Devant la barrière blanche aux piliers de brique, la famille et les domestiques attendaient. La chaise de poste s'arrêta, et les embrassades furent longues. Petite mère pleurait; Jeanne, attendrie, essuya deux larmes; père, nerveux, allait et venait.
Puis, pendant qu'on déchargeait les bagages, le voyage fut raconté devant le feu du salon. Les paroles abondantes coulaient des lèvres de Jeanne; et tout fut dit, tout, en une demi-heure, sauf peut-être quelques petits détails oubliés dans ce récit rapide.
Puis la jeune femme alla défaire ses paquets. Rosalie, tout émue aussi, l'aidait. Quand ce fut fini, quand le linge, les robes, les objets de toilette eurent été mis en place, la petite bonne quitta sa maîtresse; et Jeanne, un peu lasse, s'assit.
Elle se demanda ce qu'elle allait faire maintenant, cherchant une occupation pour son esprit, une besogne pour ses mains. Elle n'avait point envie de redescendre au salon auprès de sa mère qui sommeillait; et elle songeait à une promenade, mais la campagne semblait si triste qu'elle sentait en son coeur, rien qu'à la regarder par la fenêtre, une pesanteur de mélancolie.
Alors elle s'aperçut qu'elle n'avait plus rien à faire, plus jamais rien à faire. Toute sa jeunesse au couvent avait été préoccupée de l'avenir, affairée de songeries. La continuelle agitation de ses espérances emplissait, en ce temps-là, ses heures sans qu'elle les sentît passer. Puis, à peine sortie des murs austères où ses illusions étaient écloses, son attente d'amour se trouvait tout de suite accomplie. L'homme espéré, rencontré, aimé, épousé en quelques semaines, comme on épouse en ces brusques déterminations, l'emportait dans ses bras sans la laisser réfléchir à rien.
Mais voilà que la douce réalité des premiers jours allait devenir la réalité quotidienne qui fermait la porte aux espoirs indéfinis, aux charmantes inquiétudes de l'inconnu. Oui, c'était fini d'attendre.
Alors plus rien à faire, aujourd'hui, ni demain, ni jamais. Elle sentait tout cela vaguement à une certaine désillusion, à un affaissement de ses rêves.
Elle se leva et vint coller son front aux vitres froides. Puis, après avoir regardé quelque temps le ciel où roulaient des nuages sombres, elle se décida à sortir.
Étaient-ce la même campagne, la même herbe, les mêmes arbres qu'au mois de mai? Qu'étaient donc devenues la gaieté ensoleillée des feuilles, et la poésie verte du gazon où flambaient les pissenlits, où saignaient les coquelicots, où rayonnaient les marguerites, où frétillaient, comme au bout de fils invisibles, les fantasques papillons jaunes? Et cette griserie de l'air chargé de vie, d'arômes, d'atomes fécondants n'existait plus.
Les avenues, détrempées par les continuelles averses d'automne, s'allongeaient, couvertes d'un épais tapis de feuilles mortes, sous la maigreur grelottante des peupliers presque nus. Les branches grêles tremblaient au vent, agitaient encore quelque feuillage prêt à s'égrener dans l'espace. Et sans cesse, tout le long du jour, comme une pluie incessante et triste à faire pleurer, ces dernières feuilles, toutes jaunes maintenant, pareilles à de larges sous d'or, se détachaient, tournoyaient, voltigeaient et tombaient.
Elle alla jusqu'au bosquet. Il était lamentable comme la chambre d'un mourant. La muraille verte, qui séparait et faisait secrètes les gentilles allées sinueuses, s'était éparpillée. Les arbustes emmêlés, comme une dentelle de bois fin, heurtaient les unes aux autres leurs maigres branches; et le murmure des feuilles tombées et sèches que la brise poussait, remuait, amoncelait en tas par endroits, semblait un douloureux soupir d'agonie.
De tout petits oiseaux sautaient de place en place avec un léger cri frileux, cherchant un abri.
Garantis cependant par l'épais rideau des ormes jetés en avant- garde contre le vent de mer, le tilleul et le platane encore couverts de leur parure d'été semblaient vêtus l'un de velours rouge, l'autre de soie orange, teints aussi par les premiers froids selon la nature de leur sève.
Jeanne allait et venait à pas lents dans l'avenue de petite mère, le long de la ferme des Couillard. Quelque chose l'appesantissait comme le pressentiment des longs ennuis de la vie monotone qui commençait.
Puis elle s'assit sur le talus où Julien, pour la première fois, lui avait parlé d'amour; et elle resta là, rêvassant, presque sans songer, alanguie jusqu'au coeur, avec une envie de se coucher, de dormir pour échapper à la tristesse de ce jour.
Tout à coup, elle aperçut une mouette qui traversait le ciel, emportée dans une rafale; et elle se rappela cet aigle qu'elle avait vu, là-bas, en Corse, dans le sombre val d'Ota. Elle reçut au coeur la vive secousse que donne le souvenir d'une chose bonne et finie; et elle revit brusquement l'île radieuse avec son parfum sauvage, son soleil qui mûrit les oranges et les cédrats, ses montagnes aux sommets roses, ses golfes d'azur, et ses ravins où roulent des torrents.
Alors l'humide et dur paysage qui l'entourait, avec la chute lugubre des feuilles, et les nuages gris entraînés par le vent, l'enveloppa d'une telle épaisseur de désolation qu'elle rentra pour ne point sangloter.
Petite mère, engourdie devant la cheminée, sommeillait, accoutumée à la mélancolie des journées, ne la sentant plus. Père et Julien étaient partis se promener en causant de leurs affaires. Et la nuit vint, semant de l'ombre morne dans le vaste salon, qu'éclairaient par éclats les reflets du feu.
Au-dehors, par les fenêtres, un reste de jour laissait distinguer encore cette nature sale de fin d'année et le ciel grisâtre, comme frotté de boue lui-même.
Le baron bientôt parut, suivi de Julien; dès qu'il eut pénétré dans la pièce enténébrée, il sonna, criant:
— Vite, vite, de la lumière! il fait triste ici.
Et il s'assit devant la cheminée. Pendant que ses pieds mouillés fumaient près de la flamme et que la crotte de ses semelles tombait, séchée par la chaleur, il se frottait gaiement les mains:
— Je crois bien, dit-il, qu'il va geler; le ciel s'éclaircit au nord; c'est pleine lune ce soir; ça piquera ferme cette nuit.
Puis, se tournant vers sa fille:
— Eh bien, petite, es-tu contente d'être revenue dans ton pays, dans ta maison, auprès des vieux?
Cette simple question bouleversa Jeanne. Elle se jeta dans les bras de son père, les yeux pleins de larmes, et l'embrassa nerveusement, comme pour se faire pardonner; car, malgré ses efforts de coeur pour être gaie, elle se sentait triste à défaillir. Elle songeait pourtant à la joie qu'elle s'était promise en retrouvant ses parents; et elle s'étonnait de cette froideur qui paralysait sa tendresse, comme si, lorsqu'on a beaucoup pensé de loin aux gens qu'on aime, et perdu l'habitude de les voir à toute heure, on éprouvait, en les retrouvant, une sorte d'arrêt d'affection jusqu'à ce que les liens de la vie commune fussent renoués.
Le dîner fut long; on ne parla guère. Julien semblait avoir oublié sa femme.
Au salon, ensuite, elle se laissa engourdir par le feu, en face de petite mère qui dormait tout à fait; et, un moment réveillée par la voix des deux hommes qui discutaient, elle se demanda, en essayant de secouer son esprit, si elle allait aussi être saisie par cette léthargie morne des habitudes que rien n'interrompt.
La flamme de la cheminée, molle et rougeâtre pendant le jour, devenait vive, claire, crépitante. Elle jetait de grandes lueurs subites sur les tapisseries ternies des fauteuils, sur le renard et la cigogne, sur le héron mélancolique, sur la cigale et la fourmi.
Le baron se rapprocha, souriant et tendant ses doigts ouverts aux tisons vifs:
— Ah ah! ça flambe bien, ce soir. Il gèle, mes enfants, il gèle.
Puis il posa sa main sur l'épaule de Jeanne, et, montrant le feu:
— Vois-tu, fillette, voilà ce qu'il y a de meilleur au monde: le foyer, le foyer avec les siens autour. Rien ne vaut ça. Mais si on allait se coucher. Vous devez être exténués, les enfants?
Remontée en sa chambre, la jeune femme se demandait comment deux retours aux mêmes lieux qu'elle croyait aimer pouvaient être si différents. Pourquoi se sentait-elle comme meurtrie, pourquoi cette maison, ce pays cher, tout ce qui, jusque-là, faisait frémir son coeur, lui semblaient-ils aujourd'hui si navrants?
Mais son oeil soudain tomba sur sa pendule. La petite abeille voltigeait toujours de gauche à droite, et de droite à gauche, du même mouvement rapide et continu, au-dessus des fleurs de vermeil. Alors, brusquement, Jeanne fut traversée par un élan d'affection, remuée jusqu'aux larmes devant cette petite mécanique qui semblait vivante, qui lui chantait l'heure et palpitait comme une poitrine.
Certes, elle n'avait pas été aussi émue en embrassant père et mère. Le coeur a des mystères qu'aucun raisonnement ne pénètre.
Pour la première fois depuis son mariage, elle était seule en son lit, Julien, sous prétexte de fatigue, ayant pris une autre chambre. Il était convenu d'ailleurs que chacun aurait la sienne.
Elle fut longtemps à s'endormir, étonnée de ne plus sentir un corps contre le sien, déshabituée du sommeil solitaire, et troublée par le vent hargneux du nord qui s'acharnait contre le toit.
Elle fut réveillée au matin par une grande lueur qui teignait son lit de sang; et ses carreaux, tout barbouillés de givre, étaient rouges comme si l'horizon entier brûlait.
S'enveloppant d'un grand peignoir, elle courut à sa fenêtre et l'ouvrit.
Une brise glacée, saine et piquante, s'engouffra dans sa chambre, lui cinglant la peau d'un froid aigu qui fit pleurer ses yeux; et au milieu d'un ciel empourpré, un gros soleil, rutilant et bouffi comme une figure d'ivrogne, apparaissait derrière les arbres. La terre, couverte de gelée blanche, dure et sèche à présent, sonnait sous les pieds des gens de ferme. En cette seule nuit toutes les branches encore garnies des peupliers s'étaient dépouillées; et derrière la lande apparaissait la grande ligne verdâtre des flots tout parsemés de traînées blanches.
Le platane et le tilleul se dévêtaient rapidement sous les rafales. À chaque passage de la brise glacée des tourbillons de feuilles détachées par la brusque gelée s'éparpillaient dans le vent, comme un envolement d'oiseaux. Jeanne s'habilla, sortit, et, pour faire quelque chose, alla voir les fermiers.
Les Martin levèrent les bras, et la maîtresse l'embrassa sur les joues; puis on la contraignit à boire un petit verre de noyau. Et elle se rendit à l'autre ferme. Les Couillard levèrent les bras; la maîtresse la bécota sur les oreilles, et il fallut avaler un petit verre de cassis.
Après quoi elle rentra déjeuner.
Et la journée s'écoula comme celle de la veille, froide, au lieu d'être humide. Et les autres jours de la semaine ressemblèrent à ces deux-là; et toutes les semaines du mois ressemblèrent à la première.
Peu à peu, cependant, son regret des contrées lointaines s'affaiblit. L'habitude mettait sur sa vie une couche de résignation pareille au revêtement de calcaire que certaines eaux déposent sur les objets. Et une sorte d'intérêt pour les mille choses insignifiantes de l'existence quotidienne, un souci des simples et médiocres occupations régulières renaquit en son coeur. En elle se développait une espèce de mélancolie méditante, un vague désenchantement de vivre. Que lui eût-il fallu? Que désirait-elle? Elle ne le savait pas. Aucun besoin mondain ne la possédait; aucune soif de plaisir, aucun élan même vers les joies possibles; lesquelles, d'ailleurs? Ainsi que les vieux fauteuils du salon ternis par le temps, tout se décolorait doucement à ses yeux, tout s'effaçait, prenait une nuance pâle et morne.
Ses relations avec Julien avaient changé complètement. Il semblait tout autre depuis le retour de leur voyage de noces, comme un acteur qui a fini son rôle et reprend sa figure ordinaire. C'est à peine s'il s'occupait d'elle, s'il lui parlait même; toute trace d'amour avait subitement disparu; et les nuits étaient rares où il pénétrait dans sa chambre.
Il avait pris la direction de la fortune et de la maison, révisait les baux, harcelait les paysans, diminuait les dépenses et, ayant revêtu lui-même des allures de fermier gentilhomme, il avait perdu son vernis et son élégance de fiancé.
Il ne quittait plus, bien qu'il fût tigré de taches, un vieil habit de chasse en velours, garni de boutons de cuivre, retrouvé dans sa garde-robe de jeune homme, et, envahi par la négligence des gens qui n'ont plus besoin de plaire, il avait cessé de se raser, de sorte que sa barbe longue, mal coupée, l'enlaidissait incroyablement. Ses mains n'étaient plus soignées; et il buvait, après chaque repas, quatre ou cinq petits verres de cognac.
Jeanne ayant essayé de lui faire quelques tendres reproches, il avait répondu si brusquement: «Tu vas me laisser tranquille, n'est-ce pas?» qu'elle ne se hasarda plus à lui donner des conseils.
Elle avait pris son parti de ces changements d'une façon qui l'étonnait elle-même. Il était devenu un étranger pour elle, un étranger dont l'âme et le coeur lui restaient fermés. Elle y songeait souvent, se demandant d'où venait qu'après s'être rencontrés ainsi, aimés, épousés dans un élan de tendresse, ils se retrouvaient tout à coup presque aussi inconnus l'un à l'autre que s'ils n'avaient pas dormi côte à côte.
Et comment ne souffrait-elle pas davantage de son abandon? Était- ce ainsi, la vie? S'étaient-ils trompés? N'y avait-il plus rien pour elle dans l'avenir?
Si Julien était demeuré beau, soigné, élégant, séduisant, peut- être eût-elle beaucoup souffert?
Il était convenu qu'après le jour de l'an les nouveaux mariés resteraient seuls; et que père et petite mère retourneraient passer quelques mois dans leur maison de Rouen. Les jeunes gens, cet hiver-là, ne devaient point quitter les Peuples, pour achever de s'installer, de s'habituer et de se plaire aux lieux où allait s'écouler toute leur vie. Ils avaient quelques voisins d'ailleurs, à qui Julien présenterait sa femme. C'étaient les Briseville, les Coutelier et les Fourville.
Mais les jeunes gens ne pouvaient encore commencer leurs visites, parce qu'il avait été impossible jusque-là de faire venir le peintre pour changer les armoiries de la calèche.
La vieille voiture de famille avait été cédée, en effet, à son gendre par le baron; et Julien, pour rien au monde, n'aurait consenti à se présenter dans les châteaux voisins si l'écusson des de Lamare n'avait été écartelé avec celui des Le Perthuis des Vauds.
Or, un seul homme dans le pays conservait la spécialité des ornements héraldiques, c'était un peintre de Bolbec, nommé Bataille, appelé tour à tour dans tous les castels normands pour fixer les précieux ornements sur les portières des véhicules.
Enfin, un matin de décembre, vers la fin du déjeuner, on vit un individu ouvrir la barrière et s'avancer dans le chemin droit. Il portait une boîte sur son dos. C'était Bataille.
On le fit entrer dans la salle et on lui servit à manger comme s'il eût été un monsieur, car sa spécialité, ses rapports incessants avec toute l'aristocratie du département, sa connaissance des armoiries, des termes consacrés, des emblèmes, en avaient fait une sorte d'homme-blason à qui les gentilshommes serraient la main.
On fit apporter aussitôt un crayon et du papier et, pendant qu'il mangeait, le baron et Julien esquissèrent leurs écussons écartelés. La baronne, toute secouée dès qu'il s'agissait de ces choses, donnait son avis; et Jeanne elle-même prenait part à la discussion comme si quelque mystérieux intérêt se fût soudain éveillé en elle.
Bataille, tout en déjeunant, indiquait son opinion, prenait parfois le crayon, traçait un projet, citait des exemples, décrivait toutes les voitures seigneuriales de la contrée, semblait apporter avec lui, dans son esprit, dans sa voix même, une sorte d'atmosphère de noblesse.
C'était un petit homme à cheveux gris et ras, aux mains souillées de couleurs, et qui sentait l'essence. Il avait eu autrefois, disait-on, une vilaine affaire de moeurs; mais la considération générale de toutes les familles titrées avait depuis longtemps effacé cette tache.
Dès qu'il eut fini son café, on le conduisit sous la remise et on enleva la toile cirée qui recouvrait la voiture. Bataille l'examina, puis il se prononça gravement sur les dimensions qu'il croyait nécessaires de donner à son dessin; et, après un nouvel échange d'idées, il se mit à la besogne.
Malgré le froid, la baronne fit apporter un siège afin de le regarder travailler; puis elle demanda une chaufferette pour ses pieds qui se glaçaient: et elle se mit tranquillement à causer avec le peintre, l'interrogeant sur des alliances qu'elle ignorait, sur les morts et les naissances nouvelles, complétant par ses renseignements l'arbre des généalogies qu'elle portait en sa mémoire.
Julien était demeuré près de sa belle-mère, à cheval sur une chaise. Il fumait sa pipe, crachait par terre, écoutait, et suivait de l'oeil la mise en couleur de sa noblesse.
Bientôt, le père Simon, qui se rendait au potager avec sa bêche sur l'épaule, s'arrêta lui-même pour considérer le travail; et l'arrivée de Bataille ayant pénétré dans les deux fermes, les deux fermières ne tardèrent point à se présenter. Elles s'extasiaient, debout aux deux côtés de la baronne, répétant:
— Faut d'l'adresse tout d'même pour fignoler ces machines-là.
Les écussons des deux portières ne purent être terminés que le lendemain, vers onze heures. Tout le monde aussitôt fut présent; et on tira la calèche dehors pour mieux juger.
C'était parfait. On complimenta Bataille qui repartit avec sa boîte accrochée au dos. Et le baron, sa femme, Jeanne et Julien tombèrent d'accord sur ce point que le peintre était un garçon de grands moyens qui, si les circonstances l'avaient permis, serait devenu, sans aucun doute, un artiste.
レンガの柱のある白い門の前では、家族や使用人が待っていた。駅馬車が止まり、抱擁が長くなった。
そして、荷物を降ろす間、居間の焚き火の前で旅の様子が語られた。ジャンヌの唇から溢れんばかりに言葉が溢れ出し、30分ほどですべてが語り尽くされた。
そして、若い女性は荷物を解きに行った。同じく感動していたロザリーも手伝った。リネン、ドレス、トイレ用品が揃ったところで、小間使いは女主人から離れ、ジャンヌは少し疲れて腰を下ろした。
そして、自分にはもう何もない、何もすることがないと悟ったのだ。修道院での青春時代は、ずっと将来のことで頭がいっぱいで、思案に暮れていた。その頃、彼女の希望は絶えず揺れ動き、それが過ぎ去るのを感じることなく、彼女の時間を満たしていた。そして、幻想が花開いた厳かな壁を離れると同時に、恋の予感はたちまち的中した。彼女が望み、出会い、愛し、数週間で結婚した男は、このように突然決まった結婚のように、何も考えさせずに彼女を腕に抱いたのである。
しかし、今、最初の頃の甘い現実が、日々の現実となり、不確定な希望や未知の魅力的な不安への扉を閉ざしてしまったのです。そう、待ち望んでいたのだ。
だから、もうやることはない。今日も、明日も、これからも。彼女はそのことを、ある種の幻滅、夢の崩壊として漠然と感じ取っていた。
彼女は立ち上がると、冷たいガラスに額を押し付けた。そして、暗い雲が立ち込める空をしばらく眺めた後、彼女は外に出ることにした。
5月と同じ田園風景、同じ草原、同じ木々だったのだろうか。タンポポが咲き乱れ、ポピーが血を流し、ヒナギクが輝き、黄色い蝶々が見えない糸の先で蠢く、葉の陽気さと芝生の緑の詩はどうなってしまったのだろう。そして、生命と香りと肥料となる原子で満たされた空気のこの爽快感は、もはや存在しない。
秋の雨が降り続く中、枯葉の絨毯に覆われた並木道が、ほとんど裸のポプラの薄さに震えながら伸びているのです。棘のある枝は風に震え、まだ宇宙に吹き飛ばされそうな葉っぱをいくつか振っている。そして一日中、絶え間なく降り続く雨のように、大きな金色の小銭のような、今はすっかり黄色くなった最後の葉が、離れ、渦を巻き、ひらひらと落ちていった。
彼女は木立の中に入っていった。まるで死にかけの男の部屋のような哀れさだった。緩やかに曲がる路地を区切り、秘密にしていた緑の壁が散在していた。絡み合った潅木は、細い木のレースのように、細い枝を打ち合わせ、落ち葉や枯葉のざわめきは、風が押し、かき混ぜ、所々に盛り上げ、苦悩のため息のようだった。
小さな鳥たちが、少し寒そうな鳴き声をあげながら、避難場所を求めてあちこちに飛び回っている。
しかし、海風を防ぐために前衛として投入されたニレの厚いカーテンによって、菩提樹とプラタナスの木はまだ夏の装いで、一方は赤いベルベット、他方はオレンジ色のシルクをまとっているようだった。
ジャンヌは、クイヤール農場に沿って、小さな母の通りをゆっくりと上下に歩いた。これから始まる単調な生活の長い悩みを予感させるような、何かが彼女の心に重くのしかかっていた。
そして、ジュリアンが初めて愛を語った堤防に腰を下ろし、そのまま、ほとんど何も考えず、芯から気だるく、横になりたい、眠りたい、この日の悲しみから逃れたいと思いながら、白昼夢を見続けていた。
突然、突風に流されて空を横切るカモメを見た。そして彼女は、あそこで、コルシカ島の暗いオタの谷で見たあのワシを思い出したのだ。そして、野生の香りを放つ輝く島、オレンジやシトロンを熟成させる太陽、ピンクの頂を持つ山々、紺碧の湾、激流が流れる渓谷を、突然、再び目にしたのである。
そして、周りの湿った厳しい風景、悲しげな落ち葉、風に運ばれる灰色の雲、そんな寂寥感の厚みに包まれ、彼女は嗚咽を避けるように家の中に入っていったのである。
暖炉の前でしびれを切らした小母さんは、その日の憂鬱に慣れて、もはやそれを感じずに居眠りをしていた。父とジュリアンは、仕事の話をしながら散歩に出かけていた。そして夜が来て、火のまぶしさに照らされた広いリビングルームに陰鬱な影を落とした。
外の窓からは、まだ日の光が残っていて、年末の汚れ具合と、泥そのものをこすりつけたような灰色がかった空を確認することができた。
男爵はすぐに現れ、次いでジュリアンも現れた。暗い部屋に入るや否や、叫び声を上げた。
- ここは悲しい。
そして、暖炉の前に座った。濡れた足が炎で燻され、足の裏の糞が落ちて熱で乾く間、彼は嬉しそうに手を揉んでいた。
- 北の空は晴れてきたし、今夜は満月だ、今夜は地獄のようにしみるだろう。
そして、娘に目を向ける。
- さて、おチビちゃん、自分の国に帰って、自分の家で、年寄りと一緒にいるのは嬉しいかい?
この素朴な疑問がジャンヌを動揺させた。彼女は涙を流しながら、父の腕の中に身を投じ、緊張した面持ちで父を抱きしめた。しかし、彼女は両親との再会を約束した喜びを思い、自分の優しさを麻痺させるこの冷たさを不思議に思った。まるで、愛する人のことを遠くからたくさん考え、四六時中会う習慣がなくなったとき、再び彼らに会うと、普通の生活の絆が更新されるまで愛情が止まってしまうような感覚だ。
夕食の時間は長く、ほとんど何も語られなかった。ジュリアンは、妻のことを忘れてしまったようだ。
その後、居間で、すっかり寝入った小母さんと向かい合って、火のそばに身を任せ、二人の男が話し合っている声で一瞬目を覚まし、自分もこのまま何も邪魔をしない退屈な無気力に襲われるのだろうかと、心を揺さぶりながら考えた。
昼間は赤々と柔らかかった暖炉の炎が、明るく澄んで、パチパチと音を立てるようになった。肘掛け椅子の変色したタペストリーにも、狐やコウノトリにも、憂いを帯びたサギにも、セミやアリにも、突然大きな光を投げかけている。
男爵は近づいてきて、微笑みながら、開いた指を明るい火の粉に差し出した。
- 子供たちよ、凍えているのだ。子供たちよ、凍えているのだ。
そして、ジャンヌの肩に手を置き、火を指差しながらこう言った。
- ほら、お嬢ちゃん、これこそ世界一のものだよ、家だよ、周りに仲間がいる家だよ。これほどのものはない。でも、もう寝よう。子供たち、疲れたでしょう?
部屋に戻ってから、若い女性は、大好きだと思っていた場所に2度行くと、どうしてこうも違うのだろうと思った。この家も、この愛すべき国も、それまで彼女の心を震わせたものすべてが、なぜ今、こんなに苦しそうに見えるのだろう。
しかし、彼女の視線はふと自分の時計に注がれた。小さな蜂は、赤々とした花の上を、左から右へ、右から左へ、相変わらずの素早い動きで飛び回っていた。そして突然、ジャンヌは、まるで生きているような、時間を歌い、胸のように脈打つこの小さな機械の前で、愛情に溢れ、感動して涙を流した。
もちろん、父と母を抱きしめたときには、それほど感動はなかった。心には、どんな理屈も通じない謎がある。
結婚以来、初めてベッドで一人になった。ジュリアンは疲れを理由に別の部屋を取っていた。各自が自分の部屋を持つことが合意された。
一人で眠るのに慣れていない彼女は、自分の体に触れていないことに驚き、屋根にぶつかる北風に邪魔された。
朝、彼女はベッドを血で染めるような大きな光で目を覚まし、霜に覆われた窓は地平線全体が燃えているかのように赤く染まっていた。
大きなガウンにくるまり、窓際に走っていって、窓を開けた。
絹のような、チクチクとした氷のような風が、彼女の部屋に押し寄せ、目を潤ませるほどの鋭い冷たさで肌を刺し、滲んだ空の中に、酔った姿のように煌々と膨らんだ大きな太陽が、木々の向こうに姿を見せた。白い霜に覆われた大地は、今は固く乾いていて、農民たちの足元で音を立てている。その一夜のうちに、まだ覆われていたポプラの枝はすべてなぎ倒され、湿原の背後には、緑がかった大波が、白い筋を描いて現れた。
プラタナスや菩提樹は、突風でどんどんなぎ倒されていく。氷のような風が吹くたびに、突然の霜で剥がれた葉の渦が、まるで鳥が飛び立つように風に乗って散らばっていく。ジャンヌは服を着て外に出て、何かしようと思って、農夫たちに会いに行った。
マーチン夫妻は腕を上げ、女主人は彼女の頬に口づけをし、それから小さなグラスに入ったピットを飲ませるようにした。そして、彼女は他の農場へ行った。クイヤールは腕を上げ、女主人は彼女の耳にキスをし、彼女は小さなグラスに入ったカシスを飲み込まなければならなかった。
この後、彼女は家に帰って昼食をとった。
そして、その日は前日と同じように、雨ではなく、寒さで過ぎていきました。また,週の他の日はこの二つに似ており,月のすべての週は最初の週に似ていた。
しかし、次第に遠い国への憧れは薄れていった。習慣は彼の人生に、ある種の水が物に与える石灰岩のコーティングのような、諦めの層を作り出した。そして、日常生活の千差万別な些細なことへの興味、単純で平凡な定職への関心のようなものが、彼女の心の中に生まれ変わったのです。瞑想的なメランコリーのようなものが、彼女の中に生まれ、人生に漠然とした幻滅を覚えるようになった。彼女には何が必要だったのだろう?彼女は何を望んでいたのか?彼女は知らなかった。世俗的な欲求もなく、快楽への渇望もなく、可能性のある喜びへの衝動さえもない、さらに言えば、どんな喜びなのか?時間によって変色した客間の古い肘掛け椅子のように、彼女の目には、すべてがゆっくりと色あせ、青白く鈍い色合いを帯びていたのだ。
ジュリアンとの関係もすっかり変わってしまった。新婚旅行から帰ってきた彼は、まるで自分の役を終えて普通の姿に戻った役者のように、まったく違って見えた。愛している様子もなく、話しかけられることもなく、部屋に入ることもめったにない。
彼は、領地と家の管理を引き受け、借地権を改定し、小作人に嫌がらせをして経費を削減し、自ら紳士的な農夫の姿になり、婚約者としての見栄や気品は失われていたのである。
彼はまだ、若いころのタンスにあった真鍮のボタンのついた古いビロードの狩猟服を着ていたが、それは斑点があり、彼はもう喜ばせる必要がなくなった人々の不注意で、髭を剃らなくなったので、長い手入れをしていない髭が彼を信じられないほど醜く見せていた。手先が不器用になり、毎食後、小さなグラスに4、5杯のブランデーを飲んでいた。
ジャンヌが優しい言葉で彼を咎めようとすると、彼は唐突に「放っておいてくれないかね」と答えたので、彼女はもはや彼に何の助言もする気になれなかった。
この変化を、彼女は意外な形で受け止めていた。彼は彼女にとって、魂も心も閉ざされたままの赤の他人になっていたのだ。こうして出会い、愛し合い、優しさのあまり結婚した二人が、突然、隣り合わせで眠らなかったかのように、ほとんど他人同士になってしまうのはどうしてだろう、と彼女はよく考えていた。
そして、彼に捨てられたことで、どうして彼女はもっと苦しまないのだろう。人生ってこんなものだったのか?間違っていたのだろうか?この先、彼女には何も残されていないのだろうか。
もしジュリアンがハンサムで、身だしなみがよく、エレガントで、魅惑的なままだったら、おそらく彼女はとても苦しんでいただろう?
正月が過ぎたら新婚夫婦は一人になり、父と母は数ヶ月間ルーアンの家に戻ることになった。その冬、若者たちは、これから一生を過ごす場所に慣れ、好きになるために、ピーポスから離れないようにした。隣人が何人かいて、ジュリアンはその人たちに妻を紹介することになる。ブリゼヴィル家、クトリエ家、そしてフルヴィル家である。
しかし、絵描きに馬車の紋章を変えてもらうことが、今のところできないので、若者たちはまだ訪問を開始できないでいた。
ジュリアンは、もしラマレ家の紋章とル・ペルテイ・デ・ヴォー家の紋章が分かれていなければ、近隣の城に出向くことを承諾したことだろう。
ボルベック出身のバタイユという画家は、ノルマン人のすべての城に順番に呼ばれ、貴重な紋章を車のドアに取り付けた。
そして、12月のある日の昼下がり、門を開け、まっすぐな道へと入っていく人の姿が見えた。背中に箱を背負っている。バタイユだった。
彼は、まるで紳士であるかのように部屋に通され、食事を出された。彼の専門分野、つまり、部署のあらゆる貴族と常に接触し、紋章、奉献語、紋章の知識を持つ彼は、紳士たちが握手する紋章男のような存在になっていたからだ。
男爵とジュリアンが食事をしている間に四分円紋をスケッチしていると、すぐに鉛筆と紙が運ばれてきた。男爵夫人は、このような話が出るや否や震え上がり、自分の意見を述べ、ジャンヌ自身も、何か不思議な興味が急に湧いてきたかのように、その議論に参加するのであった。
バタイユは昼食をとりながら、自分の意見を述べ、時には鉛筆を取り、計画を立て、例を引用し、この地方のあらゆる高貴な馬車を説明し、彼の心の中に、彼の声そのものに、一種の高貴な雰囲気をもたらしているようだった。
短い白髪の小柄な男で、手は色に染まっていて、ガソリンの匂いがした。彼はかつて、道徳的に醜いところがあったと言われているが、名門一家の一般的な評価によって、その汚点はとっくに払拭されている。
コーヒーを飲み干すと、すぐに小屋に案内され、車を覆っていたオイルクロスが剥がされた。バタイユはそれを見て、自分の絵に必要な大きさを慎重に決め、新たな意見交換をした後、制作に取り掛かった。
男爵夫人は寒さにもかかわらず、彼の仕事を見るために椅子を運んでもらい、凍えている足のために暖房器具を頼み、画家と静かにおしゃべりを始めた。自分の知らない同盟について、死や新しい誕生について尋ね、彼の情報によって、自分の記憶の中にある系図を完成させた。
ジュリアンは義母のそばで、椅子にまたがったままである。パイプを吸い、床に唾を吐き、耳を傾け、その高貴な人の色香を目で追っていた。
やがて、鋤を肩に担いで菜園に向かうシモン神父が、この仕事を考えて立ち止まり、バタイユの到着が二つの農場に浸透すると、二人の農婦が名乗りを上げるのに時間はかからなかった。彼らは恍惚とした表情で、男爵夫人の両脇に立ち、繰り返した。
- このような機械に仕上げを施すには、かなりの技術が必要です。
2つの扉のエスカッションを完成させることができたのは、翌日の11時頃であった。みんな一度に集まったので、判断しやすいようにと、馬車を外に出した。
完璧だった。バタイユは褒められ、箱を背中にぶら下げて去っていった。そして、男爵とその妻、ジャンヌ、ジュリアンは、この画家は裕福な少年で、状況が許せば、間違いなく芸術家になっただろう、という点で意見が一致したのである。
Mais, par mesure d'économie, Julien avait accompli des réformes, qui nécessitaient des modifications nouvelles.
Le vieux cocher était devenu jardinier, le vicomte se chargeant de conduire lui-même et ayant vendu les carrossiers pour n'avoir plus à payer leur nourriture.
Puis, comme il fallait quelqu'un pour tenir les bêtes quand les maîtres seraient descendus, il avait fait un petit domestique d'un jeune vacher nommé Marius.
Enfin, pour se procurer des chevaux, il introduisit dans le bail des Couillard et des Martin une clause spéciale contraignant les deux fermiers à fournir chacun un cheval, un jour chaque mois, à la date fixée par lui, moyennant quoi ils demeuraient dispensés des redevances de volailles.
Donc les Couillard ayant amené une grande rosse à poil jaune, et les Martin un petit animal blanc à poil long, les deux bêtes furent attelées côte à côte; et Marius, noyé dans une ancienne livrée du père Simon, amena devant le perron du château cet équipage.
Julien, nettoyé, la taille cambrée, avait retrouvé un peu de son élégance passée; mais sa barbe longue lui donnait, malgré tout, un aspect commun.
Il considéra l'attelage, la voiture et le petit domestique, et les jugea satisfaisants, les armoiries repeintes ayant seules pour lui de l'importance.
La baronne, descendue de sa chambre au bras de son mari, monta avec peine et s'assit, le dos soutenu par des coussins. Jeanne à son tour parut. Elle rit d'abord de l'accouplement des chevaux, le blanc, disait-elle, était le petit-fils du jaune; puis, quand elle aperçut Marius, la face ensevelie dans son chapeau à cocarde, dont son nez seul limitait la descente, et les mains disparues dans la profondeur des manches, et les deux jambes enjuponnées dans les basques de sa livrée, dont ses pieds, chaussés de souliers énormes, sortaient étrangement par le bas; et quand elle le vit renverser la tête en arrière pour regarder, lever le genou pour faire un pas, comme s'il allait enjamber un fleuve, et s'agiter comme un aveugle pour obéir aux ordres, perdu tout entier, disparu dans l'ampleur de ses vêtements, elle fut saisie d'un rire invincible, d'un rire sans fin.
Le baron se retourna, considéra le petit homme abasourdi, et, cédant aussitôt à la contagion, il éclata, appelant sa femme, ne pouvant plus parler.
— Re-regarde Ma-Ma-Marius! Est-il drôle! Mon Dieu, est-il drôle.
Alors la baronne, s'étant penchée par la portière et l'ayant considéré, fut secouée d'une telle crise de gaieté que toute la calèche dansait sur ses ressorts, comme soulevée par des cahots.
Mais Julien, la face pâle, demanda:
— Qu'est-ce que vous avez à rire comme ça? il faut que vous soyez fous!
Jeanne, malade, convulsée, impuissante à se calmer, s'assit sur une marche du perron. Le baron en fit autant; et, dans la calèche, des éternuements convulsifs, une sorte de gloussement continu, disaient que la baronne étouffait. Et soudain la redingote de Marius se mit à palpiter. Il avait compris sans doute, car il riait lui-même de toute sa force au fond de sa coiffure.
Alors Julien, exaspéré, s'élança. D'une gifle il sépara la tête du gamin et le chapeau géant qui s'envola sur le gazon; puis, s'étant retourné vers son beau-père, il balbutia d'une voix tremblante de colère:
— Il me semble que ce n'est pas à vous de rire. Nous n'en serions pas là si vous n'aviez gaspillé votre fortune et mangé votre avoir. À qui la faute si vous êtes ruiné?
Toute la gaieté fut glacée, cessa net. Et personne ne dit un mot. Jeanne, prête à pleurer maintenant, monta sans bruit près de sa mère. Le baron, surpris et muet, s'assit en face des deux femmes; et Julien s'installa sur le siège, après avoir hissé près de lui l'enfant larmoyant et dont la joue enflait.
La route fut triste et parut longue. Dans la voiture on se taisait. Mornes et gênés tous trois, ils ne voulaient point s'avouer ce qui préoccupait leurs coeurs. Ils sentaient bien qu'ils n'auraient pu parler d'autre chose, tant cette pensée douloureuse les obsédait, et ils aimaient mieux se taire tristement que de toucher à ce sujet pénible.
Au trot inégal des deux bêtes, la calèche longeait les cours des fermes, faisait fuir à grands pas des poules noires effrayées qui plongeaient et disparaissaient dans les haies, était parfois suivie d'un chien-loup hurlant qui regagnait ensuite sa maison, le poil hérissé, en se retournant encore pour aboyer vers la voiture. Un gars en sabots crottés, à longues jambes nonchalantes, qui allait, les mains au fond des poches, la blouse bleue gonflée par le vent dans le dos, se rangeait pour laisser passer l'équipage et retirait gauchement sa casquette, laissant voir ses cheveux plats collés au crâne.
Et, entre chaque ferme, les plaines recommençaient avec d'autres fermes, au loin, de place en place.
Enfin, on pénétra dans une grande avenue de sapins aboutissant à la route. Les ornières, boueuses et profondes, faisaient se pencher la calèche et pousser des cris à petite mère. Au bout de l'avenue, une barrière blanche était fermée; Marius courut l'ouvrir et on contourna un immense gazon pour arriver, par un chemin arrondi, devant un haut, vaste et triste bâtiment dont les volets étaient clos.
La porte du milieu soudain s'ouvrit; et un vieux domestique paralysé, vêtu d'un gilet rouge rayé de noir que recouvrait en partie son tablier de service, descendit à petits pas obliques les marches du perron. Il prit le nom des visiteurs et les introduisit dans un spacieux salon dont il ouvrit péniblement les persiennes toujours fermées. Les meubles étaient voilés de housses, la pendule et les candélabres enveloppés de linge blanc; et un air moisi, un air d'autrefois, glacé, humide, semblait imprégner les poumons, le coeur et la peau de tristesse.
Tout le monde s'assit et on attendit. Quelques pas entendus dans le corridor au-dessus annonçaient un empressement inaccoutumé. Les châtelains, surpris, s'habillaient au plus vite. Ce fut long. Une sonnette tinta plusieurs fois. D'autres pas descendirent un escalier, puis remontèrent.
La baronne, saisie par le froid pénétrant, éternuait coup sur coup. Julien marchait de long en large. Jeanne, morne, restait assise auprès de sa mère. Et le baron, adossé au marbre de la cheminée, demeurait le front bas.
Enfin, une des hautes portes tourna, découvrant le vicomte et la vicomtesse de Briseville. Ils étaient tous les deux petits, maigrelets, sautillants, sans âge appréciable, cérémonieux et embarrassés. La femme en robe de soie ramagée, coiffée d'un petit bonnet douairière à rubans, parlait vite de sa voix aigrelette.
Le mari, serré dans une redingote pompeuse, saluait avec un ploiement des genoux. Son nez, ses yeux, ses dents déchaussées, ses cheveux qu'on aurait dits enduits de cire et son beau vêtement d'apparat luisaient comme luisent les choses dont on prend grand soin.
Après les premiers compliments de bienvenue et les politesses de voisinage, personne ne trouva plus rien à dire. Alors on se félicita de part et d'autre sans raison. On continuerait, espérait-on des deux côtés, ces excellentes relations. C'était une ressource de se voir quand on habitait toute l'année la campagne.
Et l'atmosphère glaciale du salon pénétrait les os, enrouait les gorges. La baronne toussait maintenant sans avoir cessé tout à fait d'éternuer. Alors le baron donna le signal du départ. Les Briseville insistèrent.
— Comment? si vite? Restez donc encore un peu.
Mais Jeanne s'était levée malgré les signes de Julien qui trouvait trop courte la visite.
On voulut sonner le domestique pour faire avancer la voiture. La sonnette ne marchait plus. Le maître du logis se précipita, puis vint annoncer qu'on avait mis les chevaux à l'écurie.
Il fallut attendre. Chacun cherchait une phrase, un mot à dire. On parla de l'hiver pluvieux. Jeanne, avec d'involontaires frissons d'angoisse, demanda ce que pouvaient faire leurs hôtes, tous deux seuls, toute l'année. Mais les Briseville s'étonnèrent de la question, car ils s'occupaient sans cesse, écrivant beaucoup à leurs parents nobles semés par toute la France, passant leurs journées en des occupations microscopiques, cérémonieux l'un vis- à-vis de l'autre comme en face des étrangers, et causant majestueusement des affaires les plus insignifiantes.
Et sous le haut plafond noirci du vaste salon inhabité, tout empaqueté en des linges, l'homme et la femme si petits, si propres, si corrects, semblaient à Jeanne des conserves de noblesse.
Enfin la voiture passa devant les fenêtres avec ses deux bidets inégaux. Mais Marius avait disparu. Se croyant libre jusqu'au soir, il était sans doute parti faire un tour dans la campagne.
Julien, furieux, pria qu'on le renvoyât à pied; et, après beaucoup de saluts de part et d'autre, on reprit le chemin des Peuples.
Dès qu'ils furent enfermés dans la calèche, Jeanne et son père, malgré l'obsession pesante qui leur restait de la brutalité de Julien, se remirent à rire en contrefaisant les gestes et les intonations des Briseville. Le baron imitait le mari, Jeanne faisait la femme, mais la baronne, un peu froissée dans ses respects, leur dit:
— Vous avez tort de vous moquer ainsi, ce sont des gens très comme il faut, appartenant à d'excellentes familles.
On se tut pour ne point contrarier petite mère, mais de temps en temps, malgré tout, père et Jeanne recommençaient en se regardant. Il saluait avec cérémonie et, d'un ton solennel:
— Votre château des Peuples doit être bien froid, madame, avec ce grand vent de mer qui le visite tout le jour?
Elle prenait un air pincé et, minaudant avec un petit frétillement de la tête pareil à celui d'un canard qui se baigne:
— Oh! ici, monsieur, j'ai de quoi m'occuper toute l'année. Puis nous possédons tant de parents à qui écrire. Et M. de Briseville se décharge de tout sur moi. Il s'occupe de recherches savantes avec l'abbé Pelle. Ils font ensemble l'histoire religieuse de la Normandie.
La baronne souriait à son tour, contrariée et bienveillante, et répétait:
— Ce n'est pas bien de se moquer ainsi des gens de notre classe.
Mais soudain la voiture s'arrêta, et Julien criait appelant quelqu'un par-derrière. Alors Jeanne et le baron, s'étant penchés aux portières, aperçurent un être singulier qui semblait rouler vers eux. Les jambes embarrassées dans la jupe flottante de sa livrée, aveuglé par sa coiffure qui chavirait sans cesse, agitant ses manches comme des ailes de moulin, pataugeant dans les larges flaques d'eau qu'il traversait éperdument, trébuchant contre toutes les pierres de la route, se trémoussant, bondissant et couvert de boue, Marius suivait la calèche de toute la vitesse de ses pieds.
Dès qu'il l'eut rattrapée, Julien, se penchant, l'empoigna par le collet, l'amena près de lui et, lâchant les rênes, se mit à cribler de coups de poing le chapeau qui s'enfonça jusqu'aux épaules du gamin en sonnant comme un tambour. Le gars hurlait là- dedans, essayait de fuir, de sauter du siège, tandis que son maître, le maintenant d'une main, frappait toujours avec l'autre.
Jeanne, éperdue, balbutiait: «Père… Oh! père!» et la baronne, soulevée d'indignation, serrait le bras de son mari.
— Mais empêchez-le donc, Jacques.
Alors brusquement le baron abaissa la vitre de devant et, attrapant la manche de son gendre, lui jeta d'une voix frémissante:
— Avez-vous bientôt fini de frapper cet enfant?
Julien, stupéfait, se retourna:
— Vous ne voyez donc pas dans quel état le bougre a mis sa livrée?
Mais le baron, la tête sortie entre les deux:
— Eh, que m'importe! on n'est pas brutal à ce point.
Julien se fâchait de nouveau: «Laissez-moi tranquille, s'il vous plaît, cela ne vous regarde pas!» et il levait encore la main; mais son beau-père la saisit brusquement et l'abaissa avec tant de force qu'il la heurta contre le bois du siège, et il cria si violemment: «Si vous ne cessez pas, je descends et je saurai bien vous arrêter, moi!» que le vicomte se calma soudain, et, haussant les épaules sans répondre, il fouetta les bêtes qui partirent au grand trot.
Les deux femmes, livides, ne remuaient point, et on entendait distinctement les coups pesants du coeur de la baronne.
Au dîner Julien fut plus charmant que de coutume, comme si rien ne s'était passé. Jeanne, son père et Mme Adélaïde, qui oubliaient vite en leur sereine bienveillance, attendris de le voir aimable, se laissaient aller à la gaieté avec la sensation de bien-être des convalescents; et, comme Jeanne reparlait des Briseville, son mari lui-même plaisanta, mais il ajouta bien vite:
— C'est égal, ils ont grand air.
On ne fit point d'autres visites, chacun craignant de raviver la question Marius. Il fut seulement décidé qu'on enverrait aux voisins des cartes au jour de l'an, et qu'on attendrait, pour aller les voir, les premiers jours tièdes du printemps prochain.
La Noël vint. On eut à dîner le curé, le maire et sa femme. On les invita de nouveau pour le jour de l'an. Ce furent les seules distractions qui rompirent le monotone enchaînement des jours.
Père et petite mère devaient quitter les Peuples le 9 janvier; Jeanne les voulait retenir, mais Julien ne s'y prêtait guère, et le baron, devant la froideur grandissante de son gendre, fit venir de Rouen une chaise de poste.
La veille de leur départ, les paquets étant finis, comme il faisait une claire gelée, Jeanne et son père se résolurent à descendre jusqu'à Yport où ils n'avaient point été depuis le retour de Corse.
Ils traversèrent le bois qu'elle avait parcouru le jour de son mariage, toute mêlée à celui dont elle devenait pour toujours la compagne, le bois où elle avait reçu sa première caresse, tressailli du premier frisson, pressenti cet amour sensuel qu'elle ne devait connaître enfin que dans le vallon sauvage d'Ota, auprès de la source où ils avaient bu, mêlant leurs baisers à l'eau.
Plus de feuilles, plus d'herbes grimpantes, rien que le bruit des branches, et cette rumeur sèche qu'ont en hiver les taillis dépouillés.
Ils entrèrent dans le petit village. Les rues vides, silencieuses, gardaient une odeur de mer, de varech et de poisson. Les vastes filets tannés séchaient toujours, accrochés devant les portes ou bien étendus sur le galet. La mer, grise et froide, avec son éternelle et grondante écume, commençait à descendre, découvrant vers Fécamp les rochers verdâtres au pied des falaises. Et, le long de la plage, les grosses barques échouées sur le flanc semblaient de vastes poissons morts. Le soir tombait et les pêcheurs s'en venaient par groupes au Perret, marchant lourdement, avec leurs grandes bottes marines, le cou enveloppé de laine, un litre d'eau-de-vie d'une main, la lanterne du bateau de l'autre. Longtemps ils tournèrent autour des embarcations inclinées; ils mettaient à bord, avec la lenteur normande, leurs filets, leurs bouées, un gros pain, un pot de beurre, un verre et la bouteille de trois-six. Puis ils poussaient vers l'eau la barque redressée qui dévalait à grand bruit sur le galet, fendait l'écume, montait sur la vague, se balançait quelques instants, ouvrait ses ailes brunes et disparaissait dans la nuit avec son petit feu au bout du mât.
Et les grandes femmes des matelots dont les dures carcasses saillaient sous les robes minces, restées jusqu'au départ du dernier pêcheur, rentraient dans le village assoupi, troublant de leurs voix criardes le lourd sommeil des rues noires.
Le baron et Jeanne, immobiles, contemplaient l'éloignement dans l'ombre de ces hommes qui s'en allaient ainsi, chaque nuit, risquer la mort pour ne point crever de faim, et si misérables cependant qu'ils ne mangeaient jamais de viande.
Le baron, s'exaltant devant l'océan, murmura:
— C'est terrible et beau. Comme cette mer sur qui tombent les ténèbres, sur qui tant d'existences sont en péril, c'est superbe! n'est-ce pas, Jeannette?
Elle répondit avec un sourire gelé:
— Ça ne vaut point la Méditerranée.
Mais son père, s'indignant:
— La Méditerranée! de l'huile, de l'eau sucrée, l'eau bleue d'un baquet de lessive. Regarde donc celle-ci comme elle est effrayante avec ses crêtes d'écume! Et songe à tous ces hommes, partis là- dessus, et qu'on ne voit déjà plus.
Jeanne, avec un soupir, consentit:
— Oui, si tu veux.
Mais ce mot qui lui était venu aux lèvres, «la Méditerranée», l'avait de nouveau pincée au coeur, rejetant toute sa pensée vers ces contrées lointaines où gisaient ses rêves.
Le père et la fille alors, au lieu de revenir par les bois, gagnèrent la route et montèrent la côte à pas ralentis. Ils ne parlaient guère, tristes de la séparation prochaine.
Parfois, en longeant les fossés des fermes, une odeur de pommes pilées, cette senteur de cidre frais qui semble flotter en cette saison sur toute la campagne normande, les frappait au visage, ou bien un gras parfum d'étable, cette bonne et chaude puanteur qui s'exhale du fumier de vaches. Une petite fenêtre éclairée indiquait, au fond de la cour, la maison d'habitation.
Et il semblait à Jeanne que son âme s'élargissait, comprenait des choses invisibles; et ces petites lueurs éparses dans les champs lui donnèrent soudain la sensation vive de l'isolement de tous les êtres que tout désunit, que tout sépare, que tout entraîne loin de ce qu'ils aimeraient.
Alors, d'une voix résignée, elle dit:
— Ça n'est pas toujours gai, la vie.
Le baron soupira:
— Que veux-tu, fillette, nous n'y pouvons rien.
Et le lendemain, père et petite mère étant partis, Jeanne et
Julien restèrent seuls.
しかし、ジュリアンは経済的な理由から、新たな改造を必要とする改革を行った。
子爵は自分で運転するようになり、食事代を払わないように馬車を売ったので、老いた馬車の運転手は庭師になっていた。
そして、主人が降りてきたときに動物の世話をする人が必要なので、マリウスという若い牛飼いを小さな召使いにしていたのです。
そして、馬を手に入れるために、クーラード家とマーティン家の賃貸借契約に特別条項を設け、2人の農夫に毎月1日ずつ、自分の決めた日に馬を提供することを義務づけ、その見返りとして鶏肉税の支払いを免除することにした。
そこで、クイヤール家は黄色い毛の大きなロゼットを、マーチン家は白い長毛の小動物を連れてきて、二頭の獣を並べて馬具でつなぎ、シモン神父の古い胴着を着たマリウスが、この一味を城の正面玄関まで連れてきた。
そのため、徭蛍の恬瞳は、徭蛍の恬瞳を徭蛍の恬瞳と揖じように恬撹することができます,gucci 下。
彼は、馬車、車、小さな召使いを検討し、満足のいくものと判断し、塗り直された紋章だけが彼にとって重要なことであった。
夫の腕に抱かれて部屋から降りてきた男爵夫人は、苦労してよじ登り、クッションで背中を支えながら腰を下ろした。今度はジャンヌが登場した。最初は馬の交配に笑い、白い馬は黄色い馬の孫だと言い、次にマリウスを見て、顔がコック帽に埋まり、その鼻だけが下を制限し、手は袖の奥に消え、両足は上着のストッキングにまたがり、そこから大きな靴をはいた足が底から奇妙に突き出ていた。そして、彼が首をかしげて見、膝を持ち上げて一歩を踏み出そうとし、まるで川を踏み越えようとするかのように、命令に従うために盲人のように暴れ、完全に迷い、服の幅に消えていくのを見たとき、彼女は無敵の笑いに襲われた、果てしない笑いであった。
男爵は振り返って、唖然とした小男を見ると、たちまち伝染病にかかってしまい、声を出せずに妻を呼びながら暴れ出した。
- マ・マ・マリウスをもう一度見てみてごらん! 彼は面白いじゃないか!?なんと、彼は面白いんだ。
すると、男爵夫人は扉から身を乗り出して彼を見つめながら、あまりの歓喜に揺さぶられ、馬車全体がバンプで持ち上げられたように、バネの上で踊ってしまったのです。
しかし、ジュリアンは青ざめた顔で、こう尋ねた。
- というのも、「このままでは、この先もずっとこのままになってしまう」と思ったからです。
ということです。男爵も同様で、馬車の中では、痙攣するようなくしゃみ、笑い声が続き、男爵夫人が窒息しそうだと言っていました。すると突然、マリウスのフロックコートがひらひらと動き出した。彼は間違いなく理解していた。彼自身、髪の奥で力いっぱい笑っていたのだから。
すると、憤慨したジュリアンが突進してきた。そして、義父の方を向いて、怒りに震える声でこう言った。
- 笑うのはあなたのためではないようです。あなたが財産を浪費し、富を食いつぶさなければ、このような事態にはならなかったはずです。誰のせいでダメになったんだ?
その陽気な雰囲気は凍りつき、ピタリと止まってしまった。そして、誰も何も言わない。今にも泣き出しそうなジャンヌは、静かに母のもとへ近づいていった。男爵は驚いて無言のまま二人の女性の向かいに座り、ジュリアンは頬を腫らして泣く子供を抱きかかえて座面に腰を下ろした。
道は悲しく、長く感じられた。車内では無言だった。3人は鈍感で、恥ずかしくて、心の内を認め合おうとはしなかった。二人は、この辛い思いに取り付かれて、他のことは話せないと思い、この辛い話題に触れるよりも、悲しいことに黙っていることを好んだ。
二頭の獣が不規則に小走りに走る中、馬車は農園を走り、怯えた黒い鶏が慌てて生垣に飛び込んで消えたり、時には狼犬が吠え、毛を逆立てて家に戻り、また馬車に吠えて振り向いたりしていました。泥だらけの下駄を履き、ノンビリした長い脚で、ポケットに手を深く入れ、青いブラウスを背中の風で膨らませて行く男が、クルーを通すために車を止め、不器用に帽子を脱いで、頭に貼り付いた平たい髪を見せるのである。
そして、それぞれの農場の間に、また別の農場が、遠くから、あちこちにある平原が始まった。
そして、ついに道路に続く大きなモミの木の並木道に入った。ぬかるんだ深いわだちで、馬車はたわみ、小母さんは悲鳴をあげた。マリウスはそれを開けに走り、私たちは広大な芝生を避け、丸みを帯びた小道を通って、シャッターが閉まった高く広大で悲しい建物の前にたどり着いたのである。
中戸が突然開き、赤地に黒の縞模様の腰巻をした下半身不随の老使用人が、サービスエプロンで一部を覆い、小さな斜めのステップで階段を下りてきた。来客の名前を聞き、シャッターを苦労して開け、まだ閉まっている広いリビングルームに案内した。家具はカバーで覆われ、時計と燭台は白いリネンで包まれ、かび臭い空気、古風な空気、氷のように湿った空気が、肺と心臓と肌に悲しみを浸透させているようだった。
みんな座って待っていた。上の廊下で聞こえるいくつかの足音が、慣れない熱狂を告げた。従者たちは驚いて、急いで着替えた。時間がかかった。ベルが何度も鳴った。他の足音は階段を下り、そしてまた上っていく。
男爵夫人は突き刺さるような寒さに襲われ、次々とくしゃみをした。ジュリアンは上へ下へと歩いた。男爵は、母に寄りかかりながら、まだ不機嫌そうに座っていた。そして、男爵は大理石の暖炉に寄りかかり、額を低くしたままであった。
ついに高い扉が開き、ブリスヴィル子爵夫妻が姿を現した。二人とも小柄で、痩せていて、弾力があり、年齢不詳で、儀礼的で、恥ずかしそうにしていた。ゴージャスなシルクのドレスを着て、リボンのついた小さなダボダボの帽子をかぶった妻は、不機嫌そうな声で早口でまくし立てた。
偉そうなフロックコートを着たご主人は、膝を曲げて敬礼した。鼻、目、抜けた歯、蝋で固めたような髪、美しい礼服は、手入れをしたものほど輝きを放つ。
最初の歓迎の言葉と隣人への礼儀作法が終わると、誰もそれ以上話すことが見つからなかった。だから、彼らは理由もなくお互いを祝福し合った。このような素晴らしい関係が双方で継続することが望まれた。一年中、田舎に住んでいると、顔を合わせるのは資源である。
そして、客間の氷のような雰囲気が骨身にしみて、のどをうるおした。男爵夫人は、今は咳をしているが、くしゃみはまだ止まっていない。そして、男爵は出発の合図をした。ブリゼビル夫妻はそう主張した。
- どうして、こんなに早く?だから、もうちょっといてください。
しかし、ジャンヌは、ジュリアンが「短い時間だから」と言ったにもかかわらず、立ち上がってしまった。
召使いを鳴らして馬車を動かそうというのだ。鐘はもう動かない。主人が駆けつけ、馬を馬小屋に入れたことを告げに来た。
待たされた。みんな、フレーズ、言葉を探していた。雨の多い冬の話をされました。ジャンヌは、思わず苦悶の表情を浮かべながら、「二人きりで、一年中、何ができるのだろう」と問いかけた。しかし、ブリズヴィル家はその質問に驚いた。彼らは常に忙しく、フランス中の高貴な親戚に多くの手紙を書き、日々微小な作業に明け暮れ、他人に対しても儀礼的に接し、最も重要でない事柄について荘厳に語っていたからだ。
そして、広大な無人のサロンの黒く高い天井の下で、リネンに包まれたその男女は、とても小さく、清潔で、正しく、ジャンヌには保存された貴族のように見えたのです。
ついに車が窓の前を通り過ぎ、2つの不等号のビデがついた。しかし、マリウスは姿を消していた。夕方まで暇だから、きっと田舎にドライブに行ったのだろう。
ジュリアンは激怒し、徒歩で送り返すよう懇願し、双方で多くの挨拶を交わした後、民衆への道を歩み出した。
初めて馬車に閉じ込められたジャンヌと父は、ジュリアンの残忍さに残る重い強迫観念にもかかわらず、ブリズヴィル家の身振りやイントネーションを真似て、再び笑い始めたのである。男爵は夫の、ジャンヌは妻の真似をしたが、男爵夫人はその点では少し気分を害して、二人に向かって言った。
- このように馬鹿にするのは間違っている。彼らは立派な家柄に属し、とてもきちんとした人たちである。
母を怒らせないように、二人は黙っていたが、時折、何事もなく、父とジャンヌは顔を見合わせながら、再び話し始めた。彼は、儀礼的に敬礼し、厳粛な口調でこう言った。
- マダム、あなたのシャトー・デ・プルは、一日中訪れるこの大きな海風で、とても寒いのではありませんか?
彼女はつまらなそうな顔をして、風呂に入るアヒルのように頭を少し振ってシミジミと言いながら、「あ、これ、先生、よくわからないんですけど」と言った。
- ああ、これです、一年中忙しくなるくらいありますよ。それから、手紙を書く親戚がたくさんいるんです。そして、ブリズヴィル氏が私のためにすべて面倒を見てくれる。アベ・ペレと学術的な研究を行っている。一緒にノルマンディーの宗教史をやっているのです。
男爵夫人は困ったような、慈悲深いような、交互に微笑んで、繰り返した。
- このように私たちの階級をバカにするのは間違っている。
しかし、突然、馬車が止まり、ジュリアンが後ろから人を呼ぶように叫んだ。
追いつくや否や、ジュリアンは身を屈めて襟首を掴んで近づけ、手綱を放して、少年の肩に沈んだ拳で帽子をなじり始め、太鼓のような音を立てた。若者はそこで吠え、逃げようとし、座席から飛び降りようとしたが、主人は片手で彼を押さえながら、もう片方の手でまだ殴っていた。
- しかし、彼を止めてくれ、ジャック。
すると男爵は突然、正面の窓を下ろし、婿の袖を掴んで震える声でこう言った。
- というのも、「このままではいけない」と思ったからだ。
ジュリアンは唖然として、振り向いた。
- この虫けらがどんな状態になったか、わからないのか?
しかし、男爵は、その間に頭を出して
- しかし、男爵は二人の間に頭を突っ込んで、「おい、どうでもいいじゃないか。 そんなに残酷なことをするなよ」と言った。
ジュリアンはまた怒って、「ほっといてくれ、頼む、お前には関係ないだろ!」と言い、また手を挙げたが、義父はそれを急に掴み、座面の木にぶつかるほど力強く下げ、「もし止めないなら、降りてきてお前を止める方法を知っているぞ!」と激しく怒鳴った。 というのも、"崖っぷち "だからです。
二人の女性は憤慨したまま動かず、男爵夫人の心臓を打つ重い音がはっきりと聞こえました。
夕食時のジュリアンは、何事もなかったかのように、いつも以上に魅力的だった。このような場合、"崖っぷち "であることを自覚し、"崖っぷち "であることを自覚することが大切です。
- どれも同じで、とても素敵です。
マリウス問題を蒸し返すことを恐れて、それ以上の訪問はしなかった。元旦に近所の人たちにカードを送り、訪問は春先の暖かい日になってからにしようということになっただけだった。
クリスマスがやってきた。神父様と市長とその奥様を夕食にお招きしました。お正月に再び招待された。単調な日々の連鎖を断ち切る、唯一の気晴らしだった。
父と幼い母は1月9日にピープルズを離れることになった。ジャンヌは二人を引き留めようとしたが、ジュリアンはとても引き留められる状態ではなく、男爵は婿の冷淡さに直面し、ルーアンから郵便馬車で送り出した。
出発の前日、晴れた霜が降りたので、ジャンヌと父は、コルシカ島から戻って以来行っていなかったイポートに下りることにした。
その森は、彼女が初めて愛撫を受け、最初のときめきに震え、大田の谷で、二人が酒を飲み、水中でキスを交わした泉のそばで、最後に知ることになる官能的な愛を感じ取った場所である。
もう葉もなく、草も生えない。枝の音と、冬に裸の雑木林が出す乾いた噂だけが聞こえる。
二人は小さな村に入った。誰もいない静かな通りには、昆布と魚の海の匂いが漂っている。広大ななめし網はまだ乾いておらず、扉の前に吊るされていたり、小石の上に転がっていたりしていた。海は灰色で冷たく、永遠に轟くような泡を立てて、フェカンの方に崖のふもとの緑がかった岩を見せながら、下り始めていた。そして、海岸沿いには大きな船が横付けされ、まるで広大な魚の死骸のように見えた。夕方になると、漁師たちが集団でル・ペレにやってきて、大きな海靴を履いて、首には毛糸を巻き、片手に1リットルのブランデー、もう片方の手には船の提灯を持って、重そうに歩きました。長い間、彼らは傾いたボートの周りを回っていた。彼らはノルマン人のようにゆっくりと、網、ブイ、大きなパン、バターの瓶、グラス、3-6の瓶を船に乗せた。そして、直立した舟を水面に向かって押し出すと、舟は小石の上を大きな音を立てて転がり落ち、泡を割って波の上に上がり、しばらく揺れ、茶色の羽を開いて、マストの先にある小さな火とともに夜の中に消えていった。
そして、船員の背の高い妻たちは、薄いドレスの下に硬い肉体が突き出ていて、最後の漁師が去るまで残り、眠った村に戻り、その甲高い声で黒い通りの重い眠りを妨げた。
男爵とジャンヌは、動かずに、飢えで死なないために、毎晩死の危険を冒して出かけたこの男たちの影で、遠くを眺めていたが、あまりの惨めさに、決して肉を食べなかった。
男爵は、海の前で高らかに、こうつぶやいた。
- 恐ろしくもあり、美しくもある。多くの命が危険にさらされている、闇が降り注ぐこの海のように、それは素晴らしい!そうでしょう、ジャネット?
彼女は凍りついたような笑顔で答えた。
- 地中海の価値にはかないませんわ。
しかし、彼女の父親は憤慨してこう言った。
- 地中海!あれは油だよ、甘い水、洗濯物の桶の青い水。見てごらん、この泡だらけの紋章の恐ろしさ!」。そして、そこに登っていった、もう見ることのできない男たちのことを考えるのだ。
ジャンヌは、ため息をつきながら承諾した。
- はい、お好きなように。
しかし、彼女の口から出た「地中海」という言葉が、再び彼女の胸を締め付け、すべての思いを夢のある遠い国へと投げ返したのだった。
その後、父娘は林の中を戻らず、道路に出て、ゆっくりとした足取りで坂を登っていった。二人は口数が少なく、来るべき別れを悲しんでいた。
時々、農場の溝を歩いていると、リンゴをつぶしたような匂い、この季節になるとノルマンの田舎全体に漂う新鮮なリンゴ酒の匂いが顔をかすめ、あるいは牛舎の太った匂い、牛の糞尿から吐き出される温かく良い悪臭が顔をかすめました。中庭の奥にある小さな明かり取りの窓が、住まいを示していた。
そしてジャンヌは、自分の魂が広がり、目に見えないものを理解しているように思えた。野原に散らばるこの小さな光は、あらゆるものがばらばらにし、あらゆるものが分離し、あらゆるものが自分の望むものから遠く離れていく、あらゆる存在の孤立感を突然、彼女に鮮明に感じさせたのである。
そして、諦めたような声でこう言った。
- いつも明るいわけではないんですよ、人生って。
男爵はため息をついた。
- 何がしたいんだ、お嬢さん、どうしようもないだろう。
翌日、父と母がいなくなったので、ジャンヌと
と、他の2人に任せた。
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