Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第2巻 朝 Le Matin 第3部 Minna

 

Quatre ou cinq mois avant ces événements, madame Josepha von Kerich, veuve depuis peu du conseiller d'État, Stephan von Kerich, avait quitté Berlin, où les fonctions de son mari les retenaient jusqu'alors, pour venir s'installer avec sa fillette dans la petite ville rhénane, son pays d'origine. Elle avait là une vieille maison de famille, avec un grand jardin, presque un parc, qui descendait le long de la colline, jusqu'au fleuve, non loin de la maison de Christophe. De sa mansarde, Christophe voyait les branches lourdes des arbres qui pendaient hors des murs, et le haut faîte du toit rouge aux tuiles moussues. Une petite ruelle en pente, où l'on ne passait guère, longeait le parc, à droite; on pouvait de là, en grimpant sur une borne, regarder par-dessus le mur: Christophe ne s'en faisait pas faute. Il voyait alors les allées envahies par l'herbe, les pelouses semblables à des prairies sauvages, les arbres se mêlant et luttant en désordre, et la façade blanche, aux volets obstinément clos. Une ou deux fois par an, un jardinier venait faire une ronde et aérer la maison. La nature reprenait ensuite possession du jardin, et tout rentrait dans le silence.

Ce silence impressionnait Christophe. Il se hissait en cachette à son observatoire; à mesure qu'il devenait plus grand, ses yeux, puis son nez, puis sa bouche, arrivaient au niveau de la crête du mur; maintenant, il pouvait passer les bras par-dessus, en se haussant sur la pointe des pieds; et, malgré l'incommodité de cette position, il restait, le menton appuyé sur le mur, regardant, écoutant, tandis que le soir épanchait sur les pelouses ses douces ondes dorées, qui s'allumaient de reflets bleuâtres, à l'ombre des sapins. Il s'oubliait là, jusqu'à ce qu'il entendît dans la rue des pas qui venaient. La nuit, flottaient autour du jardin des parfums: de lilas au printemps, d'acacias en été, de feuilles mortes en automne. Quand Christophe revenait, le soir, du château, si fatigué qu'il fût, il s'arrêtait près de sa porte, à boire leur souffle délicieux; et il avait peine à rentrer dans sa chambre puante. Il avait aussi joué,—du temps où il jouait—sur la petite place aux pavés garnis d'herbe, devant la grille d'entrée de la maison Kerich. À droite et à gauche de la porte, s'élevaient deux marronniers centenaires; grand-père venait s'asseoir à leur pied, en fumant sa pipe, et les fruits servaient aux enfants de projectiles et de jouets.

Un matin, en passant dans la ruelle, il grimpa sur la borne, par habitude. Il regardait distraitement. Il allait redescendre, quand il eut la sensation de quelque chose d'anormal. Il tourna les yeux vers la maison: les fenêtres étaient ouvertes; le soleil se ruait à l'intérieur; bien qu'on ne vît personne, la vieille demeure semblait réveillée de son sommeil de quinze ans et riait. Christophe revint, troublé.

À table, son père parla de ce qui alimentait les entretiens du quartier: l'arrivée de madame de Kerich et de sa fille, avec une quantité incroyable de bagages. La place aux marronniers était remplie de badauds qui venaient assister au déballage des voitures. Christophe, très intrigué par cette nouvelle, qui, dans l'horizon borné de sa vie, était un événement important, retourna au travail, cherchant d'après les récits de son père, hyperboliques comme à l'ordinaire, à imaginer les hôtes de la maison enchantée. Puis sa tâche le reprit, et il avait oublié, quand, près de rentrer chez lui, le soir, tout lui revint à l'esprit; et une curiosité le poussa à monter à son poste d'observation, pour épier ce qui se passait à l'intérieur des murs. Il ne vit rien que les calmes allées, où les arbres immobiles semblaient dormir dans les derniers rayons de soleil. Au bout de quelques minutes, il avait perdu le souvenir de l'objet de sa curiosité, et il s'abandonnait à la douceur du silence. Cette place baroque,—debout en équilibre instable sur le faîte de la borne,—était un lieu d'élection pour ses rêves. Au sortir de la ruelle laide, étouffée, dans l'ombre, les jardins ensoleillés avaient un rayonnement magique. Son esprit s'en allait à la dérive dans ces espaces harmonieux, et des musiques chantaient; il s'endormait en elles...

Il rêvait ainsi, les yeux, la bouche ouverts, et il n'aurait pu dire depuis quand il rêvait: car il ne voyait rien. Soudain, il eut un saisissement. Devant lui, au détour d'une allée, debout, le regardaient deux figures féminines. L'une,—une jeune dame en noir, aux traits fins, incorrects, aux cheveux blond cendré, grande, élégante, un laisser-aller nonchalant dans la pose de la tête, l'observait avec des yeux bienveillants et railleurs. L'autre,—une fillette de quinze ans, également en grand deuil, faisait la mine d'une enfant prise d'un accès de fou rire; un peu en arrière de sa mère, qui, sans la regarder, lui faisait signe de se taire, elle se cachait la bouche dans ses mains, comme si elle avait toutes les peines du monde à s'empêcher d'éclater. C'était une fraîche figure, blanche, rose et ronde; elle avait un petit nez un peu gros, une petite bouche un peu grosse, un petit menton grassouillet, de fins sourcils, des yeux clairs, et une profusion de cheveux blonds, qui, tressés en nattes, s'enroulaient en couronne autour de sa tête, découvrant la nuque ronde et le front lisse et blanc:—une petite figure de Cranach.

Christophe fut pétrifié par cette apparition. Au lieu de se sauver, il resta, cloué sur place. Ce ne fut que quand il vit la jeune dame faire quelques pas vers lui, avec son aimable sourire moqueur, qu'il s'arracha à son immobilité, et sauta,—dégringola—de la borne, entraînant avec lui des plâtras du mur. Il entendait une voix bienveillante, qui l'appelait familièrement: «Petit!», et un éclat de rire enfantin, clair, liquide comme une voix d'oiseau. Il se retrouva dans la ruelle, sur les genoux et les mains; et, après une seconde d'ahurissement, il détala à toutes jambes, comme s'il avait peur qu'on ne le poursuivît. Il était honteux; cette honte le reprenait par accès, dans sa chambre, tout seul. Depuis, il n'osa plus passer par la ruelle, dans la crainte baroque qu'on ne fût embusqué pour l'attendre. Quand il était forcé de s'aventurer près de la maison, il rasait les murs, baissait la tête, et courait presque, sans se retourner. En même temps, il ne cessait de penser aux deux aimables figures; il montait au grenier, enlevant ses chaussures pour qu'on ne l'entendît pas; et il s'ingéniait à regarder par la lucarne, du côté de la maison et du parc des Kerich, bien qu'il sût parfaitement qu'il était impossible de voir autre chose que le dôme des arbres et les cheminées du faite.

Un mois après, il jouait dans un des concerts hebdomadaires du Hof Musik Verein un concerto de sa composition pour piano et orchestre. Il était arrivé au milieu de la dernière partie du morceau, quand il vit par hasard, dans la loge en face de lui, madame de Kerich et sa fille, qui le regardaient. Il s'y attendait si peu qu'il en fut étourdi et faillit manquer sa réponse à l'orchestre. Il continua de jouer d'une façon mécanique, jusqu'à la fin du concerto. Lorsque ce fut fini, il vit, bien qu'il évitât de regarder de leur côté, que madame et mademoiselle de Kerich applaudissaient avec une légère exagération, comme si elles avaient voulu qu'il les vît applaudir. Il se hâta de quitter la scène. Au moment de sortir du théâtre, il aperçut dans le couloir, séparée par quelques rangées de personnes, madame de Kerich qui semblait le guetter au passage. Il était impossible qu'il ne la vît pas: il feignit pourtant de ne pas la voir; et, rebroussant chemin, il sortit précipitamment par la porte de service du théâtre. Ensuite, il se le reprocha; car il se rendait bien compte que madame de Kerich ne lui voulait aucun mal. Mais il savait que, si c'était à recommencer, il recommencerait. Il avait la frayeur de la rencontrer dans la rue. Quand il apercevait au loin une forme qui lui ressemblait, il prenait un autre chemin.

Ce fut elle qui vint à lui.

Un matin qu'il rentrait pour dîner, Louisa, toute fière, lui raconta qu'un laquais en livrée était venu déposer une lettre à son adresse; et elle lui remit une grande enveloppe bordée de noir, dont l'envers portait gravées les armes des Kerich. Christophe l'ouvrit, tremblant de lire—précisément ce qu'il lut:

«Madame Josepha von Kerich invitait monsieur le Hof Musicus Christophe Krafft à venir prendre le thé chez elle, aujourd'hui à cinq heures et demie.»

 

それらのことから四五か月前に、枢密顧問官シュテファン・フォン・ケリッヒの未亡人となって間もないヨゼファ・フォン・ケリッヒ夫人は、亡夫の職務のため今までとどまっていたベルリンを去って、生まれ故郷であるライン河畔の小さな町に、娘とともに移り住んだ。彼女は町に、古い伝来の家をもっていたが、その家についてる大きな庭は、ほとんど公園かと思われるほどで、丘に沿って低くなってゆき、クリストフの家から遠くないところで、ライン河まで達していた。クリストフが家の屋根裏の室から眺めると、壁の外に垂れてる重々しい木の枝や、苔生こけむした瓦かわら屋根の真赤な高い頂などが見えた。ほとんど人通りもない小さな坂道が、庭の右に沿って通じていた。そこの標石の上によじ上ると、壁越しに覗のぞき込まれた。クリストフもそれをやってみないではおかなかった。覗いてみると、草の生はえ込んだ径みちや、荒れた牧場のような芝生しばふや、乱雑にこんがらかってる木立や、いつも雨戸が閉しめ切ってある家の白い正面などが、見られた。年に一、二回、植木屋が見回りに来て、家に風を通した。しかしその後で庭はまた自然のままになって、すべてが静寂にとざされるのであった。

その静寂にクリストフは心打たれた。彼はしばしばその眺め場所に人知れず上った。大きくなるにしたがって、眼が、次には鼻が、次には口が、壁の頂までとどくようになった。今では、爪先つまききで伸び上がると、両腕を壁越しに差出すことができた。そういう姿勢は楽ではなかったが、彼は長くそのままの姿で、壁に頤あごをのせ、じっと眺めまた聴きいていた。夕ゆうべの光は芝生しばふの上に穏かな金色の波を注ぎかけ、その波は樅もみの木立の影では、青みがかった反映に輝いていた。彼は街路をやって来る人の足音が聞えるまで、われを忘れてそこにぼんやりしていた。夜分には、庭のまわりに種々な香かおりが漂っていた、春はリラの香り、夏はアカシアの香り、秋には枯葉の香りが。クリストフは晩に宮邸から帰ってくる時、どんなに疲れていても、かならずその門のそばに立ち止まって、その快い空気を吸った。そして息臭い自分の室にもどるのが厭になった。彼はまた幾度も、ケリッヒ家の表門の前の、舗石に草のはえてる小さな広場で、遊んだ――遊ぶ時には――ことがあった。門の左右には、マロニエの老樹が一本ずつ立っていた。祖父もその根本にやって来て、パイプを吹かしながらすわった。そして子供たちには、木の実が弾丸や玩具おもちゃとなった。

ある朝、彼はその路次を通りかかって、いつものとおり標石によじ上った。ぼんやり眺めた。そしてまた降りようとした時、何か事変わった感じを受けた。彼は家の方へ眼を向けた。窓は皆開かれていた。日の光が家の中までさし込んでいた。人の姿は見えなかったが、その古い住宅は十五年間の眠りから覚さめて微笑ほほえんでるように思われた。クリストフは変な気持になりながら家に帰った。

食事の時に父は、近所の噂うわさの種となってることを話した。驚くほどたくさんの荷物をもって、ケリッヒ夫人と娘とがやって来た、ということだった。あのマロニエのあたりは、馬車の荷降ろしを見に来た好奇者ものずきでいっぱいだったそうである。クリストフの限られた狭い生活のうちにあっては、その話は重大な出来事だったので、彼はそれがたいへん気にかかった。そして仕事に出かけながらも、父の例のおおげさな話に従って、その不思議な家の主人公たちを想像してみようとした。それから仕事に心を奪われて、すっかり忘れてしまった。けれどもその夕方、家にもどる間ぎわに、すべてのことがまた頭に浮かんだ。すると好奇心に駆られて、例の眺め場所に上り、壁の中がどういうふうになってるか覗のぞいてみた。ところが眼にはいるものはただ、静かな庭径みちばかりで、そこにはじっと動かない木立が、太陽の名残の光のうちに眠ってるがようだった。しばらくすると彼は、好奇心の的をすっかり忘れてしまって、しみじみとした静けさのうちに浸っていった。その妙な位置は――標石の頂上に不安定に身を保って立つのであるが――彼の夢想には上乗の場所であった。空気のよく通わない薄暗いきたない路次から出ると、その日向ひなたの庭は夢幻的な輝きを帯びてるようだった。彼の精神はそのなごやかな場所のうちに漂っていった。種々の音楽が歌っていた。彼はその音楽のうちにうとうととした……。

かくて彼は、眼も口も開きながら夢想していた。そしてどれくらいの間夢想してたかみずから知らなかった。なぜなら、何にも眼にはいらなかったから。と突然、彼は駭然がいぜんとした。前方に、径みちの曲り角のところに、二人の女が立って、こちらを眺めていた。一人は――黒服の若い婦人で、ほっそりとした不揃ふぞろいな顔立をし、灰色がかった金髪をもち、背が高く、優美で、取り澄さない自然の首つきをしていたが――親切そうな揶揄やゆ的な眼で彼を見守っていた。も一人の方は――十五歳ばかりの娘で、同じく喪服ずくめであったが――放笑ふきだしたくてたまらながってるような子供らしい顔付をしていた。ふり返りもしないでただ黙ってるようにと合図をしてる母親の少し後ろの方で、両手のうちに口を隠して、笑いを押えるのに一生懸命骨折ってるがようだった。色白な桃色の丸い顔をした小娘だった。心持ち太い小さな鼻、心持太い小さな口、ふっくらした小さな頤あご、細やかな眉毛まゆげ、清らかな眼、豊かな金髪。その髪は網代あじろに編まれて、頭のまわりにくるりと巻きつけられ、丸い首筋と艶つやのいい白い額とを現わしていた。――クラナハの絵にあるようなかわいらしい顔だった。

クリストフはその出現にびっくりした。逃げ出すこともできずに、その場に釘付けになった。そして若い婦人が、そのやさしい揶揄からかうような微笑を浮べながら、二三歩進んでくるのを見た時、彼は初めて身を動かして、壁土をいっしょにはね落しながら、標石から飛び――転げ落ちた。「坊ちゃん」となれなれしく呼びかける親切な声と、小鳥の声のように晴々した澄みきった子供らしい笑い声とが、耳に聞えた。彼は四つ這ばいになって路次の中に身を潜めた。そして間もなく狼狽ろうばいの情が和らぐと、あたかもだれかに追っかけられるのを恐がったかのように、足に任して逃げ出した。彼は恥ずかしかった。その恥ずかしさは、家に帰って自分の室で一人になると、また激しく彼を襲ってきた。それ以来彼は、だれかに待伏せされてはすまいかという妙な恐れを感じて、もうその路次が通れなくなった。その家のそばを通らなければならない時には、壁に身を寄せ、頭を下げ、ふり向きもしないでほとんど駆けぬけた。それと同時に、あのやさしい二つの顔のことを考えやめなかった。足音を聞かれないように靴をぬいで、屋根裏の室に上っていった。そして種々くふうをしてはその軒窓から、ケリッヒ家の家と庭との方を眺めた。そのくせ彼は、木立の梢こずえと屋根の煙筒しか見えないことをよく知っていた。

それから一か月後に彼は、宮廷音楽団が毎週催す定期演奏会で自作のピアノ協奏曲コンセルトを一つひいた。その曲の終楽章の中ほどまでひいた時、彼は偶然、前面の桟敷さじきに、自分の方を眺めてるケリッヒ夫人と娘とを認めた。あまりに意外だったので、茫然ぼうぜんとしてしまって、管弦楽に調子を合わせることさえ忘れかけた。協奏曲コンセルトの終りまで機械的にひきつづけた。演奏が終ると、彼はその方を見まいとはしていたが、ケリッヒ夫人と令嬢とが見てくれと言わんばかりにややおおげさに拍手してるのが、眼にはいった。彼は急いで舞台を離れた。劇場から出ようとする時、廊下で、立並んでる人々に隔てられて、自分が通るのを待ち受けてるらしいケリッヒ夫人の姿を、彼は認めた。彼は夫人を見ないわけにはいかなかった。けれども目につかないふうを装った。そして後に引返しながら劇場の通用門からあわてて出て行った。その後で、彼はそれをみずからとがめた。なぜなら、ケリッヒ夫人がなんらの悪意もいだいてないことをよく承知していたから。しかし、またそんな場合になったら、自分はやはり同じようなことをするだろうと、みずから知っていた。彼は往来で夫人に会うのを恐れた。夫人に似た姿を遠くに見かけると、彼は道をそらすのであった。

夫人の方から彼を追っかけて来た。

ある朝、彼が昼食のために家へ帰ると、ルイザは得意になって、仕着せをつけた従僕が彼あての手紙を届けてきたと話した。そして黒枠くろわくのついた大きな封筒を彼に渡した。裏にはケリッヒ家の紋章が印刻してあった。クリストフはそれを開いて、震えながら読んだ――まさしく次のとおりに。

ヨゼファ・フォン・ケリッヒ夫人は、宮廷音楽員クリストフ・クラフト氏に、本日五時半、自宅にて御茶を差上げたく、御招待致します。

—Je n'irai pas, déclara Christophe.

—Comment! s'exclama Louisa. J'ai dit que tu irais.

Christophe fit une scène à sa mère, il lui reprocha de se mêler de ce qui ne la regardait pas.

—Le domestique attendait la réponse. J'ai dit que tu étais justement libre aujourd'hui. Tu n'as rien, à cette heure.

Christophe eut beau s'irriter, jurer qu'il n'irait pas, il ne pouvait plus se dérober. Quand vint l'heure de l'invitation, il se prépara en rechignant; secrètement, il n'était pas fâché que le hasard fît violence à sa mauvaise volonté.

Madame de Kerich n'avait pas eu de peine à reconnaître dans le pianiste du concert le petit sauvage, dont la tête ébouriffée lui était apparue au-dessus du mur de son jardin. Elle avait pris des informations sur lui dans le voisinage; et ce qu'elle avait appris de la vie difficile et courageuse de l'enfant lui avait inspiré de l'intérêt pour lui et la curiosité de lui parler.

Christophe, guindé dans une absurde redingote, qui lui donnait l'air d'un pasteur de campagne, arriva à la maison, malade de timidité. Il cherchait à se persuader que mesdames de Kerich n'avaient pas eu le temps de remarquer ses traits, le premier jour qu'elles l'avaient vu. Par un long corridor, dont le tapis étouffait le bruit des pas, un domestique l'introduisit dans une chambre, dont une porte vitrée donnait sur le jardin. Il faisait, ce jour-là, une petite pluie froide; un bon feu brillait dans la cheminée. Près de la fenêtre, à travers laquelle on entrevoyait les silhouettes mouillées des arbres dans la brume, les deux femmes étaient assises, tenant sur leurs genoux, madame de Kerich un ouvrage, et sa fille un livre, dont elle faisait la lecture, lorsque Christophe entra. Elles échangèrent, en le voyant, un coup d'œil malicieux.

—Elles me reconnaissent, pensa Christophe, tout penaud.

Il s'épuisait à faire de gauches révérences.

Madame de Kerich sourit gaiement, et lui tendit la main:

—Bonjour, mon cher voisin, dit-elle. Je suis contente de vous voir. Depuis que je vous ai entendu au concert, je voulais vous dire le plaisir que vous nous aviez fait. Et comme le seul moyen de vous le dire était de vous faire venir, j'espère que vous me pardonnerez de l'avoir employé.

Il y avait dans ces paroles aimables et banales tant de cordialité, malgré une pointe cachée d'ironie, que Christophe se sentit rassuré.

—Elles ne me reconnaissent pas, pensa-t-il, soulagé.

Madame de Kerich désigna sa fille, qui avait fermé son livre et observait curieusement Christophe.

—Ma fille Minna, dit-elle, qui désirait beaucoup vous voir.

—Mais, maman, dit Minna, ce n'est pas la première fois que nous nous voyons.

Et elle éclata de rire.

—Elles m'ont reconnu, pensa Christophe, atterré.

—C'est vrai, dit madame de Kerich, en riant aussi, vous nous avez fait visite, le jour de notre arrivée.

À ces mots, la fillette rit de plus belle, et Christophe prit un air si piteux que, quand Minna jetait les yeux sur lui, son rire redoublait. C'était un rire fou: elle en pleurait. Madame de Kerich, qui voulait l'arrêter, ne pouvait s'empêcher de rire aussi; et Christophe, malgré sa gêne, fut gagné par la contagion. Leur bonne humeur était irrésistible: impossible de s'en formaliser. Mais Christophe perdit tout à fait contenance, lorsque Minna, reprenant haleine, lui demanda ce qu'il pouvait bien faire sur leur mur. Elle s'amusait de son trouble, et il balbutiait, éperdu. Madame de Kerich vint à son secours et détourna l'entretien, en faisant servir le thé.

Elle le questionna amicalement sur sa vie. Mais il ne se rassurait pas. Il ne savait comment s'asseoir, il ne savait comment tenir sa tasse, qui menaçait de chavirer; il se croyait obligé, à chaque fois qu'on lui offrait de l'eau, du lait, du sucre, ou des gâteaux, de se lever précipitamment et de remercier avec des révérences, raide, serré dans sa redingote, son col et sa cravate, comme dans une carapace, n'osant pas, ne pouvant pas tourner la tête, ni adroite, nia gauche, ahuri par la multiplicité des questions de madame de Kerich et par l'exubérance de ses façons, glacé par les regards de Minna qu'il sentait attachés à ses traits, à ses mains, à ses mouvements, à son habillement. Elles le troublaient encore plus, en voulant le mettre à l'aise,—madame de Kerich, par son flot de paroles,—Minna, par les œillades coquettes qu'elle lui faisait, pour s'amuser.

Enfin, elles renoncèrent à tirer de lui autre chose que des salutations et des monosyllabes; et madame de Kerich, qui faisait à elle seule tous les frais de la conversation, lui demanda, lassée, de se mettre au piano. Bien plus intimidé que par un public de concert, il joua un adagio de Mozart. Mais sa timidité même, le trouble que son cœur commençait d'éprouver auprès de ces deux femmes, l'émotion ingénue qui gonflait sa poitrine, et le rendait heureux et malheureux ensemble, s'accordaient avec la tendresse et la pudeur juvénile de ces pages, et leur prêtaient un charme de printemps. Madame de Kerich en fut touchée; elle le dit avec l'exagération louangeuse, habituelle aux gens du monde; elle n'en était pas moins sincère, et l'excès même de l'éloge était doux, venant d'une aimable bouche. La maligne Minna se taisait, elle regardait avec étonnement ce garçon si stupide quand il parlait, et dont les doigts étaient si éloquents. Christophe sentait leur sympathie, et il s'enhardissait. Il continua de jouer; puis, se retournant à demi vers Minna, avec un sourire gêné, et sans lever les yeux:

—Voilà ce que je faisais sur le mur, dit-il timidement.

Il joua une petite œuvre, où il avait en effet développé les idées musicales qui lui étaient venues à sa place favorite, en regardant le jardin, non pas, à vrai dire, le soir où il avait vu Minna et madame de Kerich,—(il cherchait à se le persuader, pour quelles obscures raisons?)—mais bien des soirs avant; et l'on pouvait retrouver dans le balancement tranquille de cet andante con moto les impressions sereines des chants d'oiseaux et de l'endormement majestueux des grands arbres dans la paix du soleil couchant.

Ses deux auditrices l'écoutaient avec ravissement. Quand il eut fini, madame de Kerich se leva, lui prit les mains avec sa vivacité habituelle, et le remercia avec effusion. Minna battit des mains, cria que c'était «admirable», et que, pour qu'il composât encore d'autres œuvres aussi «sublimes» que celle-là, elle lui ferait mettre une échelle contre le mur, afin qu'il pût y travailler tout à son aise. Madame de Kerich dit à Christophe de ne pas écouter cette folle de Minna; elle le pria, puisqu'il aimait son jardin, d'y venir aussi souvent qu'il voudrait; et elle ajouta qu'il n'aurait même pas besoin de venir les saluer, si cela l'ennuyait.

—Vous n'avez pas besoin de venir nous saluer, trouva bon de répéter Minna. Seulement, si vous ne venez pas, gare à vous!

Elle agitait le doigt, d'un petit air menaçant.

Minna n'avait nullement un désir impérieux que Christophe lui fît visite, ni même qu'il s'astreignit envers elle aux règles de la politesse; mais il lui plaisait de produire un petit effet, que son instinct lui faisait juger charmant.

Christophe rougit de plaisir. Madame de Kerich acheva de le gagner par le tact avec lequel elle lui parla de sa mère et de son grand-père, qu'elle avait autrefois connu. L'affectueuse cordialité des deux femmes le pénétrait; il s'exagérait cette bonté facile, cette bonne grâce mondaine, par le désir qu'il avait de la croire profonde. Il se mit à raconter ses projets, ses misères, avec une naïve confiance. Il ne s'apercevait plus de l'heure qui passait, et il eut un sursaut d'étonnement, lorsqu'un domestique vint annoncer le dîner. Mais sa confusion se changea en bonheur, quand madame de Kerich lui dit de rester dîner avec elles, comme de bons amis qu'on allait être, qu'on était déjà. On lui mit son couvert entre la mère et la fille; et il donna une idée moins avantageuse de ses talents à table qu'au piano. Cette partie de son éducation avait été fort négligée; il était disposé à croire qu'à table, manger et boire étaient l'essentiel, que la façon n'importait guère. Aussi, la proprette Minna le regardait avec une moue scandalisée.

On comptait qu'aussitôt après le souper, il s'en irait. Mais il les suivit dans le petit salon, il s'assit avec elles, il ne songeait pas à partir. Minna étouffait des bâillements et faisait des signes à sa mère. Il ne s'en apercevait pas, parce qu'il était grisé de son bonheur et qu'il pensait que les autres étaient comme lui,—parce que Minna, en le regardant, continuait de jouer des prunelles, par habitude,—et enfin, parce qu'une fois assis, il ne savait plus comment se lever et prendre congé. Il serait resté toute la nuit, si madame de Kerich ne l'eût congédié, avec un aimable sans-façon.

Il partit, emportant en lui la lumière caressante des yeux bruns de madame de Kerich, des yeux bleus de Minna; il sentait sur sa main le fin contact des doigts délicats et doux comme des fleurs; et une subtile odeur, qu'il n'avait jamais encore respirée, l'enveloppait, l'étourdissait, le faisait défaillir.

Il revint deux jours après, comme ils en étaient convenus, pour donner une leçon de piano à Minna. À partir de ce moment, il venait régulièrement sous ce prétexte, deux fois par semaine, le matin; et bien souvent, il retournait le soir, pour faire de la musique et pour causer.

Madame de Kerich le voyait volontiers. C'était une femme intelligente et bonne. Elle avait trente-cinq ans, lorsqu'elle avait perdu son mari; et bien que jeune de corps et de cœur, elle s'était retirée sans regret du monde, où elle était fort lancée. Peut-être s'en séparait-elle d'autant plus facilement qu'elle s'y était beaucoup amusée et jugeait sainement qu'on ne peut à la fois avoir eu et avoir. Elle était attachée à la mémoire de monsieur de Kerich, non qu'elle eût eu pour lui, à aucun moment de son union, rien qui ressemblât à de l'amour: il lui suffisait d'une bonne amitié; elle avait des sens tranquilles et un esprit affectueux.

Elle s'était consacrée à l'éducation de sa fille; mais la même modération, qu'elle portait dans l'amour, atténuait ce que la maternité a souvent d'exalté et de maladif, quand l'enfant est le seul être sur qui la femme puisse reporter ses jalouses exigences d'aimer et d'être aimée. Elle chérissait Minna, mais la jugeait avec clarté et ne se dissimulait aucune de ses imperfections, pas plus qu'elle ne cherchait à se faire illusion sur elle-même. Spirituelle, sensée, elle avait un regard infaillible pour découvrir du premier coup d'œil le faible et le ridicule de chacun; elle y trouvait plaisir, sans l'ombre de méchanceté; car elle était aussi indulgente que railleuse, et, tout en s'amusant des gens, elle aimait à leur rendre service.

Le petit Christophe fournit à sa bonté et à son esprit critique une occasion de s'exercer. Durant les premiers temps de son séjour dans la ville, où son grand deuil la tenait à l'écart de la société, Christophe lui fut une distraction. Par son talent, d'abord. Elle aimait la musique, quoique n'étant pas musicienne; elle y trouvait un bien-être physique et moral, où sa pensée s'engourdissait paresseusement dans une agréable mélancolie. Assise auprès du feu,—tandis que Christophe jouait,—un ouvrage dans les mains, et souriant vaguement, elle goûtait une jouissance muette au va-et-vient machinal de ses doigts, et aux mouvements incertains de sa rêverie, flottant parmi les images tristes ou douces du passé.

Mais plus encore qu'à la musique, elle s'intéressait au musicien. Elle était assez intelligente pour sentir les rares dons de Christophe, bien qu'elle ne fût pas capable de discerner son originalité véritable. Elle se plaisait curieusement à surveiller l'éveil de cette flamme mystérieuse, qu'elle voyait poindre en lui. Elle avait vite apprécié ses qualités morales, sa droiture, son courage, cette sorte de stoïcisme, si touchant chez un enfant. Elle ne l'en regardait pas moins avec la perspicacité ordinaire de ses yeux fins et moqueurs. Elle s'amusait de sa gaucherie, de sa laideur, de ses petits ridicules; elle ne le prenait pas tout à fait au sérieux (elle ne prenait pas grand'chose au sérieux). Les saillies bouffonnes, les violences, l'humeur fantasque de Christophe, lui faisaient croire d'ailleurs qu'il n'était pas très bien équilibré; elle voyait en lui un de ces Krafft, qui étaient de braves gens et de bons musiciens, mais tous un peu toqués.

Cette légère ironie échappait à Christophe; il ne sentait que la bonté de madame de Kerich. Il était si peu habitué à ce qu'on fût bon pour lui! Bien que ses fonctions au palais le missent en contact journalier avec le monde, le pauvre Christophe était resté un petit sauvage, sans instruction et sans éducation. L'égoïsme de la cour ne s'occupait de lui que pour tirer profit de son talent, sans chercher à lui servir en rien. Il venait au palais, se mettait au piano, jouait, et s'en allait, sans que jamais personne se donnât la peine de causer avec lui, si ce n'était pour lui faire quelque compliment distrait. Personne, depuis la mort du grand-père, ni à la maison, ni au dehors, n'avait eu la pensée de l'aider s'instruire, à se conduire dans la vie, à devenir un homme. Il souffrait de son ignorance et de sa grossièreté de manières. Il suait sang et eau pour se former tout seul; mais il n'y arrivait pas. Les livres, les entretiens, les exemples, tout lui manquait. Il lui eût fallu avouer sa détresse à un ami, et il ne pouvait s'y décider. Même avec Otto, il n'avait pas osé, parce qu'aux premiers mots qu'il avait hasardés, Otto avait pris un ton de supériorité dédaigneuse, qui lui avait été comme une brûlure de fer rouge.

Et voici qu'avec madame de Kerich, tout devenait aisé. D'elle-même, sans qu'il fût besoin de lui demander rien—(il en coûtait tellement à l'orgueil de Christophe!)—elle lui remontrait doucement ce qu'il ne fallait pas faire, l'avertissait de ce qu'il fallait faire, lui donnait des conseils sur la façon de s'habiller, de manger, de marcher, de parler, ne lui laissait passer aucune faute d'usage, de goût ou de langage; et il était impossible d'en être blessé, tant sa main était légère et attentive à ménager cet amour-propre ombrageux d'enfant. Elle fit aussi son éducation littéraire, sans avoir l'air d'y toucher: elle ne semblait pas s'étonner de ses étranges ignorances; mais elle ne négligeait aucune occasion de relever ses erreurs, simplement, tranquillement, comme s'il était tout naturel que Christophe se fût trompé; au lieu de l'effaroucher par des leçons pédantes, elle avait imaginé d'occuper leurs réunions du soir, en faisant lire à Minna ou à lui de belles pages d'histoire, ou des poètes allemands et étrangers. Elle le traitait en enfant de la maison, avec quelques petites nuances de familiarité protectrice, qu'il n'apercevait pas. Elle s'occupait même de ses vêtements, elle les lui renouvelait, elle lui tricotait un cache-nez de laine, elle lui faisait présent de menus objets de toilette, et avec tant de gentillesse qu'il ne se sentait pas gêné de ces soins et de ces cadeaux. Bref, elle avait pour lui ces petites attentions et cette sollicitude quasi maternelle, que toute bonne femme a d'instinct pour tout enfant qui lui est confié, sans qu'il soit nécessaire qu'elle éprouve pour lui un sentiment profond. Mais Christophe croyait que cette tendresse s'adressait à lui personnellement, et il se fondait en reconnaissance; il avait des effusions brusques et passionnées, qui semblaient un peu ridicules à madame de Kerich, mais qui ne laissaient point de lui faire plaisir.

「ぼくは行かない。」とクリストフは言いきった。

「なんです!」とルイザは叫んだ。「行くと言っておいたよ。」

クリストフは母に言い逆らった。自分の関係もないことにおせっかいするのを彼女に非難した。

「下男の人が返事を待っていたんだよ。今日はちょうどお前は暇ひまだと、私は言っておいた。その時間には、お前は何も用がないでしょう。」

クリストフはいたずらに怒りたって、行かないと言い張ったが、しかしもうこうなっては遁のがれるわけにはゆかなかった。招待の時間が来ると、顔をしかめながら身支度をした。しかし心の底では、偶然の機会で自分のひねくれた考えを枉まげなければならないのを、別に厭いやだとも思ってはいなかった。

ケリッヒ夫人は、庭の壁の上から髪の乱れた頭をつき出していたあの粗野な少年を、演奏会のピアニストだと難なく見てとった。彼女は近くの人たちに聞きただした。そしてクリストフの健気けなげな苦しい生活を知って、彼に同情を寄せ、彼と話をしてみたい好奇心を起こしたのである。

クリストフはおかしなフロックを着飾り、田舎いなか牧師のような様子になって、ひどくおずおずしながら夫人の家へやって来た。初めて見られたあの日には、夫人たちは自分の顔立を見分けるだけの隙ひまをもたなかったろうと、彼はしいて思い込もうとした。足音もしないような絨氈じゅうたんをしきつめた長い廊下を通って、ある室の中に召使から案内された。室のガラス戸は庭に向いていた。その日は冷たい小雨が降っていた。暖炉には盛んな火が燃えていた。霧に包まれた木立の濡れた姿が窓越しにほの見えていたが、その窓のそばに、二人の婦人はすわっていた。ケリッヒ夫人は膝ひざに編物をのせ、娘は膝に書物をひらいて読んでいた。そこへクリストフははいって行った。二人は彼の姿を見て、ちらと人の悪い眼配せをした。

「あのことを知ってるんだな、」とクリストフは当惑しながら考えた。

彼は一生懸命で無格好なお辞儀をした。
ケリッヒ夫人は快活な微笑を浮べて、彼に手を差出した。

「今日は。」と彼女は言った。「お目にかかって嬉しゅう存じます。音楽会であなたの演奏をお聞きしてから、それがどんなに楽しかったか申上げたいと思っておりましたの。そしてそれを申上げるには、あなたをお招きするほかに道がなかったのですもの。そういうことをしましたのを、お許しくださいましょうね。」

それらの親切で平凡な言葉のうちには、皮肉な鉾先ほこききが少し隠されてはいたけれども、たいへん慇懃いんぎんな調子がこもっていたので、クリストフは安堵あんどの念を覚えた。

「あのことを知らないんだな、」と彼はほっとして考えた。

ケリッヒ夫人は娘をさし示した。娘は書物を閉じて、クリストフをもの珍しそうに眺めていた。

「娘のミンナでございます、」と彼女は言った、「たいへんお目にかかりたがっていました。」

「でもお母様、」とミンナは言った、「初めてお目にかかったんではありませんわ。」

そして彼女は放笑ふきだした。

「あのことを知られたんだな、」とクリストフはがっかりして考えた。

「ほんとに、」ケリッヒ夫人も笑いながら言った、「私どもが着きました日に、お訪ねくださいましたね。」

その言葉をきいて、娘はますます笑った。そしてクリストフがいかにもものあわれな様子をしたので、ミンナはそれを見ると、なお激しく笑った。まるで狂人笑いだった。あまり笑って涙を流していた。ケリッヒ夫人はそれをやめさせようとしたが、自分でも笑いを押えることができなかった。クリストフは当惑していたが、それでも笑いに感染してしまった。彼女らの上機嫌きげんは押えることのできないもので、それを怒るわけにはゆかなかった。しかしミンナが息をつきながら、壁の上でいったい何をしていたのかと彼に尋ねた時、彼はまったく度どを失ってしまった。彼女は彼の困惑を面白がった。

彼はすっかりまごついて口ごもった。ケリッヒ夫人は彼を助けて、お茶を出しながら話頭を転じてくれた。

夫人は親しげに日常のことを彼に尋ねた。しかし彼は心が落着いていなかった。どうすわっていいかもわからないし、引っくり返りそうな茶碗ちゃわんをどうもっていいかもわからなかった。水や牛乳や砂糖や菓子を出されるたびごとに、急いで立ち上がって、丁寧にお辞儀をしなければならないような気がした。しかも、フロックやカラーや襟飾りなどの中に、しめつけられ堅くなって、甲羅こうらの中にでもはいったようで、右にも左にもふり向くだけの元気がなく、また実際ふり向くことができず、ケリッヒ夫人のやたらな質問や、その繁多な作法に、すっかりおびえてしまい、ミンナの視線が、自分の顔立や手や動作や着物に、じっと注がれてるのを感じて、すくんでしまっていた。さらに彼女らは――ケリッヒ夫人はそのくだくだしい言葉で――ミンナは面白半分に媚こびを含んだ流し目を使って――彼を気楽にさせようとしていっそう彼をどぎまぎさせた。

ついに彼女らは、お辞儀と単語をしか彼から引出しえないので、諦あきらめてしまった。ケリッヒ夫人は一人で会話を引受けていたが、それにも倦あきて、ピアノについてくれとたのんだ。彼は音楽会の聴衆にたいするよりもいっそうはにかみながら、モーツァルトのアダジオをひいた。しかし彼のはにかみや、二人の婦人のそばで彼の心が感じ始めていた不安や、彼の胸を満して彼を同時に嬉うれしくまた悲しくなしていた純朴な情緒などは、その曲に含まれてる情愛と初心うぶな羞恥しゅうちとに調子を合わして、その曲に青春の魅力を添えた。ケリッヒ夫人は心を動かされた。社交界の人々にありがちな誇張した賛辞で、感動した由よしを述べた。それでも彼女は、不真面目ふまじめに言ってるのではなかった。そしてその過度の賞賛も、やさしい婦人の口から出ると快いものであった。人の悪いミンナは黙っていた。その少年を、口をきく時にはあんなにへまであるが、かくも雄弁な指をもってるその少年を、驚いて眺めていた。クリストフは彼女らの好感を感じて、元気になってきた。彼はなおひきつづけた。それから、半ばミンナの方へふり向いて、きまり悪げな微笑を浮べ、眼を伏せたまま、おずおず言った。

「あの壁の上で、こんなものを作っていたんです。」

彼は小曲を弾ひいた。実際その中には、庭を眺めながらあの好きな場所にいる時、頭に浮かんできた楽想がくそうが、展開されていた。しかし事実をいえば、その楽想が浮かんだのは、ミンナとケリッヒ夫人とを見た夕――(彼はどういうわけかむりにそうだと思い込もうとしていたが)――ではなくて、それ以前の幾多の夕にであった。そしてこのアンダンテ・コン・モトの静かな揺ぎのうちには、夕日の平和の中にある大木の厳おごそかな仮睡や小鳥の歌などの、朗らかな印象が見出せるのであった。

二人の聴き手は、恍惚こうこつとして耳を傾けていた。彼がひき終ると、ケリッヒ夫人は立ち上がって、例の活発さで彼の手を取り、心から熱く感謝した。ミンナは手をたたいて、「すばらしいもの」と叫び、そんな「気高い」作を彼がもっと作るために、勝手に製作できるように、壁に梯子はしごをかけさせようと言い出した。ケリッヒ夫人は、途方もないミンナの言うことなんか本気で聞いてはいけないと、クリストフに言った。そして、庭が好きなら、来たいだけ幾度でも来るようにと願った。そして挨拶あいさつに来るのが厭なら、それにも及ばないと言い添えた。

「挨拶にいらっしゃるには及びませんわ。」とミンナはわざわざくり返して言った。「ただ、もし来てくださらないと、覚えていらっしゃいよ!」
彼女はかわいいおどかしの様子で指先を動かした。

ミンナはクリストフに来てもらいたいとも、または自分にたいして礼儀を守ってもらいたいとも、別に望んではいなかった。しかし彼にちょっと影響を与えるのが気持よかった。そういうことを彼女は本能的に面白いと思っていた。

クリストフは嬉うれしくて真赤になった。ケリッヒ夫人は、彼にその母のことや、昔知っていた祖父のことなどを、巧妙に話しかけて、ついに彼の心を奪ってしまった。二人の婦人の懇篤こんとくな温情は、彼の身にしみ込んだ。彼はそのうちとけた好意を、その社交的な愛想を、真面目まじめなものだと信じたい心から、誇大して感じた。そして無邪気な隔てなさをもって、自分の抱負や惨みじめな境遇を語りだした。もはや時間の過ぎるのも気づかなかった。そして召使が食事を知らせに来た時、驚いて飛び上がった。けれども、今後仲のいい友だちになるのだから、いやすでになってるのだから、いっしょに食事をしてゆくようにと、ケリッヒ夫人に言われた時、彼の恐縮は幸福に変わった。彼の食席は母と娘との間に設けられた。ピアノよりも食卓の腕前の方がずっとまずいと、一同から判断された。この方面の彼の教養はひどく閑却されていた。食卓では、飲食が肝心なことで、作法なんかは重大なことではないと、信じてる傾きがあった。それできれい好きなミンナは、むっとしたしかめ顔で彼を眺めていた。

食事の後には彼はすぐ辞し去ることと、皆は予期していた。しかし彼は二人の後について、小さな客間にいり、いっしょにすわり込んで、帰ることは頭に浮べてもいなかった。ミンナは欠伸あくびをかみつぶして、母の方に合図をした。彼はそれに気づかなかった。幸福に酔ってしまって、皆も自分と同じ心地だと――なぜなら、ミンナは彼を眺めながら、やはりいつもの癖で流し目を使っていたから――考えていたし、また、一度すわり込むともう、どういうふうに立上がって暇いとまを告げていいものかわからなかった。もしケリッヒ夫人が、遠慮のないしかもやさしいとりなしで、彼を帰らしてやらなかったら、彼は夜通しそこに留っていたかもしれなかった。

彼は帰ってゆきながら、ケリッヒ夫人の褐色の眼とミンナの青い眼との、やさしみのある光を心にいだいていた。手の上には、花のように繊麗せんれいな指先の、こまやかな接触を感じていた。そしていまだかつて嗅かいだことのない美妙な香かおりに、包み込まれ、恍惚うっとりとなり、ほとんど気を失いかけていた。

次の日に、約束のとおり、彼はミンナにピアノを教えに来た。それ以来彼は、稽古けいこを口実にして、きまって一週に二回ずつ、午前中にやって来た。そして音楽をひいたり話をしたりして、夕方もどることもしばしばだった。

ケリッヒ夫人は快く彼に会っていた。彼女は怜悧れいりな親切な女であった。夫を失った時は三十五歳だった。そして身も心も若かったが、深くはいり込んでいた社交界から惜気おしげもなく退いてしまった。おそらく彼女は、そこで非常に面白い目に会ってきたし、また、味わいつくしておいてなお味わうことはできないという健全な考えをいだいていたので、たやすく隠退することができたのであろう。彼女はケリッヒ氏の追想に愛着していた。けれども、いっしょに生活していた間、愛に似た感情を彼にたいしていだいたことがあるのではなかった。彼女には善良な友情だけで十分だった。彼女は冷静な官能とやさしい精神とをもっていた。

彼女は娘の教育に一身をささげていた。愛し愛されようという妬ねたみ深い女の要求が、ただその子供をのみ対象とするようになると、母親というものは往々過激な病的なところを帯びてくるものであるが、ケリッヒ夫人が愛についてもっていた節度は、それをよく軽減していた。彼女はミンナを愛撫あいぶしていたが、しかし明確な判断をミンナにくだして、その欠点を一つも見落そうとしなかったし、実際以上の幻をかけようなどとはさらにしなかった。明敏で賢い彼女は、的確な眼をもっていて、人の弱点や滑稽こっけいな点を一目に見てとることができた。悪意は少しもなかったが、それを見てとるのを愉快がっていた。彼女は嘲弄ちょうろう的な気質と寛大な気質とをともに具えていたのである。そして人を揶揄やゆしながらも、人の世話をするのが好きだった。

少年のクリストフは、彼女の親切と批評的精神とに活動の機会を与えた。彼女がこの小都会へやって来た初めのうちは、大喪たいそうのために社会から遠ざかっていたので、クリストフが気晴らしの種となった。第一には彼のすぐれた技倆からであった。彼女は音楽家ではなかったけれども、音楽を愛していた。音楽に肉体的のまた精神的の安楽を見出し、その安楽のうちで彼女の思念は、快い憂愁の中に懶ものうく浸り込んでゆくのだった。暖炉のそばにすわり――クリストフが演奏してる間――編物を手にし、ぼんやり微笑ほほえみながら、機械的に編物の指を働かせることに、また、過去のあるいは悲しいあるいは楽しい面影の間に漂っている、自分の夢想の定かならぬ揺めきに、黙々たる愉悦を味わった。

しかし彼女は音楽よりも、その音楽家の方にいっそう興味を覚えていた。彼女はかなり怜悧れいりで、たといクリストフの真の独創の才を見分けることはできなかったにしろ、その稀有けうな天稟てんぴんを感ずることができた。彼のうちにその不思議な炎がきざしてるのを見て、それが燃え出す様子を見守ることに、好奇な快さを感じた。また彼の精神上の長所、すなわちその方正、その勇気、子供としては感嘆すべき一種の堅忍などを、彼女はすぐに見てとった。それでも彼女はやはり、精緻せいちな嘲弄的な眼のいつもの鋭敏さで、彼を眺めてやめなかった。彼の無器用さ、醜さ、ちょっとした滑稽こっけいなことなどを、面白がっていた。まったく彼を真面目まじめには考えてなかった(彼女はたいていなことを真面目には考えないのであった)。そのうえ彼女は、クリストフのおかしな客気かっきや、乱暴や、架空的な気分などを見て、彼があまり平衡のとれた人間ではないと思っていた。りっぱな人たちでありいい音楽家でありながら、皆多少狂気きちがいじみたところのあるクラフト家の一人を、彼女は彼のうちに認めていた。

その軽い皮肉は、クリストフの眼にとまらなかった。彼はケリッヒ夫人の親切のみを感じた。彼は人から親切にされることにはあまり慣れていなかった。宮邸における職務上、日々社交界に接触はしていたけれども、あわれなクリストフはいまだに訓練も教育もない荒くれた子供のままだった。利己的な宮廷の人々は、彼の才能を利用することばかり考えて、世話をしてやろうとは少しも考えていなかった。彼は宮邸へやって来、ピアノにつき、演奏し、そして帰ってゆくきりで、口先ばかりのお世辞を言われる以外には、だれからも話しかけられもしなかった。祖父が死んで以来、家でも外でも、だれ一人として、彼が物を学び世に処し一人前の男になろうとするのを、助けてやろうと考える者もなかった。彼は自分の無知と粗雑な身ごなしとを苦にしていた。血水を流して一人で修養していた。しかしうまくゆかなかった。書物、談話、実例、すべてが不足していた。自分の悩みを友にでも打明けるべきだったが、それを決行することもできなかった。オットーにさえもそれをしかねた。なぜなら、彼が少し言い出してみると、オットーは軽蔑するような優越的な調子になって、それが彼には赤熱した鉄で焼かれるような気がしたのである。

そして今、ケリッヒ夫人といっしょにいると、すべてが気楽にいった。彼女の方から、彼が尋ねる――(クリストフの自負心にとっては尋ねるのが非常につらかった)――のを待つまでもなく、していけないことを穏かに示してくれ、なすべきことを知らしてくれ、服のつけ方や、食べ方や、歩き方や、話し方などを、いろいろ注意してくれ、習慣や趣味や言葉の誤りを、一つもそのままに捨てておかなかった。彼はそれに気を悪くすることができなかった。それほど彼女の手は、少年の疑り深い自尊心を繰縦するのに、軽妙で用心深かった。彼女はまた、それとなく彼に文学上の教育を施してやった。彼の不思議なほどの無学に、驚いてるような様子は見せなかった。けれども、いかなる機会をものがさないで、しかも単純に穏かに、クリストフが間違えるのは当然ででもあるかのように、その誤謬ごびゅうを指摘した。衒学げんがく的な教え方で彼の気を害することなく、ただ晩にいっしょになるようなおりに、歴史の面白い部分や、あるいはドイツや外国の詩人のいい詩などを、ミンナに読ましたり彼に読ましたりして、時間を過ごすようにした。彼女は彼を自分の家の子供同様に取扱った。それにはいくらか、保護者的ななれなれしい調子がこもってもいたが、彼は少しも気づかなかった。彼女は彼の服装の世話までして、服を新しく縫い直してやり、毛の襟巻えりまきを編んでやり、こまごました化粧道具を与え、しかも彼にそれらの世話や贈物を少しもきまり悪く感じさせなかったほど、愛想よくしてやった。すべて親切な婦人は、自分の手に託された子供にたいしては、別に深い感情を感じないでも、ただ本能的に、細かな注意を向けほとんど母親らしい世話をしてやるものであるが、ケリッヒ夫人も要するに、彼にたいしてそうだったのである。しかしクリストフは、それらの愛情がとくに自分の身に向けられてるものであると信じて、感謝の念にたえなかった。彼はよく突然ののぼせきった感激に駆られた。ケリッヒ夫人はそれを多少滑稽こっけいにも思ったが、それでも快い感じを受けないではなかった。

 

Avec Minna, les rapports étaient autres. Quand Christophe l'avait revue pour sa première leçon, tout enivré encore des souvenirs de la veille et des regards caressants de la fillette, il avait été surpris de trouver une petite personne entièrement différente de celle qu'il avait vue, quelques heures auparavant. Elle le regardait à peine, n'écoutait pas ce qu'il disait; et, lorsqu'elle levait les yeux vers lui, il y lisait une froideur si glaciale qu'il en était saisi. Il se tourmenta longtemps pour savoir en quoi il avait pu l'offenser. Il ne l'avait offensée en rien; et les sentiments de Minna ne lui étaient ni moins, ni plus favorables, aujourd'hui qu'hier: aujourd'hui comme hier, Minna avait pour lui une parfaite indifférence. Si, la première fois, elle s'était mise en frais de sourires pour le recevoir, c'était par une coquetterie instinctive de petite fille, qui s'amuse à essayer le pouvoir de ses yeux sur le premier venu, fût-il un chien coiffé, qui s'offre à son désœuvrement. Mais dès le lendemain, cette conquête trop facile n'avait plus aucun intérêt pour elle. Elle avait sévèrement observé Christophe; et elle l'avait jugé un garçon laid, pauvre, mal élevé, qui jouait bien du piano, mais qui avait de vilaines mains, qui tenait sa fourchette à table d'une façon abominable, et qui coupait le poisson avec son couteau. Il lui paraissait donc fort peu intéressant. Elle voulait bien prendre des leçons de piano avec lui; elle consentait même à s'amuser avec lui, parce qu'elle n'avait pas d'autre compagnon pour le moment, et que, malgré ses prétentions à n'être plus une enfant, il lui venait par bouffées un besoin fou de dépenser son trop-plein de gaieté, que surexcitait, comme chez sa mère, la contrainte imposée par le deuil récent. Mais elle ne se souciait pas plus de Christophe que d'un animal domestique; s'il lui arrivait encore, dans ses jours de pire froideur, de lui faire les doux yeux, c'était par pur oubli, et parce qu'elle pensait à autre chose,—ou bien, tout simplement, pour n'en pas perdre l'habitude. Le cœur de Christophe bondissait, quand elle le regardait ainsi. Et c'est à peine si elle le voyait: elle se racontait des histoires. Cette jeune personne était à l'âge où l'on se caresse les sens avec des rêves agréables et flatteurs. Elle pensait constamment à l'amour, avec un grand intérêt et une curiosité qui n'était innocente que par son ignorance. D'ailleurs, elle n'imaginait l'amour, en demoiselle bien élevée, que sous l'espèce du mariage. La forme de son idéal était loin d'être fixée. Tantôt elle rêvait d'épouser un lieutenant, tantôt un poète dans le genre sublime et correct, à la Schiller. Un projet démolissait l'autre; et le dernier venu était toujours accueilli avec le même sérieux et une égale conviction. Les uns et les autres étaient tout prêts à céder le pas à une réalité avantageuse. Car il est remarquable de voir avec quelle aisance les jeunes filles romanesques oublient leurs rêves, quand une apparence moins idéale, mais plus sûre, vient se présenter à elles.

Au demeurant, la sentimentale Minna était tranquille et froide. En dépit de son nom aristocratique et de la fierté que lui donnait sa particule nobiliaire, elle avait une âme de petite ménagère allemande, à l'âge exquis de l'adolescence.

Christophe ne comprenait naturellement rien au mécanisme compliqué,—plus compliqué en apparence qu'en réalité,—du cœur féminin. Il était souvent dérouté par les façons de ses belles amies; mais il était si heureux de les aimer qu'il leur faisait crédit de tout ce qui chez elles l'inquiétait et l'attristait un peu, afin de se persuader qu'il en était aimé autant qu'il les aimait. Un mot ou un regard affectueux le plongeait dans le ravissement. Il en était si bouleversé parfois qu'il avait des crises de larmes.

Assis devant la table, dans le tranquille petit salon, à quelques pas de madame de Kerich, qui cousait à la lueur de la lampe...—(Minna lisait de l'autre côté de la table; ils ne se parlaient pas: par la porte entr'ouverte du jardin, on voyait le sable de l'allée briller au clair de lune; un murmure léger venait des cimes des arbres...)—il se sentait le cœur gonflé de bonheur. Brusquement, sans raison, il sautait de sa chaise, se jetait aux genoux de madame de Kerich, lui saisissait la main, armée ou non de l'aiguille, et la couvrait de baisers, y appuyait sa bouche, ses joues, ses yeux en sanglotant. Minna levait les yeux de son livre, et haussait légèrement les épaules, en faisant sa petite moue. Madame de Kerich regardait en souriant le grand garçon qui se roulait à ses pieds, et elle lui caressait la tête de sa main restée libre, en disant de sa jolie voix, affectueuse et ironique:

—Eh bien, mon grand bêta, eh bien! qu'est-ce qu'il y a donc?

Ô la douceur de cette voix, de cette paix, de ce silence, de cette atmosphère délicate, sans cris, sans heurts, sans rudesse, de cette oasis au milieu de la rude vie, et,—lumière héroïque, dorant de ses reflets les objets et les êtres,—de ce monde enchanté qu'évoquait la lecture des divins poètes, Gœthe, Schiller, Shakespeare, torrents de force, de douleur et d'amour!...

Minna lisait, la tête penchée sur le livre, la figure légèrement colorée par l'animation du débit, avec sa voix fraîche, qui zézayait un peu et tâchait de prendre un ton important, quand elle parlait au nom des guerriers et des rois. Parfois, madame de Kerich prenait elle-même le livre; elle prêtait alors aux actions tragiques la grâce spirituelle et tendre de son être; mais, le plus souvent, elle écoutait, renversée dans son fauteuil, son éternel ouvrage sur ses genoux; elle souriait à sa propre pensée:—car c'était toujours elle qu'elle retrouvait au fond de toutes les œuvres.

Christophe aussi avait essayé de lire; mais il avait dû y renoncer: il ânonnait, s'embrouillait dans les mots, sautait les ponctuations, semblait ne rien comprendre, et était si ému qu'il devait s'arrêter aux passages pathétiques, sentant venir les larmes. Alors, dépité, il jetait le livre sur la table; et ses deux amies riaient aux éclats... Combien il les aimait! Il emportait partout leur image avec lui, et cette image se mêlait à celles des figures de Shakespeare et de Gœthe. Il ne les distinguait presque plus les unes des antres. Telle suave parole du poète, qui éveillait jusqu'au fond de son être des frémissements passionnés, ne se séparait plus pour lui de la chère bouche qui la lui avait fait entendre pour la première fois. Vingt ans plus tard, il ne pourra relire ou voir jouer Egmont ou Romeo, sans que surgisse à certains vers le souvenir de ces calmes soirées, de ces rêves de bonheur, et les visages aimés de madame de Kerich et de Minna.

Il passait des heures à les regarder, le soir, quand elles lisaient,—la nuit, quand il rêvait, dans son lit, éveillé, les yeux ouverts,—le jour, quand il rêvait, au pupitre d'orchestre, jouant machinalement, les paupières à demi closes. Il avait pour toutes deux la plus innocente tendresse; et, ne connaissant pas l'amour, il se croyait amoureux. Mais il ne savait pas au juste s'il l'était de la mère ou de la fille. Il s'interrogeait gravement, et ne savait laquelle choisir. Cependant, comme il lui semblait qu'il fallait se décider à tout prix, il penchait pour madame de Kerich. Et en effet il découvrit, aussitôt après avoir pris ce parti, que c'était elle qu'il aimait. Il aimait ses yeux intelligents, le sourire distrait de sa bouche entrouverte, son joli front d'un caractère si jeune, avec la raie de côté dans les cheveux fins et lisses, sa voix un peu voilée, avec sa petite toux, ses mains maternelles, l'élégance de ses mouvements, et son âme inconnue. Il frissonnait de bonheur, quand, assise auprès de lui, elle lui expliquait avec bonté un passage d'un livre qu'il ne comprenait pas: elle appuyait sa main sur l'épaule de Christophe; il sentait la tiédeur de ses doigts, son haleine sur sa joue, et le doux parfum de son corps; il écoutait dans l'extase, ne pensait plus au livre, et ne comprenait rien. Elle s'en apercevait, elle lui demandait de répéter ce qu'elle avait dit: il restait muet; elle se fâchait en riant, et lui poussait le nez dans son livre, en lui disant qu'il ne serait jamais qu'un petit âne. À quoi il répliquait que cela lui était égal, pourvu qu'il fût son petit âne, et qu'elle ne le chassât pas de chez elle. Elle feignait de faire des difficultés; puis elle disait que, bien qu'il fût un vilain petit âne, fort stupide, elle consentait à le garder,—et peut-être même à l'aimer,—quoiqu'il ne fût bon à rien, si au moins il était bon tout court. Alors ils riaient tous deux, et il nageait dans la joie.

Depuis qu'il avait découvert qu'il aimait madame de Kerich, Christophe se détachait de Minna. Il commençait à être irrité de sa froideur dédaigneuse; et comme, à force de la voir, il s'était enhardi peu à peu à reprendre avec elle sa liberté de manières, il ne lui cachait pas sa mauvaise humeur. Elle aimait à le piquer, et il répliquait vertement. Ils se disaient des choses désagréables, dont madame de Kerich ne faisait que rire. Christophe, qui n'avait pas le dessus dans cette joute de parole, sortait parfois si exaspéré qu'il croyait détester Minna; il se persuadait qu'il ne revenait chez elle qu'à cause de madame de Kerich.

Il continuait à lui enseigner le piano. Deux fois par semaine, le matin, de neuf heures à dix heures, il surveillait les gammes et les exercices de la fillette. La chambre où ils se tenaient était le studio de Minna. Curieuse salle de travail, qui reflétait avec une fidélité amusante le fouillis baroque de ce petit cerveau féminin.

Sur la table, de minuscules statuettes de chats musiciens,—tout un orchestre,—l'un jouant du violon, l'autre du violoncelle, une petite glace de poche, des objets de toilette, et des objets pour écrire, parfaitement rangés. Sur l'étagère, des bustes microscopiques de musiciens: Beethoven renfrogné, Wagner avec son béret, et l'Apollon du Belvédère. Sur la cheminée, à côté d'une grenouille fumant une pipe de roseau, un éventail en papier, sur lequel était peint le théâtre de Bayreuth. Dans la bibliothèque à deux rayons, quelques livres: Lübke, Mommsen, Schiller, Sans famille, Jules Verne, Montaigne. Aux murs, de grandes photographies de la Vierge Sixtine et de tableaux de Herkomer: elles étaient bordées de rubans bleus et verts. Il y avait aussi une vue d'hôtel suisse, dans un cadre de chardons argentés; et surtout, une profusion, partout, dans tous les coins de la chambre, de photographies d'officiers, de ténors, de chefs d'orchestre, d'amies,—toutes avec des dédicaces, presque toutes avec des vers, ou du moins, avec ce qu'on est convenu, en Allemagne, d'appeler des vers. Au milieu de cette pièce, sur un socle de marbre, trônait le buste de Brahms barbu; et, au-dessus du piano, se balançaient au bout d'un fil de petits singes en peluche et des souvenirs de cotillon.

Minna arrivait en retard, les yeux encore gonflés de sommeil, l'air boudeur; elle tendait à peine la main à Christophe, disait un froid bonjour, et, muette, grave et digne, allait s'asseoir au piano. Quand elle était seule, elle ses plaisait à faire d'interminables gammes: car cela lui permettait de prolonger agréablement son état de demi-sommeil et les rêves qu'elle se contait. Mais Christophe l'obligeait à fixer son attention sur des exercices difficiles: aussi, pour se venger, elle s'ingéniait quelquefois à jouer le plus mal qu'elle pouvait. Elle était assez musicienne, mais n'aimait pas la musique,—comme beaucoup d'Allemandes. Mais, comme beaucoup d'Allemandes, elle croyait devoir l'aimer; et elle prenait ses leçons assez consciencieusement, à part quelques moments de malice diabolique, pour faire enrager son maître. Elle le faisait enrager bien davantage par l'indifférence glaciale avec quoi elle s'appliquait. Le pire était quand elle imaginait qu'il était de son devoir de mettre de l'âme dans un passage d'expression: elle devenait sentimentale, et elle ne sentait rien.

Le petit Christophe, assis auprès d'elle, n'était pas très poli. Il ne lui faisait jamais de compliments: loin de là. Elle lui en gardait rancune, et ne laissait passer aucune de ses observations, sans réplique. Elle discutait tout ce qu'il disait; quand elle se trompait, elle s'obstinait à soutenir qu'elle jouait ce qui était marqué. Il s'irritait, et ils continuaient à échanger des impertinences. Les yeux baissés sur les touches, elle observait Christophe et jouissait de sa fureur. Pour se désennuyer, elle inventait de petites ruses stupides, qui n'avaient d'autre objet que d'interrompre la leçon et d'agacer Christophe. Elle feignait de s'étrangler, pour se rendre intéressante; elle avait une quinte de toux, ou bien elle avait quelque chose de très important à dire à la femme de chambre. Christophe savait que c'était de la comédie; et Minna savait que Christophe savait que c'était de la comédie; et elle s'en amusait: car Christophe ne pouvait lui dire ce qu'il pensait.

Un jour qu'elle se livrait à ce divertissement, et qu'elle toussotait languissamment, le museau caché dans son mouchoir, comme si elle était près de suffoquer, guettant du coin de l'œil Christophe exaspéré, elle eut l'idée ingénieuse de laisser tomber le mouchoir, pour forcer Christophe à le ramasser: ce qu'il fit de la plus mauvaise grâce du monde. Elle l'en récompensa d'un «Merci!» de grande dame, qui faillit le faire éclater.

Elle jugea ce jeu trop bon pour ne pas le redoubler. Le lendemain, elle recommença. Christophe ne broncha pas: il bouillait de colère. Elle attendit un moment, puis dit d'un ton dépité:

—Voudriez-vous, je vous prie, ramasser mon mouchoir?

Christophe n'y tint plus.

—Je ne suis pas votre domestique! cria-t-il grossièrement. Ramassez-le vous-même!

Minna fut suffoquée. Elle se leva brusquement de son tabouret, qui tomba:

—Oh! c'est trop fort, dit-elle, tapant rageusement sur le clavier. Elle sortit furieuse.

Christophe l'attendit. Elle ne revint pas. Il avait honte de son action: il sentait qu'il s'ôtait conduit comme un petit goujat. Aussi, il était à bout, elle se moquait de lui avec trop d'effronterie! Il craignit que Minna ne se plaignît à sa mère et qu'il ne se fût aliéné pour toujours l'esprit de madame de Kerich. Il ne savait que faire; car, s'il regrettait sa brutalité, pour rien au monde il n'eût demandé pardon.

Il revint à tout hasard le lendemain, quoiqu'il pensât que Minna refuserait de prendre sa leçon. Mais Minna, qui était trop fière pour se plaindre, Minna, dont la conscience n'était pas d'ailleurs à l'abri de tout reproche, reparut, après s'être fait attendre cinq minutes de plus qu'à l'ordinaire; et elle alla s'asseoir devant le piano, droite, raide, sans tourner la tête, ni prononcer un mot, comme si Christophe n'existait pas. Elle n'en prit pas moins sa leçon et toutes les leçons suivantes, parce qu'elle savait fort bien que Christophe se connaissait en musique et qu'elle devait apprendre à jouer proprement du piano, si elle voulait être—ce qu'elle prétendait être: une demoiselle bien née, d'une éducation accomplie.

Mais qu'elle s'ennuyait! Qu'ils s'ennuyaient tous deux!

ミンナとの関係はまったく違っていた。クリストフは、前日の思い出と娘のやさしい眼付とになお心酔いながら、初めて稽古けいこを授けるために、ふたたび彼女に会った時、わずか前に見たのとは全然異なった娘を見出して、非常に驚かされた。彼女は彼の言うことに耳も傾けず、ほとんど彼の顔を眺めもしなかった。そして彼女が彼の方へ眼を上げた時、彼はその中にきわめて冷酷な色を見てとって、ぞっと心を打たれた。彼はなんで彼女の機嫌きげんを害したか知ろうとして、長い間苦しんだ。しかし彼は少しも彼女の機嫌を害したのではなかった。ミンナの感情は、昨日も今日も同じようで、彼にたいしてよくも悪くもなかった。ミンナは昨日と同じように今日も、彼にたいしてまったく無関心だった。たとい最初には、つとめて笑顔をして彼を迎えたとはいえ、それは小娘の本能的な嬌態きょうたいからだった。小娘というものは、退屈してる時にやってくる者ならだれにでも、どんな不愉快な者にでも、自分の眼の力をためしてみて面白がるものである。しかしもう翌日からミンナは、あまりにたやすく征服できる彼に、なんらの興味ももってはいなかった。彼女はクリストフをきびしく観察してしまった。ピアノをひくことは上手じょうずだが、きたならしい手をもっていて、食卓ではたまらないフォークの持ち方をしたり、ナイフで魚肉を切ったりする、躾しつけの悪い醜い少年だと、彼を判断していた。それで彼を少しも面白く思っていなかった。彼からピアノを教わりたくはあった。彼と遊ぶこともまあ承知していた。なぜなら、当時他に友だちがなかったし、また、もう子供ではないと自分で言ってる癖に、満ちあふれてくる快活な気分を放散したくてたまらないことが、時々急に起こってくるからだった。しかもその快活な気分は、母親におけると同じく、最近の喪もに阻はばまれたためさらにつのっていたのである。しかし彼女はもう、家畜ほどにもクリストフを気にかけていなかった。そしてひどく冷淡な日にも、彼にやさしい眼付をすることがまだあったとはいえ、それはまったくうっかりしてるからであって、また他のことを考えてるからであって――もしくは単に、そういう習慣を失わないためにであった。そんなふうに彼女から眺められると、クリストフの心は躍おどった。けれども彼女の眼には、ほとんど彼の姿が映じてはいなかった。彼女は勝手な物語を考えていたのである。ちょうどこの若い女性は、甘い快い夢想でみずからおのれの官能を喜ばすような年齢に達していた。彼女は未経験だという点だけで潔白な好奇心と、非常な興味とをもって、たえず恋愛のことを考えていた。それにまた彼女は、育ちのいい令嬢として、ただ結婚の形式においてしか恋愛を想像してはいなかった。彼女の理想は、まだなかなか形が定まっていなかった。あるいは将校と結婚することを夢み、あるいはシルレルのように崇高謹厳な詩人と結婚することを夢みた。考えがたがいにうちくずし合った。そして最終に浮かんだ考えは、いつも同じ真面目まじめさと同じ確信とで迎えられた。けれどもどの考えも、何か有利な現実に出会ったら、すぐに地位を譲るようなものばかりだった。若い空想的な娘らの前に、その夢ほど理想的でなくともより確実な一の姿が立現われて来る時には、彼女らは驚くべき平然さをもって、おのれの夢想を忘れてしまうものである。

要するに、ミンナは感傷的だが冷静であった。貴族的な名前とそれから来る矜ほこりの念とにもかかわらず、彼女は青春の妙齢に達すると、ドイツの小家庭の主婦らしい魂をもっていた。

クリストフはもとより、婦人の心の複雑な――実際よりも外見の方がいっそう複雑な――構造を、少しも了解していなかった。二人の美しい女友だちのやり方に、しばしば面食めんくらった。しかし彼女らを愛するのが非常に嬉うれしかったので、多少自分を不安になし悲しませる彼女らの様子もみな許してやって、こちらと同じように向うからも愛されてると思い込もうとした。情けある一言や一瞥べつに、彼は夢中になって喜んだ。時には涙を流すほど心が転倒することもあった。

静かな小さい客間の中で、ランプの光で裁縫をしてるケリッヒ夫人から数歩のところに、テーブルの前にすわっていると――(ミンナはそのテーブルの向う側で、書物を読んでいた。二人は話もしなかった。庭に向かってる半開きの扉とびらから、小径こみちの砂が月光に輝いてるのが見えていた。軽いささやきが木々の梢こずえから伝わっていた……)――彼は心からしみじみと幸福を感じた。と突然、わけもなく、彼は椅子いすから飛び上がって、ケリッヒ夫人の膝ひざに身を投げ、その手を、針をもってる時ももってない時もあったが、その手をとってやたらに接吻しながら、口や頬ほおや眼を押しあててすすり泣くのであった。ミンナは書物から眼を上げ、軽く肩をそびやかして、かわいらしく口をとがらした。ケリッヒ夫人は、自分の足下に転がっている大子供を微笑ほほえみながらうち眺め、自由な片方の手でやさしく彼の頭をなでてやり、情けのあるまた皮肉な美しい声で言うのであった。

まあ、お馬鹿さんね、どうしました?」

ああいかに楽しいことであるか、その声、その平和、その静寂、叫びも衝突も乱暴もないその柔い空気、辛つらい生活のさ中のオーシス、そして――事物や人々を金色の反映で染める霊妙な光輝――力と苦悩と愛との急湍きゅうたんたる、ゲーテやシルレルやシェークスピアなど、神のごとき詩人の作を読みながら浮かび出す、その玄妙なる世界の霊妙な光輝……。

ミンナは書物の上に頭を傾かしげ、文章に熱して軽く顔を染め、さわやかな声で読んでいた。勇士や王の言葉を読む時には、声を少し濁らして重々しい調子をしようとしていた。時とすると、ケリッヒ夫人みずから書物を手にとって、彼女本来のやさしい理知的な風情ふぜいを、悲壮な物語に添えることもあった。しかし多くは、人の読むのに耳を傾けながら、肱掛椅子ひじかけいすに仰向あおむけによりかかり、いつまでもできあがらない仕事を膝の上にのせ、自分自身の考えに微笑ほほえんでいた――なぜなら、どんな書物であろうと、その奥底に彼女が見出すところのものは、いつも彼女自身の面影であった。

クリストフもまた朗読しようとした。しかしそれを諦あきらめなければならなかった。彼は口ごもり、言葉にまごつき、句読点を飛び越し、何にもわからない様子であったが、しかも非常に感動していて、悲愴ひそうな部分になると、涙が出て来るのを感じて、読みやめなければならなかった。すると癇癪かんしゃくを起こして、書物をテーブルの上に投げつけた。二人の女はそれを見て笑った。……いかに彼は彼女らを愛していたろう! 彼はどこへ行っても、彼女らの面影を忘れなかった。その面影はシェークスピアやゲーテなどの面影と混同していた。ほとんどどれがどれであるか区別がつかなかった。彼の魂の底まで情に激した戦慄せんりつを呼び起こす美妙な詩人の言葉は、初めてそれを彼に聞かしてくれた懐なつかしい口と、もはや彼にとっては別々のものではなかった。その後二十年もたった後でさえ、エグモントやロメオをふたたび読んだり、あるいはその芝居を見たりする時、ある句にさしかかると、かかる静かな晩の思い出が、かかる楽しい夢の思い出が、そしてケリッヒ夫人やミンナの懐しい顔が、かならずや彼の頭に浮かんでくるであろう。

彼女らの姿をうち眺めながら、彼はいく時間も過ごした、晩、彼女らが書物を読んでる時にも――夜、彼が自分の寝床の中で、眠れないで眼を開いて、夢想に耽ふけってる時にも――昼間、彼が奏楽席の譜面台につき、半ば眼瞼まぶたを閉じて機械的に演奏しながら、夢想に耽ってる時にも。彼は二人のどちらにも、最も潔きよい愛情をいだいていた。そして恋愛の何物であるかを知らなかったので、自分は恋してるのだと思っていた。しかし彼は、母親の方に恋してるのか娘の方に恋してるのか、それがみずからよくわからなかった。真面目まじめに考えてみても、どちらを選んでいいかわからなかった。それでも、どうしても決定しなければいけないらしかったので、ケリッヒ夫人の方に心を傾けてみた。そして実際、その決心をするや否や、自分が恋しているのは彼女をであることがわかった。彼女の怜悧れいりな眼、半ば開いた口の無心な微笑ほほえみ、細やかな滑なめらかな髪を横の方で分けているその若々しい麗わしい額、軽い咳せきを交える多少曇った声音、母性的なやさしい手、優雅な動作、知りがたいその魂、それらを彼は恋していたのである。彼女がそばにすわって、わからない書物の一節を親切に説明してくれる時、彼は幸福のあまり身を震わした。彼女はクリストフの肩に手を置いていた。その指の温みを彼は感じ、自分の頬ほおにかかる彼女の息を、彼女の身体の快い香りを、彼は感じた。恍惚こうこつとして耳を傾けながら、もはや書物のことは考えもせず、何にも了解しなかった。彼女はそれに気づいた。今言ったことをくり返さした。彼は黙っていた。彼女は笑いながら怒って、彼の顔を書物に押しつけ、そんなふうではいつまでたっても小さな驢馬ろばだと言った。彼はそれに答え返して、彼女の小さな驢馬でさえあるならば、彼女から追い出されさえしなければ、驢馬でもかまわないと言った。彼女はわざわざ小言をいってみた。それから、彼はごく馬鹿な賤いやしい小さな驢馬ではあるけれども、たといなんの役にもたたなくとも、せめてただおとなしくさえしていれば、家に置いてやることは――そしてまたかわいがってやることをも――承知すると言った。二人とも笑っていた。彼は喜びの中に浸っていた。

ケリッヒ夫人に恋してることがわかって以来、クリストフはミンナから離れていった。人を軽蔑した彼女の冷淡さに憤り始めた。そして、彼女としばしば会っていたので、しだいに遠慮しなくなってきたから、彼はもう自分の不機嫌ふきげんさを隠さなかった。彼女は好んで彼につっかかり、彼はそれにきびしく応答した。彼らはいつも不快なことを言い合った。ケリッヒ夫人はそれをただ笑うばかりだった。クリストフはその言葉争いに勝目がなかったから、時には憤然として出て行って、ミンナを大嫌いだと考えることもあった。そしてまたその家へもどって行くのも、ただケリッヒ夫人がいるからだと思い込んでいた。

彼は引きつづいてミンナにピアノを教えていた。一週に二回、朝九時から十時まで、音階と練習とを監督してやった。二人のいる室はミンナの研究室スチューディオだった。不思議な勉強室で、この少女の頭脳の奇妙な乱雑さを、おかしなほど忠実に反映していた。

テーブルの上には、猫ねこの音楽家ら――一そろいの管弦楽団――の、あるいはヴァイオリンをひいてるのもあれば、あるいはチェロをひいてるのもある、小さな像が置いてあって、そのほか懐中鏡、化粧道具、文房具、なども整然と並べてあった。棚の上には、しかめ顔をしたベートーヴェンや、大黒帽をかぶったワグネルや、ベルヴェデールのアポロンなど、音楽家らのごく小さな胸像がのっていた。暖炉の上には、葦あしのパイプをくゆらしてる蛙かえるのそばに、紙の扇があって、その扇面にはバイロイトの劇場が描いてあった。二段になってる書棚には、リュープケ、モムゼン、シルレル、ジュール・ヴェルヌ、モンテーニュ、などの著書と、家なき子とがあった。壁には、シクスティーヌの聖母とヘルコメルの絵との大きな写真がかかっていて、青と緑とのリボンで縁取ってあった。また、銀の薊あざみのついた額縁にはいってるスウィスの旅館の景色もあった。とくに、室の隅々すみずみまで方々に、将校やテナー歌手や楽長や友だちなどの写真がごっちゃにかかっていた――捧呈ほうていの文句がついていて、ほとんどどれにも、詩が、少なくともドイツで詩と称せられてる句が、書き入れてあった。室のまんなかには、大理石の台の上に、髯ひげをはやしたブラームスの胸像が厳おごそかに控えていた。そしてピアノの上には、絹綿ビロードの小猿こざると方舞コチョンの記念品とが、糸の先にぶらさがっていた。

ミンナはまだ寝腫ねはれっぽい眼をし、不機嫌ふきげんらしい様子をして、遅く出て来るのだった。クリストフに型ばかりに手を差出し、冷やかに挨拶あいさつをし、黙って真面目にしかつめらしく、ピアノのところへ行ってすわった。一人きりの時には、しきりなしに音階をひいて喜んだ。そうしてると、半睡の状態や、みずから語ってる夢などを、心地よく長引かすことができるのだった。しかしクリストフは、むずかしい練習にしいて彼女の注意を向けさした。それで彼女は意趣返しに、できるだけ拙まずくひこうとくふうすることもあった。彼女はかなりの音楽家だったが音楽を好んでいなかった――多くのドイツ婦人のように。しかしまたその例にもれず、音楽を好まなければならないと思っていた。そしてかなり本気に稽古けいこを受けていた。しかし時々は、教師を怒らすために、意固地いこじな真似まねをするのだった。そのうえに、冷淡無関心な学び方で、いっそう教師を怒らした。最もいけないのは、ある表情的な楽節の中に魂をうち込まなければならないと彼女が考えてる時であった。そういう時彼女は感傷的になっていたが、何にもほんとうに感じてはいなかった。

少年クリストフは、彼女のそばにすわって、さほど丁寧ていねいでなかった。決してお世辞を言わなかった、お世辞を言うどころではなかった。彼女はそれに恨みをいだいて、彼から注意を受けるとかならず口答えをした。彼が言うことにはなんでも逆らった。自分が間違えた時でも、書いてあるとおりにひいたんだと強情を張った。彼はいらだった。そして二人は無作法な言葉を言い合った。彼女は鍵盤キイに眼を伏せながら、クリストフの様子を窺うかがい、その憤りを面白がった。退屈をまぎらすために、いろんな馬鹿な策略を考えついて、稽古の邪魔をしクリストフをいじめようとばかりした。気をもませるために息づまった真似をした。またはやたらに咳せき込んだり、あるいは女中に大事なことを言い忘れてるなどと言った。クリストフはそれを狂言だと知っていた。ミンナはクリストフにそう知られてることを知っていた。そして彼女はそれを面白がった。なぜなら、クリストフは自分の思ってることを彼女にそう言うことができなかったから。

ある日、彼女はそういう気晴らしをまた始めて、切なそうに咳をつづけ、顔をハンケチに埋め、あたかも息がつまりかけてるようなふうをした。そしていらだってるクリストフを横目で窺うかがっていた。その時彼女は、ハンケチを落してクリストフに拾わしてやろうと、うまいことを考えついた。クリストフはこの上もなく無愛想な様子で拾ってやった。彼女は貴婦人ぶった「ありがとう!」の一言をそれに報いた。彼はも少しで怒鳴り出そうとした。

彼女はその戯れをたいへん面白いと考えて、なおくり返そうとした。そして翌日それをやった。クリストフは動かなかった。憤りにむかむかしていた。彼女はちょっと待ったが、それから不満な調子で言った。

「ハンケチを拾ってくださいませんの?」

クリストフはもう我慢しきれなかった。

「私はあなたの召使じゃありません。」と彼はぞんざいに叫んだ。「自分でお拾いなさい。」

ミンナは息がつまった。にわかに腰掛から立ち上がった。腰掛は倒れた。
「あんまりだわ。」と彼女は言いながら、腹だたしく鍵盤をたたいた。そしてひどい勢で室から出て行った。

クリストフは彼女を待った。彼女はもどって来なかった。彼は自分の行ないが恥ずかしかった。無頼漢みたいなことをしたと感じた。で彼は進退きわまった。彼女からはあまりに厚かましい嘲弄を受けていたのである。彼はミンナが母親に訴えはすまいかと恐れた、ケリッヒ夫人の心が変わってしまいはすまいかと恐れた。彼はどうしていいかわからなかった。自分の乱暴を後悔はしていたが、許しを乞う気にはどうしてもなれなかった。

翌日彼は、ミンナが稽古けいこを受けることを拒むかもしれないと考えてはいたけれど、とにかくまたやって来た。しかしミンナは、高慢な心からだれにも言いつけなかったし、もとより多少良心にやましい点がないでもなかったので、普通より五分ばかり長く待たしただけで、そこに出て来た。そして、クリストフのことなんか眼中にないかのように、ふり向きもせず、一言もいわず、まっすぐにつんとして、ピアノの前に行ってすわった。それでもやはり、彼から稽古を受けたし、なお引きつづいて彼から学んだ。というのは、クリストフが音楽に通じてることをよく知っていたし、また、自分がなろうと考えてるもの、すなわち生まれのよいりっぱな教育のある令嬢――それになろうとするには、ピアノをよく覚えなければならないということを、よく知っていたからである。

けれども、彼女はいかに退屈してたことだろう! 彼らは二人とも、いかに退屈してたことだろう!

 

Un matin de mars brumeux, que de petits flocons de neige voltigeaient, comme des plumes, dans l'air gris, ils étaient dans le studio. Il faisait a peine jour. Minna discutait, selon son habitude, une fausse note qu'elle avait faite, et prétendait que «c'était écrit». Bien qu'il sût parfaitement qu'elle mentait, Christophe se pencha sur le cahier, pour voir de près le passage en question. Elle avait sa main posée sur le pupitre, elle ne la dérangea même pas. Il avait la bouche tout près de cette main. Il essayait de lire et n'y parvenait pas: il regardait autre chose,—cette chose délicate, transparente, comme des pétales de fleur. Brusquement,—(il ne sut ce qui lui passait par la tête)—il appuya de toutes ses forces ses lèvres sur cette menotte.

Ils en furent aussi saisis l'un que l'autre. Il se rejeta en arrière, elle retira sa main,—rougissants tous les deux. Ils ne se dirent pas un mot, ils ne se regardaient pas. Après un moment de silence confus, elle se frémit à jouer; sa poitrine se soulevait légèrement, comme si elle était oppressée; et elle faisait fausse note sur fausse note. Il ne s'en apercevait pas: il était bien plus troublé qu'elle; ses tempes battaient, il n'entendait rien, et, pour rompre le silence, faisait d'une voix étranglée quelques observations à tort et à travers. Il pensait qu'il était définitivement perdu dans l'opinion de Minna. Il était confondu de son action, il la jugeait stupide et grossière. L'heure de la leçon écoulée, il quitta Minna sans la regarder, et il oublia même de la saluer. Elle ne lui en voulut pas. Elle ne pensait plus à trouver Christophe mal élevé; si elle avait fait tant de fautes en jouant, c'est qu'elle ne cessait de l'observer du coin de l'œil avec une curiosité étonnée, et,—pour la première fois,—sympathique.

Quand elle fut seule, au lieu d'aller retrouver sa mère, comme les autres jours, elle s'enferma dans sa chambre et s'interrogea sur cet événement extraordinaire. Elle s'était accoudée devant sa glace. Ses yeux lui semblaient doux et brillants. Elle mordait légèrement sa lèvre dans l'effort de la réflexion. Et tout en regardant avec complaisance son gentil visage, elle revoyait la scène, rougissait et souriait. À table, elle fut animée et joyeuse. Elle refusa de sortir ensuite et resta au salon, une partie de l'après-midi; elle avait un ouvrage à la main et n'y fit pas dix points qui ne fussent de travers; mais que lui importait! Dans un coin de la chambre, le dos tourné à sa mère, elle souriait; ou, prise d'un soudain besoin de se détendre, elle bondissait dans la pièce, en chantant à tue-tête. Madame de Kerich tressautait, et l'appelait folle. Minna se jetait à son cou, en se tordant de rire, et l'embrassait à l'étrangler.

Le soir, rentrée dans sa chambre, elle fut longtemps avant de se coucher. Elle se regardait toujours dans sa glace, cherchait à se souvenir, et ne pensait à rien, à force d'avoir pensé tout le jour à la même chose. Elle se déshabilla lentement; elle s'arrêtait à chaque instant, assise sur son lit, cherchant à retrouver l'image de Christophe: c'était un Christophe de fantaisie qui lui apparaissait; et maintenant, il ne lui semblait plus si mal. Elle se coucha et éteignit la lumière. Dix minutes après, la scène du matin lui revint brusquement à l'esprit, et elle éclata de rire. Sa mère se leva doucement et ouvrit la porte, croyant que malgré sa défense elle lisait dans son lit. Elle trouva Minna tranquillement couchée, les yeux grands ouverts dans la demi-lueur de la veilleuse.

—Qu'y a-t-il donc, demanda-t-elle, qui te met en gaieté?

—Rien du tout, répondit gravement Minna. Je pense.

—Tu es bien heureuse de t'amuser ainsi dans ta compagnie. Mais maintenant, il faut dormir.

—Oui, maman, répondit la docile Minna.

En elle-même, elle grondait:

—Mais va-t'en donc! Va-t'en donc! jusqu'à ce que la porte se refermât, et qu'elle pût continuer à savourer ses rêves. Elle tomba dans un mol engourdissement. Tout près de s'endormir, elle sursauta de joie:

—Il m'aime... Quel bonheur! Qu'il est gentil de m'aimer!... Comme je l'aime!

Elle embrassa son oreiller, et s'endormit tout à fait.

La première fois que les deux enfants se retrouvèrent ensemble, Christophe fut surpris de l'amabilité de Minna. Elle lui dit bonjour, et lui demanda comment il allait, avec une voix très douce; elle s'assit au piano, d'un air sage et modeste; et elle fut un ange de docilité. Elle n'eut plus aucune de ses fantaisies de malicieuse écolière; mais elle écoutait religieusement les observations de Christophe, reconnaissait leur justesse, poussait elle-même de petits cris effarouchés quand elle avait fait une faute, et s'appliquait à se corriger. Christophe n'y comprenait rien. En très peu de temps, elle fit des progrès étonnants. Non seulement elle jouait mieux, mais elle aimait la musique. Si peu flatteur qu'il lût, il dut lui en faire compliment. Elle rougit de contentement et l'en remercia d'un regard humide de reconnaissance. Elle se mettait en frais de toilette pour lui; elle avait des rubans d'une nuance exquise; elle faisait à Christophe des sourires et des yeux langoureux, qui lui déplaisaient, qui l'irritaient, qui le remuaient jusqu'au fond de l'âme. À présent, c'était elle qui cherchait à causer; mais ses conversations n'avaient rien d'enfantin: elle parlait gravement, et citait les poètes d'un petit ton pédant et prétentieux. Lui, ne répondait guère; il était mal à l'aise: cette nouvelle Minna, qu'il ne connaissait pas, l'étonnait et l'inquiétait.

Elle l'observait toujours. Elle attendait... Quoi?... Le savait-elle exactement?... Elle attendait qu'il recommençât.—Il s'en fût bien gardé, convaincu qu'il avait agi comme un rustre; il semblait même n'y plus penser du tout. Elle s'énervait; et, un jour qu'il était tranquillement assis, à distance respectable des dangereuses petites pattes, une impatience la prit: d'un mouvement si prompt qu'elle n'eut pas le temps d'y réfléchir, elle lui colla sa menotte sur les lèvres. Il en fut ahuri, puis furieux et honteux. Il ne la baisa pas moins, et passionnément. Cette effronterie naïve l'indignait; il était sur le point de planter là Minna.

Mais il ne pouvait plus. Il était pris. Un tumulte de pensées s'agitait en lui: il n'y reconnaissait rien. Comme des vapeurs qui montent d'une vallée, elles s'élevaient du fond de son cœur. Il allait en tout sens, au hasard, dans cette brume d'amour; et quoi qu'il fît, il ne faisait que tourner en rond autour d'une obscure idée fixe, un Désir inconnu, redoutable et fascinant, comme la flamme pour l'insecte. Soudain bouillonnement des forces aveugles de la Nature...

Ils passèrent par une période d'attente. Ils s'observaient, se désiraient, et se craignaient tous deux. Ils étaient inquiets. Ils n'en continuaient pas moins leurs petites hostilités et leurs bouderies; mais il n'y avait plus de familiarités entre eux: ils se taisaient. Chacun était, en silence, occupé à construire son amour.

L'amour a de curieux effets rétroactifs. Dès l'instant que Christophe découvrit qu'il aimait Minna, il découvrit du même coup qu'il l'avait toujours aimée. Depuis trois mois, ils se voyaient presque chaque jour, sans qu'il se fût douté de cet amour. Mais du moment qu'il l'aimait aujourd'hui, il fallait absolument qu'il l'eût aimée de toute éternité.

Ce fut un bien-être pour lui de découvrir enfin qui il aimait. Il y avait si longtemps qu'il aimait, sans savoir qui! Il fut soulagé, à la façon d'un malade qui, souffrant d'un malaise général, vague et énervant, le voit se préciser en une douleur aiguë, localisée sur un point. Rien ne brise autant que l'amour sans objet précis: il ronge et dissout les forces. Une passion qu'on connaît tend l'esprit à l'excès; on est harassé: du moins, on sait pourquoi. Tout plutôt que le vide!

Bien que Minna eût donné à Christophe de bonnes raisons de croire qu'il ne lui était pas indifférent, il ne manquait pas de se tourmenter, et pensait qu'elle le dédaignait. Ils n'avaient jamais eu une idée nette l'un de l'autre; mais jamais cette idée n'avait été plus confuse qu'aujourd'hui: c'était une suite incohérente d'imaginations baroques, qui ne parvenaient pas à s'accorder ensemble: car ils passaient d'un extrême à l'autre, se prêtant tour à tour des défauts et des charmes qu'ils n'avaient pas: ceux-ci, quand ils étaient éloignés l'un de l'autre, ceux-là quand ils étaient réunis. Dans les deux cas, ils se trompaient juste autant.

Ils ne savaient pas ce qu'ils désiraient eux-mêmes. Pour Christophe, son amour prenait la forme de cette soif de tendresse, impérieuse, absolue, qui le brûlait depuis l'enfance, qu'il réclamait des autres, qu'il eût voulu leur imposer, de gré ou de force. Par moments, se mêlaient à ce désir despotique d'un sacrifice entier de soi et des autres,—surtout des autres, peut-être,—des bouffées de désir brutal et obscur, qui lui donnaient le vertige et qu'il ne comprenait pas. Minna, surtout curieuse, et ravie d'avoir un roman, cherchait à en tirer tout le plaisir possible d'amour-propre et de sentimentalité; elle se dupait de tout cœur sur ce qu'elle éprouvait. Une bonne partie de leur amour était purement livresque. Ils se ressouvenaient des romans qu'ils avaient lus, et se prêtaient des sentiments qu'ils n'avaient point.

Mais le moment venait où ces petits mensonges, ces petits égoïsmes allaient s'évanouir devant le divin rayonnement de l'amour. Un jour, une heure, quelques secondes éternelles... Et ce fut si inattendu!...

Ils causaient seuls, un soir. L'ombre tombait dans le salon. Leur entretien avait pris une teinte grave. Ils parlaient de l'infini, de la vie, et de la mort. C'était un cadre plus grandiose pour leur passionnette. Minna se plaignait de sa solitude: ce qui amena naturellement la réponse de Christophe, qu'elle n'était pas si seule qu'elle disait.

—Non, fit-elle en secouant sa petite tête, tout cela, ce sont des mots. Chacun vit pour soi, personne ne s'intéresse à vous, personne ne vous aime.

Un silence.

霧深い三月のある朝、細かな雪が羽毛のように灰色の空中に飛び舞っていた時、二人は研究室スチューディオにいた。室内はほの暗かった。ミンナは音符を一つ間違えて、いつものとおり言い争い、「そう書いてある」と言い張った。彼女が嘘うそを言ってることはよくわかっていたけれども、クリストフは楽譜の上に身をかがめ、問題の楽節をまぢかに見ようとした。彼女は譜面台の上に片手を置いていて、それをのけようともしなかった。彼の口はその手のそばに近づいた。彼は音譜を読もうとしたが読めなかった。他の物を見ていたのである――花弁のようなしなやかな透き通った物を。そして突然――(どんなことが頭に浮かんだかみずから知らなかったが)彼は力いっぱいに、その愛くるしい手に唇を押しあてた。

二人ともそれにびっくりした。彼は後ろに飛びのき、彼女は手を引込めた――二人とも真赤になりながら。二人は一言も交かわさなかった。顔を見合しもしなかった。当惑してちょっと黙っていた後、彼女はまたピアノをひき始めた。胸が押えつけられてるように軽く喘あえいでいた。やたらに音符を間違えた。彼はその間違いに気づかなかった。彼女よりいっそう心乱れていた。顳※(「需+頁」、第3水準1-94-6)こめかみがぴんぴんして、何にも耳にはいらなかった。そしてただ沈黙を破るために、息づまった声で、むちゃくちゃに意見を述べた。もう取り返しのつかないほどミンナから悪く思われたことと、彼は考えていた。自分の行ないに困惑してしまい、馬鹿な下等な行ないだと思っていた。稽古けいこの時間が終ると、顔も見ないでミンナと別れ、挨拶あいさつすることさえ忘れてしまった。しかし彼女は悪く思っていなかった。もうクリストフを育ちが悪いとも思っていなかった。非常にひき違いをしたというのも、それは、驚いたそして――初めて――同情のこもった好奇心をもって、なお横目で彼の様子を窺うかがってやめなかったからである。

一人になると彼女は、いつものように母のところへ行くことをしないで、自分の居間にとじこもり、その異常な出来事を考えてみた。彼女は鏡の前に肱ひじをついていた。自分の眼がやさしくって輝いてるような気がした。考えに耽って軽く唇を噛かんだ。自分のかわいい顔を嬉うれしく見入りながら、先刻の光景を描き出して、真赤になり、微笑ほほえんだ。食卓についた時には、元気で快活だった。それから外出を断って、午後の一部を客間で過ごした。手には編物をもっていたが、十針も正しく編むことはできなかった。しかしそんなことはどうでもかまわなかった。室の片隅すみに、母の方へ背を向けて、彼女は微笑ほほえんでいた。あるいは突然はね出したくなって、大声に歌いながら室の中を飛び回った。ケリッヒ夫人はびっくりして、気違いだと呼んだ。ミンナは身をねじって笑いながら、彼女の首に飛びつき、彼女の息がつまるほど強く抱きしめた。

その晩彼女は、自分の居間に退いてからも、長く床にはいらなかった。鏡の中ばかり覗のぞき込んで、思い出そうとしたが、終日同じことばかり考えていたので、もう何にも考えられなかった。彼女は静かに着物をぬいだ。たえずぬぐ手を休めては、寝台の上にすわり、クリストフの面影を思い出そうとした。彼女に現われたのは、幻のクリストフだった。そして今はもう、クリストフがさほど醜くも見えなかった。彼女は床について、燈火を消した。十分ばかりすると、その朝の光景が突然頭に浮かんだ。彼女は笑いだした。母親は禁じておいたのにもかかわらず床の中で書物を読んでることと思って、静かに起き上がり、扉を開いた。見ると、ミンナは静かに寝ていたが、夜燈のほのかな光の中に大きく眼を見開いていた。

「どうしたんです?」と彼女は尋ねた、「何が面白いの?」

「何にも。」とミンナは真面目に答えた。「考えてるの。」

「一人っきりでおかしがるなんて、ずいぶん気楽な人ですね。だけどもう、眠らなければいけませんよ。」

「はい、お母様。」と従順なミンナは答えた。

しかし心の中では、「あっちへ行らっしゃい、あっちへ行らっしゃいよ!」とぶつぶつ言っていた。するとついに、扉がまた閉しまって自分の夢想を味わいつづけることができた。彼女は懶ものうい無我の境にはいっていった。眠りかけると、嬉しくって飛び上がった。

「私を愛してるわ。……嬉うれしいこと! 愛してくれるなんて、なんとやさしい人だろう!……私、ほんとに好きだわ!」

彼女は枕まくらを抱きしめた。そしてすっかり寝入った。

二人がまた初めていっしょになった時、クリストフはミンナの愛想よいのに驚かされた。彼女は彼に挨拶あいさつをし、ごくやさしい声で、機嫌きげんはどうかと尋ねた。おとなしい慎つつましい様子でピアノについた。まったく従順な天使だった。意地悪な生徒らしい悪戯いたずらを、もう少しもしなかった。クリストフの意見にかしこまって耳を傾け、それが正しいことを認め、一つ間違いをしても、みずから自責の声をたてて、それを直そうとつとめた。クリストフには少しも訳がわからなかった。彼女はわずかな間に、驚くべき進歩をした。ただにひくのが上手になったばかりでなく、音楽が好きになっていた。彼は少しもお世辞の言えない性質だったが、讃ほめないわけにはゆかなかった。彼女は嬉しくて顔を赤らめ、感謝に濡うるんだ眼付を見せた。彼女は彼のために、化粧に気を配り始めた。美妙な色合のリボンをつけた。クリストフに向かって、微笑ほほえみかけたりなよなよしい眼付をした。クリストフはそれを不愉快に感じ、腹をたて、心の底までむかむかした。今は彼女の方から話しかけようとつとめていた。しかしその会話には少しも子供らしい点がなかった。真面目まじめくさった口をきいて、ちょっと容態ようだいぶった衒学げんがく的な調子で詩人の句を引用した。彼はほとんど答えもしなかった。気持が悪かった。今まで知らなかったその新しいミンナに、彼は不思議な気がし、また不安を覚えた。

彼女はいつも彼の様子を窺うかがっていた。彼女は待っていた……何を?……彼女みずからはっきり知っていたろうか?……彼女は彼がふたたびするのを待っていたのである。――が彼はよく注意して避けていた。田舎いなか者のような仕業しわざだと思い込んでいた。もう少しもそれを考えていないらしくも思われた。彼女はじれだした。ある日彼が、その危険なかわいらしい手を敬遠して、少し離れて平然とすわっていた時、彼女は焦燥の念にとらえられた。そして自分でも考えてみる暇ひまがないほど素早く、彼の唇に自分の手を押しあてた。彼は狼狽ろうばいし、次に憤りつつ恥ずかしかった。それでもやはり、その手に接吻し、しかもごく熱烈に接吻した。が彼女のそういう無邪気な厚かましさに腹だった。彼はミンナをそこに置きざりにして立去ろうとまでした。

しかし彼はもうそれができなかった。とらえられていた。騒然たる種々の考えが胸中に乱れていた。何にもよくわからなかった。谷間から立ち上る靄もやのように、それらの考えは心の底から湧わき上がっていた。彼はその恋愛の狭霧さぎりの中を、めくら滅法にあちらこちら彷徨さまよった。そしていかに努力しても、あるおぼろな固定観念のまわりを、あたかも虫にたいする炎のような、恐るべき魅惑的な、未知の「欲望」のまわりを、ただぐるぐる回るばかりだった。それは「自然」の盲目な力のにわかの沸騰であった。

二人は期待の時期を通っていた。二人ともたがいに窺い、たがいに欲求し、たがいに恐れていた。彼らは不安だった。それでもやはりちょっとした敵意や不平顔をつづけた。しかしもう彼らの間には、なれなれしい様子はなくなっていた。たがいに黙っていた。各自沈黙のうちに、おのれの恋愛を建設するのに忙しかった。

愛には不思議な溯及そきゅう的な作用がある。クリストフはミンナを愛してると知った瞬間に、同じくまた、前から常にミンナを愛しているのだと知った。三か月以前から、彼らはほとんど毎日のように顔を合わせていたが、彼はその愛を夢にも気づかなかった。しかし今や彼女を愛しているので、過去未来永久に彼女を愛してるのだと、どうしてもならざるをえなかった。

だれを
愛してるかをついに発見したのは、彼にとっては安心だった。彼は実に久しい以前から、だれをとも知らずに愛していたのである。彼の安堵あんどはあたかも、全身的な漠然ばくぜんとした不安な病気に悩んでる病人が、その病気がしだいにはっきりしてきて、一局部に限られた鋭い苦痛となるのを見るようなものだった。一定の対象のない恋愛くらい破壊的なものはない。それはあらゆる力を腐蝕ふしょくし溶解する。しかしはっきりわかってる情熱は、精神を極度に緊張させる。それは人を疲らせるものではある。けれど少なくとも人はその理由を知っている。何物でも空虚よりはまだましである。

クリストフは、ミンナが自分にたいして無関心ではないと信ずべきりっぱな理由を与えられてはいたけれども、やはり気をもまないではおられなくて、彼女から軽蔑されてるように考えていた。彼らはたがいに相手についての明確な観念を得たことがなかった。しかしこの時ほど、その観念が不確かなことはなかった。それは奇怪な想像のごたごたした連続であって、どうしても全体としてのまとまりがつかなかった。極端から極端へ移り変わって、実際にない欠点や美点をたがいに与え合っていた。離れてると美点を想像し合い、いっしょになってると欠点を想像し合った。いずれの場合においても、彼らはまさしく同じように思い違いをしていた。

みずから何を欲求してるのか彼らは知らなかった。クリストフの方では、その恋愛は、専横な絶対的な愛情の渇望となって現われていた。彼はその渇望に、幼年時代からすでにさいなまれていて、他人にもそれを求め、否応いやおうなしにそれを他人へも押しつけようとしていた。時とすると、自己および他人の――おそらく他人の方がおもだったろうが――全部の献身を求むる専制的なその欲求に、獣的なほの暗い欲望の発作が交っていた。彼はその発作に眩惑げんわくしたが、それがなんであるかをよく了解していなかった。ミンナの方は、とくに好奇心に富んでいて、物語ローマンスの主人公となるのが嬉しく、その物語ローマンスから、自尊心と感傷性とのありとあらゆる快楽を引出そうとしていた。自分の感じてることについて、心から自分を欺あざむいていた。かくて彼らの恋愛の大部分は、まったく書物から来たものであった。彼らは書物で読んだ小説を思い出して、実際にもってもしない感情をたがいに想像し合っていた。

けれども、それらの小さな虚偽や、それらの小さな利己心などが、恋愛の聖きよい光輝の前に消え失うせる時期は、来かかっていた。ある日、ある時、永遠なる数瞬間……。しかもきわめて不意に!……

ある夕方、彼らは二人きりで話をしていた。客間の中は暗くなりかかっていた。二人の会話は真面目まじめな色合を帯びていた。無窮だの生だの死だのについて話していた。彼らの小さな熱情をはめこむには、あまりに大きすぎる額縁がくぶちだった。ミンナは自分の孤独を嘆いた。それにたいするクリストフの答えはおのずから、彼女は自分で言ってるほど孤独ではないということだった。

「いいえ、」と彼女は小さな頭を振りながら言った、「みんな口先ばかりだわ。だれでも各自めいめい自分のためにばかり生きていて、人をかまってくれる者はいないし、人を愛してくれる者はいないことよ。」

ちょっと沈黙がつづいた。

 

—Et moi? dit brusquement Christophe, pâle d'émotion.

L'impétueuse petite personne se leva d'un bond et lui saisit les mains.

La porte s'ouvrit. Ils se rejetèrent en arrière. Madame de Kerich entra. Christophe se plongea dans un livre, qu'il lisait à l'envers. Minna, pliée sur son ouvrage, s'enfonçait son aiguille dans le doigt.

Ils ne se trouvèrent plus seuls, de toute la soirée, et ils avaient peur de l'être. Madame de Kerich s'étant levée pour chercher un objet dans la chambre voisine, Minna, peu complaisante d'ordinaire, courut le prendre à sa place; et Christophe profita de son absence pour partir, sans lui dire bonsoir.

Le lendemain, ils se retrouvèrent, impatients de reprendre l'entretien interrompu. Ils n'y réussirent point. Les circonstances leur furent cependant favorables. Ils allèrent en promenade avec madame de Kerich, et ils eurent dix occasions de causer à leur aise. Mais Christophe ne pouvait parler; et il en était si malheureux qu'il se tenait sur la route le plus loin possible de Minna. Celle-ci faisait semblant de ne pas remarquer son impolitesse; mais elle en fut piquée, et elle le montra bien. Quand Christophe se força enfin à articuler quelques mots, elle l'écouta d'un air glacé: ce fut à peine s'il eut le courage d'aller jusqu'au bout de sa phrase. La promenade s'achevait. Le temps passait. Et il se désolait de n'avoir pas su l'employer.

Une semaine s'écoula. Ils crurent s'être trompés sur leurs sentiments réciproques. Ils n'étaient pas sûrs de n'avoir pas rêvé la scène de l'autre soir. Minna gardait rancune à Christophe. Christophe redoutait de la rencontrer seule. Ils étaient plus en froid que jamais.

Un jour vint.—Il avait plu toute la matinée et une partie de l'après-midi. Ils étaient restés enfermés dans la maison, sans se parler, à lire, bâiller, regarder par la fenêtre; ils étaient ennuyés et maussades. Vers quatre heures, le ciel s'éclaircit. Ils coururent au jardin. Ils s'accoudèrent sur la terrasse, contemplant au-dessous d'eux les pentes de gazon qui descendaient vers le fleuve. La terre fumait, une tiède vapeur montait au soleil; des gouttelettes de pluie étincelaient sur l'herbe; l'odeur de la terre mouillée et le parfum des fleurs se mêlaient; autour d'eux bruissait le vol doré des abeilles. Ils étaient côte à côte, et ne se regardaient pas; ils ne pouvaient se décider à rompre le silence. Une abeille vint gauchement s'accrocher à une grappe de glycine, lourde de pluie, et fit basculer sur elle une cataracte d'eau. Ils rirent en même temps; et aussitôt, ils sentirent qu'ils ne se boudaient plus, qu'ils étaient bons amis. Pourtant ils continuaient à ne pas se regarder.

Brusquement, sans tourner la tête, elle lui prit la main, et elle lui dit:

—Venez!

Elle l'entraîna en courant vers le petit labyrinthe boisé, aux sentiers bordés de buis, qui s'élevait au centre du bosquet. Ils escaladèrent la pente, ils glissaient sur le sol détrempé; et les arbres mouillés secouaient sur eux leurs branches. Près d'arriver au faîte, elle s'arrêta, pour respirer.

—Attendez... attendez... dit-elle tout bas, tâchant de reprendre haleine.

Il la regarda. Elle regardait d'un autre côté: elle souriait, haletante, la bouche entr'ouverte; sa main était crispée dans la main de Christophe. Ils sentaient leur sang battre dans leurs paumes pressées et leurs doigts qui tremblaient. Autour d'eux, le silence. Les pousses blondes des arbres frissonnaient au soleil; une petite pluie s'égouttait des feuilles, avec un bruit argentin; et dans le ciel passaient les cris aigus des hirondelles.

Elle retourna la tête vers lui: ce fut un éclair. Elle se jeta à son cou, il se jeta dans ses bras.

—Minna! Minna! chérie!...

—Je t'aime, Christophe! Je t'aime!

Ils s'assirent sur un banc de bois mouillé. Ils étaient pénétrés d'amour, un amour doux, profond, absurde. Tout le reste avait disparu. Plus d'égoïsme, plus de vanité, plus d'arrière-pensées. Toutes les ombres de l'âme étaient balayées par ce souffle d'amour. «Aimer, aimer»,—disaient leurs yeux riants et humides de larmes. Cette froide et coquette petite fille, ce garçon orgueilleux, étaient dévorés du besoin de se donner, de souffrir, de mourir l'un pour l'autre. Ils ne se reconnaissaient plus, ils n'étaient plus eux-mêmes; tout était transformé: leur cœur, leurs traits, leurs yeux rayonnaient d'une bonté et d'une tendresse touchantes. Minutes de pureté, d'abnégation, de don absolu de soi, qui ne reviendront plus dans la vie!

Après un balbutiement éperdu, après des promesses passionnées d'être l'un à l'autre toujours, après des baisers et des mots incohérents et ravis, ils s'aperçurent qu'il était tard, et ils revinrent en courant, se tenant par la main, au risque de tomber dans les allées étroites, se heurtant aux arbres, ne sentant rien, aveugles et ivres de joie.

Lorsqu'il l'eut quittée, il ne rentra pas chez lui: il n'aurait pu dormir. Il sortit de la ville et marcha à travers champs; il se promena au hasard, dans la nuit. L'air était frais, la campagne obscure et déserte. Une chouette hululait frileusement. Il allait comme un somnambule. Il monta la colline, au milieu des vignes. Les petites lumières de la ville tremblaient dans la plaine, et les étoiles dans le ciel sombre. Il s'assit sur un mur du chemin, et fut pris brusquement d'une crise de larmes. Il ne savait pourquoi. Il était trop heureux; et l'excès de sa joie était fait de tristesse et de joie; il s'y mêlait de la reconnaissance pour son bonheur, de la pitié pour ceux qui n'étaient pas heureux, un sentiment mélancolique et doux de la fragilité des choses, l'enivrement de vivre. Il pleura avec délices, il s'endormit au milieu de ses pleurs. Quand il se réveilla, c'était l'aube incertaine. Les brouillards blancs traînaient sur le fleuve et enveloppaient la ville, où Minna dormait, écrasée de fatigue, le cœur illuminé par un rire de bonheur.

Dès le matin, ils réussirent à se revoir au jardin, et ils se dirent de nouveau qu'ils s'aimaient; mais déjà, ce n'était plus la divine inconscience de la veille. Elle jouait un peu l'amoureuse; et lui, quoique plus sincère, tenait aussi un rôle. Ils parlèrent de ce que serait leur vie. Il regretta sa pauvreté, son humble condition. Elle affecta la générosité, et elle jouit de sa générosité. Elle se disait indifférente à l'argent. Il est vrai qu'elle l'était: car elle ne le connaissait pas, ne connaissant pas son manque. Il lui promit de devenir un grand artiste; elle trouvait cela amusant et beau, comme un roman. Elle crut de son devoir de se conduire en véritable amoureuse. Elle lut des poésies, elle fut sentimentale. Il était gagné par la contagion. Il soignait sa toilette: il était ridicule; il surveillait sa façon de parler: il était prétentieux. Madame de Kerich le regardait en riant, et se demandait ce qui avait pu le rendre aussi stupide.

Mais ils avaient des minutes d'ineffable poésie. Elles éclataient subitement au milieu des journées un peu pâles, tel un rayon de soleil au travers du brouillard. C'était un regard, un geste, un mot qui ne signifiait rien, et les inondait de bonheur; c'étaient les: «Au revoir!», le soir, dans l'escalier mal éclairé, les yeux qui se cherchaient, se devinaient dans la demi-obscurité, le frisson des mains qui se touchaient, le tremblement de la voix, tous ces petits riens, dont leur souvenir se repaissait, la nuit, quand ils dormaient d'un sommeil si léger que le son de chaque heure les réveillait, et quand leur cœur chantait: «Il m'aime», comme le murmure d'un ruisseau.

Ils découvrirent le charme des choses. Le printemps souriait avec une merveilleuse douceur. Le ciel avait un éclat, l'air avait une tendresse, qu'ils ne connaissaient pas. La ville tout entière, les toits rouges, les vieux murs, les pavés bosselés, se paraient d'un charme familier, qui attendrissait Christophe. La nuit, quand tout le monde dormait, Minna se levait du lit et restait à la fenêtre, assoupie et fiévreuse. Et les après-midi, quand il n'était pas là, elle rêvait, assise dans la balançoire, un livre sur les genoux, les yeux à demi fermés, somnolente de lassitude heureuse, le corps et l'esprit flottant dans l'air printanier. Elle passait des heures maintenant au piano, répétant, avec une patience exaspérante pour les autres, des accords, des passages, qui la faisaient devenir toute blanche et froide d'émotion. Elle pleurait en entendant de la musique de Schumann. Elle se sentait pleine de pitié et de bonté pour tous; et il l'était, comme elle. Ils donnaient de furtives aumônes aux pauvres qu'ils rencontraient, et ils échangeaient des regards compatissants: ils étaient heureux d'être si bons.

「では私は?」とクリストフは突然、感情のあまり蒼あおくなって言った。

一徹な娘はいきなり飛び上がって、彼の手をとった。

扉が開いた。二人は飛びのいた。ケリッヒ夫人がはいって来た。クリストフは書物に顔を伏せて、逆さのまま読み耽った。ミンナは編物にかがみ込んで、針で指をつっ突いてばかりいた。

その晩じゅう、彼らはもう二人きりにならなかった。二人きりになるのを恐れていた。ケリッヒ夫人は立上がって、隣りの室に何か捜しに行こうとした。ミンナは平素あまり人の気を迎える性質ではなかったが、その時は彼女の代わりにそれを取りに駆けて行った。クリストフはその不在に乗じて、彼女へは挨拶あいさつもせずに帰って行った。

翌日、彼らはまた会った。途切れた話の続きをやりたくてたまらなかった。しかしそれはうまくゆかなかった。とはいえ事情は好都合だった。ケリッヒ夫人といっしょに散歩に出かけた。勝手に話のできる機会はいくらもあった。しかしクリストフは口をきくことができなかった。それが非常につらかったので、途中ではできるだけミンナから離れていた。ミンナはその失礼に気づかないふりをしていた。しかし癪しゃくにさわって、明らさまに見せつけてやった。クリストフがついに思いきって何か言おうとした時、彼女は冷かな様子でそれを聞いた。彼はその文句をしまいまで言い切るのもやっとのことだった。散歩は終りかけていた。時間は過ぎていった。そして彼はその機を利用できなかったのが残念でたまらなかった。

一週間過ぎた。彼らは相互の感情を考え違いしてると思った。先日の夕方のことは、夢ではなかつたかと疑った。ミンナはクリストフに恨みを含んでいた。クリストフはミンナ一人に出会うのを怖おそれていた。彼らはいつになくますます冷淡になっていた。

ついにある日が来た。――午前中と午後少し雨が降った。彼らは家の中に閉じこもり、言葉もかわさず、書物を読んだり、欠伸あくびをしたり、窓から外を眺めたりした。退屈でくさくさしていた。四時ごろ空が晴れた。二人は庭に飛び出した。高壇テラースの手摺てすりに肱ひじをついて、河の方へ低くなってる芝生の斜面を眼の下に眺めた。地面は湯気をたてて、生温なまあたたかい水蒸気が日向ひなたに立ち上っていた。雨の雫しずくが草の上に閃ひらめいていた。濡れた地面の匂いと花の香りとが、いっしょに交っていた。彼らのまわりには、金色の蜂はちが羽音をたてて飛んでいた。彼らは相並んだまま、たがいに見向きもしなかった。思い切って沈黙を破ることができなかった。一匹の蜂が、雨に重くなってる一房の藤ふじの花にうっかりとまって、ぱっと水を浴びた。二人は一度に笑いだした。するとすぐに、もうたがいに気を悪くしてるのでないことを感じ、仲のいい友だちであることを感じた。けれどもやはり顔を見合わせなかった。

突然、振向きもしないで、彼女は彼の手をとり、そして言った。

「いらっしゃいよ。」

彼女は彼を引っぱりながら、小さな木立の迷宮の方へ駆けていった。両側に黄楊つげの植わってる小径こみちが縦横に通じていて、林のまんなかが小高くなっていた。二人はその坂を上っていった。湿った地面に足が滑すべった。雨に濡れた木の枝が二人の頭の上で揺れた。頂上に着きかけると、彼女は立止まって息をついた。

「待ってちょうだい……待ってちょうだい……。」と彼女は息切れを鎮しずめようとしながら低く言った。

彼は彼女を眺めた。彼女は他の方を向いていた。半ば口を開いて息をはずませながら、微笑ほほえんでいた。その手はクリストフの手の中にひきつっていた。彼らは握りしめた掌てのひらとうち震う指とに、血が脈打つのを感じた。あたりはひっそりとしていた。木々の金緑の若芽が、日の光に顫ふるえていた。小さな雫しずくが、銀の音色をして木の葉から滴したたっていた。そして空には、燕つばめの鋭い声が過ぎていった。

彼女は彼の方へふり向いた。一閃せんの光だった。彼女は彼の首に飛びつき、彼は彼女の腕の中に身を投じた。

「ミンナ、ミンナ、恋しい……!」

「あなたを愛しててよ、クリストフ、愛しててよ!」

彼らは濡れた木の腰掛にすわった。恋しさに、甘く深いやたらな恋しさに、しみ通っていた。他のことはすべて消えてしまった。もはや利己心もなく、見栄みえもなく、下心もなかった。魂のあらゆる曇りは、その愛の息吹いぶきに吹き払われてしまった。「愛する、愛する、」――笑みを含み涙に濡れた彼らの眼がそう言っていた。この冷淡な婀娜あだな少女、この傲慢ごうまんな少年、彼らはたがいに身をささげ苦しみ、たがいのために死にたいという、欲求に駆られていた。彼らはもはや自分がわからなかった。もはや平素の自分自身ではなかった。すべてが変わっていた。彼らの心も顔立も眼も、痛切な温情と愛情とに輝いていた。純潔の、無我の、絶対的献身の、瞬間であって、もはや生涯にふたたび来ることのない瞬間であった。

夢中のささやきの後、永久にたがいに相手のものであるという熱烈な誓いの後、とりとめもない歓喜の言葉とくちづけの後、彼らはもう遅くなってるのに気づいた。そして手をとり合って駆けもどりながら、狭い小径こみちにつまずき倒れるのも恐れず、木にぶっつかるのもかまわず、何にも感ぜず、ただ喜びの情に眼眩めくらみ心酔っていた。

彼女と別れてから、彼は家に帰らなかった。帰っても眠れなかったろう。彼は町の外に出て、野を横切って歩いた。夜中を当あてもなく歩き回った。空気はさわやかで、野は暗く寂しかった。梟ふくろうが寒そうに鳴いていた。彼は夢遊病者のように歩いていった。葡萄ぶどう畑の中にある丘に上った。町の小さな灯ひが平野の中に震えていて、星が暗い空に震えていた。彼は路傍の土壁に腰掛けた。にわかに涙がほとばしった。なぜだかみずからわからなかった。彼はあまりにも幸福だった。その過度の喜びは、悲しみと嬉うれしさとでできていた。その中に彼は、自分の幸福にたいする感謝を、仕合わせでない人々にたいする憐れみを、事物の無常さから来るもの悲しい甘い感情を、生きることの酣酔かんすいを、交えていた。彼は楽しく涙を流した。涙のうちに眠っていった。眼を覚さますと、ほのかな曙あけぼのになっていた。白い霧が河の上にたなびき、町を包んでいた。そこにはミンナが、幸福の笑みに心を輝かしながら、疲れに負けて眠っていた。

朝のうちから彼らは首尾よく庭で会うことができて、たがいに愛してるとまた言い交わした。しかしもうそれは、前日のような聖い無我の心地ではなかった。彼女は多少恋人らしい芝居をしていた。彼の方は、彼女よりも誠実ではあったが、やはりある役割をつとめていた。彼らは将来の生活を話し合った。彼は自分の貧困やつまらぬ身分を嘆いた。破女は鷹揚おうようなふりをして、みずからその鷹揚さを楽しんだ。金銭には無頓着むとんじゃくだと自分で考えていた。そして実際無頓着だった。金に不自由をしたことがないので、金銭というものをほんとうによくは知っていなかったのである。彼は大芸術家になると誓った。彼女はそれをあたかも小説のように面白い美しいことだと思った。彼女は真の恋人のように振舞うのを義務だと信じた。詩を読んで感傷的になった。彼もその気分に感染した。彼は自分の服装みなりに心を配りだした。滑稽こっけいだった。口のきき方にも注意しだした。気障きざだった。ケリッヒ夫人は笑いながら彼を見守って、どうしてそんな馬鹿げたふりをするようになったか怪しんでいた。

しかし二人には、えもいえぬ詩的な瞬間があった。やや蒼あおざめた日々のさなかに、霧を通して日の光がさすように、その瞬間が突然輝き出すのであった。それはある眼付や身振りや言葉の瞬間で、なんの意味もないものではあるが、二人を幸福のうちに包み込むのだった。晩に薄暗い階段のところでかわす「さよなら」、薄暗がりでたがいに求め合いたがいに察し合う眼付、触れ合う手の戦おののき、声の震え、すべてつまらないことばかりだった。しかし夜になって、時計の鳴る音にも眼を覚ますような軽い眠りに入っている時、小川のささやきのように「私は愛されてる」と心が歌っている時、二人にはそれらの思い出が浮かんでくるのであった。

二人は事物の魅力を見出した。春は無上の楽しさをもって微笑ほほえんでいた。彼らが今まで知らなかったほどの、輝きが空にはあり、やさしみが空気にはこもっていた。町じゅうが、赤い屋根も、白い壁も、凸凹でこぼこの舗石も、親しい魅力を帯びて、クリストフはそれに心を動かされた。夜、人の寝静まっている時、ミンナは寝床から起き上がり、半ば眠り心地で心を躍おどらせながら、長く窓にもたれていた。午後、彼がいない時には、彼女はブランコに腰をかけ、書物を膝に置き、眼を半ば閉じ、快い懶ものうさにうっとりとし、身も心も春の空気中に漂うような心地がして、夢想に耽っていた。今や彼女はいく時間もピアノについていて、他人の目にはたまらないほどの気長さで和音や楽節をくり返してひき、それに感動して顔色を失い冷たくなっていた。シューマンの音楽を聞くと涙を流した。万人にたいする憐れみと親切とで心がいっぱいになってる気がしていた。そして彼もまた彼女と同じ心地であった。二人は貧しい者に出会うと、ひそかに施与をして、同情にたえない眼付をたがいにかわした。親切にしてやるのが嬉しかった。

 

À vrai dire, ils ne l'étaient que par intermittences. Minna découvrait tout à coup combien était triste l'humble vie de dévouement de la vieille Frida, qui servait dans la maison, depuis l'enfance de sa mère; et elle courait se jeter à son cou, au grand étonnement de la bonne vieille, occupée à repriser du linge dans la cuisine. Mais cela ne l'empêchait pas, deux heures après, de lui parler durement, parce que Frida n'était pas venue au premier coup de sonnette. Et Christophe, qui était dévoré d'amour pour tout le genre humain, et se détournait de sa route, pour ne pas écraser un insecte, était plein d'indifférence pour sa propre famille. Par une réaction bizarre, il était même d'autant plus froid et plus sec envers les siens qu'il avait plus d'affection pour le reste des êtres: à peine s'il pensait à eux; il leur parlait avec brusquerie et les voyait avec ennui. Leur bonté à tous deux n'était qu'un trop-plein de tendresse, qui débordait par crises, et dont bénéficiait, au hasard, le premier qui passait. En dehors de ces crises, ils étaient plus égoïstes qu'à l'ordinaire; car leur esprit était rempli par une pensée unique, et tout y était ramené.

Quelle place avait prise dans la vie de Christophe la figure de la fillette! Quelle émotion, quand, la cherchant dans le jardin, il apercevait de loin; la petite robe blanche;—quand, au théâtre, assis à quelques pas de leurs places encore vides, il entendait la porte de la baignoire s'ouvrir, et la rieuse voix qu'il connaissait si bien;—quand, dans une conversation étrangère, le cher nom de Kerich était prononcé! Il pâlissait, rougissait; pendant quelques minutes, il ne voyait ni n'entendait plus rien. Et aussitôt après, un torrent de sang lui remontait dans le corps, un assaut de forces inconnues.

Cette petite Allemande naïve et sensuelle avait des jeux bizarres. Elle posait sa bague sur une couche de farine; et il fallait la prendre, l'un après l'autre, avec les dents, sans se blanchir le nez. Ou bien elle passait au travers d'un biscuit une ficelle, dont chacun mettait un des bouts dans sa bouche; et il s'agissait d'arriver le plus vite possible, en mangeant la ficelle, à mordre le biscuit. Leurs visages se rapprochaient, leurs souffles se mêlaient, leurs lèvres se touchaient, ils riaient d'un rire factice, et leurs mains étaient glacées. Christophe se sentait envie de mordre, de faire du mal; il se rejetait brusquement en arrière; et elle continuait à rire, d'une façon forcée. Ils se détournaient l'un de l'autre, feignaient l'indifférence, et se regardaient à la dérobée.

Ces jeux troubles avaient pour eux un attrait inquiétant. Christophe en avait peur et leur préférait la gêne même des réunions, où madame de Kerich ou quelque autre assistait. Nulle présence importune ne pouvait interrompre l'entretien de leurs cœurs amoureux; la contrainte ne faisait que le rendre plus intense et plus doux. Tout alors prenait entre eux un prix infini: un mot, un plissement de lèvres, un coup d'œil, suffisaient à faire transparaître sous le voile banal de la vie ordinaire le riche et frais trésor de leur vie intérieure. Eux seuls le pouvaient voir: ils le croyaient du moins et se souriaient, heureux de leurs petits mystères. À écouter leurs paroles, on n'eût rien remarqué qu'une conversation de salon sur des sujets indifférents: pour eux, c'était un chant perpétuel d'amour. Ils lisaient les nuances les plus fugitives de leurs traits et de leur voix, comme en un livre ouvert; aussi bien auraient-ils pu lire, les yeux fermés: car ils n'avaient qu'à écouter leur propre cœur, pour y entendre l'écho du cœur de l'ami. Ils débordaient de confiance dans la vie, dans le bonheur, en eux-mêmes. Leurs espoirs étaient sans limites. Ils aimaient, ils étaient aimés, heureux, sans une ombre, sans un doute, sans une crainte pour l'avenir. Sérénité unique de ces jours de printemps! Pas un nuage au ciel. Une foi si fraîche que rien ne semble pouvoir la faner jamais. Une joie si abondante que rien ne pourra l'épuiser. Vivent-ils? Rêvent-ils? Ils rêvent sans doute. Il n'y a rien de commun entre la vie et leur rêve. Rien, sinon qu'à cette heure magique, eux-mêmes ne sont qu'un rêve: leur être s'est fondu, au souffle de l'amour.

Madame de Kerich ne fut pas longue à s'apercevoir de leur petit manège, qui se croyait très fin, et qui était très gauche. Minna en avait quelque soupçon, depuis que sa mère était entrée à l'improviste, un jour qu'elle parlait à Christophe de plus près qu'il ne convenait, et qu'au bruit de la porte ils s'étaient éloignés précipitamment, avec une maladroite confusion. Madame de Kerich avait feint de ne rien remarquer. Minna le regrettait presque. Elle eût voulu avoir à lutter contre sa mère: c'eût été plus romanesque.

Sa mère se garda bien de lui en fournir l'occasion; elle était trop intelligente pour s'inquiéter. Mais devant Minna, elle parlait de Christophe avec ironie, et raillait impitoyablement ses ridicules: elle le démolit en quelques mots. Elle n'y mettait aucun calcul, elle agissait d'instinct, avec la perfidie naturelle d'une bonne femme, qui défend son bien. Minna eut beau se rebiffer, bouder, dire des impertinences, et s'obstiner à nier la vérité des observations: elles n'étaient que trop justifiées, et madame de Kerich avait une habileté cruelle à blesser au bon endroit. La largeur des souliers de Christophe, la laideur de ses habits, son chapeau mal brossé, sa prononciation provinciale, sa façon ridicule de saluer, la vulgarité de ses éclats de voix, rien n'était oublié de ce qui pouvait atteindre l'amour-propre de Minna: c'était une simple remarque, décochée en passant; jamais cela ne prenait la forme d'un réquisitoire; et quand Minna, irritée, se dressait sur ses ergots pour répliquer, madame de Kerich, innocemment, était déjà occupée d'un autre sujet. Mais le trait restait, et Minna était touchée.

Elle commença à voir Christophe d'un œil moins indulgent. Il le sentait vaguement et lui demandait, inquiet:

—Pourquoi me regardez-vous ainsi?

Elle répondait:

—Pour rien.

Mais, l'instant d'après, quand il était joyeux, elle lui reprochait avec âpreté de rire trop bruyamment. Il était consterné, il n'eût jamais pensé qu'il fallût se surveiller avec elle, pour lire: toute sa joie était gâtée.—Ou bien, quand il causait, dans un entier abandon, elle l'interrompait d'un air distrait, pour faire une remarque désobligeante sur sa toilette, ou elle relevait ses expressions communes avec un pédantisme agressif. Il n'avait plus envie de parler, et parfois se fâchait. Puis il se persuadait que ces façons qui l'irritaient étaient une preuve de l'intérêt que lui portait Minna; et elle se le persuadait elle-même. Il tâchait humblement d'en faire son profit. Elle lui en savait peu de gré: car il n'y réussissait guère.

Mais il n'eut pas le temps de s'apercevoir du changement qui s'opérait en elle. Pâques était venu, et Minna devait faire, avec sa mère, un petit voyage chez des parents, du côté de Weimar.

La dernière semaine avant la séparation, ils retrouvèrent leur intimité des premiers jours. Sauf quelques impatiences, Minna fut plus affectueuse que jamais. La veille du départ, ils se promenèrent longuement dans le parc; elle attira Christophe au fond de la charmille, et lui passa au cou un sachet parfumé, où elle avait enfermé une boucle de ses cheveux; ils se renouvelèrent des serments éternels, ils jurèrent de s'écrire chaque jour; et, dans le ciel, ils firent choix d'une étoile, afin de la regarder, chaque soir, au même moment, tous deux.

Le jour fatal arriva. Dix fois, dans la nuit, il s'était demandé: «Où sera-t-elle demain?»; et maintenant, il pensait: «C'est aujourd'hui. Ce matin, elle est encore ici. Ce soir...» Il alla chez elle, avant qu'il fût huit heures. Elle n'était pas levée. Il essaya de se promener dans le jardin: il ne put, il revint. Les corridors étaient pleins de malles et de paquets; il s'assit dans le coin d'une chambre, épiant les bruits de porte, les craquements de plancher, reconnaissant les pas qui trottaient à l'étage au-dessus. Madame de Kerich passa, eut un léger sourire, et lui jeta, sans s'arrêter, un bonjour railleur. Minna parut enfin; elle était pâle, elle avait les yeux gonflés; elle n'avait pas plus dormi que lui, cette nuit. Elle donnait des ordres aux domestiques, d'un air affairé; elle tendit la main à Christophe, en continuant de parler à la vieille Frida. Elle était déjà prête à partir. Madame de Kerich revint. Elles discutèrent ensemble, au sujet d'un carton à chapeau. Minna ne semblait faire aucune attention à Christophe, qui se tenait, oublié, malheureux, à côté du piano. Elle sortit avec sa mère, puis rentra; du seuil, elle cria encore quelque chose à madame de Kerich. Elle ferma la porte. Ils étaient seuls. Elle courut à lui, lui saisit la main, et l'entraîna dans le petit salon voisin, dont les volets étaient clos. Alors elle approcha brusquement sa figure de celle de Christophe, et elle l'embrassa violemment, de toutes ses forces. Elle demandait, en pleurant:

—Tu promets, tu promets, tu m'aimeras toujours?

 

ほんとうをいえば、彼らは間歇かんけつ的にしか親切ではなかったのである。ミンナは、母の子供のおりから家で働いている老婢ろうひフリーダの献身的な卑しい生涯が、いかにあわれなものであるか、突然気がついた。そして彼女のところへ駆けて行って首に抱きついた。台所でシャツを繕つくろっていた老婢は非常にびっくりした。それでもミンナはやはり、二、三時間もたてば、呼鈴を鳴らしたのにフリーダがすぐにやって来なかったからと言って、荒々しい言葉を使った。またクリストフの方も、あらゆる人間にたいする愛情で胸をせつなくし、一匹の虫をも踏み潰つぶさないようにとよけて通っていたのに、自家の者たちにたいしては冷淡きわまっていた。奇怪な反動ではあるが、あらゆる他人にたいして情け深くなればなるほど、それだけ家の者にたいしてはいっそう冷酷になっていった。家の者のことはろくに考えもせず、無作法な口のきき方をし、厭な眼付で眺めていた。二人にとっては、その親切はあまりに満ち満ちた愛情の結果にすぎなかった。その愛情は発作的にあふれ出して、だれでもぶっつかった者に利を与えるのだった。そしてその発作を除いては、二人は平素よりもいっそう利己的になっていた。二人の頭はただ一つの考えに満されていて、すべてがそこに帰着するからであった。

この少女の面影は、クリストフの生活のうちに、いかに大なる場所を占めていたことだろう! 庭に彼女の姿を捜し求めて、小さな白い長衣を遠くに見出す時――劇場で、まだ空いている彼女ら二人の席から数歩のところにすわっていて、桟敷きじきの扉が開くのを聞き、よく知りぬいているあでやかな声を耳にする時――まったく無関係な話の中に、ふとケリッヒというなつかしい名前が出てくる時、彼はいかに感動したことであろう! 彼は蒼あおくなりまた赤くなった。しばらくの間は何にも聞こえも見えもしなかった。その後ではすぐに、血の激流が全身に湧き上がり、言い知れぬ力が躍おどりたってくるのであった。

この無邪気な肉感的なドイツの少女は、不思議な遊戯を心得ていた。彼女は麦粉を敷いた上に指輪をのせた。二人は代わる代わる、鼻に粉がつかないようにして、その指輪を歯でくわえ上げるのだった。あるいは、彼女はビスケットに糸を通した。そして二人は糸の両端を口にくわえ、糸を食べながら、できるだけ早くビスケットに噛みつくのだった。二人の顔は近寄り、息は交じり、唇は触れ合った。二人はわざとらしく笑っていた。手は冷たくなっていた。クリストフは、向うに噛みついてやり、痛い目に会わしてやりたかった。が突然彼は後ろに飛び退さがった。彼女は強しいて笑いつづけた。二人はたがいに顔をそむけ、なんでもないふうを装っていたが、でもそっと眼を見合っていた。

それらの怪しい遊びは、二人にとって不安な魅力をもっていた。クリストフはそれを恐れて、ケリッヒ夫人かだれかがいっしょにいる窮屈な集まりの方を好んだ。どんな邪魔な人がいようと、二人の恋の心の対話を妨げることはできなかった。拘束はかえってその対話を、いっそう熱烈なものとしいっそう楽しいものとした。そういう時には、すべてが二人の間では限りなく価値あるものとなった。一つの言葉、一つの唇の皺しわ、一つの目くばせ、それだけでもう、日常生活の凡俗なヴェールの下から、二人の内部生活の豊富な鮮かな宝を輝き出させるに十分だった。彼らだけがその宝を見ることができた。少なくとも彼らはそう信じて、二人だけの小さな秘密に嬉うれしくて、たがいに微笑ほほえみかわした。彼らの言葉を聞いても、つまらない事柄についての客間話以外には、そこに何にも見てとられなかった。しかし彼らにとっては、それは恋のつきせぬ歌であった。たがいの顔付や声の最もとらえがたい色合いをも、彼らはよく読みとって、あたかも開いた書物の中で読むがようだった。また眼をつぶっていても読みとれたろう。相手の心の響きを聞くには、自分の心に耳を傾けさえすればよかったからである。彼らは、人生と幸福と自分たち自身とに、満ちあふれる信頼の念をいだいていた。彼らの希望には限界がなかった。彼らは愛し愛されて、幸福であり、なんらの陰影も知らず、疑念も知らず、未来にたいする心配も知らなかった。ああそれらの春の日のみが有する晴朗さよ! 空には一片の雲もない。何物にも弱められないほどの清新な信念。何物にも汲くみ尽されないほどの豊富な喜悦。彼らは生きているのか? 夢みているのか? 確かに彼らは夢みているのだ。実生活と彼らの夢との間にはなんらの共通点も存しない。なんらの共通点も……ただ、その幻惑的な時期において、彼ら自身が一の夢にすぎないということ以外には。彼らの存在は恋の息吹いぶきに融け去ってしまったのである。

ケリッヒ夫人は間もなく、二人の子供の素振りに気づいた。二人は巧みにやってるつもりだったが、実はごく拙劣せつれつだった。ある日、ミンナが不都合なほどクリストフに近寄って話していると、不意に母がはいって来た。扉の音を聞いて、二人はへたにまごつき、あわてて飛び退のいた。がその時からミンナは、感づかれたのではないかと思った。しかしケリッヒ夫人は何にも気づかないふりをしていた。ミンナはかえって残念なくらいだった。彼女は母と争いたかった。それの方がいっそう小説的だったろうから。

母は彼女に争う機会をなかなか与えようとしなかった。そのことについて気をもむにはあまりに聡明そうめいだった。しかしミンナの前で、クリストフのことを皮肉な調子で話して、そのおかしな点を容赦もなく嘲あざけった。数言でクリストフを冷評し去った。彼女は他意あってそうするのではなくて、自分の物を護まもりたいという女にありがちな浅はかな性質から、本能的に行なっていたのである。ミンナはそれに逆らい、不平顔をし、粗暴な言葉を使い、母の観察は嘘だと頑固がんこに否定しようとしたが、無駄むだであった。その観察はあまりに確かすぎていた。そしてケリッヒ夫人は、図星をさす残酷な技能をもっていた。クリストフの靴くつの大きいこと、服の醜いこと、埃ほこりをよく払ってない帽子、田舎訛いなかなまりの発音、可笑おかしなお辞儀の仕方、高声の賤いやしさ、すべてミンナの自尊心を傷つけるようなことを一つも言い忘れなかった。だがそれは事のついでにもち出される意見にすぎなかった。決して非難の形をとって現われて来はしなかった。ミンナがいらだって、威丈高いたけだかに答え返そうとすると、ケリッヒ夫人は事もなげに、もう他のことを言っていた。しかしその刺とげは残っていて、ミンナはそれに傷つけられた。

ミンナは以前ほど寛大な眼ではクリストフを眺めなくなった。彼はそれを漠然と感じて不安そうに尋ねた。

「どうして私をそんなに見るんです?」

彼女は答えた。

「なんでもないわ。」

しかしすぐその後で彼女は、彼がはしゃいでいると、あまり騒々そうぞうしく笑うと言ってきびしく非難した。彼は驚いた。笑うのにも彼女に気がねをしなければならないとは思いもよらないことだった。彼の喜びはすべて害された。――あるいはまた、彼がすっかり我を忘れて夢中にしゃべっていると、彼女は他に心を向けてるような様子でその話をやめさせ、彼の服装についてあまりありがたくない注意をしたり、または攻撃的な物知り顔で、彼の下品な言葉使いを指摘したりした。彼はもう口をききたくなく、時には機嫌きげんを損ずることもあった。がその次には、自分をいらだたせるそういうやり方も、ミンナが自分に愛情をいだいてる証拠であると思い込むのだった。そして彼女の方でもそう思い込んでいた。彼は殊勝にも彼女の注意に従って欠点を直そうとした。彼女はあまり満足しなかった。なぜなら彼はどうもうまく欠点を直せなかったから。

しかし彼は彼女のうちに起こってる変化に気づくだけの暇ひまがなかった。復活祭が来た。ミンナは母とともに、ワイマールの方の親戚しんせきの家へ、ちょっと旅をしなければならなかった。

別れる前の最後の一週間には、彼らは最初のころのような親しみをまた見出した。わずかな短気な振舞を除けば、ミンナはこれまでになくやさしかった。出発の前日、彼らは長い間庭を散歩した。彼女はクリストフを阿亭あずまやの奥に連れ込んで、一房の髪の毛を入れて置いた香袋こうぶくろを、彼の首にかけてやった。彼らは永遠の誓いをまたくり返し、毎日手紙を書こうと約束した。空の星を一つ選んで、毎晩二人とも同じ時刻にそれを見ようと誓った。

悲しい日が来た。夜中に彼は幾度となく、「明日彼女はどこにいるだろう?」と考えたのであったが、今はこう考えた、「今日だ。今朝はまだ彼女はここにいるが、今晩は……。」彼は八時にもならない前から彼女の家へ行った。彼女は起きていなかった。彼は庭を歩き回ろうとした。がそれもできないで、またもどってきた。廊下は旅行カバンや荷物包みでいっぱいだった。彼はある室の片隅にすわって、扉の音や床板のきしる音を窺うかがい、頭の上の二階でする足音の主を聞き分けていた。ケリッヒ夫人が通りかかって、軽い微笑を浮かべ、立止まりもしないで、ひやかし気味にお早うと言った。ついにミンナが出て来た。蒼あおざめた顔をして、眼をはらしていた。昨夜は、彼と同じに眠れなかったのである。彼女は忙しそうに召使らに用を言いつけていた。老婢フリーダに口をききつづけながら、クリストフに手を差出した。もう出発の用意ができていた。ケリッヒ夫人もまたやって来た。彼女らはいっしょに、帽子のボール箱について相談し合った。ミンナはクリストフになんらの注意も払っていないらしかった。クリストフは忘れられて悲しそうに、ピアノのそばにじっとしていた。ミンナは母とともに出て行った。それからまたはいって来た。入口でなお、ケリッヒ夫人に何やら叫んだ。彼女は扉を閉めた。二人きりになった。彼女は彼のところへ走り寄り、彼の手をとり、雨戸をしめきった隣りの小客間へ引き込んだ。そして彼女は、にわかにクリストフの顔へ自分の顔を近寄せ、力いっぱいに彼を激しく抱擁した。彼女は泣きながら尋ねた。

「約束してちょうだい、約束してちょうだい、いつまでも私を愛してくださるの?」

 

Ils sanglotaient tout bas, et faisaient des efforts convulsifs, pour qu'on ne les entendît pas. Ils se séparèrent, au bruit de pas qui venaient. Minna, s'essuyant les yeux, reprit avec les domestiques son petit air important; mais sa voix tremblait.

Il réussit à lui voler son mouchoir, qu'elle avait laissé tomber, son petit mouchoir sale, fripé, humide de ses pleurs.

Il accompagna ses amies dans leur voiture jusqu'à la gare. Assis en face l'un de l'autre, les deux enfants osaient à peine se regarder, de peur de fondre en larmes. Leurs mains se cherchaient furtivement et se serraient, à se faire mal. Madame de Kerich les observait avec une bonhomie narquoise et semblait ne rien voir.

Enfin, l'heure sonna. Debout près de la portière, quand le train s'ébranla, Christophe se mit à courir à côté de la voiture, sans regarder devant lui, bousculant les employés, les yeux attachés aux yeux de Minna, jusqu'à ce que le train le dépassât.. Il continua de courir, jusqu'à ce qu'il ne vît plus rien. Alors il s'arrêta, hors d'haleine; et il se retrouva sur le quai de la gare, au milieu d'indifférents. Il rentra à sa maison, d'où par bonheur les siens étaient sortis; et, tout le matin, il pleura.

Il connut pour la première fois l'affreux chagrin de l'absence. Tourment intolérable pour tous les cœurs aimants. Le monde est vide, la vie est vide, tout est vide. On ne peut plus respirer: c'est une angoisse mortelle. Surtout quand persistent autour de nous les traces matérielles du passage de l'amie, quand les objets qui nous entourent l'évoquent constamment, quand on reste dans le décor familier où l'on vécut ensemble, quand on s'acharne à revivre aux mêmes lieux le bonheur disparu. Alors, c'est comme un gouffre qui s'ouvre sous les pas: on se penche, on a le vertige, on va tomber, on tombe. On croit voir la mort en face. Et c'est bien elle qu'on voit: l'absence n'est qu'un de ses masques. On assiste tout vif à la disparition du plus cher de son cœur: la vie s'efface, c'est le trou noir, le néant.

Christophe alla revoir tous les endroits aimés, pour souffrir davantage. Madame de Kerich lui avait laissé la clef du jardin, pour qu'il pût s'y promener en leur absence. Il y retourna, le jour même, et faillit suffoquer de douleur. Il lui semblait, en venant, qu'il y retrouverait un peu de celle qui était partie: il ne la retrouva que trop, son image flottait sur toutes les pelouses; il s'attendait à la voir paraître à tous les détours des allées: il savait bien qu'elle ne paraîtrait pas; mais il se torturait à se persuader le contraire, à rechercher les traces de ses souvenirs amoureux, le chemin du labyrinthe, la terrasse tapissée de glycine, le banc dans la charmille; et il mettait une insistance de bourreau à se répéter: «Il y a huit jours... il y a trois jours... hier, c'était ainsi, hier, elle était ici... ce matin même...» Il se labourait le cœur avec ces pensées, jusqu'à ce qu'il dût s'arrêter, étouffant, près de mourir.—À son deuil se mêlait une colère contre lui de tout ce beau temps perdu, sans qu'il en eût profité. Tant de minutes, tant d'heures, où il jouissait du bonheur infini de la voir, de la respirer, de se nourrir d'elle! Et il ne l'avait pas apprécié! Il avait laissé fuir le temps, sans avoir savouré chacun des plus petits moments! Et maintenant!... Maintenant, il était trop tard... Irréparable! Irréparable!

Il revint chez lui. Les siens lui furent odieux. Il ne put supporter leurs visages, leurs gestes, leurs entretiens insipides, les mêmes que la veille, les mêmes que les jours d'avant, les mêmes que lorsqu'elle était là. Ils continuaient de mener leur vie accoutumée, comme si un tel malheur ne venait pas de s'accomplir auprès d'eux. La ville non plus ne se doutait de rien. Les gens allaient à leurs occupations, riants, bruyants, affairés; les grillons chantaient, le ciel rayonnait. Il les haïssait tous, il se sentait écrasé par l'égoïsme universel. Mais il était plus égoïste, a lui seul, que l'univers entier. Rien n'avait plus de prix pour lui. Il n'avait plus de bonté. Il n'aimait plus personne.

Il passa de lamentables journées. Ses occupations le reprirent d'une façon automatique; mais il n'avait plus de courage pour vivre.

Un soir qu'il était à table avec les siens, muet et accablé, le facteur heurta à la porte et lui remit une lettre. Son cœur la reconnut, avant d'avoir vu l'écriture. Quatre paires d'yeux, braqués sur lui, avec une curiosité indiscrète, attendaient qu'il la lût, s'accrochant à l'espoir de cette distraction, qui les sortit de leur ennui accoutumé. Il posa la lettre à côté de son assiette et se força à ne pas l'ouvrir, prétendant avec indifférence qu'il savait de quoi il s'agissait. Mais ses frères, vexés, n'en crurent rien, et continuèrent de l'épier: en sorte qu'il fut à la torture, jusqu'à la fin du repas. Alors seulement il fut libre de s'enfermer dans sa chambre. Son cœur battait si fort qu'il faillit déchirer la lettre en l'ouvrant. Il tremblait de ce qu'il allait lire; mais, dès qu'il eut parcouru les premiers mots, une joie l'envahit.

C'était quelques lignes très affectueuses. Minna lui écrivait en cachette. Elle l'appelait: «Cher Christlein», elle lui disait qu'elle avait bien pleuré, qu'elle avait regardé l'étoile, chaque soir, qu'elle avait été à Francfort, qui était une ville grandiose, où il y avait des magasins admirables, mais qu'elle ne faisait attention à rien, parce qu'elle ne pensait qu'à lui. Elle lui rappelait qu'il avait juré de lui rester fidèle, et de ne voir personne en son absence, afin de penser uniquement à elle. Elle voulait qu'il travaillât pendant tout le temps qu'elle ne serait pas là, afin qu'il devint célèbre, et qu'elle le fût aussi. Elle finissait en lui demandant s'il se souvenait du petit salon, où ils s'étaient dit adieu, le matin du départ; et elle le priait d'y retourner un matin; elle assurait qu'elle y serait encore, en pensée, et qu'elle lui dirait encore adieu, de la même façon. Elle signait: «Éternellement à toi! Éternellement!...»; et elle avait ajouté un post-scriptum, pour lui recommander d'acheter un chapeau canotier, au lieu de son vilain feutre:—«tous les messieurs distingués en portent ici: un canotier de grosse paille, avec un large ruban bleu».

Christophe lut quatre fois la lettre, avant d'arriver à la comprendre tout à fait. Il était étourdi, il n'avait même plus la force d'être heureux; il se sentit brusquement si las qu'il se coucha, relisant et baisant la lettre à tout instant. Il la mit sous son oreiller, et sa main s'assurait sans cesse qu'elle était là. Un bien-être ineffable se répandait en lui. Il dormit d'un trait jusqu'au lendemain.

Sa vie devint plus supportable. La pensée fidèle de Minna flottait autour de lui. Il entreprit de lui répondre; mais il n'avait pas le droit de lui écrire librement, il devait cacher ce qu'il sentait; c'était pénible et difficile. Il s'évertua à voiler maladroitement son amour sous des formules de politesse cérémonieuse, dont il se servait toujours d'une façon ridicule.

Sa lettre partie, il attendit la réponse de Minna, il ne vécut plus que dans cette attente. Pour prendre patience, il essaya de se promener, de lire. Mais il ne pensait qu'à Minna, il se répétait son nom avec une obstination de maniaque; il avait pour ce nom un amour si idolâtre qu'il gardait dans sa poche un volume de Lessing, parce que le nom de Minna s'y trouvait; et, chaque jour, il faisait un long détour, au sortir du théâtre, pour passer devant une boutique de mercière, dont l'enseigne portait les cinq lettres adorées.

Il se reprocha de se distraire, quand elle lui avait recommandé avec insistance de travailler, pour la rendre illustre. La naïve vanité de cette demande le touchait, comme une marque de confiance. Il résolut, pour y répondre, d'écrire une œuvre qui lui serait non seulement dédiée, mais vraiment consacrée. Aussi bien n'aurait-il pu rien faire d'autre, en ce moment. À peine en eut-il conçu le dessein que les idées musicales affluèrent. Telle une masse d'eau, accumulée dans un réservoir depuis des mois, et qui s'écroulerait d'un coup, brisant ses digues. Il ne sortit plus de sa chambre, pendant huit jours. Louisa déposait son dîner à la porte: car il ne la laissait même pas entrer.

 二人は低くすすり泣いた。人に聞かれないように、痙攣けいれん的な努力をした。足音が近づいて来るので、たがいに離れた。ミンナは眼を拭ふきながら、召使らにたいして高慢ちきな様子にかえった。しかしその声は震えていた。

彼はうまく、彼女の落したハンケチを盗み取った。よごれた、皺しわくちゃの、涙にぬれた、小さなハンケチだった。

彼は二人の女友だちと同じ馬車に乗って、停車場までついていった。二人の子供は、たがいに向き合ってすわりながら、涙にむせかえるのを恐れて、ろくに顔も見合わしえなかった。彼らの手は、たがいにそっと探り合って、痛いほどひしと握りしめた。ケリッヒ夫人はずるいお人よしの様子で二人の素振りを見守っていた、そして何にも気づかないふりをしていた。

ついにその時刻となった。クリストフは列車の入口近くに立っていたが、列車が動き出すと、それと並んで走り出し、前方に眼もくれず、駅員らをつきとばし、ミンナと眼を見合していたが、ついに列車から追い抜かれてしまった。それでもやはり走りつづけて、何にも見えなくなるまでは止まらなかった。見えなくなると、息を切らして立止まった。顧みると、プラットフォームにたたずんで他人の間に交じっていた。彼は家にもどった。幸いに家の者は出かけていた。その朝じゅう、彼は泣いた。

彼は初めて、別れていることの恐ろしい苦しみを知った。恋するあらゆる心にとってはたえがたい苦痛である。世の中は空むなしく、生活は空しく、すべてが空しい。もはや呼吸もできない。死ぬほどの悩みである。ことに、恋人の身にまつわった具体的な事物がなお周囲に残存している時、周囲の事物がたえず恋人の姿を描き出させる時、いっしょに暮した親しい背景の中に一人残っている時、その同じ場所に消え去った幸福を蘇よみがえらせようとあせる時、それはあたかも、足下に深淵しんえんが開けたようなものである。身をかがめて覗のぞき込み、眩暈めまいを感じ、まさに落ち込まんとし、そして実際落ち込んでしまう。まのあたり死を見るような心地である。そしてまさしく死を見てるのである。恋人の不在は、死の仮面の一つにすぎない。自分の心の最も大事な部分が消え失うせるのを、生きながら見るのである。生命は消えてゆく。真暗まっくらな穴である。虚無である。

クリストフはなつかしい場所をいちいち見に行って、なおさら苦しんだ。ケリッヒ夫人は彼に庭の鍵かぎを渡して、留守中にもそこを散歩できるようにしてやった。彼は別れたその日に庭へまたもどっていって、悩ましい思いに息もつけないほどだった。彼はやって来る途中、出発してしまった恋人の多少の面影を、また庭に見出せるだろうと思っていた。実際来てみると、多少どころではなかった。彼女の面影は芝生の上いたるところに漂っていた。径みちの曲り角かどごとに、彼女の姿が今にも眼の前に出て来そうだった。出て来ないことはよく承知していたが、しかしみずから苦しんでその反対を信じようとした。迷宮の林の中の小径こみち、藤ふじのからまった高壇テラース、阿亭あずまやの中の腰掛など、恋しい思い出の跡を求めてはみずから苦しんだ。彼は執念深くくり返した。「一週間前は……三日前は……昨日は、そうだった。昨日彼女はここにいた。……今朝ほども……。」彼はそういう考えでみずから心を痛め、ついには息がせつなく死ぬほどになって、考えやめなければならなかった。――彼の悲しみには、多くの麗わしい時を利用もせず無駄に過ごしたという、自己憤懣ふんまんの念が交じっていた。幾多の瞬間、幾多の時間、彼女に会い彼女の香りを吸い彼女の存在でおのれを養うという限りない幸福を、彼は楽しんできたのであった。しかも彼はその幸福の価あたいをほんとうには知っていなかった。わずかな瞬間をも皆味わいつくすことをしないで、うかうか時を過ごしてしまった。そして今や……。今となってはもう遅すぎた。……取り返しがつかない。取り返しがつかないのだ!

彼は家にもどった。家の者が厭いやに思えて仕方がなかった。彼らの顔付、彼らの身振、彼らのくだらない会話が、我慢できなかった。それらは前日と変わりなく、以前と変わりなく、彼女がいたころと少しの変わりもなかった。彼らはいつもの生活をつづけていて、かくも大きな不幸が近くに起こったことを知らないがようだった。また町じゅうの者も一人として何にも気づいていなかった。人々は笑いながら、騒々そうぞうしく、忙しそうに、仕事に赴おもむいていた。蟋蟀こおろぎは歌っており、空は輝いていた。彼はすべての者を憎んだ。世の中の利己的なのに圧倒される気がした。しかし彼は、彼一人で、世の中全体よりもいっそう利己的だった。彼にとっては、もはや何物も価値をもたなかった。彼はもはや好意をもたなかった。彼はもはやだれをも愛しなかった。
彼はいたましい日々を過ごした。自働人形のようなふうで仕事にとりかかった。しかしもう生きてゆく元気がなかった。
ある晩、彼が黙々としてうちしおれながら、家の者といっしょに食卓についている時に、郵便配達夫が戸をたたいて、彼に一封の手紙を渡した。彼はその手跡をも見ない前に、心にそれと思い当たった。四組の眼が、厚かましい好奇心をもって彼を見つめながら、いつもの退屈さから免れるような気晴らしの種をひたすら期待して、彼がその手紙を読むのを待っていた。彼は手紙を皿さらの横に置き、なんのことだかよくわかってるというような平気な顔をして、わざと開封もしなかった。しかし弟どもはじれだして、それを信ぜず、なおじろじろ見ていた。それで彼は食事が済むまで苦しめられた。食事が済んでから彼はようやく、自由に室の中へ閉じこもることができた。胸が高く動悸どうきしていたので、手紙を開きながら危くそれを引裂こうとした。これからどういうことを読むかびくびくしていた。しかし初めの数語に眼を通すや否や、喜びの情が身にしみ渡った。

それはきわめて愛情のこもった文句だった。ミンナが内密に書いてよこしたものであった。「懐なつかしいクリスさま」と彼を呼んでいた。たいそう泣いたこと、毎晩あの星を眺めてること、フランクフルトに来ていること、大きな都会でりっぱな店があるけれども、何にも気が向かないこと、なぜなら彼のことしか考えていないからということ、などがいろいろ書いてあった。彼女にいつまでも忠実であって、彼女の不在中はだれにも会わずに、ただ彼女のことばかりを考えるようにすると、彼が先に誓ったことについて、念が押してあった。留守中たえず勉強して、名高い人になり、自分をもまた有名にしてほしいと、願ってあった。終りに、出発の朝別れを告げ合ったあの小客間を、覚えているかどうかと、尋ねてあった。いつか朝、そこへまた行ってくれと、頼んであった。自分の心はまだそこにあること、別れを告げたあの時と同じようにしているということ、などが確言してあった。「永久にあなたの私、永久に!」と終りを結んであった。そして二伸の添え書きがあって、みっともないフェルト帽をよして、麦稈むぎから帽を買うようにと、勧めてあった。――「ここでは、りっぱな人たちは皆それをかぶっていますのよ――広い青のリボンのついた荒い麦稈帽ですわ。」

クリストフは三、四度くり返し手紙を読んで、それで初めてよく意味がわかった。彼はぼーっとして、もう嬉うれしがるだけの元気もなかった。しきりに手紙を読み返したりくちづけしたりしながら、にわかに疲労を感じて床にはいった。手紙を枕の下に置いて、たえず手で探っては、そこに手紙があることを確かめた。えもいえぬ楽しさが彼のうちに広がっていった。彼は翌日まで一息に眠った。
彼の生活はいくらかたえやすくなった。ミンナの真実な思いが身のまわりに漂っていた。彼は返事を書きかけた。しかし彼には自由に書くだけの権利がなかった。思ってることを隠さなければならなかった。それは苦しいまた困難なことだった。いつもおかしい使い方をしてる儀式ばった丁寧ていねいな文句の下に、恋の心を覆おおい隠そうとしたが、それもきわめてまずかった。

彼は手紙を出してから、ミンナの返事を待った。もはやその期待の念のうちにばかり生きていた。辛抱するために散歩や読書を試みた。しかしミンナのことばかり考えていて、ほとんど病的な執拗しつようさで彼女の名をくり返し言っていた。偶像にでもたいするようにその名を愛していたので、どこへ行くにも、ミンナという名が出てるレッシングの一巻をポケットに入れていた。そして毎日、劇場から出ると、長い回り道をして、ミンナという恋しい三文字のついた看板が出てる小間物屋の店先を通った。

自分を名高い女にするために勉強してくれと彼女から切願されたので、彼はうっかりしてるのがやましかった。そういう要求の無邪気な虚栄心は、信頼のしるしとして彼の心を打った。彼はその求めに応ずるために、ただに彼女に捧呈するばかりでなく真に献ささげきった一つの作品を、書いてみようと決心した。それで当分のうち他のことはいっさいできなかった。そしてその作品の構図を思いつくや否や、楽想がくそうは湧然ゆうぜんとして湧わいてきた。数か月来貯水池にたまっていた水量が、堤防を破って一挙に流れ出すのにも似ていた。彼は一週間の間自分の室を出なかった。ルイザは戸口のところに食事を置いていった。彼女をも室にはいらせなかったのである。

 

Il écrivit un quintette pour clarinette et instruments à cordes. La première partie était un poème d'espoir et de désir juvéniles; la dernière, un badinage d'amour, où faisait irruption l'humour un peu sauvage de Christophe. Mais l'œuvre entière avait été écrite pour le second morceau: le larghetto, où Christophe avait peint une petite âme ardente et ingénue, était, ou devait être le portrait de Minna. Nul ne l'y eût reconnue, et elle moins que personne; mais l'important était qu'il l'y reconnût parfaitement; il éprouvait un frémissement de plaisir à l'illusion de sentir qu'il s'était emparé de l'être de la bien-aimée. Nul travail ne lui fut plus facile et heureux: c'était une détente à l'excès de l'amour, que l'absence amassait en lui; et en même temps, le souci de l'œuvre d'art, l'effort nécessaire pour dominer et concentrer la passion dans une forme belle et claire, lui donnait une santé d'esprit, un équilibre de toutes ses facultés, qui lui causait une volupté physique. Souveraine jouissance connue de tout artiste: pendant le temps qu'il crée, il échappe à l'esclavage du désir et de la douleur; il en devient le maître; et tout ce qui le faisait jouir, et tout ce qui le faisait souffrir, lui semble le libre jeu de sa volonté. Instants trop courts: car il retrouve ensuite, plus lourdes, les chaînes de la réalité.

Tant que Christophe fut occupé de ce travail, il eut à peine le temps de songer à l'absence de Minna: il vivait avec elle. Minna n'était plus en Minna, elle était toute en lui. Mais quand il eut fini, il se retrouva seul, plus seul qu'avant, plus las; il se rappela qu'il y avait deux semaines qu'il avait écrit à Minna, et qu'elle ne lui avait pas répondu.

Il lui écrivit de nouveau; et, cette fois, il ne put se résoudre à observer tout à fait la contrainte qu'il s'était imposée dans la première lettre. Il reprochait à Minna, sur un ton de plaisanterie,—car il n'y croyait pas,—de l'avoir oublié. Il la taquinait sur sa paresse et lui faisait d'affectueuses agaceries. Il parlait de son travail avec beaucoup de mystère, pour piquer sa curiosité, et parce qu'il voulait lui en faire une surprise, au retour. Il décrivait minutieusement le chapeau qu'il avait acheté; et il racontait que, pour obéir aux ordres de la petite despote,—car il avait pris à la lettre toutes ses prétentions,—il ne sortait plus de chez lui, et se disait malade, afin de refuser toutes les invitations. Il n'ajoutait pas qu'il était même en froid avec le grand-duc, parce que, dans l'excès de son zèle, il s'était dispensé de se rendre à une soirée du château, où il était convié. Toute la lettre était d'un joyeux abandon, et pleine de ces petits secrets, chers aux amoureux: il s'imaginait que Minna seule en avait la clef, et il se croyait fort habile, parce qu'il avait eu soin de remplacer partout le mot d'amour par celui d'amitié.

Après avoir écrit, il éprouva un soulagement momentané: d'abord, parce que la lettre lui avait donné l'illusion d'un entretien avec l'absente; et parce qu'il ne doutait pas que Minna n'y répondît aussitôt. Il fut donc très patient pendant les trois jours qu'il avait accordés à la poste pour porter sa lettre à Minna et lui rapporter la réponse. Mais, quand le quatrième jour fut passé, il recommença à ne plus pouvoir vivre. Il n'avait plus d'énergie, ni d'intérêt aux choses, que pendant l'heure qui précédait l'arrivée de chaque poste. Alors il trépidait d'impatience. Il devenait superstitieux et cherchait dans les moindres signes—le pétillement du foyer, un mot dit au hasard—l'assurance que la lettre arrivait. Une fois l'heure passée, il retombait dans sa prostration. Plus de travail, plus de promenades: le seul but de l'existence était d'attendre le prochain courrier; et toute son énergie était dépensée à trouver la force d'attendre jusque-là. Mais quand le soir venait et qu'il n'y avait plus d'espérance pour la journée, alors c'était l'accablement: il lui semblait qu'il ne réussirait jamais à vivre jusqu'au lendemain; et il restait des heures, assis devant sa table, sans parler, sans penser, n'ayant même pas la force de se coucher, jusqu'à ce qu'un reste de volonté lui fît gagner son lit; et il dormait d'un lourd sommeil, plein de rêves stupides, qui lui faisaient croire que la nuit ne finirait jamais.

Cette attente continuelle devenait à la longue une véritable maladie. Christophe en arrivait à soupçonner son père, ses frères, le facteur même, d'avoir reçu la lettre et de la lui cacher. Il était rongé d'inquiétudes. De la fidélité de Minna, il ne doutait pas un instant. Si donc elle ne lui écrivait pas, c'est qu'elle était malade, mourante, morte peut-être. Il sauta sur sa plume et écrivit une troisième lettre, quelques lignes déchirantes, où il ne pensait pas plus, cette fois, à surveiller ses sentiments que son orthographe. L'heure de la poste pressait; il avait fait des ratures, brouillé la page en la tournant, sali l'enveloppe en la fermant: n'importe! Il n'aurait pu attendre au courrier suivant. Il courut jeter la lettre à la poste, et attendit dans une angoisse mortelle. La seconde nuit, il eut la vision nette de Minna, malade, qui l'appelait; il se leva, fut sur le point de partir à pied, d'aller la rejoindre. Mais où? Où la retrouver?

Le quatrième matin, arriva la lettre de Minna,—une demi-page,—froide et pincée. Minna disait qu'elle ne comprenait pas ce qui avait pu lui inspirer ces stupides appréhensions, qu'elle allait bien, qu'elle n'avait pas le temps d'écrire, qu'elle le priait de s'exalter moins à l'avenir et d'interrompre sa correspondance.

Christophe fut atterré. Il ne mit pas en doute la sincérité de Minna. Il s'accusa lui-même, il pensa que Minna était justement irritée des lettres imprudentes et absurdes qu'il avait écrites. Il se traita d'imbécile, et se frappa la tête avec ses poings. Mais il avait beau faire: il était bien forcé de sentir que Minna ne l'aimait pas autant qu'il l'aimait.

Les jours qui suivirent furent si mornes qu'ils ne peuvent se raconter. Le néant ne se décrit point. Privé du seul bien qui le rattachât à l'existence: ses lettres à Minna, Christophe ne vécut plus que d'une façon machinale; et le seul acte de sa vie auquel il s'intéressât, était lorsque, le soir, au moment de se coucher, il rayait, comme un écolier, sur son calendrier, une des interminables journées qui le séparaient du retour de Minna.

La date du retour était passée. Depuis une semaine déjà, elle aurait dû être là. À la prostration de Christophe avait succédé une agitation fébrile. Minna lui avait promis, en partant, de l'avertir du jour et de l'heure de l'arrivée. Il attendait, de moment en moment, pour aller au-devant d'elle; et il se perdait en conjectures pour expliquer ce retard.

Un soir, un voisin de la maison, un ami de grand-père, le tapissier Fischer, était venu fumer sa pipe et bavarder avec Melchior, comme il faisait souvent, après dîner. Christophe, qui se rongeait, allait remonter dans sa chambre, après avoir en vain guetté le passage du facteur, quand un mot le fit tressaillir. Fischer disait que le lendemain matin, de bonne heure, il irait chez les de Kerich, pour poser des rideaux. Christophe, saisi, demanda:

—Elles sont donc revenues?

—Farceur! tu le sais aussi bien que moi, dit le vieux Fischer, goguenard. Il y a beau temps! Elles sont rentrées avant-hier.

Christophe n'entendit rien de plus; il quitta la chambre et se prépara à sortir. Sa mère, qui depuis quelque temps le surveillait à la dérobée, le suivit dans le couloir et lui demanda timidement où il allait. Il ne répondit pas et sortit. Il souffrait.

Il courut chez mesdames de Kerich. Il était neuf heures du soir. Elles étaient au salon toutes deux, et ne parurent pas surprises de le voir. Elles lui dirent bonsoir avec tranquillité. Minna, occupée à écrire, lui tendit la main par-dessus la table, et continua sa lettre, en lui demandant de ses nouvelles, d'un air distrait. Elle s'excusait d'ailleurs de son impolitesse et feignait d'écouter ce qu'il disait; mais elle l'interrompit' pour demander un renseignement à sa mère. Il avait préparé des paroles touchantes sur ce qu'il avait souffert pendant leur absence: il put à peine en balbutier quelques mots; personne ne les releva, et il n'eut pas le courage de continuer: cela sonnait faux.

Quand Minna eut terminé la lettre, elle prit un ouvrage, et, s'asseyant à quelques pas de lui, se mit à lui raconter le voyage qu'elle avait fait. Elle parlait des semaines agréables qu'elle avait passées, des promenades à cheval, de la vie de château, de la société intéressante; elle s'animait peu à peu et faisait des allusions à des événements ou à des gens, que Christophe ne connaissait pas, et dont le souvenir les faisait rire, sa mère et elle. Christophe se sentait un étranger au milieu de ce récit; il ne savait quelle contenance faire, et riait d'un air gêné. Il ne quittait pas des yeux le visage de Minna, implorant l'aumône d'un regard. Mais quand elle le regardait,—ce qu'elle faisait rarement, s'adressant plus souvent à sa mère qu'à lui,—ses yeux, comme sa voix, étaient aimables et indifférents. Se surveillait-elle à cause de sa mère? Il eût voulu lui parler, seul à seule; mais madame de Kerich ne les quitta pas un moment. Il essaya de mettre la conversation sur un sujet qui lui fût personnel; il parla de ses travaux, de ses projets; il avait conscience que Minna lui échappait; et il tâchait de l'intéresser à lui. En effet, elle sembla l'écouter avec beaucoup d'attention; elle coupait son récit par des interjections variées, qui ne tombaient pas toujours très à propos, mais dont le ton semblait plein d'intérêt. Mais au moment où il se remettait à espérer, grisé par un de ses charmants sourires, il vit Minna mettre sa petite main devant sa bouche, et bâiller. Il s'interrompit net. Elle s'en aperçut, et s'excusa aimablement, prétextant sa fatigue. Il se leva, pensant qu'on le retiendrait encore; mais on ne lui dit rien. Il prolongeait ses saluts, il attendait une invitation à revenir le lendemain: il n'en fut pas question. Il fallut partir. Minna ne le reconduisit pas. Elle lui tendit la main,—une main indifférente, qui s'abandonnait froidement dans sa main; et il prit congé d'elle au milieu du salon.

Il rentra chez lui, l'effroi au cœur. De la Minna d'il y avait deux mois, de sa chère Minna, il ne restait plus rien. Que s'était-il passé? Qu'était-elle devenue? Pour un pauvre garçon, qui n'avait jamais encore éprouvé les changements incessants, la disparition totale, et le renouvellement absolu des âmes vivantes, dont la plupart ne sont pas des âmes, mais des collections d'âmes, qui se succèdent, et s'éteignent constamment, la simple vérité était trop cruelle pour qu'il pût se résoudre à y croire. Il en repoussait l'idée avec épouvante, et tâchait de se persuader qu'il avait mal su voir, que Minna était toujours la même. Il décida de retourner chez elle, le lendemain matin, de lui parler à tout prix.

彼はクラリネットと弦楽器とのための五重奏曲カンテットを一つ書いた。第一部は、青春の希望と欲望との詩であった。最後の部は恋の諧謔かいぎゃくであって、クリストフの多少荒くれた気質がその中にほとばしっていた。しかしこの全曲は、次の曲たるラルゲットのために書かれたものであった。そこでクリストフは、熱烈素純な少女の魂を描いた。それはミンナの肖すがたであったし、また肖であるべきだった。だれも彼女の面影をそこに認めなかったかもしれないし、彼女自身も認めなかったかもしれないが、しかしたいせつなことは、彼がそれを完全に認めてることだった。恋人の一身をすっかりわが物にしたということを空想裡りに感じて、彼は喜びの戦慄せんりつを覚えた。どんな仕事も、これほどたやすくまた嬉うれしいものはなかった。恋人の不在のために心にたまってる愛情を、一挙に放散させることであった。そしてまた同時に、芸術的製作への専心と、情熱を美しい明らかな形式のうちに統御し集注するための必要な努力とは、精神の健康と全能力の平衡とを彼に与えて、肉体的快感をも彼のうちによび起こした。あらゆる芸術家が知っている最上の享楽である。創作してる間、芸術家は欲望と苦悩との軛くびきを脱して、かえってその主人となる。彼を喜ばせるすべてのもの、彼を苦しませるすべてのもの、それらも皆自分の意志のままになるがように思われる。しかしそれも束つかの間である。なぜならその後では、現実の繋鎖けいさがいっそう重く感じられてくるから。

クリストフは製作に従事してる間、ミンナがいないことをほとんど思う暇ひまもなかった。彼は彼女といっしょに生きていた。ミンナはもはやミンナの中にはなく、すっかり彼のうちにあった。しかし仕事を終えてしまうと、彼はまた孤独を感じ、前よりもいっそうの孤独を感じ、いっそうがっかりしていた。ミンナに手紙を書いたのは二週間前であること、彼女からは返事も来なかったこと、などが思い出された。

彼はふたたび手紙を書いた。そしてこんどは最初の手紙に強しいて守ったような遠慮を、どうしてもすっかり守ることができなかった。彼を忘れてしまったことを、冗談の調子で――なぜなら自分でもそれを信じていなかったから――ミンナに責めた。彼女の無精をからかって、やさしい揶揄やゆをしてみた。非常にもったいぶって自分の仕事のことをほのめかした。彼女の好奇心を刺激したかったし、また、もどって来たらふいに喜ばしてやりたかったのである。買い求めた帽子のことを細かに述べた。その小さな専制者の命令に服従するために――彼は彼女の言うことをそっくり文字どおりに解釈していたのである――もう少しも家から出かけないで、いっさいの招待を断わるために仮病けびょうをつかってると、言ってやった。熱情のあまり、招かれた宮邸の夜会へも行かないで、大公爵の機嫌きげんを損じてるということだけは、書き添えなかった。手紙は楽しい明け放しの調子で、恋人同志にとって嬉うれしい小さな内密事ないしょごとで満ちていた。その内密事を解く鍵かぎをもってるのはミンナ一人だと、彼は思っていた。用心して恋愛の言葉をすっかり友情の言葉で置き代えたので、ごく上手じょうずにいったと考えた。

手紙を書き終えると、彼は一時の慰謝を感じた。第一には、手紙を書きながら不在のミンナと話をしてる気になったからであるし、次には、ミンナがすぐに返事をくれることと信じていたからである。で彼は、自分の手紙がミンナのもとへ届き、その返事が自分のもとへ届くには、三日ばかりかかると思っていたので、その間はごく気長に落着いていた。しかし四日目も過ぎてしまうと、もう生きていられないような気にふたたびなりだした。いくらか元気があり、物に興味を覚えるのは、ただ郵便が来る間ぎわの時間だけだった。そういう時彼は、待ちかねて足をふみ鳴していた。彼は迷信家になって、ちょっとしたしるし――暖炉の火のはじく音や、偶然に言われた言葉など――の中に、手紙が来るという信念を捜し求めた。その時刻が一度過ぎ去ると、また悄然しょうぜんとしてしまった。もう仕事もしなければ、散歩もしなかった。生存の唯一の目的は、次の郵便配達夫を待つことであった。そしてそれまで我慢して待つのに、ありったけの元気を費やした。しかし晩となって、もうその日は希望がなくなると、すっかり落胆しつくした。翌日までは生きておれそうにも思えなかった。いく時間もじっとして、テーブルの前にすわり、口もきかず、考えもせず、寝るだけの力もなかったが、しまいには、わずかに残ってる意志でようやく床にはいるのだった。そして重苦しい眠りに入り、馬鹿ばかげた夢ばかりみて、その夜がいつまでも終らないもののように考えられた。

そういうたえざる期待は、ついにほんとうの病気になりかけた。そのためにクリストフは、手紙を受取りながら自分に隠してるのではないかと、父を疑い、弟どもを疑い、郵便配達夫をさえ疑うようになった。彼は不安の念にさいなまれた。ミンナの信実については一瞬も疑わなかった。もしほんとうに手紙をよこさなかったのなら、きっと彼女は病気であり、死にかかっており、おそらく死んでるのかもしれなかった。彼はすぐさまペンを取上げ、三番目の手紙を書いた。胸がはり裂けるような文句で、もうこんどは、自分の感情にも綴字つづりじにも気をつけようと思わなかった。郵便の時刻が迫っていた。やたらに塗り消したり、ページを裏返しながら書き散らしたり、封筒を封じながらよごしたりした。それでもかまわなかった。次の郵便の時間を待てなかった。彼は手紙を出しに郵便局へ駆けて行った。それからたえがたい煩悶はんもんのうちに返事を待った。翌晩、ミンナの姿をはっきり幻に見た。彼女は病気で、彼を呼んでいた。彼は起き上がり、彼女のところへ出かけて行こうとした。しかしどこへ? どこへ行ったら彼女に会えるのか?

四日目の朝、ミンナの手紙が届いた――半ページほどの――冷淡な取り澄した手紙が。彼がどうしてそんな馬鹿げた懸念けねんを起こしたのか訳がわからないこと、自分は丈夫でいること、手紙を書く暇ひまがないこと、以来はあまり興奮しないように、そして音信をよしてほしいということ、などが書いてあった。

クリストフは駭然がいぜんとした。彼はミンナの誠実を疑ってみなかった。彼は自分自身をとがめた。軽卒な馬鹿げた手紙を書き送ったので、ミンナが怒るのはもっともだと考えた。自分を馬鹿者だと思い、拳こぶしを固めて自分の頭を打った。しかしなんとしても無駄であった。自分が向うを愛してるほど深くミンナは自分を愛してはいないと、感じないわけにはゆかなかった。

その後の日々は、言葉にも述べられないほど陰惨なものだった。虚無は、これを述べることができないものである。なお生存してゆける唯一の楽しみ、すなわちミンナへ手紙を書くこと、それも禁じられてしまったので、クリストフはもはや機械的に生きてるのみだった。そして唯一の生甲斐いきがいのある仕事は、晩寝る時に、ミンナが帰って来るまでの数多い日数の一つを、あたかも小学生徒のように、自分の暦こよみの上に塗り消すことであった。

帰宅の日限は過ぎてしまった。もう一週間も前から彼女らは帰って来ていなければならないはずだった。クリストフの落胆は、ついで激しいいらだちとなった。ミンナは出発のおり、帰ってくる日と時間とを前から知らせると約束していた。彼はたえず、彼女らを迎えに行こうと待ちかまえていた。そしてかく帰りが遅れる理由を、種々思い迷った。

ある晩、隣りに住んでる人で、祖父の友であった家具商のフィシェルがいつもよくやるように、晩食後やって来て、メルキオル相手にパイプをふかしたり無駄話をしたりした。クリストフは配達夫の通るのを空しく待受けたあとで、憂いに沈みながらまた自分の室に上ってゆこうとした。その時、ふと聞いた一言に彼は震え上がった。翌朝早くケリッヒ家へ行って窓掛をつけなければならないと、フィシェルは言っていた。クリストフははっとして尋ねた。

「そんなら帰って来たんですか。」

「とぼけちゃいけない。お前だってよく知ってるじゃないか。」と老フィシェルはひやかし気味に言った。「だいぶ前のことだ。一昨日おととい帰って来てらあね。」

クリストフはもうそのうえ何にも耳にはいらなかった。彼は室から出て、出かける支度をした。母は先ほどからそっと彼の様子を窺うかがっていたが、廊下までついて来て、どこへ行くのかとおずおず尋ねた。彼は返辞もしないで出て行った。彼は苦しんでいた。

彼はケリッヒ家に駆け込んだ。夜の九時だった。彼女らは二人とも客間にいた。彼の姿を見ても別に驚いた様子はなかった。静かに今晩はと言った。ミンナは手紙を書いていたが、テーブルの上から彼に手を差出し、なお書きつづけながら、気乗りのしない様子で彼の消息を尋ねた。そのうえ、自分の失礼を詫わび、彼の言葉に耳傾けてるふうをしていた。しかしちょっと彼の言葉をさえぎっては母に何か尋ねたりした。彼はその留守の間どんなに苦しんだか、それについて痛切な言葉を用意していた。けれどようやく数語をつぶやきえたばかりだった。だれも気を入れて聞いてくれず、彼は言いつづけるだけの元気もなかった。自分の言葉が妙に空から響きがした。

ミンナは手紙を終えると、編物を取り上げ、彼から数歩のところにすわって、旅の話を始めた。楽しく過ごした数週間、馬上の散歩のこと、別荘生活のこと、面白い交際社会のこと、などを話した。しだいに調子に乗って、クリストフの知らない出来事や人々の上に話を向け、母と彼女とはその追憶に笑いだした。クリストフはその話の中で、まったく圏外にいる心地がした。どういう顔付をしていいかもわからず、当惑したような様子で笑っていた。ミンナの顔から眼を離さず、恵みの一瞥べつを懇願していた。しかし彼女が彼を見る時――それもまれにであって、彼よりもむしろ母の方に話しかけていたが――彼女の眼はその声と同じく、愛嬌あいきょうはあるが心がこもっていなかった。彼女は母がいるので用心したのであろうか? 彼は彼女と二人きりで話がしたかった。しかしケリッヒ夫人は片時も彼らから離れなかった。彼は自分のことに話を向けようと試みた。自分の仕事や抱負のことを話した。ミンナが自分から逃げようとしてることを彼は感じた。そして彼女の心を引きつけようと努めた。実際彼女は、非常に注意して彼の言葉に耳傾けてるらしかった。彼の話に種々の感嘆詞を插はさんだ。それはいつもうまくあてはまるとは言えなかったが、しかしその調子には心惹ひかれてるさまが現われていた。けれども、彼がそのあでやかな微笑ほほえみに心酔って、また希望をいだき始めた時、ミンナが小さな手を口にあてて欠伸あくびをするのが眼にとまった。彼はぴたりと話をやめた。彼女は気がついて、疲れを口実に愛想よく言い訳をした。彼はまだ引止められることと思いながら立上がった。しかしだれもなんとも言ってくれなかった。彼はぐずぐず挨拶あいさつを長引かし、明日また来るように言われるのを待った。がそれも問題にはならなかった。彼は帰って行かなければならなかった。ミンナは送っても来なかった。彼女は手を差出した――無関心な手を。それは彼の手の中に冷やかに託された。そして彼は客間の中で彼女と別れた。

彼は心おびえながら家にもどった。二か月以前のミンナは、彼のなつかしいミンナは、もう何一つ残っていなかった。何事が起こったのか? 彼女はどうなったのか? このあわれな少年は、生きた魂の、それも大部分は個々の魂ではなくて、たえず相次ぎ消え失せる一団の魂であるが、そういう生きた魂の不断の変化を、全部の消滅を、根本的の更新を、まだかつて経験したことがなかったので、彼にとっては、単純な事実もあまりに残酷であって、それを信じようと心をきめることができなかった。彼は恐れてその考えをしりぞけ、自分の方で見当違いをしたのであって、ミンナはやはり同じミンナであると、むりにも思い込もうとした。翌朝また彼女のところへ行って、ぜひとも話そうと、彼は決心した。

 

Il ne dormit pas. Il compta, dans la nuit, toutes les sonneries de l'horloge. Dès la première heure, il alla roder autour de la maison des de Kerich; il entra aussitôt qu'il put. Ce ne fut pas Minna qu'il vit, ce fut madame de Kerich. Active et matinale, elle s'occupait à arroser avec une carafe les pots de fleurs sous la véranda. Elle eut une exclamation moqueuse, en apercevant Christophe:

—Ah! fit-elle, c'est vous!... Vous venez à propos, j'ai justement à vous parler. Attendez, attendez...

Elle rentra un moment, pour déposer la carafe et s'essuyer les mains, et revint, avec un petit sourire, en voyant la mine déconfite de Christophe, qui sentait l'approche du malheur.

—Allons au jardin, reprit-elle, nous serons plus tranquilles.

Dans le jardin, tout rempli de son amour, il suivit madame de Kerich. Elle ne se pressait pas de parler, s'amusant du trouble de l'enfant.

—Asseyons-nous là, dit-elle enfin.

Ils étaient sur le banc, où Minna lui avait tendu ses lèvres, la veille du départ.

—Je pense que vous savez de quoi il s'agit, dit madame de Kerich, qui prit un air grave, pour achever de le confondre. Je n'aurais jamais cru cela, Christophe. Je vous estimais un garçon sérieux. J'avais confiance en vous. Je n'aurais jamais pensé que vous en abuseriez, pour essayer de tourner la tête à ma fille. Elle était sous votre garde. Vous deviez la respecter, me respecter, vous respecter vous-même.

Il y avait une légère ironie dans le ton:—madame de Kerich n'attachait pas la moindre importance à cet amour d'enfants;—mais Christophe ne le sentit pas; et ces reproches, qu'il prit au tragique, comme il prenait toute chose, lui allèrent au cœur:

—Mais, madame... mais, madame... (balbutia-t-il, les larmes aux yeux.) Je n'ai jamais abusé de votre confiance... Ne le croyez pas, je vous en prie... Je ne suis pas un malhonnête homme, je vous jure!... J'aime mademoiselle Minna, je l'aime de toute mon âme, mais je veux l'épouser.

Madame de Kerich sourit.

—Non, mon pauvre garçon, (dit-elle, avec cette bienveillance, si dédaigneuse au fond, qu'il allait enfin comprendre,) non, ce n'est pas possible, c'est un enfantillage.

—Pourquoi? Pourquoi? demandait-il.

Il lui saisissait les mains, ne croyant pas qu'elle parlât sérieusement, rassuré presque par sa voix plus douce. Elle continuait de sourire, et disait:

—Parce que.

Il insistait. Avec des ménagements ironiques,—(elle ne le prenait pas tout a fait au sérieux,)—elle lui dit qu'il n'avait pas de fortune, que Minna avait d'autres goûts. Il protestait que cela ne faisait rien, qu'il serait riche, célèbre, qu'il aurait les honneurs, l'argent, tout ce que voudrait Minna. Madame de Kerich se montrait sceptique; elle était amusée de cette confiance en soi, et se contentait de secouer la tête pour dire non. Il s'obstinait toujours.

—Non, Christophe, dit-elle d'un ton décidé, non, ce n'est pas la peine de discuter, c'est impossible. Il ne s'agit pas seulement d'argent. Tant de choses!... La situation...

Elle n'eut pas besoin d'achever. Ce fut une aiguille qui le perça jusqu'aux moelles. Ses yeux s'ouvrirent. Il vit l'ironie du sourire amical, il vit la froideur du regard bienveillant, il comprit brusquement tout ce qui le séparait de cette femme, qu'il aimait d'un amour filial, qui semblait le traiter d'une façon maternelle; il sentit ce qu'il y avait de protecteur et de dédaigneux dans son affection. Il se leva, tout pâle. Madame de Kerich continuait à lui parler de sa voix caressante: mais c'était fini; il n'entendait plus la musique des paroles, il percevait sous chaque mot la sécheresse de cette âme élégante. Il ne put répondre un mot. Il partit. Tout tournait autour de lui.

Rentré dans sa chambre, il se jeta sur son lit, et il eut une convulsion de colère et d'orgueil révolté, comme quand il était petit. Il mordait son oreiller, il enfonçait son mouchoir dans sa bouche, pour qu'on ne l'entendît pas crier. Il haïssait madame de Kerich. Il haïssait Minna. Il les méprisait avec fureur. Il lui semblait qu'il avait été souffleté, il tremblait de honte et de rage. Il lui fallait répondre, agir sur-le-champ. Il mourrait, s'il ne se vengeait.

Il se releva, et écrivit une lettre d'une violence imbécile:

«Madame,

«Je ne sais pas si, comme vous le dites, vous vous êtes trompée sur moi. Mais ce que je sais, c'est que je me suis trompé cruellement sur vous. J'avais cru que vous étiez mes amies. Vous le disiez, vous faisiez semblant de l'être, et je vous aimais plus que ma vie. Je vois maintenant que tout cela est un mensonge, et que votre affection pour moi n'était qu'une duperie: vous vous serviez de moi, je vous amusais, je vous distrayais, je vous faisais de la musique,—j'étais votre domestique. Votre domestique, je ne le suis pas! Je ne suis celui de personne!

«Vous m'avez fait durement sentir que je n'avais pas le droit d'aimer votre fille. Rien au monde ne peut empêcher mon cœur d'aimer ce qu'il aime; et si je ne suis pas de votre rang, je suis aussi noble que vous. C'est le cœur qui ennoblit l'homme: si je ne suis pas comte, j'ai peut-être plus d'honneur en moi que bien des comtes. Valet ou comte, du moment qu'il m'insulte, je le méprise. Je méprise comme la boue tout ce qui se prétend noble, s'il n'a pas la noblesse de l'âme.

«Adieu! Vous m'avez méconnu. Vous m'avez trompé. Je vous déteste.

«Celui qui aime, en dépit de vous, et qui aimera jusqu'à sa mort mademoiselle Minna, parce qu'elle est à lui, et que rien ne peut la lui reprendre.»

À peine eut-il jeté sa lettre à la boîte qu'il eut la terreur de ce qu'il avait fait. Il essaya de n'y plus penser; mais certaines phrases lui revenaient à la mémoire; et il avait une sueur froide, en songeant que madame de Kerich lisait ces énormités. Au premier moment, il était soutenu par son désespoir même; mais, dès le lendemain, il comprit que sa lettre n'aurait d'autre résultat que de le séparer tout à fait de Minna: et cela lui parut le pire des malheurs. Il espérait encore que madame de Kerich, qui connaissait ses emportements, ne prendrait pas celui-ci au sérieux, qu'elle se contenterait d'une sévère remontrance, et,—qui sait?—qu'elle serait peut-être touchée par la sincérité de sa passion. Il n'attendait qu'un mot pour se jeter à ses pieds. Il l'attendit cinq jours. Puis vint une lettre. Elle disait:

«Cher Monsieur,

«Puisque, à votre avis, il y a eu un malentendu entre nous, le plus sage est sans doute de ne point le prolonger. Je me reprocherais de vous imposer davantage des relations, devenues pénibles pour vous. Vous trouverez donc naturel que nous les interrompions. J'espère que vous ne manquerez pas, dans la suite, d'autres amis, qui sauront vous apprécier, comme vous désirez l'être. Je ne doute point de votre avenir, et suivrai de loin, avec sympathie, vos progrès dans la carrière musicale. Salutations.

«Josepha von Kerich»

Les plus amers reproches eussent été moins cruels. Christophe se vit perdu. On peut répondre à qui vous accuse injustement. Mais que faire contre le néant de cette indifférence polie? Il s'affola. Il pensa qu'il ne verrait plus Minna, qu'il ne la verrait plus jamais; et il ne put le supporter. Il sentit le peu que pèse tout l'orgueil du monde, au prix d'un peu d'amour. Il oublia toute dignité, il devint lâche, il écrivit de nouvelles lettres, où il suppliait qu'on lui pardonnât. Elles n'étaient pas moins stupides que celle où il s'emportait. On ne lui répondit rien.—Et tout fut dit.

Il faillit mourir. Il pensa à se tuer. Il pensa à tuer. Il se figura du moins qu'il le pensait. Il eut des désirs incendiaires. On ne se doute pas du paroxysme d'amour et de haine qui dévorent certains cœurs d'enfants. Ce fut la crise la plus terrible de son enfance. Elle mit fin à son enfance. Elle trempa sa volonté. Mais elle fut bien près de la briser pour toujours.

Il ne pouvait plus vivre. Accoudé sur sa fenêtre, pendant des heures, et regardant le pavé de la cour, il songeait, comme quand il était petit, qu'il y avait un moyen d'échapper à la torture de la vie. Le remède était là, sous ses yeux, immédiat .. Immédiat? Qui le savait?... Peut-être après des heures—des siècles—de souffrances atroces!... Mais si profond était son désespoir d'enfant qu'il se laissait glisser au vertige de ces pensées.

Louisa voyait qu'il souffrait. Elle ne pouvait se douter exactement de ce qui se passait en lui; mais son instinct l'avertissait du danger. Elle tâchait de se rapprocher de son fils, de connaître ses peines, afin de le consoler. Mais la pauvre femme avait perdu l'habitude de causer intimement avec Christophe; depuis bien des années, il renfermait ses pensées en lui; et elle était trop absorbée par les soucis matériels de la vie, pour avoir le temps de chercher à le deviner. Maintenant qu'elle eût voulu lui venir en aide, elle ne savait que faire. Elle rôdait autour de lui, comme une âme en peine; elle eût souhaité de trouver les mots qui lui eussent fait du bien; et elle n'osait parler, de crainte de l'irriter. Et malgré ses précautions, elle l'irritait par tous ses gestes, par sa présence même; car elle n'était pas très adroite, et il n'était pas très indulgent. Cependant il l'aimait, ils s'aimaient. Mais il suffit de si peu pour séparer des êtres qui se chérissent! Un parler trop fort, des gestes maladroits, un tic inoffensif dans les yeux ou le nez, une façon de manger, de marcher et de rire, une gêne physique qu'on ne peut analyser... On se dit que ce n'est rien; et pourtant, c'est un monde. C'est assez, bien souvent, pour qu'une mère et un fils, deux frères, deux amis, qui sont tout près l'un de l'autre, restent éternellement étrangers l'un à l'autre.

Christophe ne trouvait donc pas auprès de sa mère un appui dans la crise qu'il traversait. Et d'ailleurs, de quel prix est l'affection des autres pour l'égoïsme de la passion, préoccupée d'elle seule?

Une nuit que les siens dormaient, et qu'assis dans sa chambre, sans penser, sans bouger, il s'enlizait dans ses dangereuses idées, un bruit de pas fit résonner la petite rue silencieuse, et un coup frappé à la porte l'arracha à son engourdissement. On entendait un murmure de voix indistinctes. Il se rappela que son père n'était pas rentré le soir, et il pensa avec colère qu'on le ramenait encore ivre, comme l'autre semaine, où on l'avait trouvé couché en travers de la rue. Car Melchior n'observait plus aucune retenue; il se livrait à son vice, sans que sa santé athlétique parût souffrir d'excès et d'imprudences, qui eussent tué un autre homme. Il mangeait comme quatre, buvait à tomber ivre-mort, passait des nuits dehors sous la pluie glacée, se faisait assommer dans des rixes, et se retrouvait sur ses pieds, le lendemain, avec sa bruyante gaieté, voulant que tout le monde fût gai autour de lui.

Louisa, déjà levée, allait précipitamment ouvrir. Christophe, qui n'avait pas bougé, se boucha les oreilles, pour ne pas entendre la voix avinée de Melchior et les réflexions goguenardes des voisins...

Soudain, une angoisse inexplicable le saisit: il eut peur de ce qui allait venir... Et aussitôt, un cri déchirant lui fit relever la tête. Il bondit à la porte...

Au milieu d'un groupe d'hommes, qui parlaient à voix basse, dans le corridor obscur, éclairé par la lueur tremblante d'une lanterne, sur une civière était couché, comme autrefois grand-père, un corps ruisselant d'eau, immobile. Louisa sanglotait à son cou. On avait trouvé Melchior noyé dans le ru du moulin.

Christophe poussa un cri. Tout le reste du monde disparut, ses autres peines furent balayées. Il se jeta sur le corps de son père, à côté de Louisa, et ils pleurèrent ensemble.

Assis auprès du lit, veillant le dernier sommeil de Melchior, dont le visage avait pris maintenant une expression sévère et solennelle, il sentait la sombre tranquillité du mort entrer en lui. Sa passion enfantine s'était dissipée, comme un accès de fièvre; le souffle glacial de la tombe avait tout emporté. Minna, son orgueil, son amour, hélas! quelle misère! Que tout était peu de chose auprès de cette réalité, la seule réalité: la mort! Était-ce la peine de tant souffrir, désirer, s'agiter, pour en arriver là!...

Il regardait son père endormi, et il était pénétré d'une pitié infinie. Il se rappelait ses moindres actes de bonté et de tendresse. Car, avec toutes ses tares, Melchior n'était pas méchant, il y avait beaucoup de bon en lui. Il aimait les siens. Il était honnête. Il avait un peu de la probité intransigeante des Krafft, qui, dans les questions de moralité et d'honneur, ne souffrait pas de discussion et n'eût jamais admis ces petites saletés morales, que tant de gens de la société ne regardent pas tout à fait comme des fautes. Il était brave et, en toute occasion dangereuse, s'exposait avec une sorte de jouissance. S'il était dépensier pour lui-même, il l'était aussi pour les autres: il ne pouvait supporter qu'on fût triste; et il faisait volontiers largesse de ce qui lui appartenait,—et de ce qui ne lui appartenait pas,—aux pauvres diables qu'il rencontrait sur son chemin. Toutes ses qualités apparaissaient maintenant à Christophe: il les exagérait. Il lui semblait qu'il avait méconnu son père. Il se reprochait de ne l'avoir pas assez aimé. Il le voyait vaincu par la vie: il croyait entendre cette malheureuse âme, entraînée à la dérive, trop faible pour lutter, et gémissant de sa vie inutilement perdue. Il entendait cette lamentable prière, dont l'accent l'avait déchiré naguère:

—Christophe! ne me méprise pas!

Et il était bouleversé de remords. Il se jetait sur le lit et baisait le visage du mort, en pleurant. Il répétait, comme autrefois:

—Mon cher papa, je ne te méprise pas, je t'aime! Pardonne-moi!

Mais la plainte ne s'apaisait pas, et reprenait, angoissée:

—Ne me méprisez pas! Ne me méprisez pas!...

Et brusquement, Christophe se vit couché lui-même à la place du mort; il entendait les terribles paroles sortir de sa propre bouche, il sentait sur son cœur peser le désespoir d'une inutile vie, irrémédiablement perdue. Et il pensait avec épouvante: «Toutes les souffrances, toutes les misères du monde, plutôt que d'en arriver là! »... Combien il en avait été près! N'avait-il pas failli céder à la tentation de briser sa vie, pour échapper lâchement à sa peine? Comme si toutes les peines, toutes les trahisons n'étaient pas des chagrins d'enfant auprès de la torture et du crime suprêmes de se trahir soi-même, de renier sa foi, de se mépriser dans la mort!

Il vit que la vie était une bataille sans trêve et sans merci, où qui veut être un homme digne du nom d'homme doit lutter constamment contre des armées d'ennemis invisibles: les forces meurtrières de la nature, les désirs troubles, les obscures pensées, qui poussent traîtreusement à s'avilir et à s'anéantir. Il vit qu'il avait été sur le point de tomber dans le piège. Il vit que le bonheur et l'amour étaient une duperie d'un moment, pour amener le cœur à désarmer et à abdiquer. Et le petit puritain de quinze ans entendit la voix de son Dieu:

—Va, va, sans jamais te reposer.

—Mais où irai-je, Seigneur? Quoique je fasse, où que j'aille, la fin n'est-elle pas toujours la même, le terme n'est-il point là?

—Allez mourir, vous qui devez mourir! Allez souffrir, vous qui devez souffrir! On ne vit pas pour être heureux. On vit pour accomplir ma Loi. Souffre. Meurs. Mais sois ce que tu dois être:—un Homme.

彼は眠らなかった。夜じゅう、柱時計の打つ音を一々数えた。ごく早朝から出かけて、ケリッヒ家のまわりを彷徨さまよった。できるだけ早く中にはいって行った。まず眼についたのは、ミンナではなくて、ケリッヒ夫人であった。活動的で早起きの彼女は、ヴェランダの下の植木鉢ばちに水差で水をやっていた。クリストフの姿を見つけると、嘲あざけり気味の叫びをあげた。

「あら、」と彼女は言った、「あなたでしたか!……ちょうどいい時でした、あなたにお話したいことがあります。待ってください、待ってください……。」

彼女はちょっと家の中にはいり、水差を置いて手を拭ふき、またやって来て、不幸の迫ってるのを感じてるクリストフの狼狽ろうばいした顔を見ながら、ちょっと微笑を浮かべた。

「庭へまいりましょう、」と彼女は言った、「あちらの方が静かですから。」
自分の愛に満ちている庭の中へと、彼はケリッヒ夫人の後について行った。彼女は少年の当惑を面白がりながら、なかなか急には話そうとしなかった。

「あすこへすわりましょう。」とついに彼女は言った。

出発の前日ミンナが彼に唇を差出したあの腰掛の上に、二人はすわった。

「なんの話だかあなたにはおわかりでしょうね。」とケリッヒ夫人は言いながら、真面目まじめな様子になって、彼をすっかり惑乱さしてしまった。「私は決してそうだとは信じられませんでした、クリストフさん。私はあなたを真面目な人だと思っていました。あなたをすっかり信用していました。それをよいことにして私の娘を引きくずそうとなさろうとは、考えもしませんでした。娘はあなたの保護のもとにありました。あなたは、娘に敬意をもち、私に敬意をもち、あなた自身にたいしても敬意をもたれるはずだったのです。」

その調子には軽い皮肉が交じっていた――ケリッヒ夫人はその子供たちの愛を少しも重大には考えていなかったのである――しかしクリストフはその皮肉を感じなかった。そして何事をも悲痛に解していたように、彼女の非難をも悲痛に解して、心を刺された。

「でも奥さん……でも奥さん……(彼は眼に涙を浮かべて口ごもった)……私はあなたの信用につけこんだのではありません。……どうかそんなことは考えないでください。……私は不正直な者ではありません、誓います。……私はミンナさんを愛しています、心から愛しています。ええ、結婚したいんです。」

ケリッヒ夫人は微笑ほほえんだ。

「いけませんよ、お気の毒ですが、(彼女は親切らしく言ったが、ついに彼にもわかりかけたほどほんとうは人を馬鹿にしたものだった)そんなことができるものですか。子供の冗談でしょうよ。」

「なぜです? なぜですか?」と彼は尋ねた。

彼は彼女が真面目に言ってるのではないと思い、前よりやさしくなったその声にほとんど安心して、彼女の手をとった。彼女はなお微笑みつづけて言った。

「でもねえ。」

彼はせがんだ。彼女は皮肉な控目で――(彼女はまったく彼の言うことを真面目にはとっていなかった)――彼に財産がないことや、ミンナの趣味が違ってることなどを言った。彼は言い逆らって、それはなんでもないことで、自分は金持ちにも有名にもなろうし、名誉や金や、ミンナの欲するものはなんでも手に入れようと言い張った。ケリッヒ夫人は疑わしい様子を見せた。彼女はその自負うぬぼれを面白がっていた。そしてただ首を振って打消した。彼はなおも強情を張り通した。

「いいえ、クリストフさん、」と彼女はきっぱりした調子で言った、「いいえ、議論の余地はありません。そんなことができるものですか。ただ財産のことばかりではありません。いろんなことですよ。……身分も……。」

彼女は言ってしまうに及ばなかった。それは彼の骨の髄までさし通す針であった。彼の眼は開けた。彼はやさしい微笑の皮肉さを見た。親切な眼付の冷たさを見た。実子のような愛情で自分が慕ってるこの婦人、母親のような態度で自分に接してくれてるらしいこの婦人、それと自分とを隔ててるすべてのものを、にわかに彼は了解した。彼女の愛情のうちにある庇護ひごと軽蔑けいべつとのすべてを、彼は感じた。彼は真蒼まっさおになって立上がった。ケリッヒ夫人はなお愛撫あいぶの声で、話しつづけていた。しかしもう万事が終っていた。彼の耳には、彼女の言葉も音楽のようには響かなくなった。その一語一語の下に、その優雅な魂の無情さが見抜かれた。彼は一言も答えることができなかった。彼は立去った。まわりのものが皆ぐるぐる回った。

彼は自分の室にもどると、寝台の上に身を投げだした。幼かったころのように、憤りと傲慢ごうまんな反抗心とのあまりに痙攣けいれんを起こした。喚わめき声を人に聞かれないように、枕まくらに噛かみつき、口にハンケチを押し込んだ。彼はケリッヒ夫人を憎んだ。ミンナを憎んだ。猛然として彼女ら二人を蔑さげすんだ。横顔を打たれたような気がした。恥ずかしさと口惜くやしさとに身を震わした。返報をし直接行動をしなければならなかった。復讐ふくしゅうができなければ生命をも投げ出したかった。
彼は起き上がって、馬鹿に乱暴な手紙を書いた。

   奥様
あなたが自分でおっしゃったように、私を思い違いしていられたかどうか、それは私の知るところでありません。しかし私の知ってることは、私があなたをひどく思い違いしていたということです。私はあなた方を自分の味方だと信じていました。あなたは自分でそうおっしゃっていらしたし、またそういう様子をしていらした。そして私は、自分の生命よりもいっそうあなたを愛していました。ところがそんなことは皆嘘うそであって、私にたいするあなたの愛情は欺瞞ぎまんにすぎなかったことを、私は今覚さとりました。あなたは私を弄もてあそんでいらした。私はあなたの慰みになり、あなたの気晴らしになり、音楽をひいてあげましたし――あなたの召使でありました。しかし今は、あなたの召使ではありません。だれの召使でもありません!
私にはあなたの令嬢を愛するの権利がないということを、あなたはきびしく私に覚さとらしてくださいました。しかし世に何物も、愛する者を愛する私の心を、妨げることはできません。私はあなたと同じ階級には属していないとしましても、あなたと同じく貴族であります。人間を貴とうとくするものは心です。私は伯爵はくしゃくではないにしても、多くの伯爵以上の名誉を、おそらく自分のうちにもっています。従僕にしろ伯爵にしろ、私を侮辱する時には、私はそれを軽蔑します。魂の貴さを具えないなら、たとい貴族だと自称しても、私はそれを泥土どろつちのように軽蔑します。
さようなら! あなたは私を見誤りました。あなたは私を欺きました。私はあなたを蔑さげすみます。
あなたの意に反してミンナ嬢を愛し、死ぬまでミンナ嬢を愛する者。――彼女は彼のものであり、何物も彼より彼女を奪うことをえません。

彼はその手紙を郵便箱に投げ込むや否や、すぐに自分のしたことが恐ろしくなった。もうそれを考えまいとした。しかしある文句が記憶に浮かんできた。ケリッヒ夫人がその乱暴きわまる文句を読むことを考えると、冷たい汗が流れた。最初のうちは絶望そのもののために気が張っていた。しかし翌日になると、手紙は自分をまったくミンナから引離してしまうほかには、なんらの結果ももたらさないだろうということを、彼は覚った。それは最大の不幸のように思われた。ケリッヒ夫人は自分の癇癪かんしゃくをよく知っているから、これも真面目まじめにとらないで、ただきびしく叱しかるだけにしてくれて、そのうえ――ひょっとしたら――自分の熱情の真摯しんしなのにおそらく心を動かしはすまいか、などと彼はなお希こいねがった。ただ一言いってさえくれれば、彼女の足下に身を投げだすつもりだった。彼はその一言を五日間待った。やがて手紙が来た。彼女は次のように言ってよこした。

   親愛なるお方

あなたの御意見によれば、私どもの間には誤解がありますそうですから、最も賢い方法は、もちろん、それを長引かせないことであります。あなたにとって苦痛となった御交際を、このうえあなたに求めるのは、私には心苦しく思われます。それですから、このさい御交際を絶つ方が、自然なことだと御承知ください。この後、御希望どおりあなたを評価しうるような友だちに、御不自由なさらないことを希望いたします。私はあなたの未来を疑いません。そして音楽家としての御進歩を、かげながら心から注目いたしましょう。敬白

ヨゼファ・フォン・ケリッヒ

最も辛辣しんらつな叱責しっせきも、これほど残忍ではなかったろう。クリストフはもう手段がないのを覚った。不当な非難には答えることができる、しかしかかる丁寧な無関心さの空虚にたいしては、どうすることができよう? 彼は狂わしくなった。もうミンナには会えないだろう、もう永久に会えないだろう、と彼は考えた。そしてそれをたえ忍ぶことができなかった。いかに大なる自尊心も、少しの恋愛に比べては、実にわずかなものであると感じた。彼はあらゆる品位を忘れて卑劣になり、新たにいく本も手紙を書いて、宥恕ゆうじょを嘆願した。それらの手紙は、最初の怒った手紙にも劣らず、やはり馬鹿げたものであった。なんの返事も来なかった。――そして万事終った。

彼は危く死のうとした。身を殺すことを考えた。人を殺すことを考えた。少なくともそう考えてると想像した。燃え上がるような欲望を感じた。時として少年の心を噛みさいなむ愛憎の発作は、いかに激しいか想像以上である。それはクリストフの幼年時代の最も恐ろしい危機であった。この危機のために、彼の幼年時代は終りを告げた。彼の意志は鍛練された。しかしも少しで、彼の意志は永久に破壊されるところだった。

彼はもう生きてることができなかった。いく時間も窓にもたれ、中庭の舗石を眺めながら、幼いころのように、生の苦しみをのがれる道が一つあることを、思い耽ふけっていた。そこに、眼前に、直接に、慰謝があった。……直接に? それをだれが知ろう? おそらく、残虐な苦悶の数時間――数世紀――の後かもしれない。……しかし彼の幼い絶望はきわめて深いものだったので、彼はそういう考えの眩暈めまいのうちに滑すべり込んでいった。

ルイザは彼が苦しんでいるのを見た。彼女は彼のうちに何が起こったか正確に察することはできなかったけれども、本能的に危険を覚った。彼女は息子に近づいて、慰めてやるためにその苦しみの種を知ろうとした。しかしあわれな彼女は、クリストフと親しく話し合う習慣を失っていた。もう長年の間、彼は自分の考えを心に秘めていた。そして彼女は生活の物質的な心配に没頭しすぎていて、彼の心中を推察しようとつとめる暇ひまがなかった。で今彼を助けてやろうと思っても、どうしていいかわからなかった。思い悩んでただ彼の周囲を彷徨さまよった。彼の慰めとなるような言葉を見出そうと願いながら、彼をいらだたせることを恐れて口もきけなかった。そんなに用心しながらも、彼女のあらゆる素振は、そばにいることさえも、彼のいらだちの種となった。なぜなら、彼女はあまり気がきいていなかったし、彼はあまり寛大でなかったから。それでも彼は彼女を愛していた、彼らはたがいに愛し合っていた。しかしながら、たがいに愛し慈いつくしんでる人々の間をも遠ざけるには、ごく些細ささいなことで足りる。激しすぎる口のきき方、へまな身ぶり、ただちょっとしかめる眼や鼻、一種の食べ方や歩き方や笑い方、いちいちそれと言えないくらいの肉体的不快事……。それはなんでもないことだと考えられている。けれども大したことである。ただそれだけのために往々、ごく親しくしてる母と子とが、兄と弟とが、友と友とが、たがいに永ながく他人となってしまうことがある。

でクリストフは、自分が通っている危機にたいする一の支持を、母の愛情のうちに見出せなかった。そのうえ、他を顧る暇のない利己的な情熱にとっては、他人の情愛がどれだけの価値をもっていよう?

ある夜、家の者は皆眠っていたが、彼は一人室の中にすわって、何にも考えもせず、身動きもせず、危険な考えの中に膠着こうちゃくしていた。その時、ひっそりした小さな街路に足音が響いて、そして戸をたたく音に、彼ははっと我に返った。はっきりしないささやきの声が聞えた。彼はその晩父がもどっていなかったことを思い出し、往来のまんなかに寝てるところを見つけられた先週のように、やはり酔っ払った父が連れて来られたのだと、腹だたしく考えた。メルキオルはもう少しも行ないを慎つつしんでいなかったのである。彼はますます身をもちくずしていた。そして他の者なら死んでしまってるかもしれないほどの放埒ほうらつと不摂生にも、彼の頑強がんきょうな健康は害されないらしかった。彼はやたらに大食し、ぶっ倒れるまでに暴飲し、冷たい雨に打たれながらいく晩も外で明かし、喧嘩けんかをしては殴なぐり倒され、しかも翌日になると、いつもの調子になって陽気に騒ぎたて、周囲の者も皆自分と同じように快活になることを求めていた。

ルイザはもう起き上がっていて、急いで戸を開きに行った。クリストフは身動きもせず、耳をふさいで、メルキオルの泥酔でいすいした声や、近所の人たちの嘲笑ちょうしょう的な言葉を聞くまいとした……。
突然彼は、言いがたい懸念けねんにとらえられた。恐ろしいことになりそうだった。……とすぐに、悲痛な叫び声がした。彼は頭を上げた。戸口に飛んでいった……。
一群の人々が、角燈の震える光に輝らされた薄暗い廊下で、ひそひそ話し合っていたが、そのまんなかに、水の滴したたってる身体が、昔祖父の身体のように、じっと担架の上に横たわっていた。ルイザはその首にすがりついてすすり泣いていた。水車小屋の川にはまって溺おぼれてるメルキオルが見出されたのだった。
クリストフは声をたてた。他の世界はすべて消え失せ、他の心痛はすべて吹き払われてしまった。彼はルイザの横に、父の死体の上に身を投げた。そして二人はいっしょに泣いた。

寝台のそばにすわり、今は厳格荘厳な表情をしてるメルキオルの最後の眠りを見守りながら、彼は死者の陰闇いんあんな安らかさが心にしみ込むのを感じた。幼い情熱は、あたかも発作の熱のように、消散してしまった。墳墓の冷やかな息吹いぶきが、すべてを吹き去ってしまった。ミンナも、彼の矜ほこりも、彼の恋愛も、ああ、いかにくだらないものであったか! この現実、唯一の現実、死、それに比べては、すべてはいかにつまらないものであったか! ついにはかくなり果てるのならば、あんなに苦しみ、あんなに欲求し、あんなにいらだったのも、なんの甲斐かいがあったろう。
彼は眠ってる父を眺めた。しみじみと限りない憐れみを感じた。父の親切や情愛の些細な行ないまで思い出した。メルキオルは多くの欠点をそなえてはいたが、悪人ではなかった。彼のうちには多くの善良さがあった。彼は家庭の者を愛していた。彼は正直であった。クラフト家通有の一徹な誠実さは、道徳と名誉との問題においてはなんら非難の余地がなかったし、社会の多くの人が罪とも認めないほどのごくわずかな道徳上の汚行をも決して仮借しなかったのであるが、彼もそれを多少そなえていた。彼は勇敢だった。いかなる危険な場合にあっても、一種の楽しみをもって身をさらしていた。彼は自分のために散財してはいたが、また他人のためにも散財していた。人が悲しんでるのをたえることができなかった。途中で出会う貧しい人々にたいしては、自分の物を――また他人の物を――喜んでほどこしていた。それらのあらゆる父の美点が、今クリストフに見えてきた。彼はそれを誇張して眺めた。父を見誤ってたような心地がした。十分に父を愛していなかったことを、自らとがめた。生活にうち負かされた父の姿が、眼に映った。流れのままに押し流され、闘たたかうにはあまりに弱く、そして空しく失った生涯を嘆いている、その不幸な魂の声を、彼は耳に聞くような気がした。以前彼の胸をえぐる調子で言われた、あのいたわしい願いの言葉が聞えてきた。

「クリストフ、おれを馬鹿にするなよ!」
そして彼は後悔の念にたえなかった。寝台の上に身を投げて、泣きながら死者の顔にくちづけした。彼は昔のようにくり返し言った。

「私のお父さん、私は馬鹿にしやしません。あなたを愛しています。許してください!」
しかし訴える声は静まらないで、苦しげに言いつづけた。
「おれを馬鹿にするなよ! おれを馬鹿にするなよ!……」
そして突然クリストフは、死者の寝床に横たわってる自分自身を見た。それらの恐ろしい言葉が自分の口から出るのを聞いた。空しく失われた償いがたい生涯の絶望の念が、自分の心に重くのしかかってくるのを感じた。そして彼は駭然がいぜんとして考えた。「ああ、かくなり果てるよりもむしろ、あらゆる苦悶、あらゆる悲惨の方が!」……いかほど彼はそうなり果てようとしたことだろう。卑怯ひきょうにも苦しみをのがれるために、生命を断つの誘惑に危く従おうとしたではないか。あたかも、あらゆる苦しみ、あらゆる裏切りは、おのれを裏切りおのれの信念を否定し死しておのれを蔑さげすむという最大の苦悶と罪悪とに比べても、なお子供らしい心痛ではないとでも思っていたかのように!

人生は容赦なき不断の争闘であって、一個の人間たる名に恥ずかしからぬ者となることを欲する者は、眼に見えない数多あまたの敵軍、自然の害力や、濁れる欲望や、暗い思考など、すべて人を欺いて卑しくなし滅びさせようとするところのものと、たえず闘わなければならないということを、彼は知った。自分はまさに罠わなにかかるところであったということを、彼は知った。幸福や恋愛はちょっとの欺瞞ぎまんであって、人の心をして武器を捨てさせ地位を失わせるものであるということを、彼は知った。そして、清教徒ピューリタンたるこの十五歳の少年は、おのれの神の声を聞いた。

「往ゆけ、往け、決して休むことなく。」
「しかし私はどこへ往くのであろう、神よ。何をしても、どこへ往っても、終りは常に同じではないか、終局がそこにあるではないか。」

「死すべき汝なんじは死へ往け! 苦しむべき汝は苦しみへ往け! 人は幸福ならんがために生きてはいない。予が掟おきてを履行せんがために生きているのだ。苦しめ。死ね。しかし汝のなるべきものになれ――一個の人間に。」

第3巻 青年 第1部へ続く

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-Jean-Christophe