Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第8巻 女友達 (2)

Alors , ils firent deux ronds en bas du papier, pour dire qu'ils s'embrassaient. Et puis, elle essuya ses larmes, rit, et elle l'habilla en mignon Henri III, en l'affublant de sa toque et de sa pèlerine blanche, au collet relevé, comme une fraise.

À Paris, ils retrouvèrent ceux qu'ils avaient quittés. Ils ne les retrouvèrent plus tels qu'ils les avaient quittés. À la nouvelle de l'arrivée d'Olivier, Christophe accourut tout joyeux. Olivier avait autant de joie que lui à le revoir. Mais, dès les premiers regards, ils éprouvèrent une gêne inattendue. Ils essayèrent de réagir. En vain. Olivier était très affectueux; mais il y avait en lui quelque chose de changé; et Christophe le sentait. Un ami qui se marie a beau faire: ce n'est plus l'ami d'autrefois. À l'âme d'homme est toujours mélangée maintenant l'âme de femme. Christophe la flairait partout chez Olivier: dans des lueurs insaisissables de son regard, dans de légers plis de ses lèvres qu'il ne connaissait pas, dans des inflexions nouvelles de sa voix et de sa pensée. Olivier n'en avait pas conscience; mais il s'étonnait de revoir Christophe si différent de celui qu'il avait laissé. Il n'allait pas jusqu'à penser que c'était Christophe qui avait changé; il reconnaissait que le changement venait de lui-même: ce lui semblait une évolution normale, due à l'âge; et il était surpris de ne pas trouver le même progrès chez Christophe; il lui reprochait de s'être immobilisé dans des pensées, qui naguère lui étaient chères, et qui lui paraissaient aujourd'hui naïves et démodées. C'est qu'elles n'étaient plus à la mode de l'âme étrangère qui, sans qu'il s'en doutât, s'était installée en lui. Ce sentiment était plus net, lorsque Jacqueline assistait à l'entretien: alors s'interposait entre les yeux d'Olivier et Christophe un voile d'ironie. Cependant, ils tâchaient de se cacher leurs impressions. Christophe continuait de venir. Jacqueline lui décochait innocemment quelques petites flèches malignes et barbelées. Il se laissait faire. Mais quand il rentrait chez lui, il était triste.

Les premiers mois passés à Paris furent un temps assez heureux pour Jacqueline, et par suite pour Olivier. D'abord, elle fut occupée de leur installation; ils avaient trouvé dans une vieille rue de Passy un aimable petit appartement qui donnait sur un carré de jardin. Le choix des meubles et des papiers fut un jeu de quelques semaines. Jacqueline y dépensait une somme d'énergie, et presque de passion, exagérée: il semblait que son bonheur éternel dépendît d'une nuance de tenture ou du profil de quelque vieux bahut. Puis elle refit connaissance avec son père, sa mère, ses amis. Comme elle les avait totalement oubliés durant son année d'amour, ce fut une véritable redécouverte: d'autant que si son âme s'était mêlée à celle d'Olivier, un peu de celle d'Olivier s'était mêlée à la sienne, et qu'elle revoyait ses anciennes connaissances avec des yeux nouveaux. Elles lui parurent avoir beaucoup gagné. Olivier n'y perdit pas trop, d'abord. Ils se faisaient valoir mutuellement. Le recueillement moral, le clair-obscur poétique de son compagnon, faisaient trouver à Jacqueline plus d'agrément dans ces gens du monde qui ne pensent qu'à jouir, briller et plaire; et les défauts séduisants mais dangereux de ce monde qu'elle connaissait d'autant mieux qu'elle y appartenait, lui faisaient apprécier la sécurité du cœur de son ami. Elle s'amusait beaucoup à ces comparaisons, et aimait à les prolonger, pour justifier son choix.—Elles les prolongeait si bien qu'à de certains moments elle ne savait plus pourquoi elle avait fait ce choix. Ces moments ne duraient point, par bonheur. Même, comme elle en avait remords, elle n'était jamais aussi tendre avec Olivier, qu'après. Moyennant quoi, elle recommençait. Quand elle en eut pris l'habitude, elle cessa de s'en amuser; et la comparaison devint plus agressive: au lieu de se compléter, les deux mondes opposés se firent la guerre. Elle se demanda pourquoi Olivier ne possédait pas les qualités, voire un peu les défauts, qu'elle goûtait à présent chez ses amis parisiens. Elle ne le lui disait point; mais Olivier sentait le regard de la petite compagne qui l'observait sans indulgence: il en était inquiet et mortifié.

Néanmoins, il n'avait pas encore perdu sur Jacqueline l'ascendant que l'amour lui donnait; et le jeune ménage eût continué assez longtemps sa vie d'intimité tendre et laborieuse, sans les circonstances qui vinrent en modifier les conditions matérielles et rompirent son fragile équilibre.

Quivi trovammo Pluto il gran nemico...

Une sœur de Mme Langeais vint à mourir. Elle était veuve d'un riche industriel, et n'avait point d'enfants. Tout son bien passa aux Langeais. La fortune de Jacqueline en fut plus que doublée. Quand l'héritage arriva, Olivier se souvint des paroles de Christophe sur l'argent, et dit:

—Nous étions bien sans cela, peut-être sera-ce un mal.

Jacqueline se moqua de lui:

—Bêta! dit-elle. Comme si cela pouvait jamais faire du mal! D'abord, nous ne changerons rien à notre vie.

La vie resta en effet la même, en apparence. Si bien la même qu'après un certain temps on entendait Jacqueline se plaindre de n'être pas assez riche: preuve évidente qu'il y avait quelque chose de changé. Et de fait, bien que leurs revenus eussent triplé, tout était dépensé, sans qu'ils sussent à quoi. C'était à se demander comment ils avaient pu faire auparavant. L'argent fuyait, absorbé par mille frais nouveaux, qui semblaient aussitôt habituels et indispensables. Jacqueline avait fait connaissance avec les grands tailleurs; elle avait congédié la couturière familiale, qui venait à la journée et qu'on connaissait depuis l'enfance. Où était le temps des petites toques de quatre sous, qu'on fabriquait avec un rien, et qui étaient jolies,—de ces robes dont l'élégance n'était pas impeccable, mais qui étaient éclairées de son reflet gracieux, qui étaient un peu d'elle-même? Le doux charme d'intimité qui rayonnait de tout ce qui l'entourait, s'effaçait chaque jour. Sa poésie s'était fondue. Elle devenait banale.

On changea d'appartement. Celui qu'on avait eu tant de peine et de plaisir à installer sembla étroit et laid. Au lieu des modestes petites chambres, toutes rayonnantes d'âme, aux fenêtres desquelles un arbre ami balançait sa silhouette gracile, on prit un appartement vaste, confortable, bien distribué, que l'on n'aimait pas, que l'on ne pouvait aimer, où l'on mourait d'ennui. Aux vieux objets familiers on substitua des meubles, des tentures, qui étaient des étrangers. Il n'y eut plus nulle part de place pour le souvenir. Les premières années de vie commune furent balayées de la pensée... Grand malheur pour deux êtres unis, quand se brisent les liens qui les rattachent à leur passé d'amour! L'image de ce passé est une sauvegarde contre les découragements et les hostilités, qui succèdent fatalement aux premières tendresses... La facilité des dépenses avait rapproché Jacqueline, à Paris et en voyage,—(car maintenant qu'ils étaient riches, ils voyageaient souvent)—d'une classe de gens riches et inutiles, dont la société lui inspirait une sorte de mépris pour le reste des hommes, pour ceux qui travaillent. Avec son merveilleux pouvoir d'adaptation, elle s'assimilait sur-le-champ ces âmes stériles et gangrenées. Impossible de réagir. Aussitôt, elle se cabrait, irritée, traitant de «bassesse bourgeoise» l'idée qu'on pût—qu'on dût—être heureux par le devoir domestique et dans l'aurea mediocritas. Elle avait perdu jusqu'à la compréhension des heures passées, où dans l'amour elle s'était généreusement donnée.

Olivier n'était pas assez fort pour lutter. Lui aussi avait changé. Il avait laissé son professorat, il n'avait plus de tâche obligée. Il écrivait seulement; et l'équilibre de sa vie en était modifié. Jusque-là, il avait souffert de ne pouvoir être tout à l'art. Maintenant, il était tout à l'art, et il se sentait perdu dans le monde des nuées. L'art qui n'a pas pour contrepoids un métier, pour support une forte vie pratique, l'art qui ne sent point dans sa chair l'aiguillon de la tâche journalière, l'art qui n'a point besoin de gagner son pain, perd le meilleur de sa force et de sa réalité. Il est la fleur du luxe. Il n'est plus—(ce qu'il est chez les plus grands des artistes),—le fruit sacré de la peine humaine... Olivier connaissait le désœuvrement: «À quoi bon?...» Rien ne le pressait plus: il laissait rêver sa plume, il flânait, il était désorienté. Il avait perdu contact avec ceux de sa classe, qui creusaient patiemment, durement, leur sillon. Il était tombé dans un monde différent, où il était mal à l'aise, et qui pourtant ne lui déplaisait pas. Faible, aimable et curieux, il observait complaisamment ce monde non sans grâce, mais sans consistance; et il ne s'apercevait pas qu'il se laissait teinter par lui: sa foi n'était plus aussi sûre.

La transformation était moins rapide chez lui que chez Jacqueline. La femme a le redoutable privilège de pouvoir changer tout d'un coup tout entière. Ces morts et ces renouvellements instantanés de l'être terrifient ceux qui l'aiment. Il est pourtant naturel, pour un être plein de vie que ne tient pas en bride la volonté, de ne plus être demain ce qu'il fut aujourd'hui. Telle une eau qui s'écoule. Qui l'aime doit la suivre, ou bien doit être fleuve et l'emporter dans son cours. Dans les deux cas, il faut changer. Épreuve dangereuse: on ne connaît vraiment l'amour qu'après l'y avoir soumis. Et son harmonie est si délicate, dans les premières années de vie commune, qu'il suffit souvent de la plus légère altération en l'un des deux amants, pour tout détruire. Combien plus, un changement brusque de fortune ou de milieu! Il faut être bien fort—ou bien indifférent—pour y résister.

Jacqueline et Olivier n'étaient ni indifférents, ni forts. Ils se voyaient l'un l'autre dans une lumière nouvelle; et le visage ami leur devenait étranger. Aux heures où ils faisaient cette triste découverte, ils se cachaient l'un de l'autre, par une piété d'amour: car ils s'aimaient toujours. Olivier avait le refuge de son travail, dont l'exercice régulier lui procurait le calme. Jacqueline n'avait rien. Elle ne faisait rien. Elle restait indéfiniment au lit, ou à sa toilette, assise pendant des heures, à demi dévêtue, immobile, absorbée; et une sourde tristesse goutte à goutte s'amassait, comme une brume glaciale. Elle était incapable de faire diversion à l'idée fixe de l'amour... L'amour! La plus divine des choses humaines, quand il est un don de soi. La plus sotte et la plus décevante, quand il est une chasse au bonheur... Impossible à Jacqueline de concevoir un autre but à la vie. Dans des moments de bonne volonté, elle essaya de s'intéresser aux autres, à leurs misères: elle n'y parvint point. Les souffrances des autres lui causaient une répulsion invincible; ses nerfs n'en supportaient pas le spectacle ni la pensée. Pour tranquilliser sa conscience, elle avait fait deux ou trois fois quelque chose qui ressemblait à du bien: le résultat avait été médiocre.

—Voyez donc, disait-elle à Christophe. Quand on veut faire le bien, on fait le mal. Il vaut mieux s'abstenir. Je n'ai pas la vocation.

Christophe la regardait: et il pensait à une de ses amies de rencontre, une grisette égoïste, immorale, incapable d'affection vraie, mais qui, dès qu'elle voyait souffrir, se sentait des entrailles de mère pour l'indifférent de la veille ou pour un inconnu. Les soins les plus répugnants ne la rebutaient point: elle éprouvait même un singulier plaisir, à ceux qui demandaient le plus d'abnégation. Elle ne s'en rendait pas compte: il semblait qu'elle y trouvât l'emploi de toute sa force d'idéal obscure, inexprimée; son âme, atrophiée dans le reste de sa vie, respirait, à ces rares instants; d'adoucir un peu de souffrance, elle ressentait un bien-être; et sa joie alors était presque déplacée.—La bonté de cette femme, qui était égoïste, l'égoïsme de Jacqueline, qui pourtant était bonne: ni vice, ni vertu; hygiène pour toutes deux. Mais l'une se portait mieux.

Jacqueline était écrasée par l'idée de la souffrance. Elle eût préféré la mort à la douleur physique. Elle eût préféré la mort à la perte d'une des sources de sa joie: sa beauté ou sa jeunesse. Qu'elle n'eût pas tout le bonheur auquel elle croyait avoir droit,—(car elle croyait au bonheur, c'était chez elle une foi, entière et absurde, une foi religieuse),—que d'autres eussent plus de bonheur, cela lui paraissait la plus horrible des injustices. Le bonheur n'était pas seulement la foi, il était la vertu. Être malheureux lui semblait une infirmité. Toute sa vie s'orientait peu à peu d'après ce principe. Son vrai caractère avait surgi des voiles idéalistes, dont vierge elle s'enveloppait avec une pudeur craintive. Par réaction contre cet idéalisme passé, elle regardait les choses d'un regard net et cru. Elle ne les estimait que dans la mesure où elles s'accordaient avec l'opinion du monde et avec la commodité de la vie. Elle en était venue à l'état d'esprit de sa mère: elle allait à l'église, et pratiquait, avec une ponctualité indifférente. Elle ne se tourmentait plus de savoir si cela était vrai: elle avait d'autres tourments plus positifs; et elle pensait avec une pitié ironique à ses révoltes mystiques d'enfant.—Son esprit positif d'aujourd'hui n'était pas plus réel que son idéalisme d'hier. Elle se forçait. Elle n'était ni ange, ni bête. Elle était une pauvre femme qui s'ennuie.

Elle s'ennuyait, s'ennuyait... elle s'ennuyait d'autant plus qu'elle ne pouvait se donner comme excuse qu'elle n'était pas aimée, du qu'elle ne pouvait souffrir Olivier. Sa vie lui paraissait bloquée, murée, sans avenir; elle aspirait à un bonheur nouveau, sans cesse renouvelé,—rêve enfantin que ne légitimait point la médiocrité de son aptitude au bonheur. Elle était comme tant d'autres femmes, tant de ménages désœuvrés, qui ont toutes les raisons d'être heureux, et qui ne cessent de se torturer. On en voit, qui sont riches, qui ont de beaux enfants, une bonne santé, qui sont intelligents et capables de sentir les belles choses, qui possèdent tous les moyens d'agir, de faire du bien, d'enrichir leur vie et celle des autres. Et ils passent leur temps à gémir qu'ils ne s'aiment pas, qu'ils en aiment d'autres, ou qu'ils n'en aiment pas d'autres,—perpétuellement occupés d'eux-mêmes, de leurs rapports sentimentaux ou sexuels, de leurs prétendus droits au bonheur, de leurs égoïsmes contradictoires, et discutant, discutant, discutant, jouant la comédie du grand amour, la comédie de la grande souffrance, et finissant par y croire... Qui leur dira:

—Vous n'êtes aucunement intéressants. Il est indécent de se plaire, quand on a tant de moyens de bonheur!

Qui leur arrachera leur fortune, leur santé, tous ces dons merveilleux, dont ils sont indignes! Qui remettra sous le joug de la misère et de la peine véritable ces esclaves incapables d'être libres, que leur liberté affole! S'ils avaient à gagner durement leur pain, ils seraient contents de le manger. Et s'ils voyaient en face le visage terrible de la souffrance, ils n'oseraient plus en jouer la comédie révoltante...

Mais, au bout du compte, ils souffrent. Ils sont des malades. Comment ne pas les plaindre?—La pauvre Jacqueline était aussi innocente de se détacher d'Olivier qu'Olivier l'était de ne pas la tenir attachée. Elle était ce que la nature l'avait faite. Elle ne savait pas que le mariage est un défi à la nature, et que, quand on a jeté le gant à la nature il faut s'attendre à ce qu'elle le relève, et s'apprêter à soûl tenir vaillamment le combat qu'on a provoqué. Elle s'apercevait qu'elle s'était trompée. Elle en était irritée contre elle-même; et cette déception se tournait en hostilité contre tout ce qu'elle avait aimé, contre la foi d'Olivier, qui avait été aussi la sienne. Une femme intelligente a, plus qu'un homme, par éclairs, l'intuition des choses éternelles; mais il lui est plus difficile de s'y maintenir. L'homme qui a conçu ces pensées, les nourrit de sa vie. La femme en nourrit sa vie; elle les absorbe, elle ne les crée point. Constamment il faut jeter dans son esprit et dans son cœur un nouvel aliment: ils ne se suffisent pas. Faute de croire et d'aimer elle détruit,—à moins qu'elle n'ait reçu cette grâce du ciel: le calme, vertu suprême.

Jacqueline avait cru passionnément, naguère, à l'union conjugale, fondée sur une foi commune, au bonheur de lutter de peiner et d'édifier ensemble. Mais cette foi, elle n'y avait cru que lorsque le soleil de l'amour la dorait; à mesure que le soleil tombait, la foi lui apparaissait comme une montagne aride, sombre, dressée sur le ciel vide; et Jacqueline se sentait sans force, pour poursuivre la route: à quoi bon atteindre au sommet? Qu'y avait-il de l'autre côté? Quelle immense duperie!... Jacqueline ne pouvait plus comprendre comment Olivier continuait de se laisser duper par ces chimères qui dévoraient la vie; et elle se disait qu'il n'était ni très intelligent, ni très vivant. Elle étouffait dans son atmosphère, irrespirable pour elle; et l'instinct de conservation la poussait, pour se défendre, à attaquer. Elle travaillait à réduire en poussière les croyances ennemies de celui qu'elle aimait encore; elle usait de toutes ses armes d'ironie et de volupté; elle l'enlaçait des lianes de ses désirs et de ses menus soucis; elle aspirait à faire de lui un reflet d'elle-même,... d'elle-même qui ne savait plus ce qu'elle voulait, ce qu'elle était! Elle se trouvait humiliée de ce qu'Olivier, ne réussît point; et il ne lui importait plus que ce fût à tort ou à raison: car elle en venait à croire qu'en fin de compte ce qui distingue le raté de l'homme de talent, c'est le succès. Olivier sentait peser sur lui ces doutes, et il en perdait le meilleur de ses forces. Cependant, il luttait de son mieux, comme tant d'autres ont lutté et lutteront, vainement pour la plupart, dans cette lutte inégale où l'instinct égoïste de la femme s'appuie, contre l'égoïsme intellectuel de l'homme, sur la faiblesse de l'homme, sur ses déceptions et sur son sens commun, qui est le nom dont il couvre l'usure de la vie et sa propre lâcheté.—Du moins, Jacqueline et Olivier étaient supérieurs à la plupart des combattants. Car Olivier n'eût jamais trahi son idéal, comme ces milliers d'hommes qui se laissent entraîner par les sollicitations de leur paresse, de leur vanité et de leur amour mêlés, à renier leur âme éternelle. Et s'il l'eût fait, Jacqueline l'eût méprisé. Mais, dans son aveuglement, elle s'acharnait à détruire cette force d'Olivier, qui était aussi la sienne, leur sauvegarde à tous deux; et par une stratégie instinctive, elle minait les amitiés sur lesquelles cette force s'appuyait.

Depuis l'héritage, Christophe était dépaysé dans la compagnie du jeune ménage. L'affectation de snobisme et d'esprit pratique un peuplât, que Jacqueline malignement exagérait, dans ses conversations avec lui, arrivait à ses fins. Il se révoltait parfois, et disait des choses dures, qui étaient mal prises. Elles n'eussent pourtant jamais amené une brouille entre les deux amis: ils étaient trop attachés l'un à l'autre. Pour rien au monde, Olivier n'eût voulu sacrifier Christophe. Mais il ne pouvait l'imposer à Jacqueline; et faible par amour, il était incapable de lui faire de la peine. Christophe, qui vit ce qui se passait en lui, lui facilita le choix, en se retirant de lui-même. Il avait compris qu'il ne pouvait rendre aucun service à Olivier, en restant: il lui nuisait plutôt. Il trouva des prétextes pour s'éloigner de lui; et la faiblesse d'Olivier accepta ces mauvaises raisons; mais il devinait le sacrifice de Christophe, et il était déchiré de remords.

Christophe ne lui en voulait pas. Il pensait qu'on n'a pas tort de dire que la femme est la moitié de l'homme. Car un homme marié n'est plus qu'une moitié d'homme.

Il tâcha de réorganiser sa vie, en se passant d'Olivier. Mais il avait beau se persuader que la séparation ne serait que momentanée: malgré son optimisme, il eut de tristes heures. Il avait perdu l'habitude d'être seul. Certes, il l'avait été, pendant le séjour d'Olivier en province; mais alors, il pouvait se faire illusion; il se disait que l'ami était loin, mais qu'il reviendrait. Maintenant, l'ami était revenu, et il était plus loin que jamais. Cette affection, qui avait rempli sa vie pendant plusieurs années, lui manquait tout d'un coup; c'était comme s'il avait perdu le meilleur de ses raisons d'agir. Depuis qu'il aimait Olivier, il avait pris l'habitude de l'associer à tout ce qu'il pensait. Le travail ne pouvait suffire à combler le vide: car Christophe s'était accoutumé à mêler au travail l'image de l'ami. Et maintenant que l'ami se désintéressait de lui, Christophe était comme quelqu'un qui a perdu son équilibre: afin de le rétablir, il cherchait une autre affection.

Celles de Mme Arnaud et de Philomèle lui restaient. Mais, en ce moment, ces tranquilles amies ne pouvaient lui suffire.

Cependant, les deux femmes semblaient deviner le chagrin de Christophe, et elles sympathisaient en secret avec lui. Christophe fut bien surpris, un soir, de voir entrer chez lui Mme Arnaud. Elle ne s'était jamais hasardée encore à lui faire visite. Elle paraissait agitée. Christophe n'y prit pas garde; il attribua ce trouble à sa timidité. Elle s'assit, et elle ne disait rien. Christophe, pour la mettre à l'aise, fit les honneurs de son appartement; on causa d'Olivier, dont les souvenirs remplissaient la chambre. Christophe en parlait gaiement, sans rien qui décelât ce qui s'était passé. Mais Mme Arnaud ne put s'empêcher de le regarder avec un peu de pitié et de lui dire:

—Vous ne vous voyez presque plus?

Il pensa qu'elle était venue pour le consoler; et il en eut de l'impatience: car il n'aimait point qu'on se mêlât de ses affaires. Il répondit:

—Quand il nous plaît.

Elle rougit, et dit:

—Oh! ce n'était pas une question indiscrète!

Il regretta sa brusquerie, et il lui prit les mains:

—Pardon, dit-il. J'ai toujours peur qu'on ne l'attaque. Pauvre petit! Il en souffre autant que moi... Non, nous ne nous voyons plus.

—Et il ne vous écrit pas?

—Non, fit Christophe, un peu honteux...

—Comme la vie est triste! dit Mme Arnaud, après un moment.

Christophe releva la tête.

—Non, la vie n'est pas triste, dit-il. Elle a des heures tristes.

Mme Arnaud reprit, avec une amertume voilée:

—On s'est aimé, on ne s'aime plus. À quoi cela a-t-il servi?

—On s'est aimé.

Elle dit encore:

—Vous vous êtes sacrifié à lui. Si du moins votre sacrifice servait à celui qu'on aime! Mais il n'en est pas plus heureux!

—Je ne me suis pas sacrifié, dit Christophe avec colère. Et si je me sacrifie, c'est que cela me fait plaisir. Il n'y a pas à discuter. On fait ce qu'on doit faire. Si on ne le faisait pas, c'est pour le coup qu'on serait malheureux! Rien de stupide comme ce mot de sacrifice! Je ne sais quels clergymen, avec leur pauvreté de cœur, y ont mêlé une idée de tristesse protestante, morose et engoncée. Il semble que pour qu'un sacrifice soit bon, il faut qu'il soit embêtant... Au diable! Si un sacrifice est une tristesse pour vous, non une joie, ne le faites pas, vous n'en êtes pas digne. Ce n'est pas pour le roi de Prusse qu'on se sacrifie, c'est pour soi. Si vous ne sentez pas le bonheur qu'il y a à vous donner, allez vous promener! Vous ne méritez pas de vivre.

Mme Arnaud écoutait Christophe, sans oser le regarder. Brusquement, elle se leva, et dit:

—Adieu.

そこで彼らは紙の下のほうに二つの輪を書いて、抱擁し合う意味を表わした。それから、彼女は涙を拭ふき、笑顔をした。そして、丸襞襟まるひだえりのような立ち襟の白い短外套がいとうと縁なし帽子とを彼に着せかけて、アンリー三世の小姓こしょうみたいに仕立てた。

パリーで彼らは、以前別れた人々と再会した。けれどももう皆様子が違っていた。クリストフもオリヴィエが到着した報に接して、大喜びで駆けつけていった。オリヴィエも彼と会うのが同様にうれしかった。しかし初め一目見たときから、彼らは意外な窮屈さを感じた。二人ともそれを押しのけようとしたが、だめだった。オリヴィエはたいへん優しかったけれど、彼のうちには何か変わったものがあった。クリストフはそれを感じた。結婚した友はいかにつとめても、もはや昔どおりの友ではない。男の魂にはもうかならず女の魂が交じっている。クリストフはオリヴィエのうちの至るところ、眼つきのとらえがたい輝きのうちに、見覚えのない唇くちびるの軽い皺しわのうちに、声や思想の新しい抑揚のうちに、女の魂を嗅かぎ取った。オリヴィエはそれにみずから気づいていなかった。しかし彼は、別れたときとはたいへん違ってるクリストフを見て驚いた。クリストフが変わったのだとまでは考えなかった。自分のほうが変わったのだと認めた。けれどそれは、年齢から来る尋常な進化であると思われた。そしてクリストフのうちに同様の進歩が見えないのに驚いた。クリストフがいつまでも同じ思想のうちにとどまってるのが、不満でたまらなかった。それらの思想は、以前は彼にも尊いものだったが、今はもう幼稚な流行遅れのもののような気がした。というのは、彼が知らないまに彼のうちにはいり込んだも一つの他の魂の流儀に、それがかなっていなかったからである。そういう感じは、ジャックリーヌが話に加わるときいっそうはっきりしてきた。するとオリヴィエとクリストフとの眼の間に、皮肉の帷とばりがはさまってきた。それでも彼らはたがいに自分の感銘を隠そうと努めた。クリストフはやって来るのをやめなかった。ジャックリーヌは意地悪い刺々とげとげした小さな矢を、なんの気なしに彼へ投げつけた。彼はそれを勝手にさしておいた。しかし自分の家に帰ると悲しくなった。
パリーで過ごした初めの幾月かは、ジャックリーヌにとって、したがってまたオリヴィエにとっても、かなり幸福な時だった。初め彼女は、住居のことに気を奪われた。二人はパッシーの古い通りに、ちょっとした庭に面した小ぎれいな部屋へやを見出していた。家具や張り紙を選択することが数週間の仕事だった。ジャックリーヌはそのために、非常な精力と大袈裟おおげさな熱情をさえも費やした。あたかも彼女の永遠の幸福が、壁紙の色合いや古戸棚とだなの横顔にでも基づいてるかのようだった。つぎに彼女は、父や母や友人らとふたたび交わりだした。彼女は恋愛の間彼らをすっかり忘れていたので、それはまったく再発見と同様だった。彼女の魂がオリヴィエの魂に交じっていたとしても、オリヴィエの魂も多少彼女の魂に交じっていて、彼女は新しい眼で旧知の人々を見たので、ますますその感じが深かった。彼女には彼らがりっぱな者に思われた。と言ってそのために、初めのうちはオリヴィエの価値が減じはしなかった。両者はたがいに価値づけ合っていた。夫の精神的沈潜や詩的な薄ら明かりは、ジャックリーヌをして、享楽や光輝や他人の好感などをのみ求めるそれら社交界の人々のうちに、より多くの愉悦を見出さしめた。また、自分が属していただけによく知ってる社交界の魅惑的なしかし危険な欠点は、彼女をして、夫の心の堅実性を高く評価せしめた。彼女はそういう比較を面白く思い、自分の選択を正当視するために長くそれをつづけた。――あまり長くつづけるうちには、どうして自分が今の選択をしたのかもうわからなくなる瞬間さえあった。仕合わせにもその瞬間は長つづきしなかった。彼女はそれをみずからとがめたので、そのあとではオリヴィエにたいしてこの上もなくやさしかった。がそうすることによって、彼女はまた比較を始めだした。それが習慣となってしまうと、もう面白みは覚えなくなった。そして比較はいっそう辛辣しんらつになった。相反した二つの世界は、たがいに補い合うどころか戦いを始めた。パリーの友人らのうちに自分が現在味わってるいろんな長所を、のみならずまた短所の多少をも、どうしてオリヴィエがもっていないのだろうかと、彼女は考えてみた。彼女はそのことを彼に言いはしなかった。しかしオリヴィエは、自分を用捨なく観察してる妻の眼つきを感じた。彼は不安と心痛とを覚えさせられた。
けれども彼はなお、恋愛から与えられた優越権をジャックリーヌにたいして失ってはいなかった。そしてこの若い夫婦は、やさしい勤勉な親愛の生活をかなり長くつづけてゆけるはずだった。ところがある事情のため、生活の物質的条件が一変をきたして、その脆もろい平衡を破ってしまった。

そこにてわれらは大敵プルートーを見出せり……。

ランジェー夫人の姉妹の一人が死亡した。それは富裕な工業家の寡婦であって、子供がなかった。でその財産はすべてランジェー家に渡った。ジャックリーヌの財産もそのためにたいへん増加した。その相続財産がやって来たとき、オリヴィエは金銭に関するクリストフの言葉を思い出して、こう言った。
「そんなものはなくてもいいじゃないか。かえって禍わざわいになるかもしれない。」
ジャックリーヌは嘲笑あざわらった。
「馬鹿なことをおっしゃるわね。」と彼女は言った。「禍になるなんてことがあるものですか。第一私たちの生活だって、そのためにちっとも変わりはしないでしょう。」
実際二人の生活は表面上少しも変わらなかった。まだ財産が足りないというジャックリーヌの嘆声がしばらくして聞かれたほど、同じような生活だった。しかしそれこそ、何か変わったものがある明らかな証拠だった。彼らの収入が二倍三倍したのは事実であるが、何に使ったかわからないまにそれがみななくなっていった。以前どうして暮らしてゆけたかが怪しまれるほどだった。金はみないろんな新しい費用のために吸い取られて消えていった。それらの費用もすぐに習慣的となり欠くべからざるものとなった。ジャックリーヌは一流の仕立屋と近づきになっていた。子供のときから知ってる日雇いの出入りの仕立屋とは、手を切ってしまっていた。つまらないものでできてはいるがそれでもなおきれいな、あの廉価な小さい帽子をかぶってた時代――非のうちどころのないほど優美なものではないが、しかし彼女の容姿を反映して輝き、彼女自身の一部とも言うべき、あれらの服をつけていた時代、それはどこへいってしまったのであろう? 彼女の身のまわりに光被していた親和な落ち着いた魅力は、日に日に消えていった。彼女の詩趣は融とけ去っていった。彼女は通俗な女となってしまった。
彼らは住居を変えた。あれほどの苦心と喜びとで定めた住居は、もう狭く醜いものに思われた。すっかり魂がこもって輝き渡り、窓にはなつかしい一本の木がその細長い姿を揺すってる、あのささやかな小さな室々を捨てて、自分たちが好みもせず好むこともできず退屈でたまらない、広い安楽な間取りのいい部屋に移った。馴染なじみ深い古い品物の代わりに、親しみのない道具や壁紙を取り付けた。もはやどこにも思い出をこめる場所がなかった。共同生活の初めのころのことは、すっかり頭から追い払われた……。過去の恋愛に二人を結び付ける絆きずなが断たれるのは、いっしょになってる二人にとっては大なる不幸である。その過去の面影は、初めの情愛のあとに必然起こってくる落胆や敵視にたいして、二人を保護してくれるものなのである……。容易に金が使えるためにジャックリーヌは、パリーや旅行中で――(金持ちとなった今では二人はしばしば旅していた)――富裕無用な人々の階級に接近した。そして彼らと交際してるうちに、他の人々にたいして、働いてる人々にたいして、一種の軽侮の念を起こさせられた。彼女は驚くべき順応力によって、それらの廃頽はいたいした無駄むだな魂とすぐ同化した。それに抵抗することができなかった。するとただちに憤然といきりたって、家庭の務めと中庸の財産とをもって人は幸福であり得る――幸福であり得なければならない――という思想を、「市井的な卑しいもの」だと見なした。恋愛のうちに惜し気もなく自己を投げ出した過去のことを、会得することさえできなくなった。
オリヴィエは戦えるほど強くはなかった。彼自身もまた変わっていた。教師の職を捨てて、もう何にも義務的な仕事をもたなかった。ただ文筆を執ってるばかりだった。生活の平衡はそのために変わってきた。これまで彼は、芸術にすっかり没頭できないのを苦しんでいた。ところが今や芸術に身を委ゆだねてしまうと、雲霧のなかに迷い込んだ心地がした。職責を分銅ふんどうとせず強い実生活を支持としない芸術、おのが肉体のなかに日々の務めの針を感じない芸術、パンを得る必要のない芸術は、そのもっともよき力と現実性とを失うものである。それはもはや贅沢ぜいたくの花にすぎない。それはもはや人間の苦しみの神聖な果実――(もっとも偉大なる芸術家のうちに存するところのもの)――ではない……。オリヴィエは「なんのためになるか……」という懶惰らんださを感じた。もう何物も彼を促すものがなかった。彼はそのペンを夢想にふけらせ、あちらこちらへ彷徨ほうこうし、道に迷ってしまった。おのが生の道筋を気長に孜々ししとして掘っている同類の人々とも、接触することがなくなった。勝手は悪いがそれでも面白くなくもない異なった世界へ、陥ってしまった。気の弱い柔和な好奇ものずきな彼は、優雅は欠けていないが堅固さが欠けてるその世界を、楽しげに観察してみた。そしてしだいにその色に染められてることにはみずから気づかなかった。彼の信念はもう以前ほど確固たるものではなかった。
その変化は、彼においてはジャックリーヌにおけるほど急速ではなかった。女は一挙に全然変わり得るという恐るべき天性をもっている。一身のうちに瞬間に起こるそれらの死滅や更生は、その一身を愛する人々をして駭然がいぜんたらしむるものがある。けれども、意志の制御を受けない生気に満ちた者にとっては、明日はもはや今日と同じでないことも、自然の事柄であるに違いない。それは流るる水である。愛する者はその流れに従ってゆくか、あるいはみずから河となってそれをおのが流れの中に取り入れるか、いずれかの道しかない。そしていずれの場合においても変化を免れない。それは危険な試練である。人は恋愛に服従したあとでなければ、恋愛をほんとうには知り得ない。共同生活の初年に当たっては、恋愛の調和はいかにも微妙なものであって、二人のいずれか一方に些細ささいな変調をきたすだけで、往々全体を破壊することがある。まして財産や環境の突然の変化は、いかに大なる影響を及ぼすかわからない。それに抵抗するためには、きわめて強く――もしくはきわめて無頓着むとんじゃくで――あらなければならない。
ジャックリーヌとオリヴィエとは、無頓着でもなく強くもなかった。彼らは二人とも今までと違った光のなかで顔を見合わした。そして相手の顔が見知らぬものとなったような気がした。その悲しい発見をしたときに、彼らは愛の憐あわれみからしてたがいに自分の心を隠し合った。彼らはまだやはり愛し合っていたのである。オリヴィエは仕事という隠れ家をもっていた。規則的に勉強すると平静な気持になることができた。ジャックリーヌには何にもなかった。何にもしてはいなかった。いつまでも寝床にぐずついたり化粧にかかったりして、幾時間も半ば裸のままじっと腰をおろしてぼんやりしていた。そして鈍い悲しみが一滴ずつ冷たい霧のようにたまってきた。彼女は愛という一念から気をそらすことができなかった。……愛! それが自我の寄与である場合には、人事のうちでもっとも崇高なものとなる。それが幸福の追求である場合には、もっとも愚かなもっとも瞞着まんちゃく的なものとなる……。ジャックリーヌは愛以外に生の目的を考えることができなかった。善意をいだいてるときには、他人に、他人の悲惨に心を寄せようと試みた。けれどそれはうまくいかなかった。他人の苦しみにたいするとどうにも厭いやでしかたなかった。それを見ることも考えることも彼女の神経には堪えがたかった。彼女は自分の良心を安めるために、慈善に似寄ったことを二、三度行なってみた。その結果はつまらないものだった。
「ねえごらんなさい。」と彼女はクリストフに言った。「善よいことをしようと思うと、かえって悪いことをしてるものです。差し控えてるほうがましですわ。私には善いことをする天性がありません。」
クリストフは彼女の顔を見守った。そして偶然出会って知った女どものある一人のことを考えた。それは堕落女工であって、利己的で不品行で真の愛情などはもつことができないのだったが、しかし苦しんでる者を見ると、それが一日の知人であろうと未知の人であろうと、かならずその人にたいして母親めいた心持を起こすのだった。もっとも厭な世話をも辞さなかった。もっとも多くの献身的な行ないを求める人々にたいしては、不思議な喜びの情をさえも覚えた。彼女は自分でもそれがどうしてだかよく知らなかった。おそらくは、おぼろな隠れた理想的な力の用途を、そこに見出してたのであろう。彼女の魂は生活の他の場合には萎縮いしゅくしきっていたが、そういうまれなおりにだけは大きく呼吸していた。他人の苦しみを少し和らげてやると、彼女はある安楽を感じた、そのときの彼女の喜びは、ほとんど不相応なものであった。――利己的であるその女の温情は、そしてまた、元来親切であるジャックリーヌの利己心は、共に美徳でも悪徳でもなかった。それが二人にとっては摂生法だったのである。ただ女工のほうがいっそう健康であった。
ジャックリーヌは苦悩のことを考えるとまいってしまった。肉体上の苦しみよりは死のほうが好ましいほどだった。美貌びぼうや青春など、自分の喜びの源の一つを失うくらいなら、むしろ死ぬほうが望ましいほどだった。所有すべき権利があると思ってるすべての幸福を所有しないこと――(彼女は幸福を信じていて、幸福は彼女においては、全的な荒唐無稽むけいな信仰であり、宗教的な信仰であった)――他人が自分よりも多くの幸福を所有するということ、それは彼女にはもっとも恐ろしい不正のように思われた。幸福は彼女にとってただに信仰であるばかりでなく、また美徳ででもあった。不幸であることは一つの疾病しっぺいとさえ思われた。彼女の全生活はしだいにそういう原則に従って方向を定めてきた。生娘の彼女が怖々おずおずした貞節さで身にまとっていた理想主義の覆面から、彼女の真の性質がのぞき出してきた。過去の理想主義にたいする反動によって彼女は、きっぱりした生々なまなましい眼つきで万事をながめた。するとあらゆる事柄はもはや、世人の意見と生活の便宜べんぎとに一致する点においてしか価値をもたなかった。そうなると彼女は、母と同じ精神状態に陥った。彼女は教会へも行き、無関心な几帳面きちょうめんさで宗教上の務めを行なった。それがほんとうに真実なものであるかどうかは気にしなかった。彼女には他にもっと実際的な悩みがあった。そして皮肉な憐憫れんびんの情で、自分の子供のおりの秘密な反抗心のことを思いやった。――とは言え、現在の彼女の実利的な精神も、昔の彼女の理想主義と同じく、現実的なものではなかった。彼女はみずから強しいているのだった。彼女は天使でも動物でもなかった。倦怠けんたいを感じてる憐あわれな女にすぎなかった。
彼女は飽き飽きしていた……。自分が愛されていないということをも、オリヴィエを我慢できないということをも、一種の口実としてみずから考え得られなかっただけに、なおさら飽き飽きしていた。彼女には自分の生活が、封鎖され壁で囲まれ未来をふさがれてるように思われた。彼女は絶えず更新する新たな幸福にあこがれていた。それは子供らしい夢想であって、幸福にたいする彼女の凡庸な能力にふさわしいものではなかった。幸福であるべきあらゆる理由をもちながら、やはり悶もだえてばかりいる、多くの婦人が、多くの夫婦が、世にはあるものだが、彼女もまさにそのとおりだった。そういう人たちはたいてい、金があり、りっぱな子供があり、りっぱな健康を有し、聡明そうめいであって美しい事柄を感ずることができ、活動し善を行ない自他の生活を豊富ならしむべき、あらゆる方法を具有している。それなのに彼らは、たがいに愛していないとか、ある者を愛しているとか、ある者を愛していないとか言って、始終愚痴ばかりこぼしている――自分自身のこと、感情上のあるいは肉欲上の関係、幸福にたいする彼らのいわゆる権利、矛盾した利己心、などにたえず頭を向け、やたらに論議ばかり試み、大なる恋愛や大なる苦悶くもんの狂言を演じ、ついにはその狂言をほんとうに信じてしまう……。
「君たちは少しも同情を受ける資格はない。幸福になるべき方法がそんなにたくさんあるのに、愚痴ばかりこぼすのは不都合なことだ。」と彼らに言ってやるがよい。彼らにはもったいないその財産や健康やすべてりっぱな天の賜物を、彼らから奪い取ってやるがよい。自分の自由に狼狽ろうばいしてるそれらの自由となり得ない奴隷どもを、ほんとうの悲惨と苦悩との軛くびきの下につないでやるがよい。もし自分のパンを苦心してかせがなければならなくなったら、彼らはそのパンを喜んで食べるであろう。もし苦悶くもんの恐ろしい顔をまともに見たならば、彼らはもはやその厭いやな狂言を演じ得なくなるだろう……。
しかしながら、要するに彼らは苦しんでいる。彼らは病者である。どうして彼らを憐あわれまずにいられよう?――憐れなジャックリーヌは、オリヴィエが彼女を引き止めておかないことについて無罪であると同様に、オリヴィエから離れ去ることについては無罪であった。彼女は自然からこしらえられたままのものだった。結婚は自然にたいする一つの挑戦ちょうせんであること、人は自然に向かって一度手袋を投ずるときには、自然がかならずそれに応ずるものだと期待していなければならないし、挑いどんだ戦いを勇敢につづけるの覚悟がなければならないこと、それを彼女は知らなかった。彼女は自分が誤っていたことに気づいた。そのため自分自身に腹がたった。そしてその見当はずれの念は、自分が愛していたすべてのものにたいする敵意に、自分の信念でもあったオリヴィエの信念にたいする敵意に、変わっていった。聡明そうめいな女は時によっては男以上に、永久的な事柄にたいする直覚力を有するものである。しかしそれにつかまって身を落ち着けることは、男よりいっそう困難である。永久的な思想をいだく男は、それを自分の生命で養ってゆく。しかし女はそれで自分の生命を養ってゆく。女はそれを吸い取るのみで、それを育て上げはしない。女の精神や心には、たえず新たな養分を投げ与えなければならない。その精神と心とは自分だけではやってゆけない。そして信と愛とがない場合には、女はかならず破壊を事とする――少なくとも、最上の徳たる平静を天から恵まれていない場合には。
ジャックリーヌは以前、共通な信念の上に築かれた夫婦結合を、いっしょに戦い苦しみ働くの幸福を、深く信じていた。しかしその信念たるや、それが愛の太陽に美うるわしく照らされるときにしか信じられなかった。太陽が沈んでゆくに従ってそれは、空虚な空の上にそびえてる不毛な陰暗な山のように思われてきた。そして彼女は同じ道をたどり行くには、もうその力がないような心地がした。頂に達したとて何になるものか。山の彼方かなたに何があるものか。なんというはなはだしい欺瞞ぎまんだったろう!……どうしてオリヴィエがやはりなお、生命を蚕食するその空想に欺かれてるかを、ジャックリーヌはもう理解することができなかった。オリヴィエは知力と生活力とを多くもってはいないのだと、彼女は考えた。彼女は自分にとっては呼吸しがたいその大気のなかで、窒息しかけていた。そして自己保存の本能に駆られて、身を守るために攻勢を取った。彼女はまだオリヴィエを愛してはいたが、自分に敵対する彼の信念をば、粉微塵こなみじんにしてやろうとつとめた。皮肉や逸楽のあらゆる武器を用いた。欲望や細々こまごました心労の葛かずらで彼をからめた。彼女は彼を自分の一反映としてしまいたがっていた……自分の反映、その自分自身は、もう何を欲してるのかもみずからわからず、なんであるのかもみずからわからなかったのである! 彼女はオリヴィエが少しも成功しないのを恥ずかしい気がした。成功しないのが間違いであるか至当であるか、そんなことはもう彼女には問題でなかった。落伍らくご者と才能者とを区別するものは結局成功のいかんであると、信ずるようになっていた。オリヴィエはそういう疑惑が自分の上にのしかかるのを感じて、もっともよき力を失った。それでも彼は他の多くの者と同じく、できるだけは戦った。男の知的な利己心に対抗して、男の弱点や失意の上に、男が生命の疲弊と自己の卑怯ひきょうとを覆おおい隠す名目にしてるその常識の上に、女の利己的な本能が自分の地歩を定めてる、あの不平等な戦いにおいて、多くの人々が、大半は無益に終わりながらも、奮闘してきたしまた奮闘しつづけるのである。――しかしとにかく、ジャックリーヌとオリヴィエとは大多数の闘者よりはすぐれていた。それらの多数の人々は、自分の怠惰や虚栄心や愛などから同時に引きずられて、自分の永遠の魂を否定するようになっているが、オリヴィエはかつて自分の理想に裏切りはしなかった。もし裏切ったら、ジャックリーヌから軽蔑けいべつされたであろう。しかし盲目的にもジャックリーヌは、同時に自分の力でもあるオリヴィエの力を、二人にとっての護衛たるオリヴィエの力を、懸命に破壊しようとしていた。そして本能的な策略によって、その力が立脚してる友情を滅ぼさんとしていた。
二人が遺産相続をしてからは、クリストフはその若夫婦のもとでは勝手が悪かった。ジャックリーヌは世俗的軽薄さややや平凡な実際的精神などを気取っていたが、クリストフと話をするときにはことにそれを意地悪くも誇張したので、しだいに思う壺つぼにはまってきた。クリストフはときどき反抗しては、誤解を招くようなひどいことを口にした。けれどそれらのひどい悪口も、友との間には葛藤かっとうを生じなかった。二人の友はたがいに深く愛着していた。オリヴィエはどんなことがあろうともクリストフを犠牲にしたくなかった。しかしそれをジャックリーヌへも強しいることはできなかった。愛の弱みから彼女へ心配をかけるに忍びなかった。クリストフは、どんなことが彼の心中に起こってるかを見てとって、自分で身を退ひきながら彼の選択を容易にしてやった。このままにしていては、少しもオリヴィエのためを図ってやることができないこと、むしろオリヴィエを害するばかりであること、それをよく了解していた。彼は自分のほうから遠ざかるべき口実を設けた。オリヴィエは気が弱いためにその間違った理由を受けいれた。しかしクリストフの犠牲の心を推察して、深く自責の念に苦しめられた。
クリストフはオリヴィエを恨みはしなかった。彼の考えによれば、妻は夫の半分であると言うのは誤りではなかった。なぜなら、結婚した男はもはや半分の男子にすぎないから。

彼はオリヴィエなしに自分の生活を立て直そうとした。しかしいかにつとめても、離反は一時のことにすぎないと考えても、その甲斐かいがなかった。楽天家なるにもかかわらずときどき悲しみに沈んだ。彼は孤独の習慣を失っていた。もちろん、オリヴィエが地方に住んでる間は孤独だった。しかしそのときは幻を描くことができた。友は遠くにいるけれどやがて帰って来るだろうと考えていた。しかるに今は、友は帰っているがこの上もなく遠くなっていた。幾年かの間自分の生活を満たしてくれたその情愛が、一挙に失われてしまった。それはあたかも、活動の最上の理由を失ったがようなものだった。彼はオリヴィエを愛して以来、自分のあらゆる考えにオリヴィエを結びつけるのが習慣となっていたのである。もう仕事も空虚を満たすに足りなかった。彼は自分の仕事に友の面影を交える癖がついていたのである。その友が離れ去った今では、彼はあたかも平衡を失った者のようだった。彼は立ち直るために、他に愛情を捜し求めた。
彼にはアルノー夫人とフィロメールとの愛情があった。しかしそのとき彼は、それら静平な女友だちでは満足できなかった。
それでもこの二人の女は、クリストフの悩みを察しているらしく、ひそかに同情を寄せていた。ある晩クリストフは、アルノー夫人が訪れて来たのを見てたいへん驚いた。そのときまで彼女はかつて彼を訪問しようとしたことがなかったのである。彼女は何か落ち着かない様子だった。クリストフは大して気にも留めずに、それは例の内気のせいだと思った。彼女は腰をおろしたが何にも言わなかった。クリストフは彼女を気楽にさせるために、いろいろともてなした。二人はオリヴィエのことを話した。室の中にはオリヴィエの記念がいっぱいだった。クリストフは愉快な調子で話して、この間のことを何一つもらさなかった。しかしアルノー夫人はいつしか様子に現わして、気の毒そうに彼をながめて言った。
「あなたがたはもうめったにお会いなさらないのでしょう?」
彼は彼女が慰めに来てくれてるのだと考えた。そのためにいらいらしてきた。自分のことに人から干渉されるのを好まなかったからである。彼は答えた。
「そのときの気持しだいにしてるんです。」
彼女は顔を赤めて言った。
「あら、別段ぶしつけなことを伺うつもりではなかったのですけれど。」
彼は自分の無作法さを後悔した。彼女の手を取って言った。
「ごめんください。私は彼が人から悪く言われやすまいかといつもびくびくしてるんです。かわいそうに、彼も僕同様に苦しんでいます……。まったく僕たちはもう会わないんです。」
「手紙もまいりませんか?」
「来ません。」とクリストフはやや恥ずかしそうに言った。
「ほんとに世の中は悲しいものですわね!」とアルノー夫人はややあって言った。
クリストフは顔をあげた。
「いいえ、人生が悲しいのではありません。」と彼は言った。「悲しい時があるのです。」
アルノー夫人は悲痛さを押し隠して言った。
「以前は愛し合ったのに、もう愛し合わなくなる。それが何かのためになりましょうか。」
「愛し合っただけでいいんです。」
彼女はなお言った。
「あなたはあの人に自分をささげていらした。そのあなたの献身が、せめて愛する人の役に立っていますればねえ! けれど、それでもやはりあの人は幸福ではありませんわね。」
「僕は身をささげたのじゃありません。」とクリストフは憤然として言った。「そして僕がもし身をささげるとすれば、それは僕にとってそうするのがうれしいからです。議論の余地はありません。人はなすべきことをなすのです。もしそれをしなかったら、きっと不幸になるでしょう。献身という言葉くらい馬鹿げたものはありません。心の貧しい坊主どもが、新教的な陰気な萎縮いしゅくした悲哀の考えを、その中に交えてしまったのです。厭いやな献身でなければりっぱな献身ではない、とでもいうように……。馬鹿なことです。もし献身が、一つの悲しみであって一つの喜びでないとすれば、それをなすには及びません。なすに当たらないことです。人が身をささげるのは、でたらめにではなくて、自分のためにです。身をささげることのうちにある幸福を、もしあなたが感じないとしたら、勝手になさるがいい。あなたは生きてるだけの価値もありません。」
アルノー夫人は、クリストフの顔も見かねて、その言葉だけに耳を傾けていた。それから突然、彼女は立ち上がって言った。
「これでおいとまします。」

 

Alors, il pensa qu'elle était venue pour lui confier quelque chose; et il dit:

—Oh! pardon, je suis un égoïste, je ne parle que de moi. Restez encore, voulez-vous?

Elle dit:

—Non, je ne peux pas... Merci...

Elle partit.

Ils restèrent quelque temps, sans se voir. Elle ne lui donnait plus signe de vie; et il n'allait pas chez elle, non plus que chez Philomèle. Il les aimait bien; mais il craignait de s'entretenir des choses qui l'attristaient. Et puis, leur existence calme, médiocre, leur air trop raréfié, ne lui convenaient pas, pour l'instant. Il avait besoin de voir des figures nouvelles; il lui fallait se ressaisir à un intérêt, à un amour nouveau.

Pour sortir de soi, il se mit à fréquenter le théâtre, qu'il avait négligé depuis longtemps. Le théâtre lui semblait d'ailleurs une école intéressante pour le musicien qui veut observer et noter les accents des passions.

Ce n'était pas qu'il eût plus de sympathie pour les pièces françaises qu'au début de son séjour à Paris. Sans parler de son peu de goût pour leurs éternels sujets, fades et brutaux, de psycho-physiologie amoureuse, la langue théâtrale des Français lui semblait archifausse, surtout dans le drame poétique. Ni leur prose, ni leurs vers ne répondaient à la langue vivante du peuple, à son génie. La prose était un langage fabriqué, de chroniqueur mondain chez les meilleurs, de feuilletoniste vulgaire chez les pires. La poésie donnait raison à la boutade de Gœthe:

«La poésie est bonne pour ceux qui n'ont rien à dire.»

Elle était une prose prolixe et contournée; les images cherchées, qu'on y avait greffées, sans aucun besoin du cœur, produisait surtout être sincère l'effet d'un mensonge. Christophe ne faisait pas plus de cas de ces drames poétiques que des opéras italiens hurleurs et doucereux, aux vocalises empanachées. Les acteurs l'intéressaient beaucoup plus que les pièces. Aussi bien, les auteurs s'appliquaient-ils à les imiter. «On ne pouvait se flatter qu'une pièce serait jouée avec quelque succès, si l'on n'avait eu l'attention de modeler ses caractères sur les vices des comédiens.» La situation n'avait guère changé depuis le temps où Diderot écrivait ces lignes. Les mimes étaient devenus les modèles de l'art. Aussitôt que l'un d'eux arrivait au succès, il avait son théâtre, ses auteurs tailleurs complaisants, et ses pièces faites sur mesure.

Parmi ces grands mannequins des modes littéraires, Françoise Oudon attirait Christophe. On s'en était entiché, à Paris, depuis un an ou deux. Elle aussi avait ses fournisseurs de rôles; toutefois, elle ne jouait point que les œuvres fabriquées pour elle; son répertoire assez mêlé allait d'Ibsen à Sardou, de Gabriele d'Annunzio à Dumas fils, de Bernard Shaw à Henry Bataille. Même elle se hasardait parfois dans les royales avenues de l'hexamètre classique, et sur le torrent d'images de Shakespeare. Mais elle y était moins à l'aise. Quoi qu'elle jouât, elle se jouait elle-même, elle seule, toujours. C'était sa faiblesse et sa force. Tant que l'attention publique ne s'était pas occupée de sa personne, son jeu n'avait eu aucun succès. Du jour où elle piqua la curiosité, tout ce qu'elle joua parut merveilleux. En vérité, elle valait la peine qu'on oubliât, en la voyant, les piètres œuvres, qu'elle embellissait de sa vie. L'énigme de ce corps de femme, que modelait une âme inconnue, était pour Christophe plus émouvante que les pièces qu'elle jouait.

Elle avait un beau profil, net et tragique. Non pas d'un dessin accentué à la Romaine. Ses lignes délicates, parisiennes, à la Jean Goujon, semblaient autant d'un jeune garçon que d'une femme. Le nez court, mais bien fait. Une belle bouche aux lèvres minces, d'un pli un peu amer. Des joues intelligentes, d'une maigreur juvénile, qui avait quelque chose de touchant, le reflet d'une souffrance intérieure. Le menton volontaire. Le teint blême. Un de ces visages habitués à l'impassibilité, mais transparents en dépit d'eux-mêmes, où l'âme est répandue partout sous la peau. Des cheveux et des sourcils très fins, des yeux changeants, gris, ambrés, capables de prendre des reflets verdâtres ou dorés, des yeux de chatte. Elle tenait aussi de la chatte par une torpeur apparente, un demi-sommeil, les yeux ouverts, aux aguets, toujours défiante, avec de brusques détentes nerveuses, une cruauté cachée. Moins grande qu'elle ne semblait, elle était une fausse maigre, avec de belles épaules, des bras harmonieux, des mains longues et flexibles. Correcte dans sa façon de s'habiller, de se coiffer, d'un goût sobre, sans rien du laisser-aller bohème ni de l'élégance exagérée de certaines artistes,—en ceci encore très chatte, aristocratique d'instinct, quoique sortie du ruisseau. Et une sauvagerie irréductible, au fond.

Elle devait avoir un peu moins de trente ans. Christophe avait entendu parler d'elle chez Gamache, avec une admiration brutale, comme d'une fille très libre, intelligente et hardie, d'une énergie de fer, brûlée d'ambition, mais âpre, fantasque, déroutante, violente, qui avait roulé très bas avant d'en arriver à sa gloire présente, et qui se vengeait, depuis.

Un jour que Christophe prenait le chemin de fer, pour aller voir Philomèle à Meudon, en ouvrant la porte de son compartiment il trouva la comédienne installée. Elle semblait dans un état d'agitation et de souffrance; l'apparition de Christophe lui fut désagréable. Elle lui tourna le dos, regardant obstinément par la vitre opposée. Mais Christophe, frappé de l'altération de ses traits, ne cessait de la fixer, avec une compassion naïve et gênante. Impatientée, elle lui lança un regard furieux, qu'il ne comprit pas. À la station suivante, elle descendit, et remonta dans une autre voiture. Alors seulement, il pensa—un peu tard—qu'il l'avait fait fuir; et il en fut mortifié.

Quelques jours après, à une station sur la même ligne, revenant à Paris, et attendant le train, il était assis sur l'unique banc du quai. Elle parut, et vint s'asseoir à côté de lui. Il voulut se lever. Elle dit:

—Restez.

Ils étaient seuls. Il s'excusa de l'avoir forcée à changer de compartiment, l'autre jour; il dit que s'il avait pu se douter qu'il la gênait, il serait descendu. Elle répondit, avec un sourire ironique:

—C'est vrai, vous étiez insupportable, avec votre insistance à me dévisager.

Il dit:

—Pardon; je ne pouvais pas m'empêcher... Vous aviez l'air de souffrir.

—Eh bien, et puis après? dit-elle.

—C'est plus fort que moi. Si vous voyiez quelqu'un se noyer, est-ce que vous ne lui tendriez pas la main?

—Moi? Pas du tout, dit-elle. Je lui enfoncerais la tête sous l'eau, pour que ce fût plus vite fini.

Elle dit cela, avec un mélange d'amertume et d'humour; et comme il la regardait, d'un air interdit, elle rit.

Le train arriva. Tout était plein, sauf la dernière voiture. Elle monta. L'employé les pressait. Christophe, qui ne tenait pas à renouveler la scène de l'autre jour, voulut chercher un autre compartiment. Elle lui dit:

—Montez.

Il entra. Elle dit:

—Aujourd'hui, cela m'est égal.

Ils causèrent. Avec un grand sérieux, Christophe cherchait à lui démontrer qu'il n'était pas permis de se désintéresser des autres, et qu'on pourrait se faire tant de bien mutuellement, en s'aidant, en se consolant...

—Les consolations, dit-elle, ça ne prend pas sur moi...

Et comme Christophe insistait:

—Oui, dit-elle encore, avec son sourire impertinent; consolateur, c'est un rôle avantageux pour celui qui le joue.

Il fut un moment avant de comprendre. Quand il comprit, quand il s'imagina qu'elle le soupçonnait de chercher son propre intérêt, alors qu'il ne pensait qu'à elle, il se leva indigné, ouvrit la portière, et voulut sortir, bien que le train fût en marche. Elle l'empêcha, non sans peine. Il se rassit furieux, et referma la portière, juste au moment où le train passait sous un tunnel.

—Voyez, dit-elle, vous auriez pu être tué.

—Je m'en fous.

Il ne voulait plus lui parler.

—Le monde est trop bête, dit-il. On se fait souffrir, on souffre; et quand on veut venir en aide à quelqu'un, il vous soupçonne. C'est dégoûtant. Tout ces gens-là ne sont pas humains.

Elle tâcha de le calmer, en riant. Elle lui posa sa main gantée sur la main; elle lui parla gentiment, en l'appelant par son nom.

—Comment, vous me connaissez? dit-il.

—Comme si tout le monde ne se connaissait pas à Paris! Vous êtes du bateau, vous aussi. Mais j'ai eu tort de vous parler comme j'ai fait. Vous êtes un bon garçon, vous, je vois ça. Allons, calmez-vous. Tope! Faisons la paix!

Ils se donnèrent la main, et causèrent amicalement. Elle dit:

—Ce n'est pas ma faute, voyez-vous. J'ai fait tant d'expériences avec les gens que cela m'a rendue défiante.

—Ils m'ont bien souvent déçu, moi aussi, dit Christophe. Mais je leur fais toujours crédit.

—Je vois bien, vous devez être né gobemouches.

Il se mit à rire:

—Oui, j'en ai avalé pas mal, dans ma vie; mais cela ne me gêne pas. J'ai bon estomac. J'avale aussi de plus grosses bêtes, la vache enragée, la misère, et, au besoin, les misérables qui s'attaquent à moi. Je ne m'en porte que mieux.

—Vous avez de la veine, dit-elle, vous êtes homme, vous.

—Et vous, vous êtes femme.

—Ce n'est pas grand'chose.

—C'est très beau, dit-il, et ça peut être si bon!

Elle rit:

—Ça! dit-elle. Mais qu'est-ce que le monde en fait, de ça?

—Il faut se défendre.

—Alors, elle ne dure pas longtemps, la bonté.

—C'est qu'on n'en a pas beaucoup.

—Peut-être bien. Et puis, il ne faut pas trop souffrir. Il y a un trop qui dessèche l'âme.

Il fut sur le point de s'apitoyer sur elle. Puis, il se souvint de l'accueil qu'elle lui avait fait tout à l'heure...

—Vous allez encore parler du rôle avantageux de consolateur...

—Non, dit-elle, je ne le dirai plus. Je sens que vous êtes bon, que vous êtes sincère. Merci. Seulement, ne me dites rien. Vous ne pouvez pas savoir... Je vous remercie.

Ils arrivaient à Paris. Ils se quittèrent, sans se donner leur adresse, ni s'inviter à venir.

Un ou deux mois plus tard, elle vint sonner à la porte de Christophe.

—Je viens vous trouver. J'ai besoin de causer un peu avec vous. J'ai pensé à vous quelquefois, depuis notre rencontre.

Elle s'installa.

—Un instant seulement. Je ne vous dérangerai pas longtemps.

Il commençait de lui parler. Elle dit:

—Une minute, voulez-vous?

Ils se turent. Puis, elle dit en souriant:

—Je n'en pouvais plus. Maintenant, cela va mieux.

Il voulut l'interroger.

—Non, dit-elle, pas cela!

Elle regarda autour d'elle, vit et jugea divers objets, aperçut la photographie de Louisa.

—C'est la maman? dit-elle.

—Oui.

Elle la prit, et la regarda avec sympathie.

—La bonne vieille! dit-elle. Vous avez de la chance!

—Hélas! elle est morte.

—Cela ne fait rien, vous l'avez eue tout de même.

—Eh bien, et vous?

Mais elle écarta ce sujet, d'un froncement de sourcils. Elle ne voulait pas qu'il la questionnât sur elle.

—Non, parlez-moi de vous. Racontez-moi... Quelque chose de votre vie...

—Qu'est-ce que cela peut vous faire?

—Allez tout de même...

Il ne voulait pas parler; mais il ne put s'empêcher de répondre à ses questions: car elle savait très bien l'interroger. Et juste, il raconta certaines choses qui lui faisaient de la peine, l'histoire de son amitié, Olivier qui s'était séparé de lui. Elle l'écoutait, avec un sourire compatissant et ironique... Brusquement, elle demanda:

—Quelle heure est-il? Ah! mon Dieu! Il y a deux heures que je suis ici!... Pardon... Ah! comme cela m'a reposée!...

Elle ajouta:

—Je voudrais pouvoir revenir... Pas souvent... Quelquefois... Cela me ferait du bien. Mais je ne voudrais pas vous ennuyer, vous faire perdre votre temps... Rien qu'une minute, de loin en loin...

—J'irai chez vous, dit Christophe.

—Non, non, pas chez moi. Chez vous, j'aime mieux...

Mais elle ne vint plus, de longtemps.

Un soir, il apprit par hasard qu'elle était gravement malade, qu'elle ne jouait plus, depuis des semaines. Il alla chez elle, malgré la défense. On ne recevait pas; mais quand on sut son nom, on le rappela sur l'escalier. Elle était au lit, elle allait mieux, elle avait eu une pneumonie, elle était assez changée; mais elle avait toujours son air ironique et son regard aigu, qui ne désarmait point. Pourtant, elle montra un réel plaisir à voir Christophe. Elle le fit asseoir près du lit. Elle parla d'elle-même, avec un détachement railleur, et dit qu'elle avait failli mourir. Il se montra ému. Alors, elle le persifla. Il lui reprocha de ne lui avoir rien fait dire:

—Vous faire dire quelque chose? Pour que vous veniez? Jamais de la vie!

—Je parie que vous n'avez même pas pensé à moi.

—Et vous avez gagné, lui dit-elle, avec son sourire moqueur, un peu triste. Je n'y ai pas pensé une minute, pendant que j'étais malade. Seulement aujourd'hui, précisément. Ne vous attristez pas, allez! Quand je suis malade, je ne pense à personne, je ne demande qu'une chose aux gens, c'est qu'ils me fichent la paix. Je me mets le nez contre le mur, et j'attends, je veux être seule, je veux crever seule, comme un rat.

—C'est pourtant dur de souffrir seule.

—Je suis habituée. J'ai été malheureuse, pendant des années. Personne ne m'est jamais venu en aide. Maintenant, le pli est pris... Et puis, c'est mieux ainsi. Personne ne peut rien pour vous. Du bruit dans la chambre, des attentions importunes, des jérémiades hypocrites... Non. J'aime mieux mourir seule.

—Vous êtes bien résignée!

—Résignée? Je ne sais pas seulement ce que ce mot veut dire. Non, je serre les dents, et je hais le mal qui me fait souffrir.

Il lui demanda si on ne venait pas la voir, si personne ne s'occupait d'elle. Elle dit que ses camarades de théâtre étaient d'assez bonnes gens,—des imbéciles,—mais serviables, compatissants (d'une façon superficielle).

—Mais c'est moi, je vous dis, qui ne veux pas les voir. Je suis une mauvaise coucheuse.

—Je m'en contenterais, dit-il.

Elle le regarda avec pitié:

—Vous aussi! Vous allez parler comme les autres?

Il dit:

—Pardon, pardon... Bon Dieu! Voilà que je deviens Parisien! Je suis honteux... Je vous jure que je n'ai pas seulement réfléchi à ce que je disais...

Il se cacha la figure dans les draps. Elle rit franchement, et lui donna une tape sur la tête:

—Ah! ce mot-là, il n'est pas parisien! À la bonne heure! Je vous reconnais. Allons, montrez votre tête. Ne pleurez pas dans mes draps.

—C'est pardonné?

—C'est pardonné. Mais n'y revenez plus.

Elle causa encore un peu avec lui, l'interrogea sur ce qu'il faisait, puis fut fatiguée, ennuyée, le renvoya.

Il était convenu qu'il reviendrait la voir, la semaine suivante. Mais au moment de partir, il reçut d'elle un télégramme, lui disant de ne pas venir: elle était dans un de ses mauvais jours.—Puis, le surlendemain, elle le redemanda. Il vint. Il la trouva convalescente, assise près de la fenêtre, à demi étendue. C'était le premier printemps, le ciel ensoleillé, les jeunes pousses des arbres. Elle était plus affectueuse et plus douce qu'il ne l'avait encore vue. Elle dit que, l'autre jour, elle ne pouvait voir personne; elle l'eût détesté, comme les autres hommes.

—Et aujourd'hui?

—Aujourd'hui, je me sens toute jeune, toute neuve, et j'ai de l'affection pour tout ce que je sens de jeune et de neuf autour de moi,—comme vous.

—Je ne suis pourtant plus tout jeune et tout neuf.

—Vous le serez jusqu'à votre mort.

Ils parlèrent de ce qu'il avait fait depuis qu'ils ne s'étaient vus, du théâtre où elle allait reprendre son service bientôt; et, à ce sujet, elle lui dit ce qu'elle pensait du théâtre, qui la dégoûtait, mais qui la tenait.

Elle ne voulut plus qu'il revînt; elle promit de reprendre ses visites chez lui. Mais elle s'inquiétait de le déranger. Il lui dit quand elle aurait plus de chances de ne pas troubler son travail. Ils convinrent d'un signe de passe. Elle frapperait à la porte, d'une certaine façon: il ouvrirait, ou n'ouvrirait pas, selon qu'il en aurait envie...

Elle n'abusa point de la permission. Mais une fois qu'elle se rendait à une soirée mondaine où elle devait dire des vers, au dernier instant cela l'ennuya: en route, elle téléphona qu'elle ne pouvait pas venir; et elle se fit conduire chez Christophe. Elle avait simplement l'intention de lui dire bonsoir en passant. Mais il se trouva, ce soir-là, qu'elle se confia à lui, elle lui raconta sa vie, depuis l'enfance.

Triste enfance! Un père de rencontre, qu'elle n'avait pas connu. Une mère, qui tenait une auberge mal famée, dans un faubourg d'une ville du nord de la France; les rouliers y venaient boire, couchaient avec la patronne, et la brutalisaient. Un d'eux l'épousa, parce qu'elle avait quelques sous; il la battait, se soûlait. Françoise avait une sœur plus âgée, qui était servante dans l'auberge; elle s'épuisait à la tâche; le patron en fit sa maîtresse, sous les yeux de la mère; elle était phtisique; elle mourut. Françoise grandit au milieu des coups et des ignominies. C'était une enfant blême, bilieuse, concentrée, avec une petite âme ardente et sauvage. Elle voyait sa mère et sa sœur pleurer, souffrir, se résigner, s'avilir, mourir. Et elle avait la volonté enragée de ne pas se résigner, d'échapper au milieu infâme; elle était une révoltée; à certaines injustices, elle avait des crises de nerfs; elle griffait, elle mordait, quand on la tapait. Une fois, elle essaya de se pendre. Elle n'y arriva pas: à peine avait-elle commencé qu'elle ne voulait plus, elle avait peur d'y trop bien réussir; et tandis qu'étouffant déjà, elle se hâtait de dénouer la corde avec ses doigts crispés, se convulsait en elle un désir furieux de vivre. Et puisqu'elle ne pouvait pas s'évader par la mort,—(Christophe souriait tristement, se rappelant des épreuves semblables),—elle se jura de vaincre, de devenir libre, riche, et de fouler aux pieds tous ceux qui l'opprimaient. Elle s'était fait ce serment dans son taudis, un soir qu'elle entendait dans la chambre à côté les jurons de l'homme, les cris de la mère qu'il battait, et les pleurs de la sœur violentée. Qu'elle se sentait misérable! Et pourtant, son serment la soulagea. Elle serrait les dents, et pensait:

—Je vous écraserai tous.

Dans cette enfance sombre, un seul point lumineux:

Un jour, un des gamins avec qui elle polissonnait dans le ruisseau, le fils du concierge du théâtre, la fit entrer, bien que ce fût défendu, à une répétition. Ils se glissèrent tout au fond de la salle, dans le noir. Elle fut saisie du mystère de la scène, resplendissante dans ces ténèbres, des choses magnifiques et incompréhensibles qu'on disait, et de l'air de reine de l'actrice,—qui jouait en effet une reine dans un mélo romantique. Elle était glacée d'émotion; et son cœur battait très fort... «Voilà, voilà ce qu'il fallait être!... Oh! si elle était ainsi!...»—Quand ce fut fini, elle voulut à tout prix voir la représentation du soir. Elle laissa sortir son camarade, elle feignit de le suivre; et puis, elle retourna se cacher dans le théâtre; elle se tapit sous une banquette; elle y resta trois heures, étouffant dans la poussière; et quand la représentation allait commencer et que le public arrivait, quand elle allait sortir de sa cachette, elle eut la mortification d'être saisie, expulsée ignominieusement, au milieu des risées, et reconduite chez elle, où elle fut fessée. Cette nuit-là, elle serait morte, si elle n'avait su maintenant ce qu'elle ferait plus tard, pour dominer ces canailles et pour se venger d'eux.

Son plan fut fait. Elle se plaça comme servante dans l'Hôtel et Café du Théâtre, où descendaient des acteurs. Elle savait à peine lire et écrire; et elle n'avait rien lu, elle n'avait rien à lire. Elle voulut apprendre, elle y mit une énergie endiablée. Elle chipait des livres dans la chambre des clients; elle les lisait, la nuit, au clair de lune, ou à l'aube, pour ne pas dépenser de chandelle. Grâce au désordre des acteurs, ses larcins passaient inaperçus: ou bien les possesseurs se contentaient de maugréer. D'ailleurs, elle leur rendait leurs livres après les avoir lus;—mais elle ne les rendait pas intacts: elle arrachait les pages qui lui plaisaient. Elle avait soin, en rapportant les volumes, de les glisser sous le lit, ou sous un meuble, de façon à faire croire qu'ils n'étaient pas sortis de la chambre. Elle se colla l'oreille aux portes, pour écouter les acteurs, qui répétaient leurs rôles. Et seule, dans le corridor, en balayant, elle imitait à mi-voix leurs intonations, et elle faisait des gestes. Quand on la surprenait, on se moquait d'elle et on l'injuriait. Elle se taisait rageusement.—Ce genre d'éducation aurait pu continuer longtemps, si elle n'avait eu l'imprudence, une fois, de voler un rôle, dans la chambre d'un acteur. L'acteur tempêta. Personne n'était entré chez lui, que la servante: il l'accusa. Elle nia effrontément: il menaça de la faire fouiller; elle se jeta à ses pieds, elle lui avoua tout, et aussi les autres vols, et les feuilles déchirées: tout le pot-aux-roses. Il sacra d'une façon terrible; mais il était moins méchant qu'il n'en avait l'air. Il demanda pourquoi elle avait fait cela. Lorsqu'elle dit qu'elle voulait devenir actrice, il rit très fort. Il l'interrogea; elle lui récita des pages entières qu'elle avait apprises par cœur; il en fut frappé, il dit:

—Écoute, veux-tu que je te donne des leçons?

Elle fut transportée, elle lui baisa les mains.

—Ah! dit-elle à Christophe, comme je l'aurais aimé!

Mais tout de suite, il ajouta:

—Seulement, ma petite, tu sais, rien pour rien...

Elle était vierge, elle avait toujours été d'une pudeur farouche vis-à-vis des attaques dont on la poursuivait. Cette chasteté sauvage, ce dégoût des actes malpropres, de la sensualité ignoble, sans amour, elle les avait toujours eus, depuis l'enfance, par écœurement des tristes spectacles qui l'entouraient dans sa maison;—elle les avait encore... Ah! la malheureuse! elle avait été bien punie!... Quelle dérision du sort!...

—Alors, demanda Christophe, vous avez consenti?

—Ah! dit-elle, je me serais jetée dans le feu, pour sortir de là. Il menaçait de me faire arrêter comme voleuse. Je n'avais pas le choix.—C'est ainsi que j'ai été initiée à l'art... et à la vie.

—Le misérable! dit Christophe.

—Oui, je l'ai haï. Mais depuis, j'en ai tant vus, qu'il ne me semble plus un des pires. Du moins lui, il m'a tenu parole. Il m'a appris ce qu'il savait—(pas grand'chose!)—de son métier d'acteur. Il m'a fait entrer dans la troupe. J'y ai été d'abord domestique de tout le monde. Je jouais des bouts de rôle. Puis, un soir que la soubrette était malade, on s'est risqué à me confier son rôle. Ensuite, j'ai continué. On me trouvait impossible, burlesque, baroque. J'étais laide, alors. Je le suis restée, jusqu'au jour où l'on m'a décrétée supérieurement, idéalement femme... «la Femme»... Les imbéciles!—Quant au jeu, on le jugeait incorrect, extravagant. Le public ne me goûtait pas. Les camarades se moquaient de moi. On me gardait, parce que je rendais service malgré tout, et que je ne coûtais pas cher. Non seulement je ne coûtais pas cher, mais je payais. Chaque progrès, chaque avancement, pas à pas, je l'ai payé, de mon corps. Camarades, directeur, impresario, amis de l'impresario...

Elle se tut, blême, les lèvres serrées, le regard sec; mais on sentait que son âme pleurait des larmes de sang. En un éclair, elle revivait toutes ces hontes passées et celle volonté dévorante de vaincre qui l'avait soutenue, d'autant plus dévorante à chaque saleté nouvelle qu'il lui fallait endurer. Elle eût souhaité de mourir; mais c'eût été trop abominable de succomber au milieu des humiliations. Se suicider avant, soit! Ou après la victoire. Mais pas quand on s'est avili, sans en avoir eu le prix...

Elle se taisait. Christophe marchait avec colère dans la chambre; il aurait voulu assommer ces hommes, qui avaient torturé, qui avaient souillé cette femme. Puis, il la regarda avec pitié; et, debout auprès d'elle, il lui prit la tête, les tempes entre ses mains, les serra affectueusement, et dit:

—Pauvre petit!

Elle fit un geste pour l'écarter. Il dit:

—N'ayez pas peur de moi. Je vous aime bien.

Alors, des larmes coulèrent sur les joues pâles de Françoise. Il s'agenouilla près d'elle et baisa.

la lunga man d'ogni bellezza piena...

les belles mains longues, sur lesquelles deux larmes étaient tombées.

Ensuite, il se rassit. Elle s'était ressaisie, et reprit avec calme la suite de son récit:

Un auteur enfin l'avait lancée. Il avait découvert en cette étrange créature, un démon, un génie,—mieux encore pour lui, «un type dramatique, une femme nouvelle, représentative de l'époque». Naturellement, il l'avait prise, après tant d'autres. Et elle s'était laissé prendre par lui, comme par tant d'autres, sans amour, et même avec le contraire de l'amour. Mais il avait fait sa gloire; et elle avait fait la sienne.

—Et maintenant, dit Christophe, les autres ne peuvent plus rien contre vous; c'est vous qui faites d'eux ce que vous voulez.

—Vous croyez cela? dit-elle amèrement.

Alors, elle lui raconta cette autre dérision du sort,—la passion qu'elle avait pour un drôle, qu'elle méprisait: un littérateur qui l'avait exploitée, qui lui avait arraché ses plus douloureux secrets, qui en avait fait de la littérature, et puis, qui l'avait lâchée.

—Je le méprise, dit-elle, comme la boue de mes souliers; et je tremble de fureur, quand je pense que je l'aime, qu'il suffirait qu'il me fît signe pour que je coure à lui, pour que je m'humilie devant ce misérable. Mais qu'y puis-je? J'ai un cœur qui n'aime jamais ce que veut mon esprit. Et tour à tour, il me faut sacrifier, humilier l'un ou l'autre. J'ai un cœur. J'ai un corps. Et ils crient, ils crient, ils veulent leur part de bonheur. Et je n'ai pas de frein pour les tenir, je ne crois à rien, je suis libre... Libre? Esclave de mon cœur et de mon corps, qui veulent malgré moi, souvent, presque toujours. Ils m'emportent, et j'ai honte. Mais qu'y puis-je?...

Elle se tut, remuant machinalement les cendres du feu avec la pincette.

—J'ai lu, dit-elle, que les acteurs ne sentent rien. Et, en vérité, ceux que je vois sont de grands enfants vaniteux, qui ne sont guère tourmentés que de petites questions d'amour-propre. Je ne sais pas si ce sont eux qui ne sont pas de vrais comédiens, ou si c'est moi. Je crois bien que c'est moi. En tout cas, je paye pour les autres.

Elle s'arrêta de parler. Il était trois heures de la nuit. Elle se leva pour partir. Christophe lui dit d'attendre au matin, pour rentrer; il lui proposa de s'étendre sur son lit. Elle préféra rester dans le fauteuil près du feu éteint, continuant de causer, dans le silence de la maison.

—Vous serez fatiguée demain.

—J'ai l'habitude. Mais vous... Que faites-vous demain?

—Je suis libre. Une leçon vers onze heures... Et puis, je suis solide.

—Raison de plus pour solidement dormir.

—Oui, je dors comme une masse. Pas de peine qui y résiste. Je suis furieux parfois de si bien dormir. Tant d'heures perdues!... Je suis enchanté de me venger du sommeil, pour une fois, de lui voler une nuit.

Ils continuèrent de causer, à mi-voix, avec de longs silences. Et Christophe s'endormit. Françoise sourit, lui appuya la tête, pour qu'il ne tombât point... Elle rêvassait, assise près de la fenêtre, et regardant le jardin obscur, qui bientôt s'éclaira. Vers sept heures, elle éveilla doucement Christophe, et lui dit au revoir.

Dans le cours du mois, elle revint, à des heures où Christophe était sorti: elle trouva porte close. Christophe lui remit une clef de l'appartement, afin qu'elle pût entrer, quand elle voudrait. Plus d'une fois en effet, elle vint lorsque Christophe n'était pas là. Elle laissait sur la table un petit bouquet de violette, ou quelques mots sur une feuille de papier, un griffonnage, un croquis, une caricature,—comme signe de son passage.

Et un soir, au sortir du théâtre, elle vint chez Christophe, pour renouveler leur bonne causerie. Elle le trouva au travail; ils causèrent. Dès les premiers mots, ils sentirent qu'ils n'étaient ni l'un ni l'autre dans les dispositions bienfaisantes de la dernière fois. Elle voulut repartir; mais il était trop tard. Non que Christophe l'en empêchât. C'était sa volonté à elle qui ne le lui permettait plus. Ils restèrent donc, sentant le désir qui montait.

Et ils se prirent.

À la suite de cette nuit, elle disparut, pour des semaines. Lui, en qui cette nuit avait rallumé une ardeur sensuelle, qui depuis des mois dormait, il ne put se passer d'elle. Elle lui avait fait défense de venir dans sa maison; il alla au théâtre. Il était aux dernières places, caché; et il était brûlé d'amour et d'émotion; il frissonnait jusqu'aux moelles; la fièvre tragique qu'elle mettait à ses rôles le consumait avec elle. Il finit par lui écrire:

—«Mon amie, vous m'en voulez donc? Pardonnez moi, si je vous ai déplu.»

Au reçu de cet humble mot, elle accourut chez lui, elle se jeta dans ses bras.

—C'eût été mieux de rester bons amis, simplement. Mais puisque c'était impossible, inutile de résister à l'inévitable. Advienne que pourra!

Ils mêlèrent leur vie. Chacun d'eux conservait pourtant son appartement et sa liberté. Françoise eût été incapable de se plier à une cohabitation régulière avec Christophe. D'ailleurs, sa situation ne s'y prêtait guère. Elle venait chez Christophe, passait avec lui une partie des journées et des nuits; mais chaque jour, elle retournait chez elle, et elle y passait aussi des nuits.

Pendant les mois de vacances, où le théâtre était fermé, ils louèrent ensemble une maison, aux environs de Paris, du côté de Gif. Ils y vécurent des jours heureux, malgré quelques voiles de tristesse. Jours de confiance et de travail. Ils avaient une belle chambre claire, haut perchée, avec un large horizon libre, au-dessus des champs. La nuit, par les carreaux, ils voyaient, de leur lit, les ombres étranges des nuages passer sur le ciel d'une clarté mate et sombre. Dans les bras l'un de l'autre, à demi endormis, ils entendaient les grillons ivres de joie chanter, les pluies d'orage tomber; l'haleine de la terre d'automne—chèvrefeuille, clématite, glycine, herbe fauchée,—pénétrait la maison et leurs corps. Silence de la nuit. Sommeil à deux. Silence. Très loin, les aboiements des chiens. Chants des coqs. L'aube point. L'angélus grêle tinte au clocher lointain, dans le petit-jour gris et froid, qui fait frissonner les corps dans la tiédeur du nid et les fait se serrer plus amoureusement. Réveil des cris d'oiseaux dans la treille agrippée au mur. Christophe ouvre les yeux, retient son souffle, et, le cœur attendri, regarde auprès de lui le cher visage las de l'amie endormie, et sa pâleur d'amour...

Leur amour n'était point une passion égoïste. C'était une amitié profonde, où le corps voulait aussi sa part. Ils ne se gênaient pas. Chacun travaillait, de son côté. Le génie de Christophe, sa bonté, sa trempe morale, étaient chers à Françoise. Elle se sentait son aînée en certaines choses, et elle en avait un plaisir maternel. Elle regrettait de ne rien comprendre à ce qu'il jouait: elle était fermée à la musique, sauf à de rares moments où elle était prise d'une émotion sauvage, qui tenait moins à la musique qu'aux passions qu'il imprégnaient alors, elle et tout ce qui l'entourait, le paysage, les gens, les couleurs et les sons. Mais elle n'en sentait pas moins le génie de Christophe au travers de cette langue mystérieuse qu'elle ne comprenait pas. C'était comme si elle voyait jouer un grand acteur, en une langue étrangère. Son génie propre en était ravivé. Et Christophe, quand il créait une œuvre, projetait ses pensées, incarnait ses passions dans cette femme, sous cette forme adorée; et il les voyait plus belles qu'elles n'étaient en lui. Richesse inappréciable que l'intimité d'une telle âme, si féminine, faible, bonne, cruelle, et géniale par éclairs. Elle lui apprit beaucoup sur la vie et les hommes, sur les femmes, qu'il connaissait bien mal, et qu'elle jugeait avec une clairvoyance aiguë. Surtout, il lui dut de comprendre mieux le théâtre; elle le fit pénétrer dans l'esprit de cet art admirable, le plus parfait des arts, le plus sobre, le plus plein. Elle lui révéla cet instrument magique du rêve humain; elle lui apprit qu'il ne fallait pas écrire pour soi seul, comme c'était sa tendance,—(la tendance de trop d'artistes, qui, à l'exemple de Beethoven, se refusent à écrire «pour un sacré violon, lorsque l'Esprit leur parle»).—Un grand poète dramatique ne rougit pas de travailler pour une scène précise, et d'adapter sa pensée aux acteurs dont il dispose; il ne croit pas se rapetisser ainsi: car il sait que s'il est beau de rêver, il est grand de réaliser. Le théâtre, comme la fresque, c'est l'art à sa juste place,—l'art vivant.

Les pensées que Françoise exprimait ainsi s'accordaient avec celles de Christophe, qui tendait, à ce moment de sa carrière, vers un art collectif, en communion avec les autres hommes. L'expérience de Françoise lui faisait saisir la collaboration mystérieuse qui se tresse entre le public et l'acteur. Si réaliste que fût Françoise, et dénuée d'illusions, elle percevait ce pouvoir de suggestion réciproque, ces ondes de sympathie qui relient l'acteur à la foule, ce silence puissant des milliers d'âmes d'où jaillit la voix de l'interprète unique. Certes, elle ne le ressentait que par lueurs intermittentes, rarissimes, jamais renouvelées pour une même pièce, aux mêmes endroits. Le reste du temps, c'était le métier sans âme, le mécanisme intelligent et froid. Mais ce qui compte, c'est l'exception,—l'éclair, qui, l'espace d'une seconde, illumine le gouffre, l'âme commune aux millions d'êtres dont la force s'exprime en un seul.

C'était cette âme commune, que devait incarner le grand artiste. Son idéal était le vivant objectivisme de l'aède, qui se dépouille de soi, pour vêtir les passions collectives qui soufflent sur le monde. Françoise en éprouvait d'autant plus le besoin qu'elle était incapable de ce désintéressement: car elle se jouait toujours elle-même.—La floraison désordonnée du lyrisme individuel a, depuis un siècle et demi, quelque chose de maladif. La grandeur morale consiste à beaucoup sentir et à beaucoup dominer, à être sobre de discours et chaste avec sa pensée, à ne la point étaler, à parler d'un regard, d'une parole profonde, sans exagérations d'enfant, sans effusions de femme, pour ceux qui savent comprendre à demi-mot, pour les hommes. La musique moderne qui parle tant de soi et fait à tout venant ses confidences indiscrètes est un manque de pudeur et un manque de goût. Elle ressemble à ces malades qui ne se lassent point de parler de leurs maladies aux autres, avec des détails répugnants et risibles. Françoise, qui n'était pas musicienne, n'était pas loin de voir un signe de décadence dans le développement de la musique aux dépens de la poésie, comme un polype qui la dévore. Christophe protestait; mais, à la réflexion, il se demandait s'il n'y avait pas là quelque vrai. Les premiers lieder écrits sur des poésies de Gœthe étaient sobres et exacts; bientôt Schubert y mêle sa sentimentalité romanesque; Schumann, ses langueurs de petite demoiselle; et, jusqu'à Hugo Wolf, le mouvement s'accentue vers une déclamation appuyée, des analyses indécentes, une prétention de ne plus laisser un seul recoin de son âme sans lumière. Tout voile est déchiré sur les mystères du cœur. Ce qui était dit sobrement par un Sophocle drapé du Latran, est hurlé par des Ménades impudiques, qui montrent leur nudité.

Christophe avait un peu honte de cet art, dont il se sentait lui-même contaminé; et, sans vouloir revenir au passé,—(désir absurde et contre nature),—il se retrempait dans l'âme des maîtres qui avaient eu la discrétion hautaine de leur pensée et le sens d'un grand art collectif: il relisait Hændel, qui, dédaigneux du piétisme larmoyant de sa race, écrivait ses Anthems colossaux et ses oratorios épiques, chants des peuples pour des peuples. Le difficile était de trouver des sujets d'inspiration qui pussent, comme la Bible au temps de Hændel, éveiller des émotions communes chez les peuples d'aujourd'hui. L'Europe d'aujourd'hui n'avait plus un livre commun: pas un poème, pas une prière, pas un acte de foi qui fût le bien de tous. Ô honte qui devrait écraser tous les écrivains, les artistes, les penseurs d'aujourd'hui! Pas un n'a écrit, pas un n'a pensé pour tous. Le seul Beethoven a laissé quelques pages d'un nouvel Évangile consolateur; mais les musiciens seuls peuvent le lire, et la plupart des hommes ne l'entendront jamais. Wagner a tenté d'élever sur la colline de Bayreuth un art religieux, qui relie tous les hommes. Mais sa grande âme était trop marquée de toutes les tares de la musique et de la pensée décadentes de son temps: sur la colline sacrée, ce ne sont pas les pêcheurs de Galilée qui sont venus, ce sont les pharisiens.

Christophe sentait bien ce qu'il fallait faire; mais il lui manquait un poète, il devait se suffire à lui-même, se restreindre à la seule musique. Et la musique, quoi qu'on dise, n'est pas une langue universelle: il faut l'arc des mots pour faire pénétrer la flèche des sons dans l'esprit de tous.

Christophe projetait d'écrire une suite de symphonies, inspirées de la vie quotidienne. Il concevait une Symphonie Domestique, à sa façon, qui n'était pas celle de Richard Strauss. Il n'y matérialisait pas en un tableau cinématographique la vie de famille, au moyen d'un alphabet conventionnel, où des thèmes musicaux expriment, par la volonté de l'auteur, des personnages divers. Jeu docte et enfantin de grand contrepointiste!... Il ne cherchait pas à décrire des personnages ou des actions, mais à dire des émotions, qui fussent connues de chacun, et où chacun pût trouver un écho de son âme propre. Le premier morceau exprimait le grave et naïf bonheur d'un jeune couple amoureux, sa tendre sensualité, sa confiance dans l'avenir. Le second morceau était une élégie sur la mort d'un enfant. Christophe avait fui avec dégoût toute recherche réaliste dans l'expression de la douleur; les figures individuelles disparaissaient; il n'y avait qu'une grande misère,—la vôtre, la mienne, celle de tout homme, en face d'un malheur qui est ou qui peut être le lot de tous. L'âme atterrée par le deuil se relevait peu à peu, par un douloureux effort, pour offrir sa peine en sacrifice. Elle reprenait courageusement son chemin, dans le morceau suivant qui s'enchaînait au second,—une fugue volontaire, dont le dessin intrépide et le rythme obstiné finissaient par s'emparer de l'être, et menaient, au milieu des luttes et des larmes, à une marche puissante, pleine d'une foi indomptable. Le dernier morceau peignait le soir de la vie. Les thèmes du commencement reparaissaient avec leur confiance touchante et leur tendresse qui ne pouvait vieillir, mais plus mûrs, un peu meurtris, émergeant des ombres de la douleur, couronnés de lumière, et poussant vers le ciel, comme une riche floraison, un hymne de religieux amour à la vie infinie.

Christophe cherchait aussi dans les livres du passé de grands sujets simples et humains, parlant au cœur de tous. Il en choisissait deux: Joseph et Niobé. Mais là, Christophe se heurtait à la question périlleuse de l'union de la poésie et de la musique. Ses conversations avec Françoise le ramenaient aux projets, esquissés autrefois avec Corinne[6], d'une forme de drame musical tenant le milieu entre l'opéra récitatif et le drame parlé,—l'art de la parole libre unie à la musique libre,—art dont ne se doute presque aucun artiste d'aujourd'hui, et que nie la critique routinière, imbue de tradition wagnérienne. Œuvre neuve: car il ne s'agit pas de marcher dans les traces de Beethoven, de Weber, de Schumann, de Bizet, quoiqu'ils aient pratiqué le mélodrame avec génie; il ne s'agit pas de plaquer une déclamation quelconque sur une musique quelconque et de produire, coûte que coûte, avec des trémolos, de grossiers effets sur des publics grossiers; il s'agit de créer un genre nouveau, où des voix musicales se marient à des instruments apparentés à ces voix, et mêlent discrètement à leurs stances harmonieuses l'écho des rêveries et des plaintes de la musique. Une telle forme ne saurait s'appliquer qu'à un ordre limité de sujets, à des moments de l'âme, intimes et recueillis, afin d'en évoquer le parfum poétique. Nul art qui doive être plus discret et plus aristocratique. Il est donc naturel qu'il ait peu de chances de fleurir dans une époque qui, en dépit des prétentions des artistes, sent la vulgarité foncière de parvenus.

Peut-être Christophe n'était-il pas mieux fait que les autres pour cet art; ses qualités même, sa force plébéienne, y faisaient obstacle. Il ne pouvait que le concevoir, et en réaliser quelques ébauches avec l'aide de Françoise.

Il mit ainsi en musique des pages de la Bible, presque littéralement transcrites,—la scène immortelle où Joseph se fait reconnaître par ses frères, et, après tant d'épreuves, n'en pouvant plus d'émotion et de tendresse, murmure tout bas ces mots qui ont arraché des larmes au vieux Tolstoy:

«Je ne peux plus... Écoutez, je suis Joseph; mon père vit-il encore? Je suis votre frère, votre frère perdu... Je suis Joseph...»

Cette belle et libre union ne pouvait durer. Ils avaient ensemble des moments de plénitude puissante; mais ils étaient trop différents. Et tous deux, violents, se heurtaient fréquemment. Ces heurts n'étaient jamais vulgaires: car Christophe avait le respect de Françoise. Et Françoise, qui pouvait être cruelle, était bonne pour ceux qui étaient bons envers elle; pour rien au monde, elle n'eût voulu leur faire de mal. L'un et l'autre avaient d'ailleurs un fond de joyeuse humeur. Elle se moquait d'elle-même. Elle ne s'en rongeait pas moins: car l'ancienne passion la tenait toujours; elle continuait de penser au pleutre qu'elle aimait; elle ne pouvait supporter cet état humiliant, ni surtout que Christophe le soupçonnât.

Christophe, qui la voyait silencieuse et crispée s'absorber des jours entiers dans sa mélancolie, s'étonnait qu'elle ne fût pas heureuse. Elle était parvenue au but; elle était une grande artiste, admirée, adulée...

—Oui, disait-elle; si j'étais une de ces fameuses comédiennes, qui ont des âmes de boutiquières, et qui font du théâtre, comme elles feraient des affaires. Celles-là sont contentes, quand elles ont «réalisé» une belle situation, un riche mariage bourgeois, et—le nec plus ultra—décroché la croix des braves. Moi, je voulais plus. Quand on n'est pas un sot, le succès paraît encore plus vide que l'insuccès. Tu dois bien le savoir!

—Je le sais, dit Christophe. Ah! mon Dieu! ce n'était pas ainsi que je me figurais la gloire, lorsque j'étais enfant. De quelle ardeur je la désirais! Qu'elle me semblait lumineuse! Je l'adorais, de loin, comme quelque chose de religieux... N'importe! Il y a dans le succès une vertu divine: c'est le bien qu'il permet de faire.

—Quel bien? On est vainqueur. Mais à quoi bon? Rien n'est changé. Théâtres, concerts, tout est toujours le même. Ce n'est qu'une mode nouvelle qui succède à une autre mode. Ils ne vous comprennent pas, ou seulement en courant; et déjà, ils pensent à autre chose... Toi-même, comprends-tu les autres artistes? En tout cas, tu n'en es pas compris. Comme ils sont loin de toi, ceux que tu aimes le mieux! Souviens-toi de ton Tolstoy...

Christophe lui avait écrit; il s'était enthousiasmé pour ses livres; il voulait mettre en musique un de ses contes populaires, il lui en avait demandé l'autorisation, il lui avait envoyé ses lieder. Tolstoy n'avait pas répondu, pas plus que Gœthe à Schubert et à Berlioz, qui lui envoyaient leurs chefs-d'œuvre. Il s'était fait jouer la musique de Christophe; et elle l'avait irrité: il n'y comprenait rien. Il traitait Beethoven de décadent, et Shakespeare de charlatan. En revanche, il s'engouait de petits maîtres mignards, des musiques de clavecin qui charmaient le Roi-Perruque; et il regardait la Confession d'une femme de chambre comme un livre chrétien...

—Les grands hommes n'ont pas besoin de nous, dit Christophe. C'est aux autres qu'il faut penser.

—Qui? Le public bourgeois, ces ombres qui vous masquent la vie? Jouer, écrire pour ces gens? Perdre sa vie pour eux! Quelle amertume!

—Bah! dit Christophe. Je les vois comme toi; et cela ne m'attriste pas. Ils ne sont pas si mauvais!

—Brave optimiste allemand! Maître Pangloss!

—Ils sont des hommes, comme moi. Pourquoi ne me comprendraient-ils pas? ...—Et quand ils ne me comprendraient pas, vais-je m'en désoler? Sur ces milliers de gens, il s'en trouvera toujours un ou deux, qui seront avec moi: cela me suffit, il ne faut qu'une lucarne pour respirer l'air du dehors... Pense à ces naïfs spectateurs, à ces adolescents, à ces vieilles âmes candides, que ta beauté tragique soulève au-dessus de leurs jours médiocres. Souviens-toi de toi-même, quand tu étais enfant! N'est-il pas bon de faire aux autres,—quand ce ne serait qu'à un,—le bonheur et le bien qu'un autre vous fit jadis?

—Tu crois qu'il y en a vraiment un? J'ai fini par en douter... Les meilleurs de ceux qui nous aiment, comment nous aiment-ils? Comment nous voient-ils? Savent-ils voir, seulement? Ils nous admirent, en nous humiliant; ils ont autant de plaisir à voir jouer n'importe quelle cabotine; ils nous mettent au rang de sots que l'on méprise. Tous ceux qui ont le succès sont égaux, à leurs yeux.

—Et pourtant, ce sont les plus grands de tous qui restent les plus grands, pour la postérité.

—Simple effet de recul! Les montagnes s'élèvent, à mesure qu'on s'éloigne. On voit mieux leur hauteur; mais on en est plus loin... Et qui nous dit, d'ailleurs, que ce sont les plus grands? Est-ce que tu connais les autres, ceux qui ont disparu?

—Au diable! dit Christophe. Quand bien même personne ne sentirait ce que je suis, je le suis. J'ai ma musique, je l'aime, j'y crois; elle est plus vraie que tout.

—Tu es libre dans ton art, tu peux faire ce que tu veux. Mais moi, que puis-je? Je suis forcée de jouer ce qu'on m'impose, et de le ressasser jusqu'à l'écœurement. Nous n'en sommes pas tout à fait arrivés, en France, à l'état de bête de somme de ces acteurs américains, qui jouent dix mille fois Rip ou Robert-Macaire, qui, vingt-cinq ans de leur vie, tournent la meule d'un rôle inepte. Mais nous sommes sur le chemin. Misérables théâtres! Le public ne supporte le génie qu'à des doses infinitésimales, rasé, rogné, épilé, frotté des onguents à la mode... Un «génie à la mode!» est-ce que ce n'est pas crevant?... Quel gâchage de forces! Vois ce qu'ils ont fait d'un Mounet. Qu'a-t-il eu à jouer, dans sa vie? Deux ou trois rôles qui valent la peine de vivre: un Œdipe, un Polyeucte. Le reste, quelle niaiserie! Et penser à tout ce qu'il y aurait eu, pour lui, de grand et de glorieux à faire!... Ce n'est pas mieux, hors de France. Qu'ont-ils fait d'une Duse? À quoi s'est consumée sa vie? À quels rôles inutiles!

—Votre vrai rôle, dit Christophe, est d'imposer au monde les fortes œuvres d'art.

—On s'épuise en vain. Et cela n'en vaut pas la peine. Dès qu'une de ces fortes œuvres touche la scène, elle perd sa grande poésie, elle devient mensongère. Le souffle du public la flétrit. Public de villes étouffées, dans ses terriers puants, il ne sait plus ce que c'est que le plein air, la nature, la saine poésie: il lui faut une poésie fardée, comme nos museaux.—Ah! et puis... et puis... quand même on y réussirait!... Non, cela ne remplit pas la vie, cela ne remplit pas ma vie...

—Tu penses encore à lui.

—À qui?

—Tu le sais. À ce drôle.

—Oui.

—Et si tu l'avais, cet homme, et s'il t'aimait, avoue, tu ne serais pas heureuse, tu trouverais moyen encore de te tourmenter.

—C'est vrai... Ah! qu'est-ce que j'ai donc?... J'ai eu trop à lutter, je me suis trop rongée, je ne peux plus retrouver le calme, j'ai en moi une inquiétude, une fièvre...

—Elle devait être en toi, même avant tes épreuves.

—C'est possible... Oui, déjà, quand j'étais petite fille... Elle me dévorait.

—Qu'est-ce que tu voudrais donc?

—Est-ce que je sais? Plus que je ne puis.

—Je connais cela, dit Christophe. J'étais ainsi, adolescent.

—Oui, mais tu es devenu homme. Moi, je resterai une éternelle adolescente. Je suis un être incomplet.

—Personne n'est complet. Le bonheur est de connaître ses limites et de les aimer.

—Je ne peux plus. J'en suis sortie. La vie m'a forcée, fourbue, estropiée. Il me semble pourtant que j'aurais pu être une femme normale et saine et belle tout de même, sans être comme le troupeau.

—Tu peux l'être encore. Je te vois si bien, ainsi!

—Dis-moi comment tu me vois.

Il la décrivit, dans des conditions où elle se fût développée d'une façon naturelle et harmonieuse, où elle eût été heureuse, aimante et aimée. Elle éprouvait une douceur à l'entendre. Mais après, elle dit:

—Non, c'est impossible maintenant.

—Eh bien, fit-il, il faut se dire alors, comme le bon vieux Hændel, quand il devint aveugle:

 そのとき彼は、彼女が何か打ち明け話に来てるのだと考えた。そして言った。
「ああごめんください。僕はあまり勝手でした、自分のことばかりしゃべって。も少しいてくださいませんか。」
彼女は言った。
「いいえ、そうしてもおられません……ありがとうございますが……。」
彼女は帰っていった。
二人はそれからしばらく会わなかった。彼女はもう生きてるしるしだに見せなかった。彼のほうでも、彼女のところへ出かけて行かなかった。またフィロメールの家へも行かなかった。彼はその二人をたいへん好きではあった。しかし心悲しくなるような話が出るのを恐れていた。それにまた、彼女らの静平な凡庸な生活やあまりに希薄な空気は、今のところ彼の気に入らなかった。彼は新しい顔をながめたかった。新しい同情に接し、新しい愛に接して、ふたたび心を取り直さなければならなかった。

彼は気を紛らすために、久しい前から閑却していた芝居へまた行きだした。そのうえ芝居というものは、情熱の抑揚を観察し書き留めんと欲する音楽家にとっては、興味ある一つの学校のように思われた。
と言っても彼はフランスの戯曲にたいして、パリーへ来た当初よりも多くの同情をもち得たのではなかった。恋愛的精神生理学の無味乾燥な卑しいいつも同一な題材にたいして、彼はあまり趣味をもたなかったばかりでなく、フランスの芝居の言葉は、ことにその詩劇において、この上もなく虚偽なもののように彼には思えた。その散文も韻文も、民衆の生きた言葉とは、民衆の精神とは、合致していなかった。散文は、よいほうでは社会記事的なこしらえられた言葉であり、悪いほうでは通俗小説的なこしらえられた言葉であった。韻文はゲーテのつぎのような警句を裏書きしていた。

詩は何も言うべきことをもたない人々にとってはよいものである。

フランス劇の詩は、冗長なこね回した散文にすぎなかった。心情から来るなんらの必要もなしに、技巧をこらした形象がやたらにつみ重ねられてるため、どの真面目まじめな人物もみな虚偽的な様子になっていた。クリストフは、飾りたてた発声法をもってる大仰おおぎょうな甘ったるい節回しのイタリー歌劇オペラを重んじなかったが、それらの詩劇をもまた同様に重んじなかった。彼には脚本よりも俳優のほうがはるかに興味深かった。そしてまた、作者のほうも俳優を真似まねようとつとめていた。「俳優の欠点にかたどって作中人物の性格をこしらえるだけの注意がないかぎりは、脚本が多少の成功をもって演ぜられることは望み得られなかった。」ディドゥローがそういうことを書いた時代から、事情はほとんど変わっていなかった。人物に扮ふんする役者のほうがかえって、芸術のモデルとなっていた。成功を博した役者はすぐに、自分の芝居と、阿諛あゆ的な仕立屋たる自分の作者と、尺度に合わした自分の脚本を、もつようになるのだった。
文学界の流行となってるそれらの大きな案山子かがしのうちに、フランソアーズ・ウードンという女優がクリストフの注意をひいた。彼女はようやく一、二年前からパリーでもてはやされてるのだった。彼女もまたもとより、自分の役を脚本に書いてくれる作家らをもっていた。けれども彼女は、自分のためにこしらえられた作品ばかり演じてはいなかった。彼女のかなり雑多な出し物は、イプセンからサルドゥーに及び、ガブリエル・ダヌンチオから子デューマに及び、バーナード・ショーからアンリー・バタイユにまで及んでいた。時とすると大胆にも、古典文学の六脚詩の大道に踏み込んだりシェイクスピヤの形象の激流に飛び込んだりした。しかしそういう方面では気楽にいかなかった。彼女はいろんな役を演じてはいたが、実はいつも自分一人だけを演じてるのだった。それが彼女の弱みでありまた強みであった。観客の注意が彼女の一身に向いていないうちは、彼女の演技は少しも成功を博さなかった。観客が彼女に興味をもち出してからは、彼女の演ずるものはすべて素敵だと思われた。実際彼女を見ると、多くはつまらないその脚本を忘れるだけの価値があった。彼女は脚本を自分の生命で飾っていた。一つの不可知な魂から形づけられてるその肉体の謎なぞは、クリストフにとっては、彼女が演じてる脚本以上に人の心を動かすものだった。
彼女はきっぱりした悲壮な美しい横顔をもっていた。古ローマ風の強調された線は少しもなかった。パリー風のジャン・グージョン式な若い男とも女ともつかない、繊細な線ばかりだった。短くはあるが格好のよい鼻。唇くちびるの薄いやや苦にがみばしった美しい口。何か人の心を打つものがあり、内心の苦しみの反映が現われてる、若々しい痩やせ形の怜悧れいりな頬ほお。きかぬ気らしい頤あご。蒼白あおじろい顔色。冷静の習慣がついていて、しかもなお透き通っていて、魂が皮膚の下全体に広がってるような顔だちが、世には往々あるものだが、彼女のもその一つだった。髪の毛と眉毛まゆげとはたいへん細やかだった。眼は変わりやすくて、灰色であり琥珀こはく色であり、緑や金など各種の反映を帯びることができ、あたかも猫ねこの眼のようだった。それからまた彼女は、その性質全体も猫に似寄っていて、外見上うつらうつらして半ば眠ってるようでありながら、眼を見聞いて何かを待ち受けており、いつも疑懼ぎくの念をいだいてるらしかったが、時によると急に神経のくつろぎを見せ、しかもある残忍さを隠しもっていた。見かけほど背は高くなく、痩せてるようだがそうでもなく、美しい眉となだらかな腕と長いしなやかな手とをもっていた。着物のつけ方や髪の結い方がじみ好みできちんと整っていて、ある種の女優に見るような放浪的なだらしなさも大袈裟おおげさなお洒落しゃれも、少しも見えなかった――この点においてもまた猫のようで、下層社会から出て来たにもかかわらず、本能的に貴族風だった。そしてその底には、取り去りがたい粗野が潜んでいた。
彼女はも少しで三十歳になる年ごろらしかった。クリストフはガマーシュのところで、彼女の噂うわさを聞いたことがあった。人々がひどく熱心に讃ほめたててるところによると、彼女はきわめて自由な怜悧れいりな大胆な性質で、鉄のように堅い気力をもち、野心に燃えたち、しかも粗暴で無鉄砲でがむしゃらで猛烈であって、現在の光栄に到達するまでにはいろんな目に会ってきたが、成功してその腹癒はらいせをしてるのだった。
ある日クリストフは、フィロメールに会いにムードンへ行こうとして、汽車に乗り込んだ。そして車室の扉とびらを開くと、この女優がすでに席取っていた。彼女は何かいらだって苦しんでいるらしかった。そしてクリストフがはいって来たのを不快がった。彼のほうに背を向けて、向こう側の窓ガラスからじっと外をながめた。クリストフは彼女の顔だちの変化に驚いて、率直な厚かましい同情を寄せながら、彼女から眼を放さなかった。彼女はじれだして、恐ろしい眼つきでにらめてやったが、彼にはいっこう通じなかった。つぎの停車場で、彼女は降りて他の車室に乗り換えた。そのときになってようやく――もうおそすぎたが――彼は自分のせいで彼女が逃げ出したのだと考えた。そしてたいへん心苦しかった。
それから幾日かあとに、彼は同じ線のある停車場で、パリーへもどるために汽車を待ちながら、歩廊プラットホームにあるただ一つのベンチに腰かけていた。すると彼女が出て来て、彼のそばに腰をおろした。彼は立ち上がろうとした。彼女は言った。
「どうぞそのまま。」
二人きりだった。彼は先日彼女に車室を換えさしたことを詫わびた。自分が邪魔になることがわかっていたら、降りてあげるはずだったと言った。彼女は皮肉な微笑を浮かべてただこう答えた。
「ほんとに、あなたには我慢ができませんでしたよ。しつっこく私の顔ばかり見ていらしたんですもの。」
彼は言った。
「失敬しました。見ずにはいられなかったんです……。苦しそうな御様子だったものですから。」
「それで、どうなんですの?」と彼女は言った。
「僕には辛抱ができないんです。あなたはおぼれかかった者を見て、手を差し出さずにいられますか。」
「私が? そんなことをするものですか。」と彼女は言った。「早く片づいてしまうように、水の中に頭を押し込んでやりますわ。」
彼女は悲痛と冗談との交じった調子でそれを言った。そして彼がびっくりした様子でその顔をながめてるので、彼女は笑い出した。
汽車が来た。すっかり込んでいて、ただ最後の車室だけがあいていた。彼女はそれに乗った。駅員がせきたてていた。クリストフは先日のようなことを繰り返したくなかったので、他の車室を捜そうとした。彼女は彼に言った。
「お乗りなさい。」
彼は乗り込んだ。彼女は言った。
「今日は構いませんわ。」
二人は話をした。クリストフは大真面目おおまじめになって説き示そうとした、他人に冷淡であるのは許すべからざることだとか、人は助け合い慰め合いながら相互にたいへんためになることをなし得るのだとか……。
「慰めですって、」と彼女は言った、「そんなことは私にはどうだってよござんすわ。」
クリストフはなお言い張った。
「そうですわね、」と彼女は失敬な微笑を浮かべてなお言った、「慰め役はそれを演ずる者にとっては儲もうけ役ですよ。」
彼にはちょっとその意味がわからなかった。けれどようやく意味がわかって、彼女のことばかりを考えてるのに自分のためにしてるのだと疑われたことを思うと、彼はすぐに憤然と立ち上がり、扉とびらを開いて、汽車の進行中なのも構わずに出て行こうとした。彼女はやっとのことでそれを引き止めた。彼は怒りながら腰をおろし、扉を閉しめた。ちょうど汽車はトンネルにさしかかっていた。
「ごらんなさいな、」と彼女は言った、「死ぬところじゃありませんか。」
「死んだって構うものですか。」と彼は言った。彼はもう彼女と話したくなかった。
「馬鹿な奴らばかりだ。」と彼は言った。「たがいに苦しめ合ったり苦しんだりしてる。他人ひとを助けようとすれば疑うたぐられる。厭いやになっちまう。どいつも皆人間じゃない。」
彼女は笑いながら、彼をなだめようとつとめた。手袋をつけてる片手を彼の手にのせた。彼の名前を呼びかけてやさしく口をきいた。
「ほう、あなたは僕を知ってるんですか。」と彼は言った。
「パリーでは人はみんな知り合いではありませんか! あなただって同じ船の乗合ですわ。でも先刻さっきのように申したのは私が悪うこざんしたわ。あなたはいい方です、よくわかっています。さあ気を和らげてください。もうよござんすよ。仲直りをしましょう。」
二人は握手をかわした。そして親しく話をした。彼女は言った。
「でも私のせいじゃありませんよ。世間の人からいろんな目に会わされたので、そのために疑うたぐり深くなったのです。」
「僕もたびたび騙だまされたんです。」とクリストフは言った。「しかし僕はまだやはり人を信用しています。」
「そうでしょう。あなたは生まれつきの馬鹿正直に違いないんですもの。」
彼は笑い出した。
「そうです、僕はいつも一杯食わされてばかりいます。しかし閉口しやしません。丈夫な胃袋をもってるんです。どんな大きな畜生だって、どんな困窮や悲惨だって、構わずのみ下してやるんです。場合によっては、打ちかかってくる悪漢をものみ下してやります。そしてますます丈夫になるばかりです。」
「あなたは仕合わせよ、」と彼女は言った、「男ですもの。」
「そしてあなたは女ですよ。」
「女なんて大したことじゃありません。」
「いや素敵なことです。」と彼は言った。「それはまた、いいことかもしれません。」
彼女は笑った。
「それが!」と彼女は言った。「けれど世間では、それをどんなふうに取り扱ってるでしょう?」
「自分で自分の身を守らなければいけません。」
「そしたら、親切なんか長つづきはしませんよ。」
「それは人が親切を十分にもっていないからです。」
「おっしゃるとおりかもしれませんわ。そしてまた、あまり苦しんでもいけませんわね。度が過ぎると、魂が干乾ひからびてしまいますのね。」
彼は彼女を気の毒に思いかけた。それから、先刻どんなふうに取り扱われたかを思い出した……。
「あなたはまだ、慰め役は儲もうけ役などと言うつもりですか。」
「いいえ、」と彼女は言った、「もう言いませんわ。あなたが親切で真面目まじめだということは、私にもわかってますもの。お礼申しますわ。ただ何にも言わないでくださいな。あなたにはわからないんです……。ありがとうございました。」
二人はパリーに着いた。たがいに住所も告げず訪たずねて来てほしいとも言わずに、そのまま別れた。
それから一、二か月後に、彼女自身クリストフを訪れてきた。
「お目にかかりに来ました。少しあなたとお話ししたいんですの。あのときお会いしてから、私はときどきあなたのことを考えましたね。」
彼女は席についた。
「ほんのちょっとの間。長くお邪魔はしませんわ。」
彼は彼女に話しかけた。彼女は言った。
「ちょっと待ってくださいな。」
二人は黙った。つぎに彼女は微笑ほほえみながら言った。
「がっかりしてましたの。もうよくなりましたわ。」
彼は尋ねかけようとした。
「いえ、」と彼女は言った、「そんなことはいいんです。」
彼女はあたりを見回し、いろんな品物を見つけ出し批判した。それからルイザの写真を見つけた。
「お母かあさんですか。」と彼女は言った。
「ええ。」
彼女はそれを手に取って、しみじみとながめた。
「いいお婆ばあさんね。あなたは仕合わせですわね。」
「でも、もう亡くなったんです。」
「そんなことは構いませんわ。とにかくこんなお母さんがあったんですもの。」
「ではあなたは?」
しかし彼女はちょっと眉まゆをひそめてその話を避けた。自分のことを聞かれるのを好まなかった。
「いえ、あなたのことを話してください。私にきかしてくださいよ……何か身の上のことを……。」
「そんなことをきいてどうするんです?」
「いいから話してちょうだいよ……。」
彼は話したくなかった。しかし彼女の問いに答えないわけにはゆかなかった、聞き方がたいへん上手じょうずだったので。そしてちょうど、心悲しかったある種の事柄、友情の話や別れ去ったオリヴィエの話などを語ってしまった。彼女は憐あわれみと皮肉とのこもった微笑を浮かべて、耳を傾けていた。……と突然、彼女は尋ねた。
「何時でしょう? まあー! 二時間もいましたのね。……ごめんください……。ほんとに心が休まりましたわ。」
彼女は言い添えた。
「またお伺いしたいんですの……たびたびでなく……ときどき……。お話を聞くと私のためになりますの。でも私は、お邪魔をしたくありませんわ。お時間をつぶしたくありませんわ……。でほんのしばらくの間、たまにね……。」
「僕のほうから伺いましょう。」とクリストフは言った。
「いえいえ、いらしちゃいけません。お宅のほうがいいんですの……。」
しかし、その後彼女は長らくやって来なかった。
ある晩彼は、彼女が重い病気になっていて、もう数週間前から芝居にも出ていないことを、ふと聞きこんだ。来るなと言われていたけれど、それでも訪たずねていった。面会は断わられた。けれど名前が通じられると、彼は階段の上で呼びもどされた。彼女は床についていた。快方に向かっていた。肺炎にかかったのだった。かなり様子が変わっていた。けれどやはり、人を近づけない皮肉な様子と鋭い眼つきをしていた。それでもクリストフを見ると、ほんとうにうれしげなふうを示した。彼を寝台の近くにすわらせた。こだわりのないあざけり気味で、自分のことを話して、危うく死ぬところだったと言った。彼はびっくりした様子を見せた。すると彼女は茶化した。彼は何にも知らせなかったことを難じた。
「お知らせするんですって、あなたに来ていただくために! そんなことをするものですか。」
「きっとあなたは、僕のことなんかは考えもしなかったんですね。」
「そのとおりよ。」と彼女はやや悲しげな冷笑を浮かべて言った。「病気のうちはちょっとも考えなかったんですの。まったく今日が初めてですわ。寂しいことだと思っちゃ厭いやですよ。私病気のときは、だれのことも考えないんです。ただ皆さんにお願いすることは、静かにさしといてほしいということだけですの。そして壁と鼻をつき合わして、じっと待ってるんです。一人ぽっちでいたいんです。鼠ねずみのように一人ぽっちで死んじまいたいんですの。」
「けれど一人で苦しむのは辛つらいことです。」
「私は馴なれっこですわ。長い間不幸な身の上でしたの。だれも助けに来てくれませんでした。
今ではそれが癖になってるのでしょう……。それに、そのほうがかえってましですわ。だれがいたって何にもなりはしませんもの。室の中の物音や、煩わしい注意や、表面うわべばかりの悲嘆や……厭いやですわ。一人ぽっちで死ぬほうがましですわ。」
「あきらめきってるんですね。」
「あきらめ? いえ私はそれがどんなことだかも知りませんわ。私ただ歯をくいしばって、自分を苦しめてる病気を憎んでやるんですの。」
彼は、だれも見舞いに来てはくれないのか、だれも世話をしてはくれないのか、と彼女に尋ねた。彼女の答えによると、芝居の仲間は、かなり親切な人たちで――馬鹿な人たちで――しかも世話好きで、同情深い人たち(それも上っすべりの)であった。
「でも、まったく私のほうで、あんな人たちに会いたくないんですの。私つむじ曲がりですわね。」
「そこが僕は好きなんです。」と彼は言った。
彼女はなさけなさそうに彼をながめた。
「あなたまでが! 他人ひとの口真似くちまねをなさるの?」
彼は言った。
「許してください……ああ、僕もパリー人になっちゃったのか! 恥ずかしい……。まったく僕は考えなしに言ったんです……。」
彼は夜具の中に顔を隠した。彼女はさっぱりと笑って、彼の頭を軽くたたいた。
「ああその言葉は、パリーの言葉じゃないわ。結構よ。私にはあなたがわかってるわ。さあ、顔をお見せなさいな。蒲団ふとんの上で泣いちゃ厭いやですよ。」
「許してくれますか。」
「許してあげるわ。けれどもう繰り返しちゃいけませんよ。」
彼女はなお少し彼と話をし、彼がしてることを尋ね、それから疲れて飽きて、彼を帰らした。
つぎの週に彼はまたやって来る約束だった。しかし彼が家から出かけようとするときに、来てくれるなとの電報を受け取った。彼女は容態が悪かった。――それから翌々日に、彼女は彼を呼んだ。彼はやって行った。見ると、彼女はよくなりかけていて、半ば身を投げ出して窓ぎわにすわっていた。春先のことで、空には日が照り渡り、木々の若芽が萌もえ出していた。彼女は彼にたいして、これまでよりいっそうやさしく穏やかだった。先日はだれにも会えなかったのだと言った。彼をも他の人たちと同様に嫌きらいになりそうだったのである。
「そして今日は?」
「今日は、すっかり若々しく新しくなった気がしますの。自分の周囲の若々しく新しく思えるものはなんでも――ちょうどあなたみたいなものはなんでも、なつかしい気がしますの。」
「でも僕はもう若々しくも新しくもありませんよ。」
「いいえあなたは死ぬまでそうでしょうよ。」
二人は、この前会ったときから後どんなことをしたかを話し、また芝居のことを話した。彼女はもうやがて芝居へ出勤するはずだった。厭々いやいやながらつながれてる芝居のことについては、彼女も自分の考えを述べてきかした。
彼女はもう彼のほうから来てもらいたがらなかった。自分のほうから訪たずねてゆくと約束した。しかし彼女は彼の邪魔になりはすまいかと心配していた。彼はいちばん仕事の妨げにならないような時間を知らした。二人は一種の合い言葉を定めた。彼女は一定の仕方で扉とびらをたたくことにした。彼はそのときの気持によって、扉を開くか開かないかすることにした……。

彼女は彼がいつも会ってくれるのに乗じはしなかった。しかしあるとき彼女は自分が詩を朗吟することになってる社交的夜会に行きかけて、最後の間ぎわに厭いやになった。行かれないと途中で電話をかけた。そしてクリストフのところへ行ってみた。ただ通りがかりにちょっと挨拶あいさつをしてゆくつもりだった。ところがその晩、彼女はふと彼に打ち解けて、子供のときからの身の上話をした。

悲しい幼年時代だった。父は通り合わせの男で、彼女はそれを覚えていなかった。母はフランス北部のある町はずれに、評判の悪い飲食店を開いていた。車力たちが酒を飲みにやって来て上かみさんといっしょに臥ふせり、上さんをひどい目に会わしていた。そのうちの一人が彼女と結婚した、彼女に少し小金こがねがあったから。彼は彼女をなぐりつけ、飲み食いばかりしていた。フランソアーズには一人の姉があって、その飲食店で女中の働きをしていた。仕事に疲れきっていた。亭主ていしゅは上さんに公然と眼の前で、彼女を情婦にしていた。彼女は肺病だった。死んでしまった。フランソアーズは打擲ちょうちゃくや汚行のなかに育っていった。胆汁たんじゅう質のなつかしみのない娘で、熱い荒っぽい小さな魂をもっていた。母や姉が、泣き、苦しみ、あきらめ、堕落し、死んでゆくのを、彼女は見てきた。そして憤然とした意志で、あきらめまいとし、その穢けがらわしい環境からのがれようとした。彼女は反抗者だった。ある種の不正な事柄を見ると、神経の発作を起こした。なぐられると、引っかいたり噛かみついたりした。あるときなどは、首をくくろうとした。しかしそれはしとげられなかった。やり始めるとすぐに、もう厭いやになってしまい、あまりうまくゆきそうなのが恐ろしくなった。もう息がつけなくなって、ひきつった手で大急ぎに紐ひもを解いてると、生きたいという激しい願いがこみ上げて来た。そして、死によってのがれることができなかったので――(クリストフは、自分の昔の同様な苦難を思い起こしながら、悲しげな微笑ほほえみを浮かべて聞いていた)――彼女は打ち克かって、自由な富裕な身になって、自分を虐しいたげてる人々を皆足下に踏みつけてやろうと、みずから誓った。亭主の怒鳴り声や、なぐられてる母の喚わめき声や、強迫されてる姉の泣き声などが、隣の室に聞こえてるある晩、彼女は自分の汚きたない室の中で、右の誓いをたてたのだった。彼女はどんなにか自分を惨みじめに感じたことだろう! それでも彼女は、みずからたてた誓いに慰められた。彼女は歯をくいしばって考えた。
「今にみんなをやっつけてやる。」
そういう陰惨な幼年時代のうちにも、ただ一点の光明が存在していた。
ある日、同じ泥濘でいねい中の悪戯いたずら仲間の一人で、芝居小屋の門番の息子むすこが、禁ぜられていたのを破って、彼女を芝居の試演に連れていった。二人は場席の奥の暗い所にはいり込んだ。薄暗い中に輝いてる舞台の神秘さ、役者たちが言ってる魔法的な不可解な事柄、女役者の女王めいた様子――実際この女優は伝奇的な通俗悲劇メロドラマの中の女王を演じていた――それらに彼女は心打たれた。感動のあまりぞっと凍えきり、胸がひどく動悸どうきした……。「そうだわ、そうだわ、いつかこんなになってやらなけりゃ!……なあに、あの人だってこんなになってるから、私にだって……。」……その試演が済むと、彼女はどうしても晩の公演が見たかった。友がそこから出て行くのを止めないで、自分もあとについて出るふうをした。それからまたもどってきて、芝居小屋の中に隠れた。腰掛の下にうずくまって、埃ほこりに咽むせ返りながら、三時間もじっとしていた。そして公演が始まりかけ、観客がやって来たので、彼女は隠れ場所から出ると、災難にもつかまえられてしまって、人々の嘲笑ちょうしょうのうちに、恥ずかしくも追い出され、家に連れもどされ、ひどく打たれた。もし彼女がそのとき、それらの人々を威圧し復讐ふくしゅうするために、未来どんな者になるかを頭に置いていなかったとしたら、おそらくその夜中に死んでたかもしれなかった。
彼女の計画は成り立った。役者たちが泊まってる劇場付旅館兼珈琲店に、女中として住み込んだ。彼女はほとんど読み書きもできなかった。そして何にも読んだことがないし、読むべきものをもってもいなかった。彼女は学び知りたいと思って、異常な精力で勉強した。客人たちの室にある書物を盗み出した。蝋燭ろうそくを倹約するために、夜は月の光であるいは曙あけぼのの光で読んだ。役者たちはだらしがなかったので、彼女のそういう小さな盗みに気づかなかった。あるいはただぶつぶつ言うきりだった。それにまた彼女は、読んだあとで書物を返した――と言っても、そのまま返しはしなかった。気に入った部分は裂き取っておいた。その書物を返すときには注意して、寝床の下や家具の下に押し込んで、室からもち出されたのではないと思わせるようにしておいた。また彼女は、扉とびらに耳を押しあてて、台辞せりふを繰り返してる役者たちに耳を傾けた。そして一人で廊下の掃除そうじをしながら、彼らの台辞回しを小声で真似まねたり、身振りをしたりした。そういうところを人に見つけられると、あざけられたり悪口言われたりした。彼女はむっとして口をつぐんだ。――そういう教育法は長くつづくはずだったが、彼女はあるとき不謹慎にも、役者の室から台辞せりふの台本を盗み出した。その役者はひどく怒った。女中よりほかにだれも彼の室にはいった者はなかった。で彼は彼女の仕業しわざだとした。彼女は厚かましく打ち消した。彼は身体じゅうを調べるとおどかした。彼女は彼の足下に身を投げ出して、いっさいのことを白状し、他の窃盗や書物のページを裂き取ったことなど、あらゆる秘密をみな自白した。彼は恐ろしくののしった。しかし見かけほど意地悪くはなかった。なぜそんなことをしたかと尋ねた。女優になるつもりだと彼女が答えると、彼はたいへん笑った。何を知ってるかと尋ねてみた。彼女は覚えてることをみな諳誦あんしょうしてみせた。彼はびっくりして言った。
「どうだい、俺おれが教えてやろうか。」
彼女はこの上もなく喜んで、彼の手に接吻せっぷんした。
「ああ私は、」とフランソアーズはクリストフに言った。「その男をどんなにか愛するところでした。」しかし役者はそのあとですぐに言い添えたのだった。
「ただ、お前にもわかってるだろうが、魚心あれば水心と言ってね……。」
彼女は処女だった。人からいろいろ挑いどまれても、いつもひどく恥ずかしがってはねつけていた。
その粗野な貞節、愛のない不潔な行為や卑しい肉欲にたいする嫌悪けんお、それらを、彼女は子供のときからもっていた。家の中で周囲に起こる悲しい事柄を見て、つくづく厭気いやけを起こさせられてたからだった。――彼女はそのときもなおそれらを失わないでいた……。ああ不幸な彼女、彼女はひどい罰をになっていたのである! なんという運命の愚弄ぐろうだったろう!……
「では、」とクリストフは尋ねた、「あなたは承知したのですか。」
「ああ私は、」と彼女は言った。「それをのがれるためには、火の中に飛び込んでも構わないと思っていました。ところがその男は、泥棒として私を捕えさせるとおどかしたのです。私は他にしかたがなかったのです。――そうして私は、芸術の……また人生の、手ほどきを受けたのでした。」
「ひどい奴だ!」とクリストフは言った。
「ええ、私もその男を憎みました。けれどその後、いろんな人に出会ってみると、もう彼をそんなに悪い人だとは思えなくなりました。少なくとも彼は、約束だけは守ってくれたのです。役者家業について知ってることは――(大したことじゃありませんが)――すっかり私に教えてくれました。私を一座のうちに入れてくれました。初めは皆の召使同様でした。ちょっとした端役はやくもやりました。それからある晩、喜劇の侍女が病気になったとき、私は冒険的にその役を受け持たせられました。それから引きつづいてその役をしました。とても駄目だめで滑稽こっけいで見苦しいとのことでした。そのころ私は醜い女だったそうです。そして長く醜くかったのが、ついにはすぐれた理想的な女だということになったのです……。「女」ですって!……馬鹿な人たちですわ!――芸のほうは、私のは不正確で乱暴だとの評判でした。見物からは味わってもらえず、仲間からは笑われました。それでも追い出されなかったのは、とにかくいろんな用をしてやったからですし、金もかからなかったからです。私は、金がかからないばかりではなく、こちらから払ってたほどです。ああ、進歩をし地位が上るその一足ごとに、私は自分の肉体で代価を払いました。仲間の者や、主事や、座元や、座元の友だちなどが……。」
彼女は口をつぐんだ。色蒼あおざめ、唇くちびるをきっと結び、乾かわいた眼つきをしていた。しかし彼女の魂が血の涙を流してることは感ぜられるのだった。一瞬の閃ひらめきのうちに、彼女は、それらの恥ずかしい過去のことを、また自分を支持してくれた激しい征服意志のことを、はっきり思い浮かべた。その征服意志は、堪え忍ばなければならない新しい汚行ことに、ますます激しくなっていった。彼女は死を希ねがいたかった。しかし恥辱のさなかに斃たおれてしまうのは、あまりに忌まわしいことだった。勝利の前に自殺するも、勝利の後に自殺するも、それは構わない。しかしながら、身を汚してその代償を得ないうちは、けっして……。
彼女は黙っていた。クリストフは憤慨して室の中を歩き回った。この女を苦しめ汚したその奴らを、打ち殺してしまいたかった。それから彼は、憐あわれみ深く彼女をながめ、彼女のそばにたたずんで、その頭を、顳※(「需+頁」、第3水準1-94-6)こめかみを両手にはさんで、やさしく抱きかかえて、そして言った。
「かわいそうに!」
彼女は彼を押しのけそうにした。彼は言った。
「僕を恐こわがってはいけません。僕はあなたをよく愛しています。」
すると、フランソアーズの蒼あおざめた頬ほおに涙が流れた。彼は彼女のそばにひざまずいて、二滴の涙が落ちかかってる、

いとも美わしき長き手……

の上に唇くちびるをつけた。
それから彼は席についた。彼女は心を取り直していた。そして、また静かに話をつづけた。
ついにある作家が彼女を世に出してくれた。彼はこの一風変わった人物たる彼女のうちに、一つの悪魔を、一つの天才を――そして彼のためにさらにいいことには、「一つの劇的人物、一時代を代表する新しい女」を、見出したのだった。もとより彼は、他の多くの女と関係したあとであって、彼女にも手をつけた。そして彼女も、他の多くの男に身を任せたと同様に、愛もなく、愛と反対の感情をさえもちながら、彼に身を任せた。しかし彼は彼女を有名にしてくれた。彼女も彼を有名にしてやった。
「そしてもう今では、」とクリストフは言った、「だれもあなたにたいしてなんともすることはできません。あなたのほうで他人を勝手に取り扱えるのです。」
「あなたはそう思っていらして?」と彼女は悲しげに言った。
そこで彼女は、運命のも一つの悪戯いたずらを語ってきかした――自分が軽蔑けいべつしてるくだらない男に迷い込んだ話を。それはある文学者で、彼女を利用し、彼女のもっとも著しい秘密を奪い取り、それを小説に書き、それから彼女を捨ててしまった。
「私はその男を、」と彼女は言った、「靴くつの泥どろのように軽蔑けいべつしています。そして、そのひどい奴に自分が惚ほれてることだの、ちょっと手招きさえさるれば、すぐ駆けつけて行って自分を辱はずかしめるだろうなどということは、考えるだけでもぞっとします。けれど、どうにもしかたがないんです。私の心は、私の精神が望んでるものを少しも好みません。そして心と精神とを、どちらか代わる代わる犠牲にし辱しめるようになるのです。私には心があり、身体があります。その二つが喚わめきたてて、自分だけの幸福を求めています。私にはそれを制するだけの手綱がないんです。私は何にも信じません。私は自由です……自由? いえ、心と身体との奴隷です。それがたびたび、たいていいつも、私の厭いやがってることを望むんです。私を連れ去るんです。そして私は恥ずかしい思いをします。けれど、どうにもしかたがないのです……。」
彼女は口をつぐんで、暖炉の灰を火箸ひばしで何気なくかき回した。
「私は読んだことがあります、」と彼女は言った、「役者というものは何にも感じないものだということを。そして実際、私が見かけるたいていの役者は皆、自負心のつまらない問題にばかり気をもんでる見栄坊なのです。そしてその人たちと私と、どちらがほんとうの役者でないか、私にはわかりません。けれど自分では、私のほうがそうなのだと思っています。ともかく私は、他の人たちに代わって罰を受けています。」
彼女は話をやめた。夜中の三時だった。彼女は立ち上がって帰ろうとした。クリストフは、朝になって帰るほうがよいと言い、自分の寝台に横になったらと勧めた。彼女は、火の消えた暖炉のそばの肱掛椅子ひじかけいすにすわって、ひっそりした中で静かに話しつづけるほうを望んだ。
「明日あしたになって疲れますよ。」
「私馴なれていますの。でもあなたこそ……。明日のお仕事は?」
「明日は隙ひまです。十一時ごろちょっと稽古けいこをしてやるだけで……。それに僕は丈夫です。」
「だからなおさらよく眠らなければいけないんでしょう。」
「そうです。僕はぐっすり眠りますよ。どんな苦しいことがあっても、眠られないということはありません。あまりよく眠るんで、時には癪しゃくにさわることさえあります。それだけ時間が無駄になりますからね……。一度睡眠に仕返しをして徹夜してやるのが、うれしくてたまらないんです。」
二人は小声で話をつづけながら、ときどき長く黙り込んだ。そのうちにクリストフは眠った。フランソアーズは微笑ほほえんで、彼が落ちないようにその頭をささえてやった……。窓ぎわにすわって薄暗い庭をながめながら、ぼんやり夢想にふけった。庭はやがて明るくなった。七時ごろに、彼女は静かにクリストフを起こして、別れの挨拶あいさつを言った。

その月のうちに、彼女はクリストフの不在中にやって来た。扉とびらは閉しめ切ってあった。クリストフは彼女に部屋の鍵かぎを一つ渡して、いつでも好きなときにはいれるようにしてやった。実際彼女は一度ならず、クリストフがいないときにやって来た。そしてテーブルの上に、菫すみれの小さな花束を置いたり、または紙にちょっと、走り書きや素描や漫画を、書き残していった――立ち寄ったしるしに。
そしてある晩、彼女は芝居の帰りに、また楽しい話を繰り返すつもりで、クリストフのところにやって来た。彼は仕事をしていた。二人は話を始めた。しかし二、三言話し出すや否や、二人はどちらも、この前のようなやさしい気持でいないことを感じた。彼女は帰ろうとした。けれどもうおそかった。クリストフが引き留めたわけではなかった。彼女自身の意志が帰ることを許さなかった。二人はそのままじっとしていて、欲望が高まってくるのを感じた。
そしてたがいに身を任せた。

その夜以来、彼女は幾週間も姿を見せなかった。彼はその夜のために、数か月眠っていた情欲がふたたび燃え出して、彼女と会わずにはいられなかった。彼女の家へ行くことは断わられていたので、芝居へ行った。後ろのほうの席に身を隠した。愛情と感動とに燃えたっていた。骨の髄ずいまでもおののいていた。彼女が自分の役に打ち込んでる悲壮な熱意は、彼女といっしょに彼を焼きつくした。彼はついに彼女へ書き送った。
――あなたは私を恨んでるのですか? お気にさわったのなら許してください。
その謙遜けんそんな言葉に接して、彼女は彼の家へ駆けつけて来、彼の腕に身を投げ出した。
「ただ親しい友だちのままでいたほうがよかったでしょうけれど。でもそれもできなかったからには、しかたないことに反抗しても無駄ですわ。もうどうなっても構わないことよ!」
二人は生活をいっしょにした。それでも各自に自分の部屋へやと自由とを取って置いた。クリストフとの几帳面きちょうめんな同棲どうせいに馴なれることは、フランソアーズにはできなかったろう。そのうえ、彼女の境遇もそれに適しなかった。彼女はクリストフのところにやって来て、昼と夜の一部を彼といっしょに過ごしたが、しかし毎日自分の家へももどってゆき、そこで泊まってくることもあった。
芝居のない幾月かの休暇中には、ジフ寄りのパリー郊外に、二人はいっしょに一軒の家を借りた。多少愁うれいの曇りがないでもなかったが、とにかく幸福な日々を、彼らはそこで過ごした。信頼と勉励との日々。二人の室はきれいで明るくて晴れ晴れとしていて、畑地を見晴らす広い自由な眼界が開けていた。夜は寝台の上から窓越しに、雲の怪しい影が、どんよりした薄明るい空を過ぎるのが見えた。たがいに抱き合ったままうとうととしながら、喜びに酔った蟋蟀こおろぎの鳴く声や、驟雨しゅううの降りそそぐ音などが聞かれた。秋の大地の息――忍冬にんどうや仙人草せんにんそうや藤や刈り草の匂におい――が、家の中にまた二人の身体に沁しみ込んできた。夜の静けさ。添い寝の眠り。沈黙。遠い犬の吠ほえ声。鶏の歌。曙あけぼのの光が見えそめる。冷え冷えとした灰色の暁のうちに、遠い鐘楼で御告アンジェリユスの鐘が細い音をたてる。寝床の温ぬくみの中にある二人の身体は、その暁の冷気に震えて、なお恋しげにひしと寄り添う。外壁に取りついてる葡萄棚ぶどうだなの中には、小鳥のさえずりが起こってくる。クリストフは眼を開いて、息を凝らし、しみじみとした心で、自分のそばにうちながめる、眠ってる女の疲れたなつかしい顔を、恋のためのその蒼白あおじろい色を……。

彼らの愛は利己的な情熱ではなかった。肉体までも加わりたがる深い友情であった。彼らはたがいに邪魔をしなかった。各自に勉強していた。クリストフの天才や温情や精神力などは、フランソアーズには貴重なものだった。また彼女は、ある事柄には自分のほうが年上だという気がして、母親めいた喜びを覚えるのだった。彼女は彼のひくものを少しも理解できないのが残念だった。彼女には音楽はわからなかった。ただまれには、ある荒々しい情緒にとらえられることもあったが、その情緒でさえ、音楽から来たものというよりもむしろ、彼女自身から来たものであり、彼女やその周囲のもの、景色や人々や色彩や音響など、すべてをそのとき浸している情熱から来たものであった。それでも彼女はなお自分にわからないその神秘な言葉を通して、クリストフの天才を感じた。それはあたかも、りっぱな俳優が外国語で演じてるのを見るがようなものだった。彼女自身の天才もそれから力づけられた。またクリストフは作曲するときには、彼女のうちに、その恋しい形体の下に、自分の思想を投げ込み自分の情熱を具象化した。そして彼の眼には、それらの思想や情熱が、自分のうちにあったときよりもさらに美うるわしく映ずるのだった。弱くて善良でしかも残酷であり、時には天才の閃ひらめきを見せる、かかる女の魂と親和することは、いかに多くのものを彼にもたらしたことであろう! 彼女は彼に、人生や人間について――女について、多くのことを教えてくれた。彼はまだ女性をよく理解していなかったが、彼女は鈍い洞察どうさつ力をもって女性を批判していた。ことに彼は彼女のおかげで、劇をよりよく理解するようになった。芸術のうちでもっとも完全なもっとも簡潔なもっとも充実したものである、この驚嘆すべき劇芸術の精神の中に、彼女は彼をはいり込ませた。人間の夢想のこの魔術的な道具を、彼女は彼に開き示してやった。ただ自分のためにのみ書くという彼の傾向――(ベートーヴェンの実例にならって、霊感に接してるときに呪のろうべきヴァイオリンなどのために書くということを拒んでる、あまりに多くの芸術家らの傾向)――それに従ってはいけないということを、彼女は彼に教えてやった。偉大なる劇詩人は、きまりきった舞台のために働いたり、自分の自由になし得る俳優らにかえって自分の思想を適応さしたりすることを、少しも恥とはしていない。そうすることによって自分が狭小となるとは思っていない。夢想することはりっぱなことであるとしても、実現することは偉大なことであると、知っているからである。演劇は壁画のごとく一定の場所にある芸術――生きたる芸術である。
そういうふうにフランソアーズが言い現わす思想は、クリストフの思想とよく一致した。クリストフはその当時、他人と交渉ある多衆的芸術の方面へ志していた。フランソアーズの経験は、公衆と俳優との間に縮まれる神秘な共同動作を、彼に感得さしてくれた。フランソアーズはいかにも現実的であって、幻影をあまりいだいてはしなかったけれども、それでもなお、相互暗示の力を、群集に俳優を結びつける同感の波を、多数の魂の深い沈黙のなかからその唯一の代弁者の声が起こってくる働きを、よく見てとっていた。もとより彼女がそういう感情をもつのは、同じ戯曲の同じ場所ででも二度とはほとんど起こることのない、きわめてまれな間歇かんけつ的な閃光せんこうによってであった。その他の時はいつも、魂のこもらない職務にすぎないし、知的な冷やかな機械作用にすぎなかった。しかし興味あるのはその例外の時である――深い淵ふちが、無数の人々の共通な魂が、一閃の光によって寸秒の間てらし出されるときである。その共通な魂の力が、一人の俳優のうちに表現されるのである。
そういう共通な魂をこそ、大芸術家は表現すべきであった。大芸術家の理想は、生きたる客観主義であるべきだった。みずから自我の衣を脱いで、世界を吹き渡る多衆的熱情の衣をまとう、古いにしえの楽詩人に見るような、生きたる客観主義であるべきだった。フランソアーズは、いつも自分自身を演出していて、私心を脱却することができなかっただけに、ますますそういう要求を強く感じていた。――個人的情緒の乱雑な発揚は、一世紀半ばかり以前から、ある病的な趣きを帯びてきている。しかし精神上の偉大さは、多く感じ多く支配することにある。言葉は簡潔で思想は貞節であることにある。思想を並べたてないことにある。半音にして了解する人々に向かって、男子に向かって、幼稚な誇張や女々めめしい激情なしに、一つの眼つきで、一つの深い言葉で、話しかけることにある。近代の音楽は、あまりに自己のことばかりを語って、あらゆる事柄に不謹慎な内密話を交えるので、貞節と趣味とを欠いている。それはあたかも、自分の病気のことばかりを訴えて、その厭いやな笑うべき病状をこまかく語って飽きない、一種の病人に似ている。フランソアーズは音楽家ではなかったけれど、音楽が詩を食い荒らす蛸たこのように、詩を害しながら発展してゆくのをさえ、一つの頽廃たいはい的兆候と見なしがちだった。クリストフはそれに反対した。しかしよく考えてみると、彼女の言うところも多少真実ではあるまいかと疑った。ゲーテの詩に基づいて書かれた最初のうちの歌曲は、簡潔で正確だった。やがてシューベルトは、自分の情熱的な感傷をそれに交えた。シューマンは、小娘めいた懶惰らんださをそれに交えた。そしてフーゴー・ヴォルフに至るまで、大袈裟おおげさな空から調子や、無作法な分析や、魂の片隅かたすみをも暗所に残さないという主張などのほうへ、その運動は進んでいっている。心の神秘の上に掛かってた帷とばりはみな引き裂かれている。ラトラン聖殿の黒布をまとった一ソフォクレスによって簡潔に言われた事柄が、今日では、真裸な姿を見せる猥みだらなメナードどもによって喚わめきたてられている。
クリストフはそういう芸術を多少恥ずかしく思った。彼自身もそれに感染してる気がした。そして、彼は過去に引き返そうとしないで――(引き返すのは馬鹿げた不自然な願いである)――自己の思想については尊大な慎みを事とし、大なる多衆的芸術にたいする観念を有していた、過去のある大家らの魂のうちに、浸り込んでいった。彼はヘンデルを読み返してみた。ヘンデルはおのが民族の涙っぽい敬虔主義ピエティスムを軽蔑けいべつして、民衆のための民衆の歌たる、巨大なる聖歌アンセムと叙事詩的な聖譚曲オラトリオとを書いたのであった。しかし現代においては、ヘンデルの時代における聖書バイブルのように、ヨーロッパの各民衆のうちに共通な情操を喚起せしめ得るごとき、霊感的主題を見出すことが、至って困難であった。現代のヨーロッパは、もはや一つの共通な書物をもっていなかった。万人のためになるべき、一つの詩も一つの祈祷きとう文も一つの信仰録もなかった。それこそ、現代のあらゆる著作家や芸術家や思想家にとっては、堪えがたい恥辱となるべき事柄だった。一人として、万人のために書き万人のために思索する者がいなかった。ただ一人ベートーヴェンのみが、慰藉いしゃ的な新しい福音書の数ページを残していた。しかしそれを読み得る者は音楽家のみであった。大多数の人は理解できなかったであろう。またワグナーも、すべての人を結合せしむべき宗教的芸術を、バイロイトの丘の上に築き上げんと試みた。しかし彼の偉大なる魂は、当時の頽廃たいはい的な音楽および思想のあらゆる欠点を帯びすぎていた。その神聖なる丘の上に来た者は、ガリラヤの漁夫たちではなくて、パリサイの徒であった。
クリストフは、いかなるものを作るべきかをよく感じてはいたが、しかし詩人がいなかった。自分一人でやっていって、音楽だけにとどまらなければならなかった。そして音楽というものは、なんと言っても、普遍的な言葉ではない。万人の心に音響の矢を射込むためには、言語の弓が必要である。
クリストフは、日常生活から鼓吹された一連の交響曲シンフォニーを書こうと企てた。ことに自己一流の家庭交響曲を脳裡のうりに浮かべた。それはリヒアルト・シュトラウスのそれとは異なったものであった。種々の人物を、作者の意図に従って勝手に主題が表現する、あの因襲的な初歩の手法を用いて、家庭生活を映画的な画幅中に物質化することは、彼の好まないところだった。それは対位法主義の偉い作曲家がやる博識幼稚な遊戯のように思えるのだった……。彼は人物をも行為をも描写しようとは求めなかった。各人からよく知られていて、各人が自分の魂の反響をそこに見出し得るような、種々の情緒をこそ、彼は言い現わしたかった。第一の曲は、恋し合った若い夫妻の落ち着いた淳朴じゅんぼくな幸福を、そのやさしい愛欲や、その未来にたいする信頼などを、表現したものだった。第二の曲は、子供の死に関する悲歌エレジーだった。けれど彼は、苦悩の表現における写実的な努力を、嫌悪けんおして避けていた。個性的な面影はなくなっていた。そこにあるものはただ、大なる悲惨――万人がになっておりもしくはになうかもしれない一つの不幸に面した、汝の、われの、あらゆる人の、悲惨であった。そういう悲嘆に圧倒された魂は、痛ましい努力をもってしだいに起たち上がって、自分の苦しみを供物くもつとして神へささげていた。第二の曲に引きつづいて第三の曲では、その魂がふたたび勇ましく自分の道を進んでいた。この曲は自由気ままなフーガで成っていて、その大胆な構想と執拗しつような律動リズムとは、ついに主人公の一身をつかみ取って、奮闘と涙との中で、不撓ふとう不屈な信仰に満ちてる力強い行進へ導いていた。最後の曲は、人生の夕ゆうべを描いたものだった。最初の主題がそこにふたたび現われて、その感動すべき信頼と老いることなき情愛とをまだもってはいたが、しかしいっそう成熟しやや傷ついたものとなっていて、苦悩の影から浮かび出で、光明をいただき、あたかも豊かな花園のように、無限の生にたいする敬虔けいけんなる愛の賛歌の声を、天のほうへ高めていた。
クリストフはまた、昔の書物の中に、万人の心に話しかくる、単純にして人間的な大なる主題を捜した。彼はそのうちの二つ、ヨセフとニオベとを選んだ。しかし彼はそこで、詩と音楽との結合という危険な問題にぶつかった。彼はフランソアーズと話し合ってから、昔コリーヌとともに立案した計画へふたたびもどっていった。それは歌う歌劇オペラと語る演劇ドラマとの中間を占むる音楽的戯曲の一形式――自由な言葉と自由な音楽とを結合した芸術――現代の芸術家がほとんど思いついていないものであって、ワグナー派の伝統にしみ込んだ旧慣墨守の批評家らが、否定してかかってるものであった。それは新しい作品だった。ベートーヴェンやウェーバーやシューマンやビゼーなどは、天才をもって插楽劇メロドラマを実際にこしらえてはいるけれど、その足跡をたどるのが、主眼ではない。なんらかの音楽の上になんらかの語られる声を張りつけて、顫音トレモロを伴わせながら無理やりに、粗野な公衆へ粗野な効果を与えるのが、主眼ではない。音楽的な声がそれに配せられる楽器と結合して、その流暢りゅうちょうな各節に音楽の夢想と愁訴との反響を慎み深く混和してる、新しい一種類を創つくり出すのが主眼である。かかる形式を適用することができるのは、一定の範囲内にとどまる主題にたいしてばかりであり、人の魂がその詩的な香かおりを発散させんと、しみじみ沈潜している瞬間にたいしてばかりである。これほど慎重で貴族的であらなければならない芸術は、他に存しない。それゆえに、芸術家らの言説に反して成り上がり者の深い凡俗性の匂においがしてる時代においては、この芸術が花を咲かせる機会をあまりもたないことは、自然の理である。
こういう芸術にたいしては、おそらくクリストフは、他の芸術家たちと同様に不適任であるかもしれなかった。彼の長所そのものが、彼の平民的な力が、ここでは一つの障害となっていた。彼はただこの芸術を頭に浮かべたばかりであり、フランソアーズの助力で多少の草案を作り得たにすぎなかった。
彼はかくて、聖書バイブルの数ページをほとんど原文どおりに取ってきてそれを音楽に移した。――たとえばヨセフのあの不滅な一場面であって、そこでヨセフは、兄弟たちに自分の身の上を明かし、そして、多くの困難の後にもはや感動と愛情とに堪えきれなくなって、老トルストイやその他多くの者に涙を流さしたような、つぎの言葉を低くささやくのである。

 われはもはやみずから忍ぶことあたわず……。聞けよ、われはヨセフなり。わが父はなお生きながらえおるや。われは汝なんじらの弟、姿失うせたりし汝らの弟なり……。われはヨセフなり……。

この美しい自由な共同生活は、長くつづくことができなかった。二人はいっしょに力強い豊満の瞬間を味わったが、しかし二人はあまりに異なっていた。そして二人とも同じく激しい気質だったから、しばしば衝突をきたした。その衝突は少しも卑しい性質を帯びなかった。なぜなら、クリストフはフランソアーズを尊敬していたから。そして、時には残忍となり得るフランソアーズも、自分にたいして親切な人たちには親切であった。どんなことがあってもそういう人たちに悪いことをしたくなかった。それに元来二人はどちらも、快活な素質をもっていた。彼女は自分自身をあざけった。それでもやはり彼女は悩んでいた。昔の情熱にまだとらえられていた。まだあのくだらない男を愛していて、その男のことをやはり考えていた。そしてそういう恥ずかしい状態に堪え得なかったし、ことにクリストフからそれを察せられることに堪え得なかった。
クリストフは、彼女が幾日も憂鬱ゆううつに沈み込んで黙ってたまらなそうにしてるのを見て、彼女が幸福でないことを不思議がった。彼女は目的を達していたではないか、人から賞賛され媚こびられる大芸術家となっていたではないか……。
「そうよ、」と彼女は言った、「商人のような魂をもってて事務的に芝居を演ずる、多くの名高い女優たちと私も同じ心だったら、いいかもしれないわ。あの人たちは、よい地位や市民的な金のある結婚などを「実現」して、りっぱな勲章など――目当ての地――にたどりつくと、それで満足している。けれど私の望みはもっと大きいのよ。人は馬鹿でないかぎりは、成功は不成功以上にむなしいものだとは思えないでしょうか。あなたはそれを御存じのはずよ。」
「知ってる。」とクリストフは言った。「ああ僕は子供のときには、光栄をこんなものだとは想像していなかった。どんなにか光栄を熱望したことだろう。それがどんなに光り輝いたものに思えたことだろう? 何かある宗教的なもののように、僕は遠くからあこがれていた……。でもそんなことはどうでもいい。とにかく成功のうちには一つの尊い徳がある。すなわち善をなすことができるようにしてくれるのだ。」
「どういう善なの? なるほど勝利者とはなるけれど、それがなんの役にたつでしょう? 何にも変わりはしないわ。芝居も音楽会も、何もかも元どおりだわ。新しい流行が他の流行のあとを継いだというまでのことよ。皆は成功者を理解しやしない。理解するにしても駆け足でだわ。そしてもう他のことを考えてるでしょう……。あなただって、他の芸術家たちを理解していて? がとにかく、あなたは理解されてやしないことよ。あなたがいちばん愛してる人たちでさえ、どれほどあなたから遠く離れてることでしょう! あなたはトルストイのことを覚えていて?……」
クリストフはトルストイに手紙を書いたことがあった。トルストイの書物に感激したのだった。その民衆のための物語の一つを音楽に移したいと思って許可を求め、自分の歌曲集を送ってやった。ゲーテはシューベルトやベルリオーズからその傑作を送られても返事を出さなかったが、トルストイも同様、クリストフへ返事をくれなかった。彼はクリストフの音楽を演奏さしてみた。そして癪しゃくにさわった。何にもわからなかった。彼はベートーヴェンを敗徳漢だとしシェイクスピヤを香具師やしだとしていて、その代わりに、気取ったつまらない作家を喜び、丁髷ちょんまげ王を感心させるクラヴサンの音楽などを喜んでいたのだ。そして小間使の告白をキリスト教的な書物だと思っていたのだ……。
「偉大な人々はわれわれを必要としてはいないのだ。」とクリストフは言った。「それより他の人々のことを考えなければいけない。」
「だれのことを?……人生を包み隠す影となってる、あの凡俗な公衆のことをなの? あんな人たちのために演じたり書いたりし、あんな人たちのために一生を棒にふるなんて! まあなんという厭いやなことでしょう!」
「なあに、」とクリストフは言った、「彼らにたいしては僕も君と同じ考えだ。それでも別につまらない思いはしない。彼らは君が言うほど悪いものではない。」
「あなたはまったく楽観的ね。パングロス先生だわ。」
「彼らだって僕と同じく人間なんだ。どうして僕を理解しないということがあろう?――そして、たとい彼らが僕を理解してくれなくても、それで僕は絶望するものか。あれら無数の人々のうちには、僕と心を共にするような人が、常に一、二人はいるだろう。それで僕には十分だ。外界の空気を呼吸するには一つの軒窓で十分だ……。あの無邪気な観客たちのことを、若者たちのことを、誠実な年老いた魂たちのことを、考えてもみたまえ。彼らは君が示してやる悲壮な美に接すると、自分の凡庸な日々を超脱するじゃないか。また子供のおりの君自身を思い起こしてみたまえ。かつて人が自分になしてくれた幸福と善とを他人に――たとい一人にでも――なしてやるのは、いいことではないか。」
「あなたはそういう人がほんとに一人でもいると思っていて? 私はもう疑わないではおれなくなったのよ……。それに、私たちを愛してくれる者のうちでいちばんよい人たちでさえ、どういうふうに私たちを愛してくれてるでしょうか。どういうふうに私たちを見てくれてるでしょうか。いけない見方をしてはしないでしょうか。人を辱はずかしめるような賞賛の仕方をしてるわ。どんな大根役者が演ずるのを見ても、やはり同じようにうれしがってるわ。軽蔑けいべつすべき馬鹿者と同様に私たちを取り扱ってるわ。あの連中の眼には、成功しさえすればだれでも同じものに見えるのよ。」
「それでも、皆のうちでもっとも偉大な人々こそ、もっとも偉大な人として、後世に残るものだ。」
「それは距離のせいよ。山は遠くなるほどなお高く見えるものよ。そういう人たちの偉さはよくわかるけれど、それだけ遠く離れてるわけだわ……。それにまた、彼らこそもっとも偉い人たちだとだれが言えるでしょう? その他のもう死んでしまってる人たちについては、あなたは何を知っていて?」
「そんなことはどうでもいい!」とクリストフは言った。「僕がどんなものであるかを、だれも感じてくれなくても、僕はやはり僕だけのものだ。僕は自分の音楽をもっている、それを愛している、それを信じている。その音楽こそすべてのものよりいっそう真実なのだ。」
「あなたはまだ、自分の芸術のなかでは自由で、なんでも勝手なことができるわ。けれど私は何ができるでしょう? 人からあてがわれたことを演じなければならないし、それを厭いやになるほど繰り返さなければならないのよ。アメリカの役者たちは、リップやロベール・マケールを何千回となく演じ、二十五年間もつまらない役をくり返してるそうですが、私たちはフランスでは、まだそれほどの馬鹿げた状態にはなっていない。けれどその途中にあることは確かだわ。芝居って惨みじめなものよ。観客が持ち堪えることのできる天才と言えば、ごく少量の天才ばかり、髯ひげをそり爪つめをきり毛をぬき香水をふりまいた流行型の天才ばかり……。『流行型の天才』だって、笑わせるじゃないの……。ほんとに力の無駄むだ使いだわ。ムーネのような人がどんな取り扱いを受けたか、みてごらんなさい。生涯しょうがいの間何を演じさせられたでしょう? 生き甲斐がいのある役と言ったら、オイディプスやポリュエウクトスなどきりだわ。その他はほんとにつまらないものばかり。しかも彼にとっては、偉大な光栄な事柄でたくさんすべきことがあったのを考えてごらんなさい……。フランス以外だって同じことだわ。デューゼのような人がどんな取り扱いを受けたでしょう? どんなことに生涯を費やしたでしょう? ほんとに無駄な役ばかりしたんじゃなくって?」
「君たちのほんとうの役は、」とクリストフは言った、「力強い芸術品を世の中に押しつけることだ。」
「いくら骨折っても駄目なことよ。骨折るだけの価値もないわ。そういう力強い作品も一度舞台にかかると、その偉大な詩を失って、虚偽なものになってしまうのよ。観客の息がそれをしなびさしてしまうのよ。息苦しい都会の臭い巣の中にいる観客は、広い大気や自然や健全な詩というものが、どんなものだかもう知ってやしない。あの人たちに必要なのは、私たちの顔みたいに塗りたてた詩ばかりよ。――ああ、そのうえ……そのうえ、なお、成功したとしても……それだけでは生活が満たされやしないわ、私の生活が満たされやしないわ……。」
「君はまだやはり彼のことを考えてるんだね。」
「だれのこと?」
「わかってるじゃないか。あの男のことさ。」
「そうよ。」
「だが、たとい君がその男を手に入れたとしても、またその男が君を愛してくれたとしても、実際のところ、君はまだ幸福にはなれないだろうし、苦しみの種をいくらも見つけるだろうよ。」
「まったくよ……。いったい私はどうしたんでしょう?……ねえ、私はあまり戦って、あまり自分を苦しめて、もう落ち着きを取りもどすことができず、自分のうちに不安をもってるのね、何か熱病を……。」
「そんなものは、困難をなめない前にも君のうちにあったはずだ。」
「そうかもしれないわ……そう、小さな娘の時分からもう……私はそれに苦しめられてたのよ。」
「いったい何を君は望んでるの。」
「わからないわ。自分にできる以上のことをでしょう。」
「僕にもそんな覚えがある。」とクリストフは言った。「青春のころはそうだった。」
「でもあなたは、もう一人前の男になっていてよ。私はいつまでたっても若者に違いないわ。不完全な者だわ。」
「だれだって完全な者はないさ。自分の力の範囲を知ってそれを愛することが、すなわち幸福というものだ。」
「私にはもうできなくてよ。その範囲から出てしまったんだもの。私は生活に痛められ疲らされ駄目にされてるのよ。それでも、皆の連中のようでなくて、普通の健全な美しい女になることもできたかもしれないと、そんな気がするのよ。」
「君は今でもまだなることができる。僕にはそういう君の姿がよく眼に見える。」
「ではどんなふうにあなたの眼に映ってるか、それを言ってちょうだいね。」
彼は、自然ななだらかな発展をとげて愛し愛される幸福な身になれる条件のもとにおける、彼女の姿を、いろいろ話してきかした。彼女はそれを聞くのが楽しかった。しかし聞いたあとで、彼女は言った。
「いいえ、もう今じゃ駄目よ。」
「そんなら、」と彼は言った、「あの老ヘンデルが盲目になったおりのように、みずからこう言うがいい。」

 

 

 

 

Et il alla le lui chanter, au piano. Elle l'embrassa, son cher fou optimiste. Il lui faisait du bien. Mais elle lui faisait du mal: elle le craignait, du moins. Elle avait des crises de désespoir, et elle ne pouvait les lui cacher; l'amour la rendait faible. La nuit, quand ils étaient dans le lit, et qu'elle dévorait son angoisse en silence, il la devinait, et il suppliait l'amie proche et lointaine de partager avec lui le poids qui l'écrasait; alors, elle ne pouvait résister, elle se livrait, en pleurant, dans ses bras; et il passait ensuite des heures à la consoler, bonnement, sans se fâcher. Mais cette inquiétude perpétuelle ne laissait point de l'assommer, à la longue. Françoise tremblait que sa fièvre ne finît par se communiquer à lui. Elle l'aimait trop pour supporter l'idée qu'il souffrît, par elle. On lui offrait un engagement en Amérique; elle accepta, pour se forcer à partir. Elle le quitta, humilié. Elle ne l'était pas moins. Ne pas pouvoir être heureux l'un par l'autre!

—Mon pauvre vieux, lui dit-elle, en souriant tristement, tendrement. Sommes-nous assez maladroits! Nous ne retrouverons jamais une occasion aussi belle, une pareille amitié. Mais il n'y a pas moyen, il n'y a pas moyen. Nous sommes trop bêtes!...

Ils se regardèrent, penauds et attristés. Ils rirent pour ne pas pleurer, s'embrassèrent, et se séparèrent, les larmes aux yeux. Jamais ils ne s'étaient aimés autant qu'en se séparant.

Et après qu'elle fut partie, il revint à l'art, son vieux compagnon... Ô paix du ciel étoilé!...

Peu de temps après, Christophe reçut une lettre de Jacqueline. C'était la troisième fois seulement qu'elle lui écrivait; et le ton était fort différent de celui auquel elle l'avait accoutumé. Elle lui disait son regret de ne plus le voir, et l'invitait gentiment à revenir, s'il ne voulait pas contrister deux amis qui l'aimaient. Christophe fut ravi, mais non pas trop étonné. Il pensait bien que les dispositions injustes de Jacqueline à son égard ne dureraient pas toujours. Il aimait à se répéter un mot railleur du vieux grand-père:

«Tôt ou tard, il vient de bons moments aux femmes; il ne faut que la patience de les attendre.»

Il retourna donc chez Olivier, et fut accueilli avec joie. Jacqueline se montra pleine d'attentions; elle évitait le ton ironique qui lui était naturel, prenait garde de rien dire qui pût blesser Christophe, témoignait de l'intérêt pour ce qu'il faisait, et parlait avec intelligence de sujets sérieux. Christophe la crut transformée. Elle ne l'était que pour lui plaire. Jacqueline avait entendu parler des amours de Christophe avec l'actrice à la mode, dont le récit avait défrayé les bavardages parisiens; et Christophe lui était apparu sous un jour tout nouveau: elle se prit de curiosité pour lui. Lorsqu'elle le revit, elle le trouva beaucoup plus sympathique. Ses défauts même ne lui semblèrent pas sans attrait. Elle s'aperçut que Christophe avait du génie, et qu'il valait la peine de s'en faire aimer.

La situation du jeune ménage ne s'était pas améliorée; elle avait même empiré. Jacqueline mourait d'ennui... Combien la femme est seule! Hors l'enfant, rien ne la tient; et l'enfant ne suffit pas à la tenir toujours: car lorsqu'elle est vraiment femme, et non pas seulement femelle, lorsqu'elle a une âme riche et une vie exigeante, elle est faite pour tant de choses, qu'elle ne peut accomplir seule, si on ne lui vient en aide!... L'homme est beaucoup moins seul, même quand il l'est le plus: son monologue suffit à peupler son désert; et quand il est seul à deux, il s'en accommode mieux, car il le remarque moins, il monologue toujours. Et il ne se doute pas que le son de cette voix qui continue imperturbablement de parler dans le désert, rend le silence plus terrible et le désert plus atroce pour celle qui est auprès de lui, et pour qui toute parole est morte que l'amour ne vivifie point. Il ne le remarque pas; il n'a pas, comme la femme, mis sur l'amour sa vie entière comme enjeu: sa vie est ailleurs occupée... Qui occupera la vie de la femme et son désir immense, ces myriades ardentes de forces qui depuis quarante siècles que dure l'humanité se brûlent inutiles, offertes en holocauste à deux seules idoles: l'amour éphémère, et la maternité, cette sublime duperie, qui est refusée à des milliers d'entre les femmes, et ne remplit jamais que quelques années de la vie des autres?

Jacqueline se désespérait. Elle avait des secondes d'effroi, qui la transperçaient comme des épées. Elle pensait:

—«Pourquoi est-ce que je vis? Pourquoi est-ce que je suis née?»

Et son cœur se tordait d'angoisse.

—«Mon Dieu, je vais mourir! Mon Dieu, je vais mourir!»

Cette pensée la hantait, la poursuivait la nuit. Elle rêvait qu'elle disait:

—«Nous sommes en 1889.»

—«Non, lui répondait-on. En 1909».

Elle se désolait d'avoir vingt ans de plus qu'elle ne croyait.

—«Cela va être fini, et je n'ai pas vécu! Qu'ai-je fait de ces vingt ans? Qu'ai-je fait de ma vie?»

Elle rêvait qu'elle était quatre petites filles. Elles étaient toutes quatre couchées dans la même chambre, en des lits séparés. Toutes quatre avaient la même taille, et la même figure; mais l'une avait huit ans, l'autre quinze, l'autre vingt, l'autre trente. Il y avait une épidémie. Trois étaient déjà mortes. La quatrième se regardait dans la glace; et elle était saisie d'épouvante; elle se voyait, le nez pincé, les traits tirés... elle allait mourir aussi,—et alors ce serait fini...

—«...Qu'ai-je fait de ma vie?...»

Elle se réveillait en larmes; et le cauchemar ne s'effaçait point avec le jour, le cauchemar était le jour. Qu'avait-elle fait de sa vie? Qui la lui avait volée?... Elle se prenait à haïr Olivier, complice innocent—(innocent! qu'importe, si le mal est le même!)—complice de la loi aveugle qui l'écrasait. Elle se le reprochait après, car elle était bonne; mais elle souffrait trop; et cet être lié contre elle, qui étouffait sa vie, bien qu'il souffrît aussi, elle ne pouvait s'empêcher de le faire souffrir davantage, afin de se venger. Ensuite, elle était plus accablée, elle se détestait; et elle sentait que si elle ne trouvait pas un moyen de se sauver, elle ferait plus de mal encore. Ce moyen, elle le cherchait, à tâtons, autour d'elle; elle se raccrochait à tout, comme quelqu'un qui se noie; elle essayait de s'intéresser à quelque chose, une œuvre, un être, qui fût en quelque sorte sa chose, son œuvre, son être. Elle tâchait de reprendre un travail intellectuel, elle apprenait des langues étrangères, elle commençait un article, une nouvelle, elle se mettait à peindre, à composer... En vain: elle se décourageait, dès le premier jour. C'était trop difficile. Et puis, «des livres, des œuvres d'art! Qu'est-ce que cela? Je ne sais pas si je les aime, je ne sais pas si cela existe...»—Certains jours, elle causait avec animation, elle riait avec Olivier, elle semblait se passionner pour ce qu'ils disaient, elle cherchait à s'étourdir... En vain: brusquement, l'agitation tombait, le cœur se glaçait, elle se cachait, sans larmes, sans souffle, atterrée.—Elle avait réussi en partie son œuvre avec Olivier. Il devenait sceptique, il se mondanisait. Elle ne lui en savait aucun gré; elle le trouvait faible comme elle. Presque tous les soirs, ils sortaient; elle promenait à travers les salons parisiens son ennui angoissé, que nul ne devinait sous l'ironie de son sourire toujours armé. Elle cherchait qui l'aimât et la soutînt au-dessus du gouffre... En vain, en vain, en vain. À son appel désespéré, rien ne répondait. Le silence.

Elle n'aimait point Christophe; elle ne pouvait souffrir ses manières rudes, sa franchise blessante, surtout son indifférence. Elle ne l'aimait point; mais elle avait le sentiment que lui, du moins, il était fort,—un roc au-dessus de la mort. Et elle voulait s'agripper à ce roc, à ce nageur dont la tête dominait les flots, ou le noyer avec elle...

Et puis, ce n'était plus assez d'avoir séparé son mari de ses amis: il fallait les lui prendre. Les femmes les plus honnêtes ont parfois un instinct qui les pousse à tenter jusqu'où va leur pouvoir, et à aller au delà. Dans cet abus de pouvoir, leur faiblesse se prouve sa force. Et quand la femme est égoïste et vaine, elle trouve un plaisir mauvais à voler au mari l'amitié de ses amis. La tâche est bien aisée: il suffit de quelques œillades. Il n'est guère d'homme, honnête ou non, qui n'ait la faiblesse de mordre à l'hameçon. Si ami que soit l'ami, il pourra bien éviter l'action, mais en pensée toujours il trompera l'ami. Et si celui-ci s'en aperçoit, c'est fini de leur amitié: ils ne se regardent plus avec les mêmes yeux.—La femme qui joue à ce jeu dangereux, en reste là, le plus souvent, elle n'en demande pas plus: elle les tient tous les deux, désunis, à sa merci.

Christophe remarquait les gentillesses de Jacqueline; elles ne le surprenaient point. Quand il avait de l'affection pour quelqu'un, il avait une tendance naïve à trouver naturel d'en être aimé aussi sans arrière-pensée. Il répondait joyeusement aux avances de la jeune femme; il la trouvait charmante; il s'amusait de tout son cœur, avec elle; et il la jugeait si favorablement qu'il n'était pas loin de croire qu'Olivier était bien maladroit s'il ne réussissait pas à être heureux.

Il les accompagna dans une tournée de quelques jours qu'ils firent en automobile; et il fut leur hôte dans une maison de campagne que les Langeais avaient en Bourgogne,—une vieille maison de famille, que l'on gardait à cause de ses souvenirs, mais où l'on n'allait guère. Elle était isolée au milieu des vignes et des bois; l'intérieur était délabré, les fenêtres mal jointes; on y respirait une odeur de moisi, de fruits mûrs, d'ombre fraîche et d'arbres à résine chauffés par le soleil. À vivre avec Jacqueline, côte à côte, pendant une suite de jours, Christophe se laissait peu à peu envahir par un sentiment insinuant et doux, qui ne l'inquiétait point; il éprouvait une jouissance innocente, mais nullement immatérielle, à la voir, à l'entendre, à frôler ce joli corps, et à boire le souffle de sa bouche. Olivier, un peu soucieux, se taisait. Il ne soupçonnait point; mais une inquiétude vague l'oppressait, qu'il eût rougi de s'avouer; pour s'en punir, il les laissait seuls ensemble, souvent. Jacqueline lisait en lui, et elle était touchée; elle avait envie de lui dire:

—Va, ne t'afflige pas, m'ami. C'est encore toi que j'aime le mieux.

Mais elle ne le disait point; et ils se laissaient aller tous trois à l'aventure: Christophe ne se doutant de rien, Jacqueline ne sachant pas ce qu'elle voulait au juste, et s'en remettant au hasard de le lui faire savoir, Olivier seul, prévoyant, pressentant, mais par pudeur d'amour-propre et d'amour, ne voulant pas y penser. Lorsque la volonté se tait, l'instinct parle; en l'absence de l'âme, le corps va son chemin.

Un soir, après dîner, la nuit leur sembla si belle,—nuit sans lune, étoilée,—qu'ils voulurent se promener dans le jardin. Olivier et Christophe sortirent de la maison. Jacqueline monta dans sa chambre, pour prendre un châle. Elle ne redescendait point. Christophe, pestant contre les éternelles lenteurs des femmes, rentra pour la chercher.—(Depuis quelque temps, sans qu'il y prît garde, c'était lui qui jouait le mari.)—Il l'entendit qui venait. La pièce où il était entré avait ses volets clos; et l'on ne voyait rien.

—Allons! arrivez donc, Madame-qui-n'en-finit-jamais, cria gaiement Christophe. Vous usez les miroirs, à force de vous y regarder.

Elle ne répondit pas. Elle s'était arrêtée. Christophe eut l'impression qu'elle était dans la chambre; mais elle ne bougeait point.

—Où êtes-vous? dit-il.

Elle ne répondit pas. Christophe se tut aussi: il allait en tâtonnant dans l'ombre; et un trouble le prit. Il s'arrêta, le cœur battant. Il entendit tout près le souffle léger de Jacqueline. Il fit encore un pas et s'arrêta de nouveau. Elle était près de lui, il le savait, mais il ne pouvait plus avancer. Quelques secondes de silence. Brusquement, deux mains qui saisissent les siennes et l'attirent, une bouche sur sa bouche. Il l'étreignit. Sans un mot, immobiles.—Leurs bouches se déprirent, s'arrachèrent l'une à l'autre. Jacqueline sortit de la chambre. Christophe, frémissant, la suivit. Ses jambes tremblaient. Il resta un instant appuyé au mur, attendant que le battement de son sang s'apaisât. Enfin, il les rejoignit. Jacqueline causait tranquillement avec Olivier. Ils marchaient, de quelques pas en avant. Christophe les suivait, écrasé. Olivier s'arrêta pour l'attendre. Christophe s'arrêta aussi. Olivier l'appela amicalement. Christophe ne répondit pas. Olivier, connaissant l'humeur de son ami et les silences capricieux où il se verrouillait parfois à triple tour, n'insista point et continua sa marche avec Jacqueline. Et Christophe, machinalement, continuait de les suivre, à dix pas, comme un chien. Quand ils s'arrêtaient, il s'arrêtait. Quand ils marchaient, il marchait. Ainsi, ils firent le tour du jardin, et rentrèrent. Christophe remonta dans sa chambre, et s'enferma. Il n'alluma point. Il ne se coucha point. Il ne pensait point. Vers le milieu de la nuit, le sommeil le prit, assis, les bras, la tête appuyés sur la table. Il s'éveilla, une heure après. Il alluma sa bougie, rassembla fiévreusement ses papiers, ses effets, fit sa valise, se jeta sur son lit, et dormit jusqu'à l'aube. Alors, il descendit avec son bagage, et partit. On l'attendit, toute la matinée. On le chercha, tout le jour. Jacqueline, cachant sous l'indifférence un frémissement de colère, affecta avec une ironie insultante de compter son argenterie. Le lendemain soir seulement, Olivier reçut une lettre de Christophe:

«Mon bon vieux, ne m'en veux pas d'être parti comme un fou. Fou, je le suis, tu le sais. Qu'y faire? Je suis ce que je suis. Merci de ton affectueuse hospitalité. C'était bien bon. Mais vois-tu, je ne suis pas fait pour la vie avec les autres. Pour la vie même, je ne sais pas trop si je suis fait. Je suis fait pour rester dans mon coin, et aimer les gens—de loin: c'est plus prudent. Quand je les vois de trop près, je deviens misanthrope. Et c'est ce que je ne veux pas être. Je veux aimer les hommes, je veux vous aimer tous. Oh! comme je voudrais vous faire du bien à tous! Si je pouvais faire que vous fussiez—que tu fusses heureux! Avec quelle joie je donnerais en échange tout le bonheur que je puis avoir!... Mais cela m'est interdit. On ne peut que montrer le chemin aux autres. On ne peut pas faire leur chemin, à leur place. Chacun doit se sauver soi-même. Sauve-toi! Sauvez-vous! Je t'aime bien.

Christophe.

Mes respects à madame Jeannin.»

«Madame Jeannin» lut la lettre, les lèvres serrées, avec un sourire de mépris, et dit sèchement:

—Eh bien, suis son conseil. Sauve-toi.

Mais au moment où Olivier tendait la main pour reprendre la lettre, Jacqueline froissa le papier, le jeta par terre; et deux grosses larmes jaillirent de ses yeux. Olivier lui saisit la main:

—Qu'as-tu? demandait-il, ému.

—Laisse-moi! cria-t-elle, avec colère.

Elle sortit. Sur le seuil de la porte, elle cria:

—Égoïstes!

Christophe avait fini par se faire des ennemis de ses protecteurs du Grand Journal. C'était facile a prévoir. Christophe avait reçu du ciel cette vertu célébrée par Gœthe: «la non-reconnaissance».

«La répugnance à se montrer reconnaissant, écrivait Gœthe ironiquement, est rare et ne se manifeste que chez des hommes remarquables qui, sortis des classes les plus pauvres, ont été à chaque pas forcés d'accepter des secours presque toujours empoisonnés par la grossièreté du bienfaiteur...»

Christophe ne pensait pas qu'il fût obligé de s'avilir, pour un service rendu, ni—ce qui était le même pour lui—d'abdiquer sa liberté. Il ne prêtait pas ses bienfaits à tant pour cent, il les donnait. Ses bienfaiteurs l'entendaient un peu différemment. Ils furent choqués dans le sentiment moral très élevé qu'ils avaient des devoirs de leurs débiteurs, que Christophe refusât d'écrire la musique d'un hymne stupide, pour une fête-réclame organisée par le journal. Ils lui firent sentir l'inconvenance de sa conduite. Christophe les envoya promener. Il acheva de les exaspérer, par le démenti brutal qu'il infligea, peu après, à des assertions que le journal lui avait prêtées.

Alors, commença une campagne contre lui. On usa de toutes armes. On ressortit une fois de plus de l'arsenal aux chicanes la vieille machine de guerre, qui a servi tour à tour à tous les impuissants contre tous les créateurs, et qui n'a jamais tué personne, mais dont l'effet est immanquable sur les imbéciles: on l'inculpa de plagiat. On alla découper dans son œuvre et dans celle des collègues obscurs des passages artificieusement choisis et maquillés; et l'on prouva qu'il avait volé ses inspirations à d'autres. On l'accusa d'avoir voulu étouffer de jeunes artistes. Encore s'il n'avait eu affaire qu'à ceux dont le métier est d'aboyer, à ces critiques nabots qui grimpent sur les épaules du grand homme, et qui crient:

—Je suis plus grand que toi!

Mais non, les hommes de talent s'attaquent entre eux: chacun cherche à se rendre insupportable à ses confrères; et pourtant, comme dit l'autre, le monde est assez vaste pour que chacun puisse travailler en paix; et chacun a déjà dans son propre talent un ennemi assez rude.

Il se trouva en Allemagne des artistes jaloux, pour fournir des armes à ses ennemis, au besoin pour en inventer. Il s'en trouva en France. Les nationalistes de la presse musicale—dont plusieurs étaient des étrangers—lui jetèrent sa race à la tête comme une insulte. Le succès de Christophe avait beaucoup grandi; et, la mode s'en mêlant, on concevait qu'il irritât, par ses exagérations, même des hommes sans parti pris,—à plus forte raison, les autres. Christophe avait maintenant, dans le public des concerts, parmi les gens du monde et les écrivains des jeunes revues, d'enthousiastes partisans qui, quoi qu'il fît, s'extasiaient, déclarant volontiers que la musique n'existait pas avant lui. Certains expliquaient ses œuvres, et y trouvaient des intentions philosophiques, dont il était ébahi. D'autres y voyaient une révolution musicale, l'assaut donné aux traditions, que Christophe respectait. Ce n'eût servi de rien qu'il protestât. Ils lui eussent démontré qu'il ne savait pas ce qu'il avait écrit. Ils s'admiraient, en l'admirant. Aussi, la campagne contre Christophe rencontra-t-elle de vives sympathies parmi ses confrères, qu'exaspérait ce «battage», dont il était innocent. Ils n'avaient pas besoin de ces raisons pour n'aimer pas sa musique: la plupart éprouvaient, à son égard, l'irritation naturelle de celui qui n'a point d'idées et les exprime sans peine, selon les formules apprises, contre celui qui est bourré d'idées et s'en sert avec quelque gaucherie, selon le désordre apparent de sa fantaisie créatrice. Que de fois le reproche de ne pas savoir écrire lui avait été lancé par des scribes, pour qui le style consistait en des recettes de cénacle, des moules de cuisine, où la pensée était jetée! Les meilleurs amis de Christophe, qui ne cherchaient pas à le comprendre, et qui seuls le comprenaient parce qu'ils l'aimaient, simplement, pour le bien qu'il leur faisait, étaient des auditeurs obscurs qui n'avaient pas voix au chapitre. L'unique, qui eût pu vigoureusement répondre, au nom de Christophe,—Olivier, était séparé de lui et semblait l'oublier. Christophe se trouvait donc livré à des adversaires et à des admirateurs qui rivalisaient à qui lui nuirait le plus. Dégoûté, il ne répondait point. Quand il lisait les arrêts que prononçait sur lui, du haut d'un grand journal, un de ces critiques présomptueux qui régentent l'art avec l'insolence que donnent l'ignorance et l'impunité, il haussait les épaules, disant:

—Juge-moi. Je te juge. Rendez-vous dans cent ans!

Mais en attendant, les médisances allaient leur train; et le public, suivant l'habitude, accueillait bouche bée les accusations les plus niaises et les plus ignominieuses.

Comme s'il ne trouvait point que la situation fût assez difficile, Christophe choisit ce moment pour se brouiller avec son éditeur. Il n'avait pourtant pas à se plaindre de Hecht, qui lui publiait régulièrement ses nouvelles œuvres, et qui était honnête en affaires. Il est vrai que cette honnêteté ne l'empêchait point de conclure des traités désavantageux pour Christophe; mais, ces traités, il les tenait. Il ne les tenait que trop bien. Un jour, Christophe eut la surprise de voir son septuor arrangé en quatuor, et une suite de pièces pour piano à deux mains gauchement transcrites à quatre mains, sans qu'on l'eût avisé. Il courut chez Hecht, et, lui mettant sous le nez les pièces du délit, il dit:

—Connaissez-vous cela?

—Sans doute, dit Hecht.

—Et vous avez osé... vous avez osé tripatouiller mes œuvres, sans me demander la permission!...

—Quelle permission? dit Hecht avec calme. Vos œuvres sont à moi.

—À moi aussi, je suppose!

—Non, fit Hecht doucement.

Christophe bondit.

—Mes œuvres ne sont pas à moi?

—Elles ne sont plus à vous. Vous me les avez vendues.

—Vous vous moquez de moi! Je vous ai vendu le papier. Faites-en de l'argent, si vous voulez. Mais ce qui est écrit dessus, c'est mon sang, c'est à moi.

—Vous m'avez tout vendu. En échange de l'œuvre que voici, je vous ai alloué une somme de trois cents francs, payable jusqu'à due concurrence, à raison de trente centimes par exemplaire vendu de l'édition originale. Moyennant quoi, vous m'avez cédé, sans aucune restriction ni réserve, tous vos droits sur votre œuvre.

—Même celui de la détruire?

Hecht haussa les épaules, sonna, et dit à un employé:

—Apportez-moi le dossier de M. Krafft.

Il lut posément à Christophe le texte du traité, que Christophe avait signé sans le lire,—duquel il résultait, selon la règle ordinaire des traités que souscrivaient alors les éditeurs de musique,—«que M. Hecht était subrogé dans tous les droits, moyens et actions de l'auteur, et avait, à l'exclusion de tout autre, le droit d'éditer, publier, graver, imprimer, traduire, louer, vendre à son profit, sous telle forme qu'il lui plaisait, faire exécuter dans les concerts, cafés-concerts, bals, théâtres, etc... l'œuvre dite, publier tout arrangement de l'œuvre pour quelque instrument et même avec paroles, ainsi que d'en changer le titre... etc. etc.»[7].

—Vous voyez, lui dit-il, que je suis fort modéré.

—Évidemment, dit Christophe, je dois vous remercier. Vous auriez pu faire de mon septuor une chanson de café-concert.

Il se tut, consterné, la tête entre les mains.

—J'ai vendu mon âme, répétait-il.

—Soyez sûr, dit Hecht ironiquement, que je n'en abuserai pas.

—Et votre République, fit Christophe, autorise ces trafics! Vous dites que l'homme est libre. Et vous vendez la pensée à l'encan.

—Vous avez touché le prix, dit Hecht.

—Trente deniers, oui, fit Christophe. Reprenez-les.

Il fouillait dans ses poches pour rendre à Hecht les trois cents francs. Mais il ne les avait pas. Hecht sourit légèrement, avec un peu de dédain. Ce sourire enragea Christophe.

—Je veux mes œuvres, dit-il, je vous les rachète.

—Vous n'en avez aucun droit, dit Hecht. Mais comme je ne tiens nullement à retenir les gens, de force, je consens à vous les rendre,—si vous êtes en mesure de me rembourser des indemnités dues.

—Je le serai, dit Christophe, dussé-je me vendre moi-même.

Il accepta, sans discuter, les conditions que Hecht lui soumit, quinze jours plus tard. Par une folie insigne, il rachetait les éditions de ses œuvres, à des prix cinq fois supérieurs à ce que ses œuvres lui avaient rapporté, quoique nullement exagérés: car ils étaient scrupuleusement calculés d'après les bénéfices réels que les œuvres apportaient à Hecht. Christophe était incapable de payer; et Hecht y comptait bien. Hecht ne tenait pas à accabler Christophe, qu'il estimait comme artiste et comme homme, plus qu'aucun autre des jeunes musiciens; mais il voulait lui donner une leçon: car il n'admettait point qu'on se révoltât contre ce qui était son droit. Il n'avait pas fait ces règlements, ils étaient ceux du temps: il les trouvait donc équitables. Il était d'ailleurs sincèrement convaincu qu'ils étaient pour le bien de l'auteur, comme de l'éditeur, qui sait mieux que l'auteur les moyens de répandre l'œuvre, et ne s'arrête point comme lui à des scrupules d'ordre sentimental, respectables, mais contraires à son véritable intérêt. Il était décidé à faire réussir Christophe; mais c'était à sa façon, et à condition que Christophe lui fût livré, pieds et poings liés. Il voulut lui faire sentir qu'on ne pouvait se dégager si facilement de ses services. Ils firent un marché conditionnel: si, dans un délai de six mois, Christophe ne réussissait pas à s'acquitter, les œuvres restaient en toute propriété à Hecht. Il était à prévoir que Christophe ne pourrait trouver le quart de la somme demandée.

Il s'entêta pourtant, donnant congé de son appartement plein de souvenirs pour lui, afin d'en prendre un autre moins coûteux,—vendant divers objets, dont aucun, à sa surprise, n'avait de valeur,—s'endettant, recourant à l'obligeance de Mooch, malheureusement fort dépourvu alors et malade, cloué chez lui par des rhumatismes,—cherchant un autre éditeur, et partout se heurtant à des conditions aussi léonines que celles de Hecht, ou même à des refus.

C'était le temps où les attaques contre lui étaient le plus vives dans la presse musicale. Un des principaux journaux parisiens était particulièrement acharné; quelqu'un de ses rédacteurs, qui ne signait point de son nom, l'avait pris comme tête de Turc: pas de semaine qu'il ne parût dans les Echos quelque note perfide pour le rendre ridicule. Le critique musical achevait l'œuvre de son confrère masqué: le moindre prétexte lui était bon pour exprimer son animosité. Ce n'étaient encore que les premières escarmouches: il promettait d'y revenir, et de procéder sous peu à une exécution en règle. Ils ne se pressaient point, sachant qu'aucune accusation précise ne vaut pour le public une suite d'insinuations obstinément répétées. Ils jouaient avec Christophe, comme le chat avec la souris. Christophe, à qui les articles étaient envoyés, les méprisait, mais ne laissait pas d'en souffrir. Cependant, il se taisait; et, au lieu de répondre—(l'aurait-il pu, même s'il l'avait voulu?)—il s'obstinait dans sa lutte d'amour-propre inutile et disproportionnée avec son éditeur. Il y perdait son temps, ses forces, son argent, et ses seules armes, puisque de gaieté de cœur, il prétendait renoncer à la publicité que Hecht faisait à sa musique.

Brusquement, tout changea. L'article annoncé dans le journal ne parut point. Les insinuations se turent. La campagne s'arrêta net. Bien plus: deux ou trois semaines après, le critique du journal publiait, d'une façon incidente, quelques lignes élogieuses, qui semblaient attester que la paix était faite. Un grand éditeur de Leipzig écrivit à Christophe pour lui offrir de publier ses œuvres; et le traité fut conclu à des conditions avantageuses. Une lettre flatteuse, qui portait le cachet de l'ambassade d'Autriche, exprima à Christophe le désir qu'on avait d'introduire certaines de ses compositions sur les programmes des soirées de gala, données à l'ambassade. Philomèle, que patronnait Christophe, fut priée de se faire entendre à une de ces soirées; et aussitôt après, elle fut partout demandée dans les salons aristocratiques de la colonie allemande et italienne de Paris. Christophe lui-même, qui ne put se dispenser de venir à un des concerts, trouva le meilleur accueil auprès de l'ambassadeur. Cependant, quelques mots d'entretien lui montrèrent que son hôte, assez peu musicien, ne connaissait rien de ses œuvres. D'où venait donc cet intérêt subit? Une invisible main semblait veiller sur lui, écarter les obstacles, lui aplanir la route. Christophe s'informa. L'ambassadeur fit allusion à deux amis de Christophe, le comte et la comtesse Berény, qui avaient une grande sympathie pour lui. Christophe ignorait jusqu'à leur nom; et le soir qu'il vint à l'ambassade, il n'eut pas l'occasion de leur être présenté. Il n'insista pas pour les connaître. Il traversait une période de dégoût des hommes, où il faisait aussi peu fond sur ses amis que sur ses ennemis: amis et ennemis étaient également incertains; un souffle les changeait; il fallait apprendre à s'en passer, et dire, comme ce vieux homme du XVIIe siècle:

«Dieu m'a donne des amis; il me les a ôtés. Ils m'ont laissé. Je les laisse, et n'en fais point mention.»

Depuis qu'il avait quitté la maison d'Olivier, Olivier ne lui avait plus donné signe de vie; tout semblait fini entre eux. Christophe ne tenait pas à faire des amitiés nouvelles. Il se représentait le comte et la comtesse Bérény, à l'image de tant de snobs qui se disaient ses amis; et il ne fit rien pour les rencontrer. Il les eût plutôt fuis.

C'était Paris tout entier qu'il eût voulu fuir. Il avait besoin de se réfugier, pour quelques semaines, dans une solitude amie. S'il avait pu se retremper, quelques jours, seulement quelques jours, dans son pays natal! Peu à peu, cette pensée devenait un désir maladif. Il voulait revoir son fleuve, son ciel, la terre de ses morts. Il fallait qu'il les revît. Il ne le pouvait point, sans risquer sa liberté: il était toujours sous le coup de l'arrêt lancé contre lui, lors de sa fuite d'Allemagne. Mais il se sentait prêt à toutes les folies pour rentrer, ne fût-ce qu'un seul jour.

Par bonheur, il en parla à un de ses nouveaux protecteurs. Comme un jeune attaché à l'ambassade d'Allemagne, rencontré à la soirée où l'on donnait ses œuvres, lui disait que son pays était fier d'un musicien tel que lui, Christophe répondit amèrement:

—Il est si fier de moi qu'il me laissera mourir à sa porte, sans m'ouvrir.

Le jeune diplomate se fit expliquer la situation; et, quelques jours après, il revint voir Christophe, et lui dit:

—On s'intéresse à vous en haut lieu. Un très grand personnage, qui a seul pouvoir pour suspendre les effets du jugement qui pèse sur vous, a été mis au courant de votre situation; et il daigne en être touché. Je ne sais pas comment votre musique a pu lui plaire: car—(entre nous)—il n'a pas le goût fort bon; mais il est intelligent, et il a le cœur généreux. Sans qu'il soit possible de lever, pour le moment, l'arrêt rendu contre vous, on consent à fermer les yeux, si vous voulez passer quarante-huit heures dans votre ville, pour revoir les vôtres. Voici un passeport. Vous le ferez viser, à l'arrivée et au départ. Soyez prudent, et n'attirez pas l'attention.

Christophe revit encore une fois sa terre. Il passa les deux jours qui lui étaient accordés, ne s'entretenant qu'avec elle et ceux qui étaient en elle. Il vit la tombe de sa mère. L'herbe y poussait; mais des fleurs y avaient été déposées récemment. Côte à côte dormaient le père et le grand-père. Il s'assit à leurs pieds. La tombe était adossée au mur d'enceinte. Un châtaignier qui poussait de l'autre côté, dans le chemin creux, l'ombrageait. Par-dessus le mur bas, on voyait les moissons dorées, où le vent tiède faisait passer des ondulations molles; le soleil régnait sur la terre assoupie; on entendait le cri des cailles dans les blés, et sur les tombes la douce houle des cyprès. Christophe était seul et rêvait. Son cœur était calme. Assis, les mains jointes autour du genou, et le dos appuyé au mur, il regardait le ciel. Ses yeux se fermèrent, un moment. Comme tout était simple! Il se sentait chez lui, parmi les siens. Il se tenait auprès d'eux, la main dans la main. Les heures s'écoulaient. Vers le soir, des pas firent crier le sable des allées. Le gardien passa, regarda Christophe assis. Christophe lui demanda qui avait mis les fleurs. L'homme répondit que la fermière de Buir passait, une ou deux fois par an.

—Lorchen? dit Christophe.

Ils causèrent.

—Vous êtes le fils? dit l'homme.

—Elle en avait trois, dit Christophe.

—Je parle de celui de Hambourg. Les autres ont mal tourné.

Christophe, la tête un peu renversée en arrière, immobile, se taisait. Le soleil descendait.

—Je vais fermer, dit le gardien.

Christophe se leva, et fit lentement avec lui le tour du cimetière. Le gardien faisait les honneurs de chez lui. Christophe s'arrêtait pour lire les noms inscrits. Que de gens de sa connaissance il retrouvait là, réunis! Le vieux Euler,—son gendre,—plus loin, des camarades d'enfance, de petites filles avec qui il avait joué,—et là, un nom qui lui remua le cœur: Ada... Paix sur tous...

Les flammes du couchant ceinturaient le tranquille horizon. Christophe sortit. Il se promena longtemps encore dans les champs. Les étoiles s'allumaient...

Le lendemain, il revint et, de nouveau, passa l'après-midi à sa place de la veille. Mais le beau calme silencieux de la veille s'était animé. Son cœur chantait un hymne insouciant et heureux. Assis sur la margelle de la tombe, il écrivit sur ses genoux, au crayon, dans un carnet de notes, le chant qu'il entendait. Le jour ainsi passa. Il lui semblait qu'il travaillait dans sa petite chambre d'autrefois, et que la maman était là, de l'autre côté de la cloison. Quand il eut fini et qu'il fallut partir,—il était déjà à quelques pas de la tombe,—il se ravisa, il revint, et enfouit le carnet dans l'herbe, sous le lierre. Quelques gouttes de pluie commençaient à tomber. Christophe pensa:

—Il sera vite effacé. Tant mieux!... Pour toi seule. Pour nul autre.

Il revit aussi le fleuve, les rues familières, où tant de choses étaient changées. Aux portes de la ville, sur les promenades des anciens bastions, un petit bois d'acacias qu'il avait vu planter avait conquis la place, étouffait les vieux arbres. En longeant le mur qui bordait le jardin des De Kerich, il reconnut la borne sur laquelle il grimpait, lorsqu'il était gamin, pour regarder dans le parc; et il fut étonné de voir comme la rue, le mur, le jardin étaient devenus petits. Devant la grille d'entrée, il s'arrêta un moment. Il continuait son chemin, quand une voiture passa. Machinalement, il leva les yeux; et ses yeux rencontrèrent ceux d'une jeune dame, fraîche, grasse, réjouie, qui l'examinait curieusement. Elle fit une exclamation de surprise. À son geste, la voiture s'arrêta. Elle dit:

—Monsieur Krafft!

Il s'arrêta.

Elle dit en riant:

—Minna...

 

「あるものはみなよろし」の楽譜

(あるものはみなよろし)

そして彼はピアノのところへ行って、それを彼女に歌ってきかした。彼女はそのとんだ楽天家を抱擁した。彼は彼女のためになっていた。しかし彼女は彼の害になっていた。少なくとも彼女は、彼の害になるのを恐れていた。彼女は絶望の発作に襲われることがあって、それを彼に隠し得なかった。愛のために彼女は気が弱くなつていた。夜、二人相並んで床についてるとき、彼女が無言のうちに苦悶くもんをのみ下してるとき、彼はそれを察するのであった。そして、すぐそばにいながらしかも遠い彼女に向かって、その圧倒してくる重荷を自分にも共に荷になわしてくれと願った。すると彼女は逆らい得ないで、彼の腕の中で泣きながら、自分の苦しみを打ち明けた。そのあとで彼は幾時間も、親切に穏やかに彼女を慰めた。しかしその絶えざる不安は、長い間には彼女を打ち負かさずにはいなかった。自分の焦慮がついには彼へも感染しはすまいかと、彼女は恐れおののいていた。彼女は彼を深く愛していたので、自分のために彼が苦しむという考えに堪えられなかった。彼女はアメリカへの契約を申し込まれていた。むりに立ち去るためにそれを承諾した。恥ずかしい気持でいる彼と別れた。彼と同じくらいに恥ずかしかった。ああ、たがいに幸福にし合うことができないとは!
「ねえあなた、」と彼女は悲しげにやさしげに微笑ほほえみながら言った、「私たちはほんとに間抜け者ではなくって? こんないい仕合わせは、こんな友情は、もう二度と見つからないでしょう。けれどしかたがないわ、どうにもしかたがないわ。私たちはあんまり馬鹿ですわ!……」
二人はきまり悪げにまた悲しげに顔を見合わした。泣くまいとして笑った。たがいに抱擁し合った。そして眼に涙を浮かべながら別れた。別れるときくらい深く愛し合ったことはなかった。

そして彼女が立ち去った後、彼はふたたび芸術へ立ちもどった、自分の古い伴侶はんりょのもとへ……。おう、星をちりばめた空の平和よ!……

それからしばらくしてのことだったが、クリストフはジャックリーヌから一通の手紙を受け取った。彼女から手紙をもらったのはそれが三度目にすぎなかった。ところがその手紙の調子は、いつもの彼女の調子とはすっかり変わっていた。もう長く会わないでいる遺憾さを述べて、彼を愛してる二人の友を悲しませるつもりでないのなら来ていただきたいと、やさしく彼を招いていた。クリストフはたいへん喜んだ。けれど別に不思議がりはしなかった。自分にたいするジャックリーヌの不正な気持は長くつづくものではないと、彼は考えていたのだった。老祖父の嘲弄ちょうろう的な言葉をいつも好んでみずから繰り返していた。
――おそかれ早かれ、女には善良な時がやってくるものだ。気長くその時を待っていさえすればよい。
で彼はオリヴィエの家へ出かけていった。そして喜んで迎えられた。ジャックリーヌは彼にたいしてたいへん注意深い態度を見せた。生来の皮肉の調子を避けて、クリストフの気にさわりそうなことは言わないように用心し、彼の仕事に同情を示し、真面目まじめな話題について賢い口をきいた。クリストフは彼女が一変したのだと思った。しかし彼女は彼の気に入らんためにのみ一変したのだった。彼女はクリストフと世に流行はやってる女優との情事を耳にしていた。その話はパリーじゅうの噂うわさの種となっていた。そしてクリストフは、まったく新しい光に包まれてるように彼女には思われた。彼女は彼にたいする好奇心にとらわれた。彼に会ってみると、以前よりはずっと多く同情がもてた。彼の欠点さえも面白く思えないではなかった。クリストフが天才をもってることや、人から愛されるだけの価値があることなどを、彼女は気づいた。
若夫婦の状態は少しもよくなっていなかった。悪くなってさえいた。ジャックリーヌは退屈しぬいていた……。女はなんという孤独なものであろう! 子供以外には何も女を支持するものはない。そして子供でさえも、女を常に支持するには足りない。単に女性であるというばかりではなくほんとうに女であって、豊かな魂とめんどうな生活とをもってる場合には、女は非常に多くの務めを帯びるようにできてるもので、人に助けられなければ、その務めをなしとげることはできないのである……。男は女よりはるかに孤独ではない。一人きりのときでさえそうである。その独語は寂寞せきばくを満たすに足りる。また結婚して孤独の場合には、なおよくそれに甘んじ得られる。なぜなら、それに気づくことが少なく、いつも独語ばかりしているから。そして、寂寞の中で自若としてみずから語りつづけるその声の響きは、彼のそばにいる女にとっては、愛に勢いづけられていない言葉はすべて死語と感ずる女にとっては、沈黙をますます恐ろしいものとなし、寂寞をますます堪えがたいものとなすのであるが、彼はそれを夢にも知らない。彼はそれを見てとらない。彼は女のように自分の生活全部を担保として、愛の上に賭かけたのではない。彼の生活は他のほうで満たされている……。しかるに、女の生活やその広大な願望は、何が満たしてくれるであろうか。人類が引きつづいてる四十世紀の間、一時の愛と母性というただ二つの偶像に燔祭はんさいとしてささげられて、いたずらに燃えつくしてる、その熱烈豊饒ほうじょうな力をもってる無数の女を、何が満たしてくれるであろうか? そして右の二つの偶像さえ、実は崇高な欺瞞ぎまんであって、しかも女のうちの多くの者には拒まれており、その他の女の生活を充実させるのも数年間のことにすぎない。
ジャックリーヌは絶望していた。刃やいばように自分を突き通す恐怖を、ときどき感ずることがあった。彼女は考えた。
「なんのために私は生きてるのだろう? なんのために生まれてきたのだろう?」
そして彼女の心は悶もだえ苦しんだ。
「ああ私はもう死ぬのだ、もう死ぬのだ!」
その考えが彼女につきまとい、夜中にまで追っかけてきた。彼女は自分がこう言ってる夢をみた。
――一八八九年だ。
――いや、一九〇九年だ。――とだれかが答えた。
彼女は自分が思ってたよりも二十年も年上なのにがっかりした。
「もうおしまいだ。それなのに私はほんとうに生きたこともなかった。この二十年間を私はどうしたのだろう? 自分の生涯しょうがいを私はどうしたのだろう?」
彼女は自分が四人の娘となってる夢をみた。四人とも同じ室に別々の寝台に寝ていた。四人とも同じ身長であり同じ顔だった。けれども、一人は八歳で、一人は十五歳で、一人は二十歳で、一人は三十歳だった。伝染病が流行していた。三人はもう死んでいた。四番目の者は鏡を見ていた。恐怖に襲われていた。鏡の中の姿は、鼻が細り顔だちがやつれていた……彼女も死にかかってるのだった。――もうそれでおしまいになるのだ……。
――自分の生涯を私はどうしたのだろう?……
彼女は涙を浮かべながら眼を覚さました。けれど悪夢は夜が明けても消えなかった。悪夢は事実だった。彼女はその生涯しょうがいをどうしたのだろうか? だれがそれを奪い取ったのだろうか?……彼女はオリヴィエを恨みだした。オリヴィエこそは罪なき共犯者――(罪がないとて、害が同じならどうにもならない)――彼女を圧倒する盲目な掟おきての共犯者である。彼女はそのあとで、彼を恨んだことをみずからとがめた。なぜなら彼女は善良だったから。しかし彼女はあまりに苦しんでいた。そして、彼女に結びついて彼女を害してる男、みずからも苦しんではいるものの、やはり彼女の生を窒息さしてるその男、それを彼女は復讐ふくしゅうのためにさらに苦しませずにはいられなかった。その後彼女はますますがっかりしぬいて、自分で自分が厭いやになった。もし自分自身を救い出す方法が見出せなかったら、なおいっそう悪いことをするようになるかもしれない気がした。彼女は自身を救い出す方法を、周囲に手探りで捜し求めた。あたかもおぼれる者のようになんにでもすがりついた。多少とも自分の物であり自分の作品であり自分の存在でありさえすれば、その何物かに、なんらかの作品に、なんらかの存在に、心を寄せようと試みた。知的な仕事をまた始めようと努め、外国語を学び、論説や短編小説を書き始め、絵画や作曲を始めた……。でもすべて駄目だった。最初の日からもう落胆した。あまりにむずかしかった。それに、「書物や芸術的作品なんかがなんだろう? 私がほんとうにそれを好きかどうかもわからないし、それがほんとうに存在してるかどうかもわからない……。」――ある日などは、彼女は元気に話をし、オリヴィエといっしょに笑い、二人で話してる事柄に興味を覚えてるらしい様子をし、みずから気を紛らそうとした……。がそれも駄目だった、にわかに不安が襲ってき心がぞっと冷えきって、涙も出ず息もつけずに、たまらなくなって身を隠した。――彼女はオリヴィエにたいする自分の計画を一部なしとげた。オリヴィエは懐疑的になり社交的になった。けれどそれも彼女には別にありがたくなかった。彼女は彼を自分と同じく弱者だと思った。ほとんど毎晩二人は外出した。彼女は自分の苦しい倦怠けんたいを、パリーのあらゆる客間にもち運んでいた。彼女のいつも武装してる微笑の皮肉さの下にそれを見てとる者は、だれもいなかった。彼女は自分を愛してくれて深淵しんえんの上にささえ止めてくれる者を、捜し求めていた……。けれど駄目、駄目、駄目だった。彼女の絶望的な呼び声に答えてくれるものは、何もなかった。ただ沈黙ばかり……。
彼女は少しもクリストフを愛してはいなかった。彼の粗暴な態度や、気にさわるほどの淡白さや、ことにその無関心さなどを、我慢できなかった。彼を少しも好きにはなれなかった。けれど、少なくとも彼は強者で――死を超越した岩石であることを、彼女は感じた。そして、その岩にすがりつきたく、波の上に頭をつき出してるその游泳者に取りつきたく、もしくは自分といっしょにそれをおぼらしてしまいたかった。
それにまた、夫をその友人らから分離させただけでは足りなかった。友人らを夫から奪い取らなければいけなかった。女はもっとも正直な者でも、時とすると一種の本能に駆られて、自分の力の及ぶ限りを試みんとし、さらにそれ以上のことをやってみるものである。そういう力の濫用のうちでは、彼女らの弱さは一種の強みとなる。そして女が利己的で傲慢ごうまんであるおりには、夫からその友人らの友情を奪い取ることに、よからぬ楽しみを見出す。その仕事は訳なくやれる。少しの秋波を送るだけで足りる。男は実直であろうとなかろうと、投げられた餌えさを噛かむだけの弱さをもたない者はほとんどない。いかに親しい誠実な友でも、相手を欺くことを、実行ではよく避け得るかもしれないが、頭の中ではたいていいつもなし得るものである。そして相手がそれに気づくと、二人の友情はそれで終わる。彼らはもう前と同じ眼でたがいに見はしない。――そういう危険な遊びをやる女のほうは、たいていそれきりのこととして、より以上を求めはしない。彼女は離反した二人を勝手に取り扱うだけである。
クリストフはジャックリーヌのやさしい態度を見てとった。しかしそれを少しも驚きはしなかった。彼はだれかに愛情をいだいているときには、やはり向こうからもなんらの下心なしに愛されるのが自然であると、率直に思いがちだった。彼は若夫人の歓待に喜んで応じた。彼女を愉快に思った。彼女を相手に心から楽しんだ。そして彼は彼女をひどく好意的に判断したので、オリヴィエが幸福になり得ないとすれば、それはオリヴィエの間抜けなせいだと、考えざるを得ないほどだった。
彼は二人に従って数日間の自動車旅行をした。そしてランジェー家がブールゴンニュにもっていた別荘の客となった。それは昔一家の者が住んでいた古い家で、記念のために取っておかれたけれど、ほとんどだれも行く者がなかった。葡萄ぶどう畑や林の中に孤立していた。内部は破損していて、窓もよく合わさっていなかった。黴かびや、熟した果実や、涼しい影や、日に暖まった樹脂やに多い木立、などの匂においがしていた。クリストフは、数日間引きつづいてジャックリーヌといっしょに暮らすうちに、しみじみとしたやさしい感情からしだいにとらえられた。彼はそれにたいして少しも不安をいだかなかった。彼女の姿を見、その声を聞き、その麗わしい身体に触れ、その口から出る息を吸って、彼は潔白なしかし無形的ではない一つの快さを覚えた。オリヴィエはやや気にかかりながらも黙っていた。彼は少しも疑念をいだきはしなかった。しかしある漠然ばくぜんたる不安に苦しめられた。そうだと自認するのも恥ずかしかった。みずから自分を罰するために、しばしば二人だけをいっしょにさしておいた。ジャックリーヌはその心中を読みとって、心を動かされた。彼にこう言ってやりたかった。
「ねえあなた、心配なさらなくてもいいわ。私はまだあなたをいちばん愛してるのよ。」
しかし彼女はそれを口に出さなかった。そして三人とも事の成り行きに任していた。クリストフは何にも気づいていなかった。ジャックリーヌは自分が何を望んでるかはっきり知らないで、それを明らかにすることは偶然の手に任していた。ただオリヴィエだけは、ある先見と予感とをもってはいたが、自尊心と愛とを汚したくないので、そのことを考えないようにしていた。けれど、意志が黙るときには本能が口をきく。魂の不在中には身体が勝手な道を進む。
ある晩、夕食のあと、いかにも美しい夜だと思われたので――月のない星の輝いた夜だった――彼らは庭を散歩したくなった。オリヴィエとクリストフとは家から出た。ジャックリーヌは肩掛を取りに自分の室へ上がった。それからもう降りて来なかった。クリストフはいつに変わらぬ女の緩漫さを悪口言いながら、彼女を捜しにまた家の中へ引き返した。――(しばらく前から彼は自分で気にもかけずに夫らしい役目をしていた。)――彼は彼女がやって来る足音を聞いた。彼がいる室は雨戸が閉まっていた。何にも見えなかった。
「さあ、いらっしゃいよ、気長奥さん。」とクリストフは快活に叫んだ。「あんまり鏡を見てると、鏡が磨へりますよ。」
彼女は返辞をしなかった。立ち止まっていた。クリストフは彼女が室の中にいるような気がした。しかし彼女は身動きもしなかった。
「どこにいるんです?」と彼は言った。
彼女は答えなかった。クリストフも口をつぐんだ。彼は暗い中を手探りで進んでいった。ふとある心配が彼をとらえた。彼は動悸どうきしながら立ち止まった。すぐそばにジャックリーヌの軽い息づかいが聞こえた。彼はなお一歩進んで、ふたたび立ち止まった。彼女はすぐそばにいた。彼はそれを知っていた。しかしもう進むことができなかった。数秒の沈黙。と突然、二つの手が彼の手をとらえて、彼を引き寄せた。口と口と合わさった。彼は彼女を抱きしめた。一言もなく、じっとしていた。――二人の口はたがいにもぎ離された。ジャックリーヌは室から出て行った。クリストフはおののきながらあとに従った。彼の足は震えていた。彼はちょっと壁によりかかって、血潮の激動が静まるのを待った。やがて彼は二人のところへ行った。ジャックリーヌはオリヴィエと平気で話していた。二人は彼の数歩先に歩いていた。クリストフは押しつぶされた心地であとから従った。オリヴィエは立ち止まって彼を待った。クリストフも立ち止まった。オリヴィエは彼を親しく呼びかけた。クリストフは返辞をしなかった。オリヴィエは友の気質を知っていたし、ときどき気まぐれな沈黙の中に堅く閉じこもることがあるのを知っていたので、強しいて呼ぼうとはしないで、ジャックリーヌと歩きつづけた。そしてクリストフはやはり機械的に、十歩ばかりあとから犬のように二人について行った。二人が立ち止まると彼も立ち止まった。二人が歩き出すと彼も歩き出した。そうして彼らは庭を一回りして、また家に入った。クリストフは自分の室に上がっていって、閉じこもった。燈火もつけなかった。寝もしなかった、考えてもいなかった。夜中ごろになって、腕と頭とをテーブルにもたせてすわったまま、うとうとした。一時間もたつと眼が覚さめた。彼は蝋燭ろうそくに火をつけ、書類や品物をあわただしくかき集め、かばんの支度をし、それから寝台の上に身を投げ出し、夜明けまで眠った。夜が明けると、荷物をもって降りてゆき、立ち去ってしまった。人々はその朝じゅう彼を待った。一日じゅう彼を捜し回った。ジャックリーヌは、冷淡の下に憤怒ふんぬのおののきを隠しながら、馬鹿にした皮肉さで、なくなった器物はないかと調べるようなふうをした。ようやく翌日の晩になって、オリヴィエはクリストフの手紙を受け取った。

 親しき友よ、僕が狂人のように立ち去ったのを恨まないでくれたまえ。僕はまったく狂人だ。それは君も知ってることだ。しかししかたがない。僕は僕以外のものになり得ないのだ。君の親切な待遇を感謝する。ほんとうにうれしかった。しかし君、僕は他人といっしょの生活に適してる人間ではない。生活にさえ適してる人間かどうか、怪しいくらいだ。片隅かたすみに引きこもっていて、人々を愛する――遠くから愛するのが、僕には適当なのだ。そのほうが用心深いやり方だ。人々をあまり近くで見ると、僕は人間嫌ぎらいになる。しかも僕は人間嫌いにはなりたくないのだ。僕は人間を愛したい、君たちをみんな愛したい。ああ僕はどんなにか、君たちみんなに善をなしたいことだろう! 君たちを――君を、幸福ならしめることが僕にできるなら! おう僕はどんなにか喜んで、僕のもち得るすべての幸福をもその代わりに投げ出すだろう!……しかしそれは僕の力に及ばない。人はただ他人に道を示すことができるばかりだ。他人に代わってその道を歩いてやることはできないのだ。人は各自にみずから自分を救うべきである。君自身を救いたまえ。君たち自身を救いたまえ! 僕は深く君を愛している。
クリストフ
ジャンナン夫人へよろしく。

「ジャンナン夫人」は、唇くちびるをきっと結び、軽侮の微笑を浮かべながら、その手紙を読んだ。そして冷やかに言った。
「ではあの人の忠告にお従いなさいな。あなた自身をお救いなさい。」
しかし、オリヴィエが手を差し出して手紙を取りもどそうとすると、ジャックリーヌはいきなりそれをもみつぶして、下に投げ捨てた。そして大粒の涙が両の眼からほとばしった。オリヴィエは彼女の手をとった。
「どうしたんだい?」と彼はびっくりして尋ねた。
「構わないでください!」と彼女は憤然として叫んだ。
彼女はそこを出て行った。扉とびらの敷居の上で彼女は叫んだ。
「得手勝手な人たちだわ!」

クリストフはついに、グラン・ジュールナル新聞の保護者たちを、敵となしてしまった。それは前から容易にわかってることだった。クリストフは、ゲーテが称揚した「無感謝」という徳を、天から授かっていた。ゲーテは皮肉にこう書いている。

 感謝の様子を示すのをきらう者は、きわめてまれである。ただ、もっとも憐あわれな階級から出て来て、恩恵者の下劣さにたいていいつも毒されてる助力を、一歩ごとに受けなければならなかったような、著名な人々のみが、この嫌悪けんおの情を表わすものである。

クリストフは、世話をされたのにたいして、こちらで身を卑ひくくしたりまた自由を捨てたり――その二つは彼にとっては同一事だった――しなければならないとは、考えていなかった。彼は恩恵をそんな高利で貸しつけはしないで、ただで与えていた。ところが彼に恩をきせた者たちのほうでは、少し違った意見をもっていた。債務者にはそれだけの義務があるという至って高い道徳観念をもっていた。それで、この新聞の主催になるある広告的祝賀のために、ばかばかしい祝賀音楽を書くことを、クリストフが断わると、彼らは気持を悪くした。彼にその行為の無作法さを思い知らしてやった。彼はそれを撃退した。それからしばらくたって、彼の主張だとその新聞が書きたててる事柄について、彼は猛烈に誤りを指摘したので、ついに彼らは激昂げっこうしてしまった。
そこで、彼にたいする戦いが始められた。彼らはあらゆる武器を用いた。そのうえにまた、屁理屈へりくつの武器蔵から古い戦いくさ道具まで取り出した。それはあらゆる創造者にたいして無力な者どもが順々に使用していったもので、けっして人を殺したことはなかったが、一般の馬鹿者どもにはかならず効果ある影響を及ぼすのだった。すなわち彼らは彼を剽窃ひょうせつ者だと誣しいた。彼の作品や無名な音楽家らの作品の中から、勝手な部分を選み取ってきていい加減に変装さした。そして彼は他人の霊感インスピレーションを盗んだのだと証明した。彼は若い芸術家らを窒息させたかったのだと中傷した。ところが、吠ほえるのを職務としてる奴ら、背の高い人の肩によじ登って「俺おれはお前より高いぞ」と叫ぶ、それら小人の批評家ども、それだけが彼の相手ならまだよかった。しかしそうはゆかなかった。才能ある人々もたがいに攻撃し合うものである。各人が仲間の者らにとっては我慢できない人物となるものである。それでもなお、人の言うごとく、各人が平和に仕事し得るくらいには十分世界は広いし、また各人はすでに自分の才能のうちにかなり手剛てごわい敵をもってるものである。
クリストフを嫉視しっししてる芸術家らがドイツにいた。彼らは必要に応じていろんな武器を作り出しては、それを彼の敵へ供給した。フランスにもそういう奴らがいた。音楽記者のうちの国家主義者らは――その多くは外国人だったが――民族の相違を彼の頭に投げつけて侮辱した。クリストフの成功ははるかに大となっていたし、また流行まで手伝っていたので、彼はその誇張的表現によって、中立の人々をさえ――ましてその他の人々をなおさら、憤慨さしてるはずだと、彼らは考えたのだった。実際クリストフは今では、音楽会の聴衆のうちに、上流社会の人々や青年雑誌の執筆者らの間に、熱心な味方をもっていた。その人々は、クリストフが何を作ろうとも夢中に喜んで、彼以前に音楽は存しなかったと好んで宣言していた。ある者らは彼の作品を説明して、哲学的意図をそこに見出していた。彼はそれを聞いてあきれ返った。またある者らは音楽上の革命をそこに認め、伝統にたいする攻撃を認めていた。が彼は伝統を尊敬してるのだった。しかし抗言しても無益だった。何を書いてるのか彼は自分で知らないのだと、彼らは彼に証明しかねなかった。彼らは彼を賞賛しながら自分自身を賞賛していた。そういうふうだったから、クリストフにたいする戦いは、彼と同業者たる作曲家連中の間に強い同感を得た。彼らは彼に罪もない右のような「空騒からさわぎ」を憤慨していた。そうでなくとも彼らは彼の音楽を好まなかった。思想に満ち満ちていて、創造的幻想の表面上の混乱さに従って、多少拙劣にその思想を使用してる者にたいし、自分では思想をもっていないが、学び知った形式に従ってたやすく思想を表現する者がいだく、自然の憤りを、多くの者はクリストフにたいしていだいていた。書く術すべを知らないという非難が、それらの写字生どもによって幾度となく彼に発せられた。彼らにとっては、文体というものは、食堂の処法のうちに、思想が投げ入れられる料理の鋳型のうちに、存してるのであった。クリストフのもっともよい味方たちは、彼を理解しようとは努めなかった。彼から与えられる善のために単純に彼を愛していたので、彼を理解する唯一の人々となっていた。ところがそういう人たちは、世に名を知られていない聴衆にすぎなくて、問題にたいする発言権をもっていなかった。クリストフに代わって勇敢に答弁し得る唯一の者――オリヴィエは、当時彼から離れていて、彼を忘れてるかのようだった。それでクリストフは、敵と賞賛者との手中にあった。その賞賛者どもも、争って彼に害ばかり与えていた。クリストフは厭いやになって、少しも答え返さなかった。大新聞を足場として彼に下されてる判決文、無知と自身の無事とから来る傲慢ごうまんさをもって芸術を指導せんとする、僭越せんえつな批評家どもの判決文、それを彼は読んでも、ただ肩をそびやかしながら言った。
「俺おれを裁さばくがいい。俺も貴様を裁いてやる。百年たってから顔を合わせようじゃないか!」
しかし当分のうちは、悪口が時を得ていた。そして公衆は例によって、それらのもっともくだらない破廉恥な非難を、ただ呆然ぼうぜんとして迎えていた。
クリストフは、自分の地位がかなり困難になってることに気づかないらしく、ちょうどそういうときに自分の出版者とも仲違なかたがいした。とは言え彼は、そのヘヒトを恨む筋はないはずだった。ヘヒトは彼の新しい作品を几帳面きちょうめんに出版してくれたし、商売にかけては正直だった。もちろん正直だからとて、クリストフに不利な契約を結んではいた。そしてその契約を守っていた。あまりによく守っていた。ある日クリストフは、自分の七重奏曲が四重奏曲に変えられてるのや、一連の二手用ピアノ曲が四手へ拙劣に書き直されてるのを、見出してたいへん驚いた。しかも彼へ無断でされてるのだった。彼はヘヒトのもとへ駆けつけて、その証拠の楽曲をつきつけながら言った。
「君はこれを承知ですか。」
「もちろんです。」とヘヒトは言った。
「よくも……よくも君は、僕の作品を書き改めることができましたね、僕の許しも求めないで!……」
「なんの許しをですか。」とヘヒトは平然として言った。「あなたの作品は私のものです。」
「また僕のものでもあるはずだ。」
「いいえ。」とヘヒトは静かに言った。
クリストフは飛び上がった。
「僕の作品が僕のものではないんだって?」
「もうあなたのものではありません。あなたは私に売られたでしょう。」
「馬鹿なことを言っちゃいけない! 僕は原稿を売ったのだ。君はそれで勝手に金をこしらえたまえ。しかし原稿の上に書かれてるものは、僕の血なんだ、僕のものなんだ。」
「あなたはすべてを売られたのです。この作品の代わりに、私は三百フランお渡ししました。すなわち、原書が一部売れるに従って三十サンチームの割で、ちょうど限度です。それによってあなたは、あなたの作品についてのすべての権利を、なんらの制限も保留もなしに私へ譲られたのです。」
「作品を破壊する権利をも?」
ヘヒトは肩をそびやかし、呼鈴を鳴らして、一人の店員へ言った。
「クラフトさんの帳簿をもっておいで。」
彼は落ち着き払って、クリストフが読みもしないで署名したその契約の本文を、読んできかした。――それによれば、音楽出版業者がそのころなしていた契約の常則に従って、つぎのことが成立するのだった。――「ヘヒト氏は、著者のあらゆる権利と理由と訴権とを取得し、該作品を、いかなる形式においても、自己の利益のために、出版し、発行し、翻刻し、印刷し、翻訳し、貸与し、販売し、音楽会、奏楽珈琲店、舞踏会、劇場、などにて演奏させ、いかなる楽器にも、または言葉を付加することにさえ、作品を変更して、それを発行し、ならびにその表題を変更し……云々うんぬん、云々、の権利を、一手に有するものなり。」(契約原文どおり)
「ごらんのとおり、」と彼は言った、「私はかなり穏和のほうですよ。」
「なるほど、」とクリストフは言った、「僕は君に感謝すべきだ。君は僕の七重奏曲を寄席珈琲店の歌にでも変え得られたはずだから。」
彼は両手に頭をかかえて、途方にくれて、口をつぐんだ。
「僕は自分の魂を売っちゃった。」と彼は繰り返していた。
「御安心なさい。」とヘヒトは皮肉に言った。「私は無茶なことはしませんから。」
「いったいフランス共和国が、こんな取引を許すとは!」とクリストフは言った。「君たちフランス人は、人間は自由だと言っていながら、思想を競売してるのだ。」
「あなたは代価を受け取られたでしょう。」とヘヒトは言った。
「貨幣三十枚、そうだ。」とクリストフは言った。「それを返すよ。」
彼はヘヒトへ三百フランを返そうと思って、ポケットを探った。しかしそれだけの金をもたなかった。ヘヒトはやや蔑さげすむように軽く微笑ほほえんだ。その微笑にクリストフは腹をたてた。
「僕は自分の作品がいるのだ。」と彼は言った。「作品を皆買いもどすよ。」
「あなたにはそうする権利はありません。」とヘヒトは言った。「しかし私は人を無理につなぎ止めたくありませんから、あなたにお返しすることを同意しましょう――至当な補償金を出してくださることができれば。」
「するとも、」とクリストフは言った、「僕自身の身体を売っても。」
彼はヘヒトが二週間後にもち出してきた条件を、文句なしにすべて承諾した。まったく狂気沙汰ざたではあったが、彼は初めもらった金高より五倍もの価で、自分の作品全部の版権を買いもどすことにした。五倍というのも誇張ではなかった。なぜなら、ヘヒトがそれらの作品によって得た実際の利益に従って、細密に計算された代価だったから。クリストフはそれを払うことができなかった。ヘヒトの予期したとおりだった。ヘヒトはクリストフを、芸術家としてまた人間として他の青年音楽家のだれよりも高く評価していたので、彼をいじめるつもりではなかった。しかし彼に訓戒を与えたいのだった。彼は自分の権利に属する事柄に人から反抗されるのを許し得なかった。彼があれらの契約規定をこしらえたのではなかった。それは当時の規定だった。それゆえに彼はそれを正当なものだと思っていた。そのうえ彼は、それらの規定は出版者のためになるとともに著者のためにもなるものだと、真面目まじめに信じていた。なぜなら、出版者は作品を広める方法を著者よりもよく知っているし、尊敬すべきではあるがしかし著者の真の利益には相反するいろんなくよくよした心づかいに、著者ほど拘泥こうでいしはしないからである。彼はクリストフを成功させようと考えていた。しかしそれは彼一流の仕方においてであって、クリストフが手も足も出せないで全身を任せてきたらという条件においてであった。自分の世話からそうたやすく脱せられるものではないということを、彼はクリストフに感ぜさせたかった。二人は条件付きの取引契約をした。もしクリストフが六か月の猶予期限内に金を払い得ないときには、作品はまったくヘヒトの所有に帰するということにした。クリストフが所要の金額の四分の一も集め得ないだろうということは、予知するにかたくはなかった。
それでもクリストフはがんばってみた。思い出の深いその部屋を捨てて、もっと安い住居へ移った。――いろんな品物を売り払った。それがどれも価のない物ばかりなのに、彼はたいへん驚いた。――金を借りた。モークの好意にすがった。がおり悪あしくモークはそのころ、リューマチで家から出られなくて、ひどく不如意がちで病んでいた。――他の出版屋を捜した。しかしどこへ行っても、ヘヒトのと同じく偏頗へんぱな条件に出会ったり、あるいは断わられたりした。
それはちょうど、彼にたいする攻撃が、新聞雑誌の音楽欄でもっとも盛んな時期だった。パリーのおも立った新聞の一つが、ことに熱心だった。その編集者の一人は、名前を出さずに、彼を猛烈に非難していた。エコー新聞には、彼を馬鹿にした邪悪な小文が毎週現われた。その音楽批評家は、名前を隠してる同業者の仕事を手伝っていた。わずかの口実さえあれば、ついでに恨みを晴らそうとしていた。しかしそれはまだ最初の小競こぜり合いにすぎなかった。ゆっくりやっていて、そのうちにほんとうの攻撃に着手すると、彼はほのめかしていた。彼らは少しも急いではいなかった。はっきりした非難を加えるよりも執拗しつように諷示ふうしを繰り返すほうが、公衆には利目ききめが多いことを、彼らはよく知っていた。彼らは猫ねこが鼠ねずみに戯れるように、クリストフをもてあそんでいた。クリストフはそういう論説を送られて、それを軽蔑けいべつしたが、やはり苦にならないではなかった。それでも彼は黙っていた。そんなものに答え返す代わりに――(答え返そうとしても彼にはそれが果たしてできたろうか?)――彼は自分の出版者との無益な不釣ふつり合いな自負心の争いに固執していた。そして時間と力と金とを失い、唯一の武器まで失っていた。というのは、ヘヒトが彼の音楽のためにしてくれる広告を、彼は喜んで見捨てようとしていたから。
すると突然、万事が変わった。新聞に予告された論説は現われなかった。諷示も消え失うせてしまった。戦いはぴたりとやんだ。なおそればかりでなく、二、三週間後には、その新聞の批評家がついでにといったふうで、賞賛的な数行を発表した。和解が成立したかのような調子だった。ライプチヒのある大出版者は、彼の作品を出版しようと申し込んできた。その契約は有利な条件で結ばれた。オーストリア大使館の印章がついてる丁寧な手紙が来て、大使館で催される大夜会の番組のうちに、彼の作品を数種加えたいとの希望を伝えた。クリストフが贔屓ひいきにしていたフィロメールは、その大夜会にいつか一度、演奏を聞かしてほしいと頼まれた。その後引きつづいて彼女は、パリー在住のドイツやイタリーの貴族たちから、客間の演奏をたびたび頼まれた。クリストフ自身も、それらの音楽会に招かれて、その一つにやむを得ず行ってみると、大使から非常に歓待された。それでも少し話をしてみると、大使はあまり音楽趣味がなくて、彼の作品については少しも知るところがなかった。ではいったい、こういう突然の同情はどこから生じたのだろうか? 見えざる一つの手が、彼を庇護ひごしてくれ、障害を除いてくれ、道を平らにしてくれてるがようだった。クリストフは探ってみた。大使はそれとなく彼の二人の味方をほのめかした。それはベレニー伯爵夫妻であって、彼に非常な好意をいだいてるのだった。クリストフはまだその二人の名前さえ知らなかった。大使館へ来た晩には、二人に紹介される機会がなかった。が彼は強しいて二人を知ろうとはしなかった。彼はちょうど人間が嫌きらいになったときであって、味方をも敵をも同様に信用していなかった。味方も敵も同じように不確かなものだった。ちょっとした風の調子で変わってしまうのだった。そういうものなしにやってゆけることを学ばなければいけなかった。十七世紀のあの老人のように言わなければいけなかった。

 神は予に友人らを与え、しかしてまた彼らを予より奪えり。友人らは予を捨てて去りぬ。予も彼らを捨てて、彼らのことを述べじ。

彼がオリヴィエの家を立ち去って以来、オリヴィエはもう生きてるしるしだも見せなかった。二人の間は万事終わったらしかった。クリストフは他に新たな友情を結びたくなかった。彼はベレニー伯爵夫妻をも、味方だと自称する多くの当世才士らと同様だろうと想像した。そして彼ら二人に会おうとは少しも努めなかった。むしろ二人から逃げたかった。
彼が逃げたいのはパリー全体からだった。なつかしい静寂の地に数週間逃げ込みたかった。ああ数日間、ただ数日間でも、故郷の地に身を置くことができたら! そういう考えがしだいに病的な願望となってきた。あの河や空や故人の土地をふたたび見たかった。ふたたび見ないではいられなかった。しかし、一身の自由を賭としてでなければそれができなかった。ドイツから逃亡当時の逮捕令状のもとにまだあるのだった。しかし彼は、ただ一日でもいいから立ちもどるためには、どんな狂気じみたことをもやりかねないという気がした。
仕合わせにも彼はそのことを、新しい保護者の一人に話した。ドイツ大使館付の青年外交官が、彼の作品が演奏される夜会で彼に出会って、故国は彼のような音楽家を有するのを誇りとしてると言ったとき、彼は苦々にがにがしげに答えた。
「故国は私をあまりに誇りとしていますから、私に戸を開いてくれずに、門前で私を死なせようとするのでしょう。」
青年外交官はその事情を話さした。そして数日後に、クリストフに会いに来て、彼に言った。
「上のほうではあなたに同情していますよ。あなたに加えられてる判決の効果を停止する権能がある、ただ一人のごく高い地位にある人が、あなたの境遇をきかれて、たいへん心を動かされたようです。あの方がどうしてあなたの音楽を好きになられたのか、私には合点がいきません。というのは――(この場限りの話ですが)――あまり上等な趣味をそなえてる人ではありませんからね。しかし物がよくわかって寛大な心をもっていられます。あなたに下されてる判決を目下のところでは取り去るわけにゆきませんが、もしあなたが家の人たちに会うために、故郷の町で四十八時間だけ過ごされるのなら、大目に見てやろうとのことです。これがその旅行券です。到着の時と出発の時にこれをお示しなさい。気をつけて、人目をひかないようになさいよ。」

クリストフはも一度、故郷の土地に再会した。その土地とその地中にいる人々とだけ話を交えて、与えられた二日間を過ごした。彼は母の墓を見た。草が生はえていた。しかし近ごろ手向たむけられた花があった。それと相並んで父と祖父とが眠っていた。彼は彼らの足下にすわった。墓は囲いの壁を背にしていた。壁の向こうの隘路あいろに生えてる一本の栗くりの木が、影を投げていた。その低い壁越しに、金色の農作物が見えていた。なま暖かい風がそれに柔らかい波を打たせていた。うつらうつらしてる土地の上に太陽が照り渡っていた。麦畑の中には鶉うずらの鳴き声が聞こえており、墓の上には糸杉いとすぎのやさしいそよぎが聞こえていた。クリストフはただ一人きりで、夢想にふけった。心は静かだった。膝ひざのまわりに両手を組み背中を壁にもたせてすわりながら、空をながめていた。ちょっと眼瞼まぶたを閉じた。ああすべてがなんと簡素なことだろう! 彼は自分の家で骨肉の人々に取り巻かれてる心地がした。手を取り合ってるがように彼らのそばにじっとしていた。時間が流れ去っていった。夕方になって、小径こみちの砂の上に人の足音がした。墓守はかもりが通りかかって、そこにすわってるクリストフをながめた。クリストフはだれが花を手向たむけたのかと尋ねた。ブイルの百姓女が年に一、二回やって来るのだと、男は答えた。
「ロールヘンだろう?」とクリストフは言った。
二人は話しだした。
「あなたは息子むすこさんかね。」と男は言った。
「息子は三人あるよ。」とクリストフは言った。
「わしが言うのはハンブルグの息子さんでさあ。ほかの二人は悪くそれちゃいましてね。」
クリストフは頭を少しそらし加減にして、じっとして口をつぐんでいた。太陽は没しかけていた。
「もう閉しめますよ。」と墓守は言った。
クリストフは立ち上がって、墓守といっしょにゆっくりと墓地を一回りした。墓守は親切にしてくれた。クリストフは立ち止まっては碑名を読んだ。いかに多くの知人らがそこに集まってることだろう! オイレル老人――その婿――先のほうには、幼年時代の友だちや、いっしょに遊んだことのある少女たち――また彼方かなたには、心ときめく名前、アーダ……。すべての人たちに平和あれ……。
夕映えの光が、静かな地平を取り巻いていた。クリストフは墓地を出た。そしてなお長い間野の中を歩き回った。星が輝いてきた……。
翌日、彼はまたやって来て、その午後を前日の場所でふたたび過ごした。しかし、前日の黙々たる美しい静けさは元気づいていた。彼の心は呑気のんきな幸福な賛歌を歌っていた。彼は墓の縁石に腰をかけて、膝ひざの上に開いた手帳に鉛筆で、聞こえてくる歌を書き取った。かくしてその日は過ぎた。昔の小さな自分の室で仕事をしてるような気がし、母が仕切りの向こうにいるような気がした。書き終えて立ち去らなければならないときになって――すでに墓から三、四歩遠ざかったときに――彼はふと思いついて、またもどって来、その手帳を葛かずらの下の草の中に埋めた。数滴の雨が落ち始めていた。クリストフは考えた。
「じきに消えてしまうだろう。それでいいのだ!……あなただけに差し上げます。他のだれにでもない。」
彼はまた河をも見た。馴染なじみ深い街路をも見た。そこには多くの変化があった。町の入口には、古いにしえの稜堡りょうほの跡の遊歩場に、アカシアの木立が植えられるのを昔彼は見たのだが、それがすっかりあたりを占領して、古い樹々きぎを窒息さしていた。ケリッヒ家の庭をめぐらしてる壁に沿って行くと、悪戯いたずらっ児この時分にその広庭をのぞき込むためよじ登った、見覚えのある標石があった。そして彼は、その通りも壁も庭も非常に小さくなったのに驚かされた。正面の鉄門の前で彼はちょっと立ち止まった。また歩き出すときに馬車が一つ通った。彼はなんの気もなしに眼をあげてみた。生き生きした太った快活な若い婦人の眼にかち合った。向こうは彼を不思議そうに見調べていた。と彼女は驚きの声をたてた。彼女の合図で馬車は止まった。彼女は言った。
「クラフトさん!」
彼は立ち止まった。
彼女は笑いながら言った。
「ミンナですよ……。」

Il courut à elle, presque aussi troublé qu'au jour de la première rencontre[8]. Elle était avec un monsieur, grand, gros, chauve, aux moustaches relevées d'un air vainqueur, qu'elle présenta: «Herr Reichsgerichtsrat von Brombach»,—son mari. Elle voulut que Christophe entrât à la maison. Il cherchait à s'excuser. Mais Minna s'exclamait:

—«Non, non, il devait venir, venir dîner.»

Elle parlait très fort et très vite, et, sans attendre les questions, déjà racontait sa vie. Christophe, abasourdi par sa volubilité et par son bruit, n'entendait qu'à moitié, et il la regardait. C'était là sa petite Minna! Elle était florissante, robuste, rembourrée de toutes parts, une jolie peau, un teint de rose, mais les traits élargis, particulièrement le nez solide et bien nourri. Les gestes, les manières, les gentillesses étaient restées les mêmes; mais le volume avait changé.

Cependant, elle ne cessait de parler: elle racontait à Christophe les histoires de son passé, ses histoires intimes, la façon dont elle avait aimé son mari et dont son mari l'avait aimée. Christophe était gêné. Elle avait un optimisme sans critique, qui lui faisait trouver parfait et supérieur aux autres,—(du moins quand elle était en présence des autres),—sa ville, sa maison, sa famille, son mari, et elle-même. Elle disait de son mari, et devant lui, qu'il était «l'homme le plus grandiose qu'elle eût jamais vu», qu'il y avait en lui «une force surhumaine». «L'homme le plus grandiose» tapotait en riant les joues de Minna, et déclarait à Christophe qu'elle était «une femme hautement éminente». Il semblait que monsieur le Reichsgerichtsrat fût au courant de la situation de Christophe, et qu'il ne sût au juste s'il devait le traiter avec égards ou sans égards, vu sa condamnation d'une part, et, de l'autre, vu l'auguste protection qui le couvrait; il prit le parti de mélanger les deux manières. Pour Minna, elle parlait toujours. Quand elle eut abondamment parlé d'elle à Christophe, elle parla de lui; elle le harcela de questions aussi intimes que l'avaient été les réponses aux questions supposées, qu'il ne lui avait point faites. Elle était ravie de revoir Christophe; elle ne connaissait rien de sa musique; mais elle savait qu'il était connu; elle était flattée qu'il l'eût aimée,—(et qu'elle l'eût refusé).—Elle le lui rappela, en plaisantant, sans beaucoup de délicatesse. Elle lui demanda un autographe pour son album. Elle l'interrogea avec insistance sur Paris. Elle manifestait pour cette ville autant de curiosité que de mépris. Elle prétendait la connaître, ayant vu les Folies-Bergère, l'Opéra, Montmartre et Saint-Cloud. D'après elle, les Parisiennes étaient des cocottes, de mauvaises mères, qui avaient le moins possible d'enfants et ne s'en occupaient point, les laissant au logis pour aller au théâtre ou dans les lieux de plaisir. Elle n'admettait point qu'on la contredît. Au cours de la soirée, elle voulut que Christophe jouât un morceau de piano. Elle le trouva charmant. Mais au fond, elle admirait autant le jeu de son mari.

Christophe eut le plaisir de revoir la mère de Minna, Mme de Kerich. Il avait conservé pour elle une secrète tendresse, parce qu'elle avait été bonne pour lui. Elle n'avait rien perdu de sa bonté, et elle était plus naturelle que Minna; mais elle témoignait toujours à Christophe cette petite ironie affectueuse qui l'irritait jadis. Elle en était restée au point où il l'avait laissée; elle aimait les mêmes choses; et il ne lui semblait pas admissible qu'on pût faire mieux, ni autrement; elle opposait le Jean-Christophe d'autrefois au Jean-Christophe d'aujourd'hui; et elle préférait le premier.

Autour d'elle, personne n'avait changé d'esprit, que Christophe. L'immobilité de la petite ville, son étroitesse d'horizon, lui étaient pénibles. Ses hôtes passèrent une partie de la soirée à l'entretenir de commérages sur le compte de gens qu'il ne connaissait pas. Ils étaient à l'affût des ridicules de leurs voisins, et ils décrétaient ridicule tout ce qui différait d'eux. Cette curiosité malveillante, perpétuellement occupée de riens, finissait par causer à Christophe un malaise insupportable. Il essaya de parler de sa vie, à l'étranger. Mais tout de suite, il se heurta à l'impossibilité de leur faire sentir cette civilisation française, dont il avait souffert, et qui lui devenait chère, en ce moment qu'il la représentait dans son propre pays,—ce libre esprit latin, dont la première loi est l'intelligence: comprendre le plus possible, au risque de faire bon marché de la «moralité». Il retrouvait chez ses hôtes, et surtout chez Minna, cet esprit orgueilleux, qui l'avait blessé autrefois, mais dont il avait perdu le souvenir,—orgueilleux par faiblesse autant que par vertu,—cette honnêteté sans charité, fière de sa vertu, et méprisante des défaillances qu'elle ne pouvait pas connaître, le culte du comme-il-faut, le dédain scandalisé des supériorités «irrégulières». Minna avait une assurance tranquille et sentencieuse d'avoir toujours raison. Aucune nuance dans sa façon de juger les autres. Elle ne se souciait pas de les comprendre, elle n'était occupée que d'elle-même. Son égoïsme se badigeonnait d'une vague teinture métaphysique. Il était constamment question de son «moi», du développement de son «moi». Elle était peut-être une bonne femme, et capable d'aimer. Mais elle s'aimait trop. Surtout, elle se respectait trop. Elle avait l'air de dire perpétuellement le Pater et l'Ave devant son «moi». On avait le sentiment qu'elle eût cessé totalement d'aimer, et pour toujours, l'homme qu'elle aimait le mieux, s'il eût manqué un seul instant—(l'aurait-il regretté mille fois, par la suite),—au respect dû envers la dignité de son «moi»... Au diable ton «moi»! Pense donc un peu au «toi»!...

Cependant, Christophe ne la voyait pas avec des yeux sévères. Lui qui était si irritable à l'ordinaire, il l'écoutait parler avec une patience archangélique. Il se défendait de la juger. Il l'entourait, comme d'une auréole, du religieux souvenir de son enfance; et il s'obstinait à rechercher en elle l'image de la petite Minna. Il n'était pas impossible de la reconnaître en certains de ses gestes; le timbre de sa voix avait certaines sonorités qui réveillaient des échos émouvants. Il s'absorbait en eux, se taisant, n'écoutant pas les paroles qu'elle disait, ayant l'air d'écouter, ne cessant de lui témoigner un respect attendri. Mais il avait du mal à concentrer son esprit: elle faisait trop de bruit; elle l'empêchait d'entendre Minna. À la fin, il se leva, un peu las:

—Pauvre petite Minna! Ils voudraient me faire croire que tu es là, dans cette belle grosse personne, qui crie fort et qui m'ennuie. Mais je sais bien que non. Allons-nous-en, Minna. Qu'avons-nous à faire de ces gens?

Il s'en alla, leur laissant croire qu'il reviendrait le lendemain. S'il avait dit qu'il repartait, le soir, ils ne l'eussent point lâché jusqu'à l'heure du train. Dès les premiers pas dans la nuit, il retrouva l'impression de bien-être qu'il avait, avant d'avoir rencontré la voiture. Le souvenir de la soirée importune s'effaça, comme d'un coup d'éponge: il n'en resta plus rien; la voix du Rhin noya tout. Il allait sur le bord, du côté de la maison où il était né. Il n'eut pas de peine à la reconnaître. Les volets étaient fermés; on dormait. Christophe s'arrêta au milieu de la route; il lui semblait que s'il frappait à la porte, les fantômes connus lui ouvriraient. Il pénétra dans le pré, autour de la maison, près du fleuve, à l'endroit où il allait causer jadis avec Gottfried, le soir. Il s'assit. Et les jours passés revécurent. Et la chère petite fille qui avait bu avec lui le rêve du premier amour était ressuscitée. Ils revivaient ensemble la jeune tendresse, et ses douces larmes et ses espoirs infinis. Et il se dit, avec un sourire de bonhomie:

—La vie ne m'a rien appris. J'ai beau savoir... j'ai beau savoir... J'ai toujours les mêmes illusions.

Qu'il est bon d'aimer et de croire intarissablement! Tout ce que touche l'amour est sauvé de la mort.

—Minna, qui es avec moi,—avec moi, pas avec l'autre,... Minna, qui ne vieilliras jamais!...

La lune, voilée, sortit des nuages, et sur le dos du fleuve fit luire des écailles d'argent. Christophe eut l'impression que le fleuve ne passait pas jadis aussi près du tertre où il était assis. Il s'approcha. Oui, il y avait là naguère, au delà de ce poirier, une langue de sable, une petite pente gazonnée, où il avait joué bien des fois. Le fleuve les avait rongées; il avançait, léchant les racines du poirier. Christophe eut un serrement de cœur. Il revint vers la gare. De ce côté, un nouveau quartier,—maisons pauvres, chantiers en construction, grandes cheminées d'usines,—commençait à s'élever. Christophe songea au bois d'acacias qu'il avait vu, dans l'après-midi, et il pensa:

—Là aussi, le fleuve ronge...

La vieille ville, endormie dans l'ombre, avec tout ce qu'elle renfermait, vivants et morts, lui fut plus chère encore: car il la sentit menacée...

Hostis habet muros...

Vite, sauvons les nôtres! La mort guette tout ce que nous aimons. Hâtons-nous de graver le visage qui passe, sur le bronze éternel. Arrachons aux flammes le trésor de la patrie, avant que l'incendie dévore le palais de Priam...

Christophe monta dans le train, qui partit, comme un homme qui fuit devant l'inondation. Mais pareil à ceux-là qui sauvaient du naufrage de leur ville les dieux de la cité, Christophe emportait en lui l'étincelle d'amour qui avait jailli de sa terre, et l'âme sacrée du passé.

Jacqueline et Olivier s'étaient rapprochés, pour un temps. Jacqueline avait perdu son père. Cette mort l'avait profondément remuée. En présence du malheur véritable, elle sentit la misérable niaiserie des autres douleurs; et la tendresse que lui témoignait Olivier ranima son affection pour lui. Elle se trouvait ramenée, de quelques années en arrière, aux tristes jours qui avaient suivi la mort de la tante Marthe, et qui avaient été suivis des jours bénis d'amour. Elle se disait qu'elle était ingrate envers la vie et qu'il fallait lui savoir gré de ne pas vous prendre le peu qu'elle vous avait donné. Ce peu, dont le prix lui était révélé, elle le serrait jalousement contre elle. Un éloignement momentané de Paris, que le médecin avait prescrit pour la distraire de son deuil, un voyage qu'elle fit avec Olivier, une sorte de pèlerinage aux lieux où ils s'étaient aimés pendant la première année de leur mariage, acheva de l'attendrir. Dans la mélancolie de retrouver, au détour du chemin, la chère figure de l'amour, qu'on croyait disparu, et de la voir passer, et de savoir qu'elle disparaîtrait de nouveau,—pour combien de temps? pour toujours, peut-être?—ils l'étreignaient avec une passion désespérée...

—Reste, reste avec nous!

Mais ils savaient bien qu'ils allaient le perdre...

Quand Jacqueline revint à Paris, elle sentait tressaillir dans son corps une petite vie nouvelle, allumée par l'amour. Mais l'amour était déjà passé. Le fardeau qui s'appesantissait en elle ne la rattachait pas à Olivier. Elle n'en éprouvait point la joie qu'elle attendait. Elle s'interrogeait avec inquiétude. Naguère, quand elle se tourmentait, souvent elle avait pensé que la venue d'un petit enfant serait le salut pour elle. Le petit enfant était là, le salut n'était pas venu. Cette pliante humaine qui enfonçait ses racines dans sa chair, elle la sentait avec effroi pousser, boire son sang. Elle restait des journées, absorbée, écoutant, le regard perdu, tout son être aspiré par l'être inconnu qui avait pris possession d'elle. C'était un bourdonnement vague, doux, endormant, angoissant. Elle se réveillait en sursauts de cette torpeur,—moite de sueur, frissonnante, avec un éclair de révolte. Elle se débattait contre le filet où la nature l'avait prise. Elle voulait vivre, elle voulait être libre, il lui semblait que la nature l'avait dupée. Puis, elle avait honte de ces pensées, elle se trouvait monstrueuse, elle se demandait si elle était donc plus mauvaise, ou autrement faite que les autres femmes. Et peu à peu, elle s'apaisait de nouveau, engourdie comme un arbre, dans la sève et le rêve du fruit vivant qui mûrissait en ses entrailles. Qu'allait-il être?...

Lorsqu'elle entendit son premier cri à la lumière, lorsqu'elle vit ce petit corps pitoyable et touchant, tout son cœur se fondit. Elle connut, en une minute d'éblouissement, cette glorieuse joie de la maternité, la plus puissante qui soit au monde: avoir créé de sa souffrance un être de sa chair, un homme. Et la grande vague d'amour qui remue l'univers l'étreignit de la tête aux pieds, la roula, la souleva jusqu'aux cieux... Ô Dieu, la femme qui crée est ton égale; et tu ne connais pas une joie pareille à la sienne: car tu n'as pas souffert...

Puis, la vague retomba; et l'âme retoucha le fond.

Olivier, tremblant d'émotion, se penchait sur l'enfant; et, souriant à Jacqueline, il tâchait de comprendre quel lien de vie mystérieux il y avait entre eux deux et cet être misérable encore à peine humain. Tendrement, avec un peu de dégoût, l'effleura de ses lèvres cette petite tête jaune et ridée. Jacqueline le regardait: jalousement, elle le repoussa; elle saisit l'enfant, et le serra contre son sein, elle le couvrit de baisers. L'enfant cria, elle le rendit; et, la tête tournée contre le mur, elle pleura. Olivier vint vers elle, l'embrassa, but ses larmes; elle l'embrassa aussi, et se força à sourire; puis, elle demanda qu'on la laissât se reposer, avec l'enfant près d'elle... Hélas! qu'y faire, lorsque l'amour est mort? L'homme, qui livre à l'intelligence plus de la moitié de soi-même, ne perd jamais un sentiment fort, sans en conserver dans son cerveau une trace, une idée. Il peut ne plus aimer, il ne peut pas oublier qu'il a aimé. Mais la femme qui a aimé, sans raison, tout entière, et qui cesse d'aimer, sans raison, tout entière, qu'y peut-elle? Vouloir? Se faire illusion? Et quand elle est trop faible pour vouloir, trop vraie pour se faire illusion?...

Jacqueline, accoudée sur son lit, regardait l'enfant avec une tendre pitié. Qu'était-il? Quel qu'il fût, il n'était pas d'elle tout entier. Il était aussi «l'autre». Et «l'autre», elle ne l'aimait plus. Pauvre petit! Cher petit! Elle s'irritait contre cet être qui voulait la rattacher à un passé mort; et, se penchant sur lui, elle l'embrassait, elle l'embrassait...

Le grand malheur des femmes d'aujourd'hui, c'est qu'elles sont trop libres, et pas assez. Plus libres, elles chercheraient des liens, elles y trouveraient un charme et une sécurité. Moins libres, elles se résigneraient a des liens qu'elles sauraient ne pouvoir briser; et elles souffriraient moins. Mais le pire est d'avoir des liens qui ne vous lient pas, et des devoirs dont on peut s'affranchir.

Si Jacqueline avait cru que sa petite maison lui était assignée pour toute la durée de sa vie, elle l'eût trouvée moins incommode et moins étroite, elle se fût ingéniée à la rendre confortable; elle eût fini, comme elle avait commencé: par l'aimer. Mais elle savait qu'elle en pouvait sortir; et elle y étouffait. Elle pouvait se révolter: elle en arriva à croire qu'elle le devait.

Les moralistes d'à présent sont d'étranges animaux. Tout leur être s'est atrophié, au profit des facultés d'observation. Ils ne cherchent plus qu'à voir la vie: à peine à la comprendre, nullement à la vouloir. Quand ils ont reconnu dans la nature humaine et noté ce qui est, leur tâche leur paraît accomplie, ils disent:

—Cela est.

Ils n'essaient point de le changer. Il semble qu'à leurs yeux le seul fait d'exister soit une vertu morale. Toutes les faiblesses se sont trouvées, du coup, investies d'une sorte de droit divin. Le monde se démocratise. Autrefois, le roi seul était irresponsable. Aujourd'hui, ce sont tous les hommes, et, de préférence, la canaille. Les admirables conseillers! Avec beaucoup de peine et un soin scrupuleux, ils s'appliquent à démontrer aux faibles à quel point ils sont faibles, et que, de par la nature, il en a été décrété ainsi, de toute éternité. Que reste-t-il aux faibles, qu'à se croiser les bras? Bien heureux, quand ils ne s'admirent point! À force de s'entendre répéter qu'elle est une enfant malade, la femme s'enorgueillit de l'être. On cultive ses lâchetés, on les fait s'épanouir. Qui s'amuserait à conter complaisamment aux enfants qu'il est un âge dans l'adolescence où l'âme qui n'a pas encore trouvé son équilibre est capable des crimes, du suicide, des pires dépravations physiques et morales, et qui les excuserait,—sur-le-champ, les crimes naîtraient. L'homme même, il suffit de lui répéter qu'il n'est point libre, pour qu'il ne le soit plus et se livre à la bête. Dites à la femme qu'elle est responsable, maîtresse de son corps et de sa volonté,—et elle le sera. Mais lâches que vous êtes, vous vous gardez bien de le dire: car vous avez intérêt à ce qu'elle ne le sache point!...

Le triste milieu où se trouvait Jacqueline acheva de l'égarer. Depuis qu'elle s'était détachée d'Olivier, elle était rentrée dans ce monde qu'elle méprisait quand elle était jeune fille. Autour d'elle et de ses amies mariées, s'était formée une petite société de jeunes hommes et de jeunes femmes riches, élégants, désœuvrés, intelligents et veules. Il y régnait une liberté absolue de pensée et de propos, que tempérait seulement, en l'assaisonnant, l'esprit. Volontiers ils eussent pris la devise de l'abbaye Rabelaisienne:

Fais ce que Vouldras.

Mais ils se vantaient un peu: car ils ne voulaient pas grand'chose; c'étaient les énervés de Thélème. Ils professaient avec complaisance la liberté des instincts; mais ces instincts chez eux étaient fort effacés; et leur dévergondage restait surtout cérébral. Ils jouissaient de se sentir fondre dans la grande piscine fade et voluptueuse de la civilisation, ce tiède bain de boue, où se liquéfient les énergies humaines, les rudes puissances vitales, l'animalité primitive et ses floraisons de foi, de volonté, de passions et de devoirs. Dans cette pensée gélatineuse, le joli corps de Jacqueline se baignait. Olivier ne pouvait l'en empêcher. Il était, lui aussi, touché par la maladie du temps; il ne se croyait pas le droit d'entraver la liberté de celle qu'il aimait, il ne voulait rien obtenir, si ce n'était par l'amour. Et Jacqueline me lui en savait aucun gré, puisque sa liberté était pour elle un droit.

Le pire était qu'elle apportait dans ce monde amphibie un cœur entier qui répugnait à toute équivoque: quand elle croyait, elle se donnait; sa petite âme ardente et généreuse, dans son égoïsme même, brûlait tous ses vaisseaux; et, de sa vie en commun avec Olivier, elle avait conservé une intransigeance morale, qu'elle était prête à appliquer jusque dans l'immoralité.

Ses nouveaux amis étaient bien trop prudents pour se montrer aux autres comme ils étaient. S'ils affichaient, en théorie, une liberté complète à l'égard des préjugés de la morale et de la société, ils s'arrangeaient, dans la pratique, de façon à ne rompre en visière avec aucun qui leur fût avantageux; ils se servaient de la morale et de la société, en les trahissant, comme des domestiques infidèles qui volent leurs maîtres. Ils se volaient même les uns les autres, par habitude et par désœuvrement. Il en était plus d'un parmi ces maris, qui savait que sa femme avait des amants. Ces femmes n'ignoraient point que leurs maris avaient des maîtresses. Ils s'en accommodaient. Le scandale ne commence que lorsqu'on fait du bruit. Ces bons ménages reposaient sur une entente tacite entre associés,—entre complices. Mais Jacqueline, plus franche, jouait bon jeu, bon argent. D'abord, être sincère. Et puis, être sincère. Et encore, et toujours, être sincère. La sincérité était aussi une des vertus que prônait la pensée du temps. Mais c'est ici qu'on voit que tout est sain pour les sains, et que tout est corruption pour les cœurs corrompus. Qu'il est laid parfois d'être sincère! C'est un péché pour les médiocres de vouloir lire au fond d'eux-mêmes. Ils y lisent leur médiocrité; et l'amour-propre y trouve encore son compte.

Jacqueline passait son temps à s'étudier dans son miroir; elle y voyait des choses qu'elle eût mieux fait de ne jamais voir: car, après les avoir vues, elle n'avait plus la force d'en détacher les yeux; et, au lieu de les combattre, elle les regardait grossir: elles devenaient énormes, elles finissaient par s'emparer de ses yeux et de sa pensée.

L'enfant ne suffisait pas à remplir sa vie. Elle n'avait pu l'allaiter; le petit dépérissait. Il avait fallu prendre une nourrice. Gros chagrin, d'abord... Ce fut bientôt un soulagement. Le petit se portait maintenant à merveille; il poussait vigoureusement, comme un brave petit gars, qui ne donnait point de tracas, passait son temps à dormir, et criait à peine, la nuit. La nourrice,—une robuste Nivernaise qui n'en était pas à son premier nourrisson et qui, à chaque fois, se prenait pour lui d'une affection animale, jalouse et encombrante,—semblait la véritable mère. Quand Jacqueline exprimait un avis, l'autre n'en faisait qu'à sa tête; et si Jacqueline essayait de discuter, elle finissait par s'apercevoir qu'elle n'y connaissait rien. Elle ne s'était jamais bien remise, depuis la naissance de l'enfant: un commencement de phlébite l'avait abattue; obligée pendant des semaines à l'immobilité, elle se rongeait; sa pensée fiévreuse ressassait indéfiniment la même plainte monotone et hallucinée: «Elle n'avait pas vécu, elle n'avait pas vécu; et maintenant, sa vie était finie...» Car son imagination était frappée: elle se croyait estropiée pour toujours; et une rancune sourde, âcre, inavouée, montait en elle contre la cause innocente de son mal, contre l'enfant. C'est là un sentiment moins rare qu'on ne croit; mais on jette un voile dessus; celles même qui l'éprouvent ont honte d'en convenir, dans le secret de leur cœur. Jacqueline se condamnait; un combat se livrait entre son égoïsme et l'amour maternel. Quand elle voyait l'enfant qui dormait comme un bienheureux, elle était attendrie; mais aussitôt après, elle pensait avec amertume:

—Il m'a tuée.

Et elle ne pouvait refouler une révolte irritée contre le sommeil indifférent de cet être dont elle avait acheté le bonheur, au prix de sa souffrance. Même après qu'elle fut guérie, quand l'enfant fut plus grand, ce sentiment d'hostilité persista obscurément. Comme elle en avait honte, elle le reportait contre Olivier. Elle continuait de se croire malade; et le souci perpétuel de sa santé, ses inquiétudes, qu'entretenaient les médecins, en cultivant son oisiveté qui qui en était la source,—(séparation de l'enfant, inaction forcée, isolement absolu, semaines de néant à rester étendue, à se faire gaver au lit, comme une bête à l'engrais),—achevèrent de concentrer ses préoccupations sur elle. Étranges cures modernes de la neurasthénie, qui substituent à une maladie du moi une autre maladie, l'hypertrophie du moi! Que ne pratiquez-vous une saignée à leur égoïsme, ou, par quelque réactif moral, que ne ramenez-vous leur sang, s'ils n'en ont pas de trop, de leur tête à leur cœur!

Jacqueline sortit de là, physiquement plus forte, engraissée, rajeunie,—moralement plus malade que jamais. Son isolement de quelques mois avait brisé les derniers liens de pensée qui la rattachaient à Olivier. Tant qu'elle était demeurée près de lui, elle subissait encore l'ascendant de cette nature idéaliste, qui, malgré ses faiblesses, restait constante dans sa foi; elle se débattait en vain contre l'esclavage où la tenait un esprit plus ferme que le sien, contre ce regard qui la pénétrait, qui la forçait à se condamner parfois, quelque dépit qu'elle en eût. Mais dès que le hasard l'eut séparée de cet homme,—qu'elle ne sentit plus peser sur elle son amour clairvoyant,—qu'elle fut libre,—aussitôt succéda à la confiance amicale qui subsistait entre eux, une rancune de s'être ainsi livrée, une haine d'avoir porté si longtemps le joug d'une affection qu'elle ne ressentait plus... Qui dira les rancunes implacables, qui couvent dans le cœur d'un être qu'on aime et dont on se croit aimé? Du jour au lendemain, tout est changé. Elle aimait, la veille, elle le semblait, elle le croyait. Elle n'aime plus. Celui qu'elle a aimé est rayé de sa pensée. Il s'aperçoit tout à coup qu'il n'est plus rien pour elle; et il ne comprend pas: il n'a rien vu du long travail qui se faisait en elle; il ne s'est point douté de l'hostilité secrète qui s'amassait contre lui; il ne veut pas sentir les raisons de cette vengeance et de cette haine. Raisons souvent lointaines, multiples et obscures,—certaines, ensevelies sous les voiles de l'alcôve,—d'autres, d'amour-propre blessé, secrets du cœur aperçus et jugés,—d'autres... qu'en sait-elle, elle-même? Il est telle offense cachée, qu'on lui fit sans le savoir, et qu'elle ne pardonnera jamais. Jamais on ne parviendra à la connaître, et elle-même ne la connaît plus bien; mais l'offense est inscrite dans sa chair: jamais sa chair n'oubliera.

Contre cet effrayant courant de désaffection, il eût fallu pour lutter être un autre homme qu'Olivier,—plus près de la nature, plus simple et plus souple à la fois, ne s'embarrassant pas de scrupules sentimentaux, riche d'instincts, et capable, au besoin, d'actes que sa raison eût désavoués. Il était vaincu d'avance, découragé: trop lucide, il reconnaissait depuis longtemps en Jacqueline une hérédité plus forte que la volonté, l'âme de la mère; il la voyait tomber, comme une pierre, au fond de sa race; et, faible et maladroit, tous les efforts qu'il tentait accéléraient la chute. Il se contraignait au calme. Elle, par un calcul inconscient, tâchait de l'en faire sortir, de lui faire dire des choses violentes, brutales, grossières, afin de se donner des raisons de le mépriser. S'il cédait à la colère, elle le méprisait. S'il en avait honte ensuite et prenait un air humilié, elle le méprisait encore plus. Et s'il ne cédait pas à la colère, s'il ne voulait pas céder,—alors, elle le haïssait. Et le pire de tout: ce silence où ils se muraient, des jours, l'un en face de l'autre. Silence asphyxiant, affolant, où les plus doux des êtres finissent par devenir enragés, où ils sentent par moments un désir de faire du mal, de crier, de faire crier. Silence, noir silence, où l'amour achève de se désagréger, où les êtres, comme des mondes, chacun sur son orbite, s'enfoncent dans la nuit... Ils en étaient venus à un point, où tout ce qu'ils faisaient, même pour se rapprocher, était une cause d'éloignement. Leur vie était intolérable. Un hasard précipita les événements.

Depuis un an, Cécile Fleury venait souvent chez les Jeannin. Olivier l'avait rencontrée chez Christophe; puis, Jacqueline l'invita; et Cécile continua de les voir, même après que Christophe s'était séparé d'eux. Jacqueline avait été bonne pour elle: bien qu'elle ne fût guère musicienne et qu'elle trouvât Cécile un peu commune, elle goûtait le charme de son chant et son influence apaisante. Olivier avait plaisir à faire de la musique avec elle. Peu à peu, elle était devenue une amie de la maison. Elle inspirait confiance: quand elle entrait dans le salon des Jeannin, avec ses yeux francs, son air de santé, son bon rire un peu gros qui faisait du bien à entendre, c'était comme un rayon de soleil qui pénétrait au milieu du brouillard. Le cœur d'Olivier et de Jacqueline en éprouvait un soulagement. Lorsqu'elle partait, ils avaient envie de lui dire:

—Restez, restez encore, j'ai froid!

Pendant l'absence de Jacqueline, Olivier avait vu Cécile plus souvent; et il ne put lui cacher un peu de ses chagrins. Il le fit avec l'abandon irréfléchi d'une âme faible et tendre qui étouffe, qui a besoin de se confier, et qui se livre. Cécile en fut touchée; elle lui versa le baume de ses paroles maternelles. Elle les plaignait tous deux; elle engageait Olivier à ne pas se laisser abattre. Mais soit qu'elle sentît plus que lui la gêne de ces confidences, soit pour quelque autre raison,—elle trouva des prétextes pour venir moins souvent. Sans doute, il lui semblait qu'elle n'agissait pas loyalement envers Jacqueline, elle n'avait pas le droit de connaître ces secrets. Olivier interpréta ainsi son éloignement; et il l'approuva: car il se reprochait d'avoir parlé. Mais l'éloignement lui fit sentir ce que Cécile était devenue pour lui. Il s'était habitué à partager ses pensées avec elle; elle seule le délivrait de la peine qui l'oppressait. Il était trop expert à lire dans ses sentiments pour douter du nom qu'il fallait donner à celui-ci. Il n'en eût rien dit à Cécile. Mais il ne résista pas au besoin d'écrire pour lui ce qu'il sentait. Il était revenu depuis peu à la dangereuse habitude de s'entretenir sur le papier avec sa pensée. Il s'en était guéri pendant ses années d'amour; mais à présent qu'il se retrouvait seul, la manie héréditaire l'avait repris: c'était un soulagement lorsqu'il souffrait, et une nécessité d'artiste qui s'analyse. Ainsi, il se décrivait, il écrivait ses peines, comme s'il les disait à Cécile,—plus librement, puisqu'elle ne les lirait jamais.

Et le hasard voulut que ces pages tombassent sous les yeux de Jacqueline. C'était un jour où elle se sentait plus près d'Olivier qu'elle ne l'avait été depuis des années. En rangeant son armoire, elle avait relu les vieilles lettres d'amour qu'il lui envoyait: elle en avait été émue jusqu'à pleurer. Assise à l'ombre de l'armoire, sans pouvoir achever le rangement, elle avait revécu tout son passé; et elle avait un remords douloureux de l'avoir détruit. Elle songeait au chagrin d'Olivier: jamais elle n'avait pu, de sang-froid, en envisager la pensée; elle pouvait l'oublier; mais elle ne pouvait supporter l'idée qu'il souffrît par elle. Elle avait le cœur déchiré. Elle eût voulu se jeter dans ses bras, lui dire:

—Ah! Olivier, Olivier, qu'est-ce que nous avons fait? Nous sommes fous, nous sommes fous! Ne nous faisons plus souffrir!

S'il était rentré, à ce moment!...

Et ce fut à ce moment, justement, qu'elle trouva ces lettres... Tout fut fini.—Pensa-t-elle qu'Olivier l'avait réellement trompée? Peut-être. Mais qu'importe? La trahison pour elle n'était pas tant dans l'acte, que dans la volonté. Elle eût pardonné plus aisément à celui qu'elle aimait d'avoir une maîtresse, que d'avoir en secret donné son cœur à une autre. Et elle avait raison.

—La belle affaire! diront certains...—(Les pauvres êtres, qui ne souffrent d'une trahison d'amour, que si elle est consommée!... Quand le cœur reste fidèle, les vilenies du corps sont peu de chose. Quand le cœur a trahi, le reste n'est plus rien.)...

Jacqueline ne pensa pas une minute à reconquérir Olivier. Trop tard! Elle ne l'aimait plus assez. Ou peut-être qu'elle l'aimait trop... Non, ce n'était pas de la jalousie! C'était toute sa confiance qui s'écroulait, tout ce qui lui restait secrètement de foi et d'espoir en lui. Elle ne se disait pas qu'elle en avait fait fi, qu'elle l'avait découragé, poussé à cet amour, que cet amour était innocent, et que l'on n'est pas le maître, enfin, d'aimer ou de n'aimer point. Il ne lui venait pas à l'idée de comparer à cet entraînement sentimental son flirt avec Christophe: Christophe, elle ne l'aimait point, il ne comptait point! Dans son exagération passionnée, elle pensa qu'Olivier lui mentait, et qu'elle n'était plus rien pour lui. Le dernier appui lui manquait, au moment où elle tendait la main pour le saisir... Tout était fini.

Olivier ne sut jamais ce qu'elle avait souffert, en cette journée. Mais quand il la revit, il eut l'impression, lui aussi, que tout était fini.

À partir de ce moment, ils ne se parlèrent plus, sinon quand ils étaient devant les autres. Ils s'observaient, comme eux bêtes traquées, qui sont sur leurs gardes, et qui ont peur. Jeremias Gotthelf décrit, avec une bonhomie impitoyable, la situation sinistre d'un mari et d'une femme qui ne s'aiment plus et se surveillent mutuellement, chacun épiant la santé de l'autre, guettant les apparences de maladie, ne songeant nullement à hâter la mort de l'autre, ni même à la souhaiter, mais se laissant aller à l'espérance d'un accident imprévu, et se flattant d'être le plus robuste des deux. Il y avait des minutes où Jacqueline et Olivier s'imaginaient que l'autre avait cette pensée. Et ni l'un ni l'autre ne l'avait; mais c'était déjà trop de la prêter à l'autre, comme Jacqueline, qui, la nuit, dans des secondes d'insomnie hallucinée, se disait que l'autre était le plus fort, l'usait peu à peu, et bientôt triompherait... Délire monstrueux d'une imagination et d'un cœur affolés!—Et penser que, du meilleur d'eux-mêmes, tout au fond, ils s'aimaient!...

Olivier, succombant sous le poids, n'essaya plus de lutter; se tenant à l'écart, il laissa le gouvernail de l'âme de Jacqueline. Abandonnée à elle-même, sans pilote, elle eut le vertige de sa liberté; il lui fallait un maître, contre qui se révolter: si elle n'en avait point, il lui fallait en créer. Alors elle fut la proie de l'idée fixe. Jusque-là, quoi qu'elle souffrît, elle n'avait jamais conçu la pensée de quitter Olivier. À partir de ce moment, elle se crut dégagée de tout lien. Elle voulait aimer, avant qu'il fût trop tard:—(car elle, si jeune encore, elle se croyait déjà vieille).—Elle aima, elle connut ces passions imaginaires et dévorantes qui s'attachent au premier objet rencontré, à une figure entrevue, à une réputation, parfois même à un nom, et qui, après l'avoir agrippé, ne peuvent plus lâcher prise, qui persuadent au cœur qu'il ne saurait se passer de l'objet qu'il a choisi, qui le ravagent tout entier, qui font le vide absolu dans tout ce qui le remplissait du passé: ses autres affections, ses idées morales, ses souvenirs, son orgueil de soi et son respect des autres. Et lorsque l'idée fixe, n'ayant plus rien qui l'alimente, meurt à son tour, après avoir tout brûlé, une nature nouvelle surgit des ruines, une nature sans bonté, sans pitié, sans jeunesse, sans illusions, qui ne pense plus qu'à ronger la vie, comme l'herbe qui ronge les monuments détruits!

Cette fois, comme à l'ordinaire, l'idée fixe s'attacha à l'être le plus décevant pour le cœur. La pauvre Jacqueline s'éprit d'un homme à bonnes fortunes, un écrivain parisien, qui n'était pas beau, qui n'était pas jeune, qui était lourd, rougeaud, fripé, les dents gâtées, d'une sécheresse de cœur effroyable, et dont le mérite principal était d'être à la mode et d'avoir rendu malheureuses un grand nombre de femmes. Elle n'avait même pas l'excuse d'ignorer son égoïsme: car, dans son art, il en faisait parade. Il savait ce qu'il faisait: l'égoïsme enchâssé dans l'art est le miroir aux alouettes, le flambeau qui fascine les faibles. Autour de Jacqueline, plus d'une s'était laissé prendre: tout dernièrement, une jeune femme de ses amies, nouvellement mariée, qu'il avait sans grand'peine pervertie, puis plaquée. Elles n'en mouraient point, encore que leur dépit fût maladroit à se cacher, pour la joie de la galerie. La plus cruellement atteinte était bien trop soucieuse de son intérêt et de ses devoirs mondains pour ne pas maintenir ses désordres dans les limites du sens commun. Elles ne faisaient point d'esclandre. Qu'elles trompassent leur mari et leurs amies, ou qu'elles fussent trompées et souffrissent, c'était en silence. Elles étaient les héroïnes du qu'en-dira-t-on.

Mais Jacqueline était une folle: non seulement elle était capable de faire ce qu'elle disait, mais de dire ce qu'elle faisait. Elle apportait à ses folies une absence de calculs, un désintéressement absolu. Elle avait ce dangereux mérite d'être toujours franche avec elle-même et de ne pas reculer devant les conséquences de ses actes. Elle valait mieux que les autres de son monde: c'est pourquoi elle faisait pis. Quand elle aima, quand elle conçut l'idée de l'adultère, elle s'y jeta à corps perdu, avec une franchise désespérée.

Mme Arnaud était seule, chez elle, et tricotait, avec la tranquillité fiévreuse que Pénélope devait mettre à son fameux ouvrage. Comme Pénélope, elle attendait son mari. M. Arnaud passait des journées entières hors de chez lui. Il avait classe, le matin et le soir. En général, il revenait déjeuner, bien qu'il traînât la jambe et que le lycée fût à l'autre bout de Paris: il s'obligeait à cette longue course, moins par affection, ou par économie, que par habitude. Mais certains jours, il était retenu par des répétitions; ou bien il profitait de ce qu'il était dans le quartier, pour travailler dans une bibliothèque. Lucile Arnaud demeurait seule dans l'appartement vide. À l'exception de la femme de ménage qui venait, de huit à dix heures, faire le gros ouvrage, et des fournisseurs qui, le matin, cherchaient et apportaient les commandes, personne ne sonnait à la porte. Dans la maison, elle ne connaissait plus personne. Christophe avait déménagé, et de nouveaux venus s'étaient installés dans le jardin aux lilas. Céline Chabran avait épousé Augustin Elsberger. Elie Elsberger était parti avec sa famille; on l'avait chargé, en Espagne, de l'exploitation d'une mine. Le vieux Weil avait perdu sa femme, et n'habitait presque jamais son appartement de Paris. Seuls, Christophe et son amie Céline avaient conservé leurs relations avec Lucile Arnaud; mais ils habitaient loin, et, pris par un labeur fatigant, ils restaient des semaines sans venir la voir. Elle ne devait compter que sur elle.

Elle ne s'ennuyait point. Il lui suffisait de peu pour nourrir son intérêt. La moindre tâche journalière. Une toute petite plante, dont elle nettoyait avec des soins maternels le plumage frêle, chaque matin. Son tranquille chat gris, qui avait fini par prendre un peu de ses manières, comme font les animaux domestiques qu'on aime bien: il passait la journée, comme elle, au coin du feu, ou sur sa table auprès de la lampe, surveillant ses doigts qui travaillaient, et parfois levant vers elle ses étranges prunelles qui l'observaient un moment, puis s'éteignaient indifférentes. Les meubles même lui tenaient compagnie. Chacun d'eux était une figure familière. Elle avait un plaisir enfantin à leur faire la toilette, à essuyer doucement la poussière qui s'était attachée à leurs flancs, à les replacer avec mille égards dans leur coin habituel. Elle tenait avec eux un entretien silencieux. Elle souriait au beau meuble ancien, le seul qu'elle possédât, un fin bureau à cylindre Louis XVI. Elle éprouvait, chaque jour, la même joie à le voir. Elle n'était pas moins occupée à faire la revue de son linge: elle passait des heures debout sur une chaise, la tête et les bras enfoncés dans la grande armoire paysanne, regardant et rangeant, tandis que le chat, intrigué, des heures la regardait.

Mais le bonheur était quand, les affaires finies, après avoir déjeuné seule, Dieu sait comment—(elle n'avait pas grand appétit),—après avoir fait dehors les courses indispensables, sa journée terminée, elle rentrait vers quatre heures, et s'installait à sa fenêtre, ou près du feu, avec son ouvrage et son minet. Parfois, elle trouvait un prétexte pour ne pas sortir du tout; elle était heureuse quand elle pouvait rester enfermée, surtout l'hiver, lorsqu'il neigeait. Elle avait horreur du froid, du vent, de la boue, de la pluie, étant elle aussi une petite chatte très propre, délicate et douillette. Elle eût mieux aimé ne pas manger que sortir pour chercher son déjeuner, quand par hasard les fournisseurs l'oubliaient. En ce cas, elle grignotait une tablette de chocolat, ou un fruit du buffet. Elle se gardait bien de le dire à Arnaud. C'étaient là ses escapades. Alors, pendant ces journées de lumière à demi-éteinte, et quelquefois aussi pendant de beaux jours ensoleillés,—(au dehors, le ciel bleu resplendissait, le bruit de la rue bourdonnait autour de l'appartement dans le silence et l'ombre: c'était comme un mirage qui enveloppait l'âme),—installée dans son coin préféré, son tabouret sous les pieds, son tricot dans les mains, elle s'absorbait, immobile, tandis que ses doigts marchaient. Elle avait près d'elle un de ses livres aimés. Un de ces humbles volumes à couverture rouge, une traduction de romans anglais. Elle lisait très peu, à peine un chapitre par jour; et le volume, sur ses genoux, restait longtemps ouvert à la même page, ou même ne s'ouvrait point; elle le connaissait déjà; elle le rêvait. Ainsi, les longs romans de Dickens et de Thackeray se prolongeaient pendant des semaines, dont sa rêverie faisait des années. Ils la berçaient de leur tendresse. Les gens d'aujourd'hui, qui lisent vite et mal, ne savent plus la force merveilleuse qui rayonne des livres que l'on boit lentement. Mme Arnaud n'avait aucun doute que la vie de ces êtres de romans ne fût aussi réelle que la sienne, Il en était à qui elle eût voulu se dévouer: la tendre jalouse lady Castlewood, l'amoureuse silencieuse, au cœur maternel et virginal, lui était une sœur; le petit Dombey était son cher petit garçon; elle était Dora, la femme-enfant, qui va mourir; elle tendait les bras vers ces âmes d'enfants, qui traversent le monde avec des yeux braves et purs; autour d'elle, passait un cortège d'aimables gueux et d'originaux inoffensifs, poursuivant leurs chimères ridicules et touchantes,—et à leur tête, l'affectueux génie du bon Dickens, riant et pleurant à ses rêves. À ces moments, quand elle regardait par la fenêtre, elle reconnaissait parmi les passants telle silhouette chérie ou redoutée du monde imaginaire. Derrière les murs des maisons, elle devinait les mêmes vies. Si elle n'aimait pas à sortir, c'était qu'elle avait peur de ce monde, plein de mystères. Elle apercevait autour d'elle des drames qui se cachent, des comédies qui se jouent. Ce n'était pas toujours une illusion. Dans son isolement, elle était parvenue à ce don d'intuition mystique, qui fait voir dans les regards qui passent bien des secrets de leur vie d'hier et de demain, qu'ils ignorent souvent. Elle mêlait à ces visions véridiques des souvenirs romanesques, qui les déformaient. Elle se sentait noyée dans cet immense univers. Il lui fallait rentrer chez elle, pour reprendre pied.

Mais qu'avait-elle besoin de lire ou de voir les autres? Elle n'avait qu'à regarder en elle. Cette existence pâle, éteinte—vue du dehors,—comme elle s'illuminait, du dedans! Quelle vie pleine! Que de souvenirs, de trésors, dont nul ne soupçonnait l'existence!... Avaient-ils jamais eu quelque réalité?—Sans doute, ils étaient réels, puisqu'ils l'étaient pour elle... Ô pauvres vies, que transfigure la baguette magique du rêve!

Mme Arnaud remontait le cours des années, jusqu'à sa petite enfance; chacune des grêles fleurettes de ses espoirs évanouis refleurissait en silence... Premier amour d'enfant pour une jeune fille, dont le charme l'avait fascinée dès le premier regard; elle l'aimait, comme on aime d'amour, quand on est infiniment pur; elle mourait d'émotion, à se sentir touchée par elle; elle eût voulu baiser ses pieds, être sa fille, se marier avec elle: l'idole s'était mariée, n'avait pas été heureuse, avait eu un enfant qui était mort, était morte... Autre amour, vers douze ans, pour une fillette de son âge qui la tyrannisait, une blondine endiablée, rieuse, autoritaire, qui s'amusait à la faire pleurer et qui ensuite la couvrait de baisers; elles formaient ensemble mille projets romanesques pour l'avenir: celle-là s'était faite Carmélite, brusquement, sans que l'on sût pourquoi; on la disait heureuse... Puis, une grande passion pour un homme beaucoup plus âgé. De cette passion, personne n'avait rien su, pas même celui qui en était l'objet. Elle y avait dépensé une ardeur de dévouement, des trésors de tendresse... Puis, une autre passion: on l'aimait, cette fois. Mais par une timidité singulière, une défiance de soi, elle n'avait pas osé croire qu'on l'aimât, laissé voir qu'elle aimait. Et le bonheur avait passé, sans qu'elle l'eût saisi... Puis... Mais que sert de conter aux autres ce qui n'a de sens que pour soi! Tant de menus faits, qui avaient pris une signification profonde: une attention d'ami; un gentil mot d'Olivier, dit sans qu'il y prît garde; les bonnes visites de Christophe et le monde enchanté qu'évoquait sa musique; un regard d'inconnu: oui, même, chez cette excellente femme, honnête et pure, des infidélités involontaires de pensée qui la troublaient et dont elle rougissait, qu'elle écartait faiblement, et qui lui faisaient tout de même,—étant si innocentes,—un peu de soleil au cœur... Elle aimait bien son mari, quoiqu'il ne fût pas tout à fait celui qu'elle rêvait. Mais il était bon; et un jour qu'il lui avait dit:

—Ma chère femme, tu ne sais pas tout ce que tu es pour moi. Tu es toute ma vie...

Son cœur s'était fondu; et, ce jour-là, elle s'était sentie unie à lui, tout entière, pour toujours. Chaque année les avait attachés plus étroitement l'un à l'autre. Ils avaient fait de beaux rêves ensemble. Rêves de travaux, de voyages, d'enfants. Qu'en était-il advenu?... Hélas!... Mme Arnaud les rêvait encore. Il y avait un petit enfant, auquel elle avait si souvent, si profondément songé, qu'elle le connaissait presque comme s'il était là. Elle y avait travaillé, des années, sans cesse l'embellissant de ce qu'elle voyait de plus beau, de ce qu'elle aimait de plus cher... Silence!...

C'était tout. C'étaient des mondes. Combien de tragédies ignorées, même des plus intimes, au fond des vies les plus calmes, les plus médiocres en apparence! Et la plus tragique:—qu'il ne se passe rien dans ces vies d'espoirs, qui crient désespérément vers ce qui est leur droit, leur bien promis par la nature, et refusé,—qui se dévorent dans une angoisse passionnée,—et qui n'en montrent rien au dehors!

Mme Arnaud, pour son bonheur, n'était pas occupée que d'elle-même. Sa vie ne remplissait qu'une part de ses rêveries. Elle vivait aussi la vie de ceux qu'elle connaissait, ou qu'elle avait connus, elle se mettait à leur place, elle pensait à Christophe, à son amie Cécile. Elle y pensait aujourd'hui. Les deux femmes s'ôtaient prises d'affection l'une pour l'autre. Chose curieuse, des deux c'était la robuste Cécile qui avait besoin de s'appuyer sur la fragile Mme Arnaud. Au fond, cette grande fille joyeuse et bien portante était moins forte qu'elle n'en avait l'air. Elle passait par une crise. Les cœurs les plus tranquilles ne sont pas à l'abri des surprises. Un sentiment très tendre s'était insinué en elle; elle ne voulait point le reconnaître d'abord; mais il avait grandi jusqu'à ce qu'elle fût forcée d'en convenir:—elle aimait Olivier. Les manières douces et affectueuses du jeune homme, le charme un peu féminin de sa personne, ce qu'il avait de faible et de livré, tout de suite l'avaient attirée:—(une nature maternelle aime qui a besoin d'elle).—Ce qu'elle avait ensuite appris des chagrins du ménage lui avait inspiré pour Olivier une pitié dangereuse. Sans doute, ces raisons n'eussent pas suffi. Qui peut dire pourquoi un être s'éprend d'un autre? Ni l'un ni l'autre n'y est pour rien, souvent; c'est l'heure: elle livre par surprise un cœur qui n'est point sur ses gardes à la première affection qui se trouve sur son chemin.—Dès le moment qu'elle ne put en douter, Cécile s'efforça courageusement d'arracher l'aiguillon d'un amour qu'elle jugeait coupable et absurde; elle se fit souffrir longtemps, et elle ne guérit point. Personne ne s'en fût douté: elle mettait sa vaillance à avoir l'air heureuse. Mme Arnaud était seule à savoir ce qu'il lui en coûtait. Cécile venait poser sa tête à la nuque robuste sur la mince poitrine de Mme Arnaud. Elle versait quelques larmes en silence, elle l'embrassait, et puis elle s'en allait en riant. Elle avait une adoration pour cette frêle amie, en qui elle sentait une énergie morale et une foi supérieure à la sienne. Elle ne se confiait pas. Mais Mme Arnaud savait deviner à demi-mot. Le monde lui semblait un malentendu mélancolique. Impossible de le résoudre. On ne peut que l'aimer, avoir pitié, rêver.

Et quand la ruche des rêves bourdonnait trop en elle, quand la tête lui tournait, elle allait à son piano, et laissait ses mains frôler les touches, au hasard, à voix basse, pour envelopper de la lumière apaisée des sons le mirage de la vie...

Mais la brave petite femme n'oubliait pas l'heure des devoirs journaliers; et quand Arnaud rentrait, il trouvait la lampe allumée, le souper prêt, et la figure pâlotte et souriante de sa femme qui l'attendait. Et il ne se doutait point des voyages qu'elle avait faits.

Le difficile avait été de maintenir ensemble, sans heurts, les deux vies: la vie quotidienne, et l'autre, la grande vie de l'esprit, aux horizons lointains. Ce ne fut pas toujours aisé. Heureusement, Arnaud vivait, lui aussi, une vie en partie imaginaire, dans les livres, les œuvres d'art, dont le feu éternel entretenait la flamme tremblante de son âme. Mais il était, ces dernières années, de plus en plus préoccupé par les petits tracas de sa profession, les injustices, les passe-droits, les ennuis avec ses collègues ou avec ses élèves; il était aigri; il commençait à parler de politique, à déblatérer contre le gouvernement et contre les Juifs; il rendait Dreyfus responsable de ses mécomptes universitaires. Son humeur chagrine se communiqua un peu à Mme Arnaud. Elle approchait de la quarantaine. Elle passait par un âge, où sa force vitale était troublée, cherchait son équilibre. Il se fit dans sa pensée de grandes déchirures. Pendant un temps, ils perdirent l'un et l'autre toute raison d'exister: car ils n'avaient plus où attacher leur toile d'araignée. Si faible que soit le support de réalité, il en faut un au rêve. Tout support leur manquait. Ils ne trouvaient plus à s'appuyer l'un sur l'autre. Au lieu de l'aider, il s'accrochait à elle. Et elle se rendait compte qu'elle ne suffisait pas à le soutenir: alors, elle ne pouvait plus se soutenir elle-même. Seul, un miracle était capable de la sauver. Elle l'appelait...

Il vint des profondeurs de l'âme. Mme Arnaud sentit sourdre de son cœur solitaire le besoin sublime et absurde de créer malgré tout, malgré tout de tisser sa toile à travers l'espace, pour la joie de tisser, s'en remettant au vent, au souffle de Dieu, de la porter là où elle devait aller. Et le souffle de Dieu la rattacha à la vie, lui trouva des appuis invisibles. Alors, le mari et la femme recommencèrent tous deux de filer patiemment la magnifique et vaine toile de leurs songes, faite du plus pur de leur sang.

Mme Arnaud était seule, chez elle... Le soir venait.

La sonnette de la porte retentit. Mme Arnaud, réveillée de sa songerie avant l'heure habituelle, tressaillit. Elle rangea soigneusement son ouvrage, et alla ouvrir. Christophe entra. Il était très ému. Elle lui prit affectueusement les mains.

—Qu'avez-vous, mon ami? demanda-t-elle.

—Ah! dit-il, Olivier est revenu.

—Revenu?

—Ce matin, il est arrivé, il m'a dit: «Christophe, viens à mon secours!» Je l'ai embrassé. Il pleurait. Il m'a dit: «Je n'ai plus que toi. Elle est partie.»

Mme Arnaud, saisie, joignit les mains, et dit:

—Les malheureux!

—Elle est partie, répéta Christophe. Partie avec son amant.

—Et son enfant? demanda Mme Arnaud.

—Mari, enfant, elle a tout laissé.

—La malheureuse! redit Mme Arnaud.

—Il l'aimait, dit Christophe, il l'aimait uniquement. Il ne se relèvera pas de ce coup. Il me répète: «Christophe, elle m'a trahi... ma meilleure amie m'a trahi.» J'ai beau lui dire: «Puisqu'elle t'a trahi, c'est qu'elle n'était pas ton amie. Elle est ton ennemie. Oublie-la, ou tue-la!»

—Oh! Christophe, que dites-vous! c'est horrible!

—Oui, je sais, cela vous paraît à tous une barbarie préhistorique: tuer! Il faut entendre votre joli monde parisien protester contre les instincts de brute qui poussent le mâle à tuer sa femelle qui le trompe, et prêcher l'indulgente raison! Les bons apôtres! Il est beau de voir s'indigner contre le retour à l'animalité ce troupeau de chiens mêlés. Après avoir outragé la vie, après lui avoir enlevé tout son prix, ils l'entourent d'un culte religieux... Quoi! cette vie sans cœur et sans honneur, cette matière, un battement de sang dans un morceau de chair, voilà ce qui leur semble digne de respect! Ils n'ont pas assez d'égards pour cette viande de boucherie, c'est un crime d'y toucher. Tuez l'âme, si vous voulez, mais le corps est sacré...

—Les assassins de l'âme sont les pires assassins; mais le crime n'excuse pas le crime, et vous le savez bien.

—Je le sais, mon amie. Vous avez raison. Je ne pense pas ce que je dis... Qui sait! Je le ferais, peut-être.

—Non, vous vous calomniez. Vous êtes bon.

—Quand la passion me tient, je suis cruel comme les autres. Voyez comme je viens de m'emporter!... Mais lorsqu'on voit pleurer un ami qu'on aime, comment ne pas haïr qui le fait pleurer? Et sera-t-on jamais trop sévère pour une misérable qui abandonne son enfant pour courir après un amant?

—Ne parlez pas ainsi, Christophe. Vous ne savez pas.

—Quoi! vous la défendez?

—Je la plains.

—Je plains ceux qui souffrent. Je ne plains pas ceux qui font souffrir.

—Eh! croyez-vous qu'elle n'ait pas souffert, elle aussi? Croyez-vous que ce soit de gaieté de cœur qu'elle ait abandonné son enfant, et détruit sa vie? Car sa vie aussi est détruite. Je la connais bien peu, Christophe. Je ne l'ai vue que deux fois, et seulement en passant; elle ne m'a rien dit d'amical, elle n'avait pas de sympathie pour moi. Et pourtant, je la connais mieux que vous. Je suis sûre qu'elle n'est pas mauvaise. Pauvre petite! Je devine ce qui a pu se passer en elle...

—Vous, mon amie, dont la vie est si digne, si raisonnable!...

—Moi, Christophe. Oui, vous ne savez pas, vous êtes bon, mais vous êtes un homme, un homme dur, comme tous les hommes, malgré votre bonté,—un homme durement fermé à tout ce qui n'est pas vous. Vous ne vous doutez pas de celles qui vivent auprès de vous. Vous les aimez, à votre façon; mais vous ne vous inquiétez pas de les comprendre. Vous êtes si facilement satisfaits de vous-mêmes! Vous êtes persuadés que vous nous connaissez... Hélas! Si vous saviez quelle souffrance c'est parfois pour nous de voir, non que vous ne nous aimez point, mais comment vous nous aimez, et que voilà ce que nous sommes pour ceux qui nous aiment le mieux! Il y a des moments, Christophe, où nous nous enfonçons les ongles dans la paume pour ne pas crier: «Oh! ne nous aimez pas, ne nous aimez pas! Tout, plutôt que de nous aimer ainsi!»... Connaissez-vous cette parole d'un poète: «Même dans sa maison, au milieu de ses enfants, la femme, entourée d'honneurs simulés, endure un mépris mille fois plus lourd que les pires misères»? Pensez à cela, Christophe...

—Ce que vous dites me bouleverse. Je ne comprends pas bien. Mais ce que j'entrevois... Alors, vous-même...

—J'ai connu ces tourments.

—Est-ce possible?... N'importe! Vous ne me ferez pas croire que vous eussiez jamais agi comme cette femme.

—Je n'ai pas d'enfant, Christophe. Je ne sais pas ce que j'aurais fait, à sa place.

—Non, cela ne se peut pas, j'ai foi en vous, je vous respecte trop, je jure que cela ne se peut pas.

—Ne jurez pas! J'ai été bien près de faire comme elle... J'ai de la peine, de détruire la bonne idée que vous avez de moi. Mais il faut que vous appreniez un peu à nous connaître, si vous ne voulez pas être injuste.—Oui, j'ai été à deux doigts d'une folie pareille. Et si je ne l'ai point faite, vous y êtes pour quelque chose. Il y a de cela deux ans. J'étais dans une période de tristesse qui me rongeait. Je me disais que je ne servais à rien, que personne ne tenait à moi, que personne n'avait besoin de moi, que mon mari aurait pu se passer de moi, que c'était pour rien que j'avais vécu... J'étais sur le point de me sauver, de faire Dieu sait quoi! Je suis montée chez vous... Est-ce que vous vous souvenez?... Vous n'avez pas compris pourquoi je venais. Je venais vous faire mes adieux... Et puis, je ne sais pas ce qui s'est passé, je ne sais pas ce que vous m'avez dit, je ne me rappelle plus exactement... mais je sais qu'il y a certains mots de vous... (vous ne vous doutiez pas...) ... ils m'ont été une lumière... Il suffisait de la moindre chose, a ce moment, pour me perdre ou me sauver... Quand je suis sortie de chez vous, je suis rentrée chez moi, je me suis enfermée, j'ai pleuré tout le jour... Et après, c'était bien: la crise était passée.

—Et aujourd'hui, demanda Christophe, vous le regrettez?

—Aujourd'hui? dit-elle. Ah! si j'avais fait cette folie, je serais au fond de la Seine. Je n'aurais pu supporter cette honte, et le mal que j'aurais fait à mon pauvre homme.

—Alors, vous êtes heureuse?

—Oui, autant qu'on peut être heureux, en cette vie. C'est une chose si rare, d'être deux qui se comprennent, qui s'estiment, qui savent qu'ils sont sûrs l'un de l'autre, non par une simple croyance d'amour qui est souvent une illusion, mais par l'expérience d'années passées ensemble, d'années grises, médiocres, même avec—surtout avec le souvenir de ces dangers que l'on a surmontés. À mesure que l'on vieillit, cela devient meilleur.

Elle se tut, et brusquement rougit.

—Mon Dieu, comment ai-je pu raconter?... Qu'est-ce que j'ai fait?... Oubliez, Christophe, je vous en prie! Personne ne doit savoir...

—Ne craignez rien, dit Christophe, en lui serrant la main. C'est une chose sacrée.

Mme Arnaud, malheureuse d'avoir parlé, se détourna un moment. Puis, elle dit:

—Je n'aurais pas dû vous raconter... Mais, voyez-vous, c'était pour vous montrer que même dans les ménages les plus unis, même chez les femmes... que vous estimez, Christophe..., il y a de ces heures, non pas seulement d'aberration, comme vous dites, mais de souffrance réelle, intolérable, qui peuvent conduire à des folies et détruire toute une vie, voire deux. Il ne faut pas être trop sévère. On se fait bien souffrir, même quand on s'aime le mieux.

—Faut-il donc vivre seuls, chacun de son côté?

—C'est encore pis pour nous. La vie de la femme qui doit vivre seule, lutter comme l'homme (et souvent contre l'homme), est quelque chose d'affreux, dans une société qui n'est pas faite à cette idée, et qui y est, en grande partie, hostile...

Elle resta silencieuse, le corps légèrement penché en avant, les yeux fixés sur la flamme du foyer; puis, elle reprit doucement, de sa voix un peu voilée, qui hésitait par instants, s'arrêtait, puis continuait son chemin:

—Pourtant, ce n'est pas notre faute: quand une femme vit ainsi, ce n'est pas par caprice, c'est qu'elle y est forcée; elle doit gagner son pain et apprendre à se passer de l'homme, puisqu'il ne veut pas d'elle quand elle est pauvre. Elle est condamnée à la solitude, sans en avoir aucun des bénéfices: car, chez nous, elle ne peut, comme l'homme, jouir de son indépendance, le plus innocemment, sans éveiller le scandale: tout lui est interdit.—J'ai une petite amie, professeur dans un lycée de province. Elle serait enfermée dans une geôle sans air qu'elle ne serait pas plus seule et plus étouffée. La bourgeoisie ferme ses portes à ces femmes qui s'efforcent de vivre en travaillant; elle affiche pour elles un dédain soupçonneux; la malveillance guette leurs moindres démarches. Leurs collègues du lycée de garçons les tiennent à l'écart, soit parce qu'ils ont peur des cancans de la ville, soit par hostilité secrète, ou par sauvagerie, l'habitude du café, des conversations débraillées, la fatigue après le travail du jour, le dégoût, par satiété, des femmes intellectuelles. Elles-mêmes, elles ne peuvent plus se supporter, surtout si elles sont forcées de loger ensemble, au collège. La directrice est souvent la moins capable de comprendre les jeunes âmes affectueuses, que découragent les premières années de ce métier aride et cette solitude inhumaine; elle les laisse agoniser en secret, sans chercher à les aider; elle trouve qu'elles sont des orgueilleuses. Nul ne s'intéresse à elles. Leur manque de fortune et de relations les empêche de se marier. La quantité de leurs heures de travail les empêche de se créer une vie intellectuelle qui les attache et les console. Quand une telle existence n'est pas soutenue par un sentiment religieux ou moral exceptionnel,—(je dirai même, anormal, maladif: car il n'est pas naturel de se sacrifier totalement),—c'est une mort vivante...—À défaut du travail de l'esprit, la charité offre-t-elle plus de ressources aux femmes? Que de déboires elle réserve à celles qui ont une âme trop sincère pour se satisfaire de la charité officielle ou mondaine, des parlottes philanthropiques, de ce mélange odieux de frivolité, de bienfaisance et de bureaucratie, de cette façon de jouer avec la misère, entre deux flirts, en papotant! Quand l'une d'elles, écœurée, à l'incroyable audace de se risquer seule au milieu de cette misère qu'elle ne connaît que par ouï-dire, quelle vision pour elle! presque impossible à supporter! C'est un enfer. Que peut-elle pour y venir en aide? Elle est noyée dans cet océan d'infortunes. Elle lutte cependant, elle s'efforce de sauver quelques-uns de ces malheureux, elle s'épuise pour eux, elle se noie avec eux. Trop heureuse, si elle a réussi à en sauver un ou deux! Mais elle, qui la sauvera? Qui s'inquiète de la sauver? Car elle souffre, elle aussi, de la souffrance des autres et de la sienne; à mesure qu'elle donne sa foi, elle en a moins pour elle; toutes ces misères s'accrochent à elle; et elle n'a rien à quoi se tenir. Personne ne lui tend la main. Et parfois, on lui jette la pierre... Vous avez connu, Christophe, cette femme admirable qui s'était donnée à l'œuvre de charité la plus humble et la plus méritoire: elle recueillait chez elle les prostituées des rues qui viennent d'accoucher, les malheureuses filles dont l'Assistance publique ne veut pas, ou qui ont peur de l'Assistance publique; elle s'efforçait de les guérir physiquement et moralement, de les garder avec leurs enfants, de réveiller chez elles le sentiment maternel, de leur refaire un foyer, une vie de travail honnête. Elle n'avait pas trop de toutes ses forces pour cette tâche sombre, pleine de déboires et d'amertume,—(on en sauve si peu, si peu veulent être sauvées! Et tous ces petits enfants qui meurent! Ces innocents, condamnés en naissant!...)—Cette femme qui avait pris sur elle toute la douleur des autres, cette innocente qui expiait volontairement le crime de l'égoïsme humain,—comment croyez-vous qu'on la jugeât, Christophe? La malveillance publique l'accusait de gagner de l'argent avec son œuvre, et même avec ses protégées. Elle dut quitter le quartier, partir, découragée...—Jamais vous n'imaginerez assez la cruauté de la lutte qu'ont à livrer les femmes indépendantes contre la société d'aujourd'hui, conservatrice et sans cœur, qui est moribonde, et qui dépense le peu d'énergie qui lui reste à empêcher les autres de vivre.

—Ma pauvre amie, ce n'est pas le lot seulement des femmes. Nous connaissons tous ces luttes. Je connais aussi le refuge.

—Lequel?

—L'art.

—Bon pour vous, non pour nous. Et même parmi les hommes, combien sont-ils, ceux qui peuvent en profiter?

—Voyez notre amie Cécile. Elle est heureuse.

彼は初めて会った日とほとんど同じくらいに心を躍おどらして(第二巻朝参照)、彼女のそばに駆け寄った。彼女は一人の紳士といっしょだった。背が高く、でっぷりして、頭が禿はげ、得意げにぴんとはね上がった口髭くちひげをもっていた。その男を彼女は、「高等法院顧問官フォン・プロムバッハ」――彼女の夫――だと彼に紹介した。彼女は彼に立ち寄ってもらいたがった。彼は辞退しようとした。しかし彼女は叫んだ。
「いえいえ、ぜひとも、寄ってくださらなければ、お食事をしに寄ってくださらなければいけません。」
彼女はたいへん高い声でたいへん口早にしゃべりだして、尋ねられるのも待たずに、もう身の上話を始めていた。クリストフはその快弁と声音とに耳鳴りがして、半分くらいしか聞き取れずに、彼女の顔をながめていた。それはまったくあのかわいいミンナだった。はなやかで、強健で、全身がはちきれそうに太って、きれいな皮膚、薔薇ばら色の顔色、だが顔だちは太く、鼻がことに丈夫で充実していた。身振り、態度、優しさ、すべてが以前のままだった。ただ容積が変わっていた。
彼女はなお話しつづけていた。昔話や、打ち明け話や、夫に愛し愛されてるありさまなどを、クリストフに語った。クリストフは当惑した。彼女は無批判な楽天家であって、自分の町や家や家庭や夫や自分自身を、完全でもっともすぐれたものだと思っていた」――(少なくとも、他人の前にいるときには)。彼女は夫の話をして、「これまで見た人のうちでももっとも堂々たる人物」であるとか、「超人間的な力」をもってる人であるなどと、その面前で言っていた。その「もっとも堂々たる人物」は、笑いながらミンナの頬辺ほっぺたをつついて、「卓越した女」であると、クリストフへ断言していた。この高等法院顧問官は、クリストフの身の上を知っているらしかった。そして、一方に彼の処刑があり、他方に彼をかばってる高貴な保護があるので、敬意をもって彼を取り扱うべきか、あるいは敬意なしに取り扱うべきか、はっきりわからないらしかった。で結局両方を交えた態度で取り扱おうと決心した。ミンナのほうは始終口をきいていた。自分のことをクリストフへ十分述べつくすと、こんどはクリストフのことを話しだした。彼が尋ねもしないのに非常に打ち解けた事柄まで話して聞かしたと同様に、きわめて打ち解けた事柄まで尋ねかけて彼を困らした。彼女は彼に再会したのをたいへん喜んでいた。彼の音楽については何にも知らなかったが、彼が有名になってることは知っていた。昔彼から愛されたことを――(そしてそれをしりぞけたことを)――ひそかに誇りとしていた。冗談の調子でかなり露骨にそのことをもち出した。彼女は自分の写真帳アルバムに彼の自署を求めた。彼女はパリーのことをしつっこく尋ねた。パリーにたいして好奇心と軽蔑けいべつとを同じくらいにいだいていた。フォリー・ベルジュール座とオペラ座とモンマルトルとサン・クルーとを見たことがあるので、パリー全体を知ってると称していた。彼女の説によれば、パリーの女はみな娼婦しょうふでよからぬ母親で、できるだけ子供を産まないし、子供を産んでもその世話をせず、家に打ち捨てておいて、自分は芝居や遊び場所に出入りしてるのであった。彼女はそれに反対されるのを許さなかった。その晩彼女は、クリストフへピアノで一曲演奏を求めた。彼をみごとな腕前だと賞賛した。けれど心の底では、夫の演奏にも同様に感心してるのだった。
クリストフがうれしかったのは、ミンナの母親ケリッヒ夫人に再会したことだった。彼はまだ彼女にたいしてひそかな愛情をもっていた。なぜなら彼女から親切にされたのだったから。彼女はやはりその温良さを少しも失わないでいた。そしてミンナよりいっそう自然だった。しかし彼女はやはりクリストフにたいして、昔彼をじれさしたあのちょっとしたやさしい皮肉を見せつけた。彼女は以前別れたときと少しも違っていなかった。あのときと同じ事柄を好んでいた。進歩したり変わったりすることを、彼女は許容できないらしかった。彼女は昔のジャン・クリストフと今日のジャン・クリストフとを対立さしていた。そして前者のほうを好んでいた。
彼女の周囲では、クリストフを除いてはだれも精神の変化をきたしてるものはいなかった。小都会の無変化やその天地の狭小さが、クリストフには苦しかった。一家の人たちは彼が知りもしない人々の悪口をもち出して、その晩の一部をつぶした。彼らは近所の人々の滑稽こっけいさをうかがってばかりいて、自分たちと違ってるものはみな滑稽だとしていた。たえずつまらぬことばかりにこだわってる不親切なそういう好奇心は、ついにクリストフに堪えがたい不快の念を起こさした。彼は外国での自分の生活を話そうと試みた。しかしすぐに、フランス文明を彼らに感じさせることが不可能なのを知った。フランス文明に彼は苦しめられてきたが、今自国においてそれを代表してると、至ってなつかしいものに思えるのだった――知力を第一の法則とする自由なラテン精神、「道徳」の規範を犯してまでできるだけ理解せんとする心。彼は一家の人たちのうちに、ことにミンナのうちに、自分が昔それから傷つけられながら忘れていたあの傲慢ごうまんな精神を、ふたたび見出したのだった――弱点と美点とから共に来る傲慢さ――自分の徳操を誇り自分が陥ることのない過失を軽蔑けいべつする、その無慈悲な正直、申し分なきことにたいする尊重、「不規則な」優秀さにたいする顰蹙ひんしゅく的な軽蔑。ミンナは常に自分が正しいという落ち着いたもったいぶった確信をいだいていた。他人を批判するのになんらの度合いをも設けなかった。それに元来他人を理解しようとの念がなかった。自分のことばかりにかかわっていた。彼女の利己主義は漠然ばくぜんたる抽象的な色に塗られていた。「自我」が、「自我」の発展が、たえず問題であった。彼女はおそらく善良な女で人を愛することもできたであろう。しかし自分自身をあまりに愛していた。ことに自分自身をあまりに尊敬していた。「自我」の前で主の祷いのりや聖母の祷りをたえず唱えてるがようだった。彼女が最愛の夫でも、彼女の「自我」の品位に相当した尊敬をたとい一瞬間でも欠くならば――(そのあとで彼がどんなに後悔しようとも)――彼女はまったくそして永久に彼を愛しやめるかもしれないらしかった……。ああ、その「自我」こそは悪魔にでもいってしまうがよい! 少しは「他」を考えるがよい!……
けれどもクリストフは、きびしい眼で彼女を見てはいなかった。平素はあれほどいらだちやすい彼だったが、今は大天使のような我慢強さで彼女の言葉を聞いていた。彼は彼女を批判すまいと心にきめていた。円光のごときもので、幼時の敬虔けいけんな思い出で、彼女を包んでおいた。そしてあくまでも彼女のうちに、小さなミンナの面影を求めようとした。それを彼女のある身振りのうちに見出せないではなかった。彼女の声音のある響きは、彼の心を動かす反響を喚よび起こした。彼はそれらのもののなかに浸り込みながら、口をつぐみ、彼女の言葉には耳を貸さず、聴きいてるようなふうを装い、たえずやさしい敬意を示してやった。しかし気を一つに集めるのは困難だった。彼女はあまりに騒々しかった。彼女は昔のミンナの声を聞く邪魔となった。ついに彼は少し疲れて立ち上がった。
「可憐かれんなるミンナよ! お前がここにいることを、喚わめきたてて僕を退屈させるこの美しいでっぷりした女のなかに、お前がいることを、皆は僕に信じさせたがるだろう。しかし僕はそうでないことを知っている。さあ出かけよう、ミンナよ。こんな人たちになんの用があろうぞ。」
彼は明日また来ると約束して、辞し去った。その夜出発するのだと言ったら、汽車の時間まで放されなかったろう。夜のなかに踏み込むとすぐに彼は、馬車に出会う前の安らかな気持を取り返した。その晩の煩わしい会合の記憶は、海綿ででも拭ぬぐい去られるように消えていった。もう何にも残らなかった。ライン河の声がすべてを浸した。彼はその岸の上を、自分が生まれた家のほうへ歩いていった。その家は訳なく見出せた。雨戸が閉まってすっかり眠っていた。クリストフは路のまん中に立ち止まった。もし戸をたたいたら、見覚えのある人の影が戸を開いてくれそうな気がした。家のまわりの河に近い牧場の中、昔夕方ゴットフリートと話しにやって来た場所へ、彼ははいり込んだ。そこに腰をおろした。過ぎ去った日々がよみがえってきた。いっしょに初恋の夢を味わったなつかしい少女が、生き返っていた。幼い愛情ややさしい涙や無限の希望などのうちに、二人はまたいっしょに生きた。そして彼は温和な微笑ほほえみを浮かべてみずから言った。
「人生は僕に何事も教えてはくれなかった。いくら知ったとて……いくら知ったとて、甲斐かいはない……。僕はいつまでも同じような幻ばかりをいだいている。」
限りなく愛しそして信ずることは、なんといいことだろう! 愛に接するすべてのものは死から免れる。
「ミンナよ、僕といっしょにいる――僕といっしょで他の者といっしょでない――ミンナよ、お前はけっして年老いることがないのだ!……」
おぼろな月が雲間から出て、河の面に銀の鱗うろこを輝かした。クリストフは、今自分がすわってる場所のかく近くを、昔河が流れてはしなかったような気がした。彼は河のほうへ行ってみた。そうだ、あのころそこには、この梨なしの木の向こうに、細長い砂地と小さな芝生しばふの斜面とがあった。そこで彼は幾度も遊んだものだった。それを河は蚕食してしまっていた。進んで来て梨の根を洗っていた。クリストフは切ない心地がした。彼は停車場のほうへ引き返した。その方面には新しい一郭が――貧弱な住宅、建築中の工作場、製造工場の大煙突など――でき上がりかけていた。クリストフはその日の午後に見たアカシアの木立に思いをはせた。そして考えた。
「彼処あそこにもまた、河が蚕食している……。」
古い町は、生者も死者もすべてを包み込んで、暗闇くらやみのなかに眠っていたが、それのほうが彼にはまだなつかしかった。なぜなら、この町も脅かされてるような気がしたから……。

囲壁は敵の手中にあり……。

いざ同胞を救い出さんかな! われわれが愛するものはすべて死にねらわれている。過ぎ去る面影を永遠の青銅の上に、急いで刻みつけようではないか。火災がプリアムの宮殿をのみ尽くさないうちに、祖国の宝を炎から取り出そうではないか……。
クリストフは洪水こうずいを逃げる者のように、汽車に乗って立ち去った。けれども、自分の町の難破から鎮守の神々を救い出す人々と同様に、彼は、故郷の土地からかつてほとばしり出た愛の火花と、過去の神聖な魂とを、自分のうちに担にない去っていった。

ジャックリーヌとオリヴィエとは、しばらくの間親しくしていた。ジャックリーヌは父を亡くしたのだった。その死亡から深く心を動かされた。ほんとうの不幸に面すると、他の悲しみはすべてつまらない馬鹿げたものに感ぜられた。そして、オリヴィエが示してくれるやさしい情愛は、オリヴィエにたいする彼女の愛情をふたたび勢いづけた。数年以前、叔母おばマルトの死と楽しい恋愛との間に介在したあの悲しい日々へ、彼女はふたたび連れもどされた気がした。自分は人生にたいして忘恩者であると、彼女は考えた。与えられたわずかなものを奪われないでいることを、人生に感謝すべきであると考えた。そのわずかなものの価が今やわかったので、彼女はそれを妬ねたましげに胸に抱きしめた。喪の悲しみを紛らすために医者から命ぜられて、一時パリーを離れ、オリヴィエとともに旅をし、新婚のころたがいに愛し合った場所へ、一種の巡礼を試みると、彼女はしみじみとした気持になった。消え失うせてると思っていたなつかしい愛の面影を、道の曲がり角かどなどにふたたび見出して、それが過ぎ去るのを眺め、それがまた消え失せる――いつまで? おそらく永遠に?――消え失せるだろうということを知って、二人は憂愁に沈みながら、絶望的な情熱でそれをかき抱いた……。
「残っていてほしい、私たちといっしょに残っていてほしい!」
しかし二人は、それを失いかけてることをよく知っていた……。
ジャックリーヌはパリーへもどると、愛に醸かもし出された小さな新たな生命が、自分の身内に躍動するのを感じた。しかし愛はもう過ぎ去っていた。彼女のうちに重みを加えてくる重荷は、彼女をオリヴィエへ結びつけはしなかった。彼女はその重荷について、期待していた喜びを少しも感じなかった。彼女は不安げに自分の心にたずねてみた。以前苦しんでいたころ彼女は、子供ができたら自分は幸福になるだろうかと、しばしば考えたことがあった。そして今や子供はできた。しかし幸福はやって来なかった。自分の肉の中に根をおろしてるその人間植物が、領分の血を吸って成長してゆくのを感じて、彼女は恐怖の念を覚えた。その未知の存在から一身を所有され吸い取られ、ぼんやりした眼つきで、耳を澄まし思いに沈みながら、幾日もじっとしていた。漠然ばくぜんとした甘い眠ったい気がかりな響きだった。そしてはまたはっとして、そのぼんやりした状態から我に返った――汗にぬれ、身体がおののき、反抗の気がむらむらと起こった。自分をとらえてる自然の網に逆らって身をもがいた。生きたかった、自由になりたかった。自然に欺かれたような気がした。そしてまたつぎには、そういう考えをみずから恥じ、自分を奇体な女だと考え、自分は一般の女よりも悪い者であるかあるいは別種の者であるかしらと、みずから怪しんでみた。そしてしだいに、ふたたび心が鎮しずまってきて、胎内に熟してる生きた果実の養液と夢とのうちに、樹木のように官能が鈍ってきた。その果実は、どういうものになるのかしら?……
初めて明るみに出たその呱々ここの声を聞いたとき、人の心を撃つ可憐かれんなるその小さい身体を見たとき、彼女の心はすっかり和らいだ。一瞬の眩暈めまいのうちに彼女は、世にもっとも力強い喜びたる光栄ある母性の喜びを知った。自分の苦しみをもって、自分の肉より成る一つの存在を、一つの人間を、創り出したのである。そして、世界を撼ゆるがす愛の大波は、頭から足先まで彼女を抱きしめ、彼女を巻き込み、彼女を天までもち上げた……。おう神よ、児こを産む女は汝にも匹敵する。しかも汝は彼女の喜びに似た喜びを知らない。なぜなら、汝は苦しまなかったのだから……。
やがてその大波は鎮まった。魂はまたどん底に触れた。
オリヴィエは感動のあまり震えながら、子供をのぞき込んでいた。そしてジャックリーヌに微笑ほほえみかけながら、自分たち二人とまだほとんど人間とも言えないその憐あわれな存在との間に、生命のいかなる神秘なつながりがあるかを、理解しようと努めていた。その皺しわ寄った黄色い小さな顔に、彼はやや無気味そうにしかもやさしく、そっと唇くちびるをあてた。ジャックリーヌは彼をながめていたが、妬ねたましげに彼を押しのけた。そして子供を取り、胸に抱きしめ、やたらに接吻せっぷんした。子供は泣きたてた。彼女は子供を渡した。そして壁のほうへ顔を向けて泣いた。オリヴィエは彼女を抱擁し、彼女の涙を吸ってやった。彼女も彼を抱擁して、強しいて微笑ほほえんだ。それから、子供をそばにして休みたいと求めた……。ああ、愛が滅びてはもはや致し方もない。男のほうは、自己の半ば以上を理知に委ゆだねるので、強い感情を失っても、その痕跡こんせきを、その観念を、かならず頭脳のうちに保存する。彼はもう愛さないでもいられる。過去に愛したことを忘れずにいる。しかしながら、理由なしに全身をあげて一度愛したことがあり、そして理由なしに全身をあげて愛することをやめた女のほうは、なんとなし得るであろうか? 意欲するか? 幻を描くか! しかも、意欲するにはあまりに弱く、幻を描くにはあまりに真摯しんしである場合には……。
ジャックリーヌは寝床に肱ひじをついて、やさしい憐あわれみの念で子供をながめた。子供は何者であるか? たとい何者であろうとも、それは全部彼女ではなかった。それはまた「他」でもあった。そしてその「他」を、彼女はもう愛していなかったのである。憐れなる小さなものよ! いとしき小さなものよ! 死に失うせた過去に彼女を結びつけようとしてるその存在にたいして、彼女はいらだちの念を覚えた。そしてそのほうへかがみ込みながら、それを抱擁しまた抱擁した……。

現代の婦人の大なる不幸は、彼女らがあまりに自由であるとともにまた十分自由でないということである。もっと自由であったら、彼女らはいろんな束縛を求めて、そこに一種の愉悦と安寧あんねいとを見出すだろう。またさほど自由でなかったら、彼女らはいろんな束縛に忍従して、それを破り捨て得ないだろう。そして苦しむことも少なくなるだろう。しかしもっともいけないのは、身を縛いましめない束縛やのがれ得る義務などをもってることである。
もしジャックリーヌが、自分の小さな家こそ一生の間自分にあてがわれたものだと思っていたならば、彼女はそれをさほど不便にも狭くも感じなくて、それを安楽なものにしようとくふうしたであろう。始めと同じように終わりまでそれを愛したであろう。しかし彼女は、自分は家から外に出ることができると知っていた。そして家の中で息苦しさを覚えた。彼女は反抗することができた。ついには反抗しなければならないと信ずるにいたった。
現時の道徳論者らは、不思議な者どもばかりである。彼らはその観察能力のために全身が萎縮いしゅくしている。彼らはもはや生活を見ることしか求めない。生活を理解しようとはほとんどせず、生活を欲しようなどとは少しもしない。人間の性質中に現存する事柄を認識し記載するときには、もう自分の仕事はそれで終われりとして、こう言うのである。
「それが事実だ。」
彼らはその事実を変えようとは少しもつとめない。彼らの眼には、存在してるというだけの事実が一つの道徳的価値とでも映じてるらしい。あらゆる弱点はそのまま一種の神聖な権利を有してるように思われてる。世は民衆化する。昔は国王一人だけしか責任をもっていなかった。現今では、責任をもっていないのは万人であり、ことに下層民たちであるそうだ。実に驚くべき意見ではないか! 彼らは、多くの苦心と細心な注意とを払って、弱き者にいかなる点において弱いかを示そうと骨折っている。弱き者は永遠に弱きように自然から定められてるということを、示そうと骨折っている。もしそうだとすれば、弱き者は腕を拱こまねくこと以外に何をなし得よう? 弱き者に自惚うぬぼれの念なきときは幸いなるかなだ! 汝は病弱な子供であるとくり返し聞かせらるるうちには、女はついに病弱なる子供であることを誇りとするようになる。人は女の卑怯ひきょうな性質を培養し、それに花を咲かせている。しかし、試みに子供に向かって、幼年期のある年齢では、魂はまだその平衡の状態になっていないで、罪悪や自殺や心身のはなはだしい堕落に陥ることがあると、冗談にも話してきかして、そしてその罪を許してみるがいい――ただちに、罪が生まれてくるだろう。男でさえも、汝は自由でないとくり返し言われるときには、もう自由でなくなって禽獣きんじゅうに等しくなる。女に向かって、汝は責任を帯びており、自分の身体や意志の主人であると、言ってみるがいい――女は実際にそうなるであろう。しかし諸君は卑怯なあまりに、それを言うのを差し控えている。なぜなら、女がそのことを知らないのが諸君に利益だからだ……。
ジャックリーヌは、その悲しむべき環境のために迷わされてしまった。彼女はオリヴィエから離れると、若いころ軽蔑けいべつしていたあの社会にまたはいり込んでいた。彼女や彼女の友人たる既婚婦人らのまわりには、若い男女の小さな社会ができ上がっていた。それらの若い男女はみな、富裕で、優美で、閑散で、怜悧れいりで、気弱だった。そこでは思想も話題も絶対に自由であって、ただ機知を交えられるために多少穏和になってるのみだった。一同は好んでラブレーの僧院の銘言を採用していた。

好きなことをやるべし

しかし彼らは多少自惚うぬぼれてるのだった。実際のところ大したことを望んではしなかった。テレームの衰弱者どもばかりだった。喜んで本能の自由を公言していた。しかし彼らのうちには、その本能がひどく衰微していた。彼らの放縦ほうしょうは主として頭脳的なものだった。文明の逸楽的な気のぬけた大浴槽よくそうの中に浸り込む気持を、彼らは享楽していた。そのなまぬるい泥濘でいねいの浴場では、人間の精力、荒々しい生活力、原始的な動物性、その信仰や意志や熱情や義務の花などは、溶解してしまっていた。そういうゼラチンめいた思想の中に、ジャックリーヌの美しい身体は浴していた。オリヴィエはそれを妨げることができなかった。そのうえ彼自身も時代の病気にかかっていた。彼は愛する女の自由を拘束する権利が自分にあるとは思っていなかった。愛によってでなければ何物も得ようとは欲しなかった。そしてジャックリーヌは、自分の自由は自分の一つの権利であると思っていたので、オリヴィエの態度を別に感謝してもいなかった。
もっともいけないことには、彼女はその水陸両棲りょうせい的な世界のうちに、あらゆる曖昧あいまいをきらう全き心をもってはいり込んでいた。彼女は一度信ずると、それに身を投げ出すのだった。熱烈で勇敢な彼女の小さな魂は、その自己主義の中においてさえ、がむしゃらに突進するのだ。そして彼女は、オリヴィエとの共同生活から得た道徳的な一徹さをまだ失わないでいて、それを不道徳な行ないにまで応用しようとしていた。
彼女の新しい友人らはきわめて用心深くて、自己の真相をなかなか他人に示さなかった。理論の上では、道徳と社会とのもろもろの偏見にたいして、完全なる自由を看板としていたが、実行においては、自分らの利益となるような人とは、真正面から仲違なかたがいすることのないように振る舞っていた。あたかも主人のものをごまかす不忠実な召使のように、彼らは道徳と社会とを悪用していた。習慣と閑散とのためにたがいに盗み合ってさえいた。自分の妻が情夫をもってることを知ってる者が幾人もいた。また細君のほうでも、夫が情婦をもってることを知らないではなかった。そして彼らはよく和合していた。人の噂うわさがたたなければ憤慨しなかった。そういう仲のよい夫婦生活は、関係者たち――共犯者たちの間の暗黙な了解の上にたっていた。しかしジャックリーヌは彼らよりいっそうまっ正直であって、生一本きいっぽんな行動をしていた。一にも二にも真面目まじめであり、常住不断に真面目だった。真面目ということもまた、当時の思想が激賞する美徳の一つだった。しかし、健全なる者にとってはすべてが健全であり、腐敗せる心にとってはすべてが腐敗であるということは、ここにおいて見られるのである。時としては、真面目であることがきわめて醜悪になる。凡庸な者どもにとっては、自分の胸底を読み取ろうとするのは悪いことである。彼らはそこに自分の凡庸さを読み取る。しかも自尊心を育てるだけのものはなお残っている。
ジャックリーヌは、鏡で自分の姿をながめてばかりいた。見ないほうがよろしいいろんなことを見て取った。見てしまった後ではもう、それから眼をそらすだけの力がなかった。それらを征服するどころか、それらがしだいに大きくなるのを認めた。非常に大きくなっていって、ついには眼も考えもそのほうに奪われてしまった。
子供は彼女の生活を満たすに足りなかった。彼女は乳が不足して、子供は衰えていった。乳母うばを雇わなければならなかった。初めはそれがたいへんつらかった――が間もなくそれは安堵あんどの念をもたらした。もう子供はたいへん丈夫になった。根強く元気に育ってゆき、少しも手数をかけず、たいてい眠ってばかりいて、夜もあまり泣かなかった。乳母――強健なニヴェルネー人で、幾度か子供に乳をやったことがあるが、そのたびごとに、動物的な嫉妬しっと深い煩雑な情愛を、乳児にたいしていだくのであった――その乳母のほうが、ほんとうの母親のようだった。ジャックリーヌが何か意見を言っても、乳母は勝手なことばかりしていた。ジャックリーヌは、いろいろ言い争ってみると、自分が何にも知っていないことに気づくのだった。彼女は子供を産んでから、健康が回復していなかった。初期の静脈炎じょうみゃくえんのために、がっかりして根気がなかった。幾週間もじっとしていなければならなくて、もどかしがっていた。焦燥した考えは、単調な幻覚的な同じ悲嘆をいつまでも繰り返していた。「ほんとうに生きたこともなかった、生きたこともなかった。そしてもう一生は終わってしまった……。」彼女の想念はいらだたせられていた。自分は永久に不具者になったのだと思っていた。そして、暗黙な苛辣からつな口に出せない怨恨えんこんが、病苦の無辜むこな原因者にたいして、子供にたいして、起こってきた。それは、人が思うほど珍しい感情ではない。ただ人はその上に覆おおいをかぶせてるだけである。それを実際に感じてる女たちでさえ、心の奥底でそれを承認するのを恥としている。ジャックリーヌは、みずから自分をとがめた。利己心と母性愛との間に争いが起こった。子供がいかにも幸福そうに眠ってるのを見ると、彼女の心は動かされた。しかしすぐそのあとで彼女は苦々にがにがしく考えた。
「この子が私を殺したのだ。」
そして彼女は、自分の苦しみで幸福を購あがなってやったその子供の、無関心な眠りにたいするいらだたしい反抗を、押えつけることができなかった。彼女の身体が回復し子供が少し大きくなってからも、そういう敵意ある感情はおぼろげながら残っていた。彼女はその感情をみずから恥じたので、それをオリヴィエのせいだとした。彼女はやはり自分は病気であると思っていた。そして、病気の原因たる無為閑散――(子供からは離れ、働くことを強しいて禁ぜられ、まったく孤立してしまい、脂肪太りにされる家畜のように、寝床に長くなったまま腹いっぱい食わせられて過ごす、むなしい日々)――それを医者たちから勧められてますます生じてくる、いろんな不安、健康にたいする絶えざる懸念、などはついに彼女をして自分のことばかり考えさせるようになった。実際、神経衰弱にたいする近代の療法くらいおかしなものはない。それは自我の一つの病気に代うるに、自我の他の病気たる自我肥大症をもってするのである。なぜその利己心へ出血療法を行なわないのであろうか? もしくは、多すぎる血をもっていない場合には、精神的な剛健な反対療法によって、なぜその血液を頭から心へもどらせることをしないのであろうか?
ジャックリーヌは右の容態から脱した。肉体的には、前より強壮になり肥満し若返っていた――が精神的には、前よりいっそう病気になっていた。数か月の孤独な生活は、彼女をオリヴィエに結びつける思念のつながりを、最後のものまで断ち切ってしまった。オリヴィエのそばにとどまってる間は、いろんな弱点を有しながらも信念のうちに確固としてとどまってるその理想主義的な性格の威力を、彼女はなおこうむっていた。自分よりもしっかりしてる精神から隷属させられることに反抗し、自分を洞見どうけんして時とすると不本意ながらも自責の念を起こさせられるその眼つきに反抗して、彼女はいくら身をもがいても駄目だめだった。けれども、偶然にもその男から離れると――その洞察どうさつ的な愛が自分の上にのしかかってくるのをもう感じなくなると――自分の身が自由になると――ただちに、二人の間になお存していた親しい信頼に引きつづいて、彼女のうちに起こってきたものは、自分自身を相手の手中に委ゆだねたという怨恨えんこんの情であり、もう実際に感じていない愛情の軛くびきを長らく負っていたという憎悪ぞうおの情であった……。相手に愛せられまた相手を愛してるらしい女の心の中に生ずる、一徹な怨恨を、だれが説明し得よう! 今日きょうと明日あすとの間にすべては一変する。前日まで彼女は、愛していたし、愛してるようだったし、自分でも愛してると思っていた。しかし今日はもう愛していない。彼女が愛した男は彼女の考えの中では抹殺まっさつされる。男は自分が彼女にとってはもう無に等しいことを突然気づく。そして訳がわからなくなる。彼女のうちで行なわれていた長い間の働きを少しも見てとらなかったのである。自分にたいして積ってきた彼女のひそかな敵意を夢にも知らなかったのである。彼はそういう返報や憎悪の理由を感じようとはしない。その理由はたいてい遠い数多くのおぼろなものであって――あるいは、寝所の帷とばりの下に隠れたもの――あるいは、傷つけられた自尊心、気づかれ批判された心の秘密――あるいは……彼女自身にさえよくわからない、いろんなものである。知らず知らずなされたものでしかも彼女がけっして許し得ないほどの、ある隠れた侮辱が世にはある。男にはそれがどうしてもわからないし、女自身にもよくわかってはいない。しかしその侮辱は彼女の肉体の中に刻みつけられる。彼女の肉体はけっしてそれを忘れない。
愛情を流し去るこの恐るべき力にたいして戦うことは、オリヴィエとはまったく異なった性質の男でなければできないのだった――もっと自然に近く、もっと単純であるとともに撓たわみやすく、感傷的な懸念に煩わされず、本能に富み、必要に応じては理性が認めない行動をもなし得るような男でなければ、できないのだった。ところがオリヴィエは前もって打ち負け落胆していた。彼はあまりに明敏だったので、ジャックリーヌのうちに、その意志よりも強い遺伝性があるのを、母親の魂がふたたび現われてきてるのを、長い前から認めていた。彼女がその種族の奥底に石のようにころがり落ちるのを、彼は見てとっていた。そして弱くかつ拙劣だったので、いくら骨折ってもますます彼女の墜落を早めるばかりだった。彼は静平にしていようとつとめた。しかし彼女は無意識的な考慮をめぐらして、彼を軽蔑けいべつすべき理由を得んがために、その静平から脱せさせんとし、乱暴な激しい卑しいことを言わせようとした。もし彼が怒れば、彼女は彼を軽蔑した。もし彼がそのあとできまり悪がって恥ずかしい様子をすれば、彼女はいっそう彼を軽蔑した。また彼がもし怒らなければ、怒ろうとしなければ――こんどは、彼女は彼を憎んだ。そしてもっともいけないのは、顔をつき合わせながら幾日も黙り込んでることだった。人を窒息させ狂乱させるような沈黙で、それに浸っているともっともやさしい者でさえも、ついには狂暴になってきて、害したり怒鳴ったり怒鳴らしたりしたい欲求をときどき覚えるものである。そういう沈黙では、まっ暗な沈黙では、愛もまったく分散してしまい、人はあたかも天体のように、各自に自分の軌道に従って、暗黒の中に没してゆく。……ジャックリーヌとオリヴィエとは、たがいに接近するためになす事柄までがすべて疎隔の原因となるまでに、立ち至ってしまった。彼らの生活は堪えがたいものとなった。そしてある偶然の事柄がその情況を急進さした。
一年ほど前から、セシル・フルーリーがしばしばジャンナン家を訪れてきた。オリヴィエはクリストフのところで彼女に会い、それからジャックリーヌが彼女を招待した。そしてセシルは、クリストフが彼らと別れてから後も、なお引きつづいて彼らに会っていた。ジャックリーヌはセシルに親切だった。彼女自身は音楽家でもなければ、またセシルをやや平凡な女だと思ったけれど、セシルの歌と和なごやかな感化とに心ひかれたのだった。オリヴィエは彼女といっしょに音楽をひくのを楽しみとした。しだいに彼女は家庭の友となっていった。彼女は信頼の念を起こさした。彼女が打ち解けた眼と、健康な様子と、聞くも愉快なやや太い善良な笑い声とで、ジャンナン家の客間にはいってくると、あたかも霧のなかに一条の日の光がさし込んだようなものだった。オリヴィエとジャックリーヌとはある慰安を心に感じた。彼女が帰ってゆくときには、彼らはこう言いたかった。
「いてください、もっといてください。寂しいから。」
ジャックリーヌの不在中に、オリヴィエはいっそうしばしばセシルに会った。そして彼は自分の悩みを幾分か彼女に隠し得なかった。弱いやさしい魂が、息苦しさを覚えて、胸の中を打ち明けたくなり、身を投げ出してゆくような、無分別な放心さで、彼は悩みをもらした。セシルは心を動かされた。母親めいたやさしい言葉をかけてくれた。彼女は彼ら二人を気の毒に思った。気を落としてはいけないとオリヴィエに勧めた。けれども彼女は、そういう打ち明け話に彼よりもいっそう気兼ねしだしたのか、あるいはまた何か他の理由でか、いろんな口実を設けて前ほどは来なくなった。おそらく彼女は、ジャックリーヌにたいして誠実な振る舞いではないと思い、それらの秘密を知る権利は自分にないと思ったのだろう。少なくともオリヴィエは、彼女の遠のいた理由をそういうふうに解釈した。そして彼は彼女の行為を是認した。なぜなら、打ち明けたことをみずからとがめていたから。しかし彼女が遠のいたことによって彼は、自分にとってセシルはどういう者であったかを感じた。彼は自分の考えを彼女に分かつ習慣がついていた。彼女一人が圧倒してくる苦しみから彼を解放してくれるのだった。彼は自分の感情を読み取ることに通じていたので、今この感情にいかなる名前を与うべきかを迷わなかった。彼はその感情についてセシルへはなんとも言わなかった。しかし、自分が感じてることを自分のために書きたいという要求には逆らい得なかった。彼は少し以前から、紙の上で自分の考えと話を交えるという危険な習慣に、ふたたび立ちもどっていた。恋愛の間はそれから脱していたが、今や孤独の自分を見出すと、その遺伝的な習癖にふたたびとらわれたのだった。それは苦しいおりの慰安であり、また自己解剖をする芸術家としてやむにやまれぬことだった。かくて彼は、あたかもセシルに語るようにして、しかもセシルに読まれることがないからいっそう自由に、自分自身を描写し、自分の苦しみを書きしるした。
ところが偶然にも、その文章がジャックリーヌの眼に触れることとなった。その日ちょうど彼女は、幾年来になくもっともオリヴィエに近づいてる気がしていた。戸棚とだなを片付けながら、彼からもらった古い恋の手紙を読み返した。涙が出るほど心打たれた。戸棚の影にすわって、片付け物を終えることができずに、過去のことを思い浮かべた。その過去を破壊したのが痛切に悔いられた。オリヴィエの苦しみのことも考えた。かつて彼女はそういう考えを平気で見守ることはできなかったのである。彼女は彼を忘れることはできた。しかし自分のせいで彼が苦しんでるという考えを堪えることはできなかった。彼女は胸さける思いをした。彼の腕の中に身を投げ出して言いたかった。
「ああ、オリヴィエ、オリヴィエ、私たちはなんということをしたのでしょう。私たちは狂人だわ、狂人だわ。もう苦しめ合うことはやめましょうね!」
もしそのとき、彼が帰って来たら……。
ちょうどそのとき、彼女は手紙の文章を見出した……万事終わった。――彼女はオリヴィエから実際欺かれたと思ったろうか? おそらく思ったろう。しかしそれだけならば構わない。裏切りは彼女にとっては、行為においてなら意志におけるほど重大ではなかった。ひそかに心を他の女に与えることよりも情婦をもつことのほうを、彼女はいっそう容易に愛する男に許し得たろう。それは道理もっともなことであった。
「おかしなことだ!」とある人々は言うだろう――(けれどそれこそ、愛の裏切りが完成されたときにしかそれを苦しまない憐あわれな者どもである……。心が忠実である間は、肉体の汚れなどは大したことではない。一度心が裏切った場合には、その他のことはもう駄目になってしまうのだ。)
ジャックリーヌはふたたびオリヴィエを自分のものにしようとは寸時も思わなかった。もうおそすぎた。彼女はもう彼を十分愛していなかった。もしくは、あまりに愛してたのかもしれない……。彼女が感じたのは嫉妬しっとではなかった。信頼の念がことごとく崩壊し、彼女の内心に残っている彼への信念と希望とがことごとく、崩壊したのだった。彼女自身こそ彼を馬鹿にしたのだということ、彼女が彼を落胆さしてそういう愛にはしらしたこと、そしてその愛は純潔なものであること、要するに愛しもしくは愛しないのは人間の自由になるものではないこと、などを彼女は考えてみなかった。その感傷的な誘引を、クリストフと自分との艶事つやごとに比較することなどは、彼女の頭に浮かびもしなかった。クリストフといえば、彼女は少しも愛してるのではなかったし、物の数ともしていなかったのである。彼女はその情熱的な誇張のために、オリヴィエから欺かれたと考え、自分はもうオリヴィエにとってはなきに等しいのだと考えた。最後の支持が、ちょうどそれをつかもうと手を差し出したときに、なくなってしまったのである……。万事終わった。
オリヴィエは、その日彼女がいかに苦しんだかを、まったく知らなかった。しかし彼女と顔を合わしたとき、彼もまた万事終わったという気がした。
それ以来二人は、他人の前にいるときしかたがいに口をきかなかった。あたかも狩りたてられて用心し恐れている二匹の獣のように、彼らはたがいに観察し合った。ジェレミアス・ゴットヘルフは、もう愛し合わなくてたがいに監視し合ってる夫婦の痛ましい状態を、無慈悲な質朴しつぼくさで描いている。その二人はおのおの相手の健康をうかがい、病気の徴候を待ち受けており、しかも相手の死を早めようと考えてるのではなく、また相手の死をねがってるのでもないが、ただ不慮の事変を待ち望むようになり、そしてたがいに自分のほうが頑丈がんじょうだと喜んでるのである。ジャックリーヌとオリヴィエとはときどき、それに似た考えを相手がいだいてるように想像することがあった。がどちらも実際そういう考えをいだいてはしなかった。とは言え、相手にそういう考えがあるように思うだけでも、よくよくのことである。たとえばジャックリーヌは、夜中に幻覚的な不眠に襲われるとき、相手のほうが自分より強くて、自分をしだいに磨すりへらしてゆき、やがて自分を打ち負かしてしまうだろうと思った……。狂いたった想像と心との奇怪な幻覚である。――しかも、彼らは心の底ではもっともよき部分で愛し合ってたことを、考えてみれば……。
オリヴィエはその重荷に堪えかねて、もう戦おうともせず、わきに身を避けて、ジャックリーヌの魂を勝手な方向に進ましておいた。彼女は一人放任され、嚮導きょうどう者がなくなって、自分の自由さに眩惑げんわくした。彼女には反抗してぶつかってゆくべき主人が必要だった。それがない場合には造り出さなければならなかった。そして、彼女は自分の固定観念の捕虜とりことなった。これまで彼女は、いかに苦しんだとは言え、オリヴィエと別れることをかつて頭に浮かべはしなかった。がこのときから彼女は、あらゆる絆きずなから脱したと思った。彼女は恋したかった。あまり遅れないうちに恋したかった。――(まだ若かったけれども、もう年老いてると自分では思っていたのである。)――彼女は恋した。空想的な痛烈な情熱を知った。その情熱こそ、なんでも出合い頭がしらのものに、ちょっと見た顔に、ある名声に、時とすると単なる名前に、すぐ執着し、それをつかみ取ったあとには、もう手をゆるめようともせず、一度選んだその対象物なしにはもう済ませないことを、人の心に信じさせ、心全体を食い荒らし、他の愛情や、道徳観念や、追憶や、自負の念や、他人にたいする敬意など、すべて心を満たしてる過去の事柄を、全然空に帰せしめてしまう。そして固定観念がもはや身を養うべきものをもたずに、すべてを焼きつくしてみずからも死んでゆくときに、なんたる新しい自然がその廃墟はいきょから飛び出してくることぞ! 好意も慈悲も若さも幻ももたない自然であって、あたかもこわれた建築を蚕食する雑草のように、生命を蚕食することしか考えないのである。
ジャックリーヌの場合も例によって、心を欺くにもっとも適した男へ、その固定観念はからみついていった。憐あわれなジャックリーヌが惚ほれ込んだ男は、ある運のよいパリーの著述家で、美しくも若くもなく、鈍重で、赭あから顔で、擦すれっからしで、歯は欠け、心はひどく乾かわききっていて、そのおもな値打ちと言っては、世にもてはやされてることと、多数の女を不幸な目に会わしたこととであった。この男の利己心を知らなかったとの弁解さえ、ジャックリーヌはなし得ないはずだった。なぜなら彼はその利己心を芸術中に誇示していたから。彼は自分のしていることをよく知っていた。芸術のうちにはめ込まれた利己心は、雲雀ひばりどもにたいする鏡であり、弱き者どもを妖まどわす炬火きょかである。ジャックリーヌの周囲でも、多くの婦人が彼にとらえられたのだった。ごく最近も、彼女の友の一人で結婚して間もない若い婦人が、彼のために訳なく堕落させられ、つぎには捨てられてしまった。そういう婦人らは、口惜くやしさを隠しおおせるほど巧みではなくて、側はたの人々の笑い事となりはしたけれど、はなはだしい悲嘆に沈みはしなかった。もっともひどい害をこうむった者でも、自分一身の利害と世間的な務めとを気にしていて、心の乱れを常識の範囲内だけにとどめていた。彼女らは少しも騒動をひき起こしはしなかった。夫や友人たちを欺くにしても、あるいは自分が欺かれて苦しむにしても、すべて暗黙のうちにおいてだった。彼女らは人の噂うわさにたいしては女丈夫じょじょうふであった。
しかしジャックリーヌは狂人だった。彼女は自分の言ってることを実行し得るばかりではなく、自分のしてることを吹聴ふいちょうすることもできた。彼女の無分別には、いろんな打算がなかったし、全然私心がなかった。彼女には危険な美点があって、常に自分自身にたいして率直であり、自分の行為の結果に辟易へきえきしなかった。彼女はその社会の他の者よりいっそうすぐれていた。それゆえにかえっていっそういけなかった。恋したとき、姦淫かんいんの心を起こしたとき、彼女は絶望的な率直さで無我夢中にそれへ突進した。

アルノー夫人は一人で家にいて、ペネローペがあの名高い編み物をしてるときの落ち着きを思わせるような、逆上のぼせ気味の落ち着きで編み物をしていた。そして実際ペネローペのように、彼女は夫の帰りを待っていた。アルノー氏はいつも昼間を外で過ごした。午前と午後とに授業があった。少し跛を引いている上に学校はパリーの反対の端にあったけれど、たいてい昼食をしに帰ってきた。その長い道を歩くのは、好きだからというよりも、または経済だからというよりも、むしろ習慣になってたからだった。しかし日によっては、生徒に復習をしてやるために引き留められた。あるいは図書館が近所にあるのを利用して、そこへ勉強に行った。でリュシル・アルノーは、がらんとした部屋へやの中に一人でいた。八時から十時まで手荒い仕事をやりに来る家事女と、毎朝注文を聞いて品物をもって来る商人とを除いては、だれも訪れてくる者がなかった。その建物の中には、もうだれも知人がなかった。クリストフは移転していた。リラの植わってる庭には新しく来た人たちが住んでいた。セリーヌ・シャブランはオーギュスタン・エルスベルゼと結婚していた。ユリー・エルスベルゼは鉱山採掘の任を帯びて、家族を連れてスペインへ行っていた。老ヴェールは妻を失って、パリーの住居にはほとんど来ることがなかった。ただクリストフとその友のセシルとだけが、リュシル・アルノーとまだ交際をつづけていた。しかしその二人は遠くに住んでいて、毎日苦しい仕事に追われていたので、幾週間も彼女を訪たずねて来ないことがあった。彼女は自分だけを頼りにするのほかはなかった。
彼女は少しも退屈してはいなかった。自分の興味をそそるにはわずかなもので足りた。日々のちょっとした仕事。毎朝母親めいた入念さでか細い葉を洗ってやる小さな植木。灰色のおとなしい飼い猫ねこ。その猫は、かわいがられてる家畜の例にもれず、ついには彼女の様子に多少感染してきて、彼女のように一日じゅう、暖炉の隅すみやテーブルの上のランプのそばなどにうずくまって、仕事をしてる彼女の指先を見守り、ときどき彼女のほうへ妙な瞳ひとみをあげてながめ、それからまた無関心な眼つきになるのだった。種々の家具もまた彼女の友となった。どれも皆親しい顔つきをしていた。それをよくみがきたてたり、横のほうについてる埃ほこりをそっと拭ふいたり、きまってる場所に注意深くすえ直したりするのが、彼女には子供らしい楽しみだった。彼女はそれらの物と無音の話を交えた。ことに自分のもってる唯一のりっぱな古い家具、ルイ十六世式の精巧な円筒卓に向かって、彼女はいつも微笑ほほえみかけた。それを見ると、毎日同じような喜びを覚えた。また彼女はしきりに衣装を調べた。幾時間も椅子いすの上に立って、顔と両腕とを大きな田舎箪笥いなかだんすの中につっ込んで、ながめたり片付けたりした。すると猫は訝いぶかしそうに、幾時間も彼女の様子をながめていた。
けれども、すべての仕事を終え、一人で昼食をともかくも済まし――(彼女はいつもあまり食欲がなかった)――必要な用達ようたしに外へ出かけ、一日の用が済んで、四時ごろ居間に引っ込み、編み物と小猫こねことをかかえて、窓ぎわや暖炉のそばに落ち着くとき、彼女は非常にうれしかった。時とすると何かの口実を設けて、まったく外出しないこともあった。家に引きこもっているのが、ことに冬で雪の降ってるときには、うれしかった。彼女自身もごくきれいな繊細な弱々しい小猫にすぎなくて、寒気や風や泥や雨などが嫌きらいだった。商人が御用聞きに来るのをうっかり忘れるようなときには、昼食を求めに外出するよりも、食べないで家にいるほうが好ましかった。そういう場合には、一片のチョコレートや戸棚とだなの中の果物くだものなどをかじった。彼女はそれをアルノーへ言うのを差し控えていた。そういうことが彼女の怠惰だった。そして、日影の薄いその日々、また時とすると日の照り渡った麗わしい日々――(ひっそりとした薄暗い部屋のまわりには、戸外には、青空が輝いており、街路の物音が響いていた。それはちょうど、彼女の魂を取り巻いてる蜃気楼しんきろうのようだった。)――彼女は好きな片隅かたすみに座を占め、脚台に両足をのせ、編み物を手にして、指先を動かしながらも、じっと思いにふけった。そばには愛読書を一冊置いていた。たいていそれは、イギリスの小説の翻訳である赤表紙の粗末な書物だった。彼女はほんの少ししか読まなくて、日に一章がせいぜいだった。それで膝ひざの上の書物は、長い間同じページが開かれてるままだったし、てんで開かれていないことさえあった。彼女は読まない先からそれを知っていた、それをぼんやり想像していた。それでディケンズやサッカレーの長い小説は、読むに数週間かかったが、彼女はそれを数年間夢想してるのだった。それらの小説はしみじみとした情愛で彼女を包み込んでいた。早急に濫読する現今の人々は、いい書物をゆっくり味わうときにそれから輝き出す霊妙な力を、もはや知り得ないのである。アルノー夫人は、それら小説中の人物の生活が自分の生活と同じく現実であることを、少しも疑わなかった。彼女が自分の一身をささげたく思うような人物もあった。母親と乙女おとめとの心をそなえてひそかに恋に燃えている、嫉ねたみ深いまたやさしいキャスルウッド夫人は、彼女にとっては姉妹のように思われた。小さなドンビーは、自分のかわいい息子むすこのように思われた。死にかかってる世間知らずの細君ドラーは、自分自身のように思われた。善良な純潔な眼で世をながめてゆくそれら童心の魂たちのほうへ、彼女は両手を差し出した。そして彼女の周囲には、おかしなまたいじらしい空想を追っかけてる、愛すべき貧民やおとなしい恋人の行列が、通りすぎていった――そして、自分の夢を笑いまた泣いてる善良なディケンズのやさしい天才が、その先頭に立っていた。ちょうどそういうとき、彼女が窓から外をながめると、この空想世界の親愛な人物や獰猛どうもうな人物が、通行人のうちに見てとられた。人家の壁の向こうに、同じような生活があるのが推察された。彼女が外出を好まないというのも、神秘に満ちてるその世界を恐れてるからだった。彼女は自分のまわりに、悲劇が隠れていたり喜劇が演ぜられていたりするのを気づいていた。そしてそれはいつも幻影ばかりではなかった。彼女は孤独な生活をしてるうちに、ある神秘な直覚の才能を得ていたので、通りすがりの人々の眼つきを見ても、その中に、往々彼ら自身も気づかないでいる過去や未来の彼らの生活の秘密を、読みとることができた。そしてそれらの真実な幻像は、彼女にあっては、架空的な追憶が加わるために変形されてしまった。彼女はそういう広漠こうばくたる世界のうちにおぼれる気がした。しっかりした足がかりを得るために家へもどらなければならなかった。
けれども、他人を見たりその心中を読みとったりする必要が、なんで彼女にあったろう? 彼女はただ自分自身の内部をながめるだけで十分だった。外部から見たところでは光のない蒼白あおじろい彼女の存在も、内部においてはいかに光り輝いてたことだろう! なんという充実した生活だったろう! 人が夢にも知らないほどの、なんというたくさんの追憶が、宝が、あったことだろう!……そしてそれらのものは、かつて多少の現実性を有したことがあるか――もちろんある。それらは現実だったのだ。なぜなら彼女にとって現実だったから……。おう、夢想の魔法杖づえに変容させられる憐あわれな生活よ!
アルノー夫人は長い歳月をさかのぼって、幼年時代までも思い起こしていた。消え失うせた希望のかよわい小さな花までが、一つ一つひそかに咲き返った……。ある少女にたいする幼い初恋。彼女はその娘を一目見たときからもう魅惑されたのだった。この上もなく純潔なおりの恋愛とも言えるもので、彼女はその娘を愛した。その娘から触さわられるのを感ずると、息がつまるほど感動した。その娘の足に接吻せっぷんし、その娘の愛子となり、またその娘と結婚したかった。がその偶像は、やがて結婚し、幸福な目にも会わず、子供を一人もち、その子供も死に、自分も死んでしまった……。また十二歳のころ、同年配の他の娘にたいする恋。その娘はいつも彼女をいじめてばかりいた。悪戯いたずらな快活な金髪の娘で、彼女を泣かすのを面白がり、泣かしたあとではやたらに接吻してくれた。二人はいっしょに、架空的な未来の計画をいろいろたてていた。がその友は、なぜか突然に、カルメル会の尼となってしまった。幸福に暮らしているそうだった……。つぎには、ずっと年上のある男にたいする深い情熱。この情熱についてはだれも知らなかったし、当の男でさえもそれを知らなかった。しかし彼女はそこで、献身の熱誠を、情愛のいろんな宝を、費やしたのだった……。それから、なおも一つの情熱、こんどは向こうから彼女を愛していた。しかし彼女は、妙な臆病おくびょうさのために、自信の念の乏しさのために、愛せられてるのを信ずることもできなかったし、愛してる様子を示すこともできなかった。そして幸福は、つかまれずに過ぎ去ってしまった……。つぎには……しかし、自分だけにしか意味のない事柄を他人に語ったとてなんの役にたとう? 彼女には深い意味をもたらしたものも、実際はいろんなつまらない事柄ばかりだった。友が払ってくれた注意、オリヴィエがなんの気もなく言ったやさしい一言、クリストフの親切な訪問、彼の音楽が喚よび起こしてくれた楽しい世界、見知らぬ人の一瞥べつなど。この正直な純潔なりっぱな女である彼女のうちにも、ある知らず知らずの不実な考えがあるのだった。彼女はそれに心乱され、それを恥ずかしく思い、わずかに避けていたが、それでもやはり――罪のないことなので――そのために多少心を輝かされた……。彼女は夫を深く愛していた。夫は彼女の夢想どおりの人ではなかったけれども、至って善良だった。ある日彼は彼女に言った。
「ねえお前、お前が私にとってどんなものであるかは、お前にはわかるまい。お前は私の生活のすべてなのだ……。」
彼女の心はすっかり解けたのだった。その日彼女は、永久にすっかり彼と結合した心地がした。そして二人は年ごとにますます密接に結びついた。いっしょに美うるわしい夢想を描いた。仕事や旅行や子供の夢想だった。そしてそれはどうなったか?……悲しいかな!……でもアルノー夫人はやはり夢想をつづけていた。夢想の中に一人の子供がいた。彼女はその子供のことを、あまりにしばしばあまりに深く考えたので、実際そこにいるかのようによく知っていた。幾年となくそのほうへ考えを向けて、自分の見たもっとも美しいものや自分の愛したもっともかわいいもので、たえずそれを飾りたてていた……。そして、沈黙!……
それがすべてだった。それが彼女の世界だった。ああいかに多くの人知れぬ悲劇が、もっとも深い悲劇さえもが、外観は至って静穏平凡な生活の奥に、隠れていることであろう! そしておそらくもっとも悲壮なのは、それら希望の生活のうちに、何事も起こらないということである――自分の権利であるところのものに向かって、自然から約束されそして拒まれた自分の所有物であるところのものに向かって、絶望的な叫びをあげ――熱烈な苦悩のうちに身をさいなみ――しかも外部にその様子を少しも示さない――それら希望の生活のうちに、何事も起こらないということである。
アルノー夫人は自分の幸福のために、自分のことばかりに没頭しているのではなかった。彼女の生活は、彼女の夢想の一部をしか満たしていなかった。彼女はなお、今知ってる人々や昔知った人々の生活をも、みずから生活していた。それらの人々の地位に身を置いていた。クリストフのことを考え、友のセシルのことを考えていた。今日も彼女はセシルのことを考えていた。二人はたがいに愛情をいだいていた。不思議なことには、二人のうちの強健なセシルのほうがいっそう、かよわいアルノー夫人によりかかりたがっていた。この快活な丈夫な大きな娘は、実は、見かけほど強くはなかった。彼女はちょうど危機を通っていた。もっとも沈着な心の人でさえ、意外な羽目に陥ることがある。彼女のうちにはごくやさしい一つの感情がはいり込んでいた。彼女は初めそれを認めたくなかった。しかしそれはしだいに大きくなってきて、眼に留めないわけにゆかなくなった――彼女はオリヴィエを愛してるのだった。その若者の静かなやさしい振る舞い、その身体つきのやや女性的な美うるわしさ、その弱々しい信頼的な性質、などはすぐに彼女をひきつけたのだった。――(母性的な性格は自分を頼りにする者からひきつけられる。)――その後彼女は、オリヴィエの夫婦生活の苦しみを知ったために、危険な憐あわれみの念を彼にたいして起こした。もちろんそういう理由ばかりではなかった。一人の者が他の者に熱中する理由を、だれがすっかり言い得よう? どちらもなんでもないことがしばしばである。そのときの場合によるのであって、用心していない人の心は、途上に横たわってる最初の愛情に、ふいに引き渡されてしまうことがある。――セシルは、もはや自分の愛に疑いの余地がなくなると、その愛を罪深い不条理なものだと考えて、それを抜き去ろうと勇ましく努力した。彼女は長くみずから自分を苦しめた。心の傷を癒いやすことができなかった。だれも彼女の心中に起こってる事柄を気づかなかった。彼女は幸福な様子を雄々しくも装っていた。ただアルノー夫人だけがその苦しみを察していた。セシルはやって来ては、彼女の花車きゃしゃな胸に、首筋の頑丈がんじょうなその頭をもたせかけた。そして黙って涙を流し、彼女を抱擁し、それから笑いながら帰っていった。そのかよわい友にたいして、セシルは深い尊敬をいだいていた。この友のうちに彼女は、ある精神的な力と自分の信念よりもすぐれた信念とを、見出していた。彼女は心中を打ち明けはしなかった。しかしアルノー夫人は、片言隻語で察知することができた。ただ彼女にとっては、世の中は悲しい誤解ばかりのように思われた。そしてその誤解をとくことは不可能であった。人はただ愛し憐れみ夢想することができるばかりである。
そして、夢想の群れが心の中であまりに騒々しく飛び回るとき、頭がふらふらするとき、彼女はピアノについて、低音の鍵キーにとりとめもなく指を触れながら、音響の和なごやかな光明で、生活の迷夢を包み込むのであった……。
しかしこの善良な可憐な女は、日々の務めの時間を忘れはしなかった。アルノーが家にもどってくると、燈火はともされ、食事の支度はできていて、妻の蒼白あおじろいにこやかな顔が待っていた。そして自分の不在中、彼女がどういう世界に生きてたかを、彼は少しも気づかなかった。
困難なのは、二つの生活を衝突させずにいっしょに維持してゆくことだった。日常生活と、遠い地平線をもってる大なる精神生活。その二つを維持するのはいつも容易なことではなかった。幸いなことにアルノーもまた、書物のうちに、芸術作品のうちに、半ば空想的な生活をしていた。その永遠の火によって、揺らめいてる魂の炎が支持されていた。しかしこの数年間彼は、職務上のいろんな煩わしい些事さじや、同僚または生徒との間の不正や不公平や不愉快などから、しだいに多く心を奪われていった。彼は気むずかしくなった。政治を談じ始め、政府やユダヤ人をののしり始めた。自分が大学教授の地位を得られなくなったのは、ドレフュースのせいだとした。彼のそういう苦々にがにがしい気分は、アルノー夫人へも多少伝わった。彼女は四十歳近くなっていた。生活力が乱されて平衡を求める年齢だった。彼女の思想のうちには大なる亀裂きれつが生じた。しばらくの間、彼らは二人とも生存の理由をすべて失った。なぜなら彼らは、その蜘蛛くもの巣を張るべき場所をもはやもたなかったのだから。いかに弱い現実の支持であろうとも、その一つが夢想には必要である。ところが彼らにはなんらの支持もなかった。彼らはもうたがいにささえ合うことができなかった。彼は彼女を助けないで、彼女にすがりついてきた。そして彼女のほうでは、彼をささえるだけの力が自分にないことを知った。するともう彼女は自分を支持することもできなかった、ただ奇跡によってなら救われるかもしれなかった。彼女は奇跡を呼び求めていた……。
奇跡は魂の深みからやって来た。否応なしに創造したいという崇高な無法な欲求、否応なしに自分の蜘蛛くもの巣を空間に織り出したいという欲求が、孤独な心から湧わき出てくるのを彼女は感じた。それはただ織り出す喜びのためにばかりであって、自分がどこに運ばれてゆくかは、風のままに、神の息吹いぶきのままに、うち任せたのだった。そして神の息吹きは、彼女をふたたび生活に結びつけ、眼に見えない支持を彼女に見出さしてやった。そこで夫妻は二人とも、空想のりっぱな無益な蜘蛛の巣を、ふたたび気長に織り出し始めた。それは彼らの血液のもっとも純潔なもので作られたのだった。

アルノー夫人は一人で家にいた……日は暮れかかっていた。
訪問の鈴りんが鳴った。アルノー夫人はいつもより早く夢想から呼び覚さまされて、ぞっと身震いをした。丁寧ていねいに編み物を片付けて、立って行って扉とびらを開いた。クリストフがはいって来た。彼はひどく感動していた。彼女はやさしく彼の手をとった。
「どうなすったの?」と彼女は尋ねた。
「あの、オリヴィエがもどって来たんです。」と彼は言った。
「もどっていらして?」
「今朝やって来ました。『クリストフ、助けてくれ!』と言うんです。僕は抱擁してやりました。泣いていました。『僕にはもう君だけだ、彼女は行ってしまった、』と彼は言いました。」
アルノー夫人はびっくりして、両手を握り合わして言った。
「まあ不仕合わせなお二人ですこと!」
「彼女は行ってしまったんです、」とクリストフはくり返した、「情夫といっしょに。」
「そしてお子さんは?」とアルノー夫人は尋ねた。
「夫も子供も置きざりです。」
「まあ不仕合わせな女ひとですこと!」とアルノー夫人はまた言った。
「オリヴィエは彼女を愛していました、」とクリストフは言った、「彼女だけを愛していたんです。もうその打撃からふたたび起たち上がることはできますまい。『クリストフ、僕は彼女から裏切られた……僕のいちばんよい友から裏切られた、』とくり返し言うんです。僕は言ってやりました。『君を裏切った以上は、彼女はもう君の友ではないのだ。君の敵なのだ。忘れてしまえよ、そうでなけりゃ殺してしまえよ。』とそう言っても、甲斐かいがないんです。」
「ああ、クリストフさん、何をおっしゃるんです! あまりひどいことじゃありませんか。」
「ええ、それは僕にもわかっています、あなたがたには殺すということが、歴史以前の野蛮行為のように思われるでしょう。このパリーのきれいな人たちは、牡おすが自分を裏切った牝めすを殺そうとする畜生的な本能にたいして、いろいろ抗弁して、寛大な理性を説くんですね。なるほどりっぱな使徒です! この雑種の犬どもの群れが、動物性への逆転を憤るのは、実にりっぱな見物ですよ。彼らは生活を侮ったあとに、生活からその価値をすべて奪い去ったあとに、宗教的な崇拝で生活を包むのです……。心情も名誉もない生活、単なる物質、一片の肉体の中の血液の鼓動、そんなものが彼らには尊敬に催するのだと思えるのでしょう。すると彼らはあの肉屋の肉にたいして、十分敬意を払っていませんね。それに手を触るるのは一つの悪罪でしょう。魂を殺すなら殺すがいい、しかし身体は神聖なものだとでも……。」
「魂を殺すのはもっとも悪い殺害です。けれども、罪は罪を許しません。あなたもそのことはよく御存じでしょう。」
「知っています。あなたの言われることは道理です。僕はよく考えもせずに言ってるのです……。けれど、おそらく僕はそのとおりのことをやりかねないんです。」
「いいえ、あなたは自分で自分をけなしていらっしゃるのですよ。あなたはいい人ですもの。」
「僕は熱情に駆られると、やはり他人に劣らず残酷になります。ねえ、僕は先刻さっきどんなにか怒おこってたでしょう!……自分の愛する友人が泣くのを見ては、彼を泣かしてる者をどうして憎まずにいられましょう? 子供をも見捨てて情夫のあとを追っかけていった浅ましい女にたいしては、いくら苛酷かこくにしてやってもまだ足りないではないでしょうか。」
「そんなふうにおっしゃるものではありません、クリストフさん。あなたにはよくわからないのです。」
「えッ! あなたはあの女の肩をもたれるのですか。」
「私はあの女ひとをお気の毒に思います。」
「僕は苦しんでる人たちをこそ気の毒だと思うんです。人を苦しめる奴やつらを気の毒だとは思いません。」
「じゃああなたは、あの女ひともやはり苦しんだとはお考えになりませんか。単に浮気のせいで、子供を捨てたり生活を破壊したりされたのだと、お思いになりますの。あの女ひと自身の生活も破壊されたのではありませんか。私はあの女ひとをあまりよくは知りません。お目にかかったのも二度きりで、それもほんのついでにだったんです。私に親しい言葉もおかけになりませんでしたし、同情ももっていられませんでした。それでも私は、あなたよりもよくあの女ひとの心を知っています。悪い方かたでないことを確かに知っています。かわいそうな方ですわ。あの女ひとの心中にどういうことが起こったか、私には察しられます……。」
「りっぱな正しい生活をしていられるあなたに!……」
「ええ私に。あなたにはわからないのです。あなたはいい方だけれど、男ですもの。やさしくはあっても、みんな男の人と同じように、やはり頑固がんこなのです――自分以外のものには少しも察しがないのです。あなたがた男の人は、自分のそばにいる女の心を、夢にも御存じありません。自己流に女を愛してはいらっしても、少しも女を理解しようとはされません。たやすく自分だけに満足していられるのです。あなたがたは私たち女のことを知ってると思い込んでいられますけれど……ああ、私たちにとっては、あなたがたから少しも愛せられていないということではなく、どんなふうに愛せられてるかということ、私たちをもっともよく愛してる人たちにとって私たちがなんであるかということ、それを見るのが時としてはどんなに苦しいか、あなたがたに知っていただけさえしましたら! クリストフさん、時によりますと、『愛してくださいますな、愛してくださいますな、こんなふうに愛してくださるよりも、他のことのほうがどんなことでもまだよろしいのです、』という叫び声を押えるためには、爪つめが手のひらにくい入るほど拳こぶしを握りしめて我慢しなければならないこともあります……。あなたはある詩人のこういう言葉を御存じですか。『自分の家にいてさえも、子供たちの間にいてさえも、女は虚偽の名誉にとり巻かれ、極悪な悲惨よりもはるかに重い軽蔑けいべつを堪え忍ぶ。』そのことを考えてごらんなさい、クリストフさん……。」
「驚いたことを言われますね。僕にはよくのみ込めません。けれどなんだか少しは……ではあなた自身も……。」
「私はそういう苦しみを知りました。」
「ほんとうですか?……だがそんなことはどうでもいいです。あなたがあの女と同じようなことをされようとは、僕にはけっして信じられません。」
「私には子供がありませんよ、クリストフさん。あの女ひとの身になったらどんなことをしたかわかるものですか。」
「いいえ、そんなことはありません。僕はあなたを信じています。あなたを尊敬しすぎてるくらいです。そんなことはないと僕は誓います。」
「誓えるものではありません。私もあの女ひとと同じようなことをしかかったことがあります……。あなたからよく思っていただいてるのを打ちこわすのは、心苦しいことですけれど、あなたも、誤った考えをいだくまいと望まれるなら、私たち女のことを少しお知りにならなければいけません。――まったくです、私はあの女ひとと同じような馬鹿げたことを危うくするところでした。そして私がそれをしなかったのも、多少はあなたのおかげです。ちょうど二年前のことでした。私はそのころ、悲しみに身を噛かまれるような心地がしていました。いつもこう考えていました、私はなんの役にもたたない、だれも私に注意をしてはくれない、だれも私を必要としてはいない、夫でさえも私なしで済ましてゆけるだろう、私が生きたのも無駄むだであった……と。そして私は逃げ出そうとしました、なんだか馬鹿げたことをしようとしました。あなたのところへ上がって行きました……。覚えていらっしゃいますか?……あなたはなんで私がやって来たのかおわかりになりませんでした。私はお別れにまいったのでした……。それから、どんなことになったか私は存じません。どんなことをあなたがおっしゃったか知りません。もうはっきり思い出せないのです……。けれどたしかに、あなたに何か言われました……(御自分ではお気もつかれなかったのでしょうが)……その言葉が私にとっては一筋の光明でした……。まったくその瞬間には、ほんのわずかなことで、私は駄目になるか救われるかする場合だったのです……。私はあなたのところから出て、自分の室に帰り、閉じこもって、一日じゅう泣きました……。それからはすっかりよくなりました。危機は通り過ぎてしまったのです。」
「そして今では、」とクリストフは尋ねた、「それを後悔していらっしゃるのですか。」
「今ですって?」と彼女は言った。「ああもしそんな馬鹿な真似まねをしていましたら、私はもうとっくにセーヌ河がわの底にでも沈んでるでしょう。私はその不名誉を忍びきれなかったでしょう、気の毒な夫にかけた苦しみを忍びきれなかったでしょう。」
「ではあなたは幸福なんですね。」
「ええ、この世で人が幸福になり得られるだけの程度には。まったくのところ、おたがいに理解し合い尊重し合って、おたがいに信じてることをよく知ってる夫婦というものは、世にはめったにありません。それも、多くは幻にすぎない単なる愛の信念からではなくて、いっしょに過ごした長年の経験から、陰鬱いんうつな平凡な長年の経験から、そうなったのでして、打ち勝ってきたいろんな危険の思い出がありながらも――いえ、ことにその思い出があるので、いっそうそうなってゆくのです。そして年取るに従って、それはますますよくなってゆくものなんです。」
彼女は口をつぐんだ、そして突然顔を赧あかくした。
「まあ、私はどうしてこんなことをお話ししたのでしょう?……どうしたのでしょう?……お忘れになってくださいね、クリストフさん、お願いですから。だれにも知られてはいけないことなんです……。」
「御心配には及びません。」とクリストフは彼女の手を握りしめながら言った。「それは神聖なことですから。」
アルノー夫人は話したのを悔いて、ちょっとためらった。それから言った。
「お話ししてはいけなかったのですけれど……でも、ただ私はあなたに見せてあげたかったのです。よく一致してる家庭のうちにも、女……クリストフさん、あなたが尊重していられるような女たちのうちにも、あるときには、あなたがおっしゃるような心の迷いばかりではなく、真実な堪えがたい苦しみがあるものです。その苦しみは、人を馬鹿げた行ないに導いて、一つの生活を、二つの生活をも、破壊してしまうものです。あまりきびしい判断をしてはいけません。人はもっとも深く愛し合ってるときでさえ、たがいに苦しめ合うものなんです。」
「それでは、各自別々に生きなければならないのでしょうか。」
「そんなことは、私たち女にとってはなおさらいけないのです。一人で暮らして男のように(そしてたいていは男にたいして)戦わなければならない女の生活は、そういう思想に適していないこの社会では、そして大部分そういう思想に反対してるこの社会では、恐ろしいことなんです……。」
彼女は黙り込んで、身体を軽く前にかがめ、暖炉の炎に眼をすえていた。それからまた、やや曇った声で静かに言い出した。ときどき言いよどんだり、言いやめたりしたが、また言いつづけるのだった。
「けれども、それは女のせいではありません。女がそういう生活をする場合には、気まぐれでするのではなくて、やむを得ずするのです。パンをかせぎ出さなければなりませんし、男なしで済ましてゆくことを覚えなければなりません。なぜなら、女は貧乏なときには、男から求められないものですから。そして女は孤独な生活を強しいられ、しかもその孤独からなんの利益も得はしません。というのは、男のように無邪気に自分の独立を楽しんでいますと、きっと醜聞をこうむるのですから。何もかも女には禁ぜられています。――私のお友だちに、地方で中等教員をしてる女が一人あります。たとい空気の通わない牢屋ろうやの中に閉じこめられても、これほど孤独で息苦しくはないだろうと言っています。中流社会の人たちは、自分で働いて生活しようとつとめる、こういう女たちに向かって、戸を閉ざしてしまいます。彼らは疑い深い軽蔑けいべつの念を投げかけます。彼女たちのちょっとした行ないもみな、悪意ある眼でながめられます。男子の学校の同僚たちは、町の陰口を恐れてか、あるいはひそかな反感か粗野な気質からか、彼女たちを常にのけものにして、珈琲店に入りびたって淫みだらな話にふけったり、一日の仕事に疲れはてていたり、知識階級の女に飽き飽きして嫌悪けんおの念をいだいたりしています。そして彼女たちも、もう辛抱ができなくなります。ことに学校にいっしょに住まわせられるときにそうです。彼女たちの若いやさしい魂は、その無味乾燥な職業と非人間的な孤独の生活とをしていると、間もなく落胆させられてしまいますが、校長はたいていの場合、そういう魂をほとんど理解しません。彼女たちを助けようともしないで、人知れず悶もだえるまま放っておきます。高慢な人たちだと考えるのです。そしてだれも彼女たちに同情する者はありません。財産と手蔓てづるとがないので、彼女たちは結婚することもできません。働くことに追われてばかりいるので、知的生活を営んでそれに愛着し慰められることもできません。宗教的なあるいは道徳的な特別の感情――(私は異状の病的の感情とも言いたいくらいです、なぜなら、全然自分をささげてしまうということは自然ではありませんから)――そういうある感情から、右のような生存が支持されないおりには、それは生きながらの死と同じです。――精神を働かすことがないからというので、慈善をやってみたところで、それが女に何かの助けをもたらすでしょうか。公の慈善や世間並みの慈善、博愛的な談話会、軽薄や親切やお役所風などが変に混ざり合ったやり方、情事の合い間に困窮を相手にしてしゃべり散らすふざけたやり方、そんなことで満足するにはあまりに真面目まじめな魂をもっている女たちは、慈善ということからどんなに多くの苦にがい味をなめさせられることでしょう! もしそれに嫌気いやけを起こして無謀にも、単に聞きかじっただけの困窮のまん中へ一人で飛び込んでゆくとしましたら、まあなんという光景に出会うことでしょう! ほとんど我慢できない光景です。それはまったく地獄です。それを救うために何ができましょう? 彼女自身その不幸の海のなかにおぼれてしまいます。それでもなお戦って、幾人かの不幸な人たちを救おうとつとめ、その人たちのために自分を疲らしてしまい、いっしょにおぼれるだけのことです。一人か二人かを救い得るとしたら、この上もない幸いです。けれども、その彼女のほうは、だれが救ってくれるでしょうか。だれが彼女を救おうと気をもんでくれるでしょうか。彼女自身が、他人や自分のあらゆる苦しみを苦しんでるではありませんか。彼女は他人に信仰を与えるに従って、自分には信仰が少なくなります。悲惨な人たちはみな彼女に必死としがみついてきます。そして彼女は何にもすがるものをもちません。だれも彼女に手を差し出してはくれません。そして時とすると、石を投げられることさえあります……。クリストフさん、あなたも御存じでしょう、もっとも謙遜けんそんなもっとも価値のある慈善事業に一身をささげたあの感心な婦人を。彼女は、子供を産んだ宿なしの売笑婦たちを、貧民救助会から顧みられもしないし、また向こうでもそれを恐れる不幸な女たちを、自分の家に引き取りました。そして、彼女たちを肉体的にも精神的にも癒いやしてやろうとつとめ、子供といっしょに引き留めようとつとめ、母親の感情を呼び覚さましてやろうとつとめ、一つの家庭を、正直に働く生活を、立て直してやろうとつとめました。けれども彼女は、悲しみや苦しみに満ちてるその陰鬱いんうつな仕事にたいして、十分の力をもってはしませんでした。――(救ったのはごくわずかな人数です。救われることを願ってたのはごくわずかな人数です。それにどの子供もみな死んでしまいます。罪のない子供ですが、生まれながら不幸な運命をになってるのです……。)――そして、他人の苦しみをすべて一身に引き受けたその婦人が、人間の利己心の罪をみずから進んで贖あがなったその潔きよい婦人が、クリストフさん、人からどう判断されたとお思いになりますか? 意地悪な世間は彼女をとがめて、その事業から金を儲もうけてるのだと言ったり、保護してやった女どもから金を儲けてるとさえ言ったのです。彼女は力を落としてしまって、その町から立ち去らなければなりませんでした……。――独立した婦人たちが現在の社会となさなければならない戦いが、どんなに残酷なものであるかは、とてもあなたには想像もつきますまい。保守的な無情な現在の社会は、自分で死にかかっていまして、残ってるわずかな元気を、他人の生きるのを妨げることばかりに費やしているのです。」
「でもそれは、婦人ばかりの運命ではありません。われわれ男のほうもみなそういう戦いを知っています。そして僕はまた避難所をも知っています。」
「どんな?」
「芸術です。」
「それはあなたがたにはいいかもしれませんが、私たち女には駄目だめです。そして男のうちでさえ、芸術を利用できる人がどれだけありましょう?」
「あのセシルをごらんなさい。幸福ですよ。」

 

第8巻 女友達(3)へ続く

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-Jean-Christophe