Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第10巻 新しき日 第1部

 

Préface au Dernier Volume

J'ai écrit la tragédie d'une génération qui va disparaître. Je n'ai cherché à rien dissimuler de ses vices et de ses vertus, de sa tristesse pesante y de son orgueil chaotique, de ses efforts héroïques et de ses accablements sous l'écrasant fardeau d'une tâche surhumaine: toute une Somme du monde, une morale, une esthétique, une foi, une humanité nouvelle à refaire.—Voilà ce que nous fûmes.

Hommes d'aujourd'hui, jeunes hommes, à votre tour! Faites-vous de nos corps un marchepied, et allez de l'avant. Soyez plus grands et plus heureux que nous.

Moi-même, je dis adieu à mon âme passée; je la rejette derrière moi, comme une enveloppe vide. La vie est une suite de morts et de résurrections. Mourons, Christophe, pour renaître!

R. R.

Octobre 1912.

序

予は将まさに消え失うせんとする一世代の悲劇を書いた。予は少しも隠そうとはしなかった、その悪徳と美徳とを、その重苦しい悲哀を、その漠ばくとした高慢を、その勇壮な努力を、また超人間的事業の重圧の下にあるその憂苦を。その双肩の荷はすなわち、世界の一総和体、一の道徳、一の審美、一の信仰、建て直すべき一の新たな人類である。――そういうものでわれわれはあった。

今日の人々よ、若き人々よ、こんどは汝なんじらの番である! われわれの身体を踏み台となして、前方へ進めよ。われわれよりも、さらに偉大でさらに幸福であれよ。
予自身は、予の過去の魂に別れを告げる。空むなしき脱穀ぬけがらのごとくに、その魂を後方に脱ぎ捨てる。人生は死と復活との連続である。クリストフよ、よみがえらんがために死のうではないか。

一九一二年十月
ロマン・ローラン

La vie passe. Le corps et l'âme s'écoulent comme un flot. Les ans s'inscrivent sur la chair de l'arbre qui vieillit. Le monde entier des formes s'use et se renouvelle. Toi seule ne passes pas, immortelle Musique. Tu es la mer intérieure. Tu es l'âme profonde. Dans tes prunelles claires, la vie ne mire pas son visage morose. Au loin de toi s'enfuient, troupeau des nuées, les jours, brûlants, glacés, fiévreux, que l'inquiétude chasse, que jamais rien ne fixe. Toi seule ne passes pas. Tu es en dehors du monde. Tu es un monde, à toi seule. Tu as ton soleil, qui mène ta ronde des planètes, ta gravitation, tes nombres et tes lois. Tu as la paix des étoiles, qui tracent dans le champ des espaces nocturnes leur sillon lumineux,—charrues d'argent que mène l'invisible bouvier.

Musique, amie sereine, ta lumière lunaire est douce aux yeux fatigués par le brutal éclat du soleil d'ici-bas. L'âme qui se détourne de l'abreuvoir commun, où les hommes pour boire remuent la vase avec leurs pieds, se presse sur ton sein et suce à tes mamelles le ruisseau de lait du rêve. Musique, vierge mère, qui portes en ton corps immaculé toutes les passions, qui contiens dans le lac de tes yeux couleur de joncs, couleur de l'eau vert-pâle qui coule des glaciers, tout le bien, tout le mal,—tu es par delà le mal, tu es par delà le bien; qui chez toi fait son nid vit en dehors des siècles; la suite de ses jours ne sera qu'un seul jour; et la mort qui tout mord s'y brisera les dents.

Musique qui berças mon âme endolorie, Musique qui me l'as rendue calme, ferme et joyeuse,—mon amour et mon bien,—je baise ta bouche pure, dans tes cheveux de miel je cache mon visage, j'appuie mes paupières qui brûlent sur la paume douce de tes mains. Nous nous taisons, nos yeux sont clos, et je vois la lumière ineffable de tes yeux, et je bois le sourire de ta bouche muette; et blotti sur ton cœur, j'écoute le battement de la vie éternelle.

生は過ぎ去る。肉体と霊魂とは河水のごとく流れ去る。年月は老いたる樹木の胴体に刻み込まれる。形体の世界はことごとく消磨しょうましまた更新する。そして不滅なる音楽よ、ただ汝のみは過ぎ去らない。汝は内心の海である。汝は深き魂である。汝の清澄な眸ひとみには、生の陰鬱いんうつな顔は映らない。汝から遠くに、燃えたてる日、渡れる日、いらだてる日などが、不安に追われ、何物にも定着さるることなく、雲の群れのごとく、逃げ去ってゆく。しかし汝のみは過ぎ去らない。汝は世界の外にある。汝一人で一の世界をなしている。星の輪舞を導く太陽と、引力と数と法則とを、汝は有している。夜の大空の野に煌きらめく畝うねをつける星辰せいしん――眼に見えぬ野人の手に扱われる銀の鋤すき――その平和を汝はもっている。

音楽よ、清朗なる友よ、下界の太陽の荒々しい光に疲れた眼には、月光のごとき汝の光がいかに快いことであろう! 万人が水を飲まんとて足を踏み込み濁らしてる共同水飲み場から、顔をそむけた魂は、汝の胸に取りすがって、汝の乳房から夢想の乳の流れを吸う。音楽よ、処女なる母親よ、清浄なる胎内にあらゆる情熱を蔵しており、燈心草の色――氷塊を流す淡緑色の水の色――をしている両眼の湖みずうみに、善と悪とを包み込んでいる汝は、悪を超越しまた善を超越している。汝のうちに逃げ込む者は世紀の外に生きる。その日々の連続はただ一つの日にすぎないであろう。すべてを噛かみ砕く死もかえって己おのが歯をこわすであろう。

私の痛める魂をなだめてくれた音楽よ、私の魂を平静に堅固に愉快になしてくれた音楽よ――私の愛であり幸さちである者よ――私は汝の純潔なる口に接吻せっぷんし、蜜みつのごとき汝の髪に顔を埋め、汝のやさしい掌たなごころに燃ゆる眼瞼まぶたを押しあてる。二人して口をつぐみ眼を閉じる。しかも私は汝の眼の得も言えぬ光を見、汝が無言の口の微笑ほほえみを吸う。そして汝の胸に身を寄せかけながら、永遠の生の鼓動に耳を傾けるのだ。

 

Christophe ne compte plus les années qui s'enfuient. Goutte à goutte, la vie s'en va. Mais sa vie est ailleurs. Elle n'a plus d'histoire. Son histoire, c'est l'œuvre qu'il crée. Le chant incessant de la source Musique remplit l'âme et la rend insensible au fracas du dehors.

Christophe a vaincu. Son nom s'est imposé. Ses cheveux ont blanchi. L'âge est venu. Il ne s'en soucie point; son cœur est toujours jeune; il n'a rien abdiqué de sa force et de sa foi. Il a de nouveau le calme; mais ce n'est plus le même qu'avant d'avoir passé par le Buisson Ardent. Il garde au fond de lui le tremblement de l'orage et de ce que la mer soulevée lui a montré de l'abîme. Il sait que nul ne doit se vanter d'être maître de soi qu'avec la permission du Dieu qui règne dans la bataille. Il porte en son âme deux âmes. L'une est un haut plateau, battu des vents et des nuages. L'autre, qui la domine, est un sommet neigeux qui baigne dans la lumière. On n'y peut séjourner; mais quand on est glacé par les brouillards d'en bas, on connaît le chemin qui monte vers le soleil. Dans son âme de brume, Christophe n'est jamais-seul. Il sent auprès de lui la présente de la robuste amie, sainte Cécile, aux yeux larges qui écoutent le ciel; et, comme l'apôtre Paul,—dans le tableau de Raphaël,—qui se tait et qui songe, appuyé sur l'épée, il ne s'irrite plus, il ne pense plus à combattre; il édifie son rêve.

Il écrivait surtout, dans cet âge de sa vie, des compositions, pour clavier et pour musique de chambre. On y est bien plus libre d'oser davantage; il y a moins d'intermédiaires entre la pensée et sa réalisation: celle-là n'a pas eu le temps de s'affaiblir en route. Frescobaldi, Couperin, Schubert et Chopin, par leurs témérités d'expression et de style, ont devancé de cinquante ans les révolutionnaires de l'orchestre. De la pâte sonore que pétrissaient les fortes mains de Christophe sortaient des agglomérations harmoniques inconnues, des successions d'accords vertigineux, issus des plus lointaines parentés de sons accessibles à la sensibilité d'aujourd'hui; ils exerçaient sur l'esprit un envoûtement sacré.—Mais il faut du temps au public pour s'habituer aux conquêtes qu'un grand artiste rapporte de ses plongées au fond de l'océan. Bien peu suivaient Christophe dans l'audace de ses dernières compositions. Sa gloire était due toute à ses premières œuvres. Le sentiment de l'incompréhension publique dans le succès, plus pénible encore que dans l'insuccès, car elle paraît sans remède, avait aggravé chez Christophe, depuis la mort de son unique ami, une tendance un peu morbide à s'isoler du monde.

Cependant, les portes de l'Allemagne s'étaient rouvertes à lui. En France, l'oubli était tombé sur la tragique échauffourée. Il était libre d'aller où il voulait. Mais il avait peur des souvenirs qui l'attendaient, à Paris. Et bien qu'il fût rentré pour quelques mois en Allemagne, bien qu'il y revînt de temps en temps, pour diriger des exécutions de ses œuvres, il ne s'y était point fixé. Trop de choses l'y blessaient. Elles n'étaient pas spéciales à l'Allemagne; il les trouvait ailleurs. Mais on est plus exigeant pour son pays que pour un autre, et on souffre davantage de ses faiblesses. Au reste, il était vrai que l'Allemagne portait la plus lourde charge des péchés de l'Europe. Quand on a la victoire, on en est responsable, on contracte une dette envers ceux qu'on a vaincus; on prend l'engagement tacite de marcher devant eux, de leur montrer le chemin. Louis XIV vainqueur apportait à l'Europe la splendeur de la raison française. Quelle lumière l'Allemagne de Sedan a-t-elle apportée au monde? L'éclair des baïonnettes? Une pensée sans ailes, une action sans générosité, un réalisme brutal, qui n'a même pas l'excuse d'être sain; la force et l'intérêt: Mars commis-voyageur. Quarante ans, l'Europe s'était traînée dans la nuit, sous la peur. Le soleil était caché sous le casque du vainqueur. Si des vaincus trop faibles pour soulever l'éteignoir n'ont droit qu'à une pitié, mêlée d'un peu de mépris, quel sentiment mérite l'homme au casque?

Depuis peu, le jour commençait à renaître; des trouées de lumière passaient par les fissures. Pour être des premiers à voir lever le soleil, Christophe était sorti de l'ombre du casque; il revenait volontiers dans le pays dont il avait été naguère l'hôte forcé: en Suisse. Comme tant d'esprits d'alors, altérés de liberté, qui suffoquaient dans le cercle étroit des nations ennemies, il cherchait un coin de terre où l'on pût respirer au-dessus de l'Europe. Jadis, au temps de Gœthe, la Rome des libres papes était l'île où les pensées de toute race venaient se poser, ainsi que des oiseaux, à l'abri de la tempête. Maintenant, quel refuge? L'île a été recouverte par la mer. Rome n'est plus. Les oiseaux se sont enfuis des Sept Collines.—Les Alpes leur demeurent. Là se maintient, (pour combien de temps encore?) au milieu de l'Europe avide, l'ilot des Vingt-quatre Cantons. Certes, il ne rayonne point le mirage poétique de la Ville Séculaire; l'histoire n'y a point mêlé à l'air que l'on respire l'odeur des dieux et des héros; mais une puissante musique monte de la Terre nue; les lignes des montagnes ont des rythmes héroïques; et plus qu'ailleurs, ici, l'on se sent en contact avec les forces élémentaires. Christophe n'y venait point chercher un plaisir romantique. Un champ, quelques arbres, un ruisseau, le grand ciel, lui eussent suffi pour vivre. Le calme visage de sa terre natale lui était plus fraternel que la Gigantomachie Alpestre. Mais il ne pouvait oublier qu'ici, il avait recouvré sa force; ici, Dieu lui était apparu dans le Buisson Ardent; il n'y retournait jamais sans un frémissement de gratitude et de foi. Il n'était pas le seul. Que de combattants de la vie, que la vie a meurtris, ont retrouvé sur ce sol l'énergie nécessaire pour reprendre le combat et pour y croire encore!

À vivre dans ce pays, il avait appris à le connaître. La plupart de ceux qui passent n'en voient que les verrues: la lèpre des hôtels, qui déshonore les plus beaux traits de cette robuste terre, ces villes d'étrangers, monstrueux entrepôts où le peuple gras du monde vient acheter la santé, ces mangeoires de tables d'hôte, ces ignobles gâchages de viandes jetées dans la fosse aux bêtes, ces musiques de casinos dont le bruit accompagne celui des petits chevaux, ces pitres italiens dont les braillements dégoûtants font pâmer d'aise les riches imbéciles qui s'ennuient, la sottise des étalages de boutiques: ours de bois, chalets, bibelots niais, servilement répétés, sans aucune invention, les honnêtes libraires aux brochures scandaleuses,—toute la bassesse morale de ces milieux où s'engouffrent, chaque année, sans plaisir, les millions de ces oisifs, incapables de trouver des amusements plus relevés que ceux de la canaille, ni simplement aussi vifs.

Et ils ne connaissent rien de la vie de ce peuple, qui est leur hôte. Ils ne se doutent pas des réserves de force morale et de liberté civique qui s'y sont amassés, depuis des siècles, des charbons de l'incendie de Calvin et de Zwingli, qui brûlent encore sous la cendre, du vigoureux esprit démocratique qu'ignorera toujours la République napoléonienne, de cette simplicité d'institutions et de cette largesse d'œuvres sociales, de l'exemple donné au monde par ces États-Unis des trois races principales d'Occident, miniature de l'Europe de l'avenir. Ils ignorent encore plus la Daphné qui se cache sous cette dure écorce, le rêve fulgurant et sauvage de Bœcklin, le rauque héroïsme de Hodler, la sereine bonhomie et la verte franchise de Gottfried Keller, l'épopée Titanique, la lumière Olympienne du grand aède Spitteler, les traditions vivantes des fêtes populaires, et la sève de printemps qui travaille l'arbre rude et antique: tout cet art encore jeune, qui tantôt râpe la langue, comme les fruits pierreux des poiriers sauvages, tantôt à la fadeur sucrée des myrtils noirs et bleus, mais du moins sent la terre, est l'œuvre, d'autodidactes qu'une culture archaïque ne sépare point de leur peuple et qui lisent, avec lui, dans le même livre de vie.

Christophe avait de la sympathie pour ces hommes qui cherchent moins à paraître qu'à être, et qui, sous le vernis récent d'un industrialisme germano-américain, conservent certains des traits les plus reposants de l'ancienne Europe rustique et bourgeoise. Il s'était fait parmi eux deux ou trois bons amis, graves, sérieux et fidèles, qui vivaient isolés et murés dans leurs regrets du passé; ils assistaient à la disparition lente de la vieille Suisse, avec une sorte de fatalisme religieux, un pessimisme calviniste: de grandes âmes grises. Christophe les voyait rarement. Ses blessures anciennes s'étaient cicatrisées en! apparence; mais elles avaient été trop profondes pour guérir tout à fait. Il avait peur de renouer des liens avec les hommes. Il avait peur de se reprendre à la chaîne d'affections et de douleurs. C'était un peu pour cela qu'il se trouvait bien dans un pays où il était facile de vivre à l'écart, étranger parmi la foule des étrangers. Au reste, il était rare qu'il séjournât longtemps au même lieu; il changeait souvent de gîte: vieil oiseau nomade, qui a besoin d'espace, et pour qui la patrie est dans l'air... «Mein Reich ist in der Luft...»

Un soir d'été.

Il se promenait dans la montagne, au-dessus d'un village. Il allait, son chapeau à la main, par un chemin en lacets qui montait. Arrivé à un tournant, le sentier sinuait, à l'ombre, entre deux pentes; des buissons de noisetiers, des sapins, le bordaient. C'était comme un petit monde fermé. À l'un et l'autre coudes, le chemin semblait fini, cabré au bord du vide. Au delà, les lointains bleuâtres, l'air lumineux. Le calme du soir s'épandait goutte à goutte, comme un filet d'eau qui tintait sous la mousse...

Elle apparut, à l'autre tournant de la route. Vêtue de noir, elle se détachait sur la clarté du ciel; derrière elle, deux enfants, un garçon et une fille, de six à huit ans, jouaient, cueillaient des fleurs. À quelques pas, ils se reconnurent. Leur émotion se trahit dans leurs yeux; mais nulle exclamation, à peine un geste de surprise. Lui, très troublé; elle... ses lèvres tremblaient un peu. Ils s'arrêtèrent.

Presque à voix basse:

—Grazia!

—Vous ici!

Ils se donnèrent la main, et restèrent sans parler. La première, Grazia fit un effort pour rompre le silence. Elle dit où elle habitait, demanda où il était. Questions et réponses machinales, qu'ils écoutaient à peine, qu'ils entendirent après, quand ils furent séparés: ils se contemplaient. Les enfants l'avaient rejointe. Elle les lui présenta. Il éprouvait pour eux un sentiment hostile. Il les regarda sans bonté, et ne dit rien: il était plein d'elle, uniquement occupé à étudier son beau visage souffrant et vieilli. Elle était gênée par ses yeux. Elle dit:

—Voulez-vous venir, ce soir?

Elle nomma l'hôtel.

Il demanda où était son mari. Elle montra son deuil. Il était trop ému pour continuer l'entretien. Il la quitta gauchement. Mais après avoir fait deux pas, il revint vers les enfants, qui cueillaient des fraises, il les prit avec brusquerie, les embrassa, et se sauva.

Le soir, il vint à l'hôtel. Elle était sous la véranda vitrée. Ils s'assirent à l'écart. Peu de monde: deux ou trois vieilles personnes. Christophe était sourdement irrité de leur présence. Grazia le regardait. Il regardait Grazia, en répétant son nom, tout bas.

—J'ai bien changé, n'est-ce pas? dit-elle.

Il avait le cœur gonflé d'émotion.

—Vous avez souffert, dit-il.

—Vous aussi, fit-elle avec pitié, en regardant son visage ravagé par la peine et par la passion.

Ils ne trouvèrent plus de mots.

—Je vous en prie, dit-il après un instant, allons ailleurs! Est-ce que nous ne pouvons pas nous parler dans un lieu où nous soyons seuls?

—Non, mon ami, restons, restons ici, nous sommes bien. Qui fait attention à nous?

—Je ne suis pas libre de parler.

—Cela est mieux, ainsi.

Il ne comprit pas pourquoi. Plus tard, quand il repassa l'entretien dans sa mémoire, il pensa qu'elle n'avait pas confiance en lui. Mais c'était qu'elle avait une peur instinctive des scènes d'émotion; elle cherchait un abri contre les surprises de leurs cœurs; même, elle aimait la gêne de cette intimité dans un salon d'hôtel, qui protégeait la pudeur de son trouble secret.

Ils se dirent, à mi-voix, avec de fréquents silences, les grandes lignes de leur vie. Le comte Berény avait été tué en duel, quelques mois auparavant; et Christophe comprit qu'elle n'avait pas été très heureuse avec lui. Elle avait aussi perdu un enfant, son premier-né. Elle évitait toute plainte. Elle détourna l'entretien d'elle-même, pour interroger Christophe, et elle témoigna, au récit de ses épreuves, une affectueuse compassion.

Les cloches sonnaient. C'était un dimanche soir. La vie était suspendue...

Elle lui demanda de revenir, le surlendemain. Il fut affligé de ce qu'elle fût si peu pressée de le revoir. En son cœur se mêlaient le bonheur et la peine.

Le lendemain, sous un prétexte, elle lui écrivit de venir. Ce mot banal le ravit. Elle le reçut, cette fois, dans son salon particulier. Elle était avec ses deux enfants. Il les regarda, avec un peu de trouble encore et beaucoup de tendresse. Il trouva que la petite,—l'aînée,—ressemblait à sa mère; il ne demanda pas à qui ressemblait le garçon. Ils causèrent du pays, du temps, des livres ouverts sur la table;—leurs yeux tenaient un autre langage. Il comptait parvenir à lui parler plus intimement. Mais entra une amie d'hôtel. Il vit l'aimable politesse, avec laquelle Grazia recevait cette étrangère; elle ne semblait pas faire de différence entre ses deux visiteurs. Il en fut affligé; il ne lui en voulut pas. Elle proposa une promenade ensemble, il accepta; la compagnie de cette autre femme, pourtant jeune et agréable, le glaça; et sa journée fut gâtée.

Il ne revit plus Grazia que deux jours après. Pendant ces deux jours, il ne vécut que pour l'heure qu'il allait passer avec elle.—Cette fois encore, il ne réussit pas mieux à lui parler. Tout en se montrant bonne, elle ne se départait pas de sa réserve. Christophe y ajouta par quelques effusions de sentimentalité germanique, qui la gênèrent, et contre lesquelles, d'instinct, elle réagit.

Il lui écrivit une lettre, qui la toucha. Il disait que la vie était si courte! Et la leur, si avancée, déjà! Ils n'avaient plus que peu de temps à se voir: il était douloureux, et presque criminel de ne pas en profiter pour se parler librement.

Elle répondit, par un mot affectueux; elle s'excusait de garder, malgré elle, une certaine méfiance, depuis que la vie l'avait blessée; cette habitude de réserve, elle ne pouvait la perdre; toute manifestation trop vive, même d'un sentiment vrai, la choquait, l'effrayait. Mais elle sentait le prix de l'amitié retrouvée; et elle en était aussi heureuse que lui. Elle le priait de venir dîner, le soir.

Son cœur fut inondé de reconnaissance. Dans sa chambre d'hôtel, couché sur son lit, la tête dans ses oreillers, il sanglota. C'était la détente de dix ans de solitude. Car depuis la mort d'Olivier, il était resté seul. Cette lettre apportait le mot de résurrection pour son cœur affamé de tendresse. La tendresse!... Il croyait y avoir renoncé: il lui avait bien fallu apprendre à s'en passer! Il sentait aujourd'hui combien elle lui manquait, et tout ce qu'il avait accumulé d'amour.

Douce et sainte soirée... Il ne put lui parler que de sujets indifférents, malgré leur intention de ne se cacher rien. Mais que de choses bienfaisantes il dit sur le piano, où elle l'invita du regard à lui parler! Elle était frappée de l'humilité de cœur de cet homme, qu'elle avait connu orgueilleux et violent. Quand il partit, l'étreinte silencieuse de leurs mains dit qu'ils s'étaient retrouvés, qu'ils ne se perdraient plus.—Il pleuvait, sans un souffle de vent. Le cœur de Christophe chantait...

Elle ne devait plus rester que quelques jours dans le pays; et elle ne retarda pas d'une heure son départ, sans qu'il osât le lui demander, ni s'en plaindre. Le dernier jour, ils se promenèrent seuls, avec les enfants; à un moment, il était si plein d'amour et de bonheur qu'il voulut le lui dire; mais d'un geste très doux, elle l'arrêta, en souriant:

—Chut! Je sens tout ce que vous pouvez dire.

Ils s'assirent, au détour du chemin où ils s'étaient rencontrés. Elle regardait, souriante toujours, la vallée à ses pieds; mais ce n'était pas la vallée qu'elle voyait, il contemplait le suave visage où les tourments avaient laissé leur marque; dans l'épaisse chevelure noire, partout des fils blancs se montraient. Il ressentait une adoration pitoyable et passionnée pour cette chair qui s'était imprégnée des souffrances de l'âme. L'âme était partout visible en ces blessures du temps.—Et il demanda, à voix basse et tremblante, comme une faveur précieuse, qu'elle lui donnât... un de ses cheveux blancs.

Elle partit. Il ne pouvait comprendre pourquoi elle ne voulait pas qu'il l'accompagnât. Il ne doutait point de son amitié; mais sa réserve le déconcertait. Il ne put rester deux jours dans le pays; il partit dans une autre direction. Il tâcha d'occuper son esprit en voyages, en travaux. Il écrivit à Grazia. Elle lui répondit, deux ou trois semaines après, de courtes lettres, où se montrait une amitié tranquille, sans impatience, sans inquiétude. Il en souffrait et il les aimait. Il ne se reconnaissait pas le droit de lui en faire un reproche; leur affection était trop récente, trop récemment renouvelée! Il tremblait de la perdre. Et pourtant, chaque lettre qui lui venait d'elle respirait un calme loyal qui aurait dû le rassurer. Mais qu'elle était différente de lui!...

Ils avaient convenu de se retrouver à Rome, vers la fin de l'automne. Sans la pensée de la revoir, ce voyage aurait eu pour Christophe peu de charme. Son long isolement l'avait rendu casanier; il n'avait plus de goût à ces déplacements inutiles, où se complaît l'oisiveté fiévreuse d'aujourd'hui. Il avait peur d'un changement d'habitudes, dangereux pour le travail régulier de l'esprit. D'ailleurs, l'Italie ne l'attirait point. Il ne la connaissait que par l'infâme musique des «véristes» et par les airs de ténor que la terre de Virgile inspire périodiquement aux littérateurs en voyage. Il éprouvait pour elle l'hostilité méfiante d'un artiste d'avant-garde, qui a trop souvent entendu invoquer le nom de Rome par les pires champions de la routine académique. Enfin, ce vieux levain d'antipathie instinctive, qui couve au fond des cœurs du Nord pour les hommes du Midi, ou du moins pour le type légendaire de jactance oratoire qui représente, aux yeux des hommes du Nord, les hommes du Midi. Rien que d'y penser, Christophe faisait sa lippe dédaigneuse... Non, il n'avait nulle envie de faire plus ample connaissance avec le peuple sans musique.—(Ainsi le nommait-il, avec son outrance coutumière: «Car que comptent, disait-il, dans la musique de l'Europe actuelle, ses grattements de mandoline et ses vociférations de mélodrames hâbleurs?»)—Mais à ce peuple pourtant, Grazia appartenait. Pour la retrouver, jusqu'où et par quels chemins Christophe ne fût-il pas allé? Il en serait quitte pour fermer les yeux, jusqu'à ce qu'il l'eût rejointe.

Fermer les yeux, il y était habitué. Depuis tant d'années, ses volets étaient clos sur sa vie intérieure! Dans cette fin d'automne, c'était plus nécessaire que jamais. Trois semaines de suite, il avait plu sans répit. Et depuis, une calotte grise d'impénétrables nuées pesait sur les vallées de Suisse, grelottantes et mouillées. Les yeux avaient perdu le souvenir de la saveur du soleil. Pour en retrouver en soi l'énergie concentrée, il fallait commencer par faire nuit complète, et, sous les paupières closes, descendre au fond de la mine, dans les galeries souterraines du rêve. Là dormait dans, la houille le soleil des jours morts. Mais à passer sa vie, accroupi, à creuser, on sortait de là brûlé, l'échine et les genoux raides, les membres déformés, le regard trouble, avec des yeux d'oiseau de nuit. Bien des fois, Christophe avait rapporté de la mine le feu péniblement extrait, qui réchauffe les cœurs transis. Mais les rêves du Nord sentent la chaleur du poêle. On ne s'en doute pas, lorsqu'on vit, dedans; on aime cette tiédeur lourde, on aime ce demi-jour et les songes entassés dans la tête pesante. On aime ce qu'on a. Il faut bien s'en contenter!...

Lorsqu'au sortir de la barrière alpestre, Christophe, assoupi dans un coin de son wagon, aperçut le ciel immaculé et la lumière qui coulait sur les pentes des monts, il lui sembla rêver. De l'autre côté du mur, il venait de laisser le ciel éteint, le jour crépusculaire. Si brusque était le changement qu'il en sentit d'abord plus de surprise que de joie. Il lui fallut quelque temps avant que l'âme, engourdie, peu à peu se détendit, fendît l'écorce qui l'emprisonnait, et que le cœur se dégageât des ombres du passé. Mais à mesure que la journée s'avançait, la lumière moelleuse l'entourait de ses bras; et, perdant le souvenir de tout ce qui avait été, il buvait avidement la volupté de voir.

Plaines du Milanais. Œil du jour qui se reflète dans les canaux bleutés, dont le réseau de veines sillonne les rizières duvetées. Arbres d'automne, à la souple maigreur, au squelette élégant d'un dessin contourné, avec des touffes de duvet roux. Montagnes de Vinci, Alpes neigeuses à l'éclat adouci, dont la ligne orageuse encercle l'horizon, frangée d'orange, d'or vert et d'azur pâle. Soir qui tombe sur l'Apennin. Descente sinueuse le long des monts abrupts, aux courbes serpentines, dont le rythme se répète et s'enchaîne, en une farandole.—Et soudain, au bas de la pente, comme un baiser, l'haleine de la mer, aux orangers mêlée. La mer, la mer latine et sa lumière d'opale, où dorment, suspendues, des barques par volées, aux ailes repliées...

Sur le bord de la mer, à un village de pécheurs, le train restait arrêté. On expliquait aux voyageurs qu'à la suite des grandes pluies, un éboulement s'était produit dans un tunnel, sur la voie de Gênes à Pise; tous les trains avaient des retards de plusieurs heures. Christophe, qui avait pris un billet direct pour Rome, fut ravi de cette malchance qui soulevait les protestations de ses compagnons. Il sauta sur le quai et profita de l'arrêt pour courir vers la mer, dont le regard l'attirait. Il fut si bien attiré qu'une ou deux heures après, quand siffla le train qui reparlait, Christophe était dans une barque, et, le voyant passer, lui cria: «Bon voyage!» Sur la mer lumineuse, dans la nuit lumineuse, il se laissait bercer, longeant les promontoires bordés de cyprès enfantins. Il s'installa dans le village, il y passa cinq jours dans une joie perpétuelle. Il était comme un homme qui sort d'un long jeûne, et qui dévore. De tous ses sens affamés, il mangeait la splendide lumière.... Lumière, sang du monde, fleuve de vie, qui, par nos yeux, nos narines, nos lèvres, tous les pores de la peau, t'infiltres dans la chair, lumière plus nécessaire à la vie que le pain,—qui te voit dévêtue de tes voiles du Nord, pure, brûlante et nue, se demande comment il a jamais pu vivre sans te posséder, et sait qu'il ne pourra plus jamais vivre sans te désirer.

Cinq jours, Christophe se plongea dans une soulerie de soleil. Cinq jours, il oublia—pour la première fois—qu'il était musicien. La musique de son être s'était muée en lumière. L'air, la mer et la terre: symphonie du soleil! Et de cet orchestre, avec quel art inné l'Italie sait user! Les autres peuples peignent d'après la nature; l'Italien collabore avec elle; il peint avec le soleil. Musique des couleurs. Tout est musique, tout chante. Un mur du chemin, rouge, craquelé d'or; au-dessus, deux cyprès à la toison crêpelée; le ciel d'un bleu avide, autour. Un escalier de marbre, blanc et raide, qui monte entre des murs roses, vers une façade bleue. Des maisons multicolores, abricot, citron, cédrat, qui luisent parmi les oliviers, fruits merveilleux, dans le feuillage... La vision italienne est une sensualité; les yeux jouissent des couleurs, comme la langue d'un fruit juteux et parfumé. Sur ce régal nouveau, Christophe se jetait, avec gourmandise; il prenait sa revanche de l'ascétisme des visions grises auxquelles il avait été jusque-là condamné. Son abondante nature, étouffée par le sort, prenait soudain conscience des puissances de jouir dont il n'avait rien fait; elles s'emparaient de la proie qui leur était offerte: odeurs, couleurs, musique des voix, des cloches et de la mer, voluptueuses caresses de l'air et de la lumière.... Christophe ne pensait à rien. Il était dans la béatitude. Il n'en sortait que pour faire part de sa joie à ceux qu'il rencontrait; à son batelier, un vieux pêcheur, aux yeux vifs et plissés, coiffé d'une toque rouge de sénateur vénitien;—à son unique commensal, un Milanais, qui mangeait du macaroni, en roulant des yeux d'Othello, atroces, noirs de haine furieuse, homme apathique;—au garçon de restaurant, qui, pour porter un plateau, ployait le cou, tordait les bras et le torse, comme un ange de Bernin;—au petit saint Jean, dardant des œillades coquettes, qui mendiait sur le chemin, en offrant une orange avec la branche verte. Il interpellait les voiturins, vautrés, la tête en bas au fond de leurs chariots, et poussant, par accès intermittents, les mille et un couplets d'un chant nasillard. Il se surprenait à fredonner Cavalliera rusticana! Le but de son voyage était oublié. Oubliée, sa hâte d'arriver au but, de rejoindre Grazia....

Jusqu'au jour où l'image aimée se réveilla. Fut-ce au choc d'un regard, rencontré sur la route, ou d'une inflexion de voix, grave et chantante? Il n'en eut pas conscience. Mais une heure vint où, de tout ce qui l'entourait, du cercle des collines couvertes d'oliviers, et des hautes arêtes polies de l'Apennin, que sculptent l'ombre épaisse et le soleil ardent, et des bois d'orangers, et de la respiration profonde de la mer, rayonna la figure souriante de l'amie. Par les yeux innombrables de l'air, les yeux de Grazia le regardaient. Elle fleurissait de cette terre, comme une rose d'un rosier.

Alors, il reprit le train pour Rome, sans s'arrêter nulle part. Rien ne l'intéressait des souvenirs italiens, des villes d'art du passé. De Rome il ne vit rien, il ne chercha à rien voir; et ce qu'il en aperçut, au passage, d'abord, des quartiers neufs sans style, des bâtisses carrées, ne lui inspira pas le désir d'en connaître davantage.

Aussitôt arrivé, il alla chez Grazia. Elle lui demanda:

—Par quel chemin êtes-vous venu? Vous êtes-vous arrêté à Milan, à Florence?

—Non, dit-il. Pourquoi faire?

Elle rit.

—Belle réponse! Et que pensez-vous de Rome?

—Rien, dit-il, je n'ai rien vu.

—Mais encore?

—Rien. Pas un monument. Au sortir de l'hôtel, je suis venu chez vous.

—Il suffit de dix pas, pour voir Rome... Regardez ce mur, en face... Il n'y a qu'à voir sa lumière.

—Je ne vois que vous, dit-il.

—Vous êtes un barbare, vous ne voyez que votre idée. Et quand êtes-vous parti de Suisse?

—Il y a huit jours.

—Qu'avez-vous donc fait, depuis?

—Je ne sais pas. Je me suis arrêté, par hasard, dans un pays près de la mer. J'ai à peine fait attention au nom. J'ai dormi pendant huit jours. Dormi, les yeux ouverts. Je ne sais pas ce que j'ai vu, je ne sais pas ce que j'ai rêvé. Je crois que j'ai rêvé de vous. Je sais que c'était très beau. Mais le plus beau, c'est que j'ai tout oublié...

—Merci, dit-elle.

(Il n'écouta pas.)

—... Tout, reprit-il, tout ce qui était alors, tout ce qui était avant. Je suis comme un homme nouveau, qui recommence à vivre.

—C'est vrai, dit-elle, en le regardant avec ses yeux riants. Vous avez changé, depuis notre dernière rencontre.

Il la regardait aussi, et ne la trouvait pas moins différente de celle qu'il se rappelait. Non pas qu'elle eût changé pourtant, depuis deux mois. Mais il la voyait avec des yeux tout neufs. Là-bas, en Suisse, l'image des jours anciens, l'ombre légère de la jeune Grazia s'interposait entre son regard et l'amie présente. Maintenant, au soleil d'Italie, les rêves du Nord s'étaient fondus; il voyait dans la clarté du jour l'âme et le corps réels de l'aimée. Qu'elle était loin de la chevrette sauvage prisonnière à Paris, loin de la jeune femme au sourire de saint Jean, qu'il avait retrouvée un soir, peu après son mariage, pour la reperdre aussitôt! De la petite madone Ombrienne avait fleuri une belle Romaine:

Color verus, corpus solidum et succi plenum.

Ses formes avaient pris une harmonieuse plénitude; son corps était baigné d'une fière langueur. Le génie du calme l'entourait. Elle avait cette gourmandise du silence ensoleillé, de la contemplation immobile, cette jouissance voluptueuse de la paix de vivre, que les âmes du Nord ne connaîtront jamais bien. Ce qu'elle avait conservé surtout du passé, c'était sa grande bonté, qui se mêlait à tous ses autres sentiments. Mais on lisait des choses nouvelles dans son lumineux sourire: une indulgence mélancolique, un peu de lassitude, une pointe d'ironie, un paisible bon sens. L'âge l'avait voilée d'une certaine froideur, qui l'abritait contre les illusions du cœur; elle se livrait rarement; et sa tendresse se tenait en garde, avec un sourire clairvoyant, contre les emportements de passion que Christophe avait peine à réprimer. Avec cela, des faiblesses, des moments d'abandon au souffle des jours, une coquetterie qu'elle raillait elle-même, mais qu'elle ne combattait point. Nulle révolte contre les choses, ni contre soi: un fatalisme très doux, dans une nature toute bonne et un peu fatiguée.

Elle recevait beaucoup, et sans beaucoup choisir,—du moins en apparence;—mais comme ses intimes appartenaient, en général, au même monde, respiraient la même atmosphère, avaient été façonnés par les mêmes habitudes, cette société formait une harmonie assez homogène, très différente de celles que Christophe avait entendues, en Allemagne et en France. La plupart étaient de vieille race italienne, vivifiée çà et là par des mariages étrangers; il régnait parmi eux un cosmopolitisme de surface, où se mêlaient avec aisance les quatre langues principales et le bagage intellectuel des quatre grandes nations d'Occident. Chaque peuple y apportait son appoint personnel, les Juifs leur inquiétude et les Anglo-Saxons leur flegme; mais le tout, aussitôt fondu dans le creuset italien. Quand des siècles de grands barons pillards ont gravé dans une race tel profil hautain et rapace d'oiseau de proie, le métal peut changer, l'empreinte reste la même. Certaines de ces figures qui semblaient le plus italiennes, un sourire de Luini, un regard voluptueux et calme de Titien, fleurs de l'Adriatique ou des plaines lombardes, s'étaient épanouies sur des arbustes du Nord transplantés dans le vieux sol latin. Quelles que soient les couleurs broyées sur la palette de Rome, la couleur qui ressort est toujours le romain.

Christophe, sans pouvoir analyser son impression, admirait le parfum de culture séculaire, de vieille civilisation, que respiraient ces âmes, souvent assez médiocres, et, quelques-unes même, au-dessous du médiocre. Impalpable parfum, qui tenait à des riens, une grâce courtoise, une douceur de manières qui savait être affectueuse, tout en gardant sa malice et son rang, une finesse élégante de regard, de sourire, d'intelligence alerte et nonchalante, sceptique, diverse et aisée. Rien de raide et de rogue. Rien de livresque. On n'avait pas à craindre de rencontrer ici un de ces psychologues de salons parisiens, embusqué derrière son lorgnon, ou le caporalisme de quelque docteur allemand. Des hommes, tout simplement, et des hommes très humains, tels que l'étaient déjà les amis de Térence et de Scipion l'Emilien...

Homo sum...

Belle façade! La vie était plus apparente que réelle. Par dessous, l'incurable frivolité, commune à la société mondaine de tous les pays. Mais ce qui donnait à celle-ci ses caractères de race, c'était son indolence. La frivolité française s'accompagne d'une fièvre nerveuse, un mouvement perpétuel du cerveau, même quand il se meut à vide. Le cerveau italien sait se reposer. Il ne le sait que trop. Il est doux de sommeiller à l'ombre chaude, sur le tiède oreiller d'un mol épicurisme et d'une intelligence ironique, très souple, assez curieuse, et prodigieusement indifférente, au fond.

Tous ces hommes manquaient d'opinions décidées. Ils se mêlaient à la politique et a l'art, avec le même dilettantisme. On voyait là des natures charmantes, de ces belles figures italiennes de patriciens aux traits fins, aux yeux intelligents et doux, aux manières tranquilles, qui aimaient d'un cœur affectueux la nature, les vieux peintres, les fleurs, les femmes, les livres, la bonne chère, la patrie, la musique... Ils aimaient tout. Ils ne préféraient rien. On avait le sentiment parfois qu'ils n'aimaient rien. L'amour tenait pourtant une large place dans leur vie; mais c'était à condition qu'il ne la troublât point. Il était indolent et paresseux, comme eux; même dans la passion, il prenait volontiers un caractère familial. Leur intelligence, bien faite et harmonieuse, s'accommodait d'une inertie où les contraires de la pensée se rencontraient, sans heurts, tranquillement associés, souriants, émoussés, rendus inoffensifs. Ils avaient peur des croyances entières, des partis excessifs, et se trouvaient à l'aise dans les demi-solutions et les demi-pensées. Ils étaient d'esprit conservateur-libéral. Il leur fallait une politique et un art à mi-hauteur: des stations climatiques, où l'on ne risque pas d'avoir le souffle coupé et des palpitations. Ils se reconnaissaient dans le théâtre paresseux de Goldoni, ou dans la lumière égale et diffuse de Manzoni. Leur aimable nonchaloir n'en était pas inquiété. Ils n'eussent pas dit, comme leurs grands ancêtres: «Primum vivere...», mais plutôt: «Dapprima, quieto vivere.»

Vivre tranquille. C'était le vœu secret, la volonté de tous, même des plus énergiques, de ceux qui dirigeaient l'action politique. Tel petit Machiavel, maître de soi et des autres, le cœur aussi froid que la tête, l'intelligence lucide et ennuyée, sachant, osant se servir de tous moyens pour ses fins, prêt à sacrifier toutes ses amitiés à son ambition, était capable de sacrifier son ambition à une seule chose: le sacrosaint quieto vivere. Ils avaient besoin de longues périodes d'anéantissement. Quand ils sortaient de là, ainsi que d'un bon sommeil, ils étaient frais et dispos; ces hommes graves, ces tranquilles madones, étaient pris brusquement d'une fringale de parole, de gaieté, de vie sociale: il leur fallait se dépenser en une volubilité de gestes et de mots, de saillies paradoxales, d'humour burlesque: ils jouaient l'opera buffa. Dans cette galerie de portraits italiens, on eût trouvé rarement l'usure de la pensée, cet éclat métallique des prunelles, ces visages flétris par le travail perpétuel de l'esprit, comme on en voit, au Nord. Pourtant il ne manquait pas, ici comme partout, d'âmes qui se rongeaient et qui cachaient leurs plaies, de désirs, de soucis qui couvaient sous l'indifférence et, voluptueusement, s'enveloppaient de torpeur. Sans parler, chez certains, d'étranges échappées, baroques, déconcertantes, indices d'un déséquilibre obscur, propre aux très vieilles races,—comme les failles qui s'ouvrent dans la Campagne Romaine.

Il y avait bien du charme dans l'énigme nonchalante de ces âmes, de ces yeux calmes et railleurs, où dormait un tragique caché. Mais Christophe n'était pas d'humeur à le reconnaître. Il enrageait de voir Grazia entourée de gens du monde. Il leur en voulait, et il loi en voulait. Il la bouda, de même qu'il boudait Rome. Il espaça ses visites, il se promit de repartir.

Il ne repartit pas. Il commençait de sentir, malgré lui, l'attrait de ce monde italien, qui l'irritait.

Pour le moment, il s'isola. Il flâna dans Rome, et autour. La lumière romaine, les jardins suspendus, la Campagne, que ceint, comme une écharpe d'or, la mer ensoleillée, lui révélèrent peu à peu le secret de la terre enchantée. Il s'était juré de ne pas faire un pas pour aller voir ces monuments morts, qu'il affectait de dédaigner; il disait en bougonnant qu'il attendrait qu'ils vinssent le trouver. Ils vinrent: il les rencontra, au hasard de ses promenades, dans la Ville au sol onduleux. Il vit, sans l'avoir cherché, le Forum rouge, au soleil couchant, et les arches à demi écroulées du Palatin, au fond desquelles l'azur profond se creuse, gouffre de lumière bleue. Il erra dans la Campagne immense, près du Tibre rougeâtre, gras de boue, comme de la terre qui marche,—et le long des aqueducs ruinés, gigantesques vertèbres de monstres antédiluviens. D'épaisses masses de nuées noires roulaient dans le ciel bleu. Des paysans à cheval poussaient, à coups de gaule, à travers le désert, des troupeaux de grands bœufs gris perle à longues cornes; et, sur la voie antique, droite, poussiéreuse et nue, des pâtres chèvre-pieds, les cuisses recouvertes de peaux velues, cheminaient en silence, avec des théories de petits ânes et d'ânons. Au fond de l'horizon, la chaîne de la Sabine, aux lignes olympiennes, déroulait ses collines; et sur l'autre rebord delà coupe du ciel, les vieux murs de la ville, la façade de Saint-Jean, surmontée de statues qui dansaient, profilaient leurs noires silhouettes... Silence... Soleil de feu... Le vent passait sur la plaine... Sur une statue sans tête, au bras emmailloté, battue par les flots d'herbe, un lézard, dont le cœur paisible palpitait, s'absorbait, immobile, dans son repas de lumière. Et Christophe, la tête bourdonnante de soleil (et quelquefois aussi de vin des Castelli), près du marbre brisé, assis sur le sol noir, souriant, somnolent et baigné par l'oubli, buvait la force calme et violente de Rome.—Jusqu'à la nuit tombante.—Alors, le cœur étreint d'une angoisse, il fuyait la solitude funèbre où la lumière tragique s'engloutissait... Ô terre, terre ardente, terre passionnée et muette! Sous ta paix fiévreuse, j'entends sonner encore les trompettes des légions. Quelles fureurs de vie grondent dans ta poitrine! Quel désir du réveil!

Christophe trouva des âmes, où brûlaient des tisons du feu séculaire. Sous la poussière des morts, ils s'étaient conservés. On eût pensé que ce feu se fût éteint, avec les yeux de Mazzini. Il revivait. Le même. Bien peu voulaient le voir. Il troublait la quiétude de ceux qui dormaient. C'était une lumière claire et brutale. Ceux qui la portaient,—de jeunes hommes (le plus âgé n'avait pas trente-cinq ans), libres intellectuels, qui différaient, entre eux, de tempérament, d'éducation, d'opinions et de foi—étaient unis dans le même culte pour cette flamme de la nouvelle vie. Les étiquettes de partis, les systèmes de pensée ne comptaient point pour eux: la grande affaire était de «penser avec courage». Être francs, et oser! Ils secouaient rudement le sommeil de leur race. Après la résurrection politique de l'Italie, réveillée de la mort à l'appel des héros, après sa toute récente résurrection économique, ils avaient entrepris d'arracher du tombeau la pensée italienne. Ils souffraient, comme d'une injure, de l'atonie paresseuse et peureuse de l'élite, de sa lâcheté d'esprit, de sa verbolâtrie. Leur voix retentissait dans le brouillard de rhétorique et de servitude morale, accumulé depuis des siècles sur l'âme de la patrie. Ils y soufflaient leur réalisme impitoyable et leur intransigeante loyauté. Ils avaient la passion de l'intelligence claire, que suit l'action énergique. Capables, à l'occasion, de sacrifier les préférences de leur raison personnelle au devoir de discipline que la vie nationale impose à l'individu, ils réservaient pourtant leur autel le plus haut et leurs plus pures ardeurs à la vérité. Ils l'aimaient, d'un cœur fougueux et pieux. Insulté par ses adversaires, diffamé, menacé, un chef de ces jeunes hommes[2] répondait, avec une calme grandeur:

«Respectez la vérité! Je vous parle, à cœur ouvert, libre de toute rancune. J'oublie le mal que j'ai reçu de vous et celui que je puis vous avoir fait. Soyez vrais! Il n'est pas de conscience, il n'est pas de hauteur de vie, il n'est pas de capacité de sacrifice, il n'est pas de noblesse, là où n'existe pas un religieux, rigide et rigoureux respect de la vérité. Exercez-vous dans ce devoir difficile. La fausseté corrompt celui qui en use, avant de vaincre celui contre qui on en use. Que vous y gagniez le succès immédiat, qu'importe? Les racines de votre âme seront suspendues dans le vide, sur le sol rongé par le mensonge. Je ne vous parle plus en adversaire. Nous sommes sur un terrain supérieur à nos dissentiments, même si dans votre bouche votre passion se pare du nom de patrie. Il est quelque chose de plus grand que la patrie, c'est la conscience humaine. Il est des lois que vous ne devez pas violer, sous peine d'être de mauvais Italiens. Vous n'avez plus devant vous qu'un homme qui cherche la vérité; vous devez entendre son cri. Vous n'avez plus devant vous qu'un homme qui désire ardemment vous voir grands et purs, et travailler avec vous. Car, que vous le veuillez ou non, nous travaillons tous en commun avec tous ceux dans le monde qui travaillent avec vérité. Ce qui sortira de nous (et nous ne pouvons le prévoir) portera notre marque commune, si nous avons agi avec vérité. L'essence de l'homme est là: dans sa merveilleuse faculté de chercher la vérité, de la voir, de l'aimer, et de s'y sacrifier.—Vérité, qui répands sur ceux qui te possèdent le souffle magique de ta puissante santé!...»

La première fois que Christophe entendit ces paroles, elles lui semblèrent l'écho de sa propre voix; et il sentit que ces hommes et lui étaient frères. Les hasards de la lutte des peuples et des idées pouvaient les jeter, un jour, les uns contre les autres, dans la mêlée; mais amis ou ennemis, ils étaient, ils seraient toujours de la même famille humaine. Ils le savaient, comme lui. Ils le savaient avant lui. Il était connu d'eux, avant qu'il les connût. Car ils étaient déjà les amis d'Olivier. Christophe découvrit que les œuvres de son ami—(quelques volumes de vers, des essais de critique),—qui n'étaient à Paris lues que d'un petit nombre, avaient été traduites par ces Italiens et leur étaient familières.

Plus tard, il devait découvrir les distances infranchissables qui séparaient ces âmes de celle d'Olivier. Dans leur façon de juger les autres, ils restaient uniquement Italiens, enracinés dans la pensée de leur race. De bonne foi, ils ne cherchaient dans les œuvres étrangères que ce que voulait y trouver leur instinct national; souvent, ils n'en prenaient que ce qu'ils y avaient mis d'eux-mêmes, à leur insu. Critiques médiocres et piètres psychologues, ils étaient trop entiers, pleins d'eux-mêmes et de leurs passions, même quand ils étaient épris de la vérité. L'idéalisme italien ne sait pas s'oublier; il ne s'intéresse point aux rêves impersonnels du Nord; il ramène tout à soi, à ses désirs, à son orgueil de race, qu'il transfigure. Consciemment ou non, il travaille toujours pour la terza Roma. Il faut convenir que, pendant des siècles, il ne s'est pas donné grand mal pour la réaliser! Ces beaux Italiens, bien taillés pour l'action, n'agissent que par passion, et se lassent vite d'agir; mais quand la passion souffle, elle les soulève plus haut que tous les autres peuples: on l'a vu par l'exemple de leur Risorgimento.—C'était un de ces grands vents qui commençait à passer sur la jeunesse italienne de tous les partis: nationalistes, socialistes, néo-catholiques, libres idéalistes, tous Italiens irréductibles, tous, d'espoir et de vouloir, citoyens de la Rome impériale, reine de l'univers.

Tout d'abord, Christophe ne remarqua que leur généreuse ardeur et les communes antipathies qui l'unissaient à eux. Ils ne pouvaient manquer de s'entendre avec lui, dans le mépris de la société mondaine, à laquelle Christophe gardait rancune des préférences de Grazia. Ils haïssaient plus que lui cet esprit de prudence, cette apathie, ces compromis et ces arlequinades, ces choses dites à moitié, ces pensées amphibies, ce subtil balancement entre toutes les possibilités, sans se décider pour aucune. Robustes autodidactes, qui s'étaient faits de toutes pièces, et qui n'avaient pas eu les moyens ni le loisir de se donner le dernier coup de rabot, ils outraient volontiers leur rudesse naturelle et leur ton un peu âpre de contadini mal dégrossis. Ils voulaient être entendus. Ils voulaient être combattus. Tout, plutôt que l'indifférence! Ils eussent, pour réveiller les énergies de leur race, consenti joyeusement à en être les premières victimes.

En attendant, ils n'étaient pas aimés et ils ne faisaient rien pour l'être. Christophe eut peu de succès, quand il voulut parler à Grazia de ses nouveaux amis. Ils étaient déplaisants à cette nature éprise de mesure et de paix. Il fallait bien reconnaître avec elle qu'ils avaient une façon de soutenir les meilleures causes, qui donnait envie parfois de s'en déclarer l'ennemi. Ils étaient ironiques et agressifs, d'une dureté de critique qui touchait à l'insulte, même avec des gens qu'ils ne voulaient point blesser. Ils étaient trop sûrs d'eux-mêmes, trop pressés de généraliser, d'affirmer brutalement. Arrivés à l'action publique avant d'être arrivés à la maturité de leur développement, ils passaient d'un engouement à l'autre, avec la même intolérance. Passionnément sincères, se donnant tout entiers, sans rien économiser, ils étaient consumés par leur excès d'intellectualisme, par leur labeur précoce et forcené. Il n'est pas sain pour de jeunes pensées, au sortir de la gousse, de s'exposer au soleil cru. L'âme en reste brûlée. Rien ne se fait de fécond qu'avec le temps et le silence. Le temps et le silence leur avaient manqué. C'est le malheur de trop de talents italiens. L'action violente et hâtive est un alcool. L'intelligence qui y a goûté a peine ensuite à s'en déshabituer; et sa croissance normale risque d'en rester faussée pour toujours.

Christophe appréciait la fraîcheur acide de cette verte franchise, par contraste avec la fadeur des gens du juste milieu, des vie di mezzo, qui ont une peur éternelle de se compromettre et un subtil talent de ne dire ni oui ni non. Mais bientôt, il dut convenir que ces derniers, avec leur intelligence calme et courtoise, avaient aussi leur prix. L'état de perpétuel combat où vivaient ses amis était lassant. Christophe croyait de son devoir d'aller chez Grazia, afin de les défendre. Il y allait parfois, afin de les oublier. Sans doute, ils lui ressemblaient. Ils lui ressemblaient trop, lia étaient aujourd'hui ce qu'il avait été, à vingt ans. Et le cours de la vie ne se remonte pas. Au fond, Christophe savait bien qu'il avait dit adieu, pour son compte, à ces violences, et qu'il s'acheminait vers la paix, dont les yeux de Grazia semblaient tenir le secret. Pourquoi donc se révoltait-il contre elle?... Ah! c'est qu'il eût voulu, par un égoïsme d'amour, être seul à en jouir. Il ne pouvait souffrir que Grazia en dispensât les bienfaits à tout venant, qu'elle fût prodigue envers tous de son charmant accueil.

Elle lisait en lui; et, avec son aimable franchise, elle lui dit, un jour:

—Vous m'en voulez d'être comme je suis? Il ne faut pas m'idéaliser, mon ami. Je suis une femme, je ne vaux pas mieux qu'une autre. Je ne cherche pas le monde; mais j'avoue qu'il m'est agréable, de même que j'ai plaisir à aller quelquefois à des théâtres pas très bons, à lire des livres insignifiants, que vous dédaignez, mais qui me reposent et qui m'amusent. Je ne puis me refuser à rien.

—Comment pouvez-vous supporter ces imbéciles?

—La vie m'a enseigné à n'être pas difficile. On ne doit pas trop lui demander. C'est déjà beaucoup, je vous assure, quand on a affaire à de braves gens, pas méchants, assez bons... (naturellement, à condition de ne rien attendre d'eux! Je sais bien que si j'en avais besoin, je ne trouverais plus grand monde...) Pourtant, ils me sont attachés; et quand je rencontre un peu de réelle affection, je fais bon marché du reste. Vous m'en voulez, n'est-ce pas? Pardonnez-moi d'être médiocre. Je sais faire du moins la différence de ce qu'il y a de meilleur et de moins bon en moi. Et ce qui est avec vous, c'est le meilleur.

—Je voudrais tout, dit-il, d'un ton boudeur.

Il sentait bien, pourtant, qu'elle disait vrai. Il était si sûr de son affection qu'après avoir hésité pendant des semaines, un jour il lui demanda:

—Est-ce que vous ne voudrez jamais...?

—Quoi donc?

—Être à moi.

Il se reprit:

—... que je sois à vous?

Elle sourit:

—Mais vous êtes à moi, mon ami.

—Vous savez bien ce que je veux dire.

Elle était un peu troublée; mais elle lui prit les mains et le regarda franchement:

—Non, mon ami, dit-elle avec tendresse.

Il ne put parler. Elle vit qu'il était affligé.

—Pardon, je vous fais de la peine. Je savais que vous me diriez cela. Il faut nous parler en toute vérité, comme de bons amis.

—Des amis, dit-il tristement. Rien de plus?

—Ingrat! Que voulez-vous de plus? M'épouser?... Vous souvenez-vous d'autrefois, lorsque vous n'aviez d'yeux que pour ma belle cousine? J'étais triste alors que vous ne compreniez pas ce que je sentais pour vous. Toute notre vie aurait pu être changée. Maintenant, je pense que c'est mieux, ainsi; c'est mieux que nous n'ayons pas exposé notre amitié à l'épreuve de la vie en commun, de cette vie quotidienne, où ce qu'il y a de plus pur finit par s'avilir...

—Vous dites cela, parce que vous m'aimez moins.

—Oh! non, je vous aime toujours autant.

—Ah! c'est la première fois que vous me le dites.

—Il ne faut plus qu'il y ait rien de caché entre nous. Voyez-vous, je ne crois plus beaucoup au mariage. Le mien, je le sais, n'est pas un exemple suffisant. Mais j'ai réfléchi et regardé autour de moi. Ils sont rares, les mariages heureux. C'est un peu contre nature. On ne peut enchaîner ensemble les volontés de deux êtres qu'en mutilant l'une d'elles, sinon toutes les deux; et ce ne sont même point là, peut-être, des souffrances où l'âme ait profit à être trempée.

—Ah! dit-il, j'y vois une si belle chose, au contraire, l'union de deux sacrifices, deux âmes mêlées en une!

—Une belle chose, dans votre rêve. En réalité, vous souffririez plus que qui que ce soit.

—Quoi! vous croyez que je ne pourrai jamais avoir une femme, une famille, des enfants?... Ne me dites pas cela! Je les aimerais tant! Vous ne croyez pas ce bonheur possible pour moi?

—Je ne sais pas. Je ne crois pas... Peut-être avec une bonne femme, pas très intelligente, pas très belle, qui vous serait dévouée, et ne vous comprendrait pas.

—Que vous êtes mauvaise!... Mais vous avez tort de vous moquer. C'est bon, une bonne femme, même qui n'a pas d'esprit.

—Je crois bien! Voulez-vous que je vous en trouve une?

—Taisez-vous, je vous prie, vous me percez le cœur. Comment pouvez-vous parler ainsi?

—Qu'est-ce que j'ai dit?

—Vous ne m'aimez donc pas du tout, pas du tout, pour penser à me marier avec une autre?

—Mais c'est au contraire parce que je vous aime, que je serais heureuse de faire ce qui pourrait vous rendre heureux.

—Alors, si c'est vrai...

—Non, non, n'y revenez pas! Je vous dis que ce serait votre malheur...

—Ne vous inquiétez pas de moi. Je jure d'être heureux! Mais dites la vérité: vous croyez que vous, vous seriez malheureuse avec moi?

—Oh! malheureuse? mon ami, non. Je vous estime et je vous admire trop, pour être jamais malheureuse avec vous... Et puis, je vous dirai: je crois bien que rien ne pourrait me rendre tout à fait malheureuse, à présent. J'ai vu trop de choses, je suis devenue philosophe... Mais à parler franchement,—(n'est-ce pas? vous me le demandez, vous ne vous fâcherez pas?)—eh bien, je connais ma faiblesse, je serais peut-être assez sotte, au bout de quelques mois, pour n'être pas tout à fait heureuse avec vous; et cela, je ne le veux pas, justement parce que j'ai pour vous la plus sainte affection; et je ne veux pas que rien au monde puisse la ternir.

Lui, tristement:

—Oui, vous dites ainsi, pour m'adoucir la pilule. Je vous déplais. Il y a des choses, en moi, qui vous sont odieuses.

—Mais non, je vous assure! N'ayez pas l'air si penaud. Vous êtes un bon et cher homme.

—Alors, je ne comprends plus. Pourquoi ne pourrions-nous pas nous convenir?

—Parce que nous sommes trop différents, d'un caractère trop accusé, tous deux, trop personnels.

—C'est pour cela que je vous aime.

—Moi aussi. Mais c'est aussi pour cela que nous nous trouverions en conflit.

—Mais non!

—Mais si! Ou bien, comme je sais que vous valez plus que moi, je me reprocherais de vous gêner, avec ma petite personnalité; et alors, je l'étoufferais, je me tairais, et je souffrirais.

Les larmes viennent aux yeux de Christophe.

—Oh! cela, je ne veux point. Jamais! J'aime mieux tous les malheurs, plutôt que vous souffriez par ma faute, pour moi.

—Mon ami, ne vous affectez pas... Vous savez, je dis ainsi, je me flatte peut-être... Peut-être que je ne serais pas assez bonne pour me sacrifier à vous.

—Tant mieux!

—Mais alors, c'est vous que je sacrifierais, et c'est moi qui me tourmenterais, à mon tour... Vous voyez bien, c'est insoluble, d'un côté comme de l'autre. Restons comme nous sommes. Est-ce qu'il y a quelque chose de meilleur que notre amitié?

Il hoche la tête, en souriant avec un peu d'amertume.

—Oui, tout cela, c'est qu'au fond vous n'aimez pas assez.

Elle sourit aussi, gentiment, un peu mélancolique. Elle dit, avec un soupir:

—Peut-être. Vous avez raison. Je ne suis plus toute jeune, mon ami. Je suis lasse. La vie use, quand on n'est pas très fort, comme vous... Oh! vous, il y a des moments, quand je vous regarde, vous avez l'air d'un gamin de dix-huit ans.

—Hélas! avec cette vieille tête, ces rides, ce teint flétri!

—Je sais bien que vous avez souffert, autant que moi, peut-être plus. Je le vois. Mais vous me regardez quelquefois, avec des yeux d'adolescent; et je sens sourdre de vous un flot de vie toute fraîche. Moi, je me suis éteinte. Quand je pense, hélas! a mon ardeur d'autrefois! Comme dit l'autre, c'était le bon temps alors, j'étais bien malheureuse! À présent, je n'ai plus assez de force pour l'être. Je n'ai qu'un filet de vie. Je ne serais plus assez téméraire pour oser l'épreuve du mariage. Ah! autrefois, autrefois!... Si quelqu'un que je connais m'avait fait signe!...

—Eh bien, eh bien, dites...

—Non, ce n'est pas la peine...

—Ainsi, autrefois, si j'avais... Oh! mon Dieu!

—Quoi! si vous aviez? Je n'ai rien dit.

—J'ai compris. Vous êtes cruelle.

—Eh bien, autrefois, j'étais folle, voilà tout.

—Ce que vous dites là est encore pis.

—Pauvre Christophe! Je ne puis dire un mot qui ne lui fasse du mal. Je ne dirai donc plus rien.

—Mais si! Dites-moi... Dites quelque chose!...

—Quoi?

—Quelque chose de bon.

Elle rit.

—Ne riez pas.

—Et vous, ne soyez pas triste.

—Comment voulez-vous que je ne le sois pas?

—Vous n'en avez pas de raison, je vous assure.

—Pourquoi?

—Parce que vous avez une amie qui vous aime bien.

—C'est vrai?

—Si je vous le dis, ne le croyez-vous pas?

—Dites-le encore!

—Vous ne serez plus triste, alors? Vous ne serez plus insatiable? Vous saurez vous contenter de notre chère amitié?

—Il faut bien!

—Ingrat, ingrat! Et vous dites que vous aimez? Au fond, je crois que je vous aime plus que vous ne m'aimez.

—Ah! si cela se pouvait!

Il dit cela, d'un tel élan d'égoïsme amoureux qu'elle rit. Lui aussi. Il insistait:

—Dites!

クリストフはもはや過ぎ去る年月を数えない。一滴ずつ生は去ってゆく。しかし彼の生は他の所にある。それはもう物語をもたない。物語はただ彼が作る作品のみである。湧わき出づる音楽の絶えざる歌は、魂を満たして、外界の擾音じょうおんを感じさせない。
クリストフは打ち勝った。彼の名前は世を圧した。彼の髪は白くなった。老年がやってきた。しかしそれを彼は気にかけない。彼の心は常に若々しい。彼は自分の力と信念とを少しも捨てなかった。彼はふたたび平静を得ている。しかしそれはもはや燃ゆる荊を通る前と同じではない。彼は自分の奥底に、暴風雨の轟とどろきをまだもっているし、荒立った海が示してくれたある深淵しんえんの轟きをまだもっている。戦闘を統ぶる神の許しがなければ、だれもみずから自分の主であると自惚うぬぼれてはいけないことを、彼は知っている。彼は自分の魂のうちに二つの魂をになっている。一つは高い平原で、風に打たれ雲に覆おおわれている。も一つはそれの上に高くそびえていて、一面に光を浴びてる雪の峰である。人はそこにとどまることができない。しかし下方の霧に冷え凍えるときには、太陽のほうへのぼってゆく道がわかっている。クリストフはその靄もやかけた魂の中で、ただ一人きりではない。友たる音楽、強健な聖チェチリアが天に聴きき入ってる大きな静かな眼をして、自分のそばにいることを、彼は感じている。そして、剣によりかかって口をつぐみ夢想している使徒パウロ――ラファエロの画面の中のパウロ――のように、彼はもはやいらだたず、もはや戦おうとは考えない。彼は自分の夢想を築き上げる。

彼は生涯しょうがいのこの時期において、ことにピアノや室内楽のために作曲した。そういう方面ではより自由に大胆な試みができる。思想とその具現との間に仲介物が少ない。思想が途中で弱ってくる隙ひまはない。フレスコバルディーやクープランやシューベルトやショパンは、その表現と形式との大胆さによって、管弦楽の革命者らより五十年も先立ったのである。クリストフの強健な手がこね上げた音響の捏粉ねりこからは、いまだ世に知られぬ和声ハーモニーの集団が、人を眩暈めまいせしむるばかりの和音の連続が、出て来た。それは現今の感受性が聞き取り得る音のうちの、もっとも遠い縁故のものから発生してるのだった。そして人の精神の上に、神聖なる惑わしを投げかけた。――しかしながら、偉大な芸術家が大洋の底に沈んでもたらしてくる獲物えものに馴なれるには、公衆にとっては時間を要する。クリストフの近作の大胆さを理解し得る者は、きわめて少数の人々だった。彼の光栄はすべて初期の作品のおかげだった。成功しながら人に理解されないということは、救済の道がないように見えるので、不成功のおりよりもいっそう辛つらいものであって、その感情のためにクリストフのうちには、唯一の友の死亡以来きざしていた、世間から孤立するというやや病的な傾向が、ますます強くなってきた。
けれども、ドイツの門戸はふたたび彼へ開かれていた。フランスでも、あの悲壮な暴挙は忘れられていた。彼は自分の欲する所へはどこへ行こうと自由だった。しかし彼はパリーにおいて自分を待ち受けてる思い出を恐れていた。そして、ドイツへは数か月間もどったことがあり、自作の演奏を指揮するためにときどきもどって行くことがあったけれど、そこに定住しはしなかった。あまりに多くの事柄が彼の気をそこなった。それはドイツ特有の事柄ではなかった。他へ行っても見出されるものだった。しかし人は他国よりも自国にたいしてはいっそう気むずかしくなるものであり、自国の弱点をより多く苦にするものである。また実際、ドイツはヨーロッパの罪悪のもっとも多量をになっていた。人は勝利を得るときには、それについて責任を有し、打ち負かした人々にたいして一つの負債をもっている。彼らの先に立って進み、彼らに道を示してやるという、暗黙の契約を結ぶのである。勝利者のルイ十四世は、フランスの理性の光輝をヨーロッパにもたらした。しかるにセダンの勝利者たるドイツは、いかなる光明を世にもたらしたか? 銃剣の光輝をか? それは、翼のない一つの思想、寛容のない一つの行動、獰猛どうもうなる一つの現実主義であった。健全なるものだとの口実さえも許されぬ現実主義であった。暴力と利益、行商人のマルス神であった。四十年の間、ヨーロッパは闇夜やみよの中に引き込まれ恐怖に圧倒された。太陽は勝利者の兜かぶとの下に隠れた。消光器を取り除くだけの力のない被征服者らは、多少軽蔑けいべつの交じった憐憫れんびんをしか受くる資格がないとしても、この兜をつけた人のほうは、いかなる感情をもって遇せられるに相当するだろうか?
少し以前から、日の光がまた現われ始めていた。数条の光が隙間すきまからさしていた。太陽ののぼるのをまっ先に見んがために、クリストフは兜の影から出た。そして先ごろ余儀なく滞留していた国へ、スイスへ、喜んでもどっていった。相敵対してる国民間の狭い境域に息づまって自由に渇かっしている、当時の多くの人々と同様に、彼もまたヨーロッパを超越して息をつき得る一角の地を求めていた。昔ゲーテの時代には、自由なる法王の支配するローマは、各民族の思想家らがあたかも鳥のように、暴風雨を避けて休やすらいに来る小島であった。しかるに今では、なんという避難所となったことだろう! その小島は海水に没してしまっていた。ローマはもはや存在しない。鳥は七つの丘から逃げてしまった。――ただアルプス連山が鳥のために残っている。そこには、貪欲どんよくなヨーロッパのまん中に、二十四連邦の小島が残存している。(それもいつまでのことであろうか?)もちろんそこには、旧都の詩的幻影は輝いていない。人の呼吸する空気に神々や英雄らの香を交じえる歴史は存在していない。しかし力強い音楽が赤裸な大地から立ちのぼっている。山々の線は勇壮な律動リズムをもっている。そして他のどこにおけるよりもここでは、根原的な力との接触が感ぜられる。クリストフがこの地に来たのは、ロマンチックな楽しみを求めんがためにではなかった。一つの畑地、数本の樹木、一筋の細流、広い青空、それだけで彼は生きるに十分だった。故郷の土地の穏やかな顔つきのほうがアルプス山の巨人と神との争闘よりも、彼にはいっそう親しみ深かった。しかし彼は、この地で力を回復したのだということを忘れ得なかった。この地において神は燃ゆる荊の中で彼に現われたのだった。彼はここへもどり来たって、感謝と信念とのおののきを感ぜざるを得なかった。彼は孤独ではなかった。生に痛められたいかに多くの生の闘士らが、ふたたび戦闘を始め戦闘の信念を持続するために必要な気力を、この土地でふたたび見出したことであろう!
この国で暮らしているうちに、彼はこの国をよく知ることができた。通り過ぎる人々の多くの眼には、ただ欠点しか映じてはいない。この強健な土地のもっとも美うるわしい特質を汚す旅館の癩病らいびょう、世界の肥満した人々が健康を購あがないに来る奇怪な市場たる外国人の町々、皿さら数のきまった食事、動物の塚穴つかあなの中に投げ捨てられた獣肉の濫費、子馬の声に音を合わせる娯楽場の音楽、退屈してる金持の馬鹿ばか者どもを嫌いやな頓狂とんきょう声で喜ばせる賤いやしいイタリー道化どうけ役者、または、商店の陳列品の低劣さ、すなわち木彫の熊くまや箱庭の家やつまらぬ置物など、なんらの創意もないいつもきまりきった品物、破廉恥な書物を並べてる正直な本屋など――すべて、無数の閑人ひまじんどもが、賤民せんみんの娯楽より高尚でもなければまた単に活発でもない娯楽さえ、少しも見出すことができないで、毎年なんらの喜びもなくぼんやり飲み込まれるそれらの環境の、低級な精神のものばかりである。
そして彼らは、主人公たるこの民衆の生活については、少しも知るところがない。彼らは夢にも知らない、数世紀来この民衆のうちに蓄積されてる精神力と公民の自由との量を、なお灰の下で燃えてるカルヴァンやツウィングリの大火の炭火を、ナポレオン式共和国がいつまでも知り得ない強固な民主的精神を、制度の簡単さと社会事業の広範さとを、未来のヨーロッパの縮図たる西欧三大種族からなるこの連邦によって、世界に与えられてる実例を。そして彼らのさらに知らないでいるところのものは、この堅い樹皮の下に隠れてるダフネ、ベックリンの閃々せんせんたる粗野な夢、ホドラーの荒くれた勇武、ゴットフリート・ケルレルの清朗な温厚さと生々なまなましい率直さ、偉大なる楽詩人シュピッテラーの巨人族的叙事詩やオリンポス的光輝、俗間の大祭典の溌溂はつらつたる伝統、剛健な古木に働きかける春の精気など――すべて、時としては野生の堅い梨なしのように人の舌を刺すものであり、時としては青黒い苔桃こけもものような甘っぽい空疎な味であるが、しかし少なくとも大地の匂においをもっている、まだ若々しい芸術である。それは、古風な教養を経てもなお民衆から離れずに、民衆とともに同じ生活の書物を読んでいる、独学者らの手になった作品である。
クリストフはそれらの人々に同感をもった。彼らは実際を重んじて外見を飾らなかったし、ゲルマン的アメリカ的産業主義の新しい外皮の下は、田園的で中流的な旧ヨーロッパのもっとも安穏な特質をまだかなりそなえていた。クリストフは彼らのうちに二、三の親しい友をこしらえた。みな善良で真面目まじめで忠実であって、過去を愛惜しながら孤独な生活をしてる人だった。一種の宗教的宿命観とカルヴァン式悲観とをもって、古きスイスが徐々に消滅するのをながめてる、陰鬱いんうつな偉大な魂の人々だった。クリストフは彼らとめったに会わなかった。彼の古傷は外面は癒着ゆちゃくしていたけれど、きわめて深い傷でまだすっかり癒いえていなかった。そして彼は人と交渉を結ぶのを恐れていた。愛情や苦悩の鎖にふたたびつながれるのを恐れていた。多数の外国人中のまた外国人として一人離れて暮らしやすいこの国で、彼が安らかな気持を覚えたのも、多少は右の理由からであった。そのうえ、彼は同じ場所に長くとどまることはまれだった。しばしば居所を変えた。この年老いた放浪の鳥には、広い空間が必要であって、その祖国は空中にあった……「予が国は空中にあり……。」

夏の夕方。
彼はある村の上方の山中を散歩していた。帽子を手にもって、羊腸たる山路を上っていった。ある曲がり角まで行くと、道は二つの斜面の間の影の中をうねっていた。榛はしばみの茂みや樅もみの木立が道の両側に並んでいた。四方ふさがれた小さな世界に似ていた。前後の曲がり角で、道は宙に浮いてそこで終わってるかのようだった。その彼方かなたには、青白い遠景と光を含んだ空気とがあった。夕べの静穏が苔の下に音をたてる涓滴けんてきのように、一滴ずつおりてきた。
道の向こうの曲がり角から、彼女が出て来た。黒い服装をして、空の明るみの上に浮き出していた。その後ろには、六歳から八歳ぐらいの男と女との小さな子供が、戯れたり花を摘んだりしていた。数歩進むと二人はたがいに相手を見てとった。感動はたがいの眼の中に現われた。しかしなんらの強い言葉も発せず、驚きの身振りさえほとんどしなかった。彼は非常に心乱されていた。彼女は……唇くちびるが少し震えていた。二人は立ち止まった。ようやく低い声で言った。
「グラチア!」
「あなたもここに!」
二人は手を執り合って、無言のままじっとしていた。最初にグラチアが強しいて沈黙を破った。そして自分の居所を述べ、彼の居所を尋ねた。ただ機械的な問いと答えとで、二人はそれにほとんど耳を貸しもせず、手を離したあとに初めて聞きとった。たがいにじっと見入ってばかりいたのである。二人の子供がそこへやって来た。彼女はそれを彼に紹介した。彼は子供たちにたいして反感を覚えた。やさしみのない様子で子供たちをながめ、なんとも言葉をかけてやらなかった。彼は彼女のことでいっぱいになっていて、悩ましげな年取ったその美しい顔を見調べてばかりいた。彼女は彼の視線に当惑した。彼女は言った。
「今晩おいでになりませんか。」
彼女は旅館の名を告げた。
彼は彼女の夫の居所を尋ねた。彼女は自分の喪服を示した。彼はひどく心を動かされて、話をつづけることができなかった。そして無作法に彼女と別れた。しかし二、三歩行ってから、苺いちごを摘んでいる子供たちのほうへもどって、いきなり引っとらえて接吻せっぷんし、そして逃げ出した。
その晩彼は旅館へ行った。彼女はガラス張りの外縁ヴェランダにいた。二人は目だたぬ片隅かたすみにすわった。他に人は少なく、二、三の老人がいるばかりだった。それにたいしてまでクリストフは内々いらだった。グラチアは彼をながめた。彼は彼女をながめながら、その名前を小声で繰り返した。
「私はたいへん変わりましたでしょう。」と彼女は言った。
彼の心は感動でいっぱいになってしまった。
「あなたは苦しまれましたね。」と彼は言った。
「あなたもそうでしょう。」と彼女は、苦悶くもんと情熱とに害された彼の顔をながめながら、憐あわれみの様子で言った。
二人はもうそれ以上言葉が見つからなかった。
「ねえ、他の所へ参りましょう。」と彼はちょっとたってから言った。「二人きりの場所でお話しすることはできないんでしょうか。」
「いえ、ここにいましょうよ。これでけっこうですわ。だれが私たちに注意するものですか。」
「私は自由に話せません。」
「そのほうがよろしいのです。」
彼にはその理由がわからなかった。あとになって彼は、その会談を頭の中でくり返してみたとき、彼女が自分を信頼していなかったのだと考えた。しかし実は、情緒的な場面を彼女は本能的に恐れていた。たがいの愛情が不意に起こってくるのを避けようとしていた。かつはまた、自分の内心の動揺の貞節さを失わないために、旅館の客間の中で不自由な親しみを結ぶのを好んでいた。
二人はしばしば口をつぐみながらも低い声で、自分の生活のおもな出来事を語り合った。ベレニー伯爵はくしゃくは数か月前ある決闘で殺されたのだった。クリストフは彼女が伯爵といっしょにいてあまり幸福でなかったことを悟った。彼女はまたその長子にも死なれたのだった。彼女は少しも苦しみを訴えなかった。話を自分のことからそらして、クリストフの身の上を尋ねた。そして彼の苦難の物語に、やさしい同情を示してくれた。
諸方の鐘が鳴った。日曜の晩だった。生活は休止していた……。
彼女は彼に翌々日また来てくれと言った。つぎの再会を彼女があまり急いでいないのが彼には辛つらかった。彼の心のうちには幸福と悩みとが交じり合った。
翌日彼女はある口実のもとに、彼へ来てくれと手紙を書いた。その平凡な文句にも彼は非常に喜んだ。彼女はこんどは自分だけの客間に彼を招じた。彼女は二人の子供といっしょだった。彼はその子供たちを、なお多少の困惑と多くの情愛とをもってながめた。そして姉娘のほうは母親に似てると思った。弟のほうはだれに似てるかを問わなかった。二人はこの土地のことや天気のことやテーブルの上に開かれている書物のことなどを話した――が二人の眼は他の言葉を語っていた。彼は彼女にもっと親しく話せるつもりでいた。そこへ、彼女と旅館で知り合いの女がはいって来た。グラチアがその他人を迎える愛想のよい丁重さを彼は見た。彼女は二人の客の間に差別を設けていないらしかった。彼はそれが悲しくなった。しかし彼女を恨みはしなかった。彼女は皆でいっしょに散歩しようと言い出した。彼は承諾した。グラチアの友の女は年若くて快い人柄ではあったが、それといっしょなのが彼には嫌いやだった。そしてその日もだめになってしまった。
彼がそのつぎにグラチアと会ったのは二日たってからだった。その二日の間、彼はただ彼女とともに過ごす時間のためにばかり生きていた。――けれどこのたびもまた、彼女と隔てなく話すことができなかった。彼女は彼にたいして温良ではあったが、例の控え目な態度を捨てなかった。クリストフは知らず知らずゲルマン風の感傷性を多少吐露したので、彼女はそれに当惑して、本能的に逆な態度をとった。
彼は彼女に手紙を書いた。それは彼女の心を動かした。人生はいかにも短い、と彼は書いた。二人の齢よわいはもうかくまでに進んでいる。おそらくは相見るのもしばらくの間であろう。その間に心置きなく話し合えないのは、悲しむべきことであり、ほとんど罪深いことである。
彼女はやさしい文句で彼に返事を書いた。人生に傷つけられて以来、我にもなく一種の疑惑をいだくようになった、ということを彼女は詫わびた。自分はその控え目な習慣を脱することができない。たとい真実の感情でさえも、それをあまりに強く表示されるときには、不快になり恐ろしくなる。しかしふたたび見出した友情の価値をよく感じている。そして彼と同じくそれを喜んでいる。それから彼女は晩に食事をしに来てくれと彼に願った。
彼の心は感謝の念でいっぱいになった。旅館の室の中で、寝台に横たわり、顔を枕まくらに埋めて、彼はすすり泣いた。十年間の孤独から放たれたのだった。彼はオリヴィエが死んでからは一人きりだった。ところが今この手紙は、愛情に飢えてる彼の心にたいして、復活の言葉をもたらしてきた。愛情!……彼はそれを捨てた気でいた。愛情なしで暮らすことを学ばなければならなかった。そして今日になって、いかばかり愛情が自分の生活に欠けていたかを感じ、自分のうちに積もってる愛情の量がいかに多いかを感じた。
楽しい聖きよい一晩だった……。二人は何事も隠し合わないつもりではあったが、彼はただ無関係な事柄だけしか彼女に話せなかった。しかし彼女から眼つきで促されて、いかばかり多くのよい事どもを彼はピアノで語ったことだろう! 彼女は彼の心の謙譲さを見て、かねて彼を高慢な激烈な人だと知ってただけに驚かされた。彼が帰ってゆくとき、二人は無言のうちに手を執り合って、たがいにふたたび見出したことを告げ、もうふたたびたがいに見失うことのないのを告げた。――そよとの風もなく、雨が降っていた。彼の心は歌っていた……。
彼女はこの土地にもう数日しか滞在できなかった。そして出発を少しも延ばさなかった。彼は延ばしてくれと頼みかねたし、また悲しみを訴えかねた。最後の日に、二人は子供たちだけといっしょに散歩をした。一時彼は愛と幸福とにいっぱいになって、それを彼女へ言い出しかけた。しかし彼女は微笑ほほえみながら、ごくやさしい身振りでそれを押し止めた。
「いえ! あなたがどんなことをおっしゃろうと、それはみな私の感じてることですから。」
二人は初めふいに出会ったあの道の曲がり角にすわった。彼女はやはり微笑みながら下の谷間をながめた。けれど彼女が眼に見てるのはその谷間ではなかった。彼は苦悩の跡が残ってる柔和な彼女の顔を見守った。濃い黒髪の中には方々に白髪が見えていた。魂の悩みが印せられてるその肉体にたいして、彼は憐憫れんびんと情熱との交じった崇敬の念を覚えた。時の傷跡のうちに至るところ魂が露あらわに見えていた。――そして彼は低い震える声で、貴重な恩顧をでも求めるように、その白髪の一筋を求めて、もらい受けた。

彼女は出発した。なぜ自分をいっしょに伴おうとしないかを、彼は了解できなかった。彼は彼女の友情を少しも疑いはしなかった。しかし彼女の控え目なのに当惑した。彼はその土地に二日ととどまってることはできなかった。彼女と別な方向へ出発した。旅行や仕事で精神を満たそうとつとめた。グラチアへ手紙を書いた。グラチアは二、三週間後に短い手紙で彼に答えた。それには焦慮も不安もない落ち着いた友情が現われていた。彼はそれを苦しみまたそれを喜んだ。それについて彼女をとがめることはみずから許せなかった。二人の愛情はあまりに近ごろのことだったし、最近結び直されたばかりのものだった。彼はそれを失いはすまいかと気づかっていた。それでも、彼女から来るつぎつぎの手紙は彼に安心を与えるような誠実な落ち着きを示していた。しかし彼女は彼とはずいぶん異なってるのだった……。
二人は秋の末ごろローマで再会することにしていた。彼女に会うという考えがなかったならば、その旅はクリストフにとってあまり面白くなかったはずである。彼は長い間の孤独のためにすっかり出ぎらいになっていた。現今の人々が不安な閑散のあまりに好む無用な移転にたいして、彼はもう少しも興味を覚えなかった。精神の規則的な働きにとって有害な習慣の変化を恐れていた。そのうえ彼はイタリーに心ひかれなかった。彼がイタリーを知ってるのは「自然主義作曲家」らの卑しい音楽やウェルギリウスの故国が旅行中の文学者らにときおり感興を与えるテナーの小曲、などを通じてばかりだった。翰林院アカデミー式の旧慣を墨守してる愚劣な作家らがローマという名をもち出すのを、あまりにしばしば聞かされてる前衛の芸術家、それにふさわしい疑惑的敵意を彼はイタリーにたいして感じていた。そのうえ、南方の人々にたいして、あるいは少なくとも、北方人の眼に南方人の代表として映ずる、いつも饒舌じょうぜつな大風呂敷おおぶろしきを広げる古来名高い典型にたいして、北方のあらゆる人々の心のうちに潜んでる、本能的な反感の古い根があるのだった。クリストフは考えただけでも、軽蔑けいべつ的に唇くちびるをとがらした……。音楽のない民衆とこの上知り合いになりたい気はさらになかった――(音楽のない民衆だと、彼はいつもの極端さで言っていた。「なぜなら、マンドリンをかき鳴らしたり大袈裟おおげさな插楽劇メロドラマを怒鳴ったりすることが、現代ヨーロッパの音楽のうちで、何ほどのものになるものか!」)とは言え、その国民にグラチアは属してるのだった。彼女とめぐりあうためになら、どこまでもまたどんな道を通ってでもクリストフはやって行ったであろう。彼女と落ち合うまでの間眼をつぶっておれば済むことである。

眼をつぶることには彼は馴なれていた。多年の間彼の内生活には雨戸が閉ざされていた。この秋の終わりにはそれがなおいっそう必要だった。三週間引きつづいて絶え間なしに雨が降った。つぎには見通すことのできない一面の灰色の雲がスイスの濡ぬれて震えてる谷間の上にのしかかった。太陽の麗わしい光は眼から消えてしまっていた。太陽のような中心精力を自分のうちに見出すためには、まず完全な暗黒を作って、眼瞼まぶたを閉じて、坑道の奥へ、夢想の地下坑の中へ、降りて行かなければならなかった。そこの石炭の中に、滅びた日々の太陽が眠っていた。けれども身をかがめて採掘しながら生を送って、そこからようやく出て来ると、身体は干乾ひからび、背骨と膝ひざとは硬こわばり、手足はゆがみ、夜の鳥のような眼になって視力が曇ってるのだった。幾度となくクリストフは、凍えた心を温あたたむる火を、坑道の奥からようやくにして取り出してきた。しかし北方人の夢想には、暖炉の熱の匂においがある。その中で生きてるときには人はそれに気づかない。人はその重々しい温ぬくみを好み、その薄明かりを好み、重苦しい頭の中に積もってる夢を好む。人は自分のもってるものを愛するものだ。自分のもってるものに満足しなければならない!……
クリストフはアルプスの連山から出て、客車の片隅かたすみにうとうとしながら、清らかな空と山腹に流れている光とを見たとき、あたかも夢をみてるような気がした。どんよりした空と薄暗い日の光とは山脈の彼方かなたに残されていた。その変化があまりに急激だったので、初め彼は喜びよりもさらに多くの驚きを感じた。しばらくたってからようやく、麻痺まひしていた彼の魂はしだいに弛ゆるんでき、彼を閉じ込めていた外皮は裂けてき、心は過去の影から脱してきた。その日が進むに従って、柔らかな光が彼を抱き包んだ。そして彼は今まで存在していたすべてのものの記憶を失って、うちながめることの喜びをむさぼるように味わった。
ミラノの平野。産毛うぶげの生はえたような水田を網目形に区切ってる青っぽい運河、その運河の中に映ってる日の光。褐色かっしょくの細葉を房々ふさふさとつけ、捩ねじれた面白い体躯たいくの痩やせたしなやかさを示してる、秋の樹木。橙だいだい色や金縁や淡碧うすみどりに縁取られた重畳してる線で、地平を取り囲みながら、柔らかな輝きを見せている雪のアルプス連山、ダ・ヴィンチ式の山々。アペニン山脈に落ちてくる夕闇ゆうやみ。ファランドルのように何度も繰り返し引きつづく律動リズムをもって、蜿蜒えんえんとつづいてる険しい小山を、曲がりくねって降りてゆく列車。――そして突然、坂道の麓ふもとに、あたかも接吻せっぷんのように人を迎える、海の息吹いぶきと橙樹とうじゅの香。海、ラテンの海とその乳光色の光、そこには翼をたたんだ幾群もの小舟が、ゆったりと浮かんで眠っている……。
海岸の一漁村で汽車は止まったまま動かなかった。大雨のためにジェノヴァとピサとの間の隧道すいどうが崩壊した、ということが旅客らに伝えられた。どの列車もみな数時間遅延していた。クリストフはローマ直行の切符をもっていたが、他の乗客らの物議をかもしたその不運を、かえって非常に喜んだ。彼は歩廊プラット・ホームに飛び降り、停車の時間を利用して、海の景色にひかされて出かけて行った。彼はすっかり海にひきつけられたので、一、二時間後に列車が汽笛を鳴らしてふたたび進行しだしたときには、小舟に乗っていて、列車が通り行くのを見ながら「御機嫌ごきげんよう!」と叫んでやった。輝かしい夜に、輝かしい海の上で、若い糸杉に縁取られた岬みさきに沿って、舟を漂わした。そして彼はその村に腰をすえて、たえず愉快に五日間を過ごした。長い断食を済ましてむさぼり食う人のようであった。飢えたすべての官能で輝いた光をむさぼり食った……。光よ、世界の血液よ、人の眼や鼻や唇くちびるや皮膚のあらゆる毛穴から肉体の底まで滲しみ込む、生の流れよ、パンよりもなおいっそう生命には必要な光よ――北方の覆面をぬいでる純潔な燃えたった真裸の汝なんじを見る者は、どうして今まで汝を所有せずして生きることができたかをみずから怪しみ、もはや汝を欲望せずには生き得ないことを知るであろう。
五日間クリストフは太陽に酔いしれた。五日間彼は自分が音楽家であることを忘れた――それは初めてのことだった。彼一身の音楽は光に変わっていた。空気と海と土地、太陽の交響曲シンフォニー。そしてこの管絃楽団を、イタリーはなんという先天的技能をもって使役し得てることぞ! 他の国民はみな自然に従って彩いろどっている。イタリーは自然と協力している。太陽とともに彩っている。色彩の音楽。すべてが音楽であり、すべてが歌っている。金色の亀裂きれつのある真赤まっかな往来の壁面、上方には縮れっ毛の二本の糸杉、周囲には紺碧こんぺきの空。青色の建物の正面の方へ赤壁の間を上っていってる、急な白い大理石の石段。杏子あんず色やシトロン色や仏手柑ぶつしゅかん色などさまざまの色で、橄欖樹オリーヴの間に輝いてるそれらの家は、木の葉の中のみごとな果実のように見える……。イタリーの幻覚は肉感的である。汁しるの多い芳しい果実を舌が喜ぶように、人の眼は色彩を喜ぶ。その新しい御馳走ごちそうの上へ、クリストフは貪婪どんらんな食欲で飛びついていった。これまで灰色の幻像にばかり限られていた禁欲生活の補いをつけた。運命のために息をふさがれていた彼の豊饒ほうじょうな性質は、これまで用いなかった享楽の力を突然意識しだした。その力は差し出された餌食えじきを奪い取った。芳香、色彩、人声や鐘や海の音楽、空気と光との快い愛撫あいぶ……。クリストフはもう何事をも考えなかった。法悦のうちに浸った。彼がそれから我に返るのは、出会う人々に自分の喜びを伝えんがためばかりだった。相手は雑多だった。皺しわ寄った鋭い眼をし、ヴェネチアの元老のような赤い縁無し帽をかぶってる、自分の船頭である老漁夫――激しい憎悪でくろずんでる獰猛どうもうなオセロ風の眼をぎょろつかせながらマカロニーを食べる、無感無情な人物である、唯一の会長者たるミラノ人――料理の盆を運ぶのに、ベルニニの描いた天使のように、首を傾かしげ腕や胴をねじらす、料理店の給仕――通行人に青枝付きの香橙オレンジを差し出して路上で物乞ものごいをし、追従ついしょう的な流し目を使う、聖ヨハネみたいな少年。また、駅馬車の奥に頭を下にして寝そべりながら、鼻唄はなうたのいろんな端くれを不意に歌い出す馬車屋をも、彼はよく呼びかけた。カヴァレリア・ルスチカナを小声で歌ってる自分自身にふと気づいて驚いた。旅の目的はまったく忘れてしまっていた。早く目的地へ着いてグラチアに会いたいことも、すっかり忘れていた……。
そしてついにある日、なつかしい彼女の面影が浮かんできた。それを描き出したのは、往来で出会った一つの眼差まなざしだったか、荘重な歌うような一つの声の抑揚だったか、それを彼は覚えなかった。しかしそのときは、橄欖樹オリーヴに覆おおわれた四方の丘、濃い影と強い日光とにくっきり浮き出されてるアペニン連山の高い光った頂、香橙オレンジの林、海の深い呼気など、周囲のすべてのものから、女の友のにこやかな顔が輝き出した。空気の無数の眼によって、彼女の眼は彼をながめていた。あたかも薔薇ばらの木から一輪の花が咲き出すように、彼女はその土地から咲き出していた。
そこで彼は、ふたたびローマ行きの汽車に乗ってどこにも降りなかった。イタリーの追憶にも過去の芸術の都にもさらに興味がなかった。ローマでも、何にも見なかったし、何にも見ようとはしなかった。そして通りがかりに最初見てとったもの、無様式な新しい街衢がいくや四角な大建築などは、もっとローマを知りたいとの念を起こさせはしなかった。
到着するとすぐに彼はグラチアのところへ行った。彼女は彼に尋ねた。
「どこを通っていらしたんですか。ミラノやフィレンツェにお寄りになりましたか。」
「いいえ。」と彼は言った。「寄ってどうするんです?」
彼女は笑った。
「面白い御返辞ですこと! ではローマをどうお思いになりますか。」
「なんとも思いません。」と彼は言った。「まだ何にも見ていませんから。」
「それでも……。」
「何にも見なかったんです、記念の建物一つも。旅館からまっすぐにあなたのところへ来ましたから。」
「ちょっと歩けばローマは見られますよ……。あの正面の壁を御覧なさい……そこに当たってる光を見さえすればいいんですよ。」
「私はあなただけを見てるんです。」と彼は言った。
「ほんとにあなたはわからない人ですね、ご自分の考えしか見ていらっしゃらないんですね。そして何時いつスイスをお発たちになりましたの。」
「一週間前です。」
「では今まで何をしていらしたんですか。」
「知りません。偶然海岸のある地に止まったんです。どういう所だか注意もしませんでした。一週間眠っていました。眼を開いたまま眠っていたんです。何を見たか自分でも知りません、何を夢みたか自分でも知りません。ただあなたのことを夢みたようです。たいへん愉快だったことを知っています。けれどいちばんいいことには、何もかも忘れました……。」
「ありがとう。」と彼女は言った。
(彼はそれを耳に入れなかった。)
「……何もかも、」と彼は言いつづけた、「そのときあったことも、前にあったことも、すっかり忘れてしまいました。私はふたたび生き始めた新しい人間のようになっています。」
「ほんとうにそうですわ。」と彼女はにこやかな眼で彼をながめながら言った。「この前お目にかかったときからすっかりお変わりなさいましたね。」
彼もまた彼女をながめた。そして記憶の中の彼女とやはり異なってるように思った。けれども彼女は二か月前と変わってるのではなかった。ただ彼がまったく新しい眼で彼女を見てるのだった。彼方かなたスイスでは、昔のころの面影が、年若いグラチアの軽い影が、彼の眼と眼前の彼女との間に介在していた。ところが今では、北方の夢はイタリーの日の光に融とかされていた。彼は白日の光の中に、恋人の実際の魂と身体とを見た。パリーにとらわれてた野の仔山羊こやぎとは、また、彼女の結婚後間もなくある晩出会ってやがて別れたおりの、聖ヨハネみたいな微笑ほほえみをしてる若い女とは、彼女はいかに違ってたことだろう! ウンブリアの小さな娘から、美しいローマ婦人の花が咲きだしていた。

真の色艶、堅固なる瑞々しき身体。

その姿体は調和のとれた豊満さをそなえていた。その身体は高慢な懶ものうさに浸っていた。静安の天性が彼女を包んでいた。北方人の魂がけっしてよく知り得ないような、日の照り渡った静寂と揺ゆるぎない観照とをむさぼる性質をそなえており、平和な生活を官能的に享楽する性質をそなえていた。彼女が昔どおりになお持ってたものは、ことにその大なる温良さであって、それが他のあらゆる感情の中にまで織り込まれていた。しかし彼女の晴れやかな微笑ほほえみのうちには、新たないろんなものが読みとられた。ある憂鬱ゆううつな寛大さ、多少の倦怠けんたい、一抹の皮肉、穏和な良識など。彼女は年齢のためにある冷静さを得ていて、心情の幻にとらわれることがなく、夢中になることがあまりなかった。そして彼女の愛情は、クリストフが押えかねてる情熱の激発にたいして、洞察どうさつ的な微笑を浮かべながらみずから警いましめていた。それでもなお彼女は、弱々しい点もあり、日々の風向きに身を任せることもあり、一種の嬌態きょうたいを見せることもあった。彼女はその嬌態をみずからあざけってはいたが、強しいて捨て去ろうとはしなかった。事物にたいしてもまた自己にたいしても少しも逆らわなかった。きわめて温良でやや疲れた性質の中に、ごく穏やかな宿命観をもっていた。

彼女は多くの訪問客を迎えていたし、客を選択することを――少なくとも表面上――あまりしなかった。しかし彼女の親しい人々は、たいてい同じ階級に属していて、同じ空気を呼吸し、同じ習慣にしつけられていたので、その社会はかなり同分子的な調和を形造っていて、クリストフがフランスで聞かされたものとはきわめて違っていた。その大部分は、外国人との結婚によって活気づけられてる、諸方の古いイタリー系統の者だった。彼らのうちには、表面的な超国境主義が支配していて、四つのおもな国語と西欧四大国民の智嚢ちのうとが安らかに混和していた。各民族がそれぞれ自分の割当を、ユダヤ人はその不安を、アングロ・サクソン人はその沈着を、そこにもち寄っていた。しかしすべては間もなくイタリーの坩堝るつぼの中に溶かされていた。略奪者たる大貴族の跋扈ばっこした幾世紀かが、一民族の中に、たとえば猛禽もうきんの倨傲きょごう貪欲どんよくな面影を刻み込むときには、その地金は変化することがあっても、印刻はそのまま残るものである。もっともイタリー的らしく見えるそれらの相貌そうぼうのあるもの、ルイーニ式の微笑、ティツィアーノ式の肉感的な平静な眼差まなざし、アドリア海やロンバルディア平原の花は、ラテンの古い土地に移し植えられた北方の灌木かんぼくの上に咲いているのだった。ローマの絵具板の上で溶かされた色はどんなものであろうと、それから出て来る色は常にローマの色である。
クリストフは自分の印象を分析することができずに、多くは凡庸でありあるものは凡庸以下であるそれらの魂から発する、多年の教養と古い文明との香を、わけもなく感心してしまった。そのとらえがたい香はごく些々ささたるものにつながれていた。懇切な優雅さ、意地悪と品位とを保ちながら愛想を見せることのできる、挙措きょそのやさしさ、または、眼差や微笑や、機敏で呑気のんきで懐疑的で雑多で軽快である才知などの、高雅な繊細さ。困苦しいものや横柄なものは何もなかった。書物的なものは何もなかった。ここでは、鼻眼鏡越しに人を窺うかがうパリー客間の心理家や、ドイツの軍人万能主義の大先生などに、出会う恐れは少しもなかった。彼らは単に人間であり、きわめて人間的な人間であって、昔のテレンティウスやスキピオ・エミリアヌスなどの友人らと同じだった……。

予は人なり……。

美うるわしい前面。生活は実質的よりもいっそう外見的であった。その下には、あらゆる国の上流社会に共通である、癒いやすべからざる軽佻けいちょうさが潜んでいた。しかしこの社会に民族的特質を与えてるものは、その無精さであった。フランス人の軽佻さには、神経質な焦燥が伴っていて、たとい空回りをしようとも、たえず頭脳が働きつづけている。しかるにイタリー人の頭脳は、休息することを知っている、あまりに知り過ぎている。柔惰な享楽主義の生温なまぬるい枕まくらをし、皮肉できわめて軽捷けいしょうでかなり好奇的で根本は驚くばかり冷淡な才知の生温い枕をして、暖かい木陰にうとうとと居眠るのはいかにも快いことである。
それらの人々はみな一定のはっきりした意見をもっていなかった。同じ道楽気分で政治や芸術に関係していた。彼らのうちには、繊細な顔だちをし、怜悧れいりなやさしい眼つきをし、静かな挙措を有してる、ローマ貴族の美しい型が、魅力ある性質の人々が、見られるのであった。そしてその人々は温厚な心で、自然や古い画家や花や婦人や書物や美食や祖国や音楽……などを好んでいた。あらゆるものを好んでいて、何一つ選び取らなかった。時とすると何にも好んでいないのかと思われるほどだった。それでも愛情は彼らの生活のうちに大きな場所を占めていた。ただ条件として、愛情が生活を乱さないということだった。その愛情も彼らと同様に無頓着むとんじゃくで怠惰だった。恋愛でさえも家庭的な性質を帯びがちだった。よくできて調和のとれてる彼らの知力は、いかなる矛盾した思想が出会っても、たがいに衝突することなく、穏やかに結合して、にこやかに鈍くなり、順従になってゆく、一種の懶惰らんだな性質に満足していた。彼らは徹底的な信仰を恐れ、極端な党派心を恐れていて、半端な解決と半端な思想とに安んじていた。彼らは自由的保守の精神の人々だった。息切れや動悸どうきの恐れがない気候温和な転地場所のような、ほどよい高さの政治や芸術が彼らには必要だった。ゴルドーニの怠惰な芝居やマンゾーニの一様にぼやけた光などが、彼らの気にかなっていた。彼らの愛すべき懶惰な心は、そういうものから不安を覚えさせられることがなかった。彼らはその偉大な祖先らのように、「まず生きることである……」とは言わないで、「肝要なのは穏やかに生きることである」と言うに違いなかった。
穏やかに生きること。それがすべての人々のひそかな願いであり志望であって、もっとも元気溌溂はつらつたる人々や実際の政治を支配してる人々でさえそうだった。たとえばマキアヴェリの徒弟たる者、自己と他人との主であり、頭と同じく冷静なる心をもち、明晰めいせきで退屈してる知能をもっていて、自分の目的のためにはあらゆる手段を用いることを知りかつでき、自分の野心のためにはあらゆる友情をも犠牲にする覚悟でいる者、そういう人も、穏やかに生きるという神聖なる一事のためには、その野心をさえ犠牲になし得るのであった。彼らには無為怠慢の長い期間が必要だった。そしてそれから出て来ると、あたかも熟睡のあとのように爽快そうかいに元気になっていた。それらの鈍重な男子たち、それらの平静な婦人たちは、談話や快活や社交生活を突然渇望しだすのだった。身振りや言葉や逆説的な頓智とんちや滑稽こっけいな気分などを振りまいて、自分を消費しなければならなかった。そして道化歌劇オペラ・ブッファを演じていた。このイタリーの人物展覧場の中では、北方において見かけるような、金属性の光を帯びた眸ひとみや、精神の絶えざる労働によって凋しぼんだ顔つきなど、思想の磨滅まめつはめったに見出されなかった。けれども、どこにもあるようにここにもやはり、ひそかに悩んでる自分の傷を隠しているような魂、無関心の下に潜んで麻痺まひの衣を快くまとってる欲望や懸念などが、欠けてはしなかった。それからまた、ごく古い人種に固有な人知れぬ不平衡の徴候たる、人を面くらわせるような奇怪不思議な粗漏が――ローマ平野に開けてる断層のようなものが、ある人々のうちにあるのは言うまでもないことだった。
一つの悲劇が中に隠れて眠っているそれらの魂の、それらの平静な冷笑的な眼の、呑気のんきさの謎なぞのうちには、多くの魅力がこもっていた。しかしクリストフはそれを認め得る気質ではなかった。社交界の人々にグラチアが取り巻かれてるのを見て、彼は腹をたてた。彼らが嫌いやになり、彼女が嫌になった。ローマにたいして顔を渋めるとともに、彼女にたいして顔を渋めた。そしてしだいに訪問の数を少なくした。立ち去ってしまおうかと思った。

彼は立ち去らなかった。自分をいらだたしていたイタリー社交界の魅力を、心ならずも感じ始めていた。
当分の間彼は孤独の生活を送った。ローマやその近傍を歩き回った。ローマの光、宙に浮いている庭園、日の照り渡った海で黄金の帯のように取り巻かれてるローマ平野などは、この楽土の秘密をしだいに彼へ示してくれた。彼は死滅した大建築物にたいして軽蔑けいべつを装っていて、それを見に行くために一歩も踏み出すものかとみずから誓っていた。向こうからやって来るのを待つのだと口をとがらしながら言っていた。ところが向こうからやって来た。地面の起伏しているこの都会の中を散歩してると、偶然それらに出会った。別に捜し回りもしないで、夕陽ゆうひを受けてる赤いフォールムを見、深い蒼空あおぞらが青い光の淵ふちとなって向こうに開けてる、パラチーノ丘の半ばくずれてる迫持せりもちを見た。また、泥どろで赤く濁ってあたかも土地が歩き出してるようなテヴェレ河のほとり――大洪水だいこうずい以前の怪物の巨大な背骨みたいな溝渠こうきょの廃址はいしに沿って、広漠こうばくたるローマ平野の中をさまようた。厚くかたまってる黒雲が青空の中を流れていた。馬に乗った百姓たちが鞭むちを振り上げながら、長い角を生やした銀鼠ぎんねず色の大きな牛の群れを、荒れ地を横ぎって追いたてていた。まっすぐな埃ほこりっぽい露あらわな古い大道の上を、股またに毛皮をつけた山羊足やぎあしの牧人たちが、低い驢馬ろばや子驢馬の列を引き連れて黙々と歩いていた。地平線の奥には、神々こうごうしい線をしてるサビーノの山脈の丘陵が展開しており、大空の丸天井の他方の縁には、都会の古い囲壁が、踊ってる像をのせた聖ヨハネ寺院の正面が、その黒い影を投じていた……。静寂……照り渡ってる太陽……。風が平野の上を吹いていた……。腕は結ゆわかれ頭は欠けて雑草の波に打たれてるある像の上に、一匹の蜥蜴とかげが安らかな胸であえぎながら、じっと日光に浴して我を忘れていた。そしてクリストフは、日の光に頭の中が茫ぼうとして(時にはまたカステリーの葡萄ぶどう酒のせいもあったが、)こわれた大理石像のそばに黒い地面の上にすわり、微笑ほほえみを浮かべうつらうつらと忘却のうちに浸って、ローマの落ち着いた強烈な力を吸い込んだ――夕闇ゆうやみが落ちてくるまで。――すると突然悲しみに心がしめつけられて、悲壮な光が消えてゆくその痛ましい寂寞せきばくの地を、彼は逃げ出すのであった。……おう土地よ燃えたってる土地よ、情熱と無言の土地よ、汝の熱ねつっぽい平和の下に、ローマ軍団のらっぱの鳴り響くのが、予には聞こえる。なんという猛然たる生気が、汝の胸のうちにうなってることぞ! なんという覚醒かくせいの願望ぞ!

クリストフが見出したある人々の魂のうちには、古い火の残りが燃えていた。死者の埃ほこりの下にその燠おきはまだ残っていた。マチィーニの眼とともに消えてしまったと思われるその火はふたたび燃えだしていた。昔と同じ火であった。それを見ようとする者はきわめて少なかった。それは眠ってる人々の静穏を乱すのだった。輝いた荒々しい光だった。その火をもってる人々――それはみな若い人々で(もっとも年上の者も三十五歳未満で、)気質や教育や意見や信念などをたがいに異にしてる、自由な知識人であった――それらの人々は、この新生の炎にたいする同じ崇拝のうちに結合していた。党派の看板や思想の体系などは、彼らにとっては問題とならなかった。肝要なのは「勇敢に思索する」ということだった。率直であり大胆であるということだった。そして彼らは己おのが民族の眠りを手荒く揺り動かしていた。勇士らによって死から呼び覚さまされたイタリーの政治的復活のあとに、また最近の経済的復活のあとに、彼らはイタリーの思想を墓穴から取り出そうと企てていた。優良社会の怠惰な臆病おくびょうな無気力を、その精神的卑怯ひきょうさと空疎な言辞とを、彼らはあたかも一つの侮辱ででもあるかのように苦しんでいた。祖国の魂の上に幾世紀となく積もり重なってる、美辞麗句と精神的隷属との霧の中に彼らの声は鳴り響いていた。容赦なき現実主義と一徹な公明さとを、彼らはそこに吹き込んでいた。溌溂はつらつたる実行を伴う明晰めいせきな知力の熱情を彼らはもっていた。彼らは場合によっては、国民的生活が個人に課する規律的義務のために、自分一個の理性の嗜好しこうを犠牲にすることもできたが、それでもなお、最高の祭壇と真実にたいする至純な熱情とを捨てなかった。強烈な敬虔けいけんな心で真実を愛していた。それらの若い人々の首領の一人は、(ジューゼッペ・プレゾリニで、当時ジオヴァニ・パピニとともに声の一党を指導していたが、)敵から侮辱され中傷され脅かされながら、泰然自若として答え返した。

――真実を尊敬したまえ。僕はあらゆる怨恨えんこんを捨て心を打ち開いて、諸君に語っているのだ。諸君から受けた害悪をも、僕が諸君になしたかもしれない害悪をも、忘れているのだ。真実でありたまえ。真実にたいする敬虔峻厳しゅんげんな尊敬のないところには、良心は存しないし、高い生活は存しないし、犠牲の可能性は存しないし、高潔は存しないのだ。真実という困難な義務を修業したまえ。虚偽を事とする者は、相手に打ち勝つ前に、まずおのれ自身を腐敗させる。虚偽によって目前の成功を得たとしても、それがなんの役にたつか。虚偽を事とする諸君の魂の根は、虚偽に荒らされた土地の上に、空に浮かんでいるだろう。僕はもはや敵として諸君に語っているのではない。諸君の熱情が口に祖国の名を藉かりるとしても、われわれは意見の相違を超越した高い地歩に立っている。祖国よりもさらに偉大なる何かがあるとすれば、それはまさしく人間的良心である。悪きイタリー人たるの苦痛を忍んでも、侵してはならない掟おきてが世にはある。諸君の前に立ってる者は、真実を求めてる一個の人間である。諸君はその叫びを聞かなければならない。諸君の前に立ってる者は、諸君が偉大で純潔であるのを見んことを、また諸君とともに働かんことを、熱烈に希望してる一個の人間である。諸君が欲すると否とにかかわらず、われわれは皆、真実をもって働いてるすべての人々と、共同に働いているのである。もしわれわれが真実をもって行動するならば、われわれから生れ出て来るところのものは(何が出て来るかをわれわれは予見することはできないが、)われわれの共通の標しるしをつけているだろう。人間の精髄はそういうところにある。真実を求め、真実を見、真実を愛し、真実に身をささぐる、その霊妙なる才能のうちに存している。――真実よ、汝を所有してる人々の上に、汝の強健さの魔法の息吹いぶきを広げる、汝真実よ!……

クリストフはそれらの言葉を聞いたとき、それを自分の声の反響かと思った。そして彼らと自分とは兄弟であることを感じた。国民や観念の闘争の偶然性のために、他日敵味方となって混戦中に投ぜられるかもしれないが、しかし味方となろうとも敵となろうとも、常に同系の人間であったし、いつまでも同系の人間であるだろう。そのことを彼らは彼と同様に知っていた。彼よりも以前に知っていた。彼が彼らを知る前に、彼は彼らから知られていた。というのは、彼らはすでにオリヴィエの仲間であったから。クリストフは、パリーではごく少数の人からしか読まれていない友の作品が――(数冊の詩集と論文集)――それらのイタリー人たちから翻訳されて、彼らにも親しいものとなってるのを、見出したのだった。
その後彼は、それらの人々の魂とオリヴィエの魂とを隔ててる越えがたい距離を、見出さざるを得なかった。他人を批判する態度においては、彼らはどこまでもイタリー人であって、己おのが人種の思想の中に深く根をおろしていた。要するに、彼らが他国人の作品中に誠意をもって深く求めてるところのものは、彼らの国民的本能が見出したがってるものをばかりであった。往々にして彼らは、知らず知らず自分が插入そうにゅうしたものをばかり取り上げていた。凡庸な批評家であり拙劣な心理家である彼らは、あまりに融通がきかなくて、真実にたいしてもっとも心を寄せてるときでさえも、自己と自己の熱情とでいっぱいになっていた。元来イタリーの理想主義はおのれを忘れることができない。北方の無我的な夢想に少しも興味を覚えない。自己に、自己の願望に、自己の民族的自負心に、すべてのものをもちきたして、それを変形させてしまう。意識的にもしくは無意識的に、常に第三ローマのために働いている。ただ数世紀の間、その実現のために大して骨折りはしなかったばかりである。実行に適してるそれらのみごとなイタリー人らは、ただ熱情によって行動するばかりで、すぐに行動に飽いてしまう。しかし熱情の風が吹くときには、彼らはいかなる他の民衆よりも高く吹き上げられる。その実例としては彼らの文芸復興を見るがよい。――そういう強風の一つが、各派のイタリー青年の上に吹き始めていた。国家主義者、社会主義者、新カトリック主義者、自由理想主義者など、すべて希望と意欲とをまげないイタリー人の上に、世界の主たるローマ市の市民の上に、吹き始めていた。
最初クリストフは、彼らの勇ましい熱誠と彼を彼らに結びつける共通の反感とを見てとったばかりだった。社交界にたいする蔑視べっしの念において、彼らは彼と意見が合わずにはいなかった。彼はグラチアが社交界を好んでるという理由で、それにたいして恨みを含んでいた。が彼らは彼よりもいっそう憎んでいた、社交界の用心深い精神を、無情無感覚を、妥協と道化とを、中途半端な物の言い方を、首鼠しゅそ両端の思想を、あらゆる可能のうちの何一つをも選択せずに、中間を巧妙に往来する態度を。彼らは強健な独学者であって、あらゆる材料からでき上がっており、おのれをみがき上げるだけの手段も隙ひまもなかったので、生来の粗暴さと荒削りの田舎者めいたやや辛辣しんらつな調子とを、好んで大袈裟おおげさに現わしていた。彼らは人から聞かれたがっていた。人から攻撃されたがっていた。看過されるよりむしろどんなことでもされたがっていた。自分の民族の元気を眼覚めざめさせんがためには、その最初の犠牲者となることを喜んで承諾するに違いなかった。
当座の間彼らは、人から好まれてはいなかったし、好まれようとつとめてもいなかった。クリストフは新しい友人らのことをグラチアに話してみたが、あまりいい結果は得られなかった。適度と平和とを愛する性質の彼女には、彼らは気に入らなかった。そして彼らはそのもっともよい主旨を主張する場合にも時として人の反感を招くような方法をもってする、という彼女の意見はまさしく至当だった。彼らは皮肉で攻撃的であって、相手の気持を害するつもりでないときでさえ、侮辱に近い苛酷かこくな批評をくだすのだった。あまりに自信の念が強く、概括と強い肯定とにあまり急いでいた。十分の発育を遂げないうちに公の活動にはいったので、いつも同じ偏執さで一つの熱狂から他の熱狂へと移っていた。熱中的に生真面目きまじめであって、自己の全部をささげつくし、何物をも節約しなかったので、過度の理知と尚早な狂的な勤労とのために憔悴しょうすいしていた。莢さやから出たばかりで生々しい日の光に当たるのは、若い思想にとっては健全なことではない。魂はそのために焼きつくされる。何物も時と沈黙とをもってしなければ豊饒ほうじょうにはならない。しかるにその時と沈黙とが彼らには欠けていた。それはイタリー人の才能の過多から来る不幸である。過激な早急な行動は一つのアルコールである。それを味わいつけた知能は、つぎにそれなしで済ますことが困難になってくる。そして知能の順当な生長は、永久に無理なものとなる恐れがある。
クリストフは、この溌溂はつらつたる率直さの苛辣からつな新鮮味を賞美した。そして常に身を危うくすることを恐れ然りとも否とも言わない微妙な才能をもってる、中庸人士らの無味乾燥さを、それに対立さしていた。しかしやがて彼は、冷静慇懃いんぎんな知力をもってる後者にも、やはり価値があることを見出した。彼の友人らが送ってる常住の戦闘状態は、人を飽かせやすいものだった。クリストフは自分の義務ででもあるかのように、彼らのことを弁護しにグラチアのところへ行った。時とすると、彼らのことを忘れるために行くこともあった。もちろん彼らは彼に似寄っていた。あまりに似すぎていた。彼らの現在は二十歳ころの彼と同様だった。そして生の流れはさかのぼるものではない。心の底ではクリストフも、自分のほうはそれらの激烈さに別れを告げてしまってることや、自分は平和のほうへ進みつつあることなどを、よく知っていた。そしてグラチアの眼が平和の秘密の鍵かぎを握ってるらしかった。ではなにゆえに彼は彼女に逆らおうとしたのか?……ああそれは、愛の利己心によって、自分一人でその平和を享楽したいがためだった。グラチアがすべての訪問者に惜しげもなく平和の恵みを分かつことや、彼女が万人に向かってその優しい歓待を振りまくことなどを、彼は忍び得なかったのである。

彼女は彼の心中を読みとっていた。そして例の柔和な率直さである日彼に言った。
「あなたは私がこんなであるのを嫌いやに思っていらっしゃるでしょうね。でも私を理想化しなすってはいけません。私は女ですし、普通の人よりすぐれたものではありません。私は別に社交界を求めてるのではありませんが、うち明けて申しますと、それがやはり私には快いのです。ちょうど、あまりよくない芝居へときどき行ったり、あまり意味もない書物を読んだりするのが、面白いのと同じことですわ。あなたはそんなものを軽蔑けいべつしていらっしゃいますが、私はそんなものから心を休められたり慰められたりします。私は何物も拒むことができないのです。」
「どうしてあなたはあんなつまらない奴やつらに我慢ができるのですか。」
「世の中は私に気むずかしくないようにと教えてくれました。世の中にあまり多く求めてはいけません。悪意がなくてかなり親切な善良な人たちを相手にすることだけで、確かにもう十分ではありませんか……(もとより、その人たちから何にも期待しないという条件でですよ。他人を必要とする場合に、求むるような人はなかなかいないということは、私にもよくわかっています……。)けれども、あの人たちは私に好意をもってくれています。そして、私はほんとうの愛情に少し出会いますと、他のものはみな安価に与えてしまうのです。それをあなたは嫌いやがっていらっしゃるのでしょう? 私がつまらない人間であるのをお許しくださいね。私はせめて、自分のうちにある善よいものとそれほど善くないものとを、区別することだけは知っています。そしてあなたといっしょにいるのは、私の善いほうの部分なのです。」
「私は全部がほしいんです。」と彼は不満な調子で言った。

それでも彼は、彼女がほんとうのことを言ってるのをよく感じていた。彼は彼女の愛情を信じきっていたので、数週間躊躇ちゅうちょしたあとで、ついにある日彼女に尋ねた。
「あなたは望まれないんでしょうか……。」
「何を?」
「私のものになることを。」
そして彼は言い直した。
「……私があなたのものになることを。」
彼女は微笑ほほえんだ。
「でもあなたは私のものですよ。」
「私の言う意味はあなたによくわかってるはずです。」
彼女は少し心を乱された。彼の手を執って、率直に彼の顔をながめた。
「いけません。」と彼女はやさしく言った。
彼は口がきけなかった。彼女は彼が苦しんでるのを見てとった。
「ごめんください、あなたをお苦しめしまして。あなたがそんなことをおっしゃるだろうということは、私にもわかっておりました。私たちはおたがいにありのままを話さなければいけませんわ、親しいお友だちとして。」
「友だちですって。」と彼は悲しげに言った。「ただそれだけですか。」
「まあ勝手な方ですこと! それ以上何を望んでいらっしゃるのですか。私との結婚をですか……。昔私の美しい従姉いとこへばかり眼をつけていらしたときのことを、あなたは覚えていらっしゃいますか。あのとき私は、あなたにたいして感じている事柄をあなたに悟っていただけないのが、ほんとに悲しゅうございました。もし悟っていただいてたら、私たちの生活はすっかり違ったかもしれません。けれども今では、このほうがかえってよいと私は考えますの。共同生活の苦難に私たちの友情をさらさなかったのは、かえってよいことでした。共同の日常生活では、もっとも純潔なものもついには汚れてしまいますから……。」
「そんなことをおっしゃるのは、私を昔ほど愛してくださらないからです。」
「いいえ、私はやはり同じようにあなたを愛しております。」
「ああそれを私に言ってくだすったのはこれが初めてです。」
「私たちの間ではもう何も隠してはいけませんもの。いったい私は結婚というものをあまり信じてはおりません。もちろん私自身の結婚が十分の実例にはなりませんが、私はいろいろ考えてみたり、周囲をながめてみたりしました。幸福な結婚というものはめったにありません。それはやや自然に反したことです。二人の者の意志をいっしょに結びつけるには、両方でないまでもその一方を、不具にしてしまわなければなりません。そしておそらくそんな苦しみは、人の魂を有益に鍛錬するものではありません。」
「ああ私は、」と彼は言った、「かえって結婚を非常に美しいことだと思うんです、二人の献身の結合、一つに混和した二つの魂を。」
「あなたの空想のうちでは美しいことかもしれません。けれど実際に当たっては、あなたはだれよりもお苦しみなさるでしょう。」
「なんですって! あなたは私を、妻や家庭や子供をもつことのできない者だと思われるのですか?……そんなことを言ってはいけません。私は妻や家庭や子供をどんなにか愛するでしょう! あなたはその幸福が私には得られないものだと思われるのですか。」
「よくわかりませんが、まあ駄目だめでしょうね……。けれどあるいは、あまり利口でなく、あまりきれいでもなく、あなたに身をささげて、そしてあなたを理解できない、ごく人のいい女となら……。」
「ひどいことを!……けれど私をからかうのは間違っていますよ。善良な女ならたとい頭が悪くとも、いいものです。」
「私もそう思いますわ。そういう女を捜してあげましょうか。」
「もうどうか言わないでください。私は心が刺し通されるようなんです。どうしてあなたはそんな言い方をなさるんでしょう?」
「私が何かいけないことを申しましたか。」
「私を他の女と結婚させようなどと考えられるのは、私を少しも愛してくださらないからでしょう、まったく少しも。」
「いいえ、反対にあなたを愛してるからですわ。あなたを幸福にして上げるのがうれしいからです。」
「では、それがほんとうでしたら……。」
「いえいえ、そんなことに話をもどすのはよしましょう。きっとあなたの不幸になることですから。」
「私のほうは気にかけないでください。確かに私は幸福になるでしょうから。けれども、ほんとうのことを言ってください。あなたは私といっしょになって、不幸になるだろうと思っていられるのでしょう?」
「まあ、私が不幸になる、そんなことがあるものですか。私はあなたを尊敬していますし、たいへん敬服していますから、あなたといっしょになって不幸になるなどということはけっしてありません。……それに、なお申しますと、私はもう今ではどんなことがあっても、不幸になってしまうことはないように思われます。私はあまりいろんなことを見てきましたし、哲学者じみてきています。……けれども、うち明けて申しますと――(それがあなたはお望みでしょう、お怒おこりにはならないでしょうね)――実は私は自分の弱点をよく知っています。幾月かたつうちには、かなり馬鹿ばかげた女になってしまって、あなたといっしょにいて十分幸福ではなくなるかもしれません。それが私にはつらいのです。なぜなら私は、あなたにたいしてこの上もなく清い愛情をいだいていますから。私はどんなことがあってもこの愛情を曇らしたくありません。」
彼は悲しげに言った。
「まったく、あなたがそんなふうに言われるのは、私の苦しみを和らげるためでしょう。私はあなたの気には入らないのです。私のうちにはあなたの嫌いやがられるものがたくさんあるんです。」
「いいえ、けっしてそうではありません。そんなに不平そうな顔をなすってはいけません。あなたはりっぱななつかしい方です。」
「それなら私には訳がわかりません。なぜ私たちは一致することができないのでしょうか。」
「あまり人と違ってるからですわ、二人ともあまり特徴のあるあまり個性的な性質だからですわ。」
「それだから私はあなたを愛しているんです。」
「私もそうですの。けれどまたそのために、私たちは衝突するかもしれません。」
「そんなことはありません。」
「いいえそうですわ。あるいはそうでなくても、私はあなたのほうが自分よりすぐれていられることを知っていますから、自分のちっぽけな個性であなたの邪魔となるのが気がとがめるでしょう。すると私は自分の個性を押えつけ、口をつぐんでしまって、一人苦しむようになるでしょう。」
クリストフの眼には涙が浮かんできた。
「おうそんなことは、私は望みません、けっして望みません。あなたが私のせいで私のために苦しまれるくらいなら、むしろ私はどんな不幸にも甘んじます。」
「あまり心を動かしなすってはいけません……。ねえあなた、私はこんなことを申しながら、おそらく自分に媚こびてるのかもしれませんもの……。たぶん私は、自分をあなたの犠牲にするほど善良な女ではないかもしれません。」
「それでけっこうです。」
「でもこんどは、あなたのほうが私の犠牲になられるとしてみます。すると私はやはり自分で苦しむことになるでしょう……。それごらんなさい、どちらにしたって解決がつかないではありませんか。今のままにしておきましょうよ。私たちの友情よりりっぱなものがありますでしょうか?」
彼はやや苦々しげに微笑ほほえみながら頭を振った。
「ええそれで結局、あなたは十分私を愛していられないんです。」
彼女もやや憂わしげにやさしい微笑を浮かべた。ちょっと溜ため息をついて言った。
「そうかもしれません。あなたのおっしゃるのは道理もっともです。私はもう若々しくはありません。私は疲れております。あなたのようにごく強い者でないと、生活に擦すり減らされるのです……。ああ、時とすると、私はあなたをながめていて、十八、九歳の悪戯いたずら青年ででもあるような気がすることがあります。」
「それはどうも! こんなに老ふけた頭をし、こんなに皺しわが寄り、こんなに萎しなびた色艶つやをしてるのに!」
「あなたがお苦しみなすったこと、私と同じくらいに、おそらく私以上に、お苦しみなすった、ことは、私にもよくわかっております。それは私にも見てとられます。けれどあなたはときどき、青年のような眼で私をお見になります。そしてあなたから新しい生の泉が湧わき出るのを、私は感ずるのです。私自身はもう枯れてしまっています。ああ、昔の熱情のことを考えてみますと! だれかが言いましたように、それはほんとにいい時でした。私は実に不幸でした! 今では私はもう、不幸であるだけの力ももちません。ただ一筋の細い生命があるばかりです。あえて結婚をしてみるだけの勇気もありません。ああ、昔でしたら、昔でしたら!……私の知ってるどなたかがちょっと合図をしてくだすっていたら!……」
「そしたら、そしたら、言ってください……。」
「いいえ、無駄むだですわ。」
「で、昔、もし私が……ああ!」
「え、もしあなたが?……そんなことを私は何も申しはしません。」
「私にはわかっています。あなたは残酷です。」
「ただ私は昔狂人でした、それだけのことですわ。」
「それはなおひどい言葉です。」
「ねえあなた、私はあなたを苦しめるようなことは一言も申せないんです。だからもう何にも申しますまい。」
「でも、言ってください……。何か言ってください。」
「何を?」
「何かいいことを。」
彼女は笑った。
「笑っちゃいけません。」
「そしてあなたは、悲しんではいけません。」
「どうして悲しんではいけないんでしょう?」
「その理由がないんですもの、確かに。」
「なぜです?」
「あなたをたいへん愛してる女の友だちが一人いますから。」
「ほんとうですか。」
「私がそう申すのに、お信じなさらないのですか。」
「それをも一度言ってください。」
「そしたらもう悲しみなさいませんか。それでもう十分におなりになりますか。私たちの貴とうとい友情で満足できるようにおなりになりますか?」
「そうせざるを得ません。」
「ほんとに勝手な人ですこと! それであなたは私を愛してるとおっしゃるのですか? ほんとうは、あなたが私を愛してくださるよりも、もっと深く私はあなたを愛していると思いますわ。」
「ああ、もしそうだったら!」
彼はあまりに愛の利己心に駆られてそう言ったので、彼女は笑った。彼も笑った。彼はなお執拗しつように言った。
「言ってください……。」

 

Un instant, elle se tut, le regarda, puis soudain approcha son visage de celui de Christophe, et l'embrassa. Cela fut si inattendu! Il en fut bouleversé d'émotion. Il voulut la serrer dans ses bras. Déjà, elle s'était dégagée. À la porte du salon, elle le regarda, un doigt sur ses lèvres, faisant: «Chut!»—et disparut.

À partir de ce jour, il ne lui reparla plus de son amour, et il fut moins gêné dans ses relations avec elle. À des alternatives de silence guindé et de violences mal comprimées succéda une intimité simple et recueillie. C'est le bienfait de la franchise en amitié. Plus de sous-entendus, plus d'illusions ni de craintes. Ils connaissaient, chacun, le fond de la pensée de l'autre. Lorsque Christophe se retrouvait avec Grazia dans la société de ces indifférents qui l'irritaient, quand l'impatience le reprenait d'entendre son amie échanger avec eux de ces choses un peu niaises, qui sont l'ordinaire es salons, elle s'en apercevait, le regardait, souriait. C'était assez, il savait qu'ils étaient ensemble; et la paix redescendait en lui.

La présence de ce qu'on aime arrache à l'imagination son dard envenimé; la fièvre du désir tombe; l'âme s'absorbe dans la chaste possession de la présence aimée.—Grazia rayonnait d'ailleurs sur ceux qui l'entouraient le charme silencieux de son harmonieuse nature. Toute exagération, même involontaire, d'un geste ou d'un accent, la blessait, comme quelque chose qui n'était pas simple et qui n'était pas beau. Par là, elle agit à la longue sur Christophe. Après avoir rongé le frein mis à ses emportements, il y gagna peu à peu une maîtrise de soi, une force d'autant plus grande qu'elle ne se dépensait plus en vaines violences.

Leurs âmes se mêlaient. Le demi-sommeil de Grazia, souriante en son abandon à la douceur de vivre, se réveillait au contact de l'énergie morale de Christophe. Elle se prit, pour les choses de l'esprit, d'un intérêt plus direct et moins passif. Elle, qui ne lisait guère, qui relisait plutôt indéfiniment les mêmes vieux livres avec une affection paresseuse, elle commença d'éprouver la curiosité d'autres pensées et bientôt leur attrait. La richesse du monde d'idées modernes, qu'elle n'ignorait pas, mais où elle n'avait aucun goût à s'aventurer seule, ne l'intimidait plus, maintenant qu'elle avait, pour l'y guider, un compagnon. Insensiblement, elle se laissait amener, tout en s'en défendant, à comprendre cette jeune Italie, dont les ardeurs iconoclastes lui avaient longtemps déplu.

Mais le bienfait de cette mutuelle pénétration des âmes était surtout pour Christophe. On a souvent observé qu'en amour, le plus faible des deux est celui qui donne le plus: non que l'autre aime moins; mais plus fort, il faut qu'il prenne davantage. Ainsi, Christophe s'était enrichi déjà de l'esprit d'Olivier. Mais son nouveau mariage mystique était bien plus fécond: car Grazia lui apportait en dot le trésor le plus rare, que jamais Olivier n'avait possédé: la joie. La joie de l'âme et des yeux. La lumière. Le sourire de ce ciel latin, qui baigne la laideur des plus humbles choses, qui fleurit les pierres des vieux murs, et communique à la tristesse même son calme rayonnement.

Elle avait pour allié le printemps renaissant. Le rêve de la vie nouvelle couvait dans la tiédeur de l'air engourdi. La jeune verdure se mariait aux oliviers gris d'argent. Sous les arcades rouge sombre des aqueducs ruinés, fleurissaient des amandiers blancs. Dans la Campagne réveillée ondulaient les flots d'herbe et les flammes des pavots triomphants. Sur les pelouses des villas coulaient des ruisseaux d'anémones mauves et des nappes de violettes. Les glycines grimpaient autour des pins parasols; et lèvent qui passait sur la ville apportait le parfum des roses du Palatin.

Ils se promenaient ensemble. Quand elle consentait à sortir de sa torpeur d'Orientale, où elle s'absorbait pendant des heures, elle devenait tout autre; elle aimait à marcher: grande, les jambes longues, la taille robuste et flexible, elle avait la silhouette d'une Diane de Primatice.—Le plus souvent, ils allaient à une de ces villas, épaves du naufrage où la splendide Rome du settecento a sombré sous les flots de la barbarie piémontaise. Ils avaient une prédilection pour la villa Mattei, ce promontoire de la Rome antique, au pied duquel viennent mourir les dernières vagues de la Campagne déserte. Ils suivaient l'allée de chênes, dont la voûte profonde encadre la chaîne bleue, la suave chaîne Albaine, qui s'enfle doucement comme un cœur qui palpite. Rangées le long du chemin, des tombes d'époux romains montraient, à travers le feuillage, leurs faces mélancoliques et la fidèle étreinte de leurs mains. Ils s'asseyaient au bout de l'allée, sous un berceau de roses, adossés à un sarcophage blanc. Devant eux, le désert. Paix profonde. Le chuchotement d'une fontaine aux gouttes lentes, qui semblait expirer de langueur... Ils causaient à mi-voix. Le regard de Grazia s'appuyait avec confiance sur celui de l'ami. Christophe disait sa vie, ses luttes, ses peines passées; elles n'avaient plue rien de triste. Près d'elle, sous son regard, tout était simple, tout était comme cela devait être... À son tour, elle racontait. Il entendait a peine ce qu'elle disait; mais nulle de ses pensées n'était perdue pour lui. Il épousait son âme. Il voyait avec ses yeux. Il voyait partout ses yeux, ses yeux tranquilles où brûlait un feu profond; il les voyait dans les beaux visages mutilés des statues antiques et dans l'énigme de leurs regards muets; il les voyait dans le ciel de Rome, qui riait amoureusement autour des cyprès laineux et entre les doigts des lecci, noirs, luisants, criblés des flèches du soleil.

Par les yeux de Grazia, le sens de l'art latin s'infiltra dans son cœur. Jusque-là, Christophe était demeuré indifférent aux œuvres italiennes. L'idéaliste barbare, le grand ours qui venait de la forêt germanique, n'avait pas encore appris à goûter la saveur voluptueuse des beaux marbres dorés, comme un rayon de miel. Les antiques du Vatican lui étaient franchement hostiles. Il avait du dégoût pour ces têtes stupides, ces proportions efféminées ou massives, ce modelé banal et arrondi, ces Gitons et ces gladiateurs. À peine quelques statues-portraits trouvaient-elles grâce à ses yeux; et leurs modèles étaient sans intérêt pour lui. Il n'était pas beaucoup plus tendre pour les Florentins blêmes et leurs grimaces, pour les madones malades, les Vénus préraphaélites, pauvres de sang, phtisiques, maniérées et rongées. Et la stupidité bestiale des matamores et des athlètes rouges et suants, qu'a lâchés sur le monde l'exemple de la Sixtine, lui semblait de la chair à canon. Pour le seul Michel-Ange, il avait une piété secrète, pour ses souffrances tragiques, pour son mépris divin, et pour le sérieux de ses chastes passions. Il aimait d'amour pur et barbare, comme fut celui du maître, la religieuse nudité de ses adolescents, ses vierges fauves et farouches, telles des bêtes traquées, l'Aurore douloureuse, la Madone, aux yeux sauvages, dont l'enfant mord le sein, et la belle Lia, qu'il eût voulue pour femme. Mais dans l'âme du héros tourmenté, il ne trouvait rien de plus que l'écho magnifié de la sienne.

Grazia lui ouvrit les portes d'un monde d'art nouveau. Il entra dans la sérénité souveraine de Raphaël et de Titien. Il vit la splendeur impériale du génie classique, qui règne, comme un lion, sur l'univers des formes conquis et maîtrisé. La foudroyante vision du grand Vénitien, qui va droit jusqu'au cœur et fend de son éclair les brouillards incertains dont se voile la vie, la toute puissance dominatrice de ces esprits latins, qui savent non seulement vaincre, mais se vaincre soi-mêmes, qui s'imposent, vainqueurs, la plus stricte discipline, et, sur le champ de bataille, savent parmi les dépouilles de l'ennemi terrassé choisir exactement et emporter leur proie,—les portraits olympiens et les Stanze de Raphaël, remplirent le cœur de Christophe d'une musique plus riche que celle de Wagner. Musique des lignes sereines, des nobles architectures, des groupes harmonieux. Musique qui rayonne de la beauté parfaite du visage, des mains, des pieds charmants, des draperies et des gestes. Intelligence. Amour. Ruisseau d'amour qui sourd des âmes et des corps de ces adolescents. Puissance de l'esprit et de la volupté. Jeune tendresse, ironique sagesse, odeur obsédante et chaude de la chair amoureuse, sourire lumineux où les ombres s'effacent, où la passion s'endort. Forces frémissantes de la vie qui se cabrent et que dompte, comme les chevaux du Soleil, la main calme du maître...

Et Christophe se demandait:

—«Est-il donc impossible d'unir, comme ils ont fait, la force et la paix romaines? Aujourd'hui, les meilleurs n'aspirent à l'une des deux qu'au détriment de l'autre. De tous, les Italiens semblent avoir le plus perdu le sens de cette harmonie, que Poussin, que Lorrain, que Gœthe ont entendue. Faut-il, une fois déplus, qu'un étranger leur en révèle le prix?... Et qui l'enseignera à nos musiciens? La musique n'a pas eu encore son Raphaël. Mozart n'est qu'un enfant, un petit bourgeois allemand, qui a les mains fiévreuses et l'âme sentimentale, et qui dit trop de mots et qui fait trop de gestes, et qui parle et qui pleure et qui rit, pour un rien. Et ni Bach le gothique, ni le Prométhée de Bonn, qui lutte avec le vautour, ni sa postérité de Titans qui entassent Pélion sur Ossa et invectivent contre le ciel, n'ont jamais entrevu le sourire du Dieu...»

Depuis qu'il l'avait vu, Christophe rougissait de sa propre musique; ses agitations vaines, ses passions boursouflées, ses plaintes indiscrètes, cet étalage de soi, ce manque de mesure, lui paraissaient à la fois pitoyables et honteux. Un troupeau sans berger, un royaume sans roi.—Il faut être le roi de l'âme tumultueuse...

Durant ces mois, Christophe semblait avoir oublié la musique. Il n'en sentait pas le besoin. Son esprit, fécondé par Rome, était en gestation. Il passait les journées dans un état de songe et de demi-ivresse. La nature, comme lui, était en ce premier printemps, où se mêle à la langueur du réveil un vertige voluptueux. Elle et lui, ils rêvaient, enlacés, ainsi que des amants qui, dans le sommeil, s'étreignent. L'énigme fiévreuse de la Campagne ne lui était plus hostile; il s'était rendu maître de sa beauté tragique; il tenait dans ses bras Déméter endormie.

Au cours du mois d'avril, il reçut de Paris la proposition de venir diriger une série de concerts. Sans l'examiner davantage, il allait refuser; mais il crut devoir en parler d'abord à Grazia. Il éprouvait une douceur à la consulter sur sa vie; il se donnait ainsi l'illusion qu'elle la partageait.

Elle lui causa, cette fois, une grande déception. Elle se fit expliquer bien posément l'affaire; puis, elle lui conseilla d'accepter. Il en fut attristé; il y vit la preuve de son indifférence.

Grazia n'était peut-être pas sans regrets de donner ce conseil. Mais pourquoi Christophe le lui demandait-il? Puisqu'il s'en remettait à elle de décider pour lui, elle se jugeait responsable des actes de son ami. Par suite de l'échange qui s'était fait entre leurs pensées, elle avait pris à Christophe un peu de sa volonté; il lui avait révélé le devoir et la beauté d'agir. Du moins, elle avait reconnu ce devoir pour son ami; et elle ne voulait pas qu'il y manquât. Mieux que lui, elle connaissait le pouvoir de langueur que recèle le souffle de cette terre italienne, et qui, tel l'insidieux poison de son tiède scirocco, se glisse dans les veines, endort la volonté. Que de fois elle en avait senti le charme maléfique, sans avoir l'énergie de résister! Toute sa société était plus ou moins atteinte de cette malaria de l'âme. De plus forts qu'eux, jadis, en avaient été victimes; elle avait rongé l'airain de la louve romaine. Rome respire la mort: elle a trop de tombeaux. Il est plus sain d'y passer que d'y vivre. On y sort trop facilement du siècle: c'est un goût dangereux pour les forces encore jeunes qui ont une vaste carrière à remplir. Grazia se rendait compte que le monde qui l'entourait n'était pas un milieu vivifiant pour un artiste. Et quoiqu'elle eût pour Christophe plus d'amitié que pour tout autre... (osait-elle se l'avouer?)... elle n'était pas fâchée, au fond, qu'il s'éloignât. Hélas! il la fatiguait, partout ce qu'elle aimait en lui, par ce trop-plein d'intelligence, par cette abondance de vie accumulée pendant des années et qui débordait: sa quiétude en était troublée. Et il la fatiguait aussi, peut-être, parce qu'elle sentait toujours la menace de cet amour, beau et touchant, mais obsédant, contre lequel il fallait rester en éveil; il était plus prudent de le tenir à distance. Elle se gardait bien d'en convenir avec elle-même; elle ne croyait avoir en vue que l'intérêt de Christophe.

Les bonnes raisons ne lui manquaient pas. Dans l'Italie d'alors, un musicien avait peine à vivre; l'air lui était mesuré. La vie musicale était comprimée. L'usine du théâtre étendait ses cendres grasses et ses fumées brûlantes sur ce sol, dont naguère les fleurs de musique embaumaient toute l'Europe. Qui refusait de s'enrôler dans l'équipe des vociférateurs, qui ne pouvait ou ne voulait entrer dans la fabrique, était condamné à l'exil ou à vivre étouffé. Le génie n'était nullement tari. Mais on le laissait stagner et se perdre. Christophe avait rencontré plus d'un jeune musicien, chez qui revivait l'âme des maîtres mélodieux de la race et cet instinct de beauté qui pénétrait l'art savant et simple du passé. Mais qui se souciait d'eux? Ils ne pouvaient ni se faire jouer, ni se faire éditer. Nul intérêt pour la pure symphonie. Point d'oreilles pour la musique qui n'a pas le museau graissé de fard!... Alors, ils chantaient pour eux-mêmes, d'une voix découragée, qui finissait par s'éteindre. À quoi bon? Dormir...—Christophe n'eût pas demandé mieux que de les aider. En admettant qu'il l'eût pu, leur amour-propre ombrageux ne s'y prêtait pas. Quoi qu'il fît, il était pour eux un étranger; et pour des Italiens de vieille race, malgré leur accueil affectueux, tout étranger reste, au fond, un barbare. Ils estimaient que la misère de leur art était une question qui devait se régler en famille. Tout en prodiguant à Christophe les marques d'amitié, ils ne l'admettaient pas dans leur famille.—Que lui restait-il? Il ne pouvait pourtant pas rivaliser avec eux et leur disputer leur maigre place au soleil!...

Et puis, le génie ne peut se passer d'aliment. Le musicien a besoin de musique,—de musique à entendre, de musique à faire entendre. Une retraite temporaire a son prix pour l'esprit, qu'elle force au recueillement. À condition qu'il en sorte. La solitude est noble, mais mortelle pour l'artiste qui n'aurait plus la force de s'y arracher. Il faut vivre de la vie de son temps, même bruyante et impure; il faut incessamment donner et recevoir, et donner, et donner, et recevoir encore... L'Italie, du temps de Christophe, n'était plus ce grand marché de l'art qu'elle fut autrefois, qu'elle redeviendra peut-être. Les foires de la pensée, où s'échangent les âmes des nations, sont au Nord, aujourd'hui. Qui veut vivre doit y vivre.

Christophe, livré à lui-même, eût répugné à rentrer dans la cohue. Mais Grazia sentait plus clairement le devoir de Christophe. Et elle exigeait plus de lui que d'elle. Sans doute parce qu'elle l'estimait plus. Mais aussi, parce que ce lui était plus commode. Elle lui déléguait l'énergie. Elle gardait la quiétude.—Il n'avait pas le courage de lui en vouloir. Elle était comme Marie, elle avait la meilleure part. À chacun son rôle, dans la vie. Celui de Christophe était d'agir. Elle, il lui suffisait d'être. Il ne lui demandait rien de plus...

Rien, que de l'aimer un peu moins pour lui et un peu plus pour elle. Car il ne lui savait pas beaucoup de gré d'être, dans son amitié, dénuée d'égoïsme, au point de ne penser qu'à l'intérêt de l'ami,—qui ne demandait qu'à n'y pas penser.

Il partit. Il s'éloigna d'elle. Il ne la quitta point. Comme dit un vieux trouvère, «l'ami ne quitte son amie que quand son âme y consent».

ちょっと、彼女は口をつぐみ、彼をながめ、それから突然、彼の顔に自分の顔を寄せて、接吻せっぷんした。いかにも不意のことだった。それは彼の心にひしと響いた。彼は彼女を両腕に抱きしめようとした。が彼女はもう離れていた。その客間の入り口に立っていて、彼女は彼をながめながら、口に指をあてて、「しッ!」と言った――そして姿を隠した。

そのとき以来、彼はもう自分の愛を彼女に語らなかった、そして彼女との関係も前ほど窮屈ではなくなった。わざとらしい沈黙と押えかねた激情とが交互に起こってくる状態だったのが、今や単純なしみじみとした親しみとなった。それこそ腹蔵なき友情の恩恵である。もはや言外の意味を匂におわせることもなく、幻影もなく恐れもなかった。二人はそれぞれ相手の心底を知っていた。クリストフが、癪しゃくにさわる無関係な連中の中でグラチアといっしょにいて、客間の常例たるつまらぬ事柄を彼女が彼らと話してるのを聞いて、いらいらしだしてくると、彼女はそれに気がつき、彼のほうをながめて微笑ほほえんだ。それでもう十分だった。彼は自分たち二人がいっしょにいることを知った。そして心の中が和らいでいった。
愛するものが自分の前にいると、人の想像力はその毒矢を奪われる。欲望の熱はさめる。愛するものを眼前に所有してるという清浄な楽しみのうちに、魂はうっとりと沈み込む。――その上グラチアは、そのなごやかな性質の暗黙の魅力を、周囲の人々の上に光被していた。身振りや音調のあらゆる誇張は、それがたとい無意識的なものであっても、単純でなく美うるわしくない何かのように彼女の気を害した。そういうところから彼女はいつしかクリストフに影響を与えていった。自分の憤激に加えた轡くつわを噛かみしめた後、彼はしだいにおのれを押えることができるようになり、いたずらな荒立ちに浪費されることがないだけにいっそう大きな力を、しだいに得てくるようになった。
二人の魂はいっしょに混和し合っていた。生の楽しみに身を投げ出して微笑ほほえんでるグラチアの半睡状態は、クリストフの精神力に触れて覚めていった。彼女は精神上の事柄に対して、前よりいっそう直接な能動的な興味を覚えてきた。ほとんど書物を読まなかった彼女、と言うよりもむしろ、怠惰な愛着で同じ古い書物を際限もなく読み返していた彼女は、他の種々な思想に好奇心を感じ、やがてそのほうへひきつけられた。近代思想界の豊富さを彼女は知らないではなかったが、そこへ一人で踏み込んで行く気は少しもなかった。ところが今や自分を導いてくれる同伴者ができたので、もうその世界を恐こわがりはしなかった。若いイタリーの偶像破壊者的熱情を長い間きらっていた彼女は、拒みながらもいつしか知らず知らずに、その若いイタリーを理解するところまで引き入れられてしまった。
しかしこの魂の相互接触の恩恵は、ことに多くクリストフのためになった。人がしばしば見てとるとおり、愛においては弱い者のほうがより多く与える。それは強い者のほうが少なく愛するからではない。強いほどますます多く取ることを要するからである。かくてクリストフは、すでにオリヴィエの精神によって富まされていた。しかしこんどの新しい神秘な結合は、それよりもさらに豊饒ほうじょうであった。というのは、オリヴィエがかつて所有しなかったまれな宝を、喜悦を、グラチアは彼にもたらしたのだった。魂と眼との喜悦を、光明を。このラテンの空の微笑みは、ごく賤いやしいものの醜さをも包み込み、古い壁の石にも花を咲かせ、悲しみにさえもその静穏な光輝を伝えるのである。
彼女の伴ともとしてはちょうど初春があった。新生の夢が、よどんだなま温かい空気の中に醸かもされていた。若緑が銀灰色の橄欖樹オリーヴと交じり合っていた。溝渠こうきょの廃址はいしの赤黒い迫持せりもちの下には白巴旦杏しろはたんきょうが咲いていた。よみがえったローマ平野の中には、草の波と揚々たる罌粟けしの炎とがうねっていた。別墅べっしょの芝生しばふの上には、紫のアネモネの小川と菫すみれの池とが流れていた。日傘ひがさのような松のまわりには藤がからんでいた。そして都会の上を吹き過ぎる風は、パラチーノ丘の薔薇ばらの香りをもたらしていた。
二人はいっしょに散歩した。彼女は幾時間も東洋婦人めいた惘然ぼうぜんさのうちに沈み込んでいたが、それから脱することを承諾したときには、まったく別人になっていた。彼女は歩くのを好んだ。背が高く足が長くて、丈夫なしなやかな体躯たいくの彼女は、プリマチキオのディアナの姿に似ていた。――一七〇〇年代の燦然さんぜんたるローマがピエモンテの野蛮の波に沈んでしまった、あの難破の残留物とも言うべき別墅の一つに、二人はもっとも多くやって行った。ことに彼らはマテイの別墅を好んでいた。それは古代ローマの岬みさきとも言うべきもので、寂然じゃくねんたるローマ平野の波の末がその足下で消えていた。二人はよく樫かしの並木道を歩いた。並木の奥深い丸天井の中には、はるかな青い丘陵が、美うるわしいアルバーノの山の続きが、鼓動してる心臓のように静かにふくらんでいた。ローマ人の夫婦墓が道に沿って並んでいて、その憂わしい顔と忠実な握手とを、木の葉がくれに示していた。二人は並木道のつきる所に、白い石棺を背にして、薔薇の青葉棚だなの下にすわった。前方には寂しい野が開けていた。深い平和だった。懶ものうさに息もたえだえになってるかのような泉が、ゆるやかに水をたれてささやいていた……。二人は小声で話し合った。グラチアの眼は友の眼の上に信じきって注がれていた。クリストフは自分の生活や奮闘や過去の苦しみを語った。しかしそれらはもう悲しみの色を帯びてはしなかった。彼女のそばに彼女の視線の下にあると、すべてが単純で、すべてがあるべきとおりであった……。彼女のほうでもまた話をした。彼は彼女の言ってることをほとんど耳にしなかった。しかし彼女の考えは一つとして彼に働きかけないものはなかった。彼は彼女の魂と結合していた。彼女の眼で物を見ていた。彼は至る所に彼女の眼を、深い火が燃えている彼女の静かな眼を見てとった。古代の彫像のこわれかけてる美しい顔の中にも、その黙々たる眼の謎なぞの中にも、彼女の眼を見てとった。羊毛のような糸杉のまわりや、光線に貫かれてる黒い光った槲かしわの木立の間に、情を含んで笑ってるローマの空の中にも、彼女の眼を見てとった。
グラチアの眼を通して、ラテン芸術の意義が彼の心に泌しみ込んできた。今まで彼はイタリーの作品には無関心でいた。この野蛮な理想主義者、ゲルマンの森からやって来た大熊おおくまは、蜜みつのような美しい金色の大理石の快味を、まだ味わうことができなかった。ヴァチカン宮殿の古代像は明らさまに彼と相いれなかった。それらの間抜けた顔つき、あるいは柔弱なあるいは鈍重な釣つり合い、平凡な丸っこい肉づき、それらのジトンや角闘者などに、彼は嫌悪けんおの念をいだいた。ようやくわずかな肖像彫刻に趣を見出したばかりだった。しかもそのモデルは彼になんらの興味をも起こさせなかった。また蒼白あおじろい渋め顔のフィレンツェ人や、貧血で肺病質で様子振り悩ましげな、病弱な貴婦人、ラファエロ前派のヴィーナスにたいしても、彼はやはりに気むずかしかった。そして、シスチーナ礼拝堂の実例によって世に盛んになった、汗をかいてる赤ら顔の豪傑や闘技者などの動物的な愚鈍さは、彼には肉弾のように思われた。ただ一人ミケランジェロにたいしては、その悲壮な苦悶くもんや崇高な蔑視べっしや貞節な情熱の真摯しんしさなどのために、彼もひそかに敬意をいだいた。その青年らの謹厳な裸体、狩り出された獣のような荒くれた処女たち、悩める曙、子供に乳房ちぶさをくわえられてる荒々しい眼つきのマドンナ、妻にもほしいような美しいリアなどを、彼はこの巨匠の愛と同じき純潔粗野な愛をもって愛した。けれども、この苦しんだ偉人の魂の中に彼が見出したのは、ただ自分の魂の拡大された反響にすぎなかった。
ところがグラチアは新しい芸術の世界の扉とびらを彼に開いてくれた。彼はラファエロやティツィアーノの崇厳な晴朗さの中に足を踏み入れた。形体の世界を征服し支配して獅子ししのように君臨してる古典芸術の天才の堂々たる光輝を彼は見てとった。心の中までまっすぐにはいり込み、生命を覆おおうている朦朧もうろうたる霧を己おのが光輝でつん裂く、この偉大なるヴェネチア人の雷電的な視力――ただに他を征服することばかりではなく、おのれ自身を征服することをも知っていて、勝利者たるおのれにもっとも厳格なる規律を課し、そして戦場においては、打倒されてる敵の遺物のうちから、おのれの戦利品を正確に選み取り持ち去ることを知っている、それらラテン精神の統制的威力――オリンピア的肖像やラファエロのヴァチカン宮殿壁画などは、ワグナーの音楽よりもいっそう豊富な音楽で、クリストフの心を満たした。晴朗な線と高貴な建築と調和せる群集との音楽。顔と手とかわいい足と衣裳と姿態との完全な美に輝いてる音楽。知力と愛。それら青春の魂と身体とから湧わき出る愛の流れ。精神と意志との力。若々しい愛情と、皮肉な知恵と、有情な肉体の悩ましい温かい香りと、影が消え情熱が眠っている輝かしい微笑。日輪の車の馬のように猛たけり立ちながらも主人の穏やかな手に御せられてる生命の、振るいたったる活力……。
そしてクリストフはみずから尋ねた。
――彼らがなしたように、ローマの力と平和とを結合することは不可能であろうか? 現代においてはもっともすぐれた人々も、この両者の一方を望むときにはかならず他の一方をしりぞけている。ことにイタリー人らは、プーサンやローランやゲーテが理解したあの調和にたいする官能を、もっとも多く失ってるかのように見える。彼らは今一度他国人から調和の価値を説き示されねばならないのか?……そしてその価値を、われわれ音楽家にはだれが教えてくれるであろうか? 音楽はまだ己おのがラファエロをもっていない。モーツァルトも一の少年にすぎないし、ドイツの小市民にすぎなくて、いらついた手と感傷的な魂とをもち、あまり多くの言葉を言いあまり多くの身振りをし、つまらぬことにしゃべり泣きまた笑っている。またゴチック式のバッハも、禿鷹はげたかと闘たたかってるボンのプロメテウスたるベートーヴェンも、オッサ山の上にペリオン山をつみ重ねて天をののしってるその子弟たる巨人族も、かつて神の微笑ほほえみを瞥見べっけんしたことさえなかった……。
その神の微笑みを見て以来、クリストフは自分の音楽が恥ずかしくなった。いたずらな焦燥、誇大な熱情、不謹慎な訴えなど、自己の開陳、節度の欠如は、憐あわれむべきまた恥ずべきものであるように思われた、それこそ、牧者なき羊の群れ、王なき王国であった。――騒然たる魂の王とならなければいけない……。
この数か月の間、クリストフは音楽を忘れはてたかのようだった。彼は音楽の必要を感じなかった。彼の精神はローマから受胎して懐妊していた。彼は夢幻と半酔との状態で日々を送った。自然もちょうど彼と同じく、眼覚めざめの懶ものうさに快い眩暈めまいが交じる初春であった。自然と彼とは、眠りながらもたがいに抱きしめる恋人同士のように、からみ合って夢みていた。ローマ平野の熱っぽい謎なぞのうちに、彼はもはや敵意を感じなかった。彼はその悲壮美の主となっていた。眠れるデメーテルを両腕に抱きかかえていた。

四月に、彼はある一連の音楽会を指揮に来てくれとの提議をパリーから受けた。それをよく調べもしないで彼は断わろうとした。けれどまずグラチアに話してみなければならないと思った。彼は一身上のことについて彼女に相談するのが楽しみだった。それによって彼女も自分と生活を共にしてるのだという気持がもてるのだった。
ところがこのたびは、彼女は彼にひどい失望を与えた。彼女はその事柄を落ち着き払って問いただした。それから、承諾するようにと勧めた。彼は悲しくなった。彼女の冷淡を見せつけられたような気がした。
グラチアがそういう意見を与えたのは、おそらく不本意ながらであったろう。しかしクリストフはなにゆえに彼女の意見を求めたのか? 彼から一身上の決断を任せられたからには、彼の行動に責任を帯びてると彼女は考えた。たがいに思想を交換し合うことによって、彼女は彼の意志に多少感染していた。彼は彼女に活動の義務と美とを示していた。少なくとも彼女はその義務を友のために是認していた。そして友に義務を欠かせたくなかった。イタリーの土地の息吹いぶきに含まれていて、なま温かい南東風の陰険な毒のように、人の血管の中にしみ込んで意志を眠らせる、この倦怠けんたいの力を、彼女は彼よりもよく知っていた。彼女はその凶悪な魅力を感じてしかも抵抗する元気さえなかったことも幾度であったろう。彼女の交際社会はみなその魂のマラリアに多少ともかかっていた。もっとも強い人々も幾人かかつてそれに害せられた。それはローマの青銅の牝狼めすおおかみを腐蝕ふしょくしていた。ローマは死の匂においをたてている。あまりに墳墓が多過ぎる。ローマで暮らすよりもローマを通り過ぎるほうが健全である。ローマにおればあまりにやすやすと時代から脱する。洋々たる前途を有するまだ若々しい力にとっては、時代から脱することは危険な趣味である。グラチアは自分の周囲の世界が、芸術家にたいしては活気を与える環境でないことを知っていた。そして彼女は他のだれにたいするよりも多くの友情をクリストフにたいしていだいてはいた……(それをあえて自認し得たかどうかはわからないが)……けれど心の底では、彼が遠ざかることを嫌いやだとは思わなかった。悲しいかな彼は、彼女から愛されてるあらゆる性質によって、その知力の過度の充実によって、数年間蓄積されてあふれてる生の豊満によって、彼女を疲らしていた。彼女の安静は乱されていた。そしてまたおそらく彼女は、彼の愛の脅威を常に感ずるので疲らされていた。その愛は美しく心打つものではあったが、しかしまた執拗しつようなものであって、それにたいして常に警戒していなければならなかった。彼を遠くに離しておくほうが慎重な道だった。彼女はそのことをみずからはっきり認めたくはなかった。そしてただクリストフの利害だけを考えてるのだと思っていた。
彼女はりっぱな理由を見当たらないではなかった。当時のイタリーでは音楽家は生活しがたかった。空気が制限されていた。音楽家の生活は圧迫されていた。劇場の工場はその油濃い灰と焼けるような煙とを、以前は全ヨーロッパを香らせる音楽の花を咲かしていたこの土地に、まき広げていた。怒号者の仲間に加入することを拒む者、製作所にはいることができないかあるいはそれを望まない者は、流刑やまたは窒息的生活に処せられていた。天才は少しも涸渇こかつしてはいなかったが、沈滞と破滅とに打ち任せられていた。クリストフが出会った若い音楽家のうちには、この民族の流麗な楽匠の魂と、過去の賢明簡素な芸術を貫いてる美の本能とが、心の中によみがえってる者も一人ならずあった。しかし彼らに注意してくれる者はなかった。彼らは演奏してもらうことも出版してもらうこともできなかった。純粋な交響曲シンフォニーにたいしてはなんらの同情も寄せられなかった。臙脂えんじを顔に塗っていない音楽にたいしては少しも聴衆がなかった……。そこで彼らはただ自分のために歌っていたが、その落胆した声もついには消えていった。歌ったとて何になるか? 眠るべしだ……。クリストフは彼らを助けたくてたまらなかった。そしてもし彼らを助けることができたとしても、彼らの猜疑さいぎ的な自負心はそれを受けいれなかった。いかにしようとも彼は彼らにとって一の他国人だった。そして古い民族のイタリー人にとっては、他国人にたいする歓待の風習にもかかわらず、他国人はみな要するにやはり野蛮人なのである。自国の芸術の惨みじめさは自分たちの間だけで処置すべき問題だと彼らは考えていた。クリストフへ友情のしるしをしきりに見せながらも、彼を自分たちの仲間にはいらせなかった。――かくて彼はなんとすればよかったか? 彼らと対抗して、そのわずかな日向ひなたの場所を奪い合うようなことは、さすがになし得なかった……。
それにまた、天才といえども栄養物なしには済ませない。音楽家は音楽を必要とする――聞くべき音楽と聞かせるべき音楽とを。一時の隠退は精神を強しいて沈思せしむるがゆえに有効ではある。しかし精神がふたたびそこから脱出するという条件においてである。孤独は貴とうといものではある。しかしもはやそれから脱する力のない芸術家にとっては致命的である。たとい騒々しい不純な生であろうとも、己おのが時代の生を生きなければいけない、たえず与えて受けなければいけない、与えて与えてなお受けなければいけない……。イタリーは昔芸術の大市場であったし、未来にもあるいはふたたびそうなるかもしれないが、クリストフがいたころはそうでなかった。あらゆる国民の魂がたがいに交換される思想の市場は、今や北方に存在している。生きんと欲する者はそこで生きるべきである。
自分のことばかりに没頭していたクリストフは、ふたたび雑踏中にはいるのが嫌いやだった。しかしグラチアは彼の義務を彼よりもいっそうはっきりと感じていた。そして彼女は自分についてよりも彼についていっそう求むるところが多かった。それはもちろん彼を自分よりも深く尊重してるからだった。しかしまたそのほうがいっそう便利なからだった。彼女は彼に自分の精力を譲り与えていた。そして自分には平静を保留していた。――彼はそれを彼女に恨むだけの勇気がなかった。彼女はあたかもマリアのようでよい役回りをもっていた。人生においては各人それぞれの役目がある。クリストフの役目は活動することだった。彼女のほうはただ存在してるだけで足りた。彼はそれ以上を少しも彼女に求めなかった。
けれどただ、もしできるならば、彼女が彼のためにもっと少なく彼を愛し、彼女自身のためにもっと多く彼を愛すること、それが願わしかった。なぜならば彼は、彼女がその友情において、彼の利害だけしか考えないほど利己心を欠いでることを、あまりありがたいとは思っていなかった――彼自身では自分の利害なんかを少しも考えたくなかったので。

彼は出発した。彼女から遠ざかった。しかし彼女から少しも離れはしなかった。古いにしえの遊行詩人が言ったように、「魂の同意あらざる限りは、人は愛する者のもとを離れず。」

 

第10巻 新しき日 第2部へ続く

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-Jean-Christophe