Ils sortirent de Paris. Ils traversèrent les vastes plaines ensevelies dans le brouillard. C'était par un soir semblable que Christophe, dix ans avant, était arrivé à Paris. Il fuyait alors, déjà, comme aujourd'hui. Mais alors, l'ami vivait, l'ami qui l'aimait; et Christophe, sans le savoir, alors, fuyait vers lui...
Pendant la première heure, Christophe était encore dans l'excitation de la lutte; il parlait beaucoup et fort; il racontait, d'une façon saccadée, ce qu'il avait vu et fait; il était fier de ses prouesses. Manousse et Canet parlaient aussi pour l'étourdir. Peu à peu, la fièvre tomba, et Christophe se tut; ses deux compagnons continuèrent seuls de parler. Il était ahuri par les aventures de l'après-midi, mais nullement abattu. Il se souvint du temps où il s'était enfui d'Allemagne. Fuir, toujours fuir... Il rit. C'était sans doute sa destinée! Quitter Paris ne lui causait pas de peine: la terre est vaste; les hommes sont partout les mêmes. Où qu'il fût, ce ne lui importait guère, pourvu qu'il fût avec son ami. Il comptait le rejoindre, le matin suivant...
Ils arrivèrent à Laroche. Manousse et Canet ne le quittèrent point qu'ils ne l'eussent vu dans le train qui partait. Christophe se fit répéter l'endroit où il devait descendre, et le nom de l'hôtel, et la poste où il trouverait des nouvelles. Malgré eux, en le quittant, ils avaient des mines funèbres. Christophe leur serra gaiement la main.
—Allons, leur cria-t-il, ne faites pas ces figures d'enterrement. On se reverra, que diable! Ce n'est pas une affaire! Nous vous écrirons demain.
Le train partit. Ils le regardèrent s'éloigner.
—Pauvre diable! dit Manousse.
Ils remontèrent dans l'auto. Ils se taisaient. Au bout de quelque temps, Canet dit à Manousse:
—Je crois que nous venons de commettre un crime.
Manousse ne répondit rien d'abord, puis il dit:
—Bah! les morts sont morts. Il faut sauver les vivants.
Avec la nuit qui était venue, l'excitation de Christophe tomba tout à fait. Rencogné dans un angle de son compartiment, il méditait, dégrisé et glacé. En regardant ses mains, il y vit du sang, qui n'était pas le sien. Il eut un frisson de dégoût. La scène du meurtre reparut. Il se rappela qu'il avait tué; et il ne savait plus pourquoi. Il recommença à se raconter la scène de la bataille; mais il la voyait, cette fois, avec d'autres yeux. Il ne comprenait plus comment il y avait été mêlé. Il reprit le récit de la journée, depuis l'instant où il était sorti de la maison avec Olivier; il refit avec lui le chemin à travers Paris, jusqu'au moment où il avait été aspiré dans le tourbillon. À ce moment, il cessait de comprendre; la chaîne de ses pensées se rompait: comment avait-il pu crier, frapper, vouloir avec ces hommes dont il ne partageait pas la foi? Ce n'était pas lui!... Éclipse de sa conscience et de sa volonté!... Il en était stupéfait et honteux. Il n'était donc pas son maître? Et qui était son maître?... Il était emporté par l'express dans la nuit; et la nuit intérieure où il était emporté n'était pas moins sombre, ni la force inconnue moins vertigineuse..... Il secoua son trouble; mais ce fut pour changer de souci. À mesure qu'il approchait du but, il pensait davantage à Olivier; et il commençait à ressentir une inquiétude, sans raison.
Au moment d'arriver, il regarda par la portière si, sur le quai de la gare, la chère figure connue... Personne. Il descendit, regardant toujours autour de lui. Une ou deux fois, il eut l'illusion... Non, ce n'était pas «lui». Il alla à l'hôtel convenu. Olivier n'y était point. Christophe n'avait pas lieu d'en être surpris: comment Olivier l'y eût-il devancé?... Mais dès lors, l'angoisse de l'attente commença.
C'était le matin. Christophe monta dans sa chambre. Il redescendit. Il déjeuna. Il flâna dans les rues. Il affectait d'avoir l'esprit libre; il regardait le lac, les étalages des boutiques; il plaisantait avec la fille du restaurant, il feuilletait les journaux illustrés... Il ne s'intéressait à rien. La journée se traînait, lente et lourde. Vers sept heures du soir, Christophe qui, ne sachant que faire, avait dîné plus tôt et de mauvais appétit, remonta dans sa chambre, en priant qu'aussitôt que viendrait l'ami qu'il attendait, on le conduisît chez lui. Il s'assit devant sa table, le dos tourné à la porte. Il n'avait rien pour l'occuper, aucun bagage, aucun livre; seulement un journal, qu'il venait d'acheter; il se forçait à le lire; son attention était ailleurs: il écoutait le bruit des pas dans le corridor. Tous ses sens étaient surexcités par la fatigue d'une journée d'attente et d'une nuit sans sommeil.
Brusquement, il entendit qu'on ouvrait la porte. Un sentiment indéfinissable fit qu'il ne se retourna pas d'abord. Il sentit une main s'appuyer sur son épaule. Alors, il se retourna, et vit Olivier, qui souriait. Il ne s'en étonna pas, il dit:
—Ah! te voilà enfin!
Le mirage s'effaça...
Christophe se leva violemment, repoussant la table et sa chaise, qui tomba. Ses cheveux se hérissaient. Il resta un moment, livide, claquant des dents...
À partir de cette minute,—(il avait beau ne rien savoir, et se répéter: «Je ne sais rien»)—il savait tout. Il était sûr de ce qui allait venir.
Il ne put rester dans sa chambre. Il sortit dans la rue, il marcha pendant une heure. À son retour, dans le vestibule de l'hôtel, le portier lui remit une lettre. La lettre. Il était sûr qu'elle serait là. Sa main tremblait, en la prenant. Il remonta chez lui pour la lire. Il l'ouvrit, il vit qu'Olivier était mort. Et il s'évanouit.
La lettre était de Manousse. Manousse disait qu'en lui cachant ce malheur, la veille, pour hâter son départ, ils n'avaient fait qu'obéir au vœu d'Olivier, qui voulait que son ami fût sauvé,—qu'il n'eût servi de rien à Christophe de rester, sinon pour se perdre aussi,—qu'il lui fallait se conserver pour la mémoire de son ami, et pour ses autres amis, et pour sa propre gloire... etc... etc... Aurélie avait ajouté trois lignes de sa grosse écriture tremblée, pour dire qu'elle prendrait bien soin du pauvre petit monsieur...
Quand Christophe revint à lui, il eut une crise de fureur. Il voulait tuer Manousse. Il courut à la gare. Le vestibule de l'hôtel était vide, les rues désertes; dans la nuit, les rares passants attardés ne remarquèrent pas cet homme aux yeux tous, qui haletait. Il était cramponné à son idée fixe, comme un bouledogue qui mord: «Tuer Manousse! Tuer!...» Il voulut revenir à Paris. Le rapide de nuit était parti, une heure avant. Il fallait attendre au lendemain matin. Impossible d'attendre! Il prit le premier train qui partait dans la direction de Paris. Un train qui s'arrêtait à toutes les stations. Seul, dans le wagon, Christophe criait:
—Ce n'est pas vrai! Ce n'est pas vrai!
À la deuxième station après la frontière française, le train s'arrêta tout à fait; il n'allait pas plus loin. Christophe, frémissant de rage, descendit, demandant un autre train, questionnant, se heurtant à l'indifférence des employés à demi endormis. Quoi qu'il fit, il arriverait trop tard. Trop tard pour Olivier. Il ne parviendrait même pas à rejoindre Manousse. Il serait arrêté avant. Que faire? Que vouloir? Continuer? Revenir? À quoi bon? À quoi bon?... Il songea à se livrer à un gendarme qui passait. Un obscur instinct de vivre le retint, lui conseilla de retourner en Suisse. Aucun train ne partait plus, dans l'une ou l'autre direction, avant deux ou trois heures. Christophe s'assit dans la salle d'attente, ne put rester, sortit de la gare, prit une route au hasard dans la nuit. Il se trouva au milieu de la campagne déserte,—des prairies, coupées ça et là de bouquets de sapins, avant-garde d'une forêt. Il s'y enfonça. À peine y eut-il fait quelques pas qu'il se jeta par terre, et cria:
—Olivier!
Il se coucha en travers de la route, et sanglota.
Longtemps après, un sifflet de train, au loin, le fit se relever. Il voulut retourner à la gare. Il se trompa de chemin. Il marcha, toute la nuit. Que lui importait, ici ou là? Marcher pour ne pas penser, marcher jusqu'à ce qu'on ne pense plus, jusqu'à ce qu'on tombe mort. Ah! si l'on pouvait être mort!...
À l'aube, il se trouva dans un village français, très loin de la frontière. Toute la nuit, il s'en était éloigné. Il entra dans une auberge, mangea voracement, repartit, marcha encore. Dans la journée, il s'écroula au milieu d'un pré, il y resta jusqu'au soir, endormi. Lorsqu'il se réveilla, une nouvelle nuit commençait. Sa fureur était tombée. Il ne lui restait plus qu'une douleur atroce, irrespirable. Il se traîna jusqu'à une ferme, demanda un morceau de pain, une botte de paille pour dormir. Le fermier le dévisagea, lui coupa une tranche de miche, le conduisit dans l'étable, l'enferma. Couché dans la litière, près des vaches à l'odeur fade, Christophe dévorait son pain. Son visage ruisselait de larmes. Sa faim et sa douleur ne pouvaient s'apaiser. Cette nuit encore, le sommeil le délivra, pour quelques heures, de ses peines. Il se réveilla le lendemain, au bruit de la porte qui s'ouvrait. Il resta étendu, sans bouger. Il ne voulait plus revivre. Le fermier s'arrêta devant lui, et le regarda longuement; il tenait à la main un papier sur lequel il jeta les yeux. Enfin, l'homme fit un pas, et mit sous le nez de Christophe un journal. Son portrait, en première page.
—C'est moi, dit Christophe. Livrez-moi.
—Levez-vous, dit le fermier.
Christophe se leva. L'homme lui fit signe de le suivre. Ils passèrent derrière la grange, prirent un sentier qui tournait, au milieu des arbres fruitiers. Arrivés à une croix, le fermier montra un chemin à Christophe, et lui dit:
—La frontière est par là.
Christophe reprit sa route, machinalement. Il ne savait pourquoi il marchait. Il était brisé de corps et d'âme; il avait envie de s'arrêter, à chaque pas. Mais il sentait que s'il s'arrêtait, il ne pourrait plus repartir de l'endroit où il serait tombé. Il marcha, tout le jour encore. Il n'avait plus un sou pour acheter du pain. D'ailleurs, il évitait de traverser les villages. Par un sentiment bizarre qui échappait à sa raison, cet homme qui voulait mourir avait peur d'être pris; son corps était comme un animal traqué qui fuit. Ses misères physiques, la fatigue, la faim, une terreur obscure qui se levait de son être épuisé, étouffaient pour l'instant sa détresse morale. Il aspirait seulement à trouver un asile, où il lui fût permis de s'enfermer avec elle et de s'en repaître.
Il passa la frontière. Au loin, il vit une ville que dominaient des tours aux clochetons effilés et des cheminées d'usines, dont les longues fumées, comme des rivières noires, monotones, coulaient, toutes dans le même sens, sous la pluie, dans l'air gris. Il était près de tomber. À cet instant, il se rappela qu'il connaissait dans cette ville un docteur de son pays, un certain Erich Braun, qui lui avait écrit, l'an passé, après un de ses succès, pour se rappeler à lui. Si médiocre que fût Braun et si peu qu'il eût été mêlé à sa vie, Christophe, par un instinct de bête blessée, fit un suprême effort pour aller tomber chez quelqu'un qui ne lui fût pas tout à fait un étranger.
Sous le voile de fumées et de pluie, il entra dans la ville grise et rouge. Il marcha au travers, sans rien voir, demandant son chemin, se trompant, revenant sur ses pas, errant au hasard. Il était à bout de forces. Par une dernière tension de sa volonté bandée, il lui fallut gravir des ruelles escarpées, des escaliers qui montaient au sommet d'une étroite colline, chargée de maisons, serrées autour d'une église sombre. Soixante marches en pierre rouge, groupées par trois ou par six. Entre chaque groupe de marches, une plateforme exiguë pour la porte d'une maison. À chacune, Christophe reprenait haleine, en chancelant. Là-haut, au-dessus de la tour, des corbeaux tournoyaient.
Enfin, il lut sur une porte le nom qu'il cherchait. Il frappa.—La ruelle était dans la nuit. De fatigue, il ferma les yeux. Nuit noire en lui.... Des siècles passèrent...
La porte étroite s'entr'ouvrit. Sur le seuil parut une femme. Son visage était dans l'ombre; mais sa silhouette se détachait sur le fond clair d'un petit jardin, que l'on apercevait au bout du long corridor, au couchant. Elle était grande, se tenait droite, sans parler, attendant qu'il parlât. Il ne voyait pas ses yeux; il sentait leur regard. Il demanda le docteur Erich Braun, et se nomma. Les mots sortaient avec peine de sa gorge. Il était épuisé de fatigue, de soif et de faim. Sans un mot, la femme rentra; et Christophe la suivit dans une pièce aux volets clos. Dans l'obscurité, il se heurta contre elle; ses genoux et son ventre pressèrent ce corps silencieux. Elle sortit et ferma la porte sur lui, le laissant seul, sans lumière. Il restait immobile, de crainte de renverser quelque chose, appuyé au mur, le front contre la paroi lisse; ses oreilles bourdonnaient; dans ses yeux, les ténèbres dansaient.
À l'étage au-dessus, une chaise remuée, des exclamations de surprise, une porte fermée avec fracas. De lourds pas descendirent l'escalier.
—Où est-il? demandait une voix connue.
La porte de la chambre se rouvrit.
—Comment! On l'a laissé dans l'obscurité! Anna! Sacre-bleu! Une lumière!
Christophe était si faible, il se sentait si perdu que le son de cette voix bruyante, mais cordiale, lui fit du bien, dans sa misère. Il saisit les mains qu'on lui tendait. La lumière était venue. Les deux hommes se regardèrent. Braun était petit; il avait la figure rouge avec une barbe noire, dure et mal plantée, de bons yeux qui riaient derrière des lunettes, un large front bosselé, ridé, tourmenté, inexpressif, des cheveux soigneusement collés au crâne et divisés par une raie qui descendait jusqu'à la nuque. Il était parfaitement laid; mais Christophe éprouvait un bien-être à le regarder et à serrer ses mains. Braun ne cachait pas sa surprise.
—Bon Dieu! qu'il est changé! Dans quel état!
—Je viens de Paris, dit Christophe. Je me suis sauvé.
—Je sais, je sais, nous avons vu dans le journal, on disait que vous étiez pris. Dieu soit loué! Nous avons bien pensé à vous, Anna et moi.
Il s'interrompit, et montrant à Christophe la figure silencieuse qui l'avait accueilli dans la maison:
—Ma femme.
Elle était restée à l'entrée de la chambre, une lampe à la main. Un visage taciturne, au fort menton. La lumière tombait sur ses cheveux bruns aux reflets roux et sur ses joues, d'un teint mat. Elle tendit la main à Christophe, d'un geste raide, le coude serré au corps; il la prit sans regarder. Il défaillait.
—Je suis venu... essaya-t-il d'expliquer. J'ai pensé que voudriez bien... si je ne vous gêne pas trop... me recevoir, un jour...
Braun ne le laissa pas achever.
—Un jour!... Vingt jours, cinquante, autant qu'il vous plaira. Tant que vous serez dans ce pays, vous logerez dans notre maison; et j'espère que ce sera longtemps. C'est un honneur et un bonheur pour nous.
Ces affectueuses paroles bouleversèrent Christophe. Il se jeta dans les bras de Braun.
—Mon bon Christophe, mon bon Christophe, disait Braun... Il pleure... Eh bien, qu'est-ce qu'il a donc?.... Anna! Anna!... Vite! Il s'évanouit...
Christophe s'était affaissé dans les bras de son hôte. La syncope qu'il sentait venir depuis quelques heures l'avait terrassé.
Quand il rouvrit les yeux, il était couché dans un grand lit. Une odeur de terre humide montait par la fenêtre ouverte. Braun était penché sur lui.
—Pardon, balbutia Christophe, entachant de se relever.
—Mais il meurt de faim! cria Braun.
La femme sortit, revint avec une tasse, le fit boire. Braun lui soutenait la tête. Christophe reprenait vie; mais la fatigue était plus forte que la faim; à peine la tête remise sur l'oreiller, il s'endormit. Braun et sa femme le veillèrent; puis, voyant qu'il n'avait besoin que de repos, ils le laissèrent.
C'était un de ces sommeils qui semblent durer des années, sommeil accablé, accablant, comme du plomb au fond d'un lac. On est la proie de la lassitude amoncelée et des hallucinations monstrueuses qui rôdent éternellement aux portes de la volonté. Il voulait s'éveiller, brûlant, brisé, perdu dans cette nuit inconnue; il entendait des horloges sonner d'éternelles demies; il ne pouvait respirer, ni penser, ni bouger; il était ligoté, bâillonné, comme un homme que l'on noie, il voulait se débattre et retombait au fond.—L'aube arriva enfin, l'aube tardive et grise d'un jour pluvieux. L'intolérable chaleur qui le consumait tomba; mais son corps gisait sous une montagne. Il se réveilla. Réveil terrible...
—Pourquoi rouvrir les yeux? Pourquoi me réveiller? Rester, comme mon pauvre petit, qui est couché sous la terre...
Étendu sur le dos, il ne faisait pas un mouvement, bien qu'il souffrît de sa position dans le lit; ses bras et ses jambes étaient lourds comme pierre. Il était dans un tombeau. Lumière blafarde. Quelques gouttes de pluie frappaient les carreaux. Un oiseau dans le jardin poussait de petits cris plaintifs. Ô misère de vivre! Inutilité cruelle!...
Les heures s'écoulèrent. Braun entra. Christophe ne tourna pas la tête. Braun, lui voyant les yeux ouverts, l'interpella joyeusement; et comme Christophe continuait de fixer le plafond, d'un regard morne, il entreprit de secouer sa mélancolie; il s'assit sur le lit et bavarda bruyamment. Ce bruit était insupportable à Christophe. Il fit un effort, qui lui sembla surhumain, pour dire:
—Je vous en prie, laissez-moi.
Le brave homme changea de ton, aussitôt.
)彼らはパリーから出た。霧に埋もれてる広い平野を横ぎっていった。十年前にクリストフがパリーへ到着したときと同じような晩だった。あのときすでにクリストフは今と同様に逃亡者だった。しかしあのときは、友が、自分を愛してくれる者が、生きていた。そして彼はみずから知らずに、その友のほうへ逃げて来たのだった……。
初め一時間ばかりの間は、クリストフはまだ争闘の興奮の中にあった。強い調子でたくさん口をきいた。自分の見たことやしたことをごっちゃに語った。自分の勇気を誇っていた。マヌースとカネーもまた、彼の気を紛らすためにしゃべった。がしだいに熱がさめて彼は黙り込んだ。二人の同伴者だけがなおしゃべりつづけた。彼はその午後の暴挙を少しびっくりしていたが、少しも気を落としてはいなかった。彼はドイツから逃げ出したときのことを思い出した。あのときも逃亡者であり、いつも逃亡者だ……。彼は笑い出した。それが彼の運命だったに違いない。パリーを去ることは彼には苦痛でなかった。土地は広い。至る所人間は同じだ。友といっしょでさえあるならば、どこへ行こうとほとんど構わなかった。彼は翌朝友と落ち合うつもりでいた……。
一同はラローシュに着いた。マヌースとカネーは、彼が汽車に乗って出発するのを見るまではそばを離れなかった。クリストフは、自分の降りるべき場所と、旅館の名前と、便りを受け取るべき郵便局とを、繰り返し尋ねた。彼らはさすがに別れぎわになると、悲しげな顔をした。クリストフは快活に彼らの手を握りしめた。
「さあ、そう陰気な顔をしたもうな。」と彼は彼らに叫んだ。「また会えるよ。大したことじゃない。僕たちは明日手紙をあげるよ。」
汽車は出発した。彼らは彼が遠ざかるのを見送った。
「気の毒だな!」とマヌースは言った。
彼らはまた自動車に乗った。黙っていた。しばらくしてからカネーはマヌースに言った。
「僕たちは罪なことをしたようだ。」
マヌースは初めなんとも答えなかったが、やがて言った。
「なあに、死んだ者は死んだ者だ。生きてる者を救わなければいけない。」
夜になるとともに、クリストフの興奮はまったく鎮まった。彼は車室の隅に縮こまって、酔いからさめた冷たい心地で考え込んだ。自分の手をながめると、自分のでない血が眼にとまった。彼は嫌悪の身震いをした。殺害の光景が浮かんできた。人を殺したことを思い出した。なにゆえに殺したのかはもうわからなかった。彼は争闘のありさまを一々考えてみたが、こんどはまったく別な眼でその争闘を見てるのだった。どうして自分がその中にはいったかもうわからなかった。彼はオリヴィエといっしょに家を出かけたときからの一日のことを、また一々考えてみた。オリヴィエといっしょにパリーを歩いて、ついに渦巻の中に吸い込まれたところまでたどった。そこからぱったりわからなくなった。思考の連鎖が切れていた。あの連中と同一の信念を共有していなかったのに、どうしてあの連中とともに怒号し戦い意欲することができたのか? それは自分ではなかったのだ……。自分の本心と意志が欠けていたのだ……。そのことを考えると彼はびっくりし、また恥ずかしかった。それでは自分は自分の主ではなかったのか? そしてだれが自分の主であったのか?……彼は夜の中を急行列車で運ばれていた。そして、彼が陥った内心の夜も同じく真暗であり、彼を支配した不可知な力も同じく急激なものだった……。彼は自分の心乱れを振るい落とした。しかしそれは単に心痛を他に変えることだった。目的地に近づくに従って、ますますオリヴィエのことを考えてきた。そしてなんとなく不安を覚え始めた。
到着したとき彼は、駅のホームの上に見馴れたなつかしい友の顔がありはすまいかと、車窓からながめてみた……。だれもいなかった。列車から降りながら、やはりあたりをながめまわした。一、二度それらしいものを見た気がした……。否それは彼ではなかった。クリストフは約束の旅館へ行った。そこにもオリヴィエはいなかった。しかし実は驚くに当たらなかった。どうしてオリヴィエのほうが彼より先に来れるものか……。しかしそのときから、待つことの辛さが始まった。
朝になっていた。クリストフは自分の室に上がっていった。また降りてきた。昼食をした。町をぶらついた。彼は呑気なふうを装っていた。湖水をながめたり、商店の陳列品をながめた。食堂の女中をからかった。絵入新聞をめくってみた……。が何にも面白くなかった。一日はゆるゆると重々しくたっていった。晩の七時ごろ、何もすることがないので、別に食べたくもない夕食を早めに取った。そして、待ってる友人が来たらすぐに案内してくれと頼んで、また自分の室に上がっていった。入り口を背にしてテーブルにすわった。何にも仕事がなかった、荷物もなければ書物もなかった。先刻買った新聞が一つあるきりだった。それを読もうとつとめた。しかし注意は他に向いていた。彼は廊下の足音に耳を澄ましていた。不眠のうちに過ごした一夜と待ちながら過ごした一日との疲れのために、官能はことごとく過敏になっていた。
突然、扉を開ける音が聞こえた。なんとも言えぬある感情のために、彼は初め振り向かなかった。一つの手が肩にのせられるのを感じた。そこで振り向いてみると、オリヴィエが微笑んで立っていた。彼は別に驚かなかった。そして言った。
「ああ、とうとう来たね!」
その幻影は消えた……。
クリストフはテーブルをつきのけ椅子をつき倒しながら猛然と立ち上がった。髪の毛は逆立っていた。彼は歯をかち合わせ蒼白になって一瞬間たたずんだ……。
そのときから――(何にも知るまいとし、俺は何にも知らないのだと繰り返しても、駄目だった)――彼はすべてを知った。何がやって来るかを確かに知っていた。
彼は室にじっとしてることができなかった。町に出て一時間ばかり歩いた。帰ってくると、旅館の玄関で、門番が一通の手紙を渡した。あの手紙だ。彼はそれが来てることを確かに知っていた。手紙を受け取りながら手が震えた。読むために室に上がっていった。手紙を開いた。オリヴィエが死んだことを読み取った。そして彼は気を失った。
手紙はマヌースからのだった。その文面によれば、彼らが前日、彼の出発を早めさせるためにその不幸を彼に隠したのは、オリヴィエの志望に従ったばかりだった。オリヴィエは望んでいた、彼が助かることを――彼が居残っていても、それはなんの役にもたたなくて、ただ彼も同じく身を滅ぼすことになるばかりだ――友の記憶のために、また他の友人らのために、また自身の光栄のために、彼は生き存えなければならないのだ……その他種々。オーレリーも太い震えた筆跡で二、三行書き添えていた、憐れな御方の世話をしてあげるつもりだと……。
クリストフは我に返ったとき、激しい憤りを覚えた。マヌースを殺したかった。彼は停車場へ駆け出した。旅館の玄関はがらんとしており、街路はひっそりしていた。帰り遅れたわずかな通行人らも、狂った眼つきをし息をはずましてる彼を、夜の暗みに見分けなかった。彼はあたかもブルドッグがその牙でかみつくように、自分の一念にしがみついていた。「マヌースを殺すんだ、殺すんだ!……」彼はパリーへもどろうとした。夜の特急列車はもう一時間も前に発車していた。翌朝まで待たなければならなかった。しかし彼は待っておれなかった。パリーのほうへ行く汽車に乗ってみた。その汽車はどの駅にも停車した。彼は車室の中にただ一人で叫んだ。
「ほんとうじゃない、ほんとうじゃない。」
フランスの国境から二番目の駅で汽車は突然停まった。それから先へは行かなかった。クリストフは憤怒に震え上がりながら、汽車から降り、他の汽車を求め、いろいろ尋ねたが、半ば眠ってる駅員らの冷淡にぶつかるばかりだった。どんなにしても着くのが遅れそうだった。オリヴィエのために間に合いそうにもなかった。マヌースに会うことさえできそうになかった。それ以前に捕縛されそうだった。どうすべきか? 何を望むべきか? なお進むべきか? 引き返すべきか? 何になろう、何になろう?……彼は通りかかりの憲兵に自首しようかと考えた。しかし生きたい人知れぬ本能に引き止められ、スイスに引き返せと勧められた。もう二、三時間もたたなければ、どちらの方面へも出る汽車はなかった。彼は待合所の中に腰をおろしたが、じっとしてることができず、停車場から外に出て、でたらめに夜道を歩き出した。寂然とした野の中に出た――森の前に控えてる樅の木立にあちらこちら遮られてる牧場だった。彼はその中に進んでいった。数歩行くか行かないうちに、地面に身を投げ出して叫んだ。
「オリヴィエ!」
彼は道のまん中に横たわってすすり泣いた。
長くたってから、遠い汽車の汽笛の音に彼は立ち上がった。停車場へもどろうとした。そして道に迷った。夜通し歩いた。どこへ行こうと構わなかった。何にも考えないために歩きつづけ、もう考えなくなるまで、死んで倒れるまで、歩きつづけたかった。ああ死ぬことができるなら!……
夜明けごろ彼は、国境から遠いフランスの村にはいった。夜通し国境から遠のいていたのである。彼は宿屋にはいり、むさぼるように食事をし、また出かけて、なお歩き出した。その日のうちに、ある牧場のまん中にぶっ倒れて、夕方まで眠った。眼を覚ますと、また新たな夜となりかけていた。彼の激怒は鎮まっていた。息もつけないような激しい苦悶ばかりが残っていた。一軒の農家までたどりつき、一片のパンと藁の寝床とを求めた。農夫は彼の顔を窺い、パンを一片切ってやり、牛小屋に連れてゆき、その中に閉じこめた。褪せた匂いのする牛のそばに敷き藁の中に寝ころんで、クリストフはパンをかじった。涙が顔に流れた。飢えと苦悶とは鎮まらなかった。がその夜もまた、数時間眠って苦しみを忘れた。翌日戸の開く音に眼覚めた。が身動きもしないで横たわっていた。もう生きたくなかった。農夫は彼の前にたたずんで、じっと彼をながめた。手に一枚の紙をもっていて、ときどきそのほうへ眼をやった。ついに一歩進み出て、クリストフの鼻先へ新聞を差し出した。第一ページにクリストフの肖像が出ていた。
「それは僕だ。」とクリストフは言った。「告発するがいい。」
「立ちなさい。」と農夫は言った。
クリストフは立ち上がった。農夫はついて来いという身振りをした。二人は納屋の後ろを通り、果樹の木立の中の曲がりくねった小径をたどった。十字路まで来ると、農夫は一筋の道をクリストフに指し示して言った。
「あちらが国境です。」
クリストフは機械的に道をたどった。なんのために歩いてるか自分でもわからなかった。心身ともに疲れはてぐたぐたになっていて、一歩一歩立ち止まりたかった。しかし一度立ち止まったら、もうふたたび歩き出すことができず、倒れた場所から身動きもできないだろう、というような気がした。彼はなお一日歩き通した。もうパンを買うにも一スーの金もなかった。そのうえ彼は村を通るのを避けた。理性を離れた妙な感情から、死にたがりながらも捕縛を恐れていた。彼の身体は狩り立てられて逃げてる動物のようだった。肉体上の悲惨なことども、疲労、飢餓、疲弊した一身から起こってくる人知れぬ恐怖などは、一時精神上の困苦を打ち消していた。その精神上の困苦とともに閉じこもってそれをかめしめることのできる隠れ場を見出すこと、そればかりを彼は求めていた。
彼は国境を越えた。遠くに町が見えた。細長い鐘楼の塔や工場の煙筒などがそびえていて、それらの煙筒から立つ長い煙は、雨の中を灰色の空中に、黒い川のようになって皆同じ方向へ単調に流れていた。彼はもう倒れそうになっていた。そのとき彼は、この町に一人の知人がいることを思い出した。同郷出身の医者で、エーリッヒ・ブラウンとかいう名前で、前年クリストフがある成功を博したとき、旧誼を思い起こしてくれとて手紙をよこしたのだった。ブラウンがいかに凡庸な者であろうとも、また自分の生活にいかに無関係な者であろうとも、クリストフは傷ついた獣のような本能から一生懸命になって、自分にとってまったくの他人ではない者のもとへ行こうとした。
一面の煙と雨との下を彼は、その薄暗い赤い町へはいった。何にも眼に止めず、道を尋ね、迷ったり引き返したりして、やたらにうろつきながら、町の中を歩いていった。もう力も尽きはてていた。緊張した意志を最後にも一度引きしめて、段々になってる険しい小路を上らなければならなかった。薄暗い教会堂のまわりに人家が密集してる狭い丘の頂まで、その路は上っていた。赤い石でできてる段が六十ばかりあって、三つか六つずつ一団になっていた。その一団りの石段の間には、ごく狭い平地があって、人家の入り口になっていた。その平地ごとにクリストフは、よろめきながら息をついた。上のほうでは、塔の上に烏が飛び回っていた。
ついに彼は、ある戸口に捜してる名前を読み取った。彼は戸をたたいた。――小路はまっ暗だった。彼は疲れきって眼を閉じた。心のうちも闇夜だった……。幾世紀も過ぎた……。
狭い戸口が少し開いた。敷居の上に一人の女が現われた。その顔は闇に包まれていた。しかし長い廊下の向こうに見える、夕の明るみを受けた小さな庭の明るい背景の上に、その姿が浮き出していた。彼女は背が高く、まっすぐにつっ立って、彼が口を開くのを待ちながら黙っていた。彼には彼女の眼は見えなかったが、その視線を身に感じた。彼は医師エーリッヒ・ブラウンを尋ね、自分の名前を告げた。それだけの言葉を喉から発するのもようやくだった。疲れと渇きと飢えとにがっかりしていた。女は一言も発しないで奥へはいった。クリストフはそのあとについて、雨戸のしまった室へ通った。暗闇の中で彼女にぶつかった。膝と腹とで黙々たる彼女の身体に擦れ合った。彼女は室から出て、燈火もつけずに彼を置きざりにして扉を閉めた。彼は何かを引っくり返しはすまいかと恐れて、なめらかな壁に額を押し当ててもたれながらじっとしていた。耳鳴りがしていた。眼の中には暗闇が躍り立っていた。
上の階で、椅子が動かされ、驚きの声が起こり、激しく扉の音がした。重い足音が階段を降りてきた。
「どこにいるんだ?」と覚えのある声が尋ねていた。
室の扉はまた開いた。
「どうしたんだ、暗がりに置きざりにするなんて! アンナ! おい、燈火を?」
クリストフは弱りはてていて、もう駄目になったような気がしていたので、その騒々しくはあるが親しげな声の響きを聞くと、困憊のうちに安易を覚えた。彼は差し出された両手をとらえた。燈火が来た。二人はたがいに見合わした。ブラウンは背が低かった。黒い荒い無格好な髯が生えてる赤ら顔、眼鏡の奥で笑ってる善良な眼、皺の寄ったざらざらした凸凹の無表情な広い額、丁寧に頭に撫でつけられてる髪は、低く首筋までもつづいてる筋で二つに分けられていた。まったくの醜男だった。しかしクリストフは、彼をながめ彼の手を握りしめると、ある安らかな気持を覚えた。ブラウンは驚きの情を隠さなかった。
「なんという変わり方だろう! なんという様子だろう!」
「僕はパリーから来た。」とクリストフは言った。「逃げて来たのだ。」
「知ってるよ、知ってるよ。新聞でみると、君は捕ったと書いてあった。まあよかった。僕たちは、アンナと僕とは、君のことをたいへん考えていたよ。」
彼は言葉を切らして、クリストフを家の中に迎え入れた無言の女を紹介した。
「僕の妻だよ。」
彼女は手にランプをもって室の入り口に立っていた。丈夫な頤をした無言の顔だった。燈火を受けたその髪は褐色の反映を見せ、同じくその頬は艶のない色をしていた。彼女は肱を身体にくっつけて硬ばった身振りで、クリストフへ手を差し出した。クリストフはその顔を見ないで手を取った。
彼は気が遠くなりかけていた。
「僕は実は……」と彼は説明しようとした、「君の好意で……もしお邪魔でなかったら……一日置いてもらいに……。」
ブラウンは彼をしまいまで言わせなかった。
「一日だって!……二十日でも、五十日でも、いいだけいてくれたまえ。君がこちらにいる間は、僕たちの所に泊まるんだ。長くいてくれるといい。それが僕たちにとっては光栄で幸福なんだ。」
そのやさしい言葉にクリストフは感動しきった。彼はブラウンの腕に身を投げ出した。
「クリストフ君、クリストフ君……」とブラウンは言った、「泣いてるね……え、どうしたんだろう?……アンナ、アンナ!……早く……気絶したよ……。」
クリストフは主人の腕の中で気を失っていた。数時間前から感じていた人事不省の状態に圧倒されてしまったのだった。
彼がふたたび眼を開いたときには、大きな寝台に寝かされていた。湿った土の匂いが開け放した窓から漂っていた。ブラウンは彼の上にかがみ込んでいた。
「許してくれ。」とクリストフはつぶやきながら立ち上がろうとした。
「腹が空ききってるんだ。」とブラウンは叫んだ。
夫人は出て行き、一杯の飲み物をもってもどってきて、それを彼に飲ました。ブラウンが彼の頭をささえてやった。クリストフは正気づいた。しかし疲労のほうが飢えよりもはなはだしかった。頭をまた枕につけるや否や眠った。ブラウン夫妻は彼を見守った。それから、彼にはただ休息だけが必要なのを見てとって、彼を一人残して出て行った。
幾年もつづくかと思われるような眠り、湖水の底に落ち込んだ鉛のように、みずからも圧倒され他をも圧倒する眠りだった。積もり積もった疲労にとらえられ、意志の門口で永久にうろついてる奇怪な妄想にとらえられるのである。クリストフはその未知の闇夜の中に埋もれ、焦慮し疲憊しながら眼を覚まそうと欲した。いつも半時間ばかり打ってる掛時計の音が聞こえた。息をすることも考えることも身動きもできなかった。手足を縛られ猿轡をはめられて溺らせられてるかのようで、身をもがいてはまた底のほうへ沈んでいった。――ついに夜明けとなった。雨の日の遅々とした灰色の曙だった。彼を焼きつくしていた堪えがたい熱はさめた。しかし身体は山の下敷きになってるかのようだった。彼は眼を覚ました。恐ろしい眼覚めだった。
「なにゆえに眼を開くのか? なにゆえに眼を覚ますのか? 地下に横たわってる憐れな友のように、このままじっとしていたい……。」
彼はその寝ぐあいが苦しかったにもかかわらず、仰向けに寝たまま身動きもしなかった。腕と足とは石のように重かった。墓の中にいる心地だった。仄白い光がさしていた。数滴の雨が窓ガラスを打っていた。庭には一羽の小鳥が悲しげな小さな声をたてていた。おう、生きることの惨めさよ! 残忍なる無益さよ!……
時間が過ぎていった。ブラウンがはいってきた。クリストフは見向きもしなかった。ブラウンはクリストフが眼を開いてるのを見て、快活に呼びかけた。そしてクリストフがなお陰気な眼つきで天井を見つめてるので、その憂鬱を払いのけてやろうとした。寝台に腰をおろしてやかましくしゃべりだした。その騒々しさにクリストフは我慢できなかった。人力以上だと思われるほどの努力をして言った。
「どうか僕に構わないでくれたまえ。」
善良な彼はすぐに調子を変えた。
—Vous voulez être seul? Comment donc! Certainement. Restez bien tranquillement. Reposez-vous, ne parlez pas, on vous montera les repas, personne ne dira rien.
Mais il lui était impossible d'être bref. Après d'interminables explications, il quitta la chambre sur le bout de ses gros souliers qui faisaient craquer le parquet. Christophe resta de nouveau seul, enfoncé dans sa lassitude mortelle. Sa pensée se diluait dans un brouillard de souffrance. Il s'épuisait à comprendre... «Pourquoi l'avait-il connu? Pourquoi l'avait-il aimé? À quoi avait-il servi qu'Antoinette se dévouât? Quel sens avaient toutes ces vies, toutes ces générations,—une telle somme d'épreuves et d'espoirs!—qui aboutissaient à cette vie et s'étaient engouffrées avec elle dans le vide?»... Non-sens de la vie. Non-sens de la mort. Un être raturé, toute une race disparue, sans qu'il en reste aucune trace. On ne sait ce qui l'emporte, de l'odieux ou du grotesque. Il lui venait un rire mauvais, de désespoir et de haine. Son impuissance d'une telle douleur, sa douleur d'une telle impuissance, le tuaient. Il avait le cœur broyé....
Nul bruit dans la maison, que les pas du docteur, sortant pour ses visites. Christophe avait perdu toute notion du temps, lorsque Anna parut. Elle portait le dîner sur un plateau. Il la regarda sans faire un mouvement, sans même remuer les lèvres, pour remercier; mais dans ses yeux fixes, qui semblaient ne rien voir, l'image de la jeune femme se grava avec une netteté photographique. Longtemps après, quand il la connut mieux, c'est ainsi qu'il continua de la voir; les images plus récentes ne parvinrent pas à effacer ce premier souvenir. Elle avait des cheveux épais, tirés en lourd chignon, le front bombé, de larges joues, le nez court et droit, les yeux obstinément baissés, ou qui, lorsqu'ils rencontraient d'autres yeux, se dérobaient avec une expression peu franche et sans bonté, les lèvres un peu grosses, serrées l'une contre l'autre, l'air butté, presque dur. Elle était grande, elle semblait robuste et bien faite, mais étriquée dans ses vêtements et raide dans ses mouvements. Elle alla sans parole et sans bruit, posa le plateau sur la table près du lit, et repartit, les bras collés au corps, le front baissé. Christophe ne songea pas à s'étonner de cette apparition étrange et un peu ridicule; il ne toucha pas au dîner, et continua de souffrir en silence.
Le jour passa. Le soir revint, et de nouveau Anna avec de nouveaux plats. Elle trouva intacts ceux qu'elle avait apportés, le matin; et elle les remporta, sans une observation. Elle n'eut pas un de ces mots affectueux que toute femme trouve, d'instinct, pour s'adresser à un malade. Il semblait que Christophe n'existât pas pour elle, ou qu'elle existât à peine. Christophe éprouvait une sourde hostilité, en suivant, avec impatience cette fois, ses mouvements gauches et guindés. Pourtant, il lui était reconnaissant de ne pas essayer de parler.—Il le fut encore plus, quand il eut à subir, après son départ, l'assaut du docteur, qui venait de s'apercevoir que Christophe n'avait pas touché à son premier repas. Indigné contre sa femme de ce qu'elle ne l'eût pas fait manger de force, il voulait y contraindre Christophe. Pour avoir la paix, Christophe dut avaler quelques gorgées de lait. Après quoi, il lui tourna le dos.
La seconde nuit fut plus calme. Le lourd sommeil recouvrit Christophe de son néant. Plus trace de l'odieuse vie...—Mais le réveil fut encore plus asphyxiant. Il se remémorait tous les détails de la fatale journée, la répugnance d'Olivier à sortir de la maison, ses instances pour rentrer, et il se disait avec désespoir:
—C'est moi qui l'ai tué....
Impossible de rester seul, enfermé, immobile, sous la griffe du sphinx aux yeux féroces, qui continuait de lui souffler au visage le vertige de ses questions et son souffle de cadavre. Il se leva, fiévreux; il se traîna hors de la chambre, il descendit l'escalier; il avait le besoin instinctif et peureux de se serrer contre d'autres hommes. Et dès qu'il entendit une autre voix, il eût voulu s'enfuir.
Braun était dans la salle à manger. Il accueillit Christophe avec ses démonstrations d'amitié ordinaires. Tout de suite, il se mit a l'interroger sur les événements parisiens. Christophe lui saisit le bras:
—Non, dit-il, ne me demandez rien. Plus tard... Il ne faut pas m'en vouloir. Je ne puis pas. Je suis las à mourir, je suis las...
—Je sais, je sais, dit Braun affectueusement. Les nerfs sont ébranlés. Ce sont les émotions des jours précédents. Ne parlez pas. Ne vous contraignez en rien. Vous êtes libre, vous êtes chez vous. On ne s'occupera pas de vous.
Il tint parole. Pour éviter de fatiguer son hôte, il tomba dans l'excès opposé: il n'osait plus causer, devant lui, avec sa femme; on parlait à voix basse, on marchait sur le bout des pieds; la maison devint muette. Il fallut que Christophe, agacé par cette affectation de silence chuchotant, priât Braun de continuer à vivre comme par le passé.
Les jours suivants, on ne s'occupa donc plus de Christophe. Il restait assis, pendant des heures, dans le coin d'une chambre, ou bien il circulait à travers la maison, comme un homme qui rêve. À quoi pensait-il? Il n'aurait pu le dire. À peine s'il avait encore la force de souffrir. Il était anéanti. La sécheresse de son cœur lui faisait horreur. Il n'avait qu'un désir: être enterré avec «lui», et que tout fût fini.—Une fois, il trouva la porte du jardin ouverte, et il sortit. Mais ce lui fut une sensation si pénible de se retrouver dans la lumière qu'il revint précipitamment et se barricada dans sa chambre, volets clos. Les jours de beau temps le torturaient. Il haïssait le soleil. La nature l'accablait de sa brutale sérénité. À table, il mangeait en silence ce que Braun lui servait, et, les yeux fixés sur la table, il restait sans parler, Braun lui montra, un jour, dans le salon, un piano; Christophe s'en détourna avec terreur. Tout bruit lui était odieux. Le silence, le silence, et la nuit!... Il n'y avait plus en lui que le vide et le besoin du vide. Fini de sa joie de vivre, de ce puissant oiseau de joie qui jadis s'élevait, par élans emportés, en chantant! Des journées, assis dans sa chambré, il n'avait d'autre sensation de vivre que le pouls boiteux de l'horloge, dans la chambre voisine, qui lui semblait battre dans son cerveau. Et pourtant, le sauvage oiseau de joie était encore en lui, il avait de brusques envolées, il se cognait aux barreaux; et c'était au fond de l'âme un affreux tumulte de douleur,—«le cri de détresse d'un être demeuré seul dans une vaste étendue dépeuplée...»
La misère du monde est qu'on n'y a presque jamais un compagnon. Des compagnes peut-être, et des amis de rencontre. On est prodigue de ce beau nom d'ami. En réalité, on n'a guère qu'un ami dans la vie. Et bien rares ceux qui l'ont. Mais ce bonheur est si grand qu'on ne sait plus vivre, quand on ne l'a plus. Il remplissait la vie, sans qu'on y eût pris garde. Il s'en va: la vie est vide. Ce n'est pas seulement l'aimé qu'on a perdu, c'est toute raison d'aimer, toute raison d'avoir aimé. Pourquoi a-t-il vécu? Pourquoi a-t-on vécu?...
Le coup de cette mort était d'autant plus terrible pour Christophe qu'elle le frappait à un moment où son être se trouvait déjà secrètement ébranlé. Il est, dans la vie, des âges où s'opère, au fond de l'organisme, un sourd travail de transformation; alors, le corps et l'âme sont plus livrés aux atteintes du dehors; l'esprit se sent affaibli, une tristesse vague le mine, une satiété des choses, un détachement de ce qu'on a fait, une incapacité de voir encore ce qu'on pourra faire d'autre. Aux âges où se produisent ces crises, la plupart des hommes sont liés par les devoirs domestiques: sauvegarde pour eux, qui leur enlève, il est vrai, la liberté d'esprit nécessaire pour se juger, s'orienter, se refaire une forte vie nouvelle. Que de tristesses cachées, que d'amers dégoûts!... Marche! Marche! Il te faut passer outre... La tâche obligée, le souci de la famille dont on est responsable, tiennent l'homme ainsi qu'un cheval qui dort debout et continue d'avancer, harassé, entre les brancards.—Mais l'homme tout à fait libre n'a rien qui le soutienne, à ces heures de néant, et qui le force à marcher. Il va, par habitude; il ne sait où il va. Ses forces sont troublées, sa conscience obscurcie. Malheur à lui si, dans ce moment où il est assoupi, un coup de tonnerre vient interrompre sa marche de somnambule! Il s'écroule...
Quelques lettres de Paris, qui finirent par le joindre, arrachèrent pour un instant Christophe à son apathie désespérée. Elles venaient de Cécile et de madame Arnaud. Elles lui apportaient des consolations. Pauvres consolations! Consolations inutiles.... Ceux qui parlent sur la douleur ne sont pas ceux qui souffrent.... Elles lui apportaient surtout un écho de la voix disparue... Il n'eut pas le courage de répondre; et les lettres se turent. Dans son abattement, il cherchait à effacer sa trace. Disparaître... La douleur est injuste: tous ceux qu'il avait aimés n'existaient plus pour lui. Un seul être existait: celui qui n'existait plus. Pendant des semaines, il s'acharna à le faire revivre; il conversait avec lui; il lui écrivait:
—«Mon âme, je n'ai pas reçu ta lettre aujourd'hui. Où es-tu? Reviens, reviens, parle-moi, écris-moi!...»
Mais la nuit, malgré ses efforts, il ne parvenait pas à le revoir en rêve. On rêve peu à ceux qu'on a perdus, tant que leur perte nous déchire. Ils reparaissent plus tard, quand l'oubli vient.
Cependant, la vie du dehors s'infiltrait peu à peu dans ce tombeau de l'âme. Christophe commença par réentendre les divers bruits de la maison et s'y intéresser sans qu'il s'en aperçût. Il sut à quelle heure la porte s'ouvrait et se fermait, combien de fois dans la journée, et de quelles façons différentes, suivant les visiteurs. Il connut le pas de Braun; il s'imaginait voir le docteur, au retour de ses visites, arrêté dans le vestibule, et accrochant son chapeau et son manteau, toujours de la même manière méticuleuse et maniaque. Et lorsqu'un des bruits accoutumés cessait de se faire entendre dans l'ordre prévu, il cherchait malgré lui la raison du changement. À table, il se mit à écouter machinalement la conversation. Il s'aperçut que Braun parlait presque toujours seul. Sa femme ne lui faisait que de brèves répliques. Braun n'était pas troublé du manque d'interlocuteurs; il racontait, avec une bonhomie bavarde, les visites qu'il venait de faire et les commérages recueillis. Il arriva que Christophe le regardât, tandis que Braun parlait; Braun en était tout heureux, il s'ingéniait à l'intéresser.
Christophe tâcha de se reprendre à la vie... Quelle fatigue! Il se sentait vieux, vieux comme le monde!... Le matin, quand il se levait, quand il se voyait dans la glace, il était las de son corps, de ses gestes, de sa forme stupide. Se lever, s'habiller, pourquoi?... Il fit d'immenses efforts pour travailler: c'était à vomir! À quoi bon créer, puisque tout est destiné au néant? La musique lui était devenue impossible. On ne juge bien de l'art—(comme du reste)—que par le malheur. Le malheur est la pierre de touche. Alors seulement, on connaît ceux qui traversent les siècles, les plus forts que la mort. Bien peu résistent. On est frappé de la médiocrité de certaines âmes sur lesquelles on comptait—(des artistes qu'on aimait, des amis dans la vie).—Qui surnage? Que la beauté du monde sonne creux sous le doigt de la douleur!
Mais la douleur se lasse, et sa main s'engourdit. Les nerfs de Christophe se détendaient. Il dormait, dormait sans cesse. On eût dit qu'il ne parviendrait jamais à assouvir cette faim de dormir.
Et une nuit enfin, il eut un sommeil si profond qu'il ne s'éveilla que dans l'après-midi suivante. La maison était déserte. Braun et sa femme étaient sortis. La fenêtre était ouverte, l'air lumineux riait. Christophe se sentait déchargé d'un poids écrasant. Il se leva et descendit au jardin. Un rectangle étroit, enfermé dans de hauts murs, à l'aspect de couvent. Quelques allées sablées, entre des carrés de gazon et de fleurs bourgeoises; un berceau où s'enroulaient une treille et des roses. Un filet d'eau minuscule s'égouttait d'une grotte en rocaille; un acacia adossé au mur penchait ses branches odorantes sur le jardin voisin. Par delà s'élevait la vieille tour de l'église, en grès rouge. Il était quatre heures du soir. Le jardin se trouvait déjà dans l'ombre. Le soleil baignait encore la cime de l'arbre et le clocher rouge. Christophe s'assit sous la tonnelle, le dos tourné au mur, la tête renversée en arrière, regardant le ciel limpide parmi les entrelacs de la vigne et des roses. Il lui semblait s'éveiller d'un cauchemar. Un silence immobile régnait. Au-dessus de sa tête, une liane de roses languissamment pendait. Soudain, la plus belle s'effeuilla, expira; la neige de ses pétales se répandit dans l'air. C'était comme une belle vie innocente qui mourait. Si simplement!... Dans l'esprit de Christophe, cela prit une signification d'une douceur déchirante. Il suffoqua; et, se cachant la figure dans ses mains, il sanglota...
Les cloches de la tour sonnèrent. D'une église à l'autre, d'autres voix répondirent... Christophe n'eut pas conscience du temps qui s'écoula. Quand il releva la tête, les cloches s'étaient tues, le soleil avait disparu. Christophe était soulagé par ses larmes; son esprit était lavé. Il écoutait en lui sourdre un filet de musique, et regardait le fin croissant de lune glisser dans le ciel du soir. Un bruit de pas qui rentraient l'éveilla. Il remonta dans sa chambre, s'enferma à double tour, et il laissa couler la fontaine de musique. Braun l'appela pour dîner, il frappa à la porte, il essaya d'ouvrir: Christophe ne répondit pas. Braun, inquiet, regarda par la serrure, et se rassura, en voyant Christophe à demi couché sur sa table, au milieu de papiers qu'il noircissait.
Quelques heures après, Christophe, épuisé, descendit, et trouva dans la salle du bas le docteur qui l'attendait patiemment, en lisant. Il l'embrassa, lui demanda pardon de ses façons d'agir depuis son arrivée, et, sans que Braun l'interrogeât, il se mit à lui raconter les dramatiques événements des dernières semaines. Ce fut la seule fois qu'il lui en parla; encore n'était-il pas sûr que Braun eût bien compris: car Christophe discourait sans suite, la nuit était avancée, et malgré sa curiosité, Braun mourait de sommeil. À la fin,—(deux heures sonnaient)—Christophe s'en aperçut. Ils se dirent bonne nuit.
À partir de ce moment, l'existence de Christophe se réorganisa. Il ne se maintint pas dans cet état d'exaltation passagère; il revint à sa tristesse, mais à une tristesse normale, qui ne l'empêchait pas de vivre. Revivre, il le fallait bien! Cet homme qui venait de perdre ce qu'il aimait le plus au monde, cet homme que son chagrin minait, qui portait la mort en lui, avait une telle force de vie, abondante, tyrannique, qu'elle éclatait en ses paroles de deuil, elle rayonnait de ses yeux, de sa bouche, de ses gestes. Mais au cœur de cette force, un ver rongeur s'était logé. Christophe avait des accès de désespoir. C'étaient des élancements. Il était calme, il s'efforçait de lire, ou il se promenait: brusquement, le sourire d'Olivier, son visage las et tendre... Un coup de couteau au cœur... Il chancelait, il portait la main à sa poitrine, en gémissant. Une fois, il était au piano, il jouait une page de Beethoven, avec sa fougue d'autrefois... Tout à coup, il s'arrêtait, il se jetait par terre et, s'enfonçant la figure dans les coussins d'un fauteuil, il criait:
—Mon petit!...
Le pire était l'impression du «déjà vécu»: il l'avait, à chaque pas. Incessamment, il retrouvait les mêmes gestes, les mêmes mots, le retour perpétuel des mêmes expériences. Tout lui était connu, il avait tout prévu. Telle figure qui lui rappelait une figure ancienne allait dire—(il en était sûr d'avance)—disait les mêmes choses qu'il avait entendu dire à l'autre; les êtres analogues passaient par des phases analogues, se heurtaient aux mêmes obstacles, et s'y usaient de même. S'il est vrai que «rien ne lasse de la vie, comme le recommencement de l'amour», combien plus le recommencement de tout! C'était à devenir fou.—Christophe tâchait de n'y pas penser, puisqu'il était nécessaire de n'y pas penser pour vivre, et puisqu'il voulait vivre. Hypocrisie douloureuse, qui ne veut point se connaître, par honte, par piété même, invincible besoin de vivre qui se cache! Sachant qu'il n'est point de consolation, il se crée des consolations. Convaincu que la vie n'a point de raisons d'être, il se forge des raisons de vivre. Il se persuade qu'il faut qu'il vive, alors que personne n'y tient que lui. Au besoin, il inventera que le mort l'encourage à vivre. Et il sait qu'il prête au mort les paroles qu'il veut lui faire dire. Misère!...
Christophe reprit sa route; son pas sembla retrouver l'ancienne assurance; sur sa douleur la porte du cœur se referma; il n'en parlait jamais aux autres; lui-même, il évitait de se trouver seul avec elle: il paraissait calme.
«Les peines vraies, dit Balzac, sont en apparence tranquilles dans le lit profond qu'elles se sont fait, où elles semblent dormir, mais où elles continuent à corroder l'âme.»
Qui eût connu Christophe et l'eût bien observé, allant, venant, causant, faisant de la musique, riant même—(il riait maintenant!)—eût senti qu'il y avait dans cet homme vigoureux, aux yeux brûlants de vie, quelque chose de détruit, au plus profond de la vie.
Du moment qu'il était rivé à la vie, il devait s'assurer les moyens de vivre. Il ne pouvait être question pour lui de quitter la ville. La Suisse était l'abri le plus sûr; et où aurait-il trouvé hospitalité plus dévouée?—Mais son orgueil ne pouvait s'accommoder de l'idée de restera la charge d'un ami. Malgré les protestations de Braun, qui ne voulait rien accepter, il ne fut pas tranquille jusqu'à ce qu'il eût quelques leçons de musique qui lui permissent de payer une pension régulière à ses hôtes. Ce ne fut pas facile. Le bruit de son équipée révolutionnaire s'était répandu; et les familles bourgeoises répugnaient à introduire chez elles un homme qui passait pour dangereux, ou en tout cas pour extraordinaire, par conséquent pour peu «convenable». Cependant, sa renommée musicale et les démarches de Braun réussirent à lui ouvrir l'accès de quatre ou cinq maisons moins timorées, ou plus curieuses, peut-être désireuses par snobisme artistique de se singulariser. Elles ne furent pas les moins attentives à le surveiller et à maintenir entre maître et élèves des distances respectables.
La vie s'arrangea chez Braun sur un plan méthodiquement réglé. Le matin, chacun allait à ses affaires: le docteur à ses visites, Christophe à ses leçons, Mme Braun au marché et à ses œuvres édifiantes. Christophe rentrait vers une heure, d'habitude avant Braun, qui défendait qu'on l'attendît; et il se mettait à table avec la jeune femme. Ce ne lui était point agréable: car elle ne lui était pas sympathique, et il ne trouvait rien à lui dire. Elle ne se donnait aucun mal pour combattre cette impression, dont il était impossible qu'elle n'eût pas conscience; elle ne se mettait en frais ni de toilette, ni d'esprit; jamais elle n'adressait la parole à Christophe, la première. La disgrâce de ses mouvements et de son habillement, sa gaucherie, sa froideur, eussent éloigné tout homme, sensible comme Christophe à la grâce féminine. Quand il se rappelait la spirituelle élégance des Parisiennes, il ne pouvait s'empêcher, en regardant Anna, de penser:
—Comme elle est laide!
Ce n'était pourtant pas juste; et il ne tarda pas à remarquer la beauté de ses cheveux, de ses mains, de sa bouche, de ses yeux,—aux rares instants où il lui arrivait de rencontrer ce regard, qui se dérobait toujours. Mais son jugement n'en était pas modifié. Par politesse, il s'obligeait à lui parler; il cherchait avec peine des sujets de conversation; elle ne l'aidait en rien. Deux ou trois fois, il essaya de l'interroger sur sa ville, sur son mari, sur elle-même: il n'en put rien tirer. Elle répondait des choses banales; elle faisait effort pour sourire; mais cet effort se sentait d'une façon désagréable; son sourire était contraint, sa voix sourde; elle laissait tomber chaque mot; chaque phrase était suivie d'un silence pénible. Christophe finit par lui parler le moins possible; et elle lui en sut gré. C'était un soulagement pour tous deux, quand le docteur rentrait. Il était toujours de bonne humeur, bruyant, affairé, vulgaire, excellent homme. Il mangeait, buvait, parlait, riait abondamment. Avec lui, Anna causait un peu; mais il n'était guère question, dans ce qu'ils disaient ensemble, que des plats qu'on mangeait et du prix de chaque chose. Parfois, Braun s'amusait à la taquiner sur ses œuvres pieuses et les sermons du pasteur. Elle prenait alors un air raide, et se taisait, offensée, jusqu'à la fin du repas. Plus souvent, le docteur racontait ses visites; il se complaisait à décrire certains cas répugnants, avec une joviale minutie qui mettait hors de lui Christophe. Celui-ci jetait sa serviette sur la table, et se levait, avec des grimaces de dégoût, qui faisaient la joie du narrateur. Braun cessait aussitôt, et apaisait son ami, en riant. Au repas suivant, il recommençait. Ces plaisanteries d'hôpital semblaient avoir le don d'égayer l'impassible Anna. Elle sortait de son silence par un rire brusque et nerveux, qui avait quelque chose d'animal. Peut-être n'éprouvait-elle pas moins de dégoût que Christophe pour ce dont elle riait.
L'après-midi, Christophe avait peu d'élèves. Il restait d'ordinaire à la maison, avec Anna, tandis que le docteur sortait. Ils ne se voyaient pas. Chacun travaillait, de son côté. Au début, Braun avait prié Christophe de donner quelques leçons de piano à sa femme: elle était, suivant lui, assez bonne musicienne. Christophe demanda à Anna de lui jouer quelque chose. Elle ne se fit point prier, malgré le déplaisir qu'elle en avait; mais elle y apporta son manque de grâce habituel: elle avait un jeu mécanique, d'une insensibilité inimaginable; toutes les notes étaient égales; nul accent nulle part; ayant à tourner la page, elle s'arrêta froidement au milieu d'une phrase, ne se hâta point, et reprit à la note suivante. Christophe en fut si exaspéré qu'il eut peine à ne pas lui dire une grossièreté; il ne put s'en défendre qu'en sortant avant la fin du morceau. Elle ne s'en troubla point, continua imperturbablement jusqu'à la dernière note, et ne se montra ni mortifiée, ni blessée de cette impolitesse; à peine sembla-t-elle s'en être aperçue. Mais entre eux, il ne fut plus question de musique. Les après-midis où Christophe sortait, il lui arriva, rentrant à l'improviste, de trouver Anna qui étudiait au piano, avec une ténacité glaciale et insipide, répétant cinquante fois sans se lasser la même mesure, et ne s'animant jamais. Jamais elle ne faisait de musique, quand elle savait Christophe à la maison. Elle employait aux soins du ménage tout le temps qu'elle ne consacrait pas à ses occupations religieuses. Elle cousait, recousait; elle surveillait la domestique; elle avait le souci maniaque de l'ordre et de la propreté. Son mari la tenait pour une brave femme, un peu baroque,—«comme toutes les femmes», disait-il,—mais, «comme toutes les femmes», dévouée. Sur ce dernier point Christophe faisait in petto des réserves: cette psychologie lui semblait trop simpliste; mais il se disait qu'après tout, c'était l'affaire de Braun; et il n'y pensait plus.
On se réunissait le soir, après dîner. Braun et Christophe causaient. Anna travaillait. Sur les prières de Braun, Christophe avait consenti à se remettre au piano; et il jouait jusqu'à une heure avancée, dans le grand salon mal éclairé qui donnait sur le jardin. Braun était dans l'extase... Qui ne connaît de ces gens, passionnés pour des œuvres qu'ils ne comprennent point, ou qu'ils comprennent à rebours!—(C'est bien pour cela qu'ils les aiment!)—Christophe ne se fâchait plus; il avait déjà rencontré tant d'imbéciles, dans sa vie! Mais, à certaines exclamations d'un enthousiasme saugrenu, il cessait de jouer et il remontait dans sa chambre. Braun finit par en soupçonner la cause, et il mit une sourdine à ses réflexions. D'ailleurs, son amour pour la musique était vite repu; il n'en pouvait écouter avec attention plus d'un quart d'heure de suite: il prenait son journal, ou bien il somnolait, laissant Christophe tranquille. Anna, assise au fond de la chambre, ne disait mot; elle avait un ouvrage sur les genoux, et semblait travailler; mais ses yeux étaient fixes et ses mains immobiles. Parfois, elle sortait sans bruit au milieu du morceau, et on ne la revoyait plus.
Ainsi passaient les journées. Christophe reprenait ses forces. La bonté lourde, mais affectueuse de Braun, le calme de la maison, la régularité reposante de cette vie domestique, le régime de nourriture singulièrement abondant, à la mode germanique, restauraient son robuste tempérament. La santé physique était rétablie; mais la machine morale était toujours malade. La vigueur renaissante ne faisait qu'accentuer le désarroi de l'esprit, qui ne parvenait pas à retrouver son équilibre, comme une barque mal lestée qui sursaute, au moindre choc.
Son isolement était profond. Il ne pouvait avoir aucune intimité intellectuelle avec Braun. Ses rapports avec Anna se réduisaient presque aux saluts échangés le matin et le soir. Ses relations avec ses élèves étaient plutôt hostiles: car il leur cachait mal que ce qu'ils auraient eu de mieux à faire, c'était de ne plus faire de musique. Il ne connaissait personne. La faute n'en était pas uniquement à lui, qui depuis son deuil se terrait dans son coin. On le tenait à l'écart.
Il était dans une vieille ville, pleine d'intelligence et de force, mais d'orgueil patricien, renfermé en soi et satisfait de soi. Une aristocratie bourgeoise, qui avait le goût du travail et de la haute culture, mais étroite, piétiste, tranquillement convaincue de sa supériorité et de celle de la cité, se complaisait en son isolement familial. D'antiques familles aux vastes ramifications. Chaque famille avait son jour de réunion pour les siens. Pour le reste, elle s'entr'ouvrait à peine. Ces puissantes maisons, aux fortunes séculaires, n'éprouvaient nul besoin de montrer leur richesse. Elles se connaissaient: c'était assez; l'opinion des autres ne comptait point. On voyait des millionnaires, mis comme de petits bourgeois, et parlant leur dialecte rauque aux expressions savoureuses, aller consciencieusement à leur bureau, tous les jours de leur vie, même à l'âge où les plus laborieux s'accordent le droit au repos. Leurs femmes s'enorgueillissaient de leur science domestique. Point de dot donnée aux filles. Les riches laissaient leurs enfants refaire, à leur tour, le dur apprentissage qu'eux-mêmes ils avaient fait. Une stricte économie pour la vie journalière. Mais un emploi très noble de ces grandes fortunes à des collections d'art, à des galeries de tableaux, à des œuvres sociales; des dons énormes et continuels, presque toujours anonymes, pour des fondations charitables, pour l'enrichissement des musées. Un mélange de grandeur et de ridicules, également d'un autre âge. Ce monde, pour qui le reste du monde ne semblait pas exister,—(bien qu'il le connût fort bien, par la pratique des affaires, par ses relations étendues, par les longs et lointains voyages d'études auxquels ils obligeaient leurs fils),—ce monde, pour qui une grande renommée, une célébrité étrangère, ne comptait qu'à partir du jour où elle s'était fait accueillir et reconnaître par lui,—exerçait sur lui-même la plus rigoureuse des disciplines. Tous se tenaient, et tous se surveillaient. Il en était résulté une conscience collective qui recouvrait les différences individuelles,—plus accusées qu'ailleurs entre ces rudes personnalités,—sous le voile de l'uniformité religieuse et morale. Tout le monde pratiquait, tout le monde croyait. Pas un n'avait un doute, ou n'en voulait convenir. Impossible de se rendre compte de ce qui se passait au fond de ces âmes qui se fermaient d'autant plus hermétiquement aux regards qu'elles se savaient environnées d'une surveillance étroite, et que chacun s'arrogeait le droit de regarder dans la conscience d'autrui. On disait que même ceux qui étaient sortis du pays et se croyaient affranchis,—aussitôt qu'ils y remettaient les pieds, étaient ressaisis par les traditions, les habitudes, l'atmosphère de la ville: les plus incroyants étaient aussitôt contraints de pratiquer et de croire. Ne pas croire leur eût semblé contre nature. Ne pas croire était d'une classe inférieure, qui avait de mauvaises manières. Il n'était pas admis qu'un homme de leur monde se dérobât aux devoirs religieux. Qui ne pratiquait pas se mettait en dehors de sa classe et n'y était plus reçu.
Le poids de cette discipline n'avait pas encore paru suffisant. Ces hommes ne se trouvaient pas assez liés dans leur caste. À l'intérieur de ce grand Verein, ils avaient formé une multitude de petits Vereine, afin de se ligoter tout à fait. On en comptait plusieurs centaines; et leur nombre augmentait, chaque année. Il y en avait pour tout: pour la philanthropie, pour les œuvres pieuses, pour les œuvres commerciales, pour les œuvres pieuses et commerciales à la fois, pour les arts, pour les sciences, pour le chant, la musique, pour les exercices spirituels, pour les exercices physiques, pour se réunir, tout simplement, pour se divertir ensemble; il y avait des Vereine de quartiers, de corporations; il y en avait pour ceux qui avaient le même état, le même chiffre de fortune, qui pesaient le même poids, qui portaient le même prénom. On disait qu'on avait voulu former un Verein des Vereinlosen (de ceux qui n'appartenaient à aucun Verein): on n'en avait pas trouvé douze.
Sous ce triple corset, de la ville, de la caste, et de l'association, l'âme était ficelée. Une contrainte cachée comprimait les caractères. La plupart y étaient faits depuis l'enfance,—depuis des siècles; et ils la trouvaient saine; ils eussent jugé malséant et malsain de se passer de corset. À voir leur sourire satisfait, nul ne se fût douté de la gêne qu'ils pouvaient éprouver. Mais la nature prenait sa revanche. De loin en loin, sortait de là quelque individualité révoltée, un vigoureux artiste ou un penseur sans frein, qui brisait brutalement ses liens et qui donnait du fil à retordre aux gardiens de la cité. Ils étaient si intelligents que, quand le révolté n'avait pas été étouffé dans l'œuf, quand il était le plus fort, jamais ils ne s'obstinaient à le combattre:—(le combat eût risqué d'amener des éclats scandaleux):—ils l'accaparaient. Peintre, ils le mettaient au musée; penseur, dans les bibliothèques. Il avait beau s'époumoner à dire des énormités: ils affectaient de ne pas l'entendre. En vain, protestait-il de son indépendance: ils se l'incorporaient. Ainsi, l'effet du poison était neutralisé: c'était le traitement par l'homéopathie.—Mais ces cas étaient rares, la plupart des révoltes n'arrivaient pas au jour. Ces paisibles maisons renfermaient des tragédies inconnues. Il arrivait qu'un de leurs hôtes s'en allât, de son pas tranquille, sans explication, se jeter dans le fleuve. Ou bien l'on s'enfermait pour six mois, on enfermait sa femme dans une maison de santé, afin de se curer l'esprit. On en parlait sans gêne, comme d'une chose naturelle, avec cette placidité qui était un des beaux traits de la ville, et qu'on savait garder vis-à-vis de la souffrance et de la mort.
Cette solide bourgeoisie, sévère pour elle-même parce qu'elle savait son prix, l'était moins pour les autres parce qu'elle les estimait moins. À l'égard des étrangers qui séjournaient dans la ville, comme Christophe, des professeurs allemands, des réfugiés politiques, elle se montrait même assez libérale: car ils lui étaient indifférents. Au reste, elle aimait l'intelligence. Les idées avancées ne l'inquiétaient point: elle savait que sur ses fils elles resteraient sans effet. Elle témoignait à ses hôtes une bonhomie glacée, qui les tenait à distance.
Christophe n'avait pas besoin qu'on insistât. Il se trouvait dans un état de sensibilité frémissante, où son cœur était à nu: il n'était que trop disposé à voir partout l'égoïsme, l'indifférence, et à se replier sur soi.
De plus, la clientèle de Braun, le cercle fort restreint, auquel appartenait sa femme, faisaient partie d'un petit monde protestant, particulièrement rigoriste. Christophe y était doublement mal vu, comme papiste d'origine et comme incroyant de fait. De son côté, il y trouvait beaucoup de choses qui le choquaient. Il avait beau ne plus croire, il portait la marque séculaire de son catholicisme, moins raisonné que poétique, indulgent à la nature, et qui ne se tourmentait pas tant d'expliquer ou de comprendre que d'aimer ou de n'aimer point; et il portait aussi les habitudes de liberté intellectuelle et morale, qu'il avait sans le savoir ramassées à Paris. Il devait fatalement se heurter à ce petit monde piétiste, où s'accusaient avec exagération les défauts d'esprit du calvinisme; un rationalisme religieux, qui coupait les ailes de la foi, et la laissait ensuite suspendue sur l'abîme: car il partait d'un a priori aussi discutable que tous les mysticismes: ce n'était plus de la poésie, ce n'était pas de la prose, c'était de la poésie mise en prose. Un orgueil intellectuel, une foi absolue, dangereuse, en la raison,—en leur raison. Ils pouvaient ne pas croire à Dieu, ni à l'immortalité; mais ils croyaient à la raison, comme un catholique croit au pape, ou un fétichiste à son idole. Il ne leur venait même pas à l'idée de la discuter. La vie avait beau la contredire, ils eussent nié plutôt la vie. Manque de psychologie, incompréhension de la nature, des forces cachées, des racines de l'être, de «l'Esprit de la Terre». Ils se fabriquaient une vie et des êtres enfantins, simplifiés, schématiques. Certains d'entre eux étaient gens instruits et pratiques; ils avaient beaucoup lu, beaucoup vu. Mais ils ne voyaient, ni ne lisaient aucune chose comme elle était; ils s'en faisaient des réductions abstraites. Ils étaient pauvres de sang; ils avaient de hautes qualités morales; mais ils n'étaient pas assez humains: et c'est le péché suprême. Leur pureté de cœur, très réelle souvent, noble et naïve, parfois comique, devenait malheureusement, en certains cas, tragique; elle les menait à la dureté vis-à-vis des autres, à une inhumanité tranquille, sans colère, sûre de soi, qui effarait. Comment eussent-ils hésité? N'avaient-ils pas la vérité, le droit, la vertu avec eux? N'en recevaient-ils pas la révélation directe de leur sainte raison? La raison est un soleil dur; il éclaire, mais il aveugle. Dans cette lumière sèche, sans vapeurs et sans ombres, les âmes poussent décolorées, le sang de leur cœur est bu.
Or, si quelque chose était en ce moment, pour Christophe, vide de sens, c'était la raison. Ce soleil-là n'éclairait, à ses yeux, que les parois de l'abîme, sans lui montrer les moyens d'en sortir, sans même lui permettre d'en mesurer le fond.
Quant au monde artistique, Christophe avait peu l'occasion et encore moins le désir de frayer avec lui. Les musiciens étaient en général d'honnêtes conservateurs de l'époque néo-schumannienne et «brahmine», contre laquelle Christophe avait jadis rompu des lances. Deux faisaient exception: l'organiste Krebs, qui tenait une confiserie renommée, brave homme, bon musicien, qui l'eût été davantage si, pour reprendre le mot d'un de ses compatriotes, «il n'eût été assis sur un Pégase auquel il donnait trop d'avoine»,—et un jeune compositeur juif, talent original, plein de sève vigoureuse et trouble, qui faisait le commerce d'articles suisses: sculptures en bois, chalets et ours de Berne. Plus indépendants que les autres, sans doute parce qu'ils ne faisaient pas de leur art un métier, ils eussent été bien aises de se rapprocher de Christophe; et, en un autre temps, Christophe eût été curieux de les connaître; mais à ce moment de sa vie, toute curiosité artistique et humaine était émoussée en lui; il sentait plus ce qui le séparait des hommes que ce qui l'unissait à eux.
Son seul ami, le confident de ses pensées, était le fleuve qui traversait la ville,—le même fleuve puissant et paternel, qui là-haut, dans le nord, baignait sa ville natale. Christophe retrouvait auprès de lui les souvenirs de ses rêves d'enfance... Mais dans le deuil qui l'enveloppait, ils prenaient, comme le Rhin, une teinte funèbre. À la tombée du jour, appuyé sur le parapet d'un quai, il regardait le fleuve fiévreux, cette masse en fusion, lourde, opaque, et hâtive, qui était toujours passée, où l'on ne distinguait rien que de grands crêpes mouvants, des milliers de ruisseaux, e courants, de tourbillons, qui se dessinaient, s'effaçaient; tel, un chaos d'images dans une pensée hallucinée; éternellement, elles s'ébauchent, et se fondent éternellement. Sur ce songe crépusculaire glissaient comme des cercueils des bacs fantomatiques, sans une forme humaine. La nuit s'épaississait. Le fleuve devenait de bronze. Les lumières de la rive faisaient luire son armure d'un noir d'encre, qui jetait des éclairs sombres. Reflets cuivrés du gaz, reflets lunaires des fanaux électriques, reflets sanglants des bougies derrière les vitres des maisons. Le murmure du fleuve remplissait les ténèbres. Éternel bruissement, plus triste que la mer, par sa monotonie...
Christophe aspirait, des heures, ce chant de mort et d'ennui. Il avait peine à s'en arracher; il remontait ensuite au logis par les ruelles escarpées aux marches rouges, usées dans le milieu; le corps et l'âme accablés, il s'accrochait aux rampes de fer, scellées au mur, luisantes, qu'éclairait le réverbère d'en haut sur la place déserte devant l'église vêtue de nuit...
Il ne comprenait plus pourquoi les hommes vivaient. Quand il se souvenait des luttes dont il avait été le témoin, il admirait amèrement cette humanité avec sa foi chevillée au corps. Les idées succédaient aux idées opposées, les réactions aux actions:—démocratie, aristocratie; socialisme, individualisme; romantisme, classicisme; progrès, tradition;—et ainsi, pour l'éternité. Chaque génération nouvelle, brûlée en moins de dix ans, croyait avec le même entrain être seule arrivée au faîte, et faisait dégringoler ses prédécesseurs, à coups de pierres; elle s'agitait, criait, se décernait le pouvoir et la gloire, dégringolait sous les pierres des nouveaux arrivants, disparaissait. À qui le tour?...
La création musicale n'était plus un refuge pour Christophe; elle était intermittente, désordonnée, sans but. Écrire? Pour qui écrire? Pour les hommes? Il passait par une crise de misanthropie aiguë. Pour lui? Il sentait trop la vanité de l'art, incapable de combler le vide de la mort. Seule, sa force aveugle le soulevait, par instants, d'une aile violente, et retombait, brisée. Il était une nuée d'orage qui gronde dans les ténèbres. Olivier disparu, rien ne restait,—rien. Il s'acharnait contre tout ce qui avait rempli sa vie, contre les sentiments, contre les pensées qu'il avait cru partager avec le reste de l'humanité. Il lui semblait aujourd'hui qu'il avait été le jouet d'une illusion: toute la vie sociale reposait sur un immense malentendu, dont le langage était la source... Tu crois que ta pensée peut communiquer avec les autres pensées? Il n'y a de rapports qu'entre des mots. Tu dis et tu écoutes des mots; pas un mot n'a le même sens dans deux bouches différentes. Et ce n'est rien encore: pas un mot, pas un seul, n'a tout son sens dans la vie. Les mots débordent la réalité vécue. Tu dis: amour et haine... Il n'y a pas d'amour, pas de haine, pas d'amis, pas d'ennemis, pas de foi, pas de passion, pas de bien, pas de mal. Il n'y a que de froids reflets de ces lumières qui tombent de soleils morts depuis des siècles... Des amis? Il ne manque pas de gens qui revendiquent ce nom!... Quelle fade réalité! Qu'est-ce que leur amitié, qu'est-ce que l'amitié, au sens du monde ordinaire? Combien de minutes de sa vie celui qui se croit un ami donne-t-il au pâle souvenir de l'ami? Que lui sacrifierait-il, non pas même de son nécessaire, mais de son superflu, de son oisiveté, de son ennui? Qu'ai-je sacrifié à Olivier?—(Car Christophe ne s'exceptait point, il exceptait Olivier seul du néant où il englobait tous les êtres humains.)—L'art n'est pas plus vrai que l'amour. Quelle place tient-il réellement dans la vie? De quel amour l'aiment-ils, ceux qui s'en disent épris?... La pauvreté des sentiments humains est inconcevable. En dehors de l'instinct de l'espèce, de cette force cosmique, qui est le levier du monde, rien n'existe qu'une poussière d'émotions. La plupart des hommes n'ont pas assez de vie pour se donner tout entiers dans aucune passion. Ils s'économisent, avec une prudente ladrerie. Ils sont de tout, un peu, et ne sont tout à fait de rien. Celui qui se donne sans compter, dans tout ce qu'il fait, dans tout ce qu'il souffre, dans tout ce qu'il aime, dans tout ce qu'il hait, celui-là est un prodige, le plus grand qu'il soit accordé de rencontrer sur terre. La passion est comme le génie: un miracle. Autant dire qu'elle n'existe pas!....
Ainsi pensait Christophe; et la vie s'apprêtait à lui infliger un terrible démenti. Le miracle est partout, comme le feu dans la pierre: un choc le fait jaillir. Nous ne soupçonnons pas les démons qui dorment en nous...
... Pero non mi destar, deh! parla basso!...
Un soir que Christophe improvisait, au piano, Anna se leva et sortit, comme elle faisait souvent, lorsque Christophe jouait. Il semblait que la musique l'ennuyât. Christophe n'y prenait plus garde: il était indifférent à ce qu'elle pouvait penser. Il continua de jouer; puis, des idées lui venant qu'il désirait noter, il s'interrompit et courut chercher dans sa chambre les papiers dont il avait besoin. Comme il ouvrait la porte de la pièce voisine et, tête baissée, se jetait dans l'obscurité, il se heurta violemment contre un corps immobile et debout, à l'entrée. Anna... Le choc et la surprise arrachèrent un cri à la jeune femme. Christophe, craignant de lui avoir fait mal, lui prit affectueusement les deux mains. Les mains étaient glacées. Elle semblait grelotter,—sans doute de saisissement? Elle murmura une explication vague:
—Je cherchais dans la salle à manger...
「一人でいたいんだね。どうしてだい。いやそうだろう。静かにしてるがいいよ。休息したまえ。口をきかないでいたまえ。食事をもって来させよう。だれもなんとも言わないよ。」
しかし彼は簡単に切り上げることができなかった。いつまでもくどくどと言い聞かしたあとで、大きな靴の爪先で床をきしらしながら出て行った。クリストフはまた一人きりになって、死のごとき疲労の中に沈み込んだ。考えは苦悩の霧の中にぼかされていた。彼は一生懸命に会得しようとつとめた……。「なにゆえに自分は彼を知ったのか? なにゆえに自分は彼を愛したのか? アントアネットが身を犠牲にしたのがなんの役に立ったか? あれらの生活、あれらの時代――かくも多くの困難と希望――彼の生に到達してそれとともに空虚に没してしまったもの、それらにいかなる意義があったのか?」……生の無意義さ。死の無意義さ。一人の者が消し去られ、一族の者全部が消滅して、そのあとにはなんらの痕跡も残らない。嫌悪すべきか滑稽視すべきかもわからない。害悪な笑いが、憎悪と絶望との笑いが、クリストフを襲ってきた。かかる苦悶の無力さとかかる無力さの苦悶とに、彼は打ち負けてしまった。彼の心は紛砕された……。
医師ブラウンが往診に出かける足音のほか、家の中にはなんの音も聞こえなかった。クリストフは時間の観念を失ってしまった。そこへアンナが現われた。盆に食事をもってきていた。彼はただ彼女をながめたきりで、礼を言うための身振りもしなければ唇さえ動かさなかった。しかし何にも見てないような彼のすわった眼の中には、その若い女の面影が写真のようにはっきりと刻み込まれた。ずっとあとになって彼女をもっとよく知ったときも、やはり彼はそういうふうにして彼女を見たのだった。新しい種々の面影もその第一の記憶を消すにいたらなかったのである。彼女は重々しい束髪に結えた濃い髪をもち、額は出ており、頬は広く、鼻は短くまっすぐで、眼はしつっこく俯向きがちであって、もし他人の眼に出会うと、温情のないあまり打ち解けない表情でそらされ、唇はやや厚くてきっと結ばれており、その様子が意固地でほとんど頑固とも言えるほどだった。背が高く、頑健でいい姿らしかったが、きちっと着物の中に堅くなって、動作が硬ばっていた。彼女は音もたてず口も利かずに歩いてき、寝台のそばのテーブルに盆を置き、腕を身体にくっつけ俯向きがちにして出て行った。彼女のそういう奇体なやや滑稽な出現を、クリストフは別に驚こうともしなかった。彼は食事には手もつけずに、なお無言のうちに苦しみつづけた。
昼間は過ぎた。晩になった。ふたたびアンナが新しい料理を運んで来た。朝もって来た食事に手もつけてないのを見たが、なんとも言わずにそれを下げていった。病人に向かってすべて女が本能的に言いかけるやさしい言葉を、彼女は一つも発しなかった。彼女にとってはクリストフは存在していないかのようだった。あるいは、彼女自身もほとんど存在していないかのようだった。クリストフもこんどはじれてきて、彼女の無器用な取り澄ました動作を一々見守りながら、ひそかな敵意を覚えさせられた。それでも彼は、彼女が口をきこうとしないのがありがたかった。――彼女の出て行ったあとで医師がやって来ると、なおいっそうそれがありがたく思えた。医師はクリストフが初めの食事に手をつけなかったのに気づいたのだった。彼女が無理にも食べさせなかったことを怒って、こんどは自分でぜひとも食べさせようとした。クリストフは静穏を欲して、牛乳を少し飲みくだした。それから彼のほうへ背を向けた。
二日目の夜は最初の夜より穏やかだった。重い眠りがクリストフを虚無のうちに連れ去った。もう呪わしい生の跡方もなかった。――しかし眼覚めはいっそう息苦しいものだった。彼はあの因果な一日のことを、オリヴィエが外出を嫌がったことや帰ろうと切願したことなど、すべてのことを詳細に思い出した。そして絶望の念をもってみずから言った。
「彼を殺したのは自分だ……。」
一人でじっと室に閉じこもっていると、獰猛な眼をしたスフィンクスの爪に引っつかまれ、その死骸の息吹きとともに、眼がくらむような問いを真正面に吹きかけられた。それを堪え得ないで、彼は熱に浮かされたように立ち上がった。室の外にたどり出で、階段を降りていった。他人にすがりつきたい本能的な臆病な要求に駆られていた。しかも、もし見知らぬ声を聞いたらすぐに逃げ出したかもしれなかった。
ブラウンは食堂にいた。例のとおり大袈裟な友情を示しながらクリストフを迎えた。そしてすぐにパリーでの出来事を尋ね始めた。クリストフは彼の腕をとらえた。
「いや、」と彼は言った、「何にも尋ねないでくれたまえ。あとのことにして……。悪く思っちゃいけないよ。僕は今話せないんだ。たまらなく疲れてる、疲れきってるんだ……。」
「わかってるよ、わかってるよ。」とブラウンはやさしく言った、「神経が痛められてるんだ。数日前からの感動のせいだ。話さないがいい。何にも遠慮しちゃいけない。勝手にしていたまえ。自分の家同様だ。少しも差し出がましいことはしないようにするよ。」
彼はその言葉を守った。客を疲らすまいとして、平素とまったく反対の振る舞いをした。クリストフの前では妻ともろくに話をしなくなった。小声で口をきき爪立って歩いた。家じゅうがひっそりしてしまった。クリストフは、そのわざわざ声をひそめた沈黙が気にさわって、やはり今までどおりの暮らし方をしてくれとブラウンに願わなければならなかった。
それからあとは、もうだれもクリストフに構わなかった。クリストフは室の片隅に幾時間もすわっていたり、あるいは家の中を歩き回ったりして、あたかも夢みてる人のようだった。何を考えていたのか? 自分でもそれを言い得なかったであろう。苦しむだけの力さえももうほとんどもっていなかった。困憊の極に達していた。心の干乾びたことが恐ろしかった。彼はただ一つの願望しかもっていなかった、すなわち、彼といっしょに埋められ、すべてが終わること。――一度彼は庭の扉が開いてるのを見て、外に出てみた。しかし外光の中に出ると非常に苦しい心地がして、急いで家の中にもどり、雨戸を閉ざして室に蟄居した。晴天の日を彼は苦にした。太陽の光をきらった。自然の荒々しい晴朗さに圧倒された。食卓では、ブラウンが勧めてくれるものを黙って食べ、眼をテーブルの上に伏せて口をつぐんでいた。ブラウンはある日客間で、彼にピアノを指し示した。彼はぞっとしてピアノから顔をそむけた。あらゆる音が忌まわしかった。沈黙、沈黙、そして闇夜!……彼のうちにはもはや、空虚と空虚の欲求としかなかった。生の喜びは終わりを告げ、昔歌いながら勢いにかられて舞い上がっていたあの力強い歓喜の小鳥は、もう終わりを告げていた。幾日も自分の室の中にすわって、自分の生について感ずるものはただ、頭の中に響いてるように思われる隣室の掛時計の跛の音のみだった。それでも、歓喜の粗野な小鳥はまだ彼のうちにいて、突然に飛びたっては籠の格子にぶつかっていた。そして魂の底には、恐ろしい苦悩の騒擾が起こった――「広漠たる人なき空間にただ一人いる悩みの叫び」が……。
世にもっとも悲惨なのは、ほとんど一人の伴侶もいないということである。女の道連れや一時の友などはあり得る。友というりっぱな名前をもってる者はたくさんある。しかし実際においては、生涯にほとんど一人の友しかいないものである。そしてそういう友をもってる者もきわめてまれである。しかし友をもってる幸福は非常に大きいので、その友がいなくなるともう生きられない。人の気づかぬうちに友は生活を満たしている。そして彼が世を去ってしまうと、生活は空虚になる。そのとき人が失うものは、ただに愛した友をばかりでなく、愛するすべての理由をであり、愛したすべての理由をである。なんのために友は生きたのか? なんのために自分は生きたのか?……
友の死の打撃がクリストフにとってさらにひどかったのは、彼自身がすでにそれとなく動揺してる時期にそれを受けたからだった。彼はちょうど、身体組織の底である暗黙な変化作用が起こる年齢にあった。そういう時期においては、心身ともに外界からそこなわれやすい。精神は弱々しくなった気がして、漠然たる悲哀、事物に飽満した倦怠、自分のなした事柄にたいする厭気、他の事をなし得るや否やまだ見きわめのつかない不安、などから苦しめられる。そういう危機が起こる年齢においては、大部分の人は家庭的義務に縛られる。それこそ彼らにとっては保護者であって、かつ、批判し方向を定め新しい強い生活を立て直すために必要な精神の自由を、彼らから奪ってしまうことも事実である。いかに多くの隠れたる悲哀や苦々しい嫌悪があることぞ!……ただ進め、進め! 通り越さなければいけないのだ!……強いられたる仕事、責任ある家庭の心づかいは、人を引っとらえて、轅の間につながれて疲れきりながらも、立ったまま眠って進みつづける馬のようになす。――しかしまったく自由な人は、そういう空虚なときに自分を支持してくれ強いて進ましてくれるべきものを、何ももっていない。彼はただ習慣によって歩いてゆく。どこへ行ってよいかわからない。力は乱され、意識は暗くなる。気が茫としてるそういうおりに、一撃の雷電が彼の夢遊病的歩行を中止させるならば、彼にとっては災いなるかな! 彼は崩壊するばかりである……。
パリーからの数通の手紙がようやく届いて、一時クリストフはその絶望的無感覚の状態から脱した。セシルやアルノー夫人から来た手紙で、彼に慰安の言葉をもたらした。憐れむべき慰安、無益なる慰安……。苦悶について語る者はみずから苦悶してる者ではない……。それらの手紙は彼へ、亡き友の声の反響をことにもたらした……。彼には答える勇気がなかった。そして手紙はそれきり来なかった。彼は喪心のあまり、自分の痕跡を消し去ろうとつとめた。消え失せることだ……。苦悩は一人勝手なものである。愛していた人々もすべて、彼にとってはもう存在していなかった。ただ一人の者が存在してるのみだった、もう世にない一人の者が。幾週間もの間、彼はその一人を生き返らせようと熱中した。彼はその一人と話をし、その一人に手紙を書いた。
――わが魂である君よ、今日は君の手紙が来ない。君はどこにいるのか。もどって来てくれ、もどって来てくれ、僕に言葉をかけてくれ、僕に手紙をくれたまえ!……
しかし夜になっても、いくら努力をしても、彼はその人を夢にみることができなかった。およそ亡き人々は、悲嘆されてる間は夢に現われて来ることが少ない。あとになって忘却されるおりにふたたび現われてくるものである。
そのうちに外部の生活が、墓のごときクリストフの魂の中にしだいにはいり込んできた。彼は家の中の種々の物音を繰り返し耳にするようになり、みずから知らずしてそれに興味を覚え始めた。何時ごろ、そして日に幾度、そして客の種類に応じてどういうふうに、扉が開いたり閉まったりするかを、彼は知った。ブラウンの足音を、彼は覚えた。ブラウンが往診から帰って来、玄関に立ち止まって、いつも同じ癖の細心なやり方で、帽子や外套をかけてる様子を、彼は想像に浮かべた。そしてそれらの聞き馴れた物音の一つが、予想どおりの段取で聞こえないおりには、彼は我にもなくその変化の理由を考えた。食卓では、機械的に会話に耳をかし始めた。ブラウンがほとんどいつも一人で話してることに気づいた。細君は短い返辞をするきりだった。しかしブラウンは相手がなくとも困りはしなかった。人のよい饒舌さで、自分の訪問や聞き込んだ噂などを話した。クリストフはしゃべってるブラウンの顔をながめることがあった。ブラウンはそれにすっかりうれしくなって、彼の興味をひこうとくふうした。
クリストフはふたたび生きようと努めた……。がなんという疲労だったろう! いかにも老い込んだ心地がし、世界と同様に年老いた心地がしていた……。朝起きると、鏡を見ると、自分の身体や身振りや馬鹿げた格好に飽き飽きした。起き上がったり着物をつけたりするのは、なんのためなのか?……仕事をするのは非常に骨が折れた。胸がむかつくほどだった。すべて空に帰する以上は、創作したってなんの役にたとう? 彼は音楽にももう堪えがたくなっていた。人は芸術を――(またその他のものをも)――ただ不幸によってのみほんとうに判じ得るのである。不幸こそ試金石である。幾世紀をも通り越す人々、死よりもさらに強い人々は、ただ不幸のうちにおいてのみ知らるる。不幸に拮抗し得る者はきわめて少ない。自分の信頼してる魂が――(愛する芸術家や畢世の友が)――いかに凡庸であるかに人は驚かされる。――だれが残存し得るか? 世界の美も苦悩の指でたたかれると、いかに空ろな音をたてることぞ!
しかしやがては苦悩も疲れ、その手は麻痺してくる。クリストフの神経はゆるんできた。彼はたえず眠りつづけた。その睡眠の飢えはいつまでも満たされそうにないかと思われた。
ついにある夜彼は非常に深い眠りに陥って、翌日の午後になってようやく眼を覚ました。家は寂然としていた。ブラウンは夫妻とも外出していた。窓が開いていて、輝かしい空気が笑っていた。クリストフは堪えがたい重荷をおろした心地だった。立ち上がって庭に降りた。修道院めいた高い壁に囲まれてる狭い方形の庭だった。芝生や平凡な花の植わってる桝形の間に砂の小径がついていた。葡萄蔓や薔薇が巻き込まれてる青葉棚が一つあった。一筋の細い水の流れが人造岩の洞穴から流れ出していた。壁に接してる一本のアカシアがその香ばしい枝を隣りの庭の上にたれていた。その方面に赤い砂岩でできた教会堂の古い塔がそびえていた。午後の四時だった。庭はもう影に包まれていた。日の光はまだ樹木の梢と赤い塔とに当たっていた。クリストフは青葉棚の下にすわり、背を壁のほうに向け、頭を後ろにそらして、葡萄蔓と薔薇とのからまってる間から、清澄な空をながめた。悪夢から覚めたような気持だった。そよともしない沈黙がこめていた。頭の上には一蔓の薔薇が懶げにたれ下がっていた。突然、もっとも美しい一輪の薔薇が散り去った。雪白の花弁が空中に散らされた。美しい無垢の生命が死んでゆくのに似ていた。いかにも単純に……! クリストフの精神には、それが悲痛なほどやさしい意義を帯びて映じた。彼は感きわまって、両手に顔を隠しながら咽び泣いた……。
塔の鐘が鳴った。一つの教会堂から他の教会堂へと、音が答え合った……。クリストフは時のたつのを意識しなかった。顔をあげたときには、鐘の音は消え失せ、日は沈んでいた。彼は涙のために心が和らげられていた。精神が洗われたようになっていた。自分のうちに音楽の小さい流れが湧き出るのに耳を傾け、細い三日月が夕空にすべりゆくのをながめた。家へもどってくる人の足音に我に返った。そして自分の室へ上がってゆき、錠をおろして閉じこもり、音楽の泉が流れ出すままに任した。ブラウンは彼を食事に呼びに来て、扉をたたき、開けようとした。クリストフは返辞をしなかった。ブラウンは心配して、扉の鍵穴からのぞいたが、クリストフが書き散らした楽譜の中で机の上に半ば横たわってるのを見て、ようやく安心した。
数時間後に、クリストフは疲れはてて降りてきた。下の広間には、医師のブラウンが書物を読みながら彼を待ち焦がれていた。彼はブラウンを抱擁して、やって来たときからの自分の振る舞いを詫び、そして聞かれない先から、その数週間の劇的事変を語り始めた。彼がブラウンにそんな話をしたのはこのとき一回きりだった。ブラウンがよく理解したろうとは彼も信じかねた。なぜなら、彼は支離滅裂な話し方をしていたし、夜はもう更けていて、ブラウンは好奇心をそそられながらも眠くてたまらながっていた。ついに――(二時が打った)――クリストフもそれに気づいた。二人は寝室に退く挨拶をかわした。
そのときから、クリストフの生活は立て直った。彼は一時の激昂状態の中にとどまってはいなかった。ふたたび自分の悲しみのほうへ心を向けた。しかしその悲しみは普通のものであって、生きるのを妨げるものではなかった。生き返ること、それが彼には必要だったのだ! 世にもっとも愛してるものを失い、悲しみに悶え、自分のうちに死をになってはいたが、それでも彼には、豊富な強暴な生の力があって、それが悲嘆の言葉のうちにも爆発し、眼や口や身振りから輝き出てきた。しかしそういう力の中心には、侵蝕的な蛆虫が住んでいた。クリストフはときどき絶望の発作にかかった。それは急激な疼痛だった。じっと落ち着いて、読書につとめたり、散歩したりしてるうちに、突然、オリヴィエの微笑が、その懶げなやさしい顔が浮かび……心に刃を刺される気がして……彼はよろめき、唸りながら胸を押えた。あるとき、彼はピアノについて、昔のような熱心さで、ベートーヴェンの一節をひいていた……とにわかに、ひくのをやめ、そこに倒れ伏して、肱掛椅子の布団に顔を埋めながら、叫び泣いた。
「ああ、君……。」
もっともいけないのは、「すでに生きた」という印象だった。彼はたえずその印象を受けた。同じ身振り、同じ言葉、同じ経験の不断の反覆を、いつも見出した。彼はすべてのことを知っていたし、すべてのことを予見した。昔のある面影を思い起こさせるような顔だちは、昔彼がその人から聞いたと同じ事柄を、言おうとしていた――(彼は前もってそれを確かに知り得た)――そして実際言っていた。同じような人々は、同じような経過をとって、同じ障害にぶつかり、同じく身を磨りへらしていた。「恋のやり直しほど世に懶きものはない」ということが真であるとするならば、すべてのやり直しはさらにいかほど懶いことであろう! それは人の気を狂わせるようなものだった。――クリストフはそれを考えまいとつとめた。生きるためにはそれを考えないことが必要だったからであり、そして彼は生きたかったからである。それこそ、恥辱の念からまた憐憫の念から自己を知りたがらない痛ましい欺瞞であり、底に隠れてる不可抗な生の欲求である。慰安がないことを知りながら、慰安を創り出す。生には存在理由がないことを知らせられながら、生きる理由をこしらえ出す。自分以外のだれにもかかわりのないときでさえ、自分は生きなければならないと思い込む。必要によっては、死者も自分に生きよと励ましてるのだと想像するだろう。そして実は、言ってもらいたいと思う言葉を死者に無理に押しつけてるのだということを、みずからよく知っているのである。なんたる惨めなことであろう!……
クリストフはまた自分の道を進みだした。彼の足取りは昔の確実さを回復したかのようだった。心の扉は苦悶にたいしてまた閉められた。彼はその苦悶をけっして他人に語らなかった。彼自身も苦悶と差し向かいになることを避けた。彼は落ち着いてるように見えた。
ほんとうの苦しみは、それがみずからこしらえた深い寝床の中に、平静な様子で横たわって、あたかも眠ってるがように見えるけれど、しかしなおそこで、魂を腐蝕しつづけるものである。――とバルザックは言っている。
クリストフをよく知ってる人で、クリストフが行ったり来たり話したり作曲したり笑いまでするのを――(彼は今では笑っていたのである!)――よく観察する者があったならば、この活気に燃えたった眼をしてる強健な男のうちに、その生の奥底に、ある破壊されたものがあることを、感じたであろう。
彼は生に立ち直ってからは、糊口の方法を安全にしなければならなかった。その町を去ることは彼にとって問題であり得なかった。スイスはもっとも安全な避難所だった。そしてまた、どこでこれ以上の親切な待遇を見出し得よう?……しかし彼の自尊心は、友の世話になってるという考えに晏如たることができなかった。ブラウンは言い逆らって、何も受け取ろうとしなかったけれど、彼はある音楽教授の口を見つけて、一定の宿料を払い得るようになるまでは、安心がゆかなかった。それはたやすいことではなかった。彼の革命的暴挙の噂は広まっていた。そして中流人の家庭では、危険人物だとされてる男、もしくは結局並みはずれた人物だとされ、その結果あまり「穏当」でない人物だとされてる男を、家に入れることをいやがった。それでも、彼の音楽上の名声とブラウンの尽力とで、四、五の家庭に近づくことができた。それらの家庭は、さまで小心翼々としてないかあるいはいっそう好奇心に富んでるかしていて、おそらく芸術上の見栄から奇を衒いたがってたのであろう。とは言え、きわめて注意深く彼を監視して、師弟の間に適宜な距離を保たしめていた。
ブラウンの家では、生活が一定の規則正しい方式で整えられた。午前中は各自に自分の仕事にかかった。医師は往珍に出かけ、クリストフは教えに出かけ、ブラウン夫人は買い物や信心深い仕事におもむいた。クリストフはたいていブラウンより先に一時ごろ帰ってきた。ブラウンは自分の帰りを待たせないようにしていた。それで彼は若い夫人といっしょに食卓についた。それはあまり愉快なことではなかった。彼女は彼に同情をもっていなかったし、彼は彼女に何にも話すことがなかった。そういう感じを彼女は意識せざるを得なかったが、しかし少しも打開しようとは骨折らなかった。彼女は化粧にも才知にも気を配らなかった。クリストフへこちらから先に言葉をかけることなんか嘗てなかった。挙動や服装の無作法さ、その無器用さや冷淡さは、クリストフのように女性の優姿に敏感な者を、すべて遠ざけるほどだった。クリストフはパリー婦人の霊妙な優美さを思い起こしては、アンナをながめながら、こう考えずにはいられなかった。
「なんて醜いんだろう!」
でもそれは正当ではなかった。やがて彼は、彼女の髪や手や口の美しさに気づいた――いつもそらされてばかりいる彼女の視線にたまに出会うと、その眼の美しさに気づいた。しかし彼の判断はそのために変わりはしなかった。彼は礼儀上彼女へ強いて話しかけた。話題を見つけるのに骨が折れた。彼女はそれを少しも助けてくれなかった。二、三度彼は、町のことや夫のことや彼女自身のことを尋ねかけてみた。が何にも聞き出し得なかった。彼女はありふれた答えばかりをした。つとめて微笑んでいたが、その努力も不愉快な感じを与えるものだった。微笑は無理なものであり、声は重々しかった。一語一語語尾を切り、一句一句に苦しい沈黙がつづいた。クリストフもついにはできるだけ話しかけなくなった。彼女にはそのほうがありがたかった。医師が帰ってくると二人はほっとした。医師はいつも上機嫌で、騒々しくて、せかせかして、俗っぽくて、好人物だった。盛んに食い飲み語り笑った。彼といっしょだとアンナも少し口をきいた。しかし二人の話はたいていいつも、食べてる料理のことや品物の価のことばかりだった。時とするとブラウンは、彼女の宗教上の仕事や牧師の説教などについて、彼女をからかって面白がった。すると彼女は固苦しい様子をし、食事が済むまでむっつり黙り込んだ。彼はまたしばしば往診の話をした。好んで嫌な患者のことを述べたて、あまり微細にしゃべりたてるので、クリストフは憤慨した。ナプキンを食卓に放り出し、嫌悪の渋面をして立ち上がった。それがブラウンには面白かった。ブラウンはすぐに話しやめて、笑いながらなだめた。がそのつぎの食事のときにもまた話し出した。病気に関するそれらの冗談には、冷然たるアンナを歓ばせる力があるかのようだった。彼女は沈黙を破って、突然神経質に、何かしら動物的な笑いをたてるのだった。おそらく彼女は自分が笑ってる事柄にたいしては、クリストフに劣らぬ嫌悪の情を覚えていたのであろう。
午後は、クリストフにはあまり弟子がなかった。医師は外出したが、彼はたいていアンナとともに家にいた。二人は顔を合わせなかった。各自に仕事をしていた。最初ブラウンは、妻へピアノを少し教えてくれとクリストフに頼んだ。彼に言わすれば、彼女はかなりりっぱな音楽家だった。クリストフはアンナに何かひいてくれと願った。彼女はひきたくなかったけれど、少しも遠慮はしなかった。しかし例のぶっきら棒な調子でやった。機械的なこの上もない無感覚なひき方だった。どの音も同じようだった。どこにも抑揚がなかった。楽譜のページをめくるときには、楽句のまん中であろうと冷やかにひきやめ、少しも急ごうとせず、そしてつぎの音をひきだした。クリストフは腹をたてた。ひどい悪口が出かかってくるのを押えて、曲が終わらないうちに室から逃げ出した。彼女はそれを気にもかけずに、平然と最後の音符までひきつづけた。彼の無礼な仕打ちを恥じても怒ってもいない様子だった。そんなことにはほとんど気づいてもいないらしかった。しかしそれからはもう、二人の間には音楽は問題とならなかった。けれどクリストフが午後に外出して、ふいに帰ってきてみると、アンナが同じ小節を何十回となくあきずに繰り返して、しかもけっして興奮することなしに、無味冷淡な執拗さでピアノを研究してることがあった。彼女はクリストフが家にいるとわかってるときには、けっして音楽をやらなかった。彼女は宗教上の仕事の残りの時間を、すっかり世帯のことに使っていた。着物を縫ったり、縫い直したり、また女中の指図をした。整頓と清潔とに病的なほど気を配った。夫は彼女のことを、ちょっと変な――それも彼の言葉によれば、「あらゆる女と同様に」ちょっと変な善良な女だと思い、「あらゆる女と同様に」忠実な女だと思っていた。この第二の点についてはクリストフはひそかに異義をいだいていた。そういう考え方はあまりに単純なような気がした。しかしそれは要するにブラウンだけに関することだと思って、もう念頭に置かなかった。
晩には、食事のあとで皆集まった。ブラウンとクリストフとは話をした。アンナは仕事をした。ブラウンの頼みで、クリストフはピアノにつくのを承諾した。庭に臨んだ薄暗い大きな客間のほうで、一時過ぎまでひきつづけることもあった。ブラウンは恍惚としていた……。作品を少しも理解せず、あるいは曲解ばかりしてるくせに、それに熱中するような者が世にはたくさんある。――(しかし理解しなかったり曲解したりするからこそ、彼らはその作品を好むのである。)――クリストフはもう腹をたてなかった。彼はすでにこの世で多くの愚人らに出会っていた。しかしある滑稽な感激の声をきくと、彼はひきやめて、なんとも言わずに自分の室へ上がっていった。ブラウンもついにはその訳を知って、自分の考えはいっさい漏らさないことにした。そのうえ、音楽にたいする彼の嗜好はすぐに飽満した。十五分とつづいて注意深く聴くことができなかった。クリストフのほうを抛っておいて、新聞を取り上げたりうとうとしたりした。アンナは室の奥にすわって、一言も口をきかなかった。膝の上に仕事を広げて働いてるふうだった。しかしその眼はすわっており手は動いていなかった。時とすると曲の半ばに音もなく出て行って、ふたたび姿を見せないこともあった。
かくして日々は過ぎていった。クリストフは力を回復した。ブラウンの鈍重ではあるがしかしやさしい親切、家の中の静穏、家庭生活の慰安的な整頓、ゲルマン風のいやに豊富な食物の摂取、などは彼の強健な気質を復旧してくれた。身体の健康は立て直された。しかし精神機能はやはり病弱だった。復活してきた体力は精神の錯乱を募らせるばかりだった。船足のよくとれてない船がわずかな物にぶつかってもぐらつくと同じく、精神は以前のような平衡を保つことができなかった。
彼の孤独は深かった。ブラウンとはなんらの精神的親しみももち得なかった。アンナとの関係はおおよそ朝晩にかわす挨拶くらいなものだった。弟子たちとの間柄はむしろ反目的だった。そんなではもう音楽なんかやらないほうがいいという考えを、彼は弟子たちにあまり隠さなかったからである。また彼にはだれも知人がなかった。それは、友の死以来いつも片隅に引っ込んでる彼の罪ばかりではなかった。人々は彼をのけ者にしていた。
彼が住んでるその古い町は、才知と力とに充ち満ちていたが、また、自分だけのうちに閉じこもって自分に満足してる、貴族的傲慢さにも充ち満ちていた。それは有産的貴族社会であって、仕事にたいして趣味をもち、高尚ではあるがしかし狭い祗虔的な教養をもっていて、自己の卓越と自分の町の卓越とを平然と信じ込んで、家居的な孤立を喜んでいた。広くひろがった分枝をもってる古い家柄があった。そして各家庭には身内の者だけの会合日があった。身内以外の者にたいしてはほとんど門戸を閉ざしていた。古来の財産を有してるそれらの強大な家は、自分の富を人に示す必要を少しも感じなかった。どの家もたがいによく知り合っていて、それで十分だった。他人の意見なんかは物の数でなかった。そこで見かける多くの百万長者らは、小有産者めいた服装をし、風味ある文句をそなえた嗄れた方言を話し、もっとも勤勉な者さえ休息を欲するほどの年齢になってもなお、生きてる限りは毎日、勤直に役所へ通っていた。彼らの細君らは家政の知識を誇っていた。娘らには少しも嫁入り財産を与えなかった。富者らは昔自分がやってきたとおりの辛い丁稚修業を、そのまま子供たちにやらしていた。日常の生活には厳格な倹約が守られていた。しかしそれらの莫大な財産はきわめて高尚に使用されて、芸術品の蒐集や、絵画の陳列や、社会事業などがなされていた。慈善事業の設立や、博物館の補助などに、巨額な継続的な金が、たいていいつも匿名で寄付されていた。どちらも今の時代に見られないほどの偉大さと滑稽さとの混合だった。この世界にとっては、自分以外の世界はまるで存在しないかのようだったし――(とは言え、実際にやってる事業や、広い交渉関係や、息子どもにやらせる長い遠い見学旅行などによって、他の世界のことをよく知ってはいた)――またこの世界にとっては、大なる名声も、他国における高名も、自分でそれを迎え認めるまでは、まったく物の数でなかったのであるが、そういうこの社会自身では、もっとも厳格な規律を守っていた。すべての人が関係し合い監視し合っていた。その結果一つの集団的意識が生じて、それが宗教および道徳上の一律な覆面の下に、個人的差異――それらの剛腹な個性の間にもっとも強く現われる差異――を覆いかくしていた。皆の者が宗務を守り信仰していた。一人として疑惑をいだいてる者はなく、または疑惑をいだいてると承認したがる者はなかった。それらの魂は、偏狭な監視に取り巻かれてることを知っており、各自に他人の良心をのぞき込む権利を※有[#「りっしんべん+僭のつくり」、U+2F8AE、143-18]していたので、なおいっそう堅く人目に扉を閉ざしていて、その奥にいかなることが起こってるかを知るのは不可能だった。土地を離れて解放されたように思ってる人々でさえも、その土地にふたたび足を踏み込むや否や、町の伝統と習慣と空気とにとらえられるかのようだった。もっとも信仰の薄い人々でもすぐに、宗務を守り信仰することを強いられた。信仰しないということは、自然に反することのように彼らには思われたに違いない。信仰しないということは、風儀の悪い下賤な階級のことどもだった。宗教上の義務を怠ることは、彼らの社会には許されなかった。宗務を守らない者はその階級から放逐されて、もうふたたび受けいれられることがなかった。
そういう規律の重みだけではまだ足りないかのようだった。彼らはその階級中に十分結合されてるとは思っていなかった。その大きな団体の内部に、彼らは自分をすっかり束縛するために多数の小団体をこしらえていた。幾百もの団体があって、しかも年々さらに増していった。博愛事業のためにも、信仰事業のためにも、商売事業のためにも、商売と信仰とを兼ねた事業のためにも、美術のためにも、学問のためにも、歌や音楽のためにも、精神的鍛錬のためにも、肉体的鍛錬のためにも、また単に集合するためにも、いっしょに楽しむためにも、あらゆることのために団体があった。町内の団体もあれば、同業組合の団体もあった。同じ身分と同じ財産とをもってる者、同じ勢力をもってる者、同じ名前をもってる者など、さまざまの団体があった。フェラインローゼン(いずれの団体にも属していない人々)は十人足らずであったけれど、それらの人々の団体を一つこしらえる意向があるとさえ言われていた。
町と階級と団体との三重の胸当ての下に、人の魂は縛られていた。隠れたる抑制のために性格は圧迫されていた。多くの人々は、幼年時代から――数世紀以前から――それらに馴らされていた。そしてそれを健全なことだと思っていた。その胸当てをはずすのは不穏当な不健全なことだと考えがちだった。彼らの満足げな微笑を見ては、彼らが窮屈を感じていようとはだれにも思えなかった。しかし自然は返報をしていた。遠い間を置いてときどき、反抗した個人が、強健な芸術家や無拘束な思想家が、そこから出て来て、乱暴に縛めを断ち切り、町の番人らを当惑さした。しかし彼らはきわめて利口だったので、その反抗者が卵のうちに窒息されない場合、それがいっそう強い場合には、あくまでそれを攻撃しようとはがんばらないで――(戦いはおぞましい爆発を招く恐れがあった)――それを買収した。画家だったらそれを美術館に入れ、思想家だったらそれを図書館に入れた。反抗者がいくら咽をからして無法なことを叫んでも甲斐がなかった。彼らは聞こえないふうを装った。いくら反抗者は自己の独立を抗弁しても、彼らの仲間に引きずり込まれた。そういうふうにして毒の効果は中和された。それは同種療法のやり方だった。――しかしそういう場合はめったになかった。反抗者の多くは世間に現われなかった。それらの平穏な家の中に人知れぬ悲劇は潜んでいた。家族の者が、なんとも訳を言わずに静かな足取りで、河に身を投げに出かけることもあった。あるいは精神を立て直すために、半年も室に閉じこもったり、細君を療養院に入れたりした。そしてあたかも当然の事柄でも話すように、沈着な態度で平気にそのことを話していた。その沈着こそ、この町のりっぱな特徴の一つであって、苦悶や死に面しても人々はそれを失わなかった。
この剛毅な市民は、自己の価値を知っていたから自己にはきわめて厳格であり、他人をさほど尊敬しなかったから他人にはさほど厳格でなかった。クリストフのように町に滞在している他国人、ドイツ人の教師や政治上の亡命者などにたいしては、かなり寛大な態度をさえ示していた。なぜなら、そういう連中は彼らに無関係だったから。そしてまた、彼らは才知を愛していた。進歩した観念にもたじろがなかった。自分の息子どもにはそれがなんらの影響をも与えないことを知っていた。彼らはその滞在客にたいして、冷淡な温厚さを示して敬遠していた。
クリストフはそういうことを人から力説されるに及ばなかった。彼はいらいらした神経過敏の状態にあって、心が真裸になっていた。至る所に利己主義と無関心とを認めがちであって、自分だけのうちに潜みたがっていた。
そのうえ、ブラウンの患者範囲や、彼の細君が属してるごく狭小な一団は、ことに謹厳な新教の小社会に属していた。クリストフはこの社会では、生まれはローマ教徒であり事実は無信仰者であるとして、二重に悪く見られていた。彼のほうから言えば、多くの不快な事柄が眼についた。彼はいくら信じまいとしても、カトリック教の古い痕跡をになっていた。それは論理的というよりもいっそう詩的であり、自然にたいして寛容であり、愛するか愛しないかが主眼であって、説明したり理解したりすることにそれほど齷齪しなかった。また彼は、パリーで知らず知らず得てきた知的および道徳的自由の習慣をもっていた。彼はどうしてもその祗虔主義の小社会と衝突せずにはいられなかった。そこではカルヴァン派の精神的欠陥が誇大に現われていた。それは信仰の翼を切ってつぎに信仰を深淵の上につるしておく、宗教上の純理主義であった。なぜなら、あらゆる神秘説と同様に議論の余地ある、一つの先入見から出発していたからである。それはもはや詩ではなく、散文でもなく、散文化された詩であった。理知的傲慢であり、理性にたいする――自分の理性にたいする――絶対的な危険な信仰であった。彼らは神をも不滅をも信じないでいられた。しかし、カトリック教徒が法王を信じあるいは拝物教徒が偶像を信ずるように、彼らは理性を信じていた。理性を論議することは念頭にも浮かべなかった。人生が理性に矛盾するならば、むしろ人生のほうを否定したであろう。心理が欠乏しており、自然にたいして、隠れたる力にたいして、生存の根源にたいして、「大地の霊」にたいして、無理解だった。一つの人生をこしらえ出し、幼稚な単純化した概要的な生存をこしらえ出していた。彼らのうちのある人々は、教養があり実務の才があった。読書も見聞も広かった。しかし何事にも実際どおりに見たり読んだりしてはいなかった。抽象的な帰納ばかりを事としていた。血液の量が貧弱だった。精神上のすぐれた性質をもってはいたが、十分に人間的ではなかった。そしてこの人間的でないということこそ、最上の罪過である。彼らの心の純潔さは、たいていきわめて現実的であり、高尚で率直であり、時としては喜劇的であったが、不幸にもある場合には悲劇的となった。その心の純潔のために彼らは、他人にたいして酷薄になり、自己を信じきった冷静平然たる驚くばかりの不人情になった。どうして彼らは躊躇することがあったろう。真理と権利と徳とを自分のほうにもっていたのだ。神聖な理性の直接の啓示を受けていたのだ。理性こそは酷烈な太陽である。それは光被する。しかし、人を盲目ならしむる。水蒸気も影もない乾燥したその光の中では、人の魂は色褪せた伸び方をし、その心臓の血は吸い取られてしまう。
しかるに、当時クリストフにとって何か無意義なものがあったとしたら、それこそまさに理性であった。彼の眼には、理性の太陽は深淵の岩壁を輝らすばかりであって、深淵から出る方法を示してもくれなければ、深淵の深さを測ることさえ得さしてくれないのだった。
芸術家仲間にたいしては、クリストフは接触の機会をあまりもたなかったし、接触したいとはなおさら思わなかった。音楽家らはたいてい、クリストフが昔攻撃したことのある、新シューマン派およびブラームス派の時代の正直な保守党だった。ただ例外な者が二人いた。一人はクレブスというオルガニストで、名高い菓子屋を営んでおり、善良な男で、いい音楽家で、同郷人の一人の言葉をかりて言えば、「あまり燕麦を食わせすぎたペガソスに乗っていなかったら」、もっといい音楽家になれたはずだった。も一人はユダヤ系の若い作曲家で、強健な混濁した活気に満ちてる独創の才をそなえていた。そして木の彫刻、ベルン製の城や熊の人形など、スイスの物産を商っていた。彼らは自分の芸術を職業としていないせいであろうが、他の人々よりもいっそう独立的であったから、クリストフと接するのを喜んだに違いない。そして他のときだったら、クリストフも彼らと知り合いになりたく思ったに違いない。しかしちょうどそのころ彼は、芸術的なまた人間的な好奇心が鈍っていた。自分を人間に結びつけるものよりも、自分を人間から引き離すもののほうにより感じやすかった。
彼の唯一の友であり、思いを打ち明ける相手となるものは、町を貫流してる河であった。――彼方北方において彼の故郷の町を流れてる、あの力強い親愛な河と同じ河だった。クリストフはこの河のほとりで、幼年時代の夢想の思い出を見出した……。しかし友の喪に包まれてる今では、それらの思い出はライン河自身と同じく、陰鬱な色を帯びていた。夕暮れのころ、河岸の胸壁にもたれて、彼はあわただしい河の流れをながめた。常に流れ去ってる、重々しい半濁の忙しい一団の水量の中に、それと見分けられるものはただ、移り動く大きな波紋、無数の細流や奔流や渦巻ばかりで、それが形を現わしたり消えたりしていた。それはあたかも、幻惑してる思想の中における渾沌たる物象に似ていた。それはいつも描き出され、またいつも融け合ってしまう。その薄ら明かりの夢の上を、一人の人影も見えない幽鬼めいた渡し舟が、柩のようにすべり動いていた。夜の闇は濃くなっていった。河は青銅のようになった。岸の燈火が、河の漆黒な鎧を輝らして、暗い閃めきを放たした。ガス燈の銅色の反映、電気燈の月色の反映、人家の窓ガラス越しの蝋燭の血色の反映。そして河の囁きが闇にいっぱいこもっていた。永遠の水音、単調なために海の音よりいっそう物悲しい音……。
クリストフは幾時間も、その死滅と倦怠との歌に聞きふけった。それと別れることがなかなかできなかった。それから、まん中が擦りへってる赤い石段の険しい小路を、家のほうへ上っていった。身体も魂もがっかりしていた。壁にはめ込まれてる鉄の手摺が、ずっと上のほう、闇に包まれてる教会堂の前の寂然たる広場にある街燈に、輝らされて光ってるのに、つかまりながら上っていった……。
人間はなんのために生きてるのか、彼にはもうわからなかった。今まで目撃してきた闘争を思い起こすようなときには、肉体に釘付けされた信仰をもってるこの人類を、苦々しげに驚嘆するのだった。相反した観念がつぎつぎに起こり、相反した行動がつぎつぎに起こっていた――民主主義と貴族主義、社会主義と個人主義、浪漫主義と古典主義、進歩と伝統――そして永遠にそうだった。新しい各時代は、十年足らずのうちに燃えつきるにもかかわらず、自分だけが絶頂に達したものだと同じ意気込みで信じていて、石を投じては先人を打倒していた。そして騒ぎたて、叫びたて、権勢と光栄とを掌握し、こんどはみずから新来者の石の下に打ち倒されて、滅び失せてしまっていた。今やだれの番であるか?……
クリストフにとっては、音楽の製作ももう避難所ではなかった。それは間歇的で乱雑で目的がなかった。書くことをか? だれのために書くのか? 人間のためにか? しかし彼は激しい人間嫌いの危機にさしかかっていた。自分のためにか? しかし彼は死滅の空虚を満たすことのできない芸術の空しさをあまりに感じていた。ただ彼はときどき激しい羽ばたきをする盲目的な力に支配されたが、その力もやがてくじけて地に墜ちてしまった。彼はあたかも闇の中に唸る雷雲に似ていた。オリヴィエがいなくなると、もう何にも残っていなかった――何にも。彼はこれまで自分の生活を満たしていたすべてのものにたいして、人類全体を共有してると思っていたあらゆる感情や思想にたいして、憤激したのだった。今となっては、自分はこれまで幻影に玩弄せられていたような気がした。すべて社会的生活は非常な誤解の上に立っていた。その誤解の源は言語にあった……。各思想はたがいに通じ合えるものだと人は思っている。しかし実際においては、言葉の間にしか関係は存しない。人は言葉を口にし言葉に耳を傾ける。そして異なった二つの口から出る言葉に、一語として同じ意味をもってるものはない。それだけならばまだしもであるが、ただの一語として人生にその全き意味をもってるものはない。あらゆる言葉はみな生きられた現実の外にはみ出している。人は愛や憎のことを口にする。しかし実際には、愛もなく、憎もなく、友もなく、敵もなく、信仰もなく、熱情もなく、善もなく、悪もない。ただあるものは、数世紀来死滅してる恒星から落ちてくる、それらの光の冷たい反映のみである……。友というのか? その名称を要求する者は乏しくない……。がそれもいかに無味乾燥な現実だろう。世間普通の意味では、そういう人々の友情とはいかなるものであるか、いったい友情とはいかなるものであるか。友であるとみずから思ってる人も、その生活の幾何の分秒を、自分の友の蒼ざめた思い出に分かち与えるであろうか。必要でさえもないもの、余分のものや隙や退屈、それをどれだけ友にささげるであろうか。自分クリストフは何をオリヴィエにささげてきたか――(というのは、クリストフはすべての人間を一括した虚無から、自分をもけっして取り除かなかった、ただオリヴィエだけを取り除いていた。)――芸術ももはや愛と同じく虚偽なものである。芸術は実際のところ人生にいかなる地位を占めているか。芸術に愛着してると自称する人々も、いかなる愛でそれを愛しているか……。人間の感情の貧弱さは想像外である。世の中の槓桿とも言うべき種族の本能以外には、その宇宙的な力以外には、ただ塵埃のごとき情緒が存するばかりである。大多数の人間は、なんらかの熱情に全身をささげるほど十分の活力をもっていない。彼らは用心深い吝嗇さでおのれを倹約している。万事に少しずつかかわって、何事にも全身を打ちこみはしない。すべて自分のなすことに、すべて自分の苦しむことに、すべて自分の愛することに、すべて自分の憎むことに、無制限に没頭する者こそ、驚異に価する人であり、この世で出会い得るもっとも偉大な人である。熱情こそは天才のごときものであり、一つの奇跡である。ほとんど存在しないと言ってもよい……。
そういうふうにクリストフは考えていた。がそれについて、人生は恐ろしい否認を彼に投げつけようとしていた。石の中にも火があるように、奇跡は至る所にある。一撃のもとにそれは迸り出る。吾人は吾人のうちに眠ってる悪魔を夢にも知らないのだ……。
ある晩クリストフが即興的にピアノをひいていると、アンナは彼の演奏中にしばしばなすとおり、ふいに立ち上がって出て行った。音楽を嫌がってるがようだった。クリストフはもうそれを気にとめなかった。彼女がどう考えようと平気だった。そしてなおひきつづけた。それから、その即興の曲を書き止めてみたくなって、ひくのをやめ、必要な紙を取りに自分の室へ駆け出した。隣の室の扉を開き、俯向きながら暗闇の中へつき進んでゆくと、その入り口にじっと佇んでる人の身体に激しくつき当たった。アンナだ……。その衝突と驚きとのために、彼女は声をたてた。クリストフは怪我でもさせやしなかったかと心配して、やさしく彼女の両手を取った。その手は冷たかった。彼女は身震いしてるらしかった――おそらく驚きのためだったろう? 彼女は口ごもりながら、そこにいたわけを曖昧に述べたてた。
「食堂でちょっと……捜していましたので。」
Il n'entendit pas ce qu'elle cherchait; et peut-être qu'elle ne l'avait point dit. Il lui parut singulier qu'elle se promenât, sans lumière, pour chercher quelque chose. Mais il était si habitué aux allures bizarres d'Anna qu'il n'y prêta pas attention.
Une heure après, il était revenu dans le petit salon, où il passait la soirée avec Braun et Anna. Il était assis devant la table, sous la lampe, et il écrivait. Anna, au bout de la table, à droite, cousait, penchée sur son ouvrage. Derrière eux, dans un fauteuil bas, près du feu, Braun lisait une revue. Ils se taisaient tous trois. On entendait, par intermittences, le trottinement de la pluie sur le sable du jardin. Pour s'isoler tout à fait, Christophe, assis de trois quarts, tournait le dos à Anna. En face de lui, au mur, une glace reflétait la table, la lampe, et les deux figures baissées sur leur travail. Il sembla à Christophe que Anna le regardait. Il ne s'en inquiéta point d'abord; puis, l'insistance de cette idée finissant par le gêner, il leva tes yeux vers la glace, et il vit... Elle regardait, en effet. De quel regard! Il en resta pétrifié, retenant son souffle, observant. Elle ne savait pas qu'il l'observait. La lumière de la lampe tombait sur sa figure pâle, dont le sérieux et le silence habituels avaient un caractère de violence concentrée. Ses yeux—ces yeux inconnus, qu'il n'avait jamais pu saisir,—étaient fixés sur lui: bleu-sombre, avec de larges prunelles, au regard brûlant et dur; ils étaient attachés à lui, ils fouillaient en lui, avec une ardeur muette et obstinée. Ses yeux? Se pouvait-il que ce fussent ses yeux? Il les voyait, et il n'y croyait pas. Les voyait-il vraiment? Il se retourna brusquement... Les yeux étaient baissés. Il essaya de lui parler, de la forcer à le regarder en face. L'impassible figure répondit, sans lever de son ouvrage son regard abrité sous l'ombre impénétrable des paupières bleuâtres, aux cils courts et serrés. Si Christophe n'avait été sûr de lui-même, il aurait cru qu'il avait été le jouet d'une illusion. Mais il savait ce qu'il avait vu...
Cependant, son esprit étant repris par le travail et Anna l'intéressant peu, cette étrange impression ne l'occupa point longtemps.
Une semaine plus tard, il essayait au piano un lied qu'il venait de composer. Braun, qui avait la manie, par amour-propre de mari autant que par taquinerie, de tourmenter sa femme pour qu'elle chantât ou jouât, avait été particulièrement insistant, ce soir-là. D'ordinaire, Anna se contentait de dire un non très sec; après quoi, elle ne se donnait plus la peine de répondre aux demandes, prières, ou plaisanteries; elle serrait les lèvres, et ne semblait pas entendre. Cette fois, au grand étonnement de Braun et de Christophe, elle plia son ouvrage, se leva et vint près du piano. Elle chanta ce morceau qu'elle n'avait jamais lu. Ce fut une sorte de miracle:—le miracle. Sa voix, d'un timbre profond, ne rappelait en rien la voix un peu rauque et voilée qu'elle avait en parlant. Fermement posée dès la première note, sans une ombre de trouble, sans effort, elle donnait à la phrase musicale une grandeur émouvante et pure; et elle s'éleva à une violence de passion qui fit frémir Christophe: car elle lui parut la voix de son propre cœur. Il la regarda stupéfait, tandis qu'elle chantait, et il la vit pour la première fois. Il vit ses yeux obscurs, où s'allumait une lueur de sauvagerie, sa grande bouche passionnée aux lèvres bien ourlées, le sourire voluptueux, un peu lourd et cruel, de ses dents saines et blanches, ses belles et fortes mains, dont l'une s'appuyait sur le pupitre du piano, et la robuste charpente d'un corps étriqué par la toilette, amaigri par une vie trop réduite, mais qu'on devinait jeune, vigoureux, et harmonieux.
Elle cessa de chanter, et alla se rasseoir, les mains posées sur ses genoux. Braun la complimenta; mais il trouvait qu'elle avait chanté, sans moelleux. Christophe ne lui dit rien. Il la contemplait. Elle souriait vaguement, sachant qu'il la regardait. Il y eut, ce soir-là, un grand silence entre eux. Elle se rendait compte qu'elle venait de s'élever au-dessus d'elle-même, ou peut-être, qu'elle avait été «elle», pour la première fois. Elle ignorait pourquoi.
À partir de ce jour, Christophe se mit à observer attentivement Anna. Elle était retombée dans son mutisme, sa froide indifférence et sa rage de travail, qui agaçait jusqu'à son mari, et où elle endormait les pensées obscures de sa trouble nature. Christophe avait beau la guetter, il ne retrouvait plus en elle que la bourgeoise guindée des premiers temps. À des moments, elle restait absorbée, sans rien faire, les yeux fixes. On la quittait ainsi, on la retrouvait ainsi, un quart d'heure après: elle n'avait point bougé. Quand son mari lui demandait à quoi elle pensait, elle s'éveillait de sa torpeur, souriait, et disait qu'elle ne pensait à rien. Et elle disait vrai.
Rien n'était capable de la faire sortir de sa tranquillité. Un jour qu'elle faisait sa toilette, sa lampe à alcool éclata. En un instant, Anna fut entourée de flammes. La domestique s'enfuit, en hurlant au secours. Braun perdit la tête, s'agita, poussa des cris, et faillit se trouver mal. Anna arracha les agrafes de son peignoir, fit couler de ses hanches sa jupe qui commençait à brûler, et la mit sous ses pieds. Quand Christophe accourut affolé, avec une carafe qu'il avait stupidement saisie, il vit Anna, montée sur une chaise, en jupon et les bras nus, qui sans trouble éteignait les rideaux en feu avec ses mains. Elle se brûla, n'en parla point, et parut seulement dépitée qu'on l'eût vue en ce costume. Elle rougit, se cacha gauchement les épaules avec ses bras, et s'en fut, d'un air de dignité offensée, dans la chambre voisine. Christophe admira son calme; mais il n'aurait pu dire si ce calme prouvait plus son courage, ou son insensibilité. Il penchait pour la dernière explication. En vérité, cette femme semblait ne s'intéresser à rien, ni aux autres, ni à elle. Christophe doutait qu'elle eût un cœur.
Il n'eut plus aucun doute, après un fait dont il fut le témoin. Anna avait une petite chienne noire, aux yeux intelligents et doux, qui était l'enfant gâtée de la maison. Braun l'adorait. Christophe la prenait chez lui, quand il s'enfermait dans sa chambre pour travailler, et, la porte close, au lieu de travailler, souvent, il s'amusait avec elle. Lorsqu'il sortait, elle était là, sur le seuil, le guettant, et s'attachant à ses pas: car il lui fallait un compagnon de promenade. Elle courait devant lui, tricotant de ses quatre pattes qui grattaient la terre si vite qu'elles semblaient voltiger. De temps en temps, elle s'arrêtait, fière de son agilité; et elle le regardait, la poitrine en avant, bien cambrée. Elle faisait l'importante; elle aboyait furieusement à un morceau de bois; mais dès qu'elle apercevait au loin un autre chien, elle détalait et se réfugiait, tremblante, entre les jambes de Christophe. Christophe s'en moquait et l'aimait. Depuis qu'il s'éloignait des hommes, il se sentait plus rapproché des bêtes; il les trouvait pitoyables. Ces pauvres animaux, lorsqu'on est bon pour eux, s'abandonnent à vous avec tant de confiance! L'homme est si absolument le maître de leur vie et de leur mort que s'il maltraite ces faibles qui lui sont livrés, il commet un abus de pouvoir odieux.
Si aimante que la gentille bête fût pour tous, elle avait une préférence marquée pour Anna. Celle-ci ne faisait rien pour l'attirer; mais elle la caressait volontiers, la laissait se blottir sur ses genoux, veillait à sa nourriture, et paraissait l'aimer autant qu'elle était capable d'aimer. Un jour, la chienne ne sut pas se garer des roues d'une automobile. Elle fut écrasée, presque sous les yeux de ses maîtres. Elle vivait encore et criait lamentablement. Braun courut hors de la maison, nu-tête; il ramassa la loque sanglante, et il tâchait au moins de soulager ses souffrances. Anna vint, regarda sans se baisser, fit une moue dégoûtée, et s'en alla. Braun, les larmes aux yeux, assistait à l'agonie du petit être. Christophe se promenait à grands pas dans le jardin, et crispait les poings. Il entendit Anna qui donnait tranquillement des ordres à la domestique. Il lui dit:
—Cela ne vous fait donc rien, à vous?
Elle répondit:
—On n'y peut rien, n'est-ce pas? C'est mieux de n'y pas penser.
Il se sentit de la haine pour elle; puis, le burlesque de la réponse le frappa; et il rit. Il se disait qu'Anna devrait bien lui donner sa recette pour ne pas penser aux choses tristes, et que la vie était aisée à ceux qui ont la chance d'être dénués de cœur. Il songea que si Braun mourait, Anna n'en serait guère troublée, et il se félicita de n'être point marié. Sa solitude lui semblait moins triste que cette chaîne d'habitudes qui vous attache pour la vie à un être pour qui vous êtes un objet de haine, ou, (bien pire!) pour qui vous n'êtes rien. Décidément, cette femme n'aimait personne. Le piétisme l'avait desséchée.
Elle surprit Christophe, un jour de la fin d'octobre.—Ils étaient à table. Il causait avec Braun d'un crime passionnel, dont toute la ville était occupée. Dans la campagne, deux filles italiennes, deux sœurs, s'étaient éprises du même homme. Ne pouvant, l'une ni l'autre, se sacrifier de plein gré, elles avaient joué au sort qui des deux céderait la place. La vaincue devait se jeter dans le Rhin. Mais quand le sort eut parlé, celle qu'il n'avait pas favorisée montra peu d'empressement à accepter la décision. L'autre fut révoltée par un tel manque de foi. Des injures on en vint aux coups, même aux coups de couteau; puis, brusquement, le vent tourna; on s'embrassa en pleurant, on jura qu'on ne pourrait vivre l'une sans l'autre; et comme on ne pouvait cependant pas se résigner à partager le galant, on décida de le tuer. Ainsi fut fait. Une nuit, les deux amoureuses firent venir dans leur chambre l'amant enorgueilli de sa double bonne fortune; et tandis que l'une le liait passionnément de ses bras, l'autre passionnément le poignardait dans le dos. Ses cris furent entendus. On vint, on l'arracha en assez piteux état à l'étreinte de ses amies; et on les arrêta. Elles protestaient que cela ne regardait personne, qu'elles étaient seules intéressées dans l'affaire, et que du moment qu'elles étaient d'accord pour se débarrasser de ce qui était à elles, nul n'avait a s'en mêler. La victime n'était pas loin d'approuver ce raisonnement; mais la justice ne le comprit point. Et Braun, pas davantage.
—Elles sont folles, disait-il, folles à lier! il faut les enfermer dans un hospice d'aliénés... Je comprends qu'on se tue par amour. Je comprends même qu'on tue celui ou celle qu'on aime et qui vous trompe... C'est-à-dire, je ne l'excuse pas; mais je l'admets, comme un reste d'atavisme féroce; c'est barbare, mais logique: on tue qui vous fait souffrir. Mais tuer ce qu'on aime, sans rancune, sans haine, simplement parce que d'autres l'aiment, c'est de la démence... Tu comprends cela, Christophe?
—Peuh! fit Christophe, je suis habitué à ne pas comprendre. Qui dit amour dit déraison.
Anna, qui se taisait sans paraître écouter, leva la tête, et dit, de sa voix calme:
—Il n'y a là rien de déraisonnable. C'est tout naturel. Quand on aime, on veut détruire ce qu'on aime, afin que personne autre ne puisse l'avoir.
Braun regarda sa femme, stupéfait; il frappa sur la table, se croisa les bras, et dit:
—Où a-t-elle été pêcher cela?... Comment! il faut que tu dises ton mot, toi? Qu'est-ce que diable tu en sais?
Anna rougit légèrement, et se tut. Braun reprit:
—Quand on aime, on veut détruire?....Voilà une monstrueuse sottise! Détruire ce qui vous est cher, c'est se détruire soi-même... Mais, tout au contraire, quand on aime, le sentiment naturel est de faire du bien à qui vous fait du bien, de le choyer, de le défendre, d'être bon pour lui, d'être bon pour toutes choses! Aimer, c'est le paradis sur terre.
Anna, les yeux fixés dans l'ombre, le laissa parler, et, secouant la tête, elle dit froidement:
—On n'est pas bon quand on aime.
Christophe ne renouvelait pas l'épreuve d'entendre chanter Anna. Il craignait... une désillusion, ou quoi? Il n'eût pas su le dire. Anna avait la même crainte. Elle évitait de se trouver dans le salon, quand il commençait à jouer.
Mais un soir de novembre qu'il lisait auprès du feu, il vit Anna assise, son ouvrage sur ses genoux, et plongée dans une de ses songeries. Elle regardait le vide, et Christophe crut voir passer dans son regard des lueurs de l'ardeur étrange de l'autre soir. Il ferma son livre. Elle se sentit observée et se remit à coudre. Sous ses paupières baissées, elle voyait toujours tout. Il se leva et dit:
—Venez.
Elle fixa sur lui ses yeux ou flottait encore un peu de trouble, comprit, et le suivit.
—Où allez-vous? demanda Braun.
—Au piano, répondit Christophe.
Il joua. Elle chanta. Aussitôt, il la retrouva telle qu'elle lui était apparue, une première fois. Elle entrait de plain-pied dans ce monde héroïque, comme s'il était le sien. Il continua l'expérience, prenant un second morceau, puis un troisième plus emporté, déchaînant en elle le troupeau des passions, l'exaltant, s'exaltant; puis, arrivés au paroxysme, il s'arrêta net, et lui demanda, les yeux dans les yeux:
—Mais enfin, qui êtes-vous?
Anna répondit:
—Je ne sais pas.
Il dit brutalement;
—Qu'est-ce que vous avez dans le corps, pour chanter ainsi?
Elle répondit:
—J'ai ce que vous me faites chanter.
—Oui? Eh bien, il n'y est pas déplacé. Je me demande si c'est moi qui l'ai créé, ou si c'est vous. Vous pensez donc des choses comme cela, vous?
—Je ne sais pas. Je crois qu'on, n'est plus soi, quand on chante.
—Et moi, je crois que c'est alors seulement que vous êtes vous.
Ils se turent. Elle avait les joues moites d'une légère buée. Son sein se soulevait, en silence. Elle fixait la lumière des flambeaux, et grattait machinalement la bougie qui avait coulé sur le rebord du chandelier. Il tapotait les touches, en la regardant. Ils se dirent encore quelques mots gênés, d'un ton rude, puis essayèrent de paroles banales, et se turent tout à fait, craignant d'approfondir.
Le lendemain, ils se parlèrent à peine, ils se regardaient à la dérobée, avec une sorte de peur. Mais ils prirent l'habitude de faire, le soir, de la musique ensemble. Ils en firent même bientôt dans l'après-midi; et chaque jour, davantage. Toujours la même passion incompréhensible s'emparait d'elle, dès les premiers accords, la brûlait de la tête aux pieds, et faisait de cette bourgeoise piétiste, pour le temps que durait la musique, une Vénus impérieuse, l'incarnation de toutes les fureurs de l'âme.
Braun, étonné de l'engouement subit d'Anna pour le chant, n'avait pas pris la peine de chercher l'explication de ce caprice de femme; il assistait à ces petits concerts, marquait la mesure avec sa tête, donnait son avis, et était parfaitement heureux, quoiqu'il eût préféré une musique plus douce: cette dépense de forces lui paraissait exagérée. Christophe respirait dans l'air un danger; mais la tête lui tournait: affaibli par la crise qu'il venait de traverser, il ne résistait pas; il perdait conscience de ce qui se passait en lui, et il ne voulait pas savoir ce qui se passait dans Anna. Une après-midi, au milieu d'un morceau, débordant d'ardeurs frénétiques, elle s'interrompit et, sans explication, elle sortit de la pièce. Christophe l'attendit: elle ne reparut plus. Une demi-heure après, comme il passait dans le corridor, près de la chambre d'Anna, par la porte entr'ouverte il l'aperçut au fond, absorbée dans des prières mornes, la figure glacée.
Cependant, un peu, très peu de confiance s'insinuait entre eux. Il tâchait de la faire parler de son passé; elle ne disait que des choses banales; à grand'peine, il lui arrachait morceau par morceau quelques détails précis. Grâce à la bonhomie, facilement indiscrète, de Braun, il réussit à entrevoir le secret de sa vie.
Elle était née dans la ville. De son nom de famille, elle s'appelait Anna-Maria Senfl. Son père, Martin Senfl, appartenait à une vieille maison de marchands, séculaire et millionnaire, où l'orgueil de caste et le rigorisme religieux étaient montés en graine. D'esprit aventureux, il avait, comme beaucoup de ses compatriotes, passé plusieurs années au loin, en Orient, en Amérique du Sud; il avait même fait des explorations hardies au centre de l'Asie, où le poussaient à la fois les intérêts commerciaux de sa maison, l'amour de la science, et son propre plaisir. À rouler à travers le monde, non seulement il n'avait pas amassé mousse, mais il s'était défait de celle qui le couvrait, de tous ses vieux préjugés. Si bien que, de retour au pays, étant de tempérament chaud et d'esprit entêté, il épousa, aux protestations indignées des siens, la fille d'un fermier des environs, de réputation douteuse, qu'il avait commencé par prendre comme maîtresse. Ce mariage avait été le seul moyen qu'il eût trouvé pour garder à soi cette belle fille, dont il ne pouvait plus se passer. La famille, après avoir mis vainement son veto, se ferma tout entière à celui qui méconnaissait son autorité sacro-sainte. La ville,—tous ceux qui comptaient, se montrant, comme d'habitude, solidaires pour ce qui touchait à la dignité morale de la communauté, prirent parti en masse contre le couple imprudent. L'explorateur apprit à ses dépens qu'il n'y a pas moins de péril à contrecarrer les préjugés des gens, au pays des sectateurs du Christ que chez ceux du Grand Lama. Il n'était pas assez fort pour pouvoir se passer de l'opinion du monde. Il avait plus qu'entamé sa portion de fortune; il ne trouva d'emploi nulle part: tout lui était fermé. Il s'usa en colères inutiles contre les avanies de la ville implacable. Sa santé, minée par les excès et par les fièvres, n'y résista point. Il mourut d'un coup de sang, cinq mois après le mariage. Quatre mois plus tard, sa femme, bonne personne, mais faible et de peu de cervelle, qui depuis ses noces n'avait passé aucun jour sans pleurer, mourait en couches, jetant sur la rive qu'elle quittait la petite Anna.
La mère de Martin vivait. Elle n'avait rien pardonné, même sur le lit de mort, à son fils, ni à celle qu'elle n'avait pas voulu reconnaître pour sa bru. Mais quand celle-ci ne fut plus,—la vengeance divine étant assouvie,—elle prit l'enfant et la garda. C'était une femme d'une dévotion étroite; riche et avare, elle tenait un magasin de soieries dans une rue sombre de la vieille ville. Elle traita la fille de son fils moins comme sa petite-fille que comme une orpheline qu'on recueille par charité et qui vous doit en échange une demi-domesticité. Pourtant, elle lui fit donner une éducation soignée; mais elle ne se départit jamais envers elle d'une rigueur méfiante; il semblait qu'elle considérât l'enfant comme coupable du péché de ses parents et qu'elle s'acharnât à poursuivre le péché en elle. Elle ne lui permit aucune distraction; elle traquait la nature comme un crime, dans ses gestes, ses paroles, jusque dans ses pensées. Elle tua la joie dans cette jeune vie. Anna fut habituée, de bonne heure, à s'ennuyer au temple et à ne pas le montrer; elle fut environnée des terreurs de l'enfer; ses yeux d'enfant aux paupières sournoises les voyaient, chaque dimanche, à la porte du vieux Münster, sous la forme des statues immodestes et contorsionnées qu'un feu brûle entre les jambes et sur qui montent, le long des cuisses, des crapauds et des serpents. Elle s'accoutuma à refouler ses instincts, à se mentir à elle-même. Dès qu'elle fut d'âge à aider sa grand'mère, elle fut employée, du matin au soir, dans l'obscur magasin. Elle prit les habitudes qui régnaient autour d'elle, cet esprit d'ordre, d'économie morose, de privations inutiles, cette indifférence ennuyée, cette conception méprisante et maussade de la vie, conséquence naturelle des croyances religieuses chez ceux qui ne sont pas naturellement religieux. Elle s'absorba dans la dévotion, au point de paraître exagérée même à la vieille femme; elle abusait des jeûnes et des macérations; pendant un certain temps, elle s'avisa de porter un corset garni d'épingles qui s'enfonçaient dans sa chair, à chaque mouvement. On la voyait pâlir; on ne savait ce qu'elle avait. À la fin, comme elle défaillait, on fit venir un médecin. Elle refusa de se laisser examiner—(elle fût morte plutôt que de se déshabiller devant un homme);—mais elle avoua; et le médecin fit une scène si violente qu'elle promit de ne plus recommencer. La grand'mère, pour plus de sûreté, soumit dès lors sa toilette à des inspections. Anna ne trouvait pas à ces tortures, comme on aurait pu croire, une jouissance mystique; elle avait peu d'imagination, elle n'eût pas compris la poésie d'un François d'Assise ou d'une sainte Thérèse. Sa dévotion était triste et matérielle. Quand elle se persécutait, ce n'était pas pour les avantages qu'elle en attendait dans la vie future, c'était par un ennui cruel qui se retournait contre elle, trouvant un plaisir presque méchant au mal qu'elle se faisait. Par une exception singulière, cet esprit dur et froid, comme celui de l'aïeule, s'ouvrait a la musique, sans qu'elle sût jusqu'à quelle profondeur. Elle était fermée aux autres arts; elle n'avait peut-être jamais regardé un tableau; elle semblait n'avoir aucun sens de la beauté plastique, tant elle manquait de goût, par indifférence orgueilleuse; l'idée d'un beau corps n'éveillait en elle que l'idée de la nudité, c'est-à-dire, comme chez le paysan dont parle Tolstoy, un sentiment de répugnance; ce dégoût était d'autant plus fort chez Anna qu'elle percevait obscurément, dans ses rapports avec les êtres qui lui plaisaient, le sourd aiguillon du désir beaucoup plus que la tranquille impression de jugements esthétiques. Elle ne se doutait pas plus de sa beauté que de la force de ses instincts refoulés; ou plutôt, elle ne voulait pas le savoir, et, avec l'habitude du mensonge intérieur, elle réussissait à se donner le change.
Braun la rencontra, à un dîner de mariage où elle se trouvait, d'une façon exceptionnelle: car on ne l'invitait guère, à cause de la mauvaise réputation que continuait de lui faire l'indécence de son origine. Elle avait vingt-deux ans. Il la remarqua. Ce n'était point qu'elle cherchât à se faire remarquer. Assise à côté de lui, à table, raide et mal fagotée, elle ouvrit à peine la bouche pour parler. Mais Braun, qui ne cessa de causer avec elle, c'est-à-dire tout seul, pendant tout le repas, revint enthousiasmé. Avec sa pénétration ordinaire, il avait été frappé de la candeur virginale de sa voisine; il avait admiré son bon sens et son calme; il appréciait aussi sa belle santé et les solides qualités de ménagère qu'elle paraissait avoir. Il fit visite à la grand'mère, revint, fit sa demande, et fut agréé. Point de dot: Mme Senfl léguait à la ville, pour des missions commerciales, la fortune de sa maison.
À aucun moment, la jeune femme n'avait eu d'amour pour son mari: c'était là une pensée dont il ne lui semblait pas qu'il dût être question dans une vie honnête, et qu'il allait plutôt écarter comme coupable. Mais elle savait le prix de la bonté de Braun; elle lui était reconnaissante, sans le lui montrer, de ce qu'il l'avait épousée malgré son origine douteuse. Elle avait d'ailleurs un fort sentiment de l'honneur conjugal. Depuis sept ans qu'ils étaient mariés, rien n'avait troublé leur union. Ils vivaient l'un à côté de l'autre, ne se comprenaient point, et ne s'en inquiétaient point: ils étaient, aux yeux du monde, le type d'un ménage modèle. Ils sortaient peu de chez eux. Braun avait une clientèle assez nombreuse; mais il n'avait pas réussi à y faire agréer sa femme. Elle ne plaisait point; et la tache de sa naissance n'était pas encore tout à fait effacée. Anna, de son côté, ne faisait nul effort pour être admise. Elle gardait rancune des dédains qui avaient attristé son enfance. Puis, elle était gênée dans le monde, et ne se plaignait pas qu'on l'oubliât. Elle faisait et recevait les visites indispensables, qu'exigeait l'intérêt de son mari. Les visiteuses étaient de petites bourgeoises curieuses et médisantes. Leurs commérages n'avaient aucun intérêt pour Anna; elle ne prenait pas la peine de dissimuler son indifférence. Cela ne se pardonne point. Aussi, les visites s'espaçaient, et Anna restait seule. C'était ce qu'elle voulait: rien ne venait plus troubler le rêve qu'elle ruminait, et le bourdonnement obscur de sa chair.
Depuis quelques semaines, Anna semblait souffrante. Son visage se creusait. Elle fuyait la présence de Christophe et de Braun. Elle passait ses journées dans sa chambre; elle s'enfonçait dans ses pensées; elle ne répondait pas quand on lui parlait. Braun ne s'affectait pas trop, à l'ordinaire, de ces caprices de femme. Il les expliquait à Christophe. Comme presque tous les hommes destinés à être dupes des femmes, il se flattait de les connaître très bien. Et il les connaissait assez bien, en effet: ce qui ne sert à rien. Il savait qu'elles ont souvent des accès de rêverie têtue, de mutisme opiniâtre et hostile; et il pensait qu'il faut alors les laisser tranquilles, ne pas chercher à faire le jour, ni surtout à ce qu'elles le fassent dans le dangereux monde subconscient où baigne leur esprit. Néanmoins, il commençait à s'inquiéter pour la santé d'Anna. Il jugea que son étiolement venait de son genre de vie, éternellement renfermée, sans jamais sortir de la ville, à peine de la maison. Il voulut qu'elle se promenât. Il ne pouvait guère l'accompagner: le dimanche, elle était prise par ses devoirs de piété; les autres jours, il avait ses consultations. Quant à Christophe, il évitait de sortir avec elle. Une ou deux fois, ils avaient fait une courte promenade ensemble, aux portes de la ville: ils s'étaient ennuyés à périr. La conversation chômait. La nature semblait ne pas exister pour Anna; elle ne voyait rien; tous les pays étaient pour elle de l'herbe et des pierres; son insensibilité glaçait. Christophe avait tâché de lui faire admirer un beau site. Elle regarda, sourit froidement, et dit, faisant effort pour lui être agréable:
—Oh! oui, c'est mystique...
De la même façon qu'elle eût dit:
—Il y a beaucoup de soleil.
何を捜していたかを彼は聞きもらした。たぶん彼女もそれを言わなかったのだろう。物を捜すのに燈火もつけないでうろうろしてるのが、彼には変に思われた。しかし彼はアンナのおかしな行動には馴れきっていたので、別に注意もしなかった。
一時間ばかりたって彼は、ブラウンやアンナといっしょに晩を過ごすことになってる、小さな客間にもどって来た。ランプの下でテーブルについて、書きつづけた。アンナはそのテーブルの右手の端にすわって、かがみ込んで仕事をしていた。二人の後ろで、暖炉のそばの低い肱掛椅子にすわって、ブラウンは雑誌を読んでいた。三人とも黙っていた。庭の砂の上に、間を置いてばらばらと降る雨の音が聞こえていた。クリストフはまったく一人きりの気持になるために、斜めにすわってアンナへ背中を向けていた。彼の前の壁には大鏡がついていて、テーブルやランプや、仕事にかがみ込んでる二人の顔を、写し出していた。クリストフはアンナからながめられてる気がした。初めはそれをなんとも思わなかった。けれどもやがて、その考えがしつこくつきまとって心が乱されたので、鏡のほうへ眼をあげて見た……。果たして彼女は彼をながめていた。なんという眼つきだろう! 彼はそれを見守りながら息を凝らして堅くなった。彼女は彼から見守られてることを知らなかった。ランプの光が彼女の蒼白い顔の上に落ちて、そのいつもの真面目さと沈黙とは、思いつめた激しい性質を帯びていた。その眼は――かつて彼がとらえ得なかった未知の眼は――彼の上にすえられていた。瞳の大きな、燃えたったきびしい視線の、青黒い眼だった。黙々たる頑固な熱烈さで、彼を見つめて、彼の内部を穿鑿していた。それは彼女の眼だろうか? 彼女の眼であり得るだろうか? 彼はそれを見て、彼女の眼だとは信じかねた。彼が見てるのはほんとうに彼女の眼だったろうか? 彼はにわかに振り向いた……。その眼はもう伏せられていた。彼は彼女に話しかけて、自分のほうを真正面に見させようとしてみた。しかし彼女の冷静な顔は仕事から眼もあげずに返辞をした。その眼つきは、短い濃い睫毛のある青っぽい眼瞼が落とす見通せない影の下に隠れていた。もしクリストフに自信の念がなかったら、幻影に弄ばれたのだと思ったであろう。しかし彼は何を見たかを知っていた……。
けれども、彼は仕事に心を奪われていたし、アンナにあまり興味をもたなかったので、その不思議な印象に長くかかわってはいなかった。
それから一週間ばかりあとに、クリストフはこしらえたばかりの歌曲をピアノでひいてみた。ブラウンは夫としての自尊心とからかい好きの心とで、いつも細君を歌わしたり演奏さしたりしたがっていじめていたが、その晩はことに執拗だった。アンナはたいてい、ごく冷淡な拒絶を一言いうだけで、そのあとではもう、いくら頼まれても願われてもまたは冗談を言われても、返辞さえしようとしなかった。きっと口を結んで、聞こえないふうをしていた。ところがその晩、ブラウンとクリストフとが非常に驚いたことには、彼女は仕事を片付け、立ち上がって、ピアノのそばにやって来た。そして一度も読んだことのないその曲を歌った。それは一種の奇跡――まったくの奇跡だった。深い音色をもったその声は、彼女がいつも話すときのやや嗄れた曇った声とは似てもつかなかった。最初の音符からしっかりと歌い出して、なんら不安の影もなしに、人の心を動かす純潔な偉大さを、たやすくその楽句に与えたのだった。そして激しい熱情の域へまで達したので、クリストフはぞっと身を震わした。なぜなら彼には、彼女が自分自身の心の声であるように思えたからである。彼は彼女が歌ってるのを惘然とうちながめた。そして初めて彼女を見てとった。粗野な光が輝いてる薄暗い眼、よく縁取られた唇をもってる熱情的な大きな口、健やかな真白な歯並みからもれるやや重々しい残忍な逸楽的な微笑、一方をピアノの譜面台の上にのせてる美しい強い両手、それから身体の頑健な骨組み、などを彼は見てとった。その身体は化粧のために萎縮し、あまりに狭小な生活のために痩せ細ってはいたが、まだ若くて強健でなよやかであることは、見通されるのだった。
彼女は歌いやめて、また以前の席へ行ってすわりながら、両手を膝の上にのせた。ブラウンは彼女をほめた。しかし柔らかみのない歌い方だったと思っていた。クリストフはなんとも言わずに、ただ彼女を見守っていた。彼女は彼から見られてることを知ってぼんやり微笑んでいた。その晩二人は黙り込んでしまった。自分以上の出来栄えだったことを、あるいはおそらく初めてほんとうの自分を発揮したことを、彼女は知っていた。それがどうしてだかは彼女にもわからなかった。
その日以来クリストフは、注意深くアンナを観察し始めた。アンナはまた例のとおり無口になり、冷たい無関心な様子になり、仕事にばかり熱中して、夫をまでもいらだたせ、また自分の不分明な性質についての人知れぬ考えを、そっと眠らしていた。クリストフはいくら彼女を窺っても、初めのころの取り澄ました中流婦人をしか彼女のうちに見出せなかった。時とすると彼女は、眼を見すえ何にもしないでぼんやりしていた。そういう彼女のそばを離れてから、十五分もたってまた行ってみると、彼女はやはり同じように身動きもしていなかった。何を考えてるのかと夫に尋ねられると、彼女は我に返って微笑んで、何にも考えてはいなかったのだと答えた。そしてそれはほんとうのことだった。
何事も彼女をその平静さから脱せさせることはできなかった。ある日彼女の化粧最中に、アルコールランプが破裂した。たちまちのうちに彼女は炎に包まれた。女中は助けを呼びながら逃げ出した。ブラウンは面喰って、あわてだし叫び声をたてて、気を失わんばかりだった。アンナは化粧版の留め金を引きちぎり、燃えだしてる裳衣を腰からすべり落として、それを足にふまえた。クリストフが狼狽して、愚かにも水差をつかんでかけつけて来ると、アンナは椅子の上にのぼり、両腕を裸にし下裳だけの姿で、火の移ってる窓掛を両手で平然ともみ消していた。彼女は火傷をしたが、そのことはなんとも言わないで、ただそんな身裳のところを見られたことを嫌がったらしかった。そして顔を赤らめ、両腕で無器用に肩を隠して、体面を傷つけられたような様子で、隣の室に逃げ込んだ。クリストフは彼女の落ち着きを感嘆した。しかしその落ち着きが、彼女の勇気を証するかあるいは無感覚を証するかは、彼にもわからなかった。彼は無感覚のほうだと思いがちだった。実際彼女は、何物にも、他人にも自分自身にも、無関心でいるかのようだった。彼女には心がないのかしらとクリストフは疑った。
そしてある事実を目撃してからは、もうそんな疑いの余地もなかった。アンナは黒い小さな牝犬を飼っていた。賢そうなやさしい眼をした犬で、家の甘えっ児となっていた。ブラウンはこの犬をたいへんかわいがっていた。クリストフは仕事をするために室にこもるときに、その犬を自分の室へ連れ込んで、扉を閉ざしながら、多くは仕事もしないでいっしょにふざけた。彼が外出するときには、犬は入り口で彼を待ち受けていて、あとについてきた。散歩の道連れが要るからだった。犬は彼の前に駆け出して、飛ぶように早く四足で地面を蹴散らしていった。早いのを得意げにときどき立ち止まった。そして胸をつき出し身をそらして彼をながめた。いつも威張った様子をしていた。木片があると猛烈に吠えたてた。しかし遠くに他の犬を見つけるが早いか、全速力で逃げてきて、クリストフの膝の間に震えながら隠れた。クリストフはこの犬をからかいまたかわいがった。彼は人間から遠退いて以来、動物にいっそう親しい気持がしていた。動物はかわいそうなもののように思えた。憐れな動物は、人物から親切にされるときには、ひどく信頼して身を任せるものである。人は彼らの生をも死をも掌中に握っているので、信頼しきってる弱い彼らを害する者があるとすれば、それはあたかも呪うべき権力の濫用をなすものだと言うべきである。
このおとなしい犬は皆にたいしてやさしかったが、ことにアンナを好んでいた。アンナは別に犬を引きつけようとはしなかったが、ただ喜んで撫でてやり、膝の上にすわらしてやり、食物の世話をしてやり、彼女相当の愛し方をしてやってるようだった。ところがある日、犬は一台の自動車の車輪を避けそこなった。ほとんど飼い主たちの眼前で轢きつぶされた。まだ生きていて悲しげに泣いていた。ブラウンは帽子もかぶらずに家から飛び出した。血まみれの犬を抱き上げて、少なくともその苦痛を和らげてやろうとした。アンナもやって来たが、身をかがめもしないでうちながめ、不快そうに顔を渋めて、立ち去ってしまった。ブラウンは眼に涙を浮かべて、小さな動物の臨終の苦しみを見守った。クリストフは庭の中を大跨に歩き回り、両の拳を握りしめていた。アンナが平然と女中へ用を言いつけてるのが聞こえた。彼は言ってやった。
「あなたは平気なんですか、あなたは?」
彼女は答えた。
「どうにもできないではありませんか。考えないほうがよろしいんです。」
彼は彼女を憎い気がした。それから、返辞の滑稽さにびっくりした。そして笑い出した。悲しい事柄を考えない方法をアンナから教わりたいものだ、と彼は考えた。幸いにも心情を授かっていない人たちには人生は安楽だ、と彼は考えた。ブラウンが死んでもアンナはほとんど平気だろう、などと彼は想像して、結婚していないことをみずから祝した。われわれを憎悪の的とするような者に、あるいは(さらに悪いことには)われわれを眼中に置かないような者に、一生涯われわれを結びつける、この結婚という習慣の連鎖に比ぶれば、自分の寂寞もさほど悲しくないように彼には思われた。まさしくこのアンナはだれをも愛していないのだった。祗虔主義のために干乾びてしまってるのだった。
しかるに十月の末のある日、彼女はクリストフを驚かした。――皆で食卓についていた。クリストフはブラウンとともに、町じゅうの噂となってるある痴情の犯罪について話していた。田舎――において、イタリー人の二人の姉妹の娘が、一人の男に惚れ込んだ。どちらも喜んで自分を犠牲にすることができなかったので、どちらが譲歩するかという籤を引いた。負けたほうはそのままライン河に身を投ずるはずだった。ところがいよいよ籤を引いてから、運拙なかったほうの娘は、やすやすとその決定を承知しようとしなかった。一方の娘はその不信実さに腹をたてた。悪口の言い合いから、ついになぐり合いになり、つぎに刃物沙汰にまでなった。それから突然風向きが変わった。二人は泣きながら抱擁し合い、別々に離れては生きられないと誓った。それでも、二人して情人を共有するだけの諦めはつけられなかったので、情人を殺すことにきめた。そしてそのとおりに行なった。ある夜、二人の恋人は情人を室に呼びよせた。情人は二重の幸運に得意になってやって来た。そして一人の娘が彼を両腕で熱烈に抱きしめてる間に、も一人の娘は同じく熱烈に彼の背中へ短剣を刺し通した。彼の叫び声が漏れ聞こえた。人々はやって来て、憐れな状態になってる彼を二人の恋人の抱擁から引き離した。そして二人を捕縛した。彼女たちは他人の関係したことではないと主張し、事件の関係者は自分たちばかりであって、自分たちのものであるその男を厄介払いしようと心を合わせたとき以来、だれも関与すべきではないと主張した。被害者もその説を承認しがちだった。しかし法廷はそれを理解しなかった。そしてブラウンもやはり理解していなかった。
「そういうのは狂人だ。」と彼は言った。「縛りつけて、瘋癲病院にでも入れるべき代物だ!……恋のために自殺するというのならわかってる。裏切った恋人を殺すというのもわかってる……。わかってるというのは、何も許してやるという意味ではないが、獰猛な遺伝の残り物として是認できる。野蛮ではあるが、理屈にかなってる。自分を苦しめる者を殺すのだから。けれども、恨みも憎しみもない恋人を、単に他にも恋してる者があるからといって殺すのは、まったく狂気の沙汰だ……。ねえクリストフ、君にもわかるだろう。」
「ふーん、僕はいつもわからないのが癖だ。」とクリストフは言った。「恋愛を論ずる者は不条理を論じてるのだ。」
アンナは聞いてもいないかのように黙っていたが、ふいに顔をあげて、いつもの静かな声で言った。
「何にも不条理なことはありません。当然のことですわ。恋をするときには、恋人が他人のものにならないように、それを滅ぼしてしまいたくなるものです。」
ブラウンは呆気にとられて妻をながめた。そしてテーブルをたたき、両腕を組んで言った。
「どこからそんなことを聞いてきたんだい?……なんだって、お前が差し出口をしようというのか。お前に何がわかるものかね。」
アンナは顔を少し赤らめて、口をつぐんだ。ブラウンはなお言った。
「恋するときには滅ぼしたいんだって?……それこそこの上もなく馬鹿げたことだ。自分の大事なものを滅ぼすのは、自分自身を滅ぼすことだ……。まったくその反対さ。愛するときには、自然の感情として、自分によいことをしてくれる者によいことをしてやり、その人を大事にし、その人を保護し、その人に親切をつくし、何事にも親切でありたがるものだ。愛することこそ、地上の楽園だ。」
アンナは影の中に眼をすえながら、彼を勝手に話さしておいた。そして頭を振りながら、冷やかに言った。
「人は愛してるときには親切ではありません。」
クリストフはふたたびアンナが歌うのを聞いてみようとはしなかった。ある幻滅、もしくは何かが……恐れられた。なんであるかは彼にもよくわからなかった。アンナも同じ恐れをいだいていた。彼が演奏し始めるとき、彼女はその客間にいることを避けた。
十一月のある晩、彼は暖炉のそばで書物を読んでいた。見ると、アンナは仕事を膝の上に置いてすわりながら、例の夢想に沈んでいた。彼女は空を見つめていたが、クリストフはその眼つきの中に、あの晩と同じ異様な熱情の輝きが過ぎるのを見たような気がした。彼は書物を閉じた。彼女は見守られてるのを感じて、また仕事の針を運び始めた。その伏せた眼瞼の下から、彼女はやはりすべてのことを見てとっていた。彼は立ち上がって言った。
「いらっしゃい。」
彼女はまだ多少不安の影がさしてる眼を、彼の上にじっとすえ、その意をさとって、彼のあとについていった。
「どこへ行くんだい?」とブラウンは尋ねた。
「ピアノのところへ。」とクリストフは答えた。
彼はひいた。彼女は歌った。すぐに彼は、最初のときと同じ彼女を見出した。彼女はあたかも自分の世界にでもはいり込むように、その悲壮な世界のうちに難なくはいり込んだ。彼はなお試しつづけて、も一つの楽曲をもち出し、つぎにはさらに激烈な楽曲をもち出しながら、彼女のうちに熱情の群れを解き放ち、彼女を興奮させ、みずからも興奮していった。やがて激情の域に達すると、彼はぴたりとひきやめ、彼女と眼を見合わせながら尋ねた。
「結局あなたはどういう人でしょう?」
アンナは答えた。
「自分にもわかりませんわ。」
彼は乱暴に言った。
「そんな歌い方をなさるというのは、いったいあなたの身内には何があるんでしょう?」
彼女は答えた。
「あなたが私に歌わせなさるのですわ。」
「そうですかね? どうもぴったりはまってる。私が作者であるかあなたが作者であるか、わからないくらいです。であなたはこのようなことを考えてるんですか、あなたが?」
「わかりませんわ。歌うときにはもう自分でなくなると思いますの。」
「でも私には、歌っていられるときだけがほんとうのあなたであるように思われるんです。」
二人は口をつぐんだ。彼女の頬は軽く汗ばんでいた。彼女の胸は沈黙のうちに騒ぎたっていた。彼女は蝋燭の光を見つめて、燭台の縁に流れた蝋を無意識にかき取っていた。彼は彼女をながめながら鍵をたたいていた。二人は唐突な荒い調子でぎこちない言葉をなお少しかわした。それから平凡な話をしようとつとめ、つぎには深みへはいるのを恐れてまったく黙り込んでしまった……。
翌日、二人はあまり口がきけなかった。一種の恐れをいだいて、そっと見合っていた。しかし晩になると、いっしょに音楽をやる習慣がついた。やがては午後にもやりだした。そして日ごとにますます募っていった。いつも同じ不可解な熱情が、初めの和音からすぐに彼女をとらえ、頭から足先まで彼女を燃えたたせ、そして音楽がつづいてる間、このつつましい中流婦人を、倨傲なヴィーナスの神となし、人の魂のあらゆる激情の化身となした。
ブラウンは、アンナが突然声楽に熱中しだしたのを驚いたが、そういう女の出来心を説明しようとするだけの労をとらなかった。彼はいつもその小音楽会に臨席し、頭で拍子をとり、自分の意見を述べ、まったく喜びきっていた。それでも実は、もっとやさしい音楽を好んでいた。そんなに力を費やすのは誇張のように思われた。クリストフは空気中に或る危険を嗅ぎ取っていた。しかし彼は眩暈がしていた。通過してきた危機のために弱っていて、抵抗する力がなかった。自分のうちにどういうことが起こってるかを意識しなかったし、アンナのうちにどういうことが起こってるかを洞見しなかった。ある日の午後、熱狂的な情緒に満ちあふれながら、彼女は楽曲の途中で歌いやめ、訳も言わずに室から出ていった。クリストフは彼女を待った。が彼女はもう出て来なかった。三十分ばかりして、彼はアンナの室のそばの廊下を通りかかって、半ば開いてる扉から室の奥に彼女を認めた。彼女は冷えきった顔をして、陰鬱な祈祷にふけっていた。
そのうちに、わずかな――ごくわずかな信頼の念が、二人の間に湧いてきた。彼は彼女に過去のことを話させようとした。彼女はありふれたことしか語らなかった。彼は非常に骨折って、はっきりと個々の事柄を少しずつ聞き出した。そして、ブラウンのごく軽率な好人物的性質のおかげで、その生活の秘奥を垣間見ることができた。
彼女はその町の生まれだった。生家の名前ではアンナ・マリア・サンフルといった。父のマルタン・サンフルは、代々伝わった富裕な古い商家の出で、この家系には、階級的な尊大と宗教的な厳格主義とが、実を結んでいた。冒険的気性の彼は、多くの同郷人と同じく、東洋や南アメリカなど遠い所で幾年も過ごした。自家の商業上の利益や知識欲や自分一個の愉快などに駆られて、アジアの中部に大胆な探険を企てたこともあった。かく世界をころげ回りながら、彼はただに苔を生やさなかったばかりでなく、自分を包んでいた苔をも、あらゆる古い偏見をも、脱ぎ落としてしまった。そして故郷へもどってきて、熱烈な気質と一徹な精神との彼は、一家の者の激しい抗議を受けながらも、初め情婦として会っていた評判の怪しい近在の百姓娘と結婚した。彼はその美しい娘なしではもう済ませなくなったので、結婚はただ彼女を自分のものとしておくための唯一の方法だった。一家の人々は盛んに異議を唱えたが、それも無駄に終わったあとでは、一家の神聖なる権力を認めない彼に向かって、まったく門戸を閉ざしてしまった。町じゅうの者――仲間の精神的品位に関する事柄には、例によって連帯責任を帯びてる態度をとる、相当の人々は皆、この不謹慎な夫婦にたいして、一団となって反対した。世人の偏見に逆らうことは、キリストの信徒の国においてもダライラマの信徒の国におけると同じく、至って危険であるということを、探険家の彼は己が身に悟った。彼は世評を無視し得るほどの強者ではなかった。彼は自分の運命を毀損しただけにとどまらなかった。どこにも仕事を見出さなかった。何事も彼には閉ざされてしまった。彼はその苛酷な町から加えられる侮蔑にたいして、無駄な憤慨ばかりして自身を害した。不節制と焦慮とに痛められた健康は、それをもちこたえることができなかった。彼は結婚後五か月にして卒中で死んだ。善良ではあるがしかし気弱で頭の貧しい細君は、結婚後一日として泣かずに暮らしたことはなかったが、夫の死後四か月たって、アンナをこの世に産み落としながら産褥で死んだ。
マルタンの母親はまだ生きていた。彼女は自分の息子にも、嫁と認めたがらなかったその女にも、彼らの死にぎわにさえ何一つ許さなかった。しかし嫁が亡くなったとき――天の返報が果たされたとき――彼女は子供を引き取って手もとに置いた。彼女は偏狭な信仰をもってる女だった。金持ちでかつ吝嗇であって、その古い町の薄暗い通りに絹布の店を営んでいた。息子の児を、自分の孫としてよりもむしろ、慈悲心から拾い上げられた孤児であり、その代償として半ば召使たるべき者であるとして、取り扱った。それでも注意深い教育を授けてやった。しかし猜疑的な厳格さを失わなかった。あたかもその子供を、両親の罪を負ってる者と見なしてるかのようであり、その罪を子供にまでとがめてやまないかのようだった。なんらの娯楽も許さなかった。身振りや言葉や思想に至るまで、すべてその中にある自然なものはみな、一つの罪悪として追い払った。そしてその若い生命の中の喜悦を滅ぼしてしまった。アンナは早くから、退屈な寺院に連れて行かれるのが習慣となり、しかもその退屈を様子に示さないのが習慣となった。彼女は地獄にあるような恐怖にとり巻かれた。彼女の険しい眼瞼の下の幼い眼は、日曜日ごとに、古い大寺院の入り口で、いろんな像の形のもとに、地獄の恐怖を見てとった。身体をねじまげた無作法な像ばかりで、その膝の間には火が燃えたち、腿には蟇や蛇が匐い上がっていた。彼女は自分の本能を押えつけるのに馴れ、自分自身に嘘をつくのに馴れた。祖母の手助けをするくらいの年齢になると、朝から晩まで、薄暗い店で働かせられた。彼女は周囲を支配してるいろんな習慣に染んだ。秩序や偏屈や倹約や無益な不自由などを重んずる精神、退屈しきってる無関心さ、または、生来宗教的でない人々のうちに宗教的信仰がもたらす自然の結果たる、人生にたいする軽蔑的な陰鬱な観念、などに染んだ。彼女は老祖母の眼にさえ誇張的だと見えたほど、信心に凝り固まった。やたらに断食や苦行を行なった。あるときなんかは、針のついた胸衣を着てみたこともあった。身を動かすごとに針が身体にささった。彼女は真蒼になった。しかし人々にはその理由がわからなかった。しまいに彼女は気絶しかけたので、医者が呼び迎えられた。彼女は診察されるのを拒んだ――(男の前で着物をぬぐくらいならむしろ死ぬほうがよかった)――けれどついに白状した。そして医者から激しく叱りつけられたので、もうふたたびしないと約束した。祖母はいっそう安全にするために、それ以来彼女の身支度を検査することにした。アンナはそういう苦行において、人が想像するような神秘な快楽を覚えてはいなかった。彼女はあまり想像力が豊かでなく、アッシジのフランシスや聖テレサなどの詩は理解できなかったろう。彼女の信心は陰気で物質的だった。彼女が我と我が身を苦しめるのは、来世に期待してる幸運のためにではなく、自分自身にたいする残忍な嫌悪の情からであって、みずからおのれを苦しめてほとんど意地悪い快楽を覚えてるのだった。ただ一つ例外として不思議なことには、祖母と同じく冷酷な彼女の精神は、どれほどの深さまでかは自分にもわからなかったが、音楽にたいして開かれていた。彼女は他の芸術には盲目だった。生涯中に一枚の絵画もよくながめたことがないほどだった。造形美にたいしてはなんらの感覚ももたないらしかった。尊大な故意の無関心さで趣味を欠いていた。美しい身体の観念は、彼女には裸体の観念をしか呼び起こさなかった。言い換えれば、トルストイが語ってる百姓におけるがように、嫌悪の感情をしか呼び起こさなかった。そうした嫌悪の情がアンナにはことに強かったわけは、自分の気に入った人たちとの関係において、審美的批判の穏やかな印象よりも、欲望の暗黙な針のほうをより多く、人知れず見てとっていたからである。彼女は自分自身の美貌については、自分の抑圧されてる本能の力についてと同じく、少しも気づいてはいなかった。否むしろ、それに気づこうとはしなかった。そして内心を偽る習慣によって、おのれを欺くことができたのだった。
ブラウンはある結婚の宴会で彼女と出会った。彼女がそういう席に列してるのは例外だった。なぜなら、素性のよくないために引きつづき悪評をになっていて、ほとんど招待を受けたことがなかったのである。彼女は二十二歳になっていた。ブラウンは彼女に注目した。と言って彼女のほうから、彼に注目されようとつとめはしなかった。食卓で彼のそばにすわって、ぎこちない栄えない様子をして、口を開いて話そうともほとんどしなかった。しかしブラウンは食事中、たえず彼女と話しつづけて、言い換えれば一人で話しつづけて、心酔しながら帰ってきた。彼はありふれた洞察力によって、隣席の娘の初心な純潔の様子に心を打たれたのだった。彼女の良識と沈着とに感心したのだった。また彼女のりっぱな健康と彼女がもっていそうに思われる堅実な主婦的特長とを尊重した。彼はその祖母を訪問し、それを繰り返し、結婚の申し込みをし、そして承諾された。嫁入り財産はなかった。サンフル老夫人は商業上の仕事のために、家の財産をすべて町に遺贈してしまっていた。
この若い細君は、いかなるときも夫にたいして愛情をいだいたことがなかった。愛情などという考えは、正直な生活においては問題とすべきものではなく、むしろ悪いこととして遠ざくるべきものである、というように彼女には思われた。しかし彼女はブラウンの温情の価値を知っていた。怪しい素性にもかかわらず結婚してもらったことを、それと様子には示さなかったが心に感謝していた。そのうえ彼女は、夫婦生活の体面に関する強い感情をもっていた。結婚して七年にもなるのに、彼らの結合は何からも乱されはしなかった。彼らは相並んで生活し、少しもたがいに理解せず、しかもそんなことに少しも気をもまなかった。世間の眼から見れば、模範的な世帯の見本だった。彼らはあまり外出しなかった。ブラウンはかなり多くの患家をもっていたが、そこに妻を受けいれさせることができなかった。彼女は人から喜ばれなかった。そして出生の汚点がまだすっかりは消えていなかった。アンナのほうでも、受けいれられるための努力を少しもしなかった。自分の幼年時代を悲しいものとなした他人の軽蔑にたいして、恨みの念をいだいていた。それから彼女は世間に出て窮屈な思いをしてきて、人に忘られることを悲しみはしなかった。彼女は夫の関係上やむを得ない方面だけ、訪問したり訪問されたりしていた。訪れてくる女たちは、好奇心の強い悪口好きの下等な中流人だった。彼女らの饒舌はアンナには少しも興味がなかった。彼女は自分の無関心さを隠すだけの労もとらなかった。それこそ許されないことだった。かくて訪問客はまれになってき、彼女は一人ぽっちになった。それが彼女の望むところだった。彼女がくり返し味わってる夢想を、また彼女の肉体の人知れぬどよめきを、もう何物も乱しに来ようとはしなかった。
数週間以来、アンナは苦しんでるようだった。顔は肉が落ちてきた。クリストフやブラウンの前を避けた。自分の室にこもって日々を過ごした。一人考えに沈んでいた。話しかけられても返辞をしなかった。ブラウンは例によって、女のそういう気まぐれをあまり気にかけなかった。そしてそれをクリストフに説明してやるほどだった。女から騙されるときまってるたいていの男と同様に、彼も女というものをよく知ってると自惚れていた。そして実際かなりよく知っていた。がそれはなんの役にもたたないのである。女はしばしば頑固な夢想や執拗な敵対的な沈黙などの発作を起こすものだ、ということを彼は知っていた。そういう場合には女を静かにさしておいて、その精神が浸ってる無意識的な危険な世界に、光を投じようとしてはいけないし、ことに女自身で光を投じさせようとしてはいけない、と彼は考えていた。それでも彼は、アンナの健康を心配しだした。そして彼女の衰弱は、けっして町から外に出ずに、ほとんど家から外へも出ずに、いつも閉じこもってばかりいる、その生活状態から来たものだと判断した。そして彼女を散歩させたがった。しかし彼はほとんどその供をすることができなかった。日曜日には、彼女は信仰上の務めに縛られていた。他の日には、彼のほうで診察の用務があった。クリストフのほうは、彼女といっしょに外出するのを避けていた。一、二度二人はいっしょに、町はずれまで短い散歩をしたことがあった。そして飽き飽きしてしまった。話は途絶えがちだった。アンナには自然も存在していないかのようだった。彼女は何にも眼にとめなかった。彼女にとってはどの土地も草と石ばかりだった。彼女の無感覚さは人をぞっとさせるほどだった。クリストフは彼女に美しい景色を嘆賞させようとつとめた。すると彼女はうちながめて、冷やかに微笑み、彼を不快がらせまいと努力しながら言った。
「ええ、ほんとに妙ですこと……。」
それはたとえばこう言うのと同じだった。
「たいへん日が当たっていますわね。」
D'irritation, Christophe s'était enfoncé les ongles dans la paume des mains. Depuis, il ne lui demandait plus rien; et lorsqu'elle sortait, il trouvait un prétexte pour rester chez lui.
En réalité, il était faux qu'Anna fût insensible à la nature. Elle n'aimait pas ce qu'on est convenu d'appeler les beaux paysages: elle ne les distinguait pas des autres. Mais elle aimait la campagne, n'importe laquelle—la terre et l'air. Seulement, elle ne s'en doutait pas plus que de ses autres sentiments forts; et qui vivait avec elle s'en doutait encore moins.
À force d'insister, Braun décida sa femme à faire une course d'une journée aux environs. Elle céda par ennui, afin d'avoir la paix. On arrangea la promenade pour un dimanche. Au dernier moment, le docteur, qui s'en faisait une joie enfantine, fut retenu par un cas de maladie urgente. Christophe partit avec Anna.
Beau temps d'hiver sans neige: air pur et froid, ciel clair, grand soleil, avec une bise glacée. Ils prirent un petit chemin de fer local, qui rejoignait une de ces lignes de collines bleues formant autour de la ville une lointaine auréole. Leur compartiment était plein; ils furent séparés l'un de l'autre. Ils ne se parlaient pas. Anna était sombre: la veille, elle avait déclaré, à la surprise de Braun, qu'elle n'irait pas au culte du lendemain. Pour la première fois de sa vie, elle y manquait. Était-ce une révolte?... Qui eût pu dire les combats qui se livraient en elle? Elle regardait fixement la banquette devant elle; elle était blême...
Ils descendirent du train. Leur froideur ennemie ne se dissipa point, durant le commencement de la promenade. Ils marchaient côte à côte; elle allait d'un pas ferme, ne faisant attention à rien; elle avait les mains libres; ses bras se balançaient; ses talons sonnaient sur la terre gelée.—Peu à peu, sa figure s'anima. La rapidité de sa marche rougissait ses joues pâles. Sa bouche s'entr'ouvrait pour boire la fraîcheur de l'air. Au détour d'un sentier qui montait en lacets, elle se mit a escalader la colline, en ligne droite, comme une chèvre; le long d'une carrière, au risque de tomber, elle s'accrochait aux arbustes. Christophe la suivit. Elle grimpait plus vite, glissant, se rattrapant, avec les mains, aux herbes. Christophe lui cria de s'arrêter. Elle ne répondit pas, et continua de monter, courbée à quatre pattes. Ils traversèrent les brouillards qui traînaient au-dessus de la vallée, comme une gaze argentée, se déchirant aux buissons; ils se trouvèrent dans le chaud soleil d'en haut. Arrivée au sommet, elle se retourna; sa figure s'était éclairée; sa bouche, ouverte, respirait. Elle regarda, ironique, Christophe qui gravissait la pente, enleva son manteau, le lui jeta au nez, puis, sans attendre qu'il soufflât, elle reprit sa course. Christophe lui fit la chasse. Ils prenaient goût au jeu; l'air les grisait. Elle se lança sur une pente rapide; les pierres roulaient sous ses pieds; elle ne trébuchait point, elle glissait, sautait, filait comme une flèche. De temps en temps, elle jetait un coup d'œil en arrière, pour mesurer l'avance qu'elle avait sur Christophe. Il se rapprochait d'elle. Elle se jeta dans un bois. Les feuilles mortes craquaient sous leurs pas; les branches qu'elle avait écartées le fouettaient au visage. Elle butta contre les racines d'un arbre. Il la saisit. Elle se débattit, luttant des pieds et des mains, lui donnant de forts coups, cherchant à le faire tomber; elle criait et riait. Sa poitrine haletait, appuyée contre lui; leurs joues se frôlèrent; il but la sueur qui mouillait les tempes d'Anna; il respira l'odeur de ses cheveux humides. D'une robuste poussée, elle se dégagea, et le regarda, sans trouble, de ses yeux qui le défiaient. Il était stupéfait de la force qui était en elle, et dont elle ne faisait rien dans la vie ordinaire.
Ils allèrent au prochain village, foulant allègrement le chaume sec, qui rebondissait sous leurs pas. Devant eux s'envolaient les corbeaux qui fouillaient les champs. Le soleil brûlait, et la bise mordait. Christophe tenait le bras d'Anna. Elle avait une robe peu épaisse; il sentait sous l'étoffe le corps moite et baigné de chaleur. Il voulut qu'elle remît son manteau; elle refusa et, par bravade, défit l'agrafe du col. Ils s'attablèrent à une auberge, dont l'enseigne portait l'image d'un «homme sauvage» (Zum wilden Mann). Devant la porte, poussait un petit sapin. La salle était décorée de quatrains allemands, de deux chromos, l'une sentimentale: Au printemps (Im Frühling), l'autre patriotique: La bataille de Saint-Jacques, et d'un crucifix avec un crâne au pied de la croix. Anna avait un appétit vorace, que Christophe ne lui connaissait pas. Ils burent gaillardement du petit vin blanc. Après le repas, ils repartirent à travers champs, comme deux bons compagnons. Nulle pensée équivoque. Ils ne songeaient qu'au plaisir de la marche, de leur sang qui chantait, de l'air qui les fouettait. La langue d'Anna s'était déliée. Elle ne se méfiait plus; elle disait, au hasard, tout ce qui lui venait à l'esprit.
Elle parla de son enfance: sa grand'mère l'emmenait chez une amie qui habitait près de la cathédrale; tandis que les vieilles dames causaient, on l'envoyait dans le grand jardin, sur lequel pesait l'ombre du Münster. Elle s'asseyait dans un coin et elle ne bougeait plus; elle écoutait les frémissements des feuilles, elle épiait le fourmillement des insectes; et elle avait plaisir et peur.—Elle omettait de dire qu'elle avait peur des diables: son imagination en était obsédée; on lui avait conté qu'ils rôdaient autour des églises, sans oser y entrer; et elle croyait les voir sous la forme des bêtes: araignées, lézards, fourmis, tout le petit monde difforme qui grouillait sous les feuilles, sur la terre, ou dans les fentes des murs.—Ensuite, elle parla de la maison où elle vivait, de sa chambre sans soleil; elle s'en souvenait avec plaisir; elle y passait des nuits sans dormir, à se raconter des choses...
—Quelles choses?
—Des choses folles.
—Racontez.
Elle secoua la tête, pour dire que non.
—Pourquoi?
Elle rougit, puis rit, et ajouta:
—Et aussi le jour, pendant que je travaillais.
Elle y pensa un moment, rit de nouveau, et conclut:
—C'étaient des choses folles, des choses mauvaises.
Il dit, en plaisantant:
—Vous n'aviez donc pas peur?
—De quoi?
—D'être damnée?
Sa figure se glaça.
—Il ne faut pas parler de cela, dit-elle.
Il détourna la conversation. Il admira la force qu'elle avait montrée tout à l'heure, en luttant. Elle reprit son expression confiante et raconta ses prouesses de fillette—(elle disait: «de garçon», car, lorsqu'elle était enfant, elle eût voulu se mêler aux jeux et aux batailles des garçons).—Une fois, se trouvant avec un petit camarade, plus grand qu'elle de la tête, elle lui avait brusquement lancé un coup de poing, espérant qu'il répondrait. Mais il s'était sauvé, en criant qu'elle le battait. Une autre fois, à la campagne, elle avait grimpé sur le dos d'une vache noire qui paissait; la bête effarée l'avait jetée contre un arbre; Anna avait failli se tuer. Elle s'avisa aussi de sauter par la fenêtre d'un premier étage, parce qu'elle s'était défiée elle-même de le faire; elle eut la chance d'en être quitte, avec une entorse. Elle inventait des exercices bizarres et dangereux, quand on la laissait seule à la maison; elle soumettait son corps à des épreuves étranges et variées.
—Qui croirait cela de vous, dit-il, quand on vous voit si grave?...
—Oh! dit-elle, si l'on me voyait, certains jours dans ma chambre, quand je suis seule?
—Quoi! encore à présent?
Elle rit. Elle lui demanda—sautant d'un sujet à l'autre—s'il chassait. Il protesta que non. Elle dit qu'elle avait une fois tiré un coup de fusil sur un merle et qu'elle l'avait touché. Il s'indigna.
—Bon! dit-elle, qu'est-ce que cela fait?
—Vous n'avez donc pas de cœur?
—Je n'en sais rien.
—Ne pensez-vous pas que les bêtes sont des êtres comme nous?
—Si, dit-elle. Justement, je voulais vous demander: est-ce que vous croyez que les bêtes ont une âme?
—Oui, je le crois.
—Le pasteur dit que non. Et moi, je pense qu'ils en ont une. D'abord, ajouta-t-elle avec un grand sérieux, je crois que j'ai été animal, dans une vie antérieure.
Il se mit à rire.
—Il n'y a pas de quoi rire, dit-elle. (Elle riait aussi.) C'est là une des histoires que je me racontais, lorsque j'étais petite. Je m'imaginais être chat, chien, oiseau, poulain, génisse. Je me sentais leurs désirs. J'aurais voulu être, une heure, dans leur poil ou leur plume; il me semblait que j'y étais. Vous ne comprenez pas cela?
—Vous êtes une étrange bête. Mais si vous vous sentez cette parenté avec les bêtes, comment pouvez-vous leur faire du mal?
—On fait toujours du mal à quelqu'un. Les uns me font du mal, je fais du mal à d'autres. C'est dans l'ordre. Je ne me plains pas. Il ne faut pas être si douillet, dans la vie! Je me fais bien du mal à moi, par plaisir!
—À vous?
—À moi. Regardez. Un jour, avec un marteau, je me suis enfoncé un clou dans cette main.
—Pourquoi?
—Pour rien.
(Elle ne disait pas qu'elle avait voulu se crucifier.)
—Donnez-moi la main, dit-elle.
—Qu'en voulez-vous faire?
—Donnez.
Il lui donna la main. Elle la saisit et la serra, à le faire crier. Ils jouèrent, comme deux paysans, à se faire le plus de mal possible. Ils étaient heureux, sans arrière-pensée. Tout le reste du monde, les chaînes de leur vie, les tristesses du passé, l'appréhension de l'avenir, l'orage qui s'amassait en eux, tout avait disparu.
Ils avaient fait plusieurs lieues; ils ne sentaient point la fatigue. Brusquement, elle s'arrêta, elle se jeta par terre, s'étendit sur les chaumes, ne dit plus rien. Couchée sur le dos, les bras derrière la tête, elle regardait le ciel. Quelle paix! Quelle douceur!... À quelques pas, une fontaine cachée sourdait, d'un jet intermittent, comme une artère qui bat, tantôt faible, tantôt plus forte. L'horizon était nacré. Une buée flottait sur la terre violette, d'où montaient les arbres nus et noirs. Soleil de fin d'hiver, jeune soleil blond pâle qui s'endort. Comme des flèches brillantes, des oiseaux fendaient l'air. Les voix gentilles des cloches paysannes s'appelaient, se répondaient, de village en village... Assis près d'elle, Christophe contemplait Anna. Elle ne songeait pas à lui. Sa belle bouche riait en silence. Il pensait:
—Est-ce bien vous? Je ne vous reconnais plus.
—Moi non plus, moi non plus. Je crois que je suis une autre. Je n'ai plus peur; je n'ai plus peur de Lui... Ah! comme Il m'étouffait, comme Il m'a fait souffrir! Il me semble que j'étais clouée dans mon cercueil.... Maintenant, je respire; ce corps, ce cœur est à moi. Mon corps. Mon libre corps. Mon libre cœur. Ma force, ma beauté, ma joie! Et je ne les connaissais pas, je ne me connaissais pas! Qu'aviez-vous fait de moi?...»
Ainsi, il croyait l'entendre soupirer doucement. Mais elle ne pensait à rien, sinon qu'elle était heureuse, et que tout était bien.
Le soir tombait déjà. Sous des rideaux de brume grise et lilas, dès quatre heures, le soleil, fatigué de vivre, disparaissait. Christophe se leva, et s'approcha d'Anna. Il se pencha sur elle. Elle tourna vers lui son regard, encore plein du vertige du grand ciel sur lequel elle était suspendue. Quelques secondes passèrent avant qu'elle le reconnût. Alors, ses yeux le fixèrent avec un sourire énigmatique, qui lui communiqua leur trouble. Afin d'y échapper, un instant il ferma les yeux. Quand il les rouvrit, elle le regardait toujours; et il lui parut qu'il y avait des jours qu'ils se regardaient ainsi. Ils lisaient dans l'âme l'un de l'autre. Mais ils ne voulurent pas savoir ce qu'ils avaient lu.
Il lui tendit la main. Elle la prit, sans un mot. Ils revinrent au village, dont on voyait là-bas, dans le creux du vallon, les tours coiffées en as de pique; l'une d'elle portait sur le faîte de son toit de tuile moussue, comme une toque sur le front, un nid vide de cigogne. Au carrefour de deux chemins, près de l'entrée du village, ils passèrent devant une fontaine sur laquelle une petite sainte catholique, une Madeleine en bois, gracieuse, un peu mignarde, se tenait debout, tendant les bras. Répondant à son geste, Anna, d'un mouvement instinctif, lui tendit ses bras aussi, et, montant sur la margelle, elle remplit les mains de la jolie déesse avec des branches de houx et des grappes de sorbiers aux baies rouges, que le bec des oiseaux et le gel avaient épargnées.
Ils croisaient sur la route des groupes de paysans et de paysannes endimanchés. Des femmes à la peau très brune, aux joues très colorées, avec d'épais chignons, enroulés en coquilles, robes claires, chapeaux fleuris. Elles avaient des gants blancs et des poignets rouges. Elles chantaient des chants honnêtes, avec des voix aiguës, placides, pas très justes. À l'intérieur d'une étable, une vache meuglait. Un enfant qui avait la coqueluche toussait dans une maison. D'un peu plus loin venaient des sons de clarinette nasillarde et de cornet à piston. On dansait sur la place du village, entre le cabaret et le cimetière. Juchés sur une table, quatre musiciens jouaient. Anna et Christophe s'assirent devant l'auberge et regardèrent les danseurs. Les couples se heurtaient et s'apostrophaient à grand bruit. Les filles poussaient des cris, pour le plaisir de crier. Les buveurs marquaient la mesure sur les tables, avec leurs poings. En un autre temps, cette joie lourde eût dégoûté Anna; ce soir, elle en jouissait; elle avait ôté son chapeau, et regardait, la figure animée. Christophe pouffait de la gravité burlesque de la musique et des musiciens. Il chercha dans ses poches, prit un crayon et, sur l'envers d'une note d'auberge, il se mit à tracer des barres et des points: il écrivait des danses. La feuille fut bientôt remplie; il en demanda d'autres, qu'il couvrit, comme la première, de sa grosse écriture impatiente et maladroite. Anna, la joue près de la sienne, lisait par-dessus son épaule, chantonnant à mi-voix; elle tâchait de deviner la fin des phrases, et elle battait des mains, quand elle avait deviné, ou quand ses prévisions étaient déroutées par une saillie inattendue. Après avoir fini, Christophe porta aux musiciens ce qu'il venait d'écrire. C'étaient de braves Souabes, qui savaient leur métier: ils déchiffrèrent sans broncher. Les airs avaient un humour sentimental et burlesque, avec des rythmes heurtés, comme ponctués d'éclats de rire. Impossible de résister à leur impétueuse bouffonnerie: les jambes dansaient malgré soi. Anna se jeta dans la ronde, elle saisit au hasard deux mains, elle tourna comme une folle; une épingle d'écaille sauta de ses cheveux; des boucles se défirent et tombèrent sur ses joues. Christophe ne la quittait pas des yeux; il admirait ce bel animal robuste, qu'une discipline impitoyable avait condamné jusque-là au silence et à l'immobilité; elle lui apparaissait comme nul ne l'avait vue, comme elle était réellement sous le masque emprunté: une Bacchante, ivre de force. Elle l'appela. Il courut à elle et l'empoigna. Ils dansèrent, jusqu'à ce qu'ils allassent se jeter, en tournant, contre un mur. Ils s'arrêtèrent, étourdis. La nuit était complète. Ils se reposèrent un moment, puis prirent congé de la compagnie. Anna, d'ordinaire si roide avec les gens du peuple, par gêne ou par mépris, tendit la main gentiment aux musiciens, à l'hôte, aux garçons du village, à côté de qui elle était dans la ronde.
Ils se retrouvèrent seuls, sous le ciel brillant et glacé, refaisant à travers champs le chemin qu'ils avaient suivi le matin. Anna était encore tout animée. Peu à peu, elle parla moins, puis elle cessa de parler, prise par la fatigue ou par l'émotion mystérieuse de la nuit. Elle s'appuyait affectueusement sur Christophe. En redescendant la pente qu'elle avait grimpée, quelques heures avant, elle soupira. Ils arrivaient à la station. Près de la première maison, il s'arrêta pour la regarder. Elle le regarda aussi, et lui sourit avec mélancolie.
Dans le train, même foule qu'en venant. Ils ne purent causer. Assis en face d'elle, il la couvait des yeux. Elle avait les yeux baissés; elle les leva vers lui; puis elle les détourna, et il ne parvint plus à les attirer de son côté. Elle regardait dehors, dans la nuit. Un vague sourire flottait sur ses lèvres, avec un peu de fatigue aux coins. Puis, le sourire disparut. L'expression devint morne. Il crut qu'elle s'endormait dans le rythme du train, et il essaya de lui parler. Elle répondit froidement, d'un mot, sans tourner la tête. Il tâcha de se persuader que la fatigue était cause de ce changement; mais il savait bien que la raison était autre. À mesure qu'on se rapprochait de la ville, il voyait le visage d'Anna se figer, la vie s'éteindre, ce beau corps à la grâce sauvage rentrer dans sa gaine de pierre. En descendant du wagon, elle ne s'appuya pas sur la main qu'il lui tendait. Ils revinrent en silence.
Quelques jours après, vers quatre heures du soir, ils étaient seuls ensemble. Braun était sorti. Depuis la veille, la ville était enveloppée dans un brouillard vert pâle. Le grondement du fleuve invisible montait. Les éclairs des trams électriques éclataient dans la brume. La lumière du jour s'éteignait, étouffée; elle ne semblait plus d'aucun temps: c'était une de ces heures où se perd toute conscience du réel, une heure qui est hors des siècles. Après la brise mordante des jours précédents, l'air humide, subitement adouci, était devenu tiède et mou. La neige gonflait le ciel, qui ployait sous le poids.
Ils étaient seuls ensemble, dans le salon dont le goût froid et étriqué reflétait celui de la maîtresse. Ils ne disaient rien. Il lisait. Elle cousait. Il se leva et alla à la fenêtre; il appuya sa grosse figure contre les carreaux, et resta à rêver; cette lumière blafarde qui se répercutait du ciel sombre à la terre livide lui causait un étourdissement; sa pensée était inquiète; il essayait de la fixer: elle lui échappait. Une angoisse l'envahit: il se sentait engloutir; et dans le vide de son être, du fond des ruines amoncelées, un vent brûlant se levait en lents tourbillons. Il tournait le dos à Anna. Elle ne le voyait pas, elle s'absorbait dans sa tâche; mais un frisson lui passait par le corps; elle se piqua plusieurs fois avec son aiguille, elle ne le sentit point. Ils étaient tous les deux fascinés par l'approche du danger.
Il s'arracha de son engourdissement et fit quelques pas à travers la chambre. Le piano l'attirait et lui faisait peur. Il évitait de le regarder. En passant à côté, sa main ne put résister; elle toucha une note. Le son vibra comme une voix. Anna tressaillit et laissa tomber son ouvrage. Déjà Christophe s'était assis et jouait. Il perçut, sans la voir, qu'Anna s'était levée, qu'elle venait, qu'elle était là. Avant de se rendre compte de ce qu'il faisait, il reprit l'air religieux et passionné qu'elle avait chanté, la première fois qu'elle s'était révélée à lui; il improvisa sur le thème de fougueuses variations. Sans qu'il eût dit un mot, elle commença à chanter. Ils perdirent le sentiment de ce qui les entourait. La frénésie sacrée de la musique les emporta dans ses serres....
Ô musique, qui ouvres les abîmes de l'âme! Tu ruines l'équilibre habituel de l'esprit. Dans la vie ordinaire, les âmes ordinaires sont des chambres fermées. Se fanent, au dedans, les forces sans emploi, les vertus et les vices dont l'usage nous gêne; la sage raison pratique, le lâche sens commun, tiennent les clefs de la chambre. Ils n'en montrent que quelques placards, bourgeoisement rangés. Mais la musique tient le magique rameau qui fait tomber les serrures. Les portes s'ouvrent. Les démons du cœur paraissent. Et l'âme se voit nue...—Tant que chante la sirène, le dompteur tient sous son regard les fauves. La puissante raison d'un grand musicien fascine les passions qu'il déchaîne. Mais quand la musique s'est tue, quand le dompteur n'est plus là, les passions qu'il a réveillées rugissent dans la cage ébranlée, et elles cherchent leur proie...
La mélodie finit. Silence... Elle avait, en chantant, appuyé sa main sur l'épaule de Christophe. Ils n'osaient plus remuer; et ils tremblaient... Soudain—ce fut un éclair—elle se pencha sur lui, il se leva vers elle; leurs bouches se joignirent; son souffle entra en lui...
Elle le repoussa et s'enfuit. Il resta sans bouger, dans l'ombre. Braun rentra. Ils se mirent à table. Christophe était incapable de penser. Anna semblait absente; elle regardait «ailleurs». Peu après le souper, elle alla dans sa chambre. Christophe, qui n'aurait pu rester seul avec Braun, se retira aussi.
Vers minuit, le docteur, déjà couché, fut appelé auprès d'un malade. Christophe l'entendit descendre l'escalier et sortir. Il neigeait depuis six heures. Les maisons et les rues étaient ensevelies. L'air comme rembourré d'ouate. Ni pas, ni voitures au dehors. La ville semblait morte. Christophe ne dormait pas. Il sentait une terreur, qui croissait de minute en minute. Il ne pouvait bouger: cloué dans son lit, sur le dos, les yeux ouverts. Une clarté métallique, qui sortait de la terre et des toits blancs, frottait les parois de la chambre.... Un bruit imperceptible le fit tressaillir. Il fallait son oreille fiévreuse pour l'entendre. Un frôlement sur le plancher du couloir. Christophe se dressa dans son lit. Le bruit léger se rapprocha, s'arrêta; une planche craqua. On était derrière la porte; on attendait.... Immobilité complète, pendant plusieurs secondes, plusieurs minutes peut-être... Christophe ne respirait plus, il était baigné de sueur. Des flocons de neige, au dehors, effleuraient la vitre, comme une aile. Une main tâtonna sur la porte, qui s'ouvrit. Sur le seuil, une blancheur apparut, s'avança lentement; à quelques pas du lit, fit une pause. Christophe ne distinguait rien; mais il l'entendait respirer, et son propre cœur qui battait... Elle vint près du lit. Elle s'arrêta encore. Leurs visages étaient si près que leurs haleines se mêlaient. Leurs regards se cherchaient, sans se trouver, dans l'ombre.... Elle tomba sur lui. Ils s'étreignirent en silence, sans un mot, avec rage....
Une heure, deux heures, un siècle après. La porte de la maison s'ouvrit. Anna se détacha de l'étreinte qui les nouait, glissa du lit, et quitta Christophe, sans une parole, comme elle était venue. Il entendit ses pieds nus s'éloigner, frôlant le parquet de leur toucher rapide. Elle regagna sa chambre, où Braun la trouva couchée, paraissant dormir. Ainsi, elle resta toute la nuit, les yeux ouverts, sans un souffle, immobile, dans le lit étroit, près de Braun endormi. Que de nuits elle avait déjà passées ainsi!
Christophe ne dormit pas non plus. Il était désespéré. Cet homme apportait aux choses de l'amour et surtout du mariage un sérieux tragique. Il haïssait la légèreté de ces écrivains, dont l'art se fait un piment de l'adultère. L'adultère lui inspirait une répulsion, où se combinaient sa brutalité plébéienne et sa hauteur morale. Il éprouvait tout ensemble un respect religieux et un dégoût physique pour la femme qui appartient à un autre. La promiscuité de chiens où vit une certaine élite européenne lui soulevait le cœur. L'adultère, consenti par le mari, est une ordure; à l'insu du mari, c'est un mensonge ignoble de valet crapuleux, qui se cache pour trahir et pour salir son maître. Que de fois il avait méprisé sans pitié ceux qu'il avait vus coupables de cette lâcheté! Il avait rompu avec des amis qui s'étaient ainsi déshonorés à ses yeux... Et voici qu'à son tour, il s'était souillé de la même ignominie! Les circonstances de son crime le rendaient plus odieux. Il était venu dans cette maison, malade et misérable. Un ami l'avait recueilli, secouru, consolé. Jamais sa bonté ne s'était démentie. Rien ne l'avait lassée. Il lui devait de vivre encore. Et en reconnaissance, il venait de lui voler son honneur et son bonheur, son humble bonheur domestique! Il l'avait trahi bassement, et avec qui? Avec une femme qu'il ne connaissait pas, qu'il ne comprenait pas, qu'il n'aimait pas... Qu'il n'aimait pas? Tout son sang se révolta. L'amour était un mot trop faible pour exprimer le torrent de feu qui le brûlait, dès qu'il pensait à elle. Ce n'était pas de l'amour, et c'était mille fois plus que l'amour... Il passa la nuit dans une tempête. Il se levait, il se trempait la figure dans l'eau glacée, il étouffait et il frissonnait. La crise se termina par un accès de fièvre.
Quand il se leva, brisé, il pensa combien elle devait être, plus encore que lui, accablée de honte. Il alla à sa fenêtre. Le soleil brillait sur la neige éblouissante. Dans le jardin, Anna étendait du linge sur une corde. Attentive à sa tâche, rien ne semblait la troubler. Elle avait une dignité de démarche et de gestes qui lui était nouvelle et qui lui faisait trouver, sans y penser, des mouvements de statue.
Au dîner de midi, ils se revirent. Braun était absent, pour toute la journée. Jamais Christophe n'eût supporté de se rencontrer avec lui. Il voulait parler à Anna. Mais ils n'étaient pas seuls: la domestique allait et venait; ils devaient se surveiller. Christophe cherchait en vain le regard d'Anna. Elle ne le regardait pas. Nul indice de trouble, et toujours dans ses moindres mouvements, cette assurance et cette noblesse inhabituelles. Après dîner, il espéra qu'ils pourraient enfin causer; mais la domestique s'attardait à desservir; et lorsqu'ils passèrent dans la chambre voisine, elle s'arrangea de façon à les y suivre; elle avait toujours quelque chose à prendre ou à rapporter; elle furetait dans le corridor, près de la porte entr'ouverte, qu'Anna ne se pressait point de fermer: on eût dit qu'elle les épiait. Anna s'assit près de la fenêtre, avec son éternel ouvrage. Christophe, enfoncé dans un fauteuil, le dos tourné au jour, avait un livre ouvert, qu'il ne lisait pas. Anna, qui pouvait l'entrevoir de profil, aperçut d'un coup d'œil son visage tourmenté, qui regardait le mur; et elle sourit, cruelle. Du toit de la maison, de l'arbre du jardin, la neige qui fondait s'égouttait sur le sable avec un tintement fin. Au loin, des rires d'enfants qui se poursuivaient dans la rue, à coup de boules de neige. Anna semblait assoupie. Le silence torturait Christophe; il eût crié de souffrance.
Enfin, la domestique descendit à l'étage au-dessous, et sortit de la maison. Christophe se leva, il se tourna vers Anna, il allait dire:
—Anna! Anna! qu'avons-nous fait?
クリストフはいらだって、爪が掌にくい込むほど拳を握りしめた。それからはもう何にも尋ねなかった。そして彼女が外出するときには、何か口実を設けて家に残っていた。
実を言えば、アンナが自然について無感覚であるというのは嘘であった。彼女は人が一般に美しい景色と呼ぶものを好まなかった。それと他の景色とを区別しなかった。そして田舎でさえあればどんな田舎でもそれを――土地と空気とを――好んでいた。ただ彼女は、自分の他の強い感情に気づいていないと同様に、そのことにも気づいていなかった。そして彼女といっしょにいる者も、なおさらそのことに気づかなかった。
ブラウンはしつっこく言い張って、一日の郊外遠足を妻にさせることにした。彼女はうるさくなって平和を得るために譲歩した。その散策は日曜日にきめられた。ところがその間ぎわになって、子供らしく喜んでいた医者のブラウンは、急病患者のために引き止められた。クリストフとアンナとは出かけた。
雪のない冬の晴天、清い冷やかな空気、澄みきった空、輝いてる太陽、寒い北風があった。二人は小さな地方鉄道に乗った。町の周囲に遠い円光の形をしてる青い丘陵の幾筋、その一つと合してる鉄道だった。二人が乗り込んだ車室はいっぱいだった。二人はたがいに別々になった。言葉を交じえなかった。アンナは陰気な様子をしていた。前日彼女は、ブラウンが非常に驚いたことには、明日の礼拝には行かないと言い出した。生涯に初めて欠席するのだった。それは一つの反抗だったろうか?……彼女のうちに行なわれた闘いを誰が言い得よう? 彼女は自分の前の腰掛をじっと見つめていた。蒼ざめていた……。
二人は汽車から降りた。敵対的な冷淡さは、散歩の初めの間少しも消えなかった。二人は並んで歩いた。彼女はしっかりした足取りで歩み、何事にも注意を払わず、両手は空だった。その腕はぶらぶら打ち振られ、その踵は凍った地面の上に音をたてた。――少しずつ、彼女の顔は生き生きとしてきた。早く歩いてるために、その蒼白い頬に赤みがさしてきた。その口は爽かな空気を吸うために開いてきた。曲がりくねって上ってる小径の角のところに行くと、彼女は山羊のように一直線に丘をよじ登り始めた。ころげ落ちる危険を冒して石坑にそい、灌木につかまっていった。クリストフもあとにつづいた。彼女はすべったり両手で草にすがりついたりして、彼より早く登っていった。クリストフは待ってくれと呼びかけた。彼女はそれに返辞もせずに、四つ匐になって登りつづけた。二人は木の茂みに引っかかれるのも構わずに、銀色のガスのように谷の上に漂ってる霧の中を横ぎった。上の方に行くと暖かい日の光の中に出た。頂上に達して彼女は振り向いた。その顔は輝いていた。口はうち開いて息をしていた。彼女は皮肉な眼つきで、坂をよじ登ってくるクリストフをながめ、外套をぬいで、それを彼の鼻先に投げつけ、彼が息をつくのも待たないで、また駆けだした。クリストフはそれを追っかけていった。二人はその遊びが面白くなってきた。空気に酔っていた。彼女は急な坂をめがけて進んでいった。ころころした石ばかりだった。が少しもつまずかなかった。すべったり飛んだり矢のように走ったりした。ときどき後ろをじろりと見て、クリストフよりどのくらい先んじてるかを測った。彼は彼女に近まってきた。彼女は森の中に飛び込んだ。枯れ葉が二人の足の下に音をたてた。彼女がかき分けた木の枝は彼の顔を打った。彼女は木の根につまずいた。彼は彼女をとらえた。彼女は身をもがいて、手足を打ち振り、彼をひどくひっぱたき、彼を倒そうとした。叫んだり笑ったりした。その胸は彼にもたれかかってあえいでいた。二人の頬は触れ合った。彼は彼女の顳
をぬらしてる汗を吸った。彼女のしっとりした髪の匂いを嗅いだ。彼女は強い力で彼を押しのけて身をのがれ、見くびった眼つきで泰然と彼をながめた。彼は彼女のうちにある力にびっくりした。彼女はその力を平素の生活には少しも用いていなかった。
足の下にはね返る乾いた藁を楽しく踏みしだきながら、二人はつぎの村まで行った。彼らの前には、畑に群がってる烏が飛び立った。日が暖かく照って鋭い北風が吹いていた。彼はアンナの片腕を取っていた。彼女はあまり厚くない長衣をつけていた。彼はその服地の下に、暖かく汗にぬれてる彼女の身体を感じた。彼は彼女に外套を着せようとした。彼女はそれを拒んで、空威張りに襟の留め金まではずした。「野蛮人」の像のついた看板を出してる飲食店で、二人は食卓についた。入り口には小さな樅が一本生えていた。室の装飾としては、幾つかのドイツ語の四行詩、春にという感傷的なのとサン・ジャックの戦いという愛国的なのと、二つの着色石版画、それから、根本に一つの頭蓋骨がついてる十字架があった。アンナは今までクリストフが知らなかったほど大食した。二人は強い白葡萄酒を元気に飲んだ。食後にはまた、仲よさそうに畑の中を歩きだした。なんらの不純な考えもなかった。二人の思いはただ、歩行や歌ってる血潮や吹きつける空気などの快さばかりに向いていた。アンナの舌はほどけてきた。彼女はもう狐疑してはいなかった。なんでも頭に浮かんでくるままをすぐ口に上せた。
彼女は幼年時代のことを話した。祖母は彼女を、大寺院のそばに住んでる友だちの家へよく連れていった。二人の老婦人たちが話してる間、彼女は広い庭の中に追いやられた。庭には大寺院の影が重く落ちていた。彼女は片隅にすわったまま身動きもしなかった。木の葉のそよぎに耳を傾け、虫の群がってるのをうちながめていて、面白くもあれば恐くもあった。――彼女は悪魔を恐れていたことを省略した。当時彼女の想像は悪魔につきまとわれていた。悪魔が教会堂の中にはいることができないで、まわりをうろついている、という話をきかされていた。そして彼女は、蜘蛛や蜥蜴や蟻など、木の葉の下、地面の上、または壁の裂け目に、うようよしてる、無格好な小さな動物の形の下に、悪魔を見るような気がしていた。――それから彼女は、自分の住んでた家のこと、日の射さない自分の室のこと、などを話した。彼女はそんなものを喜んで思い起こした。眠れない夜をそこで過ごしながらいろんなことを考えめぐらしたのだった……。
「どんなことですか。」
「馬鹿げたことですわ。」
「話してください。」
彼女は嫌だと頭を振った。
「なぜです?」
彼女は顔を赤らめ、つぎには笑って、言い添えた。
「そして昼間働いてる間もそうでした。」
彼女はそのことをちょっと考え、ふたたび笑って、こう言葉を結んだ。
「それは馬鹿げたことなんです、いけないことなんです。」
彼は冗談に言った。
「では恐くなかったんですね。」
「何が?」
「神の罰を受けるのが。」
彼女の顔は冷たくなった。
「そんなことを言ってはいけません。」と彼女は言った。
彼は話頭を転じた。先刻争いながら彼女が示した力をほめた。彼女はまた信頼の表情に返って、小娘時代の乱暴を話した――(彼女は「腕白小僧時代の……」と言った。というのは、彼女は子供のころ、男の児の遊びや喧嘩にはいりたがっていたから。)――あるときなんかは、自分より首だけ背の高い男の友だちといっしょになって、突然拳固を食わした。きっと返報されることと思っていた。ところがその男の児は、彼女になぐられたと喚きながら逃げていった。またあるときは、田舎で、草を食ってる黒牛の背中によじ登った。牛は驚いて、彼女を樹木にたたきつけた。危うく死ぬところだった。また彼女は、二階の窓から飛べやしないと自分で思ったために、かえってそれをほんとうにやってみた。幸いにもちょっと身体をくじいただけだった。家に一人きりでいるときには、奇怪な危ない仕事を考えついた。さまざまな不思議な苦しみを自分の身体に与えた。
「今のように真面目くさってるあなたを見ては、とてもそんなことは信じられませんね……。」と彼は言った。
「ああもしも、」と彼女は言った、「時によって、自分の室に一人きりでいるときに、私をご覧なすったら!」
「なんですって! 今でもまだ?……」
彼女は笑った。彼女は彼に――話をあちらこちらに移しながら――猟をすることがあるかと尋ねた。彼はないと言い張った。彼女は、あるとき鉄砲で鶫をうって、命中さしたことがあると言った。彼は憤慨した。
「まあ!」と彼女は言った、「それがどうしましたの?」
「あなたにはいったい心がないんですか。」
「そんなこと知りませんわ。」
「動物だってわれわれと同様に生物だとは、考えないんですか。」
「それはそうですわ。」と彼女は言った。「ちょうどお聞きしたかったことですが、動物に魂があるとあなたは思っておいでになりますの。」
「ええ、そう思っています。」
「牧師はそうでないと言っています。でも私は、動物にも魂があると考えますわ。まず第一に、」としごく真面目に彼女は言い添えた、「自分は前世は動物だったと思っていますの。」
彼は笑いだした。
「笑うことはありませんわ。」と彼女は言った。(が自分も笑っていた。)「子供のときに私が一人で考えてた話のうちには、そのこともはいっていました。私は自分を猫や犬や小鳥や鶏や仔牛であると想像してみました。そういう動物の欲望を自分に感じました。その毛や羽を自分にもしばらく生やしてみたい気がしました。もうそうなってる気さえしました。あなたにはそんなことはおわかりになりませんでしょうね。」
「あなたは不思議な動物ですね。けれど、そういうふうに動物との親しみが感じられるのに、どうして動物を害することができるんですか。」
「人はいつでもだれかを害するものですわ。ある者は私を害しますし、私はまた他の者を害します。それが世の掟ですもの。私は不平を言いません。世の中ではくよくよしてはいけません。私は好んで自分自身をも害することがあります。」
「自分自身を?」
「自分自身をです。このとおり、ある日私は金鎚で、この手に釘を打ち込みました。」
「なんのために?」
「なんのためにでもありません。」
(彼女は十字架につけられたがってたことは言わなかった。)
「私に手をかしてください。」と彼女は言った。
「どうするつもりですか。」
「まあかしてごらんなさい。」
彼は手を出してやった。彼女はそれをつかんで、彼が声をたてるほど強く握りしめた。そして彼らは二人の百姓同志のように、できるだけ相手を害し合って遊んだ。彼らはなんの下心もなしにただ愉快だった。生活の連鎖や、過去の悲しみや、未来の懸念や、彼らの心中に積もってきた嵐など、すべて他のことは、消え失せてしまっていた。
彼らは幾里も歩いた。少しも疲労を感じなかった。突然彼女は立ち止まり地面に身を投げ出し、藁の上に寝ころんで、もうなんとも言わなかった。両腕を枕にして仰向けに寝そべり、空をながめた。なんという平和だろう!……なんという安らかさだろう!……数歩向こうには隠れた泉が、あるいは弱くあるいは強く打つ動脈のように、間を置いては湧き出していた。地平線は真珠母色にぼかされていた。裸の黒い樹木が立っている紫色の地面の上には、靄が漂っていた。晩冬の太陽、褪金色の若い太陽が眠っていた。光ってる矢のように、小鳥が空中を飛んでいた。田舎の鐘の物静かな音が、村から村へと呼び合い答え合っていた……。クリストフはアンナの近くにすわって、その姿をうちながめた。彼女は彼のことを頭においていなかった。その美しい口は黙って笑っていた。クリストフは考えていた。
――これはまさしくあなたですか。もう私にはあなたがわかりません。
――私にも、私にもそんな気がします。私は別な人間になったようです。私はもう恐くありません、もう彼が恐くはありません……。ああ私は彼からどんなに息をふさがれてたことでしょう。彼からどんなに苦しめられたことでしょう? 私は柩の中に釘付けにされてたような気がします……。今ようやく私は息がつけます。この身体は、この心は、私のものです。自分の身体。自由な自分の身体。自由な自分の心。自分の力、自分の美、自分の喜び。そして私は、今までそれを知りませんでした、自分自身を知りませんでした! あなたはいったい私をどうなすったのですか……。
そういうふうに彼女が静かに嘆息するのを、彼は耳に聞くような気がした。しかし彼女は、自分が幸福であることや、すべてがよいということ以外には、何にも考えてはいなかった。
もう夕暮れになりかけていた。紫がかった灰色の靄の帷の下に、すでに四時ごろから、太陽は生き疲れて姿を隠した。クリストフは立ち上がって、アンナに近寄った。彼女の上をのぞき込んだ。彼女は大空に浮かんでるような眩暈をまだいっぱいたたえてる眼つきを、彼のほうへ向けた。数秒かかってようやく彼を見てとった。するとその眼は、惑乱を伝える謎のような微笑を浮かべて、彼をじっと見つめた。その凝視からのがれるために、彼はちょっと眼を閉じた。ふたたび眼を開いたが、やはり彼女からながめられていた。そして彼には、幾日も二人はそういうふうに見合ってたような気がした。たがいに魂の中を読みとってるのだった。しかし何を読みとったかを、二人は知ろうと欲しなかった。
彼は彼女に手を差し出した。彼女は一言もいわずにその手をとった。二人は村のほうへもどっていった。向こうの谷間の低い所に、スペードの一の形に帽をかぶった村の塔が見えていた。その塔の一つは、苔生した瓦屋根の頂に、あたかも額に縁無し帽子をかぶったかのように、鵠の空巣をつけていた。村の入り口に遠い十字路で、二人は泉の前を通りかかった。泉の上には、カトリック教の小さな聖女、優雅なちょっと可憐な木製のマドレーヌ像が、両腕を差し出して立っていた。アンナは像の姿に答えて、本能的な動作で自分の両腕を差し出し、それから縁石の上に上って、柊の枝や、鳥に啄み残され凍り残されてる清涼茶の赤い実の房を、その美しい女神の両手にいっぱい供えた。
二人は道の上で、日曜服をつけてる百姓の男女の群れと行き違った。女たちは、ごく浅黒い肌をし、ごく色のいい頬をして、房々とした髪を貝殻形に結え、派手な長衣や花の帽子をつけていた。白い手袋をはめ赤い袖口を見せていた。そして鋭い声で、平板にあまり正確でもなく健全な歌をうたっていた。ある家畜小屋の中では、牝牛が鳴いていた。百日咳にかかってる一人の子供が、ある家の中で咳をしていた。それから少し遠くには、鼻声めいたクラリネットの音やコルネットの音が聞こえていた。飲食店と墓地との間の村の広場では、人々が踊っていた。一つのテーブルに乗って四人の音楽家が演奏していた。アンナとクリストフとは飲食店の前に腰をおろして、踊ってる人たちをながめた。各組がたがいにぶつかり合って大声で悪口を言い合っていた。娘たちはただ叫ぶのが面白くて叫びたてていた。酒を飲んでる人たちは拳固でテーブルをたたいて拍子を取っていた。他のときだったら、その鈍重な喜びの光景をアンナは不快がったに違いない。がその夕、彼女はかえって面白がった。彼女は帽子をぬいで生き生きとした顔つきでながめた。クリストフはその音楽と音楽家らとの滑稽な荘重さに放笑した。彼はポケットの中を探って鉛筆を取り出し、飲食店の勘定紙の裏に、棒や点を引き始めて、踊りの曲を書きしるした。紙は間もなくいっぱいになった。彼はなお幾枚も紙をもらって、最初の一枚と同様に、気短かな無器用な太い筆跡でぬりつぶした。アンナは彼の頬に自分の頬を寄せて、肩越しに読み取りながら小声で歌った。そして楽句の終わりを推察しようとつとめ、うまくあたったときや、意外の機知で推測がそらされるときには、はたと手をたたいた。クリストフは書き終えると、それを音楽家どものところへもっていった。彼らは己が仕事に通じてるりっぱなシュワーベン人だった。つまずかずに演奏していった。その節は感傷的なかつ道化た気分のもので、あたかも哄笑で句読づけられたかのようなごつごつした律動をもっていた。その強烈な滑稽味にはとても抵抗できなかった。足が自然と踊り出してくるのだった。アンナはロンドの中に飛び込み、手当たりしだいに二つの手をとらえ、気でも狂ったように踊り回った。鼈甲の留め針が髪からぬけ落ちた。房々とした髪がほどけて頬にたれ下がった。クリストフは彼女から眼を放さなかった。そしてその強健な美しい動物に感嘆した。それは今まで、無慈悲な規律に縛られて、沈黙と不動とを守っていたのである。彼には彼女が、今までだれも気づかなかったような女に見えてき、力に酔った酒神巫女とも言えるその仮面に、ちょうどふさわしい女に見えてきた。彼女は彼を呼んだ。彼は彼女に駆け寄ってとらえた。二人は踊りに踊って、踊り回りながら壁にぶつかりまでした。そして茫然と立ち止まった。日はすっかり暮れていた。二人はちょっと休んで、それから踊り仲間に別れを告げた。気恥ずかしさと軽蔑とで下層の人々に平素あれほど剛直だったアンナは、音楽家たちや飲食店の主人や、ロンドの中で相並んだ村の若者たちに、やさしく手を差し出した。
彼らは朝通ってきた道をたどって、畑を横ぎりながら、輝き凍ってる空の下に、また二人きりとなった。アンナはまだ興奮していた。けれどしだいに口数が少なくなり、つぎには疲労にとらえられてか、あるいは夜の神秘な情緒にとらえられてか、まったく話しやめてしまった。しとやかにクリストフにもたれていた。数時間前によじ上った坂を降りながら、彼女は溜め息をついた。二人は停車場に到着しかけた。とっつきの人家の近くで、彼は立ち止まって彼女をながめた。彼女も彼をながめて、憂鬱に微笑みかけた。
汽車の中は来るときと同じように込んでいた。二人は話をすることができなかった。彼は彼女の正面に腰掛けて、彼女をじっと見守った。彼女は眼を伏せていた。ちょっと彼のほうへ眼をあげ、そしてまた眼をそらしてしまった。そして彼はもう彼女の眼を自分のほうへ向けさせることができなかった。彼女は車外の闇の中をながめていた。その唇は、片隅に少し疲労の影を見せながら、ぼんやりした微笑を浮かべていた。つぎにはその微笑も消えた。表情は陰鬱になった。彼は彼女が汽車の動揺にうとうとしてるのだと思って、言葉をかけてみた。彼女はふり向きもしないで、ただ一言冷やかに答えた。彼女のそういう態度の変化は疲労のせいだと、彼は無理にも思い込もうとした。しかし別な理由であることをよく知っていた。町に近づくに従って、彼が見ると、アンナの顔は凍りつき、生気は消え失せ、野性的な優美さをもってるその美しい身体は、石の外皮の中にまたはいり込んでいった。汽車から降りるときも、彼が差し出した手にすがらなかった。二人は黙々として帰って来た。
数日後、午後の四時ごろ、彼らは二人きりいっしょになった。ブラウンは外出していた。前日来、町はうす緑の霧に包まれていた。河は見えないがその音は高まっていた。電車の火花が靄の中にひらめいていた。日の光はさえぎられて消えていた。いつのころの明るみともわからなかった。現実の意識が失われる時間の一つであり、世紀の外に存在する時間であった。数日来の鋭い北風のあとに、湿った空気がにわかに和らいで、なま暖かく柔らかになっていた。空は雪をいっぱい含んで、その重みの下に低くしなっていた。
彼らは客間に二人きりだった。客間の冷やかな偏狭な趣味は、女主人の趣味を反映していた。二人は何も口をきかなかった。彼は書物を読んでいた。彼女は針仕事をしていた。彼は立ち上がって窓のところへ行った。その窓ガラスに大きい顔を押しあてて、じっと夢想にふけった。薄暗い空から鉛色の地上へ反射してるその蒼ざめた光は、彼の心を昏迷さした。彼の思いは乱れた。いくらその思いをはっきりさせようとしても、とらえることができなかった。ある悩みに浸されていった。自分がめいりこむような気がした。そして彼の一身の空虚の中に、積もり重なった廃墟の奥から、一つの熱風がゆるやかに渦巻いて起こってきた。彼はアンナのほうへ背を向けていた。アンナは彼を見ないで仕事に没頭していた。しかし軽い戦慄が彼女の身体を流れていた。何度も針を自分の身に刺したがそれを感じなかった。彼らは二人ともさし迫ってる危険に魅せられていた。
彼は惘然たる状態から身をもぎ離して、室の中を少し歩いた。ピアノに心ひかれまた脅かされた。ピアノを見ないようにした。しかしそのそばを通りかかると、手を差し出さずにはいられなかった。手は一つの鍵に触れた。その音は声のように震えた。アンナはぞっとして仕事を取り落とした。クリストフはもう腰をおろしてひいていた。アンナが立ち上がり、やって来て、そばに立ってるのを、彼は眼に見ないでも気づいた。自分が何をしてるかも知らないで彼は、彼女が初めて正体を示して歌ったあの宗教的な熱烈な曲をひいた。またその主題に基づいて激越な変奏曲を即興にひいた。彼が一言もいわないのに、彼女は歌い始めた。二人は周囲の事柄をうち忘れた。音楽の神聖な熱狂にしかととらえられた……。
おう、魂の深淵をうち開く音楽よ! 汝は精神の平素の均衡を滅ぼす。尋常の生活においては、尋常の魂は閉ざされたる室である。その内部にて、用途のないもろもろの力は、使用がはばかられる美徳や悪徳は、萎えしぼんでゆく。実際的な賢い理性が、卑怯な常識が、室の鍵を握っている。そしてただ、平凡に整えられた戸棚を少し見せてくれるのみである。しかし音楽は魔法の小枝をもっていて、いかなる錠前をも払い落とす。扉は開く。心の悪魔が現われる。そして魂は、初めて真裸な自分の姿を見る……。魔の人魚が歌ってる間は、獣使いが野獣どもを監視している。大音楽家の強力な理性が、おのれの解き放す情熱を魅惑している。しかし音楽が沈黙するとき、獣使いがもはやいなくなるとき、呼び覚まされた情熱は、その檻を揺すって唸りつづけ、おのれの餌食を捜し求める……。
旋律は終わった。沈黙……。彼女は歌いながらクリストフの肩に手をのせていた。二人はもう身動きもなしかねた。そして二人とも震えていた……。突然――一瞬のことだった――彼女は彼のほうへ身をかがめ、彼は彼女のほうへのび上がり、二人の口は合わさった。彼女の息は彼のうちにはいった……。
彼女は彼を押しのけて逃げた。彼は暗闇のなかにじっと動かなかった。ブラウンが帰ってきた。彼らは食卓についた。クリストフは考えてみることもできなかった。アンナは心が他処に行ってるようだった。「他処」をながめていた。食後間もなく居間へ退いた。クリストフもブラウンと二人で残っておれないで、自分の室へ退いた。
十二時ごろ、医者のブラウンはもう寝ていたが、ある病人に呼びつけられた。クリストフは彼が階段を降りて外出するのを聞いた。五、六時間前から雪が降り出していた。人家も街路も雪に埋もれていた。空気は綿をつめ込まれてるかのようだった。戸外には足音も馬車の音もしなかった。町じゅうが死んでるかのようだった。クリストフは眠れなかった。ある恐怖を感じて、それが刻々に募ってきた。身動きすることもできなかった。寝床の中に仰向けに釘付けになって、眼を見開いていた。白雪に覆われた地面や屋根から発する金属性の明るみが、室の壁には漂っていた……。あるかすかな物音に、彼はぞっと震え上がった。彼の昂ぶった耳なればこそそれを聞きとったのである。廊下の板にごくかすかに物の擦れる音だった。クリストフは床の中に身を起こした。軽い音は近寄ってきて止まった。一枚の板が軋った。扉の向こうに人がいた。そして待ってるのだった……。数秒の間、おそらく数分の間、まったくじっとして動かなかった……。クリストフはもう息もつけなかった。びっしょり汗をかいた。戸外では雪片が、翼のように窓ガラスを掠めていた。ある手が扉を探りあてた。扉は開いた。そして入り口に白い姿が現われて、そっと進んできた。寝台から数歩のところで立ち止まった。クリストフの眼には何にもわからなかった。しかし彼は彼女の息を聞きとった。そして自分の心臓の動悸も聞こえた……。彼女は寝台のそばへ来てまた立ち止まった。二人の顔はすぐそばに接していて、息が交じり合った。二人の眼は暗闇の中で相手がわからずに、たがいに捜し合った……。彼女は彼の上に倒れかかった。そして二人は一言も発せずに、沈黙のうちにひしと抱き合った……。
一時間、二時間、一世紀もたった。家の戸が開いた。アンナは二人を結びつけてる抱擁から身を脱し、寝床からすべりぬけ、来たときと同様に一言もいわずに、クリストフのもとを去った。彼女の素足が床板を小早く掠めて遠ざかってゆくのを、彼は耳にした。彼女は自分の室にもどった。ブラウンが帰ってきてみると、彼女は寝床にねていて、眠ってるようだった。そして彼女はそのままの姿で、眠りついたブラウンのそばで、狭苦しい寝床に、眼を見開き息を凝らしながら、夜通しじっとしていた。もうこれまでに彼女は、そういうふうにして幾夜過ごしたことだったろう!
クリストフも眠りはしなかった。彼は絶望に沈んでいた。彼は元来、恋愛の事柄については、ことに結婚の事柄については、極端に厳粛な考えをいだいていた。姦淫を興味の中心とするような芸術作家の軽佻さを、憎みきらっていた。姦淫は彼に嫌忌の情を起こさせるのだった。その気持のうちには、彼の平民的な粗暴さと精神の高潔さとが結び合わされていた。彼は他人の所有である婦人にたいしては、敬虔な尊敬と肉体的な厭気とをいっしょに感じた。ヨーロッパのある上流人らが行なってる犬のような混合生活は、彼の胸を悪くさした。夫が承知してる姦淫は、不潔きわまるものである。夫が知らずにいる姦淫は、主人を裏切り汚すために身を潜める放逸な下僕がするような、卑しむべき欺瞞である。幾度か彼は、そういう卑劣を犯してる人々を見ると、容赦なく唾棄してきたことだろう! そういう不名誉な行ないを彼の面前でやってる友人らとは、交わりを絶ってしまったのだった……。しかるに今や彼のほうで、同じ汚辱によって身を汚したのである! そしてその罪悪の事情は彼をなお忌むべきものとなしていた。彼はこの家へ、病み疲れた惨めな状態でやって来たのだった。そして友人から迎えられ、助けられ、慰められた。友の親切は終始一貫していて、少しも薄らいだことがなかった。彼は今でもなお友のおかげで日を過ごしていた。しかもその恩返しに、名誉と幸福とを、家庭のつつましい幸福を、友から盗んでしまったのである。卑劣にも友を裏切ったのである。それもだれといっしょにか? 自分が見知りもせず、理解しもせず、愛してもいない女といっしょに……。愛してもいない、というのか? 否、彼の全身の血はそれに反対していきり立った。彼女のことを思うや否や、彼は火の激流のために焼きつくされた。そしてそれを言い現わすためには、恋愛というもあまりに弱い言葉だった。それは恋愛ではなかった。しかも恋愛より千百倍以上のものだった……。彼はその夜を暴風雨の心地で過ごした。起き上がって、冷水の中に顔を浸し、息もつけずに打ち震えた。その懊悩のはては熱の発作となった。
打ちくじかれた心地で起き上がったとき彼は、彼女がいかに自分よりも多く恥ずかしさに圧倒されてるだろうかと考えた。彼は窓のところへ行った。太陽がぎらぎらした雪の上を照らしていた。庭には、アンナが一本の綱に下着類を広げていた。彼女は仕事のほうに注意をこらして、何物にも心を乱されていないらしかった。歩行にも身振りにもある品格があって、それが彼にはまったく眼新しく、なんだか彫像の動作をでも見てるような気がした。
午の食事のときに、二人は顔を合わした。ブラウンは終日不在だった。クリストフはとうてい彼と会うに堪え得なかったであろう。彼はアンナに話しかけたかった。しかし二人きりではなかった。女中が行ったり来たりしていた。二人は用心しなければならなかった。クリストフはアンナの眼をとらえようとしたが駄目だった。彼女は彼をながめてはいなかった。心乱れた様子は少しもなかった。そしてわずかな動作のうちにもやはり、いつもに似合わぬ確実さと上品さとがこもっていた。食事のあとに彼はもう話し合えることと思った。しかし女中はなお居残って、後片付けにぐずついていた。二人が隣室に移っても、女中はそのあとをつけて来るような振る舞いをした。始終何かを取りに来たりした。アンナが急いで閉めようとしない半開の扉のそばで、廊下に立ってこそこそやっていた。あたかも二人の様子を窺ってるかのようだった。アンナはいつまでも終わらない仕事をかかえて、窓のそばに腰をおろした。クリストフは書物を開いて、明るみのほうへ背を向けて肱掛椅子にすわり込んだが、別に読むでもなかった。アンナは彼の横顔を見得る位置にあって、壁のほうを向いてる彼の苦しんだ顔つきを、一目で見てとった。そして残忍な様子で微笑を浮かべた。家の屋根から、また庭の樹木から、雪融けの水が砂の上にしたたって、ささやかな音をたてていた。遠くには、街路で雪合戦をしてる子供たちの笑い声がしていた。アンナはうとうとしてるかのようだった。クリストフは沈黙に悩まされた。苦しさに叫び出したいほどだった。
ついに、女中は下の階に降りていって、外に出かけた。クリストフは立ち上がり、アンナのほうへ向き返った。そしてこう言おうとした。
「アンナ、アンナ、私たちはどうしたんでしょう?」
Anna le regardait; ses yeux, obstinément baissés, venaient de se rouvrir; ils posaient sur Christophe leur feu dévorant. Christophe reçut le choc dans ses yeux, et chancela; tout ce qu'il voulait dire fut raturé, d'un trait. Ils allèrent l'un à l'autre, et de nouveau ils se saisirent...
L'ombre du soir se répandait. Leur sang grondait encore. Elle était allongée sur le lit, sa robe arrachée, les bras étendus, sans même faire un geste pour recouvrir son corps. Il s'était enfoncé la figure dans l'oreiller, et gémissait. Elle se souleva vers lui, elle lui prit la tête, lui caressant les yeux, la bouche avec ses doigts; elle approcha son visage, elle plongea son regard dans le regard de Christophe. Ses yeux avaient une profondeur de lac; ils souriaient, indifférents aux peines. La conscience s'effaça. Il se tut. Des frissons les remuaient comme de grandes ondes...
Cette nuit-là, seul, rentré dans sa chambre, Christophe songea à se tuer.
Le jour suivant, à peine levé, il chercha Anna. C'était lui maintenant, dont les yeux évitaient les yeux de l'autre. Dès qu'il les rencontrait, ce qu'il avait à dire fuyait de sa pensée. Il fit effort pourtant et commença à parler de la lâcheté de leur acte. À peine eut-elle compris qu'elle lui ferma violemment la bouche avec sa main. Elle s'écarta de lui, les sourcils contractés, les lèvres serrées, avec une expression mauvaise. Il continua. Elle jeta par terre l'ouvrage qu'elle tenait, et ouvrit la porte, voulut sortir. Il lui empoigna les mains, il referma la porte, il dit amèrement qu'elle était bien heureuse de pouvoir effacer de son esprit l'idée du mal commis. Elle se débattait furieusement, et elle cria avec colère:
—Tais-toi!... Lâche! Tu ne vois donc pas que je souffre!... Je ne veux pas que tu parles. Laisse-moi!
Sa figure s'était creusée, son regard était haineux et peureux, comme une bête à qui l'on a fait mal; s'ils avaient pu, ses yeux l'auraient tué.—Il la lâcha. Elle courut, pour se mettre à l'abri, à l'autre coin de la pièce. Il n'avait pas envie de la poursuivre. Il avait le cœur serré d'amertume et d'effroi. Braun rentra. Ils le regardaient, stupides. Hors leur souffrance, rien n'existait.
Christophe sortit. Braun et Anna se mirent à table. Au milieu du dîner, Braun se leva brusquement pour ouvrir la fenêtre: Anna s'était évanouie.
Christophe disparut, pour quinze jours, de la ville, prétextant un voyage. Anna resta, toute la semaine, enfermée dans sa chambre, sauf aux heures des repas. Elle était reprise par sa conscience, ses habitudes, toute cette vie passée dont elle s'ôtait crue dégagée, dont on ne se dégage jamais. Elle avait beau se fermer les yeux. Chaque jour, le souci cheminait davantage, allait plus loin dans le cœur; il finit par s'y installer. Le dimanche suivant, elle refusa encore d'aller au temple. Mais le dimanche d'après, elle y retourna, et elle ne le quitta plus. Elle était, non soumise, mais vaincue. Dieu était l'ennemi,—un ennemi dont elle ne pouvait se délivrer. Elle allait à lui, avec la sourde colère d'un esclave, forcé d'obéir. Son visage, pendant le culte, ne laissait voir qu'une froideur hostile; mais dans les profondeurs de l'âme, toute sa vie religieuse était une lutte farouche, d'une exaspération muette, contre le Maître, dont le reproche la persécutait. Elle feignait de ne pas l'entendre. Il fallait qu'elle l'entendît; et elle discutait âprement avec Dieu, les mâchoires serrées, le front barré d'une ride entêtée, le regard dur. Elle pensait à Christophe avec haine. Elle ne lui pardonnait pas de l'avoir un instant arrachée à la prison de l'âme, et de l'y laisser retomber, en proie à ses bourreaux. Elle ne dormait plus; elle ressassait, jour et nuit, les mêmes pensées torturantes; elle ne se plaignait pas; elle allait, obstinée, continuant de diriger tout dans la maison, de faire toute sa tâche, et gardant jusqu'au bout le caractère intraitable et têtu de sa volonté dans la vie quotidienne, dont elle accomplissait les besognes avec une régularité de machine. Elle s'amaigrissait, elle semblait rongée par un mal intérieur. Braun l'interrogea, avec une affection inquiète; il voulut l'ausculter. Elle le repoussa rageusement. Plus elle avait de remords envers lui, plus elle se montrait dure.
Christophe avait résolu de ne plus revenir. Il se brisait de fatigues. Il faisait de grandes courses, des exercices pénibles, il ramait, il marchait, il grimpait des montagnes. Rien ne parvenait â éteindre le feu.
Il était livré à la passion. Elle est, chez les génies, une nécessité de la nature. Même les plus chastes, Beethoven, Bruckner, il faut qu'ils aiment constamment; toutes les forces humaines en eux sont exaltées; et comme en eux les forces sont captées par l'imagination, leur cerveau est la proie de passions perpétuelles. Ce sont, le plus souvent, des flammes passagères; l'une détruit l'autre; et toutes sont absorbées dans l'incendie de l'esprit créateur. Mais que l'ardeur de la forge cesse de remplir l'âme, et l'âme sans défense est livrée aux passions dont elle ne peut se priver; elle les veut, elle les crée; il faut qu'elles la dévorent...—Et puis, avec l'âpre désir qui laboure la chair, il y a le besoin de tendresse qui pousse l'homme meurtri et déçu par la vie vers les bras maternels de la consolatrice. Un grand homme est plus enfant qu'un autre; plus qu'un autre, il a besoin de se confier à une femme, de reposer son front sur la paume des mains douces, dans le creux de la robe tendue entre les genoux...
Mais Christophe ne comprenait pas... Il ne croyait pas à la fatalité de la passion,—cette bêtise des romantiques! Il croyait au devoir et au pouvoir de lutter, à la force de sa volonté... Sa volonté! Où était-elle? Il n'en restait plus trace. Il était possédé. L'aiguillon du souvenir le harcelait, jour et nuit. L'odeur du corps d'Anna enfiévrait sa bouche et ses narines. Il était une lourde barque, désemparée, sans gouvernail, livrée au vent. En vain, il s'épuisait à fuir: il se retrouvait toujours ramené à la même place; et il criait au vent:
—Brise-moi donc! Que veux-tu de moi?
Pourquoi, pourquoi cette femme?... Pourquoi l'aimait-il? Pour ses qualités de cœur et d'esprit? Il ne manquait pas d'autres plus intelligentes et meilleures. Pour sa chair? Il avait eu d'autres maîtresses, que ses sens préféraient. Alors? qu'est-ce qui le tenait?—«On aime, parce qu'on aime.»—Oui, mais il y a une raison, même si elle dépasse la raison ordinaire! Folie? c'est ne rien dire. Pourquoi cette folie?
Parce qu'il y a une âme cachée, des puissances aveugles, des démons, que chaque homme porte emprisonnés en lui. Tout l'effort humain, depuis que l'homme existe, a été d'opposer à cette mer intérieure les digues de sa raison et de ses religions. Mais que se lève une tempête (et les âmes plus riches sont plus sujettes aux tempêtes), que les digues aient cédé, que les démons aient le champ libre, qu'ils se heurtent à d'autres âmes soulevées par de semblables démons... Ils se jettent l'un sur l'autre, et s'étreignent. Haine? Amour? Fureur de destruction mutuelle?...—La passion, c'est l'âme de proie.
Après quinze jours d'efforts inutiles pour fuir, Christophe revint dans la maison d'Anna. Il ne pouvait plus vivre loin d'elle. Il étouffait.
Cependant, il continuait de lutter. Le soir de son retour, ils trouvèrent des prétextes pour ne pas se voir, pour ne pas dîner ensemble; la nuit, ils s'enfermèrent à clef, peureusement, chacun dans sa chambre.—Mais ce fut plus fort que tout. Au milieu de la nuit, elle accourut, pieds nus, elle vint frapper à sa porte; il ouvrit; elle entra dans son lit, et, contre lui, elle s'étendit, glacée. Elle pleurait tout bas. Christophe, sur sa joue, sentait couler ces pleurs. Elle tachait de s'apaiser; mais sa peine l'emportant, elle sanglota, ses lèvres sur le cou de Christophe. Bouleversé par cette douleur, il oubliait la sienne; il tentait de la calmer, en disant des mots tendres. Elle gémissait:
—Je suis malheureuse, je voudrais être morte...
Ses plaintes lui perçaient le cœur. Il voulut l'embrasser. Elle le repoussa:
—Je vous hais!... Pourquoi êtes-vous venu?
Elle s'arracha de ses bras, se jeta de l'autre côté du lit. Le lit était étroit. Malgré leurs efforts pour s'éviter, ils se touchaient. Anna tournait le dos à Christophe et tremblait de rage et de douleur. Elle le haïssait jusqu'à la mort. Christophe se taisait, atterré. Dans le silence, Anna entendit son souffle oppressé; elle se retourna brusquement, de ses bras lui enlaça le cou:
—Pauvre Christophe! dit-elle, je te fais souffrir...
Pour la première fois, il lui entendait cette voix de pitié.
—Pardonne-moi, dit-elle.
—Pardonnons-nous.
Elle se souleva, comme si elle ne pouvait plus respirer. Assise dans le lit, courbant le dos, accablée, elle dit:
—Je suis perdue... Dieu l'a voulu. Il m'a livrée... Que puis-je contre Lui?
Elle resta ainsi longtemps, puis elle se recoucha, et elle ne bougea plus. Une faible lueur annonça l'aube. Dans le demi-jour, il vit le douloureux visage qui touchait le sien. Il murmura:
—Le jour.
Elle ne fit pas un mouvement.
Il dit:
—Soit. Qu'importe?
Elle rouvrit les yeux, sortit du lit, avec une expression de lassitude mortelle. Assise sur le bord, elle regardait le plancher. D'une voix sans couleur, elle dit:
—J'ai pensé le tuer, cette nuit.
Il eut un sursaut d'effroi.
—Anna! dit-il.
Elle fixait la fenêtre, d'un air sombre.
—Anna! répéta-il. Au nom du ciel!... Pas lui!... Il est le meilleur!...
Elle répéta.
—Pas lui. Oui.
Ils se regardèrent.
Il y avait longtemps qu'ils le savaient. Ils savaient quelle était la seule issue. Ils ne pouvaient supporter de vivre dans le mensonge. Et jamais ils n'avaient envisagé même la possibilité de s'enfuir ensemble. Ils n'ignoraient pas que cela ne résoudrait rien: car la pire souffrance n'était pas dans les obstacles extérieurs qui les séparaient, mais en eux, dans leurs âmes différentes. Il leur était aussi impossible de vivre ensemble que de ne pas vivre ensemble. Aucune issue.
À partir de ce moment, ils ne se touchèrent plus: l'ombre de la mort était sur eux; ils étaient sacrés l'un pour l'autre.
Mais ils évitaient de se fixer un délai. Ils se disaient: «Demain, demain...» Et de ce demain ils détournaient les yeux. L'âme puissante de Christophe avait des sursauts de révolte; il ne consentait pas à la défaite; il méprisait le suicide, et il ne pouvait se résigner à cette conclusion piteuse et écourtée d'une grande vie. Quant à Anna, comment eût-elle accepté sans y être contrainte l'idée d'une mort qui menait à la mort éternelle? Mais la nécessité meurtrière les traquait, et le cercle se resserrait autour d'eux.
Ce matin, pour la première fois depuis sa trahison, Christophe se trouva seul avec Braun. Jusque-là, il avait réussi à l'éviter. Cette rencontre lui était intolérable. Il lui fallut trouver un prétexte pour ne pas donner la main à Braun. Il lui fallut trouver un prétexte pour ne pas manger, à table, assis à ses côtés: les morceaux lui restaient dans la gorge. Serrer sa main, manger son pain, le baiser de Judas!... Le plus odieux n'était pas le mépris qu'il éprouvait pour lui-même, c'était l'angoisse de la souffrance de Braun, s'il venait à apprendre... Cette pensée le crucifiait. Il savait trop bien que le pauvre Braun ne se vengerait jamais, qu'il n'aurait peut-être pas même la force de les haïr; mais quel écroulement!... De quels yeux le regarderait-il! Christophe se sentait incapable d'affronter le reproche de ces yeux.—Et il était fatal que tôt ou tard Braun fût averti. Déjà, ne soupçonnait-il rien? En le revoyant après une absence de quinze jours, Christophe fut frappé du changement: Braun n'était plus le même. Sa gaieté avait disparu, ou elle avait quelque chose de contraint. À table, il jetait à la dérobée des regards sur Anna, qui ne parlait pas, qui ne mangeait pas, qui se consumait comme une lampe. Avec des prévenances timides et touchantes, il essaya de s'occuper d'elle; elle repoussa ses attentions, âprement; alors, il baissa le nez sur son assiette et se tut. Au milieu du repas, Anna, qui étouffait, jeta sa serviette sur la table, et sortit. Les deux hommes achevèrent en silence de diner, ou ils firent semblant; ils n'osaient pas lever les yeux. Quand ce fut fini, Christophe allait partir, Braun lui prit brusquement un bras avec ses deux mains.
—Christophe!... dit-il.
Christophe, troublé, le regarda.
—Christophe, répéta Braun,—(sa voix tremblait),—sais-tu ce qu'elle a?
Christophe se sentit transpercé; il fut un moment sans répondre. Braun le regardait timidement; très vite, il s'excusait:
—Tu la vois souvent, elle a confiance en toi...
Christophe fut sur le point d'embrasser les mains de Braun, de lui demander pardon. Braun vit le visage bouleversé de Christophe; et aussitôt, terrifié, il ne voulut plus voir; le suppliant du regard, il bredouilla précipitamment, il lui souffla:
—Non, n'est-ce pas? tu ne sais rien?
Christophe, accablé, dit:
—Non.
Ô douleur de ne pouvoir s'accuser, s'humilier, puisque ce serait déchirer le cœur de celui qu'on a outragé! Douleur de ne pouvoir dire la vérité, quand on lit dans les yeux de celui qui vous la demande, qu'il ne veut pas, il ne veut pas savoir la vérité!...
—Bien, bien, merci, je te remercie... fit Braun.
Il restait, les mains accrochées à la manche de Christophe, comme s'il voulait lui demander encore quelque chose, n'osant pas, évitant ses yeux. Puis, il le lâcha, soupira, et s'en alla.
Christophe était écrasé par son nouveau mensonge. Il courut chez Anna. Il lui raconta, en bégayant de trouble, ce qui s'était passé. Anna écouta, d'un air morne, et dit:
—Eh bien, qu'il sache! Qu'importe?
—Comment peux-tu parler ainsi? cria Christophe. À aucun prix, à aucun prix, je neveux qu'il souffre!
Anna s'emporta.
—Et quand il souffrirait! Est-ce que je ne souffre pas, moi? Qu'il souffre aussi!
Ils se dirent des paroles amères. Il l'accusa de n'aimer qu'elle. Elle lui reprocha de penser plus à son mari qu'à elle.
Mais un moment après, quand il lui dit qu'il ne pouvait plus vivre ainsi, qu'il allait tout avouer à Braun, ce fut elle à son tour qui le traita d'égoïste, criant qu'elle se souciait peu de la conscience de Christophe, mais que Braun ne devait rien savoir.
Malgré ses dures paroles, elle pensait à Braun, autant que Christophe. Sans avoir pour son mari d'affection véritable, elle lui était attachée. Elle avait le respect religieux des liens sociaux et des devoirs qu'ils établissent. Elle ne pensait peut-être pas que l'épouse eût le devoir d'être bonne et d'aimer son mari; mais elle pensait qu'elle était obligée de remplir scrupuleusement les charges du ménage et de rester fidèle. Il lui semblait ignoble d'avoir manqué à cette obligation.
Et mieux que Christophe, elle savait que Braun apprendrait tout bientôt. Elle avait quelque mérite à le cacher à Christophe, soit qu'elle ne voulût pas ajouter à son trouble, soit plutôt par fierté.
Si fermée que fût la maison de Braun, si secrète que restât la tragédie bourgeoise qui s'y jouait, quelque chose en avait transpiré, au dehors.
Dans cette ville, nul ne peut se flatter de cacher sa vie. C'est étrange. Dans les rues, personne ne vous regarde; les portes des maisons et les volets sont clos. Mais il y a des miroirs accrochés au coin des fenêtres; et l'on entend, quand on passe, le bruit sec des persiennes qui s'entrouvrent et se referment. Personne ne se soucie de vous; il semble qu'on vous ignore; mais vous vous apercevez qu'aucune de vos paroles, aucun de vos gestes n'a été perdu: on sait ce que vous avez fait, ce que vous avez dit, ce que vous avez vu, ce que vous avez mangé; on sait même, on se flatte de savoir ce que vous avez pensé. Une surveillance occulte, universelle, vous enveloppe. Domestiques, fournisseurs, parents, amis, indifférents, passants inconnus, tous collaborent, d'un consentement tacite, à cet espionnage instinctif dont les éléments dispersés se centralisent, on ne sait comment. On n'observe pas seulement vos actes, on scrute votre cœur. Dans cette ville, nul n'a le droit de réserver le secret de sa conscience; et chacun a le droit de se pencher sur elle, de fouiller dans vos pensées intimes, et, si elles choquent l'opinion, de vous en demander compte. L'invisible despotisme de l'âme collective pèse sur l'individu; il est, toute sa vie, un enfant en tutelle; rien de lui n'est à lui: il appartient à la ville.
Il avait suffi qu'Anna, deux dimanches de suite, s'abstint de paraître à l'église, pour éveiller les soupçons. En temps ordinaire, nul ne semblait remarquer sa présence au culte; elle vivait à l'écart, et la ville, eût-on dit, oubliait qu'elle existât.—Le soir du premier dimanche où elle n'était pas venue, son absence était partout connue, consignée dans le souvenir. Le dimanche suivant, aucun des pieux regards qui suivaient les paroles saintes dans le Livre, ou sur les lèvres du pasteur, ne parut distrait de sa grave attention; aucun n'avait omis de constater à l'entrée, de vérifier à la sortie que la place d'Anna était demeurée vide. Le lendemain, Anna commençait à recevoir la visite de personnes qu'elle n'avait point vues depuis plusieurs mois; elles venaient, sous des prétextes variés, les unes craignant qu'elle ne fût malade, les autres prenant un intérêt nouveau à ses affaires, à son mari, à sa maison; quelques-unes se montraient singulièrement bien informées de ce qui se passait chez elle; aucune ne fit allusion—(par une maladroite adresse)—à son abstention de deux dimanches au culte. Anna se dit souffrante, parla de ses occupations. Les visiteuses l'écoutaient attentives, approuvaient: Anna savait qu'elles n'en croyaient pas un mot. Leur regard se promenait autour d'elles, dans la chambre, fouillait, notait, enregistrait. Elles ne se départaient pas de leur bonhomie froide, au débit bruyant et affecté; mais on voyait dans leurs yeux la curiosité indiscrète qui les dévorait. Deux ou trois demandèrent, avec une indifférence exagérée, des nouvelles de M. Krafft.
Quelques jours après,—(c'était pendant l'absence de Christophe),—le pasteur vint lui-même. Bel homme, et bonhomme, de santé florissante, affable, avec la tranquillité imperturbable que donne la conscience d'avoir à soi la vérité, toute la vérité. Il s'enquit avec sollicitude de la santé de sa cliente, écouta poli et distrait les excuses qu'elle lui donna, et qu'il ne demandait pas, accepta une tasse de thé, plaisanta agréablement, à propos de boisson émit l'opinion que le vin dont mention est faite dans la Bible n'était pas une boisson alcoolisée, fit quelques citations, raconta une anecdote, et, au moment de partir, eut une allusion obscure au danger des mauvaises compagnies, à certaines promenades, à l'esprit d'impiété, à l'impureté de la danse, aux sales convoitises. Il paraissait s'adresser au siècle en général, non à Anna. Il se tut un moment, toussa, se leva, chargea Anna de ses compliments cérémonieux pour monsieur Braun, fit une plaisanterie en latin, salua et sortit.—Anna resta glacée par l'allusion. Était-ce une allusion? Comment aurait-il pu savoir la promenade de Christophe et d'Anna? Ils n'avaient rencontré là-bas personne qui les connût. Mais tout ne se sait-il pas, dans cette ville? Le musicien aux traits caractéristiques et la jeune femme en noir qui dansaient à l'auberge s'étaient fait remarquer; leur signalement avait été donné; et comme tout se répète, le bruit en était venu en ville, où la malveillance éveillée n'avait pas manqué de reconnaître Anna. Sans doute, ce n'était encore là qu'un soupçon, mais singulièrement attirant; et s'y ajoutaient les renseignements fournis par la domestique d'Anna. La curiosité publique était maintenant aux aguets, attendant qu'ils se compromissent, les épiant par mille yeux invisibles. La ville silencieuse et sournoise les traquait, comme un chat à l'affût.
Malgré le danger, Anna n'eût peut-être pas cédé; peut-être le sentiment de cette lâche hostilité l'eût-elle poussée à la provoquer rageusement, si elle n'avait porté en elle l'esprit pharisaïque de cette société qui lui était ennemie. L'éducation avait asservi sa nature. Elle avait beau juger la tyrannie et la niaiserie de l'opinion: elle la respectait; elle souscrivait à ses arrêts, même quand ils la frappaient; s'ils avaient été en opposition avec sa conscience, elle eût donné tort à sa conscience. Elle méprisait la ville; et le mépris de la ville lui eût été impossible à supporter.
Or, le moment venait où l'occasion allait s'offrir à la médisance publique de s'épancher. Le carnaval était proche.
Le carnaval, dans cette ville, avait gardé jusqu'au temps où se déroule cette histoire—(il a changé, depuis)—un caractère de licence et d'âpreté archaïque. Fidèle à ses origines, où il était une détente au dévergondage de l'esprit humain asservi, volontairement ou non, au joug de la raison, nulle part il n'eut plus d'audace qu'aux époques et dans lés pays où pesaient lourdement les mœurs et les lois, gardiennes de la raison. Aussi, la ville d'Anna devait-elle rester une de ses terres d'élection. Plus le rigorisme moral y paralysait les gestes, y bâillonnait les voix, plus durant quelques jours les gestes étaient hardis et les voix affranchies. Tout ce qui s'amassait dans les bas-fonds de l'âme: jalousies, haines secrètes, curiosité impudique, instincts de malveillance inhérents à la bête sociable, crevaient d'un coup avec le fracas et la joie d'une revanche. Chacun avait le droit de descendre dans la rue et, masqué prudemment, de clouer au pilori, en pleine place publique, celui qu'il détestait, d'étaler aux passants tout ce que lui avait appris un an d'efforts patients, tout son trésor de secrets scandaleux, goutte à goutte amassés. Tel en faisait la parade sur des chars. Tel promenait des lanternes transparentes, où s'affichait en inscriptions et en images l'histoire secrète de la ville. Tel osait même se faire le masque de son ennemi, si facilement reconnaissable que les polissons du ruisseau le désignaient de son nom. Des journaux de médisances paraissaient pendant ces trois jours. Des gens de la société se mêlaient sournoisement à ce jeu de Pasquino. Nul contrôle exercé, sauf pour les allusions politiques,—cette âpre liberté ayant été la cause, à diverses reprises, de contestations entre le gouvernement de la ville et les représentants des États étrangers. Mais rien ne protégeait les citoyens contre les citoyens; et cette appréhension de l'outrage public, constamment suspendue, ne devait pas peu contribuer à maintenir dans les mœurs l'apparence impeccable dont la ville s'honorait.
Anna était sous le poids de cette peur,—d'ailleurs injustifiée. Elle avait peu de raisons de craindre. Elle tenait trop peu de place dans l'opinion de la ville pour qu'on eût l'idée de l'attaquer. Mais dans l'isolement absolu où elle se murait, dans l'état d'épuisement et de surexcitation nerveuse où l'avaient mise plusieurs semaines d'insomnies, son imagination était prête à accueillir les terreurs les plus déraisonnables. Elle s'exagérait l'animosité de ceux qui ne l'aimaient point. Elle se disait que les soupçons étaient sur sa piste; il suffisait d'un rien pour la perdre; et qui l'assurait que ce n'était pas fait? Alors, c'était l'injure, le déshabillage sans pitié, l'étalage de son cœur offert en proie aux passants: un déshonneur si cruel qu'Anna mourait de honte en y songeant. On se contait que, quelques années avant, une jeune fille, livrée à cette persécution, avait dû fuir du pays avec les siens... Et l'on ne pouvait rien, rien faire pour se défendre, rien faire pour l'empêcher, rien faire même pour savoir ce qui allait arriver. Le doute était plus affolant encore que la certitude. Anna jetait autour d'elle des yeux de bête aux abois. Dans sa propre maison, elle se savait cernée.
La domestique d'Anna avait passé la quarantaine: elle se nommait Bäbi: grande, forte, la face rétrécie et décharnée aux tempes et au front, large et longue à la base, soufflée sous la mâchoire, telle une poire tapée; elle avait un sourire perpétuel et des yeux perçants comme des vrilles, enfoncés, sucés en dedans, sous des paupières rouges aux cils invisibles. Elle ne se départait pas d'une expression de gaieté mignarde: toujours enchantée des maîtres, toujours de leur avis, s'inquiétant de leur santé avec un intérêt attendri; souriant, quand on lui donnait des ordres; souriant, quand on lui faisait des reproches. Braun la croyait d'un dévouement à toute épreuve. Son air béat faisait contraste avec la froideur d'Anna. En beaucoup de choses pourtant, elle lui ressemblait: comme elle, parlant peu, vêtue d'une façon sévère et soignée; comme elle, fort dévote, raccompagnant au culte, accomplissant exactement ses devoirs de piété, ayant le souci scrupuleux de ses devoirs de maison: propreté, ponctualité, mœurs et cuisine sans reproches. Elle était, en un mot, une servante exemplaire, et le type accompli de l'ennemie domestique. Anna, dont l'instinct féminin ne se trompait guère sur les pensées secrètes des femmes, ne se faisait aucune illusion à son égard. Elles se détestaient, le savaient, et ne s'en montraient rien.
La nuit qui suivit le retour de Christophe, lorsque Anna, en proie à ses tourments, alla le retrouver, malgré la résolution qu'elle avait prise de ne plus le revoir jamais, elle venait furtivement, tâtonnant les murs, dans les ténèbres; elle était près d'entrer dans la chambre de Christophe, quand elle sentit sous ses pieds nus, au lieu du contact habituel du parquet lisse et froid, une poussière tiède qui s'écrasait mollement. Elle se baissa, toucha avec les mains, et comprit: une mince couche de cendres fines avait été répandue dans toute la largeur du couloir, sur un espace de deux à trois mètres. C'était Bäbi qui avait, sans le savoir, retrouvé la vieille ruse employée, au temps des lais bretons, par le nain Frocin pour surprendre Tristan se rendant au lit d'Yseut: tant il est vrai qu'un nombre restreint de types, dans le bien comme dans le mal, servent pour tous les siècles. Grande preuve en faveur de la sage économie de l'univers!—Anna n'hésita point; elle continua son chemin, par une bravade méprisante; elle entra chez Christophe, ne lui parla de rien, malgré son inquiétude; mais au retour, elle prit le balai du poêle, et effaça soigneusement sur la cendre la trace de ses pas, après qu'elle eut passé.—Quand Anna et Bäbi se retrouvèrent, dans la matinée, ce fut, l'une avec sa froideur, l'autre avec son sourire accoutumés.
Bäbi recevait parfois la visite d'un parent un peu plus âgé qu'elle; il remplissait au temple les fonctions de gardien; on le voyait, à l'heure du Gottesdienst (du service divin), faire sentinelle devant la porte de l'église, avec un brassard blanc à raies noires et gland d'argent, appuyé sur un jonc à bec recourbé. De son métier, il était fabricant de cercueils. Il se nommait Sami Witschi. Il était très grand, maigre, la tête un peu penchée, avec une face rasée et sérieuse de vieux paysan. Il était pieux, et connaissait comme pas un tous les bruits qui couraient sur toutes les âmes de la paroisse. Bäbi et Sami pensaient à s'épouser; ils appréciaient, l'un dans l'autre, leurs qualités sérieuses, leur foi solide et leur méchanceté. Mais ils ne se pressaient pas de conclure; ils s'observaient prudemment.—Dans les derniers temps, les visites de Sami étaient devenues plus fréquentes. Il entrait sans qu'on le sût. Toutes les fois qu'Anna passait près de la cuisine, par la porte vitrée elle apercevait Sami assis près du fourneau, et Bäbi à quelques pas, cousant. Ils avaient beau parler, on n'entendait aucun bruit. On voyait la figure épanouie de Bäbi et ses lèvres qui remuaient; la grande bouche sévère de Sami se plissait, sans s'ouvrir, d'un rire grimaçant: rien ne sortait du gosier; la maison semblait muette. Quand Anna entrait dans la cuisine, Sami se levait respectueusement et restait debout, sans parler, jusqu'à ce qu'elle fût sortie. Bäbi, en entendant la porte qui s'ouvrait, interrompait avec affectation un sujet indifférent, et tournait vers Anna un sourire obséquieux, en attendant ses ordres. Anna pensait qu'ils parlaient d'elle; mais elle les méprisait trop pour s'abaisser à les écouter en cachette.
Le jour après qu'Anna eut déjoué le piège ingénieux des cendres, entrant dans la cuisine, le premier objet qu'elle vit, ce fut, dans les mains de Sami, le petit balai dont elle s'était servie, la nuit, pour effacer l'empreinte de ses pieds nus. Elle l'avait pris dans la chambre de Christophe; et, à cette minute même, elle se ressouvint brusquement qu'elle avait oublié de l'y reporter; elle l'avait laissé dans sa propre chambre, où les yeux perçants de Bäbi l'avaient aussitôt remarqué. Les deux compères avaient reconstitué l'histoire. Anna ne broncha point. Bäbi, suivant le regard de sa maîtresse, sourit avec exagération, et expliqua:
—Le balai était cassé; je l'ai donné à Sami, pour qu'il le réparât.
Anna ne se donna pas la peine de relever le grossier mensonge; elle ne parut même pas entendre; elle regarda l'ouvrage de Bäbi, fit ses observations, et sortit, impassible. Mais, la porte fermée, elle perdit toute fierté; elle ne put s'empêcher d'écouter, cachée dans l'angle du corridor—(elle était humiliée jusqu'à l'âme de recourir à de pareils moyens...)—Un gloussement de rire très bref. Puis, un chuchotement, si bas qu'on ne pouvait rien distinguer. Mais, dans son affolement, Anne crut entendre; sa terreur lui soufflait les mots qu'elle craignait d'entendre; elle s'imagina qu'ils parlaient des mascarades prochaines et d'un charivari. Nul doute: ils voulaient y introduire l'épisode des cendres... Probablement, elle se trompait; mais au point d'exaltation morbide où elle était, hantée depuis quinze jours par l'idée fixe de l'avanie, elle ne s'arrêta même pas à considérer l'incertain comme possible, elle le regarda comme certain.
Dès lors, sa décision fut prise.
Le soir du même jour—(c'était le mercredi qui précède les jours gras),—Braun fut appelé en consultation, à une vingtaine de kilomètres de la ville: il ne devait revenir que le lendemain matin. Anna ne descendit pas dîner, et resta dans sa chambre. Elle avait choisi cette nuit pour exécuter l'engagement tacite qu'elle avait souscrit. Mais elle avait décidé de l'exécuter seule, sans rien dire à Christophe. Elle le méprisait. Elle pensait:
—Il a promis. Mais il est homme, il est égoïste et menteur, il a son art, il aura vite oublié.
Et puis, il y avait peut-être, dans ce cœur violent qui semblait inaccessible à la bonté, il y avait peut-être place pour un sentiment de pitié, à l'égard de son compagnon. Mais elle était trop rude et trop passionnée pour se l'avouer.
Bäbi dit à Christophe que sa maîtresse la chargeait de l'excuser, qu'elle était un peu souffrante et voulait se reposer. Christophe soupa donc seul, sous la surveillance de Bäbi, qui le fatiguait de son verbiage, tâchait de le faire parler, et protestait pour Anna d'un zèle si outré que Christophe, malgré la facilité qu'il avait à croire dans la bonne foi des gens, fut mis en défiance. Il comptait justement profiter de cette soirée pour avoir avec Anna un entretien décisif. Lui non plus, il ne pouvait différer davantage. Il n'avait pas oublié l'engagement qu'ils avaient pris ensemble, à l'aube de cette triste journée. Il était prêt à le tenir si Anna l'exigeait. Mais il voyait l'absurdité de cette double mort, qui ne résolvait rien, et dont la douleur et le scandale devaient retomber sur Braun. Il pensait que le mieux était qu'ils s'arrachassent l'un à l'autre, qu'il essayât encore une fois de partir,—si du moins il avait la force de rester éloigné d'elle: il en doutait, après l'épreuve inutile qu'il venait de faire; mais il se disait qu'au cas où il ne pourrait le supporter, il aurait toujours le temps de recourir, seul, au suprême moyen.
Il espéra qu'après le souper il pourrait s'échapper un moment pour monter dans la chambre d'Anna. Mais Bäbi ne quittait point ses pas. D'habitude, elle terminait de bonne heure son ouvrage; ce soir-là, elle n'en finit plus de laver la cuisine; et lorsque Christophe crut en être délivré, elle inventa de ranger un placard dans le corridor qui menait à la chambre d'Anna. Christophe la trouva solidement installée sur un escabeau; il comprit qu'elle ne délogerait pas, de toute la soirée. Il sentait une furieuse démangeaison de la jeter en bas avec ses piles d'assiettes; mais il se contint et la pria d'aller voir comment sa maîtresse se trouvait, et s'il ne pourrait lui souhaiter le bonsoir. Bäbi alla, revint, et dit, en l'observant avec une joie maligne, que Madame allait mieux, qu'elle avait sommeil et demandait que personne n'entrât. Christophe, irrité et nerveux, essaya de lire, ne put, et monta dans sa chambre. Bäbi guetta sa lumière jusqu'à ce qu'elle fût éteinte, et monta à son tour, se promettant de veiller; elle eut la précaution de laisser sa porte entr'ouverte, afin de pouvoir entendre tous les bruits de la maison. Malheureusement pour elle, elle ne pouvait se mettre au lit sans s'endormir aussitôt, et d'un sommeil si puissant que ni le tonnerre, ni sa curiosité même, n'eussent été capables de l'éveiller, avant qu'il fût jour. Ce sommeil n'était un secret pour personne. L'écho en arrivait jusqu'à l'étage au-dessous.
Dès que Christophe entendit ce bruit familier, il alla chez Anna. Il fallait qu'il lui parlât. Une inquiétude le travaillait. Il arriva à la porte, il tourna le bouton: la porte était fermée. Il frappa doucement: point de réponse. Il colla sa bouche contre la serrure, supplia à voix basse, puis avec insistance: nul mouvement, nul bruit. Il avait beau se dire qu'Anna dormait, une angoisse le prit. Et comme, tâchant vainement d'entendre, il appuyait sa joue contre la porte, une odeur le frappa, qui semblait sortir du seuil; il se pencha, et il la reconnut: c'était l'odeur du gaz. Son sang se glaça. Il secoua la porte, sans penser qu'il pouvait réveiller Bäbi: la porte ne céda pas... Il avait compris: Anna avait, dans le cabinet de toilette attenant à sa chambre, un petit poêle à gaz; elle l'avait ouvert. Il fallait défoncer la porte; mais, dans son trouble, Christophe garda assez de raison pour se rappeler qu'à aucun prix Bäbi ne devait entendre. Il pesa sur un des battants, d'une énorme poussée, en silence. La porte, solide et bien close, craqua sur ses gonds, mais ne bougea point. Une autre porte donnait accès de la chambre d'Anna au cabinet de Braun. Il y courut. Elle était également fermée; mais ici, la serrure était en dehors. Il entreprit de l'arracher. Ce n'était pas aisé. Il devait enlever les quatre grosses vis, encastrées dans le bois, il n'avait que son couteau; et il ne voyait rien: car il n'osait pas allumer une bougie; il eût risqué de faire sauter l'appartement. En tâtonnant, il réussit à introduire son couteau dans la tête d'une vis, puis d'une autre, cassant les lames, se coupant; il lui semblait que les vis étaient d'une longueur diabolique, qu'il ne finirait jamais de les arracher; et en même temps, dans sa précipitation fébrile qui lui inondait le corps d'une sueur glacée, un souvenir d'enfance lui revenait à l'esprit: il se revoyait, à dix ans, enfermé par punition dans le cabinet noir; il avait enlevé la serrure et fui de la maison... La dernière vis céda. La serrure sortit, avec un grésillement de sciure de bois. Christophe se précipita dans la chambre, courut à la fenêtre, l'ouvrit. Une nappe d'air froid entra. Christophe, trébuchant aux meubles, dans l'obscurité trouva le lit, tâtonna, rencontra le corps d'Anna, de ses mains frémissantes palpa à travers les draps les jambes immobiles, remonta jusqu'à la taille: Anna était assise sur son lit, et tremblait. Elle n'avait pas eu le temps d'éprouver les premiers effets de l'asphyxie: la chambre était haute de plafond; l'air circulait par les fentes de la fenêtre et des portes mal jointes. Christophe la prit dans ses bras. Elle se dégagea avec fureur, criant:
—Va-t'en!... Ah! qu'est-ce que tu as fait?
Elle le frappa; mais brisée d'émotion, elle retomba sur l'oreiller; elle sanglotait:
—Ho! ho! tout est à recommencer!
Christophe lui prit les mains, l'embrassant, la grondant, lui disant des paroles tendres et rudes:
—Mourir! Et mourir seule, sans moi!
—Oh! toi! dit-elle amèrement.
Son ton disait assez:
—Toi, tu veux vivre.
Il la rudoya, il voulut violenter sa volonté.
—Folle! dit-il, tu ne sais donc pas que tu pouvais faire sauter la maison!
—C'était ce que je voulais, fit-elle avec rage.
Il tâcha de réveiller ses craintes religieuses: c'était la corde juste. À peine y eut-il touché qu'elle commença à crier, à le supplier de se taire. Il persista sans pitié, pensant que c'était le seul moyen de ramener la volonté de vivre. Elle ne disait plus rien, elle avait des hoquets convulsifs. Quand il eut fini, elle lui dit, d'un ton de haine concentrée:
—Tu es content maintenant? Tu as bien travaillé! Tu as achevé de me désespérer. Et maintenant, qu'est-ce que je vais faire?
—Vivre, dil-il.
—Vivre! cria-t-elle, mais tu ne sais donc pas que c'est impossible! Tu ne sais rien! Tu ne sais rien!
Il demanda:
—Qu'y a-t-il?
Elle haussa les épaules:
—Écoute.
に伏せられていた彼女の眼は、また見開かれて、クリストフの上に焼きつくすような炎を注いだ。クリストフはその打撃を眼の中に受けてよろめいた。彼の言おうとすることはすべて一挙に打ち消された。二人はたがいに進み寄って、ふたたび抱きしめた……。
宵闇が広がっていた。二人の血はなお唸っていた。彼女は寝床の上に横たわって、上衣をはねのけ、両腕を広げ、体を覆おうとの様子さえしなかった。彼は枕に顔を埋めて呻いていた。彼女は彼のほうへ身を起こし、彼の顔をあげさして、その眼や口を指先で撫でさすった。自分の顔をさし寄せて、彼の眼の中をじっとのぞき込んだ。その彼女の眼は、湖水のように深々としていて、苦悶をそちのけにして微笑んでいた。良心は姿を消した。彼は口をつぐんだ。戦慄が大波のように二人を揺り動かした……。
その夜、クリストフは自分の室にもどって一人きりになると、自殺しようという考えを起こした。
つぎの日、彼は起き上がるとすぐにアンナを捜した。今はもう彼のほうで彼女の視線を避けていた。彼女の眼に出会うと、言うべきことも頭から消えてしまった。それでも彼は努力して、二人の行ないの卑劣さを言い出し始めた。彼女はそれを知るや否や、彼の口を手で激しくふさいだ。眉根をひそめ、唇をきっと結び、不快な表情をして、彼を押しのけた。彼は言いつづけた。彼女はもってた仕事を下に投げ捨て、扉を開いて、出て行こうとした。彼はその両手をとらえ、扉を閉ざした。犯した罪の観念を彼女が頭から消し得るのは仕合わせだ、と苦々しげに言ってやった。彼女は激しく身をもがき、憤然として叫んだ。
「お黙んなさい!……卑怯者、あなたには、私の苦しんでることがわからないんですか。……あなたから言ってもらいたくありません。打っちゃっといてください!」
彼女の顔はくぼんでいた。眼つきは害された獣のそれのように、恨みと恐れとを含んでいた。もしできるなら彼を殺したいような眼だった。――彼は彼女を放した。彼女は室の他の隅へ逃げていった。彼はそれを追っかけたくなかった。悲痛と恐怖とに心がしめつけられていた。ブラウンが帰って来た。二人は茫然と彼をながめた。自分の悩み以外には、何物も二人にとっては存在しなかった。
クリストフは外に出た。ブラウンとアンナとは食卓についた。食事の最中に、ブラウンはにわかに立ち上がって窓を開けた。アンナが気絶したのだった。
クリストフは旅行を口実にして、その町から二週間姿を隠した。アンナは一週間の間、食事の時間を除いては、居室に閉じこもってばかりいた。彼女はまた自分の良心や習慣にとらえられ、脱したとみずから思っていたがけっして脱せられるものではない、過去の生活にまたとらえられた。いくら眼をふさいでも駄目だった。日ごとに心痛が増してきて、心の奥深くはいり込んで来、ついにはそこに腰をすえてしまった。つぎの日曜日には、彼女はなお寺院へ行くのを断わった。しかしそのつぎの日曜日には、寺院へ出かけて、それからもうけっして欠かさなかった。彼女は服従したのではなかったが、打ち負かされてしまった。神は敵であった――のがれることのできない敵だった。彼女は神のもとへ、服従を強いられた奴隷のような暗黙の憤りをいだいておもむいた。彼女の顔にはその礼拝の間、敵意ある冷淡さしか見えなかった。しかし魂の奥底では、彼女の宗教的生活はすべて、主にたいする黙々たる激昂の悪戦苦闘だった。主の非難に彼女はさいなまれていた。彼女はそれが聞こえないふうをしていた。しかし聞かざるを得なかった。そして彼女は口をくいしばり、強情な皺を額に寄せ、きびしい眼つきをして、神と激論していた。クリストフのことを考えると憎くなった。魂の牢獄から自分を一時引き出しておいて、ふたたび牢獄の中に陥らして獄卒の手に委ねたことを、彼女は彼に許せなかった。彼女はもう眠れなかった。昼となく夜となく、同じ苦しい考えを繰り返した。しかし愚痴をこぼしはしなかった。やはり家の中の万事をつかさどって、頑固に自分の務めを果たしてゆき、自分の意志の執拗強情な性質を日常生活のうちに最後まで保ちつづけて、機械のように規則正しく仕事を片付けた。身体は痩せ細ってきて、内部の疾患に侵されてるかのようだった。ブラウンは親切に気をもんで容態を尋ねた。聴診までもしたがった。が彼女はそれを荒々しくしりぞけた。彼にたいして心の苛責を感ずれば感ずるほど、ますます彼に冷酷な態度をした。
クリストフはもうふたたびもどるまいと決心していた。彼は疲労でおのれをくじこうとした。方々へ行き、苦しい運動をし、舟を漕ぎ、歩行し、山に登った。が何物も情火を消すにいたらなかった。
彼は情熱の手中にあった。それは天才の性質の必然性である。もっとも貞節な人々、ベートーヴェンやブルックナーでさえ、たえず愛せざるを得ないのである。あらゆる人間的な力が天才のうちでは高調されている。そしてそれらの力は想像力によって招来されてるので、彼らの頭脳はいつも情熱にとらえられる。たいていは一時の炎にすぎなくて、たがいに滅ぼし合い、またどれも皆、創造的精神の大火にのみ込まれる。しかし鍛冶の熱が魂を満たさなくなるときには、無防禦な魂は、なくて済ませないそれらの情熱に委ねられる。魂は情熱を欲し情熱を創りだす。情熱のために全身を呑噬されなければやまない。――その上にまた、肉体を侵す酷烈な欲望のほかに、人生に疲れ欺かれた人を慰安者の母性的な腕のほうへ推し進める、情愛の欲求がある。偉人はだれよりもいっそう子供である。一人の女に信頼し、やさしい手のひらの上に、その両膝の間の長衣の凹みに、自分の額を休めたいとの欲求を、だれよりもいっそう持ってるものである……。
しかしクリストフはそんなことを理解していなかった……。情熱の宿命を――浪漫主義作家の戯言を、彼は信じていなかった。戦うべき義務と力とを信じていた。自分の意志の力を信じていた……。しかも彼の意志は、それはどこにあったか? その痕跡さえ残ってはいなかった。彼は取り憑かれていた。思い出の針に昼も夜も悩まされた。アンナの身体の匂いが口や鼻を焦がしていた。彼はあたかも、舵を失い風に任された重々しい破船に似ていた。いたずらに逃げようとして骨折った。しかしやはり同じ場所に引きもどされた。そしては風に向かって叫んだ。
「俺を吹き砕け! 俺をどうするつもりなのか?」
なんで、なんであの女を……なんであの女を愛してるのか? 彼女の心と精神との特長のためにか? だがもっと聡明なりっぱな女が乏しくはなかった。またそれは彼女の肉体のためにか? だが彼はもっと自分の官能を喜ばす情婦を他に所有したことがあった。それではいったい何が彼をとらえていたのか?――「人は愛するがゆえに愛す」――そこにこそ、普通の理由を過ぎ越えた一つの理由がある。狂気の沙汰というか? それはなんらの意味をもなさない。その狂気沙汰はなにゆえであるか?
それは、人がおのれのうちに閉じこめてる、一つの隠れたる魂が、もろもろの盲目な力が、悪魔が、存するからである。人間が存在して以来人間の全努力は、その内心の海洋にたいして、理性と宗教との堤防を築くことに向けられてきた。しかしながら暴風雨が襲来し(そしてもっとも豊富な魂はもっとも暴風雨を受けやすい)、堤防は破壊され、悪魔は自由の身となり、同様な悪魔から煽り立てられてる他の魂と相面して立つ……。それらがたがいに飛びついてつかみ合う。憎か? 愛か? 相互破壊の狂乱か?――情熱、それこそ獰猛な魂である。
逃げ出そうと無駄な努力を二週間つづけたあとに、クリストフはアンナの家にもどって来た。もはや彼女と離れて生きることができなかった。息がつけなかった。
それでも、彼はなお闘いつづけた。彼がもどって来た晩、二人は口実を設けて顔を合わせもせず、食事もいっしょにしなかった。夜になると、どちらも自分の室の中に、おずおずと鍵をかけて閉じこもった。――しかしなんとしても力及ばなかった。夜中に、彼女は素足のまま逃げ出してきて、彼の室の扉をたたいた。彼は扉を開いた。彼女は寝床の中にはいってきた。彼のそばに冷たくなって横たわった。声低く泣き出した。彼はその涙が自分の頬の上に流れるのを感じた。彼女は気を静めようとつとめた。しかし苦悩に打ち負けた。クリストフの首に唇を押しあててすすり泣いた。その苦悶に惑乱されて彼は自分の苦悶を忘れた。やさしい慰めの言葉をかけて彼女を落ち着かせようとした。彼女は嘆いた。
「私は悲しい。死んでいたほうがよかった……。」
彼女の訴えは彼の心をつき刺した。彼は彼女を抱擁しようとした。彼女はそれを押しのけた。
「私はあなたが嫌いです!……なぜあなたはいらしたんです?」
彼女は彼の腕から脱して、寝台の向こう側に身を投げ出した。寝台は狭かった。二人はたがいに避けようとしたが、やはり触れ合った。彼女は彼のほうへ背中を向けて、怒りと悩みに震えていた。死ぬほど彼を憎んでいた。彼は圧倒されて黙っていた。沈黙のうちに、彼女は彼の押え止めてる息を聞きとった。彼女はにわかに向き返って、彼の首を両腕で抱いた。
「ああクリストフ!」と彼女は言った、「私あなたを苦しまして……。」
初めて彼は、彼女からそういう憐れみの声を聞いたのだった。
「許してください。」と彼女は言った。
彼は言った。
「おたがいに許し合いましょう。」
彼女はもう息がつけないかのように身を起こした。寝床の中にすわり、がっかりして背をかがめて、彼女は言った。
「私はもう駄目……それが神の心だから。私は神に見捨てられたのです……。神に反対して私に何ができましょう?」
彼女は長くそのままでいた。それからまた横になって、もう少しも動かなかった。仄かな明るみが黎明を告げた。薄ら明かりの中に、彼は自分の顔に接してる痛ましい顔を見てとった。
彼はささやいた。
「夜が明けた。」
彼女は身動きもしなかった。
彼は言った。
「よろしい、構やしない。」
彼女は眼を開き、たまらなく懶い表情で床から出た。寝台の縁に腰かけて、床板をながめた。
何の色合いもない声で言った。
「私昨夜あの人を殺そうかと思った。」
彼は恐ろしさに飛び上がった。
「アンナ!」と彼は言った。
彼女は陰鬱な様子で窓を見つめた。
「アンナ!」と彼は繰り返した。「とんでもないことを! 殺すのはあの人をではない!……あの人はいい人です……。」
彼女も繰り返した。
「あの人をではない。そうです。」
二人はたがいに見合った。
ずっと前から二人はそのことを知っていた。何が唯一の出口であるかを知っていた。虚偽のうちに生きるのが堪えがたかった。そしていっしょに逃げ出すことはできそうになかった。それがなんの解決にもならないことを知らないではなかった。なぜなら、もっともひどい悩みは、二人を隔ててる外部の障害にあるのではなくて、彼らのうちに、彼らの異なった魂のうちにあるのだった。二人は別々に生きることができないと同様に、いっしょに生きることもできなかった。二人は行きづまっていた。
そのとき以来、二人はもう接し合わなかった。死の影が二人の上にさしていた。二人はたがいに犯しがたいものだった。
しかし二人は期日を定めることを避けた。「明日、明日……」と言っていた。そしてその明日から眼をそらしていた。クリストフの強い魂はしきりに反発を覚えた。彼は敗北を承知しなかった。彼は自殺を軽蔑していて、偉大な生命に憐れな短縮的な結末を与えることを、どうもあきらめかねた。アンナのほうは、永遠の死滅へ至る一つの死という観念を、どうして自発的に受けいれ得たろうか? しかし死へ至るべき必然の事情が二人を追窮していた。二人の周囲の世界はしだいに狭まってきた。
ある朝、クリストフは裏切りの行ないをして以来初めて、ブラウンと二人きりになった。それまで彼はうまくブラウンを避けていた。ブラウンと出会うことは堪えがたかったのである。彼はむりにある口実を設けて握手しなかった。食卓で彼のそばにすわりながら、むりにある口実を設けて食べなかった。食物が喉に通らなかった。彼の手に握手し、彼のパンを食べ、ユダの接吻を与えるとは!……そしてもっともたまらないことは、自分自身にたいする軽蔑の念ではなくて、もしブラウンが知ったらどんなに苦しむだろうかという心痛だった……。その考えが彼を悶えさした。憐れなブラウンはけっして復讐もしないだろうし、おそらく二人を憎むだけの力もないだろう、と彼はよく知りつくしていた。ブラウンはいかに心がくじけることだろう!……どんな眼でクリストフをながめるだろうか! クリストフはその眼の非難に立ち向かい得ない気がした。――そして、おそかれ早かれブラウンは知るにきまっていた。すでにもう何かを疑ってはいなかったろうか。クリストフは二週間の不在のあとにふたたび会ってみて、彼の様子の変わったのに心を打たれた。もうそれは同じブラウンではなかった。その快活は消えてしまっていた、もしくはどこかわざとらしい点があった。食卓では、口もきかず物も食べずランプのように燃えつきかけてるアンナのほうを、じろじろぬすみ見ていた。そして気おくれのした痛々しい親切さで、なんとか彼女の世話をやこうとした。彼女はそれらの注意を手ひどくしりぞけた。すると彼は皿の上に顔を伏せて黙った。食事の最中に、アンナは息苦しくなって、ナプキンを食卓の上に放り出して出て行った。あとに残った二人は、黙々として食事を済ました。もしくは済ましたふうを装った。二人は眼もあげかねた。食事が済むと、クリストフは出て行こうとした。ブラウンはその腕をふいに両手でとらえた。
「クリストフ!……」と彼は言った。
クリストフは心乱れて彼をながめた。
「クリストフ、」とブラウンは繰り返した――(その声は震えていた)――「彼女がどうしたのか君は知ってやしないか。」
クリストフは刺し通されたような心地がした。しばし返辞が出なかった。ブラウンはおずおずと彼をながめていた。そして急に詫びを言った。
「君もよく見かけるとおり、彼女は君に何かと打ち明けてるものだから……。」
クリストフはブラウンの両手に唇をあてて許しを求めようとしかかった。しかしブラウンはクリストフの転倒した顔色を見、ぞっとして、すぐにもう知りたくなくなった。眼つきで懇願しながら、急いで早口に言いすてた。
「いや、そうじゃない、君は何にも知らないんだね。」
クリストフは心くじけて言った。
「知らない。」
おう、辱められた相手に断腸の思いをさせる事柄だからといって、自責し卑下することのできないその苦しさ! 尋ねかけてくる相手の眼の中に、心進まぬことを、真実を知りたがっていないことを、読みとるときに、真実を言うことのできないその苦しさ!……
「そうだ、そうだ、ありがとう、ほんとにありがとう……。」とブラウンは言った。
彼はまだ何か尋ねたいことがありながら、相手の視線を避けて言い出しかねてるようなふうで、クリストフの袖をつかまえていた。それから彼は手を離し、溜め息をつき、そこを立ち去った。
クリストフは自分の新たな虚言に圧倒された。彼はアンナのもとへ駆けていった。心乱れて口ごもりながら、ありし次第を話してきかした。アンナは沈鬱な様子で耳を傾けて、そして言った。
「じゃあ知らせるがいいわ! 構うものですか。」
「どうしてあなたはそんなことを言うんです!」とクリストフは叫んだ。「どうしても、どうしても、私はあの人を苦しめたくない。」
アンナは怒った。
「苦しめるのがなんです? 私も苦しんでるじゃありませんか。あの人も苦しむがいい!」
二人は苦々しい言葉を言い合った。彼は彼女が自分自身ばかりを大事にしてるのをとがめた。彼女は彼が彼女のことよりも夫のことを多く考えてるのを非難した。
しかしすぐそのあとで、もうこんなふうでは生きていられないから、ブラウンへすっかり白状しようと、彼が言い出したとき、こんどは彼女のほうで、彼を利己主義者だとし、彼の良心なんかはどうだって構わないが、ブラウンには何にも知らしてはいけないと叫びたてた。
彼女はその冷酷な言葉にもかかわらず、クリストフと同じようにブラウンのことを多く考えていた。夫にたいする真の情愛はもっていなかったけれど、やはり夫に執着していた。二人でうち建ててる社会的連繋と義務とについて、敬虔な尊敬をいだいていた。妻たる者は善良にしていて夫を愛すべきものだとは、おそらく考えてはいなかったろうけれど、自分は世帯の務めを残らず果たしてかつ夫に忠実でなければならないと、彼女は考えていた。自分のようにその義務を欠くことは、卑しむべきことのように彼女には思えた。
そしてクリストフよりもよく彼女は、やがてブラウンにすべてがわかるに違いないということを知っていた。そして、クリストフの悩みを増させたくないためか、あるいはむしろ高慢の心からか、彼女がそのことをクリストフに隠しておいたのは、多少ほむべきことであった。
ブラウンの家はきわめて外部との交渉が少なく、その中で行なわれてる通俗な悲劇はきわめて秘められていたけれど、その多少はすでに外部へ伝わっていた。
この町では、だれも自分の生活を隠しおおせることができない。それは不思議な事柄である。街路にはだれも諸君をながめてる者はいない。人家の戸も窓も閉め切ってある。しかし窓の隅に多くの鏡がある。通り過ぎるときには、鎧戸の開け閉めされるきつい音が聞こえる。だれも諸君のことを気にしてはいず、諸君を見知ってる者もいないようである。しかし、自分の言葉や身振りが一つとして見落とされてはいないことに、やがて諸君は気づくだろう。諸君のなしたこと、言ったこと、見た物、食べた物、すべてが知られている。人々は諸君の考えたことまでも知っている、知っていると自惚れている。一般の隠密な監視が諸君を取り巻いている。召使、御用商人、親戚、友人、無関係者、見知らぬ通行人、などすべての者が、暗黙の間に一致して、偵察に力を合わせている。しかもかかる本能的な偵察では、方々に散らばってる各要素が、不思議にも一つに集まってくるのである。人々はただに諸君の行為を観察してるばかりでなく、諸君の心をも探索している。この町においては、だれも自分の本心の秘密を守るだけの権利をもたない。しかも、他人の中をのぞき込み、その内部の思想を穿鑿し、もしそれが一般の意見に背馳するようなものであるときには、その説明を求める、という権利を各人がもっている。集団の魂の眼に見えない専制主義が、各個人の上に重くのしかかっている。個人はその生涯を通じて後見されてる子供のようなものである。彼のもの何一つ彼の所有ではない。彼は町に属してるのである。
アンナが日曜日に引きつづいて二度も教会堂に姿を見せなかったということは、嫌疑をひき起こすに十分だった。普通のときにはだれも、彼女が礼拝に列してることを気にも止めていないようだった。彼女は一人離れて暮らしていて、町の人々は彼女の存在を忘れてるかのようだった。――ところが、彼女がやって来なかった初めの日曜日の晩には、彼女の欠席は方々に知れ渡って記憶の中にしるしとめられた。つぎの日曜日には、聖書の中や牧師の唇の上の神聖な言葉をたどってる、信仰深い眼の一つとして、その真面目な注意をそらしてるものはないらしかった。しかしどの眼もみな、アンナの席が空いてることを、はいって来るときに認め、出て行くときに確かめた。翌日になると、アンナは数か月来会わなかった人たちの訪問を受け始めた。ある者は彼女が病気ではないかを気づかい、ある者は彼女の仕事や夫や家庭に新しい興味を見せ、その他種々の口実を設けて訪問してきた。中には、彼女の家で起こってる事柄を妙によく知ってるらしい様子をしてる者もあった。けれどだれ一人として、彼女が日曜日に二度も礼拝に欠席したことをほのめかす者はなかった(拙劣な小利口さである。)アンナはこのごろ加減が悪いと言ったり、仕事のことを話したりした。訪問の女たちは注意深く彼女の言葉に耳を傾け、道理だというふうを示した。でもアンナは、彼女らが自分の言うことを一言も信じていないのを知っていた。彼女らの眼は室の中のあたりを見回し、探索し拾い上げ書き取っていた。彼女らは騒々しいわざとらしい話振りをして冷やかな朴訥さを失わなかった。しかしその眼にはいらだった厚かましい好奇心の色が見えていた。二、三の者は誇張的な無関心の様子で、クラフト氏の消息を尋ねた。
数日後に――(クリストフの不在中だったが)――牧師がみずからやって来た。好男子で、好人物で、溌溂たる健康をもち、愛嬌があって、真理を、全真理を、自分が握ってるという意識から生ずる、泰然自若たる平静さをそなえていた。懇切にアンナの健康を尋ね、求めもしないのに彼女が言いたてる弁解の言葉を、上の空で丁寧に聞いてやり、一杯の茶を飲み、楽しげに冗談を言い、聖書の中に述べられてる葡萄酒はアルコール分のある飲料ではなかったという意見を、飲み物のことから言い出し、文句を少し引用してきて、逸話を一つ話し、それから、辞し去るときになって、悪い人物と交わる危険や、ある種の散歩や、不信仰な精神や、舞踏の不純さや、汚らわしい欲望などについて、それとなく諷示した。それもアンナに向かって言ってるのではなくて、時代一般の人に向かって言ってるようなふうだった。彼はちょっと口をつぐみ、咳をし、立ち上がり、ブラウン氏へ大袈裟な挨拶の伝言を頼み、ラテン語でちょっと洒落を言い、礼をして、帰っていった。――アンナは諷示の言葉にぞっとした。それは一つの諷示だったろうか? クリストフとアンナとの散歩を、どうして彼が知り得たろうか? 二人は散歩中だれにも知人に出会わなかった。しかしこの町では万事が知られるではないか。特長ある顔つきの音楽家と黒服の若い女とが、飲食店で踊ったとすれば、人目をひいたに違いなかった。二人の噂はぱっと立った。そして何事もくり返されるとおりに、その噂も町まで伝わってきて、悪意の生じてる折り柄とて、それはアンナだと認められずにはいなかった。もちろんそれはまだ一つの嫌疑にすぎなかった。しかし妙に人の心をひく嫌疑であって、アンナの女中自身の供給した情報がそれにつけ加えられた。一般の好奇心はもう眼を見張っていて、二人が危険に瀕するのを待ち受け、眼に見えない無数の眼で二人を窺っていた。黙々たる陰険なこの町は、獲物をねらってる猫のように二人をつけ回していた。
本来から言えば、危険にもかかわらず、アンナはおそらく屈しなかったかもしれない。そういう卑劣な敵意の感情は、おそらく彼女を猛然と挑戦的になしたかもしれない。しかし彼女は自分のうちに、敵たるその社会のパリサイ人的精神をになっていた。教育は彼女の天性を撓めていた。彼女は世論を横暴で愚劣だといくら批判しても甲斐がなかった。やはり世論を尊重していた。世論の判決を、それが自分に向かって下されるときでさえ承認していた。それが自分の本心と背馳するならば、自分の本心のほうが誤りであるとしたかもしれない。彼女は町の人々を軽蔑していた。しかも町の人々から軽蔑されることは堪えがたかった。
そして、公衆の悪口にあふれ出る機会を与える時期が来かかっていた。謝肉祭が近まりつつあった。
この町では、謝肉祭は、この物語の起こってるころまでは、放縦苛辣な古い性質をなおもっていた――(その後になると非常に変わってはきたが。)理性の軛に否応なしに縛りつけられてる人の精神を、勝手気ままに解き放すというのが、謝肉祭の起原であるから、その起原に忠実である謝肉祭は、理性の番人たる風俗や掟が重々しく君臨してる時代や地方において、もっとも横暴をきわめるのであった。それでアンナの町は、そういう選まれたる土地の一つとなるのが当然だった。道徳上の厳格主義が人の身振りを麻痺させ声をふさぐことが多ければ多いほど、謝肉祭の数日間、ますます身振りは大胆になり声は解放された。魂の奥底に積もってるすべてのもの、嫉妬、ひそかな憎悪、不純な好奇心、社会的動物に固有な悪意の本能などが、意趣返しの喜びをもって一度に騒然と爆発した。各人が往来へ飛び出し、用心深い仮面をつけて、広場のまん中で、嫌な奴を晒し台に上せ、気長な努力で一年間に知り得たすべてのことを、一滴一滴よせ集めた醜悪な秘密の宝全部を、通行人に見せつけてはばからなかった。ある者は車の上から大袈裟に触れ歩いた。ある者は町の内緒話を文字や絵に書き現わした透かし燈籠を、方々へもち回った。ある者は敵の仮面をさえつけていて、しかもその仮面がすぐに見分けられるほどだったから、町の餓鬼小僧どもはその実名を名ざすことができた。幾つもの悪口新聞が、その三日の間に現われた。社交界の人々も多少、この諷刺の悪戯にこっそり関係していた。なんらの取り締まりも行なわれていなかった。ただ政治に関する事柄は例外だった――というのは、その辛辣な自由の振る舞いが、町の当局者と他国の代表者らとの間に、何度も紛擾の原因となったからである。しかし町の人にたいして町の人を保護するものは何もなかった。そして、たえず眼前にぶら下がってる公然の侮辱という懸念は、この町がみずから誇りとしてる清浄潔白な外観を風俗中に維持するのに、多少役だたないでもなかった。
アンナはそういう恐れの重みに圧倒されていた――しかもそれは条理の立たない恐れだった。彼女は恐るべき理由をあまりもってはいなかった。彼女は町の世論の中ではほとんど物の数でなかったので、彼女を攻撃しようとの考えを起こす者すらないはずだった。けれども彼女は、全然の孤独の中に引きこもってばかりいたし、また不眠の数週間を過ごしたため、心身は疲憊し神経は荒立っていたので、きわめて不道理な恐怖をも想像しがちになっていた。彼女は自分を好まない人々の憎悪を大袈裟に考えていた。人々から嫌疑をかけられてると思っていた。ちょっとしたことで身の破滅となるに十分だった。そんなことはないと言ってくれる者はだれもいなかった。もう侮辱ばかりであり、無慈悲な探索ばかりであり、通行人の眼前に裸の心をさらされるばかりだった。その残酷な不名誉は、思っただけでも恥ずかしくてたまらなかった。人の話によると、数年前にある若い娘が、そういう迫害をこうむって、家の者と共にこの土地から逃げ出さなければならなかったそうである……。そしてどうすることもできなかった。弁解することも、事を未然に防ぐことも、どうなるかを知ることさえも、少しもできなかった。疑いは確実よりもいっそういらだたしいものだった。アンナは追いつめられた獣のような眼であたりをながめた。そして自分の家においてさえ、四方から監視されてることを知った。
アンナの女中は、四十歳を越した女で、ベービという名だった。背が高く、強壮で、その顔は、顳
や額のほうは狭くて痩せ、下の方は広く長く、頤の下が脹れていて、ちょうど干乾びた梨のようだった。いつも微笑を浮かべていたが、睫毛の隠れてる赤い眼瞼の下の眼は、深く落ちくぼんで錐のように鋭かった。気取った快活さの表情をやめたことがなく、いつも主人を喜んでおり、いつも主人と同意見であり、やさしい心づかいで主人の健康を尋ねた。用を言いつけられるときも微笑んでいるし、小言を言われるときも微笑んでいた。ブラウンは彼女を徹頭徹尾忠誠な女中だと思っていた。彼女の平和な様子はアンナの冷やかさと対照をなしていた。それでも多くの点で彼女はアンナに似寄っていた。アンナと同様に、口数がきわめて少なく、注意を配ったきちんとした服装をしていた。アンナと同様に、きわめて信心深く、いつも礼拝の御供をし、信仰上の務めを正確に果たし、家事の務めに細々と気を配っていた。清潔で時間をよく守り、風儀や料理にかけては欠点がなかった。一言にして言えば、模範的な女中であって、かつ、家庭の害物の完全な標本だった。女性の本能からして女の内心の考えをほとんど見誤ったことのないアンナは、この女中になんらの幻をもかけてはいなかった。二人はたがいに嫌い合い、嫌い合ってることを知っており、しかもそれを少しも様子に示さなかった。
クリストフがもどってきたその晩、アンナはもうけっして彼に会うまいと決心していたにもかかわらず、悩みに堪えかねて彼のもとへやって行ったとき、暗闇の中に壁を手探りでこっそり歩を運んだ。そしてクリストフの室にはいりかけると、自分の素足の蹠に、いつもの滑かな冷たい床板の感触ではなしに、柔らかにつぶれる生暖かい塵を感じた。彼女は身をかがめて、手でさわってみてそれと悟った。細かな灰が薄すらと、二、三メートルの間廊下じゅうにまいてあった。それはベービの仕業であって、ブルターニュの古詩の中で、イズーの寝床にやってゆくトリスタンをとらえるために、小人のフロサンが用いたあの古い策略を、知らず知らず考えついたのだった。善いことにも悪いことにも、ある少数の見本があらゆる時代に役だつというのは、なるほど真実である。それこそ、世界の賢い経済を示す大なる証拠である。――アンナは少しもためらわなかった。一種の軽蔑的な豪がりからやはりつづけて足を運んだ。クリストフの室にはいっても、不安ではあったがなんとも言わなかった。しかし帰りに、彼女は暖炉の箒を取って、通り過ぎたあとで灰の上の足跡を丁寧に消し去った。――その朝アンナとベービとが顔を合わせたとき、一人は例の冷やかな様子をし、一人は例の微笑を浮かべていた。
ベービのもとへはときどき、彼女より少し年上の親戚の男が訪ねてきた。彼は寺院で番人の役目をしていた。勤行の時間には、柄の曲がった籐杖にもたれて、黒い線と銀の総のある白い腕章をつけ、教会堂の入り口に見張りをしてる、彼の姿が見受けられた。彼の職業は棺桶屋で、ザーミ・ヴィッチという名前だった。ごく背が高く、痩せていて、頭を少しかがめ、老農夫みたいな真面目な無髯の顔だった。彼はごく信心深かった。そして教区内のあらゆる人の魂についての風説を、ほとんど一つ残らずことごとく知っていた。ベービとザーミとは結婚するつもりでいた。二人はたがいに相手のうちに、真面目な美点や堅固な信仰や悪賢さなどを見てとっていた。しかし彼らは急いできめてしまおうとはしなかった。たがいに用心深く観察し合っていた。――最近にザーミの来訪はいっそう繁くなってきた。彼は人に知られないうちにはいって来た。アンナが台所の近くを通りかかるといつも、炉のそばにすわってるザーミと、その数歩わきで仕事をしてるベービとが、ガラス越しに見えていた。二人がいくら話をしようと、少しもその声は他へ聞こえなかった。ベービの陽気な顔と動いてるその唇とが見えていた。ザーミの鹿爪らしい大きな口は少しも開かずに、苦笑の皺を寄せていた。喉からは少しも声が漏れなかった。まるで沈黙の家のようだった。アンナが台所へはいってゆくと、ザーミは恭しく立ち上がって、彼女が出て行くまで黙ってつっ立っていた。ベービは扉の開く音を聞いて、わざとらしく無駄話をぷっつりよして、追従の笑顔をアンナのほうへ向けながら、彼女の言いつけを待った。アンナは二人が自分の噂をしてたのだと思った。しかし彼女は二人をあまりに軽蔑していたので、その話をぬすみ聞きするような卑しい真似はしなかった。
巧妙な灰の罠を失敗に終わらせた翌日、アンナが台所にはいっていって、第一に眼についたものは、前夜素足の足跡を消すために用いた小さな箒が、ザーミの手にもたれてることだった。彼女はその箒をクリストフの室から取ってきたのだった。そして今になって初めて、もちもどることを忘れてたのに突然気づいた。それを自分の室に打ち捨てておいたのだった。ベービの鋭い眼はすぐそれを見てとった。そして二人の陰謀仲間は、事のわけを組み立てずにはおかなかった。がアンナはつまずかなかった。ベービは女主人の視線を見守りながら、大袈裟に微笑んで、言い訳をした。
「その箒はこわれておりました。でザーミに渡して直してもらうことにいたしました。」
アンナはその太々しい嘘を取り上げようともしなかった。聞こえたふうさえしなかった。ベービの仕事振りをながめ、注意を与え、そして平然と出ていった。しかし扉を閉めると、すっかり自負心を失った。廊下の角に隠れて耳をそばだてざるを得なかった。――(そんな手段を用いるのがつくづく恥ずかしかった……。)――ごく短い忍び笑いの声、それから、何にも聞き分けられないほど低い耳語。しかしアンナは頭が乱れていたので、聞き分けられるような気がした。恐怖のあまりに、聞くのを恐れていた言葉が伝わってきた。来たるべき仮面仮装や馬鹿騒ぎのことを二人が話してるのだと、彼女は想像をめぐらした疑いの余地はなかった。二人は灰の話をもち出すつもりに違いなかった……。それは多分彼女の考え違いだったろう。しかし彼女は二週間以来不面目という固定観念につきまとわれて、病的な激昂に陥っていたので、単に不確実を可能だと考えるだけにとどまらなくて、不確実を確実だとまで見なしたのだった。
そのときから、彼女の決心は固められた。
その日の晩――(謝肉祭肉食日の前の水曜日だった)――ブラウンは町から二十キロ離れた所に、診察に呼ばれていった。翌朝でなければ帰って来られなかった。アンナは夕食に降りて行かずに、自分の室に残った。誓っていた暗黙の約束を実行するのに、その夜を選んだのだった。けれども、クリストフへは何にも言わないで、一人で実行しようと決心した。彼女は彼を軽視していた。こう考えていた。
「あの人は約束した。けれど、あの人は男で、利己主義で嘘つきで、自分の芸術をもっているし、すぐに忘れてしまったろう。」
それにまたおそらく、温情なんかはなさそうに見える彼女の激烈な心の中にも、友にたいする憐れみの情を起こす余地があったであろう。ただ彼女はあまりに粗剛であまりに熱烈だったから、それをみずから認めていなかったのである。
ベービは、奥様からよろしく言ってくれと頼まれたことだの、奥様が少し加減が悪くて休息したがってることだのを、クリストフに言った。それでクリストフは、ベービの監視のもとに一人で夕食をした。ベービはその饒舌で彼をうんざりさした。彼に口をきかせようとしていた。他人の誠意を信じやすいクリストフでさえ、ある疑念を起こしたほどの過度の熱心さで、アンナに味方して滔々と述べたてた。クリストフもちょうどその晩を利用して、アンナと決定的な話をつけるつもりだった。彼もこのうえ延ばすことはできなかった。あの悲しい日の夜明けにいっしょにした約束を、忘れてはいなかった。アンナから求められたそれを果たすつもりでいた。しかしそういう二重の死のばかばかしさを見てとっていた。それは何事をも解決しはしないし、その悲しみと不名誉とはブラウンの上に及んでくるに違いなかった。もっともよい方法は、二人がたがいに別れることであり、自分がも一度立ち去ってみる――少なくとも彼女と離れているだけの力があるならば、立ち去ってみることである、と彼は考えた。無益な試みをやってみたあとのこととて、それができるかは疑わしかった。しかし、もしも堪え得ない場合には、だれにも知れないようにして、一人で最後の手段に訴えるだけの隙は常にある、と彼は考えた。
彼は夕食のあとに、ちょっと逃げ出して、アンナの室へ上がって行きたかった。しかしベービは彼のそばを離れなかった。平素彼女は早めに仕事を終えるのだったが、その晩はいつまでも台所の後片付けを終えなかった。そしてクリストフがもう彼女からのがれたと思ってると、彼女はアンナの室に通じる廊下に、戸棚をすえつけることを考え出した。クリストフは彼女がどっしりと腰掛に落ち着いてるのを見た。一晩じゅう動きそうもないのを悟った。彼女を積み重ねられた皿といっしょに投げ出したい気が、むらむらと起こってきて仕方なかった。しかし彼は我慢をした。奥様の様子はどうであるか、挨拶をしに行くことはできまいか、それを見に行ってくれと願った。ベービはやって行き、もどってきて、意地悪い喜ばしさで彼を見守りながら、奥様の気分はよいほうであるが、眠りたいからだれも来てくれるなとのことだった、と言った。クリストフはむっといらだって、読書をしてみたが、それもできないで、自分の室に上がっていった。ベービは燈火が消えるまで窺っていて、寝ずの番をしてやろうと誓いながら自分も室に上がっていった。家じゅうの物音が聞こえるように、扉を半ば開いておくだけの注意までした。しかし悲しいかな彼女は、寝床にはいるとすぐに眠った。しかもその眠りは、夜が明けない限りは、雷が鳴ろうとまたいかに好奇心が強かろうと、なかなか覚めそうもないほど深いものだった。その眠りはだれにも知れずにはいなかった。鼾の音が階下までも響いていた。
クリストフはその耳馴れた音を聞くと、アンナのところへやって行った。彼女に話をしなければならなかった。彼は一種の不安に駆られていた。扉のところまでいってその把手を回した。扉は締めきってあった。彼は静かにたたいた。返辞がなかった。彼は錠前に口を押し当てて、低い声で頼み、つぎにはしつこく頼んだ。なんの動きもなければ、なんの音もしなかった。アンナは眠ってるのだといくら考えても、ある心痛にとらえられた、そして中の様子を聞き取ろうといたずらにつとめながら、扉に頬をつけていると、敷居のところから漏れてくるらしいある臭気に打たれた。彼は身をかがめてそれを嗅ぎ分けた。ガスの臭いだった。彼の血はぞっと凍った。ベービの眼を覚ますかもしれないことなんかは考えもしないで、扉を揺すぶってみた。が扉はびくともしなかった……。彼はそれと悟った。アンナは居室につづいてる化粧室に、小さなガス暖炉をもっていた。その口を開け放したのだった。もう扉を打ち破らなければならなかったけれど、クリストフはその惑乱のうちにも理性を失わないで、どんなことがあってもベービに聞かれてはいけないということを思い出した。彼は無言のうちに、扉の一方を力をこめて押してみた。扉は丈夫でよく締まっていて、肱金の上に軋っただけで、少しも動かなかった。他にも一つ扉が、アンナの室とブラウンの書斎との間にあった。彼はそこに駆けていった。その扉も同じく締っていた。しかしその錠前は外側についていた。彼はそれをもぎ取ろうと企てた。それは容易なことではなかった。木にうちつけてある四つの太い捻釘を引き抜かねばならなかった。彼はただナイフをしかもっていなかった。そして何にも見えなかった。というのは、蝋燭の火をともしかねた。火をともせば、室じゅうを爆発させる恐れがあった。彼は手探りで、一本の捻釘の頭にナイフを差し込むことができ、つぎにも一本の頭に差し込むことができたが、ナイフの刃は欠けるし自分は怪我をした。捻釘がばかばかしく長いように思われ、いつまでたっても引き抜けそうになかった。そして同時に、冷たい汗が全身に流れるほどの気忙しないいらだちのうちに、幼時の思い出が一つ頭に浮かんだ。十歳のころ、罰としてまっ暗な室に閉じこめられたときのことを思い出した。彼はその錠前をはずして家から逃げ出したのだった……。ついに最後の捻釘が取れた。錠前がはずれて鋸屑がばらばらと落ちた。クリストフは室の中に駆け込み、窓に駆け寄ってそれを開いた。冷たい空気がどっと流れ込んできた。クリストフは家具につまずきながら、暗闇の中に寝台を見つけ出し、手探りでアンナの身体を探りあて、その動かない足を震える手で毛布越しにさわり、胴体まで及ぼしていった。アンナは寝床の上にすわって震えていた。窒息の初めの徴候を感ずるだけの隙もなかったのである。室は天井が高かった。よく合わさらない窓や扉の隙間から空気が通っていた。クリストフは彼女を両腕に抱いた。彼女は激しく身を引き離しながら叫んだ。
「あっちへ行ってください!……ああ、あなたは何をしたんです?」
彼女は彼を打った。しかし激情にくじけて、枕の上に倒れ伏した。そしてすすり泣いた。
「おお、また今までどおりのことが!」
クリストフは彼女の両手を執りながら彼女を抱擁し、彼女を叱り、やさしいまた手荒い言葉を言ってやった。
「死ぬんですか! 私を打ち捨てて。一人で死ぬんですか!」
「あああなたは!」と彼女は痛ましげに言った。
その調子には、こういう意味が十分こもっていた。
「あなたは、あなたは生きるのが望みです。」
彼はきびしい言葉を発して彼女の意志をくじいてやりたかった。
「馬鹿な真似をしますね!」と彼は言った。「家を爆発させるかもしれないのが、わからないんですか。」
「それが私の望みです。」と彼女は憤然として言った。
彼は彼女の宗教上の恐れを呼び覚まそうとした。それは急所だった。彼がそこに触れるや否や、彼女は泣き声を立てて言ってくれるなと願った。彼は彼女のうちに生きる意志を呼びもどす唯一の方法であると考えて、なお無慈悲に言いつづけた。彼女はもうなんとも言わないで、痙攣を起こしたようにしゃくり上げていた。彼が言い終えると、彼女は恨みをこめた調子で言った。
「もうそれで御満足でしょう。たいへん骨折ってくだすって、私をすっかり絶望さしておしまいなすった。そしてこれから、私はどうしたらいいんでしょう?」
「生きるんです。」と彼は言った。
「生きるんですって!」と彼女は叫んだ。「生きることはとてもできないのが、おわかりにならないんですか。何にも御存じないんですね。何にも御存じないんです!」
彼は尋ねた。
「何かあったんですか。」
彼女は肩をそびやかした。
「こうなんです。」
Elle lui raconta, en phrases brèves, hachées, tout ce qu'elle lui avait caché jusqu'à présent: l'espionnage de Bäbi, les cendres, la scène avec Sami, le carnaval, l'affront imminent. Elle ne distinguait plus, en racontant, ce que sa crainte avait forgé de ce qu'elle avait raison de craindre. Il écoutait, consterné, plus incapable qu'elle encore de discerner, dans le récit, le danger réel de l'imaginaire. Il était à mille lieues de soupçonner la chasse qu'on leur faisait. Il cherchait à comprendre; il ne pouvait rien dire: contre de tels ennemis il était désarmé. Il ressentait seulement une fureur aveugle, le désir de frapper. Il dit:
—Pourquoi n'as-tu pas chassé Bäbi?
Elle dédaigna de répondre. Bäbi chassée eût été plus venimeuse encore que Bäbi tolérée; et Christophe comprit le non-sens de sa question. Ses pensées se heurtaient; il cherchait un parti à prendre, une action immédiate. Il dit, les poings crispés:
—Je les tuerai.
—Qui? fit-elle, méprisante pour ces mots inutiles.
Sa force tomba. Il se vit perdu dans ce réseau de trahisons obscures, où l'on ne pouvait rien saisir, où tous étaient complices.
—Lâches! cria-t-il, accablé.
Il s'effondra, a genoux devant le lit, son visage pressé contre le corps d'Anna.—Ils se turent. Elle éprouvait un mélange de mépris et de pitié pour cet homme qui ne savait ni la défendre, ni se défendre. Il sentait contre sa joue trembler de froid les jambes d'Anna. La fenêtre était restée ouverte, et dehors il gelait: dans le ciel lisse comme un miroir, frissonnaient les étoiles glacées.
Quand elle eut savouré l'amère jouissance de le voir brisé comme elle, elle dit, d'un ton dur et lassé:
—Allumez une bougie.
Il alluma. Anna claquait des dents, ramassée sur elle-même, les bras serrés contre les seins, les genoux repliés sous le menton. Il ferma la fenêtre. Il s'assit sur le lit. Il prit dans ses mains les pieds d'Anna, d'un froid de glace, il les réchauffa avec ses mains, avec sa bouche. Elle fut attendrie.
—Christophe! dit-elle.
Elle avait des yeux lamentables.
—Anna! dit-il.
—Qu'allons-nous faire?
Il la regarda, et dit:
—Mourir.
Elle eut un cri de joie:
—Oh! tu veux bien? tu veux aussi?... Je ne serai pas seule!
Elle l'embrassait.
—Croyais-tu donc que j'allais te laisser?
Elle répondit, à voix basse:
—Oui.
Il sentit ce qu'elle avait dû souffrir.
Après quelques instants, il l'interrogea du regard. Elle comprit:
—Dans le bureau, dit-elle. À droite. Le tiroir du bas.
Il alla et chercha. Tout au fond, il vit un revolver. Braun l'avait acheté, quand il était étudiant. Il ne s'en était jamais servi. Dans une boîte crevée, Christophe trouva quelques cartouches. Il les rapporta vers le lit. Anna regarda, et détourna aussitôt les yeux vers la ruelle. Christophe attendit, puis il demanda:
—Tu ne veux plus?
Anna se retourna vivement:
—Je veux... Vite!
Elle pensait:
—Rien ne peut plus me sauver maintenant de l'abîme éternel. Un peu plus, un peu moins, ce sera toujours de même.
Christophe chargea maladroitement le revolver.
—Anna, dit-il d'une voix tremblante, l'un des deux verra mourir l'autre.
Elle lui arracha l'arme des mains, et dit avec égoïsme:
—Moi, d'abord.
Ils se regardèrent encore... Hélas! dans ce moment même où ils allaient mourir l'un pour l'autre, ils se sentaient si loin l'un de l'autre!... Chacun pensait, avec terreur:
—Mais qu'est-ce que je fais? Qu'est-ce que je fais?
Et chacun le lisait dans les yeux de l'autre. L'absurdité de l'acte frappait surtout Christophe. Toute sa vie, inutile; inutiles, ses luttes; inutiles, ses souffrances; inutiles, ses espoirs; tout, jeté au vent, gâché; un geste médiocre allait tout effacer... Dans son état normal, il eût arraché le revolver des mains d'Anna, il l'eût jeté par la fenêtre, il eût crié:
—Non! Je ne veux pas.
Mais huit mois de souffrances, de doutes, et de deuil torturants, et par là-dessus cette rafale de passion démente, avaient ruiné ses forces, brisé sa volonté; il sentait qu'il n'y pouvait plus rien, il n'était plus le maître... Ah! qu'importe, après tout?
Anna, sûre de la mort éternelle, tendait son être dans la possession de cette dernière minute de vie: la figure douloureuse de Christophe, éclairée par la bougie vacillante, les ombres sur le mur, un bruit de pas dans la rue, le contact de l'acier qu'elle tenait dans sa main... Elle s'accrochait à ces sensations, comme un naufragé à l'épave qui s'enfonce avec lui. Après, tout est terreur. Pourquoi ne pas prolonger l'attente? Mais elle se répéta:
—Il faut...
Elle dit adieu à Christophe, sans tendresse, avec la hâte d'un voyageur pressé qui craint de manquer le train; elle ouvrit sa chemise, tâta le cœur, et y appuya le canon du revolver. Christophe, agenouillé, se cachait la figure dans les draps. Au moment de tirer, elle posa sa main gauche sur la main de Christophe. Le geste d'un enfant qui a peur de marcher dans la nuit...
Alors s'écoulèrent quelques secondes effroyables... Anna ne tirait pas. Christophe voulait relever la tête, il voulait saisir le bras d'Anna; et il craignait que ce mouvement même ne la décidât à tirer. Il n'entendait plus rien, il perdait connaissance... Un gémissement... Il se redressa. Il vit Anna, le visage décomposé de terreur. Le revolver était tombé sur le lit, devant elle. Elle répétait plaintivement:
—Christophe!... Le coup n'est pas parti!...
Il prit l'arme; le long oubli où elle était restée l'avait rouillée; mais le fonctionnement était bon. Peut-être la cartouche avait été détériorée par l'air.—Anna tendit la main vers le revolver.
—Assez! supplia-t-il.
Elle ordonna:
—Les cartouches!
Il les lui remit. Elle les examina, en prit une, chargea sans cesser de trembler, appuya de nouveau l'arme sur son sein, et tira.—Le coup rata encore.
Anna jeta le revolver dans la chambre.
—Ah! c'est trop! c'est trop! cria-t-elle. Il ne veut pas que je meure!
Elle se tordait dans ses draps; elle était comme folle. Il voulut l'approcher; elle le repoussa, avec des cris. Enfin, elle eut une attaque de nerfs. Christophe resta près d'elle, jusqu'au matin. Elle finit par se calmer; mais sans souffle, les yeux fermés, les os du front et les pommettes tendant la peau livide: elle semblait une morte.
Christophe refit le lit bouleversé, ramassa le revolver, remit la serrure arrachée, rangea tout dans la chambre, et partit: car il était sept heures, et Bäbi allait venir.
Quand Braun rentra, le matin, il trouva Anna dans la même prostration. Il vit bien qu'il s'était passé quelque chose d'extraordinaire; mais il ne put rien savoir de Bäbi, ni de Christophe. De tout le jour, Anna ne bougea point; elle n'ouvrit pas les yeux; son pouls était si faible qu'on le sentait à peine; par moments, il s'arrêtait, et Braun eut l'angoisse de croire, un instant, que le cœur avait cessé de battre. Son affection le faisait douter de sa science; il courut chez un confrère, et il le ramena. Les deux hommes examinèrent Anna et ne purent décider s'il s'agissait d'une fièvre qui commençait, ou d'un cas de névrose hystérique: il fallait tenir la malade en observation. Braun ne quitta pas le chevet d'Anna. Il refusa de manger. Vers le soir, le pouls d'Anna n'indiquait pas de fièvre, mais une faiblesse extrême. Braun tâcha de lui introduire dans la bouche quelques cuillerées de lait; elle les rendit aussitôt. Son corps s'abandonnait dans les bras de son mari, comme un mannequin brisé. Braun passa la nuit, assis près d'elle, se levant à tout instant pour l'écouter. Bäbi, que la maladie d'Anna ne troublait guère, mais qui était la femme du devoir, refusa de se coucher, et veilla avec Braun.
Le vendredi, Anna ouvrit les yeux. Braun lui parla; elle ne prit pas garde à sa présence. Elle était immobile, les yeux fixés sur un point de la muraille. Vers midi, Braun vit de grosses larmes qui coulaient le long de ses joues maigres; il les essuya avec douceur; une à une, les larmes continuaient de couler. De nouveau, Braun essaya de lui faire prendre quelque aliment. Elle se laissa faire, passivement. Dans la soirée, elle se mit à parler: c'étaient des mots sans suite. Il s'agissait du Rhin; elle voulait se noyer, mais il n'y avait pas assez d'eau. Elle persistait en rêve dans ses tentatives de suicide, imaginant des formes de mort bizarres: toujours la mort se dérobait. Parfois, elle discutait avec quelqu'un, et sa figure prenait alors une expression de colère et de peur; elle s'adressait à Dieu, et s'entêtait à lui prouver que la faute était à lui. Ou la flamme d'un désir s'allumait dans ses yeux; et elle disait des mots impudiques, qu'il ne semblait pas qu'elle pût connaître. Un moment, elle remarqua Bäbi, et lui donna avec précision des ordres pour la lessive du lendemain. Dans la nuit, elle s'assoupit. Tout à coup, elle se souleva; Braun accourut. Elle le regarda, d'une façon étrange, balbutiant des mots impatients et informes. Il lui demanda:
—Ma chère Anna, que veux-tu?
Elle dit, d'une voix âpre:
—Va le chercher!
—Qui? demanda-t-il.
Elle le regarda encore, avec la même expression, brusquement éclata de rire; puis, elle se passa les mains sur le front, et gémit:
—Ah! mon Dieu! oublier!...
Le sommeil la reprit. Elle fut calme jusqu'au jour. Vers l'aube, elle fit quelque mouvement; Braun lui souleva la tête, pour lui donner à boire; elle avala docilement quelques gorgées, et, se penchant vers les mains de Braun, elle les embrassa. Elle s'assoupit de nouveau.
Le samedi matin, elle s'éveilla vers neuf heures. Sans dire un mot, elle sortit les jambes du lit, et voulut descendre. Braun se précipita vers elle et essaya de la recoucher. Elle s'obstina. Il lui demanda ce qu'elle voulait faire. Elle répondit:
—Aller au culte.
Il essaya de la raisonner, de lui rappeler que ce n'était pas dimanche, que le temple était fermé. Elle se taisait; mais assise sur la chaise, près du lit, elle passait ses vêtements, de ses doigts grelottants. Le docteur, ami de Braun, entra. Il joignit ses instances à celles de Braun; puis, voyant qu'elle ne cédait pas, il l'examina, et finalement consentit. Il prit Braun à part, et lui dit que la maladie de sa femme semblait toute morale, qu'on devait pour l'instant éviter de la contrarier, et qu'il ne voyait pas de danger à ce qu'elle sortît, pourvu que Braun l'accompagnât. Braun dit donc à Anna qu'il irait avec elle. Elle refusa et voulut aller seule. Mais dès les premiers pas dans la chambre, elle trébucha. Alors, sans un mot, elle prit le bras de Braun, et ils sortirent. Elle était très faible et s'arrêtait en route. Plusieurs fois, il lui demanda si elle voulait rentrer. Elle se remit à marcher. Arrivés à l'église, comme il le lui avait dit, ils trouvèrent porte close. Anna s'assit sur un banc, près de l'entrée, et resta, frissonnante, jusqu'à ce que midi sonnât. Puis, elle reprit le bras de Braun, et ils revinrent en silence. Mais le soir, elle voulut retourner à l'église. Les supplications de Braun furent inutiles. Il fallut repartir.
Christophe avait passé ces deux jours, dans l'isolement. Braun était trop inquiet pour songer à lui. Une seule fois, le matin du samedi, cherchant à détourner Anna de son idée fixe de sortir, il lui avait demandé si elle voulait voir Christophe. Elle avait eu une expression d'épouvante et de répulsion si forte qu'il en avait été frappé; et le nom de Christophe n'avait plus été prononcé.
Christophe s'était enfermé dans sa chambre. Inquiétude, amour, remords, tout un chaos de douleur s'entrechoquait en lui. Il s'accusait de tout. Il succombait sous le dégoût de lui-même. Plusieurs fois, il s'était levé pour tout avouer à Braun,—aussitôt arrêté par l'idée, en s'accusant, de faire un malheureux de plus. La passion ne lui faisait pas grâce. Il rôdait dans le couloir, devant la chambre d'Anna; et dès qu'il entendait, à l'intérieur, des pas s'approcher de la porte, il s'enfuyait chez lui.
Quand Braun et Anna sortirent dans l'après-midi, il les guetta, caché derrière le rideau de sa fenêtre. Il vit Anna. Elle, si droite et si fière, elle avait le dos voûté, la tête courbée, le teint jaune; vieillie, écrasée par le manteau et le châle dont son mari l'avait couverte, elle était laide. Mais Christophe ne vit pas sa laideur, il ne vit que sa misère; et son cœur déborda de pitié et d'amour. Il eût voulu courir à elle, se prosterner dans la boue, baiser ses pieds, ce corps ravagé par la passion, implorer son pardon. Et il pensait, la regardant:
—Mon ouvrage... Le voici!
Mais son regard, dans la glace, rencontra sa propre image; il vit sur ses traits la même dévastation; il vit la mort inscrite en lui, ainsi qu'en elle, et il pensa:
—Mon ouvrage? Non pas. L'ouvrage du maître cruel, qui affole et qui tue.
La maison était vide. Bäbi était sortie, pour raconter aux voisins les événements de la journée. Le temps passait. Cinq heures sonnèrent. Une terreur prit Christophe, à l'idée d'Anna qui allait rentrer, et de la nuit qui venait. Il sentit qu'il n'aurait pas la force de rester, cette nuit, sous le même toit. Il sentit sa raison craquer sous le poids de la passion. Il ne savait ce qu'il ferait, il ne savait ce qu'il voulait, sinon qu'il voulait Anna. À quelque prix que ce fût. Il pensa a cette misérable figure qu'il avait vu passer tout à l'heure, sous sa fenêtre, et il se dit:
—La sauver de moi!...
Un coup de volonté souffla. Il ramassa, par poignées, les liasses de papiers qui traînaient sur sa table, les ficela, prit son chapeau, son manteau, et sortit. Dans le corridor, près de la porte d'Anna, il précipita le pas, pris de peur. En bas, il jeta un dernier coup d'œil sur le jardin désert. Il se sauva comme un voleur. Un brouillard glacé traversait la peau avec des aiguilles. Christophe rasait le mur des maisons, craignant de rencontrer une figure connue. Il alla à la gare. Il monta dans un train qui partait pour Lucerne. À la première station, il écrivit à Braun. Il disait qu'une affaire urgente l'appelait, pour quelques jours, hors de la ville, et qu'il se désolait de le laisser en un pareil moment; il le priait de lui envoyer des nouvelles, à une adresse qu'il lui indiqua. À Lucerne, il prit le train du Gothard. Dans la nuit, il descendit a une petite station entre Altorf et Gœschenen. Il n'en sut pas le nom, il ne le sut jamais. Il entra dans la première hôtellerie, près de la gare. Des mares d'eau coupaient le chemin. Il pleuvait à torrents; il plut toute la nuit; il plut tout le lendemain. Avec un bruit de cataracte, l'eau tombait d'une gouttière crevée. Le ciel et la terre étaient noyés, dissous, comme sa pensée. Il se coucha dans des draps humides, qui sentaient la fumée du chemin de fer. Il ne put rester couché. L'idée des dangers que courait Anna l'occupait trop pour qu'il eût le temps de sentir sa propre souffrance. Il fallait donner le change a la malignité publique, la lancer sur une autre piste. Dans la fièvre ou il était, il eut une idée bizarre: il inventa d'écrire à un des rares musiciens avec qui il se fût un peu lié dans la ville, à Krebs, l'organiste confiseur. Il lui laissa entendre qu'une affaire de cœur l'entraînait en Italie, qu'il subissait déjà cette passion quand il était venu s'installer chez Braun, qu'il avait essayé de s'y soustraire, mais qu'elle était la plus forte. Le tout, en des termes assez clairs pour que Krebs comprit, assez voilés pour qu'il pût y ajouter, de son propre fonds. Christophe priait Krebs de lui garder le secret. Il savait que le brave homme était d'un bavardage maladif, et il comptait—justement—qu'à peine la nouvelle reçue, Krebs courrait la colporter par toute la ville. Pour achever de détourner l'opinion, Christophe terminait sa lettre par quelques mots très froids, sur Braun et sur la maladie d'Anna.
Il passa le reste de la nuit et de la journée suivante, incrusté dans son idée fixe... Anna... Anna... Il revivait avec elle les derniers mois, jour par jour; il la voyait au travers d'un mirage passionné. Toujours, il l'avait créée à l'image de son désir, lui prêtant une grandeur morale, une conscience tragique, dont il avait besoin pour l'aimer davantage. Ces mensonges de la passion redoublaient d'assurance, maintenant que la présence d'Anna ne les contrôlait plus. Il voyait une saine et libre nature, opprimée, qui se débattait contre ses chaînes, qui aspirait à une vie franche, large, au plein air de l'âme, et puis, qui en avait peur, qui combattait ses instincts, parce qu'ils ne pouvaient s'accorder avec sa destinée et qu'ils la lui rendaient plus douloureuse encore. Elle lui criait: «À l'aide!» Il étreignait son beau corps. Ses souvenirs le torturaient; il trouvait un plaisir meurtrier à redoubler leurs blessures. À mesure que la journée avançait, le sentiment de tout ce qu'il avait perdu lui devint si atroce qu'il ne pouvait plus respirer.
Sans savoir ce qu'il faisait, il se leva, sortit, paya l'hôtel, et reprit le premier train qui revenait à la ville d'Anna. Il arriva, dans la nuit; il alla droit à la maison. Un mur séparait la ruelle du jardin contigu à celui de Braun. Christophe escalada le mur, sauta dans le jardin étranger, passa de là dans le jardin de Braun. Il se trouvait devant la maison. Tout était dans le noir, sauf une lueur de veilleuse qui teintait d'un reflet d'ocre une fenêtre,—la fenêtre d'Anna. Anna était là. Elle souffrait là. Il n'avait plus qu'un pas à faire pour entrer. Il avança la main vers la poignée de la porte. Puis, il regarda sa main, la porte, le jardin; il prit soudain conscience de son acte; et, s'éveillant de l'hallucination qui le possédait depuis sept à huit heures, il frémit, il s'arracha par un sursaut à la force d'inertie qui lui rivait les pieds au sol; il courut au mur, le repassa, et s'enfuit.
Dans la même nuit, il quittait la ville, pour la seconde fois; et le lendemain, il allait se terrer dans un village de montagne, sous des rafales de neige... Ensevelir son cœur, endormir sa pensée, oublier, oublier!...
—«E però leva su, vinci l'ambascia
con l'animo che vince ogni battaglia,
se col suo grave corpo non s'accascia...»
Leva'mi allor, mostrandomi fornito
meglio di lena ch'io non mi sentia;
e dissi: «Va, ch'io son forte ed ardito.»
INF. XXIV.
彼女は短い切れ切れの言葉で、今まで彼に隠していたことをすっかり話した。ベービの間諜、灰、ザーミとの場面、謝肉祭、さし迫ってる恥辱。彼女はそんなことを話しながら、恐怖のあまり自分でこしらえ出した事柄と、当然恐るべき事柄とを、もう見分けがつかなかった。彼もその話を聞きながら狼狽して、真実の危険と想像上の危険とを識別することが、彼女よりさらにできなかった。人々からあとをつけられてるとは少しも気づいていなかった。彼は理解しようとつとめた。そして何にも言えなかった。そういう敵にたいしては武器がなかった。彼はただ盲目的な憤怒を感じ、打ちのめしたい欲望を感じた。彼は言った。
「なぜベービを追い出さなかったんですか。」
彼女は蔑んで答えなかった。ベービは追い出されたら、大目に見られてるときよりもさらに有害となるはずだった。クリストフも自分の問いの無意味なのを悟った。彼の考えはたがいにぶつかり合っていた。彼は取るべき一つの決心を捜し求め、一つの直接行動を捜し求めた。彼は両の拳を握りしめて言った。
「彼奴らを殺してやる。」
「だれを?」と彼女はその無駄な言葉を軽蔑して言った。
彼は力もぬけてしまった。朦朧たる陰謀の網にとらえられるのを感じた。そこでは何一つはっきりとらえることができないし、しかもすべての人が陰謀の仲間だった。
「卑怯な奴らが!」と彼はがっかりして叫んだ。
彼は寝台の前にひざまずき、アンナの身体に顔を押し当てて、がっくりとなった。――二人は口をつぐんだ。彼女を守ってくれることも自分自身を守ることもできないこの男にたいして、彼女は軽蔑と憐憫との交じり合った気持を覚えた。彼は自分の頬に、アンナの膝が寒さに震えるのを感じた。窓は開かれたままになっていて、外は冷え凍えていた。鏡のように澄みきった空に、冷たい星のおののくのが見えていた。
彼女は自分と同様にくず折れた彼を見て悲痛な喜びを味わったのち、疲れたきびしい調子で言った。
「蝋燭をつけてください。」
彼は火をともした。アンナは両腕を胸にくっつけ頤の下に膝を折り曲げて、じっとうずくまりながら、歯をがたがたさして震えていた。彼は窓を閉めた。寝室の上に腰をおろした。氷のように冷たくなってるアンナの足先を両手に取って、それを口や手で温めてやった。彼女は心を動かされた。
「クリストフ!」と彼女は言った。
彼女は悲しげな眼をしていた。
「アンナ!」と彼は言った。
「どうしましょう?」
彼は彼女をながめて言った。
「死にましょう。」
彼女は喜びの声をたてた。
「ああ、あなたはほんとにそうしたいんですか、あなたもそうしたいんですか?……私一人じゃありませんのね!」
彼女は彼を抱擁した。
「では私があなたを打ち捨てるとでも思っていたんですか。」
彼女は低い声で答えた。
「ええ。」
彼は彼女がどんなに苦しんだろうかを感じた。
しばらくして、彼は眼つきで彼女に尋ねかけた。彼女はその意を悟った。
「机の中です。」と彼女は言った。「右のほう、下の引き出し……。」
彼はそこへ行って捜した。引き出しの奥に一挺のピストルが見えた。それはブラウンが学生時代に買ったもので、かつて使われたことがなかった。クリストフはこわれた箱の中に、数個の弾を見出した。彼はそれを寝台のところへもって来た。アンナはそれを見て、すぐに壁の裾のほうへ眼をそらした。クリストフは待った。それから尋ねた。
「もう嫌ですか。」
アンナは急に振り向いた。
「いいえ……早く!」
彼女はこう考えていた。
「もうこうなっては、私を永遠の淵から救い出してくれるものは何もない。どちらにしても同じことだ。」
クリストフは無器用な手付きでピストルに弾をこめた。
「アンナ、」と彼は震える声で言った、「どちらかが一人の死ぬのを見ることになります。」
彼女は彼の手から武器を引ったくって、利己的に言った。
「私が先に。」
二人はなお見合った……。ああ、おたがいのために死のうとするこの間ぎわになっても、二人はたがいに遠く離れてる気がした!……どちらも慴えた考えをしていた。
「いったい私は何をしてるのか、何をしてるのか。」
そしてどちらも相手の眼の中にそれを読みとった。その行為のばかばかしさは、ことにクリストフの心を打った。全生活は無益に終わった。奮闘も無益、苦しみも無益、希望も無益だった。すべてが空費されて風に投げ捨てられた。つまらないちょっとした動作で、いっさいが消し去られようとしていた。……尋常の状態にあったら、彼はアンナの手からピストルをもぎ取り、それを窓の外に放り出し、こう叫んだであろう。
「いえいえ、私は嫌です。」
しかし、八か月間の苦しい悩みと疑惑と哀悼と、なおその上に、狂乱した情熱の突風とは、彼の力を滅ぼし彼の意志をくじいていた。彼はもうどうにも仕方ない気がし、もう自分で自分が自由にならない気がしていた……。ああ、結局、どうだって構うものか!
アンナは永遠の死を確信していて、自分の一身を生命の最後の瞬間の手に委ねていた。揺らめていてる蝋燭の火に輝らされたクリストフの痛ましい顔、壁の上に落ちてる影、街路に響くある足音、手に握ってる鉄の感触……。難破者が遺流物に取りすがってそれといっしょに沈んでゆくように、彼女はそれらの感覚にすがりついていた。そのあとでは、すべてが恐ろしくなった。もっと待ってはなぜいけないか? しかし彼女はみずから繰り返した。
「ぜひとも……。」
汽車に乗り遅れはすまいかと気づかって急いでる旅人のようにあわただしく、やさしみのない別れを彼女はクリストフに告げた。そしてシャツを押し開き、心臓を探りあて、そこにピストルの銃先をあてた。クリストフはひざまずいて、夜具の中に顔を隠していた。引き金を引くときに、彼女は左手をクリストフの手にのせた。闇夜の中を歩くのを恐がってる子供のような動作だった……。
そして、恐るべき数秒が過ぎた……。アンナは発射しなかった。クリストフは顔をあげたかった。彼女の腕をとらえたかった。がその動作はかえって彼女に発射の決心を決めさせはすまいかと恐れた。彼の耳にはもう何にも聞こえなかった。彼は意識を失っていた……。唸り声……。彼は身を起こした。見るとアンナは、恐怖に顔の相好をくずしていた。ピストルは寝床の上に彼女の前に落ちていた。彼女は訴えるように繰り返していた。
「クリストフ!……弾が出ません!……」
彼は武器を取り上げた。長く忘れられてたために錆びていた。しかし作用が狂ってはいなかった。おそらく弾薬が空気のためにいけなくなってたのだろう。――アンナはピストルのほうへ手を差し出した。
「もうたくさんです!」と彼は嘆願した。
彼女は命令した。
「弾を!」
彼は弾を渡した。彼女はそれを調べて、中の一つを取り、なお震えつづけながら装填し、ふたたび武器を胸にあてがい、そして引き金を引いた。――やはり発射しなかった。
アンナは室の中にピストルを投げ出した。
「ああ、あんまりだ、あんまりだ!」と彼女は叫んだ。「死ぬことも許されない!」
彼女は夜具にくるまってもがいた。気が狂ったかのようだった。彼は彼女を抱き寄せようとした。彼女は声をたてて押しのけた。しまいに神経の発作に襲われた。彼はそのそばに朝までついていた。彼女もついに気が静まった。しかし息もつかず、眼は閉じ、額や顳
の骨には、蒼白な皮膚が張りつめていた。あたかも死人のようだった。
クリストフは、乱れた寝床を直し、ピストルを拾い上げ、もぎ取った錠前を取り付け、室の中をすっかり片付けて、そこを去った。なぜなら、もう七時になっていて、ベービがやって来るころだった。
ブラウンはその朝もどってきて、同じ虚脱の状態にあるアンナを見出した。ただならぬことが起こったのをよく見てとった。しかしベービからもクリストフからも何一つ聞き出し得なかった。アンナは終日身動きもしなかった。眼も開かなかった。脈搏はほとんど感じられないくらいに弱かった。時とするとまったく止まってしまって、ブラウンは一時、心臓の鼓動がやんだのではないかと思って心配した。彼は情愛のために自分の学問をも疑いだした。同業者のところに駆けていって連れて来た。二人はアンナを診察したが、ある熱病の始まりであるかあるいはヒステリー的神経症であるかを、決定することができなかった。病人の容態を観察しつづけなければならなかった。ブラウンはアンナの枕頭を離れなかった。食事もしなかった。夕方になると、アンナの脈は熱の徴候を示しはしなかったが、極度の衰弱を示してきた。ブラウンは牛乳を数匙彼女の口に入れてみた。彼女はそれをすぐに吐いてしまった。彼女の身体はこわれた人形のように夫の腕の中にぐったりしていた。ブラウンは彼女の様子に耳を傾けるためたえず立ち上がりながら、夜通しそばにすわっていた。ベービはアンナの病気にはほとんど心配しなかったが、義務観念の強い女だったから、寝るのを拒んでブラウンとともに起きていた。
金曜日にアンナは眼を開いた。ブラウンは話しかけた。彼女は彼がいることに気を止めなかった。じっと動かないで、壁の一点を見つめていた。午ごろブラウンは、彼女の痩せた頬に太い涙が流れるのを認めた。彼はそれを静かに拭いてやった。涙は一滴ずつ流れつづけた。ブラウンはふたたび彼女に何か食物を取らせようとした。彼女はただぼんやりとそれに従った。晩になって、彼女は口をききだした。連絡のない言葉ばかりだった。ライン河のことが出た。彼女は河に溺死したがっていたが、十分の水がなかった。執拗に自殺の企てばかりを夢みつづけて、奇怪な死に方をいろいろ想像した。でもやはり死ぬことができなかった。時とするとだれかと議論をした。そんなとき顔は憤怒と恐怖との表情を帯びた。彼女は神に話しかけて、罪は神にあるのだと強情に主張した。あるいは情欲の炎が眼に燃えてきた。そして自分でも知らないような淫猥な言葉を発した。ふと彼女はベービを認めて、翌日の洗濯についてはっきり用を言いつけた。夜中に彼女はうとうとと眠った。そして突然身を起こした。ブラウンは駆け寄った。彼女は気忙しない片言をつぶやきながら、彼を不思議そうにながめた。彼は尋ねた。
「アンナ、なんだい?」
彼女は荒々しい声で言った。
「あの人を連れてきてください。」
「だれを?」と彼は尋ねた。
彼女はなお同じ表情で彼をながめたが、突然笑い出した。それから額に両手をあてて唸った。
「ああ、神様、忘れさして!……」
彼女はまた眠った。夜が明けるまで静かにしていた。明け方に少し身体を動かした。ブラウンはその頭をもち上げて、飲み物を与えた。彼女は幾口かをすなおに飲み下した。そしてブラウンの手のほうへかがみ込んで、それを抱擁した。それからふたたびうとうととした。
土曜日の朝、彼女は九時ごろに眼を覚ました。一言もいわずに両足を寝床から出して、下に降りようとした。ブラウンは走り寄って、彼女を寝かそうとした。彼女は強情を張った。どうしたいのかと彼は尋ねた。彼女は答えた。
「礼拝に行くのです。」
彼はいろいろ言いきかせ、今日は日曜日ではないから寺院は閉まってると言った。彼女は口をつぐんだ。しかし寝台のそばの椅子にすわって、うち震える指で着物をひっかけた。ブラウンの友人である医者がはいって来た。彼もブラウンに口を添えて説き聞かせた。それから彼女が譲歩しないのを見て、彼女を診察し、ついに承諾した。彼はブラウンをわきに呼んで、細君の病気はまったく精神的のものらしいから、当分その意に逆らってはいけないし、ブラウンがついて行きさえすれば、外出しても危険はないと思う、と言った。それでブラウンは自分もいっしょに行こうと彼女に言った。彼女はそれを拒んで一人で行きたがった。しかし室の中を歩き出すや否やつまずいた。すると一言もいわずにブラウンの腕を取って、二人で出かけた。彼女はたいへん弱っていて、途中でよく立ち止まった。帰りたいのかと彼は何度も尋ねた。すると彼女はまた歩き出すのだった。教会堂へ着くと、彼が言ったとおりに扉は閉まっていた。彼女は入り口のそばの腰掛にすわって、十二時が打つまで震えながらとどまっていた。それから彼女はまたブラウンの腕を取って、二人で黙々として帰ってきた。しかし夕方になると、彼女はまた教会堂へ行きたがった。ブラウンがいくら懇願しても駄目だった。また出かけなければならなかった。
その二日間を、クリストフは一人きりで過ごした。ブラウンはあまりに心配していたから、彼のことを頭に浮かべなかった。ただ一度、土曜日の朝、アンナの外出したいという一図な考えを紛らせようとして、クリストフに会ってみないかと尋ねたことがあった。すると彼女は激しい恐慌と嫌悪との表情をしたので、彼はびっくりしてしまった。それからはもうクリストフの名前は口に出されなかった。
クリストフは自分の室に閉じこもっていた。不安、愛着、悔恨、すべて渾沌たる悩みが、心のうちでぶつかり合った。彼は万事について自分をとがめた。自己嫌悪の情に圧倒された。幾度も彼は立ち上がって、ブラウンへいっさいを告白しに行こうとした――がすぐに、自分をとがめることでさらにも一人の男を不幸にするという考えから引き止められた。と同時にまた情熱からも脱せられなかった。彼はアンナの室の前の廊下をうろついた。そして扉に近づく足音が室の中に聞こえるや否や、自分の室に逃げていった。
ブラウンとアンナとが午後に外出したとき、彼は自分の室の窓掛の後ろに隠れて、二人を窺った。彼はアンナを見た。いつもあんなに身体をつんとして高振っていたアンナが、背をかがめうなだれて黄色い顔色になっていた。すっかり年をとって、夫にきせてもらった外套と肩掛との重みに堪えかねていた。醜くなっていた。しかしクリストフは彼女の醜さを見ないで、その惨めさばかりを見てとった。そして彼の心は憐憫と愛情とで満ちあふれた。彼女のところへ駆けてゆき、泥の中にひれ伏し、彼女の足に、情熱のため害されたその身体に、唇を押しあて、彼女の許しを乞いたかった。そして彼は彼女をながめながら考えた。
「俺の仕業は……あのとおりだ!」
しかし彼の眼は、鏡の中で自分自身の面影に出会った。そして自分の顔立ちの上に、同じ荒廃を認めた。彼女のうちにと同じく、自分のうちにも、死の影が印せられてるのを認めた。そして考えた。
「俺の仕業なのか? いやそうじゃない。人を狂わせ人を滅ぼすところの、残忍なる主宰者の仕業だ。」
家の中はがらんとしていた。ベービは外に出かけて、その日の出来事を近所の者たちに話していた。時は過ぎていった。五時が打った。やがてもどってくるアンナのことを考え、来かかってる夜のことを考えると、クリストフはある恐怖にとらえられた。今夜はもう同じ屋根の下にじっとしてる力がなさそうな気がした。自分の理性が情熱の重みの下にぐらつきだすのを感じた。何をしでかすか自分でもわからなかった。いかなる代価を払ってもアンナを得たいということ以外には、何を欲してるのか自分でもわからなかった。先刻窓の下を通っていったあの惨めな顔のことを思った。そしてみずから言った。
「この俺自身から彼女を救い出すべきだ!……」
意志の力がさっと吹き起こった。彼は机の上に散らかってる幾綴かの紙を引っつかみ、それを紐で結え、帽子と外套とを取り、外に出かけた。廊下で、アンナの室の扉に近づくと、恐れに駆られて足を早めた。階下に行って、寂しい庭に最後の一瞥を投げた。そして盗人のように逃げ出した。凍った霧が針のように肌を刺した。彼は見知りの顔に出会いはすまいかと恐れて、人家の壁に沿って行った。停車場へついた。ルツェルン行きの汽車に乗った。第一の駅で、ブラウンへ手紙を書いた。急な用事で数日間町から出かけることになって、かかるおりに彼を打ち捨てて行くのが心悲しいと言い、一つの宿所を指定して、どうか様子を知らしてくれと願った。ルツェルンでゴタールド線の列車に乗った。夜中に、アルトルフとゲシェーネンとの間の小駅に降りた。その駅の名前を彼は知らなかった、永久に知らなかった。彼は駅の近くの見当たり次第の宿屋へはいった。水溜まりが道をさえぎっていた。雨がざあざあ降りしきっていた。夜通し降った。翌日も終日降った。滝のような音をたてて、雨水がこわれた樋から落ちていた。空も地も水に浸って、彼の考えと同じく融け去るかのようだった。彼は汽車の煙の匂いのする湿った夜具にくるまって寝た。でもじっと寝ていることができなかった。アンナが陥ってるいろんな危険のほうへばかり考えが向いて、まだ自分の苦しみを感ずるだけの隙がなかった。世間の悪意を転じさせてアンナより他のほうへ向けねばならなかった。熱に浮かされて彼は奇怪な考えを起こした。町で多少交際を結んでいたわずかな音楽家たちの一人、菓子屋を営んでるオルガニストのクレブスへ、手紙を書こうと思いついた。そして、心の問題でイタリーへやって行くこと、ブラウンの家へ足を留めたときはすでにその情熱にかかっていたこと、それからのがれようと試みたこと、しかし自分の力は及ばなかったこと、などをクレブスへもらした。全体の文面は、クレブスが了解し得るほど十分明白であり、またクレブスが自分の考えでいろいろつけ加え得るほど十分ぼんやりしていた。クリストフは秘密を守ってくれと願った。そして彼はこの善良な男が病的な饒舌家であることを知っていたし、手紙を受け取るや否や町じゅうに触れ歩くだろうとの期待を――しごくもっともな期待を――いだいていた。そしてなお世間の考えをそらさせるために、クリストフはその手紙を、ブラウンとアンナの病気とにたいするごく冷淡な数言で結んだ。
彼はその残りの夜とつぎの一日とを、凝り固まった一念のうちに過ごした……アンナ……アンナ……。彼女と過ごしたこの数か月間の日々を、まのあたりに思い浮かべた。彼は彼女を情熱に燃えた幻で包んでいた。常に自分の願いどおりの面影に彼女を造り上げて、彼女をいっそう深く愛するのに必要な、精神上の偉大さや悲壮な真心などをもたせていた。そういう情熱の虚構は、それを批判する実際のアンナが眼前にいない今では、いっそうの確実性を帯びてきた。彼が眼に見てる彼女は、健全な自由な性格であって、周囲から圧迫され、鎖を脱しようともがき苦しみ、うち開けた広々した生活を翹望し、魂の満々たる大気を翹望し、しかもなおそれを恐れ、自分の本能が自分の運命と一致し得ずに、運命をなおいっそう悲しいものにするので、その本能と闘ってるのだった。そして彼に向かって、「助けてください!」と叫んでるのだった。その彼女の美しい身体を彼は抱きしめた。彼は思い出のために苦しめられた。思い出の傷をさらに深めては、痛々しい快楽を覚えた。その一日がしだいにたってゆくにつれて、失ったすべてのものにたいする感情がますます痛烈になってきて、彼はもう息をつくこともできなくなった。
彼は自分でも何をしているのかわからずに、いきなり立ち上がり、室から出て行き、宿屋の勘定を払い、アンナの町へ行く第一の汽車に乗った。真夜中に到着した。まっすぐに彼女の家へ行った。ブラウンの庭に隣接してる庭と通りとの間に、一つの塀があった。クリストフはその塀を乗り越え、他家の庭に飛び降り、そこからブラウンの庭にはいった。彼は家と面して立った。家はすっかり闇に包まれていたが、ただ一条の夜燈の光が薄黄色い反映で、一つの窓を染めていた――アンナの窓を。そこにアンナがいた。そこで苦しんでいた。彼はもう一歩で中にはいれるのだった。彼は扉の把手のほうへ手を差し伸べた。それから、自分の手を、扉を、庭を、うちながめた。にわかに自分の行動を意識した。そして、七、八時間以来自分をとらえていた幻覚から覚めて、ぞっと震え上がり、足を地面に釘付けにしてる麻痺の力から、身を引きもぎって飛びのき、塀のところへ駆けてゆき、それをまた越えて、逃げ出した。
その夜、彼はふたたび町から去った。そして翌日は、山間の村落へ、吹雪の下に、自分を葬りに行った……。自分の心を埋め、自分の考えを眠らし、忘れるのだ、忘れるのだ!……
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汝起てよかし。霊こそは、肉の重みに
撓まずば、常に戦の勝利者なるぞ。」予は俄に起ち上がりぬ。言葉の気息は
恥のためにいよよまさりて、言いぬ。
「いざ、予は強し、己が役目を果たしみむ。」――神曲、地獄の巻、第二十四章――
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