La maison était plongée dans le silence. Depuis la mort du père, tout semblait mort. Maintenant que s'était tue la voix bruyante de Melchior, on n'entendait plus, du matin au soir, que le murmure lassant du fleuve.
Christophe s'était rejeté dans un travail obstiné. Il mettait une rage muette à se punir d'avoir voulu être heureux. Aux condoléances et aux mots affectueux il ne répondait rien, raidi dans son orgueil. Il s'acharnait à ses tâches quotidiennes, et donnait ses leçons avec une attention glacée. Ses élèves qui connaissaient son malheur étaient choquées de son insensibilité. Mais ceux qui, plus âgés, avaient quelque expérience de la douleur, savaient ce que cette froideur apparente pouvait, chez un enfant, dissimuler de souffrance; et ils avaient pitié. Il ne leur savait point gré de leur sympathie. La musique même ne lui apportait aucun soulagement. Il en faisait sans plaisir, comme un devoir. On eût dit qu'il trouvât une joie cruelle à ne plus avoir de joie à rien, ou à se le persuader, à se priver de toutes les raisons de vivre, et à vivre pourtant.
Ses deux frères, effrayés par le silence de la maison en deuil, s'étaient empressés de la fuir. Rodolphe était entré dans la maison de commerce de son oncle Théodore, et il logeait chez lui. Quant à Ernst, après avoir essayé de deux ou trois métiers, il s'était engagé sur un des bateaux du Rhin, qui font le service entre Mayence et Cologne; et il ne reparaissait que quand il avait besoin d'argent. Christophe restait donc seul avec sa mère dans la maison trop grande; et l'exiguïté des ressources, le paiement de certaines dettes qui s'étaient découvertes après la mort du père, les avaient décidés, quelque peine qu'ils en eussent, à chercher un autre logement plus humble et moins coûteux.
Ils trouvèrent un petit étage,—deux ou trois chambres au second étage d'une maison de la rue du Marché. Le quartier était bruyant, au centre de la ville, loin du fleuve, loin des arbres et de tous les lieux familiers. Mais il fallait consulter la raison, et non le sentiment; Christophe avait là une belle occasion de satisfaire à son besoin chagrin de mortification. D'ailleurs, le propriétaire de la maison, le vieux greffier Euler, était un ami de grand-père, il connaissait la famille: c'était assez pour décider Louisa, perdue dans sa maison vide, et irrésistiblement attirée vers ceux qui gardaient le souvenir des êtres qu'elle avait aimés.
Ils se préparèrent au départ. Ils savourèrent longuement l'amère mélancolie des derniers jours passés au foyer triste et cher que l'on quitte pour jamais. Ils osaient à peine échanger leur douleur; ils en avaient honte ou peur. Chacun pensait qu'il ne devait pas montrer sa faiblesse à l'autre. À table, tous deux seuls dans une lugubre pièce aux volets demi-clos, ils n'osaient pas élever la voix, ils se hâtaient de manger et évitaient de se regarder, par crainte de ne pouvoir cacher leur trouble. Ils se séparaient aussitôt après. Christophe retournait à ses affaires; mais, dès qu'il avait un instant de liberté, il revenait, il s'introduisait en cachette chez lui, il montait sur la pointe des pieds dans sa chambre ou au grenier. Alors il fermait la porte, il s'asseyait dans un coin, sur une vieille malle, ou sur le rebord de la fenêtre, et il restait sans penser, se remplissant du bourdonnement indéfinissable de la vieille maison qui tressaillait au moindre pas. Son cœur tremblait comme elle. Il épiait anxieusement les souffles du dedans et du dehors, les craquements du plancher, les bruits imperceptibles et familiers: il les reconnaissait tous. Il perdait conscience, sa pensée était envahie par les images du passé; il ne sortait de son engourdissement qu'au son de l'horloge de Saint-Martin, qui lui rappelait qu'il était temps de repartir.
À l'étage au-dessous, le pas de Louisa allait et venait doucement. Pendant des heures, on ne l'entendait plus; elle ne faisait aucun bruit. Christophe tendait l'oreille. Il descendait, un peu inquiet, comme on le reste longtemps, après un grand malheur. Il entr'ouvrait la porte: Louisa lui tournait le dos; elle était assise devant un placard, au milieu d'un fouillis de choses: des chiffons, de vieux effets, des objets dépareillés, des souvenirs qu'elle avait sortis, sous prétexte de les ranger. Mais la force lui manquait: chacun lui rappelait quelque chose; elle le tournait et le retournait; et elle se mettait à rêver; l'objet s'échappait de ses mains; elle restait, des heures, les bras pendants, affaissée sur sa chaise et perdue dans une torpeur douloureuse.
La pauvre Louisa vivait maintenant la meilleure partie de ses jours dans le passé,—ce triste passé, qui avait été pour elle bien avare de joie; mais elle était si habituée à souffrir qu'elle conservait la gratitude des moindres bienfaits rendus, et que les pâles lueurs qui brillaient de loin en loin dans sa vie suffisaient à l'illuminer. Tout le mal que lui avait fait Melchior était oublié, elle ne se souvenait que du bien. L'histoire de son mariage avait été le grand roman de sa vie. Si Melchior y avait été entraîné par un caprice, dont il s'était vite repenti, c'était de tout son cœur qu'elle s'était donnée; elle s'était crue aimée, comme elle aimait; et elle en avait gardé à Melchior une reconnaissance attendrie. Ce qu'il était devenu, par la suite, elle ne cherchait pas à le comprendre. Incapable de voir la réalité comme elle est, elle savait seulement la supporter comme elle est, en humble et brave femme, qui n'a pas besoin de comprendre la vie, pour vivre. Ce qu'elle ne s'expliquait pas, elle s'en remettait à Dieu de l'expliquer. Par une piété singulière, elle prêtait à Dieu la responsabilité des injustices qu'elle avait pu souffrir de Melchior et des autres, n'attribuant à ceux-ci que le bien qu'elle en avait reçu. Aussi cette existence de misère ne lui avait laissé aucun souvenir amer. Elle se sentait seulement usée,—chétive créature,—par ces années de privations et de fatigues; et maintenant que Melchior n'était plus là, maintenant que deux de ses fils s'étaient envolés du foyer, et que le troisième semblait pouvoir se passer d'elle, elle avait perdu tout courage pour agir; elle était lasse, somnolente, sa volonté était engourdie. Elle traversait une de ces crises de neurasthénie, qui frappent souvent, au déclin de la vie, les personnes laborieuses, quand un coup imprévu leur enlève toute raison de travailler. Elle n'avait plus le courage de finir le bas qu'elle tricotait, de ranger le tiroir où elle cherchait, de se lever pour fermer la fenêtre: elle restait assise, la pensée vide, sans force,—que pour se souvenir. Elle avait conscience de sa déchéance, et elle en rougissait; elle s'efforçait de la cacher à son fils; et Christophe, absorbé par l'égoïsme de sa propre peine, n'avait rien remarqué. Sans doute, il avait des impatiences secrètes contre les lenteurs de sa mère, maintenant, à parler, à faire les moindres choses; mais, si différentes que fussent ces façons de son activité accoutumée, il ne s'en était pas préoccupé.
Il en fut frappé, pour la première fois, un jour qu'il la surprit, au milieu de ses chiffons répandus sur le parquet, entassés à ses pieds, remplissant ses mains et couvrant ses genoux. Elle avait le cou tendu, la tête penchée en avant, le visage rigide. En l'entendant entrer, elle eut un tressaillement; une rougeur monta à ses joues blanches; d'un mouvement instinctif, elle s'efforça de cacher les objets qu'elle tenait, et elle balbutia, avec un sourire gêné:
—Tu vois, je rangeais...
Il eut la sensation poignante de cette pauvre âme échouée parmi les reliques de son passé, et il fut saisi de compassion. Pourtant il prit un ton un peu brusque et grondeur, afin de l'arracher à son apathie:
—Allons, maman, allons, il ne faut pas rester ainsi, au milieu de cette poussière, dans cette chambre fermée! Cela fait du mal. Il faut se secouer, il faut en finir avec ces rangements.
—Oui, dit-elle docilement.
Elle essaya de se lever, pour remettre les objets dans le tiroir. Mais elle se rassit aussitôt, laissant retomber avec découragement ce qu'elle avait pris.
—Je ne peux pas, je ne peux pas, gémit-elle, je n'en viendrai jamais à bout!
Il fut effrayé. Il se pencha sur elle, il lui caressa le front avec ses mains.
—Voyons, maman, qu'est-ce que tu as? dit-il. Veux-tu que je t'aide? Est-ce que tu es malade?
家は沈黙のうちに沈んでいた。父の死去以来すべてが死んでるかと思われた。メルキオルの騒々しい声が消えてしまった今では、朝から晩まで聞こえるものはただ、河の退屈な囁きばかりであった。
クリストフは執拗に仕事のうちに没頭していた。幸福になろうとしたことをみずから罰しながら、黙然として憤っていた。哀悼の言葉にもやさしい言葉にも返辞をしないで、傲然と構え込んでいた。日々の業務に専心し、冷やかな注意で稽古を授けた。彼の不幸を知ってる女弟子たちは、彼の平然さに気を悪くした。けれども苦しみを多少経験したことのある年上の人たちは、そういう外見上の冷淡さが、少年においてはいかなる苦悶を隠してることがあるかを、よく知っていた。そして彼を憐れんだ。しかし彼は彼らの同情をありがたいとも思わなかった。また音楽さえも、彼になんらの慰謝をも与えなかった。別に喜びの情をも感じないで、義務のようにして音楽をひいていた。あたかも彼は、もはや何事にも興味をもたないことに、もしくはそう思い込むことに、生存の理由をすべて失うことに、それでもなお生存することに、ある残忍な喜びを見出してるかのようだった。
二人の弟は、喪中の家の沈黙に慴えて、急に外へ逃げ出してしまった。ロドルフはテオドル伯父の商館にはいって、伯父の家に住んだ。エルンストの方は、二、三の職についてみた後、マインツとケルンとの間を往復してるライン河の船に乗り込んで、金のほしい時ばかりしか顔を見せなかった。それでクリストフは母と二人きりで、広すぎる家に残ることになった。そして収入の道もわずかだったし、父の死後にわかった若干の負債をも払わなければならなかったので、つらくはあったがついに決心して、もっと質素な安い住居を捜そうとした。
二人は小さな住居を見出した――市場通りのある家の三階で、二、三の室があった。そのあたりは騒々しく、町のまん中になっていて、河や樹木や、あらゆる親しい場所から、だいぶ隔っていた。しかし感情よりも理性に従わなければならなかった。そしてクリストフは、苦しみたいという悲痛な欲求を満たすのにいい機会を得た。そのうえ、家主のオイレル老書記は、祖父の友人で、クリストフ一家の者を知っていた。ルイザは、がらんとした家の中にしょんぼりしていて、自分の愛した人々のことを覚えていてくれる者をたまらなく懐しがっていたので、右の一事ですぐそこに住もうと心をきめた。
二人は引越しの仕度をした。永久に去ろうとする悲しいまた懐しい家庭で過す最後の日々の苦い憂愁を、彼らはしみじみと味わった。心の悲しみを言いかわすこともほとんどできかねた。それを口に出すことが、恥ずかしかったしまた恐ろしかった。どちらも、心弱さを見せてはいけないと考えていた。雨戸を半ば閉めた侘しい室で、ただ二人で食卓につきながら、高い声をするのも憚り、急いで食事をし、顔を見合わすことも避けて、心痛の情を隠そうとばかりしていた。食事が済むとすぐ別々になった。クリストフはまた仕事に出かけていった。しかしちょっとでも隙があると、家にもどって来て、ひそかにはいってゆき、自分の室か屋根裏かに、爪先立って上っていった。そして扉を閉め、古い鞄の上や窓縁の上など、片隅にすわって、そのままじっと何にも考えないで、少しの足音にも震えるような古い家のそれともない物音に、心を浸すのであった。彼の心もその家のように震えていた。家の内外の空気の流れ、床板の軋り、聞きなれたかすかな物音、それらを気懸りそうに窺った。どれにも皆聞き覚えがあった。彼はぼんやり意識を忘れて、頭には過去の面影が立ち乱れていた。サン・マルタン会堂の大時計の音が聞えると、惘然としていたのから我れに返って、また出かける時間であることを思い出すのだった。
階下には、ルイザの足音が静かに行ったり来たりしていた。幾時間もその足音の聞えないことがあった。彼女は何の物音もたてなかった。クリストフは耳をそばだてた。大きな災いの後には長く不安が残るが、やはり彼も多少不安な気持で、階下に降りて行った。扉を少し開いてみると、ルイザはこちらに背を向けていた。戸棚の前にすわって、まわりに種々な物を取り散らしていた。襤褸や、古着や、半端な物や、形見の品などで、片付けると言っては取り出してるのだった。彼女には片付ける力も失せていた。ひとつひとつの物が皆何かの思い出の種となった。それをひっくり返しうち眺め、夢想にふけっていた。品物は手から滑り落ちることが多かった。彼女はそのまま幾時間もじっとしていて、両腕を垂れ、椅子の上にぐったりして、悲しい考えにぼんやり我れを忘れていた。
憐れなルイザは、今や過去の最も楽しい日に生きてるのだった――その悲しい過去の。彼女は過去において喜びを得たことはきわめてまれであった。しかし苦しむことにいつも慣れきっていたので、わずかな親切を受けても、それにたいする感謝の念を長く心にもっていたし、生涯のうちに時たま輝いた仄かな光は、彼女の心を輝かすのに十分だった。メルキオルのひどい仕打も皆忘れてしまって、いいこときり覚えてはいなかった。結婚の事柄は、生涯の最も大きな物語となっていた。メルキオルの方は出来心から落ち込んだのであって、すぐに後悔したとはいえ、彼女の方では心を籠めてのことだった。自分が向うを愛してると同じに、自分も向うから愛せられてると思っていた。そしてメルキオルにたいして、しみじみとした感謝の念をいだいていた。その後メルキオルの心がどうなったかは、了解しようともつとめなかった。彼女はあるがままの現実を見ることができなくて、ただあるがままに現実を堪え忍ぶことだけを知っていた。生活のために生活を理解する必要を持たない謙虚な善良な婦人として。自分で説明のつかない事柄は、神にその説明を任していた。メルキオルやその他の人々から受けるあらゆる不正はすべて、妙な信仰の心から、その責任を神に転嫁さして、自分の受ける善ばかりを彼らには帰していた。それゆえその悲惨な生存も、彼女にはなんら苦い思い出を残してはいなかった。それらの欠乏と疲労との年月からは、ただ自分の身が磨りへらされた――虚弱な者よ――とばかり感じていた。そしてもうメルキオルがいない今となっては、二人の息子が家庭から逃げ出してしまった今となっては、も一人の息子も彼女の手を離れ得るらしい今となっては、働く勇気をすべて失ってしまっていた。疲れはててぼんやりし、意力も鈍りきっていた。働きづめの人々が、生活の峠を越して、不意の打撃から働く理由をすべて奪われてしまうと、往々神経衰弱の危機に襲われるものであるが、彼女もそういう危機にさしかかっていた。彼女はもはやあらゆる元気を失っていて、編みかけの靴下を仕上げることもできず、かき回した引き出しを片付けることもできず、窓を閉めに立上ることもできないほどだった。じっとすわり込んで、ぼんやりし、がっかりしていた――ただ思い出にふけるばかりで。彼女は自分の衰頽に気づいていた。それを恥じていた。そして息子にそれを隠そうとつとめた。クリストフは利己的に自分の苦しみにばかり没頭して、何にも気づかなかった。もちろん彼は、そのころ母が口をきくにも、ちょっとしたことをするにも、非常にぐずぐずしているのにたいして、ひそかにじれてはいた。しかし、母のいつもの活発な様子がいかに変っていたにせよ、それを気にかけてはいなかった。
がその日、彼は母のところへふいにやって行って、母の様子に初めて驚いた。彼女は襤褸を床に取り散らし、足下に積み、両手にいっぱい握り、膝の上に広げて、その中にじっとしていた。首をさし出し、頭を前に傾け、硬ばった顔をしていた。彼がはいって来る足音を聞いて、ぞっと身を震わした。その白い頬に一抹の赤味が上った。本能的な動作で、もってる品物を隠そうとした。そして当惑したような微笑を浮かべてつぶやいた。
「こんなに、片付け物を……。」
過去の遺物のうちにつなぎ止められてるその憐れな魂を、彼は痛切に感じた。そして惻隠の情に打たれた。けれども多少とがめるような荒い口調で、ぼんやりしてる彼女を呼びさまそうとした。
「さあ、お母さん、こんな閉め切った室の中で、この埃の中にじっとしてちゃいけません。身体に毒です。元気を出して、すぐ片付けてしまわなけりゃいけません。」
「そうだね。」と彼女はおとなしく言った。
彼女は引き出しに品物をしまうため立上ろうとした。しかしすぐに、がっかりしたようにもってた物を取り落として、またすわり込んでしまった。
「ああ、私にゃできない、できない。」と彼女は嘆息した。「いつまでたっても片付けきれないよ。」
彼はびっくりした。彼女の方へ身をかがめて、両手でその額を撫でてやった。
「ねえ、お母さん、どうしたんです!」と彼は言った。「手伝いましょうか。病気ですか。」
Elle ne répondait pas. Elle avait une sorte de sanglot intérieur. Il lui prit les mains, il se mit à genoux devant elle, pour mieux la voir dans la demi-ombre de la chambre.
—Maman! dit-il, inquiet.
Louisa, le front appuyé sur son épaule, s'abandonna à une crise de larmes.
—Mon petit, répétait-elle, en se serrant contre lui, mon petit!... Tu ne me quitteras pas? Promets-moi, tu ne me quitteras pas?
Il avait le cœur déchiré de pitié:
—Mais non, maman, je ne te quitterai pas. Qu'est-ce que c'est que cette idée?
—Je suis si malheureuse! Ils m'ont tous quitté, tous...
Elle montrait les objets qui l'entouraient, et l'on ne savait si elle parlait d'eux, ou de ses fils et de ses morts.
—Tu resteras avec moi? Tu ne me quitteras pas?... Qu'est-ce que je deviendrais, si tu t'en allais aussi?
—Je ne m'en irai pas. Nous resterons ensemble. Ne pleure plus. Je te le promets.
Elle continuait à pleurer, sans pouvoir s'arrêter. Il lui essuya les yeux avec son mouchoir.
—Qu'as-tu, chère maman? Tu souffres?
—Je ne sais pas, je ne sais pas ce que j'ai.
Elle faisait effort pour se calmer et sourire.
—J'ai beau me raisonner: pour un rien, je me remets à pleurer... Tiens, tu vois, je recommence... Pardonne-moi. Je suis bête. Je suis vieille. Je n'ai plus de force. Je n'ai plus de goût à rien. Je ne suis plus bonne à rien. Je voudrais être enterrée avec tout cela...
Il la pressait contre son cœur, comme un enfant.
—Ne te tourmente pas, repose-toi, ne pense plus...
Elle s'apaisait peu à peu.
—C'est absurde, j'ai honte... Mais, qu'est-ce que j'ai? Qu'est-ce que j'ai?
Cette vieille travailleuse ne parvenait pas à comprendre pourquoi sa force s'était tout à coup rompue; et elle en était humiliée. Il feignit de ne pas s'en apercevoir.
—Un peu de fatigue, maman, dit-il, tâchant de prendre un ton indifférent. Cela ne sera rien, tu verras...
Mais il était inquiet aussi. Depuis l'enfance, il était habitué à la voir vaillante, résignée, silencieusement résistante à toutes les épreuves. Et cet abattement lui faisait peur.
Il l'aida à ranger les affaires éparses sur le plancher. De temps en temps, elle s'attardait à un objet; mais il le lui prenait des mains doucement, et elle le laissait faire.
À partir de ce jour, il s'obligea à rester davantage avec elle. Dès qu'il avait fini sa tâche, au lieu de s'enfermer chez lui, il venait la rejoindre. Il sentait combien elle était seule, et qu'elle n'était pas assez forte pour l'être: il y avait danger à la laisser.
Il s'asseyait à côté d'elle, le soir, près de la fenêtre ouverte qui donnait sur la route. La campagne s'éteignait peu à peu. Les gens rentraient à leur foyer. Les petites lumières s'allumaient dans les maisons, au loin. Ils avaient vu cela mille fois. Mais bientôt, ils ne le verraient plus. Ils échangeaient des mots entrecoupés. Ils se faisaient mutuellement remarquer les moindres incidents connus, prévus, de la soirée, avec un intérêt toujours renouvelé. Ils se taisaient longuement. Louisa rappelait, sans raison apparente, un souvenir, une histoire décousue, qui lui passait par la tête. Sa langue se déliait un peu, maintenant qu'elle sentait auprès d'elle un cœur aimant. Elle faisait effort pour parler. Cela lui était difficile: car elle avait pris l'habitude de rester à l'écart des siens; elle regardait ses fils et son mari comme trop intelligents, pour causer avec elle; elle n'osait pas se mêler à leur conversation. La pieuse sollicitude de Christophe lui était chose nouvelle et infiniment douce, mais qui l'intimidait. Elle cherchait ses mots, elle avait peine à s'exprimer; ses phrases restaient inachevées, obscures. Parfois, elle avait honte de ce qu'elle disait; elle regardait son fils, et s'arrêtait au milieu d'une histoire. Mais il lui serrait la main: elle se sentait rassurée. Il était pénétré d'amour et de pitié pour cette âme enfantine et maternelle, où il s'était blotti, quand il était enfant, et qui cherchait en lui maintenant un appui. Et il prenait un plaisir mélancolique à ces petits bavardages sans intérêt pour tout autre que pour lui, à ces souvenirs insignifiants d'une vie toujours médiocre et sans joie, mais qui semblaient à Louisa d'un prix infini. Il cherchait quelquefois à l'interrompre; il craignait que ces souvenirs ne l'attristassent encore, il l'engageait à se coucher. Elle comprenait son intention, et elle lui disait, avec des yeux reconnaissants:
—Non, je t'assure, cela me fait du bien; restons encore un peu.
Ils restaient jusqu'à ce que la nuit fût avancée, et le quartier endormi. Alors, ils se disaient bonsoir, elle, un peu soulagée de s'être déchargée d'une partie de ses peines, lui, le cœur un peu gros de ce fardeau nouveau.
Le jour du départ arrivait. La veille, ils restèrent plus longtemps que d'habitude dans la chambre sans lumière. Ils ne se parlaient pas. De temps en temps, Louisa gémissait: «Ah! mon Dieu!» Christophe tâchait d'occuper son attention des mille petits détails du déménagement du lendemain. Elle ne voulait pas se coucher. Il l'y obligea affectueusement. Mais lui-même, remonté dans sa chambre, ne se coucha pas avant longtemps. Penché à la fenêtre, il s'efforçait de percer l'obscurité, de voir une dernière fois les ténèbres mouvantes du fleuve, au pied de la maison. Il entendait le vent dans les grands arbres du jardin de Minna. Le ciel était noir. Nul passant dans la rue. Une pluie froide commençait à tomber. Les girouettes grinçaient. Dans une maison voisine, un enfant pleurait. La nuit pesait sur la terre, d'une tristesse écrasante. Les heures monotones, les demies et les quarts au timbre fêlé, s'égouttaient dans le silence morne, que ponctuait le bruit de la pluie sur les toits.
Comme Christophe se décidait enfin à se coucher, le cœur transi, il entendit la fenêtre au-dessous qui se fermait. Et, dans son lit, il pensa qu'il est cruel pour les pauvres gens de s'attacher au passé: car ils n'ont pas le droit d'avoir, comme les riches, un passé; ils n'ont pas de maison, pas un coin sur la terre où ils puissent abriter leurs souvenirs: leurs joies, leurs peines, tous leurs jours sont dispersés au vent.
Le lendemain, ils transportèrent, sous la pluie battante, leur pauvre mobilier dans le nouveau logis. Fischer, le vieux tapissier, leur avait prêté une charrette et son petit cheval; et il vint leur donner un coup de main. Mais ils ne purent emporter tous les meubles; car l'appartement où ils allaient était beaucoup plus étroit que l'ancien. Christophe dut décider sa mère à laisser les plus vieux et les plus inutiles. Ce ne fut pas sans peine; les moindres avaient du prix pour elle: une table boiteuse, une chaise brisée, elle ne voulait rien sacrifier. Il fallut que Fischer, fort de l'autorité que lui donnait sa vieille amitié avec grand-père, joignît sa voix grondeuse à celle de Christophe, et même que, bonhomme, et comprenant sa peine, il promît de lui conserver en dépôt quelques-uns de ces précieux débris pour le jour où elle pourrait les reprendre. Alors elle consentit à s'en séparer, avec déchirement.
Les deux frères avaient été prévenus du déménagement; mais Ernst était venu dire, la veille, qu'il ne pourrait être là; et Rodolphe ne parut qu'un moment, vers midi; il regarda charger les meubles, donna quelques conseils, et repartit d'un air affairé.
Le cortège se mit en marche par les rues boueuses. Christophe tenait la bride du cheval qui glissait sur les pavés gluants. Louisa, marchant à côté de son fils, tâchait de l'abriter de la pluie. Ce fut ensuite la lugubre installation dans l'appartement humide, rendu plus sombre encore par les reflets blafards du ciel bas. Ils n'eussent pas résisté au découragement qui les oppressait, sans les attentions de leurs hôtes. Mais, la voiture étant partie et leurs meubles entassés pêle-mêle dans la chambre, comme la nuit tombait, Christophe et Louisa, harassés, affalés l'un sur une caisse, l'autre sur un sac, entendirent une petite toux sèche dans l'escalier: on frappa à leur porte. Le vieux Euler entra. Il s'excusa cérémonieusement de déranger ses chers hôtes; il ajouta que, pour fêter le premier soir de cette heureuse arrivée, il espérait qu'ils voudraient bien souper en famille avec eux. Louisa, enfoncée dans sa tristesse, voulait refuser. Christophe n'était pas très tenté non plus par cette réunion familiale; mais le vieux insista, et Christophe, songeant qu'il était mieux pour sa mère de ne point passer cette première soirée dans la nouvelle maison, seule avec ses pensées, la força à accepter.
Ils descendirent à l'étage au-dessous, où ils trouvèrent toute la famille réunie: le vieux, sa fille, son gendre Vogel, et ses petits-enfants, un garçon et une fille, un peu moins âgés que Christophe. Tous s'empressèrent autour d'eux, leur souhaitant la bienvenue, s'informant s'ils étaient fatigués, s'ils étaient contents de leurs chambres, s'ils n'avaient besoin de rien, leur posant dix questions, auxquelles Christophe ahuri ne comprenait rien; car ils parlaient tous à la fois. La soupe était déjà servie: ils se mirent à table. Mais le bruit continua. Amalia, la fille de Euler, avait entrepris aussitôt de mettre Louisa au courant de toutes les particularités locales, de la topographie du quartier, des habitudes et des avantages de la maison, de l'heure où passait le laitier, de l'heure où elle se levait, des divers fournisseurs et des prix qu'elle payait. Elle ne la lâchait point, qu'elle n'eût tout expliqué. Louisa, assoupie, s'efforçait de témoigner de l'intérêt à ces renseignements; mais les remarques qu'elle se hasardait à faire témoignaient qu'elle n'avait rien compris, et provoquaient, avec les exclamations indignées d'Amalia, un redoublement d'informations. Le vieux greffier Euler expliquait à Christophe les difficultés de la carrière musicale. L'autre voisine de Christophe, Rosa, la fille d'Amalia, parlait sans s'arrêter, depuis le commencement du repas, avec une telle volubilité qu'elle n'avait pas le temps de respirer: elle perdait haleine au milieu d'une phrase; mais elle reprenait aussitôt. Vogel, morne, se plaignait de ce qu'il mangeait. Et c'étaient à ce sujet des discussions passionnées. Amalia, Euler, la petite, interrompaient leurs discours, pour prendre part au débat; et il s'élevait des controverses sans fin sur la question de savoir s'il y avait trop de sel dans le ragoût, ou pas assez: ils se prenaient à témoin les uns les autres; et pas un avis n'était semblable à l'autre. Chacun méprisait le goût de son voisin, et croyait le sien seul raisonnable et sain. On aurait pu discuter là-dessus jusqu'au Jugement Dernier.
彼女は答えなかった。心の中ですすり泣いていた。彼は彼女の両手を取り、その前にひざまずき、室内の薄暗がりの中で彼女の顔をよく見ようとした。
「お母さん!」と彼は心配して言った。
ルイザは彼の肩に額をもたせ、我れを忘れて涙にむせんだ。
「お前、」と彼女は彼に身を寄せながらくり返し言った、「お前……私を見捨てやしないでしょうね。約束しておくれ。私を見捨てやしないでしょうね。」
彼は愛憐の情に胸がいっぱいになった。
「ええ、お母さん、見捨てやしません。どうしてそんなことを考えるんです。」
「私はほんとに不幸なのだよ! 皆私を捨ててしまった、皆……。」
彼女は周囲の品物を示した。彼女が言ってるのは、品物のことだか、息子たちのことだか、死んだ人たちのことだか、どれともわからなかった。
「お前は私といっしょにいてくれるでしょうね。私を捨てやしないでしょうね。……お前にまで行かれてしまったら、私はどうなるでしょう?」
「私は行きやしません。いっしょに暮しましょう。もう泣いちゃいけません。私は誓います。」
彼女は泣きやむことができずに、なお泣きつづけた。彼は自分のハンケチでその眼を拭いてやった。
「どうしたんです、お母さん。苦しいんですか。」
「私にも、どうしたんだか、私にもわからないよ。」
彼女はつとめて落着こうとし、微笑もうとした。
「いくら考えたって私は駄目なんだよ。ちょっとしたことにまた涙が出て来るからね。……そらねえ、また涙が出て来たよ。……堪忍しておくれ。私は馬鹿になってしまった。年を取ってしまった。もう元気がない。もう何にも面白くない。もうなんの役にもたたなくなった。こんな物といっしょに埋めてもらいたいんだよ……。」
彼は彼女を子供のように胸に抱きしめてやった。
「心配してはいけません。気をお休めなさい。もう考えないでください……。」
彼女はしだいに気が和らいできた。
「馬鹿げてるね、私は恥ずかしいよ……。でも、私はどうしたんだろう、どうしたんだろうねえ。」
この働き者の老婆は、どうして自分の力がにわかに折れくじけてしまったか、それを理解することができなかった。そしてただ恥ずかしい思いをした。彼はそれに気づかないふりを装った。
「少しくたびれたんですよ、お母さん。」と彼はつとめて平気な調子で言った。「なんでもないことでしょう。今によくなります……。」
しかし彼も心配になった。幼い時から彼は、あらゆる艱難に黙って堪えてゆく雄々しい忍従的な彼女の姿を、いつも見慣れていた。そして今のその悄沈したさまが、彼には心配だった。
彼は彼女に手伝って、床の上に散らかってる品物を片付けた。時々彼女は、ある品に心止めてぐずついた。しかし彼はそれを彼女の手から静かに取上げた。彼女はなされるままになっていた。
それ以来彼は、前よりもつとめて母といっしょにいるようにした。仕事を終えると、自分の室に閉じこもらないで、彼女のところへ行った。彼女がいかほど孤独であるかを、また孤独に堪えるほど十分強くないことを、彼は感じていた。彼女をそのまま一人で置くのは危険だった。
夕方には、往来に面した窓を開けて、そこで彼は彼女のそばにすわった。野の景色が次第に見えなくなっていった。人々は家に帰りかけていた。小さな燈火が遠くの家々にともっていた。二人は幾度となくそれらのさまを見たことがあった。しかしもう間もなく、それも見られなくなるのだった。二人は途切れがちの言葉をかわした。前からわかってる知れきった夕の些細な出来事を、いつも新しい興味で、たがいに話し合った。長く黙り込んでることもあった。あるいはまたルイザは、頭に浮かんでくる思い出を、きれぎれの話を、なぜともなく持出すこともあった。自分を愛してくれる心がそばにあることを感ずると、彼女の舌は少し解けてきた。つとめて話をしようとした。でもそれはむずかしかった。彼女は家の者からわきに離れてる習慣がついていたのである。自分がいっしょに話をするには、息子たちや夫はあまりに怜悧すぎると思っていた。皆の話に口を出しかねていた。それでクリストフの孝心深い親切は、彼女にとっては新しいことで、この上もなくうれしいことだった。しかしまたそれに気おくれがした。容易に言葉が出て来なかった。考えをはっきり言いかねた。文句を途中で言いさして、曖昧のままにした。時とすると、自分で言ってる事柄を恥ずかしがることもあった。息子の顔をながめて話の中途で口をつぐんだ。しかし彼は彼女の手を握りしめてやった。彼女は安心を覚えた。彼はその子供らしいまた母親たる魂にたいして、愛情と憐憫とをしみじみ感じた。幼い時彼はその魂の中に身を縮めていたのであるが、今では向うから彼に支持を求めていた。そして彼以外にはだれにも興味のないその些細な無駄話や、常に平凡で喜びもなかったがルイザには限りない価があるように思われた生活の、つまらないそれらの思い出話などに、彼はもの悲しい楽しみを覚えた。また時には、彼女の言葉をさえぎろうとすることもあった。それらの思い出がなおいっそう彼女を悲しませはすまいかと恐れた。そして彼女に寝るように勧めた。彼女は彼の意をさとって、感謝の眼つきで彼に言った。
「いいえ、この方が私には気持がいいんだよ。も少しこうしていましょう。」
二人は夜が更けてあたりが寝静まるまで、そのままじっとしていた。それからお寝みなさいと挨拶をかわした、彼女は苦しみの荷の一部を肩から降ろしていくらかほっとしながら、そして彼は自分に新しい荷が加わったことを多少悲しく思いながら。
移転の日が迫ってきた。その前日、二人はいつもより長い間、室に燈火もつけずにじっとしていた。たがいに言葉もかわさなかった。時々ルイザは溜息をついた、「ああ、ああ!」クリストフは翌日の引越の種々な細かい事物にばかり注意を向けようとつとめた。彼女は寝ようとしなかった。彼はやさしく彼女を無理に寝さした。しかし彼自身も、自分の室に上っていってから、長く寝床にはいらなかった。窓からのぞき出して、闇の中を透しながめ、家の下にある河の真暗な流れを、最後にも一度見ようとした。ミンナの庭に立ち並んだ大木の間に、風の吹き過ぎる音が聞えていた。空は真暗だった。街路には通る人もなかった。冷たい雨が落ち始めていた。風見がきしっていた。隣りの家で子供が泣いていた。夜は重苦しい悲しみで地上にのしかかっていた。時計の時間の単調な音や、三十分と十五分との粗雑な音が、屋根の雨音に点綴されてる陰鬱な沈黙の中に、相次いで落ちていた。
クリストフが心凍えて、ついに寝ようと思った時、下の窓の閉まる音が聞えた。そして彼は寝床の中で、過去に執着するのは貧しい人々にとっては酷たらしいことであると考えた。なぜなら、貧しい人々には、富める人々のように過去をもつの権利がないから。彼らは一軒の家をも、おのれの思い出を匿うべき一隅の場所をも、もってはいない。彼らの喜び、彼らの苦しみ、彼らの日々はすべて、風のまにまに吹き散らされている。
翌日、二人は激しい雨を冒して、見すぼらしい道具を新しい住居へ運んでいった。老家具商のフィシェルは、荷車と小馬とを貸してくれた。自分でもやって来て手伝ってくれた。しかし二人は道具をすべてもって行くことができなかった。こんどの住居は前のよりはるかに狭かったからである。最も古い最も不用な品々は置いてゆくように、クリストフは母に決心させなければならなかった。それは容易ではなかった。ごくつまらない物も彼女にとっては大事だった。跛足のテーブルも、こわれた椅子も、何物をも彼女は犠牲にしたくなかった。フィシェルも祖父と古くから親しくしていたので押しがきくところから、クリストフと口をそろえて、小言を言わなければならなかった。そして元来人がよく、また彼女の苦しみがよくわかっていたから、それらの大事なこわれ物の若干は、彼女がまた取りに来ることのできる日まで保管しておいてやると、約束しなければならなかった。すると彼女はようやく、胸が張り裂けるような思いをしながら、それを手離すことに承知した。
二人の弟には、前もって引越のことを知らしておいた。しかしエルンストは前日、来られないと言いに来た。ロドルフは午ごろちょっと姿を見せただけだった。道具が馬車に積まれるのをながめ、少しばかり世話をやいて、忙しそうに帰って行った。
一同は泥濘の街路を進みだした。ねちねちした舗石の上にすべりがちな馬を、クリストフは手綱でとらえていた。ルイザは息子と並んで歩きながら、彼を雨にあてまいとした。その次には、湿っぽい部屋の中に身を落ちつける侘びしい仕事があった。低い空の蒼白い反映のために、部屋はいっそう陰鬱になっていた。家主一家の者が種々注意してくれなかったら、二人は重くのしかかってくる落胆の情に抵抗することができなかったろう。馬車は帰ってしまい、道具は室の中にごたごた積み重ねてあり、夜になりかかってはいるしするので、クリストフとルイザとは、一人は箱の上に、一人は袋の上に、疲れはててがっかりして腰を降ろしていたが、その時階段に、小さな空咳が聞こえた。扉をたたく音がした。オイレル老人がはいって来た。親愛なる借家人たちの邪魔をするのをていねいに詫びて、それから、よくやって来てくれたその最初の晩を祝うために、家の者といっしょに親しく晩餐を共にしてほしいと言い添えた。ルイザは悲しみに沈んでいて、断りたいと思った。クリストフもまた、その内輪の会合にあまり気が進まなかった。しかし老人はたって勧めた。でクリストフは、新しい家の最初の晩を悲しい考えにふけってばかり過ごすのは、母にとってよくないと考えて、彼女に無理に承諾さした。
二人は階下に降りて行った。そこには一家の者が皆集まっていた。老人、その娘、婿のフォーゲル、クリストフより少し年下の男女の二人の孫。皆彼らを取り巻いて、よく来てくれたと言い、疲れてやしないかと尋ね、部屋は気に入ったか、用はないか、などと種々なことを尋ねた。そして皆が一度に口をきくので、クリストフはまごついてしまって、何が何やらわからなかった。もうスープが出ていた。彼らは食卓についた。しかし騒々しい話はなおつづいた。オイレルの娘のアマリアは、その近所の特別な事柄、町内の地形、自分の家の習慣や特徴、牛乳屋が通る時刻、彼女が起き上る時刻、種々な用達人や支払いの値段、などをすぐルイザに知らせ始めた。すっかり説明しつくしてしまわないうちは、彼女を許さなかった。ルイザはうとうとしながら、それらの説明に気を向けてるふうを示そうとつとめた。しかし彼女がしいて口に出す言葉は、何にも了解していないことを示すものばかりで、そのためアマリアは苛立った声をたてて、なおいっそうくどくどとしゃべってきかした。老書記のオイレルは、音楽家生活の困難なことをクリストフに説明していた。アマリアの娘のローザは、クリストフの一方に並んですわっていたが、食事の初めからのべつに、息をつく隙もないほどべらべらしゃべっていた。文句の途中で息を切らしながら、すぐにまたしゃべりだした。フォーゲルは陰気な顔をして、食物の不平を言っていた。そしてこの問題が、激しい議論の種となった。アマリアもオイレルも娘も、話をやめてその議論に加わった。シチューの中に塩が多すぎるか足りないかということについて、はてしない争論がもち上った。皆たがいに尋ね合ったが、同じ意見は一つもなかった。各自に隣りの者の味覚を軽蔑して、自分の味覚だけが正当で健全であると思っていた。「最後の審判」の日までもその議論はつづくかと思われた。
Mais, à la fin, tous s'entendirent pour gémir en commun sur la méchanceté des temps. Ils s'apitoyèrent affectueusement sur les chagrins de Louisa et de Christophe, dont ils louèrent, en termes qui le touchèrent, la conduite courageuse. Ils se complurent à rappeler non seulement les malheurs de leurs hôtes, mais les leurs, et ceux de leurs amis et de tous ceux qu'ils connaissaient; et ils tombèrent d'accord que les bons étaient toujours malheureux, et qu'il n'y avait de joie que pour les égoïstes et les malhonnêtes gens. Ils conclurent que la vie était triste, qu'elle ne servait à rien, et qu'il vaudrait beaucoup mieux être mort, si ce n'était la volonté de Dieu, sans doute, qu'on vécût pour souffrir. Comme ces idées se rapprochaient du pessimisme actuel de Christophe, il en conçut plus d'estime pour ses hôtes, et ferma les yeux sur leurs petits travers.
Quand il remonta avec sa mère dans la chambre en désordre, ils se sentaient tristes et las, mais un peu moins seuls; et tandis que Christophe, les yeux ouverts dans la nuit, ne pouvant dormir à cause de sa fatigue et du bruit du quartier, écoutait les lourdes voitures qui ébranlaient les murs, et les souffles de la famille endormie à l'étage au-dessous, il tâchait de se persuader qu'il serait, sinon heureux, moins malheureux ici, au milieu de ces braves gens,—à vrai dire, un peu ennuyeux,—qui souffraient des mêmes maux que lui, qui semblaient le comprendre, et qu'il croyait comprendre.
Mais s'étant à la fin assoupi, il fut désagréablement réveillé dès l'aube par les voix de ses voisins qui commençaient à discuter, et par le grincement de la pompe qu'une main rageuse faisait marcher, pour procéder ensuite au lavage à grande eau de la cour et de l'escalier.
Justus Euler était un petit vieillard voûté, aux yeux inquiets et moroses, une figure rouge, plissée, bossuée, la mâchoire édentée, et une barbe mal soignée, qu'il ne cessait de tourmenter avec ses mains. Très brave homme, un peu prudhomme, profondément moral, il s'entendait assez bien avec grand-père. On prétendait qu'il lui ressemblait. Et, en vérité, il était de la même génération et élevé dans les mêmes principes; mais il lui manquait la forte vie physique de Jean-Michel: c'est-à-dire que, tout en pensant comme lui sur une quantité de points, au fond il ne lui ressemblait guère; car ce qui fait les hommes, c'est le tempérament, bien plus que les idées; et quelles que soient les divisions, factices ou réelles, que l'intelligence a mises entre eux, la grande division de l'humanité est celle des gens bien portants et de ceux qui ne le sont point. Le vieux Euler n'était pas des premiers. Il parlait de morale, comme grand père; mais sa morale n'était pas la même que celle de grand-père; elle n'avait pas son estomac, ses poumons, et sa face joviale. Tout chez lui et les siens était bâti sur un plan plus parcimonieux et plus étriqué. Quarante ans fonctionnaire, maintenant retraité, il souffrait de cette tristesse de l'inaction, si lourde chez les vieillards qui ne se sont pas ménagé pour leurs dernières années la ressource d'une vie intérieure. Toutes ses habitudes naturelles ou acquises, toutes celles de son métier lui avaient donné quelque chose de méticuleux et de chagrin, qui se retrouvait à quelque degré chez chacun de ses enfants.
Son gendre, Vogel, employé à la chancellerie du palais, avait une cinquantaine d'années. Grand, fort, tout à fait chauve, des lunettes d'or collées aux tempes, et d'assez bonne mine, il se croyait malade, et sans doute l'était, bien qu'il n'eût évidemment pas tous les maux qu'il se prêtait, mais l'esprit aigri par la niaiserie de son métier, et le corps un peu ruiné par sa vie sédentaire. Très laborieux d'ailleurs, non sans mérite, ayant même une certaine culture, il était victime de l'absurde vie moderne, et comme beaucoup d'employés enchaînés à leurs bureaux, succombait au démon de l'hypocondrie. Un de ces malheureux, que Goethe appelait «ein trauriger ungriechischer Hypochondrist»—«un hypocondre morose et pas du tout grec»,—qu'il plaignait, mais qu'il avait bien soin de fuir.
Amalia n'usait ni de l'un ni de l'autre système. Robuste, bruyante et active, elle ne s'apitoyait pas sur les jérémiades de son mari; elle le secouait rudement. Mais à vivre toujours ensemble, nulle force ne résiste; et quand, dans un ménage, l'un des deux est neurasthénique, il y a de grandes chances pour que, quelques années après, ils le soient tous les deux. Amalia avait beau crier contre Vogel: l'instant d'après, elle gémissait plus fort que lui; et, sautant sans transition des rebuffades aux lamentations, elle ne lui faisait aucun bien; elle décuplait au contraire son mal, en donnant à des niaiseries un retentissement assourdissant. Elle finissait non seulement par achever d'accabler le malheureux Vogel, épouvanté des proportions que prenaient ses plaintes répercutées par cet écho, mais par s'accabler elle-même. À son tour, elle prenait l'habitude de gémir sans raison sur sa solide santé, et sur celle de son père, et de sa fille, et de son fils. Ce devenait une manie: à force de le dire, elle se le persuadait. Le moindre rhume était pris au tragique; tout était un sujet d'inquiétudes. Quand on allait bien, elle se tourmentait encore, en pensant à la maladie prochaine. Ainsi la vie se passait dans des transes perpétuelles. Au reste, on ne s'en portait pas plus mal; et il semblait que cet état de plaintes constantes servît à entretenir la santé générale. Chacun mangeait, dormait, travaillait, comme à l'ordinaire; et la vie du ménage n'en était pas ralentie. L'activité d'Amalia ne se satisfaisait point de s'exercer du matin au soir, du haut en bas de la maison: il fallait que chacun s'évertuât autour d'elle: et c'était un branle-bas de meubles, un lavage de carreaux, un frottement de parquets, un bruit de voix, de pas, une trépidation, un mouvement perpétuels.
Les deux enfants, écrasés par cette bruyante autorité, qui ne laissait personne libre, semblaient trouver naturel de s'y soumettre. Le garçon, Leonhard, avait une jolie figure insignifiante, et des manières compassées. La jeune fille. Rosa, une blondine, avec d'assez beaux yeux, bleus, doux et affectueux, eût été agréable, par la fraîcheur de son teint délicat et son air de bonté, sans un nez un peu fort et gauchement planté, qui alourdissait la figure et lui donnait un caractère niais. Elle rappelait cette jeune fille de Holbein, qui est au musée de Bâle,—la fille du bourgmestre Meier,—assise, les yeux baissés, les mains sur ses genoux, ses cheveux pâles dénoués sur ses épaules, l'air gêné de son nez disgracieux. Mais Rosa ne s'en inquiétait guère, et cela ne troublait point son caquet inlassable. On entendait sans cesse sa voix aiguë qui racontait des histoires,—toujours essoufflée, comme si elle n'avait jamais le temps de tout dire, toujours excitée et pleine d'entrain, en dépit des gronderies qu'elle essuyait de sa mère, de son père, du grand-père, exaspérés, moins parce qu'elle parlait toujours, que parce qu'elle les empêchait de parler. Car ces excellentes gens, bons, loyaux, dévoués,—la crème des honnêtes gens,—avaient presque toutes les vertus; mais il leur en manquait une qui fait le charme de la vie: la vertu du silence.
Christophe était en veine de patience. Ses chagrins avaient assagi son humeur intolérante et emportée. L'expérience qu'il avait faite de l'indifférence cruelle des âmes élégantes, le portait â sentir davantage le prix de braves gens sans grâce et diablement ennuyeux, mais qui avaient de la vie une conception austère; parce qu'ils vivaient sans joie, ils lui semblaient vivre sans faiblesse. Ayant décidé qu'ils étaient excellents et qu'ils devaient lui plaire, il s'efforçait, en Allemand qu'il était, de se persuader qu'ils lui plaisaient en effet. Mais il n'y réussissait point: il manquait de ce complaisant idéalisme germanique, qui ne veut pas voir et ne voit pas ce qu'il lui serait désagréable de remarquer, par crainte de troubler la tranquillité commode de ses jugements et l'agrément de sa vie. Au contraire, il ne sentait jamais si bien les défauts des gens que quand il les aimait, car il eût voulu les aimer entièrement, sans aucune restriction: c'était une sorte de loyauté inconsciente, un besoin irrésistible de vérité, qui le rendait plus clairvoyant et plus exigeant à l'égard de ce qui lui était le plus cher. Aussi ne tarda-t-il pas à ressentir une sourde irritation des travers de ses hôtes. Ceux-ci ne cherchaient point à les déguiser. Ils étalaient tout ce qu'ils avaient d'insupportable; et le meilleur restait en eux caché. C'était ce que se disait Christophe, qui, s'accusant d'injustice, entreprit de passer outre à ses premières impressions et de découvrir les excellentes qualités qu'ils dissimulaient avec tant de soin.
Il essaya de lier conversation avec le vieux Justus Euler, qui ne demandait pas mieux. Il éprouvait pour lui une secrète sympathie, en souvenir de grand-père qui l'aimait et le vantait. Mais le bon Jean-Michel avait, plus que Christophe, l'heureuse faculté de se faire illusion sur ses amis; et Christophe s'en aperçut. En vain chercha-t-il à connaître les souvenirs de Euler sur grand-père. Il ne réussit à tirer de lui qu'une image décolorée, passablement caricaturesque de Jean-Michel, et des bribes d'entretiens sans aucun intérêt. Invariablement, les récits de Euler commençaient par:
—Comme je le disais à ton pauvre grand-père...
Il n'avait rien entendu, que ce qu'il avait dit lui-même.
しかしついに、天気の悪さをいっしょに嘆くことに、皆折合いがついた。彼らはルイザとクリストフとの苦しみを親切に気の毒がってくれ、クリストフが感動したほどやさしい言葉で、二人の勇気ある行いを誉めてくれた。ただにその借家人たちの不幸ばかりではなく、自分たちの不幸や、友人やすべての知人らの不幸をも、満足げにもち出した。そして善人は常に不幸で利己主義者や不正直な者らにしか喜びはないものだということに、彼らの意見は一致した。その結論としては、生活は悲しいものだということ、生活はなんの役にもたたないということ、苦しむために生きるよりも、もとより神の思召には適わないが、死んだ方がずっとましであるということ、などであった。そういう考えは、クリストフの現在の悲観説に近いものだったので、彼はその家主たちにいっそう敬意をいだいて、その些細な欠点には眼をつぶってやった。
彼と母とは、散らかった室にまた上ってゆくと、悲しいがっかりした気持を覚えたが、しかし前ほど孤独な気はしなかった。そしてクリストフは、疲労と町内の騒々しさとに眠られないで、夜のうちに眼を開きながら、壁を震わす重い馬車の響きや、下の階に眠ってる一家の者の寝息などを聞きつつ、一方では、自分と同じように苦しんでいて、自分を理解しているらしく、また自分も向うを理解できるように思われる、それらの善良な――実を言えば多少煩わしい――人々の間にあって、幸福ではないまでも、前ほど不幸ではないだろうと、しいて思い込もうとした。
しかし彼は、ついにうとうとしたかと思うと、夜明けごろから不快にも眼をさまさせられた。議論を始めた隣りの人たちの声が響いたし、中庭や階段をやたらに水を注いで洗うために、猛烈に動かされているポンプのきしる音が、響いたからであった。
ユスツス・オイレルは、背のかがんだ小さな老人で、落着きのない陰気な眼をし、皺寄ったでこぼこの赤ら顔で、頤は歯がぬけ、手入れの届かない髯を絶えず手でしごいていた。ごく善人で、かなり廉直で、きわめて道徳家だったので、クリストフの祖父とはよく気が合っていた。祖父に似てるとさえ言われていた。実際、彼は祖父と同時代に属すべき人で、同じ主義のもとに育てられた人だった。しかし彼には、ジャン・ミシェルのような強い肉体的活力が欠けていた。すなわち、多くの点において彼と同じような考えをいだきながら、根本においてはほとんど彼に似寄っていなかった。なぜなら、人間を作るところのものは、思想よりもむしろ体質の方が重であるから。理知によって人間の間には、いかなる人為的なあるいは実際的な区別がたてられようとも、人類の最も大なる区別は、健康な人とそうでない人とである。オイレル老人はその前者には属しなかった。彼は祖父のように道徳を説いていた。しかし彼の道徳は、祖父の道徳とは同じものではなかった。彼の道徳は、祖父のような強健な胃と肺と快活さとをそなえていなかった。彼のうちにある、また彼の家族のうちにあるすべては、もっと貧弱狭小な設計の上に立てられていた。四十年間役人をし、今では隠退していた彼は、閑散の非哀を苦しんでいた。晩年のために内部生活の源泉をたいせつにしなかった老人らにとっては、この無為閑散ということが非常に重苦しくなるものである。先天的あるいは後天的なあらゆる習慣は、職業柄のあらゆる習慣は、オイレル老人にある小心さと悲しみとを与えていた。そしてそれはまた、おのおのの子供のうちにも幾分か存していた。
婿のフォーゲルは、司法局の役人で、五十歳ばかりだった。背が高く、強壮で、頭がすっかり禿げ、金縁眼鏡で顳
をはさみつけ、かなりの容貌だった。彼はみずから病気だと思っていた。そして実際、みずから思ってるような病気は明かに一つももってはいなかったが、つまらない職務のために精神はとがり、坐居生活のために身体はやや衰退して、病気には違いなかった。もとよりごく勤勉で、価値のない男でもなく、多少の教養をもそなえてはいたが、不条理な近代生活の犠牲者であって、役所の椅子に縛りつけられた多くの役人と同じく、憂鬱病の悪魔に苦しめられていた。ゲーテが、自分では注意してよく避けながらも、それを憐れんで、「陰気な非ギリシャ的な憂鬱病者」と呼んでいた、あの不幸な人間の一人であった。
アマリアはどちらとも異っていた。強健で、騒々しく、活発で、夫の愚痴をきいても少しも気の毒と思わなかった。夫を荒々しく励ましていた。しかし常にいっしょに住んでいると、いかなる力もくじけるものである。一つの家庭において、二人のいずれかが神経衰弱だと、数年後には、二人とも神経衰弱になってることがしばしばである。アマリアはフォーゲルに強い言葉をかけはしたが、すぐその後では、彼よりもなおひどくみずから嘆くようになった。荒々しい素振りから悲嘆へと急激に移っていって、少しも夫のためにはならなかった。些細なことにも騒々しく騒ぎたてながら、かえって彼の病を募らした。そしてついには、わずかな愚痴にもそういう大袈裟な反響を返されるのにおびえきってる不幸なフォーゲルを、すっかり圧倒してしまったばかりでなく、また自分自身をも圧倒してしまった。こんどは自分から、自分の丈夫な健康状態や、父や娘や息子の丈夫な健康状態などについて、理由もないのに嘆くようになった。それが一種の病癖となった。そして何度も口に上せるために、しまいにはそれをほんとうと思い込んだ。ちょっとした風邪をも大袈裟に考えた。すべてが不安の種となった。丈夫に暮してると、後で病気になりはすまいかと考えて気をもんだ。そういうふうにして、生活は絶えざる杞憂のうちに過ぎていった。けれども、そのためにだれも加減が悪くなる者はなかった。その絶え間もない嘆きの習慣が、皆の健康を維持するのに役だってるがようだった。だれも皆平素のとおり、食い眠り働いていた。一家の生活はそのために弛緩してはいなかった。アマリアの活動的な性質は、朝から晩まで、家の上から下まで、始終動き回っても満足しなかった。まわりの者まで皆精を出さなければ承知しなかった。そして家具を動かしたり、敷石を洗ったり、床石をみがいたりして、声や足音が立ち乱れ、たえず忙しく騒々しかった。
二人の子供は、だれにも安閑としてることを許さないその騒ぎ好きな権力のもとに圧伏されて、それに服従するのが自然だと思ってるらしかった。男の子のレオンハルトは、なんとなくきれいな顔つきで、几帳面な様子をしていた。少女のローザは、金髪で、青い静かなやさしいかなり美しい眼をもっていて、こまやかな顔色の鮮かさと気質のよさそうな様子とのために、かわいらしく見えるはずだったが、ただ、鼻が少しいかつくて据りぐあいが悪く、顔つきに重苦しい感じを与え、彼女を馬鹿者らしく見せていた。バールの美術館にあるホルバインの描いた若い娘――マイエル町長の娘――すわって、眼を伏せ、膝に両手を置き、蒼白い髪を解いて両肩に垂れて、無格好な鼻を当惑してるような様子でいる、あの娘を、ローザは思い起こさせるのであった。しかし彼女は、自分の鼻をほとんど気にしていなかった。それくらいのことは、彼女の倦むことのない饒舌を少しも妨げなかった。種々なことをしゃべりたてるその鋭い声――すっかり言ってしまう隙がないかのようにいつも息を切らして、いつも興奮して熱中しきってる声が、たえず聞こえていた。母や父や祖父から、腹だちまぎれの怒鳴り声を浴びせられても、なお彼女はやめなかった。それにまた彼らが腹だつのも、彼女がいつもしゃべってばかりいるからというよりむしろ、自分らに口をきく隙を与えないからであった。それらの善良で誠実で親切な――正直な人間の精髄ともいうべき――りっぱな人々は、ほとんどすべての美徳をもってはいたが、しかし人生の美趣をなすところの一つの美徳が、彼らには欠けていた、すなわち寡黙の美徳が。
クリストフは隠忍な気分になっていた。彼の我慢のない怒りっぽい気質は、苦悶のために和らげられていた。彼はみやびな魂の残忍な冷酷さを経験したので、優美な点もなくひどく退屈な者ではあるが、しかし人生について厳粛な観念をいだいている善良な人々の価値を、いっそうよく感ずるようになっていた。彼らは喜びもなく生活しているので、弱点のない生活をしているように彼には思われた。彼はそういう人々をりっぱな人だときめていたし、自分の気に入るに違いないときめていたので、ドイツ人の気質として、彼らが実際自分の気に入ってるのだと思い込もうとつとめた。しかしそれはうまくゆかなかった。注目するのが不愉快なようなものは、自分の判断の適宜な安静と自分の生活の愉悦とを乱されるのを恐れて、いっさい見ることを欲せずまた見もしないという、ゲルマン風な阿諛的理想主義が、彼には欠けていた。彼は他人を愛する時、なんらの制限もなくすっかり愛しきろうとしたので、かえって最もよく相手の欠点を感ずるのであった。それは一種の無意識的な公明さであり、やむにやまれぬ真実の欲求であって、そのために彼は、最も親愛なる人にたいして、ますます洞察的になりますます気むずかしくなるのだった。かくて彼は家主一家の人々の欠点にたいして、ひそかな憤懣をやがて感ずるにいたった。彼らの方では、少しも自分の欠点を隠そうとはしなかった。厭なところをすっかりさらけ出していた。そして最もよいところは彼らの内部に隠れていた。クリストフも実際そう考えて、そして自分の不正をみずからとがめながら、最初の印象を脱し去ろうと試み、彼らが大事に隠している長所を見出してやろうと試みた。
彼はユスツス・オイレル老人と話をすることにつとめた。老人も話が好きだった。彼は祖父がこの老人を愛して激賞していたことを覚えてるので、老人にたいしてひそかな同情を感じていた。好人物のジャン・ミシェルは、クリストフよりもなおいっそう、友人の上に幻を築き上げる幸福な能力をもっていたのである。クリストフもそのことに気づいていた。彼は祖父にたいするオイレルの思い出を知ろうとつとめたが無駄であった。彼がオイレルから引き出し得るものは、ジャン・ミシェルのかなりおかしな色褪せた面影と、なんの面白みもない断片的な会話の文句ばかりだった。オイレルの話はいつもきまってこういう言葉で始められた。
「あの気の毒なお前のお祖父さんに私がいつも言ってたとおり……。」
オイレルは自分で言ったことより以外には、何にも耳に止めていなかった。
Peut-être que Jean-Michel n'écoutait pas autrement. La plupart des amitiés ne sont guère que des associations de complaisance mutuelle, pour parler de soi avec un autre. Mais du moins Jean-Michel, si naïvement qu'il s'abandonnât à sa joie de discourir, avait une sympathie toujours prête à se dépenser à tort et à travers. Il s'intéressait à tout; il regrettait de n'avoir plus quinze ans, pour voir les merveilleuses inventions des générations nouvelles, et pour se mêler à leurs pensées. Il avait cette qualité, la plus précieuse de la vie: une fraîcheur de curiosité, que les années n'altéraient point, et qui renaissait avec chaque matin. Il n'avait pas assez de talent pour utiliser ce don; mais combien de gens de talent auraient pu le lui envier! La plupart des hommes meurent à vingt ou trente ans: passé ce terme, ils ne sont plus que leur propre reflet; le reste de leur vie s'écoule à se singer eux-mêmes, à répéter d'une façon de jour en jour plus mécanique et plus grimaçante ce qu'ils ont dit, fait, pensé, aimé, au temps où ils étaient.
Il y avait si longtemps que le vieux Euler avait été, et il avait été si peu que ce qui restait de lui était bien pauvre. En dehors de son ancien métier et de sa vie de famille, il ne savait rien, et ne voulait rien savoir. Il avait sur toutes choses des idées toutes faites qui dataient de son adolescence. Il prétendait se connaître aux arts; mais il s'en tenait à certains noms consacrés, au sujet desquels il ne manquait pas de réciter des formules emphatiques: tout le reste était nul et non avenu. Quand on lui parlait d'artistes modernes, il n'écoutait point, et parlait d'autre chose. Il se disait passionné de musique, et demandait à Christophe de jouer. Mais dès que Christophe, qui y fut pris une ou deux fois, commençait à jouer, le vieux commençait à causer, tout haut, avec sa fille, comme si la musique redoublait son intérêt pour tout ce qui n'était pas la musique. Christophe exaspéré se levait au milieu du morceau: personne ne le remarquait. Il n'y avait que quelques vieux airs,—trois ou quatre,—les uns très beaux, les autres très laids, mais tous également consacrés, qui avaient le privilège d'obtenir un silence relatif et une approbation absolue. Dès les premières notes, le vieux tombait en extase, et les larmes lui venaient aux yeux, moins pour le plaisir qu'il y goûtait que pour celui qu'il y avait jadis goûté. Christophe finit par prendre ces airs en horreur, bien que certains d'entre eux, comme l'Adélaïde de Beethoven, lui fussent chers: le vieux en fredonnait les premières mesures, et déclarait que «cela, c'était de la musique», la comparant avec mépris à «toute cette sacrée musique moderne, qui n'a pas de mélodie».—Il est vrai qu'il n'en connaissait rien.
Son gendre, plus instruit, se tenait au courant du mouvement artistique; mais c'était encore pis: car il apportait dans ses jugements un esprit de dénigrement perpétuel. Il ne manquait ni de goût, ni d'intelligence; mais il ne pouvait prendre son parti d'admirer ce qui était moderne. Il eût tout aussi bien dénigré Mozart et Beethoven, s'ils eussent été de son temps, et reconnu le mérite de Wagner ou de Richard Strauss, s'ils eussent été morts depuis un siècle. Sa nature chagrine se refusait à admettre qu'il pût y avoir encore, de son vivant, des grands hommes vivants: cette pensée lui déplaisait. Il était si aigri de sa vie manquée qu'il tenait à se persuader qu'elle était manquée pour tous, qu'il n'en pouvait être autrement, et que ceux qui croyaient le contraire, ou qui le prétendaient, étaient de deux choses l'une: des nigauds ou des farceurs.
Aussi ne parlait-il des célébrités nouvelles que sur un ton d'amère ironie; et, comme il n'était point sot, il ne manquait pas d'en découvrir, dès le premier coup d'œil, les côtés faibles et ridicules. Tout nom nouveau le mettait en défiance; avant de rien connaître d'un artiste, il était disposé à le critiquer,—puisqu'il ne le connaissait pas. S'il avait de la sympathie pour Christophe, c'était parce qu'il croyait que cet enfant misanthrope trouvait la vie mauvaise, comme lui, et d'ailleurs était sans génie. Rien ne rapproche les petites âmes souffreteuses et mécontentes, comme la constatation de leur commune impuissance. Rien non plus ne contribue davantage à rendre le goût de la santé à ceux qui sont sains, que le contact de ce sot pessimisme de médiocres et de malades, qui, parce qu'ils ne sont pas heureux, nient le bonheur des autres. Christophe en fit l'épreuve. Ces pensées moroses lui étaient pourtant familières; mais il s'étonnait de les retrouver dans la bouche de Vogel et de ne les plus reconnaître: elles lui devenaient hostiles; il en était blessé.
Il était bien plus révolté encore par les façons d'Amalia. La brave femme ne faisait après tout qu'appliquer les théories de Christophe sur le devoir. Elle avait à tout propos ce mot dans la bouche. Elle travaillait sans relâche, et voulait que chacun travaillât comme elle. Ce travail n'avait pas pour but de rendre les autres et elle-même plus heureux: au contraire! On pouvait presque dire qu'il avait pour principal objet d'être une gêne pour tous et de rendre la vie le plus désagréable possible,—afin de la sanctifier. Rien n'aurait pu la décider à interrompre, un seul moment, le saint office du ménage, cette sacro-sainte institution, qui prend chez tant de femmes la place de tous les autres devoirs moraux et sociaux. Elle se serait crue perdue, si elle n'avait aux mêmes jours, aux mêmes heures, frotté le parquet, lavé les carreaux, fait briller les boutons de porte, battu les tapis à tour de bras, remué les chaises, les tables, les armoires. Elle y mettait de l'ostentation. On eût dit qu'il s'agissait de son honneur. Et n'est-ce pas, d'ailleurs, sous cette forme que beaucoup de femmes imaginent et défendent leur honneur? C'est une sorte de meuble qu'il faut tenir brillant, un parquet bien ciré, froid, dur,—et glissant.
L'accomplissement de sa tâche ne rendait pas madame Vogel plus aimable. Elle s'acharnait aux niaiseries du ménage, comme à un devoir imposé par Dieu. Et elle méprisait celles qui ne faisaient pas comme elle, qui prenaient du repos, qui savaient entre leurs travaux jouir un peu de la vie. Elle allait relancer jusque dans sa chambre Louisa, qui, de temps en temps, au milieu de son ouvrage, s'asseyait pour rêver. Louisa soupirait, mais se soumettait, avec un sourire confus. Heureusement Christophe n'en savait rien: Amalia attendait qu'il fût sorti, pour faire ces irruptions dans leur appartement; et, jusqu'à présent, elle ne s'était pas attaquée directement à lui: il ne l'eût pas supporté. Il se sentait vis-à-vis d'elle dans un état d'hostilité latente. Ce qu'il lui pardonnait le moins, c'était son vacarme. Il en était excédé. Enfermé dans sa chambre,—une petite pièce basse qui donnait sur la cour,—la fenêtre hermétiquement close, malgré le manque d'air, afin de ne pas entendre le remue-ménage de la maison, il ne réussissait point à s'en défendre. Involontairement, il s'attachait à suivre, avec une attention surexcitée, les moindres bruits d'en bas; et quand la terrible voix, qui perçait les cloisons, après une accalmie momentanée, s'élevait de nouveau, il était pris de rage; il criait, frappait du pied, lui adressait à travers le mur une collection d'injures. Dans le tapage général, on ne s'en apercevait même pas: on croyait qu'il composait. Il donnait madame Vogel à tous les diables. Il n'y avait pas de respect, ni d'estime qui tînt. Il lui semblait, à ces instants, qu'il eût préféré la plus dévergondée des femmes, pourvu qu'elle se tût, à l'honnêteté et à toutes les vertus, quand elles font trop de bruit.
Cette haine du bruit le rapprocha de Leonhard. Le jeune garçon, seul, au milieu de l'agitation générale, restait toujours tranquille, et n'élevait jamais la voix plus fort à un moment qu'à un autre. Il s'exprimait d'une façon correcte et mesurée, choisissant tous ses mots, et ne se pressant pas. La bouillante Amalia n'avait pas la patience d'attendre qu'il eût fini; tous s'exclamaient sur sa lenteur. Il ne s'en émouvait point. Rien n'altérait son calme et sa respectueuse déférence. Christophe avait appris que Leonhard se destinait à la vie ecclésiastique; et sa curiosité en était vivement excitée.
Christophe se trouvait, à l'égard de la religion, dans un état assez étrange: il ne savait pas dans quel état il se trouvait. Il n'avait jamais eu le temps d'y songer sérieusement. Il n'était pas assez instruit, et il était beaucoup trop absorbé par les difficultés de l'existence, pour avoir pu s'analyser et mettre de l'ordre dans ses pensées. Violent comme il était, il passait d'un extrême à l'autre, et delà foi entière à la négation absolue, sans s'inquiéter d'être ou non d'accord avec soi-même. Quand il était heureux, il ne pensait guère à Dieu, mais il était assez disposé à y croire. Quand il était malheureux, il y pensait, mais il n'y croyait guère: il lui semblait impossible qu'un Dieu autorisât le malheur et l'injustice. Ces difficultés l'occupaient d'ailleurs fort peu. Au fond, il était trop religieux pour penser beaucoup à Dieu. Il vivait en Dieu, il n'avait pas besoin d'y croire. Bon pour ceux qui sont faibles, ou affaiblis, pour les vies anémiques! Ils aspirent à Dieu, comme la plante au soleil. Le mourant s'accroche à la vie. Mais celui qui porte en lui le soleil et la vie, qu'irait-il les chercher hors de lui?
Christophe ne se fût probablement jamais préoccupé de ces questions, s'il avait vécu seul. Mais les obligations de la vie sociale l'obligeaient à fixer sa pensée sur ces problèmes puérils et oiseux, qui tiennent une place disproportionnée dans le monde, et où il faut prendre parti, puisqu'on s'y heurte à chaque pas. Comme si une âme saine, généreuse, débordante de force et d'amour, n'avait pas mille choses plus pressées à faire que de s'inquiéter si Dieu existe ou non!... Si encore il ne s'agissait que de croire à Dieu! Mais il faut croire à un Dieu, de telles dimensions, de telle forme, de telle couleur et de telle race! Pour cela, Christophe n'y songeait même pas. Jésus ne tenait presque aucune place dans ses pensées. Ce n'était pas qu'il ne l'aimât point: il l'aimait, quand il pensait à lui; mais il ne pensait pas à lui. Il se le reprochait parfois, il s'en chagrinait, il ne comprenait pas pourquoi il ne s'y intéressait pas davantage. Pourtant il pratiquait, tous les siens pratiquaient, son grand-père lisait la Bible; lui-même suivait la messe; il la servait, en quelque sorte, puisqu'il était organiste; et il s'appliquait à sa tâche avec une conscience exemplaire. Mais il eût été bien embarrassé, au sortir de l'église, de dire à quoi il avait pensé. Il se mit à la lecture des Livres Saints, pour fixer ses idées, et il y prit de l'amusement, et même du plaisir, mais comme à des livres beaux et curieux, qui ne diffèrent pas essentiellement d'autres livres, que personne ne songe à appeler sacrés. Pour dire la vérité, s'il avait de la sympathie pour Jésus, il en avait bien plus pour Beethoven. Et, à son orgue de Saint-Florian, où il accompagnait l'office du dimanche, il était plus occupé de son orgue que de la messe, et plus religieux, les jours où la chapelle jouait du Bach que les jours où elle jouait du Mendelssohn. Certaines cérémonies lui causaient une ferveur exaltée. Mais était-ce bien Dieu qu'il aimait alors, ou seulement la musique, comme un prêtre imprudent le lui avait dit un jour, par plaisanterie, sans se douter du trouble où le jetterait sa boutade? Un autre n'y eût pas pris garde et n'eût rien changé à sa façon de vivre,—(tant de gens s'accommodent de ne pas savoir ce qu'ils pensent!)—Mais Christophe était affligé d'un besoin de sincérité gênant, qui lui inspirait des scrupules à tout propos. Et du jour qu'il en eut, il lui devint impossible de n'en pas avoir toujours. Il se tourmentait, il lui semblait qu'il agissait avec duplicité. Croyait-il, ou ne croyait-il pas?... Il n'avait pas les moyens, matériels ni intellectuels,—(il faut du savoir et des loisirs)—pour résoudre la question, seul. Et cependant, il fallait la résoudre, sous peine d'être un indifférent, ou un hypocrite. Or, il était aussi incapable d'être l'un que l'autre.
Il chercha à sonder timidement les gens qui l'entouraient. Tous avaient l'air sûrs d'eux-mêmes. Christophe brûlait de connaître leurs raisons. Il n'y parvenait point. Presque jamais on ne lui faisait une réponse précise: c'étaient des discours à côté. Certains le traitaient d'orgueilleux, et lui disaient que cela ne se discute point, que des milliers de gens plus intelligents que lui et meilleurs avaient cru sans discuter, qu'il n'avait qu'à faire comme eux. Il en était même qui prenaient un air froissé, comme si c'eût été une offense personnelle de leur poser une telle question; ce n'étaient peut-être pas les plus sûrs de leur fait. D'autres haussaient les épaules et disaient en souriant: «Bah! cela ne peut pas faire de mal...» Et leur sourire disait: «Et c'est tellement commode!...» Ceux-là, Christophe les méprisait, de toute la force de son cœur.
Il avait essayé de s'ouvrir de ses inquiétudes à un prêtre; mais il fut découragé par cette tentative. Il ne put discuter sérieusement. Si affable que fût son interlocuteur, il faisait poliment sentir qu'il n'y avait point d'égalité réelle entre Christophe et lui; il semblait entendu d'avance que sa supériorité était incontestée, et que la discussion ne pouvait pas franchir les limites qu'il lui assignait, sans une sorte d'inconvenance: c'était un jeu de parade tout à fait inoffensif. Quand Christophe avait voulu passer outre, et poser des questions, auxquelles il ne plaisait pas au digne homme de répondre, il s'en était tiré avec un sourire protecteur, quelques citations latines, et une objurgation paternelle de prier, prier, pour que Dieu l'éclairât.—Christophe était sorti de l'entretien, humilié et blessé par ce ton de supériorité polie. À tort ou à raison, pour rien au monde, il n'aurait eu de nouveau recours à un prêtre. Il admettait bien que ces hommes lui étaient supérieurs par l'intelligence et leur titre sacré; mais lorsque l'on discute, il n'y a plus ni supérieur, ni inférieur, ni titres, ni âge, ni nom: rien ne compte que la vérité, devant elle tout le monde est égal.
Aussi fut-il heureux de trouver un garçon de son âge, qui crût. Lui-même ne demandait qu'à croire; et il espérait que Leonhard lui en donnerait de bonnes raisons. Il lui fit des avances. Leonhard répondit avec sa douceur habituelle, mais sans empressement: il n'en mettait à rien. Comme on ne pouvait avoir une conversation suivie à la maison, sans être interrompu à tout instant par Amalia ou parle vieux, Christophe proposa une promenade, le soir, après dîner. Leonhard était trop poli pour refuser, quoiqu'il s'en fût dispensé volontiers; car sa nature indolente avait peur de la marche, de la conversation, et de tout ce qui lui coûtait un effort.
Christophe était gêné pour entamer l'entretien. Après deux ou trois phrases gauches sur des sujets indifférents, il se jeta, avec une brusquerie un peu brutale, dans la question qui lui tenait au cœur. Il demanda à Leonhard si vraiment il allait se faire prêtre, et si c'était pour son plaisir. Leonhard, interloqué, jeta sur lui un regard inquiet; mais quand il vit que Christophe n'avait aucune intention hostile, il se rassura:
恐らくジャン・ミシェルの方でも、同じような聴き方をしていたであろう。多くの友誼は、他人相手に自分のことを語るための、相互阿諛の結合にすぎない。しかし少なくともジャン・ミシェルは、冗弁の楽しみにあれほど無邪気にふけってはいたが、やたらに注ぎかける同情心をももっていた。彼は何にでも興味をもった。新時代の驚くべき発明を目撃したり、その思想に関係したりするために、もう十五年とは生き延びられないことを残念がっていた。彼は生活の最も大切な長所をそなえていた、すなわち、長い年月にも少しも衰えないで毎朝また蘇ってくる新鮮な好奇心を。ただその天性を利用するだけの十分な才能をもっていなかった。しかしそういう天性を彼はうらやむに相違ないような才人が、世にはいかに多いことだろう! 多くの人は、二十歳か三十歳で死ぬものである。その年齢を過ぎると、もはや自分自身の反映にすぎなくなる。彼らの残りの生涯は、自己真似をすることのうちに過ぎてゆき、昔生存していたころに言い為し考えあるいは愛したところのことを、日ごとにますます機械的な渋滞的なやり方でくり返してゆくことのうちに、流れ去ってゆくのである。
オイレル老人が生存したのはずっと以前のことであったし、またきわめてわずかしか生存しなかったので、貧弱なものしか残ってはいなかった。彼は昔の職業と家庭生活とに関すること以外には、何にも知らなかったし、また知ろうともしなかった。あらゆることについて、青年時代から変らない既成観念をいだいていた。彼は芸術に通じてると自称していた。しかしある定評のある名前を知ってるだけで満足し、それについていつも誇張したきまり文句をくり返していた。その他は皆つまらない無きに等しいものばかりだった。近代の芸術家のことを言われると、耳を貸しもしないで他のことを話した。彼は音楽が大好きであるとみずから言い、クリストフに演奏を頼んだ。しかしクリストフが、一、二度その願いをいれてひき始めると、老人は娘を相手に声高く話し出した。あたかも音楽は、音楽以外のものにたいする彼の興味を募らしてるがようだった。クリストフは嚇として、曲の半ばで立ち上った。だれもそれを気にかけなかった。ただある古い曲調――三、四の――あるものはきわめて麗わしく、あるものはきわめて醜劣であったが、いずれも皆等しく定評のある曲調、それだけがとくに、比較的沈黙を受け、絶対に喝采を受けた。初めの音律からもう老人は、恍惚となり、眼に涙を浮かべた。それは現在味わってる愉悦よりもむしろ、昔味わった愉悦のためであった。それらの曲調のあるもの、たとえばベートーヴェンのアデライドのごときは、クリストフにとっても親愛なものではあったが、彼はついにそれらを忌みきらうようになった。老人はよくそれらの最初の小節を低吟して、「これこそ音楽だ」と断言し、「旋律のない近代の安音楽」との軽蔑的な比較をもち出した。――まさしく彼は音楽を少しも知ってはいなかった。
婿の方はも少し教養があって、芸術界の気運にも通じていた。しかしそれだけにかえって悪かった。なぜなら、自分の判断にいつも誹謗的精神を加えていたから。それでも趣味や知力が欠けてるのではなかった。ただ近代のものを賞賛する決心がつかなかったのである。もしモーツァルトやベートーヴェンが彼と同時代の人であったら、やはり彼らをも非難したろうし、もしワグナーやリヒアルト・シュトラウスが彼より一世紀も前に死んでいたら、彼らの価値を認めたことであろう。彼の憂鬱な性質は、現在自分の生存中に生きてる偉人があるということを、受けいれ得なかった。そう考えることは不愉快だった。彼は自分の失敗の生涯のために非常に気むずかしくなっていたので、生涯はだれにとっても失敗なものであるし、失敗であらざるを得ないものであって、その反対を信ずる者は、もしくは反対だと主張する者は、馬鹿か道化か、二つのうちの一つだということを、執拗に思い込んでいた。
それで彼は、名高い新人らのことを、苦々しい皮肉な調子でしか話さなかった。そして彼は愚鈍ではなかったので、新人らの弱い滑稽な一面を、一目で見てとることができた。新しい名前を聞くたびに、彼は軽悔の色を浮べた。その人について何にも知らない前からその人を非難しようとしていた――なぜなら知らない人であるから。クリストフに対していくらか同情をもっていたのも、この人間ぎらいな少年が彼と同様に人生はいけないものだと考えてると思ったからであるし、そのうえこの少年に天才がないと思ってたからである。くよくよしてる不平満々たる小人の魂を最もよく相近づけるものは、おたがいの無力を認むることである。それからまた、健全な人々に健康の趣味を最もよく与えるものは、自分が幸福でないから他人の幸福を否定しようとする凡庸人や病人の愚かな悲観主義に接することである。クリストフはそれを経験した。それらの陰気な悲観思想は元来彼には親しいものだった。しかし彼が驚いたのは、それをフォーゲルの口から聞くことであり、また自分がもはやそれに染んでいないことだった。それらの思想は彼に反対なものとなっていた。彼はそれらの思想に気色を損じた。
彼はアマリアの挙措にはなおいっそう反感をいだいた。その善良な婦人は要するに、クリストフの理論を義務に適用してるばかりだった。彼女は何事についても義務という言葉を口にした。彼女は絶え間なく働いていて、他人にも同じように働いてもらいたがっていた。そういう勤勉の目的は、他人および彼女自身をいっそう幸福ならしむるということではなかった。否むしろ反対だった。その主要な目的は、皆の迷惑となることであり、生活を神聖化するために生活をできるだけ不愉快になすことである、とも言えるほどだった。多くの婦人にあっては他のあらゆる道徳的社会的義務ともなり得る、家庭的の聖い務めを、その神聖なる掟を、一瞬間たりとも彼女を止めさせ得るものは何もなかった。同じ日に、同じ時間に、床板をみがき、敷石を洗い、扉のボタンを光らせ、力いっぱいに敷物をたたき、椅子やテーブルや戸棚を動かすことを、もしなさなかったら、取り返しのつかないことになったと彼女は思うかもしれなかった。彼女はそういう働きを誇りとしていた。あたかもそれが名誉にでも関することのようだった。けれどもいったい、多くの婦人が自分の名誉ということを考えたり護ったりするのは、これと同じような形式でやってるのではあるまいか。彼女らの名誉というものは、いつも光らしておかなければならない家具みたいなもので、よくみがき込んだ冷たい堅い――そしてすべりやすい床板なのである。
自分の職責を尽してしまっても、フォーゲル夫人はさらに愛想よくなりはしなかった。彼女は神から課せられた義務ででもあるように、家庭内のつまらない事柄に熱中していた。自分と同様に働かず、休息をして、仕事の間に生活を多少楽しむ婦人を、彼女は軽蔑していた。そして、仕事をしながら時々腰をおろして夢想するルイザを、その室の中にまで追っかけてきた。ルイザは溜息をもらしたが、しかしきまり悪そうな笑顔をして服従した。幸いにもクリストフはそのことを少しも知らなかった。アマリアはクリストフが出かけるのを待って、彼らの部屋へ闖入してくるのだった。今まで彼女は、直接に彼を攻撃しはしなかった。そうされたら彼は我慢できなかったろう。彼は彼女にたいして内に敵意を潜めてるような状態にある自分を感じた。彼が最も許しがたく思ったことは、彼女の騒々しいことだった。彼はそれに困りきった。自分の室――中庭に面した天井の低い小さな室――に閉じこもり、空気の流通が悪いにもかかわらず窓を密閉して、家の中の騒動を聞くまいとしたが、どうしてもそれから耳をふさぐことができなかった。知らず知らずに、苛立った注意をもって、下のわずかな物音にも聞き耳をたてていた。そして、ちょっと静かになった後、恐ろしい人声が壁や床を貫いてふたたび高まってくる時、彼は激怒に駆られた。怒鳴りつけ、足を踏みならし、壁越しに彼女をさんざんののしった。しかし皆騒ぎ回ってるので、それに気づきもしなかった。彼は作曲してるのだと思われていた。が彼はフォーゲル夫人を罵倒しぬいていた。尊意も敬意も消し飛んだ。そういう時彼には、最もふしだらな女でもただ黙ってさえいてくれるならば、いかに正直で美徳があろうとあまりに騒ぎたてる女よりも、はるかにましだと思われるのであった。
喧騒にたいするそういう憎悪は、彼をレオンハルトに近づかせた。この少年だけがただ一人、家じゅうの混雑の中にあって、いつもじっと落着いていて、場合によって声を高めるようなことがなかった。言葉を選んで、少しも急がず、控え目な正しい口のきき方をしていた。性急なアマリアには、彼が言い終えるのを待つだけの忍耐がなかった。皆の者が、彼の悠長さに怒鳴り声をたてた。それでも彼は平気だった。どんなことがあろうと、彼の平静さと敬意のこもった謙譲さとは変化しなかった。クリストフはレオンハルトが宗教生活にはいるつもりだと聞いていた。そのために彼の好奇心はひどく動かされていた。
クリストフは当時、宗教にたいしては、かなり門外漢の状態にあった。彼は自分でもどういう心持にあるか知らなかった。それを真面目に考えるだけの隙がなかった。彼は十分の教養がなく、かつ困難な生活にあまり頭を奪われていたので、自分の心を分析してみることができず、思想を整理することができなかった。そして激しい性質だったので、自分の心に一致しようがしまいがそんなことはいっこう平気で、極端から極端へと移りゆき、全的信仰から絶対的否定へと移り変った。幸福な時には、ほとんど神のことは考えなかった、しかしかなり神を信ずる気持になっていた。不幸な時には、神のことを考えた、しかしほとんど神を信じていなかった。神が不幸や不正を許すとは、あり得べからざることのように考えられた。それに元来彼は、そういうむずかしい事柄をあまり念頭においていなかった。根本においては、彼はひどく宗教的だったから、神のことを多く考えなかった。彼は神のうちに生きていた。神を信ずる必要がなかった。神を信ずるのは、弱い者や衰えた者など、貧血的な生活者にとってはよいことである。植物が太陽にあこがれるように、彼らは神にあこがれる。瀕死の者は生命にとりすがる。しかし、自分のうちに太陽と生命とを有する者は、なんで自分以外のところにそれらを求めに行く要があろう?
クリストフはもしただ一人で生きていたら、おそらくそれらの問題に頭を向けることがなかったであろう。しかし社会的生活の義理として、彼はそれらの幼稚な閑問題に考慮を向けざるを得なかった。社会においては、それらの問題は不均衡なほど大きな地位を占めていて、人は歩々にそれにぶっつかり、いずれか心を定めなければならないのである。力と愛とにあふれてる健全な豊饒な魂にとっても、神が存在するか否かを懸念することより、もっと緊急な沢山の仕事があたかもないかのようである。……神を信ずることだけが唯一の問題であるならばまだ分る。とはいえ、ある大きさのある形のある色のそしてある種類の、何か一つの神を信じなければいけない。このことについても、クリストフは考えてはいなかった。彼の思想の中では、キリストもほとんどなんらの地位をも占めていなかった。それは、彼がキリストを少しも愛していないからではなかった。キリストのことを考えたらそれを愛したに違いなかった。しかし彼はキリストのことを考えたことがなかった。時にはそれをみずからとがめ、心苦しく思った。どうしてキリストにもっと興味を見出せないのか、自分でも分らなかった。それでも彼は教義を実行していた。家の者は皆教義を実行していた。祖父はよく聖書を読んでいた。クリストフ自身も几帳面にミサに出かけていた。彼はオルガン手だったからいくらかミサに手伝ってもいた。そして模範的な良心をもってその役目に勉励していた。しかし彼は教会堂から出ると、その間何を考えていたかはっきり言い得なかったであろう。彼は自分の思想を定めるために経典を読み始めた。そしてその中に面白みを見出し、愉快をさえも見出した。しかしそれは、だれも神聖な書物とは言いそうもないような、本質的には他の書物と少しも異るところのないある面白い珍しい書物の中から、くみとって来るのに似ていた。ほんとうを言えば、彼はキリストにたいして同感をもっていたとするも、ベートーヴェンにたいしてはさらに多く同感をもっていた。サン・フロリアン会堂の大オルガンについて、日曜の祭式の伴奏をやっている時、彼はミサによりもむしろ大オルガンの方に多く気をとられていたし、聖歌隊がメンデルスゾーンを奏してる時よりもバッハを奏してる時の方が、はるかに宗教的気分になっていた。ある種の式典は彼に激しい信仰心を起こさした。しかしその時、彼が愛していたのは神であったろうか、あるいは、不注意な一牧師がある日彼に言ったように、ただ音楽ばかりであったろうか? この牧師の冗談は彼を困惑せしめたが、牧師自身はそれを夢にも知らなかったのである。他の者だったら、そんな冗談には気も止めず、そのために生活態度を変えようとはしなかったろう――(自分が何を考えてるか知らないで平然としてるような者が、世にはいかに多いことだろう!)――しかしクリストフは、厄介にも真摯を欲していたく悩んでいた。そのため彼はあらゆることにたいして慎重になっていた。一度慎重になれば、常にそうならざるを得なかった。彼は苦しんだ。自分が二心をもって動いてるように思われた。いったい信じているのか、もしくは信じていないのか?……この問題を一人で解決するには、彼は実際的にもまた精神的にも――(知識と隙とを要するので)――その方法をもたなかった。それでも問題は解決せなければならなかった。さもなくば彼は局外者となるかもしくは偽善者となるかの外はなかった。しかも彼は両者のいずれにもなることはできなかった。
彼は周囲の人々をおずおず観察してみた。だれも皆各自に確信あるらしい様子をしていた。クリストフは彼らのその理由を知りたくてたまらなかった。しかし駄目だった。だれも彼に明確な答えを与えてくれなかった。いつも顧みて他のことをばかり論じた。ある者は彼を傲慢だとし、そういうことは論ずべきものではなく、彼よりも賢いすぐれた多くの人々が議論なしに信仰しているし、彼はただそういう人々と同じようにすればよいと言った。または、そういう問いをかけられることは、あたかも自分自身が侮辱されることででもあるかのように、気色を損じた様子をする者もあった。けれどもこういう人たちは、自分の事柄にたいして最も確信をいだいてる者では恐らくなかったろう。またある者らは、肩をそびやかして微笑みながら言った、「なあに、信仰は別に害になるもんじゃない。」そして彼らの微笑は言った、「そしていかにも便利だよ!……」そういう者どもをクリストフは心から軽蔑した。
彼は自分の不安を牧師に打ち明けようとしたことがあった。しかしそのためにかえって勇気がくじけてしまった。彼は真面目に牧師と議論することができなかった。向うはいかにも愛想がよかったけれども、クリストフと彼との間には実際的に平等さがないことを、ていねいに感じさしてくれた。彼の優越は論ずるまでもなく分りきったことで、一種の無作法さをもってしなければ彼が押しつけた範囲から議論は出ることができないと、前もって定まっているかのようだった。敵の竹刀を交わすだけの稽古試合だった。クリストフが思い切って範囲を踏み越え、一廉の男にとっては答えるのも面白くないような質問をかけると、彼はただ庇護するような微笑を見せ、ラテン語の句をもち出し、神様が解き明かしてくださるように祈りに祈れと、父親めいたとがめ方をした。――クリストフは、そのていねいな優越の調子に屈辱と不快とを感じながら、話をやめてしまった。当不当にかかわらず、いかなることがあろうと、ふたたび牧師なんかの助けを借るまいと思った。理知と聖職者の肩書とによって自分より向うがすぐれてることは、彼もよく是認していた。しかし一度議論する場合には、もはや優越も低劣も肩書も年齢も名前もないはずである。ただ真理だけが肝心であって、真理の前には万人が平等である。
それで彼は、信仰してる同年配の少年を見出してうれしかった。彼自身も信じたいとばかり思っていた。そしてレオンハルトからそのりっぱな理由を与えてもらいたいと希った。彼の方から話をしかけた。レオンハルトはいつもの静かな調子で答えて、別に熱心さを示さなかった。彼は何事にも熱心さを見せなかったのである。家の中では絶えずアマリアか老人かに邪魔されてまとまった話ができないので、クリストフは夕方食後に散歩をしようと申し出した。レオンハルトは礼儀深いので断りかねた。しかし気は進まなかった。なぜなら、彼の怠惰な性質は、歩行や、会話や、すべて努力を要するようなことを、恐れていたからである。
クリストフは話を始めるのに困った。なんでもない事柄についてへまな二、三句を発した後、彼は少し乱暴なほど突然に、心にかかっていた問題に飛込んでいった。ほんとうに牧師になる気か、牧師になるのはうれしいのか、とレオンハルトに尋ねた。レオンハルトはまごついて、彼に不安そうな眼つきを向けた。しかし彼になんらの敵意もないことを見てとると、安心した。
—Oui, répondit-il. Comment en serait-il autrement?
—Ah! fit Christophe. Vous êtes bien heureux!
Leonhard sentit une nuance d'envie dans la voix de Christophe, et il en fut agréablement flatté. Il changea aussitôt de manières, il devint expansif, sa figure s'éclaira:
—Oui, dit-il. Je suis heureux.
Il rayonnait.
—Comment faites-vous pour cela? demanda Christophe.
Leonhard, avant de répondre, proposa de s'asseoir, sur un banc tranquille, dans une galerie du cloître de Saint-Martin. On apercevait delà un coin de la petite place, plantée d'acacias, et, plus loin, la campagne, baignée par la brume du soir. Le Rhin coulait au pied de la colline. Un vieux cimetière abandonné, dont les tombes étaient noyées sous un flot d'herbes, dormait à côté d'eux, derrière sa grille close.
Leonhard se mit à parler. Il disait, les yeux brillants de contentement, combien il était doux d'échapper à la vie, d'avoir trouvé l'asile, où l'on sera pour toujours à l'abri. Christophe, encore meurtri par ses blessures récentes, sentait passionnément ce désir de repos et d'oubli; mais il s'y mêlait un regret. Il demanda, avec un soupir:
—Et pourtant, est-ce que cela ne vous coûte pas de renoncer tout à fait à la vie?
—Oh! fit l'autre tranquillement, qu'y a-t-il à regretter? N'est-elle pas triste et laide?
—Il y a de belles choses aussi, dit Christophe, regardant le beau soir.
—Il y a quelques belles choses, mais peu.
—Ce peu, c'est encore beaucoup pour moi!
—Oh! bien, c'est une simple affaire de bon sens. D'un côté, un peu de bien et beaucoup de mal; de l'autre, ni bien ni mal, sur terre; et après, un bonheur infini: est-ce qu'on peut hésiter?
Christophe n'aimait pas beaucoup cette arithmétique. Une vie si économe lui paraissait bien pauvre. Cependant, il s'efforçait de se persuader que c'était la sagesse.
—Ainsi, demanda-t-il avec un peu d'ironie, il n'y a pas de risque que vous vous laissiez séduire par une heure de plaisir?
—Quelle sottise! quand on sait que ce n'est qu'une heure, et qu'il y a toute l'éternité après!
—Vous en êtes donc bien sûr, de cette éternité?
—Naturellement.
Christophe l'interrogea. Il avait un frémissement de désir et d'espoir. Si Leonhard allait lui fournir enfin les preuves invincibles de croire! Avec quelle passion il renoncerait lui-même à tout le reste du monde, pour le suivre en Dieu!
Tout d'abord, Leonhard, fier de son rôle d'apôtre, convaincu d'ailleurs que les doutes de Christophe n'étaient que pour la forme et qu'ils auraient le bon goût de céder aux premiers arguments, recourut aux livres saints, à l'autorité de l'Évangile, aux miracles, à la tradition. Mais il commença à s'assombrir, quand Christophe, après l'avoir écouté quelques minutes, l'arrêta en lui disant que c'était répondre à la question par la question, et qu'il ne lui demandait pas de lui exposer ce qui faisait justement l'objet de son doute, mais les moyens de le résoudre. Leonhard dut constater que Christophe était beaucoup plus malade qu'il ne semblait, et qu'il avait la prétention de ne se laisser convaincre qu'au moyen de la raison. Cependant il pensait encore que Christophe jouait l'esprit fort—(il n'imaginait pas qu'on pût l'être sincèrement).—Il ne se découragea donc pas, et, fort de sa science récente, il fit appel à ses connaissances d'école; il déballa pêle-mêle, avec plus d'autorité que d'ordre, ses preuves métaphysiques de l'existence de Dieu et de l'âme immortelle. Christophe, l'esprit tendu, le front plissé par l'effort, peinait silencieusement; il lui faisait recommencer ses mots, cherchait laborieusement à en pénétrer le sens, à l'enfoncer en soi, à suivre le raisonnement. Puis il éclata, déclara qu'on se moquait de lui, que tout cela c'était des jeux d'esprit, des plaisanteries de beaux parleurs qui fabriquaient des mots et qui s'amusaient ensuite à croire que ces mots étaient des choses. Leonhard, piqué, se porta garant de la bonne foi des auteurs. Christophe haussa les épaules, et dit, en jurant, que si ce n'étaient pas des farceurs, c'étaient de sacrés littérateurs; et il exigea d'autres preuves.
Quand Leonhard reconnut, avec stupeur, que Christophe était irrémédiablement atteint, il ne s'intéressa plus à lui. Il se souvint qu'on lui avait recommandé de ne pas perdre son temps k discuter avec des incrédules,—du moins quand ils s'entêtent à ne pas vouloir croire. C'est risquer de se troubler soi-même, sans nul profit pour l'autre. Mieux vaut abandonner le malheureux à la volonté de Dieu, qui, si c'est son dessein, saura bien l'éclairer; ou sinon, qui oserait aller contre la volonté de Dieu? Leonhard ne s'obstina donc pas à prolonger la discussion. Il se contenta de dire avec douceur qu'il n'y avait rien à faire pour le moment, qu'aucun raisonnement n'était capable de montrer le chemin tant qu'on était résolu à ne pas le voir, et qu'il fallait prier, faire appel à la grâce: rien n'est possible sans elle; il faut la désirer, il faut vouloir, pour croire.
Vouloir? pensait amèrement Christophe. Ainsi, Dieu existera, parce que je voudrai qu'il existe! Ainsi, la mort n'existera plus, parce qu'il me plaira de la nier!... Hélas!... Comme la vie est facile à ceux qui n'ont pas le besoin de voir la vérité, à ceux qui n'ont le pouvoir de la voir comme ils désirent, et de se fabriquer des rêves complaisants, où dormir douillettement! Dans un tel lit Christophe était bien sûr de ne dormir jamais...
Leonhard continuait à parler. Il s'était rabattu sur son sujet de prédilection: les charmes de la vie contemplative; et sur ce terrain sans danger, il ne tarissait plus. De sa voix monotone qui tremblait de plaisir, il disait les joies de la vie en Dieu, en dehors du monde, loin du bruit, dont il parlait avec un accent inattendu de haine (il le détestait presque autant que Christophe), loin des violences, loin des railleries, loin des petites misères dont on souffre, chaque jour, dans le nid chaud et sûr de la foi, d'où l'on contemple en paix les malheurs du monde étranger et lointain. Christophe, en l'écoutant parler, perçait l'égoïsme de cette foi. Leonhard en eut le soupçon; il se hâta de s'expliquer. Ce n'était pas une vie d'oisiveté que la vie de contemplation! Au contraire: on agit plus par la prière que par l'action; que serait le monde sans la prière? On expie pour les autres, on se charge de leurs fautes, on leur offre ses mérites, on intercède pour le monde auprès de Dieu.
Christophe l'écoutait, en silence, avec une hostilité croissante. Il sentait chez Leonhard l'hypocrisie de ce renoncement. Il n'était pas assez injuste pour la prêter à tous ceux qui croient. Il savait bien que cette abdication de la vie est chez un petit nombre une impossibilité de vivre, un désespoir poignant, un appel à la mort,—que c'est, chez un plus petit nombre, une extase passionnée... (Combien de temps dure-t-elle?)... Mais, chez la plupart des hommes, n'est-ce pas trop souvent le froid raisonnement d'âmes plus éprises de leur tranquillité que du bonheur des autres, ou de la vérité? Et si les cœurs sincères en ont conscience, combien ils doivent souffrir de cette profanation de leur idéal!...
Leonhard, tout heureux, exposait maintenant la beauté et l'harmonie du monde, vu du haut de son perchoir divin: en bas, tout était sombre, injuste, douloureux; d'en haut, tout devenait clair, lumineux, ordonné; le monde était semblable à une boîte d'horlogerie, parfaitement réglée...
Christophe n'écoutait plus que d'une oreille distraite. Il se demandait: «Croit-il, ou bien croit-il qu'il croit?» Cependant sa propre foi, son désir passionné de foi, n'en était pas ébranlé. Ce n'était pas la médiocrité d'âme et les pauvres arguments d'un sot comme Leonhard, qui pouvaient y porter atteinte...
La nuit descendait sur la ville. Le banc, où ils étaient assis, était dans l'ombre; les étoiles s'allumaient, une buée blanche montait du fleuve, les grillons bruissaient sous les arbres du cimetière. Les cloches se mirent à sonner: la plus aiguë d'abord, toute seule, comme un oiseau plaintif, interrogea le ciel; puis la seconde, une tierce au-dessous, se mêla à sa plainte; enfin vint la plus grave, à la quinte, qui semblait leur donner la réponse. Les trois voix se fondirent. C'était, au pied des tours, le bourdonnement d'une ruche grandiose. L'air et le cœur tremblaient. Christophe, retenant son souffle, pensait combien la musique des musiciens est pauvre auprès de cet océan de musique, où grondent des milliers d'êtres: c'est la faune sauvage, le libre monde des sons, auprès du monde domestiqué, catalogué, froidement étiqueté par l'intelligence humaine. Il se perdait dans cette immensité sonore, sans rivages et sans bornes...
Et quand le puissant murmure se fut tu, quand ses derniers frémissements se furent éteints dans l'air, Christophe se réveilla. Il regarda, effaré, autour de lui... Il ne reconnaissait plus rien. Tout était changé autour de lui, en lui. Il n'y avait plus de Dieu...
De même que la foi, la perte de la foi est souvent, elle aussi, un coup de la grâce, une lumière subite. La raison n'y est pour rien; et il suffit d'un rien: un mot, un silence, un son de cloche. On se promène, on rêve, on ne s'attend à rien. Brusquement, tout s'écroule. On se voit entouré de ruines. On est seul. On ne croit plus.
Christophe épouvanté ne pouvait comprendre pourquoi, comment cela s'était produit. C'était comme, au printemps, la débâcle d'un fleuve...
La voix de Leonhard continuait de résonner, plus monotone que la voix d'un grillon. Christophe ne l'entendait plus. La nuit était tout à fait venue. Leonhard s'arrêta. Surpris de l'immobilité de Christophe, inquiet de l'heure avancée, il proposa de rentrer. Christophe ne répondait pas. Leonhard lui prit le bras. Christophe tressaillit, et regarda Leonhard avec des yeux égarés.
「そうです。」と彼は答えた。「そうでなくてどうしてなれましょう!」
「ああ、」とクリストフは言った、「君はほんとに幸福だね!」
レオンハルトはクリストフの声のうちに、羨望の気味がこもってるのを感じた。そして心地よくおだてられた。彼はすぐに態度を変え、胸衿を開き、その顔は輝いた。
「そうです、」と彼は言った、「僕は幸福です。」
彼は晴れやかになっていた。
「どうしてそんなふうになったんだい?」とクリストフは尋ねた。
レオンハルトは答える前に、サン・マルタン修道院の歩廊の静かな腰掛に、腰をおろそうと言い出した。そこからは、アカシアの植わった小さな広場の一隅が見え、なお向うには夕靄に浸った野が見えていた。ライン河は丘の麓を流れていた。荒れ果てた古い墓地が、墓石は皆雑草の波に覆われて、閉め切った鉄門の後ろに彼らのそばに眠っていた。
レオンハルトは語りだした。人生をのがれることは、永久の避難所たるべき隠れ家を見出すことは、いかに楽しいことであるかを、満足の色に眼を輝かしながら説いた。クリストフはまだ最近の心の傷が生々しくて、この休息と忘却との欲望を激しく感じていた。しかしそれには愛惜の念も交っていた。彼は溜息をついて尋ねた。
「それでも、まったく人生を見捨ててしまうことを、君はなんとも思わないのかい?」
「おう、何が惜しいことがあるもんですか。」と相手は静かに言った。「人生は悲しい醜いものではありませんか。」
「美しいものもまたあるよ。」とクリストフは麗わしい夕暮をながめながら言った。
「美しいものもいくらかありはしますが、それは非常に少ないんです。」
「非常に少ないったって、僕にはそれで沢山なんだが。」
「ああそれは分別くさい考えにすぎません。一面から見れば、少しの善と多くの悪とがあります。また他面から見れば、地上には善も悪もないんです。そしてこの世の後には、無限の幸福があります。なんで躊躇することがありましょう。」
クリストフはそういう数理的な考えをあまり好まなかった。そんな打算的な生涯はきわめて貧弱に思われた。けれども、そこにこそ知恵が存するのだと思い込もうとつとめた。
「そんなふうでは、」と彼は少し皮肉を交えて尋ねた、「一時の楽しみに誘惑される恐れはないだろうね。」
「あるもんですか! それは一時のことにすぎないが、そのあとには永遠があるということが、わかってますからね。」
「じゃあ君は、その永遠というものを確信してるのかい?」
「もちろんです。」
クリストフはいろいろ尋ねた。彼は欲求と希望とに震えていた。もしレオンハルトが神を信ずべき不可抗の証拠を示してくれるとするならば! いかに熱心に彼は、神の道に従うために、あらゆる他の世界をみずから捨て去ることだろう。
レオンハルトは使徒の役目をするのを得意に感じていたし、そのうえ、クリストフの疑惑は形式にたいするものにすぎなくて、理論にはすぐに屈するだけの鑑識をそなえたものであると信じていたから、まず最初に、経典や福音書の権威や奇跡や伝統などの力を借りて説いた。しかし、クリストフがしばらくその言葉に耳を傾けた後、それは問いをもって問いに答えることであって、自分が求めてるのは、ちょうど自分の疑惑の対象となってるところのものを示してもらいたいのではなく、疑惑を解く方法を示してもらいたいのであると言って、彼の言葉をさえぎると、彼は顔色を曇らし始めた。クリストフは思ったよりいっそう不健全であり、理性によってしか説服されまいと自負してることを、レオンハルトは認めざるを得なかった。けれども彼はなお、クリストフが唯我独尊主義者の真似をしている――(彼は本心から唯我独尊主義者たり得る者があろうとは想像だもしなかった)――のだと考えた。で彼は落胆もせず、最近に得た学問を鼻にかけて、学校で習い覚えた知識に頼った。そして命令よりもいっそうおごそかな調子で、神と不滅なる魂との存在の形而上学的証拠を、ごたごたと並べたてた。クリストフは気を張りつめ、額に皺を寄せて一生懸命になり、黙って考えつめていた。彼はレオンハルトに言葉をくり返させては、その意味を理解し、それを心にかみしめ、その理路をたどろうと、はなはだしく骨折った。次に彼はにわかに癇癪を起こして、人を馬鹿にしてると言いきり、そんなことは頭の遊戯であって、言葉をこしらえだし次にその言葉を実物だと考えて面白がってる話し上手な奴どもの冗談だと、言い放った。レオンハルトは気を悪くして、そういうことを述べる人たちのりっぱな信仰を保証した。クリストフは肩をそびやかして、もし奴らが道化者でないとすれば三文文学者だと、ののしりながら言った。そして他の証拠を要求した。
レオンハルトはクリストフが回復の道ないほど不健全であることを認めて、あきれ返ってしまうと、もう彼にたいする興味を失った。不信仰者と議論をして時間をつぶすな――少なくとも彼らが信じまいとつとめてる時には、と言われた言葉を思い出した。そんな議論は、相手の利益にもならないうえに、自分の心を乱す恐れがある。不幸な者どもは、これを神の意志のままに打捨てておく方がいい。もし神に思召しがあったら、彼らを啓発してくださるだろう。もし神に思召しがなかったら、だれがあえて神の意志にそむくことをなし得よう? それでレオンハルトは、議論を長くつづけようとは固執しなかった。そしてただ、当分のうちは仕方がない、いくら論じても、道を見まいと決心してる者にはそれを示すことはできない、祈らなければいけない、御恵みにすがらなければいけない、と静かに言うだけで満足した。神の恵みなしには何事もできはしない。御恵みを望まなければいけない。信ずるためには欲しなければいけない。
欲する? とクリストフは苦々しく考えた。それならば神は存在するだろう、なぜなら神が存在することを自分が欲するのだから。それならばもう死は存しないだろう、なぜなら死を否定するのが自分にうれしいから。……嗚呼!……真理を見る心要のない人々、自分の欲するとおりの形に真理を見ることができ、自分の気に入る幻をこしらえることができ、その中に甘く眠ることができる人々、彼らにとっては人生はいかに気楽であることだろう! しかしクリストフは、決してそういう寝床には眠れないに違いなかった……。
レオンハルトはなおつづけて話した。好きな話題に話をもどして、観照的生活の魅力を説いた。そしてこの危険のない境地になると、もう彼の言葉は尽きなかった。彼が意外にも憎悪の調子で述べたてる世の喧騒(彼はほとんどクリストフと同じくらい喧騒をにくんでいた)から遠く離れ、暴戻から遠ざかり、嘲笑から遠ざかり、毎日人の苦しむ種々の惨めな事柄から遠ざかり、世俗を超脱して、信仰のあたたかい確実な寝床から、もはや自分に関係のない遠い世間の不幸を、平和にうちながめるという、神に委ねた生活の楽しみを、彼はその単調な声を喜びに震わしつつ語った。クリストフはその言葉に耳を傾けながら、そういう信仰の利己的なのを看破した。レオンハルトはそれに気づきかけて、急いで言い訳をした。観照的生活は怠惰な生活ではないと。否実際、人は行為よりも祈祷によってさらに多く行動するものである。祈祷がなかったら、世の中はどうなるであろう? 人は他人のために罪を贖い、他人の罪過を身に荷い、おのれの価値を他人に与え、世のために神の前を取りなしてやるのである。
クリストフは黙って耳を傾けてるうちに、反感が募ってきた。彼はレオンハルトのうちに、その脱却の偽善を感じた。元来彼は、信仰するすべての人に偽善があると見なすほど不正ではなかった。かく人生を捨て去ることは、ある少数の人々にあっては、生活の不可能、悲痛な絶望、死にたいする訴え、などであるということを、――さらに少数の人々にあっては、熱烈な恍惚の感……(それもどれだけつづくか分らないが)……であるということを、彼はよく知っていた。しかし大多数の人々にあっては、他人の幸福や真理などよりもむしろ自分一身の静安に多く気をとられてる魂の、冷やかな理屈であることがあまりに多いではないか。もし誠実な心にしてそれに気づいたならば、そういうふうに理想を冒涜することをどんなにか苦しむに違いない!……
レオンハルトは今や
々として、自分の聖なる棲木の上から見おろした世界の美と調和とを述べたてていた。下界においては、すべてが陰鬱で不正で苦痛だったが、上界から見おろすと、すべてが明るく輝かしく整然としてるようになった。世界はまったく調子の整った時計の箱に似ていた……。
クリストフはもう散漫な耳でしか聴いていなかった。彼は考えた、「この男は信じてるのか、もしくは、信じてると自分で思ってるのか?」けれども彼自身の信仰は、信仰にたいする熱烈な欲求は、そのために少しも揺がなかった。レオンハルトのような一愚人の凡庸な魂と貧弱な理屈とから、害せられるようなものではなかった……。
夜は町の上に落ちかかっていた。二人がすわってる腰掛は闇に包まれていた。星は輝き、白い霧が河から立上り、蟋蟀が墓地の木陰に鳴いていた。鐘が鳴りだした。最初に最も鋭い鐘の音がただ一つ、訴える小鳥の声のように天に向って響いた。次に三度音程下の第二の鐘の音が、その訴えに響きを合した。最後に五度音程下の最も荘重な鐘の音が、前の二つに答えるかのように響いた。三つの響きが交り合った。塔の下にいると、大きな蜂の巣の響きのように思われた。空気も人の心もうち震えた。クリストフは息を凝らしながら、音楽家の音楽も、無数の生物のうなってるこの音楽の太洋に比すれば、いかに貧弱なものであるかと考えた。人知によって馴養され類別され冷やかに定列された世界の傍らにもち出すと、それは粗野な動物界であり、自由な音響の世界である。クリストフはその岸も際限もない広茫たる鳴り響く海原のうちに迷い込んだ。
そして力強いその呟きが黙した時、その余響が空中に消え去った時、彼は我れに返った。彼は驚いてあたりを見回した。……もう何にも分らなかった。周囲も心のうちも、すべてが変っていた。もはや神もなかった……。
信仰と同じく、信仰の喪失もまた、神恵の一撃、突然の光明、であることが多い。理性はなんの役にもたたない。ちょっとしたことで足りる、一言で、一つの沈黙で、鐘の一声で。人は漫歩し、夢想し、何物をも期待していない。とにわかにすべてが崩壊する。人は廃墟にとり巻かれたおのれを見る。一人ぽっちである。もはや信じていない。
クリストフは駭然として、なぜであるか、どうしてこんなことが起こったのか、了解することができなかった。春になって河の氷解するのにも似ていた……。
レオンハルトの声は、蟋蟀の声よりもさらに単調に、響きつづけていた。クリストフはもはやそれに耳を貸さなかった。すっかり夜になっていた。レオンハルトは言いやめた。クリストフがじっとしてるのに驚き、おそくなったのを心配して、帰ろうと言いだした。クリストフは答えなかった。レオンハルトはその腕をとらえた。クリストフは身を震わし、昏迷した眼でレオンハルトをながめた。
—Christophe, il faut revenir, dit Leonhard.
—Va au diable! cria Christophe avec fureur.
—Mon Dieu! Christophe, qu'est-ce que je vous ai fait? demanda peureusement Leonhard, ahuri.
Christophe se ressaisit.
—Oui, tu as raison, mon bon, fit-il d'un ton plus doux. Je ne sais ce que je dis. Va à Dieu! Va à Dieu!
Il resta seul. Il avait le cœur plein de détresse.
—Ah! mon Dieu! mon Dieu! s'écria-t-il, crispant les mains, levant la tête passionnément vers le ciel noir. Pourquoi est-ce que je ne crois plus? Pourquoi est-ce que je ne puis plus croire? Que s'est-il passé en moi?...
Il y avait une disproportion trop grande entre la ruine de sa foi et la conversation qu'il venait d'avoir avec Leonhard: il était évident que cette conversation n'en était pas plus la cause que les criailleries d'Amalia et les ridicules de ses hôtes n'étaient cause de l'ébranlement qui se produisait depuis peu dans ses résolutions morales. Ce n'étaient là que des prétextes. Le trouble ne venait pas du dehors. Le trouble était en lui. Il sentait s'agiter dans son cœur des monstres inconnus, et il n'osait pas se pencher sur sa pensée, pour voir son mal en face... Son mal? Était-ce un mal? Une langueur, une ivresse, une angoisse voluptueuse le pénétraient. Il ne s'appartenait plus. En vain, il tâchait de se raidir dans son stoïcisme d'hier. Tout craquait d'un coup. Il avait la sensation soudaine du vaste monde, brûlant, sauvage, incommensurable,... le monde qui déborde Dieu!...
Ce ne fut qu'un instant. Mais tout l'équilibre de sa vie ancienne en fut désormais rompu.
De toute la famille, il n'y avait qu'une personne, à laquelle Christophe n'eût prêté aucune attention: c'était la petite Rosa. Elle n'était point belle; et Christophe qui, lui-même, était très loin d'être beau, se montrait fort exigeant pour la beauté des autres. Il avait la cruauté tranquille de la jeunesse, pour qui une femme n'existe pas, quand elle est laide,—à moins qu'elle n'ait passé l'âge où l'on inspire la tendresse, et qu'elle n'ait plus droit qu'à des sentiments graves, paisibles, quasi religieux. Rosa ne se distinguait d'ailleurs par aucun don spécial, quoiqu'elle ne fût pas sans intelligence; et elle était affligée d'un bavardage qui faisait fuir Christophe. Aussi ne s'était-il pas donné la peine de la connaître, jugeant qu'il n'y avait rien à connaître en elle; c'était tout au plus s'il l'avait regardée.
Elle valait mieux pourtant que beaucoup de jeunes filles; elle valait mieux, en tout cas, que Minna, tant aimée. C'était une bonne petite, sans coquetterie, sans vanité, qui, jusqu'à l'arrivée de Christophe, ne s'était pas aperçue qu'elle était laide, ou ne s'en inquiétait pas; car on ne s'en inquiétait pas autour d'elle. S'il arrivait que le grand-père, ou la mère, le lui dît, par gronderie, elle ne faisait qu'en rire: elle ne le croyait pas, ou n'y attachait aucune importance; et eux, pas davantage. Tant d'autres, aussi laides et plus, avaient trouvé qui les aimât! Les Allemands ont d'heureuses indulgences pour les imperfections physiques: ils peuvent ne pas les voir; ils peuvent même arriver à les embellir, par la vertu d'une imagination complaisante qui trouve des rapports inattendus entre toute figure et les plus illustres exemplaires de la beauté humaine. Il n'eût pas fallu beaucoup presser le vieux Euler, pour lui faire déclarer que sa petite-fille avait le nez de la Junon Ludovisi. Heureusement, il était trop grognon pour faire des compliments; et Rosa, indifférente à la forme de son nez, ne mettait d'amour-propre qu'à l'accomplissement, suivant les rites, des fameux devoirs du ménage. Elle avait accepté comme parole d'Évangile tout ce qu'on lui avait enseigné. Ne sortant guère de chez elle, elle avait peu de termes de comparaison, admirait naïvement les siens, et croyait ce qu'ils disaient. De nature expansive, confiante, facilement satisfaite, elle tâchait de se mettre au ton chagrin de la maison, et répétait docilement les réflexions pessimistes qu'elle entendait. Elle avait le cœur le plus dévoué, pensait toujours aux autres, cherchant à faire plaisir, partageant les soucis, devinant les désirs, ayant besoin d'aimer, sans idée de retour. Naturellement, les siens en abusaient, bien qu'ils fussent bons et qu'ils l'aimassent: on est toujours tenté d'abuser de l'amour de ceux qui vous sont tout livrés. On était si sûr de ses attentions qu'on ne lui en savait pas gré: quoi qu'elle fît, on attendait davantage. Puis, elle était maladroite; elle avait de la gaucherie, de la précipitation, des mouvements brusques et garçonniers, des expansions de tendresse qui amenaient des désastres. C'était un verre brisé, une carafe renversée, une porte brutalement fermée: toutes choses qui déchaînaient contre elle l'indignation de la maison. Constamment rabrouée, la petite s'en allait pleurer dans un coin. Ses larmes ne duraient guère. Elle reprenait son air riant et son caquet, sans ombre de rancune contre qui que ce fût.
L'arrivée de Christophe fut un événement considérable dans sa vie. Elle avait souvent entendu parler de lui. Christophe tenait une place dans les potins de la ville: c'était une manière de petite célébrité locale; son nom revenait souvent dans les entretiens de la famille Euler, surtout au temps où vivait encore le vieux Jean-Michel, qui, fier de son petit-fils, en allait chanter les louanges chez toutes ses connaissances. Rosa avait aperçu une ou deux fois au concert le jeune musicien. Quand elle apprit qu'il viendrait loger chez eux, elle battit des mains. Sévèrement semoncée de ce manque de tenue, elle devint confuse. Elle n'y voyait pas malice. Dans une vie aussi uniforme que la sienne, un hôte nouveau était une distraction inespérée. Elle passa les derniers jours avant son arrivée, dans une fièvre d'attente. Elle était dans les transes que la maison ne lui plût pas, et elle s'appliqua à rendre l'appartement avenant, autant qu'il était possible. Elle porta même, le matin de l'emménagement, un petit bouquet de fleurs sur la cheminée, comme souhait de bienvenue. Quant à elle, elle n'avait pris aucun soin pour paraître à son avantage; et le premier regard que lui jeta Christophe suffit à la lui faire juger laide et mal fagotée. Elle ne le jugea point de même, encore qu'elle aurait eu de bonnes raisons pour cela; car Christophe, exténué, affairé, mal soigné, était encore plus laid qu'à l'ordinaire. Mais Rosa, qui était incapable de penser le moindre mal de quiconque, Rosa, qui regardait son grand-père, son père et sa mère, comme parfaitement beaux, ne manqua pas de voir Christophe comme elle s'attendait à le voir, et l'admira de tout son cœur. Elle fut fort intimidée de l'avoir pour voisin à table; et malheureusement, sa timidité se traduisit par ce flot de paroles, qui lui aliéna du premier coup les sympathies de Christophe. Elle ne s'en aperçut pas, et cette première soirée resta dans son esprit un souvenir lumineux. Seule dans sa chambre après qu'ils furent remontés chez eux, elle entendait les pas des nouveaux hôtes marcher au-dessus de sa tête; et ce bruit résonnait joyeusement en elle: la maison lui semblait revivre.
Le lendemain, pour la première fois, elle se regarda dans la glace avec une attention inquiète; et, sans se rendre compte encore de l'étendue de son malheur, elle commença à le pressentir. Elle chercha à juger ses traits, un à un; mais elle n'y parvint pas. Elle avait de tristes appréhensions. Elle soupira profondément, et voulut introduire dans sa toilette quelques changements. Elle ne réussit qu'à s'enlaidir encore. Elle eut de plus la malencontreuse idée d'assommer Christophe de ses prévenances. Dans son désir naïf de voir constamment ses nouveaux amis et de leur rendre service, elle montait et descendait l'escalier à tout moment, leur apportant à chaque fois un objet inutile, s'obstinant à les aider, et toujours riant, causant, criant. Seule la voix impatiente de sa mère pouvait, en l'appelant, interrompre son zèle et ses discours. Christophe faisait grise mine: sans les bonnes résolutions qu'il avait prises, il eût éclaté vingt fois. Il tint bon deux jours; le troisième, il ferma sa porte à clef. Rosa frappa, appela, comprit, redescendit confuse, et ne recommença plus. Il expliqua, quand il la vit, qu'il était occupé à un travail pressant et ne pouvait se déranger. Elle s'excusa humblement. Elle ne pouvait se faire illusion sur l'insuccès de ses innocentes avances: elles allaient droit contre leur but, elles éloignaient Christophe. Il ne prenait plus la peine de cacher sa mauvaise humeur; il n'écoutait même plus quand elle parlait, et ne déguisait pas son impatience. Elle sentait que son bavardage l'irritait; et elle parvenait, à force de volonté, à garder le silence pendant une partie de la soirée; mais c'était plus fort qu'elle: elle recommençait tout à coup sa musique. Christophe la plantait là, au milieu d'une phrase. Elle ne lui en voulait pas. Elle s'en voulait à elle-même. Elle se jugeait bête, ennuyeuse, ridicule; ses défauts lui apparaissaient énormes, elle voulait les combattre; mais elle était découragée par l'échec de ses premières tentatives, elle se disait qu'elle ne pourrait jamais, qu'elle n'avait pas la force. Pourtant, elle essayait de nouveau.
Mais il y avait d'autres défauts contre lesquels elle ne pouvait rien: que faire contre sa laideur? Elle ne pouvait plus en douter. La certitude de son infortune lui était brusquement apparue, un jour qu'elle se regardait dans la glace: c'avait été un coup de foudre. Naturellement, elle s'exagérait encore le mal, elle voyait son nez dix fois plus gros qu'il n'était; il lui semblait occuper tout le visage; elle n'osait plus se montrer, elle aurait voulu mourir. Mais la jeunesse possède une telle force d'espoir que ces accès de découragement ne duraient point; elle se figurait ensuite qu'elle s'était trompée; elle cherchait à le croire, et elle en venait même, par instants, à trouver son nez très ordinaire, et presque assez bien fait. Son instinct lui fit alors chercher, mais bien maladroitement, quelques ruses enfantines, une façon de se coiffer qui dégageât moins le front et n'accusât pas autant les disproportions du visage. Elle n'y mettait pas de coquetterie; aucune pensée d'amour n'avait traversé son esprit, ou c'était à son insu. Elle demandait peu de chose: rien qu'un peu d'amitié; et ce peu, Christophe ne paraissait pas disposé à le lui accorder. Il semblait à Rosa qu'elle eût été parfaitement heureuse, s'il avait bien voulu seulement lui dire, quand ils se rencontraient, un bonjour, un bonsoir amical, avec bonté. Mais le regard de Christophe était si dur et si froid à l'ordinaire! Elle en était glacée. Il ne lui disait rien de désagréable; elle eût mieux aimé des reproches que ce cruel silence.
Un soir, Christophe était à son piano, et jouait. Il s'était installé dans une étroite pièce mansardée, tout en haut de la maison, afin d'être moins dérangé par le bruit. Rosa l'écoutait d'en bas, avec émotion. Elle aimait la musique, quoiqu'elle eût le goût mauvais, ne l'ayant jamais formé. Tant que sa mère était là, elle restait dans un coin de la chambre, penchée sur son ouvrage, et elle semblait absorbée dans son travail; mais son âme était attachée aux sons qui venaient de là-haut. Aussitôt que, par bonheur, Amalia sortait, pour une course dans le voisinage, Rosa se levait d'un bond, jetait l'ouvrage, et grimpait, le cœur battant, jusqu'au seuil de la mansarde. Elle retenait son souffle et appliquait son oreille contre la porte. Elle restait ainsi, jusqu'à ce qu'Amalia rentrât. Elle allait sur la pointe des pieds, prenant garde de ne faire aucun bruit; mais comme elle n'était pas très adroite, et, comme elle était toujours pressée, elle manquait souvent de dégringoler dans l'escalier; et une fois qu'elle écoutait, le corps penché en avant, la joue collée à la serrure, elle perdit l'équilibre et vint buter la porte avec son front. Elle fut si consternée qu'elle en perdit haleine. Le piano s'arrêta net: elle n'eut pas la force de se sauver. Elle se relevait, quand la porte s'ouvrit. Christophe la vit, lui jeta un regard furibond, puis, sans une parole, l'écarta brutalement, descendit avec colère, et sortit. Il ne revint que pour dîner, ne prêta aucune attention à ses regards désolés, qui imploraient un pardon, fit comme si elle n'existait point, et pendant plusieurs semaines il cessa complètement de jouer. Rosa en répandit d'abondantes larmes, en secret; personne ne s'en apercevait, personne ne faisait attention à elle. Elle priait Dieu ardemment pour quoi? Elle ne savait trop. Elle avait besoin de confier ses chagrins. Elle était sûre que Christophe la détestait.
Et malgré tout, elle espérait. Il suffisait que Christophe semblât lui témoigner quelques marques d'intérêt, qu'il parut écouter ce qu'elle disait, qu'il lui serrât la main plus amicalement que d'habitude...
Quelques mots imprudents des siens achevèrent de lancer son imagination sur une piste décevante.
Toute la famille était pleine de sympathie pour Christophe. Ce grand garçon de seize ans, sérieux et solitaire, qui avait une haute idée de ses devoirs, leur inspirait à tous une sorte de respect. Ses accès de mauvaise humeur, ses silences obstinés, son air sombre, ses manières brusques, n'étaient point faits pour étonner dans une maison comme celle-là. Même madame Vogel, qui regardait tout artiste comme un fainéant, n'osait pas lui reprocher, d'une façon agressive, comme elle en avait envie, les heures qu'il passait à bayer aux corneilles, le soir, à la fenêtre de sa mansarde, immobile, et penché sur la cour, jusqu'à ce que la nuit fût venue: car elle savait que, le reste du jour, il s'exténuait dans ses leçons; et elle le ménageait,—comme les autres,—pour une raison de derrière la tête, que personne ne disait, et que chacun savait.
Rosa avait saisi entre ses parents des regards échangés et des chuchotements mystérieux, quand elle causait avec Christophe. D'abord, elle n'y prit pas garde. Puis elle en fut intriguée et émue; elle brûlait de savoir ce qu'ils disaient, mais elle n'eût pas osé le demander.
Un soir qu'elle était montée sur un banc du jardin, afin de dénouer la corde tendue entre deux arbres pour faire sécher le linge, elle s'appuya, pour sauter à terre, sur l'épaule de Christophe. Juste à ce moment, son regard rencontra celui de son grand-père et de son père, qui étaient assis, fumant leur pipe, le dos appuyé au mur de la maison. Les deux hommes échangèrent un clin d'œil; et Justus Euler dit à Vogel:
—Ça fera un joli couple.
「クリストフさん、帰らなけりゃいけません。」とレオンハルトは言った。
「悪魔にでも行っちまえ!」とクリストフは激しく叫んだ。
「え、クリストフさん、僕が何かしましたか?」とレオンハルトはびっくりしてこわごわ尋ねた。
クリストフは正気に返った。
「そうだ、君の言うのはもっともだよ。」と彼はずっと穏かな調子で言った。「僕は自分でわからずに言ったんだ。神に行くがいい、神に行くがいい!」
彼は一人そこに残った。心は荒廃の極に達していた。
「嗚呼、嗚呼!」と彼は両手を握りしめ、真暗な空の方を熱心にふり仰いで叫んだ。「もう信じないのは、どうしたことなのか。もう信ずることができないのは、どうしたことなのか。自分のうちに何か起こったのか?」
彼の信仰の破滅と、さっきレオンハルトとかわした会話との間には、あまりに大なる懸隔があった。彼の精神的決意のうちに近ごろ起こっていた動揺の原因は、アマリアの煩わしさや家主一家の者のおかしな様子などではなかったのと同じく、彼の信仰破滅の原因は、レオンハルトとの会話でないことは明らかだった。そういうのは口実にすぎなかった。惑乱は外部から来たのではなかった。惑乱は彼のうちにあった。見知らぬ怪物が心のうちに動き回ってるのを、彼は感じていた。そして自分の思想を内省して、自分の悪を真正面に見るだけの勇気がなかった。……悪? それは一つの悪だろうか? 倦怠、陶酔、快い苦悶が、彼のうちにしみ込んでいた。もはや自分が自分のものではなかった。昨日まで信じていた堅忍主義のうちに堅く閉じこもろうとしても、駄目であった。すべてが一挙に動揺した。彼はにわかに感じた、燃ゆるような野蛮な際限ない広い世界を……神よりも広大である世界を!……
そういうのは一瞬間のことにすぎなかった。しかし彼のこれまでの生活の均衡は、そのために以後はすっかり破られてしまった。
全家族のうちで、クリストフがなんらの注意をも払わなかった者は、ただ一人きりだった。それは娘のローザだった。彼女は少しも美しくなかった。そしてクリストフは、自分ではなかなか美しいどころではなかったが、他人の容貌については非常にやかましかった。彼は青年の落ちつき払った残忍さをもっていて、女がもし醜い時には――少なくとも、人に愛情を起こさせるべき年齢を過ぎていず、真面目な穏かなほとんど宗教的な感情をもつまでに達していない時には、そういう醜い女は、彼にとっては存在しないも同じだった。そのうえローザは、怜悧でないでもなかったが、これといって特別の才能をそなえてはいなかった。そしてまた、クリストフを逃げ回らせるほどの饒舌な習慣で毒されていた。それでクリストフは、彼女のうちになんにも知るに足るべきものはないと判断して、あえて知ろうともしなかった。たかだか彼女の方へちょっと眼を向けるくらいのことだった。
けれども彼女は、多くの若い娘たちよりもましであった。クリストフがあれほど愛したミンナよりも確かにまさっていた。媚態もなく虚栄心もない善良な少女で、クリストフがやって来たころまでは、自分が醜いということに気づきもせず、それを気にしてもいなかった。なぜなら、周囲の人たちも彼女の不器量を気にしていなかったから。祖父や母が、しかる時にそれを言いたてることがあっても、彼女はただ笑うばかりだった。彼女はそれを信じていなかったし、あるいはそれを大したことだとも思っていなかった。そして祖父や母の方も同じだった。彼女と同じくらいに醜い女やもっと醜い多くの女も、自分を愛してくれる男を見出していたではないか! ドイツ人は、肉体上の欠点にたいしては幸福な寛容さをもっている。彼らはそれを見ないでいられる。あらゆる顔だちと人間美の最も有名な模範的顔だちとの間に、意外な関係を発見するところの勝手な想像力によって、欠点を美化することさえもできる。オイレル老人をして、自分の孫娘はリュドヴィジのジュノーに似た鼻をもってると断言させるには、彼に多く説きたてるの要はなかったろう。ただ幸いにも、彼はきわめて小言家でお世辞を言わなかったまでである。そしてローザも、自分の鼻の格好には無頓着で、素敵な家庭的義務を典例に従って履行することばかりを、自ら誇りとしていた。人から教え込まれるすべてのことを、福音書の言葉のように受けいれていた。家から出かけることはほとんどなかったので、比較の対象をあまりもたなかったし、家の者たちを率直に感嘆し、彼らの言うことを信じきっていた。腹蔵のない信頼的な満足しやすい性質だったから、家の中の憂鬱な気分に調子を合わせようとつとめ、耳にする悲観的な言葉を従順にくり返していた。彼女は最も献身的な心をもっていて、常に他人のことを考えて、他人を喜ばせようとつとめ、他人の心配を分ち取り、その欲望を推察し、ただ愛したがっていて、報酬を求むる念はなかった。家の者たちは、皆善人ではあり彼女を愛してはいたが、自然に彼女のそういう性質につけ込んでいた。人は常に、自分に身をささげてる者の愛情を濫用しがちなものである。家の者たちは彼女の世話を信じきっていたから、それを彼女に少しもありがたいと思わなかった。彼女から何をしてもらっても、さらにそれ以上を期待した。彼女は無器用だった。疎忽であり、性急であり、唐突なお転婆な動作をし、むやみに愛情に駆られ、いつも家の中の災難となった。コップをこわし、水差をひっくり返し、扉を激しく閉め、あらゆることで家じゅうの怒りを招いた。たえずひどい目にあって、片隅へ行っては泣いた。しかしその涙はすぐにやんだ。彼女はまたにこにこした様子になり、おしゃべりを始め、だれにたいしても恨みの影さえいだいていなかった。
クリストフの到来は、彼女の生活じゅうの大事件であった。彼の噂はしばしば聞いていた。クリストフは町の世間話の中に一地位を占めていた。そういうことは、地方の小さな評判の一形式であった。彼の名前は、オイレル家の話の中にもしばしば出てきた。ことにジャン・ミシェル老人がまだ生きてたうちはそうだった。老人は自分の孫を自慢にして、知人の家を回り歩いてはほめたてていた。ローザはまた一、二度、その若い音楽家を音楽会で見たことがあった。彼が自分の家に来て住むことを知ると、彼女は手をたたいた。その不謹慎な態度をきびしくしかられて、まったく当惑した。別に悪いことだとは思っていなかった。彼女のような平板な生活をしていると、新しい借家人が来ることは望外の気晴しだった。いよいよクリストフがやって来るという数日の間、彼女は待ち焦れて苛ら苛らしていた。家が彼の気に入らなくはないだろうかと心配して、できるだけ彼の部屋をきれいにしようと骨折った。移転の朝になると、歓迎のしるしとして、暖炉の上に小さな花束をもって来さえした。けれども自分の身については、見栄をよくしようとは少しも気を配らなかった。クリストフは最初にちらりと見ただけで、醜い無様な娘だと判断してしまった。彼女の方では彼にそのような判断は下さなかった。だがむしろそのような判断を下すべき理由は十分あったに違いない。なぜならクリストフは、疲れはて、忙しく働き、服装にも注意しないでいて、平素よりいっそう醜くなっていたから。しかしだれのことをも少しも悪く思えないローザは、自分の祖父や父や母を完全にきれいだと見なしていたローザは、予期どおりの姿でクリストフを見てしまって、心から彼に感嘆した。食卓で彼の隣にすわると、非常に気恥ずかしかった。そして不幸にも、その気恥ずかしさは饒舌となって現われた。そのためにクリストフの同情は一挙にぶちこわされた。彼女はそれに気づかないで、その第一夜は、輝かしい思い出となって頭に残った。新しく来た借家人たちがその部屋へ上った後、彼女は自分の室にただ一人で、彼らの歩き回る足音を頭の上に聞いた。その足音は彼女のうちに愉快な響きを伝えた。家じゅうが蘇ったように思われた。
翌日、彼女は初めて、不安げに注意しながら自分の姿を鏡に映してみた。そして自分の不幸の大いさをまだはっきり知りはしなかったが、それでも不幸を予感し始めた。自分の顔だちを一々判断しようとつとめたが、どうもうまく分らなかった。悲しい懸念にとらえられた。深い溜息をついて、装いを少し変えてみた。それでもますます醜くなるばかりだった。そのうえ生憎な考えをいだいて、種々な世話でクリストフをうるさがらした。新しい知人たちにたえず会い、用をしてやろうという、単純な希望に駆られて、始終階段を上り降りし、そのたびごとに不用な品物をもって来、しつこく手伝いをしたがり、そして常に笑いしゃべり叫んでいた。ただ母親の苛立った声に呼び立てられる時だけ、彼女はその熱心と話とを中止した。クリストフは厭な顔つきをしていた。もしつとめて我慢しなかったら、幾度となく癇癪を起こすところだった。彼は二日間辛抱した。三日目には扉に錠をおろした。ローザは扉をたたき、呼び声をたて、それと悟り、当惑して降りてゆき、そしてもう二度と始めなかった。彼は彼女に会った時、急ぎの仕事にとりかかっていて隙がないのだと説明した。彼女はつつましく詫びを述べた。彼女は自分の無邪気なやり口の不成功をみずからごまかすことができなかった。それは目的とはまったく背馳していて、かえってクリストフを遠ざけていた。クリストフはもはやその不機嫌さを隠そうとしなかった。彼女が口をきいてる時に耳を貸そうともせず、我慢しきれない様子を隠しもしなかった。彼女は自分の饒舌が彼を苛立たせてるのを感じた。そしてつとめて晩は少しの間黙ってることができた。しかし彼女の力には及ばなかった。またもやにわかにさえずりだした。クリストフはその話の中途で、彼女を置きざりにして出て行った。彼女はそれを彼に恨まなかった。自分自身を恨めしく思った。自分は馬鹿で面白くない滑稽な者だと判断した。あらゆる欠点が非常に大きく思われて、それを押し伏せたかった。しかし最初の試みに失敗してから勇気がくじけ、どうしても成功すまいと考え、それだけの力がないと考えた。それでもふたたびつとめてみた。
しかし彼女は、自分でどうにもできない欠点をもっていた。容貌の醜さにたいして施す術があろうか? 彼女はもはやそれを疑い得なかった。ある日鏡で自分の顔を見てると、自分の不運の確実さが突然分ってきた。それは雷に打たれたようなものだった。もとより彼女は悪い点をもなお誇張して考え、自分の鼻を実際よりは十倍も大きく見た。鼻が顔全体を占めてるかと思った。もう人前に顔出しもしかねた。死にたいほどだった。しかし青春は非常な希望の力をもってるもので、そういう落胆の発作は長くつづきはしない。彼女はそのあとで、思い違いをしたのだと想像した。その想像をほんとうだと信じようとつとめ、そして時には、自分の鼻はまったく人並でかなり格好もよいと、思うまでになった。すると彼女は本能から、ある子供らしい策略を、あまり額を現わさず顔の不均衡をさまで見せつけないような髪の結い方を、しかもきわめて無器用に思いついた。それには少しも嬌態を装う考えは交っていなかった。浮気心は少しも頭に浮かんでいなかったし、もし浮かんだにしろそれは知らず知らずにであった。彼女の求めるところはわずかなものだった。少しの友情きりだった。そしてその少しのものをも、クリストフは彼女に与えたく思っていないらしかった。二人が顔を合せる時、今日はとか今晩はとかいう親しい言葉を、彼が親切にかけてやりさえしたら、ローザはどんなにか幸福に思ったろう。しかしクリストフの眼つきは、平素からいかにもきびしく冷やかだった。彼女はそれにぞっとした。彼は彼女に何にも不愉快なことさえ言わなかった。彼女はそういう残忍な沈黙よりも、叱責の方をまだ好んだであろう。
夕方、クリストフはピアノについて演奏した。なるべく物音に煩わされないように、家の一番上の狭い屋根裏の室にこもっていた。ローザは下から、それを聴いて感動した。彼女は少しも教養のない粗悪な趣味をもってはいたが、音楽を好んでいた。彼女は母がそばにいる間は、室の片隅にとどまって、仕事の上にかがみ込み、それに夢中になってるらしかった。しかし彼女の魂は、上から響いてくる音律に引きつけられていた。幸いにも、アマリアが近所に用があって出かけると、ローザはすぐに飛び上り、仕事を投げすて、心を踊らせながら、屋根室の入口まで上っていった。息を凝らして、扉に耳をあてがった。そのままじっとしていたが、ついにアマリアがもどってきた。彼女は音をたてまいと用心しながら、爪先立って降りていった。しかしきわめて無器用だったし、いつも急いでいたので、階段から転げ落ちそうになることがたびたびだった。それからある時は、身体を前方につき出し、頬を錠前にくっつけて、耳を傾けていると、平均を取り失って、額を扉にぶっつけた。彼女は非常にあわてて息を切らした。ピアノの音はぴたりと止った。彼女は逃げ出すだけの力もなかった。ようやく立上ると、扉が開いた。クリストフは彼女の姿を見、怒気を含んだ一瞥を投げて、それから、なんとも言わずに荒々しくそばを離れ、怒って降りてゆき、外に飛び出した。食事の時になってもどって来たが、許しを願ってる彼女の悲しい眼つきにはなんらの注意も払わず、あたかも彼女がそこにいないかのようなふうをした。そして数週間、彼はまったく演奏をやめた。ローザは人知れずしきりに涙を流した。だれもそれに気づかなかった。だれも彼女に注意を向けていなかった。彼女は熱心に神に祈った。……なんのために? それは彼女にもよくわからなかった。ただ自分の悲しみをうち明けたかった。彼女はクリストフにきらわれてると信じていた。それでもやはり、彼女は希望をつないでいた。クリストフが多少の同情を示す様子を見せてやり、彼女の言葉に耳を傾けるふうをしてやり、いつもより少し親しく握手してやったら、それで十分だったのであるが……。
しかるに、家の者らの不謹慎な数語を聞くと、彼女はあられもない方面へ想像を走らしてしまった。
家じゅうの者は皆クリストフに同情を寄せていた。真面目で孤独で、自分の義務にたいしてりっぱな考えをいだいている、十六歳のえらい少年は、皆に一種の尊敬の念を起こさした。彼の発作的な不機嫌や、執拗な沈黙や、陰気な様子や、乱暴な振舞などは、このような家にあっては少しも人を驚かすものではなかった。また彼が、夕方幾時間もぼんやりして、屋根室の窓ぎわにもたれ、中庭をのぞき込み、夜になるまでじっとしていても、芸術家というものは皆のらくら者だと考えてるフォーゲル夫人でさえ、思う存分に攻勢的なやり方では、それを彼にとがめ得なかった。なぜなら、彼がその他の時間は稽古を授けるのに身を疲らしてることを、彼女はよく知っていたから。そしてだれも口には言わないがだれも皆知っている、あるひそかな考えから、彼女は彼を――皆もそうだったが――いたわっていた。
ローザは、クリストフと話してる時に、親たちが眼を見合したり意味ありげな囁きをかわしたりするのに気がついた。初め彼女はそれに気を留めなかった。それから気にかかって心ひかれた。彼らの言ってることが知りたくてたまらなかった。しかしあえて尋ねることもしかねた。
ある夕方彼女は、洗濯物をかわかすため木の間に張ってある綱を解くために、庭の腰掛に上っていたが、クリストフの肩につかまって地面に飛び降りようとした。ちょうどその時、彼女の眼は祖父と父との眼に出会った。彼らは家の壁に背中をつけて、パイプを吹かしながら腰掛けていた。彼らはたがいに眼配せをし合った。そしてユスツス・オイレルはフォーゲルに言った。
「似合いの夫婦になるだろう。」
Sur un coup de coude de Vogel, qui remarquait que la fillette écoutait, il couvrit sa réflexion, fort habilement,—(il le pensait du moins),—d'un «hum! hum!» retentissant, fait pour attirer l'attention à vingt pas à la ronde. Christophe, qui lui tournait le dos, ne s'aperçut de rien; mais Rosa en fut si bouleversée qu'elle oublia qu'elle sautait, et se tordit le pied. Elle fût tombée, si Christophe ne l'avait retenue, pestant tout bas contre l'éternelle maladroite. Elle s'était fait très mal: mais elle n'en montra rien, elle y songeait à peine, elle songeait à ce qu'elle venait d'entendre. Elle s'en fut vers sa chambre; chaque pas lui était une douleur, elle se raidissait, pour qu'on ne s'en aperçût pas. Elle était inondée d'un trouble délicieux. Elle se laissa tomber sur la chaise au pied de son lit, et se cacha la figure dans les couvertures. Sa figure la brûlait; elle avait les larmes aux yeux, et elle riait. Elle avait honte, elle aurait voulu se cacher au fond de la terre, elle ne parvenait pas à fixer ses idées; ses tempes battaient, sa cheville lui causait des élancements aigus, elle était dans un état de torpeur et de fièvre. Elle entendait vaguement les bruits du dehors, les cris des enfants qui jouaient dans la rue; et les mots du grand-père résonnaient à son oreille; elle riait tout bas, elle rougissait, le visage enfoui dans l'édredon, elle priait, elle remerciait, elle désirait, elle craignait,—elle aimait.
Sa mère l'appela. Elle essaya de se lever. Au premier pas, elle éprouva une douleur si intolérable qu'elle faillit avoir une syncope; la tête lui tournait. Elle crut qu'elle allait mourir, elle aurait voulu mourir, et, en même temps, elle voulait vivre de toutes les forces de son être, vivre pour le bonheur promis. Sa mère vint enfin, et toute la maison fut bientôt en émoi. Grondée suivant l'habitude, pansée, couchée, elle s'engourdissait dans le bourdonnement de sa douleur physique et de sa joie intérieure. Douce nuit... Les moindres souvenirs de cette chère veillée lui restèrent sacrés. Elle ne pensait pas à Christophe, elle ne savait pas ce qu'elle pensait. Elle était heureuse.
Le lendemain, Christophe, qui se croyait un peu responsable de l'accident, vint prendre de ses nouvelles; et, pour la première lois, il lui témoigna une apparence d'affection. Elle en fut pénétrée de reconnaissance, elle bénit son mal. Elle eût souhaité de souffrir, toute sa vie, pour avoir, toute sa vie, une telle joie.—Elle dut rester étendue plusieurs jours, sans bouger; elle les passa à ressasser les paroles du grand-père, et à les discuter: car le doute était venu. Avait-il dit:
—Cela fera...
Ou bien:
—Cela ferait...?
Mais était-il même possible qu'il eût rien dit de semblable?—Oui, il l'avait bien dit, elle en était certaine... Quoi! Ils ne voyaient donc pas qu'elle était laide, et que Christophe ne pouvait la souffrir?... Mais il était si bon d'espérer! Elle en arrivait à croire qu'elle s'était peut-être trompée, qu'elle n'était pas aussi laide qu'elle croyait; elle se soulevait sur sa chaise pour tâcher de se voir dans la glace accrochée en face: elle ne savait plus que penser. Après tout, son grand-père et son père étaient meilleurs juges: on ne peut se juger soi-même... Mon Dieu! si c'était possible!... Si, par hasard... si, sans qu'elle s'en doutât, si... si elle était jolie!... Peut-être s'exagérait-elle aussi les sentiments peu sympathiques de Christophe. Sans doute, l'indifférent garçon, après les marques d'intérêt qu'il lui avait données, au lendemain de l'accident, ne s'inquiétait plus d'elle; il oubliait de prendre de ses nouvelles; mais Rosa l'excusait: il était préoccupé de tant de choses! comment eût-il pensé à elle? On ne doit pas juger un artiste, comme les autres hommes.
Pourtant, si résignée qu'elle fût, elle ne pouvait s'empêcher d'attendre, avec un battement de cœur, quand il passait près d'elle, une parole de sympathie. Un seul mot, un regard...: son imagination faisait le reste. Les commencements de l'amour ont besoin de si peu d'aliment! C'est assez de se voir, de se frôler en passant; une telle force de rêve ruisselle de l'âme à ces moments qu'elle peut presque suffire à créer son amour; un rien la plonge dans des extases, qu'à peine retrouvera-t-elle plus tard, quand, devenue plus exigeante, à mesure qu'elle est plus satisfaite, elle possède enfin l'objet de son désir.—Rosa vivait tout entière, sans que personne en sût rien, dans un roman forgé par elle de toutes pièces: Christophe l'aimait en secret et n'osait le lui dire, par timidité, ou pour quelque inepte raison, romanesque et romantique, qui plaisait à l'imagination de cette petite oie sentimentale. Elle bâtissait là-dessus des histoires sans fin, d'une absurdité parfaite: elle le savait elle-même, mais ne voulait pas le savoir; elle se mentait voluptueusement, pendant des jours, des jours, penchée sur son ouvrage. Elle en oubliait de parler: tout son flot de paroles était rentré en elle, comme un fleuve disparu subitement sous la terre. Mais là, il prenait sa revanche. Quelle débauche de discours, de conversations muettes! Parfois on voyait ses lèvres remuer, comme chez ceux qui ont besoin, quand ils lisent, d'épeler tout bas les syllabes, afin de les comprendre.
Au sortir de ces rêves, elle était heureuse et triste. Elle savait que les choses n'étaient pas comme elle venait de se les raconter; mais il lui en restait un reflet de bonheur, et elle se remettait à vivre avec plus de confiance. Elle ne désespérait pas de gagner Christophe.
Sans se l'avouer, elle entreprit sa conquête. Avec la sûreté d'instinct que donne une grande affection, la fillette maladroite sut trouver, du premier coup, le chemin par où elle pouvait atteindre au cœur de son ami. Elle ne s'adressa pas directement à lui. Mais, dès qu'elle fut guérie et qu'elle put de nouveau circuler à travers la maison, elle se rapprocha de Louisa. Le moindre prétexte lui était bon. Elle trouvait mille petits services à lui rendre. Quand elle sortait, elle ne manquait jamais de se charger de ses commissions; elle lui épargnait les courses au marché, les discussions avec les fournisseurs, elle allait lui chercher l'eau à la pompe de la cour, elle faisait même une partie de son ménage, elle lavait les carreaux, elle frottait le parquet, malgré les protestations de Louisa, confuse de ne pas faire seule sa tâche, mais si lasse qu'elle n'avait pas la force de s'opposer à ce qu'on lui vînt en aide. Christophe restait absent tout le jour. Louisa se sentait abandonnée, et la compagnie de la fillette affectueuse et bruyante lui faisait du bien. Rosa s'installait chez elle. Elle apportait son ouvrage, et elles se mettaient à causer. La fillette, avec des ruses gauches, cherchait à amener la conversation sur Christophe. D'entendre parler de lui, d'entendre seulement son nom, la rendait heureuse; ses mains tremblaient, elle évitait de lever les yeux. Louisa, ravie de parler de son cher Christophe, racontait de petites histoires d'enfance, insignifiantes et un tantinet ridicules; mais il n'était pas à craindre que Rosa les jugeât ainsi: ce lui était une joie et un émoi indicibles, de se représenter Christophe petit enfant et faisant les sottises ou les gentillesses de cet âge; la tendresse maternelle qui est dans le cœur de toute femme se mêlait délicieusement en elle à l'autre tendresse; elle riait de bon cœur, et elle avait les yeux humides. Louisa était attendrie de l'intérêt que Rosa lui témoignait. Elle devinait ce qui se passait dans le cœur de la fillette, et elle n'en montrait rien; mais elle s'en réjouissait: car, seule de la maison, elle savait ce que valait ce cœur. Parfois, elle s'arrêtait de parler, pour la regarder. Rosa, étonnée du silence, levait les yeux de son ouvrage. Louisa lui souriait. Rosa se jetait dans ses bras, avec une brusquerie passionnée, elle cachait sa figure dans le sein de Louisa. Puis, elles se remettaient à travailler et à causer, comme avant.
Le soir, lorsque Christophe rentrait, Louisa, reconnaissante des attentions de Rosa et poursuivant le petit plan qu'elle avait formé, ne tarissait pas en éloges de sa jeune voisine. Christophe était touché de la bonté de Rosa. Il voyait le bien qu'elle faisait à sa mère, dont la figure redevenait plus sereine; et il la remerciait avec effusion. Rosa balbutiait, et se sauvait pour cacher son trouble: elle paraissait mille fois plus intelligente ainsi et plus sympathique à Christophe que si elle lui avait parlé. Il la regarda d'un œil moins prévenu, et il ne cacha point sa surprise de découvrir en elle des qualités qu'il n'eût pas soupçonnées. Rosa s'en apercevait; elle remarquait les progrès de sa sympathie, et pensait que cette sympathie s'acheminait vers l'amour. Elle s'abandonnait plus que jamais à ses rêves. Elle était près de croire, avec la belle présomption de l'adolescence, que ce qu'on désire de tout son être finit par s'accomplir.—D'ailleurs, qu'y avait-il de déraisonnable dans son désir? Christophe n'eût-il pas dû être plus sensible qu'un autre à sa bonté, au besoin affectueux qu'elle avait de se dévouer?
Mais Christophe ne songeait pas à elle. Il l'estimait. Elle ne tenait aucune place dans sa pensée. Il avait de bien autres préoccupations en ce moment! Christophe n'était plus Christophe. Il ne se reconnaissait plus. Un travail formidable s'accomplissait en lui, bouleversait jusqu'au fond de son être.
Christophe sentait une lassitude et une inquiétude extrêmes. Il était brisé sans cause, la tête lourde, les yeux, les oreilles, tous les sens ivres et bourdonnants. Impossible de fixer son esprit nulle part. L'esprit sautait d'objet en objet, dans une fièvre épuisante. Ce papillotement d'images lui donnait le vertige. Il l'attribua d'abord à un excès de fatigue et à l'énervement des jours de printemps. Mais le printemps passait, et son mal ne faisait que croître.
C'était ce que les poètes, qui ne touchent aux choses que d'une main élégante, nomment l'inquiétude de l'adolescence, le trouble de Chérubin, l'éveil du désir amoureux dans la chair et le cœur juvéniles. Comme si l'effroyable crise de l'être qui craque, et meurt, et renaît de toutes parts, comme si ce cataclysme, où tout: la foi, la pensée, l'action, la vie entière, semble près de s'anéantir et se reforge dans les convulsions de la douleur et de la joie, se réduisait à une niaiserie d'enfant!
Tout son corps et son âme fermentaient. Il les considérait, sans force pour lutter, avec un mélange de curiosité et de dégoût. Il ne comprenait point ce qui se passait en lui. Son être se désagrégeait. Il passait les journées dans des torpeurs accablantes. Ce lui était une torture de travailler. La nuit, il avait des sommeils pesants et hachés, des rêves monstrueux, des poussées de désirs: une âme de bête se ruait en lui. Brûlant, trempé de sueur, il se regardait avec horreur; il tâchait de secouer les pensées immondes et démentes, et il se demandait s'il devenait fou.
Le jour ne le mettait pas à l'abri de ces pensées de brute. Dans ces bas-fonds de l'âme, il se sentait couler: rien à quoi se retenir; nulle barrière à opposer au chaos. Toutes ses armures, toutes ces forteresses dont le quadruple rempart l'entourait fièrement: son Dieu, son art, son orgueil, sa foi morale, tout s'écroulait, se détachait, pièce à pièce. Il se voyait nu, lié, couché, sans pouvoir faire un mouvement, comme un cadavre sur qui grouille la vermine. Il avait des sursauts de révolte: qu'était devenue sa volonté? Il l'appelait en vain: tels les efforts qu'on fait dans le sommeil, lorsqu'on sait que l'on rêve, et qu'on veut s'éveiller. On ne réussit qu'à rouler de rêve en rêve, comme une masse de plomb. À la fin, il trouvait moins pénible de ne pas lutter. Il en prenait son parti avec un fatalisme apathique.
Le flot régulier de sa vie semblait interrompu. Tantôt il s'infiltrait dans des crevasses souterraines; tantôt il rejaillissait avec une violence saccadée. La chaîne des jours était brisée. Au milieu de la plaine unie des heures s'ouvraient des trous béants, où l'être s'engouffrait. Christophe assistait à ce spectacle, comme s'il lui était étranger. Tout et tous,—et lui-même,—lui devenaient étrangers. Il continuait d'aller à ses affaires, il accomplissait sa tâche d'une façon automatique; il lui semblait que la mécanique de sa vie allait s'arrêter d'un instant à l'autre: les rouages étaient faussés. À table avec sa mère et ses hôtes, à l'orchestre, au milieu des musiciens et du public, soudain se creusait un vide dans son cerveau: il regardait avec stupeur les figures grimaçantes qui l'entouraient; et il ne comprenait plus. Il se demandait:
—Quel rapport y a-t-il entre ces êtres et...?
Il n'osait même pas dire:
—... et moi.
ところが、娘が聞いてるのを認めたフォーゲルに肱でつっ突かれたので、彼はかなり遠くまで聞えるように大声で「へむ! へむ!」と言って、ごく巧みに――(と少なくとも彼は考えたが)――前の言葉をごまかしてしまった。クリストフは背を向けていたから、何にも気づかなかった。しかしローザは心が転倒して、飛び降りかかってるのを忘れ、足をくじいた。もしクリストフが、相変らずの無器用さを小声でののしりながらも、つかまえてやらなかったら、彼女はころんでたかも知れなかった。彼女はひどく足を痛めたが、少しもそんな様子は見せず、ほとんどそれを気にもせず、今聞いたことばかりを考えていた。彼女は自分の室へ逃げていった。一歩を運ぶのも苦しかったが、人に気づかれまいとして気を張りつめた。彼女はうれしい胸騒ぎに満たされていた。寝床のそばの椅子に身を落として、蒲団の中に顔を隠した。顔は燃えるようだった。眼には涙を浮かべながら笑っていた。恥ずかしかった。穴にでもはいりたかった。考えをまとめることができなかった。顳
がぴんぴんして、踝が激しく痛み、失神し発熱してるような状態だった。ぼんやり外の物音を聞き、往来で遊んでる子供の叫び声を聞いていた。そして祖父の言葉がまだ耳に響いていた。彼女は低く笑い、真赤になり、顔を羽蒲団に埋め、祈り、感謝し、欲求し、気づかい――恋していた。
彼女は母に呼ばれた。立上ろうとした。一歩踏み出すと、堪えがたい苦痛を感じて、卒倒しそうだった。眩暈がしていた。死ぬのではないかと思った。死んでしまいたかった。と同時に、全身の力をあげて生きたく、前途に見えてる幸福のために生きたかった。ついに母がやって来た。やがて家じゅうの者が心痛しだした。彼女は例のとおりしかられ、包帯をされ、寝かされ、肉体の苦痛と内心の喜びとに浮かされて惘然となった。楽しき夜……そのなつかしい一夜の些細な思い出まで皆、彼女には聖められたものとなった。彼女はクリストフのことを考えてはいなかった。何を考えてるかみずから知らなかった。幸福であった。
クリストフはその出来事に多少責任があると思ったので、翌日、容態を尋ねに来た。そして初めてやさしい様子を彼女に示した。彼女はしみじみとそれを感謝し、怪我をありがたがった。生涯そんな喜びが得らるるなら、生涯苦しんでもいいと希った。――彼女は身動きもしないで数日間寝ていなければならなかった。その間祖父の言葉をくり返し、それを考え回して過した。なぜなら疑問が出て来たから。
「……になるだろう、」と祖父は言ったのかしら?
「……になれるだろうが、」と言ったのかしら?
あるいはまたそんなことは何にも言わなかったのかもしれない。――いや、祖父は確かに言った。
彼女はそれに確信があった。……では彼らは、彼女が醜いことを、クリストフが彼女に我慢しかねてることを、知らなかったのか?……しかし希望をかけるのはうれしいことだった。おそらく自分が思い違いしたんだろう、自分で思ってるほど醜くはないんだろうと、彼女は信ずるにいたった。彼女は椅子の上に身を起こして、正面にかかってる鏡を見てみた。もうどう考えていいかわからなかった。要するに、祖父と父とは彼女よりもすぐれた批判者だった。自分のことは自分で批判できないものだ。……ああ、もしそうだったら……もしかして……自分でも気がつかずに……もしきれいだったとしたら!……またおそらく、クリストフの素気ない感情を誇張して考えてるのかもしれなかった。だがもちろん、その冷淡な少年は、事変の翌日、同情の様子を彼女に示したあとは、もはや彼女のことを気にかけなかった。容態を見に行くことも忘れた。しかしローザは彼を許してやった。彼は種々なことに忙しいのだ。どうしてこちらのことを考えられよう。芸術家を他の人々と同じように批判してはいけないのだ。
けれども、彼女はいかにあきらめても、彼がそばを通りかかると、心を踊らしながら同情の言葉を待たずにはいられなかった。ただ一言、ただ一瞥……その他のことは想像でこしらえ出せるのだった。恋の初めは、ごくわずかな養分をしか必要としない。たがいに顔を合せ、たがいにすれちがうだけで、十分である。そういうころには、ほとんど一人で恋愛を創り出すに足りるほどの空想力が、魂から流れだす。些細なことで魂は恍惚の境にはいってゆく。後にそういう恍惚さを魂がほとんど見出さなくなるのは、次第に満足してゆき、ついに欲求の対象を所有してゆくに従って、ますます要求深くなる時のことである。――だれもまったく気づかなかったが、ローザはいろんなものでみずからこしらえ上げた物語の中にばかり生きていた。クリストフは人知れず彼女を愛している、けれどあえてそれをうち明け得ないでいる、それは気恥ずかしいからであり、あるいはまた、この感傷的な馬鹿娘の想像に気に入るような、ある小説的な架空的な馬鹿げた理由からである。そういうことについて、彼女はまったく荒唐無稽なつきない話を作りだしていた。馬鹿な作り話だとは自分でも知っていたが、しかしそう認めたくなかった。幾日もの間、仕事の上にかがみ込みながら、みずから自分をだまかしては喜んでいた。そのためにしゃべることを忘れてしまった。彼女の言葉の波は彼女のうちに潜んでしまって、あたかも河が突然地面の下に流れ込んだようなものだった。しかしその補いはついていた。無言の話の、会話の、なんという耽溺だったろう! 時としては、書物を読む時その文字の意味を理解するために、一音一音口の中で言ってみなければ承知しない人のように、彼女の唇の動くのが見えることもあった。
そういう夢から覚めると、彼女はうれしくもありまた悲しくもあった。実際の事情は、今自分が心の中で語ったとおりではないことを、彼女はよく知っていた。しかし幸福の反映がまだ彼女のうちに残っていた。そして彼女はまたいっそう頼もしい心地で生活しだした。クリストフを得られないと絶望してはいなかった。
彼女はそれとはっきりした心でではなかったが、クリストフを得ようと企てた。この無器用な小娘は、強い愛情が与えてくれる確実な本能をもって、一挙に、友の心をとらえ得る道を見出すことができた。彼女は直接彼に向うことをしなかった。怪我がなおって、ふたたび家の中を駆け回れるようになると、彼女はルイザに近づいた。ごくわずかな口実ででもよかった。ちょっとした用をやたらに見つけてはルイザを助けてやった。出かける時には、かならず何か使いを頼ませた。代りに市場へ行ってやり、用達人らと談判してやり、中庭のポンプで水をくんできてやり、家庭内の仕事の一部まで引受けて、敷石を洗い床板をみがいてやった。ルイザが断ってもきかなかった。ルイザは自分一人で仕事をさしてもらえないのを当惑したが、しかし非常に疲れきっていて、助けに来てくれるのに反対するだけの力がなかった。クリストフは終日不在だった。ルイザは一人ぽっちの寂しさを感じていた。そしてこの親切な騒々しい娘といっしょにいるのは、彼女のためによかった。ローザは彼女の許に腰をすえてしまった。自分の仕事までもってきた。そして二人は話しだした。娘は下らない策をめぐらして、話をクリストフの上に向けようとつとめた。彼の噂をきくと、ただ彼の名前をきくだけでも、彼女はうれしくなった。両手は震え、眼をあげるのを避けた。ルイザはかわいいクリストフのことを話すのがうれしくて、彼が子供のおりのつまらない大しておかしくもない話を、いろいろ語ってきかした。しかしローザからつまらない話だと思われる心配はなかった。子供らしい馬鹿げたことやかわいらしいことをしてるクリストフの子供の姿を眼の前に描きだすことは、ローザにとっては得も言えぬ喜びであり感激であった。あらゆる女の心のうちにある母性的の愛情は、も一つの他の愛情と、彼女のうちで楽しく交り合った。彼女は心からうれしげに笑い、また眼をうるましていた。ルイザは彼女が示してくれる興味に心ひかれた。娘の心の中に起こってる事柄をそれとなく推察したが、それを様子には少しも現わさなかった。けれどそれを楽しみに思っていた。なぜなら、家じゅうで彼女ただ一人が、この娘の心の価値を知っていたから。時とすると、彼女は話をやめて、娘の顔をながめた。ローザはその無言にびっくりして、仕事から眼をあげた。ルイザは微笑みかけていた。ローザは突然情熱に駆られて彼女の腕の中に身を投げ、彼女の胸に顔を隠した。それからまた二人は、前のように仕事を始め話を始めた。
夕方、クリストフが帰ってくると、ルイザはローザの世話をありがたく思っており、また自分が立てているちょっとしたある計画に従って、いつもその隣の娘をほめたててやめなかった。クリストフはローザの親切に心を動かされた。彼女が母によく尽してくれたことを見てとった。母の顔はいつもより晴やかになっていた。彼は心をこめてローザに礼を言った。ローザは言葉を言いよどんで、胸騒ぎを隠すために逃げ出した。そういう彼女の方がしゃべりたてる彼女よりも、はるかに悧口ではるかに同情が寄せられるように、クリストフには思われた。彼は以前よりも偏見の少ない眼で彼女をながめた。そして思いもかけない美点を彼女のうちに見出した驚きを、少しも隠さなかった。ローザはそれに気づいた。彼女は彼の同情が増してきたのを認め、その同情は愛の方へ進んでいることと考えた。彼女はますます夢想にふけっていった。一身を挙げて願うことはついにはかならずかなうものだと、青春期の美しい推測で信じかけていた。――そのうえ、彼女の願いにはなんの不当な点があったろうか? 彼女の親切や身をささげたいとのやさしい要求にたいして、クリストフは他人よりもいっそう敏感なるべきはずではなかったろうか?
しかしクリストフは彼女のことを想ってはいなかった。彼は彼女を尊重してはいたが、しかし彼女は彼の頭の中になんらの地位をも占めていなかった。彼はそのころ、他の多くのことで頭を満たしていた。クリストフはもはや単なるクリストフではなかった。彼はもはや自分自身がわからなかった。恐るべき働きが彼のうちになされつつあって、彼の存在の根柢までもくつがえしかけていた。
クリストフは極度の倦怠と不安とを感じていた。訳もないのに気がくじけ、頭が重く、耳や目やすべての感覚が、酔ったようになってがんがん響いた。何物にも精神を集注することができなかった。精神はそれからそれへと飛び回って、疲憊しつくさんとする焦燥のうちに漂っていた。たえず形象が眼にちらついて、眩暈がしていた。彼は初めそれを、過度の疲労と春の日の憔悴とのせいにした。しかし春が過ぎても、不快は募るばかりだった。
それは、優雅な手でばかり事物に触れることをする詩人らが、青春期の不安、若い天使の悶え、年少の肉と心との中における愛欲の眼覚め、と名づける所のものであった。しかしそれはあたかも、各局部で亀裂し死滅しまた蘇る全存在のこの恐るべき危機を、あたかも、信仰も思想も行為も全生命もすべてが、苦悶と喜悦との痙攣の中で将に絶滅せられ鍛え直されんとしてるかと思われるこの大革命を、児戯に等しいものだと見なし得るかのような名づけ方である。
彼の身体も魂も発酵しきっていた。彼は好奇心と嫌悪の情との交り合った気持でそれをながめるだけで、それとたたかうだけの力はなかった。彼は自分のうちに何が起こってるか少しも了解しなかった。彼の全存在はばらばらになっていた。圧倒してくる懶さのうちに日々を過した。働くことは一つの苦痛となった。夜は、重苦しい切れ切れの眠りをし、恐ろしい夢をみ、欲望に駆られた。獣的な魂が彼のうちにあばれていた。熱く燃えたち、汗に浸って、彼はおのれを嫌忌の情でながめた。狂気じみた淫らな考えを振り落そうとつとめた。狂人になったのではないかしらとみずから尋ねてみた。
昼間もそういう獣的な考えからのがれることができなかった。魂のどん底に沈み込むような気がした。すがりつくべき何物もなかった。渾沌を防ぎとどむべきなんらの防壁もなかった。あらゆる武器は、彼の四方をおごそかにとり巻いていた城壁は、神も芸術も傲慢も道徳も、皆次々に崩壊してゆき、彼から剥離していった。裸体で、縛められ、寝かされ、身動きもできないでいる自分を、蛆虫のたかってる死骸のような自分を、彼は見出した。彼はむらむらと反発心を覚えた。自分の意志はどうなったのか? 彼はいたずらにそれを呼びかけるだけだった。夢みてると知りながら眼覚めようと欲する、睡眠中の努力にも似ていた。ただ鉛の塊のように夢から夢へと転がりゆくの外はなかった。ついには、争わない方がまだしも楽であることを知った。無感覚な宿命観をもって、彼は争うのをあきらめた。
規則的な生命の波が中断されたかのようだった。あるいは、その波は地下の裂け目に流れ込み、あるいは猛然とほとばしり出て来た。日々の連鎖が断たれてしまった。時間の平坦な野の中央に、ぽかりと多くの穴が口を開いて、その中に自分の全存在が埋没していった。クリストフはその光景を、自分に無関係なことのようにながめた。すべての物が、またすべての人が――そして彼自身も――彼には見知らぬもののようになっていた。彼はやはり仕事に出かけ務めを果したが、それも自働人形的だった。生命の機関がたえず今にも止るかと思われた。車輪の動きが狂っていた。母や家主一家の者といっしょに食卓についてる時にも、楽員らと聴衆との間で管弦楽団の席についてる時にも、突然彼の脳の中に空虚がうがたれた。彼は惘然として、あたりの渋め顔をながめた。そして訳がわからなかった。彼はみずから尋ねた。
「どんな関係があるのか、この人たちと……?」
彼はあえて言い得なかった、「私との間に?」とは。
Car il ne savait plus s'il existait. Il parlait, et sa voix lui semblait sortir d'un autre corps. Il se remuait, et il voyait ses gestes de loin, de haut,—du faîte d'une tour. Il se passait la main sur le front, l'air égaré. Il était près d'actes extravagants.
Surtout quand il était le plus en vue, quand il était tenu de se surveiller davantage. Par exemple, les soirs où il allait au château, ou quand il jouait en public. Il était pris subitement d'un besoin impérieux de faire quelque grimace, de dire une énormité, de tirer le nez au grand-duc, ou de flanquer son pied dans le derrière d'une dame. Il lutta, tout un soir, qu'il conduisait l'orchestre, contre l'envie insensée de se déshabiller en public; et, du moment qu'il entreprit de repousser cette idée, il en fut hanté; il lui fallut toute sa force pour n'y point céder. Au sortir de cette lutte imbécile, il était trempé de sueur, et le cerveau vidé. Il devenait vraiment fou. Il lui suffisait de penser qu'il ne fallait pas faire une chose, pour que cette chose s'imposât à lui, avec la ténacité affolante d'une idée fixe.
Ainsi sa vie se passait en une succession de forces démentes et de chutes dans le vide. Un vent furieux dans le désert. D'où venait ce souffle? Qu'était cette folie? De quel abîme sortaient ces désirs qui lui tordaient les membres et le cerveau? Il était comme un arc, qu'une main forcenée tend jusqu'à le briser,—vers quel but inconnu?—et qu'elle rejette ensuite, comme un morceau de bois mort. De qui était-il la proie? Il n'osait l'approfondir. Il se sentait vaincu, humilié, et il évitait de regarder en face sa défaite. Il était las et lâche. Il comprenait maintenant ces gens qu'il méprisait jadis: ceux qui ne veulent pas voir la vérité gênante. Dans ces heures de néant, quand le souvenir lui revenait du temps qui passait, du travail abandonné, de l'avenir perdu, il était glacé d'effroi. Mais il ne réagissait point; et sa lâcheté trouvait des excuses dans l'affirmation désespérée du néant; il goûtait une amère volupté à s'y abandonner, comme une épave au fil de l'eau. À quoi bon lutter? Il n'y avait rien, ni beau, ni bien, ni Dieu, ni vie, ni être d'aucune sorte. Dans la rue, quand il marchait, tout à coup la terre lui manquait; il n'y avait ni sol, ni air, ni lumière, ni lui-même: il n'y avait rien. Sa tête l'entraînait, le front en avant; à peine pouvait-il se retenir, au bord de la chute. Il pensait qu'il allait tomber, subitement, foudroyé. Il pensait qu'il était mort...
Christophe faisait peau neuve. Christophe faisait âme neuve. Et, voyant tomber l'âme usée et flétrie de son enfance. Il ne se doutait pas qu'il lui en poussait une nouvelle, plus jeune et plus puissante. Comme on change de corps, au courant de la vie, on change d'âme aussi; et la métamorphose ne s'accomplit pas toujours lentement, au fil des jours: il est des heures de crise, où tout se renouvelle d'un coup. L'ancienne dépouille tombe. Dans ces heures d'angoisse, l'être croit tout fini. Et tout va commencer. Une vie meurt. Une autre est déjà née.
Il était seul, dans sa chambre, une nuit, accoudé devant sa table, à la lueur d'une bougie. Il tournait le dos à la fenêtre. Il ne travaillait pas. Depuis des semaines il ne pouvait travailler. Tout tourbillonnait dans sa tête. Il avait tout remis en question à la fois: religion, morale, art, toute la vie. Et dans cette dissolution universelle de sa pensée, nul ordre, nulle méthode; il s'était jeté sur un amas de lectures puisées au hasard dans la bibliothèque hétéroclite de grand-père, ou dans celle de Vogel: livres de théologie, de sciences, de philosophie, souvent dépareillés, où il ne comprenait rien, ayant tout à apprendre; il n'en pouvait finir aucun, et se perdait en des divagations, des flâneries sans fin, qui laissaient une lassitude, une tristesse mortelle.
Il s'absorbait, ce soir-là, dans une torpeur épuisante. Tout dormait dans la maison. Sa fenêtre était ouverte. Pas un souffle ne venait de la cour. D'épais nuages étouffaient le ciel. Christophe regardait, comme un hébété, la bougie se consumer au fond du chandelier. Il ne pouvait se coucher. Il ne pensait à rien. Il sentait ce néant se creuser d'instant en instant. Il s'efforçait de ne pas voir l'abîme qui l'aspirait; et, malgré lui, il se penchait au bord. Dans le vide, le chaos se mouvait, les ténèbres grouillaient. Une angoisse le pénétrait, son dos frissonnait, sa peau se hérissait, il se cramponnait à la table, afin de ne pas tomber. Il était dans l'attente convulsive de choses indicibles, d'un miracle, d'un Dieu...
Soudain, comme une écluse qui s'ouvre, dans la cour, derrière lui, un déluge d'eau, une pluie lourde, large, droite, croula. L'air immobile tressaillit. Le sol sec et durci sonna comme une cloche. Et l'énorme parfum de la terre brûlante et chaude ainsi qu'une bête, l'odeur de fleurs, de fruits et de chair amoureuse, monta dans un spasme de fureur et de plaisir. Christophe, halluciné, tendu de tout son être, frémit dans ses entrailles... Le voile se déchira. Ce fut un éblouissement. À la lueur de l'éclair, il vit, au fond de la nuit, il vit—il fut le Dieu. Le Dieu était en lui: Il brisait le plafond de la chambre, les murs de la maison; Il faisait craquer les limites de l'être; il remplissait le ciel, l'univers, le néant. Le monde se ruait en Lui, comme une cataracte. Dans l'horreur et l'extase de cet effondrement, Christophe tombait aussi, emporté par le tourbillon qui broyait comme des pailles les lois de la nature. Il avait perdu le souffle, il était ivre de cette chute en Dieu... Dieu-abîme! Dieu-gouffre, Brasier de l'Être! Ouragan de la vie! Folie de vivre,—sans but, sans frein, sans raison,—pour la fureur de vivre!
Quand la crise se dissipa, il tomba dans un profond sommeil, tel qu'il n'en avait pas eu depuis longtemps. Le lendemain, à son réveil, la tête lui tournait; il était brisé, ainsi que s'il avait bu. Mais il gardait au fond du cœur un reflet de la sombre et puissante lumière qui l'avait terrassé, la veille. Il chercha à la rallumer. Vainement. Plus il la poursuivait, plus elle lui échappait. Dès lors, son énergie fut constamment tendue dans l'effort pour faire revivre la vision d'un instant. Tentatives inutiles. L'extase ne répondait point à l'ordre de la volonté.
Pourtant cet accès de délire mystique ne resta pas isolé; il se reproduisit plusieurs fois, mais jamais avec l'intensité de la première. C'était toujours aux instants où Christophe l'attendait le moins, à de brèves secondes, si brèves, si soudaines,—le temps de lever les yeux, ou d'avancer le bras,—que la vision avait passé, avant qu'il eût le temps de penser que c'était elle; et il se demandait ensuite s'il n'avait pas rêvé. Après le bolide enflammé qui avait brûlé la nuit, c'était une poussière lumineuse, de petites lueurs fugitives, que l'œil avait peine à saisir au passage. Mais elles reparaissaient de plus en plus souvent; elles finissaient par entourer Christophe d'un halo de rêve perpétuel et diffus, où son esprit se diluait. Tout ce qui pouvait le distraire de cette demi-hallucination l'irritait. Impossible de travailler: il n'y pensait même plus. Toute société lui était odieuse; et, plus que toute, celle de ses plus intimes, celle même de sa mère, parce qu'ils prétendaient s'arroger plus de droits sur son âme.
Il quitta la maison, il prit l'habitude de passer les journées au dehors, il ne rentrait qu'à la nuit. Il cherchait la solitude des champs, pour s'y livrer, tout son soûl, comme un maniaque, à l'obsession de ses idées fixes.—Mais dans le grand air qui lave, au contact de la terre, cette obsession se détendait, ces idées perdaient leur caractère de spectres. Son exaltation ne diminua point: elle redoubla plutôt: mais ce ne fut plus un délire dangereux de l'esprit, ce fut une saine ivresse de tout l'être: corps et âme, fous de force.
Il redécouvrit le monde, comme s'il ne l'avait jamais vu. Ce fut une nouvelle enfance. Il semblait qu'une parole magique eût prononcé un: «Sésame, ouvre-toi!» La nature flambait d'allégresse. Le soleil bouillonnait. Le ciel liquide, fleuve transparent, coulait. La terre râlait et fumait de volupté. Les plantes, les arbres, les insectes, les êtres innombrables étaient les langues étincelantes du grand feu de la vie qui montait en tournoyant dans l'air. Tout criait de plaisir.
Et cette joie était sienne. Cette force était sienne. Il ne se distinguait point du reste des choses. Jusque-là, même dans les jours heureux de l'enfance, où il voyait la nature avec une curiosité ardente et ravie, les êtres lui semblaient de petits mondes fermés, effrayants ou burlesques, sans rapports avec lui, et qu'il ne pouvait comprendre. Était-il même bien sûr qu'ils sentaient, qu'ils vivaient? C'étaient des mécaniques étranges; et Christophe avait pu, avec la cruauté inconsciente de l'enfance, déchiqueter de malheureux insectes, sans songer qu'ils souffraient,—pour le plaisir de voir leurs contorsions grotesques. Il avait fallu que l'oncle Gottfried, si calme d'ordinaire, lui arrachât des mains, avec indignation, une mouche qu'il torturait. Le petit avait essayé de rire d'abord; puis il avait fondu en larmes, ému par l'émotion de l'oncle: il commençait à comprendre que sa victime existait vraiment, aussi bien que lui, et qu'il avait commis un crime. Mais si, depuis, il n'eût pas fait de mal aux bêtes, il n'éprouvait pour elles aucune sympathie; il passait auprès, sans chercher à sentir ce qui s'agitait dans leur petite machine; il avait plutôt peur d'y penser: cela avait l'air d'un mauvais rêve.—Et voici que tout s'éclairait maintenant. Ces humbles et obscures consciences devenaient à leur tour des foyers de lumière.
Vautré dans l'herbe où pullulaient les êtres, à l'ombre des arbres bourdonnants d'insectes, Christophe regardait l'agitation fiévreuse des fourmis, les araignées aux longues pattes, qui semblent danser en marchant, les sauterelles bondissantes, qui sautent de côté, les scarabées lourds et précipités, et les vers nus, glabres et roses, à la peau élastique, marbrée de plaques blanches. Ou, les mains sous la tête, les yeux fermés, il écoutait l'orchestre invisible, les rondes d'insectes tournant avec frénésie, dans un rayon de soleil, autour des sapins odorants, les fanfares des moustiques, les notes d'orgue des guêpes, les essaims d'abeilles sauvages vibrant comme des cloches à la cime des bois, et le divin murmure des arbres balancés, le doux frémissement de la brise dans les branches, le fin froissement des herbes ondulantes, comme un souffle qui plisse le front limpide d'un lac, comme le frôlement d'une robe légère et de pas amoureux, qui s'approchent, qui passent, et se fondent dans l'air.
Tous ces bruits, tous ces cris, il les entendait en lui. Du plus petit au plus grand de ces êtres, une même rivière de vie coulait: elle le baignait aussi. Ainsi, il était un d'eux, il était de leur sang, il entendait l'écho fraternel de leurs joies et de leurs souffrances; leur force se mêlait à la sienne, comme un fleuve grossi par des milliers de ruisseaux. Il se noyait en eux. Sa poitrine était près d'éclater sous la violence de l'air trop abondant, trop fort, qui crevait les fenêtres et faisait irruption dans la maison close de son cœur asphyxié. Le changement était trop brusque: après avoir trouvé le néant partout, quand il n'était préoccupé que de sa propre existence, et qu'il la sentait lui échapper et se dissoudre comme une pluie, voici qu'il trouvait partout l'Être sans fin et sans mesure, maintenant qu'il aspirait à s'oublier soi-même, pour renaître dans l'univers. Il lui semblait qu'il sortait du tombeau. Il nageait voluptueusement dans la vie qui coule à pleins bords; et, entraîné par elle, il se croyait pleinement libre. Il ne savait pas qu'il l'était moins que jamais, qu'aucun être n'est libre, que la loi même qui régit l'univers n'est pas libre, que la mort seule—peut-être—délivre.
Mais la chrysalide qui sortait de sa gaine étouffante, s'étirait avec délices dans son enveloppe nouvelle, et n'avait pas eu le temps de reconnaître encore les bornes de sa nouvelle prison.
Un nouveau cycle des jours commença. Jours d'or et de fièvre, mystérieux et enchantés, comme lorsqu'il était enfant, et qu'il découvrait, une à une, les choses, pour la première fois. De l'aube au crépuscule, il vivait dans un mirage perpétuel. Toutes ses occupations étaient abandonnées. Le consciencieux garçon, qui durant des années n'avait pas manqué, même malade, une leçon, ni une répétition d'orchestre, trouvait de mauvais prétextes pour esquiver le travail. Il ne craignait pas de mentir. Il n'en avait pas de remords. Les principes de vie stoïques, sous lesquels il avait eu plaisir jusque-là à ployer sa volonté: la morale, le Devoir, lui apparaissaient maintenant sans vérité. Leur despotisme jaloux se brisait contre la Nature. La saine, la forte, la libre nature humaine, voilà la seule vertu: au diable tout le reste! Il y a de quoi rire de pitié, quand on voit les petites règles tatillonnes de politique prudente, que le monde décore du nom de morale, et où il prétend mettre sous clef la vie! Ridicules taupinières! La vie passe, et tout est balayé...
Christophe, crevant d'énergie, était pris de la fureur de détruire, de brûler, de briser, d'assouvir par des actes aveugles et forcenés la force qui l'étouffait. Ces accès finissaient d'ordinaire par de brusques détentes: il pleurait, il se jetait par terre, il embrassait la terre, il eût voulu y enfoncer ses dents, ses mains, se repaître d'elle; il tremblait de fièvre et de désir.
Un soir, il se promenait à l'orée d'un bois. Ses yeux étaient grisés de lumière, la tête lui tournait; il était dans cet état d'exaltation, où tout est transfiguré. La lumière veloutée du soir y ajoutait sa magie. Des rayons de pourpre et d'or flottaient sous les châtaigniers. Des lueurs phosphorescentes semblaient sortir des prés. Le ciel était voluptueux et doux comme des yeux. Dans une prairie voisine, une fille fanait. En chemise et jupon court, le cou et les bras nus, elle ratissait l'herbe et la mettait en tas. Elle avait le nez court, les joues larges, le front rond, un mouchoir sur les cheveux. Le soleil couchant rougissait sa peau brûlée, comme une poterie, qui semblait absorber les derniers rayons du jour.
Elle fascina Christophe. Appuyé contre un hêtre, il la regardait s'avancer vers la lisière du bois. Elle ne s'occupait pas de lui. Un moment, elle leva son regard indifférent: il vit ses yeux bleu dur dans la face halée. Elle passa, si près que quand elle se pencha pour ramasser les herbes, par la chemise entre-bâillée il vit un duvet blond sur la nuque et l'échine. L'obscur désir qui le gonflait éclata tout d'un coup. Il se jeta sur elle, par derrière, l'empoigna par le cou et la taille, lui renversa la tête en arrière, lui enfonça dans la bouche entr'ouverte sa bouche. Il baisa les lèvres sèches et gercées, il se heurta aux dents qui le mordirent de colère. Ses mains couraient sur les bras rudes, sur la chemise trempée de sueur. Elle se débattit. Il serra plus étroitement, il eut envie de l'étrangler. Elle se dégagea, cria, cracha, s'essuya les lèvres avec sa main, et le couvrit d'injures. Il l'avait lâchée, et s'enfuyait à travers champs. Elle lui lança des pierres, et continuait de décharger sur lui une litanie d'appellations ordurières. Il rougissait, bien moins de ce qu'elle pouvait dire ou penser que de ce qu'il pensait lui-même. L'inconscience subite de son acte le remplissait de terreur. Qu'avait-il fait? Qu'allait-il faire? Ce qu'il en pouvait comprendre ne lui inspirait que dégoût. Et il était tenté par ce dégoût. Il luttait contre lui-même, et il ne savait de quel côté était le vrai Christophe. Une force aveugle l'assaillait, il la fuyait en vain: c'était se fuir soi-même. Que ferait-elle de lui? Que ferait-il demain..., dans une heure..., le temps de traverser en courant la terre labourée, d'arriver au chemin?... Y arriverait-il seulement? Ne s'arrêterait-il pas, pour revenir eu arrière, et courir à cette fille? Et alors?... Il se souvenait de la seconde de délire, où il la tenait à lu gorge. Tous les actes étaient possibles. Un crime même! .. Oui, même un crime... Le tumulte de son cœur le faisait haleter. Arrivé au chemin, il s'arrêta pour respirer. La fille causait, là-bas, avec une autre fille attirée par ses pris; et, les poings sur les hanches, elles le regardaient, en riant aux éclats.
Il revint. Il s'enferma chez lui, plusieurs jours, sans bouger. Il ne sortait, môme en ville, que quand il y était forcé. Il évitait peureusement toute occasion de passer les portes, de s'aventurer dans les champs: il craignait d'y retrouver le souffle de folie, qui s'était abattu sur lui, comme un coup de vent dans un calme d'orage. Il croyait que les murailles de la ville pourraient l'en préserver. Il ne pensait pas qu'il suffit, pour que l'ennemi se glisse, d'une fente imperceptible entre deux volets clos, de l'épaisseur d'un regard.
彼はもはや自分が存在してるかどうかも知らなかったのである。口をきくと、自分の声は別の身体から出てるように思われた。身体を動かすと、その自分の身振りを見るのは、遠くから、高くから――塔の頂からであった。彼は昏迷した様子で額に手を当てた。とんでもないことをしでかしそうだった。
最も人目の多い時に、いっそう自制しなければならない時に、ことにそんなことが起こった。たとえば、官邸へ行ってる晩だの、公衆の前で演奏してる時だのに。何か渋面をしたり、途方もないことを言ったり、大公爵の鼻を引っ張ったり、あるいは貴婦人の尻を蹴ったり、そんなことを突然したくてたまらなくなった。ある晩なんかは、管弦楽を指揮しながら、公衆の前で裸体になりたい妄念とたたかいつづけたこともあった。その考えをしりぞけようとつとめる片側から、その考えにまた襲われた。それに負けないためには全力を尽さなければならなかった。その馬鹿げた争いを済ますと、汗にまみれ、頭が空っぽになっていた。まったく狂気になっていた。ある一事をしてはいけないと考えただけで、もうその一事が、固定観念のような激しい執拗さでのしかかってきた。
かくて、狂わんばかりの力と空虚の中への墜落との連続のうちに、彼の生活は過ぎていった。砂漠中の狂風だった。その風はどこから来たのか。その狂妄はなんであったか。彼の四肢と頭脳とをねじ曲げるそれらの欲望は、いかなる深淵から出て来たのか。狂暴な手で引き絞られた弓にも彼は似ていたが、しかもその手はこわれるまで弓を引き絞り――人に知られぬいかなる標的へ向ってか?――次にはそれを一片の枯木のように投げ捨てようとしていた。何者の餌食と彼はなっていたのか。それらのことを彼は考究する勇気がなかった。彼は打ち負かされ恥ずかしめられたのを感じたが、自分の敗亡を正視するのを避けた。彼は疲れておりまた卑怯であった。昔彼が軽蔑していた人々、自分に快くない真実を見ることを欲しない人々、彼らを彼は今になって理解した。空費してる時間、投げ出してる仕事、駄目になってる未来、そういうことをこの虚無の間にふと思い起こすと、恐ろしくて慄然とした。しかし少しも反抗しなかった。彼の卑怯な態度は、虚無の自棄的な肯定のうちに弁解を見出していた。水の流れに浮ぶ漂流物のように虚無のうちに身を任せることに、彼は苦い快楽を味わっていた。たたかってもなんの役にたとう? 美も善も神も生命も、いかなる種類の存在も、何もなかった。歩いていると往来の中で、にわかに地面がなくなった。土地も空気も光も彼自身も、もはやなかった。何物もなかった。頭に引きずられて前のめりになった。転倒する間ぎわになってようやく自分を引留めることができた。突然雷に打たれて倒れかけてると思っていた。もう死んでしまったとも考えていた……。
クリストフは皮膚が更りつつあった。クリストフは魂が更りつつあった。そして、幼年時代の消耗し凋みはてた魂が剥落するのを見ながらも、より若くより力強い新しい魂が生じてくるのを、彼は夢にも知らなかった。生涯中には人の身体が変化するごとく、人の魂も変化する。その変形は、かならずしも月日につれて徐々になされるとはかぎらない。すべてが一挙に更新する危機の時間がある。古い殻は剥落する。そういう苦悩のおりには、人は万事終ったと信ずる。しかもすべてはこれから始まろうとしているのである。一つの生命が亡びてゆく。がも一つの生命はすでに生れている。
ある夜、彼は蝋燭をともし、テーブルに肱をつき、一人で室の中にいた、窓に背中を向けていた。仕事をしてはいなかった。もう数週間前から彼は仕事ができなかった。頭の中にはあらゆるものが渦巻いていた。宗教、道徳、芸術、全生命、すべてを彼は一時に吟味していた。かくあらゆるものに思想を分散させるのに、なんらの秩序もなくなんらの様式もなかった。祖父の異様な蔵書やフォーゲルの蔵書の中から、神学や科学や哲学などの、しかも多くは半端になってる書物を、手当り次第に引出してきては読みふけった。すべてを知ろうとして実は何一つ理解しなかった。そして一冊も読み終らず、読書最中に、枝葉の事柄や果しない空想に迷い込んでは、深い倦怠と悲哀とを心に残された。
その夜も彼は、頽廃的な茫然さのうちに浸っていた。家じゅうは寝静まっていた。窓が開いていた。そよとの風も中庭から吹き込まなかった。密雲が空を閉ざしていた。クリストフは燭台の底に蝋燭の燃えつきるのを、呆然としてながめていた。彼は寝ることができなかった。何にも考えてはいなかった。その虚無の境地が一刻ごとに深くなってゆくのを感じた。自分を吸い込んでゆく深淵を見まいとつとめた。それでもやはりその縁に身をかがめてのぞき込んだ。空虚の中に、渾沌たるものが動き、闇が揺めいていた。ある苦悶が彼に沁み通り、背中はおののき、皮膚は総毛だった。彼は倒れないようにテーブルにしがみついた。言葉につくせぬものを、一つの奇跡を、一つの神を、彼は待ち焦れていた……。
にわかに、中庭の中に、彼の背後に、みなぎりたつ水が、重い大きなまっすぐな雨が、水門の開けたかのように降りだした。じっとたたえていた空気がうち震えた。かわいた堅い地面が鐘のように鳴った。獣のようにほてった熱い大地の巨大な香りが、花や果実や愛欲の肉体などの匂いが、熱狂と愉悦と痙攣の中に立ちのぼった。クリストフは幻覚に襲われ、一身を挙げて緊張していたが、臓腑までぞっと震え上った。……ヴェールは裂けた。眩惑すべき光景だった。電光の閃めきに、彼は見てとった、闇夜の底に、彼は見てとった――おのれこそその神であった。その神は彼自身のうちにあった。神は室の天井を破り、家の壁を破っていた。存在の制限を破壊していた。空を、宇宙を、虚無を、満たしていた。世界は神のうちに、急湍のように躍りたっていた。その崩壊の恐怖と歓喜とのうちに、クリストフもまた、自然の法則を藁屑のように粉砕する旋風に運ばれて、落ちていった。彼は息を失っていた。神の中へのその墜落に酔っていた。……深淵にして神! 深潭にして神! 存在の火炉! 生命の
風! 生の激越のための――目的も制軛も理由もなき――生の狂乱!
危機が消え去った時、彼はもう長らく知らなかったほどの深い眠りに陥った。翌日、眼が覚めると眩暈がしていた。飲酒のあとのように疲憊していた。しかし心の底には、前夜彼を圧倒した陰惨強力な光明の反映が残っていた。彼はその光明をふたたび輝かせようとした。駄目であった。彼が追求すればするほど、光明は彼からますます逃げていった。それ以来彼は全精力をたえず張りつめて、あの一瞬の幻影を蘇らせようと努力した。無益な試みであった。大歓喜は意志の命令には少しも応じなかった。
けれども、その神秘な眩迷の発作はそれきりではなかった。また幾度も起こった。ただ最初ほどの強烈さはもうもたなかった。そしていつも、クリストフが最も予期しない瞬間に、しかもきわめて短い急激な瞬間――眼をあげあるいは腕を差出すくらいの時間――に起こったので、これだと考える隙もないうちに幻影は過ぎ去ってしまった。そして彼はあとで、夢をみたのではないかとみずから訝った。闇夜を光被する燃えたつ流星のあとに、通っても見分けがたいほどの、光った塵埃が、ほのかな細かい光りが、やって来たようなものであった。しかしそれはますます頻繁に現われてきた。ついにはクリストフを、不断の淡い夢のような光輪で取り巻いて、そこに彼の精神を溶かし込んでしまった。その半ば幻覚の状態から彼の心を転じさせるようなものは、すべて彼を苛立たせた。仕事の不可能、それをも彼はもう考えなかった。あらゆる人との交わりにたいして、彼は嫌悪の念をいだいた。そして最も親密な人々との交わりにたいして、母との交わりにさえたいして、さらにはなはだしかった。なぜならそういう人々は、彼の魂に関与する権利をことに多く持ってると自認していたから。
彼は家居を避け、終日外で過す習慣がつき、夜になってしか帰って来なかった。彼は野の静寂を求めて、そこで狂乱者のように飽くまでも自分の固定観念の纏綿に身を任した。――しかし、物を洗い清める外気の中では、大地に接触しては、その纏綿は弛緩し、それらの観念は妖鬼的性質を失った。彼の精神激昂は少しも減退せずむしろ募っていったが、しかしそれはもはや精神の危険な眩迷でなく、力に狂った身と魂の、全存在の、健全な陶酔であった。
彼はかつて見たこともないかのように新たに世界を見出した。それは新たな幼年時代だった。ある魔法の言葉で「開けよ、セサーミ」の合言葉を言われたかのようだった。自然は歓喜に燃えたっていた。太陽は沸きたっていた。液体の空が、透明の河が、流れていた。大地は逸楽のあまりあえぎ煙っていた。草も木も昆虫も、多数の生物は、空中に渦巻きのぼる生命の大火炎のひらめく言葉であった。すべてが喜びに叫んでいた。
そしてこの喜びが、彼のものであった。この力が、彼のものであった。彼は他の事物とおのれとを少しも区別しなかった。その時までは、激しい喜ばしい好奇心をもって自然をながめていた幸福な幼年時代でさえ、生物は、自分となんらの関係もなく理解することもできない、あるいは恐ろしいあるいはおかしなとざされた小世界のように、彼には思われていた。彼らが感じており生きておることさえ、彼には確かにわかっていたろうか。それは実に不思議な機関であった。クリストフは時として、幼年の無意識的な残忍さをもって、不幸な昆虫の四肢をもぎ取ることさえあった、しかもそれが苦しがることは少しも考えずに――そのおかしな
きを見る楽しみのために。一匹の不幸な蠅をいじめていると、平素はあんなに穏かだった叔父のゴットフリートもさすがに怒って、彼の手からそれを奪い取ったこともあった。その時彼は初め笑おうとした。それから叔父の興奮に感動して涙にむせんだ。その犠牲者も自分と同様に実際生存しているのであって、自分は罪を犯したのであるということを、彼は了解し始めた。しかし、その後彼は動物をいじめなかったとはいえ、動物になんら同情を寄せてるのではなかった。そのそばを通っても、彼らの小さな機体の中に行われてることを感じようとはしなかった。むしろそれを考えることを恐れた。それはなんだか悪夢に似寄っていた。――しかるに今や、すべてが明らかになった。それら生物のほの暗い意識界は、こんどは光明の巣となった。
生物の群がってる草の中に、昆虫の羽音の鳴り響く木陰に、クリストフは寝ころんで、じっとうちながめた、蟻の性急な活動を、歩きながら踊ってるように見える足長蜘蛛を、横っ飛びに跳ね回る蝗を、重々しいしかもせかせかした甲虫を、白い斑紋のある弾力性の皮膚をそなえている毛のないまっ裸の桃色の蚯蚓を。あるいはまた、両手を頭の下にあてがい、眼を閉じて、彼は耳を傾けた、眼に見えない管弦楽に。香しい樅の木のまわりで、一条の日の光の中で、物狂わしく回転してる昆虫のロンド、蚊のファンファーレ、地蜂のオルガンの音、木の梢に鐘のようにふるえてる野蜂の集団の音、または、揺ぐ木立の崇高な囁き、微風に吹かるる枝のやさしい戦ぎ、波動する草の細やかな葉ずれ、あたかも、湖水の清澄な面に皺を刻むそよ風のような、また、通りすぎ空中に消えてゆく恋しい足音のような……。
すべてそれらの音やそれらの鳴き声を、彼は自分の中に聞いた。それら生物の最小から最大にいたるまで、同じ一つの生命の川が貫流していた。川は彼をも浸していた。彼は彼らと同じ血からなり、彼らの悦楽の親しい反響を聞いた。多くの小川で大きくなった河のように、彼らの力は彼の力に交り合った。彼は彼らの中におぼれた。窓を破って窒息してる彼の心に吹き込んできた空気の圧力に、彼の胸は破裂せんばかりになった。変化はあまりに急激だった。至るところに虚無ばかりを見てきた後に、自分の生存をのみ懸念していて、その生存が雨のように分散するのを感じていたのに、今やおのれを忘れて宇宙のうちに甦らんとあこがれると、至るところに無限無辺の生を見出したのであった。彼は墳墓から出て来たような思いがした。生の河はなみなみとたたえて流れていた。彼はその中を愉快に泳いでいった。そしてその流れに運ばれながら、彼はまったく自由の身だと信じた。彼は知らなかった、前より少しも自由ではないということを、何人も自由ではないということを、宇宙を支配する法則自身でさえも自由ではないということを、死のみが――おそらく――人を解放してくれるということを。
しかし、殻から出た蛹は、新らしい外皮の中に喜んで手足を伸して、自分の新しい牢獄の境界をまだ認めるの隙がなかった。
月日の新しい周期が始った。幼い時、初めて事物を一つ一つ発見していった時のような、神秘な喜ばしい、黄金と熱気との日々であった。黎明から黄昏のころまで、彼はたえざる幻の中に生きていた。すべての務めはうち捨てられた。長い年月の間、たとい病気の時でさえ、一回の稽古をも一回の管弦楽試演をも欠かしたことのない、この生真面目な少年は、今やよからぬ口実を捜し出しては、仕事をなまけた。彼は嘘をつくことも恐れなかった。嘘をついても後悔の念を覚えなかった。これまで喜んで意志を服せしめていた堅忍主義の生活は、道徳も義務も、今はほんとうのものでないように彼には思えた。その偏狭な専制は自然にぶっつかってこわれてしまった。健全強壮自由な人間性、それが唯一の徳である。その他はすべて悪魔にでも行くがいい! 世間から道徳の名をもって飾られ、人生をその中に押し込めようと世人がしている、用心深い策略の煩瑣な規則を見ると、憫笑に価するようなものばかりであった。笑うべき土竜の巣だ! 生命が一過すれば、すべては清掃されるのだ……。
クリストフは精力に満ちあふれながら、時々、破壊し、焼きつくし、粉砕し、息苦しい自分の力を盲目狂暴な行為で飽満させたいという、欲望に駆られた。たいていそういう発作は、突然の精神弛緩に終ることが多かった。彼は涙を流し、地上に身を投出し、大地に抱きついた。それにかじりつき、しがみつき、それを食いたかった。彼は熱気と欲求とに震えていた。
ある夕方、彼は林の縁を散歩していた。眼は光に酔わされ、頭はふらふらしていて、すべてが変容される狂熱状態にあった。ビロードのような夕の光が、さらに魅惑を添えていた。紅色と黄金色との光線が、栗の木立の下に漂っていた。燐光のような輝きが、牧場から発してるようだった。空は眼のように悦ばしくやさしかった。横の牧場に、一人の娘が刈草を動かしていた。シャツと短い裳衣だけで、頸と腕とを露わにして、草をかき集めては積んでいた。短い鼻、広い頬、丸い額、そして髪にハンカチをかぶっていた。その日焼けのした陶器のような皮膚は、夕日に赤く染まって、一日の名残りの光を吸い込んでるかと思われた。
その娘がクリストフを魅惑した。彼は
の木によりかかって、彼女が林の縁の方へやって来るのをながめていた。彼女は彼を気にかけていなかった。ちょっと彼女は無頓着な眼つきを上げた。日に焼けた顔の中のきつい青い眼を彼は見た。彼女は彼のすぐそばを通りかかった。そして草を拾うためにかがんだ時、半ば開いたシャツの襟から、頸筋と背筋との金色のむく毛が彼の眼にとまった。彼のうちにみなぎっていた暗い欲望が一時に破裂した。彼は後ろから彼女に飛びつき、その頸と胴とをつかみ、頭を仰向かせ、半ば開いた彼女の口に自分の口を押しつけた。彼はかわききったかさかさの唇に接吻し、怒って噛みつこうとしてる彼女の歯にぶっつかった。彼の両手はきつい腕や汗にぬれたシャツの上をなで回った。彼女はもがいた。彼はますますきつく抱きしめ、締め殺してしまいたかった。彼女は身をもぎ離し、叫び、唾を吐き、手で唇を拭き、ののしりたてた。彼は手を離していた。そして畑を横切って逃げだした。彼女は石を投げつけ、破廉恥な呼び方をやたらに浴せかけた。彼は真赤になって、彼女の言葉や考えよりもむしろ自分自身の考えに多く恥じ入った。そういう行いをした突然の無意識が非常に恐ろしくなった。何をしたのか? 何をしようとしたのか? それについて了解し得るかぎりのことは皆、嫌悪の情を起こさせるものばかりだった。そしてその嫌悪の情からまた挑発された。彼は自分自身と争った。どちらに真のクリストフがあるかわからなかった。盲目的な力が襲いかかってきた。いくらそれをのがれようとしても駄目だった。自分自身から逃げることだった。その力は彼をどうするか分らない。明日……一時間後……耕作地を駆けぬけて道路に達するまでのそれだけの時間に、彼は何をするかわからない。彼は道へまでも行きつけるだろうか。引返して娘のところへ駆けつけるために、立止りはしないだろうか。そしてもしその時は?……彼は娘の喉元をとらえていたあの眩迷の瞬間を思い出した。いかなる行いも可能であった。罪悪でさえも……そうだ、罪悪でさえも。……彼は胸騒ぎのために息がはずんでいた。道路まで行きつくと、息をするために立止った。娘は向うで、叫び声をきいてやって来たも一人の娘と話をしていた。そして二人は腰に拳をあてて、大笑いをしながら彼の方をながめていた。
彼は家に帰った。数日間、身動きもしないで、室に閉じこもった。やむを得ない場合の外は、町へも出かけなかった。町の入口を通る機会を、野へ踏み出す機会を、びくびくして避けていた。暴風雨の前の静けさの最中に起る一陣の風のように、彼の上に吹きおろしてきたあの狂乱の息吹きを、そこでまた見出しはすまいかと恐れた。町の廓壁は自分をそれから守ってくれるだろうと、彼は思っていた。しかし、閉め切った雨戸の間の眼に留らないほどの隙間が、視線を通し得るくらいの隙間があれば、敵は忍び込んでくることができるということを、彼は考えていなかった。
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