Une Vie

Une Vie 『女の一生』第4章

 

Le baron, un matin, entra dans la chambre de Jeanne avant qu'elle fût levée, et s'asseyant sur les pieds du lit:

— M. le vicomte de Lamare nous a demandé ta main.

Elle eut envie de cacher sa figure sous les draps.

Son père reprit:

— Nous avons remis notre réponse à tantôt.

Elle haletait, étranglée par l'émotion. Au bout d'une minute le baron, qui souriait, ajouta:

— Nous n'avons rien voulu faire sans t'en parler. Ta mère et moi ne sommes pas opposés à ce mariage, sans prétendre cependant t'y engager. Tu es beaucoup plus riche que lui, mais, quand il s'agit du bonheur d'une vie, on ne doit pas se préoccuper de l'argent. Il n'a plus aucun parent; si tu l'épousais donc ce serait un fils qui entrerait dans notre famille, tandis qu'avec un autre, c'est toi, notre fille, qui irait chez des étrangers. Le garçon nous plaît. Te plairait-il… à toi?

Elle balbutia, rouge jusqu'aux cheveux:

— Je veux bien, papa.

Et petit père, en la regardant au fond des yeux, et riant toujours, murmura:

— Je m'en doutais un peu, mademoiselle.

Elle vécut jusqu'au soir comme si elle était grise, sans savoir ce qu'elle faisait, prenant machinalement des objets pour d'autres, et les jambes toutes molles de fatigue sans qu'elle eût marché.

Vers six heures, comme elle était assise avec petite mère sous le platane, le vicomte parut.

Le coeur de Jeanne se mit à battre follement. Le jeune homme s'avançait sans paraître ému. Lorsqu'il fut tout près, il prit les doigts de la baronne et les baisa puis, soulevant à son tour la main frémissante de la jeune fille, il y déposa de toutes ses lèvres un long baiser tendre et reconnaissant.

Et la radieuse saison des fiançailles commença. Ils causaient seuls dans les coins du salon, ou bien assis sur le talus au fond du bosquet devant la lande sauvage. Parfois, ils se promenaient dans l'allée de petite mère, lui, parlant d'avenir, elle, les yeux baissés sur la trace poudreuse du pied de la baronne.

Une fois la chose décidée, on voulut hâter le dénouement; il fut donc convenu que la cérémonie aurait lieu dans six semaines, au 15 août; et que les jeunes mariés partiraient immédiatement pour leur voyage de noces. Jeanne, consultée sur le pays qu'elle voulait visiter, se décida pour la Corse où l'on devait être plus seuls que dans les villes d'Italie.

Ils attendaient le moment fixé pour leur union sans impatience trop vive, mais enveloppés, roulés dans une tendresse délicieuse, savourant le charme exquis des insignifiantes caresses, des doigts pressés, des regards passionnés, si longs que les âmes semblent se mêler; et vaguement tourmentés par le désir indécis des grandes étreintes.

On résolut de n'inviter personne au mariage, à l'exception de tante Lison, la soeur de la baronne, qui vivait comme dame pensionnaire dans un couvent de Versailles.

Après la mort de leur père, la baronne avait voulu garder sa soeur avec elle; mais la vieille fille, poursuivie par l'idée qu'elle gênait tout le monde, qu'elle était inutile et importune, se retira dans une de ces maisons religieuses qui louent des appartements aux gens tristes et isolés dans l'existence.

Elle venait, de temps en temps, passer un mois ou deux dans sa famille.

C'était une petite femme qui parlait peu, s'effaçait toujours, apparaissait seulement aux heures des repas, et remontait ensuite dans sa chambre où elle restait enfermée sans cesse.

Elle avait un air bon et vieillot, bien qu'elle fût âgée seulement de quarante-deux ans, un oeil doux et triste; elle n'avait jamais compté pour rien dans sa famille. Toute petite, comme elle n'était point jolie ni turbulente, on ne l'embrassait guère; et elle restait tranquille et douce dans les coins. Depuis elle demeura toujours sacrifiée. Jeune fille, personne ne s'occupa d'elle.

C'était quelque chose comme une ombre ou un objet familier, un meuble vivant qu'on est accoutumé à voir chaque jour, mais dont on ne s'inquiète jamais.

Sa soeur, par habitude prise dans la maison paternelle, la considérait comme un être manqué, tout à fait insignifiant. On la traitait avec une familiarité sans gêne qui cachait une sorte de bonté méprisante. Elle s'appelait Lise et semblait gênée par ce nom pimpant et jeune. Quand on avait vu qu'elle ne se mariait pas, qu'elle ne se marierait sans doute point, de Lise on avait fait Lison. Depuis la naissance de Jeanne, elle était devenue «tante Lison», une humble parente, proprette, affreusement timide, même avec sa soeur et son beau-frère qui l'aimaient pourtant, mais d'une affection vague participant d'une tendresse indifférente, d'une compassion inconsciente et d'une bienveillance naturelle.

Quelquefois, quand la baronne parlait des choses lointaines de sa jeunesse, elle prononçait, pour fixer une date:

— C'était à l'époque du coup de tête de Lison.

On n'en disait jamais plus; et «ce coup de tête» restait comme enveloppé de brouillard.

Un soir Lise, âgée alors de vingt ans, s'était jetée à l'eau sans qu'on sût pourquoi. Rien dans sa vie, dans ses manières, ne pouvait faire pressentir cette folie. On l'avait repêchée à moitié morte; et ses parents, levant des bras indignés, au lieu de chercher la cause mystérieuse de cette action, s'étaient contentés de parler du «coup de tête», comme ils parlaient de l'accident du cheval «Coco», qui s'était cassé la jambe un peu auparavant dans une ornière et qu'on avait été obligé d'abattre.

Depuis lors, Lise, bientôt Lison, fut considérée comme un esprit très faible. Le doux mépris qu'elle avait inspiré à ses proches s'infiltra lentement dans le coeur de tous les gens qui l'entouraient. La petite Jeanne elle-même, avec cette divination naturelle des enfants, ne s'occupait point d'elle, ne montait jamais l'embrasser dans son lit, ne pénétrait jamais dans sa chambre. La bonne Rosalie, qui donnait à cette chambre les quelques soins nécessaires, semblait seule savoir où elle était située.

Quand tante Lison entrait dans la salle à manger pour le déjeuner, la «Petite» allait, par habitude, lui tendre son front; et voilà tout.

Si quelqu'un voulait lui parler, on envoyait un domestique la quérir; et, quand elle n'était pas là, on ne s'occupait jamais d'elle, on ne songeait jamais à elle, on n'aurait jamais eu la pensée de s'inquiéter, de demander:

— Tiens, mais je n'ai pas vu Lison, ce matin.

Elle ne tenait point de place; c'était un de ces êtres qui demeurent inconnus même à leurs proches, comme inexplorés, et dont la mort ne fait ni trou ni vide dans une maison, un de ces êtres qui ne savent entrer ni dans l'existence, ni dans les habitudes, ni dans l'amour de ceux qui vivent à côté d'eux.

Quand on prononçait «tante Lison», ces deux mots n'éveillaient pour ainsi dire aucune affection en l'esprit de personne. C'est comme si on avait dit «la cafetière ou le sucrier».

Elle marchait toujours à petits pas pressés et muets; ne faisait jamais de bruit, ne heurtait jamais rien, semblait communiquer aux objets la propriété de ne rendre aucun son. Ses mains paraissaient faites d'une espèce d'ouate, tant elle maniait légèrement et délicatement ce qu'elle touchait.

Elle arriva vers la mi-juillet, toute bouleversée par l'idée de ce mariage. Elle apportait une foule de cadeaux qui, venant d'elle, demeurèrent presque inaperçus.

Dès le lendemain de sa venue on ne remarqua plus qu'elle était là.

Mais en elle fermentait une émotion extraordinaire, et ses yeux ne quittaient point les fiancés. Elle s'occupa du trousseau avec une énergie singulière, une activité fiévreuse, travaillant comme une simple couturière dans sa chambre où personne ne la venait voir.

À tout moment elle présentait à la baronne des mouchoirs qu'elle avait ourlés elle-même, des serviettes dont elle avait brodé les chiffres, en demandant:

— Est-ce bien comme ça, Adélaïde?

Et petite mère, tout en examinant nonchalamment l'objet, répondait:

— Ne te donne donc pas tant de mal, ma pauvre Lison.

Un soir, vers la fin du mois, après une journée de lourde chaleur, la lune se leva dans une de ces nuits claires et tièdes, qui troublent, attendrissent, font s'exalter, semblent éveiller toutes les poésies secrètes de l'âme. Les souffles doux des champs entraient dans le salon tranquille. La baronne et son mari jouaient mollement une partie de cartes dans la clarté ronde que l'abat-jour de la lampe dessinait sur la table; tante Lison, assise entre eux, tricotait; et les jeunes gens, accoudés à la fenêtre ouverte, regardaient le jardin plein de clarté.

Le tilleul et le platane semaient leur ombre sur le grand gazon qui s'étendait ensuite, pâle et luisant, jusqu'au bosquet tout noir.

Attirée invinciblement par le charme tendre de cette nuit, par cet éclairement vaporeux des arbres et des massifs, Jeanne se tourna vers ses parents:

— Petit père, nous allons faire un tour là, sur l'herbe, devant le château.

Le baron dit, sans quitter son jeu: «Allez, mes enfants», et se remit à sa partie.

Ils sortirent et commencèrent à marcher lentement sur la grande pelouse blanche jusqu'au petit bois du fond.

L'heure avançait sans qu'ils songeassent à rentrer. La baronne, fatiguée, voulut monter à sa chambre:

— Il faut rappeler les amoureux, dit-elle.

Le baron, d'un coup d'oeil, parcourut le vaste jardin lumineux, où les deux ombres erraient doucement.

— Laisse-les donc, reprit-il, il fait si bon dehors! Lison va les attendre; n'est-ce pas, Lison?

La vieille fille releva ses yeux inquiets, et répondit de sa voix timide:

— Certainement, je les attendrai.

Petit père souleva la baronne, et, lassé lui-même par la chaleur du jour:

— Je vais me coucher aussi, dit-il.

Et il partit avec sa femme.

Alors tante Lison à son tour se leva, et, laissant sur le bras du fauteuil l'ouvrage commencé, sa laine et la grande aiguille, elle vint s'accouder à la fenêtre et contempla la nuit charmante.

Les deux fiancés allaient sans fin, à travers le gazon, du bosquet jusqu'au perron, du perron jusqu'au bosquet. Ils se serraient les doigts et ne parlaient plus, comme sortis d'eux-mêmes, tout mêlés à la poésie visible qui s'exhalait de la terre.

Jeanne, tout à coup, aperçut dans le cadre de la fenêtre la silhouette de la vieille fille que dessinait la clarté de la lampe.

— Tiens, dit-elle, tante Lison qui nous regarde.

Le vicomte releva la tête, et, de cette voix indifférente qui parle sans pensée:

— Oui, tante Lison nous regarde.

Et ils continuèrent à rêver, à marcher lentement, à s'aimer.

Mais la rosée couvrait l'herbe, ils eurent un petit frisson de fraîcheur.

— Rentrons maintenant, dit-elle.

Et ils revinrent.

Lorsqu'ils pénétrèrent dans le salon, tante Lison s'était remise à tricoter; elle avait le front penché sur son travail; et ses doigts maigres tremblaient un peu, comme s'ils eussent été très fatigués.

Jeanne s'approcha:

— Tante, on va dormir, à présent.

La vieille fille tourna les yeux; ils étaient rouges comme si elle eût pleuré. Les amoureux n'y prirent point garde; mais le jeune homme aperçut soudain les fins souliers de la jeune fille tout couverts d'eau. Il fut saisi d'inquiétude et demanda tendrement:

— N'avez-vous point froid à vos chers petits pieds?

Et tout à coup les doigts de la tante furent secoués d'un tremblement si fort que son ouvrage s'en échappa; la pelote de laine roula au loin sur le parquet; et, cachant brusquement sa figure dans ses mains, elle se mit à pleurer par grands sanglots convulsifs.

Les deux fiancés la regardaient stupéfaits, immobiles. Jeanne brusquement se mit à ses genoux, écarta ses bras, bouleversée, répétant:

— Mais qu'as-tu, mais qu'as-tu, tante Lison?

Alors la pauvre femme, balbutiant, avec la voix toute mouillée de larmes, et le corps crispé de chagrin, répondit:

— C'est quand il t'a demandé… N'avez-vous pas froid à… à… à vos chers petits pieds?… on ne m'a jamais dit de ces choses- là… à moi… jamais… jamais…

Jeanne, surprise, apitoyée, eut cependant envie de rire à la pensée d'un amoureux débitant des tendresses à Lison; et le vicomte s'était retourné pour cacher sa gaieté.

Mais la tante se leva soudain, laissa sa laine à terre et son tricot sur le fauteuil, et elle se sauva sans lumière dans l'escalier sombre, cherchant sa chambre à tâtons.

Restés seuls, les deux jeunes gens se regardèrent, égayés et attendris. Jeanne murmura:

— Cette pauvre tante!…

Julien reprit:

— Elle doit être un peu folle, ce soir.

Ils se tenaient les mains sans se décider à se séparer, et doucement, tout doucement, ils échangèrent leur premier baiser devant le siège vide que venait de quitter tante Lison.

Ils ne pensaient plus guère, le lendemain, aux larmes de la vieille fille.

Les deux semaines qui précédèrent le mariage laissèrent Jeanne assez calme et tranquille comme si elle eût été fatiguée d'émotions douces.

Elle n'eut pas non plus le temps de réfléchir durant la matinée du jour décisif. Elle éprouvait seulement une grande sensation de vide en tout son corps, comme si sa chair, son sang, ses os se fussent fondus sous la peau; et elle s'apercevait, en touchant les objets, que ses doigts tremblaient beaucoup.

Elle ne reprit possession d'elle que dans le choeur de l'église pendant l'office.

Mariée! Ainsi elle était mariée! La succession de choses, de mouvements, d'événements accomplis depuis l'aube lui paraissait un rêve, un vrai rêve. Il est de ces moments où tout semble changé autour de nous; les gestes même ont une signification nouvelle; jusqu'aux heures qui ne semblent plus à leur place ordinaire.

Elle se sentait étourdie, étonnée surtout. La veille encore rien n'était modifié dans son existence; l'espoir constant de sa vie devenait seulement plus proche, presque palpable. Elle s'était endormie jeune fille; elle était femme maintenant.

Donc elle avait franchi cette barrière qui semble cacher l'avenir avec toutes ses joies, ses bonheurs rêvés. Elle sentait comme une porte ouverte devant elle; elle allait entrer dans l'Attendu.

La cérémonie finissait. On passa dans la sacristie presque vide; car on n'avait invité personne; puis on ressortit.

Quand ils apparurent sur la porte de l'église, un fracas formidable fit faire un bond à la mariée et pousser un grand cri à la baronne: c'était une salve de coups de fusil tirée par les paysans; et jusqu'aux Peuples les détonations ne cessèrent plus.

Une collation était servie pour la famille, le curé des châtelains et celui d'Yport, le marié et les témoins choisis parmi les gros cultivateurs des environs.

Puis on fit un tour dans le jardin pour attendre le dîner. Le baron, la baronne, tante Lison, le maire et l'abbé Picot se mirent à parcourir l'allée de petite mère; tandis que, dans l'allée en face, l'autre prêtre lisait son bréviaire en marchant à grands pas.

On entendait, de l'autre côté du château, la gaieté bruyante des paysans qui buvaient du cidre sous les pommiers. Tout le pays, endimanché, emplissait la cour. Les gars et les filles se poursuivaient.

Jeanne et Julien traversèrent le bosquet, puis montèrent sur le talus, et, muets tous deux, se mirent à regarder la mer. Il faisait un peu frais, bien qu'on fût au milieu d'août; le vent du nord soufflait, et le grand soleil luisait durement dans le ciel tout bleu.

Les jeunes gens, pour trouver de l'abri, traversèrent la lande en tournant à droite, voulant gagner la vallée ondulante et boisée qui descend vers Yport. Dès qu'ils eurent atteint les taillis, aucun souffle ne les effleura plus, et ils quittèrent le chemin pour prendre un étroit sentier s'enfonçant sous les feuilles. Ils pouvaient à peine marcher de front; alors elle sentit un bras qui se glissait lentement autour de sa taille.

Elle ne disait rien, haletante, le coeur précipité, la respiration coupée. Des branches basses leur caressaient les cheveux; ils se courbaient souvent pour passer. Elle cueillit une feuille; deux bêtes à bon Dieu, pareilles à deux frêles coquillages rouges, étaient blotties dessous.

Alors elle dit, innocente et rassurée un peu:

— Tiens, un ménage.

Julien effleura son oreille de sa bouche:

— Ce soir vous serez ma femme.

 

ある朝、男爵はジャンヌが起き上がる前に部屋に入り、ベッドの足元に座ってこう言った。

- ラマール子爵が結婚を申し込んでいるんだが

彼女はシーツの下に顔を隠したくなった。

父親はこう続けた。

- 回答は後日とさせていただいたがね。

彼女は感動で息が詰まり、喘いでいた。1分後、微笑んでいた男爵はこう付け加えた。

- 私たちは、あなたに相談せずに何かをすることは避けたかったのです。あなたのお母さんと私はこの結婚に反対しているわけではありませんが、あなたをこの結婚に約束させることはしたくありません。あなたは彼よりずっとお金持ちですが、自分の人生の幸せのためには、お金のことは気にしないほうがいいのです。彼はもう身寄りがありません。あなたが彼と結婚すれば、息子が我が家に入りますが、他の人と結婚すれば、娘のあなたは他人の家へ行くことになります。私たちはその子が好きです。彼を好きですか?

彼女は髪まで真っ赤にして言いよどんだ。

- いいですわ、お父さま。

そして、お父さんは、彼女の目を深く見つめ、まだ笑いながら、こうつぶやいた。

- 私もそう思っていた。

彼女は夕方まで、まるで酒に酔ったように、自分が何をしているのかわからず、機械的に一つの物を別の物と間違え、足は歩かなくても疲労ですべてぐったりしていた。

6時頃、榧の木の下で母と二人で座っていると、子爵が現れた。

ジャンヌの心臓は激しく鼓動し始めた。青年は動じる様子もなく進んでいく。近くに来ると、男爵夫人の指をとって口づけし、次に少女の震える手を順に持ち上げて、唇全体で長く、優しく、感謝のこもった口づけをした。

そして、晴れやかな婚約の季節が始まった。客間の隅で二人きりでおしゃべりしたり、荒れた湿原の前の木立の奥の土手に座ったりしていた。時々、二人はリトル・マザーの小径を歩き、彼は未来について語り、彼女は男爵夫人の粉だらけの足跡を見下ろしたものでした。

そこで、「6週間後の8月15日に式を挙げ、すぐに新婚旅行に出発しよう」ということになった。ジャンヌは、行きたい国について相談され、イタリアの都市よりも二人きりになれるコルシカ島に決めた。

二人はあまり焦ることなく、結ばれる時を待った。しかし、美味しい優しさに包まれ、些細な愛撫の絶妙な魅力を味わい、押し付けられた指、魂が混ざり合うような情熱的な視線、そして大きな抱擁の未定の欲望にぼんやり苦しめられながら、転がり続けていた。

結婚式には、男爵夫人の妹で、ヴェルサイユの修道院に下宿しているリゾンおばさん以外、誰も招待してはいけないということになった。

父親の死後、男爵夫人は妹を引き留めようとしたが、老女は、自分は皆に迷惑をかけている、自分は役に立たない、歓迎されないという考えにとらわれ、人生の中で悲しみ、孤立している人々にアパートを貸している宗教施設の一つに引きこもることになった。

彼女は時々、家族と一緒に1、2カ月を過ごすためにやってくる。

彼女は小柄で口数が少なく、いつも自分の中に閉じこもっていて、食事の時だけ顔を出し、その後は部屋に戻ってずっと鍵をかけたままだった。

彼女はまだ四十二歳だが、優しくて古風な雰囲気があり、柔らかくて悲しい目をしていた。子供の頃は、可愛くもなく騒がしくもなかったので、キスもほとんどされず、隅っこで大人しくしていた。それ以来、彼女は常に犠牲になってきた。幼い頃、誰も彼女を気にかけてくれなかった。

彼女は、まるで影か、見慣れた物体、毎日見慣れているけれども気にすることのない生活用具のようなものであった。

姉は、父の家の習慣で、彼女を取るに足らない失敗作とみなしていた。彼女は、侮蔑的な優しさを隠しながら、恥じることのない親しさで接してくれた。彼女の名前はリセといい、この若々しく洒落た名前に照れているようだった。結婚しないこと、おそらく一生結婚しないことが明らかになったとき、リセはリゾンになったのだ。ジャンヌが生まれてから、彼女は「リゾンおばさん」と呼ばれるようになった。地味な親戚で、端正で、恐ろしく内気だった。

男爵夫人が若いころの遠い話をするとき、時々、日付を確定するように宣告することがあった。

それ以来、この「無分別」は、まるで霧に包まれたように残っている。

ある晩、当時20歳だったリセさんは、誰にも知られることなく海に身を投げてしまった。彼女の人生にも、マナーにも、この狂気を示唆するものは何もなかった。憤慨した両親は、この不可解な行動の原因を探ろうとはせず、少し前にわだちで足を折り、やむなく撃たれた馬「ココ」の事故について話すように、「頭を打った」というだけで満足していた。

それ以来、リセ、やがてリゾンは、非常に弱い精神とみなされるようになった。彼女が周囲に与えた優しい軽蔑の念は、徐々に周囲の人々の心に染み渡っていった。リトル・ジャンヌは、子供の持つ天性の占いで、彼女を気にかけることもなく、ベッドにキスしに行くこともなく、部屋に入ることもなかった。この部屋を世話した善良なロザリーだけが、この部屋の位置を知っているようだった。

リソンおばさんが朝食のためにダイニングルームに入ってくると、「リトルワン」は習慣的におばさんに額を差し出す、ただそれだけだった。

誰かが彼女に話しかけようとすれば、召使いが呼ばれ、彼女がいないときは、世話になることもなく、思いやることもなく、心配することもなく、尋ねることもない。

- そういえば、今朝はリゾンを見かけなかった。

彼女には居場所がなかった。彼女は、最も身近で最も親しい人にさえ、まるで未踏の地のように知られていない存在であり、その死は家に穴も空けず、隣に住む人の存在や習慣や愛情に入り込む術を知らない存在の一人だったのだ。

リゾンおばさん」と発音しても、この2つの言葉にはほとんど愛着がわかない。まるで、「コーヒーポットかシュガーボウルか」と言わんばかりに。

彼女はいつも小さく、急いで、静かな足取りで歩き、音を立てず、何かにぶつかることもなく、物にも音を立てないという性質を与えているようだった。その手はまるで綿毛のようで、触れるものを軽やかに、繊細に扱っていた。

7月中旬、彼女は結婚式のことを考えると、すっかり気が動転してしまったようだ。彼女は多くの贈り物を持参したが、彼女からの贈り物はほとんど気付かれることがなかった。

到着した翌日には、誰も彼女の存在に気づかなかった。

しかし、彼女の中には並々ならぬ感情が芽生えており、その視線は新郎新婦から離れることはなかった。誰も来ない自室で、まるでお針子でもしているかのように、彼女は異常なエネルギーと熱狂的な活動で衣装の手入れをしたのです。

彼女は今にも男爵夫人に、自分で縫ったハンカチと、人物を刺繍したタオルを差し出し、尋ねました。

- これが現実なのか、アデレード?

と、小母さんは、淡々とその物体を調べながら、答えた。

- そんなこと言わないでよ、かわいそうなリゾン。

月の終わりのある晩、猛暑が続いた後、月は澄んだ暖かい夜の中に昇り、悩み、感動し、高揚し、魂のすべての秘密の詩を呼び起こすように見えた。静かな客間に、野のそよ風が入り込む。男爵夫妻はランプシェードがテーブルに描く丸い光の中でトランプゲームに興じ、リソンおばさんはその間に座って編み物をし、若者たちは開け放たれた窓にもたれて、光あふれる庭を眺めていた。

菩提樹とプラタナスの木が大きな芝生に影を落とし、その芝生は青白く光って、黒い木立へと伸びていくのです。

この夜の優しい魅力、木々やベッドを照らす淡い光に、ジャンヌは無性に惹かれ、両親の元へ向かった。

男爵はゲームから離れず、「さあ、私の子供たち」と言い、ゲームに戻りました。

二人は外に出て、白い大きな芝生をゆっくり歩いて、裏の小さな森に向かいました。

夜も更けてきたので、家に帰ろうとは思わなかった。男爵夫人は疲れたのか、自分の部屋に上がりたがった。

- 男爵夫人は疲れて自分の部屋に上がろうとした。「恋人たちを呼び戻さなければなりませんね。

男爵は一目散に、二つの影が緩やかに揺れている広大な光り輝く庭を見回した。

- という感じです。リゾンは彼らを待つでしょう、そうでしょう、リゾン?

老女は不安げな目を上げて、おずおずと答えた。

- 確かに、待ちますね。

小父は男爵夫人を持ち上げて、暑さで疲れた体を

- 「私も寝ようかな」と言った。

そして、奥様と一緒に帰られました。

それからリゾンおばさんは立ち上がり、やりかけの仕事と毛糸と大きな針を椅子の肘に置いたまま、窓にもたれて魅力的な夜の様子を思い描きました。

二人のフィアンセは、芝生の上を木立から階段へ、階段から木立へと延々と歩き続けた。まるで自分たちから離れ、大地から吐き出される目に見える詩の中にすべて混じってしまったかのように、彼らは指を握りしめ、それ以上何も語らなかった。

ジャンヌはふと、窓枠の中に、ランプの光で輪郭を描かれた老女のシルエットを見た。

- 「ほら、リゾンおばさんが見てるよ」と言った。

子爵は頭を上げ、何も考えずに話すような淡々とした声で

- そう、リゾンおばさんは私たちを見ているのです。

そして、彼らは夢を見続け、ゆっくりと歩き、愛し合った。

しかし、露が草を覆い、少し肌寒さを感じた。

- 「もう帰ろうよ」と。

そして、彼らは帰ってきた。

二人が居間に入ると、リゾンおばさんは編み物に戻っていて、額を作品に向け、細い指は疲れたのか、少し震えていた。

ジャンヌが近づいてきた。

- おばさん、もう休みますね。

老女は目を回すと、泣いているように赤くなっていた。しかし、若者はふと、少女の薄い靴がすべて水に浸かっているのを見た。彼は警戒して、優しく問いかけた。

- あなたの大切な小さな足は冷たくないですか?

すると突然、おばさんの指が激しく揺さぶられ、作品が落ち、毛糸玉が床に転がり落ち、突然両手で顔を隠しながら、大泣きし始めたのである。

二人の婚約者は、唖然として動かない彼女を見た。ジャンヌは突然膝をついて、両手を大きく広げ、取り乱しながら、繰り返した。

- でも、リゾンおばさん、何を持ってるんだろう?

すると、哀れな女性は、声を涙で濡らし、体を悲しみで緊張させながら、口ごもりながら答えました。

- それは、彼があなたに・・・あなたの大切な小さな足が・・・寒くないですか・・・と聞いたときです。 そんなこと・・・私には・・・言われたことがありません・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・・。

ジャンヌは驚き、同情しながらも、恋人がリゾンに優しさを吐露していると思うと笑いたくなり、子爵はその華やかさを隠すように振り返っていたのです。

しかし、おばさんは突然立ち上がり、毛糸を床に、編み物を肘掛け椅子に置いたまま、明かりもつけずに暗い階段を駆け上がり、手探りで自分の部屋を探したのです。

一人残された若い二人は、明るく、そして感動的に顔を見合わせた。ジャンヌがつぶやいた。

- あのかわいそうなおばさん!

ジュリアンは続けた。

- 今夜は少し頭がおかしいのでしょう。

二人は別れることを決めずに手をつなぎ、先ほどリゾンおばさんが置いていった空席の前で、そっと、とてもそっと、初めてのキスを交わしたのです。

翌日、彼らは老女の涙のことはほとんど考えなかった。

結婚式までの2週間、ジャンヌは穏やかな感情に疲れたのか、とても静かな時間を過ごしていた。

また、決定的な日の朝も、考える暇はなかった。ただ、全身に大きな空虚感があり、肉も血も骨も皮膚の下で溶けてしまったような感じであった。

彼女が冷静さを取り戻したのは、礼拝中の教会の聖歌隊の演奏のときだった。

彼女は結婚したのだ!こうして自分は結婚したのだ!?夜が明けてからの一連の出来事、動き、出来事が、彼女には夢のように見えた。身振り手振りでさえも新しい意味を持ち、時間さえもいつもの場所にあるようには見えない、そんな瞬間がある。

彼女はめまいを感じ、特に驚いた。前日まで、彼女の人生には何の変化もなかった。常に抱いていた希望が、より身近に、ほとんど手に取るようにわかるようになっただけだった。少女の頃に眠っていた。今は女である。

彼女は、すべての喜びと夢見た幸福のある未来を隠しているようなあの壁を越えたのだ。目の前に扉が開かれ、これから「期待」の中に入っていくような気がした。

式は終わった。二人はほとんど誰もいない聖具室に入り、それからまた外に出て行った。

それは農民が撃ったライフル銃の一斉射撃で、農民のいるところではその銃声は止むことがなかった。

家族、シャトレーゼとイポートの教区司祭、新郎、近隣の大農民から選ばれた証人のために軽食が振る舞われました。

その後、夕食を待つために庭を散歩しました。男爵、男爵夫人、リゾンおばさん、市長、アベ・ピコは小母さんの路地を進み、向かいの路地ではもう一人の神父が大股で歩きながらブレヴィアリーを読んでいた。

城の反対側では、リンゴの木の下でリンゴ酒を飲んでいる農民たちの騒々しい歓声が響いていました。中庭を埋め尽くしたのは、ドレスアップした全国民だ。男の子と女の子が追いかけっこをしていた。

ジャンヌとジュリアンは木立を横切り、堤防に登って、二人とも無言で海を見始めた。8月中旬とはいえ、北風が吹き、青空に太陽が燦々と輝く涼しい日であった。

若者たちは避難するために湿原を横断し、右に曲がってイポートに下る起伏のある森林の谷にたどり着きました。雑木林に着くと、息もつかせず、葉の下に沈む細い道を行くように道を外れた。その時、腰にゆっくりと腕が回ってくるのを感じた。

彼女は何も言わず、喘ぎながら、心臓をバクバクさせて、息を殺していた。低い枝が彼らの髪を撫で、彼らはしばしば身を屈めて通り過ぎた。彼女は葉っぱを摘んだ。その下には、まるで二つのか弱い赤い貝殻のような、二匹の忌々しい動物が身を寄せていた。

すると彼女は、無邪気に、そして少し安心したように言った。

- ここで、私たち夫婦なのね。

ユリアンは彼女の耳を口で撫でた。

- 今夜、君は僕の妻になるんだ。

 

Quoiqu'elle eût appris bien des choses dans son séjour aux champs, elle ne songeait encore qu'à la poésie de l'amour, et fut surprise. Sa femme? ne l'était-elle pas déjà?

Alors il se mit à l'embrasser à petits baisers rapides sur la tempe et sur le cou, là où frisaient les premiers cheveux. Saisie à chaque fois par ces baisers d'homme auxquels elle n'était point habituée, elle penchait instinctivement la tête de l'autre côté pour éviter cette caresse qui la ravissait cependant.

Mais ils se trouvèrent soudain sur la lisière du bois. Elle s'arrêta, confuse d'être si loin. Qu'allait-on penser?

— Retournons, dit-elle.

Il retira le bras dont il serrait sa taille, et, en se tournant tous deux, ils se trouvèrent face à face, si près qu'ils sentirent leurs haleines sur leurs visages; et ils se regardèrent. Ils se regardèrent d'un de ces regards fixes, aigus, pénétrants, où deux âmes croient se mêler. Ils se cherchèrent dans leurs yeux, derrière leurs yeux, dans cet inconnu impénétrable de l'être, ils se sondèrent dans une muette et obstinée interrogation. Que seraient-ils l'un pour l'autre? Que serait cette vie qu'ils commençaient ensemble? Que se réservaient-ils l'un à l'autre de joies, de bonheurs ou de désillusions en ce long tête-à-tête indissoluble du mariage? Et il leur sembla, à tous les deux, qu'ils ne s'étaient pas encore vus.

Et tout à coup, Julien, posant ses deux mains sur les épaules de sa femme, lui jeta à pleine bouche un baiser profond comme elle n'en avait jamais reçu. Il descendit, ce baiser, il pénétra dans ses veines et dans ses moelles; et elle en eut une telle secousse mystérieuse qu'elle repoussa éperdument Julien de ses deux bras, et faillit tomber sur le dos.

— Allons-nous-en. Allons-nous-en, balbutia-t-elle.

Il ne répondit pas, mais il lui prit les mains qu'il garda dans les siennes.

Ils n'échangèrent plus un mot jusqu'à la maison. Le reste de l'après-midi sembla long.

On se mit à table à la nuit tombante.

Le dîner fut simple et assez court, contrairement aux usages normands. Une sorte de gêne paralysait les convives. Seuls les deux prêtres, le maire et les quatre fermiers invités montrèrent un peu de cette grosse gaieté qui doit accompagner les noces.

Le rire semblait mort, un mot du maire le ranima. Il était neuf heures environ; on allait prendre le café. Au-dehors, sous les pommiers de la première cour, le bal champêtre commençait. Par la fenêtre ouverte on apercevait toute la fête. Des lumignons pendus aux branches donnaient aux feuilles des nuances de vert-de-gris. Rustres et rustaudes sautaient en rond en hurlant un air de danse sauvage qu'accompagnaient faiblement deux violons et une clarinette juchés sur une grande table de cuisine en estrade. Le chant tumultueux des paysans couvrait entièrement parfois la chanson des instruments; et la frêle musique déchirée par les voix déchaînées semblait tomber du ciel en lambeaux, en petits fragments de quelques notes éparpillées.

Deux grandes barriques entourées de torches flambantes versaient à boire à la foule. Deux servantes étaient occupées à rincer incessamment les verres et les bols dans un baquet, pour les tendre, encore ruisselants d'eau, sous les robinets d'où coulait le filet rouge du vin ou le filet d'or du cidre pur. Et les danseurs assoiffés, les vieux tranquilles, les filles en sueur se pressaient, tendaient les bras pour saisir à leur tour un vase quelconque et se verser à grands flots dans la gorge, en renversant la tête, le liquide qu'ils préféraient.

Sur une table on trouvait du pain, du beurre, du fromage et des saucisses. Chacun avalait une bouchée de temps en temps, et, sous le plafond de feuilles illuminées, cette fête saine et violente donnait aux convives mornes de la salle l'envie de danser aussi, de boire au ventre de ces grosses futailles en mangeant une tranche de pain avec du beurre et un oignon cru.

Le maire qui battait la mesure avec son couteau s'écria:

— Sacristi! ça va bien, c'est comme qui dirait les noces de
Ganache.
Un frisson de rire étouffé courut. Mais l'abbé Picot, ennemi naturel de l'autorité civile, répliqua:

— Vous voulez dire de Cana.

L'autre n'accepta pas la leçon.

— Non, monsieur le curé, je m'entends; quand je dis Ganache, c'est Ganache.

On se leva et on passa dans le salon. Puis on alla se mêler un peu au populaire en goguette. Puis les invités se retirèrent.

Le baron et la baronne eurent à voix basse une sorte de querelle. Mme Adélaïde, plus essoufflée que jamais, semblait refuser ce que demandait son mari; enfin elle dit, presque haut:

— Non, mon ami, je ne peux pas, je ne saurais comment m'y prendre.

Petit père alors, la quittant brusquement, s'approcha de Jeanne.

— Veux-tu faire un tour avec moi, fillette?

Tout émue, elle répondit:

— Comme tu voudras, papa.

Ils sortirent.

Dès qu'ils furent devant la porte, du côté de la mer, un petit vent sec les saisit. Un de ces vents froids d'été, qui sentent déjà l'automne.

Des nuages galopaient dans le ciel, voilant, puis redécouvrant les étoiles.

Le baron serrait contre lui le bras de sa fille en lui pressant tendrement la main. Ils marchèrent quelques minutes. Il semblait indécis, troublé. Enfin il se décida.

— Mignonne, je vais remplir un rôle difficile qui devrait revenir à ta mère; mais comme elle s'y refuse, il faut bien que je prenne sa place. J'ignore ce que tu sais des choses de l'existence. Il est des mystères qu'on cache soigneusement aux enfants, aux filles surtout, aux filles qui doivent rester pures d'esprit, irréprochablement pures jusqu'à l'heure où nous les remettons entre les bras de l'homme qui prendra soin de leur bonheur. C'est à lui qu'il appartient de lever ce voile jeté sur le doux secret de la vie. Mais elles, si aucun soupçon ne les a encore effleurées, se révoltent souvent devant la réalité un peu brutale cachée derrière les rêves. Blessées en leur âme, blessées même en leur corps, elles refusent à l'époux ce que la loi, la loi humaine et la loi naturelle lui accordent comme un droit absolu. Je ne puis t'en dire davantage, ma chérie; mais n'oublie point ceci, que tu appartiens tout entière à ton mari.

Que savait-elle au juste? que devinait-elle? Elle s'était mise à trembler, oppressée d'une mélancolie accablante et douloureuse comme un pressentiment.

Ils rentrèrent. Une surprise les arrêta sur la porte du salon. Mme Adélaïde sanglotait sur le coeur de Julien. Ses pleurs, des pleurs bruyants poussés comme par un soufflet de forge, semblaient lui sortir en même temps du nez, de la bouche et des yeux; et le jeune homme interdit, gauche, soutenait la grosse femme abattue en ses bras pour lui recommander sa chérie, sa mignonne, son adorée fillette.

Le baron se précipita: «Oh! pas de scène; pas d'attendrissement, je vous prie», et, prenant sa femme, il l'assit dans un fauteuil pendant qu'elle s'essuyait le visage. Il se tourna ensuite vers Jeanne:

— Allons, petite, embrasse ta mère bien vite et va te coucher.

Prête à pleurer aussi, elle embrassa ses parents rapidement et s'enfuit.

Tante Lison s'était déjà retirée en sa chambre. Le baron et sa femme restèrent seuls avec Julien. Et ils demeuraient si gênés tous les trois qu'aucune parole ne leur venait, les deux hommes en tenue de soirée, debout, les yeux perdus, Mme Adélaïde abattue sur son siège avec des restes de sanglots dans la gorge. Leur embarras devenait intolérable, le baron se mit à parler du voyage que les jeunes gens devaient entreprendre dans quelques jours.

Jeanne, dans sa chambre, se laissait déshabiller par Rosalie qui pleurait comme une source. Les mains errant au hasard, elle ne trouvait plus ni les cordons ni les épingles et elle semblait assurément plus émue encore que sa maîtresse. Mais Jeanne ne songeait guère aux larmes de sa bonne; il lui semblait qu'elle était entrée dans un autre monde, partie sur une autre terre, séparée de tout ce qu'elle avait connu, de tout ce qu'elle avait chéri. Tout lui semblait bouleversé dans sa vie et dans sa pensée; même cette idée étrange lui vint: «Aimait-elle son mari?» Voilà qu'il lui apparaissait tout à coup comme un étranger qu'elle connaissait à peine. Trois mois auparavant elle ne savait point qu'il existait, et maintenant elle était sa femme. Pourquoi cela? Pourquoi tomber si vite dans le mariage comme dans un trou ouvert sous vos pas?

Quand elle fut en toilette de nuit, elle se glissa dans son lit; et ses draps un peu frais, faisant frissonner sa peau, augmentèrent cette sensation de froid, de solitude, de tristesse qui lui pesait sur l'âme depuis deux heures.

Rosalie s'enfuit, toujours sanglotant; et Jeanne attendit. Elle attendit anxieuse, le coeur crispé, ce je ne sais quoi deviné, et annoncé en termes confus par son père, cette révélation mystérieuse de ce qui est le grand secret de l'amour.

Sans qu'elle eût entendu monter l'escalier, on frappa trois coups légers contre sa porte. Elle tressaillit horriblement et ne répondit point. On frappa de nouveau, puis la serrure grinça. Elle se cacha la tête sous ses couvertures, comme si un voleur eût pénétré chez elle. Des bottines craquèrent doucement sur le parquet; et soudain on toucha son lit.

Elle eut un sursaut nerveux et poussa un petit cri; et, dégageant sa tête, elle vit Julien debout devant elle, qui souriait en la regardant.

— Oh! que vous m'avez fait peur! dit-elle.

Il reprit:

— Vous ne m'attendiez donc point?

Elle ne répondit pas. Il était en grande toilette, avec sa figure grave de beau garçon; et elle se sentit affreusement honteuse d'être couchée ainsi devant cet homme si correct.

Ils ne savaient que dire, que faire, n'osant même pas se regarder à cette heure sérieuse et décisive d'où dépend l'intime bonheur de toute la vie.

Il sentait vaguement peut-être quel danger offre cette bataille, et quelle souple possession de soi, quelle rusée tendresse il faut pour ne froisser aucune des subtiles pudeurs, des infinies délicatesses d'une âme virginale et nourrie de rêves.

Alors, doucement, il lui prit la main qu'il baisa, et, s'agenouillant auprès du lit comme devant un autel, il murmura d'une voix aussi légère qu'un souffle:

— Voudrez-vous m'aimer?

Elle, rassurée tout à coup, souleva sur l'oreiller sa tête ennuagée de dentelles, et elle sourit:

— Je vous aime déjà, mon ami.

Il mit en sa bouche les petits doigts fins de sa femme, et la voix changée par ce bâillon de chair:

— Voulez-vous me prouver que vous m'aimez?

Elle répondit, troublée de nouveau, sans bien comprendre ce qu'elle disait, sous le souvenir des paroles de son père:

— Je suis à vous, mon ami.

Il couvrit son poignet de baisers mouillés, et, se redressant lentement, il approchait de son visage qu'elle recommençait à cacher.

Soudain, jetant un bras en avant par-dessus le lit, il enlaça sa femme à travers les draps, tandis que, glissant son autre bras sous l'oreiller, il le soulevait avec la tête: et, tout bas, tout bas il demanda:

— Alors, vous voulez bien me faire une toute petite place à côté de vous?

Elle eut peur, une peur d'instinct, et balbutia:

— Oh! pas encore, je vous prie.

Il sembla désappointé, un peu froissé, et il reprit d'un ton toujours suppliant, mais plus brusque:

— Pourquoi plus tard puisque nous finirons toujours par là?

Elle lui en voulut de ce mot; mais soumise et résignée, elle répéta pour la deuxième fois:

— Je suis à vous, mon ami.

Alors, il disparut bien vite dans le cabinet de toilette; et elle entendait distinctement ses mouvements avec des froissements d'habits défaits, un bruit d'argent dans la poche, la chute successive des bottines.

Et tout à coup, en caleçon, en chaussettes, il traversa vivement la chambre pour aller déposer sa montre sur la cheminée. Puis il retourna, en courant, dans la petite pièce voisine, remua quelque temps encore et Jeanne se retourna rapidement de l'autre côté en fermant les yeux, quand elle sentit qu'il arrivait.

Elle fit un soubresaut, comme pour se jeter à terre lorsque glissa vivement contre sa jambe une autre jambe froide et velue; et, la figure dans ses mains, éperdue, prête à crier de peur et d'effarement, elle se blottit tout au fond du lit.

Aussitôt, il la prit en ses bras, bien qu'elle lui tournât le dos, et il baisait voracement son cou, les dentelles flottantes de sa coiffure de nuit et le col brodé de sa chemise.

Elle ne remuait pas, raidie dans une horrible anxiété, sentant une main forte qui cherchait sa poitrine cachée entre ses coudes. Elle haletait, bouleversée sous cet attouchement brutal; et elle avait surtout envie de se sauver, de courir par la maison, de s'enfermer quelque part, loin de cet homme.

Il ne bougeait plus. Elle recevait sa chaleur dans son dos. Alors son effroi s'apaisa encore et elle pensa brusquement qu'elle n'aurait qu'à se retourner pour l'embrasser.

À la fin, il parut s'impatienter, et d'une voix attristée:

— Vous ne voulez donc point être ma petite femme?

Elle murmura à travers ses doigts:

— Est-ce que je ne la suis pas?

Il répondit avec une nuance de mauvaise humeur:

— Mais non, ma chère, voyons, ne vous moquez pas de moi.

Elle se sentit toute remuée par le ton mécontent de sa voix; et elle se tourna tout à coup vers lui pour lui demander pardon.

Il la saisit à bras-le-corps, rageusement, comme affamé d'elle; et il parcourait de baisers rapides, de baisers mordants, de baisers fous, toute sa face et le haut de sa gorge, l'étourdissant de caresses. Elle avait ouvert les mains et restait inerte sous ses efforts, ne sachant plus ce qu'elle faisait, ce qu'il faisait, dans un trouble de pensée qui ne lui laissait rien comprendre. Mais une souffrance aiguë la déchira soudain; et elle se mit à gémir, tordue dans ses bras, pendant qu'il la possédait violemment.

Que se passa-t-il ensuite? Elle n'en eut guère le souvenir, car elle avait perdu la tête; il lui sembla seulement qu'il lui jetait sur les lèvres une grêle de petits baisers reconnaissants.

Puis il dut lui parler et elle dut lui répondre. Puis il fit d'autres tentatives qu'elle repoussa avec épouvante; et comme elle se débattait, elle rencontra sur sa poitrine ce poil épais qu'elle avait déjà senti sur sa jambe, et elle se recula de saisissement.

Las enfin de la solliciter sans succès, il demeura immobile sur le dos.

Alors elle songea; elle se dit, désespérée jusqu'au fond de son âme, dans la désillusion d'une ivresse rêvée si différente, d'une chère attente détruite, d'une félicité crevée: «Voilà donc ce qu'il appelle être sa femme; c'est cela! c'est cela!»

Et elle resta longtemps ainsi, désolée, l'oeil errant sur les tapisseries du mur, sur la vieille légende d'amour qui enveloppait sa chambre.

Mais, comme Julien ne parlait plus, ne remuait plus, elle tourna lentement son regard vers lui, et elle s'aperçut qu'il dormait! Il dormait, la bouche entrouverte, le visage calme! Il dormait!

Elle ne le pouvait croire, se sentant indignée, plus outragée par ce sommeil que par sa brutalité, traitée comme la première venue. Pouvait-il dormir une nuit pareille? Ce qui s'était passé entre eux n'avait donc pour lui rien de surprenant? Oh! elle eût mieux aimé être frappée, violentée encore, meurtrie de caresses odieuses jusqu'à perdre connaissance.

Elle resta immobile, appuyée sur un coude, penchée vers lui, écoutant entre ses lèvres passer un léger souffle qui, parfois, prenait une apparence de ronflement.

Le jour parut, terne d'abord, puis clair, puis rose, puis éclatant. Julien ouvrit les yeux, bâilla, étendit ses bras, regarda sa femme, sourit, et demanda:

— As-tu bien dormi, ma chérie?

Elle s'aperçut qu'il lui disait «tu» maintenant et elle répondit, stupéfaite:

— Mais oui. Et vous?

Il dit:

— Oh! moi, fort bien.

Et, se tournant vers elle, il l'embrassa, puis se mit à causer tranquillement. Il lui développait des projets de vie, avec des idées d'économie; et ce mot revenu plusieurs fois étonnait Jeanne. Elle l'écoutait sans bien saisir le sens des paroles, le regardait, songeait à mille choses rapides qui passaient, effleurant à peine son esprit.

Huit heures sonnèrent. «Allons, il faut nous lever, dit-il, nous serions ridicules en restant tard au lit», et il descendit le premier. Quand il eut fini sa toilette, il aida gentiment sa femme en tous les menus détails de la sienne, ne permettant pas qu'on appelât Rosalie.

Au moment de sortir, il l'arrêta.

— Tu sais, entre nous, nous pouvons nous tutoyer maintenant, mais devant tes parents il vaut mieux attendre encore. Ce sera tout naturel en revenant de notre voyage de noces.

Elle ne se montra qu'à l'heure du déjeuner. Et la journée s'écoula ainsi qu'à l'ordinaire comme si rien de nouveau n'était survenu. Il n'y avait qu'un homme de plus dans la maison.

 

田舎暮らしでいろいろなことを学んだとはいえ、まだ恋の詩のことばかり考えていた彼女は、驚いた。彼女はすでに彼の妻ではなかったか?

そして、こめかみと首筋、最初に髪がカールしたところに素早いキスをし始めた。慣れない男のキスを受けるたびに、彼女は本能的に頭を反対側に折り曲げて、この愛撫を避けたが、しかし、それは彼女にとって喜ばしいことだった。

しかし、彼らは突然、森の端にいることに気がついた。あまりの遠さに戸惑い、彼女は立ち止まった。みんなはどう思うだろう?

- 「帰りましょうよ」と彼女は言った。

彼は彼女の腰を掴んでいた腕を引いて、振り向くと、息が顔にかかるほど近くに、二人は顔を見合わせた。二人は、二つの魂が交錯していると信じるような、固定した、鋭い、鋭い視線でお互いを見つめ合った。彼らは互いの目を探り、目の奥、その不可解な未知の存在の中で、無言で頑強な尋問をし合ったのだ。お互いにどんな存在になるのか?二人で始めるこの生活は、どんなものになるのだろう。結婚という長い不自由な生活の中で、二人はどんな喜びや幸せ、幻滅を味わったのだろうか。そして、二人にはまだ会っていないように思えた。

そして突然、ジュリアンは両手を妻の肩に置き、今まで受けたことのないような深いキスを妻に投げかけたのです。このキスは、彼女の血管と骨髄に浸透し、彼女は不思議な衝撃を受け、二本の腕で狂ったようにジュリアンを押し退け、背中に倒れそうになった。

-「帰りましょう、帰りましょう」とは言いよどんだ。

彼は答えず、彼女の手を取り、握った。

家に帰るまで、二人はそれ以上言葉を交わすことはなかった。午後の残りが長く感じられた。

夕暮れ時に夕食の席についた。

夕食会は、ノルマンディの習慣に反して、簡素で短いものだった。ある種の恥ずかしさが、ゲストを麻痺させた。結婚式につきものの華やかさを見せたのは、2人の神父と市長、そして4人の来賓の農民だけだった。

笑いが消えたかと思いきや、市長の一言で復活した。9時頃、二人はコーヒーを飲もうとしていた。外の第一中庭のリンゴの木の下では、田舎の舞踏会が始まっていた。開け放たれた窓から一行が見える。枝には照明が吊るされ、葉に朱色の陰影を与えている。大きなキッチンテーブルに置かれた2本のバイオリンとクラリネットの伴奏で、錆びついた人々がワイルドなダンスチューンを叫びながら飛び回っている。農民たちの騒々しい歌声が、時には楽器の歌を完全に覆ってしまうこともあった。荒れ狂う声に引き裂かれたか弱い音楽が、空からボロボロと、いくつかの音が散った小さな破片になって降ってくるようだった。

松明に囲まれた2つの大きな樽が、観客に飲み物を注いでいた。二人のメイドが忙しくグラスやボウルを桶で洗い、まだ水が滴るそれらを、ワインの赤い糸や純粋なサイダーの金の糸が流れる蛇口の下に渡していた。そして、喉が渇いた踊り子たち、静かな老人たち、汗ばんだ少女たちが、急いで手を伸ばして何かの花瓶を手に取り、自分の一番好きな液体を喉に流し込んでいくのだ。

テーブルの上には、パン、バター、チーズ、ソーセージが並んでいた。それぞれが時々口をつけて飲み込み、照葉樹林の天井の下で、この健康的で暴力的な饗宴は、会場の鈍い客たちも踊りたくなり、バターと生のタマネギをつけたパンを食べながらあの大きな樽の腹から酒を飲みたくなるのでした。

ナイフで時間を刻んでいた市長が叫んだ。

- サクリスティ!うまくいってますね!まるで結婚式のような
ガナッシュ
笑い声を押し殺したような戦慄が走った。しかし、文官の天敵であるアベ・ピコは、こう答えた。

- カナのことですね。

もう一人は、その教えを受け入れなかった。

- いいえ、ムッシュ・ル・キュア、私は自分自身を理解しています。私がガナッシュと言ったとき、私はガナッシュを意味します。

私たちは立ち上がって、リビングルームに入りました。そして、人気のある人たちに少し混じってみた。そして、客は引き揚げた。

男爵と男爵夫人は、低い声で喧嘩のようなことをした。男爵と男爵夫人は低い声で喧嘩のようなものをし、アデライド夫人はいつになく息を切らして、夫の頼みを断ろうとし、最後にはほとんど大声でこう言った。

- いや、友よ、私には無理だ、どうしたらいいかわからない。

すると小父さんは、突然彼女を置いて、ジャンヌに近づいてきた。

- 一緒にドライブに行かないか、お嬢さん?

と、感慨深げに答えてくれた。

- お好きなようにどうぞ、パパ。

出て行った。

ドアの前、海側に出たとたん、少し乾いた風が二人をとらえた。それは、すでに秋の匂いのする、冷たい夏の風のようなものだった。

雲が空を駆け巡り、星を覆い隠し、そして再発見する。

男爵は娘の腕を強く握り、その手をやさしく握った。二人は数分歩いた。優柔不断で悩んでいるように見えた。そして、ついに決心したのである。

- 本来はお母さんの役目なのですが、お母さんに拒否されているので、私が代わりにやらなければなりません。あなたがどれだけ人生を知っているかはわからないけど。子供たちには、特に少女たちには、その幸福の世話をする男性に引き渡すその時まで、純粋な精神で、何にも変えがたいほど純粋でなければならない少女たちには、注意深く隠されている謎があるのです。人生の甘美な秘密にかけられたベールをはぐのは、彼次第なのだ。しかし、彼らは、まだ疑惑がない場合、夢の背後に隠されたやや残酷な現実の前にしばしば反抗する。魂に傷を負い、身体でさえも傷つき、法律、人間法、自然法が絶対的な権利として認めるものを夫に拒否するのです。これ以上は申し上げられませんが、忘れてはならないのは、あなたはすべてご主人のものであるということです。

彼女は何を知っていたのか、何を推測していたのか。彼女は、圧倒的な憂鬱に圧迫され、予感のように苦痛を感じながら、震え始めていたのだ。

二人は戻ってきた。サロンのドアの前で、二人は驚きの声を上げた。アデライド夫人が、ジュリアンの胸にすがって号泣していた。

男爵はあわてて駆け寄り、「ああ、このような場面はありません、優しさもありません、お願いします」と言い、妻を連れて肘掛け椅子に座らせ、妻は顔を拭いていた。そして、ジャンヌに目を向けた。

- さあ、坊や、早くお母さんにキスして、寝なさい。

彼女も泣くのを覚悟で、両親に素早くキスをして走り去りました。

リゾンおばさんは、すでに自分の部屋に戻っていた。男爵夫妻はジュリアンと二人きりになってしまった。そして、3人は恥ずかしさのあまり言葉も出ないまま、夜会服の2人は目を奪われて立ちすくみ、アデライド夫人は嗚咽の跡を喉に詰まらせて席にへたり込んでいました。その恥ずかしさに耐えられなくなった男爵は、数日後に予定されている若者たちの旅の話を始めた。

ジャンヌは自室で、泉のように泣いているロザリーに服を脱がせてもらった。手元が狂い、紐もピンも見つからず、確かに女主人以上に感動しているようだった。しかし、ジャンヌはメイドの涙をほとんど気にせず、自分が別の世界に入り、別の土地に行き、自分が知っているものすべてから、自分が大切にしてきたものすべてから切り離されたように思えたのだ。彼女は夫を愛していたのだろうか?その彼が、突然、ほとんど知らない他人のように彼女に現れた。3カ月前は彼の存在を知らなかったのに、今は彼の妻になっている。これはなぜでしょうか?なぜあなたは、足元に開いた穴の中に入るように、あっという間に結婚してしまうのでしょうか?

寝間着に着替えてベッドに入ると、少しひんやりしたシーツが肌をヒリヒリさせ、2時間前から続いていた寒さ、寂しさ、悲しさがいっそうこみ上げてきた。

ロザリーはまだ泣きながら逃げ、ジャンヌは待っていた。彼女は、父親が推測し、混乱した言葉で発表した、この「愛の偉大な秘密とは何か」という謎の啓示を、緊張した心で待ち望んでいたのである。

階段の音が聞こえないうちに、ドアを軽くノックする音が3回聞こえた。彼女は恐ろしくたじろぎ、答えない。もう1回ノックすると、鍵がギシギシと音を立てた。まるで泥棒が入ったように、彼女は毛布の下に頭を隠した。ブーツが床を軋ませ、突然ベッドが触れた。

彼女は緊張して飛び上がり、小さな叫び声をあげた。頭を上げると、目の前にジュリアンが立っていて、彼女を見て微笑んでいるのが見えた。

- 「まあ、怖かったわ」と彼女は言った。

すると彼は言った。

- まさか私が来るとは思わなかったんですね?

彼女は答えなかった。彼は大きなドレスを着て、ハンサムな男の重々しい顔をしていた。彼女は、この正しい男の前でそのように横たわっていることをひどく恥ずかしく思った。

人生全体の幸福がかかっているこの重大で決定的な時に、彼らは何を言うべきか、何をすべきか分からず、互いに顔を見合わせる勇気さえなかった。

彼はおそらく、この戦いがどんなに危険なものか、そして、処女で夢に満たされた魂の微妙な慎みと無限の繊細さを損なわないためには、どんなにしなやかな自己主張とずる賢い優しさが必要かをぼんやりと感じていたのだろう。

そして、そっと彼女の手を取ってキスをすると、まるで祭壇の前にいるかのようにベッドのそばに跪き、息をするように軽やかな声でつぶやいたのである。

- 私を愛してくれますか?

彼女は急に安心して、枕元のレースのついた頭を上げ、微笑んだ。

- もう、大好きよ。

妻の細い指を口に入れ、この肉の轡で声を変化させた。

- 私を愛していると証明してくれますか?

彼女は、父の言葉の記憶の下に、自分が何を言っているのかよくわからずに、また困ったように答えた。

- 私はあなたのものです、私の友人です。

彼は彼女の手首を濡れたキスで覆い、ゆっくりと背筋を伸ばして、再び隠し始めた彼女の顔に近づいた。

突然、片方の腕をベッドの上に投げ出し、シーツ越しに妻を抱きしめ、もう片方の腕を枕の下に滑り込ませて、頭で持ち上げ、とても低く、とても低く、彼は尋ねた。

- だから、あなたのそばで、私をとても小さな場所にしてくれませんか?

彼女は、本能的に怖くて、口ごもった。

- あ、もう勘弁してください。

彼はがっかりしたような、少し気分を害したような、相変わらず懇願するような口調で、しかしより唐突に話を再開した。

- なんで後にのばすんです、結局そういうことなんですから。

彼女はこの言葉を恨んだ。しかし、従順で諦めの良い彼女は、二度目にこの言葉を繰り返した。

- 私はあなたのものです、私の友人。

そして、彼はあっという間に楽屋に消えていった。彼女には、彼の動きが、解いた服のざわめき、ポケットの中のお金の音、ブーツが次々に落ちる音とともに、はっきりと聞こえてきたのだ。

そして突然、ズボンと靴下のまま、部屋を素早く横切り、時計をマントルピースの上に置いた。そして、彼は隣の小部屋に駆け戻って、もうしばらくかき混ぜ、ジャンヌは彼が来るのを感じると、目をつぶってすぐに反対側に回った。

その時、毛むくじゃらの冷たい脚が彼女の脚に勢いよくぶつかり、両手で顔を抱え、恐怖と恐怖で今にも泣き出しそうになって、ベッドの底にうずくまった。

彼は背中を向けていた彼女を抱き寄せ、首筋やナイトキャップの浮き出たレース、シャツの刺繍の襟などに貪欲に口づけをした。

彼女は動かず、恐ろしい不安の中で硬直し、肘の間に隠された胸を求める強い手を感じていた。そして何より彼女は逃げ出したい、家の中を走り抜けたい、この男から遠く離れた場所に閉じこもりたいと思った。

動いていないのだ。背中で彼の温もりを受け止めた。そして、また恐怖がおさまり、ふと、彼にキスをするために振り向けばいいのだと思った。

ついに焦りが出てきたようで、悲しげな声で。

- では、ぼくのかわいい妻になってくれないのですか?

彼女は指の間からささやくように言った。

- 私は違うの?

と、悪びれた様子で答えた。

- いや、あなた、ぼくをからかわないでください。

彼女は、その声の不愉快さにすっかり心を動かされ、突然、彼のほうを向いて許しを請うた。

彼は怒って、彼女に飢えているように、彼女の腕をつかんで、彼は迅速なキスで、かむようなキスで、狂ったキスで、彼女の顔や喉の上部に、愛撫で彼女を驚かせたと行った。彼女は両手を広げ、彼の努力の下で不活性なままだった。もはや自分が何をしているのか、彼が何をしているのか、何も理解できない思考の混乱の中で。しかし、突然鋭い痛みが彼女を引き裂き、彼女は彼の腕の中でねじれながら呻き始め、彼は激しく彼女を支配していた。

その後、なにがあったのだろうか?彼女はほとんど記憶がなく、彼が彼女の唇に感謝のキスの雨を降らせているようにしか思えなかった。

そして、彼は彼女に話しかけ、彼女は彼に答えなければならなかった。そして、彼は別の試みをしてきたが、彼女は恐怖でそれを撃退した。彼女がもがくと、すでに脚に感じていたあの太い毛が胸に触れ、彼女は衝撃で反り返った。

そして、ついに、彼女を説得するのに疲れて、仰向けのまま動かなくなった。

そして彼女は考えた。心の底から絶望し、夢にまで見た異質な酔い、大切な期待の破壊、穿たれた至福の幻滅の中で、自分に言った。「これが彼の妻であるということか!これが!これが!」。

そして、長い間、彼女はそうして寂しく、壁のタペストリーや、部屋を包む古い愛の伝説に目を奪われていた。

しかし、ジュリアンがそれ以上話さず、それ以上動かないので、彼女はゆっくりと彼の方に視線を向けると、彼が眠っているのが見えた。口を半開きにして、穏やかな顔で眠っていたのである。

彼女はそれを信じられず、憤りを感じ、彼の残忍さよりも、最初に来た者として扱われるこの睡眠に憤りを感じた。こんな夜に、彼は眠れるのだろうか?二人の間に起こったことは、彼にとって驚きではなかったのだろうか。ああ、彼女は殴られる方がよかった、もう一度暴力を受ける方がよかった、意識を失うまで嫌な愛撫で傷つけられる方がよかったと思う。

彼女は片肘をついて、彼の方に寄りかかったまま動かず、唇の間を通る軽い息が、ときおりいびきのような様相を呈するのを聞いていた。

その日は、最初はくすんでいたのが、だんだん晴れてきて、ピンク色になり、明るくなった。ジュリアンは目を開け、あくびをし、両手を広げ、妻を見て微笑み、尋ねた。

- おまえ、よく眠れたかい?

今、彼が「おまえ」と言っていることに気づき、彼女は唖然として答えた。

- はい、そうです。あなたはどうですか?

と言った。

- ああ、私ぼくかい、ぐっすり寝たよ。

そして、彼女の方を向いてキスをすると、静かに話し始めた。彼は、彼女の人生設計を、経済的な発想で考えていた。彼女は言葉の意味をよく理解しないまま彼の話を聞き、彼を見つめ、過ぎ去った1000の素早いことを考え、ほとんど心に触れることはなかった。

8時になった。「さあ、起きよう」「遅くまで寝ていたら馬鹿になる」と言いながら、先に階下に降りていった。トイレを済ませると、ロザリーを呼ばせないようにして、妻の細々としたことを親切に手伝ってくれた。

帰ろうとする彼女を、彼は呼び止めた。

- ここだけの話、今は親しい間柄でも、ご両親の前では待った方がいいんです。新婚旅行から帰ってきたら、ごく自然にそうなっていることでしょう。

彼女は昼まで来なかった。そして、何事もなかったかのように、いつも通りの一日が過ぎていった。もう一人しかいなかった。

第5章へ続く

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-Une Vie