En dépit du succès qui se dessinait hors de France, la situation matérielle des deux amis était lente à s'améliorer. Périodiquement, revenaient des moments difficiles, où l'on était obligé de se serrer le ventre. On se dédommageait, en mangeant double ration, quand on avait de l'argent. Mais c'était, à la longue, un régime exténuant.
Pour le moment, ils étaient dans la période des vaches maigres. Christophe avait passé la moitié de la nuit à achever un travail insipide de transcription musicale pour Hecht; il ne s'était couché qu'à l'aube, et il dormait à poings fermés, afin de rattraper le temps perdu. Olivier était sorti de bonne heure: il avait un cours à faire, à l'autre bout de Paris. Vers huit heures, le concierge, qui montait les lettres, sonna. D'habitude, il n'insistait pas, et glissait les papiers sous la porte. Il continua de frapper, ce matin-là. Christophe, mal éveillé, alla ouvrir, en bougonnant; il n'écouta point ce que le concierge, souriant et prolixe, lui disait, à propos d'un article de journal, il prit les lettres sans les regarder, poussa la porte sans la fermer, se recoucha, et se rendormit, de plus belle.
Une heure après, il était de nouveau réveillé en sursaut par des pas dans sa chambre; et il avait la stupéfaction de voir, au pied de son lit, une figure inconnue, qui le saluait gravement. Un journaliste, trouvant la porte ouverte, était entré sans façon. Christophe, furieux, sauta du lit:
—Qu'est-ce que vous venez foutre ici?
Il avait empoigné son oreiller pour le jeter sur l'intrus, qui esquissa un mouvement de retraite. Ils s'expliquèrent. Un reporter de la Nation désirait interviewer monsieur Krafft, au sujet de l'article paru dans le Grand Journal.
—Quel article?
—Il ne l'avait pas lu? Le reporter s'offrait à lui en donner connaissance.
Christophe se recoucha. S'il n'avait été engourdi par le sommeil, il eût mis l'homme à la porte; mais il trouva moins fatigant de le laisser parler. Il s'enfonça dans le lit, ferma les yeux, et feignit de dormir. Il eût fini par jouer son rôle, au naturel. Mais l'autre était tenace, et lisait, d'une voix forte, le début de l'article. Dès les premières lignes, Christophe ouvrit l'oreille. On y parlait de monsieur Krafft comme du premier génie musical de l'époque. Oubliant son personnage de dormeur, Christophe jura d'étonnement, et, se dressant sur sou séant, il dit:
—Ils sont fous. Qu'est-ce qui les a pris?
Le reporter en profita pour interrompre sa lecture et lui poser une série de questions, auxquelles Christophe répondit, sans réfléchir, il avait pris l'article, et contemplait avec stupéfaction son portrait qui s'étalait, en première page; mais il n'eut pas le temps de lire: car un second journaliste venait d'entrer dans la chambre, Cette fois, Christophe se fâcha, tout de bon. Il les somma de vider la place: ce qu'ils ne firent point, avant d'avoir relevé, rapidement la disposition des meubles dans la chambre, les photographies aux murs, et la physionomie de l'original, qui, riant, et furieux, les poussait par les épaules, et les escorta, en chemise, jusqu'à la porte, qu'il verrouilla derrière eux.
Mais il était dit qu'on ne le laisserait pas tranquille, ce jour-là. Il n'avait pas fini sa toilette qu'on frappait de nouveau à la porte, d'une façon convenue que, savaient seuls quelques intimes. Christophe ouvrit, et se trouva en présence d'un troisième inconnu, qu'il se mettait en devoir d'expulser rondement, quand l'autre, en protestant, excipa de son titre douteur de l'article. Le moyen d'expulser qui vous traite de génie! Christophe, maussade, dut subir les effusions de son admirateur. Il s'étonnait de cette notoriété soudaine qui lui tombait des nues, et il se demandait, s'il avait, sans s'en douter, la veille, fait jouer quelque chef-d'œuvre. Il n'eut pas le temps de s'informer. Le journaliste était venu pour l'enlever, de gré ou de force, et le conduire, séance tenante, aux bureaux du journal, où le directeur, le grand Arsène Gamache lui-même, voulait le voir: l'auto attendait, en bas. Christophe essaya de se défendre; mais naïf, et sensible, malgré lui, aux protestations d'amitié, il finit par se laisser faire.
Dix minutes plus tard, il était présenté au potentat, devant qui tout tremblait. Un robuste gaillard, d'une cinquantaine d'années, petit et râblé, grosse tête ronde, aux cheveux gris, taillés en brosse, la face rouge, la parole impérieuse, l'accent lourd et emphatique, avec des accès de volubilité caillouteuse. Il s'était imposé à Paris par son énorme «autogobisme». Homme d'affaires, et manieur d'hommes, égoïste, naïf et roué, passionné, plein de lui, il assimilait ses affaires à celles de la France, et même de l'humanité. Son intérêt, la prospérité de son journal, et la salus publica lui semblaient du même ordre et étroitement associés. Il n'avait point de doute que qui lui faisait tort faisait tort à la France; et, pour écraser un adversaire personnel, il eût de bonne foi bouleversé l'État. Au reste, il n'était pas incapable de générosité. Idéaliste, comme on l'est après dîner, il aimait, à la façon de Dieu le père, à faire de temps en temps sortir de la poussière quelque pauvre bougre, afin que se manifestât la grandeur de son pouvoir, qui de rien faisait une gloire, qui faisait des ministres, qui aurait pu, s'il eût voulu, faire des rois, et les défaire. Sa compétence était universelle. Il faisait aussi des génies, s'il lui plaisait.
Ce jour-là, il venait de «faire» Christophe.
C'était Olivier qui avait, sans y penser, attaché le grelot.
Olivier, qui ne faisait aucune démarche pour lui-même, qui avait horreur de la réclame, et fuyait les journalistes comme la peste, se croyait tenu à d'autres devoirs, quand il s'agissait de son ami. Il était comme ces tendres mamans, honnêtes petites bourgeoises, épouses irréprochables, qui vendraient leur corps pour acheter un passe-droit en faveur de leur garnement de fils.
Écrivant dans des revues, et se trouvant en contact avec nombre de critiques et de dilettantes, Olivier ne laissait pas une occasion de parler de Christophe; et depuis quelque temps, il avait la surprise de voir qu'il était écouté. Il saisissait autour de lui un mouvement de curiosité, une rumeur mystérieuse, qui se propageait dans les cercles littéraires et mondains. Quelle en était l'origine? Étaient-ce quelques échos de journaux, à la suite des exécutions récentes d'œuvres de Christophe, en Angleterre et en Allemagne? Il ne semblait pas qu'il y eût une cause précise. C'était un de ces phénomènes bien connus des esprits aux aguets, qui hument l'air de Paris, et, mieux que l'Observatoire météorologique de la tour Saint-Jacques, savent, un jour à l'avance, le vent qui se prépare, et ce qu'il apportera demain. Dans cette grande ville nerveuse, où passent des frissons électriques, il y a des courants invisibles de gloire, une célébrité latente qui précède l'autre, ce bruit vague de salons, ce Nescio quid majus nascitur Iliade, qui, à un moment donné, éclate en un article-réclame, le grossier coup de trompette qui fait pénétrer dans les plus durs tympans le nom de l'idole nouvelle. Il arrive d'ailleurs que cette fanfare fasse fuir des premiers et des meilleurs amis de l'homme qu'elle célèbre. Ils en sont pourtant responsables.
Ainsi, Olivier avait sa part dans l'article du Grand Journal. Il avait profité de l'intérêt qui se manifestait pour Christophe, et il avait eu soin de le réchauffer par d'adroites informations. Il s'était gardé de mettre Christophe directement en rapports avec les journalistes; il craignait quelque incartade. Mais sur la demande du Grand Journal, il avait eu la rouerie de faire rencontrer, à la table d'un café, Christophe avec un reporter, sans qu'il se doutât de rien. Toutes ces précautions irritaient la curiosité et rendaient Christophe plus intéressant. Olivier n'avait jamais eu affaire encore avec la publicité; il n'avait pas calculé qu'il mettait en branle une machine formidable, qu'on ne pouvait plus, une fois lancée, diriger ni modérer.
Il fut anéanti, quand il lut, en se rendant à son cours, l'article du Grand Journal. Il n'avait pas prévu ce coup de massue. Il comptait que le journal attendrait, pour écrire, d'avoir réuni toutes les informations, et de connaître mieux ce dont il voulait parler. C'était trop de naïveté. Si un journal se donne la peine de découvrir une gloire nouvelle, c'est pour lui, bien entendu, et afin d'enlever aux confrères l'honneur de la découverte. Il lui faut donc se presser, quitte à ne rien comprendre à ce qu'il loue. Mais il est rare que l'auteur s'en plaigne: quand on l'admire, il est toujours assez compris.
Le Grand Journal, après avoir débité des histoires absurdes sur la misère de Christophe, qu'il représentait comme une victime du despotisme allemand, un apôtre de la liberté, contraint de fuir l'Allemagne impériale et de se réfugier en France, asile des âmes libres,—(beau prétexte à des tirades chauvines!)—faisait un éloge écrasant de son génie, dont il ne connaissait rien,—rien que quelques plates mélodies, qui dataient des débuts de Christophe en Allemagne, et que Christophe, honteux, eût voulu anéantir. Mais si l'auteur de l'article ignorait l'œuvre de Christophe, il se rattrapait sur ses intentions,—sur celles qu'il lui prêtait. Deux ou trois mots, recueillis çà et là de la bouche de Christophe ou d'Olivier, voire même de quelque Goujart qui se disait bien informé, lui avaient suffi pour construire l'image d'un Jean-Christophe, a génie républicain,—le grand musicien de la démocratie. Il profitait de l'occasion pour médire des musiciens français contemporains, surtout des plus originaux et des plus indépendants, qui se souciaient fort peu de la démocratie. Il n'exceptait qu'un ou deux compositeurs, dont les opinions électorales lui semblaient excellentes. Il était fâcheux que leur musique le fût beaucoup moins. Mais c'était là un détail. Au reste, leur éloge, et même celui de Christophe, avaient moins d'importance que la critique des autres. À Paris, quand on lit un article qui fait l'éloge d'un homme, il est toujours prudent de se demander:
—De qui médit-on?
Olivier rougissait de honte, à mesure qu'il parcourait le journal, et il se disait:
—J'ai bien travaillé!
Il eut peine à faire son cours. Aussitôt délivré, il courut à la maison. Quelle fut sa consternation, quand il apprit que Christophe était déjà sorti avec des journalistes! Il l'attendit pour déjeuner. Christophe ne revint pas. D'heure en heure, Olivier, plus inquiet, pensait:
—Que de sottises ils lui font dire!
Vers trois heures, Christophe rentra, tout guilleret. Il avait déjeuné avec Arsène Gamache, et sa tête était un peu brouillée par le champagne qu'il avait bu. Il ne comprit rien aux inquiétudes d'Olivier, qui lui demandait anxieusement ce qu'il avait dit et fait.
—Ce que j'ai fait? Un fameux déjeuner. Il y avait longtemps que je n'avais aussi bien mangé.
Il lui raconta le menu.
—Et des vins... J'en ai absorbé de toutes les couleurs. Olivier l'interrompit, pour lui parler des convives.
—Les convives?... Je ne sais pas. Il y avait Gamache, un homme tout rond, franc comme l'or; Clodomir, l'auteur de l'article, un garçon charmant; trois ou quatre journalistes que je ne connais pas, très gais, tous bons et charmants pour moi, la crème des braves gens.
Olivier n'avait pas l'air convaincu. Christophe était étonné de son peu d'enthousiasme.
—Est-ce que tu n'as pas lu l'article?
—Si. Justement. Et toi, est-ce que tu l'as bien lu?
—Oui... C'est-à-dire, j'ai jeté un coup d'œil. Je n'ai pas eu le temps.
—Eh bien, lis donc un peu.
Christophe lut. Aux premières lignes, il s'esclaffa.
—Ah! l'imbécile! fit-il.
Il se tordait de rire.
—Bah! continua-il, tous les critiques se valent. Ils ne connaissent rien.
Mais à mesure qu'il lisait, il commençait à se fâcher: c'était trop bête, on le rendait ridicule. Qu'on voulût faire de lui «un musicien républicain», cela n'avait aucun sens... Enfin, passons sur cette calembredaine!... Mais qu'on opposât son art «républicain» à «l'art de sacristie» des maîtres venus avant,—(lui qui se nourrissait de l'âme de ces grands hommes),—c'était trop...
—Bougres de crétins! Ils vont me faire passer pour un idiot!...
Et puis, quelle raison d'éreinter, à son sujet, des musiciens français de talent, qu'il aimait plus ou moins,—(et plutôt moins que plus),—mais qui savaient leur métier et y faisaient honneur? Et,—le pire,—on lui prêtait des sentiments odieux à l'égard de son pays!... Non, cela ne pouvait se supporter...
—Je m'en vais leur écrire, dit Christophe.
Olivier s'interposa.
—Non, pas maintenant! Tu es trop excité. Demain, à tête reposée...
Christophe s'obstina. Quand il avait quelque chose à dire, il ne pouvait attendre. Il promit seulement à Olivier de lui montrer sa lettre. Ce ne fut pas inutile. La lettre dûment révisée, où il s'attachait surtout à rectifier les opinions qu'on lui attribuait sur l'Allemagne, Christophe courut la mettre à la poste.
—Comme cela, dit-il en revenant, il n'y a que demi-mal: la lettre paraîtra demain.
Olivier secoua la tête, d'un air de doute. Puis, toujours préoccupé, il demanda à Christophe, en le regardant bien dans les yeux:
—Christophe, tu n'as rien dit d'imprudent, au dîner?
—Mais non, fit Christophe en riant.
—Bien sûr?
—Oui, poltron.
Olivier fut un peu rassuré. Mais Christophe ne l'était guère. Il venait de se rappeler qu'il avait parlé, à tort et à travers. Tout de suite, il s'était mis à l'aise. Pas un instant, il n'avait songé à se défier des gens: ils lui semblaient si cordiaux, si bien disposés pour lui! Et en vérité, ils l'étaient. On est toujours bien disposé pour ceux à qui l'on a fait du bien. Et Christophe témoignait une joie si franche qu'elle se communiquait aux autres. Son affectueux sans-façon, ses boutades joviales, son énorme appétit, et la rapidité avec laquelle les liquides disparaissaient, sans l'émouvoir, dans son gosier, n'étaient pas pour déplaire à Arsène Gamache, solide à table, lui aussi, rude, rustaud et sanguin, plein de mépris pour les gens qui ne se portaient pas bien, pour ceux qui n'osent pas manger ni boire, pour les petits claqués parisiens. Il jugeait d'un homme à table. Il apprécia Christophe. Séance tenante, il lui proposa de faire monter son Gargantua, en opéra, à l'Opéra.—(Le comble de l'art, pour ces bourgeois français, était alors de mettre sur la scène la Damnation de Faust, ou les Neuf Symphonies.)—Christophe, que cette idée burlesque fit éclater de rire, eut beaucoup de peine à l'empêcher de téléphoner ses ordres à la direction de l'Opéra, ou au ministère des Beaux-Arts:—(à en croire Gamache, il semblait que tous ces gens fussent à son service.)—Et cette proposition lui rappelant l'étrange déguisement qu'on avait fait naguère de son poème symphonique David, il se laissa aller à raconter l'histoire de la représentation organisée par le député Roussin, pour les débuts de sa belle amie[5]. Gamache, qui n'aimait point Roussin, fut enchanté; et Christophe, mis en verve par les vins généreux et la sympathie de l'auditoire, se lança dans d'autres histoires indiscrètes, dont ceux qui les écoutaient ne perdirent rien. Seul, Christophe les avait oubliées en sortant de table. Et voici qu'à la question d'Olivier, elles lui revenaient à l'esprit. Il sentait un petit frisson lui courir, le long de l'échine. Car il ne se faisait pas d'illusion; il avait suffisamment d'expérience, pour se douter de ce qui allait se passer; à présent que sa griserie était tombée, il le voyait aussi nettement que si c'était déjà fait: ses indiscrétions déformées, publiées en échos de gazette médisante; ses boutades artistiques changées en armes de guerre. Quant à sa lettre de rectification, il savait, aussi bien qu'Olivier, à quoi s'en tenir là-dessus: répondre à un journaliste, c'est perdre son encre; un journaliste a toujours le dernier mot.
Tout se passa, de point en point, comme Christophe l'avait prévu. Les indiscrétions parurent, et la lettre de rectification ne parut pas. Gamache se contenta de lui faire dire qu'il reconnaissait là sa générosité de cœur, que de tels scrupules l'honoraient; mais il garda jalousement le secret de ces scrupules; et les opinions fausses, attribuées à Christophe, continuèrent de se répandre, soulevant des critiques acerbes dans les journaux parisiens, puis de là en Allemagne, où l'on s'indigna qu'un artiste allemand s'exprimât avec aussi peu de dignité sur le compte de son pays.
Christophe crut très habile de profiter de l'interview que lui faisait subir le reporter d'un autre journal, pour protester de son amour pour le Deutsches Reich, où l'on était, disait-il, pour le moins aussi libre qu'en République française.—Il parlait au représentant d'un journal conservateur, qui lui prêta sur-le-champ des déclarations anti-républicaines.
—De mieux en mieux! dit Christophe. Ah! ça, qu'est-ce que ma musique a à faire avec la politique?
—C'est l'habitude chez nous, dit Olivier. Regarde les batailles qui se livrent sur le dos de Beethoven. Les uns font de lui un jacobin, les autres un calotin, ceux-là un Père Duchesne, ceux-ci un valet de prince.
—Ah! comme il leur flanquerait à tous son pied au cul!
—Eh bien, fais de même.
Christophe en avait bien envie. Mais il était trop bon garçon avec ceux qui étaient aimables pour lui. Olivier n'était jamais rassuré, quand il le laissait seul. Car on venait toujours l'interviewer; et Christophe avait beau promettre de se surveiller: il ne pouvait s'empêcher d'être expansif. Il disait tout ce qui lui passait par la tête. Il arrivait des journalistes femelles, qui se disaient ses amies et le faisaient causer de ses aventures sentimentales. D'autres se servaient de lui pour dire du mal de tel ou tel. Quand Olivier rentrait, il trouvait Christophe tout penaud.
—Encore quelque bêtise? demandait-il.
—Toujours, disait Christophe, atterré.
—Tu es donc incorrigible!
—Je suis bon à enfermer... Mais cette fois, je te jure, c'est la dernière.
—Oui, oui, jusqu'à la prochaine...
—Non, cette fois, c'est fini.
Le lendemain, Christophe triomphant dit à Olivier:
—Il en est venu encore un. Je l'ai fichu à la porte.
—Il ne faut pas exagérer, dit Olivier. Sois prudent avec eux. «Cet animal est très méchant...» Il vous attaque, quand on se défend... Il leur est si facile de se venger! Ils tirent parti des moindres mots qu'on dit.
Christophe se passa la main sur le front:
—Ah! bon Dieu!
—Qu'est-ce qu'il y a encore?
—C'est que je lui ai dit, en fermant la porte...
—Quoi donc?
—Le mot de l'Empereur.
—De l'Empereur?
—Oui, enfin, si ce n'est lui, c'est donc quelqu'un des siens...
—Malheureux! tu vas le voir en première page du journal!
Christophe frémit. Mais ce qu'il vit, le lendemain, ce fut une description de son appartement, où le journaliste n'était pas entré, et une conversation qu'il n'avait pas tenue.
Les informations s'embellissaient en se propageant. Dans les journaux étrangers, elles s'agrémentaient de contresens. Des articles français ayant raconté que Christophe, dans sa misère, transposait de la musique pour guitare, Christophe apprit d'un journal anglais qu'il avait joué de la guitare dans les cours.
Il ne lisait point que des éloges. Tant s'en faut! Il suffisait que Christophe eût été patronné par le Grand Journal pour qu'il fût aussitôt pris à partie par les autres journaux. Il n'était pas de leur dignité d'admettre qu'un confrère pût découvrir un génie qu'ils avaient ignoré. Ils en faisaient des gorges chaudes. Goujart, vexé qu'on lui eût coupé l'herbe sous le pied, écrivait un article pour remettre, disait-il, les choses au point. Il parlait familièrement de son vieil ami Christophe, dont il avait guidé les premiers pas à Paris: c'était un musicien bien doué, certainement; mais—(il pouvait le dire, puisqu'ils étaient amis),—insuffisamment instruit, sans originalité, d'un orgueil extravagant; on lui rendait le plus mauvais service en flattant cet orgueil, d'une façon ridicule, alors qu'il eût eu besoin d'un Mentor avisé, savant, judicieux, bienveillant et sévère:—(tout le portrait de Goujart).—Les musiciens riaient jaune. Ils affectaient un mépris écrasant pour un artiste qui jouissait de l'appui des journaux; et, jouant le dégoût du servum pecus, ils refusaient les présents d'Artaxerxès, qui ne les leur offrait point. Les uns flétrissaient Christophe; les autres l'accablaient sous le poids de leur commisération. Certains s'en prenaient à Olivier—(c'étaient de ses confrères).—Ils lui gardaient rancune de son intransigeance et de la façon dont il les tenait à l'écart,—plus, à vrai dire, par goût de la solitude, que par dédain pour eux. Mais ce que les hommes pardonnent le moins, c'est qu'on puisse se passer d'eux. Quelques-uns n'étaient pas loin de laisser entendre qu'il trouvait son profit personnel aux articles du Grand Journal. Il en était qui prenaient la défense de Christophe contre lui; ils montraient des mines navrées de l'inconscience d'Olivier, qui jetait un artiste délicat, rêveur, insuffisamment armé contre la vie,—Christophe!—dans le vacarme de la Foire sur la Place, où fatalement il se perdrait. On ruinait, disaient-ils, l'avenir de cet homme, dont, à défaut de génie, le travail opiniâtre méritait un meilleur sort, et qu'on grisait avec un encens de mauvaise qualité. C'était une grande pitié! Ne pouvait-on le laisser dans son ombre, travailler patiemment?
Olivier aurait eu beau jeu à leur répondre:
—Pour travailler, il faut manger. Qui lui donnera du pain?
Mais cela ne les eût pas interloqués. Ils eussent répondu, avec leur splendide sérénité:
—C'est un détail. Il faut souffrir.
Naturellement, c'étaient des gens du monde, qui professaient ces théories stoïques. Tel, ce millionnaire, répliquant à un naïf, qui lui demandait son secours pour un artiste dans la misère:
—Mais, monsieur, Mozart est mort de misère!
Ils eussent trouvé de mauvais goût qu'Olivier leur dît que Mozart n'eût pas demandé mieux que de vivre, et que Christophe y était résolu.
Christophe était excédé de ces cancans de portières. Il se demandait s'ils dureraient toujours.—Mais après quinze jours, ce fut fini. Les journaux ne parlèrent plus de lui. Seulement, il était connu. Quand on prononçait son nom, chacun disait, non pas:
—L'auteur de David ou de Gargantua?
mais:
—Ah! oui, l'homme du Grand Journal!...
C'était la célébrité.
フランス以外で成功を博しかけていたにもかかわらず、クリストフとオリヴィエの物質的情況は、なかなかよくなってゆかなかった。きまってときどき困難な時期がやってきて、空腹な思いをしなければならなかった。その代わり金があるときには、平素の二倍も食べて補っていた。けれどそれも長い間には、結局身体を弱らす摂生法だった。
今またちょうど二人は不如意な時期にあった。クリストフは夜中過ぎまで起きていて、ヘヒトから頼まれた編曲の無趣味な仕事を片付けた。寝たのは明け方近くで、無駄なことに費やした時間を取り返すために、ぐっすり眠ってしまった。オリヴィエは早くから出かけていた。パリーの向こう側の場末で講義をしなければならなかったのである。八時ごろに、手紙を届けに来る門番の男が呼鈴を鳴らした。いつもならその男は、強いて起こさないで扉の下へ手紙を差し入れてゆくのだった。がその朝に限って扉をたたきつづけた。クリストフは寝ぼけながら、ぶつぶつ言って扉を開きにいった。門番は微笑しながら盛んにしゃべりたてて、ある新聞記事のことを言っていたが、クリストフはそれに耳を貸さず、顔も見ないで手紙を引ったくり、扉を押しやったままよくも閉めずに、また寝床にはいって、前よりもなおぐっすりと眠った。
一時間ばかり後にまた、彼は室の中の人の足音にはっと眼を覚ました。そして寝台の裾のほうに、見知らぬ顔の人が丁重に会釈してるのを見て、呆気にとられた。それはある新聞記者で、扉が開いてるのを見て遠慮なくはいり込んで来たのだった。クリストフは腹をたてて飛び起きた。
「何をしにここへ来たんです?」と彼は叫んだ。
彼は枕をつかんで、その侵入者に投げつけてやろうとした。侵入者は逃げ出すような態度をしたが、それから二人で話し合った。男はナシオン新聞の探訪員で、グラン・ジュールナル新聞に出た評論に関して、クラフト氏に面会したがってるのだった。
「どんな評論ですか。」
「まだお読みになりませんか。」
探訪員は説明の労をとってくれた。
クリストフはまた寝てしまった。眠気のためにぼんやりしていなかったら、相手を外に追い出すところだった。しかし勝手にしゃべらしておくほうが大儀でなかった。彼は蒲団の中にもぐり込み、眼を閉じ、眠ったふりをした。そしてそのままほんとうに眠ってしまうところだった。しかし相手は執拗で、評論の初めを声高に読みだした。クリストフはすぐに耳をそばだてた。クラフト氏は当代の音楽的天才だと書かれていた。クリストフは眠ったふりをする役目を忘れて、びっくりした怒鳴り声をたて、上半身を起こして言った。
「其奴らは狂人だ。何かに取り憑かれてる。」
探訪員はそれに乗じて読むのをやめ、いろんな質問をかけ始めた。クリストフはなんの考えもなくそれに答えた。新聞を取り上げて、第一ページにのってる自分の肖像を茫然とながめた。しかしその評論を読むだけの隙がなかった。新聞記者がも一人はいって来たのだった。こんどは彼も本気に腹をたてた。出て行ってしまえと怒鳴りつけた。しかし彼らは少しも出て行こうとしなかった。室内の家具や壁の写真などの配置から、本人の顔つきまでを、手早く書き止めてしまった。クリストフは笑いだしまた怒りだして、彼らの肩をとらえて押しやり、シャツのまま外に送り出して、そのあとから扉に差し金をおろしてしまった。
しかしその日はどうしたことか、彼は一人落ち着いてることが許されなかった。身仕舞いを終わるか終わらないうちに、ふたたび扉をたたく者があった。ただ数人のごく親しい者のみが知ってる一定のたたき方だった。クリストフは扉を聞いてみた。するとそれも見知らぬ男だった。彼はすぐに追い出そうとした。が相手は言い逆らって、自分こそあの新聞評論の筆者であるということを楯にとった。天才だとほめてくれる者を追い出す法はない! クリストフは嫌々ながらも、崇拝者の感激の言葉を聞いてやらざるを得なかった。彼は天から降ってきたような突然の名声に驚いて、前日何か傑作をでもみずから知らずに演奏させたのかしらと怪しんだ。しかしよく調べてみるだけの余裕がなかった。その新聞記者がやって来たのは、社長閣下のアルセーヌ・ガマーシュ自身が彼に会いたがってるので、ぜひとも彼を引っ張り出して、すぐに新聞社へ連れてゆくためにであった。下に自動車も待っていた。クリストフは断わろうとした。しかし率直な感じやすい彼は、相手の好意的な勧誘に会って、ついに心ならずも我を折った。
それから十分ばかりして、彼は社長に紹介された。この絶対主権者の社長の前では、すべてのものが震えおののいていた。五十年配の強健な快男子で、背が低くむっくりしていて、丸い大きな頭、角刈りにした灰色の頭髪、赤い顔、横柄な言葉つき、重々しい誇張的な音調、そしてときどきごつごつした快弁を弄した。彼はその絶大な自信の念をもってパリーにのしかかっていた。事務家で、敏腕家で、利己的で、率直でまた狡猾で、熱情的で、一人よがりである彼は、自分の仕事をフランスの仕事と同一視し、人類の仕事とさえも同一視していた。自分の利益と自分の新聞の繁栄と社会の安泰とを、彼は同種のものだと見なし、密接に関係してるものだと見なしていた。自分に害を与うるものはフランスに害を与うるものだと、確信しきっていた。私敵を撲滅するためには、断然国家をも転覆しかねなかった。それでも彼は、寛仁な行ないをなし得ないではなかった。腹がいっぱいなときに人は理想家となるごとく、彼も一種の理想家であって、父なる神のごとくに、塵の中から憐れな人間をときどき引き出してやるのを好んでいた。そしてそれは、無から光栄をもこしらえ出し、大臣をもこしらえ出し、意のままに国王をもこしらえたり廃したりし得るという、自分の偉大な力を示さんがためであった。彼の権能はすべてのものに及んでいた。気に入れば天才をもこしらえ出していた。
その日彼は、クリストフを「こしらえ」たのだった。
知らず知らずにその先鞭をつけたのは、オリヴィエだった。
オリヴィエは自分のためにはなんらの奔走もしなかったし、ひどく広告をきらっていて、黒死病をでも避けるように新聞記者を避けていたけれど、事が自分の友に関係するときには、他に尽くすべき義務があると考えていた。世のやさしい母親、正直な中流婦人、りっぱな人妻は、そのやくざな息子へ何かある特典を得させることができるならば、自分の身体を売ってもいいと思っているが、オリヴィエもちょうどそれに似ていた。
オリヴィエは諸雑誌に筆を執っていたし、多くの批評家や文芸愛好家と接触していたので、おりがあればかならずクリストフの噂をしていた。そしてしばらく前から、自分の言葉が聞きいれられてるのを見て我ながら驚いた。文学界や社交界に広まってゆく、一種の好奇の動きを、一種の妙な風説を、彼は周囲に感知した。その起源はなんであったろうか、イギリスやドイツでクリストフの作品が最近演奏されたのにたいする、新聞紙の多少の反響であったろうか。いや、はっきりした原因があるのではなさそうだった。それは、パリーの空気を吸っていて、サン・ジャック塔の気象台よりもなおよく、どういう風が起こりかけていて明日はどうなるということを、前日から知ってるような、見張りを事としてる精神の人々には、よくわかってる現象の一つだった。電気の震動が通ってるこの神経質な大都会のうちには、眼に見えない光栄の潮流があり、露わな名声に先立つ隠れたる名声があり、客間の漠然たる風評があり、時至れば広告的論説となって現われてくる、イーリアス以上のもの出づがあり、新しい偶像の名前をもっとも堅い鼓膜にも響き通らせる、太鼓の太音があるのである。それにまた時とするとその大らっぱは、賞賛の対称たる当人のもっとも親しいもっともよい友人らを逃げ出させることすらある。けれどその責任は友人らのほうにもある。
ところでオリヴィエは、グラン・ジュールナルの評論に関係があった。彼は人々がクリストフにたいして示してる興味を利用し、巧みな報道によってそれを煽りたてさせるだけの注意をとった。用心してクリストフを直接に新聞記者と接触させはしなかった。何か面白くないことが起こりはすまいかと恐れたのだった。けれど、グラン・ジュールナルの求めにより、策略をもってクリストフに気づかれないようにして、彼と一人の探訪員とをある珈琲店の食卓で出会わした。それらの用心は、ますます人の好奇心を刺激し、クリストフをいっそう面白い人物にした。オリヴィエはまだかつて公表機関との交渉に経験がなかった。一度動き出したらもう取り締まることも抑制することもできない恐るべき機械を、自分が動かすようになろうとは考えに入れていなかった。
で彼は、講義に出かける道すがら、グラン・ジュールナルの評論を読むと呆然としてしまった。そんなひどいことを書かれようとは予期していなかった。新聞というものは、あらゆる調査をよせ集めて、書くべき対象を多少ともよく知りつくしてから、初めて筆にのぼすものだと、彼は考えていた。がそれはあまりに世間知らずだった。新聞が一つの新しい光栄者を発見するの労をとる場合には、それはもちろん新聞自身のためであって、発見の名誉を他の新聞から奪わんがためにである。それで、讃めるものを少しも理解しなくても構わず、ただ急いでやらなければならない。しかし作家のほうでそれをぐずぐず言う者はめったにない。賞賛されるときにはいつもかなり理解されてるわけだから。
グラン・ジュールナルはまず、クリストフの悲惨な境遇についてばかばかしいことを述べたて、クリストフをドイツの専制主義の犠牲者だとし、自由の使徒だとし、帝国主義のドイツからのがれて、自由な魂の避難所たるフランスへ逃げ込んだのだと言い――(熱狂的な愛国心の台辞を並べるにはいい口実である)――つぎに、彼の天才を激賞していた。しかし彼の天才について実際は何にも知っていなかった――彼がドイツにいるときの初期の作で、今では自分でも恥ずかしがってなくしてしまいたがってる、二、三の平凡な旋律以外には、何にも知っていなかった。けれどその評論の筆者は、クリストフの作品については無知であっても、クリストフの意図をもって――彼がクリストフの意図だとしてるものをもって、足りないところを補っていた。あちらこちらで拾い上げたクリストフやオリヴィエの二、三言、クリストフのことなら知りつくしてると自称してるグージャールみたいな連中の言葉、それだけでもう筆者にとっては、「共和的な天才――民主主義の大音楽家」たるジャン・クリストフの面影を作り出すのに、十分だったのである。筆者はこの機会に乗じて、現代フランスの音楽家ら、ことに民主主義などをいっこう気にかけていないもっとも独創的な音楽家を、ののしり散らしていた。ただ、りっぱな選挙論をもってるらしい一、二の作曲家ばかりは、その例外だとしていた。彼らの音楽がその選挙論よりずっと劣ってるのは残念なことだった。しかしそれは些事にすぎなかった。そのうえ、彼らにたいする賛辞も、またクリストフにたいする賛辞でさえも、他の音楽家らにたいする非難ほど重大なものではなかった。パリーでは、一人の者を讃めてる評論を読むときには、「だれのことが悪く言われてるか」と考えるのが、いつも慎重な方法である。
オリヴィエは、新聞を読んでゆくに従って恥ずかしさに顔を赤くし、そして考えた。
「俺はとんだことをしたものだ!」
彼は講義をするのもようやくのことだった。自由の身になるとすぐに、家へ駆けもどった。クリストフが新聞記者らといっしょに出かけたことを知ると、このうえもなくびっくりした。昼食には帰って来るだろうと待ってみた。がクリストフは帰って来なかった。オリヴィエは時がたつにつれて心配になって考えた。
「彼らはクリストフに馬鹿なことを言わしてるに違いない。」
三時ごろ、クリストフはごく快活な様子で帰ってきた。アルセーヌ・ガマーシュと昼食を共にしたのだった。シャンペン酒を飲んだので頭が少しぼんやりしていた。どんなことを言いどんなことをしたかとオリヴィエから気がかりそうに尋ねられたが、彼にはその不安の理由が少しもわからなかった。
「何をしたかって? 素敵な昼飯を食ったよ。もう長らくあんなによく食ったことはなかった。」
彼はその献立表を述べてきかした。
「それから酒も……いろんな色のを飲んだよ。」
オリヴィエはそれをさえぎって、他の客たちのことを尋ねた。
「他の客たちだって?……僕はよく知らない。ガマーシュがいた。丸っこい男で、このうえもなく純真な奴だ。評論の筆者のクロドミールもいた。面白い奴だ。それから、三、四人の知らない記者がいたが、みなたいへん快活で、僕に親切と好意とを見せてくれた。一粒選りのりっぱな連中だったよ。」
オリヴィエは承認の様子を示さなかった。クリストフはオリヴィエがあまり喜ばないのが不思議だった。
「君はあの評論を読んでいないんだね。」
「読んだとも。そして君自身はよく読んでみたのか。」
「読んだ……と言っても、ちょっと見ただけだが、その隙がなかったんだ。」
「じゃあ、少し読んでみたまえ。」
クリストフは読んだ。そして初めから放笑した。
「馬鹿め!」と彼は言った。
彼は笑いこけた。
「おやおや、」と彼はつづけて言った、「批評家ってみな自惚れてばかりいやがる。何にも知っていないくせに。」
しかし読んでゆくに従って、彼は腹をたて始めた。あまりに愚劣だった。彼を物笑いの種となしていた。彼を「共和的な音楽家」としたがっていた。それはなんらの意味をもなさなかった……。がまあそんな洒落はどうでもいいとして……彼の「共和的な」芸術を、彼以前の大家らの「聖器所の芸術」に対立せしめていた――(そういう大家らの魂からこそ彼は養われたのだった)――あまりにひどいことだった……。
「阿呆どもが! 俺を馬鹿者にしようとしてやがる……。」
そのうえ、彼のことに関して、彼が多少とも――(むしろごくわずかばかり)――愛してるフランスの才能ある音楽家らを、自分の職分を心得ていてりっぱな仕事をしてる音楽家らを、いじめつける理由がどこにあろう? そしてもっともいけないことには――彼はその故国にたいして嫌悪すべき感情をいだいてるものと推測されていた……。そういうことは、とうてい我慢のできないことだった。
「僕は奴らに手紙を書いてやる。」とクリストフは言った。
オリヴィエはそれをなだめた。
「いや、今書いちゃいけない!」と彼は言った。「君はあまり興奮しすぎてる。明日、頭が休まってから……。」
クリストフは強情を張った。彼は言いたいことがあるときにはもう待っておれなかった。ただ書いた手紙をオリヴィエに見せることだけは約束した。それも無駄ではなかった。手紙はひどく修正された。ことに彼がドイツにたいしていだいてるとされてる意見を熱心に訂正した箇所が、はなはだしく修正された。クリストフはその手紙を出しに駆けていった。
「こうしておけばいくらかいいだろう。」と彼はもどって来て言った。「手紙が明日発表されるだろうから。」
オリヴィエは疑わしい様子で頭を撮った。それから、やはりなお気がかりだったので、クリストフの眼をのぞき込みながら言った。
「クリストフ、君は食事中別に不謹慎なことは何も言わなかったろうね。」
「言うものか。」とクリストフは笑いながら言った。
「確かかね。」
「ああ。くよくよするなよ。」
オリヴィエは少し安心した。しかしクリストフはちっとも安心できなかった。彼はやたらにしゃべり散らしたことを思い出した。あのとき彼は、すぐにいい気になってしまったのだった。ちょっとの間も人々を疑おうとはしなかった。彼らはいかにも打ち解けてるらしかったし、いかにも彼に好意をもってるらしかった。そして実際そうだった。人は自分がいいことをしてやった相手にたいしては、いつも好意を示すものである。それにクリストフはいかにも打ち明けた喜びを見せたので、その喜びの情が彼らにも伝わっていった。彼の温情的な遠慮なさ、元気溌溂たる奇抜さ、非常な食欲、喉も動かさずに酒を飲み込む早さなどは、アルセーヌ・ガマーシュに不快を与えるはずはなかった。ガマーシュもまた食卓の勇者で、無作法で田舎者で多血質であって、丈夫でない人々を、食うことも飲むこともできない人々を、パリーのいじけた者どもを、軽蔑しきっていた。彼は食卓で人を判断していた。で彼はクリストフを高く買った。そして即座に、彼のガルガンチュアをオペラ座の歌劇に上演させようと申し込んだ。――(これらフランスの中産者らにとっては、ファウストの劫罰や九つの交響曲などを上演することが、当時芸術の極致だった。)――クリストフは、その唐突な考えをおかしがった。そしてガマーシさが、オペラ座の事務所やまた美術局に電話で命令を伝えようとするのを、ようやくのことで引き止めた。――(ガマーシュの言うところによれば、そういうところにいる人々は皆彼の頤使のままになるらしかった。)――そしてガマーシュの申し出はクリストフに、彼の交響詩ダヴィデが先ごろ変なごまかし方をされた事件を思い出さした。で彼は、代議士のルーサンが情婦の門出のために催したダヴィデ公演の詩を、うっかりしゃべってしまった。(第五巻広場の市参照。)ガマーシュはルーサンを少しも好きでなかったから、その話を非常に愉快がった。クリストフは豊富な酒と聴き手の同情とに元気づいて、多少無遠慮な他の話までもち出した。それらの話を聴き手たちは一言も聞きもらさなかった。ただクリストフだけが、食卓を離れるともう忘れてしまった。そして今オリヴィエに尋ねられて、彼はそれを思い出した。彼は背筋がぞっとするのを覚えた。空しい希望をつなぎ得なかったのである。過去に十分経験があったので、これからどんなことになるかほぼ見当がついた。酔いもさめてしまった今では、もうそうなってしまったかのようにはっきり頭に浮かんだ。彼の不謹慎な話は変更されて、悪徳新聞の雑報に掲げられ、彼の芸術上の警句は戦いの武器と変えられるに違いなかった。またあの訂正の手紙についても、どれほどの役にたつかをオリヴィエと同様によく知っていた。新聞記者に答えることは、インキを無駄にすることにすぎない。新聞記者へ言ったことはもう取り返しがつかない。
すべてのことは一々、クリストフの予想どおりに起こってきた。不謹慎な話は新聞に現われたが、訂正の手紙は現われなかった。ガマーシュはただ、彼の心の高潔さを承認するということ、そういう懸念をこうむるのは名誉の至りだということを、彼に伝えたばかりだった。懸念の事実は自分一人の胸に堅く納めてしまった。そしてクリストフのものだとされてる誤った意見はしだいに広まっていって、パリーの諸新聞に辛辣な批評を惹起し、それからドイツへ伝えられて、ドイツの芸術家が自国についてかく下劣な言辞を弄するのを、人々は憤慨した。
クリストフは、他の新聞の探訪員から面会を求められたので、それをいい機会だとして、ドイツ帝国にたいする自分の愛を弁解し、ドイツ帝国内においても人は少なくともフランス共和国内におけると同じく自由であると言った。――ところが、その相手は保守的な新聞の記者であって、彼はすぐに非共和的な宣言をしたものだとされてしまった。
「ますます奇態だ。」とクリストフは言った。「いったい僕の音楽が政治となんの関係があるのか。」
「それがフランス人のいつものやり方だ。」とオリヴィエは言った。「ベートーヴェンについてなされてる論争を見てみたまえ。ある者は彼を過激民主派だとし、ある者は彼を僧侶派だとし、あるいはペール・デーシェーヌの一派だとし、あるいは君主の奴僕だとしてるじゃないか。」
「なんだって! そんな奴らをベートーヴェンは蹴飛ばしてやるに違いない。」
「じゃあ君もそうするさ。」
クリストフは実際そうしたかった。しかし彼は、自分に親切を見せてくれる者にたいしては、あまりに人が善くなりすぎるのだった。オリヴィエは彼を一人で置いとくと心配でならなかった。いつも面会人がやってくるのだった。そしてクリストフはいくら用心しようと誓っても駄目だった。意中を隠すことができなかった。頭に浮かんだことはなんでも話した。婦人記者がやって来て彼の味方だと言うと、彼は自分の情事をも話してしまった。ある者は彼を利用して、某々の悪口を言う種に使った。オリヴィエがもどってきてみると、クリストフは困りきった様子をしていた。
「また馬鹿なことを言ったんだね。」と彼は尋ねた。
「相変わらずだ。」とクリストフはがっかりして言った。
「ほんとにしようがないね。」
「監禁でもされなくちゃ……。だが、誓ってこれでおしまいだよ。」
「そうだ、このつぎまではね……。」
「いやこれっきりだ。」
その翌日、クリストフは得意げにオリヴィエに言った。
「また一人来たよ。僕は閉め出しを食わしてやった。」
「あまりひどいことをしてはいけないぜ。」とオリヴィエは言った。「彼らにたい心ては用心しなければいけない。『この動物は性質きわめて悪し……』なんだからね。こちらではねつければ攻撃してくる……。意趣返しなんかは彼奴らにとって訳ないことなんだ。ちょっとしたことでも言えば、すぐにそれを利用するんだ。」
クリストフは額に手をあてた。
「ああしまった!」
「またどうかしたのか。」
「扉を閉めながら言ってやった……。」
「なんと?」
「帝王の言葉を。」
「帝王の?」
「そうだ、でなけりゃ、それに似寄った者の言葉を……。」
「困ったもんだね。明日になってみたまえ、第一ページに出てるよ。」
クリストフはびっくりした。しかし翌日新聞を見ると、その記者がはいりもしなかった彼の部屋の記事と、交えもしなかった会話とが、掲載されていた。
報道は広まるにつれて飾りたてられていった。外国の新聞では、反対の意味に面白くなされていた。フランスの記事が、クリストフは貧困中ギター用に編曲をしていたと伝えると、やがてクリストフはイギリスのある新聞から、自分が往来でギターをひいたことがあると教えられた。
彼は賛辞ばかりを読んでるわけではなかった。なかなかそれどころではなかった。クリストフはグラン・ジュールナルの被保護者となったばかりで、すぐに他の新聞の悪口の的となった。未知の天才を他の新聞から発見されたことを承認するのは、新聞の品位に関することだった。ある新聞は激しく悪口を言った。グージャールは足下の草を人から刈り取られたのに憤慨して、彼の言葉によれば、事情を是正せんために評論を書いた。彼は旧友クリストフのことを馴れ馴れしい調子で述べ、パリーで初めてクリストフを引き回してやったのは自分だとしていた。たしかにクリストフは天分の多い音楽家ではあるが、しかし――(旧友のよしみで彼はあえて言ったのである)教養に乏しく、独創性がなく、無法な傲慢心をもっている。その傲慢心に滑稽なやり方でおもねるのは、かえって彼のために悪い。彼に必要なのはむしろ、思慮深い、博学な、明敏な、親切な、しかも厳格な、メントールのごとき指導者である――(それはグージャール自身のことを言ったものだった。)――また他の音楽家らは、嘲笑っていた。新聞紙の援助を受ける芸術家を軽蔑しきってるらしいふうをした。そして奴隷的な徒輩にたいする嫌悪のふうを装って、差し出されもしないアルタクセルクセスの贈り物を拒んでいた。ある者はクリストフを非難した。ある者はクリストフに憐憫を浴びせかけた。またオリヴィエに責任を負わせる者もあった――(それはオリヴィエの仲間たちだった。)――彼らはオリヴィエの一徹さと皆から遠ざかってるやり方とを、快く思っていなかった――けれどオリヴィエが皆から遠ざかっているのは、実を言えば、彼らを軽蔑してるからではなくて、むしろ孤独を好むからであった。しかし人は他人から無用視せられることをもっとも許しがたく思うものである。オリヴィエはグラン・ジュールナルの評論から私利をむさぼっているのだと噂する者さえあった。クリストフを弁護してオリヴィエを非難する者もあった。人生にたいして十分の武装をしていない繊弱な夢想的な芸術家――クリストフ――を、広場の市の喧騒裡に投げ込んだオリヴィエの心なしにたいして、彼らは心痛の様子を見せていた。クリストフはその喧騒裡に迷い込んでしまうに違いなかった。彼らに言わせると、クリストフは天才はないにしても、執拗な勉励でりっぱな運命をかち得られるのに、悪質の香りで酔わされて、未来を駄目にされてるのだった。それは実に気の毒なことだった。彼を明るみに引っ張り出さないで、辛抱強く勉強さしておくことが、なぜできなかったのか?
オリヴィエはりっぱに答え返し得たはずである。
「勉強するためには、食べなければならない。だれがクリストフにパンを与えてくれるか?」
しかし彼らはそんなことにまごつきはしなかったろう。いかにも従容として答えたに違いない。
「そんなことは些事にすぎない。人は苦しまなければいけない。」
もとより、そういう堅忍論を公言する者は、安楽な人々であった。ある正直者が財産家のもとへ、一人の困ってる芸術家を助けてくれと頼みに行ったとき、その財産家はつぎのように言ったそうである。
「しかし君、モーツァルトは困窮のために死んだではないか。」
ところが、モーツァルトは生きるのが本望だったことや、クリストフは生きようと決心してることなどを、オリヴィエが彼らに言ったとしたら、彼らはそれを悪趣味だと考えるに相違なかった。
クリストフはそういうつまらない喧騒が厭になりだした。いつまでもつづくのかしらと怪しんだ。――けれど二週間もたつと、すっかりおしまいになった。新聞にはもう彼のことが書かれなくなった。ただ彼は世間に知られた。彼の名前が口にのぼるときには、「あれはダヴィデの作者だ、ガルガンチュアの作者だ、」と人は言わないで、「ああそう、グラン・ジュールナルの男だ、」と人は言った。それが有名なるゆえんだった。
Olivier s'en aperçut, au nombre de lettres que recevait Christophe, et qu'il recevait lui-même, par ricochet: offres de librettistes, propositions d'entrepreneurs de concerts, protestations d'amis de la dernière heure qui avaient été souvent des ennemis de la première, invitations de femmes. On lui demandait aussi son avis, pour des enquêtes de journaux: sur la dépopulation de la France, sur l'art idéaliste, sur le corset des femmes, sur le nu au théâtre,—s'il ne croyait pas que l'Allemagne était en décadence, que la musique était finie, etc. etc. Ils en riaient ensemble. Mais, tout en s'en moquant, ne voilà-t-il pas que Christophe, ce Huron, acceptait les invitations à dîner! Olivier n'en croyait pas ses yeux.
—Toi? disait-il.
—Moi. Parfaitement, répondait Christophe, goguenard. Tu croyais qu'il n'y avait que toi pour aller voir les madames? À mon tour, mon petit! Je veux m'amuser!
—T'amuser? Mon pauvre vieux!
La vérité était que Christophe depuis si longtemps vivait enfermé chez lui qu'il était pris soudain d'un besoin violent d'en sortir. Et puis, il éprouvait une joie naïve à humer la gloire nouvelle. Il s'ennuya d'ailleurs copieusement dans ces soirées, et trouva le monde idiot. Mais quand il rentrait, malignement il disait le contraire à Olivier. Il allait chez les gens; mais il n'y retournait pas; il trouvait des prétextes saugrenus, d'un sans-gêne effarant, pour esquiver leurs réinvitations. Olivier en était scandalisé. Christophe riait aux éclats. Il n'allait pas dans les salons pour cultiver sa renommée, mais pour renouveler sa provision de vie, son musée de regards, de gestes, de timbres de voix, tout ce matériel de formes, de sons et de couleurs, dont l'artiste a besoin d'enrichir périodiquement sa palette. Un musicien ne se nourrit pas seulement de musique. Une inflexion de la parole humaine, le rythme d'un geste, l'harmonie d'un sourire, lui suggèrent plus de musique que la symphonie d'un confrère. Mais il faut ajouter que cette musique des visages et des âmes est aussi fade et peu variée, dans les salons, que la musique des musiciens. Chacun a sa manière, et s'y fige. Le sourire d'une jolie femme est aussi stéréotypé, dans sa grâce étudiée, qu'une mélodie parisienne. Les hommes sont encore plus insipides que les femmes. Sous l'influence débilitante du monde, les énergies s'émoussent, les caractères originaux s'atténuent et s'effacent, avec une rapidité effrayante. Christophe était frappé du nombre de morts et de mourants qu'il rencontrait parmi les artistes: tel jeune musicien, plein de sève et de génie, que le succès avait annulé; il ne pensait plus qu'à renifler les flagorneries dont on l'asphyxiait, à jouir, et à dormir. Ce qu'il deviendrait, vingt ans plus tard, on le voyait, à l'autre coin du salon, sous la forme de ce vieux maître pommadé, riche, célèbre, membre de toutes les Académies, arrivé au faîte, n'ayant plus, semblait-il, rien à craindre et rien à ménager, qui s'aplatissait devant tous, peureux devant l'opinion, le pouvoir, et la presse, n'osant dire ce qu'il pensait, et d'ailleurs ne pensant plus, n'existant plus, s'exhibant, âne chargé de ses propres reliques.
Derrière chacun de ces artistes et de ces gens d'esprit, qui avaient été grands ou qui auraient pu l'être, on pouvait être sûr qu'il y avait une femme qui les rongeait. Elles étaient toutes dangereuses, celles qui étaient sottes, et celles qui ne l'étaient point; celles qui aimaient, et celles qui s'aimaient; les meilleures étaient les pires: car elles étouffaient d'autant plus sûrement l'artiste sous l'éteignoir de leur affection malavisée, qui de bonne foi s'appliquait à domestiquer le génie, à le niveler, élaguer, ratisser, parfumer, jusqu'à ce qu'il fût à la mesure de leur sensibilité, de leur petite vanité, de leur médiocrité, et de celle de leur monde.
Bien que Christophe ne fît que passer dans ce monde, il en vit assez pour sentir le danger. Plus d'une cherchait à l'accaparer pour son salon, pour son service; et Christophe n'avait pas été sans happer à demi l'hameçon des sourires prometteurs. Sans son robuste bon sens et l'exemple inquiétant des transformations opérées autour d'elles par les modernes Circés, il n'eût pas échappé. Mais il ne tint pas à grossir le troupeau de ces belles gardeuses de dindons. Le risque eût été plus grand pour lui, si elles avaient été moins à le poursuivre. À présent que tous étaient bien convaincus qu'ils avaient un génie parmi eux, suivant leur habitude, ils s'évertuaient à l'étouffer. Ces gens-là n'ont qu'une idée, quand ils voient une fleur: la mettre en pot,—un oiseau: le mettre en cage,—un homme libre: en faire un valet.
Christophe, un moment troublé, se ressaisit aussitôt, et les envoya tous promener.
Le destin est ironique. Il laisse passer les insouciants à travers les mailles de son filet; mais ce qu'il se garde bien de manquer, ce sont ceux qui se méfient, les prudents, les avertis. Ce ne fut pas Christophe qui fut pris dans la nasse parisienne, ce fut Olivier.
Il avait bénéficié du succès de son ami: la renommée de Christophe avait rejailli sur lui. Il était plus connu maintenant, pour avoir été l'homme qui avait découvert Christophe, que pour tout ce qu'il avait écrit depuis six ans. Il reçut donc sa part des invitations adressées à Christophe; et il l'accompagna, dans l'intention de le surveiller discrètement. Sans doute, était-il trop absorbé par cette tâche, pour se surveiller lui-même. L'amour passa, et le prit.
C'était une blonde adolescente, maigre et charmante, aux fins cheveux ondulant comme de petits flots autour du front étroit et limpide, de fins sourcils sur des paupières un peu lourdes, les yeux d'un bleu de pervenche, un nez délicat aux narines palpitantes, les tempes légèrement creusées, le menton capricieux, une bouche spirituelle et voluptueuse, aux coins relevés, le sourire «Parmesanesque» d'un petit faune pur. Elle avait le cou long et frêle, le corps d'une maigreur élégante, quelque chose d'heureux et de soucieux, dans sa jeune figure qu'enveloppait l'énigme inquiétante du printemps qui s'éveille,—Frühlingserwachen.—Elle se nommait Jacqueline Langeais.
Elle n'avait pas vingt ans. Elle était de famille catholique, riche, distinguée, d'esprit libre. Son père, ingénieur intelligent, inventif et débrouillard, ouvert aux idées nouvelles, avait fait sa fortune, grâce à son travail, ses relations politiques, et son mariage. Mariage d'amour et d'argent—(le seul vrai mariage d'amour pour ces gens-là)—avec une jolie femme, très parisienne, du monde de la finance. L'argent était resté; l'amour était parti. Il s'en était conservé pourtant quelques étincelles: car il avait été vif, de part et d'autre; mais ils ne se piquaient pas d'une fidélité exagérée. Chacun allait à ses affaires et à ses plaisirs; et ils s'entendaient ensemble, en bons camarades égoïstes, sans scrupules, et prudents.
Leur fille était entre eux un lien, tout en faisant l'objet d'une rivalité sourde: car ils l'aimaient jalousement. Chacun se retrouvait en elle, avec ses défauts préférés, qu'idéalisait la grâce de l'enfance; et il cherchait sournoisement à la dérober à l'autre. L'enfant n'avait pas manqué de le sentir, avec la candeur rouée de ces petits êtres qui n'ont que trop de tendance à croire que l'univers gravite autour d'eux; et elle en tira parti. Elle provoquait entre eux une surenchère d'affection. Il n'était pas un caprice qu'elle ne fût certaine de voir favoriser par l'un, si l'autre le refusait; et l'autre était si vexé d'avoir été distancé qu'aussitôt il offrait encore plus que le premier n'avait accordé. Elle avait été indignement gâtée; et il était heureux que sa nature n'eût rien de mauvais,—si ne n'était l'égoïsme, commun à presque tous les enfants, mais qui, chez les enfants trop choyés et trop riches, prend des formes maladives qu'il doit à l'absence d'obstacles.
M. et Mme Langeais, qui l'adoraient, se seraient pourtant bien gardés de lui rien sacrifier de leurs convenances personnelles. Ils laissaient l'enfant seule, une grande partie du jour. Le temps ne lui manquait point pour songer. Précoce et vite avertie par les propos imprudents, tenus en sa présence,—(car on ne se gênait guère),—quand elle avait six ans, elle racontait à ses poupées de petites histoires d'amour, dont les personnages étaient le mari, la femme et l'amant. Il va de soi qu'elle n'y entendait pas malice. Du jour où elle entrevit sous les mots l'ombre d'un sentiment, ce fut fini pour les poupées: elle garda ses histoires pour elle. Elle avait un fonds de sensualité innocente, qui résonnait dans le lointain comme des cloches invisibles, là-bas, de l'autre côté de l'horizon. Par moments, le vent lui en apportait des bouffées; cela sortait on ne savait d'où, on en était enveloppé, on se sentait rougir, la respiration vous manquait, de peur et de plaisir. On n'y comprenait rien. Et puis, cela disparaissait, comme cela était venu. Rien ne s'entendait plus. À peine un bourdonnement, une résonnance imperceptible, diluée dans l'air bleu. On savait seulement que c'était là-bas, de l'autre côté de la montagne, et que là-bas il fallait aller, aller le plus vite possible: là-bas était le bonheur. Ah! Pourvu qu'on arrivât!...
En attendant qu'on y fût parvenu, on se faisait d'étranges idées sur ce qu'on trouverait. Car la grande affaire, pour l'intelligence de cette petite fille, était de le deviner. Elle avait une amie de son âge, Simone Adam, avec qui elle s'entretenait de ces graves sujets. Chacune apportait ses lumières, son expérience de douze ans, les conversations entendues et les lectures butinées en cachette. Dressées sur la pointe des pieds, et s'accrochant aux pierres, les deux fillettes s'évertuaient à voir par-dessus le vieux mur qui leur cachait l'avenir. Mais elles avaient beau faire, et prétendre qu'elles voyaient à travers les fissures: elles ne voyaient rien du tout. Elles étaient un mélange de candeur, de polissonnerie poétique, et d'ironie parisienne. Elles disaient des choses énormes, sans s'en douter; et de choses toutes simples elles se faisaient des mondes. Jacqueline, qui furetait partout sans que personne y trouvât à redire, fourrait son petit nez dans tous les livres de son père. Heureusement, elle était protégée contre les mauvaises rencontres par son innocence même et son instinct de petite fille très propre: il suffisait d'une scène ou d'un mot un peu crus pour la dégoûter; tout de suite, elle laissait le livre, et passait au milieu des compagnies infâmes, comme une chatte effarouchée parmi les flaques d'eau sale,—sans une éclaboussure.
Les romans l'attiraient peu: ils étaient trop précis et trop secs. Ce qui lui faisait battre le cœur d'émoi et d'espérance, c'étaient les livres des poètes,—ceux qui parlaient d'amour, bien entendu. Ils se rapprochaient un peu de sa mentalité de petite fille. Ils ne voyaient pas les choses, ils les imaginaient, à travers le prisme du désir ou du regret; ils avaient l'air de regarder, comme elle, par les tentes du vieux mur. Mais ils savaient bien plus de choses, ils savaient toutes les choses qu'il s'agissait de savoir, et ils les enveloppaient de mots très doux et mystérieux, qu'il fallait démailloter avec d'infinies précautions, pour trouver... pour trouver... Ah! l'on ne trouvait rien, mais l'on était toujours sur le point de trouver...
Les deux curieuses ne se lassaient point. Elles se répétaient, à mi-voix, avec un petit frisson, des vers d'Alfred de Musset ou de Sully-Prudhomme, où elles imaginaient des abîmes de perversité; elles les copiaient; elles s'interrogeaient sur le sens caché de passages, qui parfois n'en avaient pas. Ces petites bonnes femmes de treize ans, innocentes et effrontées, qui' ne savaient rien de l'amour, discutaient, moitié rieuses, moitié sérieuses, sur l'amour et la volupté; et elles griffonnaient sur leur buvard, en classe, sous l'œil paterne du professeur,—un vieux papa très doux et très poli,—des vers comme ceux qu'il saisit un jour et dont il fut suffoqué:
Laissez, oh! laissez-moi vous tenir enlacées.
Boire dans vos baisers des amours insensées,
Goutte à goutte et longtemps!...
Elles suivaient les cours d'une institution richement achalandée, dont les professeurs étaient des maîtres de l'Université. Elles y trouvèrent l'emploi de leurs aspirations sentimentales. Presque toutes ces petites filles étaient amoureuses de leurs professeurs. Il suffisait qu'ils fussent jeunes et pas trop mal tournés, pour faire des ravages dans les cœurs. Elles travaillaient comme des anges, pour se faire bien voir de leur sultan. C'étaient des pleurs, quand, aux compositions, on était mal classée par lui. S'il faisait des éloges, on rougissait, on pâlissait, on lui décochait des œillades reconnaissantes et coquettes. Et s'il vous appelait à part, pour donner des conseils ou faire des compliments, c'était le paradis. Il n'était pas besoin d'être un aigle pour leur plaire. À la leçon de gymnastique, quand le professeur prenait Jacqueline dans ses bras pour la suspendre au trapèze, elle en avait une petite fièvre. Et quelle émulation enragée! Quels transports de jalousie! Quels coups d'œil humbles et enjôleurs au maître, pour tâcher de le reprendre à une insolente rivale! Au cours, lorsqu'il ouvrait la bouche pour parler, les plumes et les crayons se précipitaient pour le suivre. Elles ne cherchaient pas à comprendre, la grande affaire était de ne pas perdre une syllabe. Et tandis qu'elles écrivaient, écrivaient, sans que leur regard curieux cessât de détailler furtivement la figure et les gestes de l'idole, Jacqueline et Simone se demandaient tout bas:
—Crois-tu qu'il serait bien, avec une cravate à pois bleus?
Puis, ce fut un idéal de chromos, de livres de vers romanesques et mondains, de gravures de modes poétiques,—des amours pour des acteurs, des virtuoses, des auteurs morts ou vivants, Mounet-Sully, Samain, Debussy,—les regards échangés avec des jeunes gens inconnus, au concert, dans un salon, dans la rue, et les passionnettes aussitôt ébauchées, en idée,—un besoin perpétuel de s'éprendre, d'être occupées d'un amour, d'un prétexte à aimer. Jacqueline et Simone se confiaient tout: preuve évidente qu'elles ne sentaient pas grand'chose; c'était même le meilleur moyen pour n'avoir jamais un sentiment profond. En revanche, cela tournait à l'état de maladie chronique, dont elles étaient les premières à se moquer, mais qu'elles cultivaient amoureusement. Elles s'exaltaient l'une l'autre. Simone, romanesque et prudente, imaginait plus d'extravagances. Mais Jacqueline, sincère et ardente, était plus près de les réaliser. Vingt fois, elle faillit commettre les pires sottises... Toutefois, elle ne les commit point. C'est le cas ordinaire chez les adolescents: il y a des heures où ces pauvres petites bêtes affolées—(que nous avons tous été)—sont à deux doigts de se jeter, ceux-ci dans le suicide, celles-là dans les bras du premier venu. Seulement, grâce à Dieu, presque tous en restent là. Jacqueline écrivit dix brouillons de lettres passionnées à des gens, qu'à peine connaissait-elle de vue; mais elle n'en envoya rien, sauf une lettre enthousiaste, qu'elle ne signa point, à un critique laid, vulgaire, égoïste, de cœur sec et d'esprit rétréci. Elle s'en était éprise, pour trois lignes où elle avait découvert des trésors de sensibilité. Elle s'enflamma aussi pour un grand acteur: il habitait près de chez elle; chaque fois qu'elle passait devant la porte, elle se disait:
—Si j'entrais!
Et une fois, elle eut la hardiesse de monter à son étage. Une fois là, elle prit la fuite. De quoi lui eût-elle parlé? Elle n'avait rien, rien du tout à lui dire. Elle ne l'aimait point. Et elle le savait bien. Il y avait, pour moitié, dans ses folies, une duperie volontaire. Et pour l'autre moitié, c'était l'éternel et délicieux et stupide besoin d'aimer. Comme Jacqueline était d'une race très intelligente, elle n'en ignorait rien. Cela ne l'empêchait point d'être folle. Un fou qui se connaît en vaut deux.
Elle allait beaucoup dans le monde. Elle était entourée de jeunes gens qui subissaient son charme et dont plus d'un l'aimaient. Elle n'en aimait aucun, et flirtait avec tous. Elle ne se souciait pas du mal qu'elle pouvait faire. Une jolie fille se fait un jeu cruel de l'amour. Il lui semble tout naturel qu'on l'aime, et elle ne se croit tenue à rien qu'envers celui qu'elle aime; volontiers, elle croirait que qui l'aime est déjà bien assez heureux. Il faut dire, pour son excuse, qu'elle ne se doute point de ce qu'est l'amour, quoiqu'elle y pense, toute la journée. On se figure qu'une jeune fille du monde, élevée en serre-chaude, est plus précoce qu'une fille des champs; et c'est tout le contraire. Les lectures, les conversations, ont bien créé chez elle une hantise de l'amour, qui, dans sa vie inoccupée, frise souvent la manie; il arrive même parfois qu'elle ait lu la pièce d'avance et en sache par cœur tous les mots. Aussi, ne la sent-elle point. En amour comme en art, il ne faut pas lire ce que les autres ont dit, il faut dire ce qu'on sent; et qui se presse de parler avant d'avoir rien à dire, risque fort de ne dire jamais rien.
Jacqueline, comme la plupart des jeunes filles, vivait donc au milieu de cette poussière de sentiments vécus par d'autres, qui, tout en la maintenant dans une petite fièvre perpétuelle, les mains brûlantes, la gorge sèche et les yeux irrités, l'empêchait de voir les choses. Elle croyait les connaître. Ce n'était pas la bonne volonté qui lui manquait. Elle lisait et elle écoutait. Elle avait beaucoup appris de-ci, de-là, par bribes, dans la conversation et dans les livres. Elle tâchait même de lire en soi. Elle valait mieux que le milieu où elle vivait. Elle était plus vraie.
Une femme eut—trop peu de temps—sur elle une influence bienfaisante. Une sœur de son père, qui ne s'était point mariée. De quarante à cinquante ans, les traits réguliers, mais tristes et sans beauté, Marthe Langeais était toujours vêtue de noir; elle avait dans ses gestes une distinction étriquée; elle parlait à peine, d'une voix presque basse. Elle eût passé inaperçue, sans le regard clair de ses yeux gris et le bon sourire de sa bouche mélancolique.
On ne la voyait chez les Langeais qu'à de certains jours, quand ils étaient seuls. Langeais avait pour elle un respect, mêlé d'ennui. Mme Langeais ne cachait point à son mari le peu de plaisir qu'elle trouvait à ces visites. Ils s'obligeaient pourtant, par devoir de convenance, à la recevoir régulièrement à dîner, un soir par semaine; et ils ne lui montraient pas trop que c'était un devoir. Langeais parlait de lui, ce qui l'intéressait toujours. Mme Langeais pensait à autre chose, souriant par habitude, et répondait, au petit bonheur. Tout se passait très bien, avec beaucoup de politesse. Cela ne manquait même point d'effusions affectueuses, quand la tante, qui était discrète, prenait congé plus tôt qu'on ne l'eût espéré; et le charmant sourire de Mme Langeais se faisait plus rayonnant, les jours où elle avait en tête des souvenirs particulièrement agréables. La tante Marthe voyait tout; peu de choses échappaient à son regard; et elle en remarquait beaucoup dans la maison de son frère, qui la choquaient ou l'attristaient. Mais elle n'en montrait rien: à quoi cela eût-il servi? Elle aimait son frère, elle avait été fière de son intelligence et de ses succès, ainsi que le reste de la famille, qui n'avait pas cru trop payer de sa gêne le triomphe du fils aîné. Elle, du moins, avait gardé son jugement. Aussi intelligente que lui, et mieux trempée moralement, plus virile,—(comme le sont tant de femmes de France, si supérieures aux hommes),—elle voyait clair en lui; et quand il demandait son avis, elle le disait franchement. Mais il y avait beau temps que Langeais ne le demandait plus! Il trouvait plus prudent de ne pas savoir, ou—(car il savait autant qu'elle)—de fermer les yeux. Elle, par orgueil, se repliait à l'écart. Personne ne s'inquiétait de sa vie intérieure. Il était plus commode de l'ignorer. Elle vivait seule, sortait peu, et n'avait qu'un petit nombre d'amis qui n'étaient pas très intimes. Il lui eût été facile de tirer parti des relations de son frère et de ses propres talents: elle ne le faisait point. Elle avait écrit dans une des grandes revues parisiennes deux ou trois articles, des portraits historiques et littéraires dont le style sobre, juste, frappant, avait été remarqué. Elle en resta là. Elle aurait pu nouer des amitiés intéressantes avec des hommes distingués, qui lui avaient témoigné de l'intérêt, et qu'elle eût été peut-être bien aise de connaître. Elle ne répondit pas à leurs avances. Il lui arrivait, ayant retenu sa place à un spectacle où l'on jouait de belles œuvres qu'elle aimait, de ne pas y aller; et, pouvant faire un voyage qui l'attirait, de rester chez elle. Sa nature était un curieux amalgame de stoïcisme et de neurasthénie. Celle-ci n'effleurait en rien l'intégrité de sa pensée. Sa vie était atteinte, mais non pas son esprit. Une peine ancienne, qu'elle était seule à savoir, l'avait marquée au cœur. Et plus profonde encore, plus inconnue,—inconnue même d'elle,—était la marque du destin, le mal intérieur qui déjà la rongeait.—Cependant, les Langeais ne voyaient d'elle que son clair regard, qui parfois les gênait.
Jacqueline ne prêtait guère attention à la tante, quand elle était insouciante et heureuse,—ce qui fut d'abord son état ordinaire. Mais quand elle arriva à l'âge, où se fait dans le corps et dans l'âme un travail inquiétant qui livre à des angoisses, des dégoûts, des terreurs, des tristesses éperdues, dans ces moments de vertige absurde et atroce, qui ne durent pas heureusement, mais où l'on se sent mourir,—l'enfant qui se noyait et qui n'osait pas crier: «Au secours!» vit seule, à côté d'elle, la tante Marthe qui lui tendait la main. Ah! que les autres étaient loin! Étrangers, son père et sa mère, avec leur égoïsme affectueux, trop satisfait de soi pour songer aux petits chagrins d'une poupée de quatorze ans! Mais la tante les devinait, et elle y compatissait. Elle ne disait rien. Elle souriait, simplement; par-dessus la table, elle échangeait avec Jacqueline un regard de bonté. Jacqueline sentait que sa tante comprenait, et elle venait se réfugier auprès d'elle. Marthe mettait sa main sur la tête de Jacqueline, et la caressait, sans parler.
La fillette se confiait. Elle allait faire visite à sa grande amie, quand son cœur était gonflé. À quelque moment qu'elle vînt, elle était sûre de trouver les mêmes yeux indulgents, qui verseraient en elle un peu de leur tranquillité. Elle ne parlait guère à la tante de ses passionnettes imaginaires: elle en aurait eu honte; elle sentait que ce n'était point vrai. Mais elle disait ses inquiétudes vagues et profondes, plus réelles, seules réelles.
—Tante, soupirait-elle parfois, je voudrais tant être heureuse!
—Pauvre petite! disait Marthe, en souriant.
Jacqueline appuyait sa tête contre les genoux delà tante, et, baisant les mains qui la caressaient:
—Est-ce que je serai heureuse? Tante, dis-moi, est-ce que je serai heureuse?
—Je ne sais pas, ma chérie. Cela dépend un peu de toi... On peut toujours être heureux, quand on veut.
Jacqueline était incrédule.
—Est-ce que tu es heureuse, toi?
Marthe souriait mélancoliquement.
—Oui.
—Non? vrai? tu es heureuse?
—Est-ce que tu ne le crois pas?
—Si. Mais...
Jacqueline s'arrêtait.
—Quoi donc?
—Moi, je voudrais être heureuse, mais pas de la même façon que toi.
—Pauvre petit! Je l'espère aussi, dit Marthe.
—Non, continuait Jacqueline, en secouant la tête avec décision, moi, d'abord, je ne pourrais pas.
—Moi non plus, je n'aurais pas cru que je pourrais. La vie vous apprend à pouvoir bien des choses.
—Oh! mais je ne veux pas apprendre, protestait Jacqueline, inquiète. Je veux être heureuse comme je veux, moi.
—Tu serais bien embarrassée, si on te demandait comment!
—Je sais très bien ce que je veux.
Elle voulait beaucoup de choses. Mais quand il s'agissait de les dire, elle n'en trouvait plus qu'une, qui revenait toujours, comme un refrain:
—D'abord, je voudrais qu'on m'aime.
Marthe cousait, en silence. Après un moment, elle dit:
—Et à quoi cela te servira-t-il, si tu n'aimes pas?
Jacqueline, interloquée, s'exclama:
—Mais, tante, bien sûr que je ne parle que de ce que j'aime! Le reste, ça ne compte pas.
—Et si tu n'aimais rien?
—Quelle idée! On aime toujours, toujours.
Marthe secouait la tête, d'un air de doute.
—On n'aime pas, dit-elle. On veut aimer. Aimer est une grâce de Dieu, la plus grande. Prie-le qu'il te la fasse.
—Et si on ne m'aime pas?
—Même si on ne t'aime pas. Tu seras encore plus heureuse.
La figure de Jacqueline s'allongea; elle prit une mine boudeuse:
—Je ne veux pas, dit-elle. Cela ne me ferait aucun plaisir.
Marthe rit affectueusement, regarda Jacqueline, soupira, puis se remit à son ouvrage.
—Pauvre petite! fit-elle encore.
—Mais pourquoi dis-tu toujours: pauvre petite? demanda Jacqueline, pas très rassurée. Je ne veux pas être une pauvre petite. Je veux tant, tant être heureuse!
—C'est bien pour cela que je dis: Pauvre petite!
Jacqueline boudait un peu. Mais cela ne durait pas longtemps. Le bon rire de Marthe la désarmait. Elle l'embrassait, en feignant d'être fâchée. Au fond, on ne laisse pas, à cet âge, d'être secrètement flatté des présages mélancoliques pour plus tard, beaucoup plus tard. De loin, le malheur s'auréole de poésie; et l'on ne craint rien tant que la médiocrité de la vie.
Jacqueline ne s'apercevait point que le visage de la tante devenait toujours plus blême. Elle remarquait bien que Marthe sortait de moins en moins; mais elle l'attribuait à sa manie casanière, dont elle se moquait. Une ou deux fois, en venant faire visite, elle croisa le médecin qui sortait. Elle avait demandé à la tante:
—Est-ce que tu es malade?
Marthe répondait:
—Ce n'est rien.
Mais voici qu'elle cessait même de venir au dîner hebdomadaire chez les Langeais. Jacqueline, indignée, alla lui en faire des reproches amers.
—Ma chérie, disait doucement Marthe, je suis un peu fatiguée.
オリヴィエはクリストフのもとに来る手紙の数によって、また自分のところへまで反射的にやってくる手紙の数によって、クリストフが有名になったことを気づいた。歌劇脚本作者からの提議、音楽会主催者からの申し込み、多くは初め敵だった新しい味方からの友情表白、婦人からの招待、などがやってきた。また新聞の調査用として、いろんなことについてクリストフは意見を求められた。フランスの人口減少問題、理想主義芸術の問題、婦人のコルセットの問題、芝居の裸体問題、――ドイツは頽廃してるとは思わないかどうか、音楽は終極に達してるとは思わないかどうか、その他種々。クリストフとオリヴィエはそれをいっしょに笑った。しかしクリストフはヒューロン人みたいに粗野でありながら、嘲笑いながら、晩餐の招待を承諾し始めたのだった。オリヴィエはみずから自分の眼を信じ得なかった。
「君が?」と彼は言った。
「そうさ。」とクリストフは揶揄的な様子で答えた。「美しい婦人を見に行けるのは自分ばかりだと、君は思っているのか。こんどは僕の番だよ。少し楽しみたいんだ。」
「楽しむって、君が!」
実際のことを言えば、クリストフは長い間家に閉じこもって暮らしていたので、にわかに外に出たくてたまらなくなった。それにまた、新しい光栄の気を吸うと無邪気な喜びが感ぜられた。もとより彼はそういう夜会にはひどく退屈を覚え、皆ばかな奴らばかりだと思った。しかし家に帰ってくると、心と反対のことを意地悪くオリヴィエへ語った。そして方々の夜会へ出かけて行ったが、二度と同じ所へは行かなかった。二度の招待を断わるためには、ひどい無遠慮さでおかしな口実をもち出した。オリヴィエはそれに気を悪くした。がクリストフは大笑いをした。彼が客間へ出入りするのは、自分の名声を育てるためではなかった。自分の生活資料を新たに蓄えんがためであった。人間の眼つきや身振りや声音などの収集、すべて芸術家がおりおり自分の絵具板を豊富ならしむべき、形と音と色との材料、それを新たに得んがためであった。音楽家は音楽ばかりで養われてるものではない。人間の言葉の抑揚、身振りの律動、微笑の諧調、などはみな音楽家に、仲間の者の交響曲以上の音楽を暗示するのである。しかし人の顔貌や魂のその音楽も客間の中においては、音楽家の音楽と同じく、無味乾燥で変化に乏しいものと言わなければならない。各人が自分の風格をもっていて、その中に凝結している。美しい女の微笑も注意の行き届いた装いの中では、パリーの音楽家の旋律と同じく型にはまったものとなる。男子は女子よりもなおいっそう面白みがない。社交界の萎靡的影響を受けて、たちまちのうちに精力は鈍くなり、独特な性格は磨滅してゆく。クリストフは芸術家らのうちに、多くの死んだ者や死にかけてる者に出会って驚いた。若い音楽家で、精気と才能とを十分にもちながら、成功のために廃頽して、自分を窒息させる阿諛の香を嗅ぐことばかり考え、享楽し眠ることばかり考えてる者があった。そしてその二十年後の姿は、客間の他の隅にいる老大家のうちにちょうど現われていた。その老大家は、煉脂を塗りたて、金持ちで高名で、あらゆる学芸院の会員であり、最高位に上りつめていて、もはや何も恐るべきものも仮借すべきものもないらしく見えながら、あらゆる人の前に平伏し、世論や権力や新聞雑誌の前にびくびくし、もう自分の考えもあえて口に出さず、そのうえもはや考えることもなく、もはや生存することもなく、自分自身の残骸をになってる驢馬となって公衆の前に身をさらしていた。
それらの芸術家や才士は、過去に大人物であったかもしくは大人物になり得られるはずであったが、その各人の後ろにはかならず女が隠れていて、その女から身を滅ぼされてるのであった。どの女も皆危険だった、愚かな女も愚かでない女も、人を愛する女も我が身を愛する女も。そしてすぐれた女ほどさらに危険だった。すぐれてるだけにますます、間違った愛情を押しかぶせて芸術家を窒息させるのだった。その愛情はひたすら、天才を飼い馴らし、平らにし、枝を切り、削り、香りをつけて、ついには天才を、自分の感受性や小さな虚栄心や平凡さと同程度のものとなし、自分たちの社会の平凡さと同種のものとなしてしまうのだった。
クリストフはそういう社会を通り過ぎただけではあったが、その危険を感ずるくらいには十分よく観察した。一人ならずの女が、彼を自分の客間に独占しようとし、自分一人の用に独占しようとした。そしてクリストフも、何かを匂わせる微笑の釣針を、少しくわえないでもなかった。もし彼に健全な良識がなかったならば、また彼女らの周囲で近代のキルケーどもからすでに多くの者が変形されてる不安な実例がなかったならば、彼も無事にのがれ得はしなかったろう。だが彼は、のろま男の番人たるそれら美人連の群れを、さらに増加したい心は少しもなかった。彼を追っかけてくる女たちがもっと少なかったら、彼にとって危険はいっそう大きかったろう。けれどもう今では、すべての男女が自分たちのうちに一人の天才がいることをよく承知していて、いつもの例によって、その天才を窒息させようとつとめていた。それらの連中の考えはただ一つしかなくて、花を見れば花瓶にさしたくなり――小鳥を見れば籠に入れたくなり――自由な人間を見れば奴僕になしたくなるのである。
クリストフは一時心迷ったが、すぐに気を取り直して、彼らを皆追い払ってしまった。
運命は皮肉なものである。無頓着な者には勝手にその網の目をくぐらせるが、疑い深い者、用心深い者、聡明な者にたいしては、なかなか取り逃がすまいとする。パリーの網の目にかかったのはクリストフではなくて、オリヴィエであった。
彼はクリストフの成功のおかげをこうむっていた。クリストフの名声は彼の上にも反映していた。六年以前からときどき書いていたもののためによりも、クリストフを見出した男として、前よりいっそう世に知られていた。それで、クリストフへ宛てられた招待の相伴を受けた。そしてひそかにクリストフを監視するためについて行った。たぶん彼はその監視の務めにあまり気を取られて、自分自身を監視することは怠ってたに違いない。恋愛は通りかかって彼をとらえた。
それは痩せた愛くるしい金髪の娘だった。狭い澄んだ額のまわりに漣のように揺らいでる細やかな髪の毛、やや重たげな眼瞼の上のすっきりした眉、雁来紅の青みをもった眼、小鼻のぴくぴくしてる繊細な鼻、軽く凹みを帯びた顳
、気まぐれらしい頤、隅がやや脹れてる利発な逸楽的な口、パルメジアニノ式の純潔な小半獣神みたいな微笑、それから長い細そりした首、ほどよく痩せた身体をもっていた。何かある楽しげな気がかりらしい色が浮かんでるその若々しい顔は、眼覚めくる春――春の覚醒――の不安な謎に包まれていた。彼女はジャックリーヌ・ランジェーという名だった。
彼女はまだ二十歳になっていなかった。自由な精神をそなえたカトリック教の富裕なりっぱな家庭だった。父親は、発明の才ある怜悧なさばけた技師で、新思想を歓迎していた。勤勉と政治的関係と結婚とで財産をこしらえていた。財界におけるパリー風な美しい女との、恋と金との結婚――(彼らにとっては真の恋愛結婚)――をしたのだった。金銭は残っていたが、愛情は飛び去ってしまっていた。それでもなお多少の火花が消えずにいた。なぜならどちらの愛欲もきわめて強烈だったから。しかし彼らは大袈裟な貞節観念を鼻にかけてるのではなかった。各自に自分の仕事や快楽を追い求めていた。そして、利己的な気ままな抜け目ない好伴侶として、よく気が合っていた。
彼らの娘は、二人の間の連繋であるとともに、暗黙な競争の種となった。二人とも娘を嫉妬深いほど愛していた。どちらも娘のうちに、好ましい欠点をそなえてる自分の姿を見出し、その欠点は娘の優美のために理想化されて眼に映った。そしてたがいに娘を奪い取ろうと内々努力した。娘のほうでは、全世界が自分のまわりに引きつけられてると信じがちな子供特有のずるい無邪気さをもって、そのことを感ぜずにはいなかった。そしてそれにつけ込んだ。両親の間にたえず愛情のせり上げを起こさした。どんなわがままでも、一方から拒まれるときっと他方から承知された。すると一方は先を越されたことに困って、他方が与えた以上のものをすぐに与えるのだった。かくて娘はひどく甘やかされた。ただ仕合わせなことには、彼女は性質中に何にも悪いものをもってはいなかった――利己心を除いては。ただしこの利己心は、すべての子供にほとんど共通なものではあるが、あまりに大事にされる金持ちの子供にあっては、障害のないことからくる病的な形をとるものである。
ランジェー夫妻は、娘を鍾愛しながらも、自分一身の安逸を少しも犠牲にしたがらなかった。一日の大半は娘を一人放っておいた。それで娘は、夢想する時間に少しも不足を覚えなかった。彼女は早熟であるうえに、自分の前でされる不謹慎な話――(人々は彼女に少しも遠慮をしなかった)――からすぐに啓発されて、六歳になったときにはもう、夫や妻や情人を人物とするちょっとした恋物語を、人形に話してきかせるようになった。もとより彼女のほうに悪心は少しもなかった。けれどそれらの言葉の下にある感情の影をちらと見た目から、人形へ話すのはふっつりよしてしまって、その詩を自分自身だけのものとした。彼女のうちには無邪気な情欲の素質があって、それが地平線の彼方はるかな眼に見えない鐘のように、遠くで鳴り響いていた。ときどき風がさっとその片影を吹き送って来た。それがどこから出て来るかはわからないが、それに包み込まれて、顔が真赤になる心地がし、恐さとうれしさとで息もつけなかった。なんのことだか訳がわからなかった。それにまた、それは来た時と同じようにふっと消えてしまうのだった。もう何にも聞こえなかった。かすかなそよぎ、それとわからないほどの余韻が、青い空気中にうっすり残ってるのみだった。けれど、かなた山の向こうにそれがあること、そこへ行かなければならないこと、できるだけ早く行かなければならないこと、それだけはわかっていた。そこに幸福があるのだった。ああそこまで行けさえしたら!……
そこへ達するのを待ちながら彼女は、やがて見出そうとするものにたいして、不思議な想像をめぐらしていた。彼女の少女としての知力にとっての重大事は、それを推察するということだったのである。彼女にはシモーヌ・アダンという同年配の友があって、この重大な問題についていっしょに話し合った。自分の知識や、十二年間の経験や、聞きかじった話や、ひそかにぬすみ読んだ事柄などを、たがいにもち寄った。そして二人の少女は、自分たちの未来を隠してる古壁の石にしがみつき、爪先で伸び上がって、その向こうを見ようとした。しかしどんなことをしても、壁の割れ目からいくらのぞこうとしても、まったく何にも見てとれなかった。彼女らの性質は、無邪気と詩的な放縦とパリー的な皮肉との混和したものだった。みずから知らずに大袈裟なことを口にしながら、ごく単純な事柄で自分の世界を組み立てていた。ジャックリーヌは、だれからもとがめられずに、方々を捜し回り、父のあらゆる書物をこそこそのぞいてみた。が幸いにも彼女は、ごく清らかな少女の潔白さと本能とによって、悪いものに出会っても汚されなかった。多少露骨な場面や言葉に接しただけで、もう厭になってしまった。すぐさまその書物を手放して、卑しい連中のまん中を通りすぎた。あたかも、きたない水たまりの中にはいってびっくりしてる――しかも泥水のはね返りを少しも受けない――猫のようなものだった。
彼女は小説へは心ひかれなかった。小説はあまりにはっきりしていてあまりに干乾びていた。感動と希望とで彼女の胸を波打たせるものは、詩人の書物だった――言うまでもなく恋愛の詩集だった。それは少女の心にやや近かった。事物を見て取りはしないで、欲望と愛惜の三稜鏡を通して想像していた。ちょうど彼女のように、古壁の割れ目からのぞいてるらしかった。しかし実は多くのことを知っており、およそ知るべきことはみな知っているのであって、ただそれをごくやさしい神秘的な言葉で包んでるのだった。それで、非常に注意してその抱衣を解きさえすれば、見出せる……見出せる……はずだった。が彼女は何にも見出さなかった。けれどいつも見出しかけてはいた……。
二人の好奇な少女は少しも飽きなかった。かすかにおののきながら低い声で、アルフレッド・ド・ミュッセーの詩句やシェリー・プリュドンムの詩句を繰り返した。その詩の中に敗徳の深淵が想像された。彼女らはそれを写し取り、その一節の中の隠れた意味を尋ね合った。時とするとなんの意味もないことがあった。そしてこの潔白な厚顔な十三歳の小娘たちは、恋愛について何にも知らないくせに、半ば冗談に半ば真面目に、恋と快楽とを論じ合った。そして教室では、教師――ごくやさしい丁寧な年とった小父さん――の温情に満ちた眼をぬすんで、つぎのような詩句を、その教師がある日見つけて息がつまるほどびっくりした詩句を、帳面に書き散らした。
汝の接吻のうちに、物狂わしき恋を吸わしめよ、
一滴また一滴と、幾久しく!……
彼女たちの通ってる学校は、ごくはやっていた。教師はみな大学の先生だった。彼女たちはそこに感傷的な憧憬心の使い道を見出した。少女らのほとんどすべては、自分の教師に恋していた。教師が若くてさほど醜くなければ、彼女らの心を奪うに十分だった。彼女らは先生からよく思われようとして、天使のようになって勉強していた。試験のときに、先生から悪い点をもらうと涙を流した。先生から讃められると、赤くなったり蒼くなったりして、感謝に満ちた婀娜っぽい流し目を注いだ。先生から一人別に呼ばれて、助言されたり称賛されたりすると、それこそ有頂天だった。彼女らの気に入るためには秀才たるの必要はなかった。体操のときに、その教師から両腕に抱かれてぶらんこに乗せてもらうと、ジャックリーヌは熱くのぼせてしまった。そしていかに一生懸命の張り合いが起こったことだろう! いかに激しい嫉妬の炎が燃やされたことだろう! そのぶしつけな敵から教師を取りもどさんがために、いかにつつましい甘っぽい眼つきが注がれたことだろう! 講義のときに、彼が口を開いて話し出すと、それを書き取るためにペンや鉛筆があわただしく動かされた。彼女らは理解しようとはつとめなかった。一言も書き落とさないことが大事だった。そして皆が、一生懸命に書き取りながらも、偶像となってる教師の顔つきや身振りを一々、物珍しげな眼でひそかにうかがってる間に、ジャックリーヌとシモーヌとは小声で尋ね合った。
「先生が青い玉散らしの襟飾りをおつけなすったら、よくお似合いなさるでしょうね。」
それからまたうれしいものは、着色石版画、空想的な浮華な詩集、詩的様式の版画、――昔や今の、俳優、音楽家、著作家、ムーネ・シュリー、サマン、ドビュッシー、などにたいする愛、――音楽会や客間や街路で、見知らぬ青年らと見かわす眼つき、それからすぐに頭の中に描かれる情熱、――不断の欲求に駆られて、たえず想いを焦がしていたり、いつも恋愛や恋愛のきっかけでいっぱいになっていること、それらのことを、ジャックリーヌとシモーヌとはみな打ち明け合った。けれどそれは、彼女らが大したことを感じてはいない明らかな証拠だったし、また、決して深い感情をいだかないための最上の方法でもあった。けれどその代わりに、それは慢性の病状となってきた。彼女らはみずからそれをあざけってはいたが、大事に養っていた。二人はたがいに刺激し合っていた。シモーヌのほうは空想的であり用心深くて、大それたことをより多く想像しがちだった。ジャックリーヌのほうは真面目であり熱烈であって、大それたことをより多く実行しやすかった。彼女は幾度もたいへんよからぬことを行ないかけた……。けれど彼女はそれをほんとうに行ないはしなかった。青春期にはたいていそうしたものである。生涯のある時期においては、人は狂気沙汰の小動物となって――(吾人も皆一度はそうであった)――あるいは自殺のうちに、あるいは見当たりしだいの異性の腕のなかに、将に身を投ぜんとするものである。ただ仕合わせにも、たいていの者はそこで立ち止まる。ジャックリーヌも、見たか見ないかの男に向かって熱烈な手紙をいくらも書き散らした。しかしどれも出さなかった。ただ一つ心酔しきった手紙を、自分の名を書かずに、ある無情な狭量な醜い卑しい利己的な批評家に送った。彼が書いた三、四行の文のなかに感傷的な宝を見出して、それで恋しくなったのだった。彼女はまたある一流の俳優に想い焦がれた。住居が彼女の家の近くだった。その門前を通ることに彼女はみずから言った。
「はいってみようかしら。」
そしてあるとき彼女は大胆にも、彼が住んでる階まで上がって行った。しかし一度そこまでゆくとすぐに逃げ出した。どんなことを言ったらよいか? いや言うべきことは何一つなかった。彼を少しも恋してるのではなかった。自分でもそれはよくわかっていた。彼女のそういう無分別さの半ばは、みずから好んでやってる欺瞞だった。他の半ばは、恋したいという楽しい馬鹿げたいつまでも失せない欲求だった。ジャックリーヌはごく怜悧だったから、それをみずから知らないではなかった。それでもやはり無分別にならざるを得なかった。みずからよく知ってる狂人は二人分の狂人に相当する。
彼女は社交界に多く顔を出した。彼女に魅せられてる多くの青年らに取り囲まれ、一人ならずの者から恋されていた。しかし彼女はそのだれをも愛しないで、皆とふざけていた。自分がどんなに人を苦しめてるかは顧みもしなかった。美しい娘は恋愛を残忍な遊戯となすものである。人に恋されるのは至って当然のことだと見なしていて、自分の愛する者にたいする場合を除いては、何にも負い目がないと思っている。自分を恋してる男はすでにもうそれだけで十分幸福だと、好んで思いがちである。ただ彼女の弁護となる一事は、彼女は一日じゅう恋愛のことを考えてはいるけれど、恋愛のなんたるやを少しも知っていないことである。温室的な空気の中に育った社交界の若い娘は、田舎の娘よりも早熟だと人は想像しがちであるけれど、事実はその反対である。読書や会話は、彼女のうちに恋愛の妄想を作り出して、それが無為閑散な生活のうちでは、しばしば恋愛狂に似寄ってくることが多い。時とすると彼女は、一編の物語の筋を前から読んでいて、その言葉をすっかり暗誦してることさえある。したがって彼女はそれを心には少しも感じない。恋愛においても芸術におけるがごとく、他人の言ったことを読んではいけない。自分が感ずることを言わなければいけない。何にも言うことがない前からしゃべろうとあせる者は、けっして何にも言い得ない恐れがある。
ジャックリーヌも、多くの若い娘たちと同じく、すでに他人が経験した感情の埃のなかに生きていた。そのために彼女は、手は燃え喉は乾き眼はいらついて、たえず小熱に浮かされた状態にありながら、物事を見てとることができなかった。が彼女は物事を知ってると思っていた。彼女に欠けてるのはりっぱな意志ではなかった。彼女は書物を読んだり人の言葉を聴いたりしていた。会話や書物のなかで、ここかしこから断片的に、多くのことを教わっていた。自分の内心をさえ読み取ろうとつとめていた。彼女はその周囲の人々よりもましであった。彼女は皆より真実だった。
一人の婦人が、彼女にいい影響を与えた――あまりに短い間の影響ではあったが。それは彼女の父の妹で、結婚したことのない四、五十歳の女だった。マルト・ランジェーという名前で、顔だちはきっぱりしていたがしかし陰気できれいではなく、いつも黒服をつけていた。身振りにはある窮屈そうな上品さがあった。めったに口をきかず、声もごく低かった。その灰色の眼の澄んだ目差しと、寂しげな口の善良な微笑とがなかったら、彼女はほとんど人目につかなかったろう。
ランジェー家に彼女が姿を見せるのは、ときどきであって、家族きりしかいない場合だけだった。ランジェーは彼女にたいして、やや迷惑げな敬意をいだいていた。ランジェー夫人は彼女の来訪をあまり喜ばない様子を、夫に隠そうとはしなかった。それでも彼ら夫妻は礼儀上、一週間に一回はきまって彼女を晩餐に招いた。そしてお義理にしてるのだという様子をあまり見せなかった。ランジェーは自分自身の話をした。彼がいつも興味をもつのは自分自身のことだった。ランジェー夫人は習慣的に微笑を浮かべながら、他のことを考えていて、いい加減な返辞ばかりしていた。ごく丁寧なやり方をもって万事都合よく運んでいった。慎み深い叔母が思ったより早く辞し去るときには、心こめたやさしい言葉まで発せられた。ランジェー夫人の美しい微笑は、特別に楽しい思い出が頭にある日には、さらに輝かしくなっていた。マルト叔母はそれらのことをみな感知した。彼女の眼をのがれる事柄はあまりなかった。兄の家で見てとられる多くの事柄に、彼女は気を悪くしたり悲しんだりした。しかし様子には少しも現わさなかった。現わしたってなんの役にたとう? 元来彼女は兄を愛していたし、一家の他の人々と同じように、兄の知力と成功とを自慢にしていた。一家の人々は、長子の大成功にたいしては自分たちの困窮などはなんでもないことだと思っていた。が彼女は少なくとも自由な批判を失わなかった。兄と同じく怜悧であり、精神的には兄よりもいっそう鍛錬されいっそう雄々しかったので――(男まさりのフランス婦人の多くは皆そうである)――彼女は兄の心中を明らかに見てとっていた。そして兄から意見を求められると、腹蔵なく思うところを述べた。しかし兄はもうだいぶ前から意見を聞かなくなった。何にも知らないほうが用心深いことだと思い――(なぜなら彼は彼女くらいにはなんでも知っていたから)――あるいは眼を閉じてるほうが用心深いことだと思っていた。で彼女は気位を高くもって一人遠のいた。だれも彼女の内生活に気を向ける者はいなかった。またそれを知らないほうが好都合でもあった。彼女は一人で暮らし、あまり外へも出ず、友だちもごく少数で、しかも大して親しくもしていなかった。兄の関係方面や自分の才能を利用することは容易だったろうけれど、そんなことを少しもしなかった。彼女は以前、パリーの大雑誌の一つに、二、三の論説や歴史的な文学的な人物評を書いて、簡結な正確な適切な文体によって、人の注意をひいたことがあった。が彼女はそれきりにしてしまった。彼女に好意を示してくれ、彼女のほうでも知己になるのがうれしいような、幾人かのりっぱな人々がいたので、それと気持よい交際を結ぶこともできるはずだった。しかし彼女は向こうから求めてきたのにも応じなかった。また、自分の好きなりっぱなものが演ぜられてる芝居に席を取っておきながら、出かけて行かないことさえあった。面白そうだとわかってる旅行をもなし得るのに、やはり家にばかり引きこもっていた。彼女の性格は堅忍主義と神経衰弱との不思議な混和から成っていた。その神経衰弱も彼女の思想を少しも害してはいなかった。生活は害されていたが精神はそうでなかった。彼女一人だけが知ってる昔の悲しみが心のなかに跡を残していた。そしてさらに深いところに、さらに人知れず――彼女自身からも知られずに――運命の痕跡が、すでに彼女を啄み始めてる内部の病苦が、存していた。――けれども、ランジェー夫妻の眼には彼女の澄みきった眼つきしか映らなかったし、その眼つきに彼らは時とすると不安を覚えた。
ジャックリーヌは、呑気な楽しいとき――初めはいつもたいていそうだったが、そのときには、叔母へほとんど注意を向けなかった。けれどある年齢に達すると、身体と魂とのなかに不安な作用がひそかに起こってきて、そのために彼女の一身は、幸いにも長くはつづかないがしかし死ぬような気がする馬鹿げた獰猛な逆上のおりおりに、苦悩や嫌悪や恐怖や狂的な悲しみに陥ってしまった――おぼれながら「助けて!」と呼ばわることもしかねる子供のようになってしまった――そのときに、彼女は自分のそばに、こちらへ手を差し出してくれる叔母マルト一人を見出した。ああ他の人たちはいかに遠くにいたことだろう! 父も母も他人と同じで、その懇篤な利己心だけしかもたず、自分自身に満足しきっていて、人形に等しい十四歳の彼女の小さな胸の悶えなどは、考えてくれようともしなかった。でも叔母だけはその悶えを察してくれて、憐れみの情を寄せてくれた。叔母はなんとも言いはしなかった。ただ微笑んでいた。テーブル越しに、ジャックリーヌと温情の眼つきをかわした。ジャックリーヌは叔母から理解されてるのを感じて、そのそばへ身を寄せた。マルトは彼女の頭に手を置いて、口をつぐんだまま撫でてくれた。
娘は信頼の念を起こした。胸がいっぱいになるときには、大きな友だちたる叔母をたずねていった。いつやって行っても思ったとおりに、いつも変わらぬ寛大な眼に出会い、その眼の落ち着きを多少心に注ぎ込まれるのだった。彼女は空想の恋心地をほとんど話さなかった。恥ずかしい気がした。ほんとうのものではないと自分でも感じていた。しかしいっそう真実な、ただ一つの真実な、ぼんやりした深い不安を話した。
「叔母さま、」と彼女はときおり溜息をついた、「私ほんとに幸福になりたいわ。」
「まあかわいそうに!」とマルトは微笑みながら言った。
ジャックリーヌは叔母の膝に頭をもたせ、自分を撫でてくれてるその手に接吻した。
「私幸福になれましょうかしら。ねえ、叔母さま、幸福になれましょうかしら?」
「私にはわかりませんね。でもそれはいくらかお前さんしだいですよ……。幸福になろうと思えば、人はいつでも幸福になれます。」
ジャックリーヌは信じかねた。
「叔母さまは幸福でいらして?」
マルトは愁わしげな微笑をもらした。
「ええ。」
「嘘? ほんとう? 幸福でいらして?」
「お前さんはそう思いませんか。」
「思ってますわ。でも……。」
ジャックリーヌは言いやめた。
「なあに?」
「私は幸福になりたいんですけれど、叔母さまのような幸福にはなりたくありませんの。」
「まあかわいそうに! 私もそう望んでいますよ。」とマルトは言った。
「いいえ、」とジャックリーヌはきっぱり頭を振りながら言いつづけた、「第一、私は幸福にはなれそうにありませんもの。」
「私だってそうですよ。幸福になれようとは思っていませんでした。けれど人は世間から教わって、いろんなことができるようになるものです。」
「いいえ私は、教わりたくありませんわ。」とジャックリーヌは不安げに抗弁した。「思いどおりの幸福な身になりたいんですの。」
「でもどういうふうにだかは自分にもわからないでしょう。」
「自分の望みははっきりわかっていますわ。」
彼女は多くのことを望んでいた。しかしそれを口に出す段になると、いつも反誦句のように繰り返されるただ一つのことしか見出せなかった。
「第一に人から愛されたいのですわ。」
マルトは黙って編み物をしていた。ちょっとたってから彼女は言った。
「そしてお前さんのほうで愛していなければ、それがなんの役に立ちましょう?」
ジャックリーヌは狼狽して叫んだ。
「いいえ叔母さま、好きな人のことだけを言ってるのよ! 他のものはどうでもいいんですわ。」
「そしてお前さんがだれも愛していないとしたら?」
「まあそんなことが! いつでも、いつでも、愛するものはありますわ。」
マルトは疑わしい様子で頭を振った。
「人はそんなに愛するものではありません。」と彼女は言った。「愛したいと思ってるだけです。愛することは、神様のいちばん大きなお恵みです。お前さんもその恵みを授かるように神様にお願いなさい。」
「そしてだれも私を愛してくれませんでしたら?」
「人が愛してくれなくても同じです。お前さんはなおいっそう幸福になるでしょう。」
ジャックリーヌの顔は間延びて、不平げな様子になった。
「私いやですわ。」と彼女は言った。「そんなではちっとも楽しくなさそうですもの。」
マルトはやさしく笑い、ジャックリーヌをながめ、溜息をつき、それからまた編み物にとりかかった。
「かわいそうに!」と彼女はまた言った。
「どうして叔母さまはいつも、かわいそうにとおっしゃるの?」とジャックリーヌは不安げに尋ねた。「私かわいそうなものにはなりたくありませんわ。ほんとに、ほんとに幸福になりたいんですわ。」
「それだから私は、かわいそうに! と言ってるのです。」
ジャックリーヌは少し口をとがらした。しかしそれは長くつづかなかった。マルトの善良な笑顔に彼女は気が折れた。彼女は怒ったふうをしながらマルトを抱擁した。実際人はこの年ごろでは、将来の、はるかな将来の、悲しい予想から、ひそかに媚びられずにはいられないものである。遠くから見ると、不幸は詩の円光を帯びてくる。もっとも恐ろしく思われるものは、平凡な生活である。
ジャックリーヌは、叔母の顔がいつもますます蒼ざめてゆくのに、少しも気づかなかった。ただ叔母がますます外出しなくなることは、よく見てとった。しかし彼女はそれを出嫌いの癖のせいだと見なして、それを笑っていた。訪れてくるとき一、二度、医者が帰ってゆくのに出会った。彼女は叔母に尋ねた。
「叔母さまは御病気でいらして?」
マルトは答えた。
「なんでもありません。」
しかしもう彼女は、ランジェー家の一週一回の晩餐にも来なくなった。ジャックリーヌは腹をたてて、苦々しく小言を言いに行った。
「でもねえ、」とマルトは静かに言った、「私は少し疲れていますから。」
Mais Jacqueline ne voulait rien entendre. Mauvais prétexte!
—Belle fatigue, de venir chez nous, deux heures par semaine! Tu ne m'aimes pas. Tu n'aimes que le coin de ton feu.
Mais quand elle raconta chez elle, toute fière, son algarade, Langeais la tança vertement:
—Laisse ta tante tranquille! Tu ne sais donc pas que la pauvre femme est très malade!
Jacqueline pâlit; et, d'une voix tremblante, elle demanda ce qu'avait la tante. On ne voulait pas le lui dire. À la fin, elle réussit à savoir que Marthe se mourait d'un cancer à l'intestin; il y en avait pour quelques mois.
Jacqueline eut des jours d'épouvante. Elle se rassurait un peu, quand elle voyait la tante. Marthe, par bonheur, ne souffrait pas trop. Elle gardait son sourire tranquille, qui, sur son visage diaphane, paraissait le reflet d'une lampe intérieure. Jacqueline se disait:
—Non, ce n'est pas possible, ils se sont trompés, elle ne serait pas si calme...
Elle reprenait le récit de ses petites confidences, auxquelles Marthe prêtait encore plus d'intérêt qu'avant. Seulement, parfois, au milieu de la conversation, la tante sortait de la chambre, sans trahir qu'elle souffrît; et elle ne reparaissait que lorsque la crise était passée et ses traits rassérénés. Elle ne voulait point d'allusion à son état, elle essayait de le cacher; peut-être avait-elle besoin de n'y pas trop penser: le mal, dont elle se savait rongée, lui faisait horreur, elle en détournait son esprit; tout son effort était de ne plus troubler la paix de ses derniers mois. Le dénouement fut plus prompt qu'on ne pensait. Bientôt elle ne reçut plus personne que Jacqueline. Puis, les visites de Jacqueline durent devenir plus brèves. Puis, vint le jour de la séparation. Marthe, étendue dans son lit, d'où elle ne sortait plus depuis des semaines, prit congé tendrement de sa petite amie, avec des mots très doux et consolants. Et puis, elle s'enferma, pour mourir.
Jacqueline passa par des mois de désespoir. La mort de Marthe coïncidait avec les pires heures de cette détresse morale, contre laquelle Marthe était la seule à la défendre. Elle se trouva dans un abandon indicible. Elle aurait eu besoin d'une foi, qui la soutînt. Il semblait que ce soutien n'aurait pas dû lui manquer: on lui avait fait pratiquer ses devoirs religieux; sa mère les pratiquait exactement aussi. Mais voilà, justement: sa mère les pratiquait; mais la tante Marthe ne les pratiquait pas. Et le moyen de ne pas faire la comparaison! Les yeux d'enfant saisissent bien des mensonges, que les plus âgés ne pensent plus à remarquer; ils notent bien des faiblesses et des contradictions. Jacqueline observait que sa mère et ceux qui disaient croire avaient aussi peur de la mort que s'ils n'avaient pas cru. Non, ce n'était pas là un soutien suffisant... Par là-dessus, des expériences personnelles, des révoltes, des répugnances, un confesseur maladroit qui l'avait blessée... Elle continuait de pratiquer, mais sans foi, comme on fait des visites, parce qu'on est bien élevée. La religion, comme le monde, lui paraissait néant. Son seul recours était le souvenir de la morte, dont elle s'enveloppait. Elle avait beaucoup à se reprocher envers celle que, naguère, son égoïsme juvénile négligeait et qu'aujourd'hui il appelait en vain. Elle idéalisait sa figure; et le grand exemple que Marthe lui avait laissé d'une vie profonde et recueillie lui faisait prendre en dégoût la vie du monde, sans sérieux et sans vérité. Elle n'en voyait plus que les hypocrisies; et ces aimables compromissions, qui, en d'autres temps, l'eussent amusée, la révoltaient. Elle avait une hyperesthésie morale: tout la faisait souffrir; sa conscience était à nu. Ses yeux s'ouvrirent sur certains faits, qui avaient échappé jusque-là à son insouciance. Un d'entre eux la blessa jusqu'au sang.
Elle était, une après-midi, dans le salon de sa mère. Mme Langeais avait une visite,—un peintre à la mode, bellâtre et prétentieux, habitué de la maison, mais non pas très intime. Jacqueline crut sentir que sa présence gênait les deux autres; d'autant plus, elle resta. Mme Langeais, légèrement énervée, la tête engourdie par un peu de migraine, ou par un de ces cachets contre la migraine que les dames d'aujourd'hui croquent comme des bonbons et qui achèvent de vider leur petit cerveau, ne surveillait pas trop ce qu'elle disait. Au cours de la conversation, elle appela étourdiment le visiteur:
—Mon chéri...
Elle s'en aperçut aussitôt. Il ne broncha pas plus qu'elle; et ils poursuivirent leur causerie cérémonieuse. Jacqueline, qui était occupée à servir le thé, faillit, dans son saisissement, laisser glisser une tasse. Elle eut l'impression que, derrière son dos, ils échangeaient un sourire d'intelligence. Elle se retourna, et saisit leurs regards complices, qui sur-le-champ se voilèrent.—Sa découverte la bouleversa. Cette jeune fille, librement élevée, qui avait souvent entendu parler et qui parlait elle-même en riant d'intrigues de ce genre, éprouva une souffrance intolérable, quand elle vit que sa mère... Sa mère, non, ce n'était pas la même chose!... Avec son exagération ordinaire, elle passa d'un extrême à l'autre. Elle n'avait rien soupçonné jusque-là. Dès lors, elle soupçonna tout. Elle s'acharnait à interpréter tel et tel détails dans la conduite passée de sa mère. Et sans doute, la légèreté de Mme Langeais ne prêtait que trop à ces suppositions; mais Jacqueline y ajoutait. Elle eût voulu se rapprocher de son père, qui avait toujours été plus près d'elle, et dont l'intelligence avait pour elle beaucoup d'attrait. Elle eût voulu l'aimer davantage, le plaindre. Mais Langeais ne semblait avoir aucun besoin d'être plaint; et l'esprit surexcité de la jeune fille fut traversé de ce soupçon, plus affreux encore que le premier,—que son père n'ignorait rien, mais qu'il trouvait plus commode de ne rien savoir, et que pourvu qu'il agît lui-même à sa guise, le reste lui était indifférent.
Alors, Jacqueline se sentit perdue. Elle n'osait pas les mépriser. Elle les aimait. Mais elle ne pouvait plus vivre là. Son amitié pour Simone Adam ne lui était d'aucun secours. Elle jugeait avec sévérité les faiblesses de son ancienne compagne. Elle ne s'épargnait pas; elle souffrait de ce qu'elle voyait en elle de laid et de médiocre; elle s'accrochait désespérément au souvenir pur de Marthe. Mais ce souvenir même s'effaçait; elle sentait que le flot des jours le recouvrirait, en laverait l'empreinte. Et alors, tout serait fini; elle serait pareille aux autres, noyée dans le bourbier... Oh! sortir à tout prix de ce monde! Sauvez-moi! Sauvez-moi!...
En ces jours de délaissement fiévreux, de dégoût passionné, et d'attente mystique, où elle tendait les mains vers un Sauveur inconnu, Jacqueline rencontra Olivier.
Mme Langeais n'avait pas manqué d'inviter Christophe, qui était, cet hiver, le musicien à la mode. Christophe était venu, et, suivant son habitude, il ne s'était pas mis en frais. Mme Langeais ne l'en avait pas moins trouvé charmant:—il pouvait tout se permettre, pendant qu'il était à la mode; on le trouverait toujours charmant; c'était l'affaire de quelques mois...—Jacqueline se montra moins charmée; le seul fait que Christophe fût loué par certaines gens suffisait à la mettre en défiance. Au reste, la brusquerie de Christophe, sa façon de parler fort, sa gaieté, la blessaient. Dans son état d'esprit, la joie de vivre lui semblait grossière; elle cherchait le clair-obscur mélancolique de l'âme, et elle se figurait qu'elle l'aimait. Il faisait trop jour en Christophe. Mais comme elle causait avec lui, il parla d'Olivier: il éprouvait le besoin d'associer son ami à tout ce qui lui arrivait d'heureux. Il en parla si bien que Jacqueline, troublée par la vision d'une âme qui s'accordait avec sa propre pensée, le fit aussi inviter. Olivier n'accepta pas tout de suite: ce qui permit à Christophe et à Jacqueline d'achever de lui à loisir un portrait imaginaire, auquel il fallut bien qu'il ressemblât, lorsqu'enfin il se décida à venir.
Il vint, mais ne parla guère. Il n'avait pas besoin de parler. Ses yeux intelligents, son sourire, la finesse de ses manières, la tranquillité qui l'enveloppait et qu'il rayonnait, devaient séduire Jacqueline. Christophe, par contraste, faisait valoir Olivier. Elle n'en montrait rien, par peur du sentiment qui naissait; elle continuait de ne causer qu'avec Christophe: mais c'était d'Olivier. Christophe, trop heureux de parler de son ami, ne s'apercevait pas du plaisir que Jacqueline trouvait à ce sujet d'entretien. Il parlait aussi de lui-même, et elle l'écoutait avec complaisance, bien que cela ne l'intéressât nullement; puis, sans en avoir l'air, elle ramenait la conversation à des épisodes de sa vie où se trouvait Olivier.
Les gentillesses de Jacqueline étaient dangereuses pour un homme qui ne se méfiait point. Sans y penser, Christophe s'éprenait d'elle; il trouvait du plaisir à revenir; il soignait sa toilette; et un sentiment, qu'il connaissait bien, recommençait de mêler sa langueur riante à tout ce qu'il songeait. Olivier s'était épris aussi, et dès les premiers jours; il se croyait négligé, et souffrait en silence. Christophe augmentait son mal, en lui racontant joyeusement ses entretiens avec Jacqueline. L'idée ne venait pas à Olivier qu'il pût plaire à Jacqueline. Bien qu'à vivre auprès de Christophe, il eût acquis plus d'optimisme, il se défiait de lui; il se voyait avec des yeux trop véridiques, il ne pouvait croire qu'il serait jamais aimé:—qui donc serait digne de l'être, si c'était pour ses mérites, et non pour ceux du magique et indulgent amour?
Un soir qu'il était invité chez les Langeais, il sentit qu'il serait trop malheureux, en revoyant l'indifférente Jacqueline; et, prétextant la fatigue, il dit à Christophe d'aller sans lui. Christophe, qui ne soupçonnait rien, s'en alla tout joyeux. Dans son naïf égoïsme, il ne pensait qu'au plaisir d'avoir Jacqueline à lui tout seul. Il n'eut pas lieu de s'en réjouir longtemps. À la nouvelle qu'Olivier ne viendrait point, Jacqueline prit aussitôt un air maussade, irrité, ennuyé, déconcerté; elle n'éprouvait plus aucun désir de plaire; elle n'écoutait pas Christophe, répondait au hasard; et il la vit, avec humiliation, étouffer un bâillement énervé. Elle avait envie de pleurer. Brusquement, elle sortit au milieu de la soirée; et elle ne reparut point.
Christophe s'en retourna, déconfit. Le long du chemin, il cherchait à s'expliquer ce brusque revirement; quelques lueurs de la vérité commençaient à lui apparaître. À la maison, Olivier l'attendait; il demanda, d'un air qu'il tâchait de rendre indifférent, des nouvelles de la soirée. Christophe lui raconta sa déconvenue. À mesure qu'il parlait, il voyait le visage d'Olivier s'éclairer.
—Et cette fatigue? dit-il. Pourquoi ne t'es-tu pas couché?
—Oh! je vais mieux, fit Olivier, je ne suis plus las du tout.
—Oui, je crois, dit Christophe narquois, que cela t'a fait beaucoup de bien de ne pas venir.
Il le regarda affectueusement, malicieusement, s'en alla dans sa chambre, et là, quand il fut seul, il se mit à rire, rire tout bas, jusqu'aux larmes:
—La mâtine! pensait-il. Elle se moquait de moi! Lui aussi, me trompait. Comme ils cachaient leur jeu!
À partir de ce moment, il arracha de son cœur toute pensée personnelle, à l'égard de Jacqueline; et, comme une brave mère poule qui couve jalousement son œuf, il couva le roman des deux petits amants. Sans avoir l'air de connaître leur secret à tous deux, et sans le livrer, de l'un à l'autre, il les aida, à leur insu.
Il crut de son devoir, gravement, d'étudier le caractère de Jacqueline, pour voir si Olivier pourrait être heureux avec elle. Et comme il était maladroit, il agaçait Jacqueline par les questions saugrenues qu'il lui posait, sur ses goûts, sur sa moralité...
—Voilà un imbécile! De quoi se mêle-t-il? pensait Jacqueline, furieuse, en lui tournant le dos.
Et Olivier s'épanouissait de voir que Jacqueline ne faisait plus attention à Christophe. Et Christophe s'épanouissait de voir qu'Olivier était heureux. Sa joie s'étalait même, d'une façon beaucoup plus bruyante que celle d'Olivier. Et comme elle ne s'expliquait point, Jacqueline, qui ne se doutait pas que Christophe voyait plus clair dans leur amour qu'elle n'y voyait elle-même, le trouvait insupportable; elle ne pouvait comprendre qu'Olivier se fût entiché d'un ami aussi vulgaire et aussi encombrant. Le bon Christophe la devinait; il trouvait un plaisir malicieux à la faire enrager; puis, il se retirait à l'écart, prétextant des travaux, pour refuser les invitations des Langeais et laisser seuls ensemble Jacqueline et Olivier.
Il n'était pas sans inquiétudes cependant pour l'avenir. Il s'attribuait une grande responsabilité dans le mariage qui se préparait; et il se tourmentait: car il voyait assez juste en Jacqueline, et il redoutait bien des choses: sa richesse d'abord, son éducation, son milieu, et surtout sa faiblesse. Il se rappelait son ancienne amie Colette. Sans doute, Jacqueline était plus vraie, plus franche, plus passionnée; il y avait dans ce petit être une ardente aspiration vers une vie courageuse, un désir presque héroïque...
—Mais ce n'est pas tout de désirer, pensait Christophe, qui se souvenait d'une polissonnerie de l'ami Diderot; il faut avoir les reins solides.
Il voulait avertir Olivier du danger. Mais quand il voyait Olivier revenir de chez Jacqueline, les yeux baignés de joie, il n'avait plus le courage de parler. Il pensait:
—Les pauvres petits sont heureux. Ne troublons pas leur bonheur.
Peu à peu, son affection pour Olivier lui fit partager la confiance de son ami. Il se rassurait; il finit par croire que Jacqueline était telle qu'Olivier la voyait et qu'elle voulait se voir elle-même. Elle avait si bonne volonté! Elle aimait Olivier pour tout ce qu'il avait de différent d'elle et de son monde: parce qu'il était pauvre, parce qu'il était intransigeant dans ses idées morales, parce qu'il était maladroit dans le monde. Elle aimait d'une façon si pure et si entière qu'elle eût voulu être pauvre comme lui, et presque, par moments,... oui, presque devenir laide, afin d'être plus sûre d'être aimée pour elle-même, pour l'amour dont son cœur était plein et dont il avait faim... Ah! certains jours, quand il était là, elle se sentait pâlir, et ses mains tremblaient. Elle affectait de railler son émotion, elle feignait de s'occuper d'autre chose, de le regarder à peine; elle parlait avec ironie. Mais soudain, elle s'interrompait; elle se sauvait dans sa chambre; et là, toute porte close, le rideau baissé sur la fenêtre, elle restait assise, les genoux serrés, les coudes rentrés contre son ventre, les bras en croix sur la poitrine, comprimant les battements de son cœur; elle restait ainsi, ramassée sur elle-même, sans un souffle; elle n'osait pas bouger, de peur qu'au moindre geste le bonheur ne s'enfuît. Sur son corps, en silence, elle étreignait l'amour.
Maintenant, Christophe se passionnait pour le succès d'Olivier. Il s'occupait de lui maternellement, surveillait sa toilette, prétendait lui donner des conseils sur la façon de s'habiller, lui faisait—(comment!)—ses nœuds de cravate. Olivier, patient, se laissait faire, quitte à renouer sa cravate, dans l'escalier, lorsque Christophe n'était plus là. Il souriait, mais il était touché de cette grande affection. Intimidé par son amour, il n'était pas sûr de lui, et demandait volontiers conseil à Christophe; il lui contait ses visites. Christophe, aussi ému que lui, passait quelquefois des heures, la nuit, à chercher les moyens d'aplanir le chemin à l'amour de son ami.
Ce fut dans le parc de la villa des Langeais, aux environs de Paris, dans un petit pays sur la lisière de la forêt de l'Isle-Adam, qu'Olivier et Jacqueline eurent l'entretien, qui décida de leur vie.
Christophe accompagnait son ami; mais il avait trouvé un harmonium dans la maison; et il se mit à jouer, laissant les amoureux se promener en paix.—À vrai dire, ils ne le souhaitaient point. Ils craignaient d'être seuls. Jacqueline était silencieuse et un peu hostile. Déjà, à la dernière visite, Olivier avait senti un changement dans ses manières, une froideur subite, des regards qui paraissaient étrangers, durs, presque ennemis. Il en avait été glacé. Il n'osait s'expliquer avec elle: il craignait trop de recevoir de celle qu'il aimait une parole cruelle. Il trembla de voir Christophe s'éloigner; il lui semblait que sa présence le garantissait seule du coup qui allait le frapper.
Jacqueline n'aimait pas moins Olivier. Elle l'aimait beaucoup plus. C'était ce qui la rendait hostile. Cet amour, avec lequel naguère elle avait joué, qu'elle avait tant appelé, il était là, devant elle; elle le voyait s'ouvrir devant ses pas comme un gouffre, et elle se rejetait en arrière, effrayée; elle ne comprenait plus; elle se demandait:
—Mais pourquoi? pourquoi? Qu'est-ce que cela veut dire?
Alors, elle regardait Olivier, de ce regard qui le faisait souffrir, et elle pensait:
—Qui est cet homme?
Et elle ne savait pas.
—Pourquoi est-ce que je l'aime?
Elle ne savait pas.
—Est-ce que je l'aime?
Elle ne savait pas... Elle ne savait pas; mais elle savait que pourtant elle était prise; l'amour la tenait; elle allait se perdre en lui, se perdre tout entière, sa volonté, son indépendance, son égoïsme, ses rêves d'avenir, tout englouti dans ce monstre. Et elle se raidissait avec colère; elle éprouvait, par moments, pour Olivier, un sentiment presque haineux.
Ils allèrent jusqu'à l'extrémité du parc, dans le jardin potager, que séparait des pelouses un rideau de grands arbres. Ils marchaient à petits pas, au milieu des allées, que bordaient des buissons de groseilliers aux grappes rouges et blondes, et des plates-bandes de fraises, dont l'haleine emplissait l'air. On était au mois de juin; mais des orages avaient refroidi le temps. Le ciel était gris, la lumière à demi éteinte; les nuages bas se mouvaient pesamment, tout d'une masse, charriés par le vent. De ce grand vent lointain, rien n'arrivait sur la terre: pas une feuille ne remuait. Une grande mélancolie enveloppait les choses, et leur cœur. Et du fond du jardin, de la villa invisible, aux fenêtres entr'ouvertes, vinrent les sons de l'harmonium, qui disait la fugue en mi bémol mineur de Jean-Sébastien Bach. Ils s'assirent côte à côte sur la margelle d'un puits, tout pâles, sans parler. Olivier vit des larmes couler sur les joues de Jacqueline.
—Vous pleurez? murmura-t-il, les lèvres tremblantes.
Ses larmes aussi coulèrent.
Il lui prit la main. Elle pencha sa tête blonde sur l'épaule d'Olivier. Elle n'essayait plus de lutter: elle était vaincue; et c'était un tel soulagement!... Ils pleurèrent tout bas, écoutant la musique, sous le dais mouvant des nuées lourdes, dont le vol silencieux semblait raser la cime des arbres. Ils pensaient à tout ce qu'ils avaient souffert,—qui sait? peut-être aussi à ce qu'ils souffriraient plus tard. Il est des minutes où la musique fait surgir toute la mélancolie tissée autour de la destinée d'un être...
しかしジャックリーヌは何にも耳に入れようとしなかった。そんなことが言い訳になるものか!
「一週に二、三時間家に来てくださるのに、そんなにお疲れなさるんでしょうか。叔母さまはもう私を愛してくださらないんでしょう。御自分の家の暖炉の隅ばかりを大事にしていらっしゃるのでしょう。」
けれど、彼女が家に帰って、小言を言ってやった由を得意げに話すと、ランジェーは彼女をきびしく戒めた。
「叔母さんに構ってはいけない。気の毒にも重い御病気であることを、お前は知らないのか。」
ジャックリーヌは顔色を変えた。そして震える声で、叔母がどういう病気であるかを尋ねた。なかなか教えてもらえなかった。けれどついに、マルトは腸の癌腫で死にかかってるのだということを知り得た。もう数か月前からの病気だった。
ジャックリーヌは恐惶の日々を送った。叔母に会うと多少安心した。仕合わせにもマルトはあまり苦しんではいなかった。やはりいつもの落ち着いた微笑を浮かべていて、それが透き通った顔の上に、内心の燈火の反映のように見えていた。ジャックリーヌは考えた。
「いえ、そんなことはない。間違いだわ。病気ならこんなに落ち着いていらっしゃるはずはない……。」
彼女はまた小さな胸に秘めてる話をうち明け始めた。マルトはそれにたいして前よりいっそうの同情を示してくれた。ただときどき、話の最中に、叔母は室から出て行った。苦しんでる様子は少しも見せなかった。発作が過ぎ去って顔だちも平穏に返ってから、またそこに出て来た。彼女は自分の容態に関する話を厭がっていた。容態を人に隠そうとしていた。おそらく自分でもあまりそれを考えたくなかったのであろう。彼女は自分を啄んでるとわかってるその病気を恐れていて、それから考えをそむけていた。彼女の全努力は、最後の数か月の平和な気持を乱すまいとすることだった。終焉は人が思ったよりも早かった。彼女はやがてジャックリーヌのほかはだれにも会わなくなった。つぎには、ジャックリーヌに会う時間もしだいに短くならざるを得なかった。つぎには、いよいよ別れる時が来た。マルトは、数週間以来離れたことのない寝床に横たわって、ごく静かな慰めの言葉で、その小さな友だちにやさしく別れを告げた。それから、彼女は室に閉じこもって、死んでいった。
ジャックリーヌは幾月も絶望のうちに過ごした。彼女はその精神的苦悶からマルト一人によって守られていたのであるが、ちょうどその苦悶のもっともひどいときにマルトに死なれたのだった。彼女はすっかり見捨てられた心地がした。何か自分の支持となる信仰でもあればよかった。そしてその支持も欠けてはいないはずだった。いつも宗教的な務めを行なわせられていた。母もまたそれを几帳面に行なっていた。しかしそれが問題だった。母は宗教上の務めを行なっていたが、叔母のマルトはそれを行なっていなかった。比較してみざるを得なかった。子供の眼は、大人が看過してる多くの虚偽をもとらえるものである。また多くの弱点や矛盾をも見てとるものである。ジャックリーヌが観察したところによると、母親やまたは信仰してると言ってる人々も、信仰のない者と同じように死を恐れていた。いや信仰も十分の支持ではないのだった……。なおその上に、自分自身のいろんな経験、反発心、嫌悪の念、癪にさわるへまな聴罪師、などがあった……。彼女はやはり務めを行なってはいたが、別に信仰あってするのではなく、ちょうど育ちがいいからといって社交界に出てるのと同じだった。宗教も社交界と同じく、彼女には空虚なものに思われた。彼女の唯一の頼りは死んだ叔母の思い出であって、彼女はそれに包み込まれた。先ごろは幼い利己心のため閑却しがちであり、今日では利己心によっていたずらに呼びかけてるその叔母にたいして、たいへん済まない気がした。彼女は叔母の面影を理想化した。そして叔母が残してくれた深い専心的な生活の大きな実例は、彼女をしてますます、不真面目な虚偽な社交的生活を厭にならした。彼女にはその偽善的な点ばかりが眼についた。他のときなら面白く思えたかもしれないその危険な世辞愛嬌が、今は彼女に反感を催さした。彼女は何事も厭になる精神過敏の状態にあった。本心が赤裸になっていた。これまで呑気に見過ごしてきた種々の事柄にたいして、眼が聞けてきた。そのうちのある事柄からは、血が煮えたつほど心を傷つけられた。
彼女はある日の午後、母親の客間にいた。ランジェー夫人のもとには一人の訪問客があった――美貌自慢の気障な流行画家で、いつもやって来る常客の一人だったが、大して親しいわけではなかった。ジャックリーヌは、自分がいては二人に迷惑らしい気がした。それだけにまたいっそう座をはずせなかった。ランジェー夫人は少し弱っていた。多少の偏頭痛のためか、あるいは、近ごろの婦人たちがボンボンのようによくかじってついに頭がからっぽになる、あの頭痛予防薬のためかで、頭がぼんやりしていた。それで自分の言葉にあまり気をつけていなかった。会話のなかで、その訪問客をうっかりこう呼んだ。
「ねえあなた……。」
彼女はすぐにみずから気づいた。が彼女も客も別にまごつかなかった。そしてしかつめらしく話しつづけた。ジャックリーヌは茶の支度をしていたが、びっくりして茶碗を取り落としかけた。自分の後ろで、二人が賢しい微笑をかわしてるような気がした。振り向いてみると、二人の眼は目配せをし合っていたが、すぐに素知らぬふうをした。――ジャックリーヌはその発見に心転倒した。自由に育てられた年若い彼女は、そういう種類の男女関係を、しばしば耳にしたりまた自分でも笑いながら話したりしたが、今やそうした母親を見出すと、堪えがたい苦しみを覚えた……。自分の母が……いや、それは他の事と同一にはならない!……彼女はいつもの誇張癖のため、極端から他の極端へ走った。それまでは何一つ疑ったことがなかった。けれどそれ以来は、すべてのことを疑った。母の過去の行ないのいろんなことを、一生懸命に細かく考察してみた。そしてもちろんランジェー夫人の軽佻さは、そういう嫌疑に豊富な材料を与えるものだった。ジャックリーヌはそれへさらに尾鰭をつけた。彼女は父のほうへ接近したかった。母より父のほうがいつも自分に近かったし、その知力にずいぶん魅せられていた。いっそう父を愛したかったし、父を気の毒がりたかった。しかしランジェーは、人から気の毒がられる必要をもたないらしかった。そして娘のひどく興奮した精神には、ある疑いが、前のよりいっそう恐ろしい疑いが起こった――父は何にも知らないのではないが、何にも知らないほうがかえって便利だと思っていて、自分だけ勝手に行動しさえすれば他のことはどうでもよいとしてるのだ、という疑いが起こった。
するとジャックリーヌは、もうどうにもならない気がした。彼女は両親を軽蔑しかねた。両親を愛していた。しかしもうこのままの生活をつづけることはできなかった。シモーヌ・アダンにたいする友誼も、なんの助けともならなかった。この旧友の弱点を彼女は厳格に批判した。また自分自身をも容赦しなかった。自分のうちに醜いものや凡庸なものを認めて苦しんだ。そして必死となってマルトの清浄な思い出にすがりついた。しかしその思い出もしだいに消えていった。日々の波がつぎつぎにそれを覆いかぶせて、その痕跡を洗い去るようだった。そうなったらもう何もかも駄目である。自分も他人と同じように泥濘の中におぼれてしまうだろう……。ああどうあってもこんな世界から逃げ出したい! 助けてほしい、助けてほしい!……
かくて彼女は、いらいらした孤独の念と、熱烈な嫌悪の情と、ある神秘な期待とのうちに、日々を過ごしながら、未知の救い主のほうへ両手を差し出してるおりに、ちょうどオリヴィエに出会ったのだった。
ランジェー夫人は、その冬、もてはやされてきた音楽家のクリストフを、招待しないではおかなかった。クリストフはやって来たが、例によって歓心を得ようとはつとめなかった。それでもランジェー夫人はやはり彼を面白い人物だと思った。――流行児である間は何をしても構わなかった。いつでも人から面白い男だと思われるのだった。ただしそれも数か月間のことである。――ジャックリーヌはそれほど面白いと思う様子を見せなかった。クリストフがある人々から讃められてるということだけでもすでに、彼女をあまり心服させなかった。そのうえ、彼の粗暴な態度や、強い物の言い方や、快活な様子などは、彼女の気持を害した。彼女のような精神状態では、生の喜びは卑しいものに思われた。彼女は魂の憂鬱な薄明を求めていたし、それを好んでるとみずから思っていた。クリストフのうちにはあまりに白日の光が多すぎた。けれど彼女は彼と話を交えた。そして彼は彼女にオリヴィエの噂をした。彼は自分の身に起こるあるゆる幸福を友にもあずからせたかったのである。そして彼がオリヴィエのことをいろいろ話すので、ジャックリーヌは、自分の思想と一致してる魂を描き出し、人知れず心を動かされて、オリヴィエをも招待してもらった。オリヴィエはすぐには承諾しなかった。そのためにかえってクリストフとジャックリーヌとの話の中で、想像のオリヴィエの姿がゆっくりとこしらえ上げられてしまった。オリヴィエがついに思い切ってやって来たときには、もとよりその想像の姿どおりだった。
オリヴィエはやって来たけれど、ほとんど口をきかなかった。口をききたくなかったのである。そして、彼の怜悧な眼や微笑や繊細な物腰や、彼を包み彼が放射してる落ち着きなどは、ジャックリーヌをひきつけずにはおかなかった。それとまったく反対なクリストフの様子は、オリヴィエをますます引き立たしていた。ジャックリーヌは心に萌えだした感情を恐れて、態度には何一つ現わさなかった。やはりクリストフとばかり話をした。しかしそれもオリヴィエについての話だった。クリストフは友のことを話すうれしさのあまりに、ジャックリーヌがその話題を喜んでることには気づかなかった。彼はまた自分のことをも話した。彼女はそれを少しも面白いとは思わなかったが、好意上耳を貸してやった。それから様子にはそれと見せないで、オリヴィエが出て来る身の上話に話を引きもどすのだった。
ジャックリーヌのしとやかさは、少しも疑念のない青年にとっては危険だった。クリストフはなんの考えもなく彼女に熱中した。訪問を繰り返すのがうれしかった。服装にも注意しだした。そしてよく覚えのある一つの感情がまた、そのにこやかな懶さをあらゆる夢想に交えてきた。オリヴィエもまた思慕していた。しかも最初から思慕したのだった。そして自分が閑却されてると思って、ひそかに苦しんでいた。クリストフはジャックリーヌとの会話を楽しげに語ってきかして、彼の苦しみをさらに大きくなした。彼はジャックリーヌに好かれようとは思いもよらなかった。彼はクリストフのそばに暮らしてきたので、以前よりはいくらか楽天的になっていたけれど、やはり自分を信ずる念が乏しかった。あまりに実直な眼で自分をながめていた。自分がいつか愛されようとは思い得なかった。――いったい人が愛されるのは、魔術的な寛容な恋愛の価値のためではなくて、自分の価値のためであるとしたならば、たれかほんとうに愛されるに値する者があろうぞ?
ある晩、彼はランジェー家へ招待されていたが、またジャックリーヌの冷淡な様子を見るのがあまりにつらいような気がして、疲れてるというのを口実にして、クリストフに一人で行ってくれと言った。クリストフは何にも察しないで、喜んで出かけていった。率直な利己心からして、ジャックリーヌを独占するの喜びばかりを考えていた。けれどそれを長く楽しむわけにゆかなかった。オリヴィエが来ないことを聞くと、ジャックリーヌはすぐに、不機嫌ないらだった悲しいがっかりした様子になった。もう少しも人の気に入りたい望みも覚えなかった。クリストフの言葉に耳を傾けもせず、いい加減な返辞ばかりした。そして彼女が気のない欠伸を噛み殺してるさまを見ると、彼は屈辱を感じた。彼女は泣きたくなっていた。ふいに夜会の半ばで出て行った。そしてもう姿を見せなかった。
クリストフは狼狽して帰っていった。途中で彼は、その突然の変わり方を考察してみた。ほんとうのことが少しわかりかけた。家にもどってみると、オリヴィエは彼を待っていて、平気を装った様子で、夜会の消息を尋ねた。クリストフはつまらない目に会ったことを話した。そして話してゆくに従って、オリヴィエの顔が輝いてくるのを見てとった。
「疲れはどうしたんだい?」と彼は言った。「なぜ寝なかったのか。」
「なに、よくなったよ。」とオリヴィエは言った。「もうちっとも疲れてやしない。」
「そうだ、君は、」とクリストフは、ひやかすように言った、「ほんとに行かなくてよかったよ。」
彼はやさしくまた意地悪そうにオリヴィエの顔をながめ、自分の室にはいって行き、そして一人きりになると、声を押えて、涙が出るほど、笑いだした。
「あのお転婆娘が!」と彼は考えた、「俺を馬鹿にしやがって! 彼奴までが、俺を騙しやがった。二人こっそり芝居をうってたんだな。」
それ以来彼は、ジャックリーヌに関する私情をすっかり心からもぎ取ってしまった。そして善良な牝鶏が専心に卵を孵すように、二人の若い恋人の物語を育ててやった。二人が共に胸にしまってるその秘密を知ってる様子もしなければ、二人の間の仲介をもなさないで、ひそかに二人を助けてやった。
彼は、オリヴィエがジャックリーヌとともに暮らして、幸福であり得るかどうかを見るために、ジャックリーヌの性格を研究するのが自分の義務だと、真面目な考えをした。そしてやり方がへまだったので、趣味や徳操などについておかしな問いをかけては、ジャックリーヌをうるさがらせてばかりいた。
「ほんとに馬鹿な人だ! どうするつもりかしら。」とジャックリーヌは、腹だちまぎれに考えて、背中を向けた。
そしてオリヴィエは、ジャックリーヌがもうクリストフに構わないのを見て、晴れやかな心地がした。クリストフは、オリヴィエが幸福なのを見て、晴れやかな心地がした。彼の喜びはむしろ、オリヴィエの喜びよりもずっと大袈裟に現われていた。そしてジャックリーヌは、自分よりもいっそうはっきりと二人の愛をクリストフが見てとってようとは思いがけなかったので、右のことがさっぱり腑に落ちないで、クリストフをたまらない男だと思った心こんな卑しい煩わしい友にオリヴィエがどうして心酔してるか理解できなかった。人のいいクリストフは彼女の心を察して、彼女を怒らせることに意地悪い愉快さを覚えた。それから彼は仕事を口実にして身を退き、ランジェー家の招待を断わって、ジャックリーヌとオリヴィエとを二人きりにしておいた。
それでも彼は、将来にたいする不安を覚えないではなかった。これから成り立とうとする結婚について、自分が大なる責任を負ってると思った。そしてみずから心を痛めた。なぜなら彼は、ジャックリーヌの性質をかなり正しく見てとっていたし、多くのことを恐れていた。第一には彼女の富、教育、環境、そしてことに彼女の弱さ。彼は昔自分が親しくしていたコレットを想い起こした。もちろん、ジャックリーヌのほうがいっそう真実で直截で熱烈であった。小さな彼女の一身のうちには、勇ましい生活にたいする憧憬が、ほとんど勇壮とも言える願望が、宿っているのだった。
「しかしそれだけでは望みどおりだとは言えない。」とクリストフは、好きなディドゥローの元気な冗談を思い出して考えた。「丈夫な腰をもっていなけりゃいけない。」
彼はオリヴィエに危険を知らせたかった。けれども、オリヴィエが眼に喜びをたたえてジャックリーヌのところからもどってくるのを見ると、もう話すだけの勇気がなかった。彼は考えた。
「かわいそうに……二人は幸福なのだ。彼らの幸福を乱さないことにしよう。」
オリヴィエにたいする愛情のあまり、彼はしだいにオリヴィエの信じきってる心にかぶれてきた。彼の心は安まっていった。そしてついには、ジャックリーヌはオリヴィエが考えてるとおりの女であり、また彼女自身で希望してるとおりの女であると、信ずるようになった。彼女は誠意に満ちてるのだった。彼女がオリヴィエを愛するのは、自分や自分の社会と異なった点を彼がもってるからだった。異なってるという訳は、彼は貧しかったし、自分の道徳観念に一徹だったし、人中に出て拙劣だった。彼にたいする彼女の愛はいかにも純粋で傾倒的だったので、彼女は彼と同じように貧しくなりたかったし、時としてはほとんど……そうだ、ほとんど醜くさえもなりたかった。そして、ただ自分だけとして愛されることを、自分の心が飽満しかつ渇望している愛のために愛されることを、なおいっそう確かめたかった……。ああ、ある日などは、彼がそばにいるゆえに、彼女は色蒼ざめる心地がし両手が震えた。そして自分の激情をわざとあざけってみ、他の事柄に心を向けてるふうを装い、ほとんど彼のほうをもながめないふりをした。皮肉な口のきき方をした。しかし突然それがつづけられなくなった。自分の居室に逃げ込んだ。そして扉をすっかり閉め切り、窓掛をおろして、じっとすわったまま、両膝をきっと寄せ、両肱を引っ込めて腹に押しあて、腕を胸に組みながら、心の動悸を押えた。そのままじっと思いを潜めて、堅くなり息を凝らした。ちょっと動いても幸福が逃げてゆきそうで、身動きもできなかった。そして彼女は無言のうちに自分の身体に恋を抱きしめた。
今ではもうクリストフは、オリヴィエに成功させようと夢中になっていた。母親みたいに彼の世話をやき、その身装に注意してやり、服のつけ方をいろいろ教えようとしたり、襟飾りを――(どうしてだか)結んでやりまでした。オリヴィエは辛抱して、なされるままにしておいた。クリストフのそばを離れて階段で、その襟飾りを結び直せば済むことだった。彼は微笑んでいた。しかし友の深い愛情には心を動かされた。そのうえ彼は、恋のために臆病になっていて、自分に確信がなかったから、進んでクリストフへ助言を求めた。ジャックリーヌを訪問したときの模様を話した。クリストフも彼と同じように感動していた。時とすると夜半に幾時間もかかって、友の恋路を平らにする方法を考えめぐらした。
パリー近郊の、イール・アダンの森のほとりのちょっとした土地に、ランジェー家の別邸があった。この別邸の広庭のなかで、オリヴィエとジャックリーヌとは、彼らの一生に関する話を交えたのだった。
クリストフも友について行った。しかし彼は家の中にハーモニュームを見つけて、それを演奏しながら、恋人同志を平和に散歩さしておいた。――実を言えば二人はそれを望んでいなかった。二人きりになるのを恐れていた。ジャックリーヌは黙っていて、多少敵意を見せていた。すでにこの前の訪問のときオリヴィエは、彼女の様子の変わったこと、にわかの冷淡な素振り、よそよそしい酷いほとんど反抗的なある眼つきを、感じたのだった。そしてぞっとさせられていた。彼はあえて彼女に訳を尋ねかねた。愛する者から残酷な言葉を受けはすまいかと、あまりに恐れていた。それでクリストフが遠のくのを見てぎくりとした。クリストフがそばにいてくれさえしたら、自分に落ちかかろうとしてる打撃を受けずにすみそうだった。
ジャックリーヌはやはりオリヴィエを愛してるのだった。前よりはずっと愛していた。そのためにかえって敵意を含んでる様子になっていた。先ごろ彼女がもてあそんでいた恋愛は、あんなに呼び求めていた恋愛は、今や彼女の前にあった。それが深淵のように足下に開けてくるのを見て、彼女は恐れて飛びしざった。もう訳がわからなかった。みずから怪しんだ。
「なぜかしら、なぜかしら? どうしたというのだろう?」
そこで彼女はオリヴィエをじっとながめた。オリヴィエはその眼つきに苦しめられた。彼女は考えた。
「この人はだれかしら?」
彼女にはわからなかった。
「どうして私はこの人を愛してるのかしら?」
彼女にはわからなかった。
「私はこの人を愛してるのかしら?」
それもわからなかった……。彼女にはいっさいわからなかった。それでも自分が熱中してることだけはわかっていた。恋にとらわれてるのだった。恋のうちに身を滅ぼしかかっていた。意志も独立も自我も未来の夢も、ことごとくこの怪物の中にのみ込まれて、自分のすべてを滅ぼしかかっていた。そして憤然と全身を引きしめていた。彼女は時とするとオリヴィエにたいして、ほとんど憎しみに近い感情を覚えた。
二人は庭のはずれの野菜畑まで行った。幕のように立ち並んだ大木がそこを芝地から隔てていた。二人は小径のまん中を小刻みに歩いていった。径の両側には、赤黄い房をつけたすぐりの草むらや苺の苗床が並んでいて、その香りが空中に満ちていた。ちょうど六月のことだったが、たびたびの雷雨に冷え冷えとした気候だった。空はどんより曇って、日の光が半ばかげっていた。低い雲が風に運ばれ一塊りとなって重々しく動いていた。その遠くの激しい風は、少しも地上に達していなかった。木の葉一枚揺るがなかった。大きな憂鬱さが事物を包み込み、二人の心を包み込んだ。そして庭の奥から、眼に見えない別邸の半ば開いてる窓から、ヨハン・セバスチアン・バッハの変ホ短調の遁走曲を奏してるハーモニュームの響きが聞こえてきた。二人は蒼くなり無言のままで、そこにある井の縁石に相並んで腰をおろした。オリヴィエはジャックリーヌの頬に涙が流れてるのを見た。
「泣いていますね。」と彼は唇を震わしてつぶやいた。
そして彼も涙が流れた。
彼は彼女の手をとった。彼女は金髪の頭を彼の肩にもたせた。もう逆らおうとしなかった。うち負けてしまった。そしてそれは彼女にとって、どんなにか慰安だったろう!……二人は低く泣きながら、天蓋のような重々しい雲の移りゆく下で、音楽に耳を傾けた。音もなく流れるその雲は、樹木の梢をかすめるかと思われた。二人はこれまで苦しんだことどもを――またはおそらく、これから苦しむことどもを――考えていた。ある場合には、人の運命のまわりに織り込まれてる憂愁がことごとく、音楽のために浮き出されることもある!……

Après un moment, Jacqueline essuya ses yeux et regarda Olivier. Et brusquement, ils s'embrassèrent. Ô bonheur ineffable! Religieux bonheur! Si doux et si profond qu'il en est douloureux!...
Jacqueline demanda:
—Votre sœur vous ressemblait?
Olivier eut un saisissement. Il dit:
—Pourquoi me parlez-vous d'elle? Vous la connaissiez donc?
Elle dit:
—Christophe m'a raconté... Vous avez bien souffert?
Olivier inclina la tête, trop ému pour répondre.
—J'ai bien souffert aussi, dit-elle.
Elle parla de l'amie disparue, de la chère Marthe; elle dit, le cœur gonflé, comme elle avait pleuré, pleuré à en mourir.
—Vous m'aiderez? dit-elle, d'une voix suppliante, vous m'aiderez à vivre, à être bonne, à lui ressembler un peu? La pauvre Marthe, vous l'aimerez, vous aussi?
—Nous les aimerons toutes deux, comme toutes deux elles s'aiment.
—Je voudrais qu'elles fussent là!
—Elles sont là.
Ils restèrent, serrés l'un contre l'autre; ils sentaient battre leur cœur. Une petite pluie fine tombait, tombait. Jacqueline frissonna.
—Rentrons, dit-elle.
Sous les arbres, il faisait presque nuit. Olivier baisa la chevelure mouillée de Jacqueline; elle releva la tête vers lui, et il sentit sur ses lèvres, pour la première fois, les lèvres amoureuses, ces lèvres de petite fille, fiévreuses, un peu gercées. Ils furent sur le point de défaillir.
Tout près de la maison, ils s'arrêtèrent encore:
—Comme nous étions seuls, avant! dit-il.
Il avait déjà oublié Christophe.
Ils se souvinrent de lui. La musique s'était tue. Ils rentrèrent. Christophe, accoudé sur l'harmonium, la tête entre ses mains, rêvait, lui aussi, à beaucoup de choses du passé. Quand il entendit la porte s'ouvrir, il s'éveilla de sa rêverie, et leur montra son visage affectueux, qu'illuminait un sourire grave et tendre. Il lut dans leurs yeux ce qui s'était passé, leur serra la main à tous deux, et dit:
—Asseyez-vous là. Je vais vous jouer quelque chose.
Ils s'assirent, et il joua, au piano, tout ce qu'il avait dans le cœur, tout son amour pour eux. Quand ce fut fini, ils restèrent tous les trois, sans parler. Puis, il se leva, et il les regarda. Il avait l'air si bon, et tellement plus âgé et plus fort qu'eux! Pour la première fois, elle eut conscience de ce qu'il était. Il les serra dans ses bras, et dit à Jacqueline:
—Vous l'aimerez bien, n'est-ce pas? Vous vous aimerez bien?
Ils furent pénétrés de reconnaissance. Mais tout de suite après, il détourna l'entretien, rit, alla à la fenêtre, et sauta dans le jardin.
Les jours suivants, il engagea Olivier à faire sa demande aux parents de Jacqueline. Olivier n'osait point, par crainte du refus qu'il prévoyait. Christophe le pressa aussi de se mettre en quête d'une situation. À supposer qu'il fût agréé par les Langeais, il ne pouvait accepter la fortune de Jacqueline, s'il ne se trouvait lui-même en état de gagner son pain. Olivier pensait comme lui, sans partager sa défiance injurieuse, un peu comique, à l'égard des mariages riches. C'était là une idée ancrée dans la tête de Christophe, que la richesse tue l'âme. Volontiers, il eût répété cette boutade d'un sage gueux à une riche oiselle, qui s'inquiétait de l'au-delà:
—Quoi, madame, vous avez des millions, et vous voudriez encore, par-dessus le marché, avoir une âme immortelle?
—Méfie-toi de la femme, disait-il à Olivier,—mi-plaisant, mi-sérieux,—méfie-toi de la femme, mais vingt fois plus de la femme riche! La femme aime l'art, peut-être, mais elle étouffe l'artiste. La femme riche empoisonne l'un et l'autre. La richesse est une maladie. Et la femme la supporte encore plus mal que l'homme. Tout riche est un être anormal... Tu ris? Tu te moques de moi? Quoi! est-ce qu'un riche sait ce que c'est que la vie? Est-ce qu'il reste en communion avec la rude réalité? Est-ce qu'il sent sur sa face le souffle fauve de la misère, l'odeur du pain à gagner, de la terre à remuer? Est-ce qu'il peut comprendre, est-ce qu'il voit seulement les êtres et les choses?... Quand j'étais petit garçon, il m'est arrivé une ou deux fois d'être emmené en promenade dans le landau du grand-duc. La voiture passait au milieu de prairies dont je connaissais chaque brin d'herbe, parmi des bois où je galopinais seul et que j'adorais. Eh bien, je ne voyais plus rien. Tous ces chers paysages étaient devenus pour moi aussi raidis, aussi empesés que les imbéciles qui me promenaient. Entre les prairies et mon cœur, il ne s'était pas seulement interposé le rideau de ces âmes gourmées. Il suffisait de ces quatre planches sous mes pieds, de cette estrade ambulante au-dessus de la nature. Pour sentir que la terre est ma mère, il me faut avoir les pieds enfoncés dans son ventre, comme le nouveau-né qui sort à la lumière. La richesse tranche le lien qui unit l'homme à la terre, et qui relie entre eux tous les fils de la terre. Et alors, comment voudrais-tu être encore un artiste? L'artiste est la voix de la terre. Un riche ne peut pas être un grand artiste. Il lui faudrait, pour l'être, mille fois plus de génie, dans des conditions aussi disgraciées. Même s'il y parvient, il est toujours un fruit de serre. Le grand Gœthe a beau faire: son âme a des membres atrophiés, il lui manque des organes essentiels, que la richesse a tués. Toi qui n'as pas la sève d'un Gœthe, tu serais dévoré par la richesse, surtout par la femme riche, que Gœthe a du moins évitée. L'homme seul peut encore réagir contre le fléau. Il a en lui une brutalité native, un humus amassé d'instincts âpres et salutaires qui l'attachent à la terre. Mais la femme est livrée au poison, et elle le communique aux autres. Elle se plaît à la puanteur parfumée de la richesse. Une femme qui reste saine de cœur, au milieu de la fortune, est un prodige, autant qu'un millionnaire qui a du génie... Et puis, je n'aime pas les monstres. Qui a plus que sa part pour vivre est un monstre,—un cancer humain qui ronge les autres hommes.
Olivier riait:
—Je ne puis pourtant pas cesser d'aimer Jacqueline, parce qu'elle n'est pas pauvre, ni l'obliger à l'être, pour l'amour de moi.
—Eh bien, si tu ne peux pas la sauver, au moins sauve-toi toi-même! Et c'est encore la meilleure façon de la sauver. Garde-toi pur. Travaille.
Olivier n'avait pas besoin que Christophe lui communiquât ses scrupules. Plus encore que lui, il avait l'âme chatouilleuse. Non qu'il prit au sérieux les boutades de Christophe contre l'argent: il avait été riche lui-même, il ne détestait point la richesse, et il trouvait qu'elle allait bien à la jolie figure de Jacqueline. Mais il lui était insupportable qu'on pût mêler à l'idée de son amour un soupçon d'intérêt. Il demanda à rentrer dans l'Université. Il ne pouvait plus espérer, pour l'instant, qu'un poste médiocre dans un lycée de province. C'était là un triste cadeau de noces à offrir à Jacqueline. Il lui en parla timidement. Jacqueline eut d'abord quelque peine à admettre ses raisons: elle les attribuait à un amour-propre exagéré, que Christophe lui avait mis en tête, et qu'elle trouvait ridicule: n'est-il pas naturel, quand on aime, d'accepter du même cœur la fortune et l'infortune de l'aimée, et n'est-ce pas un sentiment mesquin, de se refuser à lui devoir un bienfait, qui lui ferait tant de joie?... Néanmoins, elle se rallia au projet d'Olivier: ce qu'il avait d'austère et de peu plaisant fut justement ce qui la décida; elle y trouvait une occasion de satisfaire son appétit d'héroïsme moral. Dans l'état de révolte orgueilleuse contre son milieu, que son deuil avait provoquée et que son amour exaltait, elle avait fini par nier tout ce qui dans sa nature était en contradiction avec cette ardeur mystique; elle tendait son être, comme un arc, vers un idéal de vie très pure, difficile, et rayonnante de bonheur... Les obstacles, la médiocrité de sa condition à venir, tout lui était joie. Que ce serait beau!...
Mme Langeais était trop occupée d'elle-même pour prêter grande attention à ce qui se passait autour d'elle. Depuis peu, elle ne songeait plus qu'à sa santé; elle occupait son temps à soigner des maladies imaginaires, essayer d'un médecin, puis d'un autre: chacun à tour de rôle était le Sauveur; il y en avait pour quinze jours; puis; c'était le tour du suivant. Elle restait des mois, au loin, dans des maisons de santé fort coûteuses, où elle exécutait avec dévotion des prescriptions puériles. Elle avait oublié sa fille et son mari.
M. Langeais, moins indifférent, commençait à soupçonner l'intrigue. Sa jalousie paternelle l'avertissait. Il avait pour Jacqueline cette affection énigmatique, que bien des pères éprouvent pour leurs filles, mais qu'ils n'avouent guère, cette curiosité mystérieuse, voluptueuse, quasi sacrée, de revivre en des êtres de son sang, qui sont soi, et qui sont femmes. Il y a, dans ces secrets du cœur, des ombres et des lueurs qu'il est sain d'ignorer. Jusqu'alors, il s'était amusé de voir sa fille rendre amoureux les petits jeunes gens: il l'aimait ainsi, coquette, romanesque, et pourtant avisée—(comme il était).—Mais quand il vit que l'aventure menaçait de devenir sérieuse, il s'inquiéta. Il commença par se moquer d'Olivier devant Jacqueline, puis il le critiqua avec une certaine âpreté. Jacqueline en rit d'abord, et dit:
—N'en dis pas tant de mal, papa; cela te gênerait plus tard, si je voulais l'épouser.
M. Langeais poussa les hauts cris; il la traita de folle. Bon moyen pour qu'elle le devînt tout à fait! Il déclara qu'elle n'épouserait jamais Olivier. Elle déclara qu'elle l'épouserait. Le voile se déchira. Il découvrit qu'il ne comptait plus pour elle. Son égoïsme paternel en fut indigné. Il jura qu'Olivier et Christophe ne remettraient plus les pieds chez lui. Jacqueline s'exaspéra; et un beau matin, Olivier, ouvrant sa porte, vit entrer en coup de vent la jeune fille, pâle et décidée, qui lui dit:
—Enlevez-moi! Mes parents ne veulent pas. Moi, je veux. Compromettez-moi.
Olivier, effaré, mais touché, n'essayait pas de discuter. Heureusement, Christophe était là. Il était le moins raisonnable, à l'ordinaire. Il les raisonna. Il montra quel scandale s'en suivrait, et comme ils en souffriraient. Jacqueline, mordant sa lèvre avec colère, dit:
—Eh bien, nous nous tuerons après.
Loin d'effrayer Olivier, ce fut une raison pour le décider. Christophe n'eut pas peu de peine à obtenir des deux fous quelque patience: avant d'en venir aux moyens désespérés, il fallait essayer des autres: que Jacqueline rentrât chez elle; lui, irait voir M. Langeais, et plaider leur cause.
Singulier avocat! Aux premiers mots qu'il dit, M. Langeais faillit le mettre à la porte; puis, le ridicule de la situation le frappa, et il s'en amusa. Peu à peu, le sérieux de son interlocuteur, son honnêteté, sa conviction s'imposaient; toutefois, il n‘en voulait pas convenir, et continuait à lui décocher des remarques ironiques. Christophe feignait de ne pas entendre; mais, à certaines flèches plus cuisantes, il s'arrêtait, il se hérissait en silence; puis il reprenait. À un moment, il posa son poing sur la table, qu'il martela, et dit:
—Je vous prie de croire que la visite que je fais ne m'amuse guère: je dois me faire violence pour ne pas relever certaines de vos paroles; mais j'estime que j'ai le devoir de vous parler; et je parle. Oubliez-moi, comme je m'oublie, et pesez ce que je dis.
M. Langeais écouta; et quand il entendit parler du projet de suicide, il haussa les épaules et fit semblant de rire; mais il fut remué. Il était trop intelligent pour traiter de plaisanterie une pareille menace; il savait qu'il faut compter avec l'insanité des filles amoureuses. Jadis, une de ses maîtresses, une fille rieuse et douillette, qu'il jugeait incapable d'exécuter sa forfanterie, s'était tiré sous ses yeux un coup de revolver; elle n'en était pas morte, sur-le-champ; il revoyait la scène... Non, l'on n'est sûr de rien, avec ces folles. Il eut un serrement de cœur... «Elle le veut? Eh bien, soit, tant pis pour elle, la sotte!...» Certes, il aurait pu user de diplomatie, feindre de consentir, gagner du temps, détacher doucement Jacqueline d'Olivier. Mais pour cela, il eût fallu se donner plus de peine qu'il ne pouvait ou ne voulait. Et puis, il était faible; et le seul fait qu'il eût dit violemment: «Non!» à Jacqueline, l'inclinait maintenant à dire: «Oui.» Après tout, que sait-on de la vie? Cette petite avait peut-être raison. La grande affaire, c'est de s'aimer. M. Langeais n'ignorait pas qu'Olivier était un garçon sérieux, qui peut-être avait du talent... Il donna son consentement.
Le soir avant le mariage, les deux amis veillèrent ensemble, une partie de la nuit. Ils ne voulaient rien perdre de ces dernières heures d'un cher passé.—Mais c'était du passé, déjà. Comme ces tristes adieux, sur le quai d'une gare, quand l'attente se prolonge avant le départ du train: on s'obstine à rester, à regarder, à parler. Mais le cœur n'est plus là; l'ami est déjà parti... Christophe essayait de causer. Il s'arrêta, au milieu d'une phrase, voyant les yeux distraits d'Olivier, et dit, avec un sourire:
—Tu es déjà loin!
Olivier s'excusa, confus. Il était triste de se laisser distraire de ces derniers instants d'intimité. Mais Christophe lui serra la main:
—Va, ne te contrains pas. Je suis heureux. Rêve, mon petit.
Ils restèrent à la fenêtre, accoudés l'un près de l'autre, regardant le jardin dans la nuit. Après quelque temps, Christophe dit à Olivier:
—Tu te sauves de moi? Tu crois que tu vas m'échapper? Tu penses à ta Jacqueline. Mais je vais bien t'attraper. Moi aussi, je pense à elle.
—Mon pauvre vieux, dit Olivier, et moi qui pensais à toi! Et même...
Il s'arrêta.
Christophe acheva sa phrase, en riant:
—... Et même qui me donnais tant de mal pour cela!...
Christophe s'était fait beau, presque élégant, pour la cérémonie. Il n'y avait pas de mariage religieux: ni Olivier, indifférent, ni Jacqueline, révoltée, n'en avaient voulu. Christophe avait écrit pour la mairie un morceau symphonique; mais au dernier moment, il y renonça, après s'être rendu compte de ce qu'est un mariage civil: il trouvait cette cérémonie ridicule. Il faut, pour y croire, être bien dépourvu de foi et de liberté, tout ensemble. Quand un vrai catholique se donne la peine de devenir libre penseur, ce n'est pas pour se faire d'un fonctionnaire de l'état civil un prêtre. Entre Dieu et la libre conscience, il n'est aucune place pour une religion de l'État. L'État enregistre, il ne lui appartient pas d'unir.
Le mariage d'Olivier et de Jacqueline n'était point fait pour inspirer à Christophe le regret de sa détermination. Olivier écoutait d'un air détaché, ironique, le maire qui flagornait lourdement le jeune couple, la famille riche, et les témoins décorés. Jacqueline n'écoutait pas; et furtivement elle tirait la langue à Simone Adam, qui l'épiait; elle avait parié avec elle que «cela ne lui ferait rien, du tout» de se marier, et elle était en train de gagner: à peine si elle songeait que c'était elle qui se mariait; cette pensée l'amusait. Les autres posaient pour la galerie; et la galerie lorgnait. M. Langeais paradait; si sincère que fût son affection pour sa fille, sa principale préoccupation était de noter les gens, et de se demander s'il n'avait pas fait d'oublis dans sa liste de faire-part. Seul, Christophe était ému; il était à lui seul, les parents, les mariés, et le maire; il couvait des yeux Olivier, qui ne le regardait point.
Le soir, le jeune couple partit pour l'Italie. Christophe et M. Langeais les accompagnèrent à la gare. Ils les voyaient joyeux, sans regrets, ne cachant point leur impatience d'être déjà partis. Olivier avait l'air d'un adolescent, et Jacqueline d'une petite fille... Tendre mélancolie de ces départs! Le père est triste de voir sa petite emmenée par un étranger, et pour quoi!... et pour toujours loin de lui. Mais eux n'éprouvent qu'un sentiment de délivrance enivrée. La vie n'a plus d'entraves; plus rien ne les arrête; ils se croient arrivés au faîte: on peut mourir maintenant, on a tout, on ne craint rien... Ensuite, on voit que ce n'était qu'une étape. La route reprend, et tourne autour de la montagne; et bien peu arrivent à la seconde étape...
Le train les emporta dans la nuit. Christophe et M. Langeais revinrent ensemble. Christophe dit, avec malice:
—Nous voici veufs!
M. Langeais se mit à rire. Ils se dirent au revoir, et chacun alla de son côté. Ils avaient de la peine. Mais c'était un mélange de tristesse et de douceur. Seul, dans sa chambre, Christophe pensait:
—Le meilleur de moi-même est heureux.
Rien ne fut changé à la chambre d'Olivier. Il avait été convenu entre les deux amis que jusqu'au retour d'Olivier et à sa nouvelle installation, ses meubles et ses souvenirs resteraient chez Christophe. Il était encore présent. Christophe considéra le portrait d'Antoinette, il le plaça sur sa table, et il lui dit:
—Petite, es-tu contente?
Il écrivait souvent,—un peu trop,—à Olivier. Il en recevait peu de lettres, distraites, et peu à peu lointaines d'esprit. Il en était déçu; mais il se persuadait que cela devait être ainsi; il n'avait pas d'inquiétude pour l'avenir de leur amitié.
La solitude ne lui pesait point. Loin de là: il n'en avait pas assez, pour son goût. Il commençait à souffrir de la protection du Grand Journal. Arsène Gamache avait une tendance à croire qu'il possédait un droit de propriété sur les gloires qu'il s'était donné la peine de découvrir: il lui semblait naturel que ces gloires fussent associées à la sienne, comme Louis XIV groupait autour de son trône Molière, Le Brun, et Lulli. Christophe trouvait que l'auteur de l'Hymne à Ægir n'était pas plus impérialement encombrant pour l'art que son patron du Grand Journal. Car le journaliste, qui ne s'y connaissait pas plus que l'empereur, n'en avait pas moins que lui des opinions arrêtées sur l'art; ce qu'il n'aimait point, il n'en tolérait point l'existence: il le décrétait mauvais et pernicieux; et il le ruinait, dans l'intérêt public. Spectacle grotesque et redoutable que celui de ces brasseurs d'affaires, mal dégrossis, sans culture, qui prétendaient, par l'argent et la presse, régner non seulement sur la politique, mais sur l'esprit, et lui offraient une niche avec un collier et la pâtée, ou pouvaient, sur son refus, lancer sur lui les milliers d'imbéciles, dont ils avaient fait leur meute!—Christophe n'était pas homme à se laisser morigéner. Il trouva fort mauvais qu'un âne se permît de lui dire ce qu'il devait faire et ce qu'il ne devait pas faire, en musique; et il lui donna à entendre que l'art exigeait plus de préparation que la politique. Il déclina aussi, sans précautions oratoires, l'offre de mettre en musique un inepte livret, dont l'auteur était un des premiers commis du journal, et que le patron recommandait. Cela jeta un premier froid dans ses relations avec Gamache.
Christophe n'en fut point fâché. À peine sorti de l'obscurité, il aspirait à y rentrer. Il se trouvait «exposé à ce grand jour, où l'on se perd dans les autres». Trop de gens s'occupaient de lui. Il méditait ces paroles de Gœthe:
«Lorsqu'un écrivain s'est fait remarquer par un ouvrage de mérite, le public cherche à l'empêcher d'en produire un second... Le talent qui se recueille est malgré lui traîné dans le tumulte du monde, parce que chacun croit qu'il pourra s'en approprier une parcelle.»
Il ferma sa porte et, dans sa maison, se rapprocha de quelques vieux amis. Il revit le ménage des Arnaud, qu'il avait un peu négligés. Mme Arnaud, qui vivait seule une partie de la journée, avait du temps pour songer aux chagrins des autres. Elle pensait au vide qu'avait dû faire chez Christophe le départ d'Olivier; et elle surmonta sa timidité pour l'inviter à dîner. Si elle eût osé, elle lui eût offert de venir de temps en temps faire la revue de son ménage; mais la hardiesse lui manqua; et ce fut mieux sans doute: car Christophe n'aimait point qu'on s'occupât de lui. Mais il accepta l'invitation à dîner, et il prit l'habitude de venir régulièrement le soir, chez les Arnaud.
Il trouva le petit ménage toujours aussi uni, dans la même atmosphère de tendresse endolorie, plus grise encore qu'auparavant. Arnaud passait par une période de dépression morale, causée par l'usure de sa vie de professeur,—cette vie de labeur lassant, qui se répète chaque jour, identique à la veille, comme une roue qui tourne sur place, sans s'arrêter jamais, sans avancer jamais. Malgré sa patience, le brave homme traversait une crise de découragement. Il s'affectait de certaines injustices, il trouvait son dévouement inutile. Mme Arnaud le réconfortait, avec de bonnes paroles; elle semblait toujours aussi paisible: mais elle s'étiolait. Christophe, devant elle, félicitait Arnaud d'avoir une femme aussi raisonnable.
—Oui, disait Arnaud, c'est une bonne petite; rien ne la trouble. Elle a de la chance: et moi aussi. Si elle avait souffert de notre vie, je crois que j'aurais été perdu.
Mme Arnaud rougissait, se taisait. Puis, de sa voix posée, elle parlait d'autre chose.—Les visites de Christophe produisaient leur bienfait ordinaire; elles portaient la lumière; et lui, de son côté, avait plaisir à se réchauffer à ces cœurs excellents.
Une autre amie lui vint. Ou plutôt, il l'alla chercher: car, tout en désirant le connaître, elle n'eût pas fait l'effort de venir le trouver. Vingt-cinq ans, musicienne, premier prix de piano au Conservatoire: elle se nommait Cécile Fleury. Courte de taille, assez trapue, elle avait les sourcils épais, de beaux yeux larges, au regard humide, le nez petit et gros, au bout relevé, un peu rouge, en bec de canard, des lèvres grosses, bonnes et tendres, le menton énergique, solide, gras, le front point haut, mais large. Les cheveux roulés sur la nuque en chignon abondant. Des bras forts, et des mains de pianiste, grandes, au pouce écarté, aux bouts carrés. De l'ensemble de sa personne se dégageait une impression de sève lourde, de santé rustique. Elle vivait avec sa mère, qu'elle chérissait: bonne femme, qui ne s'intéressait nullement à la musique, mais qui en parlait, à force d'en entendre parler, et qui était au courant de tout ce qui se passait dans Musicopolis. Elle avait une vie médiocre, donnait des leçons tout le jour, et parfois des concerts, dont personne ne rendait compte. Elle rentrait tard, à pied, ou par l'omnibus, exténuée, de bonne humeur; et elle faisait vaillamment ses gammes et ses chapeaux, causant beaucoup, aimant rire, et chantant pour un rien.
Elle n'avait pas été gâtée par la vie. Elle savait le prix d'un peu de bien-être qu'on a gagné par ses propres efforts, la joie des petits plaisirs, des petits progrès imperceptibles dans sa situation ou dans son talent. Oui, si seulement elle gagnait cinq francs de plus, ce mois-ci, que le mois précédent, ou si elle réussissait enfin ce passage de Chopin, qu'elle s'évertuait à jouer depuis des semaines,— elle était contente. Son travail, qui n'était pas excessif, répondait exactement à ses aptitudes, et la soulageait comme une hygiène raisonnable. Jouer, chanter; donner des leçons lui procurait une agréable sensation d'activité satisfaite, normale et régulière, en même temps qu'une aisance moyenne et un succès tranquille. Elle avait un solide appétit, mangeait bien, dormait bien, et n'était jamais malade.
D'esprit droit, sensé, modeste, parfaitement équilibré, elle ne se tourmentait de rien: car elle vivait dans le moment présent, sans se soucier de ce qu'il y avait avant et de ce qu'il y aurait après. Et comme elle était bien portante, comme sa vie semblait à l'abri des surprises du sort, elle se trouvait presque toujours heureuse. Elle avait plaisir à étudier son piano, comme à faire son ménage, ou à en causer, ou à ne rien faire. Elle savait vivre, non pas au jour le jour,—(elle était économe et prévoyante)—mais minute par minute. Nul idéalisme ne la travaillait; ou, si elle en avait un, il était bourgeois, tranquillement diffus dans tous ses actes et toutes ses pensées; il consistait à aimer paisiblement ce qu'elle faisait, quoi qu'elle fît. Elle allait à l'église, le dimanche; mais le sentiment religieux ne tenait presque aucune place dans sa vie. Elle admirait les exaltés, comme Christophe, qui ont une foi, ou un génie; mais elle ne les enviait pas: qu'est-ce qu'elle aurait pu faire de leur inquiétude et de leur génie?
Comment donc pouvait-elle sentir leur musique? Elle aurait eu peine à l'expliquer. Mais ce qu'elle savait, c'est qu'elle la sentait. Sa supériorité sur les autres virtuoses était dans son robuste équilibre physique et moral; en cette abondance de vie, sans passions personnelles, les passions étrangères trouvaient un sol riche où fleurir. Elle n'en était point troublée. Ces terribles passions, qui avaient rongé l'artiste, elle les traduisait dans toute leur énergie, sans être atteinte par leur poison; elle n'en ressentait que la force, et la bonne fatigue qui suivait. Quand c'était fini, elle était en sueur, épuisée; elle souriait tranquillement: elle était contente.
Christophe, qui l'entendit un soir, fut frappé par son jeu. Il alla lui serrer la main, après le concert. Elle en fut reconnaissante: il y avait peu de monde au concert, et elle n'était pas blasée sur les compliments. Comme elle n'avait eu ni l'habileté de s'enrôler dans une coterie musicale, ni la rouerie d'enrôler à sa suite une troupe d'adorateurs, comme elle ne cherchait à se singulariser, ni par quelque exagération de technique, ni par une interprétation fantaisiste des œuvres consacrées, ni en s'arrogeant la propriété exclusive de tel ou tel grand maître, de Jean-Sébastien Bach ou de Beethoven, comme elle n'avait point de théorie sur ce qu'elle jouait, mais se contentait de jouer tout bonnement ce qu'elle sentait,—nul ne faisait attention à elle, et les critiques l'ignoraient: car personne ne leur avait dit qu'elle jouait bien; et ils ne l'eussent pas trouvé, d'eux-mêmes.
Christophe revit souvent Cécile. Cette forte et calme fille l'attirait comme une énigme. Elle était vigoureuse et apathique. Dans son indignation qu'elle ne fût pas plus connue, il lui proposa de faire parler d'elle par ses amis du Grand-Journal. Mais quoiqu'elle fût bien aise qu'on la louât, elle le pria de ne faire aucune démarche. Elle ne voulait pas lutter, se donner de peine, exciter de jalousies; elle voulait rester en paix. On ne parlait pas d'elle: tant mieux! Elle était sans envie, et la première à s'extasier sur la technique des autres virtuoses. Ni ambition, ni désirs. Elle était bien trop paresseuse d'esprit! Quand elle n'était pas occupée d'un objet immédiat et précis, elle ne faisait rien, rien: elle ne rêvait même pas; la nuit, dans son lit, elle dormait, ou ne pensait à rien. Elle n'avait pas cette hantise maladive du mariage, qui empoisonne la vie des filles qui tremblent de coiffer Sainte-Catherine. Quand on lui demandait si elle n'aimerait pas à avoir un bon mari:
—Tiens donc! disait-elle, pourquoi pas cinquante mille livres de rentes? Il faut prendre ce qu'on a. Si on vous l'offre, tant mieux! Sinon, on s'en passera. Ce n'est pas une raison parce qu'on n'a pas de gâteau, pour ne pas trouver bon le bon pain. Surtout quand on en a mangé longtemps qui était dur!
—Et encore, disait la mère, il y a bien des gens qui n'en mangent pas tous les jours!
Cécile avait des raisons pour se défier des hommes. Son père, mort depuis quelques années, était faible et paresseux; il avait fait beaucoup de tort à sa femme et aux siens. Elle avait aussi un frère qui avait mal tourné; on ne savait trop ce qu'il devenait; de loin en loin il reparaissait, pour demander de l'argent; on le craignait, on avait honte, on avait peur de ce qu'on pourrait apprendre sur lui, d'un jour à l'autre; et pourtant, on l'aimait. Christophe le rencontra, une fois. Il était chez Cécile: on sonna; la mère alla ouvrir. Une conversation s'éleva dans la pièce à côté, avec des éclats de voix. Cécile, qui semblait troublée, sortit à son tour, et laissa Christophe seul. La discussion continuait, et la voix étrangère se faisait menaçante; Christophe crut de son devoir d'intervenir: il ouvrit la porte. Il eut à peine le temps d'entrevoir un homme jeune et un peu contrefait, qui lui tournait le dos: Cécile se jeta vers Christophe, et le supplia de rentrer. Elle rentra avec lui; ils s'assirent en silence. Dans la chambre voisine, le visiteur cria encore, pendant quelques minutes, puis partit, en faisant claquer la porte. Alors, Cécile eut un soupir, et elle dit a Christophe:
—Oui... c'est mon frère.
Christophe comprit:
—Ah! dit-il... Je sais... Moi aussi, j'en ai un...
Cécile lui prit la main, avec une commisération affectueuse:
—Vous aussi?
—Oui, fit-il... Ce sont les joies de la famille.
Cécile rit; et ils changèrent d'entretien. Non, les joies de la famille n'avaient rien d'enchanteur pour elle, et l'idée du mariage ne la fascinait point: les hommes ne valaient pas cher. Elle trouvait des avantages à sa vie indépendante: sa mère avait assez longtemps soupiré après cette liberté; elle n'avait pas envie de la perdre. Le seul rêve éveillé qu'elle s'amusât à faire, c'était—un jour, plus tard, Dieu sait quand!—de vivre à la campagne. Mais elle ne prenait pas la peine d'imaginer les détails de cette vie: elle trouvait fatigant de penser à quelque chose d'aussi peu certain; il valait mieux dormir,—ou faire sa tâche...
En attendant qu'elle eût son château en Espagne, elle louait pendant l'été, dans la banlieue de Paris, une maisonnette qu'elle occupait seule avec sa mère. C'était à vingt minutes, par le train. L'habitation était assez loin de la gare isolée, au milieu des terrains vagues, que l'on nommait des champs; et Cécile revenait souvent tard, dans la nuit. Mais elle n'avait pas peur; elle ne croyait pas au danger. Elle avait bien un revolver; mais elle l'oubliait toujours à la maison. D'ailleurs, c'était à peine si elle eût su s'en servir.
Au cours de ses visites, Christophe la faisait jouer. Il s'amusait de voir sa pénétration des œuvres musicales, surtout quand il l'avait mise, d'un mot, sur le chemin du sentiment à exprimer. Il s'était aperçu qu'elle avait une voix admirable: elle ne s'en doutait point. Il l'obligea à s'exercer: il lui fit chanter de vieux lieder allemands, ou sa propre musique; elle y prenait plaisir, et faisait des progrès, qui la surprenaient autant que lui. Elle était merveilleusement douée. L'étincelle musicale était tombée, par prodige, sur cette fille de petits bourgeois parisiens, dénués de sentiment artistique. Philomèle—(il la nommait ainsi)—causait parfois de musique, mais toujours d'une façon pratique; jamais sentimentale: elle ne semblait s'intéresser qu'à la technique du chant et du piano. Le plus souvent, quand elle était avec Christophe, et qu'ils ne jouaient pas de musique, ils parlaient des sujets les plus bourgeois: ménage, cuisine, vie domestique. Et Christophe, qui n'eût pu supporter, une minute, ces conversations avec une bourgeoise, les tenait tout naturellement avec Philomèle.
Ils passaient ainsi des soirées, en tête à tête, et s'aimaient sincèrement, d'une affection calme, presque froide. Un soir qu'il était venu dîner et qu'il s'était attardé à causer, plus que d'habitude, un violent orage éclata. Quand il voulut partir, pour rejoindre le dernier train, la pluie, le vent faisaient rage; elle lui dit:
—Mais ne vous en allez pas! Vous partirez demain matin.
Il s'installa dans le petit salon, sur un lit improvisé. Une mince cloison le séparait de la chambre à coucher de Cécile; les portes ne fermaient pas. Il entendait, de son lit, les craquements de l'autre lit et le souffle tranquille de la jeune femme. Au bout de cinq minutes, elle était endormie; et il ne tarda pas à faire de même, sans que l'ombre d'une pensée trouble les effleurât.
Dans le même temps, lui venaient d'autres amis inconnus, que commençait de lui attirer la lecture de ses œuvres. La plupart vivaient loin de Paris, ou à l'écart, et ne le rencontreraient jamais. Le succès, même grossier, a ceci de bon: il fait connaître l'artiste de milliers de braves gens, qu'il n'eût jamais atteints sans les stupides articles des journaux. Christophe entra en relations avec quelques-uns d'entre eux. C'étaient des jeunes gens isolés, menant une vie difficile, aspirant de tout leur être à un idéal dont ils n'étaient pas sûrs: ils buvaient avidement l'âme fraternelle de Christophe. C'étaient de petites gens de province: après avoir lu ses lieder, ils lui écrivaient, comme le vieux Schulz, se sentaient unis à lui. C'étaient des artistes pauvres,—un compositeur, entre autres,—qui ne pouvaient arriver, non seulement au succès, mais à s'exprimer eux-mêmes: ils étaient tout heureux que leur pensée se réalisât par Christophe. Et les plus chers de tous peut-être,—ceux qui lui écrivaient sans dire leur nom: plus libres ainsi de parler, ils épanchaient naïvement leur confiance dans le frère aîné, qui leur était un appui. Christophe avait gros cœur de penser qu'il ne connaîtrait jamais ces charmantes âmes qu'il aurait eu tant de joie à aimer; et il baisait telle de ces lettres inconnues, comme celui qui l'avait écrite baisait les lieder de Christophe; et chacun, de son côté, pensait:
—Chères pages, que vous me faites de bien!
Ainsi se formait autour de lui, suivant le rythme habituel de l'univers, cette petite famille du génie, qui se nourrit de lui et qui le nourrit, qui peu à peu s'étend, et finit par former une grande âme collective dont il est le foyer, comme un monde lumineux, une planète morale qui gravite dans l'espace, mêlant son chœur fraternel à l'harmonie des sphères.
À mesure que des liens mystérieux se tissaient entre Christophe et ses amis invisibles, une révolution se faisait dans sa pensée artistique; elle devenait plus large et plus humaine. Il ne voulait plus d'une musique qui fût un monologue, une parole pour soi seul, encore moins une construction savante pour les seules gens du métier. Il voulait qu'elle fût une communion avec les hommes. Il n'est d'art vital que celui qui s'unit aux autres. Jean-Sébastien Bach, dans ses pires heures d'isolement, était relié au reste de l'humanité par la foi religieuse, qu'il exprimait dans son art. Hændel et Mozart, par la force des choses, écrivaient pour un public, et non pas pour eux seuls. Beethoven lui-même dut compter avec la foule. Cela est salutaire. Il est bon que l'humanité rappelle au génie:
—Qu'y a-t-il pour moi dans ton art? S'il n'y a rien, va-t'en!
À cette contrainte, le génie gagne, le premier. Certes, il est de grands artistes qui n'expriment que soi. Mais les plus grands de tous sont ceux dont le cœur bat pour tous. Qui veut voir Dieu vivant, face à face, doit le chercher, non dans le firmament désert de sa pensée, mais dans l'amour des hommes.
Les artistes d'alors étaient loin de cet amour. Ils n'écrivaient que pour une élite vaniteuse, anarchiste, déracinée de la vie sociale, et qui mettait sa gloire à ne point partager les passions du reste des hommes, ou qui s'en faisait un jeu. La belle gloire de s'amputer de la vie, pour ne pas ressembler aux autres! Que la mort les prenne donc! Nous, allons aux vivants, buvons aux mamelles de la terre, au plus sacré de nos races, à leur amour de la famille et du sol. Au siècle le plus libre, le jeune prince de la Renaissance italienne, Raphaël, glorifiait la maternité dans ses Madones transtévérines. Qui nous fera aujourd'hui, en musique, une Madone à la Chaise? Qui nous fera une musique pour toutes les heures de la vie? Vous n'avez rien, vous n'avez rien en France. Quand vous voulez donner des chants à votre peuple, vous en êtes réduits à démarquer la musique des maîtres allemands du passé. Tout est à faire, ou à refaire, dans votre art, de la base à la cime...
Christophe correspondait avec Olivier, à présent installé dans une ville de province. Il tâchait de maintenir, par lettres, leur féconde collaboration de naguère. Il eût voulu de lui de beaux textes poétiques, associés aux pensées et aux actes de tous les jours, comme ceux qui font la substance des vieux lieder allemands de jadis. De courts fragments des Livres saints ou des poèmes hindous, des odelettes religieuses ou morales, de petits tableaux de la nature, les émotions amoureuses ou familiales, la poésie des matins et des soirs et des nuits, pour les cœurs simples et sains. Quatre ou six vers pour un lied, c'est assez: les expressions les plus simples, pas de développement savant, pas d'harmonies raffinées. Qu'ai-je à faire de vos virtuosités d'esthète? Aimez ma vie, aidez-moi à l'aimer! Écrivez-moi les Heures de France, mes Grandes et Petites Heures. Et cherchons la phrase mélodique la plus claire. Évitons, comme la peste, ce langage artistique, qui n'est plus que l'idiome d'une caste, comme l'est devenue la musique de tant de musiciens d'aujourd'hui. Il faut avoir le courage de parler en homme, non en «artiste». Vois ce qu'ont fait nos pères. C'est du retour au langage musical de tous qu'est sorti l'art des classiques delà fin du XVIIIe siècle. Les phrases mélodiques de Gluck, des créateurs de la symphonie, des premiers maîtres du lied, sont communes et bourgeoises parfois, comparées aux phrases raffinées ou savantes de Jean-Sébastien Bach et de Rameau. C'est ce fond de terroir qui a fait la saveur et la popularité immense des grands classiques. Ils sont partis des formes musicales les plus simples, du lied, du Singspiel; ces petites fleurs de la vie quotidienne ont imprégné l'enfance d'un Mozart ou d'un Weber.—Faites de même! Écrivez des chants pour tous les hommes. Là-dessus, vous élèverez ensuite des symphonies. À quoi sert de brûler les étapes? On ne commence pas la pyramide par le faîte. Vos symphonies actuelles sont des têtes sans corps. Ô beaux esprits, incarnez-vous! Il faut des générations patientes de musiciens qui fraternisent avec leur peuple. On ne bâtit pas un art musical en un jour.
Christophe ne limitait pas ses principes à la musique: il engageait Olivier à les appliquer à la littérature:
—Les écrivains d'aujourd'hui s'évertuent, disait-il, à décrire des raretés humaines, ou bien des types qui n'existent que dans des groupes anormaux, en marge de la grande société des hommes agissants et sains. Puisqu'ils se sont mis d'eux-mêmes à la porte de la vie, laisse-les et va où sont les hommes. Aux hommes de tous les jours, montre la vie de tous les jours: elle est plus profonde et plus vaste que la mer. Le moindre d'entre nous porte en lui l'infini. L'infini est en chaque homme qui a la simplicité d'être un homme, dans l'amant, dans l'ami, dans la femme qui paie de ses douleurs la radieuse gloire du jour de l'enfantement, dans celui qui se sacrifie obscurément et dont nul ne saura rien; il est le flot de vie, qui coule de l'un à l'autre, de l'autre à l'un... Écris la simple vie d'un de ces hommes simples, écris la tranquille épopée des jours qui se succèdent, tous semblables et divers, tous fils d'une même mère, depuis le premier jour du monde. Écris-la simplement. Ne t'inquiète point des recherches subtiles où s'énerve la force des artistes d'aujourd'hui. Tu parles à tous: use du langage de tous. Il n'est de mots ni nobles, ni vulgaires; il n'est que ceux qui disent ou ne disent pas exactement ce qu'ils ont à dire. Sois tout entier dans tout ce que tu fais: pense ce que tu penses, et sens ce que tu sens. Que le rythme de ton cœur emporte tes écrits! Le style, c'est l'âme.
Olivier approuvait Christophe; mais il répondait, avec quelque ironie:
—Une telle œuvre pourrait être belle; mais elle ne parviendrait jamais à ceux qui pourraient la lire. La critique l'étoufferait en route.
—Voilà bien mon petit bourgeois français! répliquait Christophe. Il s'inquiète de ce que la critique pensera de son livre!... Les critiques, mon garçon, ne sont là que pour enregistrer la victoire ou la défaite. Sois seulement vainqueur!... Je me suis passé d'eux! Apprends à t'en passer aussi...
Mais Olivier avait appris à se passer de bien autre chose! Il se passait de l'art, et de Christophe. En ce moment, il ne pensait plus qu'à Jacqueline.
Leur égoïsme d'amour avait fait le vide autour d'eux; il brûlait avec imprévoyance toutes ses ressources à venir.
Ivresse des premiers temps, où les êtres mêlés ne songent, uniquement, qu'à s'absorber l'un l'autre... De toutes les parcelles de leurs corps et de leurs âmes, ils se touchent, ils se goûtent, ils cherchent à se pénétrer. Ils sont à eux seuls un univers sans lois, un chaos amoureux, où les éléments confondus ne savent pas encore ce qui les distingue entre eux, et s'efforcent l'un l'autre de se dévorer goulûment. Tout les ravit dans l'autre: l'autre, c'est encore soi. Qu'ont-ils à faire du monde? Comme l'Androgyne antique, endormi dans son rêve d'harmonieuse volupté, leurs yeux sont clos au monde, le monde est tout en eux.
Ô jours, ô nuits, qui forment un même tissu de rêves, heures qui fuient comme de beaux nuages blancs, et dont rien ne surnage que, dans l'œil ébloui, un lumineux sillage, souffle tiède qui nous baigne d'une langueur de printemps, chaleur dorée des corps, treille d'amour ensoleillée, chaste impudeur, étreintes folles, soupirs et rires, heureuses larmes, que reste-t-il de vous, poussière de bonheur? À peine si le cœur peut se souvenir de vous: car lorsque vous étiez, le temps n'existait pas.
Journées toutes semblables... Aube douce... De l'abîme du sommeil, les deux corps enlacés surgissent à la fois; les têtes souriantes, dont l'haleine se mêle, ouvrent les yeux ensemble, se revoient et se baisent... Juvénile fraîcheur des heures matinales, air virginal où s'apaise la fièvre des corps brûlants... Voluptueuse torpeur des jours interminables, au fond desquels bourdonne la volupté des nuits... Après-midi d'été, rêveries dans les champs, sur les prés veloutés, sous les bruissantes étoffes des longs peupliers blancs... Rêveries des beaux soirs, quand on revient ensemble, bras et mains enlacés, sous le ciel lumineux, vers le lit amoureux. Le vent fait frissonner les branches des buissons. Dans le lac clair du ciel flotte le duvet blanc de la lune d'argent. Une étoile tombe et meurt,—une secousse au cœur...—un monde soufflé sans bruit. Sur la route, auprès d'eux, passent de rares ombres, rapides et muettes. Les cloches de la ville sonnent la fête du lendemain. Un instant, ils s'arrêtent, elle se serre contre lui, ils restent sans parler... Ah! que la vie reste ainsi, immobile, comme cet instant!... Elle soupire, et dit:
—Pourquoi est-ce que je vous aime tant?...
Après quelques semaines de voyage en Italie, ils s'étaient installés dans une ville de l'ouest de la France, où Olivier avait été nommé professeur. Ils ne voyaient presque personne. Ils ne s'intéressaient à rien. Lorsqu'ils étaient forcés de faire des visites, cette scandaleuse indifférence s'étalait avec un sans-gêne qui blessait les uns, qui faisait sourire les autres. Toutes les paroles glissaient sur eux, sans les atteindre. Ils avaient cette gravité impertinente des jeunes mariés, qui ont l'air de vous dire:
—Vous autres, vous ne savez rien...
Sur le joli minois absorbé, un peu boudeur, de Jacqueline, dans les yeux heureux et distraits d'Olivier, on pouvait lire:
—Si vous saviez comme vous nous ennuyez!... Quand est-ce que nous serons seuls?
Même au milieu des autres, ils ne se gênaient pas pour l'être. On surprenait leurs regards qui se parlaient par-dessus la conversation. Ils n'avaient pas besoin de se regarder pour se voir; et ils souriaient: car ils savaient qu'ils pensaient aux mêmes choses en même temps. Lorsqu'ils se retrouvaient seuls, après quelque contrainte mondaine, ils poussaient des cris de joie et faisaient mille folies d'enfants. Ils avaient huit ans. Ils bêtifiaient en parlant. Ils se nommaient de petits noms drolatiques. Elle l'appelait Olive, Olivet, Olifant, Fanny, Marni, Mime, Minaud, Quinaud, Kaunitz, Cosima, Cobourg, Panot, Nacot, Ponette, Naquet, et Canot. Elle jouait à la petite fille. Mais elle voulait être tout à la fois pour lui, tous les amours mêlés: mère, sœur, femme, amoureuse, maîtresse.
Elle ne se contentait pas de partager ses plaisirs; comme elle se l'était promis, elle partageait ses travaux: c'était aussi un jeu. Pendant les premiers temps, elle y apporta l'ardeur amusée d'une femme pour qui le travail était quelque chose de nouveau: on eût dit qu'elle prenait plaisir aux tâches les plus ingrates, des copies dans les bibliothèques, des traductions de livres insipides: cela faisait partie de son plan de vie, très pure et très sérieuse, tout entière consacrée à de nobles penseurs et labeurs en commun. Et cela fut très bien, tant que l'amour les illumina: car elle ne songeait qu'à lui, et non à ce qu'elle faisait. La plus curieux, c'était que tout ce qu'elle faisait ainsi était bien fait. Son esprit se jouait sans effort dans des lectures abstraites qu'elle eût eu peine à suivre, à d'autres moments de sa vie; son être était soulevé au-dessus de terre par l'amour; elle ne s'en apercevait pas: telle une somnambule qui marche sur les toits, elle poursuivait tranquillement, sans rien voir, son rêve grave et riant...
Et puis, elle commença de voir les toits; et cela ne l'inquiéta point; mais elle se demanda ce qu'elle faisait dessus, et elle rentra chez elle. Le travail l'ennuya. Elle se persuada que son amour en était gêné. Sans doute parce que son amour était déjà moins vif. Mais il n'en paraissait rien. Ils ne pouvaient plus se passer un instant l'un de l'autre. Ils se murèrent au monde, ils condamnèrent leur porte, ils n'acceptèrent plus aucune invitation. Ils étaient jaloux de l'affection des autres, de leurs occupations même, de tout ce qui les distrayait de leur amour. La correspondance avec Christophe s'espaça. Jacqueline ne l'aimait pas: il était un rival, il représentait toute une part du passé d'Olivier, où elle n'était point; et plus il avait tenu de place dans la vie d'Olivier, plus elle cherchait, d'instinct, à la lui voler. Sans calcul de sa part, elle détachait sourdement Olivier de l'ami; elle ironisait les manières de Christophe, sa figure, ses façons d'écrire, ses projets artistiques; elle n'y mettait aucune méchanceté, aucune rouerie: la bonne nature s'en chargeait pour elle. Olivier s'amusait de ses remarques; il n'y voyait pas malice; il croyait aimer toujours autant Christophe; mais ce n'était plus que sa personne qu'il aimait: ce qui est peu en amitié; il ne s'apercevait pas que peu à peu il cessait de le comprendre, il se désintéressait de sa pensée, de cet idéalisme héroïque, en qui ils avaient été unis... L'amour est pour un jeune cœur une douceur trop forte; auprès de lui, quelle autre foi peut tenir? Le corps de la bien-aimée, son âme que l'on cueille sur cette chair sacrée, sont toute science et toute foi. De quel sourire de pitié on regarde ce qu'adorent les autres, ce que soi-même jadis on adora! De la puissante vie et de son âpre effort, on ne voit plus que la fleur d'un instant, que l'on croit immortelle... L'amour absorbait Olivier. Au début, son bonheur avait encore la force de s'exprimer en de gracieuses poésies. Puis, cela même lui sembla vain: temps volé à l'amour! Et Jacqueline, comme lui, s'acharnait à détruire toute autre raison de vivre, à tuer l'arbre de vie sans le support duquel meurt le lierre d'amour. Ainsi, ils s'annihilèrent tous deux dans le bonheur.
Hélas! on s'accoutume si vite au bonheur! Quand le bonheur égoïste est le seul but à la vie, la vie est bientôt sans but. Il devient une habitude, une intoxication, on ne peut plus s'en passer. Et comme il faut bien qu'on s'en passe!... Le bonheur est un moment du rythme universel, un des pôles entre lesquels oscille le balancier de la vie: pour arrêter le balancier, il faudrait le briser...
Ils connurent «cet ennui du bien-être, qui fait extravaguer la sensibilité». Les douces heures se ralentirent, s'alanguirent, étiolées, comme des fleurs sans eau. Le ciel était toujours aussi bleu; mais ce n'était plus l'air léger du matin. Tout était immobile; la nature se taisait. Ils étaient seuls, comme ils l'avaient désiré.—Et leur cœur se serra.
Un sentiment indéfinissable de vide, un vague ennui non sans charme, leur apparut. Ils ne savaient ce que c'était; ils étaient obscurément inquiets. Ils devenaient impressionnables, d'une façon maladive. Leurs nerfs, tendus aux écoutes du silence, frémissaient comme des feuilles au moindre choc imprévu de la vie. Jacqueline avait des larmes, sans raison de pleurer; et bien qu'elle voulût le croire, ce n'était plus l'amour seul qui les faisait couler. Au sortir des années ardentes et tourmentées qui avaient précédé le mariage, l'arrêt brusque de ses efforts devant le but atteint,—atteint et dépassé,—l'inutilité subite de toute action nouvelle—et peut-être de toute action passée—la jetaient dans un désarroi, qu'elle ne pouvait s'expliquer et qui l'atterrait. Elle n'en convenait point; elle l'attribuait à une fatigue nerveuse, elle affectait d'en rire; mais son rire n'était pas moins inquiet que ses larmes. Bravement, elle essaya de se remettre au travail. Dès les premières tentatives, elles ne comprit même plus comment elle avait été capable de s'intéresser à des tâches aussi stupides: elle les écarta avec dégoût. Elle fit un effort pour renouer des relations sociales: elle ne réussit pas davantage; le pli était pris, elle avait perdu l'habitude des gens et des paroles médiocres, auxquelles la vie oblige: elle les trouva grotesques; et elle se rejeta dans son isolement à deux, cherchant à se persuader, par ces épreuves malheureuses, qu'il n'y avait décidément de bon que l'amour. Et, pendant quelque temps, elle sembla en effet plus amoureuse que jamais. Mais c'était qu'elle voulait l'être.
Olivier, moins passionné et plus riche de tendresse, était davantage à l'abri de ces transes; il n'en ressentait, pour sa part, qu'un frisson vague et intermittent. D'ailleurs, son amour était préservé, dans une certaine mesure, par la gêne de ses occupations journalières, de son métier qu'il n'aimait point. Mais comme il avait une sensibilité fine et que tous les mouvements qui se passaient dans le cœur qu'il aimait se propageaient dans le sien, l'inquiétude cachée de Jacqueline se communiquait à lui.
Une belle après-midi, ils se promenaient dans la campagne. Ils s'étaient réjouis à l'avance de cette promenade. Tout était riant. Mais dès les premiers pas, un manteau de tristesse morne et lasse tomba sur eux; ils se sentirent glacés. Impossible de parler. Ils se forçaient pourtant; mais chaque mot qu'ils disaient faisait sonner le néant. Ils achevèrent leur promenade, comme des automates, sans rien voir et sentir. Ils rentrèrent, le cœur serré. C'était le crépuscule; l'appartement était vide, noir, et froid. Ils n'allumèrent pas tout de suite, pour ne pas se voir eux-mêmes. Jacqueline entra dans sa chambre, et, au lieu d'enlever son chapeau, son manteau, elle s'assit, muette, auprès delà fenêtre. Olivier, dans la pièce voisine, restait appuyé sur la table. La porte était ouverte entre les deux chambres; ils étaient si près l'un de l'autre qu'ils auraient pu entendre leur souffle. Et dans les demi-ténèbres, tous deux, amèrement, en silence, pleurèrent. Ils appuyaient leur main sur leur bouche, pour qu'on n'entendît rien. À la fin, Olivier angoissé dit:
—Jacqueline...
Jacqueline, dévorant ses larmes, dit:
—Quoi?
—Est-ce que tu ne viens pas?
—Je viens.
Elle se déshabilla, alla baigner ses yeux. Il alluma la lampe. Après quelques minutes, elle rentra dans la chambre. Ils ne se regardaient point. Ils savaient qu'ils avaient pleuré. Et ils ne pouvaient se consoler: car ils savaient pourquoi.
Vint un moment où ils ne purent plus se cacher leur trouble. Et comme ils ne voulaient pas s'en avouer la cause, ils en cherchèrent une autre, et n'eurent point de peine à la trouver. Ils accusèrent l'ennui de la vie de province. Ce leur fut un soulagement. M. Langeais, mis au courant par sa fille, ne fut pas trop surpris qu'elle commençât à se fatiguer de l'héroïsme. Il usa de ses amitiés politiques, et obtint la nomination de son gendre à Paris.
Quand la bonne nouvelle arriva, Jacqueline sauta de joie et recouvra tout son bonheur passé. Maintenant qu'ils allaient le quitter, le pays ennuyeux leur parut amical; ils y avaient semé tant de souvenirs d'amour! Ils occupèrent les dernières journées à en rechercher les traces. Une tendre mélancolie s'exhalait de ce pèlerinage. Ces calmes horizons les avaient vus heureux. Une voix intérieure leur murmurait:
—Tu sais ce que tu laisses. Sais-tu ce que tu vas trouver? Jacqueline pleura, la veille de son départ. Olivier lui demanda pourquoi. Elle ne voulait pas parler. Ils prirent une feuille de papier, et s'écrivirent, comme ils avaient coutume, quand le son des paroles leur faisait peur:
—Mon cher petit Olivier...
—Ma chère petite Jacqueline...
—Ça m'ennuie m'en aller.
—M'en aller d'où?
—D'où nous nous sommes aimés.
—M'en aller où?
—Où nous serons plus vieux.
—Où nous serons tous deux.
—Mais jamais tant s'aimant.
—Toujours plus.
—Qui le sait?
—Moi, je sais.
—Moi, je veux.

しばらくして、ジャックリーヌは眼を拭ってオリヴィエをながめた。そしてふいに二人は抱擁し合った。ああ得も言えぬ幸福! 敬虔な幸福! 切ないほど甘く深い幸福!……
ジャックリーヌは尋ねた。
「お姉さんはあなたに似ていらしたの?」
オリヴィエはぎくりとした。彼は言った。
「どうして姉のことを言うんですか。あなたは知ってたのですか。」
彼女は言った。
「クリストフさんから聞きましたの……。あなたはたいへんお苦しみなすったのでしょう?」
オリヴィエは頭をたれた。あまりに感動していて返辞ができなかった。
「私もたいへん苦しんだことがありますの。」と彼女は言った。
彼女は自分の味方だったなつかしい故人マルトのことを話した。どんなにか泣いたことを、死ぬほど泣いたことを、胸いっぱいになって話した。
「あなた私を助けてくださいね。」と彼女は哀願する声で言った。「私を助けて、生きさして、いい者になして、いくらかあの方のようになさしてくださいね。あのかわいそうなマルト叔母さんを、あなたも愛してくださいますわね?」
「私たちは亡くなった二人の人を愛しましょう、その二人はたがいに愛し合ってるでしょうから。」
「ああお二人とも生きていらしたら!」
「生きていますよ。」
二人はたがいにひしと寄り添っていた。胸の動悸が感ぜられた。細かな雨が少し降りつづけていた。
ジャックリーヌは身を震わした。
「帰りましょう。」と彼女は言った。
木陰はほとんどまっ暗だった。オリヴィエはジャックリーヌの濡れた髪に接吻した。彼女は彼のほうに顔をあげた。そして彼は初めて、恋に燃えてる唇を、若い娘の小皺のある熱い唇を、自分の唇の上に感じた。二人は気を失わんばかりになった。
家のすぐ近くで、二人はまた立ち止まった。
「私たちはこれまでほんとに一人ぽっちでした!」と彼は言った。
彼はすでにクリストフのことを忘れていた。
二人はクリストフのことを思い出した。音楽はもうやんでいた。二人は中にはいった。クリストフはハーモニュームの上に肱をつき、両手に頭をかかえて、同じく過去のいろんなことを夢想していた。扉の開く音を聞いて彼は、その夢想から覚めて、真面目なやさしい微笑みに輝いてる親切な顔を、二人に見せた。彼は二人の眼の中に、どういうことがあったかを読み取り、二人の手を握りしめ、そして言った。
「そこにすわりたまえ。何かひいてあげよう。」
二人は腰をおろした。そして彼は、自分の心にあるすべてのことを、二人にたいするすべての愛情を、ピアノでひいた。それが済むと、三人とも黙ったままじっとしていた。やがて、彼は立ち上がって二人をながめた。彼はいかにも善良な様子で、二人よりずっと年上でしっかりしてる様子だった。ジャックリーヌは初めて、彼がどういう人物であるかを知った。彼は二人を両腕に抱きしめて、そしてジャックリーヌに言った。
「あなたはオリヴィエをほんとに愛してくれますね? 二人ともよく愛し合うでしょうね?」
二人はしみじみと感謝の念を覚えた。しかしそのあとですぐに、彼は話をそらし、笑い出し、窓のところへ行き、庭へ飛び出した。
その日以後彼はオリヴィエに向かって、ジャックリーヌの両親へ結婚の申し込みをするように勧めた。オリヴィエは断わられそうなのにびくびくして、申し込みをなしかねた。クリストフはまた、何か地位を捜せと彼を促した。ランジェー夫妻から承諾を得たと仮定しても、彼がみずからパンを得るだけの身分になっていなければ、ジャックリーヌの財産をもらうわけにいかなかった。オリヴィエも同じ考えだった。けれどもただ、金のある結婚にたいするクリストフの不当なやや滑稽な疑懼には、同感できなかった。富は魂を滅ぼすという考えは、クリストフの頭に深く根をおろしていた。あの世のことに気をもんでる富有な女に向かって、ある賢明な乞食が言ったつぎの警句を、彼は好んで繰り返したかった。
「なんですって、奥さん、あなたは幾百万も(訳者注 幾百万の財産――幾百万の年齢)もってるのに、なおおまけに、不滅な魂をもちたいのですか。」
「女を信ずるな。」と彼は半ば冗談に半ば真面目にオリヴィエへ言った。「女を信ずるな。ことに金持ちの女を信ずるなよ。女は芸術を愛してるかもしれないが、しかし芸術家を窒息させるものだ。そして金持ちの女は芸術をも芸術家をも奏するものだ。富は一つの病気である。女はその病気に男よりいっそうもろい。金持ちはすべて不健全な者だ。……君は笑うのか。僕の言うことを馬鹿にするのか。なあに、金持ちに人生がわかってるものか。苛酷な現実に密接な交渉をもってるものか。悲惨の荒々しい息吹きを、かせぎ出すパンや掘り返す土地の匂いを、自分の顔に感じてるものか。人間や物事を、理解し得てるものか、眼にだけでも見てるものか。……昔僕は小さいとき、大公爵の馬車に乗って、一、二度散歩に連れてゆかれたことがあった。僕が草の一葉をも知りつくしてる牧場の中を、僕が一人で駆け回ってたいへん好んでる森の間を、馬車は通っていった。ところが馬車の上からは何にも見えなかった。そのなつかしい景色も、僕を連れ出してくれてる馬鹿者どもと同じように、しゃちこばった勿体ぶった様子に変わってしまっていた。そのとき牧場と僕の心との間には、それら四角張った魂の奴らが介在してるばかりではなかった。足の下のその四、五枚の板、自然の上にのっかって動いてるその台、それだけでもうたくさんだった。大地を自分の母だと感ずるためには、この世の光に顔を出す赤ん坊のように、大地の腹の中に足を踏み入れていなければいけない。人間を大地に結びつけ、大地の児らをたがいに結びつける糸を、富は断ち切ってしまうのだ。そうなってなんで芸術家になれるものか。芸術家は大地の声なのだ。金持ちは大芸術家にはなれないものだ。かくも運命の恵み薄い金持ちの身分で芸術家になるには、非常な天才がなければいけない。もし芸術家になり得たとしても、なお温室の果実にすぎない。偉大なゲーテといえども、いかに努力しても甲斐がない。魂の四肢は萎縮している、主要な機能は富に滅ぼされてなくなっている。君はゲーテほどの活力ももたないから、富のために蚕食されてしまうだろう。少なくともゲーテが避けていた金持ちの女からは、君はさらに蚕食されてしまうだろう。男子だけが天の災いにたいして反抗し得る。男子のうちには、生来の野性があり、人を大地に結びつける激しい仕合わせな本能の層がある。しかし女にはすっかり毒が回っていて、その毒を他人へも伝える。女は富の悪臭を喜ぶものだ。財産をもっていながらなお心が健全である女は、天才をもってる百方長者と同様に、一種の奇跡と言ってもいい……。それにまた、僕は怪物を好まない。生きるために必要な分け前より以上のものをもってる者は、一つの怪物である――他人をかじってる人間の癌腫である。」
オリヴィエは笑っていた。
「だって、ジャックリーヌが貧乏でないからといって、僕はいまさら愛しやめることもできないし、また僕にたいする愛のために、無理に貧乏にならせることもできないからね。」
「それじゃ、彼女を救うことができないとしても、せめて自分自身を救いたまえ。そしてそれはまた、彼女を救うもっともいいやり方なのだ。自分の純潔を保ちたまえ。働きたまえ。」
オリヴィエはクリストフからそういう懸念を伝えられるに及ばなかった。彼はクリストフよりもなおいっそう、反応しやすい魂をそなえていた。といって金にたいするクリストフの奇矯な説を、真面目に受け取ったわけではない。彼自身昔は富裕であったし、富を忌みきらってはしなかったし、ジャックリーヌのきれいな顔には富がふさわしいと思っていた。けれども、自分の恋愛に利害の念が交じってると人に思われることは、堪え得られなかった。彼はふたたび大学の職を求めた。けれど当分のうちは、地方の中学のつまらぬ地位以上のものは得られそうになかった。それはジャックリーヌへの結婚の贈り物としては、あまりに見すぼらしかった。彼はそのことをおずおず彼女に話した。ジャックリーヌは初め、彼の道理を認めかねた。それはクリストフから吹き込まれた誇大な自尊心のゆえだとし、そういう自尊心を滑稽なものだと思った。愛するときには、愛する者の財産をも貧乏をも同じ心で受けいれるのが、自然なことではないだろうか。そして、愛する者が非常に喜んで与えようとしてる、その恩恵を拒むのは、けちくさい感情ではないだろうか……。それでも、彼女はオリヴィエの意図に賛成した。それが厳粛な楽しくないものであるために、かえって彼女の心を決した。精神的に勇壮な行ないをしたいというかねての願望を、ちょうど満足さる機会であるように思えた。叔母を失ったために惹起され恋愛のために激化されてる、周囲の世界にたいする傲慢な反抗心のために、彼女はついに自分の性質のうちでこの不思議な熱情と矛盾するものはことごとく、否定してしまっていた。ごく純潔で困窮で幸福に輝いてる生活の理想へ向かって、自分の一身を弓のように緊張さしていた……。あらゆる障害も、将来の凡々たる境遇も、すべてが彼女にとっては喜びだった。ああそれはどんなにかりっぱな美しいことであろう!……
ランジェー夫人は、自分のことばかりにあまり気をとられていて、周囲に起こってることには大して注意を払っていなかった。このごろでは自分の健康のことばかり考えていた。始終いろんな病気を想像して気をもみ、あちこちの医者にかかっていた。どの医者も偶々に彼女にとっては救い主だった。それも二週間ばかりのことで、やがて他の医者の番となるのだった。彼女は何か月も家を離れて、ごく費用のかかる療養院へはいり、そこでばかばかしい療法を敬虔に守っていた。娘や夫のことをも忘れてしまっていた。
ランジェー氏は夫人ほど無頓着ではなくて、娘の情事に気づき始めた。父の嫉妬心から感づいたのだった。彼はジャックリーヌにたいして、世の多くの父親が娘にたいしていだいていながら自認したがらない、あの謎のような愛情をもっていたし、自分の血から成ってる者のうちに、自分であってしかも女である者のうちに、再生するという、あの神秘な肉感的なほとんど神聖な好奇心をもっていた。人の心のそういう機密のうちには、知らないほうがむしろ健全である多くの影と光とが存している。ランジェー氏はこれまで、小さな青年らを娘が悩殺してるのを見て、面自がっていた。そういうふうに婀娜っぽい空想的なしかも聡明な――(彼自身と同じような)――娘を、彼は好んでいた。しかしながら、事件がいっそう真剣になるの恐れがあるのを見ると、気をもみだした。そして彼はまずジャックリーヌの前でオリヴィエを冷笑し、つぎには、かなり辛辣にオリヴィエを悪評した。ジャックリーヌは初めそれを笑って、そして言った。
「そんなに悪くおっしゃるものではありませんわ、お父さま。今に私があの人と結婚したがるようになったら、お父さまはお困りなさるでしょう。」
ランジェー氏は大きな叫び声をたてた。彼女を狂人だとした。がそれこそ彼女をまったく狂人にならせる仕方だった。けっしてオリヴィエとは結婚させないと彼は宣言した。彼女はオリヴィエと結婚すると宣言した。覆いは裂けた。彼は彼女から無視されてることに気づいた。父親としての利己心から非常に憤慨した。もうオリヴィエにもクリストフにも二度と家へ足を入れさせないと、断然言い放った。ジャックリーヌは激昂した。そしてある朝、オリヴィエはだれか来たので扉を開いてみると、令嬢が顔色を変え決心の様子で、飛び込んで来て言った。
「私を引き取ってください。両親は承知しません。でも私はあなたが望みです。私をどうにかしてください。」
オリヴィエは狼狽したが、しかし感動させられて、反対を唱えようともしなかった、幸いにもクリストフがそばにいた。普通なら彼がいちばん無法だった。がそのとき彼は二人を諭した。あとでどんな醜聞が起こるか、二人はどんな苦しい目に会うか、それを説き聞かした。ジャックリーヌは怒って唇を噛みしめながら言った。
「そうなったら、死ぬばかりですわ。」
その言葉はオリヴィエを恐れさせるどころか、かえって決心の臍を固めさせることとなった。クリストフは一方ならぬ骨折りをして、二人の狂人に少し辛抱させることにした。絶望的な手段をとる前に、他の手段を講じてみる必要があった。ジャックリーヌは家に帰らなければいけなかった。そして、彼がこれからランジェー氏に会いに行って、二人のために弁護してみることにした。
奇態な弁護人だった。彼が一言いい出すや否や、ランジェー氏は外に追い出そうとした。けれどつぎには、事態の滑稽さに心ひかれて、それを面白がった。そしてしだいに、相手の真剣さやまっ正直さや確信に、のまれていった。けれどもなお取り合おうとしないで、皮肉な言を放ってやった。クリストフはそれが聞こえないふうをした。しかしさらに鋭い矢が放たれると、言葉を途切らして、無言のうちに反抗した。そしてまた言いつづけた。あるときには、テーブルを拳固でたたいて言った。
「私があなたを訪問して来たのは、私にとってはあまり愉快なことでないと思っていただきましょう。あなたのある種の言葉を取り上げないためには、私はどんなにか我慢してるんです。しかし私はあなたにお話しするの義務を帯びてると思っています。そしてお話ししてるのです。私が自分自身を忘れてるのと同じに、あなたもこの私を忘れてくだすって、私の申すことをよく考えて下さい。」
ランジェー氏は耳を傾けた。そして自殺の意図を聞くと、肩をそびやかして笑う様子をした。しかし彼は心を動かされた。彼は物わかりがよかったから、そういう嚇かしを冗談と見なしはしなかった。若い娘は恋に駆られると狂気沙汰になることを、考慮に入れなければならないと知っていた。昔、彼の情婦の一人で、笑い好きな気の弱い娘があって、その大袈裟な言葉をとうてい実行し得はすまいと彼が思ってるうちに、彼の眼の前でピストルを一発みずから自分の身に放った。彼女は即死しはしなかった。がその光景は常に彼の眼にありありと浮かんだ……。こういう狂気な娘どもはどんなことをしでかすかわかったものではない。彼は胸にどきりとした……。
「死にたけりゃ、勝手に死ぬがいいさ。気の毒の至りだ。馬鹿者め!」とは言え、いろいろ手段をめぐらし、承諾を装って時間を延ばし、穏やかにジャックリーヌをオリヴィエから引き離すことも、彼にはできるはずだった。しかしそうするには、手にあまるほどの心にもない労力を費やさなければならなかった。そのうえ彼は気が弱かった。ジャックリーヌへ「いけない」と激しく言ったというだけで、今ではもう、「よろしい」と言ってやりたい気になっていた。要するに、人生のことはだれにもわかるものではない。娘のほうがおそらく道理かもしれなかった。肝要なことは愛し合うということである。オリヴィエはしごく真面目な青年で、おそらく才能があるのかもしれないということを、ランジェー氏は知らないでもなかった……。彼は承諾を与えた。
結婚の前夜、二人の友は夜ふけまでいっしょに起きていた。なつかしい時期の最後の時間を少しも無駄にしたくなかった。――がそれはすでにもう過去であった。あたかも、汽車の出発前の待つ間が長引くとき、停車場の歩廊の上でかわす、あの悲しい別れの言葉に等しかった。あくまでも居残り、見かわし、言葉を交えようとする。しかし心はもうそこにない。友はすでに出発してしまってるのだ……。クリストフは話をしようとつとめた。けれど、オリヴィエのうわの空の眼つきを見ると、中途で言葉を切って、微笑を浮かべながら言った。
「君の心はもう遠くに行ってるんだね。」
オリヴィエは当惑して弁解した。友と最後の親しい時を過ごすさいに、心を他処にしてたことを見て、みずから悲しくなった。しかしクリストフは彼の手を握りしめた。
「さあ遠慮するなよ。僕もうれしいのだ。夢想にふけるがいいよ。」
二人は窓ぎわにじっと相並んで肱をつき、暗い庭をながめていた。ややあって、クリストフはオリヴィエに言った。
「君は僕から逃げようとしてるんだろう。これから僕の手を脱すると思ってるんだろう。そして今ジャックリーヌのことを考えてるんだね。だが僕は君をとっつかまえてみせるよ。僕もジャックリーヌのことを考えてるんだ。」
「なあに、」とオリヴィエは言った、「僕は君のことを考えてたんだ、しかも……。」
彼は言いやめた。
クリストフは笑いながら、その文句を終わりまで言ってやった。
「……しかも、それでたいへん悲しい心地になってたのだ……。」
クリストフは結婚式のために、りっぱな、ほとんど優美なとも言えるほどの身装をした。宗教上の式はなかった。オリヴィエは宗教に無関心だったし、ジャックリーヌは宗教に反感をもってたので、共にそれを望まないのだった。クリストフは区役所の式のために交響曲の一節を書いておいた。けれど法律上の結婚式がいかなるものであるかを知ると、最後の間ぎわにそれを引っ込めてしまった。彼はそういう儀式を滑稽だと思ったのだった。それらの儀式を信ずるには、信仰と自由とをともに失っていなければいけない。真のカトリック信者があえて自由思想家になる場合には、それは戸籍吏を牧師たらしむるためにではない。神と自由意識との間には、国家という宗教を入れる余地は存しない。国家はただ人を登録するだけであって、結合させるものではない。
オリヴィエとジャックリーヌとの結婚は、クリストフへその決心を後悔させるほどのものではなかった。オリヴィエは、区長が新夫婦や富裕な一家や勲章を帯びてる列席者らに、重々しく世辞を振りまいてるのを、よそよそしい皮肉な様子で聞いていた。ジャックリーヌのほうは聞いてもいなかった。彼女の様子をうかがってるシモーヌ・アダンに、こっそり舌を出してみせていた。結婚することなんかは「自分にとってはまったくなんでもない、」とシモーヌに誓っておいたのであって、まさにその誓いどおりにやっていた。結婚してるのは自分だともほとんど思っていなかった。結婚ということが考えるとおかしかった。他の人々は列席者らを目標に置いていた。列席者らはじろじろ様子をぬすみ見ていた。ランジェー氏はもったいぶっていた。娘にたいする愛情はいかにも真実ではあったけれど、彼がおもに気を使ってることは、通知をもらした人がありはすまいかと、一座の人々を見調べることだった。ただクリストフだけが感動していた。彼一人が、両親であり結婚者であり区長であった。彼のほうを見向きもしないオリヴィエを、じっと見守ってやっていた。
その晩、若夫婦はイタリーへ出発した。クリストフとランジェー氏は停車場まで送っていった。見ると二人は、残り惜しさのない快活なふうで、今か今かと出発を待ちわびてる気持を隠さなかった。オリヴィエは青春の年ごろのような様子だったし、ジャックリーヌは小娘のような様子だった……。ああかかる出発の、やさしい憂愁さよ! 父は自分の娘が、他人によって、そしてなんのためにか……そして永久に自分のもとから遠くへ、連れ去られるのを見ては、うら悲しく思うのである。しかし彼らは、歓ばしい解放の感情をしか覚えない。もはや人生にはなんらの障害もない。もはや何物も彼らを引き止めない。あたかも彼らは最高峰に達してるがようである。今や死ぬこともできるし、すべてが自分の手中にあるし、何も恐るべきものはない……。その後になって、人はそれが一つの宿場にすぎなかったことに気がつく。道はまたつづいて、山のまわりを回る。そして第二の宿場に達する者はごく少数である……。
汽車は夜の中へ二人を運び去った。クリストフとランジェー氏とはいっしょに帰っていった。クリストフは意地悪げに言った。
「これでもう私たちは一人者になりました。」
ランジェー氏は笑いだした。二人は別れの挨拶をかわして、それぞれ自分の家へ向かった。二人とも切なかった。しかしそれは悲しみと安慰との混ざり合った感情だった。クリストフは自分の室に一人ぽっちで考えた。
「俺のよき半分が幸福でいるのだ。」
オリヴィエの室は少しも様子が変わっていなかった。彼が旅から帰ってきて新しく住居を構えるまでは、その道具や記念品をクリストフのところに残しておくことが、二人の間の約束だった。彼はなおそこにいるかのようだった。クリストフはアントアネットの肖像をながめ、それをテーブルの上に置き、それへ向かって言った。
「ねえ、あなたも満足ですか。」
彼はしばしば――しばしばすぎるほど――オリヴィエへ手紙を書いた。オリヴィエからはあまり手紙が来なかった。来た手紙も素気ないものであって、しかもしだいに気乗りのしないものとなっていった。彼はそれに力を落としたが、しかし当然のことだと思い直した。そして二人の友情の未来については心配していなかった。
彼は孤独にまいりはしなかった。それどころか、自分の趣味に相当するだけの孤独を得られなかった。彼はすでにグラン・ジュールナルの保護を苦しみ始めていた。アルセーヌ・ガマーシュは、自分が発見するだけの労をとってやった光栄にたいしては、一つの所有権を有してると信じがちだった。ちょうどルイ十四世が自分の玉座のまわりにモリエールやル・ブランやリューリなどを集めていたように、彼もそれらの光栄が自分の光栄に結合するを当然だと思っていた。クリストフは、そのエジルへの賛歌の作者のほうがまだしも、自分のグラン・ジュールナルの保護者に比ぶれば、芸術にたいしてさほど専横な邪魔者でもないと考えた。なぜなら、この新聞記者はルイ帝王と同じく芸術が少しもわかっていないくせに、やはり同様に固定した芸術観をいだいていた。自分の好まないものには存在することを許さなかった。それをいけない有害なものだときめてしまい、公衆の利益のためにそれを滅ぼしていた。いったい、教養のない悪く開けたそれらの実務家らが、金銭と新聞とによって、ただに政治界のみでなく精神界をも支配せんとして、首輪や餌食とともに小屋を提供し、もしくはその拒絶に会って、自分の同勢となしてる多数の馬鹿者どもをけしかけるのは、奇怪な恐るべき光景なのである。――クリストフは勝手に馴養されるような人間ではなかった。馬鹿な奴が自分に向かって、音楽上なすべきこととなすべからざることとを言ってきかせようとするのは、きわめて不都合なことだと思った。そして、芸術は政治よりも多くの準備を要すると、彼に諭してやった。それからまた、その新聞のおもな社員の一人がこしらえてる、社主の推薦づきのつまらない筋書きを、音楽にしてくれと申し込まれたが、彼はそれを無遠慮な言葉で断わってしまった。それは、彼とガマーシュとの関係のうちに、最初の冷たいものを投げ込んだ。
クリストフはそんなことを意に介しなかった。彼は無名の域から脱すると、またすぐに無名の域にもどりたがっていた。「他人のうちに人を滅ぼすあの白日の光にさらされ」てる自分自身を、彼は見出したのだった。あまりに多くの人々が彼に干渉していた。彼はゲーテの言葉を考えてみた。
クリストフは扉を閉ざした。そして自分の家のなかで、数人の旧友と接近していった。彼は多少閑却していたアルノー夫妻の家庭にまた出入りした。一日の一部を一人きりで暮らしていたアルノー夫人は、他人の悲しみを思ってやるだけの時間をもっていた。オリヴィエが出発したのでクリストフのところがさぞ寂しくなったろうと考えていた。そして内気なのを押えて彼を夕食に招いた。あえてする気があったら、ときどき家の中を見に行って上げようと申し出たかもしれなかった。しかし彼女には勇気がなかった。そしてもちろんそのほうがよかった。なぜなら、クリストフは人に世話をやかれることが嫌いだったから。でも彼は夕食の招待を承諾した。そして晩にはきまってアルノー夫妻のところへ行く習慣がついた。
彼が出入りしてみると、その小さな家庭は相変わらず平和で、前よりはいっそう灰色になった寂しい同じ情愛の空気に包まれていた。アルノーは精神的銷沈の時期にさしかかっていた。それは、教師の生活――けっして止まりもせず進みもせず同じ場所で回転してる車のように、前日と同じ日が毎日繰り返されてゆく勤労の生活、その生活から磨滅された結果であった。善良な彼は忍耐強かったにもかかわらず、落胆の危機を通っていた。世間のある種の不正な事柄を悲しんでみたり、自分の献身的努力も無駄であると思ったりした。アルノー夫人はそれを親切な言葉で元気づけていた。彼女は相変わらず心安らかであるらしかった。しかし以前より窶れていた。クリストフは彼の前で、こんなに物のわかった細君をもってるのは仕合わせだとアルノーに言った。
「そうです、」とアルノーは言った、「かわいい妻です。何事にも心を乱しません。妻も仕合わせだし僕も仕合わせです。もし妻がこんな生活を苦にしてたら、僕はもう没落していたでしょう。」
アルノー夫人は顔を赤めて黙っていた。それから落ち着いた声で他のことを話した。――クリストフの訪問は、いつも二人のためになっていた。二人に光明を与えていた。そして彼のほうでもまた、それらのりっぱな心に接して自分の心を温めるのがうれしかった。
なおも一人、女の友が、彼のところへやって来た。と言うよりむしろ、彼のほうから会いに行った。彼女は彼と知り合いになりたがってはいたが、訪問してくるだけの努力は払わなかった。二十五歳の音楽家で、音楽学校でピアノの一等賞をもらったことがあった。セシル・フルーリーという名だった。背が低くて、かなり肥満していた。濃い眉、濡みがちな眼つきをした大きな美しい眼、家鴨の嘴のように先端がやや赤味を帯びてそり返ってる太い低い鼻、人のよさそうなやさしげな厚い唇、元気な頑丈なふっくりしてる頤、高くはないが広い額。髪は首の後ろに房々とした束髪に結えてあった。丈夫な腕をしていた。手はいかにもピアノひきらしく大きくて、親指が聞き指先が角張っていた。その身体全体からは、重々しい活気と田舎者めいた健康との印象を人に与えた。母といっしょに暮らしていて、たいへん母を大事にしていた。母は人のいい女で、少しも音楽に興味をもたなかったが、音楽の話をしばしば聞いたので自分もその話をし、音楽の主都に起こってることはなんでも知っていた。娘は平凡な生活をしていて、毎日音楽の稽古を授け、また時とすると音楽会を催したが、だれからも注意されなかった。彼女はいつもおそくなって、徒歩か乗合馬車かで帰って来、すっかり疲れはててはいたが、機嫌はよかった。そして、いろんなことをしゃべりながら、よく笑いながら、一文にもならないのに歌をうたいながら、元気に音階を組み立てたり、帽子を繕ったりした。
彼女は生活のために害されてはいなかった。自分の努力で得たわずかな安楽の価を知っていた――ちょっとした楽しみの喜びを、自分の地位や才能がごく少しずつ向上してゆく喜びを、よく知っていた。前月よりは五フランばかり多く収入があっただけでも、数週間努力していたショパンの一節をうまく演奏し得ただけでも、彼女はうれしがっていた。彼女の勉強は過度でなかったから、ちょうど彼女の能力に適合していて、相当な摂生法のように彼女を満足さしていた。演奏し歌い稽古を授けることは、尋常に規則的に活動力を満足さしたという快い感じを彼女に得させ、また同時に、ほどよい慰安と穏やかな成功とを得さした。彼女は丈夫な食欲をもち、よく食べ、よく眠り、かつて病気にかかったことがなかった。
まっすぐな分別ある謙譲なまったく平衡のとれた精神をもってる彼女は、何事をも苦にしなかった。なぜなら、今までのことや今後のことは気にかけないで、ただ現在にばかり生きてるからだった。そして、身体は丈夫であるし、生活は比較的革命の変動を受けないでいたので、彼女はたいていいつも幸福だった。喜んでピアノを勉強するとともに、また世帯を整え、家事のことを話し、あるいは何にもしなかった。彼女は生活の道を心得ていた。それもその日暮らしの生活ではなくて――(彼女は倹約で用心深かった)――その時きりの生活だった。彼女はいかなる理想にも心を煩わされていなかった。もし彼女に理想があると言い得るならば、その理想は市井的なものであって、彼女のあらゆる行動と思想のうちに静かに伸び広がっていた。それは、どんなことでも自分のなしてることを穏やかに愛すという一事だった。彼女は日曜日には教会堂へ行った。しかし宗教的感情は、彼女の生活のうちにほとんどなんらの地位をも占めていなかった。彼女は信仰もしくは天才をもってるクリストフのような熱情家らを感嘆していた。しかし彼らをうらやみはしなかった。彼らのような不安や天才などをもっていたとて、それを彼女はどうすることができたろうか?
それではどうして彼らの音楽を彼女は感じ得ていたのか? それは彼女自身でも説明しかねたに違いない。しかし彼女が知ってたことは、自分が彼らの音楽を感じてるという事実だった。他の熟練家らよりも彼女のまさってる点は、その肉体上および精神上の頑健な平衡であった。私的熱情のない彼女の生の豊満のうちに、他人の熱情は花を咲かすべき肥沃な土地を見出していた。彼女はそれから少しも乱されなかった。芸術家を噛みつくしたそれらの恐ろしい熱情を、彼女はその活力を少しも失わせないで演出していたが、その害毒を身に受けることはけっしてなかった。ただ力と後の快い疲労とを感ずるばかりだった。演奏を終えると、汗まみれになってぐったりしていた。それでも静かに微笑を浮かべて、そしてうれしがっていた。
クリストフはある晩彼女の演奏を聴いて、その演奏振りに驚かされた。音楽会が終わって握手をしに行った。彼女はそれを感謝した。その音楽会には聴衆が少なかったし、また彼女は賛辞にたいして鈍感になってもいなかった。元来彼女は、音楽上のいずれかの党派に加わるだけの利口さももたなかったし、崇拝者の群れをあとに従えるだけの策術ももたなかったし、また、あるいは技巧上に多少の誇張を施すことによって、あるいは定評ある各作を勝手気ままに演出することによって、あるいは、ヨハン・セバスチアン・バッハやベートーヴェンなどという大家ばかりをほしいままに演奏することによって、とくに人目をひこうともしなかったし、また自分の演奏するものについてなんらの理論をもいだかず、ただ感ずるままを率直に出演して満足していた――それゆえに、だれも彼女へ注意を払わなかった。批評家らは彼女を知っていなかった。彼女がりっぱに演奏してることを、批評家らはだれからも聞かせられなかったし、またそれを自分で認めることもできなかったのである。
クリストフはその後しばしばセシルに会った。この丈夫な落ち着いた娘は、謎のように彼をひきつけた。彼女は気丈で淡々としていた。彼は彼女があまり世に知られていないことを憤慨し、グラン・ジュールナルの友人らの力をかりて世に吹聴させようと、彼女に言い出した。しかし彼女は、人に讃められるのはうれしくはあるが、そのための運動はしないでほしいと願った。競争したり苦心したり他人の嫉妬心を招いたりすることを、彼女は欲しなかった。平和のままでいたかった。人の口にのぼらなくとも、それがかえって結構だった。彼女には羨望の念がなかった。他の熟練家らの技能に接するとまっ先に恍惚となった。また野心も欲望もなかった。あまりに精神上の怠け者だった。何か直接のはっきりした事に取りかかっていないときには、まったく何にもしていなかった。夢想さえしていなかった。夜寝床に入ってさえそうだった。眠っているか、さもなくば何にも考えていなかった。老嬢で終わりはすまいかと恐れてる世の娘たちの生活を毒する、結婚についてのあの病的な妄想をも、彼女はもっていなかった。いい夫をもちたくはないかと聞かれると、彼女は言った。
「まあ! 定期収入の五万フランとでもなぜおっしゃらないんですか。人のもってるものは取り上げてやるに限ります。向こうから差し出さるればなお結構ですわ。さもなければ、無しで済ますだけのことです。お菓子がないからと言って、よいパンをよくないとするわけにはゆきません。まして長い間堅いパンばかり食べてきましたおりにはねえ!」
「それにまた、」と母は言った、「毎日パンが食べられないような人もたくさんありますよ。」
セシルが男を信じないのにはいろいろ理由があった。数年前に死んだ父親は、気の弱い怠惰者だった。妻や家族の者たちにたいへん迷惑をかけたのだった。セシルにはまた一人の兄があった。それが悪いほうへそれてしまっていた。どうなってるかだれにもよくわからなかった。ごくまれにやって来ては金の無心をした。皆は彼を恐がり、恥ずかしいと思い、いつどんな噂を聞くかわからないとびくびくしていた。それでもなお彼を愛していた。クリストフは一度彼に出会った。そのときクリストフはセシルのところにいた。呼鈴を鳴らす者があった。母親が扉を聞けに行った。隣の室で激しい声の会話が起こった。セシルは心配そうな様子をしていたが、こんどは自分も出て行って、クリストフを一人置きざりにした。言い争いがつづいて、聞き知らぬ声は威嚇的になっていった。クリストフは仲裁してやらなければならないと思った。そして扉を聞いた。こちらに背を向けてる多少無格好な若い男の姿が、ちらと見えただけだった。とっさにセシルはクリストフのほうへやって来て、元の室へもどってくれと頼んだ。彼女も彼といっしょにもどって来た。二人は黙って腰をおろした。隣の室では、その客がなおしばらく怒鳴っていたが、やがて扉をがたりと音さして出て行った。するとセシルは溜息をついてクリストフに言った。
「あれは……私の兄です。」
クリストフは了解した。
「ああ……私にも覚えがあります……。」と彼は言った。「私にもそんな兄弟が一人あるんです……。」
セシルはやさしい同情を寄せて、彼の手をとった。
「あなたも?」
「ええ。」と彼は言った。「あんなのは家庭の喜びですね。」
セシルは笑った。そして二人は話を変えた。がまったく、家庭の喜びは少しも彼女の心を喜ばせなかったし、結婚の考えは少しも彼女の心をひかなかった。男というものはあまり価値のあるものではなかった。彼女は独立の生活のほうがずっとよいと考えていた。現に母親も、独立生活の自由を長い間待ち望んできたのだった。セシルもその自由を失いたくなかった。彼女が楽しみにして胸に描いてる唯一の夢想は、いつか、あとになって、それもいつのことだかわからないが、田舎で暮らすということだった。しかし彼女は、その生活の詳細を想像するだけの労もとらなかった。そんな不確かな事柄に思いをはせるのは大儀だった。それよりは眠るほうがよかった――もしくは仕事をするほうがよかった……。
彼女はその空中楼閣が実現するまでは、夏の間パリーの近郊に小さな家を借りて、それを母と二人きりで占領していた。汽車で二十分ほどの所だった。家は停車場からかなり遠くて、田んぼと言われてる荒蕪地のまん中に孤立していた。セシルはしばしば夜ふけにもどって来た。しかし少しも恐くなかった。危険が起ころうとは思っていなかった。ピストルを一つもっていたが、いつも家に置き忘れていた。そのうえ、ろくにその使い方も知らなかった。
クリストフはその訪問中、彼女に演奏さした。楽曲にたいする彼女の洞察力を見るとうれしかった。一言いってやったばかりで彼女がその表現すべき感情にぴたりとはまるときには、ことにうれしかった。彼は彼女がみごとな声をもってることに気づいていた。彼女はそれをみずから少しも知らなかった。彼は強いて彼女に練習をさした。ドイツの古い歌曲や自分の音楽などを歌わせた。彼女はそれに興味を見出して、彼はもとより自分でも驚くほどの進歩をした。彼女は非常に豊かな天分をもっていた。音楽の火の粉は不思議にも、芸術的感情の欠けてるこのパリー小市民の娘の上に落ちていた。このフィロメール――(そう彼は彼女を名づけていた)――は、時とすると音楽の話をすることもあったが、それはいつも実際的な方面についてであって、けっして感情的な方面についてではなかった。彼女は歌やピアノの技術についてしか興味をもっていないらしかった。二人はいっしょにいて音楽を奏していないときには、たいてい家事や料理や家庭生活など、もっとも通俗な話ばかりした。そしてクリストフは、普通の女相手にはそういう会話を一分も辛抱できなかったはずなのに、このフィロメールを相手にするといかにも当然らしく話し合っていた。
かくて二人は差し向かいになって晩を過ごした。落ち着いたほとんど冷やかな愛情で真面目に愛し合っていた。ある晩彼は夕飯の御馳走になりに来て、いつもよりおそくまで話し込んでると、激しい雷雨が起こった。終列車に乗るため出発しかけたときには、雨と風とが猛りたっていた。彼女は彼に言った。
「出かけるのはおよしなさいよ。明朝帰ることになさいよ。」
彼はその小さな客間の一時こしらえの寝床についた。薄い仕切りがセシルの寝室を隔ててるきりだった。扉も閉められていなかった。寝床の中の彼のところまで、向こうの寝台の音や若い女の静かな息の音が聞こえてきた。そして五分もたつと彼女はもう眠っていた。彼もほどなく眠ってしまった。濁った思いの影さえ二人の心をかすめはしなかった。
またそのころ彼には、他の未知の友が幾人かできた。彼の作品を読んでひきつけられた人たちだった。その多くはパリーから遠くに住み、または人を避けた生活をしていたので、彼に出会えるわけがなかった。成功というものはたとい粗末な成功にせよ、いくらかよいものである。新聞の馬鹿げた記事の仲介でもなければけっして手の届きそうにない、遠く離れた多くの善良な人々に、芸術家を知らしてくれるのである。クリストフはそういう人たちの数名と交渉をつけた。あるいは、孤立した若い人々で、困難な生活をし、達せられるかどうか自分でもわからないある理想を、一身をあげて翹望していた。そしてクリストフの親愛な魂を、むさぼるように吸い込んでいた。あるいは、地方のみすぼらしい人々で、クリストフの歌曲集を読んでから、シュルツ老人のように彼へ手紙を送って、彼と結びついた気になっていた。あるいは、貧しい芸術家たち――とりわけ一人の作曲家は熱心だった――で、ただに成功へばかりではなく、自己を表現することへも到達することができなかったので、自分の思想がクリストフによって表白されてるのを、非常にうれしがっていた。そのうちでもおそらくもっともなつかしみのある人々は、名前を明かさずに、より多く自由に書けるようにして、自分を助けてくれた兄とも言えるクリストフへ、心からの信頼の念を率直に訴えてきた。クリストフは、それらのやさしい魂の人たちを愛し得たらさぞうれしいだろうと思えるのに、いつまでも直接知り合いになれそうもないと考えると、胸がいっぱいになるのを覚えた。そして、彼らがクリストフの歌曲集に接吻してるように、彼もそれら未知の人々の手紙のあるものに接吻をした。どちらでもそれぞれ考えていた。
「親愛なるページよ、ほんとにお前は私に喜びを与えてくれる!」
かくて彼の周囲には、世界のいつもの律動に従って、天才の小家庭ができ上がった。その家庭は天才から養われまた天才を養い、しだいに大きくなってゆき、ついには、天才を中心とする大きな集団的魂を――諸天体の和声にその親愛な合唱を交えながら空間を回転する、光り輝く一世界、精神上の一遊星、とも言うべきものを、こしらえ出すものである。
クリストフとその眼に見えない友人らとの間に、神秘な連繋が織り出されてくるに従って、彼の芸術観に革命が起こってきた。彼の芸術観はいっそう広いいっそう人間的なものとなっていった。彼はもはや、単なる独自であり自分一人のための言葉である音楽を欲しなかったし、専門家ばかりを相手のむずかしい組み立てはなおさら欲しなかった。彼は音楽が一般の人々と交渉することを欲した。他人に結びつく芸術こそ、真に生きたる芸術である。ヨハン・セバスチアン・バッハは孤立せるもっとも苦しいおりにも、芸術のうちに表白してる宗教的信念によって他人と結合していた。ヘンデルやモーツァルトは、自然の勢いによって、自分のためにではなく公衆のために書いていた。ベートーヴェンでさえも、群衆を相手にせざるを得なかった。それは仕合わせなことである。人類はときどき天才に向かって言ってやるがよい。
「汝の芸術のうちには、俺のためのものは何があるか。もし何もないとすれば、消え失せてしまえ!」
そういう拘束に会って天才は第一に利するところがある。もちろん、自己をしか表現しない大芸術家もいる。しかしもっとも偉大なのは、万人のために鼓動する心をもった人々である、生きたる神を面と向かって見ようと欲する者は、自分の思想の空虚な蒼空のうちにではなしに、人間にたいする愛のうちに、それを捜し求むべきである。
当時の芸術家らは、そういう愛から遠く離れていた。彼らが物を書く対象は、自惚れが強く無政府主義的で社会生活から根こぎにされたいわゆる優秀者どもであり、自分以外の人間の熱情を分有しないことを光栄と心得、またはそれをもてあそんでる、いわゆる優秀者どもであった。他人に似ないために人生から絶縁することは、なるほどりっぱな光栄かもしれない。いっそのこと死んでしまったがいいだろう! しかしわれわれは、生者のほうへおもむき、大地の乳房を、わが民族のうちのもっとも神聖なものを、家庭と土地とにたいする愛を、吸おうではないか。もっとも自由なる時代にあって、イタリー文芸復興の年若な主将ラファエロは、チベール彼岸のマドンナらのうちに母性を光栄あらしめていた。しかるに今日たれかわれわれに、一つの椅子に凭れるマドンナを音楽で与えてくれる者があるか。生活のあらゆる時間のために音楽を与えてくれる者があるか。君たちは何ももっていない、フランスにおいて何ももっていない。自分の民衆に歌を与えんと欲するときに、君たちはドイツの過去の大家らの音楽を剽窃しなければならないではないか。君たちの芸術は根底より頂上まで、すべてをこしらえるかこしらえ直すかしなければならないのだ……。
クリストフは、当時地方の町に居を定めてるオリヴィエと通信していた。先ごろのあの豊富な合作を手紙でやりつづけようとつとめていた。昔のドイツの古い歌曲の実質となってるもののような、日々の思想や行為に関連する美しい詩的な原文を、彼はオリヴィエから得たがっていた。聖書の短い断片やインドの詩、宗教的なあるいは道徳的な叙情小曲、自然のちょっとした画幅、恋愛的なあるいは家庭的な情緒など、単純健全な心の人たちのための朝や夕や夜の詩を求めていた。一つの歌曲には四行から六行くらいの詩句で十分である。もっとも単純な表現でよろしい。巧妙な展聞も精緻な和声もいらない。君たち耽美家の熟達せる技能が何になろう? 君たちは僕の生を愛してほしい。僕を助けて僕の生を愛させてほしい。フランスの日常を、僕の非凡な時や平凡な時を、僕のために書いてくれたまえ。そして、もっとも明快な旋律的楽句を求めようではないか。現代の多くの音楽家の音楽に見るような、一階級だけの方言にすぎないその芸術的な言葉を、極端に避けようではないか。「芸術家」としてではなく、人間として話すだけの勇気をもたなければいけない。僕たちの父祖がなしたところを見たまえ。万人の用いる音楽的形式への復帰から、十八世紀末の古典派の芸術は生まれてきたのだ。グルックや交響曲の創造者たちや歌曲の大家たちなどの旋律的楽句は、ヨハン・セバスチアン・バッハやラモーなどの精緻なあるいは巧妙な楽句に比べると、時として平凡な市井的なものと思われることがある。けれどそういう地質こそ、偉大なる古典派らの味わいや広い名声を作り出したのだ。もっとも単純な音楽形式から、歌曲から、歌芝居から、彼らは出発したのだ。それら日常生活の小さな花が、モーツァルトやウェーバーなどの連中の幼年時代にしみ込んだのだ。――君たちも同様にしたまえ。すべての人のための歌を書きたまえ。そうした上で、交響曲を築き上げるがいい。一足飛びにやったって何になろう? ピラミッドは頂から作り始めるものではない。君たちの現今の交響曲は、胴体のない頭ばかりである。おう才人たちよ、一身を具現したまえ。民衆と親和する音楽家らの気長い世代が必要なのだ。一つの音楽芸術は一日にして建設されるものではない。
クリストフは、そういう理論を音楽に通用するばかりでは満足しなかった。彼はオリヴィエに向かって、文学にそれを適用せよと勧めた。
「現代の作家らは、」と彼は言った、「稀有なる人事や、もしくは、活動的な健全な人々の大社会の周辺にある、異常な一団の中にしかいない人物をばかり、描写しようと骨折っている。そういうふうに彼らはみずから人生の外に出ているので、彼らを打ち捨てて人々のいる所に行きたまえ。日々に見られる人々へ、日々に見られる生活を示したまえ。その生活こそ、海よりもより深くより広いのだ。われわれのうちのもっとも微賤な者といえども、内に無限なるものをになっているのだ。人間たるの単純さをもってるあらゆる者のうちに、恋人のうちに、友のうちに、分娩の日の輝かしい光栄を苦痛で購う女のうちに、人知れず身を犠牲にしてだれからも知られていない者のうちに、無限なるものがある。甲より乙へ乙より甲へと流れる、生命の波がある……。それら単純な人々の一人の単純な生活を書きたまえ。世界の第一日以来、みな同じようでしかも異なっており、みな同じ母の息子である、相ついで来る日々の、平穏な叙事詩を書きたまえ。それを単純に書きたまえ。現代の芸術家らの力を疲憊さしてる、繊細な技巧などに気をもまないようにしたまえ。君は万人に話しかけるのだ。万人の言葉を用いたまえ。言葉には高尚も下等もないのだ。言うべきことを正確に言ってるか言っていないかがあるばかりだ。君が作るあらゆるものに君の全部をこめたまえ。自分の考えてることを考え、自分の感じてることを感じたまえ。君の心の律動が君の書くものを奪い取るようにしたまえ。文体とは魂にほかならないのだ。」
オリヴィエはクリストフの説を承認した。しかし多少皮肉な答えをした。
「そういう作品はなるほどりっぱなものではあろう。しかしそれは、それを読み分け得る人々のもとまでは達しないだろう。途中で批評界のために窒息させられるかもしれない。」
「それこそフランスのつまらない市井的な考えだ。」とクリストフは答え返した。「自分の書物について批評界がどう考えるか、そんなことを気に病むのか!……君、批評家というものは、勝利か敗北かを書き止めるために存在してるばかりなんだ。ただ勝利者になりたまえ……。僕は批評家などはなしで済ませる。君も批評家なしに済ませる道を学びたまえ……。」
しかしオリヴィエは、なおその他のものがなくてもやってゆける道を覚えていた。芸術もクリストフもなくて構わなかった。そのころ彼はもうジャックリーヌのことしか考えていなかった。
彼らの恋愛の利己主義は、彼らのまわりに空虚をこしらえ出していた。そして浅慮にも、将来の源泉をすべて焼きつくしていた。
交じり合った二人の者がたがいに相手を吸い取ろうとばかり考えてる、初めの間の陶酔……。身体と魂とのあらゆる部分で、彼らは触れ合い、味わい合い、たがいにはいり込もうとする。彼らは二人だけで、法則のない一つの世界をなし、恋に駆られた一つの渾沌界をなしている。そこでは混同し合った各要素が、たがいに見分けることをまだ知らず、たがいに争ってむさぼり食う。二人はたがいに相手のうちにあるすべてのものを歓び合う。相手もまた自分自身なのである。世界も今は何になろう? なごやかな逸楽の夢に眠ってる古のアンドロジーヌのように、彼らの眼は世界に向かって閉じている。世界はすべて二人のうちにあるのである。
一様な夢の織り物をこしらえ出す昼と夜、美わしい白雲が、眩惑せる人の眼にただ輝ける跡をのみ残して空を過ってゆくように、流れ去る時間、春の懶さで人を包む、なま温かい息吹き、肉体の金色の熱、日に照らされた愛の葡萄棚、清浄な無羞恥、狂おしい抱擁、溜息や笑い、楽しい涙、おうそれら幸福の埃よ、汝から何が残るか? 汝は人の心にほとんど思い出の跡をもとどめない。なぜなら、汝がありし時には時間が存在していなかったのだから。
まったく同じような日々……。静かな曙……。眠りの淵から、からみ合った二つの身体が同時に浮かび出る。息を交えて微笑める顔が、いっしょに眼を開き、たがいに見合わし、たがいに接吻し合う……。朝の時刻の若々しい爽かさ、燃ゆる身体の熱を鎮める新鮮な空気……。夜の快楽がその奥に響きをたててる、つきせぬ日々の快い夢心地……。夏の午後、畑の中で、天鵞絨のごとき牧場の上で、長い白楊樹のさらさらと鳴る下で、うっとりとふける夢想……。腕と手とを組み合わせ、輝ける空の下を、愛の臥床へ連れだってもどり来るおりの、美わしい夕の夢想。風は灌木の枝をそよがしている。湖水のように澄み渡った空には、銀色の月の仄白い微光が漂っている。星が一つ流れて消える――心へ伝わるかすかなおののき――音もなく滅びる一つの世界。街道には二人のそばを、足を早めた無言の人影がまれに通り過ぎる。町の鐘は翌日の祭りを告げて鳴る。二人はちょっと歩みを止める。彼女は彼に身を寄せる。二人は言葉もなくたたずむ……。ああ、この瞬間のように、人生がこのままじっとしているならば!……彼女は溜息をもらして言う。
「なぜ私はこんなにあなたが恋しいのでしょう?……」
彼らはイタリーへ数週間旅をした後、オリヴィエが教師に任命されたフランス西部の町に、身を落ち着けたのだった。彼らはほとんどだれにも会わなかった。何事にも興味を覚えなかった。やむを得ず訪問する場合には、その厭な冷淡さが無遠慮に現われたので、人々は気持を害したりあるいは苦笑をもらしたりした。どんな言葉も二人の上をすべり落ちてその心まで達しなかった。二人は若夫婦特有の横柄なしかつめらしさをそなえていて、人に向かってこう言うかのようだった。
「君たちには、何にもわからないのだ……。」
ジャックリーヌのやや不機嫌そうな専心的なきれいな顔の上に、またオリヴィエの楽しげなぼんやりしてる眼の中に、つぎの思いが読み取られるのだった。
「僕らがいかに君たちをうるさがってるか、少しは察してくれてもよさそうなものだ……。いつになったら僕らは二人きりになれることかしら?」
彼らは人中にいるときでさえ、無遠慮に二人きりの心持を様子に示した。他人との会話をそちのけにして二人の眼つきが話を交えてるのが、傍らから見てとられた。彼らはたがいに顔をながめなくとも、たがいに見てとることができた。そして彼らは微笑んでいた。二人とも同時に同じことを考えてるとわかっていたのである。社交的な多少の束縛を脱して、ほんとに二人きりになるときには、喜びの叫びを発して、子供らしい馬鹿げたことをしつくした。あたかも七、八歳の子供のようだった。ばかばかしい口のきき方をした。おかしな愛称で呼び合った。彼女は彼のことを、オリーヴ、オリヴェー、オリファン、ファニー、マミー、ミーム、ミノー、キノー、カウニッツ、コジーマ、コブール、パノー、ナコー、ポネット、ナケー、カノー、などと呼んだ。そして自分は小娘のようなふうをした。しかし彼女は彼にたいして、母親や姉妹や妻や恋人や情婦など、あらゆる愛情を一つにした者でありたがっていた。
彼女は彼の楽しみを分かちもつだけでは満足しなかった。かねて考えていたとおり、彼の仕事にもいっしよに加わった。それもまた一つの遊びであった。初めのうち彼女は、仕事を珍しがってる細君に通有な、興味深い熱心さを示した。図書館へ行って書き写してくることだの、面白くもない書物を翻訳することなど、きわめてつまらない仕事にも、楽しみを見出してるかのようだった。それは彼女の生活の予定の一部分だった。ごく純潔なごく真面目な生活、高尚な思想と共同の勉励とにささげつくした生活、それを彼女は営むつもりだった。そして、恋愛が二人を輝かしてる間はそれも結構だった。なぜなら彼女は、彼のことばかり考えていて、自分が何をしてるかは考えていなかったから。もっとも奇態なことには、そういうふうにして彼女がなすことはことごとくうまくいった。他のときだったら理解しがたいような抽象的な書物を読んでも、彼女の精神はなんらの努力もなしに働いた。彼女の一身は恋愛のために地上からもち上げられてるかのようだった。彼女はそれを自分では気づかなかった。屋根の上を歩く夢遊病者のように、自分の真面目な楽しい夢を、傍目もふらずに平然と追っかけていた……。
やがて彼女は、その屋根に気づき始めた。それでも少しも不安を覚えなかった。でも屋根の上で何をしていたかをみずから怪しんで、家の中にはいった。すると仕事が厭になった。仕事のために愛が邪魔されてると思い込んだ。もちろんそれは彼女の愛がすでに弱ってきたからのことである。しかしそんな様子は少しも見えなかった。彼らはもう一瞬間も離れてることができなかった。世間との交渉を断ち、家の扉を閉ざし、いかなる招待をも承諾しなかった。他人の愛情にも、自分らの仕事にも、たがいの愛から気をそらさせるすべてのことに、嫉妬の念を覚えた。クリストフとの通信も間が遠くなった。ジャックリーヌはクリストフを好んでいなかった。彼女にとって彼は一つの敵であって、彼女があずかり知らぬオリヴィエの過去の一部を代表していた。そして彼がオリヴィエの生活のうちに場所を占むれば占むるほど、ますます彼女は本能的にオリヴィエの生活を彼から奪い取ろうとした。自分のためにする下心からではなかったが、ひそかにオリヴィエを友から引き放そうとした。クリストフの態度や顔つきや手紙の書き方や芸術上の抱負などを冷笑した。それにはなんらの悪意もまた策略さえもなかった。善良な性質からそんなことをするのだった。オリヴィエは彼女の批評を面白がった。そこに少しも悪意を認めなかった。そして自分はやはり同じようにクリストフを愛してると思っていた。しかし彼が愛してるのはもうクリストフの一身をだけだった。それは友情においては些々たることにすぎない。彼はしだいにクリストフを理解しなくなってきたことや、二人を結びつけていたクリストフの思想や勇壮な理想主義に興味を失ってきたことには、みずから気がつかなかった……。恋愛は若い心にとってはあまりに強い楽しみである。他のいかなる信仰が恋愛と両立し得るだろうか? 愛する者の身体とその神聖な肉から摘み取られる魂とだけが、知識の全部であり信仰の全部である。他人が大事にしてるものも、また自分が昔大事にしていたものも、いかに憐れみの微笑でながめられることであろう! 力強い人生とその苛辣な努力とについても、もはや眼にはいるものは、不滅らしく思える一時の花ばかりである……。恋愛はオリヴィエを奪い取っていた。初めのうちは彼の幸福もなお、優雅な詩になって現われるだけの力をもっていた。がやがて彼には、それさえもつまらぬことのように思えてきた。恋愛からそれだけの時間を取り去ることにすぎなかった。そしてジャックリーヌも彼と同じく一生懸命になって、他のあらゆる生存の理由を破壊せんとし、愛の葛を支持し生かしてる生の樹木を枯らさんとしていた。かくて彼らは二人とも幸福のうちに身を滅ぼしていった。
悲しくも、人はたちまちにして幸福に馴れ親しむ。利己的な幸福が生の唯一の目的となるときには、生はただちに目的なきものとなる。幸福は一つの習慣となり、一つの中毒となって、人はもはやそれがなくては済まされなくなる。しかもそれがなくても済ませることが必要なのだ……。幸福は世界の律動の一瞬間であり、生の振子が往来する両極の一つである。その振子を止めんとするには、それを破壊しなければならないだろう……。
二人は「感受性を狂暴ならしむる安逸の倦怠」を知った。楽しい時期は、歩みをゆるめ、勢い衰え、水なき花のようにしおれていった。空はやはり同様に青かったが、もはや朝の軽やかな空気はなかった。すべては小揺るぎもせず、自然は黙していた。彼らは願っていたとおり二人きりだった。――そして二人の心は切なかった。
言い知れぬ空虚の感じが、楽しくなくもない漠然たる倦怠が、彼らに姿を見せてきた。彼らはそれがなんであるかを知らなかった。ただなんとなく不安だった。彼らは病的なほど感じやすくなった。沈黙をじっと聞き澄ましてる彼らの神経は、人生の些細な不意の出来事にぶつかっても、木の葉のようにうち震えた。ジャックリーヌは理由もなしに涙を流した。涙の原因は愛であると信じたかったけれども、もうそればかりではなかった。結婚前の熱烈な苦しい年月を経て後、目的を達して――達してそして通り越して――突然あらゆる努力をやめ、あらゆる新しい行ないが――そしておそらくあらゆる過去の行ないが――にわかに無用に帰したので、彼女は自分でも訳のわからない惑乱に陥って、圧倒されてしまったのだった。彼女はそうだとは認めないで、神経の疲れのせいだとして、一笑に付し去ろうと思った。しかしその冷笑は涙と同様に不安なものだった。彼女は健気にもまた仕事にかかろうと努めた。けれど手をつけるや否や、そんなばかげた仕事に以前どうして興味をもち得たか、もうわからなくなった。厭になって仕事を放り出した。彼女は社交的関係にふたたびはいろうと努めた。しかしそれも同じくできなかった。一定の性癖がついていたので、この世では余儀ない平凡な人々や言葉に接する習慣を失っていた。彼女はそれらを笑うべきものだと思った。そういう不幸な経験から、まさしく恋愛ばかりがりっぱなものだと信じたがって、二人きりの孤独な生活にまたはいり込んだ。そして実際しばらくの間は、彼女は以前にもまして愛に駆られてるように見えた。しかしそれは、そうありたいと願ってるからであった。
オリヴィエは彼女ほど熱情的でなくしかもやさしみの情はいっそう多かったので、それらの不安を感ずることは少なかった。自分では、漠然とした間歇的なおののきを感ずるばかりだった。そのうえ、日々の仕事や好ましくない職業などの煩いのために、彼の愛はある程度まで維持されていた。しかし、彼は繊細な感受性をそなえていたし、愛する者の心のなかに起こるすべての変動は彼の心にも伝わっていたので、ジャックリーヌが隠してる不安の情は彼にも感染してきた。
ある日の午後、彼らは田舎を散歩した。前からすでに楽しかった。すべてが微笑んでいた。しかし散歩に出るや否や、陰鬱な懶い悲しみが彼らの上に落ちかぶさってきた。冷えきったような心地がした。口をきくことができなかった。それでも強いて話をした。しかし口に出す一語一語は、空虚を響かせるばかりだった。彼らはあたかも自動人形のように、何にも見も感じもしないで散歩を終えた。切ない気持で帰ってきた。黄昏のころだった。部屋の中はがらんとしていて暗くて寒かった。彼らは自分たちの姿が見えないようにすぐには燈火もつけなかった。ジャックリーヌは自分の室に入って、帽子や外套もぬがないで、黙って窓ぎわにすわった。オリヴィエも隣の室でテーブルによりかかっていた。間の扉は開いていた。彼らはたがいの息の音が聞こえるほど近かった。そして薄暗がりのなかで二人とも、無言のまま苦い涙を流した。口に手をあてて泣き声を聞かれまいとした。ついにオリヴィエは苦しくなって言った。
「ジャックリーヌ……。」
ジャックリーヌは涙をのみ込んで言った。
「なあに?」
「こちらへ来ないかい?」
「行きますわ。」
彼女は外出着をぬいで眼を洗いに行った。彼は燈火をつけた。やがて彼女は室にもどってきた。二人は顔を見合わせなかった。たがいに泣いたことを知っていた。そして慰め合うこともできなかった。泣いた理由がわかっていたから。
彼らはもはや心の悶えをたがいに隠し得ない時期となった。そしてその原因を自認したくなかったので、他の原因を捜し求めた。それは見出すに困難でなかった。彼らは地方生活の退屈さに罪を着せた。それは彼らにとって一つの慰藉だった。ランジェー氏は娘から様子を知らせられたが、彼女がその勇侠な気持に疲れ始めたことを大して驚きはしなかった。彼は政治上の知友関係を利用して、婿をパリーへ転任さしてもらった。
その吉報が到着したとき、ジャックリーヌは喜びに躍り上がって、過ぎ去った幸福をみな取りもどした。今や別れ去る場合になると、その厭な土地も彼らにはなつかしく思えた。彼らはそこに多くの愛の思い出を振りまいていた。終わりの日々はその跡を捜し回ることに費やした。そういう一種の巡礼からやさしい憂愁が立ちのぼってきた。その穏やかな一望の風物は幸福な二人を見たのだった。ある内心の声が彼らにささやいていた。
「お前はお前が残してゆくものを知っている。これから見出そうとするものを知っているか?」
ジャックリーヌは出発の前日涙を流した。オリヴィエはその訳を尋ねた。彼女は言いたがらなかった。彼らは言葉の響きが恐いおりにはいつもしていたとおりに、一枚の紙を取ってたがいに書き合った。
「私の親愛なオリヴィエ……。」
「僕の親愛なジャックリーヌ……。」
「立ち去るのは切ない気がします。」
「どこから立ち去るのが?」
「私たちが愛し合った土地から。」
「どこへ向かって?」
「私たちが年老いる所へ。」
「僕たちが二人で暮らす所へ。」
「けれどもうあんなに愛し合えはしませんもの。」
「なおいっそう愛し合うのだ。」
「どうだかわかりませんわ。」
「僕にはわかっている。」
「私もそう願いたいわ。」
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