Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第8巻 女友達 (3)

—Qu'en savez-vous? Ah! que vous avez vite fait de juger! Parce qu'elle est vaillante, parce qu'elle ne s'attarde pas sur ce qui l'attriste, parce qu'elle le cache aux autres, vous dites qu'elle est heureuse! Oui, elle est heureuse d'être bien portante et de pouvoir lutter. Mais vous ne savez pas ses luttes. Croyez-vous qu'elle était faite pour cette vie décevante de l'art? L'art! Quand on pense qu'il y a de pauvres femmes qui aspirent à la gloire d'écrire, ou de jouer, ou de chanter, comme au faîte au bonheur! Faut-il qu'elles soient dénuées de tout, qu'elles ne sachent plus à quelle affection se prendre!... L'art! qu'avons-nous à faire de l'art, si nous n'avons tout le reste, avec? Il n'y a qu'une chose au monde qui peut faire oublier tout le reste, tout le reste: c'est un cher petit enfant.

—Et quand on l'a, vous voyez qu'il ne suffit même pas.

—Oui, pas toujours... Les femmes ne sont pas très heureuses. Il est difficile d'être une femme. Beaucoup plus que d'être un homme. Vous ne vous en doutez pas assez. Vous, vous pouvez vous absorber en une passion d'esprit, en une activité. Vous vous mutilez, mais vous en êtes plus heureux. Une femme saine ne le peut pas sans souffrance. Il est inhumain d'étouffer une partie de soi-même. Nous, quand nous sommes heureuses d'une façon, nous regrettons l'autre façon. Nous avons plusieurs âmes. Vous, vous n'en avez qu'une, plus vigoureuse, souvent brutale, et même monstrueuse. Je vous admire. Mais ne soyez pas trop égoïstes! Vous l'êtes beaucoup, sans vous en douter. Vous nous faites bien du mal, sans vous en douter.

—Que faire? Ce n'est pas notre faute.

—Non, ce n'est pas votre faute, mon bon Christophe. Ce n'est ni votre faute, ni la nôtre. Au bout du compte, voyez-vous, c'est que la vie n'est pas du tout une chose simple. On dit qu'il n'y a qu'à vivre d'une façon naturelle. Mais qu'est-ce qui est naturel?

—C'est vrai. Rien n'est naturel dans notre vie. Le célibat n'est pas naturel. Le mariage ne l'est pas non plus. Et l'union libre livre les faibles à la rapacité des forts. Notre société même n'est pas une chose naturelle; nous l'avons fabriquée. On dit que l'homme est un animal sociable. Quelle bêtise! Il a bien fallu qu'il le devînt, pour vivre. Il s'est fait sociable pour son utilité, sa défense, son plaisir, sa grandeur. Cette nécessité l'a amené à souscrire certains pactes. Mais la nature regimbe et se venge de la contrainte. La nature n'a pas été faite pour nous. Nous tâchons de la réduire. C'est une lutte: il n'est pas étonnant que nous soyons souvent battus. Comment sortir de là?—En étant forts.

—En étant bons.

—Oh! Dieu! être bon, arracher son corset d'égoïsme, respirer, aimer la vie, la lumière, son humble tâche, le petit coin du sol où l'on enfonce ses racines! Ce qu'on ne peut avoir en horizons, s'efforcer de l'avoir en profondeur et en hauteur, comme un arbre à l'étroit qui monte vers le soleil!

—Oui. Et d'abord, s'aimer les uns les autres. Si l'homme voulait sentir davantage qu'il est le frère de la femme, et non pas seulement sa proie, ou qu'elle doit être la sienne! S'ils voulaient, tous les deux, dépouiller leur orgueil et penser, chacun, un peu moins à soi, et un peu plus à l'autre!... Nous sommes faibles: aidons-nous. Ne disons pas à celui qui est tombé: «Je ne te connais plus.» Mais: «Courage, ami. Nous sortirons de là.»

Ils se turent, assis devant le foyer, le petit minet entre eux, tous trois immobiles, absorbés, et regardant le feu. La flamme, près de s'éteindre, caressait de son battement d'aile le fin visage de Mme Arnaud, que rosissait une exaltation intérieure qui ne lui était pas coutumière. Elle s'étonnait de s'être ainsi livrée. Jamais elle n'en avait tant dit. Jamais plus elle n'en dirait tant.

Elle posa sa main sur celle de Christophe, et dit:

—Que faites-vous de l'enfant?

C'était à cela qu'elle pensait, depuis le commencement. Elle parlait, elle parlait, elle était une autre femme, elle était comme grisée. Mais à cela seul elle pensait. Dès les premiers mots de Christophe, elle s'était bâti un roman dans son cœur. Elle pensait à l'enfant que la mère avait laissé, au bonheur de l'élever, de tresser autour de cette petite âme ses rêves et son amour. Et elle se disait:

—Non, c'est mal, je ne dois pas me réjouir de ce qui est le malheur des autres.

Mais c'était plus fort qu'elle. Elle parlait, elle parlait, et son cœur silencieux était baigné d'espoir.

Christophe dit:

—Oui, sans doute, nous y avons pensé. Le pauvre petit! Ni Olivier, ni moi ne sommes capables de l'élever. Il faut les soins d'une femme. J'avais songé qu'une amie voudrait bien nous aider...

Mme Arnaud respirait à peine.

Christophe dit:

—Je voulais vous en parler. Et puis, Cécile est venue justement, tout à l'heure. Quand elle a su la chose, quand elle a vu l'enfant, elle était si émue, elle a montré tant de joie, elle m'a dit: «Christophe...»

Le sang de Mme Arnaud s'arrêta; elle n'entendit pas la suite; tout se brouilla devant ses yeux. Elle avait envie de crier:

—Non, non, donnez-le-moi!...

Christophe parlait. Elle n'entendait pas ce qu'il disait. Mais elle fit effort sur elle-même. Elle pensa aux confidences de Cécile. Elle pensa:

—Elle en a plus besoin que moi. Moi, j'ai mon cher Arnaud... et puis toutes mes choses... Et puis, je suis plus vieille...

Et elle sourit, et dit:

—C'est bien.

Mais la flamme du foyer s'était éteinte; et aussi la roseur du visage. Et sur le cher visage las, il n'y avait plus que l'expression habituelle de bonté résignée.

—Mon amie m'a trahi.

Sous cette pensée, Olivier succombait. En vain, Christophe le secouait rudement, par affection.

—Que veux-tu? disait-il. Une trahison d'ami, c'est une épreuve journalière, comme la maladie, la pauvreté, la lutte avec les sots. Il faut être armé contre elle. Si on ne peut y résister, c'est qu'on n'est qu'un pauvre homme.

—Ah! c'est tout ce que je suis. Je n'y mets pas d'orgueil... Un pauvre homme, oui, qui a besoin de tendresse et qui meurt, s'il ne l'a plus.

—Ta vie n'est pas finie: il y a d'autres êtres à aimer.

—Je ne crois plus à aucun. Il n'y a pas d'amis.

—Olivier!

—Pardon. Je ne doute pas de toi. Quoiqu'il y ait des moments où je doute de tout... de moi... Mais toi, tu es fort, tu n'as besoin de personne, tu peux te passer de moi.

—Elle s'en passe encore mieux.

—Tu es cruel, Christophe.

—Mon cher petit, je te brutalise; mais c'est pour que tu te révoltes. Que diable! c'est honteux, de sacrifier ceux qui t'aiment, et ta vie, à quelqu'un qui se moque de toi.

—Que m'importent ceux qui m'aiment! C'est elle que j'aime.

—Travaille! Ce qui t'intéressait autrefois...

—... ne m'intéresse plus. Je suis las. Il me semble que je suis sorti de la vie. Tout m'apparaît loin, loin... Je vois, mais je ne comprends plus... Penser qu'il y a des hommes qui ne se lassent point de recommencer, chaque jour, leur mécanisme d'horloge, leur tâche insipide, leurs discussions de journaux, leur pauvre chasse au plaisir, des hommes qui se passionnent pour ou contre un ministère, un livre, une cabotine... Ah! que je me sens vieux! Je n'ai ni haine, ni rancune, contre qui que ce soit: tout m'ennuie. Je sens qu'il n'y a rien... Écrire? Pourquoi écrire? Qui vous comprend? Je n'écrivais que pour un être; tout ce que j'étais, je l'étais pour lui... Il n'y a rien. Je suis fatigué, Christophe, fatigué. Je voudrais dormir.

—Eh bien, dors, mon petit. Je te veillerai.

Mais c'était ce qu'Olivier pouvait le moins. Ah! si celui qui souffre pouvait dormir des mois, jusqu'à ce que sa peine s'efface de son être renouvelé, jusqu'à ce qu'il soit un autre! Mais nul ne peut lui faire ce don; et il n'en voudrait pas. La pire souffrance lui serait d'être privé de sa souffrance. Olivier était comme un fiévreux, qui se nourrit de sa fièvre. Une véritable fièvre, dont les accès reparaissaient, aux mêmes heures, surtout le soir, à partir du moment où la lumière tombe. Et le reste du temps, elle le laissait brisé, intoxiqué par l'amour, rongé par le souvenir, ressassant la même pensée, pareil à un idiot qui remâche la même bouchée sans pouvoir l'avaler, toutes les forces du cerveau pompées par la seule idée fixe.

Il n'avait pas la ressource, comme Christophe, de maudire son mal, en calomniant de bonne foi celle qui en était cause. Plus clairvoyant et plus juste, il savait qu'il avait sa part de responsabilité et qu'il n'était pas le seul à souffrir: Jacqueline aussi était victime;—elle était sa victime. Elle s'était livrée à lui: qu'en avait-il fait? S'il n'était pas de force à la rendre heureuse, pourquoi l'avait-il liée à lui? Elle était dans son droit, en rompant les liens qui la meurtrissaient.

—Ce n'est pas sa faute, pensait-il. C'est la mienne. Je l'ai mal aimée. Pourtant, je l'aimais bien. Mais je n'ai pas su l'aimer, puisque je n'ai pas su me faire aimer.

Ainsi, il s'accusait; et peut-être avait-il raison. Mais il ne sert pas à grand'chose de faire le procès du passé: cela n'empêcherait point de le recommencer, si c'était à recommencer; et cela empêche de vivre. L'homme fort est celui qui oublie le mal qu'on lui a fait,—et aussi, hélas! celui qu'il a fait, dès l'instant qu'il s'est rendu compte qu'il ne peut le réparer. Mais l'on n'est pas fort par raison, on l'est par passion. L'amour et la passion sont deux parents éloignés; rarement ils vont ensemble. Olivier aimait; il n'était fort que contre lui-même. Dans l'état de passivité où il était tombé, il offrait prise à tous les maux. Influenza, bronchite, pneumonie s'abattirent sur lui. Il fut malade, une partie de l'été. Christophe, aidé de Mme Arnaud, le soigna avec dévouement; et ils réussirent à enrayer la maladie. Mais contre le mal moral, ils étaient impuissants; et ils sentaient peu à peu la fatigue déprimante de cette tristesse perpétuelle et le besoin de la fuir.

Le malheur fait tomber dans une étrange solitude. Les hommes en ont une horreur instinctive. On dirait qu'ils ont peur qu'il ne soit contagieux: à tout le moins, il ennuie; on se sauve de lui. Qu'il est peu d'êtres qui vous pardonnent de souffrir! C'est toujours la vieille histoire des amis de Job. Eliphaz de Theman accuse Job d'impatience. Baldad de Suli soutient que les malheurs de Job sont la peine de ses péchés. Sophar de Naamath le taxe de présomption. «Et à la fin, Elin fils de Barachel de Buz de la famille de Ram, entra dans une grande colère, et se fâcha contre Job, parce que Job assurait qu'il était juste devant Dieu.»—Peu de gens vraiment tristes. Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Olivier était de ceux-ci. Comme disait un misanthrope, «il paraissait se complaire à être maltraité. On ne gagne rien à ce personnage d'homme malheureux: on se fait détester.»

Olivier ne pouvait parler de ce qu'il sentait à personne, même à ses plus intimes. Il s'apercevait que cela les assommait. Même son cher Christophe était impatienté de cette peine tenace. Il se savait trop maladroit à y porter remède. Pour dire la vérité, cet homme au cœur généreux, qui avait fait pour son compte l'épreuve de la souffrance, ne parvenait pas à sentir la souffrance d'Olivier. Telle est l'infirmité de la nature humaine! Soyez bon, pitoyable, intelligent, ayez souffert mille morts: vous ne sentirez pas la douleur de votre ami qui a mal aux dents. Si la maladie se prolonge, on est tenté de trouver que le malade exagère ses plaintes. Combien plus, lorsque le mal est invisible, au fond de l'âme! Celui qui n'est pas en cause trouve irritant que l'autre se fasse tant de bile pour un sentiment qui ne lui importe guère. Et enfin, l'on se dit, pour mettre sa conscience en repos:

—Qu'y puis-je? Toutes les raisons ne servent de rien.

Toutes les raisons, cela est vrai. On ne peut faire du bien qu'en aimant celui qui souffre, en l'aimant bêtement, sans chercher à le convaincre, sans chercher à le guérir, en l'aimant et en le plaignant. L'amour est le seul baume aux blessures de l'amour. Mais l'amour n'est pas inépuisable, même chez ceux qui aiment le mieux; ils n'en ont qu'une provision limitée. Quand les amis ont dit ou écrit une fois tout ce qu'ils ont pu trouver de paroles d'affection, quand à leurs propres yeux ils ont fait leur devoir, ils se retirent prudemment, ils font le vide autour du patient, ainsi que d'un coupable. Et comme ils ne sont pas sans une honte secrète de l'aider aussi peu, ils l'aident de moins en moins; ils cherchent à se faire oublier, à oublier eux-mêmes. Et si le malheur importun s'obstine, si un écho indiscret pénètre jusqu'à leur retraite, ils en viennent à juger sévèrement cet homme sans courage, qui supporte mal l'épreuve. Soyez sûrs que s'il succombe, il se trouvera au fond de leur pitié sincère cette sentence dédaigneuse:

—Le pauvre diable! J'avais de lui une meilleure opinion.

Dans cet égoïsme universel, quel ineffable bien peut faire une simple parole de tendresse, une attention délicate, un regard qui a pitié et qui vous aime! On sent alors le prix de la bonté. Et que tout le reste est pauvre, à côté!... Elle rapprochait Olivier de Mme Arnaud, plus que de son Christophe. Cependant Christophe s'obligeait à une patience méritoire; il lui cachait, par affection, ce qu'il pensait de lui. Mais Olivier, avec l'acuité de son regard que la souffrance affinait, apercevait le combat qui se livrait en son ami, et combien sa tristesse lui était à charge. C'était assez pour l'écarter à son tour de Christophe, et lui souffler l'envie de lui crier:

—Va-t'en!

Ainsi, le malheur sépare souvent les cœurs qui s'aiment. Comme le vanneur trie le grain, il range d'un côté ce qui veut vivre, de l'autre ce qui veut mourir. Terrible loi de vie, plus forte que l'amour! La mère qui voit mourir son fils, l'ami qui voit son ami se noyer,—s'ils ne peuvent les sauver, n'en continuent pas moins de se sauver soi-mêmes, ils ne meurent pas avec eux. Et pourtant, ils les aiment mille fois mieux que leur vie...

Malgré son grand amour, Christophe était obligé de fuir Olivier. Il était trop fort, il se portait trop bien, il étouffait dans cette peine sans air. Qu'il était honteux de lui! Il enrageait de ne pouvoir rien pour son ami; et comme il avait besoin de se venger sur quelqu'un, il en voulait à Jacqueline. En dépit des paroles clairvoyantes de Mme Arnaud, il continuait de la juger durement, comme il sied à une âme jeune, violente et entière, qui n'a pas encore assez appris de la vie, pour n'être pas impitoyable envers ses faiblesses.

Il allait voir Cécile et l'enfant qui lui avait été confié. Cécile était transfigurée par sa maternité d'emprunt; elle paraissait toute jeune, heureuse, affinée, attendrie. Le départ de Jacqueline n'avait pas fait naître en elle un espoir inavoué de bonheur. Elle savait que le souvenir de Jacqueline éloignait d'elle Olivier plus encore que Jacqueline présente. D'ailleurs, le souffle qui l'avait troublée était passé: c'était un moment de crise, que la vue de l'égarement de Jacqueline avait contribué à dissiper; elle était rentrée dans son calme habituel, et elle ne comprenait plus très bien ce qui l'en avait fait sortir. Le meilleur de son besoin d'aimer trouvait à se satisfaire dans l'amour de l'enfant. Avec le merveilleux pouvoir d'illusion—d'intuition—de la femme, elle retrouvait celui qu'elle aimait, au travers de ce petit être; ainsi, elle l'avait faible et livré, tout à elle: il lui appartenait; et elle pouvait l'aimer, passionnément l'aimer, d'un amour aussi pur que l'étaient le cœur de cet innocent et ses limpides yeux bleus, gouttelettes de lumière... Non qu'il ne se mêlât à sa tendresse un regret mélancolique. Ah! ce n'est jamais la même chose qu'un enfant de notre sang!... Mais c'est bon, tout de même.

Christophe regardait maintenant Cécile avec d'autres yeux. Il se rappelait un mot ironique de Françoise Oudon:

—Comment se fait-il que toi et Philomèle, qui seriez si bien faits pour être mari et femme, vous ne vous aimiez pas?

Mais Françoise, mieux que Christophe, en savait la raison: quand on est un Christophe, il est rare qu'on aime qui peut vous faire du bien; on aime plutôt qui peut vous faire du mal. Les contraires s'attirent; la nature cherche sa destruction, elle va à la vie intense qui se brûle, de préférence à la vie prudente qui s'économise. Et l'on a raison, quand on est un Christophe, dont la loi n'est pas de vivre le plus longtemps possible, mais le plus fort.

Christophe cependant, moins pénétrant que Françoise, se disait que l'amour est une force inhumaine. Il met ensemble ceux qui ne peuvent se souffrir. Il rejette ceux qui sont de même sorte. Ce qu'il inspire est peu de chose, au prix de ce qu'il détruit. Heureux, il dissout la volonté. Malheureux, il brise le cœur. Quel bien fait-il jamais?

Et comme il médisait ainsi de l'amour, il vit son sourire tendre et ironique, qui lui disait:

—Ingrat!

Christophe n'avait pu se dispenser de venir encore à une soirée de l'ambassade d'Autriche. Philomèle chantait les lieder de Schubert, de Hugo Wolf, et de Christophe. Elle était heureuse de son succès et de celui de son ami, maintenant fêté par l'élite. Même dans le grand public, le nom de Christophe s'imposait; les Lévy-Cœur n'avaient plus le droit de feindre de l'ignorer. Ses œuvres étaient jouées aux concerts; il avait une pièce reçue à l'Opéra-Comique. D'invisibles sympathies s'intéressaient à lui. Le mystérieux ami, qui plus d'une fois avait travaillé pour lui, continuait de seconder ses désirs. Plus d'une fois, Christophe avait senti cette main affectueuse, qui l'aidait en ses démarches: quelqu'un veillait sur lui, et se cachait jalousement. Christophe avait tâché de le découvrir; mais il semblait que l'ami se fût dépité de ce que Christophe n'eût pas cherché plus tôt à le connaître, et il restait insaisissable. Christophe était distrait d'ailleurs par d'autres préoccupations: il pensait à Olivier, il pensait à Françoise; le matin même, il venait de lire dans un journal qu'elle était tombée gravement malade à San Francisco: il se la représentait seule dans une ville étrangère, dans une chambre d'hôtel, se refusant à voir personne, à écrire à ses amis, serrant les dents, attendant, seule, la mort.

Obsédé par ces pensées, il évitait le monde; et il s'était retiré dans un petit salon à l'écart. Adossé au mur, dans un retrait à demi dans l'ombre, derrière un rideau de plantes vertes et de fleurs, il écoutait la belle voix de Philomèle, élégiaque et chaude, qui chantait Le Tilleul de Schubert; et la pure musique faisait monter la mélancolie des souvenirs. En face de lui, au mur, une grande glace reflétait les lumières et la vie du salon voisin. Il ne la voyait pas: il regardait en lui; et il avait devant les yeux un brouillard de larmes... Soudain, comme le vieil arbre de Schubert qui frissonne, il se mit à trembler, sans raison. Il resta quelques secondes ainsi, très pâle, sans bouger. Puis, le voile de ses yeux se dissipant, il vit devant lui, dans la glace, «l'amie» qui le regardait... L'amie? Qui était-elle? Il ne savait rien de plus, sinon qu'elle était l'amie, et qu'il la connaissait; et, les yeux attachés à ses yeux, appuyé contre le mur, il continuait de trembler. Elle souriait. Il ne voyait ni le dessin de son visage et de son corps, ni la nuance de ses yeux, ni si elle était grande ou petite, et comment habillée. Une seule chose il voyait: la divine bonté de son sourire compatissant.

Et ce sourire subitement évoqua en Christophe un souvenir disparu de sa petite enfance... Il avait six à sept ans, il était à l'école, il était malheureux, il venait d'être humilié et battu par des camarades plus âgés et plus forts, tous se moquaient de lui, et le maître l'avait injustement puni; accroupi dans un coin, délaissé, tandis que les autres jouaient, il pleurait tout bas. Une petite fille mélancolique qui ne jouait pas avec les autres,—(il la revoyait en ce moment, lui qui n'y avait jamais pensé, depuis: elle était courte de taille, la tête grosse, les cheveux et les cils d'un blond tout à fait blanc, les yeux d'un bleu très pâle, les joues larges et blêmes, les lèvres gonflées, la figure un peu bouffie, et de petites mains rouges),—elle était venue près de lui, elle s'était arrêtée, son pouce dans sa bouche, et l'avait regardé pleurer; puis, elle avait mis sa menotte sur la tête de Christophe, et elle lui avait dit, timidement, précipitamment, avec le même sourire compatissant:

—Ne pleure pas!...

Alors, Christophe n'y avait plus tenu, il avait éclaté en sanglots, appuyant son nez contre le tablier de la petite qui répétait, d'une voix tremblante et tendre:

—Ne pleure pas...

Elle était morte, quelques semaines après; quand avait lieu cette scène, elle devait être déjà sous la main de la mort... Pourquoi pensait-il à elle, en ce moment? Il n'y avait aucun rapport entre cette petite morte oubliée, humble fillette du peuple en une lointaine ville allemande, et l'aristocratique jeune dame qui le regardait maintenant. Mais il n'est qu'une seule âme pour tous; et bien que les millions d'êtres semblent différents entre eux comme les mondes qui roulent dans le ciel, c'est le même éclair d'amour qui resplendit, à la fois, dans les cœurs séparés par les siècles. Christophe venait de retrouver la lueur qu'il avait vu passer sur les lèvres décolorées de la petite consolatrice...

Cela ne dura qu'une seconde. Un flot de monde bloqua la porte et cacha à Christophe la vue de l'autre salon. Il se renfonça dans l'ombre, hors de l'atteinte du miroir; il craignait que son trouble ne fût remarqué. Mais quand il fut plus calme, il voulut la revoir. Il avait peur qu'elle ne fût partie. Il entra dans le salon; et, au milieu de la foule, il la retrouva aussitôt, quoiqu'elle ne fût plus de même qu'elle lui était apparue dans la glace. Maintenant, il la voyait de profil, assise dans un cercle de dames élégantes; un coude sur le bras du fauteuil, le corps un peu penché, la tête appuyée sur sa main, elle écoutait les causeries, avec un sourire intelligent et distrait; elle avait les traits du jeune saint Jean, les yeux à demi fermés, souriant à sa pensée, dans la Dispute de Raphaël...

Alors, elle leva les yeux, le vit, et ne fut pas étonnée. Et il vit que son sourire était pour lui. Il la salua, ému, et il s'approcha d'elle.

—Vous ne me reconnaissez pas? dit-elle.

À cet instant, il la reconnut:

—Grazia... dit-il[9].

Au même moment, l'ambassadrice, qui passait, se félicitait que la rencontre, depuis longtemps cherchée, se fût enfin produite; et elle présentait Christophe à «la comtesse Berény». Mais Christophe était si ému qu'il n'entendait même pas; et il ne remarquait point ce nom étranger. C'était toujours pour lui sa petite Grazia.

Grazia avait vingt-deux ans. Elle était mariée, depuis un an, à un jeune attaché d'ambassade autrichien, noble, de grande famille, apparenté à un premier ministre de l'empereur, snob, viveur, élégant, prématurément usé, dont elle s'était sincèrement éprise, et qu'elle aimait encore, tout en le jugeant. Son vieux papa était mort. Son mari avait été nommé à l'ambassade de Paris. Par les relations du comte Berény, par son charme et son intelligence propre, la timide fillette qu'un rien effarouchait était devenue une des jeunes femmes le plus en vue, dans la société parisienne, sans faire aucun effort pour cela, et sans en être gênée. C'est une grande force d'être jeune et jolie, et de plaire, et de savoir qu'on plaît. Et c'est une force non moins grande d'avoir un cœur tranquille, très sain et très serein, qui trouve son bonheur dans l'accord harmonieux de ses désirs et de sa destinée. La belle fleur de vie s'était épanouie; mais elle n'avait rien perdu de la calme musique de son âme latine, nourrie de la lumière et de la paix puissante de la terre italienne. Tout naturellement, elle avait pris dans le monde de Paris un ascendant: elle ne s'en étonnait point, et savait en user pour les œuvres artistiques ou charitables qui recouraient à elle; de ces œuvres elle laissait à d'autres le patronage officiel: car, bien qu'elle sût tenir son rang, elle avait conservé de son enfance un peu sauvage dans la villa solitaire au milieu des champs, une secrète indépendance, que le monde fatiguait tout en l'amusant, mais qui savait déguiser son ennui sous l'aimable sourire d'un cœur bon et courtois.

Elle n'avait pas oublié son grand ami Christophe. L'enfant, que brûlait en silence un innocent amour, sans doute n'existait plus. La Grazia d'à présent était une femme très sensée et nullement romanesque. Elle avait une douce ironie pour les exagérations de sa tendresse enfantine. Elle ne laissait pourtant point d'être émue par ces souvenirs. La pensée de Christophe était associée aux heures les plus pures de sa vie. Elle n'entendait pas son nom sans plaisir; et chacun de ses succès la réjouissait, comme si elle y avait part: car elle les avait pressentis. Dès son arrivée à Paris, elle avait cherché à le revoir. Elle l'avait invité, en ajoutant sur la lettre d'invitation son ancien nom de jeune fille. Christophe n'y avait pas fait attention, et il avait jeté l'invitation au panier, sans répondre. Elle ne s'en était pas offensée. Elle avait continué de suivre, sans qu'il le sût, ses travaux et même un peu sa vie. C'était elle, dont la main bienfaisante l'avait secouru, dans la campagne récente menée contre lui par les journaux. La proprette Grazia n'avait guère de rapports avec le monde de la presse; mais quand il s'agissait de rendre service à un ami, elle était capable d'enjôler, avec une malicieuse rouerie, les gens qu'elle aimait le moins. Elle invita le directeur du journal qui menait la meute des aboyeurs; et, en moins de rien, elle lui tourna la tête; elle sut flatter son amour-propre; elle le séduisit si bien, tout en lui en imposant, qu'elle n'eut besoin que de quelques mots, négligemment jetés, d'étonnement méprisant sur les attaques dont Christophe était l'objet, pour que la campagne s'arrêtât net. Le directeur supprima l'article injurieux qui allait paraître le lendemain; et quand le chroniqueur s'informa des motifs de la suppression, il lui lava la tête. Il fit plus: il donna ordre à un de ses gens à-tout-faire de fabriquer dans la quinzaine un article enthousiaste sur Christophe; l'article fut fabriqué, enthousiaste et stupide, à souhait. Ce fut aussi Grazia qui eut l'idée d'organiser à l'ambassade des auditions d'œuvres de son ami, et qui, sachant qu'il patronnait Cécile, aida la jeune chanteuse à se faire connaître. Enfin, par ses relations avec le monde diplomatique allemand, elle commença tout doucement, avec une habileté tranquille, à éveiller l'intérêt du pouvoir pour Christophe banni d'Allemagne; et peu à peu, elle détermina un mouvement d'opinion afin d'obtenir de l'Empereur un décret qui rouvrît les portes de son pays à un grand artiste qui l'honorait. S'il était prématuré d'attendre pour l'instant cet acte de grâce, elle réussit du moins à ce qu'on fermât les yeux sur le voyage de quelques jours qu'il fit dans sa ville natale.

Et Christophe, qui sentait planer sur lui la présence de l'invisible amie, sans pouvoir découvrir qui elle était, venait de la reconnaître dans la figure du jeune saint Jean qui lui souriait dans le miroir.

Ils causaient du passé. Ce qu'ils disaient, Christophe ne le savait guère. Pas plus qu'on ne la voit, on n'entend celle qu'on aime. Et quand on l'aime bien, on ne songe même point qu'on l'aime. Christophe ne s'en doutait pas. Elle était là: c'était assez. Le reste n'existait plus...

Grazia s'arrêta de parler. Un jeune homme très grand, assez beau, élégant, la figure rasée, la tête chauve, l'air ennuyé et méprisant, considérait Christophe à travers son monocle, et, déjà, s'inclinait avec une politesse hautaine.

—Mon mari, dit-elle.

Le bruit du salon reparut. La lumière intérieure s'éteignit. Christophe, glacé, se tut, et répondant au salut, il se retira aussitôt.

Ridicules et dévorantes exigences de ces âmes d'artistes et des lois enfantines qui régissent leur vie passionnée! Cette amie, qu'il avait négligée jadis quand elle l'aimait, et à qui il n'avait plus pensé depuis des années, à peine la retrouvait-il qu'il lui semblait qu'elle était à lui, qu'elle était son bien, et que si un autre l'avait prise, c'est qu'on la lui avait volée: elle-même n'avait pas le droit de se donner à un autre. Christophe ne se rendait pas compte de ce qui se passait en lui. Mais son démon créateur s'en rendait compte pour lui, et enfanta, ces jours-là, certains de ses plus beaux chants de douloureux amour.

Assez longtemps il resta sans la revoir. La peine et la santé d'Olivier l'obsédaient. Un jour enfin, retrouvant l'adresse qu'elle lui avait laissée, il se décida.

En montant l'escalier, il entendit des marteaux d'ouvriers qui clouaient. L'antichambre était en désordre, encombrée de caisses et de malles. Le valet répondit, que la comtesse n'était pas visible. Mais comme Christophe déçu se retirait après avoir remis sa carte, le domestique courut après lui, et le fit rentrer en s'excusant. Christophe fut introduit dans un salon, dont les tapis étaient enlevés et roulés. Grazia vint au-devant de lui, avec son lumineux sourire, la main tendue dans un élan de joie. Toutes les sottes rancunes s'évanouirent. Il saisit cette main dans le même élan de bonheur, et il la baisa.

—Ah! dit-elle, je suis heureuse que vous soyez venu! le craignais tant de partir, sans vous avoir revu!

—Partir, vous allez partir!

L'ombre, de nouveau, retomba.

—Vous le voyez, dit-elle, montrant le désordre de la chambre; à la fin de la semaine, nous aurons quitté Paris.

—Pour longtemps?

Elle fit un geste:

—Qui le sait?

Il fit effort pour parler. Sa gorge était contractée.

—Où allez-vous?

—Aux États-Unis. Mon mari y est nommé premier secrétaire d'ambassade.

—Et ainsi, ainsi, fit-il... (Ses lèvres tremblaient)... c'est fini?

—Mon ami! dit-elle, émue de son accent... Non, ce n'est pas fini.

—Je vous ai retrouvée seulement pour vous perdre!

Il avait les larmes aux yeux.

—Mon ami, répéta-t-elle.

Il mit la main sur ses yeux, et se détourna, pour cacher son émotion.

—Ne soyez pas triste, dit-elle, en lui posant la main sur sa main.

À ce moment encore, il pensa à la petite fille d'Allemagne. Ils se turent.

—Pourquoi êtes-vous venu si tard? demanda-t-elle enfin. J'ai cherché a vous voir. Vous n'avez jamais répondu.

—Je ne savais point, je ne savais point, fit-il... Dites-moi, c'est vous qui tant de fois m'êtes venue en aide, sans que j'aie pu deviner?... C'est à vous que je dois d'avoir pu retourner en Allemagne? C'est vous qui étiez mon bon ange, qui veilliez sur moi?

Elle dit:

—J'étais heureuse de pouvoir quelque chose pour vous. Je vous dois tant!

—Quoi donc? demanda-t-il. Je n'ai rien fait pour vous.

—Vous ne savez pas, dit-elle, ce que vous avez été pour moi.

Elle parla du temps où, fillette, elle le rencontra chez son oncle Stevens, et où elle eut, par lui, par sa musique, la révélation de tout ce qu'il y a de beau dans le monde. Et peu à peu, s'animant doucement, elle lui raconta, par brèves allusions transparentes et voilées, ses émotions d'enfant, la part qu'elle avait prise aux chagrins de Christophe, le concert où il avait été sifflé et où elle avait pleuré, et la lettre qu'elle lui écrivit et à laquelle il ne répondit jamais: car il ne l'avait pas reçue. Et Christophe, en l'écoutant, de bonne foi projetait dans le passé son émotion présente et la tendresse qui le pénétrait pour le tendre visage qui était penché vers lui.

Ils causaient innocemment, avec une joie affectueuse. Et Christophe, en parlant, prit la main de Grazia. Et brusquement, ils s'arrêtèrent tous deux: car Grazia s'aperçut que Christophe l'aimait. Et Christophe s'en aperçut aussi...

Autrefois, Grazia avait aimé Christophe sans que Christophe s'en souciât. Maintenant, Christophe aimait Grazia; et Grazia n'avait plus pour lui qu'une paisible amitié: elle aimait un autre. Comme il arrive souvent, il avait suffi que l'une des deux horloges de leurs vies fût en avance sur l'autre pour que toute leur vie, à tous deux, fût changée...

Grazia retira sa main, que Christophe ne retint point. Et ils restèrent, un moment, interdits, sans parler.

Et Grazia dit:

—Adieu.

Christophe répéta sa plainte:

—Et ainsi, c'est fini?

—C'est mieux sans doute, que les choses soient ainsi.

—Ne nous reverrons-nous pas, avant votre départ?

—Non, dit-elle.

—Quand nous reverrons-nous?

Elle fit un geste de doute mélancolique.

—Alors, à quoi bon, dit Christophe, à quoi bon nous être revus?

Mais au reproche de ses yeux, il répondit aussitôt:

—Non, pardon, je suis injuste.

—Je penserai toujours à vous, dit-elle.

—Hélas! fit-il, je ne puis même pas penser à vous. Je ne sais rien de votre vie.

Tranquillement, elle lui décrivit en quelques mots sa vie habituelle, et comment ses journées se passaient. Elle parlait d'elle et de son mari, avec son beau sourire affectueux.

—Ah! dit-il jalousement, vous l'aimez?

—Oui, dit-elle.

Il se leva.

—Adieu.

Elle se leva aussi. Alors seulement, il remarqua qu'elle était enceinte. Et cela lui fit au cœur une impression inexprimable de dégoût, de tendresse, de jalousie, de pitié passionnée. Elle raccompagna jusqu'à l'entrée du petit salon. À la porte, il se retourna, s'inclina vers les mains de l'amie, et les baisa longuement. Elle ne bougeait point, les yeux à demi fermés. Enfin, il se releva, et, sans la regarder, il sortit rapidement.

... E chi allora m'avesse domandato
di cosa alcuna, la mia risponsione
sarebbe stata solamente AMORE,
con viso vestito d'umiltà...

Jour de la Toussaint. Lumière grise et vent froid, au dehors. Christophe était chez Cécile. Cécile était près du berceau de l'enfant, sur lequel se penchait Mme Arnaud, qui était venue, en passant. Christophe rêvait. Il sentait qu'il avait manqué le bonheur; mais il ne songeait pas à se plaindre: il savait que le bonheur existait... Soleil, je n'ai pas besoin de te voir pour t'aimer! Pendant ces longs jours d'hiver où je grelotte dans l'ombre, mon cœur est plein de toi; mon amour me tient chaud: je sais que tu es là...

Et Cécile aussi rêvait. Elle contemplait l'enfant, et finissait par croire qu'il était son enfant. Ô pouvoir béni du rêve, imagination créatrice de la vie! La vie... Qu'est-ce que la vie? Elle n'est pas ce que la froide raison et ce que nos yeux la voient. La vie est ce que nous la rêvons. La mesure de la vie, c'est l'amour.

Christophe regardait Cécile, dont le visage rustique aux larges yeux rayonnait de la splendeur de l'instinct maternel,—plus mère que la vraie mère. Et il regardait la tendre figure fatiguée de Mme Arnaud. Il lisait sur ces traits, comme en un livre émouvant, les douceurs et les souffrances, cachées de cette vie d'épouse, qui, sans que l'on en soupçonne rien, est parfois aussi riche en douleurs et en joies que l'amour de Juliette ou d'Ysolde. Mais avec plus de grandeur religieuse...

Socia rei humanæ atque divinæ...

Et il pensait que, pas plus que la foi ou le manque de foi, ce ne sont les enfants ou le manque d'enfants qui font le bonheur ou le malheur de celles qui se marient et de celles qui ne se marient pas. Le bonheur est le parfum de l'âme, l'harmonie du cœur qui chante. Et la plus belle des musiques de l'âme, c'est la bonté.

Olivier entra. Ses mouvements étaient calmes; une sérénité nouvelle éclairait ses yeux bleus. Il sourit à l'enfant, serra la main a Cécile et à Mme Arnaud, et se mit à causer tranquillement. Ils l'observaient avec un étonnement affectueux. Il n'était plus le même. Dans l'isolement où il s'était enfermé avec son chagrin, comme la chenille dans le nid qu'elle s'est filé, après un dur travail il avait réussi à dépouiller sa peine comme une coque vide. Nous raconterons, plus loin, comment il avait cru trouver une belle cause à laquelle faire le don de sa vie, qui ne l'intéressait plus que pour la sacrifier; et, comme c'est la loi, du jour où il avait fait dans son cœur un acte de renoncement à la vie, elle s'était rallumée. Ses amis le regardaient. Ils ne savaient point ce qui s'était passé, et ils n'osaient le lui demander; mais ils sentaient qu'il s'était délivré, et qu'il n'y avait plus en lui ni regret, ni amertume, pour quoi que ce fût, contre qui que ce fût.

Christophe, se levant, alla au piano, et dit à Olivier:

—Veux-tu que je te chante une mélodie de Brahms?

—De Brahms? dit Olivier. Tu joues maintenant de ton vieil ennemi?

—C'est la Toussaint, dit Christophe. Jour de pardon pour tous.

Il chanta, à mi-voix, pour ne pas réveiller l'enfant, quelques phrases d'un vieux lied populaire de Souabe:

... Für die Zeit, wo du g'liebt mi hast
Da dank'i dir schön,
Und i wünsch', dass dir's anderswo
Besser mag geh'n...

(«Pour le temps où tu m'as aimé, je te remercie, et je souhaite qu'ailleurs ce soit mieux pour toi...»)

—Christophe! dit Olivier.

Christophe le serra sur sa poitrine.

—Va, mon petit, lui dit-il, nous avons le bon lot.

Ils étaient assis tous les quatre, près de l'enfant qui dormait. Ils ne parlaient point. Et à qui leur eût demandé quelle était leur pensée,—le visage vêtu d'humilité, ils eussent répondu seulement:

—Amour.

「あなたにはそれがわかるものですか。ほんとにあなたは早合点ばかりなさるんですね。あの女ひとが元気だからといって、いつまでもぐずぐず悲しんでいないからといって、悲しみを他人に隠してるからといって、それであなたはあの女ひとが幸福だとおっしゃるのでしょう。もとよりあの女ひとは、身体も丈夫だし戦うこともできますから、幸福には違いありません。けれどあなたはあの女ひとの戦いがどんなものだか御存じありません。人を欺きやすい芸術生活にあの女ひとが適してると思っていられるのですか。芸術! 書いたり演じたり歌ったりする光栄を、幸福の絶頂かなんかのようにあこがれてる憐あわれな女たちがいることを、考えてもみますと!……彼女たちにはあらゆるものがかなり不足してるに違いありませんし、もう自分ではどういう愛情に身を委ゆだねてよいかわからないに違いありません……。芸術、もしもその他のいっさいのものを共にもっていないならば、芸術も何になりましょう? 他のことをすっかり忘れさせるようなものは、世の中にただ一つきりありません、それはかわいい子供です。」
「そして、子供があってさえ、まだ十分ではないじゃありませんか。」
「ええ、いつでもというわけにはいきません……。女というものはあまり幸福ではありません。一人前の女であることはむずかしいことです。一人前の男であるよりもずっとむずかしいことです。あなたには十分おわかりになりますまい。あなたがたは、精神的な熱情に、なんらかの活動に、没頭されることができます。不具になっても、そのためにかえって幸福になることができます。ところが健全な女は、苦しまなければ幸福にはなれません。自分自身の一部を窒息させるのは非人間的なことです。私たちは一方で幸福な場合は、他方で後悔しています。私たちは多くの魂をもっています。があなたがたには、一つの魂があるきりです。それも、女の魂よりずっと強くて、たいてい乱暴で、怪物じみてさえいます。私はあなたがたに敬服しております。けれどあまり利己的であられてはいけません。あなたがたは自分で気づかずにひどく利己的です。あなたがたは女にたいして、自分で気づかずに多くの悪を行なっていられます。」
「だってしかたありませんよ。それはわれわれのせいではないんです。」
「ええ、あなたがたのせいではありませんとも、クリストフさん。あなたがたのせいでもなければ、私たちのせいでもありません。つまりは、生活というものがけっして単純なものでないからです。自然な生活をするばかりだ、という人もあります。けれども、いったいどんなことが自然なのでしょう?」
「まったくです。われわれの生活には自然なものは何もありません。独身も自然ではありません。結婚も自然ではありません。そして自由結婚は、弱者を強者の貪食どんしょくに任せるばかりです。われわれの社会そのものからして、自然なものではありません。われわれの手でこしらえ上げたものです。人間は社交的動物だと言われていますが、なんという馬鹿げたことでしょう! 生きるためにそうならざるを得なかったのです。自分を役だたせんがために、自分の身を守らんがために、快楽を得んがために、偉くならんがために、社交的になったのです。そういう必要上、いろんな約束を結ぶようになったのです。しかし自然は反抗して、そうした無理を復讐ふくしゅうします。自然はわれわれのためにできてはしません。われわれはその自然を変形させようとします。それは一つの戦いです。われわれのほうがたいてい打ち負かされるのは、驚くに当たりません。これを脱するにはどうしたらいいでしょう?――強者にならなければいけません。」
「善良な者にならなければいけません。」
「そう、善良な者になることです。利己心の胸当てを取り去り、よく呼吸し、人生を、光明を、自分の見すぼらしい仕事を、自分が根をおろしてる一隅いちぐうの土地を、愛することです! あたかも狭い所にある樹木が太陽のほうへ伸び上がってゆくように、遠い地平に得られないものを、深さや高さにおいて得ようと努力することです!」
「そうですよ。そしてまず第一に、たがいに愛し合うことです。男は女の兄弟であって、女の餌食えじきではないということや、女は男の餌食であるべきでないということを、男がもっとよく感じようとさえしますならば! 両方でたがいに自分の慢おごりを投げ捨てて、自分のことをもっと少なく考え相手のことをもっと多く考えようとさえしますならば!……私たち女は弱い者なんです。私たちを助けてくださらなければいけません。つまずいた者に向かって、『俺おれはもうお前のことなんか知らない、』などと言わないで、『しっかりおしよ、いっしょに抜け出そうよ、』と言っておやりなさらなければいけません。」

二人は暖炉の前にすわって口をつぐみ、小猫こねこがその間にうずくまっていた。三人ともじっと考え込んで、暖炉の火をながめていた。消えかかってる炎は、いつにない内心の興奮のために赧あかくなってるアルノー夫人の細ほっそりした顔を、ひらひらと燃えたつごとに照らしていた。彼女はこんなに心を打ち開いたことを自分でも驚いていた。かつて彼女はこんなに多くしゃべったことがなかった。また今後とてもこんなにしゃべることはおそらくないだろう。
彼女はクリストフの手の上に自分の手をのせて言った。
「あなたがたは子供をどうなさいますの?」
それは彼女が初めから考えてる問題だった。彼女はいろいろ述べたてた。まるで人が違ったようになり、酔ってるかのようだった。しかし彼女はこの問題だけを考えてるのだった。クリストフの言葉を初め少し聞くや否や、彼女は心の中に一つの小説を組み立てていた。母親から見捨てられた子供のこと、その子供を育て上げてやる喜び、その小さな魂のまわりに自分の夢想や愛情を編み出す喜び、などを彼女は考えていた。そしてみずから言っていた。
「いやこれはいけないことだ。他人には不幸である事柄を、私が楽しんではいけない。」
しかしそれは彼女の自由にはならなかった。彼女はつぎからつぎへと述べたてた。そして彼女の黙々たる心は希望に浸されていた。
クリストフは言った。
「ええもちろん、僕たちは子供のことも考えました。かわいそうな子供です。オリヴィエも僕もそれを育てることはできません。女の人から世話してもらわなければなりません。だれか知人の女から助けてもらえたらと考えたんです……。」
アルノー夫人はほとんど息もつけなかった。
クリストフは言った。
「僕はあなたにそのことをお話しするつもりでした。ところがちょうど先ほどセシルがやって来ました。そして事情を知って、子供を見ると、彼女はたいへん心を動かされて、非常に喜ばしい様子をして、私に言うんです、『クリストフさん……。』」
アルノー夫人は血の流れも止まった。その後のことは耳にもはいらなかった。眼の前が何もかも混乱した。彼女は叫び出したかった。
「いいえ、いいえ、私に子供をください……。」
クリストフは話しつづけていた。彼女にはその言葉も聞こえなかった。けれど彼女は我を押えようと努力した。セシルがそれとなく打ち明けた事柄に思いをはせた。彼女は考えた。
「私によりもあの女にはいっそう子供が必要なのだ。私には親愛なアルノーもあるし……それから、いろんなものもあるし……それから、私のほうが年もとっている……。」
そして彼女は微笑ほほえんで言った。
「それがよろしいでしょう。」
しかし、暖炉の炎は消えていたし、顔の赧あかみも消えていた。そのやさしい疲れた顔にはもはや、いつものあきらめきった温良さの表情があるばかりだった。

「愛する者に裏切られた。」
そういう考えにオリヴィエは圧倒されていた。クリストフは愛情のあまり、彼をきびしく鞭撻べんたつしてやったが、その甲斐かいもなかった。
「しかたがないさ。」とクリストフは言った。「味方から裏切られることなんかは、病気や貧困や馬鹿どもとの戦いと同じように、ごくありふれた試練なんだ。それにたいして武装していなければいけない。それに抵抗できないなどとは、憐あわれな人間にすぎない。」
「ああ、僕はまったく憐れな人間なんだ。それを誇りとはしていないが……。まったくだ、情愛が必要で、それをなくすれば死ぬよりほかはない、憐れな人間なんだ。」
「君の生活はまだ終わってはしない。他に愛すべき者がいくらもあるよ。」
「僕はもうだれをも信じない。友もない。」
「おい、オリヴィエ!」
「いや許してくれ。僕は君を疑ってやしない。時とすると、すべてを……自分をも……疑うようなことはあっても……。けれど、君は強者だし、だれをも必要としないし、この僕がいなくても済ましてゆける。」
「彼女のほうが僕よりもいっそうよく、君がいなくても済ましてゆけるさ。」
「君は残酷だね、クリストフ。」
「ねえ君、僕は君をいじめてるよ。しかしそれは君を発奮させるためなんだ。なんということだ! 自分を愛してくれる人たちを犠牲にして、自分をあざけってるだれかに生命をささげるなどとは、実際恥ずべきことだ。」
「僕を愛してくれる人たちも僕に何になろう! 僕は彼女をこそ愛してるのだ。」
「働きたまえ。昔君が興味をもってた事柄は……。」
「……もう僕には面白くないのだ。僕は疲れてる。人生の外に出てしまったような気がする。何もかも僕には、遠く……遠く思われる。いくら見ても、もう何にもわからない……。時計のような機械的な仕事を、無味乾燥な務めを、新聞紙的な議論を、快楽のつまらない追求を、毎日あかずに繰り返してる人々、ある内閣や書物や役者などに夢中になって賛成したり反対したりしてる人々が、世の中にあるかと考えると……。ああ、僕はひどく老い込んだ気がする。僕はもうだれにたいしても、憎しみも恨みも感じない。何もかも嫌いやだ。何にもないという気がする……。物を書けというのか。なんのために書くのだ? だれが理解してくれよう? 僕がこれまで書いていたのも、ただ一人の者のためにだった。僕がこれまで何かであったのは、すべてその一人の者のためにだった……。もう何にもない。僕は疲れてるのだ、クリストフ、疲れてるのだ。僕は眠りたい。」
「じゃあ眠りたまえ。僕が番をしてあげよう。」
しかしオリヴィエはなかなか眠れなかった。ああ、苦しんでる者が、数か月間、苦悶くもんが消えて一身が新しくなるまで、まったく別人となるまで、もし眠ることができさえするならば! しかし人はそういう能力をもつことはできない。またそれを望みもしない。苦しみを奪われることこそもっとも悪い苦しみなのである。オリヴィエは自分の熱で身を養ってる熱病患者に似ていた。ほんとうの熱に犯されていて、一定の時間に、ことに夕方、日の光が消えてゆくころから、その発作が現われてきた。その他の時は、しきりに傷心し、恋愛に中毒し、追憶に悩まされ、あたかも一口の食物を嚥下えんかし得ないで反嚼はんしゃくしてる白痴のように、同じ考えばかり繰り返し、頭脳の力はすべてただ一つの固定観念に吸い取られていた。
彼は、クリストフのように、自分の不幸を呪のろい、不幸の原因たる彼女を真正面からののしる、などという術すべを心得なかった。彼はクリストフよりいっそう明知で公正だったので、自分にも責任があることや、自分一人だけが苦しんでるのでないことを、よく知っていた。ジャックリーヌもまた被害者なのだった――彼女は彼の被害者だった。彼女は彼に信頼していた。それを彼はどうしたのであったか? 彼女を幸福にする力がなかったのなら、なにゆえに彼女を自分に結合さしたのか? 彼女は自分を害する絆きずなを断って、当然なことをしたまでである。
「彼女が悪いのではない。」と彼は考えた。「私が悪いのだ。私は誤った愛し方をした。私は深く彼女を愛していた。けれども、彼女に私を愛させることができなかった以上は、私は彼女をほんとうに愛する道を知らなかったのだ。」
かくて彼は自分をとがめた。おそらくそれが正当だったろう。しかし過去のことを云々うんぬんしてもそれは大して役にたちはしない。いくら云々したところで、繰り返されるべきことは繰り返される。そして生きることをできなくなす。強者は、人からなされた善を忘れる――のみならずまた、悲しくも、自分のなした害を自分の力で贖あがない得ないと知れば、それをもただちに忘れてしまう。しかし人は、理性によって強者になるのではなく、熱情によって強者になるのである。愛と熱情とはたがいに縁遠い。いっしょに連れだつことはめったにない。オリヴィエは愛していた。彼が強いのは自分自身に反する方面にばかりだった。一度受動的な状態に陥ると、あらゆる病苦にとらえられた。流行感冒、気管支炎、肺炎などが彼に襲いかかった。その夏の大半は病気だった。クリストフはアルノー夫人に助けられて、手厚い看護をした。そして二人は病気を阻止することができた。しかし精神上の病苦にたいしては、二人はまったく無力だった。彼の絶えざる悲しみから受ける有害な疲労と、その悲しみのもとから逃げ出したい欲求とを、二人はしだいに感じだした。
不幸は、不思議な寂寞せきばくのうちに当の人を陥おとしいれるものである。一般に人は不幸を本能的に嫌悪けんおする。あたかも不幸が伝染しはすまいかと恐れてるかのようである。かりに一歩譲っても、不幸は人に嫌気いやけを起こさせる。人は不幸から逃げ出してしまう。苦しむのを許してやる者はきわめて少ない。ヨブの友人らの古い話といつも同じである。テマン人びとユリパズは、ヨブの短慮を責める。シュヒ人びとビルダデは、ヨブの不幸はその罪の罰であると主張する。ナアマ人びとゾパルは、ヨブを僭越せんえつであるとする。「時に、ラムの族やからブジ人バラケルの子エリフ、大なる怒りを発おこせり、ヨブ神の前におのれを正しとするによりて、彼はヨブに向かいて怒りを発せり。」――真に悲しめる者は至って少ない。悲しんでると言われる者は多いけれど、ほんとうに悲しみに沈んでる者はあまりない。がオリヴィエはそのまれな一人だった。ある人間嫌ぎらいの男が言ったように、「彼は虐待されるのを喜んでるがようである。こういう不幸な人間の役を演じたとてなんの利益もない。人から忌みきらわれるばかりである。」
オリヴィエは自分の感じてることを、だれにも、もっとも親密な人々にさえ、話すことができなかった。それをうるさく思われることに気づいていた。親愛なるクリストフでさえも、そういう執拗しつようなうるさい苦悶くもんには我慢しかねた。彼はそれを治癒ちゆしてやるには自分があまり拙劣だと知っていた。実を言えば、彼は寛大な心をもっており、またみずから苦しい試練に鍛えられてきたのではあるが、友の苦しみをほんとうに感ずることはできなかった。人間の性質はそれほど偏頗へんぱなものである。善良で、情け深くて、怜悧れいりであって、多くの死を悲しんできていながら、友の歯痛の苦しみをも感じられないことがある。もしその病苦が長引くおりには、病人は大袈裟おおげさな苦情を言うものだと考えたがる。ことにその病苦が魂の底に潜んでいて眼に見えない場合には、なおさらのことである。その病苦の原因でない者は、自分にほとんど関係のない一つの感情のために、相手の男がそんなにも苦しんでるのを、煩わしいことだと考える。そしてついには、自分の良心を安めるためにみずから言う。
「自分に何ができよう? あらゆる理屈もなんの役にもたたない。」
あらゆる理屈も……というのはほんとうである。人が善をなし得るのは、苦しんでる人を愛し、その人をやたらに愛し、その人を説服しようとはせず、その人を回復さしてやろうとはせず、ただ愛し憐あわれむことによってのみである。愛のみが愛の痛手にたいする唯一の慰安である。しかし愛というものは、もっともよく愛する人たちのうちにおいても無尽蔵ではない。彼らはある限られた分量の愛をしかもってはいない。見出し得る限りのやさしい言葉を一度言いもしくは書いてしまったときには、自分の義務を果たしてしまったとみずから思うときには、彼らは用心深く身を退ひいて、あたかも罪人にたいするように苦しんでる者にたいして、その周囲に空虚を作り出す。そして彼をあまり助けてやらないことをみずからひそかに恥じているので、ますます助けてやらなくなる。向こうに自分を忘れさせようとつとめ、自分でも自分を忘れようとつとめる。そしてもし、煩わしいその不幸が執拗しつようにつづくならば、不謹慎な訴えが自分の隠れ家へまではいって来るならば、悩みに堪えきれないでいるその勇気のない男にたいして、苛酷かこくな批判をくだすようになってくる。そしてその男は、不幸に圧倒されてしまうときには、友人らの心からの憐憫れんびんの情の底に、つぎの軽蔑けいべつ的な裁断を見出すに違いない。
「気の毒な奴だ。俺おれは彼をもっとしっかりした男だと思っていた。」
そういう普遍的な利己心のうちにおいて、ちょっとしたやさしい言葉や、細やかな一つの注意や、憐あわれみをたたえた愛の眼つきなどが、いかに得も言えぬ慰安を人に与えることだろう。人はそのときに初めて温情の価値を感ずる。そして他のすべてのことは、温情に比較してはいかにも貧弱に思われるのである。……この温情のためにオリヴィエは、友のクリストフによりも、いっそう多くアルノー夫人に接近していった。でもクリストフは、つとめてりっぱな忍耐を事としていた。彼は愛情の心からして、オリヴィエにたいする自分の考えを隠していた。しかしオリヴィエは、苦しみのために鋭敏になってる眼で、友の心中になされてる戦いを見てとり、自分の悲しみが友にはいかに重荷となってるかを見てとっていた。そのためにこんどは彼をクリストフから遠ざけ、クリストフに向かってこう叫びたい気を彼に起こさした。
「僕から去ってくれたまえ。」
かくのごとく、不幸は往々にして愛し合ってる心をもたがいに離れさせるものである。唐箕とうみが穀粒を選えり分くるように、不幸は生きんと欲する者を一方に置き、死せんと欲する者を他方に置く。愛よりもさらに強い恐るべき生の法則である。息子むすこの死ぬのを見る母親、友のおぼれるのを見る人――もしその死んでゆく者たちを救い得ない場合には、彼らはやはり自分自身を救おうとして、いっしょに死にはしない。それでも彼らは、その死んでゆく者たちを、自分の生命より何倍となく愛しているのである……。
クリストフは、オリヴィエを非常に愛していたにもかかわらず、時とするとそのそばから逃げ出さざるを得なかった。彼はあまりに強く、あまりに健やかであって、空気のないその苦しみの中では息がつけなかった。いかに彼は自分自身を恥じたことだろう。友のために何にもなし得ないのをみずから憤慨した。そしてだれかにその腹癒はらいせをしたくなって、ジャックリーヌを恨むようになった。アルノー夫人の明敏な言葉があったにもかかわらず、彼はなおジャックリーヌを苛酷に判断していた。それも、まだ人生をよく知っていないために、人生の弱点にたいしては思いやりのない、年若い激烈な一図な魂をもっている彼としては、無理もないことだった。
彼はセシルとセシルに託されてる子供とによく会いに行った。セシルは養い児の母親となって様子が一変していた。若く楽しく上品にやさしくなってるようだった。ジャックリーヌが立ち去ったことが、彼女のうちに知らず知らず幸福の希望を起こさしてはいなかった。ジャックリーヌの追想は、ジャックリーヌがそばにいるよりもなおいっそう、自分からオリヴィエを遠ざけるということを、彼女は知っていた。そのうえ、彼女の心を乱した嵐あらしは、もう通り過ぎていた。それはただ一時の危機であって、ジャックリーヌの狂乱を見たことが、かえってその危機を消散させる助けとなった。彼女はまた平素の落ち着きに立ちもどってきて、どうして自分の心がああまでに乱されたかがわからなくなった。愛したい欲望の大部分は、子供にたいする愛で満足させられた。女特有の驚くべき幻覚の――直覚の――力で、彼女は自分の愛してる男を、その小さな子供を通じて見出していた。委託されたその弱い子供が彼女の掌中にあった。子供はまったく彼女のものだった。そして彼女は、子供を愛することができた、心から熱く愛することができた。無心な子供の心や光の雫しずくみたいなその澄んだ青い眼が、いかにも純潔だったと同じに、彼女の愛も純潔だった。……それでも彼女の愛情には、ある憂鬱ゆううつな遺憾の念が交じってこないでもなかった。ああそれはけっして自分の血を分けた子供と同じではない!……しかし、それでもやはりいいものである。
クリストフは今では、前と異なった眼でセシルをながめていた。彼はフランソアーズ・ウードンの皮肉な一言を思い起こした。
「あなたとフィロメールとは、夫婦になるのにちょうどよいのに、愛し合わないなんてどうしたことでしょう?」
しかしフランソアーズは、その理由をクリストフよりもよく知っていた。クリストフのような人物は、自分のためになり得る者を愛することはめったにない。むしろ自分の害になり得る者を愛することが多い。相反するものこそたがいにひき合う。自然は自己の破壊を求める。自然は自己を節約する用心深い生活によりも、自己を焼きつくす強烈な生活に好んではしりたがる。できるだけ長く生きることではなくて、もっとも強く生きることを掟おきてとしてる、クリストフのような人物にとっては、それが至当である。
クリストフはフランソアーズほどの明察力をもたなかったが、それでもやはり、恋愛は一つの非人間的な力だと思っていた。恋愛はたがいに相いれ得ない人々をいっしょにする。同じ種類の人々をたがいに排斥させる。恋愛が破壊するものに比ぶれば、恋愛が鼓吹するものはごくつまらないものである。幸いにも恋愛は意志を溶かす。不幸にも恋愛は心を破る。いったい恋愛はなんのためになるのか?
そして、そういうふうに恋愛をののしっているとき、彼の目には恋愛の皮肉なまたやさしい微笑が見えた。その微笑は彼にこう言っていた。
「恩知らずめ!」

クリストフはまだ、オーストリア大使館の夜会へ出席することをのがれ得なかった。フィロメールが、シューベルトやフーゴー・ヴォルフやクリストフの歌曲リードを歌っていた。彼女は自分の成功を喜んでいたし、りっぱな人たちからもてはやされるようになってきた友人クリストフの成功を喜んでいた。一般公衆のうちにさえも、クリストフの名は日に日に高まっていった。レヴィー・クールのような者らも、もはや彼を知らない様子をすることができなかった。彼の作品は各音楽会で演奏された。一つの作品はオペラ・コミック座で採用された。眼に見えない幾多の同情が彼に集まっていた。一度ならず彼のために働いてくれたあの不可思議な友が、彼の願望の達成に助力しつづけていた。クリストフは自分の行動を助けてくれるその好意ある手を、幾度も感じたのだった。だれかが彼を見守ってくれていて、しかも執拗しつように身を現わさなかった。クリストフはその人を見出そうとつとめた。しかしその友は、クリストフがもっと早く自分を見出そうとしなかったことを怒ってるかのようで、少しも手がかりを与えなかった。それにまたクリストフは、他のいろんなことに気をとられていた。彼はオリヴィエのことを考えていた。フランソアーズのことを考えていた。現にその朝ある新聞で、彼女がサン・フランシスコにおいて重い病気にかかってるということを、読んだのだった。他国の町にただ一人ぽっちで、旅館の一室に横たわり、だれにも面会を断わり、友人たちへも手紙を書かず、歯をくいしばって、一人で死を待っている、そういう彼女の姿を彼は頭に浮かべたのだった。
クリストフはそれらの考えにつきまとわれて、大勢の人込みを避け、小さな別室に退いた。薄暗いその隠れ場所で、壁に背をもたせ、緑の木と花との仕切りの後ろから、シューベルトの菩堤樹を歌ってるフィロメールの哀切な熱烈な美声に、彼はじっと耳を傾けていた。するとその純な音楽のために、いろんな追憶の憂愁が心に上ってきた。正面の壁についてる大きな鏡には、隣の大広間の燈火や活気が写っていた。が彼はその鏡を見はしないで、自分の内部をながめていた。眼の前には涙の霧がかかっていた。……と突然、シューベルトの打ち震える老木のように、彼は理由もなく震えだした。そのまま身動きもしないで真蒼まっさおになって、数秒間震えていた。それから眼の曇りが消えて、自分の前に、大鏡の中に、こちらをながめてる「女の友」の姿が見えた。……女の友? それはいったいだれか? 彼には何にもわからなかった。彼女が自分の友であり、自分は彼女を知っている、ということだけしかわからなかった。そして、眼を彼女の眼に定め、壁にもたれながら、彼はなお震えつづけた。彼女は微笑ほほえんでいた。彼女の顔や身体の格好も、彼女の眼の色合いも、また彼女の背が高いか低いか、あるいはどんな服装をしてるか、そんなことは目につかなかった。彼はただ一つのことを見てとった。彼女の同情深い微笑のけ高い温良さを。
そしてその微笑が突然クリストフのうちに、ごく幼いころの消え去った思い出を呼び起こした。……六、七歳のころのことで、学校に通っていて、いつも悲しい目に会い、自分より年上の強い仲間から辱はずかしめられなぐられ、皆からあざけられ、また教師からは不当な罰を受けさせられた。他の者が皆遊び戯れてるのに、自分は一人ぽっちで片隅かたすみにうずくまって、低く泣いていた。すると、他の者といっしょに遊んでいない一人の憂鬱ゆううつな少女が――(彼はその後かつて彼女のことを考えたことはなかったが、今になってその姿が眼の前に浮かんできた。身体がずんぐりしていて、頭が大きく、まっ白なほどの金褐色きんかっしょくをした頭髪と眉毛まゆげ、ごくうすい青色の眼、広い蒼白あおじろい頬ほお、太い唇くちびる、多少脹はれた顔、赤い小さな手をしていた)――その少女が、彼の近くへやって来て、立ち止まって親指を口にくわえ、彼の泣くのをながめた。それから彼の頭に手をのせて、ちょうど同じような同情深い微笑を浮かべながら、おずおずと、早口で彼に言った。
「泣くんじゃないのよ!……」
するとクリストフはもう辛抱できなくて、彼女の胸に顔を押し当てながら、わっと泣きだした。彼女はやさしい震え声で繰り返した。
「泣くんじゃないのよ!……。」
それから数週間後に、彼女は死んでしまった。あのときにはもう彼女は死の手にとらえられていたのであろう。……その少女のことを、どうして彼は今思い出したのだろうか? 遠いドイツの町の取るに足らぬ平民の娘である、その忘れられた死んだ少女と、今彼をながめてる貴族の若い夫人との間には、なんらの関係もないのだった。しかし、だれにとってもただ一つの魂しか存在しない。無数の人々は、あたかも天空を運行するもろもろの世界のように、たがいに異なってるように見えはするけれど、数世紀隔たってる人々の心のうちにさえ、同時に輝き出すところのものは、愛の同じ光である。クリストフは、自分を慰めてくれた少女の、色褪あせた唇くちびるの上に過ぎるのを見てとったあの輝きを、ふたたび見出したのだった……。
それはほんの一瞬間のことだった。人波が室の入り口をふさいで、向こうの広間の光景はクリストフの眼にはいらなくなった。彼は急いで、鏡に写らない影のほうに退いた。自分の惑乱した様子を人に見られたくなかったのである。しかしいくらか心が静まってくると、また彼女を見たくなった。彼女が帰りはすまいかと気づかわれた。彼はその広間にはいっていった。そして、彼女はもう鏡の中のときと同じには見えなかったけれど、彼は群集の間からすぐに彼女を見つけ出すことができた。今や彼は、みやびな貴婦人の一団中にすわってる彼女を、横から見やった。彼女は肱掛椅子ひじかけいすの腕木に片肱をつき、身体を少しかがめ、手先で頭をささえて、怜悧れいりなしかも心を他処よそにした微笑を浮かべながら、人々の話に耳を貸していた。ラファエロの討議の中で、年若な聖ヨハネが、半ば眼を閉じて、自分一人の考えに微笑ほほえんでいるのと、ちょうど同じような顔つきだった……。
そのとき、彼女は眼をあげ、彼の姿を見、そして驚きもしなかった。彼は彼女の微笑が自分にたいしてのものであるのを見てとった。彼は心を動かされて会釈をし、彼女に近寄っていった。
「あなたは私がおわかりになりませんの。」と彼女は言った。
その瞬間に彼は彼女がわかった。
「グラチア……。」と彼は言った。(第五巻広場の市参照)
ちょうどそのとき、通りかかった大使夫人が、長く望んでいた出会いがついになされたのを喜んでくれた。そしてクリストフを「ベレニー伯爵夫人」へ紹介した。しかしクリストフはいたく感動していて、その言葉が耳にもはいらなかった。そしてその聞き知らぬ名前に少しも気を留めなかった。彼にとってはやはり、彼女は小さなグラチアだった。

グラチアは二十二歳になっていた。一年前にオーストリア大使館付の若い男と結婚していた。この男は、オーストリア帝国の一首相の親戚しんせきに当たる名家の貴族であって、気取りやで、道楽者で、伊達だて者で、早くも憔悴しょうすいしてしまっていた。彼女はこの男に真面目まじめに恋したのであって、いろいろ批判しながらもなお愛していた。彼女の老父はもう死んでいた。夫はパリー大使館付に任命されていた。そして、ちょっとしたことにも恐れをいだく内気な小娘だった彼女は、ベレニー伯爵の知友関係や、自分自身の容色や知力などによって、パリー社交界でもっとももてはやされる若い婦人の一人となっていた。彼女はそうなるためになんらの努力もしなかったが、またそうなったのを嫌いやだとも思わなかった。若くてきれいで人に喜ばれまた人が喜んでるのを知ってることは、一つの大なる力である。自分の希望と運命との和なごやかな調和のうちに幸福を見出すような、きわめて健全できわめて晴朗な落ち着いた心をもってるこども、また同じく大なる力である。生命の美しい花が開いたのだった。しかし彼女は、イタリーの土地の強い光と平和とに養われた、ラテン魂の静穏な音楽を、少しも失いはしなかった。当然のことだが、彼女はパリー社交界にある勢力を得ていた。そしてそれを少しもみずから驚きはしなかったし、自分の力を借りにくる芸術的なあるいは慈善的な事業のために、その勢力を利用することを知っていた。ただそれらの事業の表立った世話は、みな他人に任せておいた。というのは、彼女は自分の地位相当の振る舞いをする術すべを心得てはいたけれど、野中の寂しい別荘で暮らした多少粗野な幼年時代から、あるひそかな独立的気質を受け継いでいたのである。その気質は、社交界にたいして面白がりながらも疲れを覚えたが、しかし愛想のよい親切な心から出るやさしい微笑の下に、倦怠けんたいの情を隠すことができるのだった。
彼女は大きな友だちクリストフのことを忘れはしなかった。がもちろん彼女はもう、無言のうちに潔白な愛情を燃やしている少女ではなかった。現在のグラチアは、きわめて思慮深い女で少しも空想的ではなかった。自分の幼い愛情のいろんな誇張にたいしては、穏やかな皮肉の念をいだいていた。とは言え、それらの追憶によって心を動かされずにはいられなかった。クリストフの思い出は彼女の生活のもっとも純潔なころと結びついていた。彼の名前を聞くとうれしかった。そして彼の成功を一々、あたかも自分がそれに関係してるかのように楽しんでいた。なぜなら彼女は彼の成功を予感したのだったから。彼女はパリーへ来るとすぐに、彼に再会しようとした。少女時代の昔の名まで書き添えて、彼へ招待状を出した。クリストフはそれに注意も払わないで、招待状を屑籠くずかごに投げ込んだまま、返事さえ出さなかった。彼女は別に気を悪くしなかった。彼に知らせないようにして、彼の仕事やまた多少生活までも探っていた。新聞紙が彼にたいしてなした最近の戦いにおいて、親切な救いの手を彼へ差し出したのは、彼女だったのである。清麗なグラチアは、新聞社会とはほとんど関係をもたなかった。しかし友へ尽くす場合になると、狡猾こうかつな策略を用いて、もっとも嫌きらいな人々をさえ取り込むことができた。吠ほえたてる犬どもの群れを率いてる新聞社長を、彼女は招待した。そしてたやすく気を乱さしてしまった。彼の自尊心を喜ばすことができた。彼を瞞だましこみながらうまく誘って、クリストフに向けられる攻撃に関し軽蔑けいべつ的な驚きの言葉をそれとなくちょっと発しただけで、戦いをぴたりとやめさしたのである。社長は翌日現われるはずだった侮辱的な記事を差し止めた。筆者が記事差し止めの理由を尋ねると、社長はきびしくしかりつけた。そしてなおそれ以上のことをした。頤使いしのままになる部下の一人に命じて、半月ばかりたつうちに、クリストフにたいする賛嘆の記事をこしらえさした。でき上がったその記事は、思いどおりの感激的な大袈裟おおげさなものだった。また、大使館でクリストフの作品を聴きかせようと思い立ったのも、グラチアだったし、クリストフがセシルを贔屓ひいきにしてることを知って、その若い歌手を世に知らせようと尽力したのも、グラチアだった。それからまた、彼女はドイツの外交社会との関係によって、穏やかな巧妙さで、ドイツから放逐されてるクリストフに対する政府筋の同情を、ごく徐々に喚起させ始めた。そしてしだいに世論の趨勢すうせいを一定さして、故国の名誉たる大芸術家に故国の門を開いてやるべき勅令を、皇帝から得させようとつとめた。その特赦状を期待するのは目下のところまだ尚早しょうそうに失するとしても、少なくとも彼女は、彼が故郷の町へ数日の旅をすることについて、当局に眼をつぶってもらうことができたのだった。
そしてクリストフは、眼に見えない友の存在を自分の上に感じながら、それがだれであるかを見出し得なかったけれど、鏡の中で微笑ほほえみかけた若い聖ヨハネの面影のうちに、今やその本体を見てとった。

二人は過去のことを話した。話してる事柄がどんなことであるか、クリストフはほとんど自分でもわからなかった。人は愛する女をよく見ないと同じく、その言葉をもよく聞きはしない。そして深く愛するときには、愛してるということさえも考えない。クリストフは何にも気づかなかった。彼女がそこにいる、それだけでもう十分だった。他のことはもう何も存在しなかった……。
グラチアは話しやめた。ごく背の高い、かなり美男子の、身装みなりを凝らし、髯ひげを剃り、頭は半ば禿はげ、退屈げな軽蔑けいべつ的な様子をしてる、一人の若い男が、片眼鏡越しにクリストフをじろじろ見ていたが、早くも尊大な丁寧ていねいさで辞儀をしていた。
「夫ですよ。」と彼女は言った。
広間の騒々しさがまた感ぜられてきた。内心の光は消えた。クリストフはぞっとして口をつぐみ、男の挨拶あいさつに答礼しながら、すぐに引きさがってしまった。
芸術家の魂の要求こそ、また、芸術家の熱烈な生活を支配する子供らしい法則の要求こそ、実に滑稽こっけいなしかも痛烈なものである! 彼はその女の友を、昔向こうから愛せられてたときには気にも止めず、もう数年来思い浮かべたこともなかったが、今ふたたびめぐり会うや否や、彼女は自分のものであり、自分の所有であって、だれかが彼女を取ってる場合には、それは自分の手から盗んだのである、というように思えた。彼女自身にも他人へ身を与える権利はない、というように思えた。クリストフは自分のうちに何が起こってるかをみずから知らなかった。しかし彼の創造の悪魔は彼の代わりにそれをよく知っていて、そのころ切ない恋のもっとも美しい歌を幾つかこしらえ出した。
その後かなり長く彼は彼女に会わなかった。オリヴィエの悲しみと衰弱とが彼の心につきまとっていた。がついにある日、彼女からもらった住所書きを見出して、彼は思い切って訪問した。
階段を上ってゆくとき、職人らが金槌かなづちで釘くぎを打ってる音が聞こえた。控え室は荷箱やかばんでいっぱいになって取り散らされていた。伯爵夫人はお目にかかれないと給仕が答えた。クリストフは落胆して、名刺を渡して帰りかけた。ところが給仕が追っかけてきて、詫わびを言いながら彼を室に通した。敷物がすっかりめくられ巻き収められている小さな客間に、クリストフは案内された。グラチアは晴れやかな笑顔をし喜びに駆られて手を差し出しながら、彼を迎えに出て来た。つまらない恨みはみな消えてしまった。彼も同じく喜び勇んでその手を握りしめ、それに唇くちづけをした。
「ほんとに、」と彼女は言った、「おいでくだすってうれしゅうございます。あれきりお目にかからないで出発してしまうのかと、心配しておりました。」
「出発……出発なさるんですか。」
ふたたび暗い影が彼に落ちかかってきた。
「御覧のとおりですよ。」と彼女は室の中の乱雑さをさし示しながら言った。「今週の終わりには、私どもはパリーを立ち去ります。」
「長くですか。」
彼女は身振りをしながら言った。
「わかりませんわ。」
彼は口をきくのが苦しかった。喉のどがしめつけられていた。
「どこへいらっしやるのですか。」
「アメリカへまいりますの。夫がそこの大使館の一等書記官に任命されましたので。」
「そしてこれで、これで……」と彼は言った(唇くちびるが震えていた)、「……お別れですか。」
「あなた、」と彼女は彼の調子に心動かされて言った、「いいえ、お別れではありませんわ。」
「お別れするためにあなたにめぐり会ったようなものです。」
彼は眼に涙を浮かべていた。
「あなた!」と彼女はくり返した。
彼は眼に手を当てて、自分の感情を見せないように顔をそむけた。
「悲しがってはいけません。」と彼女は彼の手の上に自分の手をのせながら言った。
そのおりにまた彼は、ドイツの少女のことを頭に浮かべた。彼は口をつぐんだ。
「なぜこんなにいつまでも来てくださいませんでしたの?」と彼女はついに尋ねた。「私はあなたにお目にかかりたがっていました。けれどあなたは返事もくださらなかったでしょう。」
「私は少しも知らなかったんです、少しも知らなかったんです……。」と彼は言った。「ねえ、私に知らせないようにして、私を何度も助けてくだすったのは、あなただったでしょう……私がドイツへ帰ることができたのも、あなたのおかげだったんですね。私を見守っていてくれた親切な天使は、あなただったんですね。」
彼女は言った。
「私はいくらかでもあなたのためになるのがうれしゅうございました。たいへん御恩になっていますから。」
「なんでです?」と彼は尋ねた。「私は何にもあなたのためになることをしたことはありません。」
「どんなに私のためになってくだすったかは、あなた自身で御存じないのですわ。」と彼女は言った。
彼女は、自分が娘時代に、叔父おじのストゥヴァン家で彼に出会って、彼によって、彼の音楽によって、世の中にある美しいものを啓示されたころのことを、話し出した。そしてしだいに、やさしい興奮を見せながら、明らかなしかし控え目な短い暗示的な言葉で語った、幼いころの感動のことや、クリストフの悲しみを分かち荷になったことや、彼が皆に口笛を吹かれてそのために自分が涙を流したあの音楽会のことや、彼にあてて書いた手紙のことなどを。彼はその手紙に返事も出さなかった。それを受け取りはしなかったから。そしてクリストフは彼女の話に耳を傾けながら、今自分が覚えてる感動や、自分のほうへかがみ込んでるそのやさしい顔にたいして、心の底から起こってくる情愛などを、しみじみと過去のうちに投影さしていた。
二人はやさしい喜びの念で無邪気に話し合った。クリストフは話しながらグラチアの手をとった。そして突然二人とも話をやめた。グラチアはクリストフが自分を愛してることに気づいたし、クリストフもまたそれに気づいた……。
クリストフは気にもつかなかったが、グラチアは一時クリストフを愛したことがあった。そして今では、クリストフはグラチアを愛していた。グラチアはもう穏やかな友情しかいだいていなかった。彼女は他の男を愛していた。世間にしばしば起こるように、彼らの生活の二つの時計の一方が他方より進んでいるというだけで、彼らの生活は両方とも一変されてしまったのである……。
グラチアは手を引っ込めた。クリストフはそれを引き止めなかった。そして二人はそのまま、しばらくは言葉もなく当惑していた。
そしてグラチアは言った。
「ではこれで……。」
クリストフはくり返し訴えた。
「これでお別れですか。」
「このままのほうがよろしいと思いますわ。」
「お発たちになる前にもうお目にかかれないでしょうか。」
「ええ。」と彼女は言った。
「いつまたお目にかかれるでしょう?」
彼女は悲しげに疑いの身振りをした。
「それでは何になるでしょう、」とクリストフは言った、「ふたたびお会いしたのも何になるでしょう?」
しかし彼女のとがめる眼つきを見て、彼はすぐに言った。
「いえ、ごめんください。私がいけないんです。」
「私はこれからも始終あなたのことを考えておりますわ。」と彼女は言った。
「ああ私は、」と彼は言った、「あなたのことを考えることさえできません。私はあなたの生活を少しも知らないんです。」
平然と彼女は、自分の日常生活を、どんなふうに日々を暮らしてるかを、手短かに話してきかした。自分と夫とのことを、やさしい美しい笑顔で話してきかした。
「あああなたは、」と彼は妬ねたましげに言った、「御主人を愛していられますね。」
「ええ。」と彼女は言った。
彼は立ち上がった。
「さようなら。」
彼女も立ち上がった。そのとき初めて彼は、彼女が妊娠してることを認めた。そのために、嫌悪けんおと愛情と嫉妬しっとと熱い憐憫れんびんとの名状しがたい印象を心に受けた。彼女はその小さな客間の扉口とぐちまで送ってきた。彼は扉口で向き遜り、彼女の手のほうへ身をかがめ、それに長く唇くちびるをあてた。彼女は眼を半ばつぶって動かなかった。ついに彼は身を起こした。そして彼女の顔を見ないで、急いで出て行った。

……その時、いかなるものなるやと尋ぬる者
ありしならば、予はみずから卑下ひげの色を面おもてに
浮かべつつ、ただ愛とのみ答えしならん……

諸聖人祭の日。戸外には、灰色の光と寒い風。クリストフはセシルの家にいた。セシルは子供の揺籠ゆりかごのそばにすわっていた。通りがかりに立ち寄ったアルノー夫人が、子供の上に身をかがめてのぞき込んでいた。クリストフは夢想にふけっていた。彼は幸福を取り逃がしたような気がしていた。しかし愚痴をこぼそうとは思わなかった。幸福が存在してることを知っていた。……太陽よ、御身を愛するためには御身を見るの必要はない! 私が影の中で打ち震えてるこの冬の長い日々の間、私の心は御身でいっぱいになっている。私の愛は私を暖かくしてくれる。私は御身がそこにいることを知っている……。
セシルも夢想にふけっていた。彼女はつくづくと子供を見守って、ついにその子供を自分の子だと思うようになっていた。ああ、生活の創造的な想像たる夢想の祝福されたる力よ! 生活……生活とはなんであるか? それは冷たい理性やわれわれの眼が見るところのものではない。生活とはわれわれが夢想するところのものである。生活の基準は愛である。
クリストフはセシルをながめた。眼の大きな田舎いなかめいたその顔は、母性的な――真の母親よりもいっそう母親めいた――本能の光に輝いていた。またクリストフは、アルノー夫人の疲れたやさしい顔をながめた。そしてそこに、興深い書物の中で見るように、人妻生活の隠れたる楽しみや苦しみを読み取った。人妻の生活は往々にして、人には気づかれないが、悲しみや喜びにおいては、ジュリエットやイゾルデの恋と同じほど豊富なものである。しかも宗教的な偉大さをより多くそなえている……。

人間的にして神的なるものの伴侶はんりょ……

そして、既婚および未婚の女の幸福もしくは不幸をなすものは、信仰の有無ではないと同様に、子供の有無でもないと、クリストフは考えた。幸福というものは、魂の香かおりであり、歌う心の諧調かいちょうである。そして魂の音楽のうちのもっとも美しいものは、温情にほかならない。
オリヴィエがはいって来た。彼の挙動は落ち着いていた。新たな晴朗さが彼の青い眼に輝いていた。彼は子供に微笑ほほえみかけ、セシルやアルノー夫人と握手をし、そして静かに話し始めた。人々はやさしい驚きの念で彼を見守った。彼はもはや以前と同じではなかった。あたかも毛虫がみずから紡いだ巣の中にこもるように、苦悩といっしょに孤独の中に閉じこもっていて、辛つらい努力のあとに、自分の心痛を脱穀ぬけがらのように振るい落とすことができたのだった。もう嫌いやになって犠牲にするしかないと思っていた自分の生活をすっかりささげつくすべき、りっぱな主旨をどうして彼が見出すようになったかは、後に物語ることとしよう。そして、自分の生活をそのために投げ出そうと心の中で誓ってからは、普通の例にもれず、彼の生活はふたたび輝いてきたのだった。親しい彼らは彼をうちながめた。彼らはどういうことが起こったかを少しも知らなかった。それを彼に尋ねかねた。けれども、彼がすでに解放されて、何事についても、まただれにたいしても、愛惜や怨恨えんこんをもはやいだいていないということを、彼らは感じたのだった。
クリストフは立ち上がって、ピアノのところへ行き、オリヴィエに言った。
「ブラームスの旋律メロディーを一つ歌ってきかせようか。」
「ブラームスの?」とオリヴィエは言った。「君は今では旧敵の作をもひくのか。」
「今日は諸聖人祭だ。」とクリストフは言った。「万人にたいする赦免の日だ。」
彼は子供の眼を覚さまさないように小声で、シュワーベンの古い民謡を数句歌った。

お前が愛してくれた時のこと
わたしは有難ありがたがってるよ、
他処よそではもっとお前に幸さちあれと
わたしは祈っておりますよ……

「クリストフ!」とオリヴィエは言った。
クリストフは彼を胸に抱きしめた。
「さあ君、」と彼は言った、「僕たちは運がいいんだ。」

彼らは四人で、眠ってる子供のそばにすわっていた。少しも口をきかなかった。そしてどういうことを考えてるかと尋ねる人があったならば――彼らはみずから卑下の色を顔に浮かべてただこう答えたであろう。
「愛。」

第9巻 燃ゆる荊 第1部へ続く

 

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-Jean-Christophe