Les Misérables リーディング

Les Misérables Tome IV : Livre neuvième—Où vont-ils?

Chapitre I Jean Valjean

 

Ce même jour, vers quatre heures de l'après-midi, Jean Valjean était assis seul sur le revers de l'un des talus les plus solitaires du Champ de Mars. Soit prudence, soit désir de se recueillir, soit tout simplement par suite d'un de ces insensibles changements d'habitudes qui s'introduisent peu à peu dans toutes les existences, il sortait maintenant assez rarement avec Cosette. Il avait sa veste d'ouvrier et un pantalon de toile grise, et sa casquette à longue visière lui cachait le visage. Il était à présent calme et heureux du côté de Cosette; ce qui l'avait quelque peu effrayé et troublé s'était dissipé; mais, depuis une semaine ou deux, des anxiétés d'une autre nature lui étaient venues. Un jour, en se promenant sur le boulevard, il avait aperçu Thénardier; grâce à son déguisement, Thénardier ne l'avait point reconnu; mais depuis lors Jean Valjean l'avait revu plusieurs fois, et il avait maintenant la certitude que Thénardier rôdait dans le quartier. Ceci avait suffi pour lui faire prendre un grand parti. Thénardier là, c'étaient tous les périls à la fois. En outre Paris n'était pas tranquille; les troubles politiques offraient cet inconvénient pour quiconque avait quelque chose à cacher dans sa vie que la police était devenue très inquiète et très ombrageuse, et qu'en cherchant à dépister un homme comme Pépin ou Morey, elle pouvait fort bien découvrir un homme comme Jean Valjean. Jean Valjean s'était décidé à quitter Paris, et même la France, et à passer en Angleterre. Il avait prévenu Cosette. Avant huit jours il voulait être parti. Il s'était assis sur le Champ de Mars, roulant dans son esprit toutes sortes de pensées, Thénardier, la police, le voyage, et la difficulté de se procurer un passeport.

À tous ces points de vue, il était soucieux.

Enfin, un fait inexplicable qui venait de le frapper, et dont il était encore tout chaud, avait ajouté à son éveil. Le matin de ce même jour, seul levé dans la maison, et se promenant dans le jardin avant que les volets de Cosette fussent ouverts, il avait aperçu tout à coup cette ligne gravée sur la muraille, probablement avec un clou.

16, rue de la Verrerie.

Cela était tout récent, les entailles étaient blanches dans le vieux mortier noir, une touffe d'ortie au pied du mur était poudrée de fin plâtre frais. Cela probablement avait été écrit là dans la nuit. Qu'était-ce? une adresse? un signal pour d'autres? un avertissement pour lui? Dans tous les cas, il était évident que le jardin était violé, et que des inconnus y pénétraient. Il se rappela les incidents bizarres qui avaient déjà alarmé la maison. Son esprit travailla sur ce canevas. Il se garda bien de parler à Cosette de la ligne écrite au clou sur le mur, de peur de l'effrayer.

Au milieu de ces préoccupations, il s'aperçut, à une ombre que le soleil projetait, que quelqu'un venait de s'arrêter sur la crête du talus immédiatement derrière lui. Il allait se retourner, lorsqu'un papier plié en quatre tomba sur ses genoux, comme si une main l'eût lâché au-dessus de sa tête. Il prit le papier, le déplia, et y lut ce mot écrit en grosses lettres au crayon:

DÉMÉNAGEZ.

Jean Valjean se leva vivement, il n'y avait plus personne sur le talus; il chercha autour de lui et aperçut une espèce d'être plus grand qu'un enfant, plus petit qu'un homme, vêtu d'une blouse grise et d'un pantalon de velours de coton couleur poussière, qui enjambait le parapet et se laissait glisser dans le fossé du Champ de Mars.

Jean Valjean rentra chez lui sur-le-champ, tout pensif.

 

右と同じ日の午後四時ごろ、ジャン・ヴァルジャンは練兵場の最も寂しい土堤どての陰に一人ですわっていた。用心のためか、あるいは瞑想めいそうにふけりたいと思ってか、あるいは単にどんな生活にもしだいに起こってくる知らず知らずの習慣の変化からか、彼はこのごろあまりコゼットを連れて外出しなかった。彼は労働者の上衣を着、鼠色ねずみいろの麻のズボンをはき、長い庇ひさしの帽子で顔を隠していた。現在ではもう彼はコゼットのそばで落ち着いて幸福であった。一時彼を脅かしわずらわしたものも消えうせてしまっていた。しかしこの一、二週間以来、別種の心配がやってきた。ある日大通りを歩いていると、テナルディエの姿を見かけた。変装のためにテナルディエは彼を見て取り得なかった。しかしその後ジャン・ヴァルジャンは、幾度もテナルディエに会い、今ではテナルディエがその付近をうろついてることも確かになった。そしてそのことはついに彼に大なる決心を促さした。テナルディエがいることは、また同時にあらゆる危険が存在することだった。
その上パリーは平穏ではなかった。政治上の騒ぎのために、何か身の上に隠すべき点を持ってる者にとっては、ごく都合の悪い状態になっていた。警察の方ではひどく気をもみ疑い深くなり、ペパンやモレーのような過激な人物を狩り出しながら、またジャン・ヴァルジャンのような者をも容易に発見し得るに違いなかった。
それらのことを考えて、彼は心配になってきた。
それからまた最後に、不可解な一事が起こってき、今なおありありと頭に残っていて、彼の警戒の念をいっそう強めたのであった。その日の朝、ただひとり先に起き上がり、コゼットの室へやの雨戸が開かないうちに庭を歩いていると、壁の上におそらく釘くぎで彫りつけられたらしい一行の文字が突然目にはいった。
ヴェールリー街十六。
それはごく新しくしるされたもので、その線はまっ黒な古い漆喰しっくいの中に白く見えており、壁の根本にある一叢ひとむらの蕁麻いらくさは新しい漆喰の粉をかぶっていた。おそらく前夜のうちに書かれたものに違いなかった。いったいこれは何だろう? だれかの住所か、それとも他の者に対する合い図か、それとも自分に対する警告か? いずれにしても知らない者らが庭に侵入してきたことは明らかだった。以前に家中を驚かした不思議なできごとを彼は思い起こした。そしてあれかこれかとしきりに頭を悩ました。釘の先で壁に書かれた一行の文字については、こわがらしてはならないと思ってコゼットには少しも話さなかった。
種々のことを考え推測してジャン・ヴァルジャンは、いよいよパリーを去り、フランスをも去り、イギリスに渡ろうと決心していたのであった。コゼットにも前もって知らしておいた。一週間のうちに出立しようと思っていたのである。で今彼は練兵場の土堤どての陰にすわって種々の考えを頭の中に浮かべていた、テナルディエのこと、警察のこと、壁の上に書かれた不思議な一行の文字のこと、旅行のこと、旅行券を得るのに困難なこと。
そういうことで頭がいっぱいになってる最中に、彼は自分のすぐ後ろの土堤どての頂にだれかがやってきて立ち止まったのを、日の光が投げたその影で見て取った。彼がふり向こうとした時、四つに折った一枚の紙が頭の上から落とされたように膝ひざの上に落ちてきた。彼はその紙片を取り、それをひらくと、そこには鉛筆で大きく一語したためてあった。

引っ越せ。

ジャン・ヴァルジャンは急いで立ち上がったが、土堤の上にはもうだれもいなかった。あたりを見回すと、鼠色ねずみいろのだぶだぶした上衣を着、塵ちりによごれた綿ビロードのズボンをつけた、子供より大きく大人おとなよりは小さい一人の者が、柵さくをおどり越え、練兵場の溝みぞの中にすべり込んでゆくのが見えた。
ジャン・ヴァルジャンは深く考え込んですぐに家へ帰った。

 

 

Chapitre II Marius

 

Marius était parti désolé de chez M. Gillenormand. Il y était entré avec une espérance bien petite; il en sortait avec un désespoir immense.

Du reste, et ceux qui ont observé les commencements du cœur humain le comprendront, le lancier, l'officier, le dadais, le cousin Théodule, n'avait laissé aucune ombre dans son esprit. Pas la moindre. Le poète dramatique pourrait en apparence espérer quelques complications de cette révélation faite à brûle-pourpoint au petit-fils par le grand-père. Mais ce que le drame y gagnerait, la vérité le perdrait. Marius était dans l'âge où, en fait de mal, on ne croit rien; plus tard vient l'âge où l'on croit tout. Les soupçons ne sont autre chose que des rides. La première jeunesse n'en a pas. Ce qui bouleverse Othello, glisse sur Candide. Soupçonner Cosette! il y a une foule de crimes que Marius eût faits plus aisément.

Il se mit à marcher dans les rues, ressource de ceux qui souffrent. Il ne pensa à rien dont il pût se souvenir. À deux heures du matin il rentra chez Courfeyrac et se jeta tout habillé sur son matelas. Il faisait grand soleil lorsqu'il s'endormit de cet affreux sommeil pesant qui laisse aller et venir les idées dans le cerveau. Quand il se réveilla, il vit debout dans la chambre, le chapeau sur la tête, tout prêts à sortir et très affairés, Courfeyrac, Enjolras, Feuilly et Combeferre.

Courfeyrac lui dit:

—Viens-tu à l'enterrement du général Lamarque?

Il lui sembla que Courfeyrac parlait chinois.

Il sortit quelque temps après eux. Il mit dans sa poche les pistolets que Javert lui avait confiés lors de l'aventure du 3 février et qui étaient restés entre ses mains. Ces pistolets étaient encore chargés. Il serait difficile de dire quelle pensée obscure il avait dans l'esprit en les emportant.

Toute la journée il rôda sans savoir où; il pleuvait par instants, il ne s'en apercevait point; il acheta pour son dîner une flûte d'un sou chez un boulanger, la mit dans sa poche et l'oublia. Il paraît qu'il prit un bain dans la Seine sans en avoir conscience. Il y a des moments où l'on a une fournaise sous le crâne. Marius était dans un de ces moments-là. Il n'espérait plus rien; il ne craignait plus rien; il avait fait ce pas depuis la veille. Il attendait le soir avec une impatience fiévreuse, il n'avait plus qu'une idée claire,—c'est qu'à neuf heures il verrait Cosette. Ce dernier bonheur était maintenant tout son avenir; après, l'ombre. Par intervalles, tout en marchant sur les boulevards les plus déserts, il lui semblait, entendre dans Paris des bruits étranges. Il sortait la tête hors de sa rêverie et disait: Est-ce qu'on se bat?

À la nuit tombante, à neuf heures précises, comme il l'avait promis à Cosette, il était rue Plumet. Quand il approcha de la grille, il oublia tout. Il y avait quarante-huit heures qu'il n'avait vu Cosette, il allait la revoir; toute autre pensée s'effaça et il n'eut plus qu'une joie inouïe et profonde. Ces minutes où l'on vit des siècles ont toujours cela de souverain et d'admirable qu'au moment où elles passent elles emplissent entièrement le cœur.

Marius dérangea la grille et se précipita dans le jardin. Cosette n'était pas à la place où elle l'attendait d'ordinaire. Il traversa le fourré et alla à l'enfoncement près du perron.—Elle m'attend là, dit-il.—Cosette n'y était pas. Il leva les yeux et vit que les volets de la maison étaient fermés. Il fit le tour du jardin, le jardin était désert. Alors il revint à la maison, et, insensé d'amour, ivre, épouvanté, exaspéré de douleur et d'inquiétude, comme un maître qui rentre chez lui à une mauvaise heure, il frappa aux volets. Il frappa, il frappa encore, au risque de voir la fenêtre s'ouvrir et la face sombre du père apparaître et lui demander: Que voulez-vous? Ceci n'était plus rien auprès de ce qu'il entrevoyait. Quand il eut frappé, il éleva la voix et appela Cosette.—Cosette! cria-t-il. Cosette! répéta-t-il impérieusement. On ne répondit pas. C'était fini. Personne dans le jardin; personne dans la maison.

Marius fixa ses yeux désespérés sur cette maison lugubre, aussi noire, aussi silencieuse et plus vide qu'une tombe. Il regarda le banc de pierre où il avait passé tant d'adorables heures près de Cosette. Alors il s'assit sur les marches du perron, le cœur plein de douceur et de résolution, il bénit son amour dans le fond de sa pensée, et il se dit que, puisque Cosette était partie, il n'avait plus qu'à mourir.

Tout à coup il entendit une voix qui paraissait venir de la rue et qui criait à travers les arbres:

—Monsieur Marius!

Il se dressa.

—Hein? dit-il.

—Monsieur Marius, êtes-vous là?

—Oui.

—Monsieur Marius, reprit la voix, vos amis vous attendent à la barricade de la rue de la Chanvrerie.

Cette voix ne lui était pas entièrement inconnue. Elle ressemblait à la voix enrouée et rude d'Éponine. Marius courut à la grille, écarta le barreau mobile, passa sa tête au travers et vit quelqu'un, qui lui parut être un jeune homme, s'enfoncer en courant dans le crépuscule.

マリユスはすべての望みを失ってジルノルマン氏の家から出てきた。はいってゆく時には一縷いちるの希望を持っていたが、出て来る時には深い絶望をいだいていた。
しかも、年若い者の心を観察したことのある人は了解するであろうが、あの槍騎兵そうきへい、将校、ばか者、従兄いとこのテオデュールは彼の精神に何らの陰影をも残さなかった。少しの陰影をも残さなかった。孫に向かって祖父がだしぬけにもらしたその秘密から、戯曲家ならたいてい何かの紛乱を期待するかも知れない。しかし劇はそれでおもしろくなるかも知れないが、真実さは減じてくるに違いない。マリユスはまだ悪いことは何事をも信じない年配であった。すべてを信ずる年配はそのあとにしかやってこない。疑念は皺しわにほかならない。年若い青春は皺を持たない。オセロを転倒させることもカンディードの上にはただすべりゆくのみである(訳者注 セークスピアの戯曲オセロ ヴォルテールの小説カンディード)。コゼットを疑う! そういう事はマリユスにとっては多くの罪悪よりもなおなし難かったであろう。
彼は街路を歩き始めた。それは苦しむ者の普通のやり方である。彼は何か考えていたが、あとで思いだせるようなことは一つも考えていなかった。夜中の二時にクールフェーラックのもとに帰りつき、着物もぬがずにそのまま蒲団ふとんの上に身を投げ出した。すっかり夜が明けてからようやく、あらゆる考えがなお頭の中に行ききする重い恐ろしい眠りに陥った。目をさますとちょうど、クールフェーラックとアンジョーラとフイイーとコンブフェールとが頭に帽子をかぶり、出かけるばかりの忙しそうな様子をして、室へやの中に立っていた。
クールフェーラックは彼に言った。
「君はラマルク将軍の葬式に行かないか。」
彼にはクールフェーラックの言葉も訳のわからぬ支那語のように聞こえた。
皆が出て行った後しばらくして彼も出かけた。二月三日の事件のおりジャヴェルからもらったまま手もとに残ってる二つのピストルを、彼はポケットの中に入れた。それにはまだ弾丸が込めてあった。頭の中にいかなるひそかな考えがあってそれを持ち出したかは、語るに困難なことである。
自らどことも知らないで彼は終日歩き回った。時々雨が降ったのもまったく気づかなかった。食事のためにあるパン屋で一スーの長パンを買ったが、それもポケットに入れたまま忘れてしまった。何というつもりもなしにセーヌ川にはいって水を浴びたようでもあった。頭蓋骨ずがいこつの下に烈火が燃え立ってるような時も人にはあるものである。マリユスはちょうどそういう時にさしかかっていた。もう何一つ願わず、何一つ恐れなかった。彼は前夜以来そういう状態になっていた、そして熱しいら立ちながら晩になるのを待った。ただ一つの明らかな考えばかりが残っていた、すなわち九時にコゼットに会うこと。その最後の幸福こそ今では彼の未来のすべてだった。その先はただ暗黒のみであった。寂しい大通りを歩いていると、間をおいて不思議な響きがパリーの市中に聞こえるようだった。彼は夢幻のうちから頭を差し出して言った。「戦争でもしてるのかしら。」
暗くなる頃、ちょうど九時に、コゼットに約束したとおり彼はプリューメ街にきていた。鉄門に近寄った時彼はすべてを忘れた。この前コゼットと会ってからもう四十八時間、そして今再び会えるのである。その他の考えは消えてしまい、異常な深い喜びをしかもう感じなかった。数世紀の長い間とも思えるかかる数分時は、常におごそかな驚嘆すべき特質を有していて、過ぎ去りつつ人の心をまったく満たしてくれるものである。
マリユスは鉄棒を動かし、庭の中に飛び込んだ。コゼットはいつも彼を待っていてくれる例の所にいなかった。彼は藪やぶの間を通りぬけ、踏み段のそばの奥まった所まで行った。「そこで待ってるのだろう、」と彼は言った。しかしコゼットはそこにもいなかった。目を上げると、家の雨戸は皆閉ざされていた。庭を一回りしたが、やはりだれもいなかった。その時彼は家の前へ戻ってき、愛のために我を忘れ、悲しみと不安とのために惑乱しおびえいら立って、時ならぬ時間に家に帰ってきた主人あるじのように、雨戸をうちたたいた。たたきにたたいた。窓があけられ父親の恐ろしい顔が現われ「何だ?」と尋ねられる危険をも顧みなかった。心に待ち望んでいることに比ぶればそれは取るに足らぬことだった。たたき終えた時、彼は声をあげて「コゼット!」と叫んだ。「コゼット!」と激しく繰り返した。何の答えもなかった。万事は終わっていた。庭にはだれもいず、家の中にもだれもいなかった。
マリユスは、墳墓のように暗く黙々としてしかもいっそう空虚なその悲しい家に絶望の目を据えた。コゼットのそばで幾多の楽しい時間を過ごした石の腰掛けをながめた。それから踏み段の上にすわり、心は情愛と決意とに満ち、胸の奥で自分の愛を祝福し、コゼットが出発してしまった今となってはもはや死ぬのほかはないと自ら言った。
突然彼は人の声を聞いた。それは街路から来るもののようで、木立ち越しに叫んでいた。
「マリユスさん!」
彼は身を起こした。
「ええ?」と彼は言った。
「マリユスさん、あなたそこにいるの?」
「ええ。」
「マリユスさん、」とその声はまた言った、「お友だちがみなあなたを、シャンヴルリー街の防寨ぼうさいで待っています。」
その声は彼のまったく知らないものではなかった。何だかエポニーヌの荒いつぶれた声に似寄っていた。マリユスは鉄門の所に走ってゆき、動く棒を押し開き、その間から頭を出した。見ると、若い男らしく思われる一人の者が、向こうへ走りながら暗がりの中に消えていった。

 

 

Chapitre III M. Mabeuf

 

La bourse de Jean Valjean fut inutile à M. Mabeuf. M. Mabeuf, dans sa vénérable austérité enfantine, n'avait point accepté le cadeau des astres; il n'avait point admis qu'une étoile pût se monnayer en louis d'or. Il n'avait pas deviné que ce qui tombait du ciel venait de Gavroche. Il avait porté la bourse au commissaire de police du quartier, comme objet perdu mis par le trouveur à la disposition des réclamants. La bourse fut perdue en effet. Il va sans dire que personne ne la réclama, et elle ne secourut point M. Mabeuf.

Du reste, M. Mabeuf avait continué de descendre.

Les expériences sur l'indigo n'avaient pas mieux réussi au Jardin des plantes que dans son jardin d'Austerlitz. L'année d'auparavant, il devait les gages de sa gouvernante; maintenant, on l'a vu, il devait les termes de son loyer. Le mont-de-piété, au bout des treize mois écoulés, avait vendu les cuivres de sa Flore. Quelque chaudronnier en avait fait des casseroles. Ses cuivres disparus, ne pouvant plus compléter même les exemplaires dépareillés de sa Flore qu'il possédait encore, il avait cédé à vil prix à un libraire-brocanteur planches et texte, comme défets. Il ne lui était plus rien resté de l'œuvre de toute sa vie. Il se mit à manger l'argent de ces exemplaires. Quand il vit que cette chétive ressource s'épuisait, il renonça à son jardin et le laissa en friche. Auparavant, et longtemps auparavant, il avait renoncé aux deux œufs et au morceau de bœuf qu'il mangeait de temps en temps. Il dînait avec du pain et des pommes de terre. Il avait vendu ses derniers meubles, puis tout ce qu'il avait en double en fait de literie, de vêtements et de couvertures, puis ses herbiers et ses estampes; mais il avait encore ses livres les plus précieux, parmi lesquels plusieurs d'une haute rareté, entre autres les Quadrains historiques de la Bible, édition de 1560, la Concordance des Bibles de Pierre de Besse, les Marguerites de la Marguerite de Jean de La Haye avec dédicace à la reine de Navarre, le livre de la Charge et dignité de l'ambassadeur par le sieur de Villiers-Hotman, un Florilegium rabbinicum de 1644, un Tibulle de 1567 avec cette splendide inscription: Venetiis, in oedibus Manutianis; enfin un Diogène Laërce, imprimé à Lyon en 1644, et où se trouvaient les fameuses variantes du manuscrit 411, treizième siècle, du Vatican, et celles des deux manuscrits de Venise, 393 et 394, si fructueusement consultés par Henri Estienne, et tous les passages en dialecte dorique qui ne se trouvent que dans le célèbre manuscrit du douzième siècle de la bibliothèque de Naples. M. Mabeuf ne faisait jamais de feu dans sa chambre et se couchait avec le jour pour ne pas brûler de chandelle. Il semblait qu'il n'eût plus de voisins, on l'évitait quand il sortait, il s'en apercevait. La misère d'un enfant intéresse une mère, la misère d'un jeune homme intéresse une jeune fille, la misère d'un vieillard n'intéresse personne. C'est de toutes les détresses la plus froide. Cependant le père Mabeuf n'avait pas entièrement perdu sa sérénité d'enfant. Sa prunelle prenait quelque vivacité lorsqu'elle se fixait sur ses livres, et il souriait lorsqu'il considérait le Diogène Laërce, qui était un exemplaire unique. Son armoire vitrée était le seul meuble qu'il eût conservé en dehors de l'indispensable.

Un jour la mère Plutarque lui dit:

—Je n'ai pas de quoi acheter le dîner.

Ce qu'elle appelait le dîner, c'était un pain et quatre ou cinq pommes de terre.

—À crédit? fit M. Mabeuf.

—Vous savez bien qu'on me refuse.

M. Mabeuf ouvrit sa bibliothèque, regarda longtemps tous ses livres l'un après l'autre, comme un père obligé de décimer ses enfants les regarderait avant de choisir, puis en prit un vivement, le mit sous son bras, et sortit. Il rentra deux heures après n'ayant plus rien sous le bras, posa trente sous sur la table et dit:

—Vous ferez à dîner.

À partir de ce moment, la mère Plutarque vit s'abaisser sur le candide visage du vieillard un voile sombre qui ne se releva plus.

Le lendemain, le surlendemain, tous les jours, il fallut recommencer. M. Mabeuf sortait avec un livre et rentrait avec une pièce d'argent. Comme les libraires brocanteurs le voyaient forcé de vendre, ils lui rachetaient vingt sous ce qu'il avait payé vingt francs, quelquefois aux mêmes libraires. Volume à volume, toute la bibliothèque y passait. Il disait par moments: J'ai pourtant quatre-vingts ans, comme s'il avait je ne sais quelle arrière-espérance d'arriver à la fin de ses jours avant d'arriver à la fin de ses livres. Sa tristesse croissait. Une fois pourtant il eut une joie. Il sortit avec un Robert Estienne qu'il vendit trente-cinq sous quai Malaquais et revint avec un Alde qu'il avait acheté quarante sous rue des Grès.—Je dois cinq sous, dit-il tout rayonnant à la mère Plutarque. Ce jour-là il ne dîna point.

Il était de la Société d'horticulture. On y savait son dénûment. Le président de cette société le vint voir, lui promit de parler de lui au ministre de l'Agriculture et du Commerce, et le fit.—Mais comment donc! s'écria le ministre. Je crois bien! Un vieux savant! un botaniste! un bonhomme inoffensif! Il faut faire quelque chose pour lui! Le lendemain M. Mabeuf reçut une invitation à dîner chez le ministre. Il montra en tremblant de joie la lettre à la mère Plutarque.—Nous sommes sauvés! dit-il. Au jour fixé, il alla chez le ministre. Il s'aperçut que sa cravate chiffonnée, son grand vieil habit carré et ses souliers cirés à l'œuf étonnaient les huissiers. Personne ne lui parla, pas même le ministre. Vers dix heures du soir, comme il attendait toujours une parole, il entendit la femme du ministre, belle dame décolletée dont il n'avait osé s'approcher, qui demandait: Quel est donc ce vieux monsieur? Il s'en retourna chez lui à pied, à minuit, par une pluie battante. Il avait vendu un Elzévir pour payer son fiacre en allant.

Tous les soirs avant de se coucher il avait pris l'habitude de lire quelques pages de son Diogène Laërce. Il savait assez de grec pour jouir des particularités du texte qu'il possédait. Il n'avait plus maintenant d'autre joie. Quelques semaines s'écoulèrent. Tout à coup la mère Plutarque tomba malade. Il est une chose plus triste que de n'avoir pas de quoi acheter du pain chez le boulanger, c'est de n'avoir pas de quoi acheter des drogues chez l'apothicaire. Un soir, le médecin avait ordonné une potion fort chère. Et puis, la maladie s'aggravait, il fallait une garde. M. Mabeuf ouvrit sa bibliothèque, il n'y avait plus rien. Le dernier volume était parti. Il ne lui restait que le Diogène Laërce.

Il mit l'exemplaire unique sous son bras et sortit, c'était le 4 juin 1832; il alla porte Saint-Jacques chez le successeur de Royol, et revint avec cent francs. Il posa la pile de pièces de cinq francs sur la table de nuit de la vieille servante et rentra dans sa chambre sans dire une parole.

Le lendemain, dès l'aube, il s'assit sur la borne renversée dans son jardin, et par-dessus la haie on put le voir toute la matinée immobile, le front baissé, l'œil vaguement fixé sur ses plates-bandes flétries. Il pleuvait par instants, le vieillard ne semblait pas s'en apercevoir. Dans l'après-midi, des bruits extraordinaires éclatèrent dans Paris. Cela ressemblait à des coups de fusil et aux clameurs d'une multitude.

Le père Mabeuf leva la tête. Il aperçut un jardinier qui passait, et demanda:

—Qu'est-ce que c'est?

Le jardinier répondit, sa bêche sur le dos, et de l'accent le plus paisible:

—Ce sont des émeutes.

—Comment! des émeutes?

—Oui. On se bat.

—Pourquoi se bat-on?

—Ah! dame! fit le jardinier.

—De quel côté? reprit M. Mabeuf.

—Du côté de l'Arsenal.

Le père Mabeuf rentra chez lui, prit son chapeau, chercha machinalement un livre pour le mettre sous son bras, n'en trouva point, dit: Ah c'est vrai et s'en alla d'un air égaré.

ジャン・ヴァルジャンの財布はマブーフ氏には何の役にも立たなかった。マブーフ氏はその子供らしい尊い謹厳さをもって、天の賜物をも決して受納しなかった。星がルイ金貨になり得るとは考えられなかった。天から落ちてきたものは実はガヴローシュからきたものであるとは、思いつくことができなかった。彼はその財布を所轄の警察署へ持ってゆき、請求者の意のままに拾い主から届け出でた拾得物だとして置いてきた。実際その金入れは落とされたものだった。がもちろんそれを請求する者もなかったし、さりとてマブーフ氏を救うものともならなかった。
それにまたマブーフ氏は、相変わらず坂道を下へと下くだりつつあった。
藍あいの試培は、オーステルリッツの庭におけると同じく、動植物園においても成功しなかった。前年から婆さんの給金も借りになっていたが、前に言ったとおり今では家賃も数期分たまっていた。質屋は彼の特産植物誌の銅版を、十三カ月預っていた後売り払ってしまった。ある鋳物師がそれで鍋なべをこしらえたそうである。銅板がなくなってしまえば手もとにある特産植物誌のはしたの本は完成することができないので、その木版と本文とをもはんぱ物としてある古本屋に捨値すてねで譲ってやった。彼にはもはや一生を費やした著作物から残ってる物は何もなかった。彼はその書物の代を食い始めた。そしてそのわずかな金がつきてしまった時、庭の仕事も止めて荒れるに任した。以前から、もうずっと以前から、時々食べる二つの鶏卵と一片の肉片をも廃していた。食事はパンと馬鈴薯ばれいしょだけになっていた。残ってる家具をも売り払い、次には夜具や着物や毛布なども二枚あるものは一枚売り、次には植物の標本や版画などを売った。しかし、なおごく貴重な書物は残していた。そのうちには非常な珍本が幾らもあって、特に次のようなのはすぐれたものだった。聖書歴史年譜、一五六〇年版。各聖書要目索引、ピエール・ド・ベス著。マルグリットの諸マルグリット、ジャン・ド・ラ・エー著、ナヴァール女皇への捧呈文付き。大使の職員および品位につきて、ヴィリエ・オットマン閣下著。一六四四年版のユダヤ美文集一冊。「ヴェニス、マヌチアニス家において」という金ぴかの銘がついてる一五六七年版のチブルスの詩集一冊。終わりにディオゲネス・ラエルチオスの著書一冊、これは一六四四年にリオンで印刷されたもので、中には、ヴァチカンにある十三世紀物の第四一一の写本の有名な異文が掲げてあり、またヴェニスにある第三九三と第三九四との両写本の異文も掲げてあって、アンリ・エスティエンヌのみごとな校合の結果でき上がったものであり、それからまた、ナポリの図書館にある十二世紀物の有名な写本の中にしかないドリア語の全文もついている。かくてマブーフ氏はもう決して室へやに火をたかず、また蝋燭ろうそくを使わないようにと明るいうちから寝床にはいった。親しい者もなくなったかのようで、外出すればいつも人に避けられた。彼自身もそれに気づいていた。子供の難渋は母の心を動かし、若い男の難渋は若い娘の心を動かすが、老人の難渋はだれからも顧みられないものである。それはあらゆる困苦のうちでも最も冷たいものである。けれどもマブーフ老人は、子供のような清朗さをまったく失ってはいなかった。自分の蔵書を見る時には、眸ひとみに多少の元気が現われ、世にただ一部きりないディオゲネス・ラエルチオスをながめる時には、顔に微笑が上った。ガラス戸のついてるその書棚は必要な品を除いては彼が残して置いた唯一の家具であった。
ある日、プリュタルク婆さんは彼に言った。
「夕御飯を買う金がありません。」
彼女が夕御飯と言ったのは、実は一片のパンと四つか五つかの馬鈴薯ばれいしょとであった。
「後払あとばらいにしたら?」とマブーフ氏は言った。
「だれもそんなことをしてくれないのは御承知ではありませんか。」
マブーフ氏は書棚を開き、あたかも自分の子を一人犠牲にしなければならない父親がどれにしようかと大勢の子をながめるがように、蔵書を長い間かかって一つ一つながめ、それから急にその一冊を取り、それをわきにかかえ、そして出て行った、二時間たって彼は、小わきを空からにして帰ってき、テーブルの上に三十スーの金を置いて言った。
「これで夕飯をしたくしてくれ。」
その時からプリュタルク婆さんは、老人の清澄な顔の上に暗い影がさすのを見た。その影はついに再び晴れることがなかった。
翌日も、その翌日も、日々同じことをくり返さなければならなかった。マブーフ氏は一冊の書物を持って出かけてゆき、少しの金を手にして戻ってきた。古本屋は彼が是非とも売らなければならないのを見て取って、二十フランもしたものを二十スーくらいに買い取った。時とすると同じ店でそういう目に会うこともあった。一冊一冊と蔵書は減っていった。おりにふれて彼は言った、「だが私はもう八十歳だから。」それはあたかも、書物が尽きない前に自分の余生が尽きることをひそかに望んでいるようだった。悲しみは増していった。けれども一度彼に喜ばしい事が起こった。彼はロベール・エスティエンヌ版の書物を一冊持って出かけ、マラケー河岸でそれを三十五スーに売り、そしてグレー街で四十スーで買ったアルド版の書物を一冊持って帰ってきた。「私は五十スー借りた、」と彼は顔を輝かしながらプリュタルク婆さんに言った。その日彼は夕食をしなかった。
彼は園芸協会にはいっていた。会員は皆彼の貧窮を知っていた。会長は彼を訪れてき、彼のことを農商務大臣に話してやろうと約束し、そして実際それを果たした。大臣は叫んだ。「ははあなるほど、よくわかった。老人で、植物学者で、おとなしい好人物だと。何とかしてやらずばなるまい!」その翌日、マブーフは大臣邸へ晩餐ばんさんの招待を受けた。彼は喜びに震えながらその手紙をプリュタルク婆さんに見せた。「これで助かった!」と彼は言った。定日に彼は大臣の家へ行った。そして自分の皺しわくちゃになった襟飾えりかざりや、角張った大きな古上衣や、やたらに靴墨くつずみを塗りたてた靴などが、接待人らを驚かしたことを見て取った。だれも彼に言葉をかけなかった。大臣すら言葉をかけなかった。十時ごろになって、なお何かの挨拶あいさつを待っていると、胸をあらわにした近寄れそうにもない美しい大臣夫人が、人に尋ねている声を聞いた、「あのお年寄りは何という人ですか?」彼は徒歩で、ま夜中に、雨の降る中を自分の家に帰ってきた。しかもそこへ行く時の馬車代を払うためにエルゼヴィル版の書物を一冊売ったのである。
毎晩寝る前に、彼はディオゲネス・ラエルチオスの数ページを読む習慣になっていた。その書物の原文の妙味を味わい得るくらいにはギリシャ語の力があった。今ではもうそれ以外に何の楽しみもなくなっていた。数週間過ぎ去った。すると突然プリュタルク婆さんが病気になった。パン屋からパンを買う金もないことより、いっそう悲しいことがあるとすれば、それは薬屋から薬を買う金もないことである。ある晩、医者はごく高価な薬を命じた。その上、病気は重ってきて看護婦も必要だった。マブーフ氏は書棚を開いた。もう売るものは何にもなかった。最後の一冊もなくなっていた。残っているのは、ただディオゲネス・ラエルチオスだけだった。
彼は世にまたとないその一冊の書物を腕にかかえて出かけていった。一八三二年六月四日だった。サン・ジャック市門のロアイヨルの後継者の家に行き、百フラン持って帰ってきた。そして年取った召し使いの枕頭まくらもとのテーブルに、五フラン貨幣をつみ重ね、一言も言わないで自分の室へやに戻った。
翌日、夜が明けると、彼は庭の中に横たわってる標石に腰をおろしていた。額をたれ、しぼみはてた花床の上にぼんやり目を定めて、その朝中身動きもしないでいる彼の姿が、籬まがき越しに見られた。ときどき雨が降ったが、老人はそれに気もつかぬらしかった。午後になると、異常な響きがパリーの市中に起こった。小銃の音と群集の喊声かんせいとのようであった。
マブーフ老人は頭を上げた。ひとりの園丁が通るのを見て彼は尋ねた。
「あれは何かね。」
園丁は鍬くわをかついだまま、きわめて平気な調子で答えた。
「暴動ですよ。」
「なに、暴動?」
「ええ。戦いくさをしています。」
「何でまた戦をするんだ。」
「さあなんだか。」と園丁は言った。
「どっちの方だ。」
「造兵廠ぞうへいしょうの方です。」
マブーフ老人は家に入り、帽子を取り、小わきにはさむべき書物を機械的にさがしたが、一冊もなかった。「ああそうだった!」と彼は言った。そして我を忘れた様子で出て行ってしまった。

 

 

Livre dixième(第10編)に続く

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-Les Misérables, リーディング