Une Vie

Une Vie 『女の一生』第7章

 

Les cartes entrèrent alors dans la vie des jeunes gens. Chaque jour, après le déjeuner, Julien, tout en fumant sa pipe et se gargarisant avec du cognac dont il buvait peu à peu six à huit verres, faisait plusieurs parties de bésigue avec sa femme. Elle montait ensuite en sa chambre, s'asseyait près de la fenêtre et, pendant que la pluie battait les vitres ou que le vent les secouait, elle brodait obstinément une garniture de jupon. Parfois, fatiguée, elle levait les yeux et contemplait au loin la mer sombre qui moutonnait. Puis, après quelques minutes de ce regard vague, elle reprenait son ouvrage.

Elle n'avait d'ailleurs rien autre chose à faire, Julien ayant repris toute la direction de la maison, pour satisfaire pleinement ses besoins d'autorité et ses démangeaisons d'économie. Il se montrait d'une parcimonie féroce, ne donnait jamais de pourboires, réduisait la nourriture au strict nécessaire; et comme Jeanne, depuis qu'elle était venue aux Peuples, se faisait faire chaque matin par le boulanger une petite galette normande, il supprima cette dépense et la condamna au pain grillé.

Elle ne disait rien, afin d'éviter les explications, les discussions et les querelles, mais elle souffrait comme de coups d'aiguille à chaque nouvelle manifestation d'avarice de son mari. Cela lui semblait bas et odieux à elle, élevée dans une famille où l'argent comptait pour rien. Combien souvent elle avait entendu dire à petite mère:

— Mais c'est fait pour être dépensé, l'argent.

Julien, maintenant, répétait:

— Tu ne pourras donc jamais t'habituer à ne pas jeter l'argent par les fenêtres?

Et chaque fois qu'il avait rogné quelques sous sur un salaire ou sur une note, il prononçait, avec un sourire, en glissant la monnaie dans sa poche:

— Les petits ruisseaux font les grandes rivières.

En certains jours cependant, Jeanne se reprenait à rêver. Elle s'arrêtait doucement de travailler et, les mains molles, le regard éteint, elle refaisait un de ses romans de petite fille, partie en des aventures charmantes. Mais soudain, la voix de Julien qui donnait un ordre au père Simon l'arrachait à ce bercement de songerie; et elle reprenait son patient ouvrage en se disant: «C'est fini, tout ça»; et une larme tombait sur ses doigts qui poussaient l'aiguille.

Rosalie aussi, autrefois si gaie et toujours chantant, était changée. Ses joues rebondies avaient perdu leur vernis rouge et, presque creuses maintenant, semblaient parfois frottées de terre.

Souvent Jeanne lui demandait:

— Es-tu malade, ma fille?

La petite bonne répondait toujours:

— Non, madame.

Un peu de sang lui montait aux pommettes et elle se sauvait bien vite.

Au lieu de courir comme autrefois, elle traînait ses pieds avec peine et ne paraissait même plus coquette, n'achetait plus rien aux marchands voyageurs qui lui montraient en vain leurs rubans de soie et leurs corsets et leurs parfumeries variées.

Et la grande maison avait l'air de sonner le creux, toute morne, avec sa face que les pluies maculaient de longues traînées grises.

À la fin de janvier les neiges arrivèrent. On voyait de loin les gros nuages du nord au-dessus de la mer sombre; et la blanche descente des flocons commença. En une nuit toute la plaine fut ensevelie, et les arbres apparurent au matin drapés dans cette écume de glace.

Julien, chaussé de hautes bottes, l'air hirsute, passait son temps au fond du bosquet, embusqué derrière le fossé donnant sur la lande, à guetter les oiseaux émigrants. De temps en temps un coup de fusil crevait le silence gelé des champs; et des bandes de corbeaux noirs effrayés s'envolaient des grands arbres en tournoyant.

Jeanne, succombant à l'ennui, descendait parfois sur le perron. Des bruits de vie venaient de fort loin répercutés sur la tranquillité dormante de cette nappe livide et morne.

Puis elle n'entendait plus rien qu'une sorte de ronflement des flots éloignés et le glissement vague et continu de cette poussière d'eau gelée tombant toujours.

Et la couche de neige s'élevait sans cesse sous la chute infinie de cette mousse épaisse et légère.

Par une de ces pâles matinées, Jeanne, immobile, chauffait ses pieds au feu de sa chambre, pendant que Rosalie, plus changée de jour en jour, faisait lentement le lit. Soudain elle entendit derrière elle un douloureux soupir. Sans tourner la tête, elle demanda:

— Qu'est-ce que tu as donc?

La bonne, comme toujours, répondit: «Rien, madame», mais sa voix semblait brisée, expirante.

Jeanne, déjà, songeait à autre chose quand elle remarqua qu'elle n'entendait plus remuer la jeune fille. Elle appela:

— Rosalie!

Rien ne bougea. Alors, la croyant sortie sans bruit, elle cria plus fort: «Rosalie!» et elle allait allonger le bras pour sonner quand un profond gémissement, poussé tout près d'elle, la fit se dresser avec un frisson d'angoisse.

La petite servante, livide, les yeux hagards, était assise par terre, les jambes allongées, le dos appuyé contre le bois du lit.

Jeanne s'élança:

— Qu'est-ce que tu as, qu'est-ce que tu as?

L'autre ne dit pas un mot, ne fit pas un geste; elle fixait sur sa maîtresse un regard fou et haletait, comme déchirée par une effroyable douleur. Puis, soudain, tendant tout son corps, elle glissa sur le dos, étouffant entre ses dents serrées un cri de détresse.

Alors sous sa robe collée à ses cuisses ouvertes quelque chose remua. Et de là partit aussitôt un bruit singulier, un clapotement, un souffle de gorge étranglée qui suffoque; puis soudain ce fut un long miaulement de chat, une plainte frêle et déjà douloureuse, le premier appel de souffrance de l'enfant entrant dans la vie.

Jeanne brusquement comprit, et, la tête égarée, courut à l'escalier criant:

— Julien, Julien!

Il répondit d'en bas:

— Qu'est-ce que tu veux?

Elle eut grand-peine à prononcer:

— C'est… c'est Rosalie qui…

Julien s'élança, gravit les marches deux par deux, et, entrant brusquement dans la chambre, il releva d'un seul coup les vêtements de la fillette et découvrit un affreux petit morceau de chair, plissé, geignant, crispé et tout gluant, qui s'agitait entre deux jambes nues.

Il se redressa, la face méchante, et poussant dehors sa femme éperdue:

— Ça ne te regarde pas. Va-t'en. Envoie-moi Ludivine et le père
Simon.
Jeanne, toute tremblante, descendit à la cuisine, puis, n'osant plus remonter, elle entra dans le salon qui restait sans feu depuis le départ de ses parents, et elle attendit anxieusement des nouvelles.

Elle vit bientôt le domestique qui sortait en courant. Cinq minutes après il rentrait avec la veuve Dentu, la sage-femme du pays.

Alors ce fut dans l'escalier un grand remuement comme si on portait un blessé; et Julien vint dire à Jeanne qu'elle pouvait remonter chez elle.

Elle tremblait comme si elle venait d'assister à quelque sinistre accident. Elle s'assit de nouveau devant son feu, puis demanda:

— Comment va-t-elle?

Julien, préoccupé, nerveux, marchait à travers l'appartement; et une colère semblait le soulever. Il ne répondit point d'abord; puis, au bout de quelques secondes, s'arrêtant:

— Qu'est-ce que tu comptes faire de cette fille?

Elle ne comprenait pas et regardait son mari:

— Comment? Que veux-tu dire? Je ne sais pas, moi.

Et soudain il cria comme s'il s'emportait:

— Nous ne pouvons pourtant pas garder un bâtard dans la maison!

Alors Jeanne demeura très perplexe; puis, au bout d'un long silence:

— Mais, mon ami, peut-être pourrait-on le mettre en nourrice?

Il ne la laissa pas achever:

— Et qui est-ce qui paiera? Toi sans doute?

Elle réfléchit encore longtemps, cherchant une solution; enfin elle dit:

— Mais le père s'en chargera de cet enfant; et, s'il épouse
Rosalie, il n'y a plus de difficultés.
Julien, comme à bout de patience, et furieux, reprit:

— Le père!… le père!… le connais-tu… le père?… Non, n'est-ce pas? Eh bien, alors?…

Jeanne, émue, s'animait:

— Mais il ne laissera pas certainement cette fille ainsi. Ce serait un lâche! nous demanderons son nom et nous irons le trouver, lui, et il faudra bien qu'il s'explique.

Julien s'était calmé et remis à marcher:

— Ma chère, elle ne veut pas le dire, le nom de l'homme; elle ne te l'avouera pas plus qu'à moi… et s'il ne veut pas d'elle, lui?… Nous ne pouvons pourtant pas garder sous notre toit une fille mère avec son bâtard, comprends-tu?

Jeanne, obstinée, répétait:

— Alors c'est un misérable, cet homme; mais il faudra bien que nous le connaissions: et alors, il aura affaire à nous.

Julien, devenu fort rouge, s'irritait encore:

— Mais… en attendant?

Elle ne savait que décider et lui demanda:

— Qu'est-ce que tu proposes, toi?

Aussitôt, il dit son avis:

— Oh! moi, c'est bien simple. Je lui donnerais quelque argent et je l'enverrais au diable avec son mioche.

Mais la jeune femme, indignée, se révolta.

— Quant à cela, jamais. C'est ma soeur de lait, cette fille; nous avons grandi ensemble. Elle a fait une faute, tant pis; mais je ne la jetterai pas dehors pour cela; et, s'il le faut, je l'élèverai, cet enfant.

Alors Julien éclata:

— Et nous aurons une propre réputation, nous autres, avec notre nom et nos relations! Et on dira partout que nous protégeons le vice, que nous abritons des gueuses; et les gens honorables ne voudront plus mettre les pieds chez nous. Mais à quoi penses-tu, vraiment? Tu es folle!

Elle était demeurée calme.

— Je ne laisserai jamais jeter dehors Rosalie; et si tu ne veux pas la garder, ma mère la reprendra et il faudra bien que nous finissions par connaître le nom du père de son enfant.

Alors il sortit exaspéré, tapant la porte, et criant:

— Les femmes sont stupides avec leurs idées!

Jeanne, dans l'après-midi, monta chez l'accouchée. La petite bonne, veillée par la veuve Dentu, restait immobile dans son lit, les yeux ouverts, tandis que la garde berçait en ses bras l'enfant nouveau-né.

Dès qu'elle aperçut sa maîtresse, Rosalie se mit à sangloter, cachant sa figure dans ses draps, toute secouée de désespoir. Jeanne la voulut embrasser, mais elle résistait, se voilant. Alors la garde intervint, lui découvrit le visage; et elle se laissa faire, pleurant encore, mais doucement.

Un maigre feu brûlait dans la cheminée; il faisait froid; l'enfant pleurait. Jeanne n'osait point parler du petit de crainte d'amener une autre crise; et avait pris la main de sa bonne, en répétant d'un ton machinal:

— Ça ne sera rien, ça ne sera rien.

La pauvre fille regardait à la dérobée vers la garde, tressaillait aux cris du marmot; et un reste de chagrin l'étranglant jaillissait encore par moments en un sanglot convulsif, tandis que des larmes rentrées faisaient un bruit d'eau dans sa gorge.

Jeanne, encore une fois, l'embrassa, et, tout bas, lui murmura dans l'oreille:

— Nous en aurons bien soin, va, ma fille.

Puis, comme un nouvel accès de pleurs commençait, elle se sauva bien vite.

Tous les jours elle y retourna, et tous les jours Rosalie éclatait en sanglots en apercevant sa maîtresse.

L'enfant fut mis en nourrice chez une voisine.

Julien cependant parlait à peine à sa femme, comme s'il eût gardé contre elle une grosse colère depuis qu'elle avait refusé de renvoyer la bonne. Un jour, il revint sur ce sujet, mais Jeanne tira de sa poche une lettre de la baronne demandant qu'on lui envoyât immédiatement cette fille si on ne la gardait pas aux Peuples. Julien, furieux, cria:

— Ta mère est aussi folle que toi.

Mais il n'insista plus.

Quinze jours après, l'accouchée pouvait déjà se lever et reprendre son service.

Alors, Jeanne, un matin, la fit asseoir, lui tint les mains et, la traversant de son regard:

— Voyons, ma fille, dis-moi tout.

Rosalie se mit à trembler, et balbutia:

— Quoi, madame?

— À qui est-il, cet enfant?

Alors la petite bonne fut reprise d'un désespoir épouvantable; et elle cherchait éperdument à dégager ses mains pour s'en cacher la figure.

Mais Jeanne l'embrassait malgré elle, la consolait:

— C'est un malheur, que veux-tu, ma fille? Tu as été faible; mais ça arrive à bien d'autres. Si le père t'épouse, on n'y pensera plus; et nous pourrons le prendre à notre service avec toi.

Rosalie gémissait comme si on l'eût martyrisée, et de temps en temps donnait une secousse pour se dégager et s'enfuir. Jeanne reprit:

— Je comprends bien que tu aies honte, mais tu vois que je ne me fâche pas, que je te parle doucement. Si je te demande le nom de l'homme, c'est pour ton bien, parce que je sens à ton chagrin qu'il t'abandonne, et que je veux empêcher cela. Julien ira le trouver, vois-tu, et nous le forcerons à t'épouser; et comme nous vous garderons tous les deux, nous le forcerons bien aussi à te rendre heureuse.

Cette fois Rosalie fit un effort si brusque qu'elle arracha ses mains de celles de sa maîtresse, et se sauva comme une folle.

Le soir, en dînant, Jeanne dit à Julien:

— J'ai voulu décider Rosalie à me révéler le nom de son séducteur. Je n'ai pu y réussir. Essaie donc de ton côté pour que nous contraignions ce misérable à l'épouser.

Mais Julien tout de suite se fâcha:

— Ah! tu sais, je ne veux pas entendre parler de cette histoire- là, moi. Tu as voulu garder cette fille, garde-la, mais ne m'embête plus à son sujet.

Il semblait, depuis l'accouchement, d'une humeur plus irritable encore; et il avait pris cette habitude de ne plus parler à sa femme sans crier comme s'il eût été toujours furieux, tandis qu'au contraire elle baissait la voix, se faisait douce, conciliante, pour éviter toute discussion; et souvent elle pleurait, la nuit, dans son lit.

Malgré sa constante irritation, son mari avait repris des habitudes d'amour oubliées depuis leur retour, et il était rare qu'il passât trois soirs de suite sans franchir la porte conjugale.

Rosalie fut bientôt guérie entièrement et devint moins triste, quoiqu'elle restât comme effarée, poursuivie par une crainte inconnue.

Et elle se sauva deux fois encore, alors que Jeanne essayait de l'interroger de nouveau.

Julien, tout à coup, parut aussi plus aimable; et la jeune femme se rattachait à de vagues espoirs, retrouvait des gaietés, bien qu'elle se sentît parfois souffrante de malaises singuliers dont elle ne parlait point. Le dégel n'était pas venu et depuis bientôt cinq semaines un ciel clair comme un cristal bleu le jour, et, la nuit, tout semé d'étoiles qu'on aurait crues de givre, tant le vaste espace était rigoureux, s'étendait sur la nappe unie, dure et luisante des neiges.

Les fermes, isolées dans leurs cours carrées, derrière leurs rideaux de grands arbres poudrés de frimas, semblaient endormies en leur chemise blanche. Ni hommes ni bêtes ne sortaient plus; seules les cheminées des chaumières révélaient la vie cachée, par les minces filets de fumée qui montaient droit dans l'air glacial.

La plaine, les haies, les ormes des clôtures, tout semblait mort, tué par le froid. De temps en temps, on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois se fussent brisés sous leur écorce; et parfois une grosse branche se détachait et tombait, l'invincible gelée pétrifiant la sève et rompant les fibres.

Jeanne attendait anxieusement le retour des souffles tièdes, attribuant à la rigueur terrible du temps toutes les souffrances vagues qui la traversaient.

Tantôt elle ne pouvait plus rien manger, prise de dégoût devant toute nourriture; tantôt son pouls battait follement; tantôt ses faibles repas lui donnaient des écoeurements d'indigestion; et ses nerfs tendus, vibrant sans cesse, la faisaient vivre en une agitation constante et intolérable.

Un soir le thermomètre descendit encore et Julien, tout frissonnant au sortir de table (car jamais la salle n'était chauffée à point, tant il économisait sur le bois), se frotta les mains en murmurant:

— Il fera bon coucher deux cette nuit, n'est-ce pas, ma chatte?

Il riait de son rire bon enfant d'autrefois, et Jeanne lui sauta au cou; mais elle se sentait justement si mal à l'aise, ce soir- là, si endolorie, si étrangement nerveuse qu'elle le pria, tout bas, en lui baisant les lèvres, de la laisser dormir seule. Elle lui dit, en quelques mots, son mal:

— Je t'en prie, mon chéri; je t'assure que je ne suis pas bien.
Ça ira mieux demain, sans doute.
Il n'insista pas:

— Comme il te plaira, ma chère; si tu es malade, il faut te soigner.

Et on parla d'autre chose.

Elle se coucha de bonne heure. Julien, par extraordinaire, fit allumer du feu dans sa chambre particulière.

Quand on lui annonça que «ça flambait bien», il baisa sa femme au front et s'en alla.

 

そして、カード遊びは若夫婦の生活に入り込んでいった。毎日、昼食の後、ジュリアンはパイプを吸いながら、ブランデーでうがいをして、次第にグラス6~8杯を飲み干し、妻とベジグゲームを何度もやった。そして、部屋に上がって窓際に座り、雨が窓を叩き、風が窓を揺らす中、ペチコートの縁取りを頑固に刺繍していたのです。時々、疲れて顔を上げ、遠くの暗い海を見つめていた。そして、この曖昧な表情を数分した後、彼女は仕事を再開するのである。

ジュリアンが権威欲と経済欲を満たすために家の運営を引き受けたので、他にすることがなかったのである。そして、ジャンヌが「レ・プープル」に来てから、毎朝パン屋に小さなノルマンディー風のケーキを作ってもらったので、この出費を抑え、トーストにするように仕向けたのだ。

しかし、夫の欲望が明らかになるたびに、彼女は針の穴を通すような苦しみを味わった。お金に糸目をつけない家庭で育った彼女にとって、それは卑しいこと、嫌なことに思えた。と、幼い母が言うのを何度聞いたことだろう。

- しかし、お金は使うものです。

ジュリアンは、今度は繰り返した。

- お金を捨てないということに慣れることはできないのか?

そして、給料や請求書から小銭を切り取るたびに、彼はポケットに小銭を入れながら、笑顔でこう言った。

- 小さな流れが大きな川をつくる。

しかし、ある日突然、ジャンヌは再び夢を見るようになる。彼女はゆっくりと仕事を中断し、手はぐにゃぐにゃ、目はうつろ、少女小説の一編を書き直し、魅力的な冒険に出かけるのである。しかし、突然、シモン神父に命令するジュリアンの声が、彼女をこの夢のような静寂から引き離し、「もう終わったことだ」と自分に言い聞かせながら、辛抱強い作業を再開し、針を押す指に涙がこぼれ落ちるのだった。

ロザリーも、かつては陽気でいつも歌っていたのに、変わってしまった。ふっくらとした頬は赤いニスを失い、ほとんど空洞になっており、時折、土でこすられたような印象を受ける。

ジャンヌはよく聞いていた。

- おまえ、病気な?

小さなメイドはいつもこう答えた。

- いいえ、マダム。

頬骨に少し血が上ると、すぐに逃げ出す。

以前のように走り回ることもなく、苦労して足を引きずり、もはやコケティッシュな表情すら見せず、絹のリボンやコルセット、さまざまな香水をむなしく見せる旅商人から何も買わなくなった。

そして、その大きな家は、雨で長い灰色の筋に汚れた顔をして、空洞のように、すべてくすんでいるように聞こえました。

1月末に雪が降った。遠くから、暗い海の上に大きな北の雲が見え、フレークの白い降下が始まりました。一晩で平野全体が埋まり、朝には木々がこの氷の泡に覆われた姿で現れた。

ってな感じです。時折、銃声が凍てつく野原の静寂を突き破り、怯えた黒いカラスの群れが高い木々から飛んできて、旋回するのだ。

ジャンヌは退屈しのぎに、ときどき階段に下りてきた。遠くから聞こえてくる生活音は、この青白く荒涼としたシートの静寂の中に響いていた。

そして、遠くの波の音と、凍った水のほこりが落ちてくる音がぼんやりと聞こえるだけであった。

そして、厚く軽い泡の果てしない落下を受け、雪層は上昇し続けた。

そんな淡い朝のある日、ジャンヌは動かずに自室の火のそばで足を温め、ロザリーは日ごとに姿を変えて、ゆっくりとベッドメイキングをしていた。突然、背後から苦しげなため息が聞こえた。首をかしげることなく、彼女は尋ねた。

- どうしたの?

メイドはいつものように「何でもありません、奥様」と答えたが、その声は切れ切れで、息が切れているように聞こえた。

ジャンヌはすでに別のことを考えていたが、少女のかき混ぜる音が聞こえなくなったことに気づいた。と呼びかけた。

- ロザリー!

何も動かなかった。そして、彼女が音もなく出て行ったと思い、「ロザリー!」と大声で叫び、腕を伸ばして鐘を鳴らそうとすると、すぐ近くで深いうめき声が聞こえ、彼女は苦痛に震えて立ち上がりました。

その小間使いは、青ざめた目で床に座り、両足を伸ばし、背中をベッドの木に押し付けていた。

ジャンヌはあわてて前に出た。

- どうしたの、どうしたの?

もう一人は何も言わず、身振りもせず、狂ったように愛人を見つめ、ひどい痛みに引き裂かれるように、息を呑んだ。そして突然、全身を伸ばして仰向けになり、食いしばった歯の間に苦痛の叫びを詰まらせた。

そして、開いた太ももにまとわりつくドレスの下で何かが動いた。それから突然、長い猫の鳴き声が聞こえ、弱々しく、すでに痛みを伴う訴え、生命を得た子供の最初の苦しみの声となった。

ジャンヌは突然理解し、首をかしげながら、叫びながら階段に駆け寄った。

- ジュリアン!ジュリアン!

と下から答えました。

- 何がしたいんだ?

彼女はとても言いにくそうにしていた。

- それは...それはロザリーが...

ジュリアンは階段を二段ずつ駆け上がり、突然部屋に入ると、少女の服を一気に持ち上げ、しわくちゃで、むせ返り、食いしばり、ぬるぬるした、恐ろしい小さな肉片が、むき出しの二本の脚の間に蠢いているのを発見したのです。

彼は邪悪な顔で背筋を伸ばし、取り乱した妻を部屋から押し出した。

- お前には関係ないことだ。消えろ リュディヴィヌと父をよこしてくれ。

ジャンヌは震えながら台所に下り、あえて上がらずに、両親が去ってから火の気のない居間に入って、知らせを待っていた。

彼女はすぐに使用人が走り出すのを見た。5分後、彼は助産婦のデントゥを連れて戻ってきた。

その時、階段で怪我人が運ばれてくるような大きな騒ぎがあり、ジュリアンがジャンヌに「もう帰っていいよ」と言いに来た。

彼女は再び火の前に座り、そして尋ねた。

- どうですか?

彼は最初答えなかったが、数秒後、立ち止まって、こう言った。

- この子をどうするんだ?

彼女は理解できず、夫に目をやった。

- 何?どういうことですか?

と、突然、調子に乗ったように叫んだ。

- 私生児を家におくことはできない!

そして、ジャンヌは非常に困惑したまま、長い沈黙の後、こう言った。

- でもね、あなた、もしかしたら、この子を保育所に入れることができるかもしれないよ?

彼は、彼女に最後まで言わせなかった。

- そして、誰がその費用を負担するのか。お前
は間違いなく?

彼女は長い間考え、解決策を探し、ついに言った。

- しかし、父親は子供の面倒を見ますし、結婚すれば

ロザリー、もう困難はないんだ。

ジュリアンは堪忍袋の緒が切れたように、そして激怒したように、こう言い放った。

- 父親だ!...父親だ!...知ってるか...父親を?...いや、知ってるのか?さて、では?

ジャンヌは感動し、生き生きとした表情になった。

- しかし、彼はこの少女をこのままにはしないに違いない。彼は臆病者だ! 彼の名前を聞いて、探しに行って、弁明してもらおう。

ジュリアンは落ち着きを取り戻し、再び歩き出した。

- あの子は男の名前を言わない。おれにもそうだけど、お前にも認めないのだ......それに、もしその男が彼女を望まなかったら? でも、私たちは私生児を連れた娘・母親をこの家に置いておけないよ、わかる?

ジャンヌは頑として繰り返した。

- だとすると、この男は哀れな男だ。しかし、私たちは彼を知る必要があり、そして彼は我々に対処しなければならない。

真っ赤になったジュリアンは、やはりイライラしてきた。

- でも...分かるまでの間どうするんだ?

彼女はどう判断していいのかわからず、彼に尋ねた。

- あなたはどうするつもり?

ジュリアンは早速、意見を述べた。

- ああ、至極単純な話だ。俺なら金渡して餓鬼と一緒にたたき出してやるさ。

しかし、憤慨した若い妻は反抗した。

- それについては、決してそうではありません。あの子は私の里親の妹で、一緒に育ったんです。でも、そのことで彼女を追い出したりしませんし、必要ならこの子を育てます。

すると、ジュリアンが口を開いた。

- そうなったら、おれたちの名前と人脈で、おれたち自身の評判を立てられることになるんだ。 そして、おれたちは悪徳を保護し、惨めな者たちを匿うと、あらゆるところで言われるようになり、立派な人たちはおれたちの敷地に足を踏み入れたがらなくなるだろう。でも、本当は何を考えているんだ?狂っている!

彼女は冷静さを保っていた。

- ロザリーは絶対に追い出させない。置いておく気がないなら、母が引き取るから、子供の父親の名前を調べなければならない。

すると、ジュリアンは憤慨して外に出て、扉を叩いて叫んだ。

- 「女は発想がバカだ!

午後になって、ジャンヌは出産した女性の部屋に上がりこんだ。デンチュ未亡人に見守られた女中は、ベッドで目を開けたまま動かなくなり、衛兵は生まれたばかりの子供を腕に抱いていた。

ロザリーは愛人を見るや否や、絶望に震えながらシーツに顔を隠して泣き出した。ジャンヌはキスをしようとしたが、彼女はベールをかぶって抵抗した。すると、警備員が間に入り、彼女の顔を覆い隠した。彼女はまだ泣きながら、しかし優しく抱きしめられた。

暖炉には、わずかな火が燃えている。

- 何でもないわ、何でもないわ。

哀れな少女は、こっそり衛兵の方を見、小さな子の泣き声にたじろぎ、悲しみの名残が時折、痙攣した嗚咽となって彼女を詰まらせ、引き込まれた涙が喉で水っぽい音を立てた。

というのも、「このままでは、この先もずっとこのままになってしまう」と思ったからだ。

- 私たちは彼の面倒をよく見ます、娘よ。

そして、新たな泣き声が始まると、彼女は一目散に逃げ出した。

毎日毎日、彼女は帰ってきて、ロザリーは女主人に会うと涙を流した。

その子は近所の人に預けられた。

しかし、ジュリアンは妻とはほとんど口をきかず、女中を追い出すことを拒んで以来、妻に対して大きな怒りを抱いているようでした。ある日、彼はこの話題に戻ると、ジャンヌはポケットから男爵夫人の手紙を取り出し、少女をプープルに留め置かないのなら、すぐに自分のところに送るようにと頼んだ。激怒したジュリアンは叫んだ。

- おまえのお母さんも、おまえと同じように狂っている。

しかし、彼はそれ以上主張することはなかった。

2週間後、母親はもう起き上がって仕事に戻ることができた。

そしてある朝、ジャンヌは彼女を座らせ、両手を握って、彼女を見透かして言った。「さあ、娘よ、お前の母親のことを教えてくれ。

- さあ、私の娘よ、すべてを話してくれ。

ロザリーは震えだし、言いよどんだ。

- 何をでございます、奥さま?

- 誰の子なの?

その時、小間使いは恐ろしいほどの絶望に襲われ、顔を隠すために必死に両手を自由にしようとした。

しかし、ジャンヌは意を決して彼女を抱き寄せ、慰めた。

- 不幸なんだ、何がしたいの、私の娘よ。あなたは弱かったんだよ。でも、それは多くの人に起こることです。お父さんが結婚してくれれば、もう何も考えずに、一緒に奉公に出ればいいんです。

ロザリーは拷問されたようなうめき声をあげ、ときどき体を自由にして逃げようと身動きをとった。ジャンヌは続けた。

- 恥ずかしいのはわかるけど、私が怒っているわけではなく、優しく話しかけているのがわかかるわね。もし私がその男の名前を尋ねるなら、それはあなたのためだからだよ。あなたの悲しみから、その男はあなたを見捨てようとしていると感じ、それを防ぎたいのです。ジュリアンは彼を探しに行き、あなたと結婚するよう強要します。

この時ロザリーは、突然のことに手を引き離し、狂ったように逃げ出した。

その晩、夕食の席でジャンヌはジュリアンに言った。

- 私はロザリーを説得して、誘惑者の名を明かさせたかったのです。成功できなかった。だから、あなたのほうから、この惨めな女を無理やり結婚させようとするのです。

しかし、ジュリアンはすぐに怒った。

- あ、あのね、その話、聞きたくないんだけど。この子を守りたかったんだろう、守ってやれよ、でももう彼女のことで悩まないでくれ。

出産以来、彼はさらに苛立ちを募らせているようで、妻とは怒鳴らずに話すことができなくなり、まるでいつも激怒しているかのようであった。

そんな彼女の苛立ちにもかかわらず、夫は帰国以来忘れていた愛の習慣を取り戻し、3晩続けて夫婦の門をくぐらないことはめったにないことであった。

ロザリーはすぐに完治し、悲しみも少なくなったが、未知の恐怖に追われ、怯えているような状態が続いていた。

そして、彼女はさらに二度逃げ、ジャンヌは再び彼女を問い詰めようとした。

ジュリアンも急に愛想がよくなり、若い女性は漠然とした希望を抱き、再び明るさを取り戻したが、時には口にしない特異な病気に苦しむこともあった。雪解けが進まず、5週間近く、昼は水晶のように澄んだ空が広がり、夜は霜が降りたような星が散らばって、広大な空間に硬く輝く雪が平原を覆っていた。

農家は四角い中庭に孤立し、霜で粉を吹いた高い木のカーテンの向こうで、白いシャツを着て眠っているようでした。人も動物ももう外に出ることはなく、藁葺き屋根のコテージの煙突だけが、氷のような空気の中でまっすぐに上がる細い煙の網によって、隠された生命を明らかにしたのである。

平野も、生垣も、塀の上のニレの木も、みんな寒さにやられて死んでいるようだった。時折、樹皮の下で木の枝が折れるようなきしみ音が聞こえ、時には大きな枝が折れて落ちることもある。

ジャンヌは、生ぬるい息が戻ってくるのを心配そうに待ち、彼女を襲う漠然とした苦しみをすべて、この恐ろしい天候のせいだと考えた。

ある時は何も食べられず、あらゆる食べ物を嫌悪し、ある時は脈拍が狂い、ある時は弱々しい食事で消化不良を起こし、緊張した神経が絶え間なく振動し、常に耐えがたい興奮の中で生活することになった。

ある晩、温度計が再び下がり、ジュリアンは震えながら食卓を離れ(部屋は薪を節約できるほど暖房されていなかったから)、両手をこすり合わせてつぶやいた。

- 今夜は2人で寝るといいことありそうだね、おまえ。

彼は昔ながらの気さくな笑みを浮かべ、ジャンヌは彼の首に飛びついた。しかし、その晩、彼女はとても居心地が悪く、痛く、妙に神経質になり、彼の唇にキスしながら、一人で寝かせてほしいとそっと懇願したのである。彼女は一言で、自分の苦しみを伝えた。

- お願いです、私の愛しい人、私は病気です。
明日はもっと良くなるに違いない。
彼は無理強いはしなかった。

- お好きにどうぞ、病気なら治療してもらわなければならないね。

と、他愛もない話をした。

彼女は早く寝た。ジュリアンは珍しく、自分の個室に火を灯していた。

「よく燃えています」と召使いに言われると、妻の額にキスをして帰っていった。

 

La maison entière semblait travaillée par le froid; les murs pénétrés avaient des bruits légers comme des frissons; et Jeanne en son lit grelottait.

Deux fois elle se releva pour mettre des bûches au foyer, et chercher des robes, des jupes, des vieux vêtements qu'elle amoncelait sur sa couche. Rien ne la pouvait réchauffer, ses pieds s'engourdissaient, tandis qu'en ses mollets et jusqu'en ses cuisses des vibrations couraient qui la faisaient se retourner sans cesse, s'agiter, s'énerver à l'excès.

Bientôt ses dents claquèrent; ses mains tremblèrent; sa poitrine se serrait; son coeur lent battait de grands coups sourds et semblait parfois s'arrêter; et sa gorge haletait comme si l'air n'y pouvait plus entrer.

Une effroyable angoisse saisit son âme en même temps que l'invincible froid l'envahissait jusqu'aux moelles. Jamais elle n'avait éprouvé cela, elle ne s'était sentie abandonnée ainsi par la vie, prête à exhaler son dernier souffle.

Elle pensa: «Je vais mourir… Je meurs…»

Et, frappée d'épouvante, elle sauta hors du lit, sonna Rosalie, attendit, sonna de nouveau, attendit encore, frémissante et glacée.

La petite bonne ne venait point. Elle dormait sans doute de ce dur premier sommeil que rien ne brise; et Jeanne, perdant l'esprit, s'élança pieds nus dans l'escalier.

Elle monta sans bruit, à tâtons, trouva la porte, l'ouvrit, appela «Rosalie!» avança toujours, heurta le lit, promena ses mains dessus et reconnut qu'il était vide. Il était vide et tout froid comme si personne n'y eût couché.

Surprise, elle se dit:

— Comment! elle est encore partie courir par un pareil temps!

Mais comme son coeur, devenu tout à coup tumultueux, bondissait, l'étouffait, elle redescendit, les jambes fléchissantes, afin de réveiller Julien.

Elle pénétra chez lui violemment, fouettée par cette conviction qu'elle allait mourir et par le désir de le voir avant de perdre connaissance.

À la lueur du feu agonisant, elle aperçut, à côté de la tête de son mari, la tête de Rosalie sur l'oreiller.

Au cri qu'elle poussa, ils se dressèrent tous les deux. Elle demeura une seconde immobile dans l'effarement de cette découverte. Puis elle s'enfuit, rentra dans sa chambre; et comme Julien, éperdu, avait appelé «Jeanne!», une peur atroce la saisit de le voir, d'entendre sa voix, de l'écouter s'expliquer, mentir, de rencontrer son regard face à face; et elle se précipita de nouveau dans l'escalier qu'elle descendit.

Elle courait maintenant dans l'obscurité au risque de rouler le long des marches, de se casser les membres sur la pierre. Elle allait devant elle, poussée par un impérieux besoin de fuir, de ne plus apprendre rien, de ne plus voir personne.

Quand elle fut en bas, elle s'assit sur une marche, toujours en chemise et nu-pieds; et elle demeurait là, l'esprit perdu.

Julien avait sauté du lit, s'habillait à la hâte. Elle se redressa pour se sauver de lui. Déjà il descendait aussi l'escalier, et il criait:

— Écoute, Jeanne!

Non, elle ne voulait pas écouter ni se laisser toucher du bout des doigts; et elle se jeta dans la salle à manger courant comme devant un assassin. Elle cherchait une issue, une cachette, un coin noir, un moyen de l'éviter. Elle se blottit sous la table. Mais déjà il ouvrait la porte, sa lumière à la main, répétant toujours: «Jeanne!» et elle repartit comme un lièvre, s'élança dans la cuisine, en fit deux fois le tour à la façon d'une bête acculée; et, comme il la rejoignait encore, elle ouvrit brusquement la porte du jardin et s'élança dans la campagne.

Le contact glacé de la neige, où ses jambes nues entraient parfois jusqu'aux genoux, lui donna soudain une énergie désespérée. Elle n'avait pas froid, bien que toute découverte; elle ne sentait plus rien tant la convulsion de son âme avait engourdi son corps, et elle courait, blanche comme la terre.

Elle suivit la grande allée, traversa le bosquet, franchit le fossé et partit à travers la lande.

Pas de lune; les étoiles luisaient comme une semaille de feu dans le noir du ciel; mais la plaine était claire cependant, d'une blancheur terne, d'une immobilité figée, d'un silence infini.

Jeanne allait vite, sans souffler, sans savoir, sans réfléchir à rien. Et soudain elle se trouva au bord de la falaise. Elle s'arrêta net, par instinct, et s'accroupit, vidée de toute pensée et de toute volonté.

Dans le trou sombre devant elle la mer, invisible et muette, exhalait l'odeur salée de ses varechs à marée basse.

Elle demeura là longtemps, inerte d'esprit comme de corps; puis, tout à coup, elle se mit à trembler, mais à trembler follement comme une voile qu'agite le vent. Ses bras, ses mains, ses pieds secoués par une force invincible palpitaient, vibraient de sursauts précipités; et la connaissance lui revint brusquement, claire et poignante.

Puis des visions anciennes passèrent devant ses yeux; cette promenade avec lui dans le bateau du père Lastique, leur causerie, son amour naissant, le baptême de la barque; puis elle remonta plus loin jusqu'à cette nuit bercée de rêves à son arrivée aux Peuples. Et maintenant! maintenant! Oh! sa vie était cassée, toute joie finie, toute attente impossible; et l'épouvantable avenir plein de tortures, de trahisons et de désespoirs lui apparut. Autant mourir, ce serait fini tout de suite.

Mais une voix criait au loin:

— C'est ici, voilà ses pas; vite, vite, par ici!

C'était Julien qui la cherchait.

Oh! elle ne voulait pas le revoir. Dans l'abîme, là, devant elle, elle entendait maintenant un petit bruit, le vague glissement de la mer sur les roches.

Elle se dressa, toute soulevée déjà pour s'élancer et, jetant à la vie l'adieu des désespérés, elle gémit le dernier mot des mourants, le dernier mot des jeunes soldats éventrés dans les batailles:

— Maman!

Soudain, la pensée de petite mère la traversa; elle la vit sanglotant; elle vit son père à genoux devant son cadavre noyé, elle eut en une seconde toute la souffrance de leur désespoir.

Alors elle retomba mollement dans la neige; et elle ne se sauva plus quand Julien et le père Simon, suivis de Marius qui tenait une lanterne, la saisirent par les bras pour la rejeter en arrière, tant elle était près du bord.

Ils firent d'elle ce qu'ils voulurent, car elle ne pouvait plus remuer. Elle sentit qu'on l'emportait, puis qu'on la mettait dans un lit, puis qu'on la frictionnait avec des linges brûlants; puis tout s'effaça, toute connaissance disparut.

Puis un cauchemar — était-ce un cauchemar? — l'obséda. Elle était couchée dans sa chambre. Il faisait jour, mais elle ne pouvait pas se lever. Pourquoi? Elle n'en savait rien. Alors elle entendit un petit bruit sur le plancher, une sorte de grattement, de frôlement, et soudain une souris, une petite souris grise passait vivement sur son drap. Une autre aussitôt la suivait, puis une troisième qui s'avançait vers la poitrine, de son trot vif et menu. Jeanne n'avait pas peur; mais elle voulut prendre la bête et lança sa main, sans y parvenir.

Alors d'autres souris, dix, vingt, des centaines, des milliers surgirent de tous les côtés. Elles grimpaient aux colonnes, filaient sur les tapisseries, couvraient la couche tout entière. Et bientôt elles pénétrèrent sous les couvertures; Jeanne les sentait glisser sur sa peau, chatouiller ses jambes, descendre et monter le long de son corps. Elle les voyait venir du pied du lit pour pénétrer dedans contre sa gorge; et elle se débattait, jetait ses mains en avant pour en saisir une et les refermait toujours vides.

Elle s'exaspérait, voulait fuir, criait, et il lui semblait qu'on la tenait immobile, que des bras vigoureux l'enlaçaient et la paralysaient; mais elle ne voyait personne.

Elle n'avait point la notion du temps. Cela dut être long, très long.

Puis elle eut un réveil las, meurtri, doux cependant. Elle se sentait faible. Elle ouvrit les yeux, et ne s'étonna pas de voir petite mère assise dans sa chambre avec un gros homme qu'elle ne connaissait point.

Quel âge avait-elle? elle n'en savait rien et se croyait toute petite fille. Elle n'avait, non plus, aucun souvenir.

Le gros homme dit:

— Tenez, la connaissance revient.

Et petite mère se mit à pleurer. Alors le gros homme reprit:

— Voyons, soyez calme, madame la baronne, je vous dis que j'en réponds maintenant. Mais ne lui parlez de rien, de rien. Qu'elle dorme.

Et il sembla à Jeanne qu'elle vivait encore très longtemps assoupie, reprise par un pesant sommeil dès qu'elle essayait de penser; et elle n'essayait pas non plus de se rappeler quoi que ce soit, comme si, vaguement, elle avait eu peur de la réalité reparue en sa tête.

Or, une fois, comme elle s'éveillait, elle aperçut Julien, seul près d'elle; et brusquement, tout lui revint, comme si un rideau se fût levé qui cachait sa vie passée.

Elle eut au coeur une douleur horrible et voulut fuir encore. Elle rejeta ses draps, sauta par terre et tomba, ses jambes ne la pouvant plus porter.

Julien s'élança vers elle; et elle se mit à hurler pour qu'il ne la touchât point. Elle se tordait, se roulait. La porte s'ouvrit. Tante Lison accourait avec la veuve Dentu, puis le baron, puis enfin petite mère arriva soufflant, éperdue.

On la recoucha; et aussitôt elle ferma les yeux sournoisement pour ne point parler et pour réfléchir à son aise.

Sa mère et sa tante la soignaient, s'empressaient, l'interrogeaient:

— Nous entends-tu maintenant, Jeanne, ma petite Jeanne?

Elle faisait la sourde, ne répondait pas; et elle s'aperçut très bien de la journée finie. La nuit vint. La garde s'installa près d'elle, et la faisait boire de temps en temps.

Elle buvait sans rien dire, mais elle ne dormait plus; elle raisonnait péniblement, cherchant des choses qui lui échappaient, comme si elle avait eu des trous dans sa mémoire, de grandes places blanches et vides où les événements ne s'étaient point marqués.

Peu à peu, après de longs efforts, elle retrouva tous les faits.

Et elle y réfléchit avec une obstination fixe.

Petite mère, tante Lison et le baron étaient venus, donc elle avait été très malade. Mais Julien? Qu'avait-il dit? Ses parents savaient-ils? Et Rosalie? où était-elle? Et puis que faire? Une idée l'illumina — retourner avec père et petite mère, à Rouen, comme autrefois. Elle serait veuve; voilà tout.

Alors elle attendit, écoutant ce qu'on disait autour d'elle, comprenant fort bien sans le laisser voir, jouissant de ce retour de raison, patiente et rusée.

Le soir, enfin, elle se trouva seule avec la baronne et elle appela, tout bas:

— Petite mère!

Sa propre voix l'étonna, lui parut changée. La baronne lui saisit les mains:

— Ma fille, ma Jeanne chérie! ma fille, tu me reconnais?

— Oui, petite mère, mais il ne faut point pleurer; nous avons à causer longtemps. Julien t'a-t-il dit pourquoi je me suis sauvée dans la neige?

— Oui, ma mignonne, tu as eu une fièvre très dangereuse.

— Ce n'est pas ça, maman. J'ai eu la fièvre après; mais t'a-t-il dit qui me l'a donnée, cette fièvre, et pourquoi je me suis sauvée?

— Non, ma chérie.

— C'est parce que j'ai trouvé Rosalie dans son lit.

La baronne crut qu'elle délirait encore, la caressa.

— Dors, ma mignonne, calme-toi, essaie de dormir.

Mais Jeanne, obstinée, reprit:

— J'ai toute ma raison maintenant, petite maman, je ne dis pas de folies comme j'ai dû en dire les jours derniers. Je me sentais malade une nuit, alors j'ai été chercher Julien. Rosalie était couchée avec lui. J'ai perdu la tête de chagrin et je me suis sauvée dans la neige pour me jeter à la falaise.

Mais la baronne répétait:

— Oui, ma mignonne, tu as été bien malade.

— Ce n'est pas ça, maman, j'ai trouvé Rosalie dans le lit de
Julien, et je ne veux plus rester avec lui. Tu m'emmèneras à
Rouen, comme autrefois.
La baronne, à qui le médecin avait recommandé de ne contrarier
Jeanne en rien, répondit:
— Oui, ma mignonne.

Mais la malade s'impatienta:

— Je vois bien que tu ne me crois pas. Va chercher petit père, lui, il finira bien par me comprendre.

Et petite mère se leva difficilement, prit ses deux cannes, sortit en traînant ses pieds, puis revint après quelques minutes avec le baron qui la soutenait.

Ils s'assirent devant le lit et Jeanne aussitôt commença. Elle dit tout, doucement, d'une voix faible, avec clarté: le caractère bizarre de Julien, ses duretés, son avarice, et enfin son infidélité.

Quand elle eut fini, le baron vit bien qu'elle ne divaguait pas, mais il ne savait que penser, que résoudre et que répondre.

Il lui prit la main, d'une façon tendre, comme autrefois quand il l'endormait avec des histoires.

— Écoute, ma chérie, il faut agir avec prudence. Ne brusquons rien; tâche de supporter ton mari jusqu'au moment où nous aurons pris une résolution… Tu me le promets?

Elle murmura:

— Je veux bien, mais je ne resterai pas ici quand je serai guérie.

Puis, tout bas, elle ajouta:

— Où est Rosalie maintenant?

Le baron reprit:

— Tu ne la verras plus.

Mais elle s'obstinait.

— Où est-elle? je veux savoir.

Alors il avoua qu'elle n'avait point quitté la maison; mais il affirma qu'elle allait partir.

En sortant de chez la malade, le baron tout chauffé par la colère, blessé dans son coeur de père, alla trouver Julien, et, brusquement:

— Monsieur, je viens vous demander compte de votre conduite vis- à-vis de ma fille. Vous l'avez trompée avec votre servante; cela est doublement indigne.

Mais Julien joua l'innocent, nia avec passion, jura, prit Dieu à témoin. Quelle preuve avait-on d'ailleurs? Est-ce que Jeanne n'était pas folle? ne venait-elle pas d'avoir une fièvre cérébrale? ne s'était-elle pas sauvée par la neige, une nuit, dans un accès de délire, au début de sa maladie? Et c'est justement au milieu de cet accès, alors qu'elle courait presque nue par la maison, qu'elle prétendait avoir vu sa bonne dans le lit de son mari.

Et il s'emportait; il menaça d'un procès; il s'indignait avec véhémence. Et le baron, confus, fit des excuses, demanda pardon, et tendit sa main loyale que Julien refusa de prendre.

 

家中が寒さにやられたようで、貫通した壁が震えるような軽い音を立て、ベッドの中のジャンヌも震えている。

二度ほど立ち上がって、囲炉裏に薪をくべたり、ドレスやスカート、古着を探したりして、ベッドに積み上げました。足がしびれ、ふくらはぎから太ももにかけて振動が走り、何度も寝返りを打ち、興奮し、何も暖められなくなった。

やがて歯はガチガチ、手は震え、胸はしめつけられ、ゆっくりした心臓は大きな音を立てて、時には止まりそうになり、喉は空気がもう入ってこないかのようにあえいでいた。

寒さに震え、魂が凍りつくような苦しみを味わった。彼女はこんな気持ちになったことはなかった。これほどまでに人生に見放され、息を引き取ろうとしたことはなかった。

彼女は思った。"私は死ぬんだ...死ぬんだ... "と。

そして、恐怖に打ちのめされた彼女はベッドから飛び起き、ロザリーを呼び、待ち、また呼び、また待ち、震え、凍えてしまった。

小間使いは来なかった。そして、ジャンヌは気が動転して、裸足で階段を駆け上がっていった。

音もなく手探りで上がり、ドアを見つけて開け、「ロザリー!」と呼びながら前進し、ベッドにぶつかり、手をかけてみて、空であることを認識したのです。誰も入っていないような、空っぽの冷たい空間だった。

驚いて、彼女は自分に言った。

- こんな天気なのに、まだ走っているなんて!

しかし、心臓が急に騒がしくなり、息が詰まると、彼女はジュリアンを起こすために、足を曲げて階下に戻った。

彼女は、自分が死ぬという確信と、意識を失う前に彼に会いたいという思いに駆られ、激しく彼の部屋に飛び込んだ。

燃え尽きた火の光の中で、彼女は夫の頭の横に、枕に乗ったロザリーの頭を見た。

彼女の叫び声に、二人は立ち上がった。彼女は、この発見の恐怖に一瞬身動きがとれなくなった。そして彼女は逃げ出し、部屋に戻った。ジュリアンが取り乱しながら「ジャンヌ!」と呼んだとき、彼に会うこと、彼の声を聞くこと、彼の説明を聞くこと、嘘をつくこと、彼の視線と顔を合わせることに非道な恐怖が彼女を襲い、急いで下りた階段を下りてきた。

彼女は今、暗闇の中を走っている。階段を転げ落ち、石で手足を折るかもしれない危険を冒しながら。何も学ばず、誰にも会わず、逃げたいという強い欲求に駆られ、彼女の前を走っていたのだ。

底に着くと、彼女はシャツと裸足のまま段差に腰を下ろし、そこに留まり、心を失った。

ジュリアンはベッドから飛び起きると、急いで服を着ていた。彼女は彼から身を守るように背筋を伸ばした。もう階段を下りてきて、叫んでいた。

- 聞け、ジャンヌ!

いや、聞く耳を持たず、指先で触られることも許さず、刺客を前にしたかのように走って食堂に身を投じたのだ。彼女は逃げ道、隠れ家、暗がりを探し、彼を避ける方法を探していた。彼女はテーブルの下に身を寄せた。しかし、彼はすでにドアを開け、手にライトを持って、「ジャンヌ!」と繰り返していた。彼女はウサギのように飛び出し、キッチンに飛び込み、追い詰められた獣のようにキッチンを2周し、彼がまだ合流しているとき、彼女は突然庭のドアを開けて野原に飛び出していった。

素足のまま膝まで届くこともある雪の氷の感触が、彼女に突然の絶望的なエネルギーを与えた。彼女は無防備であったにもかかわらず、寒さを感じることもなく、魂の震えから体が麻痺し、大地のように白くなって走ったのである。

彼女は長い道を辿り、木立を越え、溝を越え、湿原を横切った。

月はなく、星は黒い空に火の種のように輝いていた。しかし、平原は澄んでいて、鈍い白さ、凍りついたような不動さ、無限の静けさに満ちていた。

ジャンヌは、呼吸もせず、何も知らずに、何も考えずに、速く進んでいた。そして突然、彼女は崖っぷちに立たされたことに気がついた。彼女は本能のままに立ち止まり、思考も意志も空っぽにしてしゃがみ込んだ。

目の前の暗い穴には、見えない静かな海が、干潮時の昆布の塩辛い匂いを吐き出している。

しかし、突然、風に揺らぐ帆のように激しく震え始めた。腕が、手が、足が、無敵の力で揺さぶられ、ズキズキと振動し、断崖絶壁のような衝撃を受けた。

ラスティック神父の船で彼と歩いたこと、二人の会話、彼の芽生えた愛、船の洗礼、そしてさらに、彼がレ・プープルに到着したときの夢に包まれたあの夜へと、彼女の目の前に古いヴィジョンが流れていった。そして、今!今!今 ああ、彼女の人生は壊れ、すべての喜びは終わり、すべての期待は不可能となり、拷問、裏切り、絶望に満ちた恐ろしい未来が彼女の前に姿を現したのです。死んだほうがいい、一発で終わる。

しかし、遠くで叫ぶ声がした。

- ここだ、ここが彼女の歩幅だ。早く、早く、こっちだ!」。

探していたのはジュリアンだった。

ああ、彼女はもう二度と彼に会いたくないと思った。淵の中で、そこで、目の前で、今、小さな音が聞こえた。岩の上を海が滑る音がぼんやりと聞こえたのだ。

彼女は立ち上がり、すでに前方に突進するように持ち上げられ、絶望の別れを人生に投げかけ、死にゆく者の最後の言葉、戦いで引き裂かれた若い兵士の最後の言葉を呻きながら言った。

- お母さん!

突然、幼い母のことが頭をよぎった。泣きじゃくる母の姿、溺れた死体の前にひざまずく父の姿、絶望の苦しみを一瞬にして味わったのだ。

ジュリアンとシモン神父が、ランタンを持ったマリウスに続いて、彼女の腕を掴んで後ろに投げ出したとき、彼女はもう助からない。

もう動けなくなった彼女を、彼らは好きなように扱った。運ばれ、ベッドに寝かされ、熱い布で擦られ、すべてが消え去り、すべての知識が消滅した。

その後、悪夢が......悪夢だったのだろうか?- に取り付かれた。彼女は自分の部屋で横になっていた。日が暮れても、彼女は起き上がれなかった。なぜ、彼女は立ち上がれなかったのか?彼女は知らなかった。すると、床を掻くような、ブラシをかけるような小さな音がして、突然、ネズミが、小さな灰色のネズミが、彼女のシーツの前を走り抜けたのです。すぐにもう1匹が続き、さらに3匹目が、生き生きとした穏やかな足取りで彼女の胸に向かって移動してきた。ジャンヌは怖くはなかったが、その動物を取ろうと思い、手を投げたが、うまくいかなかった。

すると、四方から10匹、20匹、数百匹、数千匹と、他のネズミが現れた。柱に登り、タペストリーの上で回転し、ベッド全体を覆った。そしてすぐに、毛布の下を貫通した。ジャンヌは、それらが肌の上を滑り、脚をくすぐり、体の下を通り、上に上がっていくのを感じた。彼女は、それらがベッドの足元から喉に突き刺さるように来るのを見た。そして彼女はもがき、手を前に投げて一つを掴み、再び手を閉じたが、いつも空だった。

彼女は苛立ち、逃げようとし、叫んだ。彼女には、自分が動けないように、強い腕に抱かれて麻痺しているように見えたが、誰も見えなかった。

彼女は時間の感覚がないのだ。長い、長い時間だったのだろう。

そして、彼女は疲れ、傷つき、しかし甘美な目覚めを迎えた。彼女は弱気になった。目を開けると、小母さんが知らない太った男と部屋に座っていて、驚かない。

彼女は何歳だったのだろう、知らずに小さな女の子だと思っていた。彼女も何の記憶もない。

太った男は言った。

- さあ、意識が戻ってきた。

そして、小さなお母さんは泣き出した。すると、太った男がまた言った。

- さあ、落ち着いて、男爵夫人、私は今、それに答えると言っているのです。でも、彼女には何も、何も話してはいけない。眠らせてあげてください。

そして、ジャンヌには、考えようとするとすぐに重い眠りに襲われ、何も思い出そうとせず、頭に戻ってきた現実を漠然と恐れているように、とても長い間、ぼんやりと生きていたように思えた。

しかし、一度だけ、目を覚ましたとき、ジュリアンが彼女と二人きりでいるのを見た。まるで過去の人生を隠していたカーテンが外されたように、突然、すべてが彼女の中によみがえった。

彼女は胸に恐ろしい痛みを感じ、また逃げ出したくなった。彼女はシーツを投げ返すと、地面に飛び降り、もはや足が動かなくなった。

ジュリアンは駆け寄ると、彼女は悲鳴をあげて、彼に触られないようにした。彼女は体をくねらせ、転がった。ドアが開いた。リゾンおばさんがデンチュ未亡人と駆け込んできて、次に男爵が、そして最後に小母さんが、息を切らして取り乱しながらやってきました。

そして、ベッドに戻すと、すぐにずるずると目を閉じて、言葉を発しないように、ゆっくり考えるようにした。

母親と叔母は彼女を見守り、慌てて問い詰めた。

- 聞こえるか、ジャンヌ、私の小さなジャンヌ?

彼女は耳が聞こえず、返事もしなかった。そして、その日が終わったことによく気づいていた。夜が来た。守衛は彼女の横に座り、ときどき飲み物を飲ませた。

彼女は何も言わずに酒を飲んだが、もう眠ることはなかった。まるで自分の記憶に穴が開いたように、出来事が記されていない白く大きな空白の場所を探しながら、苦しそうに推論をした。

長い努力の末に、少しずつ、すべての事実を発見していったのだ。

そして、彼女は、それらを固い意志で反省した。

小母さん、リゾンおばさん、男爵が来ていたので、大病を患っていたのです。でも、ジュリアン?彼は何を言ったのだろう?両親は知っていたのでしょうか?ロザリーはどこだ?そして、どうすればいいのか?以前のように、父と小さな母と一緒にルーアンに帰ろうという考えが浮かんだのだ。彼女は未亡人になる、ただそれだけだ。

だから彼女は待っていた。周囲の言葉に耳を傾け、それを表に出さずによく理解し、この理性の回帰を楽しみ、忍耐強く、狡猾に。

夕方になって、やっと男爵夫人と二人きりになったので、彼女はかなり低い声で呼びかけた。

- 小さなお母さん!

自分の声に驚いて、変わってしまったようだ。男爵夫人は彼女の両手を握った。

- 私の娘よ、私の愛するジャンヌ! 私の娘よ、私がわかるか?

- でも、泣いちゃだめだよ、長い話があるんだから。私が雪の中を逃げた理由を、ジュリアンは教えてくれましたか?

- そうだ、君はとても危険な熱だったんだ。

- そんなことないよ、ママ。その後、私は熱を出しましたが、誰がこの熱を出したのか、なぜ私が逃げたのか、彼はあなたに言いましたか?

- いいえ、そうではありません。

- ロザリーがベッドにいるのを見つけたからよ。

男爵夫人はまだ錯乱していると思い、彼女を撫でた。

- 眠ってください、落ち着いて、眠ってみてください。

しかし、ジャンヌは頑強に再開した。

- もう理性は取り戻したよ、リトル・マム、ここ数日のような馬鹿なことは言わないよ。ある夜、体調が悪くなったので、ジュリアンを探しに行きました。ロザリーはベッドで一緒に寝ていた。私は悲しみで頭が真っ白になり、崖から身を投げようと雪の中を走り出しました。

しかし、男爵夫人は繰り返した。

- そうだ、君は病気だったんだ。

- そうじゃなくて ママ ロザリーがジュリアンのベッドにいるのを 見つけたの もうこれ以上欲しくないの
とか、これ以上一緒にいたくないとか。に連れてってもらう。
ルーアン、昔と変わらず。
男爵夫人は、医師から動揺させないようにと勧められていたのですが
どう考えてもジャンヌが答えた。
- そう、私の愛しい人。

しかし、患者さんは焦った。

- 私のことを信じていないようですね。父を呼んできてくれ、最後には私を理解してくれるだろう。

そして小母さんは苦労して立ち上がり、2本の杖を持って、足を引きずりながら外に出て、数分後に支えてくれていた男爵を連れて戻ってきたのです。

二人はベッドの前に座り、ジャンヌはすぐに話し始めた。

男爵は、彼女の言葉が終わったとき、彼女がとりとめのないことを言っているのではないと分かったが、何を考え、何を解決し、何を答えればいいのか分からなかった。

昔、物語で彼女を眠らせた時のように、優しい気持ちで彼女の手を握った。

- いいか、慎重に行動するんだ。急がず、決心がつくまでご主人と一緒に我慢しましょう......約束してくれますか?

とつぶやいた。

- そうするけど、元気なうちはここにいないよ。

そして、彼女は静かに付け加えた。

- ロザリーは今どこにいるのですか?

男爵は続けた。

- もう二度と会うことはないでしょう。

しかし、彼女は頑固だった。

- 彼女はどこにいるのか、知りたい。

そして、彼女が家を出ていないことは認めたが、これから出て行くことは断言した。

そのため、このような弊害が発生する可能性があります。

- 娘に対するあなたの行いを説明するために来たのです。あなたは下女と一緒に彼女を欺いた、これは二重に不相応なことです。

しかし、ジュリアンは無実を装い、情熱的に否定し、宣誓し、神を証人とした。ましてや、どんな証拠があるのだろう。ジャンヌは頭がおかしいのではないか、脳溢血ではないか、発病当初に錯乱して雪の中を逃げまわったのではないか。そして、この攻撃の最中、ほとんど裸で家の中を走っている時にこそ、夫のベッドにいるメイドを見たと主張したのである。

そして、彼は怒り、訴訟を起こすと脅し、激しく憤慨した。男爵は困惑しながらも、謝罪し、許しを請い、忠誠の手を差し出したが、ジュリアンはそれを拒否した。

 

Quand Jeanne connut la réponse de son mari, elle ne se fâcha point et répondit:

— Il ment, papa, mais nous finirons par le convaincre.

Et pendant deux jours elle fut taciturne, recueillie, méditant.

Puis, le troisième matin, elle voulut voir Rosalie. Le baron refusa de faire monter la bonne, déclara qu'elle était partie. Jeanne ne céda point, répétant:

— Alors qu'on aille la chercher chez elle.

Et déjà elle s'irritait quand le docteur entra. On lui dit tout pour qu'il jugeât. Mais Jeanne soudain se mit à pleurer, énervée outre mesure, criant presque:

— Je veux voir Rosalie: je veux la voir!

Alors le médecin lui prit la main, et, à voix basse:

— Calmez-vous, madame; toute émotion pourrait devenir grave; car vous êtes enceinte.

Elle demeura saisie, comme frappée d'un coup, et il lui sembla tout de suite que quelque chose remuait en elle. Puis elle resta silencieuse, n'écoutant pas même ce qu'on disait, s'enfonçant en sa pensée. Elle ne put dormir de la nuit, tenue en éveil par cette idée nouvelle et singulière qu'un enfant vivait là, dans son ventre; et triste, peinée qu'il fût le fils de Julien; inquiète, craignant qu'il ne ressemblât à son père. Au jour venu, elle fit appeler le baron.

— Petit père, ma résolution est bien prise; je veux tout savoir, surtout maintenant; tu entends, je veux; et tu sais qu'il ne faut pas me contrarier dans la situation où je suis. Écoute bien. Tu vas aller chercher M. le curé. J'ai besoin de lui pour empêcher Rosalie de mentir; puis, dès qu'il sera venu, tu la feras monter et tu resteras là avec petite mère. Surtout veille à ce que Julien n'ait pas de soupçons.

Une heure plus tard, le prêtre entrait, engraissé encore, soufflant autant que petite mère. Il s'assit près d'elle dans un fauteuil, le ventre tombant entre ses jambes ouvertes; et il commença par plaisanter, en passant par habitude son mouchoir à carreaux sur son front:

— Eh bien, madame la baronne, je crois que nous ne maigrissons pas; m'est avis que nous faisons la paire.

Puis, se tournant vers le lit de la malade:

— Hé! hé! qu'est-ce qu'on m'a dit, ma jeune dame, que nous aurions bientôt un nouveau baptême? Ah! ah! ah! pas d'une barque cette fois.

Et il ajouta d'un ton grave: «Ce sera un défenseur pour la patrie», puis, après une courte réflexion: «À moins que ce ne soit une bonne mère de famille»; et, saluant la baronne, «comme vous, madame».

Mais la porte du fond s'ouvrit. Rosalie, éperdue, larmoyant, refusait d'entrer, cramponnée à l'encadrement, et poussée par le baron. Impatienté, il la jeta d'une secousse dans la chambre. Alors elle se couvrit la face de ses mains et resta debout, sanglotant.

Jeanne, dès qu'elle l'aperçut, se dressa brusquement, s'assit, plus pâle que ses draps; et son coeur affolé soulevait de ses battements la mince chemise collée à sa peau. Elle ne pouvait parler, respirant à peine, suffoquée. Enfin, elle prononça d'une voix coupée par l'émotion:

— Je… je… n'aurais pas… pas besoin… de t'interroger. Il… il me suffit de te voir ainsi… de… de voir ta… ta honte devant moi.

Après une pause, car le souffle lui manquait, elle reprit:

— Mais je veux tout savoir, tout… tout. J'ai fait venir M. le curé pour que ce soit comme une confession, tu entends.

Immobile, Rosalie poussait presque des cris entre ses mains crispées.

Le baron, que la colère gagnait, lui saisit les bras, les écarta violemment, et, la jetant à genoux près du lit:

— Parle donc… Réponds.

Elle resta par terre, dans la posture qu'on prête aux Madeleines, le bonnet de travers, le tablier sur le parquet, le visage voilé de nouveau de ses mains redevenues libres.

Alors le curé lui parla:

— Allons, ma fille, écoute ce qu'on te dit, et réponds. Nous ne voulons pas te faire de mal; mais on veut savoir ce qui s'est passé.

Jeanne, penchée au bord de sa couche, la regardait. Elle dit:

— C'est bien vrai que tu étais dans le lit de Julien quand je vous ai surpris.

Rosalie, à travers ses mains, gémit:

— Oui, madame.

Alors, brusquement, la baronne se mit à pleurer aussi avec un gros bruit de suffocation; et ses sanglots convulsifs accompagnaient ceux de Rosalie.

Jeanne, les yeux droit sur la bonne, demanda:

— Depuis quand cela durait-il?

Rosalie balbutia:

— Depuis qu'il est v'nu.

Jeanne ne comprenait pas.

— Depuis qu'il est venu… Alors… depuis… depuis le printemps?

— Oui, madame.

— Depuis qu'il est entré dans cette maison?

— Oui, madame.

Et Jeanne, comme oppressée de questions, interrogea d'une voix précipitée:

— Mais comment cela s'est-il fait? Comment te l'a-t-il demandé? Comment t'a-t-il prise? Qu'est-ce qu'il t'a dit? À quel moment, comment as-tu cédé? comment as-tu pu te donner à lui?

Et Rosalie, écartant ses mains cette fois, saisie aussi d'une fièvre de parler, d'un besoin de répondre:

— J'sais ti mé? C'est le jour qu'il a dîné ici la première fois, qu'il est v'nu m'trouver dans ma chambre. Il s'était caché dans l'grenier. J'ai pas osé crier pour pas faire d'histoire. Il s'est couché avec mé; j'savais pu c'que j'faisais à çu moment-là; il a fait c'qu'il a voulu. J'ai rien dit parce que je le trouvais gentil!…

Alors Jeanne, poussant un cri:

— Mais… ton… ton enfant… c'est à lui?…

Rosalie sanglota.

— Oui, madame.

Puis toutes deux se turent.

On n'entendait plus que le bruit des larmes de Rosalie et de la baronne.

Jeanne, accablée, sentit à son tour ses yeux ruisselants; et les gouttes sans bruit coulèrent sur ses joues.

L'enfant de sa bonne avait le même père que le sien! Sa colère était tombée. Elle se sentait maintenant toute pénétrée d'un désespoir morne, lent, profond, infini.

Elle reprit enfin d'une voix changée, mouillée, d'une voix de femme qui pleure:

— Quand nous sommes revenus de… là-bas… du voyage… quand est-ce qu'il a recommencé?

La petite bonne, tout à fait écroulée par terre, balbutia;

— Le… le premier soir, il est v'nu.

Chaque parole tordait le coeur de Jeanne. Ainsi, le premier soir, le soir du retour aux Peuples, il l'avait quittée pour cette fille. Voilà pourquoi il la laissait dormir seule!

Elle en savait assez, maintenant, elle ne voulait plus rien apprendre; elle cria:

— Va-t'en, va-t'en!

Et comme Rosalie ne bougeait point, anéantie, Jeanne appela son père:

— Emmène-la, emporte-la.

Mais le curé, qui n'avait encore rien dit, jugea le moment venu de placer un petit sermon.

— C'est très mal, ce que tu as fait là, ma fille, très mal; et le bon Dieu ne te pardonnera pas de sitôt. Pense à l'enfer qui t'attend si tu ne gardes pas désormais une bonne conduite. Maintenant que tu as un enfant, il faut que tu te ranges. Mme la baronne fera sans doute quelque chose pour toi, et nous te trouverons un mari…

Il aurait longtemps parlé, mais le baron, ayant de nouveau saisi Rosalie par les épaules, la souleva, la traîna jusqu'à la porte, et la jeta, comme un paquet, dans le couloir.

Dès qu'il fut revenu, plus pâle que sa fille, le curé reprit la parole:

— Que voulez-vous? elles sont toutes comme ça dans le pays. C'est une désolation, mais on n'y peut rien, et il faut bien un peu d'indulgence pour les faiblesses de la nature. Elles ne se marient jamais sans être enceintes, jamais, madame.

Et il ajouta souriant:

— On dirait une coutume locale.

Puis, d'un ton indigné:

Jusqu'aux enfants qui s'en mêlent! N'ai-je pas trouvé l'an dernier, dans le cimetière, deux petits du catéchisme, le garçon et la fille! J'ai prévenu les parents! Savez-vous ce qu'ils m'ont répondu? «Qu'voulez-vous, monsieur l'curé, c'est pas nous qui leur avons appris ces saletés-là, j'y pouvons rien.» Voilà, monsieur, votre bonne a fait comme les autres.

Mais le baron, qui tremblait d'énervement, l'interrompit:

— Elle? que m'importe! mais c'est Julien qui m'indigne. C'est infâme ce qu'il a fait là, et je vais emmener ma fille.

Et il marchait, s'animant toujours, exaspéré:

— C'est infâme d'avoir ainsi trahi ma fille, infâme! C'est un gueux, cet homme, une canaille, un misérable; et je le lui dirai, je le souffletterai, je le tuerai sous ma canne!

Mais le prêtre, qui absorbait lentement une prise de tabac à côté de la baronne en larmes, et qui cherchait à accomplir son ministère d'apaisement, reprit:

— Voyons, monsieur le baron, entre nous, il a fait comme tout le monde. En connaissez-vous beaucoup, des maris qui soient fidèles?

Et il ajouta avec une bonhomie malicieuse:

— Tenez, je parie que vous-même, vous avez fait vos farces.
Voyons, la main sur la conscience, est-ce vrai?
Le baron s'était arrêté, saisi, en face du prêtre qui continua:

— Eh! oui, vous avez fait comme les autres. Qui sait même si vous n'avez jamais tâté d'une petite bobonne comme celle-là. Je vous dis que tout le monde en fait autant. Votre femme n'en a pas été moins heureuse ni moins aimée, n'est-ce pas?

Le baron ne remuait plus, bouleversé.

C'était vrai, parbleu, qu'il en avait fait autant, et souvent encore, toutes les fois qu'il avait pu; et il n'avait pas respecté non plus le toit conjugal; et, quand elles étaient jolies, il n'avait jamais hésité devant les servantes de sa femme! Était-il pour cela un misérable? Pourquoi jugeait-il si sévèrement la conduite de Julien alors qu'il n'avait jamais même songé que la sienne pût être coupable?

Et la baronne, tout essoufflée encore de sanglots, eut sur les lèvres une ombre de sourire au souvenir des fredaines de son mari, car elle était de cette race sentimentale, vite attendrie, et bienveillante, pour qui les aventures d'amour font partie de l'existence.

Jeanne, affaissée, les yeux ouverts devant elle, allongée sur le dos et les bras inertes, songeait douloureusement. Une parole de Rosalie lui était revenue qui lui blessait l'âme, et pénétrait comme une vrille en son coeur: «Moi, j'ai rien dit parce que je le trouvais gentil.»

Elle aussi l'avait trouvé gentil; et c'est uniquement pour cela qu'elle s'était donnée, liée pour la vie, qu'elle avait renoncé à toute autre espérance, à tous les projets entrevus, à tout l'inconnu de demain. Elle était tombée dans ce mariage, dans ce trou sans bords pour remonter dans cette misère, dans cette tristesse, dans ce désespoir, parce que, comme Rosalie, elle l'avait trouvé gentil!

La porte s'ouvrit d'une poussée furieuse. Julien parut, l'air féroce. Il avait aperçu, dans l'escalier, Rosalie gémissant et il venait savoir, comprenant qu'on tramait quelque chose, que la bonne avait parlé sans doute. La vue du prêtre le cloua sur place.

Il demanda d'une voix tremblante, mais calme:

— Quoi? qu'y a-t-il?

Le baron, si violent tout à l'heure, n'osait rien dire, craignant l'argument du curé et son propre exemple invoqué par son gendre. Petite mère larmoyait plus fort; mais Jeanne s'était soulevée sur ses mains, et elle regardait, haletante, celui qui la faisait si cruellement souffrir. Elle balbutia:

— Il y a que nous n'ignorons plus rien, que nous savons toutes vos infamies depuis… depuis le jour où vous êtes entré dans cette maison… il y a que l'enfant de cette bonne est à vous comme… comme… le mien… ils seront frères…

Et, une surabondance de douleur lui étant venue à cette pensée, elle s'affaissa dans ses draps et pleura frénétiquement.

Il restait béant, ne sachant que dire ni que faire. Le curé intervint encore.

— Voyons, voyons, ne nous chagrinons pas tant que ça, ma jeune dame, soyez raisonnable.

Il se leva, s'approcha du lit et posa sa main tiède sur le front de cette désespérée. Ce simple contact l'amollit étrangement; elle se sentit aussitôt alanguie, comme si cette forte main de rustre, habituée aux gestes qui absolvent, aux caresses réconfortantes, lui eût apporté dans son toucher un apaisement mystérieux.

Le bonhomme, demeuré debout, reprit:

— Madame, il faut toujours pardonner. Voilà un grand malheur qui vous arrive; mais Dieu, dans sa miséricorde, l'a compensé par un grand bonheur, puisque vous allez être mère. Cet enfant sera votre consolation. C'est en son nom que je vous implore, que je vous adjure de pardonner l'erreur de M. Julien. Ce sera un lien nouveau entre vous, un gage de sa fidélité future. Pouvez-vous rester séparée de coeur de celui dont vous portez l'oeuvre dans votre flanc?

Elle ne répondait point, broyée, endolorie, épuisée maintenant, sans force même pour la colère et la rancune. Ses nerfs lui semblaient lâchés, coupés doucement, elle ne vivait plus qu'à peine.

La baronne, pour qui tout ressentiment semblait impossible, et dont l'âme était incapable d'un effort prolongé, murmura:

— Voyons, Jeanne.

Alors le prêtre prit la main du jeune homme et, l'attirant près du lit, la posa dans la main de sa femme. Il appliqua dessus une petite tape comme pour les unir d'une façon définitive; et, quittant son ton prêcheur et professionnel, il dit, d'un air content:

— Allons, c'est fait: croyez-moi, ça vaut mieux.

Puis, les deux mains rapprochées un moment se séparèrent aussitôt. Julien, n'osant embrasser Jeanne, baisa sa belle-mère au front, pivota sur ses talons, prit le bras du baron qui se laissa faire, heureux au fond que la chose se fût arrangée ainsi; et ils sortirent ensemble pour fumer un cigare.

Alors la malade, anéantie, s'assoupit pendant que le prêtre et petite mère causaient doucement à voix basse.

L'abbé parlait, expliquant, développant ses idées; et la baronne consentait toujours d'un signe de tête. Il dit enfin, pour conclure:

— Donc, c'est entendu, vous donnez à cette fille la ferme de Barville, et je me charge de lui trouver un mari, un brave garçon rangé. Oh! avec un bien de vingt mille francs, nous ne manquerons pas d'amateurs. Nous n'aurons que l'embarras du choix.

Et la baronne souriait maintenant, heureuse, avec deux larmes restées en route sur ses joues, mais dont la traînée humide était déjà séchée.

Elle insistait:

— C'est entendu, Barville vaut, au bas mot, vingt mille francs; mais on placera le bien sur la tête de l'enfant; les parents en auront la jouissance pendant leur vie.

Et le curé se leva, serra la main de petite mère:

— Ne vous dérangez point, madame la baronne, ne vous dérangez point; je sais ce que vaut un pas.

Comme il sortait, il rencontra tante Lison qui venait voir sa malade. Elle ne s'aperçut de rien; on ne lui dit rien et elle ne sut rien, comme toujours.

 

 

夫の答えを聞いたジャンヌは、怒らずにこう答えた。

- 彼は嘘をついている、お父さん、しかし、我々は最終的に彼を説得します。

そして、2日間、彼女は寡黙で、瞑想的で、思索にふけっていた。

そして、3日目の朝、彼女はロザリーに会いたいと言った。男爵は女中が上がってくるのを拒み、もう出て行ったと言った。ジャンヌは屈せず、繰り返した。

- だから、彼女の家から連れて来させればいい。

と、すでにイライラしているところに、ドクターが入ってきた。そして、彼が判断できるようにと、すべてを話した。しかし、ジャンヌは突然、興奮しすぎて、叫びそうになりながら泣き出した。

- ロザリーに会いたい:会いたいの!

すると、医師は彼女の手を取り、低い声でこう言った。

- 落ち着いてください、奥様、どんな感情も深刻になりかねません、あなたは妊娠しているのですから。

彼女は、まるで殴られたような衝撃を受けたまま、自分の中で何かが蠢いているような気がした。そして、言われたことも聞かず、黙ったまま、自分の考えに沈んでいった。彼女は一晩中眠れず、自分の子宮の中に子供が住んでいるという、この新しく奇妙な考えで目を覚まし、悲しく、ジュリアンの息子であることを痛感し、心配で、父親に似ているのではないかと恐れていました。その日が来ると、彼女は男爵を呼び寄せた。

- 私はすべてを知りたい、特に今は。聞いてください、私はそうしたいのです。そして、私が今の状況で動揺してはいけないこともわかっているはずです。よく聞いてください。あなたは神父を探しに行くのです。ロザリーが嘘をつくのを止めさせたい。彼が来たら、すぐに彼女を2階へ連れて行き、リトル・マザーと一緒にそこにいてください。なによりもジュリアンに疑われないようにすること。

1時間後、神父がやってきた。まだ太っていて、小母さんに負けないくらい吹いていた。彼は肘掛け椅子に腰掛け、お腹を彼女の開いた脚の間に落とし、習慣としてチェックのハンカチを額に当てながら、冗談を言い始めたのです。

- 痩せたのではなく、ペアになったのだと思います。

そして、病人のベッドのほうを向く。

- おいおい、お嬢さん、もうすぐ新しい洗礼があるとか言ってたけど、どうなんだ?あ!あ!あ!あ!今度は船からじゃない。

そして、真剣な調子で「祖国を守る者になる」と言い、少し考えてから「一家の良き母でなければ」と言い、男爵夫人に「奥様、あなたのように」と挨拶した。

しかし、奥の扉が開いてしまった。ロザリーは取り乱し、涙を流しながら、枠にしがみつき、男爵に押されて中に入ろうとしない。彼は焦り、彼女をジャマして部屋に放り込んだ。そして、両手で顔を覆い、泣きながら立ったままであった。

男爵は、そのような "媚薬 "のようなもので、"媚薬 "のようなもので、"媚薬 "のようなもので、"媚薬 "のようなもので、"媚薬 "のようなものである。彼女は声も出せず、呼吸もほとんどできず、窒息しそうだった。最後に、彼女は感情を切り取った声で話した。

- 私は...私は...あなたに質問する必要は...ないでしょう。このような君を見るのは...それで十分だ...君の...恥を見るのは...私の前では...

息を切らして一息ついた後、彼女は続けた。

- でも、全部、全部...全部知りたいんです。神父を呼んで、懺悔するような形にしたんです、わかりますよね。

神父を呼んで、懺悔するような形にしたんです、わかりますよね。

怒った男爵は、彼女の腕を掴み、激しく広げ、ベッドの横に膝をついて投げつけた。

すると、神父は彼女に話しかけた。

- さあ、娘よ、言われたことをよく聞いて、答えなさい。傷つけたくないが、何が起こったのか知りたい。

ベッドの縁にかがみ込んだジャンヌが、彼女を見つめた。と彼女は言った。

- 私があなたを驚かせたとき、あなたがジュリアンのベッドにいたことは、まったくもって事実です。

ロザリーは手を通して、うめき声をあげた。

- はい、マダム。

すると突然、男爵夫人が息苦しいほどの大きな声で泣き出し、ロザリーの嗚咽と一緒に痙攣するように泣き出した。

ジャンヌは、メイドをまっすぐ見て、尋ねた。

- いつからこうなったのか?

ロザリーは口ごもった。

- 裸で来たから。

ジャンヌは理解できなかった。

- 彼が来てから... じゃあ... 春から?

- はい、マダム。

- この家に入ってから?

- はい、マダム。

するとジャンヌは、質問に圧迫されたように、慌てて声を上げて尋ねた。

- しかし、どうしてそうなったのか。どのように聞かれたのですか?どうやって連れて行かれたんですか?何を言われたんですか?どの時点で、どのように屈服したのですか? どのようにして、彼に自分を捧げたのですか?

そしてロザリーも、今度は両手を広げて、話したい、答えたいと熱にうなされました。

- 私はあなたを知っている?彼が初めてここで食事をした日、私の部屋に探しに来たのです。屋根裏に隠れていたのだ。騒ぎにならないように、あえて叫ばなかった。彼は私と一緒にベッドに入りました。私はその時、自分が何をしているのかわかりませんでしたが、彼は好きなようにしました。いい人だと思ったから、何も言わなかったんだ!」。

すると、ジャンヌが、叫び声を発した。

- でも...あなたの...お子さんは...彼のものですか?

ロザリーは泣きじゃくりました。

- はい、マダム。

そして、二人とも黙り込んでしまった。

聞こえるのはロザリーと男爵夫人の涙の音だけだった。

ジャンヌは圧倒され、今度は目を潤ませ、音もなく雫が頬を伝って落ちていくのを感じた。

メイドの子供が自分の父親と同じだったのだ! 怒りは収まった。彼女は今、すべてが鈍く、遅く、深く、無限の絶望に覆われているのを感じていた。

ついに彼女は、変わり果てた濡れた声で、泣きながら再開した。

- 私たちが...あそこから...旅から帰ってきたとき...いつから、また始まったの?

床に完全に倒れた小さなメイドは、口ごもった。

- その...最初の晩、彼は裸でやってきた。

その一言一言が、ジャンヌの心をゆさぶった。こうして、最初の晩、民衆に戻った晩、彼は彼女をこの少女に預けたのである。だから彼女を一人で寝かせたんだ!

彼女はもう十分知っている、もう何も学びたくない、そう叫んだ。

- 消えろ!消えろ!

そして、ロザリーが動かず、全滅してしまったので、ジャンヌは父に電話をかけた。

- 彼女を連れて行け、連れて行け

しかし、まだ何も言っていない神父は、そろそろちょっとした説教をしようと思った。

- あなたがそこでしたことは、とても悪いことです、娘よ、とても悪いことです、そして、良き主はすぐにあなたをお許しにならないでしょう。これから先、いい加減なことをすると地獄が待っていると思え。子供もできたことだし、落ち着かないとね。男爵夫人はきっとあなたのために何かしてくれるでしょうし、私たちはあなたの夫を見つけるでしょう......。

彼は長い間話していたが、男爵は再びロザリーの肩を掴んで持ち上げ、ドアまで引きずっていき、束のように廊下に放り出した。

娘よりも顔色の悪い彼が戻ってくると、神父は再び口を開いた。

- 何がしたいんだ? 田舎はそんなのばっかだぞ。残念なことですが、どうしようもないことですし、自然の弱さに少し甘えるしかないでしょう。妊娠していない状態で結婚することはないのです、決して、マダム。

そして、笑顔でこう付け加えた。

- 地元の風習のようです。

そして、憤慨した口調で

子どもたちまで巻き込んで! 去年、墓地で、カテキョの二人の子供、男の子と女の子を見つけなかったか!?親に警告したんだ!彼らが私に何と答えたか分かりますか?"何が望みだ、父さん" "そんなくだらないことを教えたのは私たちじゃない、どうしようもない そこへ、あなたのメイドが他の人と同じようにしたのです。

しかし、緊張で震えていた男爵は、それを遮った。

- 彼女はどうでもいいが、私にふさわしくないのはジュリアンのほうだ。彼がそこで行ったことは悪名高いことであり、私は娘を連れ去るつもりだ。

そして、彼はまだ活気づき、苛立ちを覚えながら歩いていた。

- こんな形で娘を裏切るとは、悪名高き! あいつは乞食だ、あの男は悪党だ、情けない奴だ、そう言ってやる、あいつを吹き飛ばしてやる、俺の杖の下で殺してやる!」。

しかし、泣いている男爵夫人の傍らでゆっくりとタバコを吸いながら、宥和の務めを果たそうとしていた神父は、再開した。

- 見てみましょう、ムッシュ・ル・バロン、ここだけの話、彼は他の人と同じことをしたのです。忠実な夫をたくさん知っていますか?

そして、悪意のあるボンヤリした感じで付け加えた。

- ここで、あなた自身もイタズラをしたことがあるのではないでしょうか?
えーと、良心に手を当てて、それは本当ですか?
男爵は、神父の前で立ち止まり、取り押さえていた。

- そう、他の人たちと同じようにしたんですね。そんな小さなベイビーに手を出したことがあるかどうか、誰にもわからない。みんな同じようにやっていると言っているんです。あなたの奥様は、幸せにも愛されてもいなかったのですね?

男爵は取り乱したまま、動かなかった。

もちろん、可能な限りそうしてきたし、しばしばそうしてきたことは事実であった。夫婦の屋根も尊重しなかったし、きれいなときは、妻の使用人の前でもためらうことはなかったのである そんなことで、彼は情けなくなったのだろうか。自分が有罪になるとは考えもしなかったのに、なぜジュリアンの行いを厳しく裁いたのだろう。

男爵夫人は嗚咽でまだ息があがっていたが、夫のフレデインのことを思い出して、唇に微笑みの影を浮かべていた。彼女は、愛の冒険が生活の一部となっている、すぐに柔らかくなる、慈悲深い、感傷的な人種だったからである。

目の前に目を見開き、仰向けに寝て両腕を不活性にしたジャンヌは、痛々しいほど考え込んでいた。ロザリーが言った一言が、彼女の心を傷つけ、「彼が素敵だったから、何も言わなかったのよ」と、心の奥底まで入り込んできた。

彼女もまた、彼を素敵だと感じていた。そしてそのためにこそ、彼女は一生を束縛され、他のすべての希望も、ちらりと見える計画も、明日の未知数も放棄して、自らを捧げたのだ。彼女はこの結婚に、縁のないこの穴に落ち、ただこの惨めさ、悲しみ、絶望の中で再び立ち上がる、ロザリーのように、彼女は彼に親切だと気づいたからだ

猛烈な勢いでドアが開いた。ジュリアンが激しい表情で現れた。彼はロザリーが階段でうめき声をあげているのを見て、何かが計画されているのだと理解し、メイドが話したのだろうと思うようになった。神父の姿に足が止まった。

と、震えながらも冷静な声で問いかけた。

- えっ、どうしたんですか?

男爵は、さっきまであんなに暴れていたのに、司祭の言い分と、婿に呼び出された自分の例を恐れて、あえて何も言わなかったのだ。ってな感じです。彼女は口ごもった。

- 確かに私たちはもう何も無視できません。あなたがこの家に入ったときから、あなたの悪事をすべて知っています。このメイドの子供があなたのものであることは事実です。

そして、その思いが胸に迫り、シーツに身を沈め、必死に泣いた。

彼は、何を言っていいのか、何をしていいのかわからず、ぽかんと立ち尽くしたままだった。神父が再び介入してきた。

- そんなに嘆くことはありませんよ、お嬢さん、理性的に考えてください。

彼は立ち上がり、ベッドに向かい、この絶望的な女性の額に暖かい手を置いた。この単純な接触が、彼女を不思議なほど和ませた。彼女は一気に物憂げな気分になり、まるで赦すような仕草や慰めの愛撫に慣れたこの強い荒々しい手が、その触れ方で不思議な癒しをもたらしたかのように感じた。

立ったままだった善男が再開した。

- 奥様、いつも許してあげてください。これはあなたに降りかかった大きな不幸ですが、神の慈悲により、あなたは母親になるのですから、大きな幸福で償ってくださいます。この子はあなたの慰めになってくれるでしょう。彼の名において、M.ジュリアンの過ちを許し、懇願する。それはあなた方の新しい絆となり、彼の将来の貞節を誓うものとなるでしょう。あなたは、その作品を身に付けている彼と、心を隔てていられるでしょうか。

彼女は答えず、押しつぶされ、痛み、疲れ果て、怒りや恨みを抱く力さえも失っていた。神経が委縮しているようで、優しく切って、かろうじて生きているような状態だった。

男爵夫人は、憤慨することは不可能と思われ、その魂は長時間の努力に耐えられず、こうつぶやいた。

- 見せてくれ、ジャンヌ。

神父は若者の手を取り、ベッドに引き寄せると、妻の手に握らせたのである。それを決定的に一体化させるかのように少し叩いて当て、説教臭いプロフェッショナルな口調から離れ、満足げに言ったのである。

- それは終わったことです:私を信じてください、より良いものです。

すると、一瞬合わせた両手が、一気に離れた。そのため、"崖っぷち "と言われることもありますが、"崖っぷち "であることは間違いありません。

そして、神父と小母さんが小さな声でそっとおしゃべりしている間に、病人は打ちひしがれて眠ってしまったのです。

修道院長は自分の考えを説明し、発展させる。男爵夫人はいつもうなずきながら同意する。彼は最後に、こう言った。

- この娘にはバーヴィルの農場を与え、私は彼女の夫、それも秩序のある良い子を見つけるよう気を配るつもりです。ああ、2万フランの財産があれば、恋人に不自由することはないでしょう。私たちは、選択の余地を失っているのです。

そして男爵夫人は、頬に残っていた二粒の涙が、その濡れた跡はもう乾いて、幸せそうに、今、微笑んでいたのです。

彼女はそう主張した。

- バルビルは少なくとも2万フランの価値があると言われていますが、その財産は子供の頭上に置かれ、両親は生前それを享受することができます。

そして、神父は立ち上がり、小さな母親と握手をした。

- 一歩の価値を知っている。

外出しようとすると、患者に会いに来たリゾンおばさんに会った。彼女は何も気づかず、何も言われず、いつものように何も知らずにいた。

第8章へ続く

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