Les Krafft étaient originaires d'Anvers. Le vieux Jean-Michel avait quitté le pays, à la suite de frasques de jeunesse, d'une rixe violente, comme il en avait souvent,—car il était diablement batailleur,—et qui avait eu cette fois un fâcheux dénouement. Il était venu s'établir, presque un demi-siècle avant, dans la petite ville princière, dont les toits rouges aux faîtes pointus et les jardins ombreux, étagés sur la pente d'une molle colline, se mirent dans les yeux vert-pâle du Vater Rhein. Excellent musicien, il s'était fait promptement apprécier dans un pays où tous sont musiciens. Il y avait pris racine en épousant, à quarante ans passés, Clara Sartorius, la fille du maître de chapelle du prince, qui lui transmit sa charge. Clara était une Allemande placide, qui avait deux passions: la cuisine et la musique. Elle eut pour son mari un culte qu'égalait seul celui qu'elle avait pour son père. Jean-Michel n'admirait pas moins sa femme. Ils avaient vécu en parfait accord, pendant quinze ans; et ils avaient eu quatre enfants. Puis Clara était morte; et Jean-Michel, après l'avoir beaucoup pleurée, avait épousé cinq mois plus tard Ottilie Schütz, une fille de vingt ans, aux joues rouges, robuste et rieuse. Ottilie avait juste autant de qualités que Clara, et Jean-Michel l'avait aimée juste autant. Après huit ans de mariage, elle mourut à son tour, non sans avoir eu le temps de lui faire sept enfants. Au total, onze enfants, dont un seul avait survécu. Bien qu'il les aimât fort, tant de coups répétés n'avaient pas altéré sa solide bonne humeur. L'épreuve la plus rude avait été la mort d'Ottilie, il y avait trois ans maintenant, à un âge où il est malaisé de se rebâtir une vie et de fonder un nouveau foyer. Mais après un moment de désarroi, le vieux Jean-Michel avait repris son équilibre moral, qu'aucun malheur n'était capable de lui faire perdre.
C'était un homme affectueux; mais la santé chez lui était plus forte que tout. Il avait une répulsion physique pour la tristesse, et un besoin de grosse gaieté, à la flamande, un rire énorme et enfantin. Quelque chagrin qu'il eût, il n'en buvait pas une rasade de moins, ni n'en perdait un coup de dent à table; et la musique ne chômait jamais. Sous sa direction, l'orchestre de la Cour acquit une petite célébrité dans les pays rhénans, où Jean-Michel était devenu légendaire par sa stature athlétique et par ses accès de colère. Il ne pouvait se maîtriser malgré tous ses efforts: car cet homme violent était au fond timide et craignait de se compromettre; il aimait le décorum et redoutait l'opinion. Mais son sang l'emportait: il voyait rouge; et il était pris brusquement par des impatiences folles, non seulement aux répétitions de l'orchestre, mais en plein concert, où il lui était arrivé, devant le prince, de jeter son bâton avec rage et de trépigner comme un possédé, en apostrophant un de ses musiciens, d'une voix furieuse et bredouillante. Le prince s'en amusait; mais les artistes mis en cause lui gardaient rancune. En vain, Jean-Michel, honteux de son incartade, s'évertuait, l'instant d'après, à la faire oublier par une obséquiosité exagérée: à la première occasion, il éclatait de plus belle; et cette extrême irritabilité, augmentant avec l'âge, finit par rendre sa position difficile. Il le sentit lui-même; et, un jour qu'une de ses crises de colère avait failli amener une grève de l'orchestre, il offrit sa démission. Il espérait qu'après ses services, on ferait des difficultés pour l'accepter, qu'on le supplierait de rester: il n'en fut rien; et comme il était trop fier pour revenir sur son offre, il partit, navré, accusant l'ingratitude des hommes.
Depuis ce temps, il ne savait comment remplir ses journées. Il avait soixante-dix ans passés; mais il était vigoureux encore; il continuait de travailler et de courir par la ville, du matin au soir, donnant des leçons, discutant, pérorant, se mêlant de tout. Il était ingénieux et cherchait tous les moyens de s'occuper: il se mit à réparer les instruments de musique; il imaginait, essayait, trouvait parfois des perfectionnements. Il composait aussi, il s'évertuait à composer. Il avait écrit jadis une Missa solemnis, dont il parlait souvent, et qui était la gloire de la famille. Elle lui avait demandé tant de peine qu'il avait failli avoir une congestion en l'écrivant. Il tâchait de se persuader que c'était une œuvre de génie; mais il savait très bien dans quel néant de pensée il l'avait écrite; et il n'osait plus revoir le manuscrit, parce qu'à chaque fois il reconnaissait dans les phrases qu'il croyait siennes des lambeaux d'autres auteurs, péniblement mis bout à bout, à coups de volonté. Ce lui était une grande tristesse. Il lui venait parfois des idées qu'il trouvait admirables. Il courait à sa table, avec un frémissement: tenait-il enfin l'inspiration, cette fois?—Mais à peine avait-il la plume en main, qu'il se retrouvait seul, dans le silence; et tous ses efforts pour ranimer les voix disparues n'aboutissaient qu'à lui faire entendre des mélodies connues de Mendelssohn ou de Brahms.
«Il est, dit George Sand, des génies malheureux auxquels l'expression manque, qui emportent dans la tombe l'inconnu de leur méditation, comme disait un membre de cette grande famille de muets ou de bègues illustres: Geoffroy Saint-Hilaire.»—Jean-Michel appartenait à cette famille. Il ne parvenait pas plus à s'exprimer en musique qu'en parole; et toujours il se faisait illusion: il eût tant aimé à parler, à écrire, à être un grand musicien, un orateur éloquent! C'était sa plaie secrète; il n'en disait rien à personne, il ne se l'avouait pas à lui-même, il tâchait de n'y pas penser; mais il y pensait malgré lui, et cela lui mettait la mort dans l'âme.
Pauvre vieux homme! En rien, il ne parvenait à être lui-même tout à fait. Il y avait en lui tant de beaux et puissants germes; mais ils n'arrivaient pas à leur croissance. Une foi profonde, touchante, dans la dignité de l'art, dans la valeur morale de la vie; mais elle se traduisait, le plus souvent, d'une façon emphatique et ridicule. Tant de noble orgueil; et, dans la vie, une admiration presque servile des supérieurs. Un si haut désir d'indépendance; et, en fait, une docilité absolue. Des prétentions à l'esprit fort; et toutes les superstitions. La passion de l'héroïsme, un courage réel; et tant de timidité!—Une nature qui s'arrête en chemin.
Jean-Michel avait reporté ses ambitions sur son fils; et Melchior promit d'abord de les réaliser. Il avait, dès l'enfance, de grands dons pour la musique. Il apprenait avec une facilité remarquable, et de bonne heure il acquit, comme violoniste, une virtuosité qui fit de lui pendant longtemps le favori, presque l'idole, des concerts de la cour. Il jouait aussi fort agréablement du piano et d'autres instruments. Il était beau parleur, bien fait, quoiqu'un peu lourd,—le type de ce qui passe en Allemagne pour la beauté classique: un large front inexpressif, de gros traits réguliers, et une barbe frisée: un Jupiter des bords du Rhin. Le vieux Jean-Michel savourait les succès de son fils; il était en extase devant les tours de force du virtuose, lui qui n'avait jamais su jouer proprement d'aucun instrument. Ce n'était certes pas Melchior qui eût été en peine pour exprimer ce qu'il pensait. Le malheur est qu'il ne pensait rien: et il ne s'en souciait même pas. Il avait tout juste l'âme d'un comédien médiocre, qui soigne ses inflexions de voix, sans s'occuper de ce qu'elles expriment, et surveille avec une vanité anxieuse leur effet sur le public.
Le plus curieux, c'est que chez lui, malgré son souci constant de l'attitude en scène, comme chez Jean-Michel, malgré son respect craintif des conventions sociales, il y avait toujours quelque chose de saccadé, d'inattendu, d'hurluberlu, qui faisait dire aux gens que tous les Krafft étaient un peu timbrés. Cela ne lui nuisit pas d'abord; il semblait que ces excentricités même fussent la preuve du génie qu'on lui prêtait; car il est entendu, parmi les gens de bon sens, qu'un artiste n'en saurait avoir. Mais on ne tarda pas à être fixé sur le caractère de ces extravagances: la source ordinaire en était la bouteille. Nietzsche dit que Bacchus est le dieu de la musique; et l'instinct de Melchior était du même avis; mais, en ce cas, son dieu fut bien ingrat: loin de lui donner les idées qui lui manquaient, il lui enleva le peu de celles qu'il avait. Après son absurde mariage (absurde aux yeux du monde, et par conséquent aux siens), il s'abandonna de plus en plus. Il négligea son jeu,—si sûr de sa supériorité qu'en peu de temps il la perdit. D'autres virtuoses survinrent, qui lui succédèrent dans la faveur publique: cela lui fut amer; mais, au lieu de réveiller son énergie, ses échecs achevèrent de le décourager. Il se vengeait, en déblatérant contre ses rivaux avec ses compagnons de cabaret. Il comptait, dans son absurde orgueil, succéder à son père, comme directeur de musique: un autre fut nommé. Il se crut persécuté, et prit des airs de génie méconnu. Grâce à la considération dont jouissait le vieux Krafft, il garda sa place de violon à l'orchestre; mais il perdit peu à peu presque toutes ses leçons en ville. Et si ce coup était le plus sensible à son amour-propre, il l'était encore plus à sa bourse. Depuis quelques années, les ressources du ménage avaient bien diminué, par suite de revers de fortune. Après avoir connu une réelle abondance, la gène était venue et croissait de jour en jour. Melchior refusait de s'en apercevoir; il n'en dépensait pas un sou de moins pour sa toilette et son plaisir.
Il n'était pas un mauvais homme, mais un homme demi-bon, ce qui est peut-être pire, faible, sans aucun ressort, sans force morale, au reste se croyant bon père, bon fils, bon époux, bon homme, et peut-être l'étant, si pour l'être il suffit d'une bonté facile, qui s'attendrit aisément, et de cette affection animale, qui fait qu'on aime les siens, comme une partie de soi. On ne pouvait même pas dire qu'il fût très égoïste: il n'avait pas assez de personnalité pour l'être. Il n'était rien. Terrible chose dans la vie que ces gens qui ne sont rien! Comme un poids inerte qu'on abandonne en l'air, ils tendent à tomber, il faut absolument qu'ils tombent; et ils entraînent dans leur chute tout ce qui est avec eux.
Ce fut au moment où la situation de la famille devenait le plus difficile, que le petit Christophe commença à comprendre ce qui se passait autour de lui.
Il n'était plus seul enfant. Melchior faisait un enfant à sa femme chaque année, sans s'inquiéter de ce qui en arriverait plus tard. Deux étaient morts en bas âge. Deux autres avaient trois et quatre ans. Melchior ne s'en occupait jamais. Louisa, forcée de sortir, les confiait à Christophe, qui avait maintenant six ans.
Il en coûtait à Christophe: car il devait renoncer pour ce devoir à ses bonnes après-midi dans les champs. Mais il était fier qu'on le traitât en homme, et il s'acquittait de sa tâche gravement. Il amusait de son mieux les petits, en leur montrant ses jeux; et il s'appliquait à leur parler, comme il avait entendu sa mère causer avec le bébé. Ou bien il les portait dans ses bras, l'un après l'autre, comme il avait vu faire; il fléchissait sous le poids, serrant les dents, pressant de toute sa force le petit frère contre sa poitrine, pour qu'il ne tombât pas. Les petits voulaient toujours être portés, ils n'en étaient jamais las; et quand Christophe ne pouvait plus, c'étaient des pleurs sans fin. Ils lui donnaient bien du mal, et il était sauvent fort embarrassé d'eux. Ils étaient sales et demandaient des soins maternels. Christophe ne savait que faire. Ils abusaient de lui. Il avait envie parfois de les gifler; mais il pensait: «Ils sont petits, ils ne savent pas»; et il se laissait pincer, taper, tourmenter, avec magnanimité. Ernst hurlait pour rien; il trépignait, il se roulait de colère: c'était un enfant nerveux, et Louisa avait recommandé à Christophe de ne pas contrarier ses caprices. Quant à Rodolphe, il était d'une malice de singe; il profitait toujours de ce que Christophe avait Ernst sur les bras, pour faire derrière son dos toutes les sottises possibles; il cassait les jouets, renversait l'eau, salissait sa robe, et faisait tomber les plats, en fouillant dans le placard.
Si bien que lorsque Louisa rentrait, au lieu de complimenter Christophe, elle lui disait, sans le gronder, mais d'un air chagrin, en voyant les dégâts:
クラフト家はアンヴェルスの出であった。ところが老ジャン・ミシェルは、かつて若気の過ちと激しい喧嘩とのすえ、その土地を去ってしまった。彼はたびたび喧嘩をしたことがあった――ひどく喧嘩好きだったから――そしてこの最後の喧嘩がいやな結果に終ったのである。で彼は、およそ五十年ばかり前に、今の大公領の小都会に移住してきた。なだらかな丘の斜面につみ重なってる頂のとがった赤い屋根と木影深い庭園とは、父なるラインの薄緑をした河の眼に映っていた。すぐれた音楽家である彼は、だれも皆音楽家ばかりであるその地方に、すぐにもてはやされるようになった。そして四十歳を過ぎてから、クララ・ザルトリウスと結婚して、その地に根をすえてしまった。彼女は大公に仕えてる楽長の娘であって、彼はその楽長の職を譲り受けた。クララは沈着なドイツ婦人で、料理に音楽という二つの熱情をもっていた。そして夫にたいしては、父親にたいするのにも劣らない深い尊敬をいだいていた。ジャン・ミシェルの方でも、妻に深く感心していた。二人は琴瑟相和して十五年間を過し、四人の子供をもうけた。それからクララが死んだ。ジャン・ミシェルはその死をいたく嘆き悲しんだが、五か月たってからオティーリエ・シュッツと結婚した。顔が真赤で、頑丈で、いつも上機嫌な、二十歳の娘だった。彼女はクララと同じくらいに美点をそなえていたし、ジャン・ミシェルもクララにたいしたのと同じくらいに愛してやった。ところが結婚後八年にして、彼女もまた死んだ。がそれだけの間に、七人の子供を生んでいた。合せて十一人の子供であるが、そのうち生き残ったのはただ一人きりだった。ジャン・ミシェルは非常に子煩悩ではあったが、その幾度もの不幸も、彼の堅固な楽天的気質を変えはしなかった。最もひどい打撃は、オティーリエの死であった。それは今から三年前のことで、彼はもう、生活を立て直し新らしい家庭を作るには困難な年齢に達していた。しかし一時途方にくれた後に、彼はまた精神の平衡を回復した。いかなる不幸も、このジャン・ミシェル老人から、精神の平衡を失わしめることはできなかった。
は愛情深い男であった。しかし彼のうちでは、何物よりも健康が最も力を振っていた。悲哀にたいする生理的な嫌悪の情、フラマン人風の粗野な快活にたいする嗜好、子供らしい大笑い、などを彼はそなえていた。どんな悲痛なことがあろうとも、杯の数を一つ減らしたこともなく、御馳走を一口ひかえたこともなかった。かつて音楽を休んだことがなかった。宮廷の管弦楽は彼の指揮のもとに、ライン地方でかなりの名声を得た。そしてジャン・ミシェルは、その格闘者めいた体格と激しい疳癪とで、広く人の噂になっていた。彼はいかに努めても、おのれを制することができなかった。彼は元来小心で、危い破目に陥ることを恐れていたし、また礼儀を好み評判を気にしていたので、非常に努力をした。しかしいつも血気の情に負かされた。眼の前が真赤になった。突然狂猛な苛立ちにとらえられた。管弦楽の下稽古の時ばかりではなく、公の演奏の最中にもそうだった。大公の面前で、怒りたって指揮棒を投げすて、激しい急き込んだ声で楽員のだれかを詰問しながら、気でも狂ったように足を踏み鳴らした。大公はそれを面白がっていた。しかし矢面に立った楽員らは、彼にたいして恨みを含んだ。ジャン・ミシェルは自分の狂気沙汰を恥じ、すぐその後で、おおげさなお世辞をつかって忘れてもらおうとつとめたが、徒労であった。ふたたび何かの機会がありさえすれば、ますますひどく疳癪を破裂さした。その極端な癇癖は、年とともにつのってきて、ついに彼の地位を困難ならしめた。彼はみずからそれに気付いた。そしてある日、例のとおりひどく怒りたったために、全楽員の罷業が起ころうとした時、彼は辞職を申出た。けれども多年の功労の後なので、辞職聴許はむずかしかろうし、居据りを懇願せられることだろうと、ひそかに期待していた。ところがそうではなかった。そして申出を取消すには自尊心が許さなかったので、彼は人々の亡恩をののしりながら、悲痛な思いで職を去った。
それ以来彼は、毎日何をして暮していいか分らなかった。もう七十歳を越していたが、まだいたって元気だった。それで、出稽古をしたり、議論をしたり、無駄口をたたいたり、あらゆることに立交じって、相変わらず働きつづけ、朝から晩まで町中を駆け回った。彼はいたって器用で、さまざまの仕事を捜し出していた。楽器の修繕もやり出した。種々くふうをしたり、試みにやってみたり、時には改良の方法をも発見した。また作曲もし、そのために勉強もした。かつて壮厳ミサ曲というのを書いたことがあった。彼はそれをしばしば口にのぼせ、それは一家の名誉となっていた。書いてるうちに脳溢血を起こしかけたほど苦心を重ねたものだった。それを彼は天才的な作品だと無理に思い込もうとしていた。しかしいかに空虚な思想で書かれたものであるかは、みずからよく知っていた。そしてもはやその原稿を読み返すこともしかねた。なぜなら、自分の独創になったものだと信じてる楽句の中に、他の作曲家らの手になった断片が、むりやりにどうかこうか綴り合わせられてるのを、読み直すたびごとに見出したからである。それは彼にとって非常な悲しみの種だった。時とすると、実に素敵なものだと思えるような思想が彼にも浮かんできた。すると身を震わしながらテーブルに駆け寄った。こんどこそはついに霊感をとらえたのであろうか?――しかしペンを手にするや否や、彼は静寂のうちにただ一人ぽつねんとしてる自分を見出した。そして消え失せた声を呼びもどそうといくら努力しても、結局は、メンデルスゾーンやブラームスなどの耳慣れた旋律が聞えてくるにすぎなかった。
「世には不幸な天才がある。」とジォルジュ・サンドが言った。「彼らには表現の方法が欠けていて、人知れぬ自分の瞑想を墳墓のうちに持ってゆく。著名なる唖者や吃者の仲間の一人たる、ジォフロア・サン・ティレールが言ったとおりである。」――ジャン・ミシェルもそういう仲間に属していた。彼はもはや、言語においてと同じように、音楽においてもおのれを発表することができなかった。そしていつも幻をえがいていた。話すこと、書くこと、大音楽家になること、雄弁家になること、それをどんなにか望んだであろう! そこに彼の秘密な傷口があった。彼はそれをだれにも語らず、自分自身にも押し隠し、考えもすまいとつとめた。しかしいつも我知らずその方へ考が向いていった。そして心の中に死の種が下されていた。
あわれなる老人! 何事においても、彼は完全に自分自身であることを得なかった。彼のうちにはいかにも多くの美しい力強い芽が存していたけれども、一つとして生長するに至らなかった。芸術の威厳と人生の精神的価値とにたいする感動すべき深い信念、しかしその信念は、往々にして誇大滑稽な様子で外に現われていた。いかにも多くの貴い自尊心、しかも実生活においては、長上にたいするほとんど奴隷的な賞賛。独立不覊を欲するいかにも高い願望、しかも事実においては、絶対の従順。自由精神を有してるとの自負、しかも、あらゆる迷信。勇壮にたいする熱愛、実地の勇気、しかも、多くの無気力。――中途にして立止る性格であった。
ジャン・ミシェルは自分の大望を息子の上に投げかけていた。そしてメルキオルには初めのうち、それらをやがて実現するかもしれない望みがあった。彼はすでに幼年時代から、音楽にたいする稀な天賦の才を見せていた。きわめてやすやすと音楽を習得したし、また早くからヴァイオリニストとしてりっぱな技倆を修めえた。そのために彼は長い間、宮廷音楽会の寵児となり、ほとんど偶像のように尊ばれた。なおピアノや他の楽器をも、いたって上手に演奏することができた。またごく話し上手で、多少鈍重ではあるが様子がよく、ドイツにおいて古典的な美男子とさるる型に属していた。落着いた広い額、道具の大きな正しい顔立、縮れた髯、まったくライン河畔のジュピテルであった。ジャン・ミシェル老人はこの息子の成功を楽しみにしていた。彼はみずからいかなる楽器をもうまく演奏することができなかったので、達人の技芸に接するとそれに聞き惚れるのだった。確かにメルキオルは、自分の考えを表現するのに困難を覚ゆるような男ではなかった。不幸なことといえば、何にも考えないことだった。そして彼自身はそんなことを気にもしなかった。彼はまさしく凡庸な役者と同じ魂をもっていた。凡庸な役者は、台詞の意味には気もかけず、ただ台詞回しにばかり注意し、聴衆に及ぼすその効果を、得々として細心に見守っているものである。
最もおかしなことには、ジャン・ミシェルもそうであったが、彼は舞台上の自分の態度にたえず気を配っていたし、また社会的因襲を恐れ尊んでいたけれども、それにもかかわらずなお、調子はずれな突飛な軽率な様子をいつももっていた。そのために世間からは、クラフト家の者は皆多少狂人じみたところがあると言われた。そしてそんな噂も、初めのうちは別に彼を傷つけはしなかった。そういう風変りの性質こそかえって、彼が天才であることを証するものであると思われた。芸術家には何か独特な点があるものだということは、識者の間に認められてることだから。しかし人々はやがて、かかる突飛な行動の性質に注意を向けてきた。その原因はたいてい酒にあった。バッカスは音楽の神である、とニーチェは言った。メルキオルの本能もそれと同意見であった。しかしこの場合には、彼の神は恩知らずだった。彼に欠けてる思想を与えてくれるどころか、彼がもってるわずかな思想をも奪ってしまった。馬鹿な結婚(世間の者にも馬鹿らしく見えたし、その結果彼にも馬鹿らしく見えた)をしてしまった後、彼はますます自制がなくなった。彼は技能をないがしろにした――わずかの間に自己の優越を失ってしまったほど自惚れていたのである。他の名人らがにわかに現われてきて、彼に次いで世間の好評を博した。彼にとっては苦々しいことだった。しかし彼は失敗のあげく、元気を振い起こすどころか、すっかり落胆しきってしまった。そして酒場の仲間らとともに競争者の悪口を言いながら、せめてもの意趣晴しをしていた。彼は馬鹿げた高慢心のあまり、父の後を継いで楽長になれることと期待していた。ところが他人がそれに任命された。彼は迫害をこうむったような気がして、埋もれた天才らしい様子をした。老クラフトが受けていた尊敬のおかげで、管弦楽団のヴァイオリニストの地位は保ちえたが、しだいに、町の家庭教授の口をたいてい失ってしまった。そしてこの打撃は、彼の自尊心にとって最も痛切なものだったし、また彼の財布にとってはさらに痛切なものだった。数年来、種々な不幸の後を受けて、生活の方が非常に切りつまっていた。豊かな生活を知った彼に、困窮が見舞って来て、日に日に大きくなっていった。メルキオルはその方面のことは知らん顔をして、服装や快楽のための出費を一銭も減じなかった。
彼は悪い男ではなかった。否それよりいっそう始末におえないことかもしれないが、半ば善良な男で、弱者で、なんの策略ももたず、意気地もなく、そのうえ、善良な父であり、善良な息子であり、善良な夫であり、善良な人間であると、自信していた。もしそういうものでありうるためには、容易に動かされやすい軽率な親切心と、自己の一部分として家族の者らを愛する動物的情愛とで十分であるとするならば、彼はおそらく実際にそういう善良な者であったろう。また彼はひどい個人主義者であるともいえなかった。個人主義者たるには十分の性格をそなえていなかった。彼は実になんでもない男であった。そしてかかるなんでもない男こそ、人生においては恐るべきものである。彼らは空中に放置された重体のように、ただ下に落ちようとする。どうしても落ちざるをえない。そして自分とともにいるものをみな、いっしょに引きずって落ちてゆく。
小さなクリストフが周囲の出来事を了解し始めたのは、家庭の状態が最も困難になってる時にであった。
彼はもう一人息子ではなかった。メルキオルは行末どうなるか気にもかけずに、毎年妻に子供を産ました。二人の子供は幼くて死んだ。他の二人は三歳と四歳とになっていた。メルキオルはいっさい子供のことをかまわなかった。でルイザは、やむをえない用で出かける時には、もう六歳になってるクリストフに二人の子供を頼んだ。
クリストフにはそれがつらかった。なぜならその務めのために、野原の楽しい午後の散歩をやめなければならなかった。しかしまた彼は、一人前に取扱われるのが得意になって、りっぱにその仕事をやってのけた。子供に種々なことをしてみせて、できるかぎり面白がらせた。母親がするのを聞いたとおりに真似て、子供たちに話しかけようとした。あるいはまた母親のを見たとおりに真似て、子供を代わる代わる腕に抱いてやった。小さな弟を胸から落とすまいとして、力いっぱいに抱きしめ、歯をくいしばりながらも、重いので腰がよく伸びなかった。子供たちはいつも抱かれたがって、決してあきることがなかった。そしてクリストフにもうできなくなると、いきなり泣き出してとめどがなかった。また彼は子供たちにひどく痛い目に会わされて、しばしば途方にくれた。子供たちはよごれていて、母親らしい世話もしてやらなければならなかった。クリストフはどうしていいか分らなかった。子供たちは彼にたいして勝手なまねをした。彼も時とするとその頬辺を打ちたくなった。けれどもまた考え直した、「小さいんだ、分らないんだ。」そしてつねられたり打たれたり苦しめられたりするのに、寛大に身を任していた。エルンストはつまらないことにもわめきたてた。じだんだふんだり、怒って転がり回ったりした。神経質な子供だった。でルイザは、彼の気に障ることをしてはいけないと、クリストフに言いつけておいた。ロドルフの方は猿知恵のたちだった。クリストフがエルンストを抱いてる隙につけこんでは、いつもその後ろに回ってあらんかぎりの悪戯をした。玩具を壊し、水をひっくり返し、着物をよごし、また戸棚の中をかき回しては皿を落したりした。
そういうふうだったから、ルイザは家にもどってくると、クリストフをねぎらいもしないで、乱雑なありさまを見ながら、叱りつけはしないが顔を曇らして、彼に言った。
—Mon pauvre garçon, tu n'es pas bien habile.
Christophe était mortifié, et il avait le cœur gros.
Louisa, qui ne laissait échapper aucune occasion de gagner un peu d'argent, continuait à se placer comme cuisinière dans les circonstances exceptionnelles, les repas de noces ou de baptême. Melchior feignait de n'en rien savoir: cela froissait son amour-propre; mais il n'était pas fâché qu'elle le fit, sans qu'il le sût. Le petit Christophe n'avait encore aucune idée des difficultés de la vie; il ne connaissait d'autres limites à sa volonté que celle de ses parents, qui n'était pas bien gênante, puisqu'on le laissait pousser à peu près au hasard; il n'aspirait qu'à devenir grand, pour pouvoir faire tout ce qu'il voulait. Il n'imaginait pas les contraintes où l'on se heurte à chaque pas; et surtout il n'eût jamais pensé que ses parents ne fussent pas entièrement maîtres d'eux-mêmes. Le jour où il entrevit pour la première fois qu'il y avait parmi les hommes des gens qui commandent et des gens qui sont commandés, et que les siens et lui n'étaient pas des premiers, tout son être se cabra: ce fut la première crise de sa vie.
Ce jour-là, sa mère lui avait mis ses habits les plus propres, de vieux habits donnés, dont l'ingénieuse patience de Louisa avait su tirer parti. Il alla la rejoindre, comme elle le lui avait dit, dans la maison où elle travaillait. Il était intimidé, à l'idée d'entrer seul. Un valet flânait sous le porche; il arrêta l'enfant et lui demanda d'un ton protecteur ce qu'il venait faire. Christophe balbutia en rougissant qu'il venait voir «madame Krafft»,—ainsi qu'on le lui avait recommandé de dire.
—Madame Krafft? Qu'est-ce que tu lui veux, à madame Krafft?—continua le domestique, en appuyant ironiquement sur le mot: madame.—C'est ta mère? Monte là. Tu trouveras Louisa, à la cuisine, au fond du corridor.
Il alla, de plus en plus rouge; il avait honte d'entendre appeler sa mère familièrement: Louisa. Il était humilié; il eût voulu se sauver près de son cher fleuve, à l'abri des buissons, où il se contait des histoires.
Dans la cuisine, il tomba au milieu d'autres domestiques, qui l'accueillirent par des exclamations bruyantes. Au fond, près des fourneaux, sa mère lui souriait d'un air tendre et un peu gêné. Il courut à elle et se jeta dans ses jambes. Elle avait un tablier blanc et tenait une cuiller en bois. Elle commença par ajouter à son trouble, en voulant qu'il levât le menton, pour qu'on vît sa figure, et qu'il allât tendre la main à chacune des personnes qui étaient là, en leur disant bonjour. Il n'y consentit pas; il se tourna contre le mur et se cacha la tête dans son bras. Mais peu à peu il s'enhardit, et il risqua hors de sa cachette un petit œil brillant et rieur, qui disparaissait de nouveau, toutes les fois qu'on le regardait. Il observa les gens, à la dérobée. Sa mère avait un air affairé et important, qu'il ne lui connaissait pas; elle allait d'une casserole à l'autre, goûtant, donnant son avis, expliquant d'un ton sûr des recettes, que la cuisinière ordinaire écoutait avec respect. Le cœur de l'enfant se gonflait d'orgueil, en voyant combien on appréciait sa mère, et quel rôle elle jouait dans cette belle pièce, ornée d'objets magnifiques d'or et de cuivre qui brillaient.
Brusquement, les conversations s'arrêtèrent. La porte s'ouvrit. Une dame entra, avec un froissement d'étoffes raides. Elle jeta un regard soupçonneux autour d'elle. Elle n'était plus jeune; et pourtant elle portait une robe claire, avec des manches larges; elle tenait sa traîne à la main, pour ne rien frôler. Cela ne l'empêcha pas de venir près du fourneau, de regarder les plats, et même d'y goûter. Quand elle levait un peu la main, la manche retombait, et le bras était nu jusqu'au-dessus du coude: ce que Christophe trouva laid et malhonnête. De quel ton sec et cassant elle parlait à Louisa! Et comme Louisa lui répondait humblement! Christophe en fut saisi. Il se dissimula dans son coin, pour ne pas être aperçu; mais cela ne servit à rien. La dame demanda qui était ce petit garçon; Louisa vint le prendre et le présenter; elle lui tenait les mains pour l'empêcher de se cacher la figure; et, bien qu'il eût envie de se débattre et de fuir, Christophe sentit d'instinct qu'il fallait cette fois ne faire aucune résistance. La dame regarda la mine effarée de l'enfant; et son premier mouvement, maternel, fut de lui sourire gentiment. Mais elle reprit aussitôt son air protecteur, et lui posa sur sa conduite, sur sa piété, des questions auxquelles il ne répondit rien. Elle regarda aussi comment les vêtements allaient; et Louisa s'empressa de montrer qu'ils étaient superbes. Elle tirait le veston, pour effacer les plis; Christophe avait envie de crier, tant il était serré. Il ne comprenait pas pourquoi sa mère remerciait.
La dame le prit par la main, et dit qu'elle voulait le conduire vers ses enfants. Christophe jeta un regard désespéré sur sa mère; mais elle souriait à la maîtresse d'un air si empressé qu'il vit qu'il n'y avait rien à espérer, et il suivit son guide, comme un mouton qu'on mène à la boucherie.
Ils arrivèrent dans un jardin, où deux enfants à l'air maussade, un garçon et une fille, à peu près du même âge que Christophe, semblaient se bouder l'un l'autre. L'arrivée de Christophe fit diversion. Ils se rapprochèrent pour examiner le nouveau venu. Christophe, abandonné par la dame, restait planté dans une allée, sans oser lever les yeux. Les deux autres, immobiles a quelques pas, le regardaient des pieds à la tête, se poussaient du coude, et ricanaient. Enfin, ils se décidèrent. Ils lui demandèrent qui il était, d'où il venait, et ce que faisait son père. Christophe ne répondit rien, pétrifié: il était intimidé jusqu'aux larmes, surtout par la petite fille, qui avait des nattes blondes, une jupe courte, et les jambes nues.
Ils se mirent à jouer. Comme Christophe commençait à se rassurer un peu, le petit bourgeois tomba en arrêt devant lui, et touchant son habit, il dit:
—Tiens, c'est a moi!
Christophe ne comprenait pas. Indigné de cette prétention que son habit fût à un autre, il secoua la tête avec énergie, pour nier.
—Je le reconnais bien peut-être! fit le petit; c'est mon vieux veston bleu: il y a une tache là.
Et il y mit le doigt. Puis, continuant son inspection, il examina les pieds de Christophe, et lui demanda avec quoi étaient faits les bouts de ses souliers rapiécés. Christophe devint cramoisi. La fillette fit la moue et souffla à son frère—Christophe l'entendit,—que c'était un petit pauvre. Christophe en retrouva la parole. Il crut combattre victorieusement cette opinion injurieuse, en bredouillant d'une voix étranglée qu'il était le fils de Melchior Krafft, et que sa mère était Louisa, la cuisinière.—Il lui semblait que ce titre était aussi beau que quelque autre que ce fût; et il avait bien raison.—Mais les deux autres petits, que d'ailleurs la nouvelle intéressa, ne parurent pas l'en considérer davantage. Ils prirent au contraire un ton de protection. Ils lui demandèrent ce qu'il ferait plus tard, s'il serait aussi cuisinier ou cocher. Christophe retomba dans son mutisme. Il sentait comme une glace qui lui pénétrait le cœur.
Enhardis par son silence, les deux petits riches, qui avaient pris brusquement pour le petit pauvre une de ces antipathies d'enfant, cruelles et sans raison, cherchèrent quelque moyen amusant de le tourmenter. La fillette était particulièrement acharnée. Elle remarqua que Christophe avait peine à courir, à cause de ses vêtements étroits; et elle eut l'idée raffinée de lui faire accomplir des sauts d'obstacle. On fit une barrière avec de petits bancs, et on mit Christophe en demeure de la franchir. Le malheureux garçon n'osa dire ce qui l'empêchait de sauter; il rassembla ses forces, se lança, et s'allongea par terre. Autour de lui, c'étaient des éclats de rire. Il fallut recommencer. Les larmes aux yeux, il fit un effort désespéré, et, cette fois, réussit à sauter. Cela ne satisfit point ses bourreaux, qui décidèrent que la barrière n'était pas assez haute; et ils y ajoutèrent d'autres constructions, jusqu'à ce qu'elle devînt un casse-cou. Christophe essaya de se révolter; il déclara qu'il ne sauterait pas. Alors la petite fille l'appela lâche, et dit qu'il avait peur. Christophe ne put le supporter; et, certain de tomber, il sauta, et tomba. Ses pieds se prirent dans l'obstacle: tout s'écroula avec lui. Il s'écorcha les mains, faillit se casser la tête; et, pour comble de malheur, son vêtement éclata aux genoux, et ailleurs. Il était malade de honte; il entendait les deux enfants danser de joie autour de lui; il souffrait d'une façon atroce. Il sentait qu'ils le méprisaient, qu'ils le haïssaient: pourquoi? pourquoi? Il aurait voulu mourir!—Pas de douleur plus cruelle que celle de l'enfant qui découvre pour la première fois la méchanceté des autres: il se croit persécuté par le monde entier, et il n'a rien qui le soutienne: il n'y a plus rien, il n'y a plus rien!... Christophe essaya de se relever: le petit bourgeois le poussa et le fit retomber; la fillette lui donna des coups de pied. Il essaya de nouveau: ils se jetèrent sur lui tous deux, s'asseyant sur son dos, lui appuyant la figure contre terre. Alors une rage le prit: c'était trop de malheurs! Ses mains qui le brûlaient, son bel habit déchiré,—une catastrophe pour lui!—la honte, le chagrin, la révolte contre l'injustice, tant de misères à la fois se fondirent en une fureur folle. Il s'arc-bouta sur ses genoux et ses mains, se secoua comme un chien, fit rouler ses persécuteurs; et, comme ils revenaient à la charge, il fonça tête baissée sur eux, gifla la petite fille, et jeta d'un coup de poing le garçon au milieu d'une plate-bande.
Ce furent des hurlements. Les enfants se sauvèrent à la maison, avec des cris aigus. On entendit les portes battre, et des exclamations de colère. La dame accourut, aussi vite que la traîne de sa robe pouvait le lui permettre. Christophe la voyait venir, et il ne cherchait pas à fuir; il était terrifié de ce qu'il avait fait: c'était une chose inouïe, un crime; mais il ne regrettait rien. Il attendait. Il était perdu. Tant mieux! Il était réduit au désespoir.
La dame fondit sur lui. Il se sentit frapper. Il entendit qu'elle lui parlait d'une voix furieuse, avec un flot de paroles; mais il ne distinguait rien. Ses deux petits ennemis étaient revenus pour assister à sa honte, et piaillaient à tue-tête. Des domestiques étaient là: c'était une confusion de voix. Pour achever de l'accabler, Louisa, qu'on avait appelée, parut; et, au lieu de le défendre, elle commença par le claquer, elle aussi, avant de rien savoir, et voulut qu'il demandât pardon. Il s'y refusa avec rage. Elle le secoua plus fort et le traîna par la main vers la dame et les enfants, pour qu'il se mît à genoux. Mais il trépigna, hurla, et mordit la main de sa mère. Il se sauva enfin au milieu des domestiques qui riaient.
Il s'en allait, le cœur gonflé, la figure brûlante de colère et des tapes qu'il avait reçues. Il tâchait de ne pas penser, et il hâtait le pas, parce qu'il ne voulait pas pleurer dans la rue. Il aurait voulu être rentré, pour se soulager de ses larmes; il avait la gorge serrée, le sang à la tête: il éclatait.
Enfin, il arriva; il monta en courant le vieil escalier noir, jusqu'à sa niche habituelle dans l'embrasure d'une fenêtre, au-dessus du fleuve; il s'y jeta hors d'haleine; et ce fut un déluge de pleurs. Il ne savait pas au juste pourquoi il pleurait; mais il fallait qu'il pleurât; et quand le premier flot fut à peu près passé, il pleura encore, parce qu'il voulait pleurer, avec une sorte de rage, pour se faire souffrir, comme s'il punissait ainsi les autres, en même temps que lui. Puis il pensa que son père allait rentrer, que sa mère raconterait tout et que ses malheurs n'étaient pas près de leur fin. Il résolut de fuir, n'importe où, pour ne plus revenir jamais.
Juste au moment où il descendait, il se heurta à son père qui rentrait.
「困った子だね、お守りが下手で。」
クリストフは面目を失って、しみじみと心悲しかった。
ルイザはわずかな金の儲け口も見逃さなかったので、婚礼の御馳走だの洗礼の御馳走だのという特別の場合には、やはりつづけて料理女として雇われていった。メルキオルはそれを少しも知らないようなふりを装っていた。なぜなら自尊心を傷つけられることだったから。しかし彼女が自分に内密でやってることについては、別に気を悪くしてはいなかった。小さなクリストフの方はまだ、生活の困難ということが少しも分らなかった。自分の意志の拘束となるようにはっきり感ぜられるものは、ただ両親の意志のみであった。しかもそれとて、彼はほとんど思いどおりに放任されていたので、さほど厄介なものではなかった。彼はなんでも思いどおりのことができるためには、ただ大人になることをしか望んではいなかった。人が一歩ごとにぶっつかるあらゆる障害を、彼は想像だもしてはいなかった。とくに大人である自分の両親さえ万事が思いどおりにやれるものではないということを、彼はかつて考えもしなかった。人間のうちには命令する者と命令される者とがあるということを、そしてまた、家の人たちも自分もともに前者に属するのではないということを、彼が初めて瞥見した日、彼の心身は激しく猛りたった。それこそ彼の生涯の最初の危機であった。
その日、母は彼にいちばん綺麗な服を着せてくれた。もらい物の古着ではあったが、ルイザが丹念に手ぎわよく仕立直したものだった。彼は言われたとおり、母をその働いてる家へ尋ねていった。ただ一人ではいってゆくことを考えると気後れがした。一人の給仕が玄関にぶらぶらしていた。彼は子供を引止めて、何しに来たかといたわるような調子で尋ねた。クリストフは顔を赤くして、「クラフト夫人」――言いつけられたとおりの言葉を使って――に会いに来たのだと口籠りながら答えた。
「クラフト夫人だって? なんの用だい、クラフト夫人に?」と給仕は夫人という言葉に皮肉な力をこめて言いつづけた。「お前のお母さんなのかい。そこを上っておいで。廊下の奥の料理場へ行けば、ルイザに会えるよ。」
彼はますます顔を赤らめながら歩いて行った。母がなれなれしくルイザと呼ばれたのを聞いてきまりが悪かった。一種の屈辱を感じた。もうそこを逃げ出して、親しい河岸に駆けてゆき、いつもみずからいろんな話を考えるあの藪の後ろに、はいり込んでしまいたいような気もした。
料理場へ行くと、彼は他の多くの召使どもの中にはいり込んだ。皆は騒々しく囃したてて彼を迎えた。奥の方の竈のそばで、母はやさしいまた多少困ったような様子で、彼に微笑みかけていた。彼はそこへ駆け寄って、母の膝にすがりついた。母は白い胸掛をつけて、木の匙をもっていた。そしてまず、顔を上げて皆に見せるがいいとか、そこにいる人たちに一々今日はと言って握手を求めなさいと言って、ますます彼を困惑さした。彼はそれを承知しなかった。壁の方を向いて、顔を腕の中に隠してしまった。しかしだんだん勇気が出て来て、笑いを含んだ輝いた眼でちょっと覗いては、人に見られるたびにまた首を縮めた。そういうふうにして彼はひそかに人々の様子を窺った。母は彼がこれまで見かけたこともないほど、忙しそうなまた厳かな様子をしていた。鍋から鍋へと往ったり来たりして、味をみ、意見を述べ、確信ある調子で料理の法を説明していた。普通の料理女はそれを畏って聞いていた。母がどんなに人々から尊敬されてるかを見て、また、光り輝いてる金や銅のりっぱな器具で飾られたこの美しい室の中で、母がどんな役目を演じてるかを見て、子供の心は得意の情にみちあふれた。
突然、すべての話し声がやんだ。扉が開いた。一人のりっぱな夫人が、硬い衣摺れの音をたててはいって来た。彼女は疑り深い眼付であたりを見回した。もう若くはなかったが、まだ袖の広い派手な長衣を着ていた。そして物にさわらないように片手で裳裾を引上げていた。それでもやはり竈のそばにやって来て、皿の中を覗き込んだり、また味をみまでした。少し手を上げると、袖がまくれ落ちて、肱の上まで素肌だった。クリストフはそれを見て、見苦しいようなまた猥らなような気がした。いかに冷やかなぞんざいな調子で彼女はルイザに口をきいたか、そしてルイザはいかにへり下った調子で彼女に答えたか! クリストフはそれに驚かされた。彼は見つからないように片隅に身を潜めたが、なんの役にもたたなかった。その小さな児はだれかと夫人は尋ねた。ルイザはやって来て、彼をとらえて、御覧に入れようとした。顔を隠させまいとして両手を押えた。彼は身をもがいて逃げ出したかったが、こんどはどうしても逆らえないように本能的に感じた。夫人は子供のあわてた顔付を眺めた。そしてすでに母親としての彼女の最初の素振りは、彼にやさしく微笑みかけることだった。しかし彼女はまたすぐに目上らしい様子をして、行状だの信仰だのについて種々な問いをかけた。彼は少しも返辞をしなかった。彼女はまた彼の着物がよく似合うかどうかを眺めた。ルイザは急いで着物がりっぱになったのをお目にかけた。そして襞を伸すために上着をやたらに引張った。クリストフは非常に窮屈になって声をたてたいほどだった。なぜ母親がお礼を言ってるのか、彼には少しも分らなかった。
夫人は彼の手を取って、自分の子供たちのところに連れて行きたいと言い出した。クリストフは困り切った眼付で母をちらと眺めた。しかし母はいかにも慇懃な様子で御主人に笑顔を見せていたので、もうなんの希望もないことを彼は見てとった。そして彼は屠所に牽かるる羊のように、夫人の案内に従っていった。
二人は庭にやって行った。そこには無愛相な二人の子供がいた。クリストフとほぼ同じ年ごろの男の子と女の子とだったが、何かたがいに気を悪くしてるらしかった。ところがクリストフが来たのでそれがまぎれた。彼らは近寄って来て新参者をじろじろ眺めた。クリストフは夫人から置きざりにされて、径につっ立ったまま、眼を挙げることもしかねた。二人の子供は数歩のところにじっと立って、彼を頭から足先まで見回し、肱でつっつき合って、嘲っていた。がついに思いきって、なんという名前か、どこから来たか、父親は何をしているか、などと尋ねだした。クリストフは堅くなって何にも答えなかった。彼は涙が出るほど気圧されていた。とくに、金髪を編んで下げ、短い裳衣をつけ、脛を露わしてる少女のために、ひどく気圧されていた。
彼らは遊び始めた。そしてクリストフが少し安心しだした時、男の子は彼の前に立ちはだかって、彼の上着に手をふれながら言った。
「やあ、これは僕んだ!」
僕には訳が分らなかった。自分の上着が他人のだというその言葉に憤慨して、彼は強く頭を振って打消した。
「僕はよく知ってる。」と男の子は言った。「僕の古い紺の上着だ。そら汚点がある。」
そして彼は汚点のところを指でつっついた。それからなお検査をつづけて、クリストフの足を調べ、靴の先がなんで繕ってあるかと尋ねた。クリストフは真赤になった。女の子は口をとがらして、貧乏人の子だと兄に――クリストフにも聞えた――ささやいた。クリストフはその言葉にまたむっとした。そして、人を侮辱したその考えをやっつけてやろうと思って、むちゃくちゃに声をしぼって言いたてた、自分はメルキオル・クラフトの子で、母は料理番ルイザであると。――そういう身分は他のどんな身分にも劣らずりっぱだと彼には思えたのであるし、またそれが正当だったのである。――しかし他の二人の子供は、もとよりその報告を面白がっていて、彼を前よりも重んずるようなふうは見えなかった。かえって主人らしい調子をとった。将来何をするつもりか、やはり料理人か御者かになるつもりなのかと、そんなことを彼に尋ねた。クリストフはまた黙り込んだ。胸を氷で貫かれたような気がした。
彼が黙り込んでるのに力を得て、二人の金持ちの子供は、突然この貧乏な子供にたいして、子供にありがちな無理由の残酷な反感を懐いて、彼をいじめてやる面白い仕方はないかと考えた。女の子の方がとくに熱心だった。クリストフが窮屈な服を着てるので楽には走れないことを見てとった。そして障害物を飛び越させるといううまいことを思いついた。そこで、小さな腰掛で柵をこしらえて、クリストフにそれを飛び越せと迫った。かわいそうにも彼は、なぜ飛びにくいかをうち明けて言いえなかった。彼は全身の力を集めて、身を躍らしたが、地面に転ってしまった。まわりではどっと笑い声が起こった。彼はまたやり直さなければならなかった。眼に涙を浮べて、自棄になってやってみた。するとこんどはうまく飛べた。いじめる方ではそれを快しとしないで、柵が十分高くないのだときめた。そして他の道具を積み添えて、危険なほどにしてしまった。クリストフは反抗しようとした。もう飛ばないと言い切った。すると女の子は彼を卑怯者だと呼びたてて、恐がってるのだと言った。クリストフはそれに我慢できなかった。そして転ぶことを覚悟で飛んでみると、はたして転がってしまった。足が障害物に引っかかって、何もかも彼といっしょにひっくり返った。彼は手の皮をすりむき、また危く頭を割るところだった。そしてなお不幸なことには、服の両膝やその他のところが破けた。彼は恥ずかしくてたまらなかった。まわりには二人の子供の喜び踊ってるのが聞えた。彼は痛切な苦しみを受けた。そしてはっきり感じた、彼らが自分を軽蔑してることを、自分をきらってることを。なぜなのか、なぜなのか? 彼にはむしろ死ぬ方が望ましかった!――他人の悪意を初めて見出した子供の苦しみ、それ以上に残忍な苦しみはない。子供は世界じゅうの者から迫害されてるように考える、そして自分を支持してくれるものは何ももたない。もう何もない、もう何もないのだ!……クリストフは起き上がろうとした。男の子は彼をまた押し倒した。女の子は彼を足で蹴った。彼はも一度起き上がろうとした。彼らは二人いっしょに飛びかかって来て、彼の顔を地面に押し伏せながら背中にのしかかった。その時彼は怒りの念にとらえられた。あまりにひどかった! ひりひり痛んでる両手、裂けたりっぱな服――彼にとっての大災難――、恥辱、苦痛、不正にたいする反抗、一度にふりかかって来た多くの不幸が融け合って、物狂おしい憤怒に変わった。彼は両膝と両手で四つ這いになり、犬のように身を揺って、迫害者らをそこに転がした。そして彼らがふたたび襲いかかって来ると、彼は頭を下げて突き進み、女の子の頬を殴りつけ、男の子を花壇の中に一撃で打ち倒した。
激しい悲鳴が起こった。二人の子供は疳高い泣声をたてて家の中に逃げ込んだ。扉のがたつく音がし、怒った叫び声が聞えた。夫人は長衣の裳裾の許すかぎり早く駆けつけて来た。クリストフは彼女がやって来るのを見たが、逃げようとはしなかった。彼は自分の仕業に慄然としていた。それはたいへんなことだった、罪であった。しかし彼は少しも後悔はしなかった。彼は待受けた。もう取り返しがつかなかった。それだけに始末もいい! 彼は絶望あるのみだった。
夫人は彼に飛びかかった。彼は打たれるのを感じた。激しい声でやたらに何か言われてるのを耳に聞いたが、なんのことだか少しも聞き分けられなかった。二人の敵は彼の恥辱を見物しにもどって来て、声の限り怒鳴りたてていた。召使らも来ていた。がやがや騒ぐばかりだった。最後に大打撃としては、ルイザが人に呼ばれてそこに出て来た。そして彼を庇うどころか、彼女もまた訳も分らない先から彼を打ち始め、謝らせようとした。彼は怒って言うことをきかなかった。彼女はますます強く彼を突っつき、手をとらえて夫人と子供たちとの方へ引きずってゆき、その前にひざまずかせようとした。しかし彼は足をふみ鳴らし、わめきたて、母の手に噛みついた。そしてしまいには、笑ってる召使らの間に逃げ込んでしまった。
彼は胸がいっぱいになり、憤りと打たれた跡とで顔をほてらして、立ち去っていった。何にも考えまいと努めた。往来で泣くのがいやなので足を早めた。涙を流して心を和げるために、どんなにか家に早く帰りたかった。喉がつまり頭が逆上せていた。彼はわっと泣き出した。
ついに家へ着いた。黒い古階段を駆け上って、河に臨んだ窓口のいつもの隠れ場所までやっていった。そこで息を切らして身を投げ出した。涙がどっと出て来た。なぜ泣くのか自分でもよくは分らなかった。けれど泣かずにはおられなかった。そして初めの涙がほとんど流れつくしても、なお泣いた。自分とともに他人をも罰せんとするかのように、自分自身を苦しめるために、憤りの念に駆られてやたらに泣きたかったのである。それから彼は考えた、父がやがて帰って来るだろう、母は何もかも言いつけるだろう、災はまだなかなか済みはしないと。どこへでもかまわないから逃げ出してしまって、もう二度と帰っては来まい、と彼は決心した。
階段を降りかけてるとちょうど、もどってくる父に彼はぶっつかった。
—Que fais-tu là, gamin? où vas-tu? demanda Melchior. Il ne répondait pas.
—Tu as fait quelque sottise. Qu'est-ce que tu as fait?
Christophe se taisait obstinément.
—Qu'est-ce que tu as fait? répéta Melchior. Veux-tu répondre?
L'enfant se mit à pleurer, et Melchior à crier, de plus en plus fort l'un et l'autre, jusqu'à ce qu'on entendît le pas précipité de Louisa, qui montait l'escalier. Elle arriva, toute bouleversée encore. Elle commença par de violents reproches, mêlés de nouvelles gifles, auxquelles Melchior joignit, sitôt qu'il eut compris,—et probablement avant,—des claques à assommer un bœuf. Ils criaient tous les deux. L'enfant hurlait. Ils finirent par se disputer l'un l'autre avec la même colère. Tout en rossant son fils, Melchior disait que le petit avait raison, que voilà à quoi on s'exposait en allant servir chez des gens, qui se croient tout permis, parce qu'ils ont de l'argent. Et tout en frappant l'enfant, Louisa criait à son mari qu'il était un brutal, qu'elle ne lui permettait pas de toucher le petit, et qu'il l'avait blessé. En effet, Christophe saignait un peu du nez; mais il n'y pensait guère, et il ne sut aucun gré à sa mère de le lui tamponner rudement avec un linge mouillé, puisqu'elle continuait à le gronder. À la fin, on le poussa dans un recoin obscur, où on l'enferma sans souper.
Il les entendait crier l'un contre l'autre; et il ne savait pas lequel il détestait le plus. Il lui semblait que c'était sa mère; car il n'eût jamais attendu d'elle une pareille méchanceté. Tous ses malheurs de la journée l'accablaient à la fois: tout ce qu'il avait souffert, l'injustice des enfants, l'injustice de la dame, l'injustice de ses parents, et—ce qu'il sentait aussi, comme une blessure vive, sans s'en rendre bien compte,—l'abaissement de ses parents, dont il était si fier, devant ces autres gens, méchants et méprisables. Cette lâcheté, dont il prenait une vague conscience, pour la première fois, lui paraissait ignoble. Tout en lui était ébranlé: son admiration pour les siens, le respect religieux qu'ils lui inspiraient, sa confiance dans la vie, le besoin naïf qu'il avait d'aimer les autres et d'en être aimé, sa foi morale, aveugle, mais absolue. C'était un écroulement total. Il était écrasé par la force brutale, sans nul moyen de se défendre, de réchapper jamais. Il suffoqua. Il crut mourir. Il se raidit de tout son être, dans une révolte désespérée. Il tapa des poings, des pieds, de la tête, contre le mur, hurla, fut pris de convulsions, et, se meurtrissant aux meubles, tomba par terre.
Ses parents, accourus, le prirent dans leurs bras. C'était à qui des deux, maintenant, serait le plus tendre. Sa mère le déshabilla, le porta dans son lit, s'assit à son chevet et resta auprès de lui, jusqu'à ce qu'il fût plus calme. Mais il ne désarmait point, il ne pardonnait rien, et il fit semblant de dormir, pour ne pas l'embrasser. Sa mère lui semblait mauvaise et lâche. Il ne se doutait pas de tout le mal qu'elle avait pour vivre et le faire vivre, et de ce qu'elle avait souffert de prendre parti contre lui.
Après qu'il eut épuisé jusqu'à la dernière goutte l'incroyable provision de larmes qui tient dans les yeux d'un enfant, il se sentit un peu soulagé. Il était las; mais ses nerfs étaient trop tendus pour qu'il pût dormir. Les images de tantôt recommencèrent à flotter dans sa demi-torpeur. C'était surtout la petite fille, qu'il revoyait, avec ses yeux brillants, son petit nez levé d'une façon dédaigneuse, ses cheveux sur ses épaules, ses jambes nues, et sa parole enfantine et poseuse. Il tressaillait, en croyant réentendre sa voix. Il se rappelait combien il avait été stupide avec elle; et il se sentait contre elle une haine farouche; il ne lui pardonnait pas de l'avoir humilié, il était dévoré du désir de l'humilier à son tour, de la faire pleurer. Il en chercha les moyens, et n'en trouva aucun. Il n'y avait nulle apparence qu'elle se souciât jamais de lui. Mais, pour se soulager, il supposa que tout fût ainsi qu'il le souhaitait. Il établit donc qu'il était devenu très puissant et glorieux; et il décida en même temps qu'elle était amoureuse de lui. Alors il commença de se raconter une de ces absurdes histoires, qu'il finissait par croire plus réelles que la réalité.
Elle se mourait d'amour; mais il la dédaignait. Quand il passait devant sa maison, elle le regardait passer, cachée derrière les rideaux; et il se savait regardé; mais il feignait de n'y prendre pas garde, et il parlait gaiement. Il quittait même le pays et voyageait, au loin, afin d'augmenter sa peine. Il faisait de grandes choses.—Ici, il introduisait dans son récit certains fragments choisis des récits héroïques de grand-père.—Elle, pendant ce temps, tombait malade de chagrin. Sa mère, l'orgueilleuse dame, venait le supplier: «Ma pauvre fille se meurt. Je vous en prie, venez!» Il venait. Elle était couchée. Elle avait la figure pâle et creusée. Elle lui tendait les bras. Elle ne pouvait parler; mais elle lui prenait les mains et les baisait en pleurant. Alors il la regardait avec une bonté et une douceur admirables. Il lui disait de guérir, et consentait à ce qu'elle l'aimât. Arrivé à ce moment du récit, comme il se plaisait à en prolonger l'agrément, en répétant plusieurs fois les paroles et les attitudes, le sommeil vint le prendre; et il s'endormit consolé.
Mais quand il rouvrit les yeux, le jour était venu; et ce jour ne brillait plus avec l'insouciance du matin précédent: quelque chose était changé dans le monde. Christophe connaissait l'injustice.
Il y avait des moments de gène très étroite à la maison. Ils étaient de plus en plus fréquents. On faisait maigre chère, ces jours-là. Nul ne s'en apercevait mieux que Christophe. Le père ne voyait rien; il se servait le premier, et il avait toujours assez pour lui. Il causait bruyamment, riait aux éclats de ce qu'il disait; et il ne remarquait pas le regard de sa femme, qui riait d'un rire forcé, en le surveillant, tandis qu'il se servait. Le plat, quand il passait ensuite, était à moitié vide. Louisa servait les petits: deux pommes de terre à chacun. Lorsque venait le tour de Christophe, souvent il n'en restait que trois sur l'assiette, et sa mère n'était pas servie. Il le savait d'avance, il les avait comptées, avant qu'elles arrivassent à lui. Alors il rassemblait son courage, et il disait d'un air dégagé:
—Rien qu'une, maman.
Elle s'inquiétait un peu.
—Deux, comme les autres.
—Non, je t'en prie, une seule.
—Est-ce que tu n'as pas faim?
—Non, je n'ai pas grand'faim.
Mais elle n'en prenait qu'une aussi, et ils la pelaient avec soin, ils la partageaient en tout petits morceaux, ils tâchaient de la manger le plus lentement possible. Sa mère le surveillait. Quand il avait fini:
—Allons, prends-la donc!
—Non, maman.
—Mais tu es malade, alors?
—Je ne suis pas malade, mais j'ai assez mangé.
Il arrivait que son père lui reprochât de faire le difficile, et qu'il s'adjugeât la dernière pomme de terre. Mais Christophe se méfiait maintenant; et il la réservait sur son assiette pour Ernst, le petit frère, toujours vorace, qui la guettait du coin de l'œil depuis le commencement du dîner, et qui finissait par lui demander:
—Tu ne la manges pas? Donne-la-moi, dis, Christophe.
Ah! comme Christophe détestait son père, comme il lui en voulait de ne pas penser à eux, de ne même pas se douter qu'il leur mangeait leur part! Il avait si faim qu'il le haïssait et qu'il aurait voulu le lui dire; mais il pensait, dans son orgueil, qu'il n'en avait pas le droit, tant qu'il ne gagnerait pas sa vie. Ce pain que son père lui prenait, son père l'avait gagné. Lui n'était bon à rien; il était une charge pour tous; il n'avait pas le droit de parler. Plus tard, il parlerait,—s'il arrivait à plus tard. Oh! il mourrait de faim, avant!...
Il souffrait plus qu'un autre enfant de ces jeûnes cruels. Son robuste estomac était à la torture; parfois il en tremblait, la tête lui faisait mal; il avait un trou dans la poitrine, un trou qui tournait et qui s'élargissait comme une vrille qu'on enfonce. Mais il ne se plaignait pas; il se sentait observé par sa mère, et il prenait un air indifférent. Louisa, le cœur serré, comprenait vaguement que son petit garçon se privait de manger, pour que les autres eussent davantage; elle repoussait cette pensée; mais elle y revenait toujours. Elle n'osait pas l'éclaircir, demander à Christophe si c'était vrai; car, si c'avait été vrai, qu'aurait-elle pu faire? Elle-même était habituée aux privations, depuis qu'elle était petite. À quoi sert de se plaindre, quand on ne peut faire autrement? Elle ne se doutait pas, il est vrai, avec sa frêle santé et son peu de besoins, que l'enfant dût souffrir davantage. Elle ne lui disait rien; mais, une ou deux fois, quand les autres étaient sortis, les enfants dans la rue, Melchior à ses affaires, elle priait son aîné de rester, pour lui rendre quelque petit service. Christophe lui tenait sa peloté, tandis qu'elle la dévidait. Brusquement, elle jetait tout, elle l'attirait passionnément à elle; elle le mettait sur ses genoux, quoiqu'il fût déjà bien lourd; elle le serrait. Il lui passait avec violence ses bras autour du cou, et ils pleuraient tous deux, en s'embrassant comme des désespérés.
—Mon pauvre petit garçon!...
—Maman, chère maman!...
Ils ne disaient rien de plus; mais ils se comprenaient.
Christophe fut assez longtemps avant de s'apercevoir que son père buvait. L'intempérance de Melchior ne passait pas certaines limites, au moins dans les commencements. Elle n'était point brutale. Elle se manifestait plutôt par les éclats d'une joie excessive. Il disait des inepties, chantait à tue-tête pendant des heures, en tapant sur la table; et parfois, il voulait à toute force danser avec Louisa et avec les enfants. Christophe voyait bien que sa mère avait l'air triste; elle se retirait à l'écart, et baissait le nez sur son ouvrage; elle évitait de regarder l'ivrogne; et elle tâchait doucement de le faire taire, quand il disait des grossièretés qui la faisaient rougir. Mais Christophe ne comprenait pas; et il avait un tel besoin de gaieté qu'il se faisait presque une fête de ces retours bruyants du père. La maison était triste; et ces folies étaient une détente pour lui. Il riait de tout son cœur des gestes grotesques et des plaisanteries stupides de Melchior; il chantait et dansait avec lui; et il trouvait très mauvais que sa mère, d'une voix fâchée, lui ordonnât de cesser. Comment cela eût-il été mal, puisque son père le faisait? Bien que sa petite observation toujours en éveil, et qui n'oubliait rien, lui eût fait remarquer dans la conduite de son père plusieurs choses qui n'étaient pas conformes à son instinct enfantin et impérieux de justice, il continuait pourtant à l'admirer. C'est un tel besoin chez l'enfant! Sans doute une des formes de l'éternel amour de soi. Quand l'homme se reconnaît trop faible pour réaliser ses désirs et satisfaire son orgueil, il les reporte, enfant, sur ses parents, homme vaincu par la vie, sur ses enfants à son tour. Ils sont, ou ils seront tout ce qu'il a rêvé d'être, ses champions, ses vengeurs; et dans cette abdication orgueilleuse à leur profit, l'amour et l'égoïsme se mêlent avec une force et une douceur enivrantes. Christophe oubliait donc tous ses griefs contre son père, et il s'évertuait à trouver des raisons de l'admirer: il admirait sa taille, ses bras robustes, sa voix, son rire, sa gaieté; et il rayonnait d'orgueil, quand il entendait admirer son talent de virtuose, ou quand Melchior racontait, en les amplifiant, les éloges qu'il avait reçus. Il croyait à ses vantardises; et il regardait son père comme un génie, un des héros de grand-père.
Un soir, vers sept heures, il était seul à la maison. Les petits frères se promenaient avec Jean-Michel. Louisa lavait le linge, au fleuve. La porte s'ouvrit, et Melchior fit irruption. Il était sans chapeau, débraillé; il exécuta pour entrer une sorte d'entrechat, et il alla tomber sur une chaise devant la table. Christophe commença à rire, pensant qu'il s'agissait d'une de ses farces habituelles; et il vint vers lui. Mais dès qu'il le vit de près, il n'eut plus envie de rire. Melchior était assis, les bras pendants, et regardait devant lui, sans voir, avec des yeux qui clignotaient; sa figure était cramoisie; il avait la bouche ouverte; il en sortait de temps en temps un gloussement stupide. Christophe fut saisi. Il crut d'abord que son père plaisantait; mais voyant qu'il ne bougeait pas, il fut pris de peur.
—Papa! papa! cria-t-il.
「何をしてるんだ、悪戯児め。どこへ行くんだ?」とメルキオルは尋ねた。
彼は答えなかった。
「何か馬鹿なことをしたんだな。何をしたんだ?」
クリストフは強情に黙っていた。
「何をしたんだ?」とメルキオルはくり返した。「返辞をしないか?」
子供は泣き出した。メルキオルは怒鳴り出した。そしてたがいにますますひどくやってると、ついにルイザが階段を上ってくる急ぎ足の音が聞えた。彼女はまだすっかりあわてきったままもどって来た。そしてまず激しく叱りつけながら、ふたたび彼を打ち始めた。メルキオルも事情が分るや否や――否おそらく分らないうちから――牛でも殴るような調子でいっしょになって平手打を加えた。二人とも怒鳴りたてていた。子供はわめきたてていた。しまいには彼ら二人で、同じ憤りからたがいに喧嘩を始めた。子供を殴りつけながらメルキオルは、子供の方が道理だと言い、金をもってるから何をしてもかまわないと思ってる奴らの家に働きに出かけるからこそ、こんなことになるんだと言った。またルイザは子供を打ちながら、あなたこそ実に乱暴だ、子供に手を触れてはいけない、怪我をさしてしまったではないか、と夫に向かって怒鳴った。実際クリストフは少し鼻血を出していた。しかし彼はみずからそれをほとんど気にかけていなかった。そして母はなお叱りつづけていたので、彼女から濡れた布を手荒く鼻につめてもらっても、別にありがたいとは思わなかった。しまいに彼は薄暗い片隅に押し込まれて、そこに閉じこめられたまま晩飯も与えられなかった。
二人がたがいに怒鳴り合ってるのを、彼は聞いた。そしてどちらの方が余計憎いか分らなかった。母の方であるような気もした。なぜならそんな意地悪い仕打をかつて母から期待したことがなかったから。その日のあらゆる災害が一度に彼の上に圧倒してきた、彼が受けたすべてのこと、子供らの不正、夫人の不正、両親の不正、それから――よく理解できないがただ生傷のように感ぜられたことであるが――彼があれほど誇りにしていた両親が意地悪い軽蔑すべき他人の前に頭の上がらないこと。彼が初めて漠然と意識したその卑怯さは、いかにも賤しむべきことのように彼には思われた。彼のうちにあるすべては揺り動かされた、家の者らにたいする尊敬も、彼らから鼓吹された宗教上の敬畏の念も、人生にたいする信頼の念も、他人を愛しまた他人から愛せられようという純朴な欲求も、盲目的ではあるが絶対的である道徳上の信念も。それは全部の倒壊であった。身を護る手段もなく、身をのがれる術もなく、獰猛な力のためにおしつぶされた。彼は息がつまった。もう死ぬような気がした。絶望的な反抗のうちに全身を凝り固めた。壁に向かって拳固や足や頭でぶつかってゆき、わめきたて、痙攣に襲われ、家具に突き当って怪我しながら下に倒れてしまった。
両親は駆けつけて来て、彼を腕に抱きとった。そしてこんどは、われ先にと彼にやさしくしてくれた。母は彼に着物をぬがせ、寝床に連れてゆき、その枕頭にすわって、彼がいくらか落着くまでそばについていた。しかし彼は少しも心を和らげず、何一つ勘弁してやらず、彼女を抱擁すまいとして眠ったふりをした。母は悪者であり卑怯者であるように思われた。そして、生きるために、また彼を生きさせるために、彼女がどんなに苦しんでいるか、彼と反対の側に立って彼女がどんなに心を痛めたか、それを彼は夢にも知らなかった。
幼い眼の中に蓄えられてる驚くべき涙の量を、最後の一滴まで流しつくした後に、彼は少し気分がやわらいだ。彼は疲れていた。しかし神経があまり緊張していてよく眠れなかった。半ばうとうとしていると、先刻の種々な面影が浮かび出てきた。とくによく見えてきたのは、あの女の子であって、その輝いてる眼、人を軽んずるようにぴんとはね上がってる小さな鼻、肩に垂れてる髪の毛、露わな脛、子供らしいまた勿体ぶった言葉つき、などまではっきり浮かんできた。彼はその声がまた聞えるような気がして身を震わした。彼女にたいしてどんなに自分が馬鹿げていたかを思い起こした。そして荒々しい憎悪を感じた。辱しめられたことが許せなかった。そしてこんどは向うを辱しめてやろうと、彼女を泣かしてやろうと、たまらない願望に駆られた。彼はその方法を種々考えたが、一つも思いつかなかった。彼女がいつか自分に注意を向けようとは、どこから見ても考えられなかった。しかし心を安めるために、彼は万事が願いどおりになるものと仮定した。で彼は、自分がたいへん強いりっぱな者になったこととし、同時に、彼女が自分に恋をしてるときめた。そして彼は例の荒唐無稽な話を一つみずから語り始めた。彼はついにそういう話を、現実よりももっと実際なことのように考えてるのだった。
彼女は恋々の情にたまらなくなっていた。しかし彼は彼女を軽蔑していた。彼がその家の前を通ると、彼女は窓掛の後ろに隠れて彼が通るのを眺めた。彼は見られてることを知っていたが、それを気にも止めないふりをして、快活に口をきいていた。それからまた彼女の悶えを増させるために、彼は故国を去って遠くへ旅した。彼は大きな手柄をたてた。――このところで彼は、祖父の武勇譚から取って来たいくつかの条を自分の話に織り込んだ。――彼女はその間に、悶々のあまりに病気になった。彼女の母親が、あの傲慢な夫人が、彼のところへ来て懇願した。「私のかわいそうな娘は死にかかっています。お願いですから、来てください!」彼は行ってやった。彼女は寝ついていた。顔は蒼ざめて肉が落ちていた。彼女は彼に両腕を差出した。口をきくことはできなかったが、彼の手をとって、涙を流しながらそれに接吻した。すると彼は、いかにもりっぱな親切とやさしさとを籠めて彼女を眺めてやった。病気は癒ると言いきかして、愛せられることを承諾してやった。そこまで話が進んでくると、その面白さを長引かし、その態度や言葉を幾度もくり返しながら、みずから楽しんでいるうちに、眠気がさして来た。そして彼は慰安を得て眠りに入った。
彼がふたたび眼を開いた時は、すっかり夜が明け放たれていた。そしてその日の光はもはや、前日の朝のように気楽に輝いてはいなかった。世の中の何かが変化していた。クリストフは不正というものを知っていた。
家ではひどく生活に困窮することが時々あった。それがしだいに頻繁になってきた。そういう日はたいへん粗末な食事だった。クリストフほどそれによく気づく者はだれもなかった。父には何も分らなかった。彼は最初に食物皿から自分の分を取ったし、いつも十分に取っていた。彼は騒々しく話したて、自分の言葉にみずから大笑いをした。そして彼が食物を取ってる間、彼の様子を見守りながら強いて笑顔を見せてる妻の眼付も、彼の眼には止まらなかった。食物皿は、彼が次に回す時には、もう半ば空になっていた。ルイザは小さな子供たちに食物をよそってやった、一人に馬鈴薯二つずつを。クリストフの番になると、その三つしか皿には残っていないことがしばしばで、しかも母はまだ取っていなかった。彼はそれを前もって知っていた。自分に回ってくる前に馬鈴薯を数えておいた。そこで彼は勇気を出して、何気ない様子で言った。
「一つでたくさんだよ、お母さん。」
彼女は少し気をもんでいた。
「二つになさい、皆と同じに。」
「いいえ、ほんとに一つでいいよ。」
「お腹がすいていないのかい。」
「ええ、あんまりすいてはいない。」
しかし彼女もまた一つきり取らなかった。そして彼らは丁寧に皮をむき、ごく小さく切り、できるだけゆっくり食べようとした。母は彼の方を窺っていた。彼が食べてしまうと言った。
「さあ、それをお取りよ!」
「いいよ、お母さん。」
「では加減でも悪いの?」
「悪かない。でもたくさん食べたよ。」
父はよく彼の気むずかしいのを叱って、残りの馬鈴薯を自分で取ってしまった。しかしクリストフはもうその手に乗らなかった。彼はそれを自分の皿に入れて、弟のエルンストのために取っておいた。エルンストはいつも貪欲で、食事の初めからその馬鈴薯を横目で窺い、しまいにはねだり出した。
「食べないの? そんなら僕におくれよ、ねえ、クリストフ。」
ああいかほどクリストフは、父を憎く思ったことか! 父が自分たちにたいして少しの思いやりもなく、自分たちの分まで食べて知らないでいるのを、いかほど恨めしく思ったことか! 彼は非常に腹が空いていたので、父を憎んだし、そう口に出して言ってやりたいほどだった。しかし彼は高慢にも、みずから自活しないうちはその権利をもたないと考えていた。父が奪い取ったそのパンも、父が稼ぎ出したものだった。彼自身はなんの役にもたっていなかった。彼は皆にとっては厄介者だった。口をきく権利はなかった。やがては彼も口をきけるだろう――もしそれまで生きてたら。しかしああ、それ以前にはたとい空腹で死んでも……。
彼は他の子供よりもいっそう強く、そういう残酷な節食に苦しんでいた。彼の強健な胃袋は拷問にかけられたがようだった。時とすると、そのために身体が震え、頭が痛んできた。胸に穴があいて、それがぐるぐる回り、錐をもみ込むように大きくなっていった。しかし彼は我慢した。母から見られてるのを感じて、平気なふうを装った。ルイザは、その小さな子が他の者に多く食べさせるために、みずから食を節してることに、おぼろげながら気がついて心を痛めた。彼女はその考えをしりぞけたが、しかしいつもまたそこに心がもどってきた。彼女はそれを明らかにすることをなしかねた、ほんとうかどうかとクリスフトに尋ねかねた。なぜなら、もしほんとうにそうだったら、どうしていいか分らなかったから。彼女自身も子供のおりから、食物の欠乏には慣れていた。別に仕方もない場合には、愚痴をこぼしたとてなんになろう。実際のところ彼女は、自分の弱い体質や小食から推して、子供が自分より多く苦しんでるに違いないとは、夢にも思いつかなかった。彼女は彼になんとも言わなかった。しかし一、二度、他の子供たちは往来に、メルキオルは用向に、皆出ていってしまった時、そこに残っていてくれと彼女は長男に頼んで、ちょっと用を手伝わしたことがあった。クリストフは糸の玉を持ち、彼女はその糸を巻いていた。すると突然、彼女は何もかも投げ出して、夢中に彼を引き寄せた。彼はもうたいへん重くなっていたけれど、彼女は彼を膝にのせて、抱きしめた。彼は彼女の首に強く抱きついた。そして彼らは、絶望に陥ったがようにたがいに抱擁しながら、二人とも涙を流した。
「かわいそうに!……」
「お母さん、ああお母さん!……」
彼らはそれ以上何も言わなかった。しかしたがいに了解し合っていた。
クリストフはかなり長い間、父が酒飲みであることに気付かなかった。メルキオルの放縦は、少なくとも初めのうちはある限度を越えなかった。それは決してひどいものではなかった。むしろ非常な上機嫌の発作となって現われていた。彼はテーブルをたたきながら、いく時間もつづけて、愚にもつかぬことを述べたてたり、大声で歌ったりした。時とすると、ルイザや子供たちといっしょにどうしても踊るといってきかなかった。クリストフは母が悲しい様子をしてるのをよく見てとった。彼女はわきに引込んで、俯向いて仕事をしていた。酔っ払いを見まいとしていた。そして顔が赤くなるほど露骨な戯談を言いかけられると、それを黙らせようとして穏かに努めた。しかしクリストフにはその理由が分らなかった。彼は陽気なことを非常に望んでいたので、父がもどってきて騒ぎたてるのを楽しみとしていた。家の中は陰気だった。そしてそんな馬鹿騒ぎは彼にとって一種の気安めだった。メルキオルのおどけた身振りや馬鹿げた戯れを、彼は心から笑い興じた。いっしょに歌ったり踊ったりした。母が不機嫌な声でそれを止めさせるのは、不都合なことだと思っていた。父がすることだから、どうして悪いことがあろう? 彼の小さな観察力は常に覚めていて、見たことは何一つ忘れなかったので、正理にたいする彼の幼い一徹な本能に合致しない多くのものを、父の行ないのうちに認めてはいたけれども、なお彼はやはり父を賛美していた。それは子供のうちにある強い欲求である。確かに永遠の自愛の一つの形であろう。人はおのれの欲望を実現しおのれの高慢心を満足させるにはあまり自分が弱いことを認める時、それらのものを他に移しすえる、子供はその両親の上に、人生に敗れた大人はその子供らの上に。かく希望をかけられた人々は、夢想されたとおりの者となっており、あるいは夢想されたとおりの者となるであろう、その選手と、その復讐者と、なっておりあるいはなるであろう。そして、おのれのためにするかかる傲慢な隠退のうちには、愛と利己心とが驚くばかりの力とやさしみとをもって相混和している。でクリストフも、父にたいするあらゆる不満をうち忘れて、父を賛美する理由を見出そうと努めていた。そして父の身体つき、その頑丈な腕、その声、その笑い、その快活、などを彼は賛美した。父の妙技が賛められるのを聞く時、あるいはメルキオル自身で人から受けた賛辞を誇張して述べたてる時、彼は得意の情に顔を輝かした。彼は父のおおげさな自慢話をほんとうだと信じた。そして天才として、祖父から聞いた英雄の一人として、父を眺めていた。
ところがある晩、七時ごろ、彼は一人で家に残っていた。弟たちはジャン・ミシェルと散歩に出ていた。ルイザは河でシャツを洗っていた。扉が開いてメルキオルが突然はいってきた。帽子もかぶらず、胸ははだけていた。一種の跳踊をやってはいって来て、テーブルの前の椅子にどっかと腰を落とした。クリストフはまた例の茶番だと思って笑い出した。そしてそばに寄っていった。しかし近寄って眺めてみると、もう笑う気も起こらなかった。メルキオルは腰掛けたまま、両腕をだらりと垂れ、眼を瞬きながら茫然と前方を見つめていた。顔は真赤であった。口は開いていた。時々馬鹿げた喉声が口から洩れていた。クリストフはびっくりした。初めは父がふざけてるのだと思った。しかしじっと身動きもしないでいるのを見ると、急に恐しくなった。
「お父さん、お父さん!」と彼は叫んだ。
Melchior continuait à glousser comme une poule. Christophe lui saisit le bras avec désespoir, et le secoua de toutes ses forces:
—Papa, cher papa, réponds-moi! Je t'en supplie!
Le corps de Melchior vacilla comme une chose molle, faillit tomber; sa tête s'inclina vers celle de Christophe; il le regarda, en gargouillant des syllabes incohérentes et irritées. Quand les yeux de Christophe rencontrèrent ces yeux troubles, une terreur folle s'empara de lui. Il se sauva au fond de la chambre, se jeta à genoux devant le lit, et enfouit sa figure dans les draps. Ils restèrent longtemps ainsi. Melchior se balançait lourdement sur sa chaise, en ricanant. Christophe se bouchait les oreilles, pour ne pas entendre, et il tremblait. Ce qui se passait en lui était inexprimable: c'était un bouleversement affreux, un effroi, une douleur, comme si quelqu'un était mort, quelqu'un de cher et de vénéré.
Personne ne rentrait, ils restaient seuls tous deux; la nuit tombait, et la peur de Christophe augmentait de minute en minute. Il ne pouvait s'empêcher d'écouter, et son sang se glaçait, en entendant cette voix qu'il ne reconnaissait plus; l'horloge boiteuse marquait la mesure de ce jacassement insensé. Il n'y tint plus, il voulut fuir. Mais pour sortir, il fallait passer devant son père; et Christophe frémissait, à l'idée de revoir ses yeux: il lui semblait qu'il en mourrait. Il tâcha de se glisser sur les mains et les genoux jusqu'à la porte de la chambre. Il ne respirait pas, il ne regardait pas, il s'arrêtait au moindre mouvement de Melchior, dont il voyait les pieds sous la table. Une jambe de l'ivrogne tremblait. Christophe parvint à la porte; d'une main maladroite, il appuya sur la poignée; mais, dans son trouble, il la lâcha: elle se referma brusquement. Melchior se retourna pour voir; la chaise sur laquelle il se balançait perdit l'équilibre: il s'écroula avec fracas. Christophe épouvanté n'eut pas la force de fuir. Il resta collé au mur, regardant son père allongé à ses pieds; et il criait au secours.
La chute dégrisa un peu Melchior. Après avoir juré, sacré, bourré de coups de poing la chaise qui lui avait joué ce tour, après avoir vainement tenté de se relever, il s'affermit sur son séant, le dos appuyé à la table; et il reconnut le pays environnant. Il vit Christophe qui pleurait: il l'appela. Christophe voulait se sauver; il ne pouvait bouger. Melchior l'appela de nouveau; et comme l'enfant ne venait pas, il jura de colère. Christophe s'approcha, en tremblant de tous ses membres. Melchior l'attira vers lui, et l'assit sur ses genoux. Il commença par lui tirer les oreilles, en lui faisant, d'une langue pâteuse et bredouillante, un sermon sur le respect que l'enfant doit à son père. Puis, il changea brusquement d'idée, et le fit sauter dans ses bras en débitant des inepties: il se tordait de rire. De là, sans transition, il passa à des idées tristes; il s'apitoya sur le petit et sur lui-même; il le serrait à l'étrangler, le couvrait de baisers et de larmes; et finalement, il le berça, en entonnant le De Profundis. Christophe ne faisait aucun mouvement pour se dégager; il était glacé d'horreur. Étouffé contre la poitrine de son père, sentant sur sa figure l'haleine chargée de vin et les hoquets de l'ivrogne, mouillé par ses baisers et ses pleurs répugnants, il agonisait de dégoût et de peur. Il eût voulu crier, et nul cri ne pouvait sortir de sa bouche. Il resta dans cet état affreux, un siècle, à ce qu'il lui parut,—jusqu'à ce que la porte s'ouvrît et que Louisa entrât, un panier de linge à la main. Elle poussa un cri, laissa tomber le panier, se précipita vers Christophe, et avec une violence que nul ne lui aurait crue, elle l'arracha des bras de Melchior:
—Ah! misérable ivrogne! cria-t-elle.
Ses veux flambaient de colère.
Christophe crut que son père allait la tuer. Mais Melchior fut si saisi par l'apparition menaçante de sa femme qu'il ne répliqua rien et se mit à pleurer. Il se roula par terre; et il se frappait la tête contre les meubles, en disant qu'elle avait raison, qu'il était un ivrogne, qu'il faisait le malheur des siens, qu'il ruinait ses pauvres enfants, et qu'il voulait mourir. Louisa lui avait tourné le dos avec mépris; elle emportait Christophe dans la chambre voisine, elle le caressait, elle cherchait à le rassurer. Le petit continuait de trembler, et il ne répondait pas aux questions de sa mère; puis il éclata en sanglots. Louisa lui baigna la figure avec de l'eau; elle l'embrassait, elle lui parlait tendrement, elle pleurait avec lui. Enfin, ils s'apaisèrent tous deux. Elle s'agenouilla, le mit à genoux auprès d'elle. Ils prièrent pour que le bon Dieu guérît le père de sa dégoûtante habitude, et que Melchior redevînt bon comme autrefois. Louisa coucha l'enfant. Il voulut qu'elle restât près de son lit, à lui tenir la main. Louisa passa une partie de la nuit, assise au chevet de Christophe qui avait la fièvre. L'ivrogne ronflait sur le carreau.
À quelque temps de là, à l'école, où Christophe passait son temps à regarder les mouches au plafond et à donner des coups de poing à ses voisins, pour les faire tomber du banc, le maître qui l'avait pris en grippe, parce qu'il se remuait toujours, parce qu'on l'entendait toujours rire, et parce qu'il n'apprenait jamais rien, fit une allusion inconvenante, un jour que Christophe s'était lui-même laissé choir, à certain personnage bien connu dont il semblait vouloir suivre brillamment les traces. Tous les enfants éclatèrent de rire; et certains se chargèrent de préciser l'allusion, en des commentaires aussi clairs qu'énergiques. Christophe se releva, rouge de honte, saisit son encrier, et le lança à toute volée à la tête du premier qu'il vit rire. Le maître tomba sur lui à coups de poing; il fut fustigé, mis à genoux, et condamné—à un pensum énorme.
Il rentra chez lui, blême, rageant en silence; et il déclara froidement qu'il n'irait plus à l'école. On ne fit pas attention à ses paroles. Le lendemain matin, quand sa mère lui rappela qu'il était l'heure de partir, il répondit avec tranquillité qu'il avait dit qu'il n'irait plus. Louisa eut beau prier, crier, menacer: rien n'y fit. Il restait assis dans son coin, le front obstiné. Melchior le roua de coups: il hurla; mais à toutes les sommations qu'on lui faisait après chaque correction, il répondait plus rageusement: «Non!» On lui demanda au moins de dire pourquoi: il serra les dents et ne voulut rien dire. Melchior l'empoigna, le porta à l'école, et le remit au maître. Revenu à son banc, il commença par casser méthodiquement tout ce qui se trouvait à sa portée: son encrier, sa plume; il déchira son cahier et son livre,—le tout d'une façon bien visible, en regardant le maître d'un air provocant. On l'enferma au cabinet noir.—Quelques instants après, le maître le trouva, son mouchoir noué autour du cou, tirant de toutes ses forces sur les deux coins: il tâchait de s'étrangler.
Il fallut le renvoyer.
Christophe était dur au mal. Il tenait de son père et de son grand-père leur robuste constitution. On n'était pas douillet dans la famille: malade ou non, on ne se plaignait jamais, et rien n'était capable de changer quelque chose aux habitudes des deux Krafft, père et fils. Ils sortaient, quelque temps qu'il fît, été comme hiver, restaient pendant des heures sous la pluie ou le soleil, quelquefois tête nue et les vêtements ouverts, par négligence ou par bravade, faisaient des lieues sans jamais être las, et regardaient avec une pitié méprisante la pauvre Louisa, qui ne disait rien, mais qui était forcée de s'arrêter, toute blanche, les jambes gonflées, et le cœur battant à se briser. Christophe n'était pas loin de partager leur dédain pour sa mère: il ne comprenait pas qu'on fût malade; quand il tombait, ou se frappait, ou se coupait, ou se brûlait, il ne pleurait pas; mais il était irrité contre l'objet ennemi. Les brutalités de son père et de ses petits compagnons, les polissons des rues, avec qui il se battait, le trempèrent solidement. Il ne craignait pas les coups; et il revint plus d'une fois au logis, avec le nez saignant et des bosses au front. Un jour, il fallut le dégager, presque étouffé, d'une de ces mêlées furieuses, où il avait roulé sous son adversaire, qui lui cognait avec férocité la tête sur le pavé. Il trouvait cela naturel, étant prêt à faire aux autres ce qu'on lui faisait à lui-même.
Cependant, il avait peur d'une infinité de choses; et, bien qu'on n'en sût rien,—car il était très orgueilleux,—rien ne le fit tant souffrir que ces terreurs continuelles, durant une partie de son enfance. Pendant deux ou trois ans surtout, elles sévirent en lui, comme une maladie.
Il avait peur du mystérieux qui s'abrite dans l'ombre, des puissances mauvaises qui semblent guetter la vie, du grouillement de monstres, que tout cerveau d'enfant porte en lui avec épouvante et mêle à tout ce qu'il voit: derniers restes sans doute d'une faune disparue, des hallucinations des premiers jours près du néant, du sommeil redoutable dans le ventre de la mère, de l'éveil de la larve au fond de la matière.
Il avait peur de la porte du grenier. Elle donnait sur l'escalier, et était presque toujours entrebâillée. Quand il devait passer devant, il sentait son cœur battre; il prenait son élan, et sautait sans regarder. Il lui semblait qu'il y avait quelqu'un ou quelque chose derrière. Les jours où elle était fermée, il entendait distinctement par la chatière entr'ouverte remuer, derrière la porte. Ce n'était pas étonnant, car il y avait de gros rats; mais il imaginait un être monstrueux, des os déchiquetés, des chairs comme des haillons, une tête de cheval, des yeux qui font mourir, des formes incohérentes; il ne voulait pas y penser et y pensait malgré lui. Il s'assurait d'une main tremblante que le loquet était bien mis: ce qui ne l'empêchait pas de se retourner dix fois, en descendant les marches.
Il avait peur de la nuit, au dehors. Il lui arrivait de s'arrêter chez le grand-père, ou d'y être envoyé le soir, pour quelque commission. Le vieux Krafft habitait un peu en dehors de la ville, la dernière maison sur la route de Cologne. Entre cette maison et les premières fenêtres éclairées de la ville, il y avait deux ou trois cents pas, qui paraissaient bien le triple à Christophe. Pendant quelques instants, le chemin faisait un coude, où l'on ne voyait rien. La campagne était déserte, au crépuscule; la terre devenait noire, et le ciel d'une pâleur effrayante. Lorsqu'on sortait des buissons qui entouraient la route, et qu'on grimpait sur le talus, on distinguait encore une lueur jaunâtre au bord de l'horizon; mais cette lueur n'éclairait pas, et elle était plus oppressante que la nuit; elle faisait l'obscurité plus sombre autour d'elle: c'était une lumière de glas. Les nuages descendaient presque au ras du sol. Les buissons devenaient énormes et bougeaient. Les arbres squelettes ressemblaient à des vieillards grotesques. Les bornes du chemin avaient des reflets de linges livides. L'ombre remuait. Il y avait des nains assis dans les fossés, des lumières dans l'herbe, des vols effrayants dans l'air, des cris stridents d'insectes, qui sortaient on ne sait d'où. Christophe était toujours dans l'attente angoissée de quelque excentricité sinistre de la nature. Il courait, et son cœur sautait dans sa poitrine.
Quand il voyait la lumière dans la chambre de grand-père, il se rassurait. Mais le pire était que souvent le vieux Krafft n'était pas rentré. Alors c'était plus effrayant encore. Cette vieille maison, perdue dans la campagne, intimidait l'enfant, même en plein jour. Il oubliait ses craintes, quand le grand-père était là; mais quelquefois, le vieux le laissait seul et sortait sans le prévenir. Christophe n'y avait pas pris garde. La chambre était paisible. Tous les objets étaient familiers et bienveillants. Il y avait un grand lit de bois blanc; au chevet du lit, une grosse Bible sur une planchette, des fleurs artificielles sur la cheminée, avec les photographies des deux femmes et des onze enfants,—le vieux avait écrit au bas de chacune d'elles, la date de la naissance et celle de la mort.—Aux murs, des versets encadrés, et de mauvaises chromos de Mozart et de Beethoven. Un petit piano dans un coin, un violoncelle dans l'autre; des rayons de livres pêle-mêle, des pipes accrochées, et, sur la fenêtre, des pots de géraniums. On était comme entouré d'amis. Les pas du vieux allaient et venaient dans la chambre à côté; on l'entendait raboter ou clouer; il se parlait tout seul, s'appelait imbécile, ou chantait de sa grosse voix, faisant un pot-pourri de bribes de chorals, de lieder sentimentaux, de marches belliqueuses et de chansons à boire. On se sentait à l'abri. Christophe était assis dans le grand fauteuil, près de la fenêtre, un livre sur les genoux; penché sur les images, il s'absorbait en elles; le jour baissait; ses yeux devenaient troubles; il finissait par ne plus regarder, et tombait dans une songerie vague. La roue d'un chariot grondait au loin sur la route. Une vache mugissait dans les champs. Les cloches de la ville, lasses et endormies, sonnaient l'angélus du soir. Des désirs incertains, d'obscurs pressentiments s'éveillaient dans le cœur de l'enfant qui rêvait.
メルキオルはなお牝鶏のように喉を鳴らしていた。クリストフは自棄に彼の腕をとらえ、力の限り揺った。
「お父さん、ねえお父さん、返辞をして! どうぞ。」
メルキオルの身体は、柔い物体のようにゆらゆらして、危く倒れかかった。頭はクリストフの頭の方へ傾いた。そして支離滅裂な腹だちまぎれの声をやたらにたてながら、クリストフを見つめた。その昏迷した眼に自分の眼を見合せると、クリストフは物狂おしい恐怖にとらえられた。彼は室の奥に逃げ出し、寝台の前に膝を折って、夜具の中に顔を埋めた。二人は長い間そのままでいた。メルキオルは嘲笑いながら、椅子の上に重々しく身を揺っていた。クリストフはそれを聞くまいとして耳をふさいで、震えていた。心のうちには名状しがたい感情が乱れた。あたかもだれかが死んだかのように、尊敬してる大事なだれかが死んだかのように、恐しい混乱、恐怖、苦悶、であった。
だれも帰って来なかった。二人きりであった。夜になっていた。クリストフの恐怖は一刻ごとに増していった。彼は耳を傾けざるをえなかったが、もう父の声とも覚えないその声を聞くと、全身の血が凍るかと思われた。一高一低の掛時計の音が、父の狂気じみた饒舌の調子をとっていた。彼はもうたまらなくなって、逃げ出そうとした。しかし出て行くには、父の前を通らなければならなかった。あの眼付をまた見るかと思うだけでも、クリストフは震え上がった。見ただけで死ぬかも知れないような気がした。彼は四つ這いになって、室の扉のところまで忍んで行こうとした。息もつかず、あたりに目もくれず、メルキオルがちょっとでも動くと止まった。酔っ払いの両足がテーブルの下に見えていた。その片足は震えていた。クリストフは扉のところまでたどりついた。無器用な片手でそのハンドルにすがりついた。しかし狼狽のあまりまたそれを放した。ハンドルはがたりと締まった。メルキオルは見ようとしてふり向いた。すると彼がのっかって身を揺っていた椅子は平均を失った。彼は大きな音をたてて下に転がった。クリストフはおびえてしまって、逃げ出す力もなかった。彼は壁にしがみついて、足下に長々と横たわってる父を眺めた。そして助けを呼んだ。
メルキオルは転げ落ちたので少し酔がさめた。そしてその悪戯を働いた椅子を、ののしったり、侮辱したり、拳固で殴りつけたりした後、いたずらに起き上がろうとつとめた後、ついにテーブルに背中でよりかかって上半身をすえた。そしてあたりの様子が眼にはいった。彼は泣いてるクリストフを見た。そして彼を呼んだ。クリストフは逃げたかったが、身動きもできなかった。メルキオルはまた呼んだ。それでも子供がやって来ないので、怒ってののしった。クリストフは手足を震わせながら近づいてきた。メルキオルはそれを自分の方へ引寄せて、膝の上にすわらせた。そしてまず子供の耳を引張りながら、呂律の回らぬ早口で、子供が父にたいしていだくべき尊敬について説教を始めた。それから彼は突然気を変えて、子供を抱き上げながら訳の分らないことをしゃべり出して、笑いこけた。がふいに鬱ぎ込んでしまった。子供や自分自身の身の上を悲しんだ。子供を喉がつまるほど抱きしめ、やたらに接吻し、涙をそそいだ。そしてしまいには、子供を揺ぶりながら、深き淵よりを歌い出した。クリストフはのがれるための身動きもしなかった。彼は恐怖のあまり氷のようになった。父の胸に息づまるほど抱きしめられ、酒臭い息や泥酔の
気を顔に感じ、気味悪い涙や接吻に濡らされて、嫌悪と恐怖とに悶えていた。声をたてたいとも思ったが、どんな叫び声も口から出なかった。そういう恐ろしい状態のうちに彼はじっとしていた、一世紀ほども長く思われた間――とついに扉が開いて、手に洗濯物の籠を持ったルイザがはいって来た。彼女は一声叫んで、籠を取り落し、クリストフの方へ駆けつけ、思いも寄らないほど荒々しく、メルキオルの腕から彼をもぎ取った。
「ああ、この惨めな酔っ払い!」と彼女は叫んだ。
彼女の眼は憤怒の念に燃えていた。
クリストフは父が彼女を殺しはすまいかと思った。しかしメルキオルは、妻の恐ろしい姿が突然現われたのにひどく驚いて、別に返答もしないで泣き出した。彼は床の上に転げ回った。そして家具に頭をぶっつけながら言った、彼女の方が道理だ、自分は酔っ払いだ、家族の者たちの不幸の種とばかりなっている、可憐な子供たちを台無しにしている、いっそ死んでしまいたいと。ルイザは軽蔑して彼に背を向けていた。彼女はクリストフを隣りの室に連れていって、やさしくいたわり、気を落付けさせようとした。子供はなお震えてばかりいた。母から種々尋ねられても返辞をしなかった。それからにわかにすすり泣きを始めた。ルイザは水で顔を洗ってやり、腕に抱きしめ、やさしく言葉をかけ、自分もいっしょに涙を流した。やがて彼らは二人とも心が静まった。彼女はひざまずき、彼をも自分のそばにひざまずかした。彼らは祈った、神様が父の厭な癖を癒してくださるようにと、メルキオルがふたたび昔のようによい人になるようにと。ルイザは子供を寝かした。子供は彼女に、寝床のそばについていて手を握っていてもらいたがった。ルイザはその晩長い間、クリストフの枕頭にすわっていた。クリストフは熱を出していた。酔漢は床の上にねそべって鼾をかいていた。
それからしばらく後のことだった。クリストフは学校で、天井の蝿を眺めたり、隣りの生徒を拳固でつっついて腰掛から転がしたりして、その時間を過していたので、いつも身体を動かし、いつも笑い声を出し、決して何一つ覚えなかったから、教師から反感をもたれていたのだが、ある日、クリストフ自身腰掛から転げ落ちた時、教師はかなり不穏当な当て擦りをして、彼はきっとある名高い人物の範に習おうとしてるのだろうと言った。生徒らは皆一度に放笑した。ある者はその当て擦りの本体を明らかにしようとして、明らさまなまたひどい註釈をつけ加えた。クリストフは恥ずかしさのあまり真赤になって立上がり、インキ壺をひっつかみ、笑ってるのが眼についた第一の生徒の頭へ、勢い込めて投げつけた。教師は彼に飛びかかって拳固を食わした。彼は鞭打たれ、ひざまずかせられ、重い罰課に処せられた。
彼は蒼ざめて、腹だちまぎれにむっつりしながら、家に帰って来た。もう学校へは行かないと、冷然と言い放った。だれもその言葉を気に止めなかった。翌朝、出かける時間だと母から注意されると、もう行かないと言っておいたんだと、落着き払って彼は答えた。ルイザがいくら頼んだり怒鳴ったりおどかしたりしても駄目だった。どんなにしても甲斐がなかった。彼は強情な顔をして、片隅にじっとすわっていた。メルキオルは彼を殴りつけた。彼はわめき声をたてた。しかし懲戒のたびごとにいくら促されても、彼はますます猛りたって「行かない!」と答えるきりだった。理由だけなりとも言うようにと尋ねられても、彼は歯をくいしばって一言もいおうとしなかった。メルキオルは彼をひっつかんで、学校へ連れて行き、教師に引渡した。席につくと彼は、まず手の届くところにある物を皆片っぱしから壊し始めた。インキ壺やペンを壊し、帳面や書物を引裂いた――すべてを、挑戦的な様子で教師を眺めながらおおっぴらでやってのけた。彼は真暗な室に押込まれた。――しばらくたって、教師が覗いてみると、彼はハンケチを首に巻きつけて、その両端を力任せに引っ張っていた。みずから首を絞めようとしていたのである。
彼を家にもどすよりほか仕方がなかった。
クリストフは容易に病に侵されなかった。父や祖父から頑健な体格を受け継いでいた。一家の者は弱虫でなかった。病気であろうとあるまいと、決して愚痴を言わなかった。どんなことがあっても、クラフト父子二人の習慣は少しも変わらなかった。いかなる天気であろうと、夏冬のかまいなしに、外へ出かけ、時とすると、不注意のせいかあるいは豪放を気取ってか分らないが、帽子もかぶらず胸をはだけて、いく時間も雨や日の光にさらされ、あるいはまたいくら歩いても決して疲れる様子がなかった。そういう時あわれなルイザは、何も訴えなかったが、顔の色を失い、脚はふくらみ、胸は張り裂けるほど動悸がして、もう歩けなくなった。彼らはその様子を、憐れむような軽蔑の眼付で眺めた。クリストフも母親にたいする彼らの軽侮の念に多少感染していた。彼は病気になるということを理解できなかった。彼は倒れても、物にぶっつかっても、怪我をしても、火傷をしても、泣いたことがなかった。ただ自分を害する事物にたいして奮激した。父の乱暴な行ない、いつも彼が殴り合いをする街頭の悪童仲間の乱暴な行ない、それが彼に強く沁み込んでいた。彼は殴られることを恐れなかった。鼻血を出し額に瘤をこしらえてもどって来ることもしばしばだった。ある日などは、いつもの激しい喧嘩の中から、ほとんど気絶しかかってる彼を引き出してやらなければならなかった。彼は相手に組み敷かれて、舗石の上にひどく頭を打ちつけられていた。それくらいのことはあたりまえのことだと彼は思っていた、自分がされるとおりにまた他人にも仕返しをしてやるつもりだったから。
けれども彼は、数多の事物を恐がっていた。そしてだれにも気づかれなかったが――なぜならきわめて傲慢だったから――しかし彼は少年時代のある期間中、それらのたえざる恐怖から最も苦しめられた。とくに二、三年の間は、それが一つの病気のように彼の内部をさいなんだ。
彼は影のうちに潜んでる神秘を恐れた、生命に狙い寄ってるように思われる邪悪な力を、怪物らのうごめきを。それらの怪物を幼い頭脳は、恐怖に震えながら自分のうちに描き出し、眼に見るすべてのものと混同するのである。消え失せた獣類、虚無に近い最初の日の幻覚、母胎の中における恐ろしい眠り、物質の奥底にある妖鬼の目覚め、そういうものの最後の名残りに違いない。
彼は屋根裏の室の扉を恐れた。それは階段の真上にあって、いつもたいてい半開きになっていた。その前を通らなければならない時には、胸の動悸を彼は感じた。元気をつけながら見向きもしないで駆け通った。扉の後ろには、だれかがまたは何かがいるような気がした。扉が閉まってる時には、半開きの猫穴から、向うで何か動いてるのがはっきり聞こえた。そこには大きな鼠がいたので別に驚くにもあたらないことではあったが、それでも彼は種々なものを想像した、恐ろしい怪物、ばらばらになった骨、襤褸のような肉、馬の頭、人をにらめ殺すような眼、えたいの知れない物の形。彼はそんなもののことを考えたくなかったが、それでもやはり考えた。震える手先で、掛金がちゃんとささってるのを確めた。それでもなお、階段を降りゆきながら、十遍以上も振り向かざるをえなかった。
彼は戸外の夜を恐れた。祖父の家に止まっていたり、あるいは何かの用事で夕方そこに使にやらされたりすることがあった。老クラフトの住んでる家は、少し町の外になっていて、ケルン街道の最後の家だった。その家と町はずれの明るい窓との間は、二、三百歩の距離だったが、クリストフにはその三倍もあるように思われた。道が曲がっていて、しばらく何にも見えないところがあった。夕暮のころ、田野は寂しかった。地面は黒くなり、空は気味悪い青白さになっていた。街道の両側にある藪から出て、土堤によじ登ると、まだ地平線のほとりに黄色い輝きが見えていた。しかしその輝きは少しも物を照らさないで、夜の闇よりもいっそう人の心をしめつけた。その輝きのために周囲の暗さがいっそう陰気になっていた。それは終焉の光だった。雲は地面とほとんどすれすれに降りていた。藪は大きくなってざわついていた。骸骨のような樹木は変な格好の老人に似ていた。道の標石は仄白い反映を返していた。影が動いていた。溝の中にはじっとすわってる一寸法師がおり、草の中には光があり、空中には恐ろしい羽音がし、虫の鋭い鳴声がどこからともなく聞えていた。自然界の何か異様な物凄いものが今にも現われて来はしないかと、クリストフはたえずびくびくしていた。彼は駆け出した。胸がひどく動悸していた。
祖父の室の中に燈火がついてるのを見ると、彼はほっと安心した。しかしいちばん悪いのは、老クラフトがしばしば不在であることだった。そういう時にはなおいっそう恐くなった。野の中に孤立してるその古い家は、真昼間でさえ子供をおびえさした。年老いた祖父がそこにいると、彼は恐ろしさを忘れてしまうのだったが、しかし時とすると、老人は彼を一人置きざりにして、何も言わずに出かけてしまうことがあった。クリストフはそれに気をつけていなかった。室の中は安らかだった。すべて見慣れたやさしい物ばかりだった。白木の大きな寝台があった。寝台の枕頭には、棚の上に大きな聖書があり、暖炉の上に造花があって、それといっしょに二人の妻と十一人の子供との写真が置いてあった――老人はその下の方にそれぞれ、出生と死亡との日付を書いておいた。――壁には、枠のはまった聖書の文句や、モーツァルトとベートーヴェンとの粗末な着色石版画が掛かっていた。片隅には小さなピアノがあり、他の隅にはチェロがある。書物がごたごた並べてある書棚、釘に掛かってるパイプ、そして窓の上には、ゼラニウムの鉢が置かれていた。そこにいると、友だちらに取囲まれてるような気がした。隣りの室には、老人の足音が往ったり来たりしていた。鉋で削ったり釘を打ったりする音が聞えていた。老人は独り言をいったり、馬鹿野郎と自分をけなしてみたり、あるいは賛美歌の断片や感傷的な歌曲や戦の行進曲や酒の唄などをごっちゃにないまぜて、太い声で歌っていた。隠れ場所にいるような気持が感ぜられた。クリストフは窓のそばに大きな肱掛椅子にすわって、膝の上に書物をひらいていた。插絵の上に身をかがめて、うっとりと見とれていた。日は傾いていった。眼がぼんやりしてきた。彼はしまいに插絵を見るのをやめて、茫然と考え込んでしまった。荷馬車の音が遠く街道の上に響いていた。野には牝牛が鳴いていた。眠りかけてるようなものうい町の鐘が、夕の御告の祷りの時刻を知らしていた。おぼろな願望が、かすかな予感が、夢想に沈んでる子供の心に目覚めてきた。
Brusquement, Christophe se réveillait, pris d'une sourde inquiétude. Il levait les yeux: la nuit. Il écoutait: le silence. Grand-père venait de sortir. Il avait un frisson. Il se penchait à la fenêtre, pour tâcher de le voir encore: la route était déserte; les choses commençaient à prendre un visage menaçant. Dieu! si elle allait venir?—Qui?... Il n'aurait su le dire. La chose d'épouvante... Les portes fermaient mal. L'escalier de bois craquait comme sous un pas. L'enfant bondissait, traînait le fauteuil, les deux chaises et la table au coin le plus abrité de la chambre; il en formait une barrière: le fauteuil, adossé au mur, une chaise à droite, une chaise à gauche, et la table par devant. Au milieu, il installait une double échelle; et, juché sur le sommet, avec son livre et quelques autres volumes, comme munitions en cas de siège, il respirait, ayant décidé, dans son imagination d'enfant, que l'ennemi ne pouvait en aucun cas traverser la barrière: ce n'était pas permis.
Mais l'ennemi surgissait parfois du livre même.—Parmi les vieux bouquins achetés au hasard par le grand-père, il y en avait avec des images, qui faisaient sur l'enfant une impression profonde: elles l'attiraient et l'effrayaient. C'étaient des visions fantastiques, des tentations de Saint-Antoine, où des squelettes d'oiseaux fientent dans des carafes, où des myriades d'œufs s'agitent comme des vers dans des grenouilles éventrées, où des têtes marchent sur des pattes, où des derrières jouent de la trompette, et où des ustensiles de ménage et des cadavres de bêtes s'avancent gravement, enveloppés de grands draps, avec des révérences de vieilles dames. Christophe en avait horreur, et toujours y revenait, ramené par son dégoût. Il les regardait longuement, et jetait de temps en temps un œil furtif autour de lui, pour voir ce qui remuait dans les plis des rideaux.—Une image d'écorché dans un ouvrage d'anatomie lui était plus odieuse encore. Il tremblait de tourner la page, quand il approchait de l'endroit du livre où elle se trouvait. Ces informes bariolages avaient une intensité prodigieuse pour lui. La puissance de création, inhérente au cerveau des enfants, suppléait aux pauvretés de la mise en scène. Il ne voyait pas de différence entre ces barbouillages et la réalité. La nuit, ils agissaient plus fortement sur ses rêves que les images vivantes aperçues dans le jour.
Il avait peur du sommeil. Pendant plusieurs années, les cauchemars empoisonnèrent son repos:—Il errait dans des caves, et il voyait entrer par le soupirail l'écorché grimaçant.—Il était dans une chambre, seul, et il entendait un frôlement de pas dans le corridor; il se jetait sur la porte pour la fermer, il avait juste le temps d'en saisir la poignée; mais on la tirait du dehors; il ne pouvait tourner la clef, il faiblissait, il appelait au secours. Et, de l'autre côté, il savait bien qui voulait entrer.—Il était au milieu des siens; et soudain, leur visage changeait; ils faisaient des choses folles.—Il lisait tranquillement; et il sentait qu'un être invisible était autour de lui. Il voulait fuir, il se sentait lié. Il voulait crier, il était bâillonné. Une étreinte répugnante lui serrait le cou. Il s'éveillait, suffoquant, claquant des dents; et il continuait de trembler, longtemps après s'être réveillé; il ne parvenait pas à chasser son angoisse.
La chambre où il dormait était un réduit sans fenêtres et sans porte; un vieux rideau, accroché par une tringle au-dessus de l'entrée, le séparait seulement de la chambre des parents. L'air épais l'étouffait. Ses frères, qui couchaient dans le même lit, lui donnaient des coups de pied. Il avait la tête brûlante, et il était en proie à une demi-hallucination, où se répercutaient tous les petits soucis du jour, indéfiniment grossis. Dans cet état d'extrême tension nerveuse, voisin du cauchemar, la moindre secousse lui était une souffrance. Le craquement du plancher lui causait un effroi. La respiration de son père s'enflait d'une façon fantastique; elle ne paraissait plus être un souffle humain; ce bruit monstrueux lui faisait horreur: il semblait que ce fût une bête qui était couchée là. La nuit l'écrasait, elle ne finirait jamais, ce serait toujours ainsi; il y avait des mois qu'il était là. Il haletait, il se soulevait à demi sur son lit, il s'asseyait, il essuyait du bras de sa chemise sa figure couverte de sueur. Parfois, il poussait son frère Rodolphe, pour le réveiller; mais l'autre grognait, tirait à lui le reste des couvertures, et se rendormait solidement.
Il restait ainsi dans l'angoisse de la fièvre, jusqu'à ce qu'une raie pâle parût sur le plancher, au bas du rideau. Cette blancheur timide de l'aube lointaine faisait soudain descendre en lui la paix. Il la sentait se glisser dans la chambre, alors que nul encore n'aurait pu la distinguer de l'ombre. Aussitôt sa fièvre tombait, son sang s'apaisait, comme un fleuve débordé qui rentre dans son lit; une chaleur égale coulait dans tout son corps, et ses yeux brûlés d'insomnie se fermaient.
Le soir, il voyait revenir l'heure du sommeil avec effroi. Il se promettait de n'y pas céder, de veiller toute la nuit, par terreur des cauchemars. Mais la fatigue finissait par l'emporter; et c'était toujours quand il s'y attendait le moins, que les monstres revenaient.
Nuit redoutable! Si douce à la plupart des enfants, si terrible à certains d'entre eux!... Il avait peur de dormir. Il avait peur de ne pas dormir. Sommeil ou veille, il était entouré par des images monstrueuses, les fantômes de son esprit, les larves qui flottent dans le demi-jour crépusculaire de l'enfance, comme dans le clair-obscur sinistre de la maladie.
Mais ces terreurs imaginaires devaient bientôt s'effacer devant la grande Épouvante, celle qui ronge tous les hommes, et que la sagesse s'évertue vainement à oublier ou à nier: la Mort.
Un jour, en furetant dans un placard, il mit la main sur des objets qu'il ne connaissait pas: une robe d'enfant, une toque rayée. Il les apporta triomphalement à sa mère, qui, au lieu de lui sourire, prit une mine fâchée et lui ordonna de les reporter où il les avait pris. Comme il tardait à obéir, en demandant pourquoi, elle les lui arracha des mains, sans répondre, et les serra sur un rayon où il ne pouvait atteindre. Très intrigué, il la pressa de questions. Elle finit par dire que c'était à un petit frère qui était mort, avant que lui-même vînt au monde. Il en fut atterré: jamais il n'avait entendu parler de cela. Il resta un moment silencieux, puis il tâcha d'en savoir plus. Sa mère semblait distraite; elle dit cependant qu'il se nommait Christophe comme lui, mais qu'il était plus sage. Il lui fit d'autres questions; mais elle n'aimait pas à répondre. Elle dit qu'il était au ciel, et qu'il priait pour eux tous. Christophe n'en put rien tirer de plus; elle lui ordonna de se taire et de la laisser travailler. Elle parut s'absorber en effet dans sa couture; elle avait l'air soucieuse et ne levait pas les yeux. Mais après quelque temps, elle le regarda dans le coin où il s'était retiré pour bouder, se remit à sourire, et lui dit doucement d'aller jouer dehors.
Ces bribes de conversation agitèrent profondément Christophe. Ainsi, il y avait eu un enfant, un petit garçon de sa mère, tout comme lui, qui avait le même nom, qui était presque pareil, et qui était mort!—Mort, il ne savait pas au juste ce que c'était; mais c'était quelque chose d'affreux.—Et jamais on ne parlait de cet autre Christophe; il était tout à fait oublié. Ce serait donc de même pour lui, s'il mourait à son tour?—Cette pensée le travaillait encore, le soir, quand il se trouva à table avec toute sa famille, et quand il les vit rire et parler de choses indifférentes. On pourrait donc être joyeux après qu'il serait mort! Oh! il n'aurait jamais cru que sa mère fût assez égoïste pour rire après la mort de son petit garçon! Il les détestait tous; il avait envie de pleurer sur lui-même, sur sa propre mort, d'avance. En même temps, il aurait voulu poser une foule de questions; mais il n'osait pas; il se souvenait du ton sur lequel sa mère lui avait imposé silence.—Enfin, il n'y tint plus; et comme il se couchait, il demanda à Louisa, qui venait l'embrasser:
—Maman, est-ce qu'il couchait dans mon lit?
突然クリストフは、なんとない不安にとらえられて我に返った。眼をあげると、夜。耳を澄ますと、静寂。祖父は出かけたのである。彼は身を震わした。祖父の姿を見ようとして窓から覗き出すと、街道はひっそりしていた。すべてのものが脅かすような様子になりだした。ああ、あいつがやって来でもしたら! だれが?……クリストフはだれであるかを知らなかった。ただ、恐ろしいものが……。方々の戸はよく閉まっていなかった。木の階段に、何かが上ってでも来るような音が軋った。子供は飛び上がった。肱掛椅子と二つの椅子とテーブルとを、室のいちばん奥の隅に引きずっていって、それで防柵をこしらえた。肱掛椅子を壁によせかけ、左右に椅子を一つずつ置き、前方にテーブルをすえた。中央に二重梯子を備えつけた。そしてその頂上に身をおちつけ、包囲された場合の弾薬としては、今までもってた書物と他のいく冊かの書物とを手にして、ほっと息をつきながら、幼い想像をめぐらして、敵はいかなる場合にもこの防柵を越えることはできないものと一人できめた。越えてはいけなかったのだから。
しかし時とすると、書物から敵が出て来ることさえあった。――祖父がでたらめに買い求めた古本の中には、子供に深い印象を与える插絵のついてるのがあった。それらの插絵は、子供を惹きつけるとともに恐れさした。奇怪な幻影の絵があり、聖アントアンヌの誘惑の絵があって、鳥の骸骨が水差の中に脱糞していたり、無数の卵が腹の裂けた蛙の中で虫のようにうごめいていた、頭が足で立って歩いていたり、尻がラッパを吹いていたり、あるいは世帯道具や獣の死骸などが、大きなラシャにくるまり、老婦人のような敬礼をしながら、しかつめらしく歩を運んでいた。クリストフはひどく厭な気がした。けれどそのためにかえってまた惹きつけられた。彼はそれらの插絵を長い間眺めた。そして時々、窓掛の襞の中に動いてるものを見るために、ちらりとあたりを見回した。――解剖学の書物の中にある剥皮体の図は、なおいっそう忌わしいものだった。その絵がはいってる場所に近づくと、ページをめくりながら震えた。その奇妙な形をした雑色は、彼にたいして異常な強さをもっていた。子供の頭脳に特有な創造力は、取扱い方の貧弱なのを補ってくれた。その粗雑な絵と現実との間の差異が、彼には少しも分らなかった。夜になると、昼間見た生きてる物の姿よりもいっそう強く、それらのものが彼の夢想に働きかけてきた。
彼は眠りを恐れた。いく年もの間、彼の安息は悪夢に害された。――穴倉の中を歩き回っていた。すると渋面した剥皮体が風窓からはいってくるのが見えた。――一人で室の中にいた。すると廊下に軽い足音が聞えた。彼は扉に飛びかかってそれを閉めようとした。ちょうどハンドルをつかむだけの隙があった。しかしそれはもう外から引張られていた。彼は鍵をかけることができなかった。力が弱ってきた。助けを呼んだ。扉の向うからはいって来ようとしてるものがなんだか、彼はよく知っていた。――家の人たちの中に交っていた。すると突然、皆の顔色が変わった。彼らは変なことを始めた。――静かに書物を読んでいた。すると眼に見えない者が自分のまわりにいるのを感じた。彼は逃げようとしたが、縛られてるのが分った。声をたてようとしたが、猿轡をはめられていた。気味悪いものが抱きついてきて喉がしめつけられた。息がつまりそうになって歯をがたがたさせながら、眼を覚した。目覚めた後もなお長い間震えつづけた。どうしても悩ましい気分を追い払うことができなかった。
彼が眠る室は、窓も扉もない小部屋であった。入口の上の棒に掛ってる古い垂幕だけが、両親の室との仕切になっていた。立ちこめた空気が息苦しかった。同じ寝室に寝てる弟たちから足で蹴られた。彼は頭が燃えるようになり、半ば幻覚のうちにとらえられて、昼間の種々なつまらない心配事が、はてしもなく大きくなって浮かび上がってきた。悪夢に近いそういう極度の神経緊張の状態の中では、些細な刺激も苦悩となった。床板の鳴る音も、彼に恐怖を与えた。父の寝息も、奇怪に高まって聞こえた。もう人間の息とは思えなかった。その馬鹿に大きな音が彼を脅かした。そこには獣が寝てるような気がした。彼は夜に圧倒されていた。夜はいつまでも終りそうになかった。いつまでもそのままつづきそうだった。もう数か月も寝たままのような気がした。彼はけわしい息をつき、寝床の上に半身を起こし、そこにすわって、シャツの袖で汗ばんだ顔を拭いた。時とすると彼は、弟のロドルフを突っついて起こそうとした。しかし弟は何かぶつぶつ言いながら、夜具をすっかり自分の上に引きよせて、またぐっすり眠ってしまった。
彼はそういうふうにして、熱っぽい悩みのうちにとらえられていると、ついに蒼白い一条の光が垂幕の裾の床の上に現われた。はるかな黎明の弱々しい明るみは、にわかに安らかな気を彼のうちにもたらした。だれもまだその明るみを闇と見分けることができないころ、彼はすでにそれが室の中に忍び込んでくるのを感じた。するとただちに、あふれた河水がまた河床のうちに引いてゆくように、彼の熱はさめ、彼の血は静まった。同じ温かさが身体じゅうをめぐり、不眠のため燃えるようになってる彼の眼は閉じていった。
晩になると、彼はまた眠る時がやって来るのを見て震え上がった。悪夢の恐ろしさのあまり、眠りに負けず夜通し起きていようときめた。けれどしまいにはいつも疲労にうち負かされた。そしていつも思いも寄らない時に怪物がまた現われてきた。
恐るべき夜! 多くの子供にはいかにも楽しく、ある子供にはいかにも恐ろしい!……クリストフは眠るのを恐れた。また眠らないのを恐れた。眠っていても目覚めていても、奇怪な姿に、精神から出てくる妖怪に、悪鬼に、彼はとりかこまれた。それらのものは、病魔の気味悪い明暗の境におけると同じく、幼時の薄ら明るみの中に浮動しているものである。
しかしそれら想像上の恐れは、やがて大なる恐怖の前には消え失せなければならなかった、あらゆる人に食い込み、人知がいかに忘れんとつとめ否定せんとつとめても甲斐のない恐怖、すなわち死の前には。
ある日、彼は戸棚の中をかき回しながら、見知らぬ物に手を触れた。子供の上着や縞の無縁帽があった。彼はそれらの物を得意になって母のところへもって行った。母は笑顔を見せもしないで、不機嫌な顔付をして、元のところへ置いて来るように言いつけた。彼がその訳を尋ねながらぐずぐずしていると、母はなんとも答えないで、彼の手から品物をもぎ取って、彼の届かない棚の上に押し込んでしまった。彼はたいへん気にかかって、しきりに尋ねだした。母はついに言った、それらのものは彼が生まれて来ない前に死んだ小さな兄のものであると。彼はびっくりした。かつてそんなことを聞いたことがなかったのである。彼はちょっと黙っていたが、それからもっと詳しく知りたがった。母の心は他に向いてるらしかった。けれども、その兄もやはりクリストフという名だったが彼よりもっとおとなしかった、とだけ言ってきかした。彼はなお種々のことを尋ねた。母は答えるのを好まなかった。兄は天にいて皆のために祈っていてくれるとだけ言った。クリストフはそれ以上聞き出すことができなかった。余計なことを言うと仕事の邪魔になる、と母は言った。実際彼女は縫物に専心してるらしかった。何か気がかりな様子をして、眼をあげなかった。しかししばらくすると、彼が片隅に引込んでむっつりしてるのを眺め、笑顔を作りだして、外に遊びにおいでとやさしく言った。
その会話の断片は、深くクリストフの心を動かした。してみると、一人の子供がいたのである、自分の母親の小さな男の子が、自分と同じようで、同じ名前で、ほとんど同じ顔付をして、しかも死んでしまった子が!――死、彼はそれがどんなことだかはっきり知らなかった。しかし何か恐ろしいことらしかった。――そしてだれも、そのも一人のクリストフのことをかつて話さなかった。もうすっかり忘られてしまっていた。もしこんどは自分が死んだら、やはり同じようになるのではあるまいか?――そういう考えは、晩になって、皆といっしょに食卓につき、皆がつまらないことを談笑してるのを見た時、なお彼に働きかけてきた。彼が死んでしまった後も皆は快活にしてるかもしれない! おう、自分の小さな子供が死んだ後でも母親は身勝手に笑いうるものであろうとは、彼はかつて思ってもみなかった。彼は家じゅうの者が厭になった。死なない先から、自分自身を、自分の死を、嘆き悲しみたくなった。それとともに、種々なことを尋ねたかった。しかしそれもできかねた。母親がどんな調子で黙ってくれと言ったかを、彼は思い起こした。――ついに彼はたえられなくなった。そして床についた時、接吻しに来たルイザに尋ねた。
「お母さん、やはり私の寝床に寝ていたの?」
La pauvre femme tressaillit; et, d'une voix qu'elle tâchait de rendre indifférente, elle demanda:
—Qui?
—Le petit garçon... qui est mort, dit Christophe en baissant la voix.
Les mains de sa mère le serrèrent brusquement:
—Tais-toi, tais-toi, dit-elle.
Sa voix tremblait; Christophe, qui avait la tête appuyée contre sa poitrine, entendit son cœur qui battait. Il y eut un instant de silence; puis elle dit:
—Il ne faut plus jamais parler de cela, mon chéri... Dors tranquillement... Non, ce n'est pas son lit.
Elle l'embrassa; il crut que sa joue était mouillée, il aurait voulu en être sûr. Il était un peu soulagé: elle avait donc du chagrin! Pourtant il en douta de nouveau, l'instant d'après, quand il l'entendit dans la chambre à côté parler d'une voix tranquille, sa voix de tous les jours. Qu'est-ce qui était vrai, de maintenant ou de tout à l'heure?—Il se tourna longtemps dans son lit, sans trouver de réponse. Il aurait voulu que sa mère eût de la peine: sans doute, il eût été triste de penser qu'elle était triste; mais cela lui aurait fait, malgré tout, du bien! Il se serait senti moins seul.—Il s'endormit, et, le lendemain, n'y pensa plus.
Quelques semaines après, un des gamins avec qui il jouait dans la rue ne vint pas à l'heure habituelle. Un du groupe dit qu'il était malade; et l'on s'accoutuma à ne plus le voir aux jeux: on avait l'explication, c'était tout simple.—Un soir, Christophe était couché, de bonne heure; et du réduit où était son lit, il voyait la lumière dans la chambre de ses parents. On frappa à la porte. Une voisine vint causer. Il écouta distraitement, se contant une histoire suivant son habitude; les mots de la conversation ne lui arrivaient pas tous. Brusquement, il entendit la voisine qui disait qu'«il était mort». Tout son sang s'arrêta: car il avait compris de qui il s'agissait. Il écouta, retenant son souffle. Ses parents s'exclamaient. La voix bruyante de Melchior cria:
—Christophe, entends-tu? Le pauvre Fritz est mort.
Christophe fit un effort, et répondit d'un ton tranquille:
—Oui, papa.
Il avait la poitrine serrée.
Melchior revint à la charge:
—Oui, papa. Voilà tout ce que tu trouves à dire? Cela ne te fait pas de peine?
Louisa, qui comprenait l'enfant, fit:
—Chut! laisse-le dormir!
Et l'on parla plus bas. Mais Christophe, l'oreille tendue, épiait tous les détails: la fièvre typhoïde, les bains froids, le délire, la douleur des parents. Il ne pouvait plus respirer; une boule l'étouffait, lui montait dans le cou; il frissonnait: toutes ces horribles choses se gravaient dans sa tête. Surtout il retint que le mal était contagieux, c'est-à-dire qu'il pourrait mourir aussi de la même façon; et l'épouvante le glaçait: car il se rappelait qu'il avait donné la main à Fritz, la dernière fois qu'il l'avait vu, et que dans la journée même il avait passé devant sa maison.—Cependant, il ne faisait aucun bruit, pour ne pas être obligé de parler; et quand son père lui demanda, après le départ de la voisine; «Christophe, dors-tu?» il ne répondit pas. Il entendit Melchior qui disait à Louisa:
—Cet enfant n'a pas de cœur.
Louisa ne répliqua rien; mais un moment après, elle vint doucement soulever le rideau et regarda le petit lit. Christophe n'eut que le temps de fermer les yeux, et d'imiter le souffle régulier qu'il entendait à ses frères quand ils dormaient. Louisa s'éloigna sur la pointe des pieds. Qu'il eût voulu la retenir! Qu'il eût voulu lui dire combien il avait peur, lui demander de le sauver, de le rassurer au moins! Mais il craignait qu'on se moquât de lui, qu'on le traitât de lâche: et puis, il savait trop déjà que tout ce qu'on pourrait dire ne servirait à rien. Et, pendant des heures, il resta plein d'angoisse, croyant sentir le mal qui se glissait en lui, des douleurs dans la tête, une gêne au cœur, et pensant, terrifié: «C'est fini, je suis malade, je vais mourir, je vais mourir!...» Une fois, il se dressa dans son lit, appela sa mère à voix basse; mais ils dormaient, et il n'osa les réveiller.
Depuis ce temps, son enfance fut empoisonnée par l'idée de la mort. Ses nerfs le livraient à toutes sortes de petits maux sans cause, des oppressions, des élancements, des étouffements soudains. Son imagination s'affolait devant ces douleurs, et croyait voir en chacune d'elles la bête meurtrière qui lui prendrait sa vie. Que de fois il souffrit l'agonie, à quelques pas de sa mère, assise tout auprès de lui, sans qu'elle en devinât rien! Car, dans sa lâcheté, il avait le courage de renfermer en lui ses terreurs, par un bizarre mélange de sentiments: la fierté de ne pas recourir aux autres, la honte d'avoir peur, les scrupules d'une affection qui ne veut pas inquiéter. Mais il pensait sans cesse: «Cette fois je suis malade, je suis gravement malade. C'est une angine qui commence...» Il avait retenu ce mot d'angine au hasard... «Mon Dieu! pas cette fois!»
Il avait des idées religieuses: il croyait volontiers ce que lui disait sa mère, que l'âme après la mort montait devant le Seigneur, et que, si elle était pieuse, elle entrait dans le jardin du paradis. Mais il était beaucoup plus effrayé qu'attiré par ce voyage. Il n'enviait pas du tout les enfants que Dieu, par récompense, à ce que disait sa mère, enlevait au milieu de leur sommeil et rappelait à lui, sans les avoir fait souffrir. Il tremblait, au moment de s'endormir, que Dieu n'eût cette fantaisie à son égard. Ce devait être terrible de se sentir soudain détaché de la tiédeur du lit et entraîné dans le vide, mis en présence de Dieu. Il se figurait Dieu comme un soleil énorme, qui parlait avec une voix de tonnerre: quel mal cela devait faire! cela brûlait les yeux, les oreilles, l'âme entière! Puis, Dieu pouvait punir: on ne savait jamais...—D'ailleurs, cela n'empêchait pas toutes les autres horreurs, qu'il ne connaissait pas bien, mais qu'il avait pu deviner par les conversations: le corps dans une boîte, tout seul au fond d'un trou, perdu au milieu de la foule de ces dégoûtants cimetières, où on l'emmenait prier... Dieu! Dieu! quelle tristesse!...
Et pourtant, ce n'était pas gai de vivre, de voir le père ivrogne, d'être brutalisé, de souffrir de tant de façons, des méchancetés des autres enfants, de la pitié insultante des grands, et de n'être compris par personne, même pas par sa mère. Tout le monde vous humilie, personne ne vous aime, on est tout seul, tout seul, et l'on compte si peu!—Oui; mais c'était cela même qui lui donnait envie de vivre. Il sentait en lui une force bouillonnante de colère. Chose étrange que cette force! Elle ne pouvait rien encore; elle était comme lointaine, bâillonnée, emmaillotée, paralysée; il n'avait aucune idée de ce qu'elle voulait, de ce qu'elle serait plus tard. Mais elle était en lui: il en était sûr, elle s'agitait et grondait. Demain, demain, comme elle prendrait sa revanche! Il avait le désir enragé de vivre, pour se venger de tout le mal, de toutes les injustices, pour punir les méchants, pour faire de grandes choses. «Oh! que je vive seulement...» (il réfléchissait un peu) «... seulement jusqu'à dix-huit ans!»—D'autres fois, il allait jusqu'à vingt et un. C'était l'extrême limite. Il croyait que cela lui suffirait pour dominer le monde. Il pensait à ces héros qui lui étaient chers, à Napoléon, à cet autre plus lointain, mais qu'il aimait le mieux, à Alexandre le Grand. Sûrement il serait comme eux, si seulement il vivait encore douze ans... dix ans. Il ne songeait pas à plaindre ceux qui mouraient à trente. Ceux-là étaient des vieux; ils avaient joui de la vie: c'était leur faute, si elle était manquée. Mais mourir maintenant, quel désespoir! C'est trop malheureux de disparaître tout petit, et de rester pour toujours, dans la pensée des gens, un petit garçon à qui chacun se croit le droit de faire des reproches! Il en pleurait de rage, comme s'il était déjà mort.
Cette angoisse de la mort tortura des années de son enfance,—seulement corrigée par le dégoût de la vie.
Au milieu de ces lourdes ténèbres, dans la nuit étouffante qui semblait s'épaissir d'heure en heure, commença de briller, comme une étoile perdue dans les sombres espaces, la lumière qui devait illuminer sa vie: la divine musique...
Grand-père venait de donner à ses enfants un vieux piano, dont un de ses clients l'avait prié de le débarrasser, et que sa patiente ingéniosité avait remis à peu près en état. Le cadeau n'avait pas été très bien accueilli. Louisa trouvait que la chambre était déjà bien assez petite, sans l'encombrer encore; et Melchior dit que papa Jean-Michel ne s'était pas ruiné: c'était du bois à brûler. Seul, le petit Christophe fut joyeux du nouveau venu, sans bien savoir pourquoi. Il lui semblait que c'était une boîte magique, pleine d'histoires merveilleuses, comme dans ce volume des Mille et une Nuits, dont grand-père lui lisait de temps en temps quelques pages, qui les enchantaient tous deux. Il avait entendu son père, pour essayer les notes, en faire sortir une petite pluie d'arpèges, pareille à celle qu'un souffle de vent tiède fait tomber, après une averse, des branches mouillées d'un bois. Il avait battu des mains et crié: «Encore!»; mais Melchior, dédaigneusement, ferma le piano, disant qu'il ne valait rien. Christophe n'insista plus; mais il rôdait sans cesse autour de l'instrument; et, dès qu'on avait le dos tourné, il soulevait le couvercle et poussait une touche, comme il eût remué du doigt la carapace verte de quelque gros insecte: il voulait faire sortir la bête enfermée là. Quelquefois, dans sa hâte, il frappait un peu trop fort; et sa mère lui criait: «Ne te tiendras-tu pas tranquille? Ne touche pas à tout!»; ou bien, il se pinçait, en refermant la boîte; et il faisait de piteuses grimaces, en suçant son doigt meurtri...
Maintenant, sa plus grande joie est quand sa mère doit passer la journée en service, ou faire une course en ville. Il écoute ses pas descendre dans l'escalier: les voilà dans la rue; ils s'éloignent. Il est seul. Il ouvre le piano, il approche une chaise, il se juche dessus; ses épaules arrivent à hauteur du clavier: c'est assez pour ce qu'il veut. Pourquoi attend-il d'être seul? Personne ne l'empêcherait de jouer, pourvu qu'il ne fît pas trop de bruit. Mais il a honte devant les autres, il n'ose pas. Et puis, on cause, on se remue: cela gâte le plaisir. C'est tellement plus beau, quand on est seul!... Christophe retient son souffle, pour que ce soit plus silencieux encore, et aussi parce qu'il est un peu ému, comme s'il allait tirer un coup de canon. Le cœur lui bat, en appuyant le doigt sur la touche; quelquefois, il le relève, après l'avoir enfoncé à moitié, pour le poser sur une autre. Sait-on ce qui va sortir de celle-ci, plutôt que de celle-là?... Tout à coup, le son monte: il y en a de profonds, il y en a d'aigus, il y en a qui tintent, il y en a d'autres qui grondent. L'enfant les écoute longuement, un à un, diminuer et s'éteindre; ils se balancent comme les cloches, lorsqu'on est dans les champs, et que le vent les apporte et les éloigne tour à tour; puis, quand on prête l'oreille, on entend dans le lointain d'autres voix différentes qui se mêlent et tournent, ainsi que des vols d'insectes; elles ont l'air de vous appeler, de vous attirer loin... loin... de plus en plus loin, dans les retraites mystérieuses, où elles plongent et s'enfoncent... Les voilà disparues!... Non! elles murmurent encore... Un petit battement d'ailes... Que tout cela est étrange! Ce sont comme des esprits. Qu'ils obéissent ainsi, qu'ils soient tenus captifs dans cette vieille caisse, voilà qui ne s'explique point!
Mais le plus beau de tout, c'est quand on met deux doigts sur deux touches à la fois. Jamais on ne sait au juste ce qui va se passer. Quelquefois, les deux esprits sont ennemis; ils s'irritent, ils se frappent, ils se haïssent, ils bourdonnent d'un air vexé; leur voix s'enfle; elle crie, tantôt avec colère, tantôt avec douceur. Christophe adore ce jeu: on dirait des monstres enchaînés, qui mordent leurs liens, qui heurtent les murs de leur prison; il semble qu'ils vont les rompre et faire irruption au dehors, comme ceux dont parle le livre de contes, les génies emprisonnés dans des coffrets arabes sous le sceau de Salomon.—D'autres vous flattent: ils tâchent de vous enjôler; mais ils ne demandent qu'à mordre et ils ont la fièvre. Christophe ne sait pas ce qu'ils veulent: ils l'attirent et le troublent; ils le font presque rougir.—Et d'autres fois encore, il y a des notes qui s'aiment: les sons s'enlacent, comme on fait avec les bras, quand on se baise; ils sont gracieux et doux. Ce sont les bons esprits; ils ont des figures souriantes et sans rides; ils aiment le petit Christophe, et le petit Christophe les aime; il a les larmes aux yeux de les entendre, et il ne se lasse pas de les rappeler. Ils sont ses amis, ses chers, ses tendres amis...
Ainsi l'enfant se promène dans la forêt des sons, et il sent autour de lui des milliers de forces inconnues, qui le guettent et l'appellent, pour le caresser, ou pour le dévorer...
Un jour, Melchior le surprit. Il le fit tressauter de peur avec sa grosse voix. Christophe, se croyant en faute, porta ses mains à ses oreilles pour les préserver des redoutables claques. Mais Melchior ne grondait pas, par extraordinaire; il était de bonne humeur, il riait.
—Cela t'intéresse donc, gamin? demanda-t-il, en lui tapant amicalement la tête. Veux-tu que je t'apprenne à jouer?
S'il le voulait!... Il murmura que oui, ravi. Ils s'assirent tous deux devant le piano, Christophe juché, cette fois, sur une pile de gros livres; et, très attentif, il prit sa première leçon. Il apprit d'abord que ces esprits bourdonnants avaient de singuliers noms, des noms à la chinoise, d'une seule syllabe, ou même d'une seule lettre. Il en fut étonné, il les imaginait autres: de beaux noms caressants, comme les princesses des contes de fées. Il n'aimait pas la familiarité avec laquelle son père en parlait. Du reste, quand Melchior les évoquait, ce n'étaient plus les mêmes êtres; ils prenaient un air indifférent, en se déroulant sous ses doigts. Cependant Christophe fut content d'apprendre les rapports qu'il y avait entre eux, leur hiérarchie, ces gammes qui ressemblent à un roi, commandant une armée, ou à une troupe de nègres attachés à la file. Il vit avec étonnement que chaque soldat, ou chaque nègre, pouvait devenir à son tour monarque, ou tête de colonne d'une troupe semblable, et même qu'on pouvait en dérouler des bataillons entiers, du haut en bas du clavier. Il s'amusait à tenir le fil qui les faisait marcher. Mais tout cela était devenu plus puéril que ce qu'il voyait d'abord: il ne retrouvait plus sa forêt enchantée. Pourtant il s'appliquait: car ce n'était pas ennuyeux, et il était surpris de la patience de son père. Melchior ne se lassait point; il lui faisait recommencer la même chose dix fois. Christophe ne s'expliquait pas qu'il se donnât tant de peine: son père l'aimait donc? Qu'il était bon! L'enfant travaillait, le cœur plein de reconnaissance.
Il eût été moins satisfait, s'il avait su ce qui se passait dans la tête de son maître.
À partir de ce jour, Melchior l'emmena chez un voisin, où l'on avait organisé, trois fois par semaine, des séances de musique de chambre. Melchior tenait le premier violon, Jean-Michel le violoncelle. Les deux autres étaient un employé de banque, et le vieil horloger de la Schillerstrasse. De temps en temps, le pharmacien venait se joindre à eux et apportait sa flûte. On arrivait à cinq heures, et on restait jusqu'à neuf. Après chaque morceau, on absorbait de la bière. Des voisins entraient et sortaient, écoutaient sans mot dire, debout contre le mur, hochaient la tête, remuaient le pied en mesure, et remplissaient la chambre de nuages de tabac. Les pages succédaient aux pages, les morceaux aux morceaux, sans que rien pût lasser la patience des exécutants. Ils ne parlaient pas, contractés d'attention, le front plissé, poussant de loin en loin un grognement de plaisir, parfaitement incapables d'ailleurs non seulement d'exprimer la beauté d'un morceau, mais même de la sentir. Ils ne jouaient ni très juste ni très en mesure; mais ils ne déraillaient jamais, et suivaient fidèlement les nuances qui étaient marquées. Ils avaient cette facilité musicale, qui se contente à peu de frais, cette perfection dans la médiocrité, qui abonde dans la race qu'on dit la plus musicienne du monde. Ils en avaient aussi la voracité de goût, peu difficile sur la qualité des aliments, pourvu que la quantité y soit, ce robuste appétit, pour qui toute musique est bonne, d'autant plus qu'elle est plus substantielle,—et qui ne fait pas de différence entre Brahms et Beethoven, ou, dans l'œuvre d'un même maître, entre un concerto creux et une sonate émouvante, parce qu'ils sont de la même pâte.
Christophe se tenait à l'écart, dans un coin qui lui appartenait, derrière le piano. Nul ne pouvait l'y déranger: car il fallait, pour y entrer, qu'il marchât à quatre pattes. Il y faisait à moitié nuit; et l'enfant avait juste la place de s'y tenir, couché sur le plancher, en se recroquevillant. La fumée du tabac lui entrait dans les yeux et la gorge; et aussi, la poussière: il y en avait de gros flocons, comme des toisons de brebis; mais il n'y prenait pas garde, et écoutait gravement, assis sur ses jambes, à la turque, et élargissant les trous dans la toile du piano avec ses petits doigts sales. Il n'aimait pas tout ce qu'on jouait; mais rien de ce qu'on jouait ne l'ennuyait, et il ne cherchait jamais à formuler ses opinions: car il croyait qu'il était trop petit et qu'il n'y connaissait rien. Tantôt la musique l'endormait, tantôt elle le réveillait; en aucun cas, elle n'était désagréable. Sans qu'il le sût, c'était presque toujours la bonne musique qui l'excitait. Sûr de n'être point vu, il faisait des grimaces avec toute sa figure; il fronçait le nez, il serrait les dents, ou il tendait la langue, il faisait des yeux colères ou langoureux, il remuait bras et jambes, d'un air de défi et de vaillance, il avait envie de marcher, de frapper, de réduire le monde en poudre. Il se démenait si bien qu'à la fin une tête se penchait au-dessus du piano, et lui criait: «Eh bien, gamin, est-ce que tu es fou? Veux-tu laisser ce piano? Veux-tu ôter ta main? Je vais te tirer les oreilles!»—ce qui le rendait penaud et furieux. Pourquoi venait-on lui troubler son plaisir? Il ne faisait pas de mal. Il fallait qu'on le persécutât toujours! Son père faisait chorus. On lui reprochait de faire du bruit, de ne pas aimer la musique. Il finissait par le croire.—On eût bien étonné les honnêtes fonctionnaires, occupés à moudre des concertos, si on leur avait dit que le seul de la société qui sentît vraiment la musique était ce petit garçon.
Si l'on voulait qu'il se tînt tranquille, pourquoi lui jouait-on des airs qui font marcher? Il y avait dans ces pages des chevaux emportés, des épées, les cris de la guerre, l'orgueil du triomphe; et l'on aurait voulu qu'il restât, ainsi qu'eux, à branler la tête, et à marquer la mesure avec son pied. On n'avait qu'à lui jouer des rêveries placides, ou de ces pages bavardes, qui parlent pour ne rien dire; il n'en manque pas en musique: ce morceau de Goldmark, par exemple, dont le vieil horloger disait tout à l'heure, avec un sourire ravi: «C'est joli. Il n'y a pas d'aspérités. Tous les angles sont arrondis...» Le petit était bien tranquille alors. Il s'assoupissait. Il ne savait pas ce qu'on jouait; même il finissait par ne plus l'entendre; mais il était heureux, ses membres s'engourdissaient, il rêvassait.
Ses rêves n'étaient pas des histoires suivies; ils n'avaient ni queue ni tête. À peine s'il voyait de temps en temps une image précise: sa mère faisant un gâteau et enlevant avec un couteau la pâte restée entre ses doigts;—un rat d'eau qu'il avait aperçu la veille nageant dans le fleuve;—un fouet qu'il voulait faire avec une lanière de saule... Dieu sait pourquoi ces souvenirs lui revenaient à présent!—Mais le plus souvent, il ne voyait rien du tout; et pourtant, il sentait une infinité de choses. C'est comme s'il y avait une masse de choses très importantes, qu'on ne pouvait pas dire, ou qu'il était inutile de dire, parce qu'on les savait bien, et parce que cela était ainsi, depuis toujours. Il y en avait de tristes, de mortellement tristes; mais elles n'avaient, rien de pénible, comme celles qu'on rencontre dans la vie; elles n'étaient pas laides et avilissantes, comme lorsque Christophe avait reçu des gifles de son père, ou qu'il songeait, le cœur malade de honte, à quelque humiliation: elles remplissaient l'esprit d'un calme mélancolique. Et il y en avait de lumineuses, qui répandaient des torrents de joie; et Christophe pensait: «Oui, c'est ainsi... ainsi que je ferai plus tard.» Il ne savait pas du tout comment était ainsi, ni pourquoi il le disait; mais il sentait qu'il fallait qu'il le dît, et que c'était clair comme le jour. Il entendait le bruit d'une mer, dont il était tout proche, séparé seulement par une muraille de dunes. Christophe n'avait nulle idée de ce qu'était cette mer et ce qu'elle voulait de lui; mais il avait conscience qu'elle monterait par-dessus les barrières, et qu'alors!... Alors, ce serait bien, il serait tout à fait heureux. Rien qu'à l'entendre, à se bercer au bruit de sa grande voix, tous les petits chagrins et les humiliations s'apaisaient; ils restaient toujours tristes, mais ils n'étaient plus honteux, ni blessants: tout semblait naturel, et presque plein de douceur.
Bien souvent, de médiocres musiques lui communiquaient cette ivresse. Ceux qui les avaient écrites étaient de pauvres hères, qui ne pensaient à rien, qu'à gagner de l'argent, ou à se faire illusion sur le vide de leur vie, en assemblant des notes, suivant les formules connues, ou,—pour être originaux,—à l'encontre des formules. Mais il y a dans les sons, même maniés par un sot, une telle puissance de vie qu'ils peuvent déchaîner des orages dans une âme naïve. Peut-être même les rêves que suggèrent les sots sont-ils plus mystérieux et plus libres que ceux que souffle une impérieuse pensée, qui vous entraîne de force: car le mouvement à vide et le creux bavardage ne dérangent pas l'esprit de sa propre contemplation...
Ainsi, l'enfant restait, oublié, oubliant, dans le coin du piano,—jusqu'à ce que brusquement il sentît des fourmis lui monter dans les jambes. Et il se souvenait alors qu'il était un petit garçon, avec des ongles noirs, et qu'il frottait son nez contre le mur, en tenant ses pieds entre ses mains.
Le jour où Melchior, entré sur la pointe des pieds, avait surpris l'enfant assis devant le clavier trop haut, il l'avait observé; et une illumination lui avait traversé l'esprit: «Un petit prodige!... Comment n'y avait-il pas pensé?... Quelle fortune pour une famille!... Sans doute il avait cru que ce gamin ne serait qu'un petit rustre, comme sa mère. Mais il n'en coûtait rien d'essayer. Voilà qui serait une chance! Il le promènerait en Allemagne, peut-être même au dehors. Ce serait une vie joyeuse, et noble avec cela.»—Melchior ne manquait jamais de chercher la noblesse cachée de tous ses actes; et il était rare qu'il n'arrivât pas à la trouver.
Fort de cette assurance, aussitôt après le souper, dès la dernière bouchée prise, il plaqua de nouveau l'enfant devant le piano et il lui fit répéter la leçon de la journée, jusqu'à ce que ses yeux se fermassent de fatigue. Puis, le lendemain, trois fois. Puis, le surlendemain. Et tous les jours, depuis. Christophe se lassa vite; puis il s'ennuya à mourir; enfin, il n'y tint plus, et tenta de se révolter. Cela n'avait pas de sens, ce qu'on lui faisait faire; il ne s'agissait que de courir le plus vite possible sur les touches, en escamotant le pouce, ou d'assouplir le quatrième doigt, qui restait gauchement collé entre ses deux voisins. Il en avait mal aux nerfs; et cela n'avait rien de beau. Fini des résonances magiques, des monstres fascinants, de l'univers de songes pressenti un moment... Les gammes et les exercices se succédaient, secs, monotones, insipides, plus insipides que les conversations que l'on avait à table, et qui toujours roulaient sur les plats, et toujours sur les mêmes plats. L'enfant commença par écouter distraitement les leçons de son père. Semoncé rudement, il continua de mauvaise grâce. Les bourrades ne se firent pas attendre: il y opposa la plus méchante humeur. Ce qui y mit le comble, ce fut, un soir, d'entendre Melchior révéler ses projets, dans la chambre à côté. Ainsi, c'était pour l'exhiber comme un animal savant, qu'on l'ennuyait, qu'on l'obligeait tout le jour à remuer des morceaux d'ivoire! Il n'avait même plus le temps d'aller faire visite à son cher fleuve. Qu'est-ce qu'on avait donc à s'acharner contre lui?—Il était indigné, blessé dans son orgueil et dans sa liberté. Il décida qu'il ne jouerait plus de musique, ou le plus mal possible, qu'il découragerait son père. Ce serait un peu dur; mais il fallait sauver son indépendance.
Dès la leçon suivante, il tenta d'exécuter son plan. Il s'appliqua consciencieusement à taper à côté des notes et à rater tous ses traits. Melchior cria; puis il hurla; et les coups se mirent à pleuvoir. Il avait une forte règle. À chaque fausse note, il en frappait les doigts de l'enfant, en même temps qu'il lui vociférait à l'oreille, à le rendre sourd. Christophe grimaçait de douleur; il se mordait les lèvres pour ne pas pleurer, et, stoïquement, il continuait à accrocher les notes de travers, rentrant sa tête dans ses épaules, à chaque coup qu'il sentait venir. Mais le système était mauvais, et il ne tarda pas à s'en apercevoir. Melchior était aussi têtu que lui; et il jura que, quand ils y passeraient deux jours et deux nuits, il ne lui ferait grâce d'aucune note, avant qu'elle n'eût été exécutée correctement. Christophe mettait trop de conscience à ne jouer jamais juste; et Melchior commençait à soupçonner la ruse, en voyant à chaque trait la petite main retomber lourdement de côté, avec une mauvaise volonté évidente. Les coups de règle redoublèrent; Christophe ne sentait plus ses doigts. Il pleurait piteusement, en silence, reniflant, ravalant ses sanglots et ses larmes. Il comprit qu'il n'avait rien à gagner à continuer ainsi et qu'il lui fallait prendre un parti désespéré. Il s'arrêta, et, tremblant d'avance, à l'idée de l'orage qu'il allait déchaîner, il dit courageusement:
—Papa, je ne veux plus jouer.
彼女は身を震わした。そして平気を装った声で尋ねた。
「だれが?」
「あの子供、死んでしまったあの……。」とクリストフは声を低めて言った。
母の両手はにわかに彼を抱きしめた。
「そんなこと言うんじゃありません、言うんじゃありません。」と彼女は言った。
彼女の声は震えていた。彼女の胸に頭をもたしていたクリストフには、その胸の動悸が聞こえた。
ちょっと沈黙が落ちてきた。それから彼女は言った。
「もう決してそのことを言ってはいけませんよ……。落ちついてお眠んなさい……。いいえこの寝床ではありません。」
彼女は彼を接吻した。彼女の頬が濡れてると彼は思った。濡れてると信じたかった。彼はいくらか心が安らいだ。彼女は悲しんでたのだ! けれども、すぐその後で、彼女がいつものとおりの落付いた声で口をきくのが、隣りの室に聞えた時、彼はまた疑いだした。今と先刻と、どちらがほんとうだろうか?――彼はその答えを見出さないで、長い間床の中で寝返りをうっていた。彼は母親に心を痛めていてもらいたかった。彼女が悲しんでると考えることはもちろん悲しかった。しかしやはり嬉しくもあった。それだけ一人ぽっちの感じが薄らぐのだった。――彼は眠っていった。そして翌日になると、もうそのことを考えなかった。
数週間後のことだったが、往来でいっしょに遊ぶ悪戯仲間の一人が、いつもの時刻にやって来なかった。彼は病気だと仲間の一人が言った。それからはもう、彼の姿が遊びの中に見えなかった。理由はわかっていた。なんでもないことだった。――ある晩、クリストフは寝ていた。時間はまだ早かった。彼の寝床のある小部屋から、両親の室の燈火が見えていた。だれかが扉をたたいた。隣りの女が話に来たのだった。彼はいつものとおり勝手な物語をみずから自分に話しながら、ぼんやり耳を傾けていた。会話の言葉はすっかりは聞きとれなかった。ところがふいに、「あれは死にました」という女の言葉が聞えた。彼の血はすっかり止まった。だれのことだかわかったのである。彼は息をこらして耳を澄ました。両親は大声をたてた。メルキオルの銅羅声が叫んだ。
「クリストフ、聞いたか。かわいそうにフリッツは死んだよ。」
クリストフはじっとこらえて、落着いた調子で答えた。
「ええ、お父さん。」
彼は胸がしめつけられた。
メルキオルはなお言った。
「ええ、お父さん、だって。お前の言うことはそれだけなのか。お前はなんとも思わないのか。」
子供の心を知っていたルイザは言った。
「しッ、眠らしておきなさいよ!」
そして人々は声を低めて話した。けれどもクリストフは耳をそばだてて、仔細のことを偸み聞いていた、腸チフス、冷水浴、精神錯乱、両親の悲痛。彼はもう息もつけなかった。ある塊りが呼吸をふさいで、首まで上ってきた。彼は慄え上がった。それらの恐ろしいことが頭に刻み込まれた。とくに病気は伝染性のものであるということを耳に止めた、言い換えれば、自分もまた同じようにして死ぬかもしれないということを。そして恐怖の念に慄然とした。最後に会った時フリッツと握手したことを、そして今日も彼の家の前を通ったことを、思い出したからである。――けれども彼は、口をきかなければならないような羽目に陥らないために、少しの音もたてなかった。隣りの女が帰っていった後、「クリストフ、眠ってるのか、」と父に尋ねられた時、彼は返辞もしなかった。ルイザに言ってるメルキオルの声が聞えた。
「あの子は心なしだ。」
ルイザはなんとも答え返さなかった。けれどもすぐその後で、彼女はやって来て、静かに垂幕をあげ、子供の寝床を眺めた。クリストフはその隙に辛うじて、眼をつぶることができ、弟どもが眠ってる時聞き知ったその規則的な呼吸を真似ることができた。ルイザは爪先で立去った。彼はどんなにか彼女を引留めたかった。いかに自分が恐がってるかを話し、自分を救ってくれるように頼み、少なくとも自分を安心さしてくれるように頼むことを、どんなにか願っていたろう! けれども、笑われはしないかを、卑怯者と言われはしないかを、恐れていた。それにまた、口先で言われる言葉はすべてなんの役にも立たないということを、もうあまりに知りすぎていた。そしていく時間もの間、一人でじっと悶えながら、病気が自分のうちに忍び込んでくるのを感ずるような気がし、頭痛や胸苦しさにとらえられてるような心地がして、おびえたまま考えていた、「もう駄目だ、私は病気だ、じきに死ぬんだ、じきに死ぬんだ!……」一度寝床の上に起き上がって、低い声で母を呼んでみた。しかし両親は眠っていた。それを呼び起こすだけの元気もなかった。
その時以来、彼の幼年時代は死の観念で毒された。彼は神経のために、胸苦しさや、激しい痛みや、突然の息づまりなど、原因もないさまざまの軽微な症状に襲われた。彼の想像はそれらの苦悩のために狂乱して、そのたびごとに、自分の生命を奪おうとしてる猛獣を眼に見るように思った。母親の近く数歩のところにいても、すぐそのそばにすわっていても、幾度か彼は死ぬような苦しみを感じた。しかも彼女は何にも察していなかった。なぜなら、彼はそれほど臆病なくせに、恐怖を自分の胸にしまっとくだけの勇気をももっていた。それは種々な感情の不思議な混合からであった、他人に頼るまいとする高慢、恐がることの恥ずかしさ、心配をかけまいとする細やかな情愛など。しかし彼はたえず考えていた。「こんどはほんとうに病気だ、重い病気だ。ジフテリアの初めだ……。」彼はジフテリアという言葉を聞きかじっていた。「ああ神様、こんどだけは許してください!……」
彼は宗教上の観念をもっていた。彼は母が語ってきかせることを進んで信じていた。人の死後、魂は主のもとにのぼってゆくことだの、信心深い魂は楽園にはいることだのを、信じていた。しかしそういう魂の旅に、彼は心惹かるるというよりもむしろ多く脅かされた。母の言葉によれば、いい子供たちはその褒美として、睡眠中に神様からさらわれてお側に呼び寄せられ、しかもなんの苦しみも受けないそうであったが、彼はそういう子供を少しもうらやましいとは思わなかった。眠る時になると、神様が自分にたいしてもそういう悪戯をしはすまいかと、うち震えていた。ふいに温かい寝床から引き出され、虚空に引きずってゆかれ、神様の前に立たされるのは、思っても恐ろしいことに違いなかった。神というものを、雷のような声を出す非常に大きな太陽みたいに、彼は頭の中で想像していた。どんなにか大きな危害を受けるに違いなかった。眼をやき、耳をやき、魂をも焼きつくすに違いなかった! それから、神は罰を下すかもしれなかった。どうだかわかるものではない……。――そのうえ、他の種々な恐ろしいこともそのためになくなりはしなかった。それらの恐ろしいことを彼はよく知ってはいなかったが、しかし人々の話でおおよそは察せられた。身体を箱の中につめられ、穴の底に一人ぽっちにされ、多くの厭な墓の中にほうり出され、そこで祈らせられること……。ああ、ああ、なんという悲しいことか!……
そうかといって、酔っ払いの父の姿を見、乱暴なことをされ、種々な苦しみを受け、他の子供たちからいじめられ、大人たちからは侮辱的な憐れみを受け、そしてだれからも理解されず、母親からも理解されずに、生をつづけてゆくということは、決して楽しいことではなかった。万人から辱められ、だれからも愛せられず、ただ一人で、一人ぽっちで、しかも非常に頼り少ないのだ!――正にそのとおりだった。しかしそのことがまた、彼に生きる欲望をも与えていた。彼は自分のうちに、憤激して沸きたつ力を感じていた。その力こそ実に不思議なものだ! その力はまだ何をもなしえなかった。遠くにあって、猿轡をはめられ、手足を縛られ、痲痺してるようだった。その力が何を望んでいるのか、やがて何になろうとするのか、彼には想像もつかなかった。しかしその力は彼自身の中にあった。彼はそれを疑わなかった。それは振い動いて、怒号していた。明日は、明日は、その力が復讐してくれるであろう! あらゆる害悪を復讐し、あらゆる不正を復讐し、悪人を罰し、大事をなさんがために、彼は生きたいという激しい願望をいだいていた。「おう、ただ生きてさえおれば……(彼はちょっと考え込んだ)……せめて十八歳まで!」――またある時は、二十一歳までと引延した。それが極限であった。それだけで世界を支配するには十分だと彼は信じた。彼はなつかしい英雄らのことを考えていた、ナポレオンのことを、またそれより時代は遠いがいちばん好きであるアレキサンドル大王のことを。もう十二年……十年、生きてさえおれば、かならず彼らのようになるだろう。彼は三十歳で死ぬ者を気の毒だとは思わなかった。三十歳といえばもう老人だった。人生を十分に生きてしまったものだった。もし生きなかったとすれば、罪は当人にあるのだった。しかし自分が今死ぬのは、なんという絶望なことだろう! まだ子供のままで消えてしまうのは、そして、だれにでも叱ってかまわないと思われるような小さな子供のままで、人々の頭の中に永久に残ってることは、あまりに不幸すぎることである! 彼はそれを憤激しながら嘆いた、あたかもすでに自分が死んでしまったかのように。
そういう死の懊悩が彼の幼年時代の数年間を苦しめた。――その懊悩はただ、生の嫌悪によってのみ和げられるのだった。
そういう重々しい闇の真中において、一刻ごとに濃くなってゆくように思われる息苦しい闇夜の中において、陰暗な空間に埋もれた星のごとくに輝き出したのである、彼の生涯を照らすべき光明が、聖なる音楽が……。
祖父は古いピアノを一つ子供たちに与えておいた。彼をひいきにしてる人々の一人が片づけてくれと頼んだ品で、気長なくふうをこらしてどうかこうか取り繕ったものだった。その贈物は皆からあまり喜ばれなかった。そんな物を置かないでも室はもうかなり狭くなってると、ルイザは思った。親父のジャン・ミシェルは大して金を出して手に入れたのでもないと、メルキオルは言った、焚付同様の代物であると。ただ小さなクリストフだけは、なぜだか知らないがその新しい到来物が嬉しかった。ちょうど、祖父が時々いくページかを読んでくれて、いつも二人で夢中になった、あのアラビア夜話の書物のように、驚くべき物語でいっぱいになってる魔法箱のように思われた。父がその音色をためすために、小雨のような琶音をひき出した時、彼はそばで聞いていた。驟雨の後に暖かい一陣の風が、濡れた樹木の枝から振い落す小雨にも似ていた。彼は手をたたいて叫んだ、「もっと!」しかしメルキオルは、くだらない品だと言いながら、軽蔑の様子でピアノの蓋をしめてしまった。クリストフはそのうえせがまなかった。けれども彼はたえずその楽器のまわりをうろついた。そしてだれもこちらを見ていないと、蓋をもち上げて、鍵を押した、あたかも何か大きな虫の青い甲羅を指先で動かすかのように。彼はその中にはいってる動物をつつき出したかった。時とすると、気が急くあまり、少し強すぎるくらいに鍵をたたくこともあった。すると母に叱られた。「静かにしておいでったら。手を触れちゃいけません!」あるいはまた、蓋をしようとして手をはさまれた。彼は痛めた指先をしゃぶりながら、悲しそうに顔をしかめていた……。
今や彼のいちばん大きな喜びは、母が一日雇われて出かけてゆく時か、町に用達に出かける時かであった。彼は階段を降りてゆく足音に耳を傾ける。足音は早くも表に出で、しだいに遠ざかってゆく。彼は一人きりである。ピアノを開き、椅子を近寄せ、その上にすわる。肩が鍵盤の高さになる。それだけでもう十分だ。なぜ彼は一人になるのを待つのか? あまり大きな音さえたてなければ、だれもひくのをとがめはしないではないか。しかし彼は人前を恥ずかしがっている。思い切ってやれない。それにまた、皆が話をしたり動き回ったりする。それが楽しみをそこなう。一人きりの時に限るのである!……クリストフは息をこらす、なおいっそうあたりを静かにするためである。そしてまた、大砲でも打とうとしてるかのように多少興奮してるからである。鍵に指先をあてると、胸がどきどきする。時々、指を半ば埋めた後にまたはずして、他の鍵の上に置く。前のよりこんどのからどんなものが出て来るか、わかりはしない。突然音が高まる。深い音、鋭い音、響く音、唸る音。それらの音が一つ一つかすかになって消えてゆくのを、彼は長く聴きとれる。それらは鐘の音のように揺いでいる、野の中にいる人の耳に、風がもたらしてはまた一つ一つ遠くへ吹き送る鐘の音のように。次に耳を傾けると、虫の羽音のような、入り交って渦を巻いてる他の種々な声が、遠くに聞える。人を呼びかけるようである、遠くへ誘ってゆくようである……遠くへ……ますます遠くへ、神秘な奥深いところへ。そして声はそこにはいり込んで、深くもぐり込む……もう消えてしまった!……いや、まだささやいている……小さな羽ばたき……。なんという不思議なことであろう。精霊のようである。精霊がこのとおり素直にしてるとは、この古い箱の中に囚われとなってるとは、まったく訳がわからないことだ!
しかし最も面白いのは、同時に二本の指を二つの鍵にのせる時である。どんなことが起こるか前から決してわかりはしない。時とすると、二人の精霊が敵同士のこともある。彼らは怒りたち、殴り合い、憎み合い、癪にさわったように唸りだす。たがいの声が高まる。あるいは憤って、あるいはやさしく、叫びたてる。クリストフはそのやり方が大好きである。縛られた怪物が、鎖をかみ牢屋の壁にぶっつかってるようである。怪物は今にも壁を破って外に飛び出そうとしてるかと思われる。物語の書物に書かれてる怪物のようである、ソロモンの印璽の下にアラビアの手箱の中に閉じ込められてる悪鬼のようである。――またあるものは媚びてくる。騙し賺そうとつとめる。しかし彼らはただ噛みつくことばかり望んでいる。熱があるのだ。クリストフは彼らがどういう考えだか知らない。彼らは彼を引きつけ、彼の心を乱させる。彼にほとんど顔を赤らめさせる。――またある時は、たがいに愛し合う音調がある。人が口づけする時腕で抱き合うように、その音はたがいにからみ合う。優美でやさしい。よい精霊なのである。皺のない微笑んだ顔をしている。彼らは小さなクリストフを愛し、小さなクリストフも彼らを愛する。彼は彼らの声を聞いて眼に涙をためる。幾度呼び出しても倦きない。彼らは彼の友だちである、親しい友だち、やさしい友だちである……。
かくて子供は音響の森の中を逍遙する。自分のまわりに無数の知らない力を感ずる。それらの力は彼を待受け、彼を呼びかけ、そして彼を愛撫せんとし、あるいは彼を呑噬せんとする……。
ある日、そういう最中にメルキオルが突然やって来た。クリストフは例の太い声をかけられたので恐ろしさに飛び上がった。彼は悪いことをしてたような気がして、両手で急いで耳をふさぎ、恐るべき怒鳴り声をきくまいとした。しかしメルキオルはいつになく叱りつけなかった。上機嫌で笑っていた。
「じゃあお前にも面白いんだな。」と彼はやさしくクリストフの頭をたたきながら尋ねた。「ひき方を教えてもらいたいか。」
教えてもらいたいかって!……彼は夢中になって「ええ」とつぶやいた。そして二人ともピアノの前にすわった。クリストフはこんどは大きな書物をつみ重ねた上に身を落着けた。ごく熱心に最初の稽古を受けた。彼はまず、それらの大きい声を出す精霊は、一綴りかまたはただ一文字かの、支那にでもありそうな妙な名前をもってるのを知った。彼はびっくりした。彼はもっと違った名前を想像していた。仙女物語に出てくる女王のような、やさしい美しい名前を想像していた。それらにたいする父のなれなれしい口のきき方が気に入らなかった。そのうえ、メルキオルに呼び出される時には、もう同じ精霊ではなかった。その指下から飛び出すと、冷淡なふうをしていた。それでもクリストフは、彼らの間にある関係を覚え、彼らの階級を覚え、一軍を率いる帝王に似ていたり一群の黒奴の並列に似ていたりする音階を覚えると、嬉しくなった。各兵士は、あるいは各黒奴は、めいめい帝王にもなれるし、同じような隊列の先頭にもなれるし、また鍵盤の先から端まで、全部の隊を展開させることもできるので、彼はそれを見てびっくりした。それらを行進させる筋道をたどってゆくと面白かった。しかしそういうことも、彼が最初見たものよりずっと幼稚になってしまった。不可思議な森はもう見出せなくなった。でも彼は熱心につとめた。なぜならつまらないことではなかったから。そして父の根気にも驚かされた。メルキオルは決して倦かなかった。同じことを十遍もくり返さした。そんなに骨折ってくれる訳がクリストフにはわからなかった。では父が自分を愛してくれてるのか。なんと親切なことだろう! 子供は感謝の念で心がいっぱいになって、非常に努めた。
師の頭にどういう考えが浮かんだかを知っていたら、彼はそれほど嬉しがりはしなかったろう。
その日以来、メルキオルは彼を隣家に連れていった。そこでは一週間に三回、室内音楽会が催されていた。メルキオルは第一ヴァイオリンをひき、ジャン・ミシェルはチェロを弾いた。他の二人は、銀行員とシルレル街の老時計商とであった。時々、薬剤師もそれに加わって、フルートをもって来た。五時に集まって、九時までかかるのだった。楽曲を一つ終えるごとにビールを飲んだ。近所の人々が室に出はいりして、黙って耳を傾け、壁にもたれて立ち、頭を振り、足で調子を取り、そしてたばこの煙を室いっぱいにたてた。楽譜のページからページへ、曲から曲へ移っても、演奏者らの根気は疲れることがなかった。彼らは口をきかず、注意をこらし、額に皺をよせ、時々愉快のあまりうなり声を出していたが、もとより、楽曲の美を表現することがまったくできないばかりでなく、それを感ずることさえできなかったのである。ごく正確に弾奏してもいなかったし、拍子正しく演奏してもいなかったが、しかし脱線することはなく、印されてるニュアンスを忠実にたどっていた。わずかなことで満足する音楽上の無造作さと、世界で最も音楽的だといわれる人種のうちに充満してる完成した凡庸さとを、彼らはそなえていた。量さえ多ければ質のいかんをあまり気にしない趣味の貪欲性をもそなえていた。そういう健啖な食欲にとっては、実量が多ければ多いほどどんな音楽でも上等のものとなる。――そしてこの食欲は、ブラームスとベートーヴェンとの間に差別もつけないし、または、同じ楽匠の作品でさえあれば、空虚な協奏曲と感銘深い奏鳴曲との間に差別も設けない、なぜなら二つとも同じ捏粉でできてるから。
クリストフは一同から離れて、ピアノの後ろの自分だけの片隅に隠れていた。そこではだれも彼を邪魔することはできなかった。四つ這いにならなければはいれなかったから。そこは薄暗かった。そして子供には、身を縮めて床板の上に寝ておれるだけの場所があった。たばこの煙が彼の眼や喉にはいってきた。また埃もはいった。羊の毛みたいに大きな総をなした埃もあった。しかし彼はそんなものに気を留めなかった。トルコ風に膝頭ですわって、きたない小さな指先でピアノの掛布の穴を広げながら、しかつめらしく耳を傾けていた。彼は演奏される曲をことごとく好きにはなれなかった。けれども一つとして退屈になるものはなかった。彼は決して批評がましい意見をたてようとはしなかった。なぜなら、自分はまだあまり小さすぎると思っていたし、音楽のことは何にも知らないと思っていたから。ただそれを聞いていると、あるいはうとうととしたり、あるいは眼を覚ましたりした。いずれの場合にも不快な感じは受けなかった。彼はみずから気づきはしなかったが、彼を興奮させるのはたいていいつもいい音楽であった。だれにも見られっこはないと安心していたので、顔じゅうで種々な渋面をした。鼻に皺を寄せ、歯をくいしばり、舌を出し、怒った眼付や悲しい眼付をし、喧嘩腰の元気な様子で腕や足を動かし、また、歩き出したくなり、殴り回りたくなり、世界を粉微塵にしてやりたくなった。そしてあまり暴れていたので、ついにピアノ越しに覗き込まれて、怒鳴りつけられた。「おい、お前気違いか。ピアノからどけ、手を離せ。耳を引張るぞ!」――それで彼は当惑しまた癪にさわった。なぜ自分の楽しみを邪魔するのか。何も悪いことをしたわけではない。いつもいじめつけられてばかりいなければならないのか! 父も小言の仲間にはいった。彼は騒がしい真似をするといって叱られ、音楽を好かないのだといって叱られた。しまいには彼自身も音楽を好かないのだと思い込んでしまった。――もし、そこにいる人たちのうちでほんとうに音楽を感じているのは、その小さな子供一人きりだと言われたら、協奏曲をこね回してる善良な人々はさぞ驚いたであろう。
もし彼に静かにしていてもらいたいのなら、なぜ人を歩かせるような曲を演奏してきかせたのか。それらのページのうちには、悍馬、剣、戦の叫び、勝利の驕慢、などが含まれていたのである。しかも彼らは、彼にも同じように、頭を振ったり足拍子を取ったりするだけでいてもらいたかったのである。それならばただ、のどかな夢幻の曲か、いくらしゃべってもなんの意味をも語らない饒舌なページかを、演奏してやりさえすればよかったのだ。たとえば、ゴルトマルクの曲でもよかった。老時計商は先刻歓ばしい笑顔をして、その楽曲のことを言った。「実にいい。荒っぽいところがない。どの角も丸くなってる……。」その時には子供はごく静かだった。うとうとしていた。何が弾奏されてるか知らなかった。しまいにはもう何も聞えなくなった。しかしいい気持だった。手足がけだるくなって、うつらうつら夢みていた。
彼の夢は筋の通った話ではなかった。頭も尾もなかった。辛うじて時々はっきりした象を見るだけだった。菓子をこしらえながら、指の間に残ってる捏粉を包丁で取ってる母親――前日河に泳いでるところを見かけた溝鼠――柳の枝でこしらえたいと思っていた鞭……。それらの記憶がどうして今彼に浮かんできたかは、神のみが知るところである。――しかしたいていは、まったく何も見えなかった。それでもたくさんのものを感じていた。何かきわめて大切なものが山ほどあるかのようだった、いつも同じようにしてるので、またはっきり知れきってるので、口にいうことができないような、あるいは言っても無駄なような、きわめて大切なものが。その中には、悲しいのもあった、死ぬほど悲しいのもあった。けれどそれらは、人生において出会うのと違って、なんら苦しいところをもたなかった。父から殴られた時のように、あるいは恥ずかしさで胸をしぼりながら何かの屈辱を考える時のように、醜くもなければ卑しくもなかった。ただ憂鬱な静けさで頭がいっぱいになった。それからまた、喜びをどっとふりまいてくれる輝かしいものもあった。クリストフは考えた。「そうだ、こんなに……こんなに、私もやがてしよう。」どうしてこんなにだか、なぜそんなことを言うのか、彼は自分で少しも知らなかった。しかし、そう言わなければならない、それは白日のように明白なことだと、彼は感じていた。海の音が聞こえていた。海はすぐ近くにあって、ただ砂丘の壁で隔てられてるだけだった。その海がどういうものであるか、海が自分に何を望んでいるかは、少しもわからなかった。しかし彼ははっきり意識していた、海はやがて障害をのり越えて高まってくるだろうということを、そして、その時こそは……。その時こそは、素敵だろう、自分はまったく幸福になるだろう。海の音を聞くだけでも、その大きな声の響きに揺られるだけでも、あらゆる屈辱や小さな悲痛などは、ことごとく鎮められてしまった。それらはやはり悲しいものではあったが、もはや恥ずかしいものでもなく、心を傷つけるものでもなかった。すべてが自然らしく思われ、温和な気にほとんど充ちてるらしく思われた。
多くは、凡庸な音楽がそういう陶酔を彼にもたらした。かかる音楽を書いたのは、憐れむべき賤しい人々であって、彼らの考えていたことはただ、金を得んとすることばかりであり、あるいは、一般に認められた形式に従って、または――独創家たらんがために――形式を無視して、とにかく音符をいっしょによせ集めながら、おのれの生活の空虚の上に幻をうち立てんとすることばかりであった。しかし音響の中には、愚人に取扱われたものの中にさえ、非常な生命の力が潜んでいて、無邪気な魂の中に感激を起こさせることができるものである。おそらくは、愚人の暗示する幻影も、強烈な思想に吹き起こされて人を無理に巻き込む幻影にくらぶれば、いっそう神秘であり自由であろう。なぜなら、いたずらな運動と空虚な饒舌とは、自己観照の精神を煩わすことがないから……。
かくて子供は、皆に忘れられ、すべてを忘れて、ピアノの隅にじっとしていた。――しまいには、蟻が足に這い上がってくるのを不意に感じた。すると、自分は真黒な爪をした小さな子供であることを思い出し、両手で足をかかえながら鼻を壁にすりつけてることに気づいた。
メルキオルが忍び足ではいって来て、少し高すぎる鍵盤の前にすわってる子供のところへふいに現われたあの日、メルキオルは子供を観察したのだった。そしてある輝かしい思いが彼の頭に浮かんだのである。「神童だ!……どうして今まで気づかなかったんだろう。……家にとってはこの上もない仕合せだ!……こいつは母親のように百姓の子にすぎないと思い込んでいたが、しかしためしてみたって別に損するわけじゃない。運が向いてきたぞ! ドイツじゅうを連れ回り、外国へも連れ回ってやろう。面白いしかも高尚な世渡りだ。」――メルキオルはいつも、自分のあらゆる行為のうちに、隠れた高尚な点を捜さないではおかなかった。そしてたいていは高尚な点を見出すのだった。
右のような確信を強くいだいていたので、彼は夕食の最後の一口を食い終えると、すぐにまた子供をピアノの前に押しつけ、その日教えたところをくり返さして、子供の眼が疲れに閉じてくるまでやらした。それから、翌日は三度稽古をさした。翌々日も同じだった。引きつづいて毎日そうした。クリストフはじきに倦いてきた。次にはたまらないほど厭になった。ついにはもう辛抱ができなくて、逆らおうとした。やらせられることはまったく無意味なことだった。親指をちょこちょこやりながら鍵の上をできるだけ早く飛び回ることや、二本の隣りの指の間にぎごちなくこびりついてる薬指をしなやかにすることだった。やってると神経がいらいらしてくるし、ちっとも面白くなかった。魔法めいた共鳴音も、魅惑するような怪物も、一時予感される夢の世界も……すべてなくなってしまった。音階と練習とがつづくばかりで、しかもそれは乾燥で、単調で、無味であって、いつも食物のことに、きまりきった食物のことに及んでゆく食事時の会話より、いっそう無味なものであった。子供はただぼんやりと父親の教えを聞くようになり始めた。きびしく叱りつけられると、厭々ながらやりつづけた。叱責はすぐにやってきた。彼は最も底意地悪い機嫌をそれに対抗さした。最もいけなかったことには、ある晩、隣りの室でメルキオルが将来の計画を洩らすのを聞いてしまった。こういうふうに苦しめられるのも、毎日むり強いに象牙の片を動かさせられるのも、賢い動物として見世物にされるためであったのか! 彼はもう親しい河を訪れに行くだけの隙ももたなかった。どういう訳で自分はこういじめられてばかりいるのか。――彼は自尊心と自由とを傷つけられて憤慨した。もう決して音楽をやるまい、やるにしてもできるだけ下手にやってやろう、そして父を落胆さしてやろう、と彼は決心した。多少ひどすぎる考えかもしれなかったが、しかし彼は自分の独立を救い出さなければならなかった。
その次の稽古の時から、彼は計画を実行しようと試みた。彼はわざと、違った鍵をたたいて調子をはずそうとした。メルキオルは叫びたて、次には喚きたてた。やたらに殴りつけ始めた。彼は頑丈な定規をもっていた。子供が音符を間違えるたびに、定規でその指を打ち、同時に、聾にならせるほど耳もとで怒鳴りちらした。クリストフは苦痛に顔をしかめた。泣くまいとして唇をかみしめ、打たれそうなので首を肩に引っこめながら、じっと我慢して、むちゃくちゃに音符をひきつづけた。しかしやり方がまずかった。長くたたないうちに気づかれた。メルキオルは彼に劣らず意地張りだった。たとい二人で二日二晩やりつづけても、正確にひかれるまでは一つの音符の間違いも許さない、と彼は言い張った。クリストフの方では、正しくひくまいとあまりに念を入れすぎた。主調ごとに、明らさまな悪意で小さな手が重々しくわきへそらされるのを見て、メルキオルはその狡猾な策略を勘づき始めた。定規がさらにひどく振りおろされた。クリストフはもう指の感じをも失った。黙って、嗚咽や涙をすすり込み飲み込みながら、いじらしく泣いていた。そして、こんなふうにつづけてもなんの得にもならないし、捨てばちな道をとった方がいいとさとった。彼はひくのをやめて、これから起ころうとする嵐を思っては前もって震え上がりながらも、大胆に言ってのけた。
「お父さん、僕はもうひきたくない。」
Melchior fut suffoqué.
—Quoi!... quoi!... cria-t-il.
Il lui secouait le bras, à le briser. Christophe, tremblant de plus en plus et levant le coude pour se garer des coups, continua:
—Je ne veux plus jouer. D'abord, parce que je ne veux pas être tapé. Et puis...
Il ne put achever. Une énorme gifle lui coupa la respiration. Melchior hurlait:
—Ah! tu ne veux pas être tapé? tu ne veux pas?...
C'était une grêle de coups. Christophe braillait, au travers de ses sanglots:
—Et puis... je n'aime pas la musique!... je n'aime pas la musique!...
Il se laissa glisser de son siège. Melchior l'y rassit brutalement, et il lui frappait les poignets contre le clavier. Il criait:
—Tu joueras!
Et Christophe criait:
—Non! non! je ne jouerai pas!
Melchior dut y renoncer. Il le mit à la porte, lui disant qu'il n'aurait pas à manger de tout le jour, de tout le mois, qu'il n'eût joué ses exercices, sans en manquer un seul. Il le poussa dehors d'un coup de pied au derrière, et fit battre sur lui la porte.
Christophe se trouva dans l'escalier, le sale et obscur escalier, aux marches vermoulues. Un courant d'air venait par le carreau brisé d'une lucarne; l'humidité suintait suites murs. Christophe s'assit sur une des marches grasses; son cœur sautait dans sa poitrine, de colère et d'émotion. Tout bas, il injuriait son père:
—Animal! voilà ce que tu es! Un animal... un grossier personnage... une brute! oui, une brute!... Et je te hais, je te hais... oh! je voudrais que tu fusses mort, que tu fusses mort!
Sa poitrine se gonflait. Il regardait désespérément l'escalier gluant, la toile d'araignée que le vent balançait au-dessus de la vitre cassée. Il se sentait seul, perdu dans son malheur. Il regarda le vide entre les barreaux de la rampe... S'il se jetait en bas?... ou bien par la fenêtre?... Oui, s'il se tuait pour les punir? Quels remords ils auraient! Il entendait le bruit de sa chute dans l'escalier. La porte d'en haut s'ouvrait précipitamment. Des voix angoissées criaient: «Il est tombé! il est tombé!» Les pas dégringolaient l'escalier. Son père, sa mère, se jetaient sur son corps en pleurant. Elle sanglotait: «C'est ta faute! c'est toi qui l'as tué!» Lui, agitait les bras, se jetait à genoux, se frappait la tête contre la rampe, criant: «Je suis un misérable! Je suis un misérable!»—Ce spectacle adoucissait sa peine. Il était sur le point d'avoir pitié de ceux qui le pleuraient; mais il pensait après, que c'était bien fait pour eux, et il savourait sa vengeance...
Quand il eut terminé son histoire, il se retrouva en haut de l'escalier, dans l'ombre; il regarda encore une fois, en bas, et il n'eut plus du tout envie de s'y jeter. Même, il eut un petit frisson, et s'éloigna du bord, en pensant qu'il pourrait tomber. Alors il se sentit décidément prisonnier, comme un pauvre oiseau en cage, prisonnier pour toujours, sans aucune ressource que de se casser la tête et de se faire bien mal. Il pleura, il pleura; et il se frottait les yeux avec ses petites mains sales, si bien qu'en un moment il fut tout barbouillé. Tout en pleurant, il continuait de regarder les choses qui l'entouraient; et cela le distrayait. Il s'arrêta un instant de gémir, pour observer l'araignée, qui venait de bouger. Puis il recommença, mais avec moins de conviction. Il s'écoutait pleurer, et continuait son bourdonnement machinal, sans plus très bien savoir pourquoi il le faisait. Il se leva bientôt; la fenêtre l'attirait. Il s'assit sur le rebord intérieur, prudemment retiré dans le fond, et surveillant du coin de l'œil l'araignée qui l'intéressait, mais qui le dégoûtait.
Le Rhin coulait en bas, au pied de la maison. De la fenêtre de l'escalier, on était suspendu au-dessus du fleuve comme dans un ciel mouvant. Christophe ne manquait jamais de le regarder quand il descendait les marches en clopinant; mais jamais il ne l'avait vu encore, comme aujourd'hui. Le chagrin aiguise les sens; il semble que tout se grave mieux dans les regards, après que les pleurs ont lavé les traces fanées des souvenirs. Le fleuve apparut à l'enfant comme un être,—inexplicable, mais combien plus puissant que tous ceux qu'il connaissait! Christophe se pencha pour mieux voir; il colla sa bouche et écrasa son nez sur la vitre. Où allait-il? Que voulait-il? Il avait l'air sûr de son chemin... Rien ne pouvait l'arrêter. À quelque heure que ce fût du jour ou de la nuit, pluie ou soleil au ciel, joie ou chagrin dans la maison, il continuait de passer; et l'on sentait que tout lui était égal, qu'il n'avait jamais de peine et qu'il jouissait de sa force. Quelle joie d'être comme lui, de courir à travers les prairies, les branches de saules, les petits cailloux brillants, le sable grésillant, et de ne se soucier de rien, de n'être gêné par rien, d'être libre!...
L'enfant regardait et écoutait avidement; il lui semblait qu'il était emporté par le fleuve... Quand il fermait les yeux, il voyait des couleurs: bleu, vert, jaune, rouge, et de grandes ombres qui courent, et des nappes de soleil... Les images se précisent. Voici une large plaine, des roseaux, des moissons ondulant sous la brise qui sent l'herbe fraîche et la menthe. Des fleurs de tous côtés, des bleuets, des pavots, des violettes. Que c'est beau! Que l'air est délicieux! Il doit faire bon s'étendre dans l'herbe épaisse et douce! Christophe se sent joyeux et un peu étourdi, comme lorsque son père lui a, les jours de fête, versé dans son grand verre un doigt de vin du Rhin...—Le fleuve passe... Le pays a changé... Ce sont maintenant des arbres qui se penchent sur l'eau; leurs feuilles dentelées, comme de petites mains, trempent, s'agitent et se retournent sous les flots. Un village, parmi les arbres, se mire dans le fleuve. On voit les cyprès et les croix du cimetière par-dessus le mur blanc, que lèche le courant... Puis, ce sont des rochers, un défilé de montagnes, les vignes sur les pentes, un petit bois de sapins, et les burgs ruinés. Et de nouveau, la plaine, les moissons, les oiseaux, le soleil...
La masse verte du fleuve continue de passer, comme une seule pensée, sans vagues, presque sans plis, avec des moires luisantes et grasses. Christophe ne la voit plus; il a fermé tout à fait les yeux, pour mieux l'entendre. Ce grondement continu le remplit, lui donne le vertige; il est aspiré par ce rêve éternel et dominateur. Sur le fond tumultueux des flots, des rythmes précipités s'élancent avec une ardente allégresse. Et le long de ces rythmes, des musiques montent, comme une vigne qui grimpe le long d'un treillis: des arpèges de claviers argentins, des violons douloureux, des flûtes veloutées aux sons ronds... Les paysages ont disparu. Le fleuve a disparu. Il flotte une atmosphère tendre et crépusculaire. Christophe a le cœur tremblant d'émoi. Que voit-il maintenant? Oh! les charmantes figures!...—Une fillette aux boucles brunes l'appelle, langoureuse et moqueuse... Un visage pâlot de jeune garçon aux yeux bleus le regarde avec mélancolie... D'autres sourires, d'autres yeux,—des yeux curieux et provocants, dont le regard fait rougir,—des yeux affectueux et douloureux, comme un bon regard de chien,—et des yeux impérieux, et des yeux de souffrance... Et cette figure de femme, blême, les cheveux noirs, et la bouche serrée, dont les yeux semblent manger la moitié du visage, et le fixent avec une violence qui fait mal... Et la plus chère de toutes, celle qui lui sourit avec ses clairs yeux gris, la bouche un peu ouverte, ses petites dents qui brillent... Ah! le beau sourire indulgent et aimant! il fond le cœur de tendresse! qu'il fait de bien, qu'on l'aime! Encore! Souris-moi encore! Ne t'en va point!...—Hélas! il s'est évanoui! Mais il laisse dans le cœur une douceur ineffable. Il n'y a plus rien de mal, il n'y a plus rien de triste, il n'y a plus rien... Rien qu'un rêve léger, une musique sereine, qui flotte dans un rayon de soleil, comme les fils de la Vierge par les beaux jours d'été...—Qu'est-ce donc qui vient de passer? Quelles sont ces images qui pénètrent l'enfant d'un trouble passionné? Jamais il ne les avait vues; et pourtant il les connaissait: il les a reconnues. D'où viennent-elles? De quel gouffre obscur de l'Être! Est-ce de ce qui fut... ou de ce qui sera?...
Maintenant, tout s'efface, toute forme s'est fondue... Une dernière fois encore, à travers un voile de brunie, apparaît, comme si l'on planait très haut, au-dessus de lui, le fleuve débordé, couvrant les champs, roulant auguste, lent, presque immobile. Et tout à fait au loin, comme une lueur d'acier au bord de l'horizon, une plaine liquide, une ligne de flots qui tremblent,—la Mer. Le fleuve court à elle. Elle semble courir à lui. Elle l'aspire. Il la veut. Il y va disparaître... La musique tournoie, les beaux rythmes de danse se balancent éperdus; tout est balayé dans leur tourbillon triomphal... L'âme libre fend l'espace, comme le vol des hirondelles, ivres d'air, qui traversent le ciel avec des cris aigus... Joie! Joie! Il n'y a plus rien!... Ô bonheur infini!...
Les heures avaient passé, le soir était venu, l'escalier était dans la nuit. Des gouttes de pluie faisaient sur la robe du fleuve des cercles, que le courant entraînait en dansant. Parfois une branche d'arbre, quelques écorces noires passaient sans bruit et s'en allaient. L'araignée meurtrière s'était retirée, repue, dans le coin le plus obscur.—Et le petit Christophe était toujours penché au bord du soupirail, avec sa figure pâle, barbouillée, rayonnante de bonheur. Il dormait.
メルキオルは息をつめた。
「なに、なに!……」と彼は叫んだ。
彼はクリストフの腕を折れるほど揺ぶった。クリストフはますます震え上がって、殴られるのを避けようと肱を上げながら、言いつづけた。
「もう弾きたくない。第一、打たれたくないし、それから……。」
彼は言い終えることができなかった。ひどく頬辺を打たれて息がつまった。メルキオルは喚きたてていた。
「うむ! 打たれたくないんだって、打たれたく……。」
拳固の霰が降った。クリストフはすすり泣きの間から絶叫していた。
「それから……音楽はいやだ!……音楽は嫌いだ!……」
彼は席から滑り落ちた。メルキオルは手荒く彼をまたすわり直させ、手首を掴んで鍵盤にぶっつけた。彼は叫んでいた。
「ひくんだ!」
クリストフは叫んでいた。
「いや、いや、弾くもんか!」
メルキオルは諦めなければならなかった。彼はクリストフを扉のところへ引張ってゆきながら、一か所も間違えずに練習をしてしまわないうちは、一日じゅう、一月じゅう、食物を与えないと言った。後ろから彼を蹴り出して、ばたりと扉を閉めきった。
クリストフは階段の中途にたたずんだ。きたない薄暗い階段で、踏段は虫に食われていた。軒窓のガラスの壊れたところから、風が吹き込んでいた。湿気で壁がじめじめしていた。クリストフは脂じみた踏段に腰を降ろした。胸の中は、憤怒と激情とで心臓がどきついていた。小声で彼は父をののしった。
「畜生、まったくそうだ! 畜生!……下司野郎……人非人! そうだ人非人だ!……おれは大嫌いだ。大嫌いだ。……死んじまうがいいや、死にやがれ!」
彼は胸がいっぱいになっていた。ねちねちした階段を、壊れた窓ガラスの上に風に揺られてる蜘蛛の巣を、絶望的に眺めていた。不幸の中に一人ぽっちで落ち込んだような気持だった。彼は手摺の棒の間の空間を眺めた。……もし下に飛び降りたら?……あるいは窓からでも?……そうだ、懲らしめのために自殺してやったら? 彼奴らはどんなに後悔するだろう! 自分が階段から落ちる音が耳に響いた! 上の扉が急いで開かれた。悲痛な声が叫んでいた、「あれが落こった! 落こった!」足音が階段をころび降りてきた。父が、母が、泣きながら彼の身体にとびついた。母はすすり上げていた、「あなたのせいです、あなたがこの子を殺したんです!」父は腕を振り動かし、ひざまずき、手摺に頭をぶっつけながら、叫んでいた、「おれが悪いんだ、おれが悪いんだ!」――そういう光景は、彼の苦しみを和らげた。彼は嘆いてる人たちを憐れもうとしかけた。しかし、彼等にはこれがちょうどいい報いだと後から考えた。そして復讐の光景を味わった……。
自分で作り出した話を終えてしまった時、彼はまた暗い階段の上に上っていた。彼はも一度下を覗いた。するともう少しも飛び降りたい気がしなかった。ちょっと身震いさえして、落ちるかもしれないと思いながらその端から遠のいた。その時彼は、まったく囚われの身なのを感じた。あわれな籠の鳥のようで、永久に囚われの身であり、頭を割るか大我怪をするかよりほかに逃げ道はなかった。彼は泣きに泣いた。きたない手で眼をこすっていたので、すぐに顔じゅう真黒になってしまった。そして泣きながらも、あたりのものを見つづけていた。それで気がまぎらされた。彼はちょっと泣声をやめて、動き出した蜘蛛を眺めた。それからまた泣きだしたが、前ほど本気ではなかった。自分の泣声に耳を澄していた。もうなぜだかよくもわからずにただ機械的な泣声をつづけていた。やがて彼は立ち上がった。窓に引きつけられたのである。彼は窓の内側に腰掛け、用心深く身体を奥の方に引込ませて、面白くもあるがまた厭な気もする蜘蛛を、じろじろ横目で見守った。
下には家のすぐそばをライン河が流れていた。階段の窓から覗くと、河の真上になっていて、揺らめく空中にいるがようだった。クリストフは一段一段と階段を降りてゆく時、いつも欠かさずその河を眺めたのだった。しかしまだかつて、その日のように河を見たことはなかった。悲痛は感覚を鋭利にする。色褪せた記憶の跡が涙に洗われた後には、すべてが眼の中によりよく刻み込まれるらしい。子供には河が生物のように見えた――不可解な生物、しかも彼が知ってる何よりもいく倍となく力強い生物! クリストフはなおよく見るために身を乗り出した。窓ガラスの上に口をあて鼻を押しつけた。彼はどこへ行こうとしているのか? 彼は何を望んでいるのか? 彼は自分の道を信じきってるような様子である。……何物も彼を止めることはできない。昼も夜もいかなる時でも、雨が降ろうと日が照ろうと、家の中に喜びがあろうと悲しみがあろうと、彼は流れつづけている。すべて何事も彼にとってはどうでもいいことらしい。彼はかつて苦しんだことがなく、常に自分の力を楽しんでいるらしい。彼のようだったら、どんなに愉快だろう! 牧場や、柳の枝や、光ってる小石や、さらさらした砂や、そういうものの間を分けて走り、何物にも気をもまず、何物にも煩わされず、まったくの自由である、そうなったらどんなに愉快だろう!……。
は貪るように眺めまた聴いていた。河に運ばれてるような気がした……。眼をつぶると、青や緑や黄や赤などの色が見えてき、過ぎゆく大きな影や、一面に降り注ぐ日の光が、見えてくる。……映像はしだいにはっきりとなる。それ、広い平野、葦の茂み、新鮮な草や薄荷の匂いがする微風に波打っている畑の作物。至るところに花が咲いている、矢車草、罌粟、菫。なんと美しいことだろう! なんと快い空気だろう! 密生した柔かな草の中に寝転んだら、さぞ気持がいいだろう!
……祝いの日に、ライン産の葡萄酒を少しばかり、大きな杯に父からついでもらった時のように、クリストフは心嬉しくて、少しぼーっとした心地になってくる……。――河は流れてゆく……。景色が変わる……。こんどは、水の上に覗き出た木立。歯形に切れてる木の葉は、小さな手のような形をして、河の中に浸り動き裏返っている。木立の間には、一つの村落が河に映っている。流れに洗われてる白壁の上には、墓地の糸杉や十字架が見えている。……次には、種々な岩、立ち並んだ山、傾斜地の葡萄畑、小さな樅の林、荒廃した城……。それからまた、平野、作物、小鳥、日の光……。
緑色の満々たる河水は、ただ一つの思想のように一体をなして、波も立てず、ほとんど皺も寄せず、脂ぎって光ってる水形模様を見せながら、流れつづける。クリストフはもうそれを眼には見ない。彼はその音をなおよく聞くために、眼をすっかり閉じている。たえざる水音は彼の心を満たし、彼に眩暈を与える。その覆いかぶさってくる悠久な夢に彼は吸い寄せられる。河水の騒々しい基調の上に、急調の律動が激しい愉悦をもって飛び出してくる。そしてそれらの節奏のまにまに、棚に葡萄蔓がよじ上るように、種々の音楽が高まってくる、銀音の鍵盤から出る白銀の琶音、悩ましいヴァイオリンの響き、円やかな音調のビロードのようなフルートの声……。景色は消えてしまった。河は消え失せてしまった。柔かな薄ら明るい大気が漂っている。クリストフの心は感動のあまり震えてくる。今や眼に見えるのは? おう麗わしい種々の面影!――栗色の髪を縮らした小娘が彼を呼んでいる、なよやかなまた揶揄うような様子で……。碧眼の幼い少年の蒼い顔が、憂わしげに彼を眺めている……。その他いろんな笑顔や眼付――見つめられると顔が真赤になるような、物珍らしげな挑みかかる眼――犬のやさしい眼付のような、愛を含んだ切ない眼――または厳めしい眼、または苦悶の眼……。それから、口元のしまった黒髪の蒼ざめた女の面影、その眼は顔の半ばを覆いつくすかと思われるほど大きく開かれて、苦しくなるほど激しく彼を見つめている……。それから、すべてのうちで最もなつかしいのは、澄みきった灰色の眼と、心もち開いた口と、光ってる細かな歯並とで、彼に微笑みかけてくれる面影……。ああ、その寛大な愛深い麗わしい微笑み! それはやさしい愛情で人の心を溶かしてしまう。いかに人を喜ばすことか! いかに人から好かれることか! もっと! もっと微笑みかけてくれ! 消え去ってはいけない!――ああ、悲しくもそれは消え失せてしまう。しかし人の心に得もいえぬやさしみを残してくれる。もうつらいことは少しもない、悲しいことは少しもない、もう何もない……。ただ軽やかな夢ばかり、夏の麗わしい日に見られる聖母の糸(空中にかかって浮んでる蜘蛛の糸――訳者)のように太陽の光線の中に漂ってる、朗らかな楽の音ばかり……。――では今しがた通り過ぎたのはなんだろう? 胸騒がしい情熱を子供心にしみ込ませるあれらの姿はなんだろう? かつて彼はまだそれらの姿を見たことがなかった。けれども彼はそれらを知っていた。見覚えがあった。それらはどこから来るのか? 「存在」のいかなる薄暗い深淵から来るのか? すでにあったものからなのか、……あるいはやがてあろうとするものからなのか?……
今や、すべては消え失せ、すべての形は溶け去ってしまう……。最後にも一度、靄のヴェールを通して、あたかも高くを翔ってる時のように、しかも自分の上の方に、満々と湛えた河が、野を覆いながら、おごそかに流れながら、ゆるやかなほとんど不動の姿で、現われてくる。そしてはるか遠くには、地平のはての鋼鉄の光のようにして、水の平野が、震える水の一線がある――海が。河はその海へ奔っている。また海は河へ奔ってるがようである。海は河を吸い寄せる。河は海を慕う。河は海に隠れようとしている……。音楽は渦巻き、舞踊の麗わしい節奏は狂わしいまでに揺り動く。その勝ち誇った旋風の中に、すべてが巻き込まれて一掃される……。自由な魂が宙をかすめて翔る、空気に酔いながら鋭い声を発して空を横ぎる、燕の飛翔のように。……歓喜、歓喜! もはや何物もない! おう、限りなき幸福!……
時間は過ぎていった。夕暮になっていた。階段は闇に包まれていた。雨のつぶが、河の平らな面に丸い輪を描くと、流れが踊りつつそれを運んでいった。時おりは、木の枝が、黒い樹皮が、音もなく通りかかって、過ぎ去っていった。毒蜘蛛は、餌を食いあきて、いちばん暗い片隅に引込んでしまった。――そして小さなクリストフは、よごれた蒼白い顔を幸福の色に輝かしながら、いつまでも軒窓の縁にもたれていた。彼は眠っていた。
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