え失せてしまった。そこでは日の光が嵐あらしに吹かるる雪片のように雨降っていた……。クリストフは自分の魂を脱ぎ捨ててしまった。夢の中で宙にぶら下がってるのと同じように、彼は自分自身の上方を飛んでいて、事物の全体中に高くから自分をながめた。自分の苦しみの意義が、一目でわかってきた。彼の闘争は世界の大戦闘の一部をなしていた。彼の敗北は些事さじであって、すぐに回復されるものだった。彼は万人のために戦っていたし、万人も彼のために戦っていた。万人が彼の苦難に与っていたし、彼も万人の光栄に与あずかっていた。

――味方の者らよ、敵の者らよ、進み行き、俺おれを踏みつぶせよ。勝利を得る砲車の通過を、俺の身体の上に感じさせよ。俺は俺の肉体を粉砕する鉄火のことを考えず、俺の頭を踏みつぶす足のことを考えない。俺の復讐者のこと、上帝のこと、無敵の軍勢の首長のこと、それを俺は考えている。俺の血は彼の未来の勝利のセメントとなるのだ……。
神は彼にとっては、無感無情な創造主ではなかった。みずから火を放った都市の火災を青銅の塔の上からながめてるネロ皇帝ではなかった。神は苦しんでいた。神は戦っていた。すべての戦う人々とともに戦い、すべての苦しむ人々のために苦しんでいた。なぜなれば、神は生であり、闇の中に落ちてる一点の光明であった。その光明は広がって、闇夜をものみつくそうとする。しかし闇夜は無際限である。そして神の戦いはけっしてやむことがない。結果がどうなるかはだれにもわからない。それは勇壮なる交響曲であって、たがいに衝突し入り乱れる不協和音までが、一つの清朗な協奏をなしている。静寂のうちに奮闘してる※(「木+無」、第3水準1-86-12)ぶなの森のように、生は永遠の平和のうちに戦っている。
その戦いと平和とが、クリストフのうちに鳴り響いた。彼は大洋の音を響かす貝殻かいがらに似ていた。主権的な律動リズムに導かれてる、らっぱの呼び声、音響の颶風ぐふう、英雄詩的喚声が、通りすぎていった。なぜなら、彼の朗々たる魂の中ではすべてが音響に変化した。その魂は光明を歌っていた。闇黒を歌っていた。生を歌い死を歌っていた。戦いに勝った人々のために歌っていた。打ち負けた彼自身のためにも歌っていた。それは歌いに歌っていた。すべてが歌っていた。もはやそれ自身が歌にほかならなかった。
あたかも春の雨のように、音楽の奔流は冬に亀裂きれつしたこの地面中に吸い込まれていた。恥辱も悲痛も憂苦も、今ではその神秘な使命を現わしていた。それらのものは土地を分解し、土地を肥やしていた。苦悩の鋤すきの刃は心を引き裂きながら、生の新たな泉を開いていた。荒れ地はふたたび花を咲かしていた。しかしそれはもはや昨春の花ではなかった。一つの別な魂が生まれていた。
その魂は刻々に生まれつつあった。なぜならば、生長の限界に達した魂のように、将まさに死なんとする魂のように、まだ骨化してはいなかった。まだ立像ではなかった。溶解してる金属であった。この魂は刻々に新しい世界となされていた。クリストフは自己の範囲を定めようとは思わなかった。過去の重荷を後ろに投げ捨て、若々しい血と自由な心とで、長い旅に出発して、海洋の空気を呼吸し、終わることなき旅であると考えてる人、そういう人と同じ喜びに彼は身を任した。世界に流れる創造力にふたたびとらえられた。世界の富が恍惚こうこつの情で彼を満たした。彼は愛していた。彼は彼自身であるとともに、また隣人でもあるのだった。そしてすべてが、足に踏みしだく草から握りしめる人の手に至るまで、みな彼には「隣人」だった。一本の樹木、山の上の一片の雲の影、牧場の息吹いぶき、星辰せいしんの群がってる騒々しい夜の空……それらを見ても血が湧きたった……。彼は語りたくもなく、考えたくもなく……ただ笑いたく泣きたく、その生ける玄妙のうちに融とけ込みたいばかりだった。……書くこと、しかしなんのために書くのか? 名状しがたいものを書くことができようか?……しかしそれができようとできまいと、彼は書かねばならなかった。それが彼の掟おきてだった。彼はどこにいても、諸種の観念が電光のように落ちかかってきた。猶予してはいられなかった。そんなとき彼は、手当たり次第のもので手当たり次第のものの上に書きしるした。自分自身から迸ほとばしり出るそれらの楽句の意味を、自分でも説き得ないことが多いほどだった。そして書いてる間にも、他の観念がつぎつぎに浮かんできた……。彼は書きに書いた、シャツの袖そでにも帽子の裏にも書いた。いかに早く書いても思想の早さに及ばなかったので、一種の速記法を用いなければならなかった……。
それは奇形な記述ばかりだった。それらの観念を普通の音楽形式の中に流し込もうとすると、困難が生じてきた。昔の鋳型が一つも適応しないことを彼は見出した。自分の幻想を忠実に書き止めようとすれば、これまで聞いた音楽をすべて忘れ、これまで自分が書いたものをすべて忘れることが、まず必要だった。学び知った固定形式をことごとく一掃し、伝統的な技巧を一掃し、無能な精神の松葉杖まつばづえを捨て去り、自分で考える労を避けて他人の思想中に臥ふすような人々の怠惰のためにできてる、その臥床ふしどを捨て去らねばならなかった。先ごろ、彼は自分の生活と芸術との成熟期に達したと思っていたとき――(実は生活の一段階を終えたにすぎなかったのであるが)――そのころ彼は、自分の思想が生まれる以前から存在してる言語でおのれを表現していたのだった。彼の感情は以前からでき上がってる発想の論理におとなしく服従していて、その論理が前もって彼に楽句の一部を口移しにしてくれ、公衆が待ち受けてる適宜な用語へ、開けた道を通って彼を従順に引き連れていってくれたのだった。ところが今では、もはや道は一つもなく、感情がみずから道を開かねばならなかった。精神はただそれについて行くだけのことだった。精神の役目はもはや、熱情を叙述することでさえなかった。精神は熱情と一体をなさねばならず、熱情の内部の法則を奉じようとしなければならなかった。
同時に種々の矛盾が落ちかかってきた。クリストフはそうだと自認しはしなかったが、もう長い前からそれらの矛盾に悩んでいた。彼は純粋な芸術家ではあったが、芸術に関係のない考慮を自分の芸術に交えがちだった。彼は自分の芸術に一つの社会的使命をになわしていた。そして自分のうちに二人の者がいることに気づかなかった。その一つは、道徳上のなんらの目的をも懸念せずにただ創作する芸術家であり、一つは、自分の芸術が道徳的で社会的であることを欲する理屈好きの実行家だった。両者は時とするとたがいに相手を妙な困難のうちに陥れ合った。ところが今や創作の全観念が、有機的法則をそなえてるすぐれた一つの現実のように、彼へのしかかってきたので、彼は実際的理性の軛くびきからのがれたのだった。もとより彼は当時の無気力な不道徳にたいしては、軽蔑けいべつの念を少しも失いはしなかった。彼がやはり考えていたところによれば、不潔な芸術は芸術の最下等なものであった。なぜなら、それは芸術の一つの病気であって、腐敗した木に生ずる茸きのこであった。しかしながら、快楽のための芸術は芸術の淫売いんばいであるとしても、彼はそれにたいして、道徳のための芸術という浅見な功利主義、鋤すきを引いてる翼なき神馬ペガソスを、押し立てはしなかった。最高の芸術、芸術たる名に恥ずかしからぬ唯一の芸術は、一時の法則を超越してるものである。それは無限界に投ぜられたる彗星すいせいである。実際的事物の範囲内において、その力が有益なることもあり得るだろうし、無益もしくは危険であると見えることもあり得るだろう。しかしそれは力であり、火であり、天より迸ほとばしった電光である。したがってそれは神聖なるものであり、善をなすものである。その善行は幸いにも実際的種類のものでさえあり得る。しかしその神聖なる真の善行は、信仰と同じく、超自然的種類のものである。この力はそれが発してきた太陽に似ている。太陽は道徳的でも不道徳的でもない。それは存在する者である。それは闇黒を征服する。芸術もまた然りである。
芸術の手に委ゆだねられたクリストフは、思いもつかない未知の力が自分のうちから迸り出るのを見て、呆然ぼうぜんたらざるを得なかった。それは、彼の情熱や悲哀や意識的な魂などとはまったく別なもので――彼がこれまで愛し持ち堪えたものとは、彼の全生活とは、無関係な別種の魂であり、快活な奇怪な粗野な不可解な魂であった。その魂が彼の上にまたがって、彼の脇わき腹を拍車で蹴けりつけた。そしてときおり、彼は息をつくこともできないで、自分の書き上げたものを読み返しながら、みずから怪しんだ。
「これはどうしたのか、こんなものが俺おれの身体から出たというのか?」
彼はあらゆる天才が経験する精神の逆上にとらえられ、意志を脱してる一つの意志、「世界と生との名状しがたき謎」、ゲーテのいわゆる「悪魔的なるもの」にとらえられた。彼はそれにたいしてなお武装してはいたが、しかしそれに服従させられた。
そしてクリストフは書きに書いた。幾日も幾週間も書きつづけた。精神が充実してただ自分だけで自分を養うことができ、ほとんど説きがたい仕方で製作しつづける、そういう時期があるものである。事物とのもっとも微細な接触だけで、風にもたらされる花粉だけで、すでに内部の萌芽は、無数の萌芽ほうがは、頭をもたげる……。クリストフは考えるだけの隙ひまがなく、生きるだけの隙がなかった。生の廃墟の上に、創造的魂が君臨していた。

そしてつぎに、それがやんだ。クリストフはそこから出て、砕かれ、焼かれ、十年も老ふけていた――しかし救われていた。彼はクリストフを打ち捨てて、神の中に移り住んだのだった。
多くの白髪が、九月の一夜に秋の花が牧場に萌もえ出すごとく、黒い髪の中に突然現われていた。新たな皺しわが頬ほおに刻まれていた。けれども眼はふたたび平静を得ており、口は忍諦にんていの様子になっていた。彼は和らげられたのだった。彼は今や了解した。もろもろの世界を動かしてる力の恐るべき拳こぶしの下における、自分の高慢の空しさを、人間の高慢の空しさを、了解した。だれも確実に自己の主ではない。夜を徹して警戒しなければいけない。もし眠るならば、その力がわれわれのうちに飛び込んできて、われわれを運び去ってゆく……。しかもいかなる深淵しんえんの中へであるか! あるいはまた、その奔流は引き去って、われわれを乾燥した河床の中に取り残す。闘争せんがためには、ただ意欲するだけでは足りない。欲するときに、また欲する場所に、愛や死や生を吹き起こす不可知なる神、その前にひれ伏さなければいけない。人間の意志はこの神の意志なしには何もなし得ない。神はただ一瞬のうちに、多年の勤労と努力との結果を消滅させ得る。そしてもし欲するならば、泥濘でいねいから永遠なるものを湧出ゆうしゅつさせ得る。創作する芸術家ほど、神の意のままであることを深く感ずる者はない。芸術家にして真に偉大であるならば、神霊の口授することをしか口にしないからである。
そしてクリストフは、毎朝ペンを執る前に跪拝きはいした老ハイドンの知恵を理解した。……戒心し祈れよ。われわれとともにいますよう神を祈れよ。生の神霊と愛深き敬虔けいけんなる交渉を保てよ。

夏の終わりごろ。パリーの一友人がスイスを通りかかって、クリストフの隠栖いんせいを見出した。そして彼に会いに来た。それは音楽批評家であって、彼の作曲にいつもりっぱな批評をくだした男だった。一人の知名な画家が同伴していた。この画家は音楽好きで、同じくクリストフの賞賛者だった。彼らはクリストフに、彼の作品の顕著な成功を知らした。ヨーロッパの至る所で演奏されてるのだった。クリストフはその消息にあまり興味を示さなかった。彼にとっては過去は滅びていたし、それらの作品はもう物の数でなかった。彼は訪客の求めによって、最近に書いたものを見せた。客はそれを少しも理解しなかった。クリストフが狂人になったのだと考えた。
「旋律メロディーもなければ、拍子もなければ、主題の働きもない。一種の流動的な核心、溶解してる物体で、まだ冷めきらずにいて、いかなる形をも取るが、一つの定形もそなえてはいない。他に類のないものだ。渾沌こんとんの中の光だ。」
クリストフは微笑した。
「ほぼそんなものかもしれない。」と彼は言った。「秩序の覆面を通して輝く渾沌の眼……。」
しかし相手はそのノヴァリスの言葉を理解しなかった。
――この男は空からっぽになったのだ。と彼は考えた。
クリストフは理解されようとはつとめなかった。
二人の客が辞し去るとき、彼は少し送っていって、山の景色を見せてやった。しかし遠くまでは行かなかった。牧場を見渡しながら、音楽批評家はパリーの劇場の舞台装飾を話しだした。そして画家のほうは、色調のことを言いだして、色彩の配列がよくないことを容赦なく指摘し、これはスイス趣味であり、ホドラー流の生硬せいこう平凡な雑色だとした。そのうえ彼は自然にたいしては、全然衒てらうのでもない冷淡さを高言していた。自然を知らないふうをしていた。
「自然とは、いったいなんだろう? 僕にはわからない。光と色、なるほど結構なものさ。自然なんか、僕は意に介しない……。」
クリストフは彼らと握手をかわして、立ち去るままに任した。それくらいのことにはもう平気だった。彼らは谷の向こうにいるのだった。それでよいのだった。彼はだれにもこう言いはしなかった。
「僕のところまで来るには、僕と同じ道を取りたまえ。」
数か月間彼を燃えたたしていた創造の火はもう消えていた。しかし彼はその善き熱をまだ心のうちに保っていた。彼は火がふたたび燃え出すことを知っていた。彼のうちに燃えないとすれば、だれかのうちに燃えるだろう。それはどこにおいてであろうとも、彼がそれを愛することに変わりはないだろう。それは常に同一の火であるから。そして彼は九月の日の夕方、その火が自然全体のうちに広がってるのを感じた。

彼は自分の家のほうへ上っていった。雷雨のあとだった。もう日が照っていた。牧場からは水蒸気が立っていた。林檎りんご樹からは熟した果実が濡れ草の中に落ちていた。樅もみの枝に張られた蜘蛛くもの巣はまだ雨滴に輝いてミュケナイの馬車の古風な車輪に似ていた。濡れた森の縁には啄木鳥きつつきの鋭い笑声が響いていた。そして無数の小蜂こばちが日の光の中で踊りながら、間断なき深い大オルガンの響きを森の丸天井の中いっぱいにたてていた。
クリストフは森の中の開けた場所に出た。山の一つの襞ひだのくぼみ、四方閉ざされた正しい楕だ円形の谷間で、夕陽の光が一面に当たっていた。赤土の地面であって、中央の狭い金色の野には、遅麦おそむぎや錆さび色の燈心草が生えていた。周囲はすべて、秋で成熟した森に取り巻かれていた。赤銅しゃくどう色の※(「木+無」、第3水準1-86-12)ぶな、金褐色の栗くり、珊瑚さんご色の房をつけた清涼茶、小さな火の舌を出してる炎のような桜、橙だいだい色や柚子ゆず色や栗色や焦げ燧艾ほくち色など、さまざまな色の葉をつけてる苔桃こけもも類の叢くさむら。それはあたかも燃ゆる荊いばらに似ていた。そしてこの燃えたつ盆地のまん中から、種子と日光とに酔った一羽の雲雀ひばりが舞い上がっていた。
クリストフの魂はその雲雀のようであった。やがてふたたび落ちること、そしてなお幾度も落ちること、それをみずから知っていた。しかしまた知っていた、下界の人々に天の光明を語ってきかせる歌をさえずりながら、火の中へと撓たゆまずにふたたびのぼってゆくことを。

第10巻 新しき日 第1部へ続く

 

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-Jean-Christophe