Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第7巻 家の中 第2部 (2)

Christophe remonta à son étage, avec l'abbé Corneille. Le prêtre, un peu gêné, s'excusait d'être venu. Il espérait, disait-il avec humilité, que le mort ne saurait le lui reprocher: ce n'était pas comme prêtre, c'était comme ami qu'il était là.

Le lendemain matin, lorsque Christophe revint, il trouva la fillette au cou de Mme Germain, avec la confiance naïve qui livre sur-le-champ ces petits êtres à ceux qui ont su leur plaire. Elle consentit à suivre sa nouvelle amie... Hélas! elle avait oublié déjà son père adoptif. Elle montrait la même affection à sa nouvelle maman. Ce n'était pas très rassurant. L'égoïsme d'amour de Mme Germain le voyait-il?... Peut-être. Mais qu'importe? Il faut aimer. Le bonheur est là...

Quelques semaines après l'enterrement, Mme Germain emmena l'enfant à la campagne, loin de Paris. Christophe et Olivier assistaient au départ. La jeune femme avait une expression de joie secrète, qu'ils ne lui connaissaient pas. Elle ne faisait aucune attention à eux. Cependant, au moment de partir, elle remarqua Christophe, elle lui tendit la main, et lui dit:

—Vous m'avez sauvée.

—Qu'est-ce qu'elle a, cette folle? demanda Christophe, étonné, tandis qu'ils remontaient l'escalier.

À peu de jours de là, il reçut par la poste une photographie qui représentait une petite fille inconnue, assise sur un tabouret, ses menottes sagement croisées sur ses genoux, et qui le regardait de ses yeux clairs et mélancoliques. Au-dessous, il y avait ces mots écrits:

«Ma petite morte vous remercie.»

Ainsi passait entre tous ces gens un souffle de vie nouvelle. Là-haut, dans la mansarde du cinquième, brûlait un foyer de puissante humanité, et ses rayons pénétraient lentement la maison.

Mais Christophe ne s'en apercevait point. C'était bien lent pour lui.

—Ah! soupirait-il, est-il donc impossible de faire fraterniser tous les braves gens, de toute foi, de toute classe, qui ne veulent pas se connaître? N'y a-t-il aucun moyen?

—Que veux-tu? dit Olivier, il faudrait une tolérance mutuelle et une force de sympathie, qui ne peuvent naître que de la joie intérieure,—joie d'une vie saine, normale, harmonieuse,—joie d'un utile emploi de son activité, du sentiment que l'on sert à quelque chose de grand. Pour cela, il faudrait un pays qui fût dans une période de grandeur, ou—(ce qui vaut mieux encore)—d'acheminement à la grandeur. Et il faudrait aussi—(les deux vont ensemble)—un pouvoir qui sût mettre en œuvre toutes les énergies, un pouvoir intelligent et fort, qui fût au-dessus des partis. Or, il n'est de pouvoir au-dessus des partis que celui qui tire sa force de soi, et non de la multitude, celui qui n'essaie pas de s'appuyer sur des majorités anarchiques, mais qui s'impose à tous par les services rendus: général victorieux, dictature de Salut public, suprématie de l'intelligence... Que sais-je? Cela ne dépend pas de nous. Il faut que l'occasion naisse, et les hommes qui sachent la saisir; il faut du bonheur et du génie. Attendons et espérons! Les forces sont là: forces de la foi, de la science, du travail de la vieille France et de la France nouvelle, de la plus grande France... Quelle poussée ce serait, si le mot était dit, le mot magique qui lancerait toutes ces forces unies! Ce mot, ce n'est ni toi, ni moi, qui pouvons le dire. Qui le dira? La victoire, la gloire?... Patience! L'essentiel, c'est que tout ce qui est fort dans la race se recueille, ne se détruise pas, ne se décourage pas avant l'heure. Bonheur et génie ne viennent qu'aux peuples qui ont su les mériter par des siècles de patience, de labeur et de foi.

—Qui sait? dit Christophe. Ils viennent souvent plus tôt qu'on ne croit,—au moment où on les attend le moins. Vous tablez trop sur les siècles. Préparez-vous! Ceignez vos reins! Ayez toujours vos souliers à vos pieds et votre bâton en votre main... Car vous ne savez pas si le Seigneur ne passera point devant la porte, cette nuit.

Il passa bien près, cette nuit. L'ombre de son aile toucha le seuil de la maison.

À la suite d'événements insignifiants en apparence, les relations entre la France et l'Allemagne s'étaient brusquement aigries. En trois jours, on en vint des rapports habituels de bon voisinage au ton provocant qui précède la guerre. Cela ne pouvait surprendre que ceux qui vivaient dans l'illusion que la raison gouverne le monde. Mais ils étaient nombreux en France; et ce fut chez beaucoup une stupeur de voir, du jour au lendemain, se déchaîner la violence gallophobe de la presse d'outre-Rhin. Certaines de ces feuilles qui, dans les deux pays, s'arrogent le monopole du patriotisme, parlent au nom de la nation, et dictent à l'État, parfois avec la complicité secrète de l'État, la politique qu'il doit suivre, lançaient à la France des ultimatum outrageants. Un conflit s'était élevé entre l'Allemagne et l'Angleterre; et l'Allemagne n'accordait pas à la France le droit de n'y pas prendre parti; ses insolents journaux la sommaient de se déclarer pour l'Allemagne, ou sinon menaçaient de lui faire payer les premiers frais de la guerre; ils prétendaient arracher son alliance par la peur, et la traitaient d'avance en vassale battue et contente,—pour tout dire, en Autriche. On reconnaissait là l'orgueilleuse démence de l'impérialisme allemand, soûl de ses victoires, et l'incapacité totale de ses hommes d'État à comprendre les autres races, en leur appliquant à toutes la même commune mesure qui fait loi pour eux: la force, raison suprême. Naturellement, sur une vieille nation, riche de siècles de gloire et de suprématie sur l'Europe, que l'Allemagne n'avait jamais connus, cette brutale sommation avait l'effet contraire à celui que l'Allemagne en attendait. Elle faisait cabrer son orgueil assoupi; la France frémissait, delà base à la cime; et les plus indifférents en criaient de colère.

La masse de la nation allemande n'était pour rien dans ces provocations: les braves gens de tous les pays ne demandent qu'à vivre en paix; et ceux d'Allemagne sont particulièrement pacifiques, affectueux, désireux d'être en bons termes avec tous, plus portés à admirer les autres et à les imiter qu'à les combattre. Mais on ne demande pas leur avis aux braves gens; et ils ne sont pas assez hardis pour le donner. Ceux qui n'ont pas pris la virile habitude de l'action publique sont fatalement condamnés à en être les jouets. Ils sont l'écho éclatant et stupide, qui répercute les cris hargneux de la presse et les défis des chefs, et qui en fait la Marseillaise ou la Wacht am Rhein.

C'était un coup terrible pour Christophe et Olivier. Ils étaient si habitués à s'aimer qu'ils ne concevaient plus pourquoi leurs pays ne faisaient pas de même. Les raisons de cette hostilité persistante, brusquement réveillée, leur échappaient à tous deux, et surtout à Christophe, qui, en sa qualité d'Allemand, n'avait aucun motif d'en vouloir à un peuple, que son peuple avait vaincu. Il était choqué de l'insupportable orgueil de quelques-uns de ses compatriotes; il s'associait, dans une certaine mesure, à l'indignation des Français contre cette sommation à la Brunswick; mais il ne comprenait pas bien pourquoi la France ne se prêtait pas, après tout, à devenir l'alliée de l'Allemagne. Les deux pays lui semblaient avoir tant de raisons profondes d'être unis, tant de pensées communes, et de si grandes tâches à accomplir ensemble, qu'il se fâchait de les voir s'obstiner à ces rancunes stériles. Ainsi que tous les Allemands, il regardait la France comme la principale coupable du malentendu: car, s'il consentait à admettre qu'il fût pénible pour elle de rester sur le souvenir d'une défaite, il ne voyait pourtant là qu'une question d'amour-propre, qui devait s'effacer devant les intérêts plus hauts de la civilisation et de la France elle-même. Jamais il ne s'était donné la peine de réfléchir au problème de l'Alsace-Lorraine. À l'école, il avait appris à considérer l'annexion de ces pays comme un acte de justice, qui avait fait rentrer, après des siècles de sujétion étrangère, une terre allemande dans la patrie allemande. Aussi, tomba-t-il de son haut, quand il découvrit que son ami la regardait comme un crime. Il n'avait pas encore causé de ces choses avec lui, tant il était convaincu qu'ils étaient d'accord; et maintenant, il voyait Olivier, dont il savait la bonne foi et la liberté d'intelligence, lui dire, sans passion, sans colère, avec une tristesse profonde, qu'un grand peuple pouvait bien renoncer à se venger d'un tel crime, mais qu'il ne pouvait y souscrire sans se déshonorer.

Ils eurent beaucoup de peine à se comprendre. Les raisons historiques qu'Olivier alléguait des droits de la France à revendiquer l'Alsace comme une terre latine, ne firent aucune impression sur Christophe; il en existait d'aussi fortes pour prouver le contraire: l'histoire fournit à la politique tous les arguments dont elle a besoin, pour la cause qu'il lui plaît.—Christophe fut beaucoup plus touché par le côté, non plus seulement français, mais humain, du problème. Les Alsaciens étaient-ils ou non Allemands, là n'était pas la question. Ils ne voulaient pas l'être; et cela seul comptait. Qui donc a le droit de dire: «Ce peuple est à moi: car il est mon frère»? Si son frère le renie, quand ce serait à tort, le tort retombe sur celui qui ne sut pas se faire aimer, et qui n'a aucun droit à prétendre l'attacher à son sort. Après quarante ans de violences, de vexations brutales ou déguisées, et même de services réels, rendus par l'exacte et intelligente administration allemande, les Alsaciens persistaient a ne pas vouloir être Allemands. Et, quand leur volonté lassée eût fini par céder, rien ne pouvait effacer les souffrances des générations contraintes à s'exiler de la terre natale, ou, plus douloureusement encore, ne pouvant en partir et contraintes à y subir un joug qui leur était odieux, le vol de leur pays et l'asservissement de leur peuple.

Christophe avouait naïvement qu'il n'avait jamais envisagé cet aspect de la question; et il ne laissait pas d'en être troublé. Un honnête Allemand apporte à la discussion une bonne foi, que n'a pas toujours l'amour-propre passionné d'un Latin, si sincère qu'il soit. Christophe ne pensait pas à s'autoriser de l'exemple des crimes semblables qui avaient été accomplis, à toutes les époques de l'histoire, par toutes les nations. Il avait trop d'orgueil pour chercher ces excuses humiliantes; il savait qu'à mesure que l'humanité s'élève, ses crimes sont plus odieux, car ils sont entourés de plus de lumière. Mais il savait aussi que si la France était victorieuse à son tour, elle ne serait pas plus modérée dans la victoire que ne l'avait été l'Allemagne, et qu'à la chaîne des crimes s'ajouterait un anneau. Ainsi s'éterniserait le conflit tragique, où le meilleur de la civilisation européenne menaçait de se perdre.

Si angoissante que fût la question pour Christophe, elle l'était plus encore pour Olivier. Ce n'était pas assez de la tristesse d'une lutte fratricide entre les deux nations les mieux faites pour s'associer. En France même, une partie de la nation s'apprêtait à lutter contre l'autre partie. Depuis des années, les doctrines pacifistes et antimilitaristes se répandaient, propagées à la fois par les plus nobles et les plus vils de la nation. L'État les avait longtemps laissé faire, avec le dilettantisme énervé qu'il apportait à tout ce qui ne touchait point à l'intérêt immédiat des politiciens; et il ne pensait pas qu'il y aurait eu moins de danger à soutenir franchement la doctrine la plus dangereuse, qu'à la laisser cheminer dans les veines de la nation et y ruiner la guerre, tandis qu'on la préparait. Cette doctrine parlait aux libres intelligences, qui rêvaient de fonder une Europe fraternelle, unissant ses efforts, en vue d'un monde plus juste et plus humain. Et elle parlait aussi au lâche égoïsme de la racaille, qui ne voulait point risquer sa peau, pour qui que ce fût, pour quoi que ce fût.—Ces pensées avaient atteint Olivier et beaucoup de ses amis. Une ou deux fois, Christophe avait assisté, dans sa maison, à des entretiens qui l'avaient stupéfié. Le bon Mooch, qui était farci d'illusions humanitaires, disait, les yeux brillants, avec une grande douceur, qu'il fallait empêcher la guerre, et que le meilleur moyen était d'exciter les soldats à la révolte: qu'ils tirent sur leurs chefs! Il se faisait fort d'y réussir. L'ingénieur Elie Elsberger lui répondait, avec une froide violence, que, si la guerre éclatait, lui et ses amis ne partiraient pas pour la frontière, avant d'avoir réglé leur compte aux ennemis intérieurs. André Elsberger prenait le parti de Mooch. Christophe tomba, un jour, dans une scène terrible entre les deux frères. Ils se menaçaient l'un l'autre de se faire fusiller. Malgré le ton de plaisanterie qui faisait passer ces paroles meurtrières, on avait le sentiment qu'ils ne disaient rien qu'ils ne fussent décidés à accomplir. Christophe considérait avec étonnement cette absurde nation, qui est toujours prête à se suicider pour des idées... Des fous. Des fous logiques. Chacun ne voit que son idée, et veut aller jusqu'au bout, sans se déranger d'un pas. Et, naturellement, ils s'annihilent l'un l'autre. Les humanitaristes font la guerre aux patriotes. Les patriotes font la guerre aux humanitaristes. Pendant ce temps, l'ennemi vient, et écrase à la fois la patrie et l'humanité.

—Mais enfin, demandait Christophe à André Elsberger, vous êtes-vous entendus avec les prolétaires des autres peuples?

—Il faut bien que quelqu'un commence. Ce sera nous. Nous avons toujours été les premiers. À nous de donner le signal!

—Et si les autres ne marchent pas?

Ils marcheront.

—Avez-vous des traités, un plan tracé d'avance?

—Pas besoin de traités! Notre force est supérieure à toutes les diplomaties.

—Ce n'est pas une question d'idéologie, mais de stratégie. Si vous voulez tuer la guerre, prenez à la guerre ses méthodes. Dressez votre plan d'opérations dans les deux pays. Convenez des mouvements, à telle date, en France et en Allemagne, de vos troupes alliées. Mais si vous vous en remettez au hasard, que voulez-vous qu'il en advienne? Le hasard d'un côté, d'énormes forces organisées de l'autre,—le résultat est certain: vous serez écrasés.

André Elsberger n'écoutait pas. Il haussait les épaules et se contentait de menaces vagues: il suffisait, disait-il, d'une poignée de sable au bon endroit, dans l'engrenage, pour briser la machine.

Mais autre chose est de discuter à loisir, d'une façon théorique, ou d'avoir à mettre ses pensées en pratique, surtout quand il faut prendre parti sur-le-champ... Heure poignante, où passe au fond des cœurs la houle! On croyait être libre, maître de sa pensée. Et voici qu'on se sent entraîné, malgré soi. Une obscure volonté veut contre votre volonté. Et l'on découvre alors le Maître inconnu, cette Force invisible, dont les lois gouvernent l'Océan humain...

Les intelligences les plus fermes, les plus sûres de leur foi, la voyaient se dissoudre, vacillaient, tremblaient de se décider, et souvent, à leur surprise, se décidaient dans un autre sens que celui qu'elles avaient prévu. Certains des plus ardents à combattre la guerre sentaient se réveiller, avec une soudaine violence, l'orgueil et la passion de la patrie. Christophe voyait des socialistes, et jusqu'à des syndicalistes révolutionnaires, qui étaient écartelés entre ces passions et ces devoirs ennemis. Dans les premières heures du conflit où il ne croyait pas encore au sérieux de l'affaire, il dit à André Elsberger, avec la maladresse allemande, que c'était le moment d'appliquer ses théories, s'il ne voulait pas que l'Allemagne prît la France. L'autre bondit, et répondit avec colère:

—Essayez un peu!... Bougres, qui n'êtes pas foutus de museler votre empereur et de secouer le joug, malgré votre sacro-saint Parti socialiste, avec ses quatre cent mille adhérents, et ses trois millions d'électeurs!... Nous nous en chargeons, nous autres! Prenez-nous! Nous vous prendrons...

À mesure que l'attente se prolongeait, la fièvre couvait chez tous. André était torturé. Savoir qu'une foi est vraie, et qu'on ne peut la défendre! Et se sentir atteint par cette épidémie morale, qui propage dans les peuples la puissante folie des pensées collectives, le souffle de la guerre! Elle travaillait tous ces hommes qui entouraient Christophe, et Christophe lui-même. Ils ne se parlaient plus. Ils se tenaient à l'écart les uns des autres.

Mais il était impossible de rester longtemps dans cette incertitude. Le vent de l'action rejetait, bon gré, mal gré, les irrésolus dans l'un ou l'autre parti. Et un jour, où l'on se crut à la veille de l'ultimatum,—où, dans les deux pays, tous les ressorts de l'action se tenaient bandés, prêts au meurtre, Christophe s'aperçut que tous avaient choisi. Tous les partis ennemis, d'instinct, se rangeaient autour du pouvoir haï, ou méprisé, qui représentait la France. Les esthètes, les maîtres de l'art dépravé, intercalaient dans leurs nouvelles polissonnes des professions de foi patriotiques. Les Juifs parlaient de défendre le sol sacré des ancêtres. Au seul nom du drapeau, Hamilton avait la larme à l'œil. Et tous étaient sincères, tous étaient pris par la contagion. André Elsberger et ses amis syndicalistes, autant que les autres,—plus que les autres: écrasés par la nécessité des choses, obligés à un parti qu'ils détestaient, ils s'y déterminaient avec une fureur sombre, une rage pessimiste, qui faisait d'eux des instruments forcenés pour la tuerie. L'ouvrier Aubert, tiraillé entre son humanitarisme appris et son chauvinisme instinctif, avait failli en perdre la tête. Après plusieurs nuits blanches, il avait fini par trouver une formule qui arrangeait tout: c'était que la France incarnait l'humanité. Depuis, il ne causait plus avec Christophe. Presque tous, dans la maison, lui avaient fermé leur porte. Même les excellents Arnaud ne l'invitaient plus. Ils continuaient à faire de la musique, à s'entourer d'art; ils tâchaient d'oublier la préoccupation commune. Mais ils y pensaient toujours. Chacun d'eux isolément, quand il rencontrait Christophe, lui serrait affectueusement la main, mais avec hâte, en se cachant. Et, dans la même journée, si Christophe les revoyait ensemble, ils passaient sans s'arrêter, en le saluant, gênés. En revanche, des gens qui ne se parlaient plus depuis des années, se rapprochaient soudain. Un soir, Olivier fit signe à Christophe de venir près de la fenêtre, et il lui montra, dans le jardin d'en bas, les Elsberger qui causaient avec le commandant Chabran.

Christophe ne songeait pas à s'étonner de cette révolution dans les esprits. Il était assez occupé du sien. Il s'y faisait un bouleversement qu'il ne parvenait pas à maîtriser. Olivier, qui aurait eu plus de raisons de s'agiter, était plus calme que lui. Il était le seul qui semblât rester à l'abri de la contagion. Si oppressé qu'il fût par l'attente de la guerre prochaine et la crainte des déchirements intérieurs, qu'il prévoyait malgré tout, il savait la grandeur des deux fois ennemies, qui tôt ou tard allaient se livrer bataille; il savait aussi que c'est le rôle de la France d'être le champ d'expériences pour le progrès humain, et que les idées nouvelles ont besoin, pour fleurir, d'être arrosées de son sang. Pour lui, il se refusait à prendre parti dans la mêlée. Dans cet entrégorgement de la civilisation, il eût redit la devise d'Antigone: «Je suis fait pour l'amour, et non pas pour la haine.»—Pour l'amour, et pour l'intelligence, qui est une autre forme de l'amour. Sa tendresse pour Christophe eût suffi à lui éclairer son devoir. À cette heure où des millions d'êtres s'apprêtaient à se haïr, il sentait que le devoir, ainsi que le bonheur, de deux âmes comme la sienne et celle de Christophe, était de garder leur amour et leur raison intacts, dans la tourmente. Il se souvenait de Gœthe, refusant de s'associer au mouvement de haine libératrice, qui lançait en 1813 l'Allemagne contre la France.

Christophe sentait tout cela; et pourtant, il n'était point tranquille. Lui, qui avait en quelque sorte déserté d'Allemagne, qui n'y pouvait rentrer, lui qui était nourri de la pensée Européenne des grands Allemands du XVIIIe siècle, chers à son vieil ami Schulz, et qui détestait l'esprit de l'Allemagne nouvelle, militariste et mercantile, il entendait se lever en lui une bourrasque de passions; et il ne savait pas de quel côté elle allait l'entraîner. Il ne le disait pas à Olivier; mais il passait ses journées dans l'angoisse, à l'affût des nouvelles. Secrètement, il rassemblait ses affaires, préparait sa valise. Il ne raisonnait pas. C'était plus fort que lui. Olivier l'observait avec inquiétude, devinant le combat qui se livrait en son ami; et il n'osait l'interroger. Ils éprouvaient le besoin de se rapprocher plus encore que d'habitude, ils s'aimaient plus que jamais; mais ils craignaient de se parler; ils tremblaient de découvrir entre eux une différence de pensée, qui les eût divisés. Souvent, leurs yeux se rencontraient, avec une expression de tendresse inquiète, comme s'ils étaient à la veille d'une séparation éternelle. Et ils se taisaient, oppressés.

Cependant, sur le toit de la maison en construction, de l'autre côté de la cour, pendant ces tristes jours, sous des rafales de pluie, les ouvriers, donnaient les derniers coups de marteau; et l'ami de Christophe, le couvreur bavard, lui criait de loin, en riant:

—V'là toujours ma maison finie!

L'orage passa, par bonheur, aussi vite qu'il était venu. Des notes officieuses de chancellerie annoncèrent, comme le baromètre, le retour du beau temps. Les chiens hargneux de la presse furent rentrés au chenil. En quelques heures, les âmes se détendirent. C'était un soir d'été. Christophe, hors d'haleine, venait de rapporter la bonne nouvelle à Olivier. Il respirait, heureux. Olivier le regardait, souriant, un peu triste. Et il n'osait pas lui poser la question qu'il avait sur le cœur. Il dit:

—Eh bien, tu les as vus unis, tous ces gens qui ne pouvaient s'entendre?

—Je les ai vus, dit Christophe, de bonne humeur. Vous êtes des farceurs! Vous criez tous les uns contre les autres. Au fond, vous êtes tous d'accord.

—On dirait, dit Olivier, que tu en es content?

—Pourquoi pas? Parce que cette union se fait à mes dépens?... Bah! Je suis assez fort... Et puis, c'est bon, de sentir ce torrent qui nous emporte, ces démons réveillés dans le cœur.

—Ils m'épouvantent, dit Olivier. J'aime mieux la solitude éternelle que l'union de mon peuple, à ce prix.

Ils se turent; et ni l'un ni l'autre n'osait aborder le sujet qui les troublait. Enfin, Olivier fit un effort, et, la gorge serrée, il dit:

—Dis-moi franchement, Christophe: tu allais partir?

Christophe répondit:

—Oui.

Olivier était sûr de la réponse. Et pourtant, il en eut un coup au cœur. Il dit:

—Christophe, tu aurais pu...!

Christophe se passa la main sur le front, et dit:

—Ne parlons plus de cela, je ne veux plus y penser.

Olivier répétait douloureusement:

—Tu te serais battu contre nous?

—Je ne sais pas, je ne me suis pas demandé.

—Mais dans ton cœur, tu avais pris parti?

Christophe dit:

—Oui.

—Contre moi?

—Jamais contre toi. Tu es mien. Où je suis, tu es avec moi.

—Mais contre mon pays?

—Pour mon pays.

—C'est une chose terrible, dit Olivier. J'aime mon pays, comme toi. J'aime ma chère France; mais puis-je tuer mon âme pour elle? Puis-je pour elle trahir ma conscience? Ce serait la trahir elle-même. Comment pourrais-je haïr, sans haine, ou jouer, sans mensonge, la comédie de la haine? L'État moderne a commis un crime odieux,—un crime qui l'écrasera,—le jour où il a prétendu lier à sa loi d'airain la libre Église des esprits, dont l'essence est de comprendre et d'aimer. Que César soit César, mais qu'il ne prétende pas être Dieu! Qu'il nous prenne notre argent, nos vies: il n'a pas droit sur nos âmes; il ne les ensanglantera point. Nous sommes venus en ce monde pour répandre la lumière, non pour l'éteindre. À chacun son devoir! Si César veut la guerre, que César ait des armées pour la faire, des armées comme jadis, dont la guerre était le métier! Je ne suis pas assez sot pour perdre mon temps à gémir en vain contre la force. Mais je ne suis pas de l'armée de la force. Je suis de l'armée de l'esprit; avec des milliers de frères, j'y représente la France. Que César conquière la terre, s'il veut! Nous conquérons la vérité.

—Pour conquérir, dit Christophe, il faut vaincre, il faut vivre. La vérité n'est pas un dogme dur, secrété par le cerveau, comme une stalactite par les parois d'une grotte. La vérité, c'est la vie. Ce n'est pas dans votre tête que vous devez la chercher. C'est dans le cœur des autres. Unissez-vous à eux. Pensez tout ce que vous voudrez, mais prenez chaque jour un bain d'humanité. Il faut vivre de la vie de autres, et subir, et aimer son destin.

—Notre destin est d'être ce que nous sommes. Il ne dépend pas de nous de penser, ou de ne pas penser, même s'il y a danger à le faire. Nous, sommes arrivés à un degré de civilisation, d'où nous ne pouvons plus retourner en arrière.

—Oui, vous êtes parvenus à l'extrême rebord du plateau, à cet endroit critique où un peuple ne peut atteindre, sans être pris du désir de se jeter en bas. Religion et instinct se sont affaiblis chez vous. Vous n'êtes plus qu'intelligence. Casse-cou! La mort vient.

—Elle, vient pour tous les peuples: c'est une affaire de siècles.

—Vas-tu faire fi des siècles? La vie tout entière est une affaire de jours. Il faut être de sacrés diables d'abstracteurs, pour se placer dans l'absolu, au lieu d'étreindre l'instant qui passe.

—Que veux-tu? La flamme brûle la torche; On ne peut pas être et avoir été, mon pauvre Christophe.

—Il faut être.

—C'est une grande chose d'avoir été quelque chose de grand.

—Ce n'est une grande chose qu'à condition qu'il y ait encore, pour l'apprécier, des hommes qui vivent et qui soient grands.

—N'aimerais-tu pas mieux, avoir été les Grecs, qui sont morts, que d'être tant de peuples qui végètent aujourd'hui?

—J'aime mieux être Christophe vivant.

Olivier cessa de discuter. Ce n'était pas qu'il n'eût beaucoup à répondre; Mais cela ne l'intéressait point. Dans toute cette discussion, il ne pensait qu'à Christophe. Il dit, en soupirant:

—Tu m'aimes moins que je ne t'aime.

Christophe lui prit la main avec tendresse:

—Cher Olivier, dit-il, je t'aime plus que ma vie. Mais pardonne, je ne t'aime pas plus que la Vie, que le soleil de nos races. J'ai l'horreur de la nuit, où votre faux progrès m'attire. Toutes vos paroles de renoncement recouvrent le même abîme. L'action seule est vivante, même quand elle tue. Nous n'avons le choix, en ce monde, qu'entre la flamme qui dévore et la nuit. Malgré la douceur mélancolique des rêves qui précèdent le crépuscule, je ne veux pas de cette paix avant-coureur de la mort. Le silence des espaces infinis m'épouvante. Jetons de nouvelles brassées de bois sur le feu! Encore! Encore! Et moi avec, s'il le faut... Je ne veux pas que le feu s'éteigne. S'il s'éteint, c'est fait de nous, c'est fait de tout ce qui est.

—Je connais ta voix, dit Olivier; elle vient du fond de la barbarie du passé.

Il prit sur un rayon un livre de poètes hindous et il lut la sublime apostrophe du dieu Krichna:

«Lève-toi, et combats d'un cœur résolu. Indifférent au plaisir et à la douleur, au gain et à la perte, à la victoire et à la défaite, combats de toutes tes forces...

Christophe, lui arracha le livre des mains, et lut:

—... Je n'ai rien au monde qui me contraigne à agir: il n'est rien qui ne soit à moi; et pourtant je ne déserte point l'action. Si je n'agissais pas, sans trêve ni relâche, donnant aux hommes l'exemple qu'il leur faut suivre, tous les hommes périraient. Si je cessais un seul instant d'agir, je plongerais le monde dans le chaos, et je serais le meurtrier de la vie.»

—La vie, répétai Olivier, qu'est-ce que la vie?

—Une tragédie, fit Christophe. Hourrah!

La houle s'effaçait. Tous se hâtaient d'oublier, avec une peur secrète. Aucun ne semblait plus se souvenir de ce qui s'était passé. On s'apercevait pourtant qu'ils y pensaient encore, à la joie avec laquelle ils s'étaient repris à la vie, à la bonne vie quotidienne, dont on ne sent tout le prix que lorsqu'elle est menacée. Comme après chaque danger, on faisait les bouchées doubles.

Christophe s'était rejeté dans la création, avec un entrain décuplé. Il y entraînait avec lui Olivier. Ils s'étaient mis à composer ensemble, par réaction contre les pensées sombres, une épopée Rabelaisienne. Elle était empreinte de ce robuste matérialisme, qui suit les périodes de compression morale. Aux héros légendaires,—Gargantua, frère Jean, Panurge,—Olivier avait ajouté, sous l'inspiration de Christophe, un personnage nouveau, le paysan Patience, naïf, madré, rusé, rossé, volé, se laissant faire,—sa femme baisée, ses champs pillés, se laissant faire,—jamais lassé de cultiver sa terre,—forcé d'aller en guerre, recevant tous les coups, se laissant faire,—attendant, s'amusant des exploits de ses maîtres, des coups qu'il endossait, se disant: «Cela ne durera point toujours», prévoyant la culbute finale, la guettant du coin de l'œil, et déjà riant d'avance, de sa grande bouche muette. Un beau jour, en effet, Gargantua et frère Jean, en croisade, faisaient le plongeon. Patience les regrettait bonnement, se consolait gaiement, sauvait Panurge qui se noyait, et disait: «Je sais bien que tu me joueras encore des tours; mais je ne puis me passer de toi: tu soulages ma rate, tu me fais rire.»

Sur ce poème, Christophe composait des tableaux symphoniques avec chœurs, des batailles héroï-comiques, des kermesses effrénées, des bouffonneries vocales, des madrigaux à la Jannequin, d'une joie énorme et enfantine, une tempête sur la mer, l'Ile sonnante et ses cloches, et, pour finir, une symphonie pastorale, pleine de l'air des prairies, de l'allégresse des flûtes sereines et des hautbois, et de chants populaires.—Les deux amis travaillaient dans la jubilation. Le maigriot Olivier, aux joues pâles, prenait un bain de force. À travers leur mansarde, des trombes de joie passaient... Créer avec son cœur et le cœur de son ami! L'étreinte de deux amants n'est pas plus douce et plus ardente que cet accouplement de deux âmes amies. Elles avaient fini par se fondre si bien qu'il leur arrivait d'avoir les mêmes éclairs de pensée, à la fois. Ou bien Christophe écrivait la musique d'une scène, dont Olivier trouvait ensuite les paroles. Il l'emportait dans son sillage impétueux. Son esprit couvrait l'autre, et le fécondait.

Au bonheur de créer se joignait le plaisir de vaincre. Hecht venait de se décider à publier le David; et la partition, bien lancée, avait eu un retentissement immédiat, à l'étranger. Un grand kapellmeister wagnérien, ami de Hecht, établi en Angleterre, s'enthousiasma pour l'œuvre; il la donna, à plusieurs de ses concerts, avec un succès considérable, qui se répercuta, avec l'enthousiasme du kapellmeister, en Allemagne, où le David fut joué aussi. Le kapellmeister se mit en relations avec Christophe; il lui demanda d'autres ouvrages, il lui offrit ses services, il fit pour lui une propagande acharnée. On redécouvrit en Allemagne l'Iphigénie, qui y avait jadis été sifflée. On cria au génie. Les circonstances romanesques de la vie de Christophe ne contribuèrent pas peu à piquer l'attention. La Frankfurter Zeitung publia, la première, un article retentissant. D'autres suivirent. Alors, quelques-uns, en France, s'avisèrent qu'ils avaient chez eux un grand musicien. Un des directeurs de concerts de Paris demanda à Christophe son épopée Rabelaisienne, avant qu'elle fût finie; et Goujart, pressentant la célébrité prochaine, commença à parler, en termes mystérieux, d'un génie de ses amis, qu'il avait découvert. Il célébra dans un article l'admirable David,—ne se souvenant même plus qu'il lui avait consacré, dans un article de l'an passé, deux lignes injurieuses. Et personne autour de lui ne s'en souvenait davantage. Combien à Paris ont bafoué Wagner et Franck, qui les célèbrent aujourd'hui, pour écraser des artistes nouveaux, qu'ils célébreront demain!

Christophe ne s'attendait guère à ce succès. Il savait qu'il vaincrait, un jour; mais il ne pensait pas que ce jour dût être si prochain; et il se méfiait d'une réussite trop rapide. Il haussait les épaules, et disait qu'on le laissât tranquille. Il eût compris qu'on applaudit le David, l'année précédente, quand il levait écrit; mais maintenant, il en était loin, il avait gravi quelques échelons de plus. Volontiers, il eût dit aux gens qui lui parlaient de son ancienne œuvre:

—Laissez-moi tranquille avec cette ordure! Elle me dégoûte. Et vous aussi.

Et il se renfonçait dans son travail nouveau, avec un peu d'humeur d'en avoir été dérangé. Toutefois, il éprouvait une satisfaction secrète. Les premiers rayons de la gloire sont bien doux. Il est bon, il est sain de vaincre. C'est la fenêtre qui s'ouvre, et les premiers effluves du printemps, qui pénètrent dans la maison.—Christophe avait beau mépriser ses anciennes œuvres, et spécialement l'Iphigénie: ce n'en était pas moins une revanche, de voir cette misérable production, qui lui avait valu tant d'avanies, vantée par des critiques allemands et demandée par les théâtres. Une lettre venue de Dresde lui annonçait qu'on serait heureux de monter la pièce, pour la saison prochaine...

Le jour même où Christophe recevait cette nouvelle, qui lui faisait entrevoir enfin, après les années de misère, des horizons plus calmes et la victoire au loin, une autre lettre lui vint.

C'était l'après-midi. Il était en train de se débarbouiller, en causant gaiement avec Olivier, d'une chambre à l'autre, quand la concierge glissa sous la porte une enveloppe. L'écriture de sa mère... Justement, il se disposait à lui écrire; il se réjouissait de lui apprendre son succès... Il ouvrit la lettre. Quelques lignes... Comme l'écriture était tremblée!...

«Mon cher garçon, je ne vais pas très bien. Si ça était possible, je voudrais bien te voir encore une fois. Je t'embrasse.

Maman.»

Christophe poussa un gémissement. Olivier accourût, effrayé. Christophe, ne pouvant parler, lui montra la lettre sur la table. Il continuait de gémir, sans écouter Olivier qui, d'un coup d'œil, avait lu, et essayait de de rassurer. Il courut à son lit, sur lequel il avait déposé son veston, se rhabilla précipitamment, et, sans attacher son faux col,—(ses doigts tremblaient)—il sortit. Olivier le rattrapa sur l'escalier: que voulait-il? Partir par le premier train? Il n'y en avait pas avant le soir. Il valait mieux attendre ici qu'à da gare. Avait-il seulement l'argent nécessaire?—Ils fouillèrent leurs poches, et, en réunissant tout ce qu'ils possédaient, ils ne trouvèrent qu'une trentaine de francs. On était en septembre. Hecht, les Arnaud, tous les amis, étaient loin de Paris. Personne à qui s'adresser. Christophe, hors de lui, parlait de faire une partie de la route à pied. Olivier le pria d'attendre une heure; il promit de trouver la somme. Christophe le laissa faire; il était incapable d'avoir une idée. Olivier courut au mont-de-piété: c'était la première fois qu'il y allait; il eût mieux aimé souffrir du dénuement que mettre en gage un de ces objets, qui tous lui rappelaient quelque cher souvenir; mais il s'agissait de Christophe, et il n'y avait pas de temps à perdre. Il déposa sa montre, sur laquelle on lui avança une somme bien inférieure à ce qu'il attendait. Il lui fallut remonter chez lui, prendre quelques-uns de ses livres, et les porter à un bouquiniste. C'était douloureux; mais il y songeait à peine en ce moment: le chagrin de Christophe absorbait toutes ses pensées. Il revint et retrouva Christophe, à la place où il l'avait laissé, dans un état de prostration. Jointe aux trente francs qu'ils avaient, la somme réunie par Olivier était plus que suffisante. Christophe était trop accablé pour se demander comment son ami se l'était procurée, et s'il gardait assez d'argent pour vivre, en son absence. Olivier n'y pensait pas plus que lui; il avait remis à Christophe tout ce qu'il avait. Il lui fallut s'occuper de Christophe, comme d'un enfant. Il le conduisit à la gare, et ne le quitta qu'au moment où le train se mit en marche.

Dans la nuit, où il s'enfonçait, Christophe, les yeux grands ouverts, regardait devant lui, et il pensait:

—Arriverai-je à temps?

Il savait bien que, pour que sa mère lui eût écrit de venir, il fallait qu'elle ne pût plus attendre. Et sa fièvre éperonnait la course trépidante du rapide. Il se reprochait amèrement d'avoir quitté Louisa. Et en même temps, il sentait que ces reproches étaient vains: il n'était pas le maître de changer le cours des choses.

Cependant, le bercement monotone des roues et des ressauts du wagon l'apaisait peu à peu, maîtrisait son esprit, comme les flots soulevés d'une musique, qu'un puissant rythme endigue. Il revoyait tout son passé, depuis les rêves de la lointaine enfance: amours, espoirs, déceptions, deuils, et cette force exultante, cette ivresse de souffrir, de jouir, et de créer, cette allégresse d'étreindre la vie lumineuse et ses ombres sublimes, qui était l'âme de son âme, le Dieu caché. Tout s'éclairait pour lui, maintenant, à distance. Le tumulte de ses désirs, le trouble de ses pensées, ses fautes, ses erreurs, ses combats acharnés, lui apparaissaient comme les remous et les tourbillons, qu'emporte le grand courant vers son but éternel. Il découvrait le sens profond de ces années d'épreuves: à chaque épreuve, c'était une barrière, que le fleuve grossissant brisait; il passait d'une étroite vallée à une autre plus vaste, qu'il remplissait tout entière; la vue devenait plus large, l'air devenait plus libre. Entre les coteaux de France et la plaine allemande, le fleuve s'était frayé passage, débordant sur les prés, rongeant la base des collines, ramassant, absorbant les eaux des deux pays. Ainsi, il coulait entre eux, non pour les séparer, mais afin de les unir; ils se mariaient en lui. Et Christophe prit conscience, pour la première fois, de son destin, qui était de charrier, comme une artère, dans les peuples ennemis, toutes les forces de vie de l'une et l'autre rives.—Étrange sérénité, calme et clarté soudains, qui lui apparaissaient, à l'heure la plus sombre... Puis, la vision se dissipa; et, seule, reparut la figure douloureuse et tendre de la vieille maman.

L'aube s'annonçait à peine, lorsqu'il arriva dans la petite ville allemande. Il lui fallait prendre garde de n'être pas reconnu; car il était toujours sous le coup d'un mandat d'arrêt. Mais, à la gare, nul ne fit attention à lui: la ville dormait; les maisons étaient fermées, et les rues désertes: c'était l'heure grise, où s'éteignent les lumières de la nuit, et où celle du jour n'est pas encore venue,—où le sommeil est le plus doux, et où les rêves s'éclairent de la pâleur de l'Orient. Une petite servante ouvrait les volets d'une boutique, en chantant un vieux lied. Christophe faillit suffoquer d'émotion. Ô patrie! Bien-aimée!... Il eût voulu baiser la terre. En écoutant l'humble chant qui lui fondait le cœur, il sentit combien il avait été malheureux loin d'elle, et combien il l'aimait... Il marchait, retenant son souffle. Quand il vit sa maison, il fut obligé de s'arrêter et de mettre sa main sur sa bouche, pour s'empêcher de crier. Comment allait-il trouver celle qui était là, qu'il avait abandonnée? Il reprit haleine, et courut presque, jusqu'à la porte. Elle était entr'ouverte. Il la poussa. Personne... Le vieil escalier de bois craquait sous ses pas. Il monta à l'étage au-dessus. La maison semblait vide. La porte de la chambre de sa mère était fermée.

Christophe, le cœur battant, mit la main sur la poignée. Et il n'avait pas la force d'ouvrir...

Louisa était seule, couchée, et se sentait finir. De ses deux autres fils, l'un, le commerçant, Rodolphe, s'était établi à Hambourg, l'autre, Ernst, était parti pour l'Amérique, et l'on ne savait ce qu'il était devenu. Personne ne s'occupait d'elle, qu'une voisine qui venait, deux fois par jour, voir ce dont Louisa avait besoin, restait quelques instants, et s'en retournait à ses affaires; elle n'était pas trop exacte, et tardait souvent à venir. Louisa trouvait tout naturel qu'on l'oubliât, comme elle trouvait tout naturel d'avoir mal. Elle était d'une patience angélique, étant habituée a souffrir. Elle avait le cœur malade, et des suffocations, pendant lesquelles elle croyait qu'elle allait mourir: les yeux dilatés, les mains crispées, la sueur coulant sur son visage. Elle ne se plaignait pas. Elle savait que ce devait être ainsi. Elle était prête; elle, avait déjà reçu les sacrements. Elle n'avait qu'une inquiétude: que Dieu ne la trouvât pas digne d'entrer dans son paradis. Tout le reste, elle l'acceptait avec patience.

Dans le cour obscur de son réduit, autour de l'oreiller, sur le mur de l'alcôve, elle; avait fait un sanctuaire de ses souvenirs; elle avait réuni les images de ceux qui lui étaient chers: celles de ses trois petits, celle de son mari, pour le souvenir de qui elle avait conservé son amour des premiers temps, celles du vieux grand-père, et de son frère, Gottfried: elle gardait un attachement touchant pour tous ceux qui avaient été bons, si peu que ce fût, pour elle. Elle avait épinglé sur le drap de son lit, tout près de son visage, la dernière photographie que Christophe lui avait, envoyée; et ses dernières lettres étaient sous l'oreiller. Elle avait l'amour de l'ordre et de la propreté méticuleuse; elle souffrait de ce que tout, dans sa chambre, ne fût pas parfaitement rangé. Elle s'intéressait aux petits bruits du dehors, qui marquaient pour elle les divers moments du jour. Il y avait si longtemps qu'elle les entendait! Toute sa vie passée dans cet étroit espace... Elle pensait à son cher Christophe. Quel immense désir elle avait qu'il fût là, près d'elle, en ce moment! Et pourtant, même à ce qu'il ne fût pas là elle était résignée. Elle était sûre de le revoir là-haut. Elle n'avait qu'à fermer les yeux pour le voir déjà. Elle passait des journées, assoupie, au milieu du passé...

Elle se retrouvait dans l'ancienne maison, au bord du Rhin... Jour de fête... Un superbe jour d'été. La fenêtre était ouverte: sur la route blanche, le soleil. On entendait les oiseaux qui chantaient. Melchior et le grand-père, assis devant la porte, fumaient en causant et riant très fort. Louisa ne les voyait pas; mais elle se réjouissait que son mari fût à la maison, ce jour-là, et que le grand-père fût de bonne humeur. Elle était dans la pièce du bas, et préparait le dîner: un dîner excellent; elle le veillait comme la prunelle de ses yeux; il y avait une surprise: un gâteau aux marrons; elle jouissait d'avance des cris de joie du petit... Le petit, où était-il? Là haut: elle l'entendait, il étudiait son piano. Elle ne comprenait pas ce qu'il jouait, mais c'était un bonheur pour elle d'entendre ce petit gazouillement familier, de savoir qu'il était là, bien sagement assis... Quelle belle journée! Les grelots joyeux d'une voiture passaient sur le chemin... Ah! mon Dieu! Et le rôti! Pourvu qu'il ne fût pas brûlé, tandis qu'elle regardait par la fenêtre! Elle tremblait que le grand-père, qu'elle aimait tant, et qui l'intimidait, ne fût pas content, qu'il lui fît des reproches... Grâce à Dieu, il n'y avait aucun mal. Voilà, tout était prêt, et la table était servie. Elle appelait Melchior et le grand-père. Ils répondaient avec entrain. Et le petit?... Il ne jouait plus. Depuis un moment, son piano s'était tu, sans qu'elle l'eût remarqué...—«Christophe!»... Que faisait-il? On n'entendait aucun bruit. Toujours il oubliait de descendre pour le dîner: le père allait le gronder encore. Elle montait précipitamment l'escalier...—«Christophe!»... Il se taisait. Elle ouvrait la porte de la chambre, où il travaillait. Personne. La chambre, vide; le piano, fermé... Louisa avait une angoisse. Qu'est-ce qu'il était devenu? La fenêtre était ouverte. Mon Dieu! s'il était tombé!... Louisa est bouleversée. Elle se penche pour regarder...—«Christophe!»... Il n'est nulle part. Elle parcourt toutes les chambres. D'en bas, le grand-père lui crie: «Viens donc, ne t'inquiète pas, il nous rejoindra toujours.» Elle ne veut pas descendre; elle sait qu'il est là: il se cache pour jouer, il veut la tourmenter. Ah! le méchant petit!... Oui, elle en est sûre maintenant, le plancher a craqué; il est derrière la porte. Mais la clef n'y est pas. La clef! Elle cherche précipitamment dans un tiroir, au milieu d'une quantité d'autres clefs. Celle-là, celle-là,... non, ce n'est pas cela... Ah! la voilà enfin!... Impossible de la faire entrer dans la serrure. La main de Louisa tremble. Elle se dépêche; il faut se dépêcher. Pourquoi? Elle ne sait pas; mais elle sait qu'il le faut: si elle ne se hâte point, elle n'aura plus le temps. Elle entend le souffle de Christophe derrière la porte... Ah! cette clef!... Enfin! La porte s'ouvre. Un cri joyeux. C'est lui. Il se jette à son cou... Ah! le méchant, le bon, le bien-aimé petit!...

Elle a ouvert les yeux. Il est là, devant elle.

Depuis un moment, il la regardait, si changée, le visage à la fois tiré et bouffi, une souffrance muette, que rendait plus poignante son sourire résigné; et ce silence, cette solitude autour... Il avait le cœur transpercé...

Elle le vit. Elle ne fut pas étonnée. Elle sourit d'un sourire ineffable. Elle ne pouvait ni lui tendre les bras, ni dire une seule parole. Il se jeta à son cou, il l'embrassa, elle l'embrassa; de grosses larmes coulaient sur ses joues. Elle dit tout bas:

—Attends...

Il vit qu'elle suffoquait.

Ils ne firent aucun mouvement. Elle lui caressait la tête avec ses mains; et ses larmes continuaient de couler. Il lui baisait les mains, sanglotant, la figure, cachée dans les draps.

Quand son angoisse fut passée, elle essaya de parler. Mais elle ne parvenait plus à trouver ses mots; elle se trompait, et il avait peine à comprendre. Qu'est-ce que cela faisait? Ils s'aimaient, ils se voyaient, ils se touchaient: c'était l'essentiel.—Il demanda avec indignation pourquoi on la laissait seule. Elle excusa la garde:

—Elle ne pouvait pas toujours être là: elle avait son travail...

D'une voix faible, entrecoupée, qui ne parvenait pas à articuler toutes les syllabes, elle fit hâtivement une petite recommandation au sujet de sa tombe. Elle chargea Christophe de sa tendresse pour ses deux autres fils, qui l'avaient oubliée. Elle eut un mot aussi pour Olivier, dont elle savait l'affection pour Christophe. Elle pria Christophe de lui dire qu'elle lui envoyait sa bénédiction—(elle se reprit bien vite, timidement, pour employer une formule plus humble)—«sa respectueuse affection»...

Elle suffoqua de nouveau. Il lai soutint assise sur son lit. La sueur coulait sur son visage. Elle se forçait à sourire. Elle se disait qu'elle n'avait plus rien à demander au monde, maintenant qu'elle avait la main dans la main de son fils.

Et Christophe sentit brusquement cette main se crisper dans la sienne. Louisa ouvrit la bouche. Elle regarda son fils, avec une tendresse infinie.—Et elle passa.

Le soir du même jour, Olivier arriva. Il n'avait pu supporter la pensée de laisser Christophe seul, à ces heures tragiques, dont il n'avait que trop l'expérience. Il redoutait aussi les dangers auxquels son ami s'exposait, en retournant en Allemagne. Il voulait être là, afin de veiller sur lui. Mais l'argent lui manquait, pour le rejoindre. Au retour de la gare, où il avait accompagné Christophe, il décida de vendre quelques bijoux qui lui restaient de sa famille. Comme le mont-de-piété était fermé, à cette heure, et qu'il voulait partir par le premier train, il allait chez un brocanteur du quartier, lorsque dans l'escalier il rencontra Mooch. Mis au courant de ses intentions, Mooch manifesta un vif chagrin qu'Olivier ne se fût pas adressé à lui; et il le força à accepter de lui la somme nécessaire. Il ne se consolait pas de penser qu'Olivier avait mis sa montre en gage et vendu ses livres, pour payer le voyage de Christophe, quand il eût été si heureux de rendre service. Dans son zèle à leur venir en aide, il proposa même à Olivier de l'accompagner auprès de Christophe. Olivier eut grand'peine à l'en dissuader.

L'arrivée d'Olivier fut un bienfait pour Christophe. Il avait passé la journée dans l'accablement, seul avec sa mère endormie. La garde était venue, avait rendu quelques soins, et puis était partie, et n'était plus revenue. Les heures s'étaient écoulées, dans une immobilité funèbre. Christophe ne bougeait pas plus que la morte; il ne la quittait point des yeux; il ne pleurait pas, il ne pensait pas, lui-même était un mort.—Le miracle d'amitié, accompli par Olivier, ramena en lui les larmes et la vie.

Getrost! Es ist der Schmerzen werth die Leben,
So lang...
... mit uns ein treues Auge weint.

(«Courage! Aussi longtemps que deux yeux fidèles pleurent avec nous, la vie vaut de souffrir.»)

Ils s'embrassèrent longuement. Puis, ils s'assirent auprès de Louisa, et causèrent à voix basse... La nuit... Christophe, accoudé au pied du lit, racontait au hasard des souvenirs d'enfance, où revenait toujours l'image de la maman. Il se taisait, pendant quelques minutes, et puis il reprenait. Jusqu'à ce qu'il se tut tout à fait, écrasé de fatigue, la figure cachée dans ses mains; et quand Olivier s'approcha pour le regarder, il vit qu'il était endormi. Alors, il veilla seul. Et le sommeil le prit à son tour, le front posé sur le dossier du lit. Louisa souriait avec douceur; et elle semblait heureuse de veiller ses deux enfants.

Comme le matin commençait, ils furent réveillés par des coups frappés à la porte. Christophe alla ouvrir. C'était un voisin, un menuisier; il venait avertir Christophe que sa présence avait été dénoncée, et qu'il fallait partir s'il ne voulait être pris. Christophe se refusait à fuir; il ne voulait pas quitter sa mère, avant de l'avoir conduite au lieu où elle resterait maintenant, pour toujours. Mais Olivier le supplia de reprendre le train, il lui promit de veiller fidèlement, à sa place; il le força à sortir de la maison; et, pour être plus sûr qu'il ne reviendrait pas sur sa décision, il l'accompagna à la gare. Christophe s'obstinait à ne point partir, sans avoir au moins revu le grand fleuve, près duquel s'était passée son enfance, et dont son âme gardait, comme une conque marine, l'écho retentissant. Malgré le danger qu'il y avait à se montrer en ville, il fallut en passer par sa volonté. Ils suivirent la berge du Rhin, qui se hâtait avec une paix puissante, entre ses rives basses, vers sa mort dans les sables du Nord. Un énorme pont de fer plongeait, au milieu du brouillard, ses deux arches dans l'eau grise, comme les moitiés de roues d'un chariot colossal. Au loin, se perdaient dans la brume les barques qui remontaient, à travers les prairies, les méandres sinueux. Christophe s'absorbait dans ce rêve. Olivier l'en arracha, et, lui prenant le bras, le ramena à la gare. Christophe se laissa faire; il était comme un somnambule. Olivier l'installa dans le train qui allait partir; et ils convinrent de se rejoindre le lendemain, à la première station française, afin que Christophe ne rentrât pas seul à Paris.

Le train partit, et Olivier revint à la maison, où il trouva, à l'entrée, deux gendarmes qui attendaient le retour de Christophe. Ils prirent Olivier pour lui. Olivier ne se pressa point d'éclaircir une méprise, qui favorisait la fuite de Christophe. Au reste, la police ne manifesta aucune déconvenue de son erreur; elle montrait un empressement assez tiède à rechercher le fugitif; et il sembla même à Olivier qu'au fond, elle n'était pas fâchée que Christophe fût parti.

Olivier resta jusqu'au lendemain matin, pour l'enterrement de Louisa. Le frère de Christophe, Rodolphe, le commerçant, y assista entre deux trains. Cet important personnage suivit correctement le convoi, et partit aussitôt après, sans avoir adressé un mot à Olivier pour lui demander des nouvelles de son frère, ou pour le remercier de ce qu'il avait fait pour leur mère. Olivier passa quelques heures encore dans cette ville, où il ne connaissait personne de vivant, mais qui était peuplée pour lui de tant d'ombres familières: le petit Christophe, ceux qu'il avait aimés, ceux qui l'avaient fait souffrir,—et la chère Antoinette... Que restait-il de tous ces êtres, qui avaient ici vécu, de cette famille des Krafft, à présent effacée?... L'amour qui vivait d'eux en l'âme d'un étranger.

Dans l'après-midi, Olivier retrouva Christophe à la station frontière, où ils s'étaient donné rendez-vous. Un village au milieu des collines boisées. Au lieu d'y attendre le train suivant pour Paris, ils décidèrent de faire à pied une partie de la route, jusqu'à la ville prochaine. Ils avaient besoin d'être seuls. Ils se mirent en marche à travers les bois silencieux, où retentissaient au loin les coups sourds de la cognée. Ils arrivèrent à une clairière, au sommet d'une colline. Au-dessous d'eux, dans un vallon étroit, encore en pays allemand, le toit rouge d'une maison forestière, un petit pré, lac vert entre les bois. Tout autour, l'océan des forêts bleu sombre, enveloppées de vapeurs. Des brouillards se glissaient entre les branches des sapins. Un voile transparent amollissait les lignes, amortissait les couleurs. Tout était immobile. Ni bruit de pas, ni son de voix. Quelques gouttes de pluie sonnaient sur le cuivre doré des hêtres, que l'automne avait mûris. Entre les pierres tintait l'eau d'un petit ruisseau. Christophe et Olivier s'étaient arrêtés et ils ne bougeaient plus. Chacun songeait à ses deuils. Olivier pensait:

—Antoinette, où es-tu?

Et Christophe:

—Que me fait le succès, â présent qu'elle n'est plus?

Mais chacun entendit la voix consolatrice de ses morts:

—Bien-aimé, ne pleure pas sur nous. Ne pense pas à nous. Pense à lui...

クリストフはコルネイユ師とともに、自分の階へ上がっていった。牧師は少しきまり悪げに、やって来た弁解をした。やって来たことを死者からとがめられなければよいがと、卑下した言い方をしていた。牧師として来たのではなくて、友人として来たのだと言っていた。
翌朝、クリストフがふたたび行ってみると、自分の気に入った人へすぐに身を託する子供特有の率直な信頼さで娘はジェルマン夫人の首に抱きついていた。娘は新しい味方に引き取られることを承知した……。ああ彼女は早くもその養父を忘れていた。新しい養母へ同じような愛情を示していた。それはあまり安心できる事柄ではなかった。ジェルマン夫人の利己的な愛はこのことに気づいていたであろうか……おそらく気づいたであろう。しかしそれは大したことではない。愛することが肝要だ。幸福はそこにある……。
葬式の数週間後にジェルマン夫人はその娘をパリーから遠い田舎いなかへ連れていった。クリストフとオリヴィエとはその出発を見送った。若い夫人はかつて彼らが見かけなかったような、ひそかな喜びの表情を浮かべていた。彼女は彼らになんらの注意も向けなかった。けれども出かけるさいに、彼女はクリストフを見かけて、手を差し出して言った。
「あなたのおかげで救われました。」
「どうしたというんだろう、あんな変な真似まねをして?」とクリストフは階段を上がって行きながら、びっくりした様子でオリヴィエに尋ねた。
それから数日たつと、彼は一枚の写真を郵送された。写真には、一人の見知らぬ娘が、腰掛にすわって、小さな手を膝ひざの上に行儀よく組み合わせ、清らかな愁うれわしい眼で彼をながめていた。その下に、つぎのような文句が書いてあった。
――亡くなった私の娘があなたに御礼を申し上げます。

かくてそれらの人の間に、新しい生の息吹いぶきが通っていった。上のほうに、六階の屋根裏に、力強い人間性の炉が燃えていて、その光が徐々に家の中へさし込んでいった。
しかしクリストフは少しもそれに気づかなかった。彼にとってはそれはあまりに緩慢だった。
「ああ、」と彼は嘆息した、「各種の信仰をもち各種の階級に属していて、たがいに知り合うことさえ望んでいないあのりっぱな人たちを、みんな親密にならせることができたらなあ! どうにもしかたがないのかしら。」
「君はどうしようというのか?」とオリヴィエは言った。「君が言うとおりになるには、相互の寛容と同情の力とが必要だろう。そしてそれらが生まれ出てくる唯一の源は、内心の喜びである――健全な順当ななごやかな生活の喜びである――自分の活動力を有益に使ったという喜び、何かある偉大なもののために役だったと感ずる喜びである。そしてそのためには、偉大な時期もしくは――(このほうがなおいいのだが)――偉大へ向かいつつある時期にある、一つの国が必要だろう。それからまた――(これは前者と両立し得るものだが)――あらゆる人々の精力を働かせるすべを心得てる一つの力が、各党派の上に立つべき賢く強い一つの力が、必要だろう。ところが、各党派の上に立つ力と言っては、ただ一つきりない。それは、群集からではなく自分自身から力を引き出すところの力だ。無政府的な多衆に頼ろうとすることなく、おのれの功績によって万人にのしかかってくる力、常勝将軍、公衆の安危の独裁者、知力の最上者……そういう種類のものだ。しかるに、そういうものはわれわれの関知するところではない。必要なのは、機会が生ずることであり、機会をとらえ得る人々が現われることである。必要なのは幸運と天才とである。待ちそして希望をかけようじゃないか。力はあるのだ。古いフランスと新しいフランスとの、もっとも大なるフランスの、信仰と学問と仕事との種々の力が……。いざとなったら、それらの力をことごとく結合して突進させる謎なぞの言葉が発せられたら、いかに大なる進展力となることだろうか! もとよりその言葉を発し得る者は、君でも僕でもない。だれがそれを発するだろうか? 勝利だろうか、光栄だろうか?……いや、忍耐なのだ! もっとも肝要なことは、民族のうちにあるすべての力強いものが、積もり重なってゆき、みずからおのれを破壊せず、時期が来ない前に意気沮喪そそうしないことだ。幸運と天才とは、多年の堅忍と勉励と信念とによってそれに催し得る民衆にしか、やって来るものではない。」
「どうだか?」とクリストフは言った。「幸運と天才とは、思ったよりも早く――思いもかけないときに、往々やって来るものだ。君たちは長い年月をあまり頭に置きすぎてる。用意しておきたまえ。帯を締め直したまえ。常に靴を足につけ棒を手にしていたまえ……。今夜、天主が門前を通られないともかぎらないのだ。」

その夜、天主はごく近くを通りたもうた。その翼の影は家の敷居に触れた。

外観上はつまらないいろんな事件の結果、フランスとドイツとの関係が突然険悪になっていた。そして二、三日のうちに、近隣の誼よしみによるふだんの関係から、戦争に先立つ挑発ちょうはつ的な調子に変わっていった。この状況に驚く者は、理性が世界を統べるという幻のうちに生きてる人々ばかりだった。しかしそういう人はフランスにたくさんいた。そして多くの人は、ライン彼岸の新聞紙の反フランス的暴戻ぼうれいさが、日に日に盛んとなるのを見て、呆然ぼうぜんたるばかりだった。そのうちのある新聞などは、日ごろ両国における愛国心をわが物顔に取り扱い、国民の名によって論説し、あるいは独断であるいは国家とひそかに結託して、取るべき政策を国家に指定していたが、それがみな、侮辱的な最後通牒つうちょうをフランスに送っていた。前からドイツとイギリスとの間にある紛議が起こっていた。そしてドイツは、それに関係しない権利をさえフランスに与えなかった。傲慢ごうまん無礼な新聞紙は、ドイツに加担の宣言をすることをフランスに迫り、もしそうしない場合には、戦争の惨禍をまっ先に見さしてやると脅かしていた。威嚇いかくによって味方につけるつもりでいた。打ち負かされて甘んじてる臣下としてフランスを前もって取り扱っていた――要するに、オーストリアと同じ取り扱いをしていた。そこに、戦争に酔ってるドイツ帝国主義の傲慢ごうまんな狂気沙汰ざたが認められ、また、ドイツの為政家らが他民族をまったく理解し得ないことが認められた。なぜなら彼らは、彼らが法則としてる普通の尺度を、力は最上の道理なりとの説を、あらゆる民族に適用していたのである。ところが、ドイツがかつて知らない光栄とヨーロッパの最上権とを、数世紀の間得ていた古い国民にたいしては、そういう暴戻ぼうれいな警告が、ドイツの期待する結果と反対の結果を生じたのは、当然のことである。それはこの国民の眠ってる自尊心を躍おどりたたせた。フランスは全身おののいた。もっとも冷淡な人々でさえ怒りの叫びを発した。
ドイツ国民の多数は、そういう挑戦ちょうせんに少しも関係するところがなかった。いずれの国においても善良な人々は、平和に暮らすことしか求めない。ことにドイツの善良な人々は、穏和であり懇篤であって、すべての人と仲よくしたがっており、他国人を攻撃するよりもむしろ、他国人を賞賛し模倣しがちである。しかし彼らはその意見を求めらるることもなく、また意見を述べるほど大胆でもない。世間的活動の雄々しい習慣をもっていない人々は、かならずや世間的活動の玩具がんぐとなされてしまう。彼らはりっぱなしかも愚かな反響となって、新聞紙の荒々しい叫声や首領の挑発を響き返し、それをもってマルセイエーズやラインの守りを作り出すのである。
それはクリストフとオリヴィエとにとっては恐ろしい打撃だった。二人は愛し合うことに馴なれきっていたので、なぜ両国も同様に愛し合わないかが考えられなくなっていた。長く残存していて今突然眼覚めざめてきたその敵意の理由が、彼らにはわからなかったし、ことにクリストフにはわからなかった。クリストフはドイツ人として、自国民が打ち負かした民族を恨む理由を少しももたなかった。同国人のある者らのたまらない傲慢ごうまんさをみずから不快に感じながらも、また、ブルンスウィック的なその強要にたいするフランス人の憤慨にある程度まで賛同しながらも、彼はフランスがどうしてドイツの同盟者になろうとしないかを、よく理解することができなかった。結合すべき理由の多くを、共通な思想の多くを、また共に完成すべき大なる仕事の多くを、両国はもってるように彼には思えたので、両国が無益な怨恨えんこんに固執してるのを見ると、不満を感ぜさせられた。すべてのドイツ人と同じく彼も、その不和についておもに罪があるのはフランスだと見なしていた。なぜなら、彼の考えによれば、敗北の思い出がいつまでも拭ぬぐわれないのは、フランスにとってつらいことであると認められはするものの、それは単に自尊心の事柄にすぎなくて、文化とフランス自身とのより高き利害の前には、当然消散すべきものであった。かつて彼はアルザス・ローレンの問題に考慮を向けたことがなかった。両州の併合は、数世紀間外国に付属した後にドイツの土地をドイツ祖国内に取りもどしたという、正当行為として考えるように、学校で教わってきたのだった。それで、自分の友がそれを罪悪だと見なしてるのを発見すると、彼はびっくりさせられた。彼はまだその事柄を友と語り合ったことがなかった。それほど彼は二人とも同意見であると思い込んでいた。ところが今や、その誠実と自由な知力とは彼にもよくわかってるオリヴィエが、偉大な民衆はかかる罪悪にたいする復讐ふくしゅうを思い切ることもできるけれど、それでは体面を傷つけるわけになるのだということを、熱情もなく憤激もなくただ深い悲しみをもって、彼に言うのであった。
二人は理解し合うのになかなか困難だった。オリヴィエは、ラテンの土地としてアルザスを要求するフランスの権利について、歴史上の理由をもち出したが、それはクリストフになんの印象も与えなかった。その反対を証明する同じくらいに有力な理由も存在していた。およそ歴史というものは、勝手な主張のために必要なあらゆる理論を政治に供給してくれるのである。――けれど、この問題の単にフランス的方面ではなく人間的方面については、クリストフははるかに多く心を打たれた。アルザスの人々はドイツ人であったかなかったか、それは問題とならなかった。彼らはドイツ人たることを欲していなかった。そしてそれこそ重きをなす唯一の事柄だった。「この民衆は俺おれのものだ、なぜなら俺の兄弟だから、」と言う権利をだれがもってるものぞ。もしその兄弟がそのことを否認するならば、たとい非常に不当な否認であろうとも、その不当さはみな、自分を愛させることができなかった者の上に、したがって自分の運命に彼らを結びつけるなんらの権利もない者の上に、落ちかかってくるのである。アルザスの人々は、四十年の間、種々の暴虐を受け、あるいは苛酷かこくにあるいは隠密にいじめつけられ、また、ドイツの正確な賢い統治によって実際利するところさえあったがなお、ドイツ人となることを望んでいなかった。そして、彼らの意志が疲れてついに譲歩するに及んでも、数時代の人々の苦しみ――生まれた土地から亡命することを余儀なくされ、もしくは、さらに痛ましいことには、その土地から離れることができずに、そこで忌まわしい覊絆きはんを、国が奪われ人民が隷属させられることを、甘受しなければならなかった、数時代の人々の苦しみ、それは何物にも消されることができなかった。
クリストフは、問題のそういう方面をかつて考えてもみなかったことを、率直にうち明けて言った。彼はそのことから心を動かされていた。正直なドイツ人は、いかに真摯しんしなラテン人といえどもその熱烈な自尊心のためにもち合わしていないある誠実さを、議論に差し入れてくるものである。クリストフは、歴史の各時代に各国民がなしている同様な罪悪の実例を、あえてもち出そうとは考えなかった。そういう恥ずかしい弁解をなすにはあまりに傲慢ごうまんだった。人類が向上すればするほど、その罪悪はますます光明に照らされるゆえにますます嫌悪けんおすべきものとなることを、彼は知っていた。しかしながら、もしフランスのほうが勝利を得た暁には、フランスはドイツと同様に勝利のうちに自制することなく、罪悪の鎖になお一個の環を加えるであろうということをも、彼は知っていた。かくて、悲しむべき争闘は永久につづいて、ヨーロッパ文明の最善のものが破滅し終わる恐れがあるだろう。
この間題はクリストフにとって苦しいものではあったが、オリヴィエにとってはさらにいっそう苦しいものだった。それは、もっとも結合しやすい両国民間の兄弟相鬩そうげき的な争闘の悲しみ、というだけではまだ十分でなかった。フランス自身のうちにおいて、国民の一部は他の一部と戦いの用意をしていた。数年来、平和主義的な反軍国主義的な理論が、国民のもっとも高尚な分子ともっとも卑賤ひせんな分子とによって宣伝されて、しだいに広がっていた。国家はそれを長い間放任していた。およそ政治家らの利害に直接関係のない事柄はみな、懶惰らんだな道楽趣味から放任しておいたのである。そして、もっとも危険な理論が国民の血脈中に流れ込んで、準備されてる戦争をそこで根絶やそうとしてるのを、打ち捨てておくことよりも、その理論を直截ちょくせつに支持することのほうが、危険の度は少ないだろうということを、少しも考えてはいなかった。その理論は、いっそう正しいいっそう人間的な世界を目ざして協力しながら、親睦しんぼくなヨーロッパを打ち建てんと夢想してる、自由な知力の人々に話しかけていた。それからまた、だれのためにもなんのためにもわずかな危険さえ冒したがらない、下劣な人々の卑怯ひきょうな利己心へも話しかけていた。――その思想は、オリヴィエや多くの友だちにも伝わっていた。クリストフは家の中で、一、二度、人々の会談を聞いて呆然ぼうぜんとしてしまった。人のよいモークは、人道主義的な空想でいっぱいになっていて、戦争を防がなければならないことや、それには兵士らを煽動せんどうし反抗させ場合によっては指揮官をも銃殺させるのが上策で、きっとうまくゆくに違いないというようなことを、眼を輝かし落ち着き払って言っていた。技師のエリー・エルスベルゼは、もし戦いが始まったら、自分や自分の友人らは、国内の敵を片付けたあとでなければ国境へ進発しないと、冷やかな勢いで答え返していた。アンドレ・エルスベルゼは、モークの味方をしていた。クリストフはある日、二人の兄弟の恐ろしい喧嘩けんかに行き合わした。二人はたがいに射殺してやるとおどかしていた。それらの殺害的な言葉は冗談の調子で発せられてはいたが、しかし二人が言ってることはみな実行の決心があることばかりらしかった。クリストフはこの馬鹿げた国民に驚きの眼を見張った。彼らは常に思想のためには殺害し合うことをも辞せない……。まるで狂人だ。合理的な狂人だ。各人が自分の思想だけを見つめて、一歩も乱さずに最後まで進もうとしている。そしておのずからたがいに絶滅し合っている。人道主義者は愛国主義者と戦っている。愛国主義者は人道主義者と戦っている。その間に敵はやって来て、祖国と人道とを一度に粉砕してしまうだろう。
「いったい君たちは、」とクリストフはアンドレ・エルスベルゼに尋ねた、「他の民衆の無産者らと了解がついているのですか。」
「なあに、だれかが始めなければなりません。そのだれかは、われわれであるべきです。われわれはいつもまっ先でした。合図を与えるのはわれわれの役目です。」
「そしてもし他の人々が歩き出さなかったら?」
「いや歩き出します。」
「君たちには契約とか予定の計画とかいうようなものがあるのですか。」
「なんで契約なんかの必要がありましょう。われわれの力はあらゆる外交術よりもまさっています。」
「いやこれは観念上の問題ではなくて、戦略の問題です。もし君たちが戦争を絶やそうと望むならば、戦争からその方法を借りてくるがいいです。両国内での作戦計画をたてるべきです。一定の日にフランスとドイツとで、君たちの連合軍が其々の行動をすると、きめてかかるべきです。その時々の気まぐれな行動ばかりしていては、なんでりっぱな結果が得られよう。こちらにはただ偶然があるきりで、向こうには組織だった巨大な力が存している――その結果はわかりきっています。君たちはやっつけられるばかりです。」
アンドレ・エルスベルゼはよく聞いていなかった。彼は肩をそびやかして、漠然ばくぜんたる威嚇いかくだけで満足していた。一握りの砂でも歯車仕掛けの急所に投ぜらるれば、機械全部をこわすことができる、と彼は言っていた。
しかしながら、理論的な方法でゆっくり論ずることと、思想を実行に移すこととは、ことにそれを即座に決行しなければならない場合には、まったく別事である……。人の心の底を大きな波濤はとうが過ぎる時こそ、痛烈な時期である。人は自分を自由だと思い、自分の思想の主人だと思っている。ところがもう否応なしに引きずり込まれるのを感ずる。ある隠れた意志が人の意志に反対してくる。そのときになって未知の主長を、人類の大洋を支配する法則の主体たる不可見の力を、人は初めて発見する……。
自分の信念にもっとも堅固でありもっとも確信してる知力ある人々も、その信念が消え去るのを見、決意するのを躊躇ちゅうちょし恐れ、そして往々、思いもかけなかった方向へ決意しては、みずからいたく驚いていた。戦争を攻撃するのにもっとも熱烈だったある人々も、祖国にたいする自負心と熱情とが、突然の激しさで眼覚めざめてくるのを感じていた。クリストフが見た多くの社会主義者らは、また急激な産業革命主義者らまでが、この相反する熱情と義務との間に板ばさみとなっていた。クリストフは、両国の紛議が始まったばかりで、まだ事態の重大さに思い及ばなかったころ、アンドレ・エルスベルゼに、もしドイツからフランスを取られたくなければ、今がちょうど彼の理論を実行すべき時期だということを、ドイツ人流の鈍馬さで言ってみた。すると彼は飛び上がって、憤然として答えた。
「やってごらんなさい!……いわゆる神聖なる社会党が、四十万の党員と三百万の選挙人とを有して控えていながら、あなたたちは、皇帝に口輪をはめて束縛を脱するだけの力もない馬鹿者ばかりだ……。僕たちがそれを引き受けてやりましょう。フランスを取ってみなさるがいい。僕たちはドイツを取ってみせますから……。」
待つ時期が長引くに従って、すべての人のうちに熱が出てきた。アンドレは悩んでいた。自分の信念が真まことのものであるとわかっていながら、それを擁護することができないのもわかっていた。それから、団結的思想の力強い熱狂と戦争の息吹いぶきとを、民衆のうちに伝播でんぱしてる精神的伝染病に、自分も感染してるのが感ぜられた。その伝染病は、クリストフの周囲のすべての人々に、またクリストフ自身にも、働きかけていた。彼らはもうたがいに口をきかなかった。別々に離れていた。
しかし、長くそういう不確定な状態のままであることはできなかった。行動の風が不決断な人々を、否でも応でもいずれかの一派に投げ込んだ。そして、最後通牒つうちょうの前日だと思われたある日――両国において行動の全弾力が緊張して殺害の用意をしてるある日、すべての人々が心を決してるのにクリストフは気づいた。相反するあらゆる党派の人々が、今まで憎み蔑視べっししていた力のまわりに、フランスを代表してる力のまわりに、本能的に集まっていた。耽美たんび家らも、腐敗芸術の大家らも、その放逸な作品のうちの所々に、愛国的信念を発表していた。ユダヤ人らも父祖が住んでいた神聖な土地を防御しようと語っていた。軍旗の名を聞いただけで、臆病おくびょう者も眼に涙を浮かべた。そして皆が真面目まじめだった。皆が感染していた。アンドレ・エルスベルゼやその仲間の産業革命主義者らも、他の人々と同じだった――むしろより以上だった。事情の必然性に圧倒され、軽蔑していた一派に加担せざるを得なくなり、陰鬱いんうつな狂猛さをもって、悲観的な憤激をもって、彼らはそれに意を決したために、殺戮さつりくのための狂暴な道具となっていた。労働者のオーベルは、学び知った人道主義と本能的な排外主義との間に引張り凧だことなって、気も狂わんばかりだった。幾晩も眠らずに考えた後、ついにすべてを片付ける一つの方式を見出した。それは、フランスは人類の権化であるということだった。それ以来、彼はもうクリストフと口をきかなかった。家の中のほとんどすべての人々が、クリストフにたいして扉とびらを閉ざしていた。あのりっぱなアルノー夫妻でさえ、もう彼を招待しなかった。彼らはなお音楽をやり芸術に取り囲まれ、皆と共通の懸念事を忘れようとつとめていた。しかしやはりそれをいつも考えていた。一人きりでクリストフに出会うときには、やさしく握手を与えはしたが、それも人目を避けて大急ぎでやるのだった。その同じ日にクリストフが二人いっしょのところへ出会うと、彼らはちょっと会釈をしながら、当惑そうな様子で立ち止まりもしないで通り過ぎた。それに反して、幾年となく口もきき合わなかった人たちが、突然接近し合っていた。ある夕方、オリヴィエはクリストフを窓ぎわに呼んで、黙って下の庭をさし示した。そこには、エルスベルゼ兄弟がシャブラン少佐と話していた。
クリストフは、人々の精神の中に起こった革命に驚くだけの余裕がなかった。彼は自分のことでいっぱいになっていた。彼は心が転倒して、自分でどうにも押え得なかった。クリストフよりいっそう心乱れるはずのオリヴィエのほうが、いっそう落ち着いていた。オリヴィエ一人だけが感染を受けていないらしかった。近く起こるべき戦争にたいする期待と、予想せずにはいられない国内の分裂にたいする恐れとに、彼はすっかり気圧けおされてはいたけれど、早晩戦いを始めようとしてる二つの相反する信念が、共に偉大なものであることを知っていた。そしてまた、人類の進歩のための経験場となるのはフランスの役目であること、すべて新しい観念が花を開くためには、血で注がれなければならないこと、などをも知っていた。が彼自身としては、その白兵戦に加わることを拒んでいた。この文明の格闘のなかで彼は、「私は愛のために生まれました、憎みのために生まれたのではありません、」というアンチゴーネの銘言を繰り返したがっていた。――愛のために、そして、愛の別形である叡智えいちのために、生まれたのだった。クリストフにたいする情愛からだけでも、彼はおのれの義務を明らかに示された。幾百万の人々が憎み合おうとしてるときにさいして彼は、自分とクリストフとのような二つの魂の義務ならびに幸福は、この擾乱じょうらんのうちにおいてたがいに愛し合い完全な理性を保持することだと、感じていた。一八一三年にドイツをフランスへ飛びかからしめたあの解放的憎悪ぞうおの運動に、加わることを拒んだゲーテのことを、彼は思い起こしていた。
クリストフはそれらのことを感じてはいたが、少しも落ち着けなかった。彼はドイツから言わば脱走してきて、ドイツへ帰れない身であり、老友シュルツがあこがれてるあの十八世紀の偉大なドイツ人らがもっていたヨーロッパ的思想に育てられ、軍国的で営利的な新しいドイツの精神を軽蔑けいべつしていたけれど、それでもなお、熱情の突風が心中に起こるのを感じた。その突風からどの方面へ吹きやられるか自分でもわからなかった。彼はそのことをオリヴィエに言いはしなかった。しかし諸種の報道に気を配りながら苦悩のうちに日々を過ごした。ひそかに仕事を取りまとめ行李こうりを整えていた。もう理屈を言わなかった。今は彼の力に及ばないことだった。オリヴィエは友の心中の戦いを察して、不安の念でその様子をうかがっていた。あえて尋ねかねていた。二人は平素よりなおいっそう親しくなりたかったし、今までより以上に愛し合っていた。しかし話をし合うことが恐れられた。二人を引き離すような思想の違いを見出しはすまいかと、びくびくしていた。しばしば二人は視線を合わしては、やがて永久に別れんとする者のように、気づかいな情愛を浮かべながら見合わした。そして胸迫る思いで口をつぐんでいた。

それでも、中庭の向こうに建てられてる家の屋根の上では、この悲しむべき日々の間、驟雨しゅううの下で、職人どもが最後の金槌かなづちを打ち納めていた。クリストフと知り合いの饒舌じょうぜつな屋根職人は、遠くから笑いながら彼に叫んでいた。
「そら、また家ができ上がりましたぜ。」

暴風雨は、幸いにも、襲ってきたときと同じく速やかに過ぎ去った。官房の非公式な報道は、晴雨計のように、天気の回復を告げた。新聞紙の荒犬は、また犬小屋の中に潜んだ。暫時ざんじのうちに人々の魂の張りはゆるんだ。夏の晩だった。クリストフは息を切らして、吉報をオリヴィエにもたらしてきた。彼はうれしそうに大きく呼吸をしていた。オリヴィエは微笑ほほえみながらもやや悲しげに彼をながめた。そして心にかかってる一事をあえて尋ねかねた。彼はただ言った。
「どうだい、意見の合わなかった人たちが皆団結したのを、君は見たじゃないか。」
「ああ見たよ。」とクリストフは上機嫌きげんで言った。「君たちは道化役者だ。たがいに怒鳴り合いながら、心の底では皆一致してる。」
「君はそれを喜んでるようだね。」とオリヴィエは言った。
「どうして喜ばずにおれるものか。僕に対抗してなされた団結ではあっても……。なあに、僕のほうにも十分力はある……。それにまた、僕たちを巻き込む流れ、心のうちに眼覚めざめてくる悪魔、それを感ずるのはうれしいことだ。」
「僕にはそれが恐ろしいのだ。」とオリヴィエは言った。「僕には永久の孤立のほうが望ましい、わが民衆の団結があんな代価を要するのなら。」
二人は口をつぐんだ。そしてどちらも、心を乱してる問題に触れかねた。がついにオリヴィエは思い切って、喉のどをつまらしながら言った。
「うち明けて言ってくれたまえ、クリストフ、君は帰国するつもりだったのか。」
クリストフは答えた。
「そうだ。」
オリヴィエはその返辞を予期していた。それでもやはり心に打撃を受けた。彼は言った。
「クリストフ、そんなことが君に……。」
クリストフは額ひたいに手をやった。そして言った。
「もうそのことを話すのはよそう。もう僕はそのことを考えたくないのだ。」
オリヴィエは悲しげに繰り返した。
「君は僕たちと戦うつもりだったのか。」
「それは僕にもわからない。そんなことは考えたことがない。」
「しかし君は心の中で決心していたじゃないか。」
クリストフは言った。
「そうだ。」
「僕を敵として?」
「君をではけっしてない。君は僕の味方だ。僕がどこに行こうと、君は僕といっしょなんだ。」
「しかし僕の国を敵としてだろう?」
「自分の国のためにだ。」
「それは恐ろしいことだ。」とオリヴィエは言った。「僕も君と同じに、自分の国を愛している。わが親愛なるフランスを愛している。しかしそのフランスのために、自分の魂を殺し得ようか? フランスのために自分の本心にそむき得ようか? それはフランスにそむくことと同じなのだ。憎悪ぞうおの念なしに憎んだり、憎悪の狂言を本気で演じたりすることが、どうして僕にできよう? 近世の国家は、理解し愛するのを本質とする精神上の自由な教会を、その青銅の掟おきてに結びつけたと称することにおいて、忌むべき罪悪――やがてみずからを倒すべき罪悪――を犯したのだ。シーザーはシーザーたるべきであって、神たらんとしてはいけない。われわれの金や生命を奪うことはできようが、われわれの魂にたいしては権利をもってはしない。われわれの魂に血を塗るの権利はない。われわれが生まれ出たのは、光明を広めるためであって、光明を消すためにではない。人は各自に義務をもっているのだ。もしシーザーが戦争を欲するならば、戦争をするための軍隊を、戦争を職務とする昔どおりの軍隊を、もつがいい。僕は何も、武力にたいするいたずらな愚痴をこぼして時間を空費するほど馬鹿ではない。しかし僕は武力の軍隊に属してる者ではないのだ。僕は精神の軍隊に属してるのだ。幾千の同胞とともにそこでフランスを代表してるのだ。シーザーが土地を征服したければするがいい。われわれは真理を征服するのだ。」
「征服するためには、」とクリストフは言った。「打ち克かたなければいけない、生きなければいけない。真理というものは、洞窟どうくつの壁から分泌ぶんぴつされる鍾乳石しょうにゅうせきのように、頭脳から分泌される堅い独断説ではない。真理とは生にほかならない。それを自分の頭の中に求むべきではない。他人の心の中に求むべきだ。他人と結合したまえ。自分の欲することをなんでも考えるのはいいが、しかし毎日人類の湯につかりたまえ。他人の生に生きてその運命を堪え愛することが、必要なのだ。」
「われわれの運命は、われわれが本来あるべきものになるということだ。たとい危険が伴おうとも、われわれが何か考えたり考えなかったりするのは、われわれ自身の力でどうにでもなることではない。われわれは文明のある段階に達してるので、もうあとに引き返すことはできない。」
「そうだ、君たちは文明の高台の先端に達している。そこまで達した民衆はみな下に身を投じたくてたまらなくなる、危険な場所なのだ。宗教と本能とが君たちのうちでは衰えてしまってる。君たちは知力だけになっている。危あぶない瀬戸ぎわだ。死が来かかっているのだ。」
「死はどの民衆にもやってくる。それはただ世紀の問題だ。」
「君は世紀を馬鹿にするつもりなのか。生全体が時日の問題じゃないか。過ぎ去る各瞬間を抱きしめないで、絶対的なもののうちにはいり込むとは、君たちもよほど馬鹿げた抽象家なんだ。」
「しかたないさ。炎は松明たいまつを燃やし去ってゆく。人は現在と過去とに共に存在することはできないからね、クリストフ。」
「現在に存在しなければいけない。」
「過去にある偉大なものであったということも、りっぱなことだ。」
「それは現在にもなお生きた偉大な人々があってそのことを鑑賞するという条件でこそ、りっぱなのだ。」
「それでも、今日つまらなく生きてる多くの民衆のようであるよりも、死んだギリシャ人であることのほうを、君は好みはしないのか。」
「僕は生きたるクリストフでありたい。」
オリヴィエは議論するのをやめた。答え返すべきことが少ないからではなかった。議論に興味がないからだった。その議論の間彼はただクリストフのことばかり考えていた。彼は溜息ためいきをつきながら言った。
「君は僕が君を愛してるほどには僕を愛してくれないんだね。」
クリストフはやさしく彼の手をとった。
「オリヴィエ、」と彼は言った、「僕は君を自分の生以上に愛してるのだ。しかし許してくれたまえ、生以上には、両民族の太陽以上には、君を愛していないのだ。君たちの誤った進歩に引きずられて闇夜やみよの中に陥るのが、僕は恐ろしいのだ。君たちのあらゆる思い諦あきらめの言葉の下には、深淵しんえんが潜んでいる。しかし行動のみが、たとい殺害的行動でさえ、唯一の生きてるものだ。われわれはこの世において、焼きつくす炎かあるいは闇夜か、その一つを選ぶばかりである。薄暮に先立つ夢想にはいかに愁うれわしい甘さがあろうとも、僕は死の先駆者たるその平穏を望まない。無窮な空間の静けさを僕は恐れる。火の上に新たな薪束まきたばを投じたまえ。もっと、もっと、投じたまえ。必要なら僕をもいっしょに投ずるがいい……。僕は火が消えることを望まない。もし火が消えたら、われわれはもうおしまいだ、現存するすべてのものはもうおしまいだ。」
「僕は君のそういう声を知ってる、」とオリヴィエは言った、「それは過去の野蛮の底から来る声だ。」
彼は棚たなからインド詩人の書物を一つ取って、クリシュナ神の崇厳な激語を読み上げた。

 奮い起たてよ、しかして決然と戦えよ。快楽をも苦痛をも、利得をも損失をも、勝利をも敗北をも、すべて意に介せずして、全力をもって戦えよ……。

クリストフは彼の手からその書を奪い取って読んだ。

 ……およそ何物も予に活動を強しうるものなく、何物も予に属せざるものなけれども、予はなお活動を捨てざるなり。もし予にして、不断不撓ふとうなる活動もて、人間にその則のっとるべき実例を与うることなくんば、人間はみな滅び失うせん。もし予にして、たとい一瞬たりとも活動を止めなば、世界は混沌こんとんのうちに陥りて、予は人生を滅ぼすものとならん……。

「人生、」とオリヴィエは繰り返した、「人生とはなんだろう?」
「一つの悲劇だ。」とクリストフは言った。「悲劇を歓呼せんかな!」

大波は消えていった。すべての人々がひそかな恐れをいだいて急いで忘れようとした。だれももう先ほどからの出来事を覚えていないようなふうだった。それでもなおそのことを考えてるのが認められた。なぜなら、彼らは皆喜ばしい様子で、ふたたび生活に、脅かされたときに初めて全価値がわかる日常の善良な生に、心を寄せていた。ちょうど危険が一つ過ぎ去ったかのように、以前に倍加した執着を示していた。
クリストフは以前に数倍した熱心さで、また制作に身を投じた。オリヴィエをもいっしょにそれへ引き込んだ。二人は陰鬱いんうつな思想にたいする反動から、ラブレー風の叙事詩をいっしょに制作し始めた。その叙事詩は精神的圧迫の時期の後に来る強健な唯物主義の色を帯びていた。その伝説的な主人公――ガルガンチュア、法師ジャン、パニュルジュ――にオリヴィエは、クリストフの感化で、新しい人物を一人加えた。それはパシアンスという百姓であって、素朴そぼくな、小賢こざかしい、ずるい男で、打たれ、奪われ、勝手なことをされ――妻を愛され、畑を荒らされ、人からされるままになり――それでいて飽かずに、自分の土地を耕し――戦争にやらされ、あらゆる打擲ちょうちゃくを受け、人からされるままになり――主人たちの功績や自分が受ける打擲を、期待し面白がり、「このままでいつまでつづくものか」と考え、最後の蹉跌さてつを予見し、それを横目でじろじろ待ち受け、無言の口を大きく開いてすでに前もって嘲笑あざわらっていた。果たしてある日、ガルガンチュアと法師ジャンとは、十字軍に行って行くえ不明になった。パシアンスは彼らの死を正直に惜しみ、快活にみずから慰め、おぼれかかったパニュルジュを救い、そして言った。「お前さんがわしにまだいろんな悪戯わるさをすることは、よくわかってる。だけどわしはお前さんを捨てることができない。お前さんはわしの腹の役にたつ、わしを笑わしてくれるから。」
そういう詩に基づいて、クリストフは作曲した。合唱付の交響曲的大画幅で、勇壮滑稽こっけいな戦争、放埓ほうらつな祭礼、道化た奇声、大袈裟おおげさな子供じみた喜びをもってるジャヌカン的な恋歌、海上の暴風雨、鳴り響く島とその鐘が含まっていて、最後の牧歌的な交響曲シンフォニーには、牧場の空気がいっぱい満ちていて、朗らかなフルートとオーボエの喜悦や、民謡などを含んでいた。――二人の友はたえず愉快に仕事をした。頬ほおの蒼あおい痩やせぎすのオリヴィエも、力のうちに浸っていた。彼らの屋根裏の室には喜悦の竜巻たつまきが吹き過ぎていた……。自分の心と友の心とをもってする創作! 二人の恋人の抱擁も、この親しい二つの魂の和合に比べては、楽しさも熱烈さも劣るであろう。二つの魂はついにすっかり融とけ合ってしまって、同時に同じ思想の閃ひらめきをもつほどになった。あるいはまた、クリストフがある場面の音楽を書いてると、オリヴィエはやがてその言葉を見出していた。クリストフはオリヴィエを自分の否応なしの航路中に引き入れていた。彼の精神はオリヴィエを包み込み、オリヴィエを豊饒ほうじょうならしめていた。
創造の喜びに勝利の愉快さも加わってきた。ヘヒトは思い切ってダヴィデを出版したのだった。その総譜は時機に投じて、外国でたちまち名声を博した。ヘヒトの友人でイギリスに住んでいるワグナー派の有名な楽長が、その作品に感激した。彼は多くの音楽会にそれを演奏して、非常な成功を収め、それが彼の感激とともに、ドイツへ反響して、ドイツでも演奏された。楽長の方ではクリストフと文通を始め、他の作品を求め、尽力を申し越し、熱心な宣伝をしてくれた。ドイツでは、昔排斥されたイフィゲニアがふたたび取り上げられた。人々は天才だと叫んだ。クリストフの経歴の小説的な事情は、少なからず人の注意をひく助けとなった。フランクフルト新聞が初めて、反響の大きな記事を掲げた。他の新聞もそれにならった。するとフランスにおいてもある人々は、フランスに大音楽家がいることに思いついた。パリーの音楽会長の一人はクリストフに、そのラブレー風の叙事詩曲がまだでき上がらない前から演奏を申し込んだ。グージャールはクリストフの来たるべき名声を予感して、自分が発見した天才たる友人のことを、意味深げな言葉で語り始めた。そして素敵なダヴィデを記事で賞賛した――前年ある記事で二、三行悪罵あくばを加えたことなんかは、もうきれいに忘れはてていた。彼の周囲の者も一人として、もうそれを覚えてはいなかった。パリーでは、ワグナーやフランクも昔はひどくけなされたものであるが、今日では新しい芸術家らを排斥するために賞賛されており、その新しい芸術家らとて、明日は賞賛されるようになるだろう。
クリストフはこういう成功をほとんど予期していなかった。いつかは勝利を得ると知ってはいたけれど、それがこんなに早かろうとは思っていなかった。そしてあまりに急な成果を信じかねた。彼は肩をそびやかして、構わないでおいてくれと言っていた。前年ダヴィデを書いた当時に喝采かっさいされたのなら、訳がわかっていた。しかし今ではもうそれから遠くに来ていて、幾段もの進歩をしてるのだった。昔の作品のことを喋々ちょうちょうしてくれる人々に、彼は好んでこう言いたかった。
「そんなつまらないもののことは構わないでくれ。僕はその作がいやだ。君たちも嫌いやだ。」
そして彼は、気持を乱されたことを多少いらだちながら、新しい仕事に没頭した。それでもひそかな満足を覚えていた。光栄の最初の光はきわめて楽しいものである。打ち克かつのは愉快な健全なものである。それは、開けゆく窓であり、家の中に入り来る初春の気である。――クリストフは、自分の昔の譜作を、そしてことにイフィゲニアを、いくら軽蔑けいべつしてみても駄目だめだった。先年あれほど彼に屈辱を与えたその惨みじめな作イフィゲニアが、ドイツの批評家らから賞賛され劇場から求められてるのを見るのは、彼にとってはやはり一つの腹癒はらいせだった。ちょうど今もドレスデンから手紙が来て、つぎの季節にその作の上演を許してもらえれば幸いだと……彼へ言ってきた。

多年の艱難かんなんの後ついに、より平安な前途と遠くに勝利とを瞥見べっけんさせる右の報知が、クリストフのもとへ届いた同じ日に、他の一通の手紙が、また彼のもとへ到着した。
それは午後のことだった。隣室のオリヴィエへ快活に話しかけながら、顔を洗ってるところへ、門番の女が一対の手紙を扉とびらの下から差し入れていった。母の筆跡……ちょうど彼も母へ手紙を書くつもりだった。自分の成功を知らせるのがうれしかった……。彼は手紙を開いた。わずか数行だった。ひどく震えた筆跡だった……。

 いとしき子よ、私は身体があまりよくありません。もしあなたが来られるものなら、も一度会いたくてなりません。あなたに接吻せっぷんします。
母より

クリストフは呻うめき声をたてた。オリヴィエはびっくりして駆けてきた。クリストフは口がきけなくて、テーブルの上の手紙をさし示した。彼はなお呻き声をつづけて、オリヴィエが言ってることを耳にも入れなかった。オリヴィエは一目で手紙を読み取って、彼を落ち着かせようとした。彼は上衣を置いてる寝台へ駆け寄って、大急ぎでそれを引っ掛け、略式カラーもつけないで――(指があまり震えてつけられなかった)――外へ出かけた。オリヴィエは階段の上で彼に追っついた。彼は何をするつもりなのか。手当たりしだいの汽車で出発するつもりなのか。でも晩にならなければ汽車はない。停車場で待つより家で待ってるほうがましだ。第一必要な金さえもってるのか。――二人はポケットを捜した。そして二人がもってる全部を集めても、三十フランばかりにしかならなかった。九月のことだったから、ヘヒトもアルノー夫妻もすべての友人らが、パリーの外に出かけていた。便りの者は一人もいなかった。クリストフは夢中になって、一部分は歩いてゆくと言った。オリヴィエは一時間待ってくれと頼み、必要な金高を見つけてくると約束した。クリストフは言われるままに任せた。自分でなんの考えもつかなかった。オリヴィエは質屋へ駆けて行った。質屋へ行くのは初めてだった。もしそれが自分のことだったら、どれも皆何かの大事な思い出を帯びてる品物を一つ入質するよりは、欠乏を我慢するほうが好ましかった。しかし今はクリストフのことであり、少しも猶予しておれなかった。彼は懐中時計を入質した。思ってたよりはるかに少ない金高を渡された。で彼は余儀なく、また自分の室にもどり、数冊の書物を取り、それを古本屋へもっていった。それは切ないことだった。しかし今の場合そんなことはほとんど頭になかった。クリストフの悲痛にすっかり心を奪われていた。もどってきてみると、クリストフは前どおりの場所にいて、がっかりしぬいてる様子だった。所持の三十フランにオリヴィエが得てきた金を加えると、必要以上の金高になった。クリストフはすっかり力を落としていたので、友人がどうしてその金を手に入れたか、また自分の不在中の生活費を取りのけているかどうかを、尋ねようともしなかった。オリヴィエもそんなことは念頭になかった。もってるだけのものをすべてクリストフに渡した。そしてまるで子供のめんどうをでもみるように、クリストフの世話をやかなければならなかった。クリストフを停車場まで連れてゆき、汽車が動き出すまでそのそばを離れなかった。
クリストフは夜の闇やみの中に包まれてゆきながら、眼を大きく見開いて前方を見守り、そして考えていた。
「間に合うだろうかしら?」
母が来てくれと書いてよこした以上は、母はもう待っておれないに違いないことが、明らかにわかっていた。彼はいらだちながら特急列車の疾駆をもどかしがった。ルイザのもとを離れたことを苦々にがにがしく自責するとともにまた、その自責がいかほど無駄むだなものであるかを感じていた。事の成り行きを変えるのは彼の力には及ばなかったのである。
そのうちに、客車の車輪と弾機ばねとの単調な動揺は、しだいに彼を落ち着かせ、あたかも音楽から起こされる波が力強い律動リズムにせきとめられるように、彼の精神を支配していった。彼は遠い幼年時代の夢から現在までの全過去を、ふたたび眼の前に浮かべた。恋愛、希望、失意、悲哀、または、苦しみ楽しみ創造する、かの晴れやかな力、かの陶酔、または、自分の魂の魂であり隠れたる神である、輝かしい生とその崇高な影とを抱きしめる、かの愉悦。それらのすべてのものが今や彼のために遠くに輝き出してきた。欲望の騒乱、思想の混乱、過失、錯誤、激しい戦い、それらのものが、洋々たる流れによって永遠の目的のほうへ運ばれてゆく逆巻きや渦うず巻きのように、彼の眼には映った。彼は艱難かんなんな年月の深い意義を見出した。しだいに大きくなる河流は、各艱難ごとに、一つの障害を打ち破って、狭い谷間からより広い谷間へ出で、やがてその谷間を満たしてしまうのだった。そしてそのたびごとに、限界はさらに広がり、空気はさらに自由なものとなった。フランスの丘陵とドイツの平野との間で、その河流は牧場の上まであふれ、丘の麓ふもとを蚕食し、両国から来る水を集め取り入れながら、努力して自分の通路を開いていった。かくてそれは両国の間を流れたが、両国を分離せんがためにではなく、両国を結合せんがためであった。両国はこの河流のうちで縁を結んでいた。そしてクリストフは初めて、自分の天命を自覚した。それは、相敵対せる両民衆の間を通じて、両岸の生の力をことごとく、動脈のように担にないゆくことであった。――異常な清朗さが、突然の静明さが、もっとも陰暗な時期において彼に現われた……。それから、幻影は消え失うせた。そして、老母の悲しいやさしい面影だけがまた現われた。
ようやく曙あけぼのの光が見えそめたころ、彼はドイツの小さな町に到着した。まだやはり逮捕令状のもとにある身分だったから、人に気づかれないように用心しなければならなかった。けれど停車場ではだれも彼に注意を向けなかった。町中は眠っていた。人家は戸が閉しまっており、街路は寂然としていた。ちょうど、夜の燈火が消えてゆき昼の光がまだささない灰色の時刻――眠りがもっとも楽しくて夢が東の仄ほの白い明るみに照らされる時刻であった。一人の小さな女中が店の雨戸を開きながら、古い民謡を歌っていた。クリストフは感動のあまり息もつけないほどだった。おう祖国よ! いとしきものよ!……彼はその地面に唇くちびるをつけたかった。その素朴そぼくな唄うたを聞くと、しみじみとした気持になって、祖国を離れていかに不幸だったか、いかに祖国を愛していたかを、感ぜさせられた……。彼は息を凝らしながら歩いていった。自分の家が眼にはいったときには、叫びの声を押え止めるために、立ち止まって口に手をあてなければならなかった。そこに住んでる人は、彼から一人残されてる人は、今どういう状態にあるだろうか?……彼は息をついて、ほとんど駆けるようにして戸口まで行った。戸は半ば開いていた。押しあけて中にはいると、だれの姿も見えなかった……木の古い階段が一足ごとにきしった。彼は上の階へ上がった。家じゅうに人がいないかと思われた。母の室の扉とびらは閉しまっていた。
クリストフは胸を躍おどらせながら、扉の把手とってに手をかけた。そして開くだけの力もなかった……。

ルイザは一人ぽっちで床についていて、もうこれが最後だと感じていた。他の二人の息子むすこのうち、商人のロドルフはハンブルグに移っていたし、も一人のエルンストはアメリカへ行って消息不明になっていた。彼女の世話をしてくれる者と言っては、ただ隣の女が一人いるきりで、その女が日に二度ずつやって来ては、ルイザの用をしてくれ、しばらく居残っていて、それからまた自分の仕事をしに帰っていった。彼女は時間があまり正確でなくて、往々来るのも遅れがちのことがあった。ルイザは自分の病気を当然のこととしていたが、それとともにまた、人から忘れられるのも当然のこととしていた。彼女は苦しむのに馴なれきっていて、天使のような忍耐をもっていた。常に心臓が悪くて、ときどき息づまりがし、その間は死ぬような思いをした。眼はぼーっとうち開いて、両手はひきつり、汗が顔に流れた。でも彼女は愚痴をこぼさなかった。当然の容態だと心得ていた。もう死の覚悟をしていた。臨終の秘蹟サクラメントをも受けてしまっていた。気がかりなことはただ一つきりだった。すなわち天国にはいるにふさわしい者でないと神から思われはすまいかということだった。その他のことはみな辛棒強く甘受していた。
その侘わびしい室の薄暗い片隅かたすみに、寝所の枕頭ちんとうの壁面に、彼女は思い出の聖殿をこしらえていた。三人の息子むすこ、夫――彼女は夫の思い出にたいしてはなお初婚時代の愛情を失わないでいた――老祖父、兄のゴットフリートなど、すべて親愛な人たちの面影をいっしょに集めていた。また少しでも自分に親切を尽くしてくれた人たちにたいしては、いじらしい愛着の念をいだいていた。敷布の、顔に近いところには、クリストフから送ってきた最近の写真を針で留めていた。またクリストフの新しい手紙を枕の下に置いていた。彼女はりっぱに片付けて細かなところまできれいにしておくのが好きだった。室の中がすっかり整っていないと気持が悪かった。彼女は一日のいろんな時刻を示してくれる戸外のかすかな物音に興味をもっていた。もう長い前からそれを聞きなれていたのである。彼女の一生はその狭い場所の中で過ごされたのだ……。彼女はよく大事なクリストフのことを考えていた。今自分のそばに彼がいたらと彼女はどんなに望んでいたろう! けれども彼が今自分のそばにいないということをも、彼女はもうあきらめていた。天で彼に会えると信じていた。眼をつぶりさえすればもう彼の姿が浮かんできた。彼女はうつらうつらと過去の思い出のなかに日々を過ごした……。
彼女はライン河畔の昔の家にいるところを思い浮かべた……。ある祝日……ある美うるわしい夏の日、窓は開いていた。白い大道の上に太陽の光が輝いていた。小鳥のさえずる声が聞こえていた。メルキオルと祖父とが扉とびらの前に腰をおろして、大声に談笑しながら煙草たばこを吹かしていた。ルイザにはその二人の姿は見えなかった。けれど、その日夫が家にいることや、祖父が上機嫌きげんであることなどが、非常にうれしかった。彼女自身は下の室にいて、食事の支度をしていた。りっぱな御馳走ごちそうだった。彼女はそれを自分の眼の玉ほど大事に見守っていた。びっくりするようなものがあった。大栗おおぐりの菓子があった。子供がさぞ喜びの声をたてるだろうと、聞かないうちから楽しんでいた……。子供、彼はどこにいるのかしら? 階上うえにいるのだった。その音が聞こえていた。ピアノを稽古けいこしていた。何をひいてるのか彼女にはわからなかった。けれど、そのいつもの小さな妙音を耳にしたり、子供がそこにごくおとなしくすわってるのがわかったりするのが、彼女にはうれしかった……。なんという美うるわしい日だろう! 馬車の陽気な鈴音が道を通っていた……。ああ実にいい! そして焼き肉は? 窓から外を見てる間に焦げやしなかったかしら。ごく好きではあるがまた恐こわくもある祖父から、怒られ叱しかられはすまいかと、彼女はびくびくしていた……。が仕合わせにも焼き肉は無事だった。そら、すっかりでき上がったし、食卓も整った。彼女はメルキオルと祖父とを呼んだ。彼らは威勢よく返辞をした。それから子供は?……もうひいていなかった。先刻からピアノの音はやんでいたが、彼女は気がつかないでいた……。「クリストフ!」……どうしてるのだろう? なんの音も聞こえなかった。いつも彼は食事に降りてくるのを忘れがちだった。父がまた怒鳴りつけるかもしれなかった。彼女は大急ぎで階段を上がっていった……。「クリストフ!」……返辞がなかった。彼女は彼の勉強室の扉とびらを開いてみた。だれもいなかった。室は空からだった。ピアノには蓋ふたがしてあった……。彼女は心配になった。彼はどうなったのかしら? 窓が開いていた。あ、落ちたのじゃないかしら!……彼女ははっとした。身を乗り出してながめてみる……。「クリストフ!」……どこにもいない。彼女は方々の室を見て回る。下から祖父が大声に言っている。「おいでよ、心配することはない。きっとあとから出て来る。」彼女は降りて行きたくない。彼がその辺にいることはわかっている。冗談に姿を隠して、母を心配させようとしてるのだ。ほんとに悪戯いたずらっ児らこだこと!……そうだ、もうそれにきまっている。床板がきしった。扉とびらの向こうにいるのだ。けれど鍵かぎがない。鍵! 彼女は引き出しの中のたくさんの鍵のうちから、大急ぎでそれを捜そうとする。これかしら、こちらかしら……いや、これではない……ああとうとう見つかった!……だが錠前の中に差し込めない。手が震えてる。彼女はあせる。急がなければならない。なぜ? それは彼女にもわからない。ただ急がなければならないことだけわかってる。急がなければ間に合わないだろう。扉の向こうにクリストフの息が聞こえてる……。ああこの鍵が!……ついに扉が開く。うれしい叫び声。彼だ。彼は彼女の首に抱きつく……。ああこの、悪戯いたずらな、よい、かわいい児!……

彼女は眼を開いた。彼がすぐ前にそこに立っていた。
先ほどから彼は、変わりはてた彼女をながめていた。痩やせはてかつ脹はれぼったいその顔、諦あきらめの微笑をさらに痛ましくなしてるその無言の苦悩、それから、静けさ、周囲の寂寞せきばくさ……。彼は心を刺し通される心地がした……。
彼女は彼を見た。別に驚きはしなかった。えも言えぬ微笑を浮かべた。彼女は腕を差し出すことも言葉をかけることもできなかった。彼は彼女の首に抱きついた。彼は彼女を抱擁し、彼女も彼を抱擁した。太い涙が彼の頼ほおに流れた。彼女はごく低く言った。
「ちょっと待って……。」
彼は彼女が息づまってるのを見てとった。
二人は身動きもしなかった。彼女は両手で彼の頭を撫なでていた。彼の涙はなお流れつづけた。彼は顔を蒲団ふとんに埋めてすすり泣きながら、彼女の手に接吻せっぷんした。
苦しみが過ぎ去ると、彼女は口をきこうとした。しかし言葉が見つからなかった。彼女は思い違いをしていた。そして彼にはよく訳がわからなかった。しかしそれがなんだろう? 二人は愛し合っており、たがいに見合っており、たがいに触れ合っているのだった。それこそ肝要なことだった。――彼女はどうして一人ぽっちにされてるのか、彼は憤慨して尋ねた。彼女は世話をしてくれてる女を弁護した。
「あの人はいつもここに来てるわけにはゆきません。自分の仕事があるんですから……。」
すべての音おんをはっきり出せない切れ切れの弱い声で、彼女は急いで、墓のことについて少し注文をした。それから、母を忘れてる他の二人の息子むすこへも、自分の愛情を伝えてくれとクリストフに頼んだ。オリヴィエのことについても一言いい残した。彼女はクリストフにたいするオリヴィエの愛情を知っていた。オリヴィエへ祝福を送る――(彼女はすぐにおずおず言い直してもっと謙遜けんそんな言葉を用いて)――「敬意をこめた愛情」を送る旨を、伝えてほしいとクリストフに頼んだ……。
彼女はまた息が詰まった。彼は彼女をささえて寝床の上にすわらせた。汗が顔に流れていた。彼女は微笑ほほえもうとつとめていた。息子むすこに手をとられてる今ではもう世に望みのこともないと、心に思っていた。
クリストフは突然、自分の手の中で母の手が痙攣けいれんするのを感じた。ルイザは口を開いた。彼女は限りないやさしさで息子をながめた。――そしてこの世を去った。

その日の夕方、オリヴィエがやって来た。彼は自分がしばしば経験したことのあるそういう悲痛なおりに、クリストフを一人きりにしておくことが、考えても堪えられなかった。それにまた、友がドイツにもどると危険な身の上であることをも、非常に気づかった。彼は友の身を警戒しに行きたがった。しかしそこまで行くだけの金がなかった。クリストフを送っていった停車場から帰ってきて、彼は家に伝わってる多少の宝石を金に代えようと決心した。もう質屋はしまってる時刻だし、つぎの汽車で出発したくはあったので、町の骨董こっとう屋へ行こうとした。すると階段でモークに出会った。モークは彼の考えを聞くと、なぜ自分に話してはくれなかったかと心からの恨みを示した。必要な金高を無理に受け取らした。自分が喜んで二人の世話をしたがってるのに、オリヴィエは時計を入質し書物を売ってクリストフの旅費をこしらえたと考えると、うらめしかった。そして二人の助けとなりたい熱心のあまりに、自分をもクリストフのもとへ連れて行ってくれと言い出した。それを思い切らせるのにオリヴィエはたいへん骨が折れた。
オリヴィエが来たことは、クリストフのためによかった。クリストフはその一日を、永眠してる母と二人きりで失望落胆のうちに過ごした。世話をしてくれてた隣の女が来て、多少のめんどうをみてくれ、それから帰っていって、もうふたたび姿を見せなかった。事もない痛ましい静寂のうちに、時が過ぎていった。クリストフも死者と同様に身動きをしなかった。死者から眼を放さなかった。涙も流さず、考えもせず、彼自身が死者だった。――オリヴィエによってなされた友情の奇跡がふたたび彼のうちに涙と生命とをもたらした。

勇気をもてよ! 生は苦しむの価値あり、
共に泣く忠実なる眼の存する限りは。

二人は長く抱擁し合った。それからルイザのそばにすわって、低い声で話した……。夜となっていた。クリストフは寝台の裾すそのほうに肱ひじをついて、幼年時代のことを思い出すままに語った。その思い出の中にはたえず母の面影が現われてきた。彼はときどき口をつぐんで、それからまた話を始めた。しまいには、疲労に圧倒され顔を両手に隠して、すっかり黙ってしまった。オリヴィエが近寄ってのぞき込んでみると、彼はもう眠っていた。そこでオリヴィエは一人で通夜した。けれど彼もまた、寝台の倚木よりきに額を押しあてて眠ってしまった。ルイザはやさしく微笑ほほえんでいた。二人の子供の番をして夜を明かすのがうれしいようなふうだった。

朝になりかかったころ、二人は扉とびらをたたく音に眼を覚さました。クリストフは立っていって開いた。それは隣の指物さしもの屋だった。クリストフの来てることが告訴されたから、逮捕されまいと思うなら出発しなければいけないと、知らせに来てくれたのだった。クリストフは逃げるのを承知しなかった。母を今や永久に休らうべき場所へ送り届けないうちは、そのそばを離れたくなかった。しかしオリヴィエは、汽車に乗ってくれと彼に嘆願し、彼の代わりに忠実に母の見送りをすると誓った。そして無理やりに家から出かけさせた。彼が決心を翻えさないようにと、停車場までついて行った。クリストフはなお我を張って、せめて河かわを見ないうちは出発しないと言った。その河のそばで、彼の幼年時代は過ごされたのであり、その高く鳴り響く反響を、彼の魂は法螺ほら貝のように、永久に保有してるのであった。町なかに姿を見せるのは危険ではあったけれど、彼の意志に従って町を通らなければならなかった。二人はライン河の岸に沿って行った。河は力強い平安の様子で、低い両岸の間を流れ、北海の砂浜の中に没しようと急いでいた。大きな鉄橋が霧に包まれながら、巨大な車の車輪の半分のようなその二つの橋弧を、灰色の水の中に没していた。遠くには船が靄もやの中に隠れて、牧場の間の屈曲した水路をさかのぼっていた。クリストフはその夢景色の中にうっとりと我を忘れた。オリヴィエはそれを引きもぎって、腕を取りながら停車場へ連れていった。クリストフはなされるままに任した。夢遊病者のようになっていた。オリヴィエは彼を発車しかけてる汽車に乗せた。そして、翌日フランスの第一の停車場で落ち合って、クリストフ一人でパリーに帰らないようにと、二人は約束した。
汽車は出た。オリヴィエは家に帰った。入り口に二人の憲兵が、クリストフの帰りを待ち受けていた。彼らはオリヴィエをクリストフだと間違えた。クリストフの逃走にはそれがかえって便利だったから、オリヴィエは急いで誤解をとこうとはしなかった。そのうえ官憲のほうでも、この間違いに失望の様子を示しはしなかった。逃走者を捜索するのに大した熱心を見せてはいなかった。クリストフの出発を内心では別に怒っていないことが、オリヴィエにさえ感ぜられた。
オリヴィエは翌朝まで居残って、ルイザの葬式を済ました。クリストフの弟である商人のロドルフが汽車の間の時間だけ葬式に列した。この尊大な男は、ごく几帳面きちょうめんに葬式の列に加わったが、そのあとですぐに出発してしまって、オリヴィエへ向かって一言も、兄の消息も尋ねなければ、母のために尽くしてくれた礼も言わなかった。オリヴィエはなお数時間町で過ごした。町には、生きてる者で彼の知人は一人もいなかったが、多くの親しい故人の影が宿っていた。少年クリストフ、クリストフが愛してた人々、クリストフを苦しめた人々――それから、なつかしいアントアネット……。この土地に生きてたそれらの人々から、今はもうなくなってるクラフト家の一家から、何が残っていたか? 一外国人の魂の中にある彼らにたいする生きた愛情、そればかりであった。

その午後、待ち合わせる約束の国境の停車場で、オリヴィエはクリストフに出会った。それは木立深い丘の間の小村だった。二人はパリー行きのつぎの汽車をそこで待たないで、道中の一部をつぎの町まで徒歩で行くことにきめた。彼らは二人きりになりたがっていた。遠くに斧おのの鈍い音が響いてる黙々たる森の中を、彼らは歩きだした。丘の頂の空地に達した。眼下には、なおドイツ領である狭い谷間に、森番人の家の赤い屋根、森中の緑の湖水のような小さな牧場。周囲には、靄に包まれた青黒い森林の大洋。霧が樅もみの枝葉の茂みの中にすべり込んでいた。透き通った霧の帷とばりが、物の線を柔らげ色を柔らげていた。すべてがじっとして動かなかった。人の足音も声も聞こえなかった。秋に熟した※(「木+無」、第3水準1-86-12)ぶなの金銅色の葉の上に、雨の雫しずくが音をたてていた。石の間には、小さな流れの水が鳴っていた。クリストフとオリヴィエは立ち止まって、もう身を動かさなかった。各自に自分の喪の悲しみに思いをはせていた。オリヴィエは考えていた。
「アントアネット、あなたはどこに居るのか?」
クリストフは考えていた。
「母がいない今となっては、成功も何になろう?」
しかし二人ともおのおの、死者の慰藉いしゃの言葉を耳にした。
「かわいいお前、私たちのことを嘆いてはいけません。私たちのことを考えてはいけません。彼のことをお考えなさい……。」

 

Ils se regardèrent tous deux, et chacun ne sentit plus sa peine, mais celle de son ami. Ils se prirent la main. Une sereine mélancolie les enveloppait tous deux. Doucement, sans un souffle d'air, le voile de vapeurs s'effaçait; le ciel bleu refleurit. Douceur attendrissante de la terre après la pluie... Elle nous prend dans ses bras, avec un beau sourire affectueux; elle nous dit:

—Repose. Tout est bien...

Le cœur de Christophe se détendait. Depuis deux jours, il vivait tout entier dans le souvenir, dans l'âme de la chère maman; il revivait l'humble vie, les jours uniformes, solitaires, passés dans le silence de la maison sans enfants, et dans la pensée des enfants qui l'avaient laissée, la pauvre vieille femme, infirme et vaillante, avec sa foi tranquille, sa douce bonne humeur, sa résignation souriante, son absence d'égoïsme... Et Christophe pensait aussi à toutes les humbles âmes qu'il avait connues. Combien il se sentait près d'elles, en ce moment! Au sortir des années de luttes épuisantes, dans le brûlant Paris, où se mêlent furieusement les idées et les hommes, au lendemain de cette heure tragique, où venait de souffler le vent des folies meurtrières qui lancent les uns contre les autres les peuples hallucinés, une lassitude prenait Christophe de ce monde fiévreux et stérile, de ces batailles d'égoïsmes, de ces élites humaines, ces ambitieux, ces vaniteux, qui se croient la raison du monde et n'en sont que le mauvais rêve. Et tout son amour allait aux milliers d'âmes simples, de toute race, qui brûlent en silence, pures flammes de bonté, de foi, de sacrifice,—cœur du monde.

—Oui, je vous reconnais, je vous retrouve enfin, vous êtes de mon sang, vous êtes miennes. Comme l'Enfant prodigue, je vous ai quittées, pour suivre les ombres qui passaient sur le chemin. Je reviens à vous, accueillez-moi. Nous sommes un seul être, vivants et morts; où je suis, vous êtes avec moi. Maintenant, je te porte en moi, ô mère, qui m'as porté. Vous tous, Gottfried, Schulz, Sabine, Antoinette, vous êtes tous en moi. Vous êtes ma richesse. Nous ferons route ensemble. Je serai votre voix. Par nos forces unies, nous atteindrons au but...

Un rayon de soleil glissa entre les branches mouillées des arbres, qui lentement s'égouttaient. Du petit pré d'en bas montaient des voix enfantines, un vieux lied allemand, candide, que chantaient trois petites filles, en dansant une ronde autour de la maison. Et de loin, le vent d'ouest apportait, comme un parfum de roses, la voix des cloches de France...

—Ô paix, divine harmonie, musique de l'âme délivrée, où se fendent la douleur et la joie, et la mort et la vie, et les races ennemies, les races fraternelles, je t'aime, je te veux, je t'aurai....

Le voile de la nuit tomba. Christophe, sortant de son rêve, revit près de lui le visage fidèle de l'ami. Il lui sourit et l'embrassa. Puis, ils se remirent en marche, à travers la forêt, en silence; et Christophe frayait le chemin à Olivier.

Taciti, soli e senza compagnia,
n'andavan l'un dinnanzi, e l'altro dopo,
come i frati minor vanno per via...

二人は顔を見合わした。そしてどちらも、もう自分の苦しみを感じないで、友の苦しみを感じた。二人は手をとり合った。朗らかな愁うれいが二人を包んだ。そよとの風もないのに、霧の帷が静かに消えていった。青空がまた晴れ晴れと現われてきた。雨あがりの地面のしめやかな心地よさ……。それは情けある美しい微笑を浮かべて、両腕で胸の上に人を抱き取ってくれる、そして言ってくれる。
「休息なさい。すべてよいのだ……。」
クリストフの心は和らいできた。二日以前から彼は、なつかしい母の思い出のなかに、母の魂のなかに、すっかり生きてきたのだった。その微々たる生活――子供のいない家の沈黙のなかに、自分を打ち捨てた子供たちのことを考えながら、過ごされてきた単調な寂しい日々――安らかな信仰と、やさしい親切な気質と、微笑ほほえめる忍従と、利己心の皆無とをそなえてる、病身でいながら元気である憐あわれな老母……それを彼はありありと思い浮かべた。それから彼はまた、自分の知ってる微賤びせんな魂の人たちのことをも考えた。そして今や、それらの人たちにいかに自分を近く感じたことだったろう! 幻影に駆られてる諸民族をたがいに衝突せしむる、あの殺害的狂乱の風が吹き過ぎる危急な時期のすぐあとで、あらゆる思想と人々とが猛然と取り組み合ってる火宅のようなパリーにおける、長年の困難な奮闘からのがれ出て、今やクリストフは、その逆上せる不毛な世界にたいして、その利己主義の戦いにたいして、また、自分こそ世界の理性だと自惚うぬぼれながら実はその悪い夢にすぎない選良者、野心家、虚栄者、などにたいして、ある嫌厭けんえんの情を覚えたのだった。そして、温良と信仰と献身との純な炎に黙々と燃えてる、各民族のうちの無数の素朴そぼくな魂の人たち――世界の心とも言うべき人たち――のほうへ彼の愛はすべて向いていった。
「そうだ、私はあなたたちを知っている。私はついにあなたたちにめぐりあった。あなたたちは私と同じ血であり、私と同胞である。私は放蕩ほうとう息子のようにあなたたちのもとを去って、通りがかりの人影について行った。けれどまたもどって来た。私を迎えてほしい。私たちは死者も生者も皆一体である。私がどこへ行こうと、あなたたちはいつも私といっしょにいる。私を負おぶってくれたお母かあさん、私は今あなたを自分のうちに担になっている。それからあなたがた、ゴットフリート、シュルツ、ザビーネ、アントアネットあなたがたも皆私のうちにいる。あなたたちは私の富である。私たちはいっしょに歩こう。私はもうあなたたちを離れまい。私はあなたたちの声となろう。皆力を合わせて、私たちは目的地に達するだろう……。」
一条の光線が、静かに雫しずくをたらしてる木々の濡ぬれた枝葉の間から、すべり込んできた。下のほうの小さな牧場から、幼い声が聞こえていた。三人の少女が、森の家のまわりでいっしょにロンドを踊りながら、無邪気な古いドイツの歌曲リードを歌ってるのだった。そして遠くから西風が薔薇ばらの香かおりのように、フランスの鐘の音をもたらしていた……。
「おう、平和、崇高な諧調かいちょう、解放された魂の音楽! 汝なんじのうちには、悲しみも喜びも死も生も、敵同志の民族も味方同志の民族も、みないっしょに融とけ合っている。私は汝を愛する、汝を求める、汝を自分のものとしよう……。」

夜の帷とばりが落ちてきた。クリストフは夢想から覚さめて、オリヴィエの信実な顔を自分のそばに見出した。彼はそれに微笑ほほえみかけて抱擁した。それからまた二人は、無音のまま森の中を歩きだした。そしてクリストフは、オリヴィエの先に立って道を開いて進んだ。

黙々として、ただ二人、連れもなく、
われらは前後に相並びて進みゆきぬ、
あたかもフランシスコ修道士らのごとくに……。

第8巻 女友達(1)へ続く

 

合計ビュー 736 , 今日のビュー 10 

-Jean-Christophe