Après l'été pluvieux, l'automne rayonnait. Dans les vergers, les fruits pullulaient sur les branches. Les pommes rouges brillaient comme des billes d'ivoire. Quelques arbres déjà revêtaient hâtivement leur plumage éclatant de l'arrière-saison: couleur de feu, couleur de fruits, couleur de melon mûr, d'orange, de citron, de cuisine savoureuse, de viandes rissolées. Des lueurs fauves s'allumaient de toutes parts dans les bois; et des prairies sortaient les petites flammes roses des colchiques diaphanes.
Il descendait une colline. C'était une après-midi de dimanche. Il marchait à grands pas, courant presque, entraîné par la pente. Il chantait une phrase, dont le rythme l'obsédait depuis le commencement de la promenade. Rouge, débraillé, il allait, agitant les bras, et roulant les yeux comme un fou, lorsque, à un tournant du chemin, il se trouva brusquement en présence d'une grande fille blonde, qui, juchée sur un mur, et tirant de toutes ses forces une grosse branche d'arbre, se régalait goulûment de petites prunes violettes. Ils furent aussi surpris l'un que l'autre. Elle le regarda, effarée, la bouche pleine; puis elle éclata de rire. Il en fit autant. Elle était plaisante à voir, avec sa figure ronde encadrée de cheveux blonds frisottants, qui faisaient autour d'elle comme une poussière de soleil, ses joues pleines et roses, ses larges yeux bleus, son nez un peu gros, impertinemment retroussé, sa bouche petite et très rouge, montrant des dents blanches, aux canines fortes et avançantes, son menton gourmand, et toute son abondante personne, grande et grasse, bien faite, solidement charpentée. Il lui cria:
—Bon appétit!
et voulut continuer son chemin. Mais elle l'appela:
—Monsieur! Monsieur! Voulez-vous être gentil? Aidez-moi à descendre. Je ne peux plus...
Il revint, et lui demanda comment elle avait fait pour monter.
—Avec mes griffes... C'est toujours facile de monter...
—Surtout quand il y a des fruits appétissants qui pendent au-dessus de votre tête...
—Oui... Mais quand on a mangé, on n'a plus de courage. On ne retrouve plus le chemin.
Il la regardait, perchée. Il dit:
—Vous êtes très bien ainsi. Restez là bien tranquille. Je viendrai vous voir demain. Bonsoir!
Mais il ne bougea pas, planté au-dessous d'elle.
Elle feignit d'avoir peur, et le supplia, avec de petites mines, de ne pas l'abandonner. Ils restaient à se regarder, en riant. Elle dit, en lui montrant la branche, à laquelle elle était accrochée:
—En voulez-vous?
Le respect de la propriété ne s'était pas développé chez Christophe, depuis le temps de ses courses avec Otto: il accepta sans hésiter. Elle s'amusa à le bombarder de prunes. Quand il eut mangé, elle dit:
—Maintenant!...
Il prit un malin plaisir à la faire attendre. Elle s'impatientait sur son mur. Enfin il dit:
—Allons!
et lui tendit les bras.
Mais au moment de sauter, elle se ravisa:
—Attendez! Il faut d'abord faire des provisions!
Elle cueillit les plus belles prunes, qui étaient à sa portée, et en remplit son corsage rebondi:
—Attention! Ne les écrasez pas!
Il avait presque envie de le faire.
Elle se baissa sur le mur, et sauta dans ses bras. Bien qu'il fût solide, il plia sous le poids, et faillit l'entraîner en arrière. Ils étaient de même taille. Leurs figures se touchaient. Il baisa ses lèvres humides et sucrées du jus des prunes; et elle lui rendit son baiser sans plus de façons.
—Où allez-vous? demanda-t-il.
—Je ne sais pas.
—Vous vous promeniez seule?
—Non. Je suis avec des amis. Mais je les ai perdus... Hé ho! fit-elle brusquement, en appelant de toutes ses forces.
Rien ne répondit.
Elle ne s'en préoccupa pas autrement. Ils se mirent a marcher, au hasard, droit devant eux.
—Et vous, où allez-vous? dit-elle.
—Je n'en sais rien non plus.
—Très bien. Nous allons ensemble.
Elle sortit des prunes de son corsage entre-bâillé, et se mit à les croquer.
—Vous allez vous faire mal, dit-il.
—Jamais! Toute la journée j'en mange.
Par la fente du corsage, il voyait la chemisette.
—Elles sont toutes chaudes maintenant, dit-elle.
—Voyons!
Elle lui en tendit une, en riant. Il la mangea. Elle le regardait du coin de l'œil, en suçant ses fruits comme un enfant. Il ne savait trop comment l'aventure finirait. Elle du moins s'en doutait. Elle attendait.
—Hé ho! cria-t-on dans le bois.
—Hé ho! répondit-elle... Ah! les voici! dit-elle à Christophe. Ce n'est pas malheureux!
Elle pensait au contraire que c'était plutôt malheureux. Mais la parole n'a pas été donnée à la femme pour dire ce qu'elle pense... Grâce à Dieu! il n'y aurait plus de morale possible sur terre...
Les voix se rapprochaient. Ses amis allaient déboucher sur la route. Elle sauta d'un bond le fossé du chemin, grimpa le talus qui le bordait, et se cacha derrière les arbres. Il la regardait faire, étonné. Elle lui fit signe impérieusement de venir. Il la suivit. Elle s'enfonça dans l'intérieur du bois.
—Hé ho! fit-elle de nouveau, quand ils furent assez loin... Il faut bien qu'ils me cherchent, expliqua-t-elle à Christophe.
Les gens s'étaient arrêtés sur la route et écoutaient d'où venait la voix. Ils répondirent et entrèrent à leur tour dans le bois. Mais elle ne les attendit pas. Elle s'amusa à faire de grands crochets à droite et à gauche. Ils s'époumonaient à l'appeler. Elle les laissait faire, puis elle allait crier dans la direction opposée. À la fin, ils se lassèrent, et, sûrs que le meilleur moyen de la faire venir était de ne point la chercher, ils crièrent:
—Bon voyage!
et partirent en chantant.
雨がちな夏のあとに、秋が輝いていた。果樹園の中には、果実が枝の上に群れをなしていた。赤い林檎が、象牙珠のように光っていた。ある樹木は早くも、晩秋の燦爛たる衣をまとっていた。火の色、果実の色、熟した瓜や、オレンジや、シトロンや、美味な料理や、焼肉などの、種々の色彩。鹿子色の光が、林の間の至る所にひらめいていた。そして牧場からは、透き通ったさふらんの小さな薔薇色の炎が立ちのぼっていた。
彼は丘を降りていた。日曜の午後だった。彼は傾斜に引かれてほとんど駆けながら、大胯に歩を運んでいた。散歩の初めから頭につきまとってた律動をもってる一句を、彼は歌っていた。そして真赤な色をし、胸をはだけ、狂人のように腕を振り、眼をきょろつかせながら、やって行くと、道の曲り角で、金髪の大きな娘に、ぱったり出会った。娘は壁の上に乗って、大きな枝を力任せに引張りながら、紫色の小さな梅の実を、うまそうに食っていた。彼らは二人とも同じようにびっくりした。彼女はどきまぎして、口いっぱいほおばりながら彼をながめた。それから笑い出した。彼も同じく放笑した。彼女は見るも快い姿だった、光の粉を散らしたような、縮れた金髪で縁取られた丸顔、赤いふっくらとした頬、青い大きな眼、横柄にそりくり返ってるやや太い鼻、つき出た強い糸切歯をそなえたまっ白な歯並が見えてる、ごく赤い小さな口、貪食的な頤、それから、丈夫な骨組みの体格のよい、大きな脂ぎった豊饒な身体。彼は彼女に叫んだ。
「御馳走さま!」
そして歩きつづけようとした。しかし彼女は呼びかけた。
「もし、もし、少し親切にしてくださらないこと? 助けておろしてちょうだいな。降りられなくなったから……。」
彼はもどってきた。どうして上ったかと尋ねた。
「手足で……上るのはいつもやさしいものよ……。」
「うまそうな果物が頭の上にぶらさがってる時には、なおさらでしょう。」
「ええ……でも食べてしまうと、がっかりするわ。もうどこから降りていいかわからなくなってしまうわ。」
彼はそこにとまってる彼女をながめた。そして言った。
「そうやってるとよく似合いますよ。そこにじっとしていらっしゃい。また明日見に来ます。さよなら!」
しかし彼は彼女の下にたたずんで、動かなかった。
彼女は恐がってるふうをした。そしてかわいい顔つきで、置きざりにしないようにと願った。二人は笑いながら、そのまま顔を見合っていた。彼女はつかまってる枝を彼にさし示しながら言った。
「あげましょうか。」
所有権にたいするクリストフの尊重の念は、オットーとともに彷徨していたころよりも、少しも発達していなかった。彼は躊躇なく承諾した。彼女は彼に梅の実を投げつけながら面白がった。
彼が食べてしまうと、彼女は言った。
「さあこれで!……」
彼はなお待たして意地悪くうれしがった。彼女は壁の上でじれったがっていた。ついに彼は言った。
「さあ!」
そして彼は腕を差出した。
しかし飛び降りようとする時になって彼女は考え直した。
「待ってちょうだい! 先に食べ物を取込んでおかなくちゃならないわ。」
彼女は手の届くかぎりのりっぱな梅の実を摘み取って、ふくらんだチョッキにいっぱいつめた。
「用心してくださいよ。つぶしちゃいけないわよ。」
彼はつぶしてやりたいほどだった。
彼女は壁の上に身をかがめ、彼の腕に飛び込んだ。彼は頑丈ではあったが、その重みをささえかねて、彼女とともに後ろざまに倒れかけた。二人は同じくらいな身長だった。顔が触れ合った。梅の汁にぬれた甘い唇に、彼は接吻した。彼女も同じく無遠慮に接吻を返した。
「どこへ行くんです?」と彼は尋ねた。
「わからないわ。」
「一人で散歩してるんですか。」
「いいえ。友だちといっしょなの。でも見失ってしまったのよ。……おーい!」と彼女はいきなり精いっぱいに呼び声をたてた。
何の答えもなかった。
彼女は別にそれを気にもかけなかった。
二人はどこへともなくただまっすぐに歩き出した。
「そしてあなたは、どこへいらっしゃるの?」と彼女は言った。
「僕もわからないんです。」
「ちょうどいいわ。いっしょに行きましょう。」
彼女は少しはだけてるチョッキから梅の実を取出して、それをかじりだした。
「毒になりますよ。」と彼は言った。
「いいえちっとも。いつも食べてるのよ。」
チョッキの隙間から彼は彼女の肌襦袢を見ていた。
「もうすっかりあたたかになっちゃったわ。」と彼女は言った。
「どれ!」
彼女は笑いながら彼に一つ差出した。彼はそれを食べた。彼女は子供のように梅の実をすすりながら、横目で彼をながめていた。彼にはこの出来事がしまいにどうなるかよくわからなかった。が彼女には少なくとも多少の見当はついていた。彼女は待っていた。
「おーい!」と林の中で叫ぶ声がした。
「おーい!」と彼女は答えた。「……あらいたわ、」とクリストフに言った、「まあよかった。」
彼女は反対に、かえって悪いと考えていた。しかし女にとっては、言葉というものは考えどおりのことを言うために与えられたものではない。……ありがたいことだ! もしそうでなかったら、地上にはもはや道徳が存し得なくなるだろう。
人声は近づいてきた。連れの者たちが道に出て来るところだった。彼女は一飛びに路傍の溝を踊り越し、その土手によじ上り、木立の後ろに隠れた。彼はびっくりして彼女のすることをながめていた。彼女は来いと強く相図をした。彼はあとについていった。彼女は林の中の方にはいり込んでいった。
「おーい!」と彼女は連れの者たちがかなり遠くなった時にふたたび言った。「……少し捜さしてやらなきゃいけないわ。」と彼女はクリストフに言ってきかした。
連れの者たちは道の上に立止って、どこから声が響いてくるのか耳を傾けた。彼らは彼女の声に答えて、つづいて林の中にはいってきた。しかし彼女は待っていなかった。右に出たり左に出たりして面白がった。彼らは喉を涸らして呼んでいた。彼女はそのままにさしておいて、それから反対の方へ行って呼んだ。ついに彼らは疲れてしまった。彼女を出て来させる最上の策は、少しも捜してやらないことにあるのだと信じて、こう叫んだ。
「さようなら!」
そして歌いながら去っていった。
Elle fut furieuse qu'ils ne se souciassent pas d'elle. Elle avait bien cherché à se débarrasser d'eux; mais elle n'admettait pas qu'ils en prissent si facilement leur parti. Christophe faisait sotte figure: ce jeu de cache-cache avec une fille qu'il ne connaissait pas, le divertissait médiocrement; et il ne pensait point à mettre à profit leur solitude. Elle n'y pensait pas davantage: dans son dépit, elle oubliait Christophe.
—Oh! c'est trop fort, dit-elle, en tapant des mains, voilà qu'ils me laissent ainsi?
—Mais, dit Christophe, c'est vous qui l'avez voulu.
—Pas du tout!
—Vous les fuyez.
—Si je les fuis, c'est mon affaire, ce n'est pas la leur. Eux, ils doivent me chercher. Et si j'étais perdue?...
Elle s'apitoyait déjà sur ce qui aurait pu arriver, si... si le contraire dece qui était, avait été.
—Oh! je m'en vais les secouer! dit-elle.
Elle rebroussa chemin, à grandes enjambées.
Sur la route, elle se souvint de Christophe, et le regarda de nouveau.—Mais il était trop tard. Elle se mit à rire. Le petit démon qui était en elle l'instant d'avant, n'y était plus. En attendant qu'il en vînt un autre, elle voyait Christophe avec des yeux indifférents. Et puis, elle avait faim. Son estomac lui rappelait qu'il était l'heure de souper; elle avait hâte de regagner ses amis à l'auberge. Elle prit le bras de Christophe. Elle s'appuyait dessus de toutes ses forces, elle geignait et se disait harassée. Cela ne l'empêcha point d'entraîner Christophe le long d'une pente, en courant et criant et riant, comme une folle.
Ils causèrent. Elle apprit qui il était; elle ne connaissait pas son nom, et parut n'attacher qu'une médiocre estime à son titre de musicien. Il sut qu'elle était demoiselle de magasin chez une modiste de la Kaisersstrasse (la rue la plus élégante de la ville); elle se nommait Adelheid,—pour ses amis, Ada. Ses compagnons de promenade étaient une de ses amies, qui travaillait dans la même maison, et deux jeunes gens très bien, un employé à la banque Weiller, et un commis d'un grand magasin de nouveautés. Ils profitaient de leur dimanche; ils avaient décidé d'aller à l'auberge du Brochet, d'où l'on a une belle vue sur le Rhin, et de revenir ensuite par le bateau.
La compagnie était déjà installée à l'auberge, quand ils y arrivèrent. Ada ne manqua point de faire une scène à ses amis; elle se plaignit de leur lâche abandon, et présenta Christophe, en disant qu'il l'avait sauvée. Ils ne tinrent aucun compte de ses doléances; mais ils connaissaient Christophe, l'employé de réputation, le commis pour avoir entendu quelques morceaux de lui,—(il crut bon d'en fredonner un air, aussitôt);—et le respect qu'ils lui témoignèrent fit impression sur Ada, d'autant plus que Myrrha, l'autre jeune femme,—(elle se nommait en réalité Johanna),—une brune aux yeux clignotants, front osseux, cheveux tirés, figure de Chinoise, un peu grimaçante, mais spirituelle et non sans charme, avec son museau de chèvre, son teint huileux et doré,—se hâta de faire des avances à monsieur le Hof-Musicus. Ils le prièrent de vouloir bien honorer leur repas de sa présence.
Il ne s'était jamais trouvé à pareille fête; car chacun le comblait d'égards, et les deux femmes, en bonnes amies, cherchaient à se le voler l'une à l'autre. Toutes deux lui firent la cour: Myrrha, avec des manières cérémonieuses et des yeux sournois, le frôlant de la jambe sous la table,—Ada, effrontément, jouant de ses belles prunelles, de sa belle bouche, et de toutes les ressources de séduction de sa belle personne. Ces coquetteries un peu grossières gênaient et troublaient Christophe. Ces deux filles hardies le changeaient des figures ingrates qui l'entouraient chez lui. Myrrha l'intéressait, il la devinait plus intelligente que Ada; mais ses façons obséquieuses et son sourire ambigu lui causaient un mélange d'attrait et de répulsion. Elle ne pouvait lutter contre le rayonnement de plaisir qui se dégageait de Ada; et elle le savait bien. Quand elle vit que la partie était perdue, elle n'insista point, continua de sourire, et, patiente, attendit son jour. Ada, se voyant maîtresse du terrain, ne chercha pas à pousser ses avantages; ce qu'elle en avait fait était surtout pour déplaire à son amie: elle y avait réussi, elle était satisfaite. Mais à son jeu elle s'était prise. Dans les yeux de Christophe elle sentait la passion qu'elle avait allumée; et cette passion s'alluma en elle. Elle se tut, elle cessa ses agaceries vulgaires: ils se regardèrent en silence; ils avaient sur leur bouche le goût de leur baiser. De temps en temps, par saccades, ils prenaient part bruyamment aux plaisanteries des autres convives; puis ils retombaient dans leur silence, se regardant à la dérobée. À la fin, ils ne se regardaient même plus, comme s'ils craignaient de se trahir. Absorbés en eux-mêmes, ils couvaient leur désir.
Quand le repas fut fini, ils se disposèrent à partir. Ils avaient deux kilomètres à faire, à travers bois, pour rejoindre la station du bateau. Ada se leva la première, et Christophe la suivit. Ils attendirent sur le perron que les autres fussent prêts:—sans parler, côte à côte, dans le brouillard épais que trouait l'unique lanterne allumée devant la porte de l'auberge...
Ada saisit la main de Christophe, et l'entraîna le long de la maison, vers le jardin, dans l'ombre. Sous un balcon, d'où tombait une draperie de vigne vierge, ils se tinrent cachés. La lourde nuit les entourait. Ils ne se voyaient pas. Le vent remuait les cimes des sapins. Il sentait, enlacés à ses doigts, les doigts tièdes de Ada, et le parfum d'une fleur d'héliotrope qu'elle avait à son sein.
Brusquement, elle l'attira contre elle; la bouche de Christophe rencontra la chevelure de Ada, mouillée par le brouillard, baisa ses yeux, ses cils, ses narines, et ses grasses pommettes, et le coin de sa bouche, cherchant, trouvant ses lèvres, y restant attachée.
Les autres étaient sortis. On appelait:
—Ada!...
Ils étaient immobiles, ils respiraient à peine, pressés l'un contre l'autre.
Ils entendirent Myrrha:
—Ils sont partis devant.
Les pas de leurs compagnons s'éloignèrent dans la nuit. Ils se serrèrent plus fort, étouffant sur leurs lèvres un murmure passionné.
彼女は彼らにほったらかされたのを怒った。彼らを厄介払いしようとしてはいたが、しかし彼らにそうやすやすと思い切られたことが許せなかった。クリストフは馬鹿げた顔つきをしていた。見知らぬ娘といっしょにやった隠れん坊の遊びが、たいして面白くもなかった。そして二人きりなのに乗じようとも考えてはいなかった。彼女も別にそうしようとは考えていなかった。腹だちまぎれにクリストフのことなんか忘れていた。
「まあ、ずいぶんひどい。」と彼女は手を打ちながら言った。「こんなに置いてきぼりにするなんて!」
「でも、」とクリストフは言った、「自分で望んだことでしょう。」
「いいえちっとも!」
「自分で逃げたでしょう。」
「私が逃げたって、それは私一人のことで、あの人たちの知ったことじゃないわ。あの人たちは私を捜してくれなけりゃならないはずだわ。もしも私が道にでも迷ったんだったら……。」
もしも……もしも事情が反対だったら、どんなことになっていたろうかと、彼女ははや心細がっていた。
「そう、少し責めてやらなくっちゃ!」と彼女は言った。
彼女は大跨に引返した。
道の上に出ると、彼女はクリストフのことを思いだして、また彼をながめた。――しかしもう時遅れだった。彼女は笑いだした。先刻彼女のうちにいた小さな悪魔は、もういなくなっていた。彼女はほかのがも一匹やって来るのを待ちながら、無関心な眼でクリストフをながめていた。それにまた、彼女は腹がすいていた。胃袋の加減で、夕飯時なのを思い出していた。飲食店で連れの者たちといっしょになろうと急いでいた。彼女はクリストフの腕をとらえ、力いっぱいにもたれかかり、しきりに吐息をつき、疲れ果てたと言った。それでもやはり、狂人のように叫んだり笑ったり駆けたりしながら、クリストフを引張って坂道を降りていった。
二人は話しだした。彼女は彼がどういう者であるか知った。しかし彼女は彼の名前を知っていなかった。そして彼の音楽家たる肩書にたいして敬意を払わないらしかった。彼の方でも彼女のことを知った。カイゼル街(町の最もりっぱな通り)のある化粧品商の店員で、名前はアーデルハイト――友だち仲間ではアーダ、であった。その散歩の仲間は、同じ商店に働いてる朋輩の一人と、二人のりっぱな青年だった。青年の一人はヴァイレル銀行員で、も一人はある大きな流行品商の事務員だった。彼らは日曜を利用したのであって、ライン河の美景が見られるプロヘット飲食店で晩餐をし、それから船で帰るつもりにしていた。
二人が飲食店に着いた時、一同はもうそこにすわり込んでいた。アーダは一同を責めたてないではおかなかった。卑劣にも置きざりにしたことを彼らに不平言い、そしてこの人に助けてもらったのだと言ってクリストフを紹介した。彼らはアーダの苦情はいっこう構いつけなかった。しかし彼らはクリストフのことを知っていた。銀行員は評判を耳にしていたし、事務員は二、三の楽曲を聞いたことがあった――(彼はすぐに得意然とその一節を口ずさんだ。)そして彼にたいする彼らの尊敬の様子は、アーダに感銘を与えた。そのうえ、も一人の若い女ミルハ――(実際はヨハンナという名前だったが)――栗色髪の女で、始終眼をまたたき、額が骨たち、前髪を引きつめ、その支那の女みたいな顔は、多少渋めがちではあったが、しかし利口そうでちょっとかわいく、山羊みたいな面影があり、脂気の多い金色の皮膚をしていた――それが急に宮廷音楽員をちやほやしだしたので、アーダはなお感銘を受けた。一同は晩餐御同席の栄を得たいと彼に願った。
彼はかつてそういう供応に臨んだことがなかった。各人がきそって彼を尊敬した。二人の女が、仲よく彼を奪い合った。二人とも彼の気を迎えた――ミルハは、大仰な様子と狡猾な眼つきをして、食卓の下で彼に膝頭をつきつけながら――アーダは、美しい瞳や美しい口や、すべてその美しい身体のあらゆる誘惑の種を、厚かましく働かせながら。そしてやや露骨すぎるそういう嬌態は、クリストフを当惑させ悩ました。それらの大胆な二人の娘は、ふだん家で彼をとり巻いてる無愛想な人々の顔つきとは、まったく別種の観があった。彼はミルハに興味を覚えた。彼女の方がアーダよりも怜悧だと推察した。しかしそのひどく阿諛的なやり方と曖昧な微笑とには、好悪の入り交った気持を起こさせられた。彼女はアーダから発する喜悦の光輝にたいしては、匹敵し得なかった。そして彼女もよくそれを知っていた。勝負は自分の方が負けだと見てとると、彼女は強いて頑張らずに、ただ微笑みつづけ、気長に好機を待つことにした。アーダはもう自分のものだと見てとると、そのうえ優勢に乗ずることをしなかった。彼女の振舞は、朋輩を不愉快がらせようとするのが重であった。彼女はそれに成功した。満足だった。しかしその戯れに、彼女はみずから引っかかった。クリストフの眼の中に、彼女は自分が煽りたててやった情熱を感じた。そしてその情熱は、彼女のうちにも燃えてきた。彼女は口をつぐんだ。下等な揶揄をやめた。二人は黙って顔を見かわした。口の上には接吻の味が残っていた。時々にわかに元気を出して、他の人達の冗談に騒々しく口を出した。それからまた黙り込んでは、そっと顔を見合った。しまいには人に気づかれるのを恐れるかのように、もう見かわしもしなかった。自分のうちにくぐまり込んで、情欲をかきいだいていた。
食事が終ると、一同は出かけることにした。乗船場まで行くには、林をつき切って二キロメートル歩かなければならなかった。アーダはまっ先に立上った。クリストフはそのあとにつづいた。二人は他の人々の仕度ができるのを待ちながら、表の石段の上にたたずんだ――飲食店の門前にともされたただ一つの軒燈の光が、ぽつりと差してる浅い霧の中に、無言のまま相並んで……。
アーダはクリストフの手を取り、家の横を、庭の暗闇の方へ引張っていった。茂るに任せた葡萄蔓が一面にたれさがってるバルコニーの下に、二人は身を潜めた。あたりは重い闇だった。二人は相手の顔も見えなかった。風が樅の梢を揺すっていた。彼は自分の指にからんでるアーダの生あたたかい指を感じ、彼女が胸にさしている一輪のヘリオトロープの香りを感じた。
にわかに彼女は彼を引寄せた。クリストフの口は、霧にぬれたアーダの髪に触れ、彼女の眼や睫毛や小鼻や脂肪太りの頬骨に接吻し、口の角に接吻し、唇を捜し求めて、そこにじっと吸いついた。
他の者たちも出て来ていた。彼らは呼んでいた。
「アーダさん!……」
二人はじっとしていた。たがいに抱きしめながら、息を凝らしていた。
ミルハの声が聞えた。
「先に行ったのよ。」
仲間の者の足音は、闇の中を遠ざかっていった。二人はたがいになお強く抱きしめて、熱烈な囁きも唇から漏れる余地がなかった。
Une horloge de village sonna au loin. Ils s'arrachèrent à leur étreinte. Il leur fallait bien vite courir à la station. Sans un mot, ils se mirent en route, bras et mains enlacés, réglant leur marche sur le pas l'un de l'autre,—un petit pas rapide et décidé, comme elle. La route était déserte, la campagne vide d'êtres, ils ne voyaient point à dix pas devant eux; ils allaient, sereins et sûrs, dans la nuit bien-aimée. Jamais ils ne butaient contre les cailloux du chemin. Comme ils étaient en retard, ils prirent un raccourci. Le sentier, après avoir descendu quelque temps au milieu des vignes, se mit a remonter, et serpenta longuement sur le flanc de la colline. Ils entendaient, dans le brouillard, le bruissement du fleuve et les palettes sonores du bateau qui venait. Ils laissèrent le chemin, et coururent à travers champs. Ils se trouvèrent enfin sur la berge du Rhin, mais assez loin encore de la station. Leur sérénité n'en fut pas altérée. Ada avait oublié sa fatigue du soir. Il leur semblait qu'ils auraient pu marcher toute la nuit, sur l'herbe silencieuse, dans la brume flottante, plus humide et plus dense le long du fleuve enveloppé d'une blancheur lunaire. La sirène du bateau mugit, le monstre invisible s'éloigna lourdement. Ils dirent en riant:
—Nous prendrons le suivant.
Sur la grève du fleuve, un doux remous de vagues vint se briser à leurs pieds.
À l'embarcadère du bateau on leur dit:
—Le dernier vient de partir.
Le cœur de Christophe battit. La main de Ada serra plus fort le bras de son compagnon:
—Bah! dit-elle, il y en aura bien un, demain.
À quelques pas, dans un halo de brouillard, la lueur falote d'une lanterne accrochée à un poteau, sur une terrasse, au bord du fleuve. Un peu plus loin, quelques vitres éclairées, une petite auberge.
Ils entrèrent dans le jardin minuscule. Le sable grésillait sous leurs pas. Ils trouvèrent à tâtons les marches de l'escalier. Dans la maison, quand ils entrèrent, on commençait à éteindre. Ada, au bras de Christophe, demanda une chambre. La pièce où on les conduisit donnait sur le jardinet. Christophe, en se penchant à la fenêtre, vit la lueur phosphorescente du fleuve et l'œil de la lanterne, sur la vitre de laquelle s'écrasaient des moustiques aux grandes ailes. La porte se referma. Ada restait debout près du lit, et souriait. Il n'osait la regarder. Elle ne le regardait pas non plus; mais à travers ses cils, elle suivait tous les mouvements de Christophe. Le plancher craquait à chaque pas. On entendait les moindres bruits de la maison. Ils s'assirent sur le lit, et s'étreignirent en silence.
La lueur vacillante du jardin s'est éteinte. Tout s'est éteint...
La nuit... Le gouffre... Ni lumière, ni conscience... L'Être. La force de l'Être, obscure et dévorante. La toute-puissante joie. La déchirante joie. La joie qui aspire l'être, comme le vide la pierre. La trombe du désir qui suce la pensée. L'absurde et délirante Loi des mondes ivres qui roulent dans la nuit...
La nuit... Leur souffle mêlé, la tiédeur dorée des deux corps qui se fondent, les abîmes de torpeur où ils tombent ensemble... la nuit qui est des nuits, les heures qui sont des siècles, les secondes qui sont la mort... Les rêves en commun, les paroles à yeux clos, les doux et furtifs contacts des pieds nus qui se cherchent à demi endormis, les larmes et les rires, le bonheur de s'aimer dans le vide des choses, de partager ensemble le néant du sommeil, les images tumultueuses qui flottent dans le cerveau, les hallucinations de la nuit bruissante... Le Rhin clapote dans une anse, au pied de la maison; dans le lointain, ses flots sur des brisants font comme une petite pluie qui tombe sur le sable. Le ponton du bateau craque et geint sous la pesée de l'eau. La chaîne qui l'attache se tend et se détend avec un cliquetis de ferrailles usées. La voix du fleuve monte, elle remplit la chambre. Le lit semble une barque. Ils sont entraînés, côte à côte, par le courant vertigineux—suspendus dans le vide, comme un oiseau qui plane. La nuit devient plus noire, et le vide plus vide. Ils se serrent plus étroitement l'un l'autre. Ada pleure, Christophe perd conscience, ils disparaissent tous deux sous les flots de la nuit...
La nuit... La mort...—Pourquoi revivre?...
La lueur du petit jour frotte les vitres mouillées. La lueur de la vie se rallume dans les corps alanguis. Il s'éveille. Les yeux de Ada le regardent. Leurs têtes sont appuyées sur le même oreiller. Leurs bras sont liés. Leurs lèvres se touchent. Une vie tout entière passe en quelques minutes: des journées de soleil, de grandeur et de calme...
«Où suis-je! Et suis-je deux? Suis-je encore? Je ne sens plus mon être. L'infini m'entoure: j'ai l'âme d'une statue, aux larges yeux tranquilles, pleins d'une paix olympienne...»
Ils retombent dans les siècles de sommeil. Et les bruits familiers de l'aube, les cloches lointaines, une barque qui passe, deux rames d'où l'eau s'égoutte, les pas sur le chemin, caressent sans le troubler Leur bonheur endormi, en leur rappelant qu'ils vivent, et le leur faisant goûter...
Le bateau qui s'ébrouait devant la fenêtre arracha Christophe à sa torpeur. Ils étaient convenus de partir à sept heures, afin d'être revenus en ville, à temps pour leurs occupations habituelles. Il chuchota:
—Entends-tu?
Elle ne rouvrit pas les yeux, elle sourit, elle avança les lèvres, fit un effort pour l'embrasser, puis laissa retomber sa tête sur l'épaule de Christophe... Par les carreaux de la fenêtre, il vit glisser sur le ciel blanc la cheminée du bateau, la passerelle vide, et des torrents de fumée. Il s'engourdit de nouveau...
Une heure s'enfuit, sans qu'il s'en aperçut. En l'entendant sonner, il eut un sursaut de surprise:
—Ada!... dit-il doucement dans l'oreille de son amie. Hedi! répéta-t-il. Il est huit heures.
Les yeux toujours fermés, elle fronça les sourcils et la bouche avec mauvaise humeur.
—Oh! laisse-moi dormir! dit-elle.
Et, se dégageant de ses bras, en soupirant de fatigue, elle lui tourna le dos, et se rendormit de l'autre côté.
Il resta étendu auprès d'elle. Une chaleur égale coulait dans leurs deux corps. Il se mit à rêver. Son sang coulait à flots larges et calmes. Ses sens limpides percevaient les moindres impressions avec une fraîcheur ingénue. Il jouissait de sa force et de son adolescence. Il avait la fierté d'être un homme. Il souriait à son bonheur, et il se sentait seul: seul, comme il avait toujours été, plus seul encore peut-être, mais sans aucune tristesse, d'une solitude divine. Plus de fièvre. Plus d'ombres. La nature librement se reflétait dans son âme sereine. Étendu sur le dos, en face de la fenêtre, les yeux noyés dans l'air éblouissant de brouillard lumineux, il souriait:
—Qu'il est bon de vivre!...
Vivre!... Une barque passa... Il pensa soudain à ceux qui ne vivaient plus, à une barque passée où ils étaient ensemble: lui—elle...—Elle?... Non pas celle-ci, celle qui dort près de lui.—Elle, la seule, l'aimée, la pauvre petite morte?—Mais qu'est-ce donc que celle-ci? Comment est-elle là? Comment sont-ils venus dans cette chambre, dans ce lit? Il la regarde, il ne la connaît pas: elle est une étrangère; hier matin, elle n'existait pas pour lui. Que sait-il d'elle?—Il sait qu'elle n'est pas intelligente. Il sait qu'elle n'est pas bonne. Il sait qu'elle n'est pas belle en ce moment, avec sa figure exsangue et bouffie de sommeil, son front bas, sa bouche ouverte pour respirer, ses lèvres gonflées et tendues qui font une moue de carpe. Il sait qu'il ne l'aime point. Et une douleur poignante le transperce, quand il pense qu'il a baisé ces lèvres étrangères, dès la première minute, qu'il a pris ce beau corps indifférent, dès la première nuit qu'ils se sont vus,—et que celle qu'il aimait, il l'a regardée vivre et mourir près de lui, et qu'il n'a jamais osé effleurer ses cheveux, qu'il ne connaîtra jamais le parfum de son être. Plus rien. Tout s'est fondu. La terre lui a tout pris. Il ne l'a pas défendue...
Et tandis que, penché sur l'innocente dormeuse et déchiffrant ses traits, il la regardait avec des yeux mauvais, elle sentit son regard. Inquiète de se voir observée, elle fit un gros effort pour soulever ses paupières pesantes et pour sourire; elle dit, d'une langue incertaine, comme un enfant qui se réveille:
—Ne me regarde pas, je suis laide...
Elle retomba aussitôt, tuée de sommeil, sourit encore, balbutia:
—Oh! j'ai tant... tant sommeil!...
et repartit dans ses rêves.
Il ne put s'empêcher de rire; il baisa tendrement sa bouche et son nez enfantins. Puis, après avoir regardé encore un moment dormir cette grande petite fille, il enjamba son corps et se leva sans bruit. Elle poussa un soupir de soulagement, lorsqu'il fut parti, et s'étendit de tout son long, en travers du lit vide. Il prit garde de l'éveiller, en faisant sa toilette, quoiqu'il n'y eût aucun risque; et, quand ce fut fini, il s'assit sur la chaise, auprès de la fenêtre, regardant le fleuve embrumé, qui semblait rouler des glaçons; et il s'engourdit dans une rêverie, où flottait une musique de pastorale mélancolique.
De temps en temps, elle entr'ouvrait les yeux, le regardait vaguement, mettait quelques secondes à le reconnaître, lui souriait, et passait d'un sommeil dans un autre. Elle lui demanda l'heure.
—Neuf heures moins un quart.
村の大時計が遠くで鳴った。二人は抱擁から身を離した。乗船場へ大急ぎで駆けつけなければならなかった。二人は無言のまま、腕と手とを組み合せ、たがいに歩調を合せながら出かけた――彼女の気性どおりの素早いてきぱきした小足で。街道は寂しかった。平野に人影もなかった。十歩と先は見えなかった。二人は好ましい闇夜の中を、晴やかな安心しきった心地で歩いていった。道の小石につまずきもしなかった。遅れていたので近道をとった。小道は葡萄畑の間をしばらく降りたあとに、また上り坂になり、丘の中腹を長くうねっていた。霧の中に河の音が聞え、近づいて来る船の推進輪の高い響きが聞えてきた。二人は道を捨てて畑の中を駆けだした。ついにライン河の岸に着いた。しかし乗船場まではまだかなりあった。それでも二人の晴やかな気持は変らなかった。アーダは夕の疲労をも忘れていた。二人はそのまま、月の光のように仄白く浮出してる河に沿うて、ますます湿っぽくますますこまやかに漂っている靄の中を、ひっそりしてる草の上を、夜通しでも歩けられそうな気がしていた。船の汽笛が鳴って、その眼に見えない怪物は重々しく遠ざかっていった。二人は笑いながら言った。
「次のに乗りましょう。」
河の渚には、静かな余波が二人の足下に砕けていた。
乗船場に行くと、こう言われた。
「しまいの船が出たばかりです。」
クリストフは胸にどきっとした。アーダの手はいっそう強く彼の腕を握りしめた。
「いいわ!」と彼女は言った、「明日になったら出るでしょう。」
数歩向うに、河岸の高壇にある柱に、角燈がさがっていて、霧の暈の中にぼーっと光っていた。その少し先に、二、三の明るいガラス窓が見えて、一軒の小さな宿屋があった。
二人は狭い庭にはいった。歩くと砂が音をたてた。手探りで階段が見つかった。中にはいると、燈火が消され始めていた。アーダはクリストフの腕にすがりながら、室を一つ求めた。二人が通された室は、庭に面していた。クリストフは窓からのぞき出した。見ると、河は燐光のように浮出しており、角燈が眼のように光っていて、そのガラスに大きな翼の蚊がぶっつかっていた。扉はしめられた。アーダは寝台のそばに立って、微笑んでいた。彼は彼女の方を見られなかった。彼女も彼を見てはいなかったが、しかし睫毛越しに、彼の一挙一動をうかがっていた。床板は歩くたびにきしった。家の中のかすかな物音まで聞えた。二人は寝台の上にすわって、無言のまま相抱いた。
庭のちらつく燈は消えた。すべてが消えた……。
夜……淵……光もなく、本心もなく……ただ「存在」が。「存在」の陰闇貪欲な力。無上に力強い喜悦。張り裂けるばかりの喜悦。空虚が石を吸い込むように、全身を吸い込む喜悦。あらゆる考えを吸い尽す情欲の渦巻。暗夜のうちに転々する陶酔せる世界の、狂暴無稽なる「法則」……。
夜……相交る息、溶け合う二つの身体の金色の生あたたかさ、いっしょに陥ってゆく恍惚の深淵……幾多の夜を含む夜、幾多の世紀を含む時間、死を含む瞬間……共にみる夢、眼を閉じてささやく言葉、半ば眠りながら捜し合う素足の、やさしいひそやかな接触、涙と笑い、万事を空にして愛し合い、また虚無の眠りを分ち合う、その幸福、脳裏に浮ぶ雑然たる物象、鳴りわたる夜の幻影……。ライン河は、家の下の入江に、ひたひたと音をたてている。遠くには、巌に打ちつけるその波が、砂上に降る小雨のように響いている。乗船台は水の重みに、きしりうなっている。それをつなぎ止める鎖は、古い鉄屑のような音をたてて、伸び縮みしている。河の音が高まって、室の中いっぱいになる。寝台は舟のように思われる。二人は相並んで、眼くらむばかりの流れに運ばれる――空翔る小鳥のように、空虚のうちに浮かびながら。夜はますます闇となり、空虚はますますむなしくなる。二人はたがいにますますしかと抱きしめる。アーダは泣き、クリストフは意識を失い、二人とも暗夜の波の下に沈んでゆく……。
夜……死……。何故に蘇るの要があろう?……
夜明けの光が、ぬれた窓ガラスをかすめる。生命の光が、懶い身体の中にまたともってくる。彼は眼を覚す。アーダの眼が彼を見ている。二人の頭は同じ枕の上にもたれている。二人の腕はからみ合っている。二人の唇は相触れている。全生涯が数分間のうちに過ぎてゆく、太陽と偉大と静安との日々……。
「私はどこにいるのか? そして私は二人なのか? 私はまだ存在しているのか? 私はもはや自分の一身を感じない。無限が私をとり巻いている。オリンポスの平安に満ち充ちた静かな大きい眼をしてる彫像、それの魂を私は今もっている……。」
二人はまた眠りの時代に陥ってゆく。そして耳慣れた曙の音が、遠い鐘、過ぎゆく小舟、水のしたたる二本の櫂、道行く人の足音が、二人に生きてることを思い起こさせながら、それを二人に味わわせながら、そのまどろめる幸福を、乱すことなく愛撫してゆく……。
窓の前に船の音がしてきたので、うとうとしていたクリストフは我れに返った。きまった職務の間に合うように町へ帰るため、七時には出かけようという約束だった。彼はささやいた。
「聞こえるだろう?」
彼女は眼を開かなかった。ただ微笑んで、唇を差出し、元気を出して彼を抱擁し、それからまた頭を彼の肩の上に落した。……窓ガラスから彼は、船の煙筒や、人なき甲板や、ほとばしり出る煙が、白い空にすべってゆくのを見た。彼はまたうっとりとした……。
気づかないうちに一時間たった。時計の音を聞いて、彼ははっとした。
「アーダ……、」と彼は女の耳にささやいた、「ね、アーダ、」と彼はくり返した、「八時だよ。」
彼女はなお眼を閉じたまま、不機嫌そうに眉と口とを渋めた。
「眠らしてちょうだいよ。」と彼女は言った。
そして彼の腕から身を離し、疲れはてた溜息を漏らしながら、彼に背を向け、向う向いたまままた眠った。
彼は彼女の傍らに寝ていた。同じあたたかさが二人の身体を流れていた。彼は夢想にふけり始めた。血潮は穏かな大きい波をなして流れていた。清朗な感覚は微妙な清新さでごくわずかな印象をも感じていた。彼は自分の力と青春とを楽しんだ。男子たるの誇りを感じた。自分の幸福に微笑んだ。そして自分の孤独を感じた、いつものとおりの孤独を、おそらくはなおいっそうの孤独を。しかしなんらの悲哀もなく、崇高な寂寥の孤独だった。もはや熱気もなかった。もはや陰影もなかった。自然は彼の朗らかな魂のうちに自由に反映していた。仰向けに横たわり、窓に面し、輝く霧を含んだまぶしい空気の中に眼をおぼらして、彼は微笑んだ。
「生きることはなんといいことだろう!……」
生きる!……一艘の小舟が通った。……彼は突然、もう生きていない人たちのことを考えた。通りすぎた小舟のことを考えた。それにはいっしょに乗っていた、彼らが――彼と――彼女と……。彼女とは?……それは今彼のそばに眠ってるこの女ではない。ただ一人の女、恋しい女、死んでる憐れな小さな女。――それならばこの女は何者であるか? どうしてここにいるのか? どうして二人は、この室に、この寝台に、やって来たのか? ながめても、見覚えがない。見知らぬ女だ。昨日の朝までは、彼にとって彼女は存在していなかった。彼は彼女のことを何を知っているか?――怜悧でないことを知っている。善良でないことを知っている。血の気の少ない寝脹れた顔をし、低い額をし、息をするために口を開き、ふくれつき出た唇で鯉のような口つきをしていて、今は美しくないことを知っている。自分が少しも愛していないことを知っている。そして考えれば考えるほど、切ない悩みに彼は胸を刺し通される。最初の瞬間から、この見知らぬ唇に接吻したのだ。出会った最初の夜から、この無関係な美しい身体を抱いたのだ。――それなのに、愛する彼女にたいしては、自分のそばに彼女が生きまた死ぬのをながめてき、かつてその髪に触れることもなし得なかったし、その身体の香りを知ることも永久にないだろう。もう何も残っていない。すべて溶け去ってしまった。土地からすべて奪われてしまった。彼女を護ることもしなかった……。
そして、仇気なく眠っている女をのぞき込み、その顔だちをうかがいながら、好意のない眼でながめていると、彼女は彼の視線を感じた。彼女はじっと見られてるのが不安になり、ようやく元気を出して、重い眼瞼を上げ、微笑んだ。眼覚めたばかりの子供のように、よく回らぬ舌の先で、彼女は言った。
「見ちゃ嫌よ、見っともないから……。」
彼女は眠気にうちまけて、またすぐにがっくりとなり、なお微笑み、口ごもった。
「ああ、ほんとに……ほんとうに眠いのよ!」
そしてまた夢にはいった。
彼は笑わないではおられなかった。その子供らしい口と鼻とにやさしく接吻した。それから、その大きな小娘の寝姿をなおちょっとながめた後、その身体をまたぎ越して、音をたてずに起上った。彼が寝床から出ると、彼女はほっと溜息をついて、あいた寝台のまん中に、長々と身を伸した。彼は身繕いをしながら、彼女の眼を覚させまいと、その心配は少しもなかったが、とにかく用心をした。それが済むと、窓ぎわの椅子にかけて、氷塊がころげてるかと思われるような、霧の濛々と立ちこめた河をながめた。そして夢想のうちに惘然と沈んでゆくと、哀調を帯びた牧歌の曲が漂ってきた。
時々彼女は、眼を少し開いて、ぼんやり彼の方をながめ、幾秒かかかって彼の姿を認め、彼に微笑みかけ、またも眠りに陥っていった。彼女は彼に時間を尋ねた。
「九時十五分前だよ。」
Elle réfléchit, à moitié endormie:
—Qu'est-ce que cela peut bien être, neuf heures moins un quart?
À neuf heures et demie, elle s'étira, soupira, et dit qu'elle se levait.
Dix heures sonnèrent, avant qu'elle eût bougé. Elle se dépita:
—Encore sonner!... Tout le temps, l'heure avance!...
Il rit, et vint s'asseoir sur le lit, auprès d'elle. Elle lui passa les bras autour du cou, et raconta ses rêves. Il n'écoutait pas très attentivement, et l'interrompait par de petits mots tendres. Mais elle le faisait taire, et reprenait avec un grand sérieux, comme si c'avait été des histoires de la plus haute importance:
—Elle était à dîner: il y avait le grand-duc; Myrrha était un chien terre-neuve... non, un mouton frisé, qui servait à table... Ada avait trouvé le moyen de s'élever au-dessus de terre, de marcher, de danser, de se coucher dans l'air. Voilà: c'était bien simple: on n'avait qu'à faire... ainsi... ainsi...; et c'était fait...
Christophe se moquait d'elle. Elle riait aussi, un peu froissée qu'il rît. Elle haussait les épaules:
—Ah! tu ne comprends rien!...
Ils déjeunèrent sur son lit, dans la même tasse, avec la même cuiller.
Elle se leva enfin; elle rejeta ses couvertures, sortit ses beaux grands pieds blancs, ses belles jambes grasses, et se laissa couler sur la descente de lit. Puis elle s'assit pour reprendre haleine, et regarda ses pieds. Enfin, elle frappa des mains, et lui dit de sortir; et, comme il ne se pressait pas, elle le prit par les épaules, et le poussa à la porte, qu'elle referma à clef.
Après qu'elle eut bien musé, regardé et étiré chacun de ses beaux membres, chanté en se lavant un lied sentimental en quatorze couplets, jeté de l'eau à la figure de Christophe qui tambourinait à la fenêtre, et cueilli en partant la dernière rose du jardin, ils prirent le bateau. Le brouillard n'était pas encore dissipé; mais le soleil brillait au travers: on flottait au milieu d'une lumière laiteuse. Ada, assise à l'arrière avec Christophe, l'air assoupi et boudeur, grognait que la lumière lui venait dans les yeux, et que, toute la journée, elle aurait mal à la tête. Et comme Christophe ne prenait pas assez au sérieux ses doléances, elle se renferma dans un silence maussade. Elle avait les yeux à peine ouverts et l'amusante gravité des enfants qui viennent de se réveiller. Mais une dame élégante étant venue s'asseoir non loin d'elle, à la station suivante, elle s'anima aussitôt et s'efforça de dire à Christophe des choses sentimentales et distinguées. Elle avait repris avec lui le «vous» cérémonieux.
Christophe se préoccupait de ce qu'elle dirait à sa patronne, pour excuser son retard. Elle ne s'en inquiétait guère:
—Bah! ce n'est pas la première fois.
—Que quoi?...
—Que je suis en retard, dit-elle, vexée de la question.
Il n'osa demander la cause de ces retards.
—Qu'est-ce que tu lui diras?
—Que ma mère est malade, morte... est-ce que je sais?
Il fut peiné qu'elle parlât si légèrement.
—Je ne veux pas que tu mentes.
Elle se froissa:
—D'abord, je ne mens jamais... Et puis, je ne peux pourtant pas lui dire...
Il demanda, moitié plaisant, moitié sérieux:
—Pourquoi pas?
Elle rit, elle haussa les épaules, eu disant qu'il était grossier et mal élevé, et qu'elle l'avait prié d'abord de ne plus la tutoyer.
—Est-ce que je n'en ai pas le droit?
—Pas du tout.
—Après ce qui s'est passé?
—Il ne s'est rien passé.
Elle le fixait en riant, d'un air de défi; et, bien qu'elle plaisantât, le plus fort, c'était—(il le sentait)—qu'il ne lui en eût pas coûté plus de le dire sérieusement, et presque de le croire. Mais un souvenir plaisant l'égaya sans doute; car elle éclata de rire, en regardant Christophe, et l'embrassa bruyamment, sans se soucier de ses voisins, qui ne semblèrent d'ailleurs s'en étonner aucunement.
Il était maintenant de toutes ses promenades, en compagnie de demoiselles de magasin et de commis de boutique, dont la vulgarité ne lui plaisait guère, et qu'il essayait de perdre en chemin; mais Ada, par esprit de contradiction, n'était plus disposée à s'égarer dans les bois. Lorsqu'il pleuvait, ou que, pour quelque autre raison, on ne sortait pas de la ville, il la menait au théâtre, au musée, au Thiergarten; car elle tenait à se montrer avec lui. Elle désirait même qu'il l'accompagnât à l'office religieux; mais il était si absurdement sincère qu'il ne voulait plus mettre les pieds dans une église, depuis qu'il ne croyait plus—(il avait renoncé, sous un autre prétexte, à sa place d'organiste);—et en même temps, il était resté, à son insu, beaucoup trop religieux pour ne pas trouver sacrilège la proposition de Ada.
Il allait le soir chez elle. Il trouvait là Myrrha, qui logeait dans la même maison. Myrrha ne lui gardait pas rancune, elle lui tendait sa main caressante et molle, causait de choses indifférentes ou lestes, et s'éclipsait discrètement. Jamais les deux femmes n'avaient semblé meilleures amies que depuis qu'elles avaient moins de raisons de l'être: elles étaient toujours ensemble. Ada n'avait rien de secret pour Myrrha, elle lui racontait tout; Myrrha écoutait tout: elles semblaient y prendre autant de plaisir l'une que l'autre.
Christophe était mal à l'aise dans la société de ces deux femmes. Leur amitié, leurs entretiens baroques, leur liberté d'allures, la façon crue dont Myrrha surtout voyait les choses et en parlait,—(moins en sa présence toutefois que quand il n'était pas là; mais Ada le lui répétait),—leur curiosité indiscrète et bavarde, constamment tournée vers des sujets niais ou d'une sensualité assez basse, toute cette atmosphère équivoque et un peu animale le gênait terriblement, l'intéressait pourtant: car il ne connaissait rien de semblable. Il était perdu dans la conversation de ces deux petites bêtes, qui se parlaient chiffons, se disaient des coq-à-l'âne, riaient d'une façon inepte, et dont les yeux brillaient de plaisir, quand elles étaient sur la piste d'une histoire égrillarde. Il était soulagé par le départ de Myrrha. Ces deux femmes ensemble, c'était comme un pays étranger, dont il ne savait pas la langue. Impossible de se faire entendre: elles ne l'écoutaient même pas, elles se moquaient de l'étranger.
Quand il était seul avec Ada, ils continuaient de parler deux langues différentes; mais au moins faisaient-ils effort, l'un et l'autre, pour se comprendre. À vrai dire, plus il la comprenait, moins il la comprenait. Elle était la première femme qu'il connût. Car si la pauvre Sabine en était une, il n'en avait rien su: elle était restée pour lui un rêve de son cœur. Ada se chargeait de lui faire rattraper le temps perdu. Il tâchait à son tour de résoudre l'énigme de la femme:—énigme qui n'en est une peut-être que pour ceux qui y cherchent un sens.
Ada n'avait nulle intelligence: c'était là son moindre défaut. Christophe en eût pris son parti, si elle l'avait pris aussi. Mais bien qu'elle fût uniquement occupée de niaiseries, elle prétendait se connaître aux choses de l'esprit; et elle jugeait de tout avec assurance. Elle parlait musique, elle expliquait à Christophe ce qu'il connaissait le mieux, elle formulait des arrêts et des veto absolus. Inutile d'essayer de la convaincre: elle avait des prétentions et des susceptibilités pour tout; elle faisait la renchérie, elle était têtue, vaniteuse; elle ne voulait—elle ne pouvait rien comprendre. Que ne consentait-elle à ne rien comprendre, en effet! Combien il l'aimait mieux, quand elle voulait bien se résigner à être ce qu'elle était, simplement, avec ses qualités et ses défauts!
En fait, elle se souciait fort peu de penser. Elle se souciait de manger, boire, chanter, danser, crier, rire, dormir; elle voulait être heureuse; et c'eut été très bien déjà si elle y avait réussi. Mais quoique douée pour cela: gourmande, paresseuse, sensuelle, d'un égoïsme candide qui révoltait et amusait Christophe, bref, bien qu'elle eût à peu près tous les vices qui rendent la vie aimable à leur heureux possesseur, sinon à ses amis—(et encore, un visage heureux, du moins s'il est joli, ne rayonne-t-il pas du bonheur sur tous ceux qui rapprochent?)—malgré donc tant de raisons d'être satisfaite de l'existence, Ada n'avait même pas l'intelligence de l'être. Cette belle et forte fille, fraîche, réjouie, à l'air sain, d'une gaieté débordante et d'un féroce appétit, s'inquiétait de sa santé. Elle gémissait sur sa faiblesse, tout en mangeant comme quatre. Elle se plaignait de tout: elle ne pouvait plus se traîner, elle ne pouvait plus respirer, elle avait mal à la tête, elle avait mal aux pieds, aux yeux, à l'estomac, à l'âme. Elle avait peur de tout, elle était follement superstitieuse, elle voyait des signes partout: à table, les couteaux, les fourchettes en croix, le nombre des convives, la salière renversée: c'étaient alors toute une série de rites, qu'il fallait accomplir pour écarter le malheur. En promenade, elle comptait les corbeaux, et elle ne manquait pas d'observer de quel côté ils s'envolaient; elle épiait anxieusement le chemin, à ses pieds, et elle se lamentait quand elle y voyait passer, le matin, une araignée: alors elle voulait revenir, il n'y avait plus d'autre ressource, pour continuer la promenade, que de lui persuader qu'il était plus de midi, et qu'ainsi le présage s'était mué de souci en espoir. Elle avait peur de ses rêves: elle les racontait longuement à Christophe; elle cherchait, pendant des heures, un détail, quand elle l'avait oublié; elle ne lui faisait grâce d'aucun: une suite d'absurdités, où il était question de mariages baroques, de morts, de couturières, de princes, de choses burlesques et quelquefois obscènes. Il fallait qu'il écoutât, qu'il donnât son avis. Souvent, elle restait, des journées entières, sous l'obsession de ces images ineptes. Elle trouvait la vie mal faite, elle voyait crûment les choses et les gens, elle assommait Christophe de ses jérémiades; et ce n'était pas la peine qu'il eût quitté ses petits bourgeois moroses, pour retrouver l'éternel ennemi: le «trauriger ungriechischer Hypochondrist».
Brusquement, au milieu de ces grogneries boudeuses, la gaieté reprenait, bruyante, exagérée; il n'y avait pas plus à la discuter que la maussaderie d'avant: c'étaient des éclats de rire, qui, étant sans raison, menaçaient d'être sans fin, des courses à travers champs, des folies, des jeux d'enfant, un plaisir de faire des sottises, de tripoter la terre, les choses sales, les bêtes, les araignées, les fourmis, les vers, de les taquiner, de leur faire du mal, de les faire manger l'un par l'autre, les oiseaux par les chats, les vers parles poules, les araignées par les fourmis, sans méchanceté d'ailleurs, ou par un instinct du mal tout à fait inconscient, par curiosité, par désœuvrement. C'était un besoin inlassable de dire des niaiseries, de répéter cinquante fois des mots qui n'avaient aucun sens, d'agacer, d'irriter, de harceler, de mettre hors de soi. Et ses coquetteries, dès que paraissait quelqu'un,—n'importe qui,—sur le chemin! Aussitôt elle parlait avec animation, riait, faisait du bruit, faisait des grimaces, se faisait remarquer; elle prenait une démarche factice et saccadée. Christophe pressentait avec terreur qu'elle allait dire des choses sérieuses.—Et en effet: cela ne manquait point! Elle devenait sentimentale. Elle l'était sans modération, comme elle était tout le reste; elle s'épanchait avec fracas. Christophe souffrait, il avait envie de la battre. Il ne lui pardonnait rien moins que de n'être pas sincère. Il ne savait pas encore que la sincérité est un don aussi rare que l'intelligence et la beauté, et qu'on ne saurait sans injustice l'exiger de tous. Il ne supportait pas le mensonge; et Ada lui en donnait bonne mesure. Elle mentait constamment, tranquillement, en face de l'évidence. Elle avait une facilité étonnante d'oublier ce qui lui déplaisait,—ou même ce qui lui avait plu,—comme font les femmes qui vivent au cours des heures.
Et malgré tout, ils s'aimaient, ils s'aimaient de tout leur cœur. Ada était aussi sincère que Christophe dans son amour. Pour ne pas reposer sur une sympathie de l'esprit, cet amour n'en était pas moins vrai; il n'avait rien de commun avec la passion basse. C'était un bel amour de jeunesse; et si sensuel qu'il fut, il n'était pas vulgaire, car tout était jeune en lui; il était naïf, presque chaste, lavé par l'ingénuité brûlante du plaisir. Bien que Ada ne fut pas, à beaucoup près, aussi ignorante que Christophe, elle avait encore le divin privilège d'un cœur et d'un corps adolescents, cette fraîcheur des sens, limpide et vive comme un ruisseau, qui donne presque l'illusion de la pureté, et que rien ne remplace. Égoïste, médiocre, insincère dans la vie ordinaire, l'amour la rendait simple, vraie, presque bonne; elle arrivait à comprendre la joie que l'on pouvait trouver à s'oublier pour un autre. Christophe le voyait avec ravissement; et il aurait voulu mourir alors pour elle. Qui peut dire tout ce qu'une âme aimante apporte, en son amour, de ridicule et touchante duperie! L'illusion naturelle de l'amoureux était encore centuplée chez Christophe par le pouvoir illusoire, inné k tout artiste. Un sourire de Ada avait pour lui des significations profondes; un mot affectueux était la preuve de sa bonté de cœur. Il aimait en elle tout ce qu'il y avait de beau dans l'univers. Il l'appelait son moi, son âme, son être. Ils pleuraient d'amour ensemble.
彼女は半ば眠りながら考えた。
「まだなんでもないわ、九時十五分前なら。」
九時半に、彼女は伸びをし、溜息をつき、起きると言った。
しかし彼女がまだ動かないうちに、十時が鳴った。彼女は不機嫌になった。
「また鳴ってるわ!……いつも時間の進むこと!……」
彼は笑った。そして彼女のそばに来て寝台に腰かけた。彼女は彼の頸に両腕をまきつけて、夢の話をした。彼はあまり注意して聞かないで、ちょいちょいやさしい言葉をはさんでさえぎった。しかし彼女は彼を黙らして、非常に重大な話かなんぞのように、ごく真面目に話をつづけた。
――彼女は晩餐会に列していた。大公爵もいた。ミルハは尨犬だった……いや、縮れ毛の羊だった。そして給仕をしていた。……アーダはどうしたのか、地面から上へ上っていって、空中で歩いたり踊ったり寝たりすることができた。それは訳もないことだった。ただ、こう……こうすればよかった。するともうそれができるのだった。
クリストフは彼女をひやかした。彼女は笑われたのを少しむっとしながらも、自分でも笑っていた。彼女は肩をそびやかした。
「ああ、あんたにはちっともわからないのね!……」
二人はその寝台の上で、同じ皿と同じ匙とで朝食をした。
彼女はついに起上った。掛物をはねのけ、美しい大きなまっ白い足先と、でっぷりした美しい脛を出して、敷物の上にすべりおりた。それから、そこにすわって息をつき、自分の足をながめた。しまいに手を打って、出てゆくように彼に言った。彼がぐずぐずしてると、彼女は彼の肩をとらえ、扉の外に押し出し、鍵でしめ切った。
彼女はいろいろ手間どり、美しい手足を一つずつながめては差伸ばし、顔を洗いながら十四連の感傷的な歌曲を歌い、窓につかまってタンブリンの音をまねてるクリストフの顔に水をはねかけ、出かける時には、庭に咲き残ってる薔薇の花を摘み取り、そして二人は船に乗った。霧はまだ晴れていなかった。しかしそれを通して日が輝いていた。乳色の光の中に浮んでる気がした。アーダはクリストフとともに艫の方にすわり、うとうととした不平そうな様子をし、光が眼にしみるとか、一日じゅう頭痛がするだろうとか、愚痴を言っていた。そしてクリストフが、彼女の苦情を十分本気にとってやらなかったので、彼女は無愛想に黙り込んでしまった。わずかに細目を開き、眼覚めたばかりの子供のようなおかしな鹿爪らしさをしていた。しかし次の乗船場で、優美な貴婦人が乗り込んで近くにすわると、彼女はすぐに元気になって、感傷的な上品なことをクリストフに言おうとつとめた。四角張った言葉使いを彼にしだした。
クリストフは彼女が女主人になんと遅延の言い訳をするか、それを気にしていた。彼女はほとんど気にかけてもいなかった。
「なに、初めてのことじゃないわ。」
「何が?……」
「おそくなったのが。」と彼女は彼の問いに少し困って言った。
彼は彼女がそう何度もおそくなった理由を尋ね得なかった。
「なんと言うつもりだい?」
「お母さんが病気だとか、死んだとか……なんだっていいわ。」
彼女にそう無造作に言われたので、彼は嫌な心地がした。
「嘘をつくのはいけない。」
彼女はむっとした。
「私は嘘は言いません……それにしたって、言えやしません……。」
彼は半ば冗談に半ば真面目に尋ねた。
「なぜ言えないんだい?」
彼女は笑った。そして肩をそびやかしながら言った、彼は粗野で無作法だとか、もうお前なんて言葉つきをしないように頼んでおいたのにとか。
「僕にはその権利がないのかい?」
「ちっともありません。」
「あんなことがあったあとでも?」
「何にもあったんじゃありません。」
彼女は笑いながら、軽侮の様子で彼を見つめた。そして、もとよりそれは冗談ではあったが、最もひどいことには、真面目にそう言いほとんどそう信じることも、彼女にはたいして骨の折れることではないに違いなかった。――(彼はそれを感じた。)しかし彼女はきっと愉快な思い出にはしゃいでもいたのだろう。クリストフをながめながら急に笑い出し、音高く接吻し、近くの人々をもはばからなかった。それにまた近くの人々も、なんら驚いた様子をも見せなかった。
彼は今では、いつも男女の店員らと連れだって散歩するようになった。彼らの野卑さを彼もあまり好まず、途中ではぐれようとつとめた。しかしアーダは、つむじ曲りの気質から、もう林の中に迷い込もうとしなかった。雨が降る時か、あるいは他の理由で町から出かけられない時には、彼は芝居や博物館や動物園などに彼女を連れていった。なぜなら、彼女はいつも彼といっしょなのを人に見せつけたがったから。彼女はまた、宗教上の祭式にまで彼について来てもらいたがった。しかし彼は、もはや信仰しなくなってからは、教会堂へ足を踏み入れることを欲しなかったほど、ばかばかしく誠実だった。――(他の口実を設けて、会堂のオルガニストの地位を辞してしまっていた。)――しかもまた同時に、みずから識らずしてやはり宗教的だったので、アーダの申し出を不敬なことだと思わずにはいられなかった。
彼は晩には彼女のところへ出かけていった。同じ家に住んでるミルハがいっしょにいた。ミルハは少しも恨みをいだいていないで、柔らかいやさしい手を彼に差出し、無関係なことや放縦な事柄を話し、そしてつつましく姿を隠した。この二人の女は、親友たる理由を最も失って以来、最も親友らしく振舞っていた。いつも二人いっしょにいた。アーダは何事もミルハに隠さないで、すっかりうち明けていた。ミルハはなんでも聞いていた。そしてそれを、二人とも同じくらいうれしがってるようだった。
クリストフはこの二人の女といっしょになると、どうも気がゆったりしなかった。彼女らの友誼、その奇怪な会話、放恣な行動、無遠慮な態度、とくにミルハの物の見方や話し方の無遠慮さ――(それでも彼の面前ではいくらか少なかったが、彼がいない時のこともアーダが聞かしてくれた)――それからまた、つまらない問題やかなり淫らな問題へいつもわたってゆく、不謹慎で饒舌な彼女らの好奇心、すべてそういう曖昧な多少獣的な雰囲気に、彼は恐ろしく困らされた。それでもまた心をひかれた。なぜならそういう種類のことを少しも知らなかったから。その二人の小さな獣どもは、つまらないことを話し合い、とりとめもないことを語り合い、馬鹿げた笑い方をし、うれしそうに眼を輝かしながら、淫逸な話をつづけるので、そういう会話の中に出ると彼は面食ってしまった。そしてミルハが立ち去るとほっと安堵するのだった。二人の女をいっしょにすると、彼には言葉のわからない外国の土地のように思われた。考えを通じ合うことができなかった。彼女らは彼の言葉には耳も傾けず、外国人たる彼を馬鹿にしていた。
アーダと二人きりの時には、やはり違った二つの言葉を使いはしたが、それでもたがいに了解するために、二人とも少なくも努力はしていた。しかし実を言えば、彼は彼女を了解すればするほど、ますます了解していないのであった。彼女は彼が知った最初の女性だった。あの憐れなザビーネも女性の一人ではあったが、彼は彼女を少しも知っていなかった。彼にとっては、彼女はただ心の夢だけとなっていた。しかるにアーダは、空費した時を回復させる役目となった。彼はこんどこそ女性の謎を解こうとつとめた――おそらくはなんらかの意義を求めようとする人々にとってしか謎ではないところの謎を。
アーダは少しの知力もそなえていなかった。がそれはまだ些細な欠点だった。もし彼女がそれをあきらめていたら、クリストフもそれをあきらめたろう。しかし彼女は、つまらないことにばかり頭を向けていながらも、精神的な事柄にも通じてると自負して、確信をもって万事を判断した。音楽のことを話しては、クリストフが最もよく知ってる事柄を彼に説明してやり、判定を下して頑として応じなかった。彼女を説伏しようとしても無駄だった。彼女は万事にたいして主張と疑惑とをもっていた。やたらに気むずかしいことを言い、頑固で傲慢であって、何物をも理解しようとはしなかった――理解することができなかった。実際何にもわからないということが、どうしても承知できなかった。もし彼女が、その欠点と美点とをもってただ生地のままで満足していたなら、彼はさらにいかほどかよく愛してやったことだろう!
事実彼女は、考えるということをほとんど心にかけていなかった。食べ飲み歌い踊り叫び笑い眠ることだけを、心にかけていた。幸福にしていたいと思っていた。そしてそれは、もし成功していたらきわめて結構なことだったろう。元来彼女は、幸福なるために天賦の才をもっていて、大食であり、怠惰であり、淫蕩であり、クリストフをいやがらせまた面白がらせる無邪気な利己心をそなえていたし、約言すれば、友だちにたいしてではないが、仕合せにもそれをもってる本人にたいして人生を愉快ならしむるところの、ほとんどあらゆる悪徳をもっていたし――(それになお、幸福な顔つきをしていたが、この幸福な顔つきは、少なくともそれがきれいである以上は、すべて近寄る人たちの上に幸福を光被するものである)――かくて生存に満足すべき多くの理由がありはしたけれど、しかし満足するだけの知力さえそなえてはいなかった。健康そうな様子をし、あふれるばかりの快活さを有し、猛烈な食欲をそなえ、清新で、陽気で、美しい丈夫なこの娘は、自分の健康を気づかっていた。馬のように大食しながら、身体の弱いことを嘆いていた。あらゆる愚痴をこぼしていた、もう歩けない、もう息がつけない、頭痛がする、足が痛む、眼が痛む、胃が痛む、心が痛む、などと。あらゆるものを恐がり、ばかに迷信家で、どこにでも何かの前兆を認めていた。たとえば食卓では、ナイフ、十字に組合したフォーク、客の数、ひっくり返ってる塩入れなどがあって、災難を避けるために沢山の禁呪をしなければならなかった。散歩をしてると、鳥の数を数え、それがどちらへ飛ぶかをかならず観察した。また心配そうに足下の道をうかがい、もし午前中に蜘蛛が通るのを見つけると、非常に悲しがって、引返したがった。それをむりにつづけて散歩させるには、もう正午過ぎなので前兆は凶から吉へ変ったのだと説き伏せるより外に、なんらの手段もなかった。また夢を気にしていた。彼女はいつも長々とクリストフに夢の話をした。そのちょっとした些事を忘れても、幾時間もかかって思い出そうとした。ただ一つの事柄も彼に聞かせないではおかなかった。それはまったく荒唐無稽な事柄の連続であって、おかしな結婚、死人、裁縫女、王侯、滑稽なまた時には猥褻な事柄、などが問題になっていた。彼はそれに耳を傾けなければならないし、意見を吐かなければならなかった。彼女はそれらの愚にもつかない幻影に、終日つきまとわれてることもしばしばだった。世の中は悪くできてるものだと考え、事物や人々をぶしつけにながめ、やたらに嘆息してクリストフを困らした。そして彼は、自家の陰鬱な小市民たちのもとをいくら逃げ出しても、やはりここにもまた、永遠の敵たる「陰気な非ギリシャ的な憂鬱病者」を見出したのである。
そういう不機嫌な愚痴の最中に、突然、また快活な様子が騒々しく大袈裟に現われてくるのであった。するともう、先刻の苦情と同じく、その快活さにも手のつけようがなかった。理由もないのにいつまでもつづくかと思われるほど大笑いをし、畑の中を駆けずり回り、狂気じみた仕業をし、子供のように戯れ、ばかなことをして喜び、土くれや汚い物をかきまわし、畜類や蜘蛛や蟻や蚯蚓などをいじくり、それをいじめ、害を加え、小鳥を猫に、蚯蚓を鶏に、蜘蛛を蟻に、たがいに食わせ、しかも悪心あってなすのではなく、あるいはまったく無意識的な加害の本能から、好奇心から、無為退屈な心からであった。または、倦むことなき欲求をもって、くだらないことを言い、なんの意味もない言葉を何十度となく繰り返し、人をいやがらせ、苛立たせ、じらし、激怒させることもあった。しかも、だれかが――だれでも構わない――道に姿を現わすと、また嬌態が始まった。すぐに彼女は、元気よく口をきき、笑声をたて、騒ぎたて、変な表情をし、人目を引いた。わざとらしい突飛な行動をした。クリストフは今に彼女が真面目らしいことを言い出すだろうと、びくびくしながら予感した。――そして、はたしていつもそのとおりだった。彼女は感傷的になった。しかも他の場合と同じく、こんどもまた法外だった。恐ろしい勢いで感情をぶちまけた。クリストフはそれに悩まされて、なぐりつけたかった。彼が彼女に何よりも最も許しがたかったことは、誠実でないということだった。誠実というのは、知力や美貌と同じくらいめったにない賦性で、万人にそれを要求するのは無理であるということを、彼はまだ知らなかった。彼は虚言を忍ぶことができなかった。しかもアーダは彼にひどく嘘をついた。明らかな事実が現われていても、平気でたえず嘘をついた。彼に不快を与えた事柄を――彼の気に入った事柄をも――すぐに忘れてしまう驚くべき容易さを、その時々の調子に任して生活してる女が一般に有する忘却の容易さを、彼女はもっていた。
そして、それにもかかわらず二人は愛し合っていた。たがいに心から愛し合っていた。アーダも愛にかけては、クリストフと同様に誠実だった。その愛は精神の同感の上に立ってはいなかったが、それでもやはり真実のものだった。下等な情熱とはなんらの共通点ももってはいなかった。青春の美しい愛であった。いかにも肉感的なものではあったが、卑俗なものではなかった。なぜならその中ではすべてが若々しかったから。率直でほとんど清廉で、快楽の燃えたつ清純さに洗われた愛だった。アーダはなかなかクリストフほど初心ではなかったとは言え、まだ青春の心と身体とのりっぱな特権をもっていた。その感覚の清新さは、小川のように清澄溌溂として、ほとんど純潔の感を与え、何物にも妨げられることがなかった。彼女は普通の生活においては利己的で平凡で不誠実であったが、愛のために、素朴に真実にほとんど善良にさえなっていた。他人のために自己を忘れることにおいて見出される喜びを、彼女は理解するほどになっていた。クリストフはその様子をうれしげにながめた。すると、彼女のために死んでも惜しくないような気がした。愛する魂はその愛のうちに、いかにおかしなしかも痛切な欺瞞をもちきたすことであるか! 恋人にありがちな幻は、クリストフのうちにあっては、あらゆる芸術家に固有な幻想力によってさらに強調されていた。アーダの一つの微笑も、彼にとっては深い意義をもっていた。やさしい一言も、その心の善良さの証拠であった。彼は宇宙にあるあらゆるみごとなものを、彼女のうちにおいて愛していた。彼は彼女を、おのれの自我、おのれの魂、おのれの存在、と呼んでいた。二人はいっしょに愛情のあまり涙を流した。
Ce n'était pas seulement le plaisir qui les liait; c'était une poésie indéfinissable de souvenirs et de rêves,—les leurs? ou ceux des êtres qui avaient aimé avant eux, qui avaient été avant eux... en eux...?... Ils gardaient sans se le dire, sans le savoir peut-être, la fascination des premières minutes où ils s'étaient rencontrés dans le bois, des premiers jours, des premières nuits passées ensemble, des sommeils dans les bras l'un de l'autre, immobiles, sans pensée, noyés en un torrent d'amour et de joie silencieuse. De brusques évocations, des images, des pensées sourdes, dont le frôlement les faisait secrètement pâlir et fondre de volupté, les entouraient d'un bourdonnement d'abeilles. Lumière brûlante et tendre... Le cœur défaille et se tait, accablé par une douceur trop grande. Silence, langueur de fièvre, sourire las de la terre qui frissonne aux premiers soleils de printemps... Le frais amour de deux corps juvéniles est un matin d'avril. Il passe comme rosée. La jeunesse du cœur est un déjeuner de soleil.
Rien n'était mieux fait pour resserrer les liens amoureux de Christophe avec Ada que la façon dont le monde les jugeait.
Dès le lendemain de leur première rencontre, tout le quartier était informé. Ada ne faisait rien pour cacher l'aventure, elle tenait à se faire honneur de sa conquête. Christophe eut préféré plus de discrétion; mais il se sentait poursuivi par la curiosité des gens; et comme il ne voulait pas avoir l'air de fuir devant elle, il s'affichait avec Ada. La petite ville jasait. Les collègues de Christophe à l'orchestre lui faisaient des compliments goguenards, auxquels il ne répondait pas, parce qu'il n'admettait point qu'on se mêlât de ses affaires. Au château, son manque de tenue était blâmé. La bourgeoisie jugeait sa conduite avec sévérité. Il perdit ses leçons de musique dans certaines familles. Chez d'autres, les mères se crurent obligées d'assister dorénavant à la répétition de leurs filles, l'air soupçonneux, comme si Christophe avait eu l'intention d'enlever ces précieuses poulettes. Les demoiselles étaient censées tout ignorer. Naturellement, elles savaient tout; et tout en battant froid à Christophe pour son manque de goût, elles mouraient d'envie d'avoir plus de détails. Il n'y avait que dans le petit commerce et chez les employés de magasin que Christophe était populaire; mais il ne le resta point: il était aussi agacé par l'approbation des uns que par le blâme des autres; et ne pouvant rien contre le blâme, il s'arrangea de façon à ne pas garder l'approbation: ce qui n'était pas très difficile. Il était indigné de l'indiscrétion générale.
Les plus excités contre lui étaient Justus Euler et la famille Vogel. L'inconduite de Christophe leur semblait un outrage personnel. Ils n'avaient pourtant fondé sur lui aucun projet sérieux: ils se défiaient,—madame Vogel surtout,—de ces caractères d'artiste. Mais comme ils avaient l'esprit naturellement chagrin et toujours porté à croire qu'ils étaient persécutés par le sort, ils se persuadèrent qu'ils tenaient au mariage de Christophe avec Rosa, dès qu'ils furent bien certains que ce mariage n'aurait pas lieu: ils virent là une marque de leur malechance accoutumée. La logique eut voulu, si la fatalité était responsable de leur mécompte, que Christophe ne le fut pas; mais la logique des Vogel était celle qui leur permettait de trouver le plus de raisons de se plaindre. Ils jugèrent donc que si Christophe se conduisait mal, ce n'était pas seulement pour son plaisir, mais pour les offenser. Ils étaient d'ailleurs scandalisés. Très religieux, moraux, pleins de vertus familiales, ils étaient de ceux pour qui le péché de la chair est le plus honteux de tous, le plus grave, presque le seul, parce qu'il est le seul redoutable,—(il est trop évident que des gens comme il faut ne seront jamais tentés de voler ni de tuer).—Aussi Christophe leur parut foncièrement malhonnête, et ils changèrent de façons à son égard. Ils lui faisaient une mine glaciale, et se détournaient sur son passage. Christophe, qui ne tenait point à leur conversation, haussait les épaules de toutes ces simagrées. Il feignait de ne pas remarquer les insolences d'Amalia, qui, tout en affectant de l'éviter avec mépris, faisait tout pour qu'il l'abordât, afin qu'elle pût lui dire ce qu'elle avait sur le cœur.
Christophe n'était touché que par l'attitude de Rosa. La petite le condamnait plus durement que les siens. Non que ce nouvel amour de Christophe lui parût détruire les dernières chances qu'elle avait d'être aimée de lui: elle savait qu'elle n'en avait aucune—(bien qu'elle continuât peut-être d'espérer... elle espérait toujours!)—Mais elle s'était fait de Christophe une idole; et cette idole s'écroulait. C'était la pire douleur,... une douleur plus cruelle, dans l'innocence de son cœur, que d'être dédaignée par lui. Élevée d'une façon puritaine, dans une morale étroite, à laquelle elle croyait passionnément, ce qu'elle avait appris de Christophe ne l'avait pas seulement désolée, mais écœurée. Elle avait déjà souffert, quand il aimait Sabine; elle avait commencé de perdre certaines de ses illusions sur son héros. Que Christophe put aimer une âme aussi médiocre lui semblait inexplicable et peu glorieux. Mais du moins, cet amour était pur, et Sabine n'en était pas indigne. Enfin la mort avait passé là-dessus, et avait tout sanctifié... Mais qu'aussitôt après, Christophe aimât une autre,—et quelle autre!—c'était bas, c'était odieux! Elle en venait à prendre la défense de la morte contre lui. Elle ne lui pardonnait pas de l'avoir oubliée...—Hélas! il y pensait plus qu'elle; mais elle ne se doutait pas qu'il put y avoir place, dans un cœur passionné, pour deux sentiments à la fois; elle croyait qu'on ne peut rester fidèle au passé, sans sacrifier le présent. Pure et froide, elle n'avait aucune idée de la vie, ni de Christophe; tout lui paraissait devoir être pur, étroit, et soumis au devoir, comme elle. Modeste dans toute son âme et de toute sa personne, elle n'avait qu'un orgueil: celui de la pureté; elle l'exigeait de soi et des autres. Que Christophe se fût ainsi abaissé, elle ne le lui pardonnait pas, elle ne le lui pardonnerait jamais.
Christophe essaya de lui parler, sinon de s'expliquer avec elle.—(Qu'aurait-il pu dire à une fillette puritaine et naïve?)—Il eut voulu l'assurer qu'il était son ami, qu'il tenait à son estime, et qu'il y avait encore droit. Mais Rosa le fuyait, avec un silence sévère; et il sentait qu'elle le méprisait.
Il en avait chagrin et colère. Il avait conscience qu'il ne méritait pas ce mépris; et pourtant, il finissait par en être bouleversé: il se jugeait coupable. Les reproches les plus amers, c'était lui qui se les faisait, en pensant à Sabine. Il se torturait:
—Mon Dieu! comment est-ce possible! Comment est-ce que je suis?...
Mais il ne pouvait résister au courant qui remportait. Il pensait que la vie est criminelle; et il fermait les yeux pour ne pas la voir, et vivre. Il avait un tel besoin de vivre, d'aimer, dette heureux!... Non, il n'y avait rien de méprisable dans son amour! Il savait qu'il pouvait n'être pas sage, pas intelligent, pas très heureux môme, en aimant Ada; mais qu'y avait-il là de vil? À supposer—(il s'efforçait d'en douter)—que Ada n'eut pas une très grande valeur morale, en quoi l'amour qu'il avait pour elle était-il moins pur? L'amour est dans celui qui aime, non dans celui qu'on aime. Tout est pur chez les purs. Tout est pur chez les forts et chez ceux qui sont sains. L'amour, qui pare certains oiseaux de leurs plus belles couleurs, fait sortir des âmes honnêtes ce qu'elles ont de plus noble. Le désir de ne montrer à l'autre rien qui ne soit digne de lui, fait qu'on ne prend plus plaisir qu'aux pensées et aux actes qui sont en harmonie avec la belle image que l'amour a sculptée. Et le bain de jeunesse où l'âme se retrempe, le rayonnement sacré de la force et de la joie, sont beaux et bienfaisants, et rendent plus grand le cœur.
Que ses amis le méconnussent, le remplissait d'amertume. Mais le plus grave était que sa mère commençait à se tourmenter.
La bonne femme était loin de partager l'étroitesse de principes des Vogel. Elle avait vu de trop près les vraies tristesses, pour chercher à en inventer d'autres. Humble, brisée par la vie, en ayant reçu peu de joies, et lui en ayant encore moins demandé, résignée à ce qui venait, et n'essayant pas de le comprendre, elle se fût bien gardée de juger et de censurer les autres: elle ne s'en croyait pas le droit. Elle se trouvait trop bête pour prétendre qu'ils se trompaient, quand ils ne pensaient pas comme elle; il lui eût paru ridicule de vouloir imposer aux gens les règles inflexibles de sa morale et de sa foi. Au reste, sa morale et sa foi étaient toutes d'instinct: pieuse et pure pour son compte, elle fermait les yeux sur la conduite des autres, avec l'indulgence du peuple pour certaines faiblesses. C'était là un des griefs qu'avait jadis contre elle son beau-père, Jean-Michel: elle ne faisait pas assez de distinction entre les personnes honorables et celles qui ne l'étaient point; elle ne craignait pas, dans la rue, ou au marché, de s'arrêter pour serrer la main et parler amicalement à d'aimables filles fort connues du quartier, et que les femmes comme il faut devaient feindre d'ignorer. Elle s'en remettait à Dieu de distinguer le mal du bien, et de punir ou de pardonner. Elle ne demandait aux autres qu'un peu de cette affectueuse sympathie, qui est si nécessaire pour s'alléger mutuellement la vie. Pourvu qu'on fût bon, c'était l'essentiel.
Mais, depuis qu'elle habitait chez les Vogel, on était en train de la changer. L'esprit dénigrant de la famille avait fait de Louisa d'autant plus facilement sa proie qu'elle était alors abattue et sans force pour résister. Amalia s'était emparée d'elle; et, du matin au soir, dans ces longs tête-à-tête où les deux femmes travaillaient ensemble et où Amalia seule parlait, Louisa, passive et écrasée, prenait à son insu l'habitude de tout juger et de tout critiquer. Madame Vogel ne manqua pas de lui dire ce qu'elle pensait de la conduite de Christophe. Le calme de Louisa l'irritait. Elle trouvait indécent que Louisa se préoccupât si peu de ce qui les mettait hors d'eux; elle ne fut pas contente qu'elle n'eût réussi à la troubler tout à fait. Christophe s'en aperçut. Louisa n'osait lui faire de reproches; mais c'étaient, chaque jour, des observations timides, inquiètes, insistantes; et comme, impatienté, il y répondit brusquement, elle ne lui dit plus rien; mais il continuait de lire le chagrin dans ses yeux; et, quand il revenait, il voyait parfois qu'elle avait pleuré. Il connaissait trop sa mère, pour ne pas être sûr que ces inquiétudes ne lui venaient pas d'elle.—Et il savait d'où elles lui venaient.
Il résolut d'en finir. Un soir que Louisa, ne pouvant plus retenir ses larmes, s'était levée de table, au milieu du souper, sans que Christophe pût apprendre ce qui la désolait, il descendit l'escalier, quatre à quatre, et alla frapper à la porte des Vogel. Il bouillait de colère. Il n'était pas seulement indigné de la façon dont madame Vogel agissait avec sa mère; il avait à se venger de ce qu'elle avait soufflé à Rosa contre lui, de ses tracasseries contre Sabine, de tout ce qu'il avait dû tolérer d'elle depuis des mois. Depuis des mois, il portait un faix de rancunes accumulées, dont il avait hâte de se décharger.
Il fit irruption chez madame Vogel, et, d'une voix qui voulait être calme, mais qui tremblait de fureur, il lui demanda ce qu'elle avait bien pu raconter à sa mère pour la mettre dans un tel état.
Amalia le prit fort mal: elle répondit qu'elle disait ce qu'il lui plaisait, qu'elle n'avait à rendre compte de sa conduite à personne,—à lui moins qu'à personne. Et saisissant l'occasion de placer le discours qu'elle avait préparé, elle ajouta que si Louisa était malheureuse, il n'avait pas à en chercher d'autre raison que sa propre conduite, qui était une honte pour lui et un scandale pour tous.
Christophe n'attendait qu'une attaque pour attaquer. Il cria avec emportement que sa conduite ne regardait que lui, qu'il se souciait fort peu qu'elle plût ou ne plût pas à madame Vogel, que si celle-ci voulait s'en plaindre, elle s'en plaignît à lui, qu'elle pouvait bien loi dire tout ce qu'elle voudrait: ce serait comme s'il pleuvait, mais qu'il lui défendait,—(elle entendait bien?)—il lui défendait d'en rien dire à sa mère, et que c'était une lâcheté de s'attaquer à une pauvre vieille femme malade.
二人を結びつけてるものは、ただ快楽ばかりではなかった。追想と夢想との得も言えぬ詩趣であった。がその追想と夢想とは、彼ら二人のものだったろうか、あるいはまた、彼ら以前に愛していた人々、彼ら以前に……彼らのうちに……存在していた人々、そういう人たちのものだったろうか?……二人はたがいにそれと言わずに、おそらくはそれと知らずに、心のうちにいだいていた、林の中で出会った最初の瞬間の幻影を、いっしょに過した最初の日々と夜々との幻影を、たがいに腕のなかにいだかれ合い、身動きせず、考えもせず、愛と無言の喜悦との奔流に浸って、うとうととしたそれらの眠りを。ちょっと触れてもすでに人知れず顔色が変り一身が快感のうちに溶け去ってゆくほどの、突然の追憶、種々の事象、隠密な考えなどが、蜜蜂のような羽音を立てて二人を取り巻いていた。燃えたつやさしい光。心はあまりに大きな楽しさに圧倒されて、惘然となり黙り込んでゆく。春の初光のうち震える大地の沈黙、熱っぽい懶さ、けだるい微笑……。若々しい二つの身体の清新な愛は、四月の朝である。それは露のように過ぎてゆく。心の若さは、太陽の朝餐である。
クリストフとアーダとの恋愛関係をますます密接ならしめたものは、ことに彼らに対する世間の批評であった。
二人が最初に出会ったその翌日から、近くの人々は皆それを知った。アーダは少しもその情事を隠そうとしなかった。むしろ彼を手に入れたことを自慢にしたがっていた。クリストフはもっと内密にしたがっていたが、しかし人々の好奇心につきまとわれてるのを感じた。そしてアーダの前を逃げようとする様子をしたくなかったので、わざと彼女といっしょのところを見せつけていた。小さな町じゅうにぱっと噂がたった。クリストフの管弦楽団の仲間は、彼に嘲笑的なお世辞を述べた。彼は自分のことに他人が干渉するのを許し得なかったので、返辞もしなかった。官邸でも、彼の不品行が非難された。中流市民らは、彼の行いをきびしく批評した。彼は数軒の音楽教授の口を失った。また他の家では、それ以来母親たちは、あたかもクリストフが大事な娘を奪おうと思ってでもいるかのように、疑い深い様子をして、娘の稽古に立ち合わなければいけないと考えた。令嬢たちは何にも知らないことと見なされていた。しかし、もとより彼女らはすっかり知っていた。そして、クリストフは趣味を解しないとして冷遇しながら、もっと詳しいことを非常に知りたがっていた。クリストフの評判がいいのは、小さな商人や店員などの間ばかりだった。しかしそれも長つづきはしなかった。彼は一方の悪評にたいするのと同じく、他方の好評にたいしても腹をたてていた。そして悪評の方はなんともしようがなかったので、称賛の方がつづかないような策をとり、しかもそれはさほど困難なことではなかった。彼は世間一般の無遠慮を憤っていた。
彼にたいして最も激昂したのは、ユスツス・オイレルとフォーゲル一家だった。クリストフの不品行は、直接身に受けた侮辱のように彼らには思われた。それでも彼らは、なんら真面目な計画を彼の上にすえてるのでもなかった。彼らは――ことにフォーゲル夫人は――芸術家気質なるものを軽蔑していた。しかし彼らは、元来苦労性の精神をもっていたし、運命に苦しめられてると信じがちな精神をもっていたので、クリストフとローザとの結婚が実現されそうもないことがいよいよ確かになると、その結婚に執着していたのだとみずから思い込んだ。そしてそこに例の不運の一つの兆を見てとったのである。もし運命が彼らの違算の責を帯びるものとするならば、理論上クリストフには責任がないはずだった。しかしフォーゲル一家の者の理論は、苦情を言うべき理由を最も多く見出し得させるような理論であった。それで彼らは、クリストフが不品行をするのも、単に彼一個の楽しみのためばかりではなく、また自分らを侮辱せんがためにである、と判断した。そのうえ彼らは、不品行そのものをも忌みきらった。彼らはきわめて信仰深く、道徳心強く、家庭的の徳義心に厚かったので、そういう人たちの例として、彼らの考えによれば、肉欲の罪は最も恥ずべきものであり最も重大なものであり、また唯一の恐るべきものであるから唯一の罪とも言えるのであった。――(相当の者なら決して窃盗や殺害の心は起こすものでないということは、あまりに明らかなことだった。)――それでクリストフは徹頭徹尾正しからぬ者だと彼らには思われた。彼らは彼にたいする態度を変えた。彼が通りかかると、冷酷な顔つきをして横を向いた。クリストフの方では、彼らと話をしたくも思ってはいなかったので、それらの澄し込んだ様子を見るごとに肩をそびやかした。アマリアは彼を軽蔑して避けるようなふうをしながらも、心にたまってることを言ってやるために、しきりに彼と接する機会を作りたがっていたが、彼はその無礼な仕打ちをも見ないふりをしていた。
クリストフが心打たれたのは、ただローザの態度だけであった。この少女は家族のだれよりもいっそうきびしく彼を非難した。それは、クリストフの新しい恋が、彼から自分が愛される機会を、まったく破壊してしまうように思われるからではなかった。彼女はそういう機会が一つもないことを知っていた――(やはりつづけて希望はかけていたろうけれど。……彼女は永久に希望をかけているだろう!)――しかし彼女は、クリストフを偶像視していた。しかるにその偶像がこわれかけたのである。それは最もつらい苦痛だった……彼女の純潔な心のうちでは、彼から蔑視されることよりも、さらに残忍な苦痛だった。彼女は清教徒的なやり方で、偏狭な道徳のうちに育てられ、その道徳を熱心に信じていたので、クリストフについて聞き知った事柄は、ただに彼女を悲しませたばかりでなく、また嫌悪の情さえも起こさせた。彼がザビーネを愛してる時から、彼女はすでに苦しんでいた。その自分の崇拝者にたいする幻影を、すでに幾何か失いかけた。クリストフがかくも凡庸な魂を愛するということは、不可解なまたあまり名誉でないことのように彼女には思われた。しかし少なくとも、その愛は純粋であって、かつザビーネはそれに相当し得ないでもなかった。最後に死が通り過ぎて、すべてを清めたのであった……。しかしすぐそのあとで、クリストフが他の女を愛そうとは――しかもいかなる女か!――それは卑しいことであり、嫌悪すべきことだった! 彼女は彼に対抗して、死んだ女を庇護するようになった。その女を忘れたことを、彼に許し得なかった。……が嗚呼、彼は彼女よりもなおいっそうそのことを考えていたのである! しかし彼女は、熱烈な心の中に二つの感情を同時にいれ得る余地があろうとは、夢にも思わなかった。現在を犠牲にしなければ過去に忠実であり得ないものだと、信じていた。清くて冷やかな彼女は、人生についてもまたクリストフについても、なんらの観念をも得ていなかった。すべてが彼女自身と同じように、純粋で狭小で義務に服従していなければいけないように思われた。彼女は心身ともすべてにおいて謙譲であって、ただ一つの誇りをしかもっていなかった。それは純潔の誇りだった。そして自分についてもまた他人についても、それを要求していた。クリストフがかくまで堕落したことを、彼女は許してやり得なかったし、永久に許してやり得なかったであろう。
クリストフは彼女に、弁解するつもりではないとしても、とにかく話をしようとつとめた。――(純潔無邪気な娘に何を言い得ることがあったろう?)――ただ、自分は彼女の友であること、彼女の尊重を切望してること、自分はまだそれを受けるに足りること、などを彼女に確信さしてやりたかった。しかしローザはいかめしく口をつぐんで、彼を避けていた。彼は彼女から軽蔑されてることを感じた。
彼はそれを苦しみまた憤った。自分はその軽蔑に相当する者でない、という自覚があった。それでも彼はついに狼狽してしまった。自分に罪があると考えた。そして最も苦々しい非難を、ザビーネのことを考えながら、みずから自分に浴せた。彼はみずから自分を苦しめた。
「嗚呼、どうしてこんなはずがあろうか? どうして私はこうなのか?……」
しかし彼は自分を押し流す流れに抵抗することができなかった。彼は人生は罪悪的なものだと考えた。そして人生を見ないで生きるために眼を閉じた。それほど、生きたく、愛したく、幸福でありたかった。……確かに、彼の愛のうちにはなんら軽蔑すべきものはなかった。アーダを愛するのは、賢明でなく怜悧でなくたいして幸福でさえないかもしれないと、彼はよく知っていた。しかしなんの賤しい点があったろうか? たとい――(彼は信じまいとつとめていたが)――アーダには大して精神的価値がなかったと仮定しても、彼女にたいする彼の愛は、何によってそれだけ純潔の度が少ないと言えたであろうか? 愛は愛する者のうちにあるので、愛される者のうちにあるのではない。純潔な者にあっては、すべてが純潔だ。強壮な者や健全な者にあっては、すべてが純潔だ。愛は、ある種の小鳥をその最も美しい色彩で飾りたてるものであり、正直な魂から、その最も高尚なものを引出してくる。愛人にふさわしくないものは何一つ示したくないという欲求から、人はもはや、愛が刻んだ美しい像に調和する思想や行為にしか、喜びを見出さなくなる。そして魂が浴する青春の泉は、力と喜悦との潔い光輝は、麗わしくかつ有益であって、人の心をますます偉大ならしむるものである。
知友たちから誤解されてることは、彼の心に憂苦を満さした。しかし最も重大な憂苦は母親までが心配し始めたことであった。
この善良な婦人は、フォーゲル一家の偏狭な主義を共に奉じてはいなかった。彼女はあまり目近に真の悲しみを見てきたので、他の悲しみを想像し出そうとはしなかった。自分を卑下し、生活に困憊し、生活からたいした喜びも受けず、生活に喜びを求めることはさらに少なく、成行のままにあきらめ、事変を理解しようともつとめないで、他人を批判し非難することを慎しんでいた。自分にはその権利がないと信じていた。自分をきわめて愚かだと考えて、他人が自分と同じように考えないから間違ってるとは見なさなかった。自分の道徳と信念との一徹な規則を他人にも押しつけようとすることは、彼女には笑うべきことのように思われた。そのうえ、彼女の道徳と信念とは、すべて本能的なものであった。自分一身に関しては敬虔で純潔であった彼女は、ある種の欠点にたいする下層の人々の寛大さをもって、他人の行いには眼をつぶっていた。かつて舅のジャン・ミシェルが彼女にたいしていだいていた不満の一つも、そういう点にあった。彼女は尊むべき人々とそうでない人々との間に、充分の区別をつけていなかった。相当の婦人なら知らないふりをすべきであるような、付近で評判のあだっぽい娘らにも、往来や市場なんかで、立止って親しく握手をしたり話しかけたりすることを、平気でやっていた。善悪を区別することは、罰したり許したりすることは、これを神にうち任していた。彼女が他人に求めるところは、たがいに生活を気楽ならしむるためにごく必要な、多少のやさしい同情ばかりであった。親切でさえあれば、というのが彼女にとっては肝要なことだった。
しかしフォーゲル家に住んで以来、彼女は皆から変化されつつあった。当時彼女はがっかりして反抗するだけの力がなかっただけになおさら、一家の誹謗的な精神は容易に彼女を餌食にしてしまった。アマリアが彼女を奪い取った。朝から晩まで、二人いっしょに仕事をし、アマリア一人口をききながら、ずっと差向いでいるうちに、受身で圧倒されがちなルイザは、知らず知らずのうちに、すべてを判断し批評するような習慣になってしまった。フォーゲル夫人はクリストフの行状にたいする自分の考えを、彼女に言わないではおかなかった。ルイザの平気なのが癪にさわっていた。自分たち一家の者が憤慨してる事柄をルイザがいっこう気にも留めないのは、不都合なことだと考えていた。彼女の心をすっかり乱させることができないのを、不満に思っていた。クリストフはそれに気がついた。ルイザは思い切って彼をとがめることができなかった。しかし毎日、小心な不安な執拗な意見がくり返された。彼が苛立って乱暴な返辞をすると、もう彼女はなんとも言わなかった。しかしその眼にはやはり心痛の色があるのを、彼は読みとった。家にもどってきて、彼女が泣いてたことに気づくことも時々あった。彼は母の性質をよく知っていたので、そういう心配は彼女自身の心から出たものでないことを確信した。――そしてどこからその心配が来るかを知った。
彼はそれを片付けてしまおうと決心した。ある晩、ルイザは涙を押えきれなくなって、食事の最中に立上った。クリストフはその悲しみの種を聞く隙もなかった。彼は大胯に階段をまたぎ降り、フォーゲル一家のもとに押しかけていった。彼は憤りに燃えたっていた。母にたいするフォーゲル夫人の振舞を怒ってるばかりではなかった。ローザを煽動して敵意をもたせたこと、ザビーネを中傷したこと、その他数か月来しいて我慢してきた数々のこと、その仕返しをしてやらなければならなかった。彼は数か月以来、積り積った恨みの荷を背負っていて、それを早くおろしてしまおうとした。
彼はフォーゲル夫人の室に飛び込んだ。そして、しずめようとしてもなお激怒に震える声で、母にどんなことをいってあんなふうにならせたのかと詰問した。
アマリアはそれを非常に悪くとった。自分の勝手なことを言ったまでであると答え、自分の行いをだれにも報告する必要はない――まして彼に報告する必要はない、と答えた。そして日ごろ用意していた言葉を言ってやるために、その機会に乗じてつけ加えた、もしルイザが悲しんでるなら、その理由は彼自身の行状以外に捜すに及ばない、彼の行状は、彼自身にとっては恥辱であり、他のすべての人にとっては醜怪事であると。
クリストフが攻撃を始めるには、向うからの一つの攻撃で充分だった。彼は激昂して叫んだ、自分の行状は自分だけに関するものであること、自分の行状がフォーゲル夫人の気に入ろうが入るまいが、そんなことはいっこう構わないこと、もし不平を言いたければ、自分に向って言ってもらいたいこと、言いたいことはなんでも自分に向って言えるはずだということ、言われたって自分は雨が落ちかかったほどにも思わないということ、しかし自分は断じて禁ずる――(よく聞くがいい)――何一つ母に言うのを禁ずるということ、そして、病身の年老いた憐れな女を攻撃するのは、卑劣な仕業だということ。
Madame Vogel poussa les hauts cris. Jamais personne n'avait osé lui parler sur ce top. Elle dit qu'elle ne se laisserait pas faire la leçon par un polisson,—et dans sa propre maison!—Et elle le traita d'une façon outrageante.
Au bruit de la scène, les autres arrivèrent,—sauf Vogel, qui fuyait tout ce qui pouvait être une cause de trouble pour sa santé. Le vieux Euler, pris à témoin par Amalia indignée, pria sévèrement Christophe de se dispenser à l'avenir de ses observations et de ses visites. Il dit qu'ils n'avaient pas besoin de lui pour savoir ce qu'ils devaient faire, qu'ils faisaient leur devoir, qu'ils le feraient toujours.
Christophe déclara qu'il partait, et qu'il ne remettrait plus les pieds chez eux. Il ne partit pourtant point, avant de s'être soulagé de ce qu'il avait à leur dire sur le compte de ce fameux Devoir, qui était devenu pour lui un ennemi personnel. Il dit que ce Devoir serait capable de lui faire aimer le vice. C'étaient des gens comme eux qui décourageaient du bien par leur application à le rendre maussade. Ils étaient cause de la séduction qu'on trouve, par contraste, chez ceux qui sont malhonnêtes, mais aimables et riants. C'est profaner le nom de devoir, que l'appliquer à tout, aux plus niaises corvées, aux actes indifférents, avec une rigueur raide et rogue, qui finit par assombrir et empoisonner la vie. Le devoir est exceptionnel: il faut le réserver pour les moments de réel sacrifice, et ne pas couvrir de ce nom sa propre mauvaise humeur et le désir qu'on a d'être désagréable aux autres. Il n'y a pas de raison, parce qu'on a la sottise ou la disgrâce d'être triste, pour vouloir que tous le soient, et pour imposer à tous son régime d'infirme. La première des vertus, c'est la joie. Il faut que la vertu ait la mine heureuse, libre, sans contrainte. Que celui qui fait le bien se fasse plaisir à lui-même! Mais ce prétendu devoir perpétuel, cette tyrannie de maître d'école, ce ton criard, ces discussions oiseuses, cet ergotage aigre et puéril, ce bruit, ce manque de grâce, cette vie dépouillée de charme, de toute politesse, de tout silence, ce pessimisme mesquin, qui ne laisse rien perdre de ce qui peut rendre l'existence plus pauvre qu'elle n'est, cette inintelligence orgueilleuse, qui trouve plus facile de mépriser les autres que de les comprendre, toute cette morale bourgeoise, sans grandeur, sans bonheur, sans beauté, sont odieux et malfaisants: ils font paraître le vice plus humain que la vertu.
Ainsi pensait Christophe; et, dans son désir de blesser qui l'avait blessé, il ne s'apercevait pas qu'il était aussi injuste que ceux dont il parlait.
Sans doute, ces pauvres gens étaient à peu près tels qu'il les voyait. Mais ce n'était pas leur faute: c'était celle de la vie ingrate, qui avait fait leurs figures, leurs manières et leurs pensées ingrates. Ils avaient subi les déformations de la misère,—non de la grande misère qui tombe d'un seul coup, et qui tue, ou qui forge,—mais de la mauvaise chance, constamment répétée, de la petite misère qui s'épand goutte à goutte, du premier jour au dernier... Grande tristesse! cars sous ces enveloppes rugueuses, que des trésors en réserve, de droiture, de bonté, de silencieux héroïsme!... Toute la force d'un peuple, toute la sève de l'avenir.
Christophe n'avait pas tort de croire que le devoir est exceptionnel. Mais l'amour ne l'est pas moins. Tout est exceptionnel. Tout ce qui vaut quelque chose n'a pas de pire ennemi,—non pas que ce qui est mal (les vices ont leur prix),—mais que ce qui est habituel. L'ennemi mortel de l'âme, c'est l'usure des jours.
Ada commençait à se lasser. Elle n'était pas assez intelligente pour savoir renouveler son amour dans une nature abondante, comme celle de Christophe. Ses sens et sa vanité avaient extrait de cet amour tout le plaisir qu'elle y pouvait trouver. Il ne lui restait plus que celui de le détruire. Elle avait cet instinct secret, commun à tant de femmes, môme bonnes, a tant d'hommes, même intelligents, qui ne créent pas des œuvres, des enfants, de l'action—n'importe quoi: de la vie,—et qui ont pourtant trop de vie pour supporter leur inutilité. Ils voudraient que les autres fussent inutiles comme eux, et ils y travaillent de leur mieux. Parfois, c'est malgré eux; et quand ils s'aperçoivent de ce désir criminel, ils le repoussent avec indignation. Mais souvent, ils le caressent; et ils s'appliquent, dans la mesure de leurs forces,—les uns modestement, dans leur petit cercle intime,—les autres tout à fait en grand, sur de vastes publics,—à détruire tout ce qui vit, tout ce qui aime à vivre, tout ce qui mérite de vivre. Le critique qui s'acharne à rabaisser à sa taille les grands hommes et les grandes pensées, la fille qui s'amuse à avilir ses amants, sont deux bêtes malfaisantes de la même sorte.—Mais la seconde est plus aimable.
Ada eût donc voulu corrompre un peu Christophe, afin de l'humilier. À la vérité, elle n'était pas de force. Il y eût fallu plus d'intelligence, même dans la corruption. Elle le sentait; et ce n'était pas un de ses moindres griefs cachés contre Christophe, que son amour ne pût lui faire aucun mal. Elle ne s'avouait pas le désir qu'elle avait de lui en faire; elle ne lui en eût peut-être pas fait, si elle avait pu. Mais elle trouvait impertinent de ne le point pouvoir. C'est manquer d'amour envers une femme que ne pas lui laisser l'illusion de son pouvoir bien ou malfaisant sur celui qui l'aime; et c'est la pousser irrésistiblement à en faire l'épreuve. Christophe n'y prenait pas garde. Lorsque Ada lui demandait, par jeu:
—Laisserais-tu ta musique pour moi?
(bien qu'elle n'en eût aucune envie), il répondait franchement:
—Oh! cela, ma petite, ni toi, ni personne n'y peut rien. J'en ferai toujours.
—Et tu prétends m'aimer? s'écriait-elle, dépitée.
Elle haïssait cette musique,—d'autant plus qu'elle n'y comprenait rien, et qu'il lui était impossible de trouver le joint pour atteindre cet ennemi invisible, pour blesser Christophe dans sa passion. Si elle essayait d'en parler avec mépris, ou de juger dédaigneusement les compositions de Christophe, il riait aux éclats; et, malgré son exaspération, Ada prenait le parti de se taire; car elle se rendait compte qu'elle était ridicule.
Mais s'il n'y avait rien à faire de ce côté, elle avait découvert chez Christophe un autre point faible, où il lui était plus facile d'atteindre: c'était sa foi morale. En dépit de sa brouille avec les Vogel, et malgré l'enivrement de son adolescence, Christophe avait conservé une pudeur instinctive, un besoin de pureté, dont il n'avait pas conscience, mais qui devait d'abord frapper, attirer et charmer, puis amuser, puis impatienter, puis irriter jusqu'à la haine, une femme comme Ada. Elle ne s'y attaquait pas de front. Elle demandait insidieusement:
—M'aimes-tu?
—Bien sûr!
—Combien m'aimes-tu?
—Autant qu'on peut aimer.
—Ce n'est pas beaucoup... Enfin!... Qu'est-ce que tu ferais pour moi?
—Tout ce que tu voudras.
—Ferais-tu une malhonnêteté?
—Singulière façon de t'aimer!
—Il ne s'agit pas de cela. Le ferais-tu?
—Ce n'est jamais nécessaire.
—Mais si moi, je le voulais?
—Tu aurais tort.
—Peut-être... Le ferais tu?
Il voulait l'embrasser. Mais elle le repoussait.
—Le ferais-tu, oui ou non?
—Non, mon petit.
Elle lui tournait le dos, furieuse.
—Tu n'aimes pas, tu ne sais pas ce que c'est qu'aimer.
—C'est bien possible, disait-il avec bonhomie.
Il savait bien qu'il était capable, tout comme un autre, de commettre, dans un instant de passion, une sottise, une malhonnêteté peut-être, et,—qui sait?—davantage; mais il eût trouvé honteux de s'en vanter froidement, et dangereux de l'avouer à Ada. Un instinct l'avertissait que la chère ennemie se tenait à l'affût et prenait acte de ses moindres propos: il ne voulait pas lui donner prise contre lui.
D'autres fois, elle revenait à la charge; elle lui demandait:
—M'aimes-tu parce que tu m'aimes, ou parce que je t'aime?
—Parce que je t'aime.
—Alors, si je ne t'aimais pas, tu m'aimerais encore?
—Oui.
—Et si j'aimais un autre, tu m'aimerais toujours?
—Ah! cela, je ne sais pas... Je dc crois pas... En tout cas, tu serais la dernière personne à qui j'irais le dire.
—Qu'est-ce qu'il y aurait de changé?
—Beaucoup de choses. Moi, peut-être. Sûrement, toi.
—Qu'est-ce que cela fait, que moi, je change?
—Cela fait tout. Je t'aime comme tu es. Si tu deviens une autre, je ne réponds plus de t'aimer.
—Tu n'aimes pas, tu n'aimes pas! Qu'est-ce que ces ergotages? On aime, ou on n'aime pas. Si tu m'aimes, tu dois m'aimer, telle que je suis, quoi que je fasse, toujours.
—Ce serait t'aimer comme une bête.
—C'est comme cela que je veux être aimée.
—Alors, tu t'es trompée, dit-il en plaisantant, je ne suis pas ce que tu cherches. Je le voudrais, que je ne le pourrais pas. Et je ne le veux pas.
—Tu es bien fier de ton intelligence! Tu aimes mieux ton intelligence que moi.
—Mais c'est toi que j'aime, ingrate, plus que tu ne t'aimes toi-même. Je t'aime d'autant plus que tu es plus belle et meilleure.
—Tu es un maître d'école, dit-elle avec dépit.
—Que veux-tu? J'aime ce qui est beau. Ce qui est laid me dégoûte.
—Même chez moi?
—Surtout chez toi.
Elle tapa rageusement du pied:
—Je ne veux pas être jugée.
—Plains-toi donc de ce que je te juge et de ce que je t'aime, dit-il tendrement, pour l'apaiser.
Elle se laissa prendre dans ses bras, et daigna même sourire, et permettre qu'il l'embrassât. Mais après un moment, quand il croyait qu'elle avait oublié, elle demanda, inquiète:
—Qu'est-ce que tu trouves de laid en moi?
Il se garda bien de le lui dire; il répondit lâchement:
—Je ne trouve rien de laid.
Elle réfléchit un moment, sourit, et dit:
—Écoute un peu, Christli, tu dis que tu n'aimes pas le mensonge.
—Je le méprise.
—Tu as raison, dit-elle, je le méprise aussi. Du reste, je suis tranquille, je ne mens jamais.
Il la regarda: elle était sincère. Cette inconscience le désarmait.
—Alors, continua-t-elle, en lui passant les bras autour du cou, pourquoi m'en voudrais-tu si j'aimais un autre, et si je te le disais?
—Ne me tourmente pas toujours!
—Je ne te tourmente pas: je ne te dis pas que j'aime un autre; je dis même que non... Mais plus tard, si j'aimais...?
—Eh bien, n'y pensons pas.
—Moi, je veux y penser... Tu ne m'en voudrais pas? Tu ne peux pas m'en vouloir?
—Je ne t'en voudrais pas, je te quitterais, voilà tout.
—Me quitter? Pourquoi donc? Si je t'aimais encore?...
—Tout en aimant un autre?
—Sans doute. Cela arrive.
—Eh bien, cela n'arrivera pas pour nous.
—Pourquoi?
—Parce que le jour où tu aimeras un autre, je ne t'aimerai plus, mon petit, plus du tout, plus du tout.
—Tout à l'heure, tu disais: peut-être... Ah! tu vois, tu n'aimes pas!
—Soit. Cela vaut mieux pour toi.
—Parce que?...
—Parce que si je t'aimais, quand tu aimerais un autre, cela pourrait mal tourner pour toi, moi, et l'autre.
—Voilà!....Tu es fou maintenant. Alors, je suis condamnée à rester avec toi, toute ma vie?
—Tranquillise-toi. Tu es libre. Tu me quitteras, quand tu voudras. Seulement, ce ne sera pas au revoir, ce sera adieu.
—Mais si je continue de t'aimer, moi?
—Quand on aime, on se sacrifie l'un à l'autre.
—Eh bien, sacrifie-toi!
Il ne put s'empêcher de rire de son égoïsme; et elle rit aussi.
—Le sacrifice d'un seul, dit-il, ne fait que l'amour d'un seul.
フォーゲル夫人は大声をたてた。かつてだれからも、そんな調子で物を言われたことがなかった。小僧っ子から――しかも自分の家で――説諭を受けるものかと彼女は言った。そして彼を侮辱的な態度で取扱った。
喧嘩の声を聞きつけて、他の人たちもやって来た――ただフォーゲルを除いて。フォーゲルは自分の健康の害になるようなことはいつも避けていたのである。オイレル老人は、立腹してるアマリアから介添人に立てられて、将来は意見や訪問は差控えてもらいたいとクリストフにきびしく頼んだ。自分たちは彼の助言をまたずともなすべきことを知っており、義務を果しており、常に義務を果すだろう、と言った。
クリストフは出て行くと言い、もう二度と足を踏み入れるものかと公言した。けれども彼は、自分にとっては直接身辺の敵となってる例の「義務」について、心ゆくまで彼らに言ってやらないうちは、決して出て行かなかった。そんな「義務」を云々するなら、自分はむしろ悪徳の方を好むだろう、と彼は言った。フォーゲル一家のような人たちこそ、しきりに善を不愉快なものにしながら、善をみだすものであった。彼らとの対照によってこそ人は、不徳義ではあってもしかし愛想のいいにこやかな人たちに、誘惑を感ずるのであった。ついには生活を陰鬱にし害毒するほどの堅苦しい横柄な厳格さで、つまらない雑役や取るに足らぬ行いなど、すべてに、義務という言葉を通用するのは、かえって義務の名を涜すものである。義務は特殊なものである。実際の献身の場合のために、それは保留しておかなければいけない。自分の不機嫌や、他人を不快がらせようとする欲望などを、義務の名で覆ってはいけない。自分が愚かにもまたは不面目にも陰気だからと言って、すべての人が陰気であるようにと願い、すべての人に自分の不具な摂生法を強いんとするのは、理由のないことである。美徳のうちで第一のものは、喜悦である。美徳は、幸福な自由なこだわりのない顔つきをしていなければいけない。善をなす者は、みずから自身を喜ばせなければいけない。しかるに、フォーゲル一家のいわゆる常住不断の義務、小学校教師みたいな圧制、やかましい口調、役にもたたない議論、不快な幼稚な理屈、喧騒、優雅の欠乏、あらゆる魅力と礼節と沈黙とを欠いた生活、生存を萎微させるようなものはなんでも取上げる浅薄な悲観思想、他人を理解するよりも軽蔑する方を易しとする傲慢な非理知、すべてそれらの、偉大さも幸福も美もない凡俗な道徳、それは実に醜悪な有害なものである。それは実に、美徳よりも悪徳の方に、いっそう人間的な観を与えさせるものである。
そういうふうにクリストフは考えていた。そして自分を傷つけた者を傷つけ返してやりたいという欲求に駆られて、自分も相手の人たちと同様に間違ってるということには気づかなかった。
もちろんこの憐れな人たちは、ほとんど彼の観察どおりであった。しかしそれは彼らの罪ではなかった。彼らの顔つきや態度や思想を不愛想ならしめてしまった、不愛想な生活の罪であった。彼らは悲惨から――一挙に落ちかかって人を殺すかあるいは鍛えるかする大悲惨からではなく――たえずくり返される不運、最初の日から最後の日に至るまで一滴ずつ落ちてくる小さな悲惨から、変化されてしまっていた……。なんと悲しむべきことであるか! なぜなら、それらの粗硬な表皮の下には、方正や善良や無言の勇気など、いかに多くの宝がたくわえられていたことだろう!……一民衆の力が、未来の活気が!
クリストフが義務は特殊なものだと信じたのは、誤りではなかった。しかし恋愛もやはり特殊なものである。すべてが特殊である。何かに価するすべてのものは皆――悪でさえもやはり(悪にも価値がある)――常習ということより以上の敵を有しない。魂の致命的な敵は、毎日の消耗である。
アーダは倦怠し始めていた。クリストフの性質のように豊富な性質の中で、自分の愛を更新してゆくには、彼女は充分の知力をそなえていなかった。彼女の官能と浮華的な精神とは、およそ見出し得るかぎりの快楽を愛から引出してしまっていた。もはや愛を破壊する快楽しか残ってはいなかった。彼女は一種のひそかな本能をもっていた。それは多くの女に、善良な女にも、また多くの男に、怜悧な男にも、共通な本能であって、この本能をそなえた男女は、仕事もせず、子供もこしらえず、活動もせず――いかなることをも、生活をもせず――しかも、あまりに多くの活力をもっているので、おのれの無用さを堪え忍ぶこともできないのである。彼らは他人も自分らと同じく無用ならんことを望み、他人をそうなさんためにできるだけつとめる。時とすると我知らずそうしていることもあって、その悪の欲求にみずから気づくと、憤然としてそれをしりぞける。しかし多くは、その欲求を守り育てる。そして各自の力に従って――ある者は、わずかな親しい仲間内だけでひそかに――ある者は、広く公衆にたいして大規模に――すべて生を有するもの、生を欲するもの、生に価するものを、ことごとく破壊しつくそうとつとめる。偉人や偉大な思想などを、おのれと同じ水準に引下げようと熱中する批評家、恋人を卑しくすることを喜ぶ娘、この二つは同種類の有害な二匹の畜生である。――ただ後者の方がいくらかかわいい。
アーダはクリストフをやりこめるために、彼を多少堕落させたかったであろう。が事実彼女は、力をもっていなかった。他人を堕落させるについても、もっと知力が必要であった。彼女はそれを感じていた。そして自分の愛がクリストフを害することができないのは、彼女が彼にたいして隠しもってる大きな不平の一つだった。彼女は彼を害しようと望んでるとはみずから認めていなかった。もしできてもおそらくはしなかったであろう。しかしそれを自分の力でできないということが、癪にさわるように思われるのだった。愛してくれる男を善化しあるいは悪化する力が自分にあるという幻を、女に与えてやらないのは、愛の不足を示すものである。ぜひともそれを実際にためしてみようという心を、女に起こさせるものである。クリストフはそれを用心していなかった。ある時アーダは戯れに尋ねた。
「私のためになら音楽を捨ててくだすって?」(もちろん彼女はそれを少しも願ってはいなかった。)
すると彼は直截に答えた。
「おうそんなことは、たといお前にしろ、だれにしろ、できるものかね。僕はどこまでも音楽をやるつもりだ。」
「それであんたは私を愛してるというの?」と彼女はむっとして叫んだ。
この音楽というものを、彼女は憎んでいた――自分に少しもわからないだけになおさら、そしてまた、この眼に見えない敵を害してクリストフの熱情を傷つけるべき妙策を見出し得ないだけになおさら、それを憎んでいた。いかに彼女が軽蔑の調子で音楽のことを語り、クリストフの作曲を軽視しようとも、彼はただ大笑いをするだけだった。アーダは激昂しながらも口をつぐまざるを得なかった。なぜなら、自分の滑稽なことがわかっていたから。
しかしながら、この方面ではなんともしかたがなかったとは言え、彼女はクリストフのうちに、いっそうたやすく急所を刺し得る他の弱点を見出していた。それは彼の道徳的信念であった。クリストフはフォーゲル一家との喧嘩にもかかわらず、青春期の熱狂にもかかわらず、本能的な貞節さを、純潔の要求を、まだ心にもっていた。彼はそれを意識してはいなかったが、しかしそれがアーダのような女を、最初は驚かしひきつけ魅惑し、次には面白がらせ、次には苛立たせ、次には憎悪の念をいだくまでに激させるのだった。彼女はその点を正面から攻撃しはしなかった。彼女は奸佞な尋ね方をした。
「あんたは私を愛してくださるの?」
「愛するとも!」
「どれくらい愛してくださるの?」
「できるかぎり。」
「それじゃ充分でないわよ………そうよ………私にはどんなことをしてくだすって?」
「なんでも望みどおりに。」
「悪いことでもしてくだすって?」
「おかしな愛し方だね。」
「それとは別問題よ。してくだすって?」
「そんな必要はありゃしない。」
「でも私がそれを望んだら?」
「お前が間違ってるんだ。」
「かもしれないわ……で、してくだすって?」
彼は彼女を接吻しようとした。しかし彼女は押しのけた。
「悪いことでもしてくださるの、どうなの?」
「厭だよ。」
彼女は怒って背中を向けた。
「あんたは愛していないのね。愛するとはどういうことだか知らないんだわ。」
「そうかもしれない。」と彼は人のいい様子で言った。
情熱に駆られた瞬間には、人と同じように馬鹿なことでも、おそらくは悪いことでも、またそれ以上のことでも――わかったもんじゃない――自分はやりかねないと、彼はよく知っていた。しかし冷静にそれを自慢するのは恥ずべきことだと思い、アーダにそれを明言するのは危険だと思った。本能的に彼は、相手の女が自分を監視し、わずかな言葉をも注意してるのを、感じていた。不利な尻尾を押えられるようなことをしたくなかった。
なお幾度も、彼女は攻撃してきた。彼女は尋ねた。
「あんたが私を愛してくださるのは、ほんとに私を愛してるからなの、または私があんたを愛してるからなの?」
「お前を愛してるからだ。」
「では、私があんたを愛さなくとも、やはり私を愛してくださるの?」
「ああ。」
「そして、もし私が他の人を愛しても、やはり私を愛してくださるの?」
「さあ、それは僕にはわからない……そうは思えない……がいずれにしても、お前は、僕が愛すると言う最後の女だろう。」
「でも何か今と変ることがあって?」
「沢山ある。僕もたぶん変るだろう、お前もきっと変ってくる。」
「私が変ったら、どうなるの?」
「たいへんなことになるさ。僕は今のままお前を愛してるんだ。もしお前がまったく別な者になったら、僕はもうお前を愛するかどうか受け合えない。」
「あんたは愛していないのよ、愛していないのよ! そんなへりくつが何になって! 愛するか愛しないか、どっちかだわ。もしあんたが私を愛しているんなら、私が何をしようと、いつでも変らず、そのまま私を愛してくださるはずだわ。」
「それは畜生のような愛し方だ。」
「私はそういうふうに愛してもらいたいのよ。」
「それじゃお前は人を見違えたんだ、」と彼は戯れて言った、「僕はお前が求めるような者じゃない。そんなことは、僕にはしようたってできやしない。それにまた僕はしようとも思わない。」
「あんたは利口なのをたいそう御自慢ね。私よりも自分の知恵の方を余計愛しているんだわ。」
「僕はお前を愛してるんだ、ひどいことを言う奴だね、お前が自分の身を愛してるよりもっと深くお前を愛してるんだ。お前が美しくって善良であればあるほど、ますます僕はお前を愛するんだ。」
「まるで学校の先生みたいね。」と彼女はむっとして言った。
「だってさ、僕は美しいものが好きなんだ。醜いものはきらいだ。」
「私のうちにあっても?」
「お前のうちにあるとことにそうだ。」
彼女は荒々しく足をふみ鳴した。
「私は批評されたかありません。」
「それじゃ、僕がお前をどう思ってるか、そしてどんなに愛してるか、それを不平言うがいいよ。」と彼は彼女の心を和らげるためにやさしく言った。
彼女は彼の腕に抱かれるままになって、微笑みをさえ浮かべ、彼に接吻を許した。しかしやがて、もう忘れたころだと彼が思ってる時に、彼女は不安そうに尋ねた。
「あんたは私のどういうところを醜いと思ってるの?」
彼は用心してそれを彼女に言わなかった。卑怯な答えをした。
「何にも醜いと思ってるところはない。」
彼女はちょっと考え、微笑み、そして言った。
「ねえ、クリストフ、あんたは嘘はきらいだと言ったわね。」
「軽蔑してるよ。」
「道理だわ、」と彼女は言った、「私も軽蔑しててよ。それに、私は安心だわ、決して嘘をつかないから。」
彼はその顔をながめた。彼女は本気で言ってるのだった。その無自覚さが彼の心をくつろがした。「ではね、」と彼女は彼の頸に両腕を巻きつけながらつづけて言った、「もし私が他の人を愛したら、そしてあんたにそう言ったら、なぜあんたは私を恨むの?」
「よしてくれよ、僕をいつも苦しめるのを。」
「あんたを苦しめるんじゃないわ。他の人を愛してると私は言ってるんじゃないのよ、愛してはいないとさえ言ってるわ。……でもこれから先、もし愛したら……?」
「まあ、そんなことは考えないとしようや。」
「私は考えたいのよ。……あんたは私を恨まないの? 私を恨むことができないの?」
「僕は恨まないだろう、お前と別れるだろう。それっきりだ。」
「別れる? どうしてなの? 私がまだあんたを愛していても……。」
「他の男を愛しながら?」
「むろんよ。そんなことはよくあるわ。」
「なに、僕たちにはそんなことが起こるものか。」
「なぜ?」
「なぜって、お前が他の男を愛する時には、もう僕はお前を、ちっとも、もうちっとも、愛さないだろうからさ。」
「先刻はわからないと言ってたじゃないの。……それごらんなさい、あんたは私を愛さないんだわ!」
「そうかもしれない。その方がお前のためにはいいよ。」
「というのは?……」
「お前が他の男を愛する時に、もし僕がお前を愛していたら、お前にも、僕にも、またその男にも、始末が悪くなるだろうからさ。」
「そうら!……あんたはもう無茶苦茶よ。では私は、一生涯あんたといっしょになってなけりゃならないもんなの?」
「安心おし、お前は自由だよ。いつでも僕と別れたい時には別れるがいいさ。ただ、それは一時の別れじゃなくて、永久のおさらばだ。」
「でも、やはりあんたを愛してるとしたら、この私が。」
「愛し合ってる時には、たがいに一身をささげ合うものなんだ。」
「じゃあ、あんたからささげてちょうだい!」
彼はその利己主義には笑わずにおれなかった。彼女も笑った。
「片方だけの献身は、」と彼は言った、「片恋になるだけだ。」
—Pas du tout. Il fait l'amour des deux. Je t'aimerai beaucoup plus, si tu te sacrifies pour moi. Et pense donc, Christli: comme, de ton côté, tu m'aimeras beaucoup, puisque tu te seras sacrifié, tu seras très heureux.
Ils riaient, contents de se donner le change sur le sérieux de leur dissentiment.
Il riait, et il la regardait. Au fond, comme elle le disait, elle n'avait nul désir de quitter maintenant Christophe; s'il l'irritait et l'ennuyait souvent, elle savait ce que valait un dévouement comme le sien; et elle n'aimait personne autre. Elle parlait ainsi par jeu, moitié parce qu'elle savait que cela lui était désagréable, moitié parce qu'elle trouvait plaisir à jouer avec des pensées douteuses et malpropres, comme un enfant qui se délecte à tripoter dans l'eau sale. Il le savait. Il ne lui en voulait pas. Mais il était las de ces discussions malsaines, de la lutte sourde engagée contre cette nature incertaine et trouble, qu'il aimait, qui peut-être l'aimait; il était las de l'effort qu'il devait faire pour se duper sur son compte, las parfois à pleurer. Il pensait: «Pourquoi, pourquoi est-elle ainsi? Pourquoi est-on ainsi? Comme la vie est médiocre!»... En même temps, il souriait, en regardant le joli visage qui se penchait vers lui, ses yeux bleus, son teint de fleur, sa bouche rieuse et bavarde, un peu sotte, entr'ouverte sur l'éclat frais de sa langue et de ses dents humides. Leurs lèvres se touchaient presque; et il la regardait, comme de loin, de très loin, d'un autre monde; il la voyait s'éloigner de plus en plus, se perdre dans un brouillard... Et puis, il ne la voyait plus. Il ne l'entendait plus. Il tombait dans une sorte d'oubli souriant, où il pensait à la musique, à ses rêves, à mille choses étrangères à Ada. Il entendait un air. Il composait tranquillement... Ah! la belle musique!... si triste, mortellement triste! et pourtant bonne, aimante... ah! que cela fait du bien!... c'est cela, c'est cela... Le reste n'était pas vrai...
On le secouait par le bras. Une voix lui criait:
—Eh bien, qu'est-ce que tu as? Décidément, tu es fou? Pourquoi est-ce que tu me regardes comme cela? Pourquoi ne réponds-tu pas?
Il revoyait les yeux qui le regardaient. Qui était-ce?...—Ah! oui...—Il soupirait.
Elle l'examinait. Elle cherchait à savoir à quoi il pensait. Elle ne comprenait pas; mais elle sentait qu'elle avait beau faire: elle ne le tenait pas tout entier, il y avait toujours une porte, par où il pouvait s'échapper. Elle s'irritait en secret.
—Pourquoi est-ce que tu pleures? lui demanda-t-elle une fois, au sortir d'un de ces voyages étranges dans une autre vie.
Il se passa la main sur les yeux. Il sentit qu'ils étaient mouillés.
—Je ne sais pas, dit-il.
—Pourquoi ne réponds-tu pas? Voilà trois fois que je te dis la même chose.
—Que veux-tu? demanda-t-il doucement.
Elle reprit ses sujets de discussions saugrenues.
Il fit un geste de lassitude.
—Oui, dit-elle, je finis. Plus qu'un mot!
Et elle repartit de plus belle.
Christophe se secoua avec colère.
—Veux-tu me laisser tranquille avec tes saletés!
—Je plaisante.
—Trouve des sujets plus propres!
—Discute au moins. Dis pourquoi cela te déplaît.
—Point du tout! Il n'y a pas à discuter pourquoi le fumier pue. Il pue, et voilà tout! Je me bouche le nez, et je m'en vais.
Il s'en allait, furieux; il se promenait à grands pas, respirant l'air glacé.
Mais elle recommençait, une fois, deux fois, dix fois. Elle mettait sur le tapis tous les objets qui pouvaient choquer et blesser sa conscience.
Il pensait que ce n'était qu'un jeu malsain de fille neurasthénique, qui s'amusait à l'agacer. Il haussait les épaules ou feignait de ne pas l'écouter: il ne la prenait pas au sérieux. Il n'en avait pas moins envie parfois de la flanquer par la fenêtre; car la neurasthénie et les neurasthéniques étaient fort peu de son goût...
Mais il lui suffisait de dix minutes loin d'elle, pour avoir oublié tout ce qui lui déplaisait. Il revenait à Ada avec une provision d'espoirs et d'illusions nouvelles. Il l'aimait. L'amour est un acte de foi perpétuel. Que Dieu existe ou non, cela n'importe guère: on croit parce qu'on croit. On aime parce qu'on aime: il n'y faut pas tant de raisons!...
Après la scène que Christophe avait faite aux Vogel, il était devenu impossible de rester dans la maison, et Louisa avait dû chercher un autre logement pour son fils et pour elle.
Un jour, le plus jeune frère de Christophe, Ernst, dont on n'avait plus de nouvelles depuis longtemps, tomba brusquement chez eux. Il était sans place, s'étant fait chasser successivement de toutes celles qu'il avait essayées; sa bourse était vide, et sa santé délabrée: aussi avait-il jugé bon de venir se refaire dans la maison maternelle.
Ernst n'était en mauvais termes avec aucun de ses deux frères; il était peu estimé des deux, et il le savait; mais il ne leur en voulait pas, car cela lui était indifférent. Ils ne lui en voulaient pas non plus. C'eut été peine perdue. Tout ce qu'on lui disait glissait sur lui, sans laisser aucune trace. Il souriait de ses jolis yeux câlins, tâchait de prendre un air contrit, pensait à autre chose, approuvait, remerciait, et finissait toujours par extorquer de l'argent à l'un ou à l'autre de ses frères. En dépit de lui-même, Christophe avait de l'affection pour cet aimable drôle, qui, de traits, ressemblait, comme lui, plus que lui? â leur père Melchior. Grand et fort comme Christophe, il avait une figure régulière, l'air franc, les yeux clairs, un nez droit, une bouche riante, de belles dents, et des manières caressantes. Quand Christophe le voyait, il était désarmé, et il ne lui faisait pas la moitié des reproches qu'il avait préparés: au fond, il éprouvait une sorte de complaisance maternelle pour ce beau garçon, qui était de son sang, et qui, physiquement du moins, lui faisait honneur. Il ne le croyait pas mauvais; et Ernst n'était point sot. Sans culture, il n'était pas sans esprit; il n'était même pas incapable de s'intéresser aux choses de l'esprit. Il goûtait une jouissance à entendre de la musique; et, sans comprendre celle de son frère, il l'écoutait curieusement. Christophe, qui n'était pas gâté par la sympathie des siens, avait eu plaisir à l'apercevoir, à certains de ses concerts.
Mais le talent principal de Ernst était la connaissance qu'il avait du caractère de ses deux frères, et son habileté à en jouer. Christophe avait beau savoir son égoïsme et son indifférence, il avait beau voir que Ernst ne pensait à sa mère et à lui que quand il avait besoin d'eux: il se laissait toujours reprendre par ses façons affectueuses, et il était bien rare qu'il lui refusât rien. Il le préférait de beaucoup à son autre frère, Rodolphe, qui était correct et rangé, appliqué à ses affaires, hautement moral, qui ne demandait pas d'argent, qui n'en eût pas donné non plus, et qui venait voir sa mère régulièrement, tous les dimanches, pendant une heure, ne parlait que de lui, se vantait, vantait sa maison et tout ce qui le concernait, ne s'informait pas des autres, ne s'y intéressait pas, et s'en allait, l'heure sonnant, satisfait du devoir accompli. Celui-là, Christophe ne pouvait le souffrir. Il s'arrangeait pour être sorti, à l'heure où Rodolphe venait. Rodolphe le jalousait: il méprisait les artistes, et les succès de Christophe lui étaient pénibles. Il ne laissait pas cependant de profiter de leur petite notoriété dans les milieux commerçants qu'il fréquentait; mais jamais il n'en disait un mot à sa mère, ni à Christophe: il feignait de les ignorer. Par contre, il n'ignorait jamais le moindre événement désagréable qui arrivait à Christophe. Christophe méprisait ces petitesses, et feignait de ne point les remarquer; mais ce qui lui eût été plus sensible, ce qu'il n'eût jamais pensé, c'est qu'une partie des renseignements malveillants que Rodolphe avait sur lui, venaient de Ernst. Le petit gueux faisait fort bien la différence entre Christophe et Rodolphe: nul doute qu'il ne reconnût la supériorité de Christophe, et que peut-être même, il n'eût une sympathie, un peu ironique, pour sa candeur. Mais il se gardait de n'en pas profiter; et, tout en méprisant les mauvais sentiments de Rodolphe, il les exploitait honteusement. Il flattait sa vanité et sa jalousie, acceptait ses rebuffades avec déférence, et le tenait au courant des potins scandaleux de la ville, en particulier, de ceux qui concernaient Christophe,—dont il était toujours merveilleusement informé. Il en arrivait à ses fins; et Rodolphe, malgré son avarice, se laissait carotter par Ernst, comme Christophe.
Ainsi, Ernst se servait et se moquait des deux, impartialement. Aussi, tous deux l'aimaient.
Malgré toutes ses roueries, Ernst était dans un piteux état, quand il se présenta chez sa mère. Il venait de Munich, où il avait trouvé et, suivant son habitude, perdu presque aussitôt sa dernière place. Il avait dû faire à pied la plus grande partie du chemin, par des pluies torrentielles, et couchant Dieu sait où. Il était couvert de boue, déchiré, semblable à un mendiant, et toussait lamentablement; car il avait pris en route une mauvaise bronchite. Louisa lut bouleversée, et Christophe courut à lui, ému, quand ils le virent entrer. Ernst, qui avait la larme facile, ne manqua pas d'user de cet effet; et ce fut un attendrissement général: ils pleurèrent tous trois dans les bras l'un de l'autre.
Christophe donna sa chambre; on bassina le lit, on y coucha le malade, qui semblait près de rendre l'âme. Louisa et Christophe s'installèrent à son chevet, se relayèrent pour le veiller. Il fallut un médecin, des remèdes, un bon feu dans la chambre, une nourriture spéciale.
Il fallut songer ensuite à l'habiller des pieds à la tête: linge, chaussures, vêtements, tout était à renouveler. Ernst se laissait faire. Louisa et Christophe se saignaient aux quatre membres pour parer aux dépenses. Ils étaient fort gênés, en ce moment: le nouvel emménagement, un logement plus cher, quoique aussi incommode, moins de leçons pour Christophe et bien plus de dépenses. Ils arrivaient tout juste à joindre les deux bouts. Ils recoururent aux grands moyens. Christophe aurait pu, sans doute, s'adresser à Rodolphe, qui était plus que lui en état de venir en aide à Ernst; mais il ne le voulait pas: il mettait son point d'honneur à secourir seul son frère. Il s'y croyait tenu, en sa qualité de frère aîné,—et parce qu'il était Christophe. En rougissant de honte, il dut accepter, rechercher à son tour, une offre qu'il avait rejetée avec indignation, quinze jours avant,—la proposition qu'un intermédiaire lui avait faite de la part d'un riche amateur inconnu, qui voulait acheter une œuvre musicale pour la donner sous son nom. Louisa se loua à la journée, pour repriser du linge. Ils se cachaient l'un à l'autre leurs sacrifices; ils se mentaient au sujet de l'argent qu'ils rapportaient au logis.
Ernst, convalescent, pelotonné au coin du feu, avoua un jour, entre deux quintes de toux, qu'il avait quelques dettes. On les paya. Personne ne lui en fit un reproche. Ce n'eût pas été généreux envers un malade et un enfant prodigue, qui revenait repentant. Car Ernst semblait transformé par les épreuves. Il parlait, avec des larmes dans la voix, de ses erreurs passées; et Louisa, l'embrassant, le suppliait de ne plus y penser. Il était caressant: il avait toujours su enjôler sa mère par ses démonstrations de tendresse; Christophe jadis en avait été un peu jaloux. À présent, il trouvait naturel que le plus jeune fils, et le plus faible, fût aussi le plus aimé. Lui-même, malgré le peu de différence d'âge, le considérait presque comme un fils, plutôt que comme un frère. Ernst lui témoignait un grand respect; il faisait allusion quelquefois aux charges que s'imposait Christophe, aux sacrifices d'argent...; mais Christophe ne le laissait pas continuer, et Ernst se résignait à les reconnaître d'un regard humble et affectueux. Il approuvait les conseils que Christophe lui donnait; il semblait disposé à changer de vie, à travailler sérieusement, dès qu'il serait rétabli.
Il se rétablissait; mais la convalescence était longue. Le médecin avait déclaré que sa santé, dont il avait abusé, aurait besoin de ménagements. Il continuait donc à rester chez sa mère, à partager le lit de Christophe, à manger de bon appétit le pain que son frère gagnait, et les petits plats friands que Louisa s'ingéniait à préparer pour lui. Il ne parlait point de partir. Louisa et Christophe ne lui en parlaient pas non plus. Ils étaient trop heureux d'avoir retrouvé le fils, le frère qu'ils aimaient.
「そんなことはないわ。両方からの恋になるものよ。もんあんたが私に身をささげてくださるなら、私はもっとあんたを愛してあげるわ。そして、ねえ、御自分の方だって考えてごらんなさい。自分は身をささげたからといって、どんなに深く私を愛するかしれないわ、どんなに幸福になるかしれないわ。」
二人は、ちょっと気をそらして意見の真面目な相違を忘れたのに、満足の笑みをもらしていた。
彼は笑顔をして、彼女を見守った。彼女は心の底では、自分で言ってるとおりに、今すぐにクリストフと別れたくは少しもなかった。彼はしばしば彼女を怒らせ厭がらせはしたが、彼女は彼のような献身がいかに貴いかを知っていた。また彼女はだれも他の男を愛してはいなかった。戯れにあんなことを言ったのは、半ばは、それが彼に不愉快であることを知っていたからであり、半ばは、子供がきたない水の中をかき回して面白がるように、曖昧な下品な考えをもてあそぶことが愉快だったからである。彼はそれを知っていた。別に彼女を憎まなかった。しかし彼は、それらの不健全な議論に飽き、自分が愛しておりまた恐らく愛されている、その不安定な混濁した性質の女と、暗々裏に行う闘いに飽いていた。彼女のことをみずから欺くためになさなければならない努力に、彼は飽いていたし、時には泣きたいほどうんざりしていた。彼は考えた。「なぜ、なぜ彼女はこうなんだろう? なぜ人間はこうなんだろう? いかに人生はつまらないものか!……」と同時にまた彼は微笑みながらながめた、彼の方をのぞき込んでるきれいな顔を、その青い眼、つややかな色、にこやかで饒舌で、多少愚かで、ぬれた歯並と舌とのあざやかな輝きを見せて、半ば開いている口を。二人の唇はほとんど触れ合っていた。しかも彼は、遠くから、ごく遠くから、他の世界からのように、彼女をながめていた。見ると、彼女は次第に遠ざかり、霧の中に消えていった……。次にはもう見えなかった。その声も聞こえなかった。彼は一種の快い忘却のうちに陥ってゆき、その中で、音楽のことや、夢想のことや、アーダに無関係な種々のことを考えた。一つの曲調が聞こえてきた。彼は静かに作曲にふけった……ああ、美しい音楽!……かくも悲しい、堪えがたいまでに悲しい、しかも親切な、やさしい音楽……ああなんと快いことか……これだ、これだ……。他は皆真実のものではなかった……。
彼は腕を揺すられた。一つの声が叫んでいた。
「まあどうしたの? まったく狂人だわ。どうして私をそんなに見てるの? なぜ返辞をしないのよ?」
彼は自分をながめてる眼をまた見出した。だれなのか!……ああそうだ……。――彼はほっと息をした。
彼女は彼を観察していた。彼が何を考えてるか知ろうとつとめていた。彼女には理解ができなかった。しかしいくらどんなことをしても駄目だと感じた。彼をすっかり手にとらえることができなかった。いつでも彼が逃げ出せる門があった。彼女はひそかに苛立っていた。
「なぜ泣くの?」と彼女は一度、彼が他の世界へのそういう旅からもどってくる時に尋ねた。
彼は眼に手をやった。眼がぬれてることを知った。
「僕にはわからない。」と彼は言った。
「なぜ返辞をしないの? もう三度も同じことを言ったのよ。」
「いったいどういうんだい?」と彼はやさしく尋ねた。
彼女はまた愚にもつかない議論をもち出した。
彼は飽き飽きしてる身振りをした。
「ええ、よすわ。」と彼女は言った。「ただ一言だけ!」
そしてますます盛んにやり出した。
クリストフは怒って身体を揺すった。
「そんなにけがらわしい話はよしてくれ!」
「冗談を言ってるのよ。」
「もっとりっぱな話の種を捜しておいでよ。」
「じゃあせめて理由を言ってごらんなさい。なぜそれが気に入らないか言ってごらんなさい。」
「理由があるもんか。なぜ肥料が臭いかには、議論の余地はない。肥料は臭い、ただそれっきりだ。僕は鼻をつまんで逃げ出すばかりさ。」
彼は憤然として立去った。そして冷たい空気を呼吸しながら、大胯に歩き回った。
しかし彼女は、一遍も、二遍も、十遍も、同じことをやりだした。彼の本心をいやがらせ傷つけるようなものなら、なんでも議論のうちに取り入れた。
それはまったく、人をからかって面白がる神経衰弱症の娘の、不健全な戯れにすぎないものだと、彼は思っていた。彼は肩をそびやかし、あるいは聞かないふうをした。彼女の言葉を真面目にはとらなかった。でもやはり、彼女を投げ捨ててしまいたいような気になることもあった。なぜなら、神経衰弱症と神経衰弱患者とは、最も彼の趣味に合わなかったからである……。
しかし彼は十分も彼女と離れていれば、もうすっかり不快なことを忘れてしまうのだった。そして新しい希望と幻影とをいだいて、アーダのところへもどっていった。彼は彼女を愛していた。愛は不断の信仰の行為である。神が存在しようとすまいと、そんなことはほとんど構わない。信ずるから信ずるのだ。愛するから愛するのだ。多くの理由を要しない!……
クリストフがフォーゲル一家の者と喧嘩してからは、その同じ家に住んでることができなくなったので、ルイザは余儀なく、息子と自分とのために他の住居を捜して引移った。
ある日、クリストフの末弟のエルンストが、ふいに家へ帰って来た。だいぶ前から消息不明になっていたのだった。何かをやるたびごとに、相次いで追い出されて、なんらの職をももっていなかった。財布は空であり、健康は害されていた。それで彼は、いったん古巣へ立ちもどって、新たに出直すがいいと考えたのだった。
エルンストは、二人の兄とはどちらとも、仲が悪くなかった。二人からあまり敬重されてはいず、自分でもそれを知っていた。しかしそんなことはどうでもいいことだったので、別に恨みもしなかった。二人もまた彼を憎んではいなかった。憎んでも無駄だったろう。どんなことを言ってやっても、皆彼からすべり落ちて少しも刃が立たなかった。彼は媚を含んだ美しい眼で微笑み、つとめて悔悟の様子を装い、他のことを考え、首肯し、感謝し、そしてしまいにはいつも、兄のどちらかから金をしぼり取っていた。クリストフは心ならずも、この道化た愛敬者に愛情をいだいていた。彼の顔だちは、クリストフと同じく、否より以上に、父のメルキオルに似ていた。クリストフと同様に背が高く頑丈であって、整った顔つき、淡懐な様子、澄んだ眼、真直な鼻、にこやかな口、美しい歯、愛想のいい態度、をもっていた。クリストフは彼を見ると、心が解けてしまって、前から用意しておいた小言も半分しか言えなかった。自分と同じ血を分け、少くとも容姿の点では自分の名誉となる、その美しい少年にたいして、クリストフは本来、一種親愛の情を感じていた。悪い奴だとは思っていなかった。それにエルンストは決して馬鹿ではなかった。教養はなかったが、才智がないではなかった。精神的な事柄に興味を覚え得ないでもなかった。音楽を聞くと愉快を感じていた。兄の音楽を理解してはいなかったが、それを物珍しそうに聴いていた。クリストフは身内の者の同情に甘やかされたことがなかったので、自分の音楽会にときおり弟の姿を見つけると喜んでいた。
しかしエルンストの主な才能は、二人の兄の性質を知りぬいてることと、二人を巧みにあやなすこととであった。クリストフはエルンストの利己心と冷淡とを知り、エルンストが必要な時にしか母や自分のことを考えないと知っていても、いつもその愛情を含んだ素振りに陥れられて、何事でも拒むことは滅多になかった。クリストフは彼の方を、も一人の弟のロドルフよりもずっと好んでいた。ロドルフは端正謹直で、事務に勉励し、徳義心が強く、金を求めることもなく、また金を与えることもなく、毎日曜日には几帳面に母に会いに来、一時間留って、自分のことばかりしゃべり、勝手な熱を吹き、自分の家やまた自分に関することはなんでも自慢をし、他人のことは尋ねもせず、また興味も覚えず、そして時間が鳴ると、義務を果したことに満足して、立去ってゆくのであった。こんな人物をこそクリストフは我慢ができなかった。ロドルフが来る時間には、外出するようにしていた。ロドルフはクリストフをねたんでいた。彼は芸術家をすべて軽蔑していて、クリストフの成功を苦々しく思っていた。それでも彼は、自分の出入する商人間におけるちょっとした評判を、利用せずにはおかなかった。しかしかつて、母にもクリストフにも、それを一言ももらしたことがなかった。クリストフの成功を知らないようなふうをしていた。それに引代え、クリストフに起こった不快な出来事は、些細なことまでも皆知っていた。クリストフはそういう下らなさを軽蔑して、さらに気づかないふうを装っていた。しかし彼がもし知ったら平気でおられなかったろうことであるが、そして実際思ってもみなかったことであるが、彼に不利なロドルフの知識の一部分は、エルンストから来たものであった。この狡猾な少年は、クリストフとロドルフとの違いをよく見分けていた。もちろん、クリストフのすぐれてることはよく認めていたし、彼の廉潔さにたいして多少皮肉な一種の同情さえいだいてるようだった。しかし彼はそれを利用することをはばからなかった。また、ロドルフの悪い感情を軽蔑しながらも、それに卑屈にも乗じていた。その虚栄心や嫉妬心に諛び、その冷遇をおとなしく甘受し、町の醜聞を、ことにクリストフに関する醜聞を、一々告げ知らした――そんな話なら彼はいつでも不思議なほどよく知っていた。そして彼はまんまと目的を達した。ロドルフは吝嗇にもかかわらず、クリストフと同様に、エルンストから騙し取られていた。
かくてエルンストは、公平に二人を利用し愚弄していた。また二人とも彼を愛していた。
エルンストは日ごろの狡猾にもかかわらず、母のところへ姿を現わした時には気の毒な様子をしていた。彼はミュンヘンからやって来たのだった。そこで彼は最後の地位を見つけ出したが例のとおりすぐに追い払われてしまった。篠つく雨に打たれたり、どことも知れぬ所に臥したりしながら、大半の道程を歩かなければならなかった。泥にまみれ、着物は裂け、乞食のようなふうをし、また痛々しい咳をしていた。途中で悪い気管支炎にかかったのである。彼がはいって来るのを見ると、ルイザは心転倒してしまい、クリストフは感動して駆け寄った。エルンストは涙もろかったし、その場の効果に乗じないではおかなかった。そして皆が感情に駆られた。三人ともたがいに抱き合って泣いた。
クリストフは自分の室を与えた。寝床をあたためられ、病人はそこに寝かされたが、もう死にかけてるかと思われた。ルイザとクリストフとは、その枕頭につき添って、交替に看護をした。医者、薬剤、室内の十分な火、特別の食物、などが必要だった。
その次にはまた、足から頭までの服装を心配してやらなければならなかった。シャツ、靴、服、すっかり新しくしてやらなければならなかった。エルンストはされるままに任していた。ルイザとクリストフとは、その費用を償うために、血の汗を流して働いた。二人はその当座非常に困窮していた。新たに家具を整えたし、住居は前と同様に不便でありながら借賃が高かったし、クリストフには弟子が減っていたし、費用はかさんでいた。辛うじてやりくりをしてるだけだった。二人はできるかぎりの手段を尽した。もちろんクリストフは、自分よりもよくエルンストを助け得るような身分にあるロドルフに、頼み込むこともできるはずだった。しかし彼はそうしたくなかった。独力で弟を救わなければ名誉にかかわると考えていた。自分に救う責任があると思っていた、兄としての資格から言って――またクリストフたるべきゆえんから言っても。彼は恥ずかしさに顔を赤らめながら、二週間前には憤然として拒絶した仕事を――ある富裕な匿名の好事家があって、楽曲を一つ買い取って自分の名前で発表したいというのを、その仲介者がクリストフのところに申込んできたのであったが、それを、こちらから引受けて頼みに行かなければならなかった。ルイザは日当で雇われていって、衣類を繕った。二人ともたがいに犠牲を隠し合っていた。家へもって帰る金については、嘘を言い合っていた。
エルンストは病後に、暖炉のすみにうずくまりながら、ある日、激しい咳の間々に、多少の借金があることをうち明けた。でそれも支払われた。だれも彼に小言一つ言わなかった。病人にたいして、悔悟してもどって来た放蕩息子にたいして、小言をいうのは親切な処置とは言えないのだったから。そしてエルンストは、艱難のために人が変ったかと思われた。彼は涙声で過去の過ちを述べた。ルイザは彼を抱擁しながら、もうそんなことを考えてくれるなと頼んだ。彼は元来甘えっ子だった。愛情をぶちまけてはいつも母に取り入っていた。昔クリストフはそれを多少ねたんだものだった。しかし今では、最も年下で最も弱い子がまた最も愛せられるのを、当然だと思っていた。彼自身も、たいして年齢が違わないにもかかわらず、エルンストを弟というよりもむしろ、ほとんど息子のように見なしていた。エルンストは彼に非常な尊敬の念を示していた。時には、クリストフが負担してる重荷のこと、金の不自由を忍んでること……などをそれとなく言い出すこともあった。しかしクリストフは言葉をつづけさせなかった。エルンストは卑下したやさしい眼つきで、ただそれを認定するだけにした。彼はクリストフが与える助言に賛成した。健康が回復したら、生活を一変して、真面目に働くつもりでいるらしかった。
彼は回復しかけていた。しかし予後は長かった。その濫用された身体には養生が肝要だと、医者は明言した。それで彼は引きつづいて、母のもとにとどまり、クリストフと床を分ち、兄がかせぎ出してくれるパンや、ルイザが工夫してこしらえてくれるちょっとした御馳走を、うまそうに食べていた。立去るなどとは口にも出さなかった。ルイザとクリストフも、そのことを彼に言わなかった。彼らは、かわいい息子を、かわいい弟を、見出してたいへんうれしがっていた。
Peu à peu, dans les longues soirées qu'il passait avec Ernst, Christophe se laissa aller à lui parler plus intimement. Il avait besoin de se confier à quelqu'un. Ernst était intelligent; il avait l'esprit prompt et comprenait à demi-mot. Il y avait plaisir à causer avec lui. Pourtant Christophe n'osait rien dire de ce qui lui tenait le plus au cœur: de son amour. Il était retenu par une sorte de pudeur. Ernst, qui savait tout, ne lui en montrait rien.
Un jour, Ernst, tout à fait guéri, profita d'une après-midi de soleil pour flâner le long du Rhin. Un peu hors de la ville, en passant devant une bruyante auberge, où l'on venait danser et boire, le dimanche, il aperçut Christophe attablé avec Ada et Myrrha, qui faisaient grand tapage. Christophe le vit aussi, et rougit. Ernst joua la discrétion, et passa sans l'aborder.
Christophe fut fort gêné de cette rencontre: elle lui faisait sentir plus vivement dans quelle société il se trouvait; et il lui était pénible que son frère l'y vit: non seulement, parce qu'il perdait désormais le droit de juger la conduite de Ernst, mais parce qu'il avait de ses devoirs de frère aîné une idée très haute, très naïve, un peu archaïque, et qui eût semblé ridicule h beaucoup de gens: il pensait qu'en manquant à ces devoirs, comme il faisait, il se dégradait à ses propres yeux.
Le soir, quand ils se retrouvèrent dans la chambre commune, il attendit que Ernst fît une allusion à ce qui s'était passé. Mais Ernst se taisait prudemment, et attendait aussi. Alors, tandis qu'ils se déshabillaient, Christophe se décida à parler de son amour. Il était si troublé qu'il n'osait pas regarder Ernst; et, par timidité, il affectait la brusquerie dans sa façon de parler. Ernst ne l'aidait en rien; il restait muet, ne le regardait pas non plus, mais ne l'en voyait pas moins; il ne perdait rien de ce que la gaucherie de Christophe et ses paroles maladroites avaient de comique. À peine si Christophe osa nommer Ada; et le portrait qu'il en fit aurait pu convenir à toutes les femmes aimées. Mais il parla de son amour; et, s'abandonnant peu à peu au flot de tendresse dont son cœur était plein, il dit quel bienfait c'était d'aimer, combien il était misérable avant d'avoir rencontré cette lumière dans sa nuit, et que la vie n'était rien sans un profond amour. L'autre écoutait gravement; il répondit avec tact, ne fit aucune question; mais une poignée de main émue montra qu'il sentait comme Christophe. Ils échangèrent leurs pensées sur l'amour et la vie. Christophe était heureux d'être si bien compris. Ils s'embrassèrent fraternellement, avant de s'endormir.
Christophe prit l'habitude, bien qu'avec beaucoup de timidité toujours et une grande réserve, de confier son amour à Ernst, dont la discrétion le rassurait. Il lui laissait entrevoir ses inquiétudes au sujet de Ada; mais jamais il ne l'accusait: il s'accusait lui-même; et, les larmes aux yeux, il déclarait qu'il ne pourrait plus vivre, s'il venait à la perdre.
Il n'oubliait pas de parler de Ernst à Ada: il louait son esprit et sa beauté.
Ernst ne faisait pas d'avances à Christophe, pour être présenté à Ada; mais il se renfermait mélancoliquement dans sa chambre et refusait de sortir, disant qu'il ne connaissait personne. Christophe se reprochait, le dimanche, de continuer ses parties de campagne avec Ada, tandis que son frère restait à la maison. Cependant il lui était pénible de n'être pas seul avec son amie; mais il s'accusait d'égoïsme, et il proposa à Ernst de venir avec eux.
La présentation eut lieu à la porte de Ada, sur le palier. Ernst et Ada se saluèrent cérémonieusement. Ada sortait, suivie de son inséparable Myrrha, qui, en voyant Ernst, eut un petit cri de surprise. Ernst sourit, s'approcha, et embrassa Myrrha, qui sembla le trouver naturel.
—Comment! vous vous connaissez? demanda Christophe, stupéfait.
—Sans doute, dit Myrrha, en riant.
—Depuis quand?
—Il y a beau temps!
—Et tu le savais? demanda Christophe à Ada. Pourquoi ne me l'as-tu pas dit?
—Si tu crois que je connais tous les amants de Myrrha! dit Ada, en haussant les épaules.
Myrrha releva le mot, et feignit, par jeu, de se fâcher. Christophe n'en put savoir davantage. Il était attristé. Il lui semblait que Ernst, que Myrrha, que Ada avaient manqué de franchise, bien qu'à vrai dire il n'eût à leur reprocher aucun mensonge; mais il était difficile à croire que Myrrha, qui n'avait aucun secret pour Ada, lui eût fait mystère de celui-ci, et que Ernst et Ada ne se connussent pas déjà. Il les observa. Ils échangèrent seulement quelques paroles banales, et Ernst ne s'occupa plus que de Myrrha, tout le reste de la promenade. Ada, de son côté, ne parlait qu'à Christophe; et elle fut beaucoup plus aimable pour lui qu'à l'ordinaire.
Dès lors, Ernst fut de toutes leurs parties. Christophe se fût bien passé de lui; mais il n'osait le dire. Ce n'est pas qu'il eût un autre motif de vouloir éloigner son frère, que la honte de l'avoir pour compagnon de plaisir. Il était sans défiance. Ernst ne lui en donnait aucun sujet: il paraissait épris de Myrrha, et il observait envers Ada une réserve polie, et même une affectation d'égards, qui étaient presque déplacés; c'était comme s'il voulait reporter sur la maîtresse de son frère un peu du respect qu'il lui témoignait à lui-même. Ada ne s'en étonnait pas, et elle ne se surveillait pas moins.
Ils faisaient de longues promenades ensemble. Les deux frères marchaient devant; Ada et Myrrha, riant et chuchotant, suivaient à quelques pas. Elles s'arrêtaient longuement pour causer, plantées au milieu de la route. Christophe et Ernst s'arrêtaient aussi pour les attendre. Christophe finissait par s'impatienter et reprenait sa marche; mais il se retournait bientôt, avec dépit, en entendant Ernst rire et causer avec les deux bavardes. Il eût voulu savoir ce qu'ils disaient; mais quand ils arrivaient à lui, leur conversation s'arrêtait.
—Qu'est-ce que vous avez donc toujours à comploter ensemble? demandait-il.
Ils répondaient par une plaisanterie. Ils s'entendaient tous trois, comme larrons en foire.
Christophe venait d'avoir une dispute assez vive avec Ada. Ils se boudaient depuis le matin. Par extraordinaire, Ada n'avait pas pris l'air digne et froissé, qu'elle adoptait en pareil cas, afin de se venger, en se rendant insupportablement ennuyeuse. Pour cette fois, elle feignait simplement d'ignorer l'existence de Christophe, et elle était d'excellente humeur avec les deux autres compagnons. On eût dit qu'au fond elle n'était pas fâchée de cette brouille.
Christophe avait, au contraire, un grand désir de faire la paix; il était plus épris que jamais. À sa tendresse se joignait un sentiment de reconnaissance pour tout ce que leur amour avait eu de bienfaisant, un regret d'en gaspiller les heures par de stupides disputes—et la crainte sans raison, l'idée mystérieuse que cet amour allait finir. Il regardait avec mélancolie le joli visage de Ada, qui feignait de ne point le voir et qui riait avec les autres; ce visage éveillait en lui tant de chers souvenirs, ce visage charmant avait même, par moments,—(il avait en ce moment) tant de bonté et un sourire si pur que Christophe se demandait pourquoi ce n'était pas mieux entre eux, pourquoi ils se gâtaient à plaisir leur bonheur, pourquoi elle s'acharnait à oublier les heures lumineuses, à démentir ce qu'elle avait de brave et d'honnête en elle,—quelle étrange satisfaction elle pouvait trouver à troubler, à souiller, ne fût-ce qu'en pensée, la pureté de leur affection. Il sentait un immense besoin de croire en ce qu'il aimait, et il essayait, une fois de plus, de se faire illusion. Il se reprochait d'être injuste, il avait remords de son manque d'indulgence.
Il se rapprocha d'elle, il essaya de lui parler: elle lui répondit quelques paroles sèches: elle n'avait aucun désir de se réconcilier avec lui. Il insista, il la pria à l'oreille de bien vouloir l'entendre, un instant, à part des autres. Elle le suivit d'assez mauvaise grâce. Lorsqu'ils furent à quelques pas, et que ni Myrrha ni Ernst ne pouvaient plus les voir, il lui prit brusquement les mains, il lui demanda pardon, il s'agenouilla devant elle, dans le bois, sur les feuilles mortes. Il lui dit qu'il ne pouvait plus vivre ainsi, brouillé avec elle; il ne pouvait plus jouir de la promenade, de la belle journée, il ne pouvait plus jouir de rien; il avait besoin qu'elle l'aimât. Oui, il était injuste souvent, violent, désagréable; il la supplia de lui pardonner: la faute en était à son amour même; il n'y pouvait supporter rien de médiocre, rien qui ne fût tout à fait digne des souvenirs de leur cher passé. Il les lui rappela, il lui rappela leur première rencontre, leurs premiers jours ensemble; il dit qu'il l'aimait toujours autant, qu'il l'aimerait toujours. Qu'elle ne s'éloignât pas de lui! Elle était tout pour lui...
クリストフはエルンストと長い夜々をいっしょに過してるうちに、次第に親しい話をもするようになった。彼はだれかに心の中をうち明けたがっていた。エルンストは怜悧だった。機敏な頭をもっていて、半分聞けば全体を悟った。彼と話すのは愉快だった。けれどもクリストフは、最も心にかかってることは、自分の恋愛のことは、一言も言い出し得なかった。一種の羞恥心に引止められた。エルンストはすっかり知っていたが、それを少しも外に表わさなかった。
ある日、すっかり全快したエルンストは、快晴の午後に乗じて、ライン河のほとりをぶらついた。町から少し外へ出て、ある騒々しい飲食店の前を通りかかると、ちょうど日曜のこととて、多くの人がやって来て踊ったり飲んだりしていたが、その中に、大騒ぎをしてるアーダやミルハといっしょに食卓についてる、クリストフの姿が見えた。クリストフも彼の姿を見て、顔を赤らめた。エルンストは慎み深いふうをして、クリストフに近寄らずに通りすぎた。
クリストフはその出会にたいへん困った。そのために、いかなる連中に自分が立ち交ってるかが、さらに強く感じられた。そういうところを弟に見られたのが、心苦しかった。なぜなら、以後はエルンストの品行を批判する権利を失ったばかりでなく、また、兄としての義務について、きわめて高い、きわめて素朴な、多少旧弊な、そして多くの人には滑稽に思われるかもしれないほどの、一つの観念をもっていたからである。自分のようにその義務を欠くと、自分自身の眼にもみずから堕落することになると、彼は考えていた。
その晩、いっしょの居室に二人落ち合った時、彼は昼間の出来事をエルンストが暗に言い出してくれるのを待った。しかしエルンストは慎重に口をつぐんで、やはり待っていた。すると、二人とも着物をぬいでるうちに、クリストフは自分の恋愛をうち明けようと決心した。彼はおどおどしてエルンストの方をながめられなかった。そして気恥ずかしさのあまり、ことさらに乱暴な言い方をした。エルンストは少しも助けてくれなかった。黙っていて、やはり彼の方をながめなかった。それでも彼の様子を見てとっていた。クリストフの拙劣さや無器用な言葉などがいかに滑稽であるかを、少しも見落さなかった。クリストフは思い切ってアーダを名ざすのも、容易ではなかった。そして彼の描き出すアーダの姿は、あらゆる恋人にどれにでもよくあてはまるようなものだった。でもとにかく彼は自分の恋愛を語った。そして心に満ちてる情愛の波に次第に我を忘れてきた。愛することはいかにいいことであるか、闇夜のような生活の中でその光明に出会わないうちは、いかに自分は惨めであったか、深い恋愛がなかったらいかに人生はつまらないものであるか、そういうことを語った。相手は真面目くさって耳を傾けていた。程よく返辞をして、少しも尋ねはしなかった。しかし感動したその握手は、クリストフと同様に感じてることを示した。二人は恋愛と人生とに関して意見を交換した。クリストフはいたってよく了解されたことを喜んだ。二人は眠る前に、親しく抱擁しあった。
クリストフは多くの気がねと遠慮とをもってではあったが、自分の恋愛をエルンストにうち明ける習慣になった。エルンストの慎み深さは彼を安心さしていた。アーダに関する不安をも、彼はそれとなく知らせた。しかし彼はかつて彼女をとがめなかった。自分自身をとがめていた。そして眼に涙を浮かべながら、アーダを失うようなことがあったらもう生きてはおられないだろうと言った。
彼はエルンストのことをアーダに話すのも忘れなかった。そして彼の怜悧と美貌とをいつもほめた。
エルンストはアーダに紹介してくれとは、クリストフに進んで申し出なかった。自分の知ってる者はだれもいないと言いながら、寂しそうに室に閉じこもって、出かけることを肯じなかった。クリストフは日曜日に、弟が家に残ってるのに、アーダとなお野外遊歩をつづけてるのを、みずからとがめた。それでも、恋人と二人っきりにならないと苦しかった。しかし自分の利己主義もやましかった。そしてエルンストをいっしょに来ないかと誘った。
紹介は、アーダの室の入口で、階段の上でなされた。エルンストとアーダは丁重に挨拶をかわした。アーダはいつもつきっきりのミルハを従えて、外に出て来た。ミルハはエルンストを見ると、ちょっと驚きの声をたてた。エルンストは微笑み、近寄ってゆき、ミルハに接吻した。ミルハはそれを当然だと思ってるらしかった。
「なんだ、お前たちは知ってるのかい?」とクリストフは呆気にとられて尋ねた。
「もちろんだわ。」とミルハは笑いながら言った。
「いつから?」
「ずっと前から。」
「そしてお前も知ってたのかい?」とクリストフはアーダに尋ねた。「なぜそう言わなかったんだい?」
「ミルハさんの情人ならみんな私が知ってるとでも、あんたは思ってるのね。」とアーダは肩をそびやかしながら言った。
ミルハはその情人という言葉尻をとらえて、冗談に怒ったふうをした。クリストフはそれ以上何にも知り得なかった。彼は鬱ぎ込んだ。エルンストも、ミルハも、アーダも、皆率直さを欠いてるように彼には思えた。それかと言って、実を言えば、彼らになんら嘘をとがむべき点もなかった。しかし、アーダにたいしてはなんの秘密ももたないミルハが、そのことだけを隠しだてしていようとは、信じがたかったし、エルンストとアーダとが今までたがいに知らなかったとは、信じがたかった。クリストフは二人の様子をうかがった。二人は平凡な言葉を少しかわしただけだった。そしてエルンストは散歩の間じゅう、もうミルハにしか取合わなかった。アーダの方でも、クリストフにしか話しかけなかった。彼女は彼にたいして、いつもよりずっと愛想がよかった。
それ以来、エルンストはいつも彼らの仲間に加わった。クリストフは彼を除外したかったが、あえて口には言い出せなかった。弟を遠ざけたいのは、彼を遊び仲間にすることの恥ずかしさ以外に、他に理由があるのではなかった。クリストフは疑惑をいだいてはしなかった。エルンストはなんら疑惑の種をも与えなかった。ミルハに熱中してるらしかった。そしてアーダにたいしては、ていねいな遠慮を守り、ほとんど不相応な敬意をさえ見せていた。あたかも兄に示す尊敬の一部を、兄の情婦へも移そうとしてるがようだった。アーダはそれを別に怪しまなかった。そして自分でも同じく用心をしていた。
彼らはいっしょに長い散歩をした。兄弟二人は先に進み、アーダとミルハとは笑いさざめきながら、数歩あとからついて行った。彼女らはよく道のまん中に立止っては、長い間しゃべり合った。クリストフとエルンストもまた立止って、二人を待った。しまいにクリストフはじれったくなって、また歩き出した。しかし二人のおしゃべり女を相手にエルンストが談笑してるのを聞くと、不快になってすぐに振り向いた。彼らが何を言ってるか知りたかった。でも彼らが彼に追いつく時には、もう話はやんでいた。
「みんなでいつも何をたくらんでるんだい?」と彼は尋ねた。
彼らは冗談を言ってそれに答えた。三人はたがいに諜し合していた。
クリストフはアーダとかなり激しい口論をしたのだった。その日は朝から二人でぶつぶつ言い合っていた。アーダはそういう場合にはいつも、意趣晴しをするためにたまらない厭なふうを見せつけながら、傲慢なむっとした様子をするのであったが、その時は珍しくもそうではなかった。こんどに限って彼女は、単にクリストフを無視するようなふうをして、他の二人の連れを相手にいかにも上機嫌に振舞っていた。心ではその諍いを別に怒ってもいないかのようだった。
これに反してクリストフは、非常に仲直りをしたがっていた。かつてないほど熱中しきっていた。恋愛の恩恵にたいする感謝の情、ばかげた口論で時間を浪費した後悔の念――また理由もない懸念、この恋愛も終りに近づいてるという変な気持、そういうものが彼の愛情につけ加わっていた。彼は寂しげにアーダの美しい顔をながめた。アーダは彼の方を少しも見ないようなふうを装って、他の者と笑い戯れていた。その顔は多くのなつかしい思い出を彼のうちに呼び起こさせた。そのあでやかな顔は、時々――(この時もそうだったが)――多くの温良さといかにも純潔な微笑とを浮かべることさえあって、そんな時クリストフは、なぜ二人の間がもっとうまくゆかないのか、なぜ二人は自分たちの幸福を好んで害しているのか、なぜ彼女は輝かしい時間を忘れようとつとめ、自分のうちにもってる善良な正直なものと背馳しようとつとめているのか、それを怪しむのであった。――二人の愛情の清らかさを、たとい頭の中においてにしろ、濁らしたりよごしたりして、いかなる不思議な満足を彼女は見出してるのか? クリストフは自分の愛するものを信じたくてたまらなかった。そしてさらにも一度みずから幻を描こうとつとめた。彼は自分の方が正しくないとみずからとがめ、自分に寛大な心が欠けてることを後悔していた。
彼はアーダに近寄った。話しかけようとつとめた。が彼女はただ二、三言冷やかな言葉を返すきりだった。少しも彼と仲直りしたいと思ってはいなかったのである。彼はせがんだ。ちょっと他の者から離れて自分の言うことを聞いてくれとその耳にささやいた。彼女はかなり不愛想な様子でついてきた。二人がだいぶわきにそれて、ミルハからもエルンストからも見られない所まで来ると、彼はふいに彼女の手を取り、許しを乞い、林の中の枯葉の上に、彼女の前にひざまずいた。こんなに仲違いしたままではもう生きておれないと彼は言った。もう散歩や麗わしい天気を楽しむこともできない。もう何物も楽しめない。彼女から愛してもらいたいのだった。なるほど彼は、正しくないこともしばしばあり、乱暴であり嫌味であることもあった。彼は彼女に許しを懇願した。罪は彼の愛そのものにあったのだ。愛のうちに何か凡庸なものがあることを、二人のなつかしい過去の思い出にまったくふさわしいものでなければ何物も、堪え忍ぶことができなかったのだ。彼は過去の思い出を、最初の邂逅やいっしょに過した初めの日々を、彼女に思い起こさした。いつも変らず彼女を愛しているし、永久に愛するだろう、と彼は言った。どうか遠のいてくれるな! 自分にとっては彼女がすべてである……。
Ada l'écoutait, souriante, troublée, presque attendrie. Elle lui faisait ses bons yeux, les yeux qui disent qu'on s'aime et qu'on n'est plus fâché. Ils s'embrassèrent, et ils allaient, serrés l'un contre l'autre, dans le bois dépouillé. Elle trouvait Christophe gentil, et elle lui savait gré de ses tendres paroles; mais elle n'abandonnait pour cela aucun des caprices malfaisants qu'elle avait dans la tête. Elle hésitait pourtant, elle n'y tenait plus autant. Elle n'en fit pas moins ce qu'elle avait projeté. Pourquoi? Qui peut le dire?... Parce qu'elle s'était promis, avant, qu'elle le ferait?... Qui sait? Il lui semblait peut-être plus piquant de tromper son ami, ce jour-là, pour lui prouver, pour se prouver sa liberté. Elle ne pensait pas le perdre: elle ne l'eût pas voulu. Elle se croyait plus sûre de lui que jamais.
Ils étaient arrivés à une clairière dans la forêt. Deux sentiers s'en détachaient. Christophe prit l'un. Ernst prétendit que l'autre menait plus rapidement au sommet de la colline, où ils voulaient aller. Ada fut de son avis. Christophe, qui connaissait le chemin pour l'avoir souvent pris, soutint qu'ils se trompaient. Ils n'en démordirent pas. Alors, il fut convenu qu'on ferait l'expérience; et chacun paria qu'il arriverait le premier. Ada partit avec Ernst. Myrrha accompagna Christophe; elle feignait d'être convaincue qu'il avait raison; et elle ajoutait: «Comme toujours.» Christophe avait pris le jeu au sérieux; et comme il n'aimait point perdre, il marchait vite, trop vite au gré de Myrrha, qui avait beaucoup moins de hâte que lui:
—Ne te presse donc pas, m'ami, lui disait-elle, de son ton ironique et tranquille, nous arriverons toujours avant.
Il fut pris d'un scrupule:
—C'est vrai, dit-il, je crois que je vais un peu trop vite: ce n'est pas de jeu.
Il ralentit le pas.
—Mais je les connais, continua-t-il, je suis sûr qu'ils courent, pour être là avant nous.
Myrrha éclata de rire:
—Mais non, mais non, ne t'inquiète pas!
Elle se pendait à son bras, elle se pressait étroitement contre lui. Un peu plus petite que Christophe, elle levait vers lui, en marchant, ses yeux intelligents et caressants. Elle était vraiment jolie et séduisante. Il la reconnaissait à peine: nul n'était plus changeant. Dans la vie ordinaire, elle avait la figure un peu blême et bouffie; et puis, il suffisait de la moindre excitation, d'une pensée joyeuse, ou du désir de plaire, pour que cet air vieillot s'effaçât, pour que ses joues rosissent, pour que disparussent les plis des paupières, au-dessous et autour des yeux, pour que le regard s'allumât, et pour que toute la physionomie prît une jeunesse, une vie, et un esprit, que les traits de Ada n'avaient point. Christophe était surpris de sa métamorphose; il détournait les yeux: il était un peu troublé d'être seul avec elle. Elle le gênait; il n'écoutait pas ce qu'elle disait, il ne lui répondait pas, ou bien tout de travers: il pensait—il voulait penser uniquement à Ada. Il songeait aux bons yeux qu'elle avait tout à l'heure; et son cœur débordait d'amour. Myrrha voulait lui faire admirer comme les bois étaient beaux, avec leurs petites branches fines sur le ciel clair... Oui, tout était beau: le nuage s'était dissipé, Ada lui était revenue, il avait réussi à briser la glace entre eux; ils s'aimaient de nouveau; ils ne faisaient plus qu'un. Il respirait avec soulagement: que l'air était léger! Ada lui était revenue... Tout la lui rappelait... Le temps était humide: n'aurait-elle pas froid?... Les jolis arbres étaient poudrés de givre: quel dommage qu'elle ne les vît pas!... Mais il se rappelait le pari engagé, et il hâtait le pas; il était préoccupé de ne pas se tromper de chemin. Il triompha, en arrivant au but:
—Nous sommes les premiers!
Il agitait joyeusement son chapeau. Myrrha le regardait en souriant.
L'endroit où ils se trouvaient était un long rocher abrupt, au milieu des bois. De la plateforme du sommet bordée de buissons de noisetiers et de petits chênes rabougris, ils dominaient les pentes boisées, les cimes des sapins qu'enveloppait une brume violette, et le long ruban du Rhin dans la vallée bleutée. Nul cri d'oiseau. Nulle voix. Pas un souffle. Une journée immobile et recueillie d'hiver, qui se chauffe frileusement aux pâles rayons d'un soleil engourdi. Par instants, dans le lointain, le bref sifflet d'un train dans la vallée. Christophe, débout, au bord du rocher, contemplait le paysage. Myrrha contemplait Christophe.
Il se retourna vers elle, d'un air de bonne humeur:
—Eh bien! les paresseux, je le leur avais bien dit!... Bon! il n'y a qu'à les attendre...
Il s'étendit au soleil, sur la terre crevassée.
—C'est cela, attendons... dit Myrrha, se décoiffant.
Elle avait, dans le ton, quelque chose de si persifleur qu'il se releva et la regarda.
—Quoi donc? demanda-t-elle tranquillement.
—Qu'est-ce que tu as dit?
—Je dis: Attendons. Ce n'était pas la peine de me faire courir si vite.
—C'est vrai.
Ils attendirent, couchés tous deux, sur le sol raboteux. Myrrha chantonnait un air. Christophe en fredonnait quelques phrases. Mais il s'interrompait à tout moment, l'oreille aux aguets:
—Je crois que je les entends.
Myrrha continuait de chanter.
—Tais-toi un instant, veux-tu?
Myrrha s'interrompait.
—Non, ce n'est rien.
Elle reprenait sa chanson.
Christophe ne tenait plus en place:
—Ils se sont peut-être perdus.
—Perdus? On ne peut pas se perdre. Ernst sait tous les chemins.
Une idée baroque traversa la tête de Christophe:
—S'ils étaient arrivés les premiers, et s'ils étaient repartis d'ici avant notre arrivée!
Myrrha, étendue sur le dos, et regardant le ciel, fut prise d'un fou rire au milieu de son chant, et faillit s'étrangler. Christophe s'obstinait. Il voulait redescendre à la station, où il disait que leurs amis devaient être déjà. Myrrha se décida à sortir de son immobilité.
—Ce serait le bon moyen de les perdre!... Il n'a jamais été question de la station. C'est ici qu'on doit se retrouver.
Il se rassit près d'elle. Elle s'amusait de son attente. Il sentait son regard ironique qui l'observait. Il commençait à s'inquiéter sérieusement—à s'inquiéter pour eux: il ne les soupçonnait pas. Il se leva de nouveau. Il parla de retourner dans le bois, de les chercher, de les appeler. Myrrha eut un petit gloussement; elle avait tiré de sa poche une aiguille, des ciseaux et du fil; elle défaisait et repiquait tranquillement les plumes de son chapeau: elle semblait installée pour tout un jour:
—Mais non, mais non, bêta, dit-elle. S'ils voulaient venir, est-ce que tu crois qu'ils ne viendraient pas tout seuls?
Il fut frappé au cœur. Il se retourna vers elle: elle ne le regardait pas, elle était occupée de son ouvrage. Il s'approcha:
—Myrrha! dit-il.
—Hé? fit-elle, sans s'interrompre.
Il s'agenouilla, pour la regarder de plus près:
—Myrrha! répéta-t-il.
—Eh bien donc? demanda-t-elle, en levant les yeux de son ouvrage, et le regardant en souriant. Qu'est-ce qu'il y a?
Elle eut une expression railleuse, en voyant sa figure bouleversée.
—Myrrha! demanda-t-il, la gorge contractée, dis-moi ce que tu penses...
Elle haussa les épaules, sourit, et se remit à travailler.
Il lui prit les mains, il lui enleva le chapeau qu'elle cousait:
—Laisse cela, laisse cela, et dis-moi...
Elle le regarda en face, et attendit. Elle voyait les lèvres de Christophe qui tremblaient.
—Tu penses, dit-il tout bas, que Ernst et Ada...?
Elle sourit:
—Parbleu!
Il eut un sursaut d'indignation:
—Non! Non! Ce n'est pas possible! Tu ne penses pas cela!... Non! Non!
Elle lui mit ses mains sur les épaules, et se tordit de rire:
—Que tu es bête, que tu es bête, mon chéri!
Il la secoua violemment:
—Ne ris pas! Pourquoi ris-tu? Tu ne rirais pas si c'était vrai. Tu aimes Ernst...
Elle continuait de rire, et, l'attirant vers elle, elle l'embrassa. Malgré lui, il lui rendit son baiser. Mais quand il sentit sur ses lèvres ces lèvres, chaudes encore des baisers fraternels, il se rejeta en arrière, il lui maintint la tête à distance de la sienne; il demanda:
—Tu le savais? C'était convenu entre vous?
Elle fit: «oui», en riant.
Christophe ne cria point, il n'eut pas un mouvement de colère. Il ouvrit la bouche, comme s'il ne pouvait plus respirer; il ferma les yeux, et se serra la poitrine avec ses mains: son cœur éclatait. Puis il se coucha par terre, la tête enfoncée dans ses mains, et il fut secoué par une crise de dégoût et de désespoir, comme quand il était enfant.
Myrrha, qui n'était pas très tendre, eut pitié de lui; dans un élan de compassion maternelle, elle se pencha sur lui, elle lui parla affectueusement, elle voulut lui faire respirer son flacon de sels. Mais il la repoussa avec horreur, et il se releva si brusquement qu'elle eut peur. Il n'avait ni la force ni le désir de se venger. Il la regarda; sa figure était convulsée de douleur:
—Gueuse, dit-il accablé, tu ne sais pas tout le mal que tu fais...
Elle voulut le retenir. Il s'enfuit à travers bois, crachant sa répulsion de ces ignominies, de ces cœurs de boue, et de l'incestueux partage, auquel ils avaient prétendu l'amener. Il pleurait, il tremblait, il sanglotait de dégoût. Il avait horreur d'elle, d'eux tous, de lui-même, de son corps et de son cœur. Un ouragan de mépris se déchaînait en lui: depuis longtemps, il se préparait; tôt ou tard, la réaction devait venir contre la bassesse des pensées, les compromis avilissants, l'atmosphère fade et empestée, où il vivait depuis quelques mois; mais le besoin d'aimer, le besoin de se tromper sur ce qu'il aimait, avait retardé la crise autant qu'il avait été possible. Elle éclatait soudain: et c'était mieux, ainsi. Un grand souffle d'air et d'âpre pureté, une bise glacée balayait les miasmes. Le dégoût avait tué, d'un coup, l'amour de Ada.
アーダは彼の言葉に耳を傾けながら、微笑みを浮かべ、落着きを失い、ほとんど感動していた。彼女は彼にやさしい眼つきをしてやった。たがいに愛していてもう怒ってはいないと告げる眼つきだった。二人は抱擁し合った。そして寄り添いながら、落葉した林の中を歩いて行った。彼女はクリストフをかわいいと思い、彼のやさしい言葉に満足していた。しかし頭にもってる悪い思いつきを捨てはしなかった。でもさすがに躊躇され、先刻ほど気が進まなかった。それでもやはり計画どおりを実行した。なぜか? それをだれが言い得よう……。先刻みずから実行を誓ったからであるか?……そんなことがだれにわかるものか。おそらくは、自分が自由であるということを、恋人に証明してやり、自分自身に証明してやるために、彼を欺くのがその日はことに面白く思えたのかもしれなかった。彼女はそれで恋人を失うとは考えていなかった。失いたくはなかった。最も確かに恋人をとらえると信じていた。
一同は森の中の木立まばらな所に到着した。そこから二つの小道が分れていた。クリストフは一方の道をとった。エルンストは目的の丘の頂へは他方の道の方が早く着けると言い出した。アーダも同じ意見だった。クリストフはたびたび来て道をよく知っていたので、二人が間違ってると主張した。彼らはどちらも譲らなかった。そしてためしてみようということになった。どちらも自分の方が先に着くと誓った。アーダはエルンストといっしょに出かけた。ミルハはクリストフに従った。彼女は彼の方がほんとうだと信じてるらしいふうをしていた。そして「いつもあれだ」と一言つけ加えた。クリストフは戯れを本気にとっていた。そして負けるのがきらいだったから、足早に、ミルハが困るくらい早く歩き出した。ミルハはちっとも彼ほど急いではいなかった。
「まあそんなに急ぐことはないわ。」と彼女は例の皮肉な落着いた調子で言った。「私たちが先に着くにきまっててよ。」
彼はある懸念にとらえられた。
「なるほど、」と彼は言った、「少し早く歩きすぎるようだ。冗談じゃない。」
彼は足をゆるめた。
「だが僕は知ってる、」と彼はつづけて言った、「向うでは確かに、先に着くために駆けてるよ。」
ミルハは笑い出した。
「いいえ、心配しなくってもいいわ!」
彼女は彼の腕にぶら下り、彼にしかと寄り添っていた。クリストフより少し背が低いので、歩きながら、その怜悧な甘えた眼で彼の方を見上げていた。彼女はまったくきれいで誘惑的だった。彼は彼女を見違えたような気がした。彼女くらい変りやすい者はなかった。普通は少し蒼ざめた脹れぼったい顔をしていたが、ちょっとした興奮や、楽しい考えや、あるいは人の機嫌をとりたい心が起こると、それだけでもう、お婆さんじみた様子がなくなり、頬には赤味がさし、眼の下やまわりの眼瞼の皺が消え、眼つきに光を帯び、そして顔立ち全体に、アーダの顔に見られないような青春と活気と機知とが浮かんでくるのだった。クリストフはその変化に驚いた。彼は眼をそらした。彼女と二人きりなのが少し不安だった。彼女が煩わしかった。彼は彼女の言ってることには耳を傾けず、返辞をせず、あるいはでたらめの返辞をした。そしてアーダのことだけを考えていた――考えたかった。アーダが先刻見せたやさしい眼のことを思った。恋しさで胸がいっぱいになった。清らかな空に細い小枝を伸してる林の景色がいかに美しいかを、ミルハは彼に見とれさせたがっていた。……そうだ、すべてが美しかった。雲は散り失せていた。アーダは彼の手にもどっていた。彼は二人の間の氷を砕くことができたのだった。二人はまた愛し合っていた。もはや一体にすぎなかった。彼は安堵の息をついた。いかに空気も軽やかだったことか! アーダが彼にもどってきたのだ……。すべてが彼に彼女のことを思わせた。……少し天気が湿っぽかった。彼女は寒くはないだろうか?……美しい木立に白く水気が凍りついていた。彼女に今それを見せられないのが残念だ。……しかし彼は勝負のことを思い出した。そして足を早めた。道を間違えないように用心した。目的地に着くと、意気揚々として言った。
「僕たちが先だ!」
彼は愉快そうに帽子を振った。ミルハは微笑みながら彼をながめていた。
二人がいる場所は、森の中の長い険しい岩だった。榛といじけた小樫とがまわりに茂ってる頂上の高台から見おろすと、木立のある斜面や、紫色の靄に包まれた樅の梢や、青々とした谷間を流れるライン河の長い帯が見えていた。小鳥の声もしなかった。人声もしなかった。そよとの風もなかった。どんよりした太陽の蒼白い光に寒げにあたたまってる、しみじみと静まり返った冬の一日であった。遠くには時々、汽車の短い汽笛が谷間に響いていた。クリストフは岩の端に立って、その景色にながめ入った。ミルハはクリストフをうちながめていた。
彼は機嫌のいい様子で彼女の方へ振り向いた。
「どうだい、怠惰者たちだなあ、僕が言ってやったとおりだ!……よし、待っててやれ……。」
彼は亀裂のはいった地面の上に、日向に寝そべった。
「そうよ、待ってましょう……。」とミルハは帽子を脱ぎながら言った。
彼女の口調には、いかにも嘲り気味がこもっていたので、彼は身を起こして彼女をながめた。
「どうなすったの?」と彼女は平然として尋ねた。
「今なんと言ったんだい?」
「待ってましょうと言ったのよ。あんなに早く私を歩かせるには及ばなかったでしょう。」
「そうだね。」
彼らはでこぼこした地面の上に、二人とも寝ころんで待った。ミルハは低い声である歌を歌った。クリストフはそのところどころを口ずさんだ。しかし彼はたえずそれを途切らしては耳を傾けた。
「足音が聞こえるようだ。」
ミルハは歌いつづけていた。
「ちょっと黙っておくれ。」
ミルハは口をつぐんだ。
「いや、なんでもなかった。」
彼女はまた歌い出した。
クリストフはもうじっとしておれなかった。
「道に迷ったのかもしれない。」
「迷ったんですって? 迷うはずがないわ。エルンストさんはどの道でも知ってるから。」
おかしな考えがクリストフの頭に浮かんだ。
「向うが先に着いて、僕たちが来ない前にここから出かけたんじゃないかしら。」
ミルハは仰向けに寝そべり、空を見ながら、歌の中途で、狂人のように笑い出し、息もとまるほどだった。クリストフは言い張った。彼らは停車場へもう行ってるに違いないと言って、そこへ降りてゆきたがった。ミルハはとうとう起き上った。
「そんなことをすればかえってはぐれてしまうだけだわ。……停車場のことなんかなんの話もなかったわ。ここで落合うことになってたんじゃないの。」
彼はまた彼女のそばにすわった。彼女は彼が待ちくたびれてるのを面白がっていた。彼は自分を見守ってる彼女の皮肉な眼つきを感じた。彼は真面目に心配しだした――彼ら二人のために心配しだした。彼らを疑ってはいなかった。彼はまた立上った。林の中にもどってゆき、彼らを捜し、彼らを呼んでみよう、と言いだした。ミルハはくすりと笑った。彼女はポケットから、針と鋏と糸とを取出していた。そして帽子の羽飾りを、落着き払って解いたり付けたりしていた。終日でもそこにすわってるつもりらしかった。
「駄目よ、駄目よ、お馬鹿さんね。」と彼女は言った。「もしあの人たちがここへ来るとしても、仕方なしにやって来るんだとは、あんたは思わなくって?」
彼ははっとした。彼女の方を振向いた。彼女は彼を見ないで、仕事に気を入れていた。彼はそのそばに寄った。
「ミルハ!」と彼は言った。
「え?」と彼女は仕事をやめずに言った。
彼はひざまずいて、彼女をすぐ近くからながめた。
「ミルハ!」と彼はくり返した。
「なによ?」と彼女は尋ねながら、仕事から眼をあげ、微笑んで彼をながめた。「どうしたの?」
彼女は彼の狼狽した顔つきを見ながら、嘲るような表情をした。
「ミルハ!」と彼は喉をひきつらしながら尋ねた、「君の考えを、言ってくれ……。」
彼女は肩をそびやかし、微笑み、そしてまた仕事にかかった。
彼は彼女の手を取り、縫ってる帽子を取り上げた。
「こんなことはよしてくれ、よしてくれ、そして僕に言ってくれよ……。」
彼女は彼を正面にじっと見た、そして待った。クリストフの唇の震えてるのが眼についた。
「君は、」と彼はごく低く言った、「エルンストとアーダとが……。」
彼女は微笑んだ。
「もとよりだわ!」
彼は憤激してきっとなった。
「いや、いや、そんなはずはない! 君だってそう思ってるんじゃないだろう。……嘘だ、嘘だ!」
彼女は彼の両肩に手を置いて、笑いこけた。
「あなたは馬鹿ね、ほんとにお馬鹿さんだわ。」
彼は激しく彼女を揺すった。
「笑うなよ。なぜ笑うんだい? ほんとうだとしたら笑いごとじゃない。君はエルンストを愛してるじゃないか……。」
彼女は笑いつづけた。そして彼を引寄せながら、接吻した。彼は我れ知らず、接吻を返した。しかし自分の唇の上に、まだ兄弟の接吻の熱がさめないその唇を感じた時、彼はつと身を引き、彼女の顔を少し押し離した。彼は尋ねた。
「君は知ってたのか? 皆で諜し合したのか?」
彼女は笑いながら「そうだ」と言った。
クリストフは声もたてなかった。憤怒の身振りもしなかった。もう息もできないかのように口を開いた。眼を閉じて、両手で胸を押えた。心臓が裂けそうだった。それから地面に横たわり、両手で頭をかかえた。そして子供の時のように、嫌悪と絶望の発作に打たれた。
あまりやさしくなかったミルハも、彼を気の毒に思った。自然と親愛な憐れみの情に駆られ、彼の上に身をかがめ、やさしい言葉をかけ、また、塩剤の壜を嗅がせようとした。しかし彼は彼女をいやがって押しのけ、彼女が怖がったほどにわかに立上った。彼には復讐の力も欲求もなかった。苦悶に引きつった顔で彼女をながめた。
「恥知らずめが、」と彼は絶望の底から言った、「君はどんなひどいことをしてるか、わかっていないんだ……。」
彼女は彼を引止めようとした。しかし彼は、それらの破廉恥な行いや、泥のような心の奴らや、彼らが自分を陥れようとした不倫な共愛などを、いまいましく唾棄しながら、林の間を逃げていった。涙を流し、身を震わし、嫌悪の念にむせびあげていた。彼女を、彼ら皆を、自分自身を、自分の身体を、自分の心を、嫌忌していた。軽侮の暴風が彼のうちに荒れていた。その暴風は久しい前から準備されたものだった。低級な思想、卑しい妥協、また彼が数か月来住んでいた腐爛空粗な雰囲気などにたいして、早晩反動が来るべきであった。しかし愛したい要求は、愛するものに幻をかけたい要求は、その危機をできるだけ遅らしていた。それがにわかに破裂した。その方がかえってよかった。空気と峻烈な純潔との大風が、氷のごとき朔風が、毒気を吹き払った。嫌悪の情は一撃のもとに、アーダにたいする恋愛を滅ぼしてしまった。
Si Ada avait cru établir plus solidement par cet acte sa domination sur Christophe, cela prouvait, une fois de plus, son inintelligence grossière de celui qui l'aimait. La jalousie, qui attache les cœurs souillés, ne pouvait que révolter une nature jeune, orgueilleuse et pure, comme celle de Christophe. Mais ce qu'il ne pardonnait pas surtout, ce qu'il ne pardonnerait jamais, c'était que cette trahison ne fût point chez Ada le fait d'une passion, à peine d'un de ces caprices absurdes et dégradants, auxquels la raison féminine a peine quelquefois à ne pas céder. Non,—il comprenait, maintenant,—c'était chez elle un désir secret de le dégrader, de l'humilier, de le punir de sa résistance morale, de sa foi ennemie, de le faire tomber au niveau commun, de le mettre à ses pieds, de se prouver à elle-même sa force malfaisante. Et il se demandait avec horreur: mais qu'est-ce donc que ce besoin de souiller, qui est chez la plupart,—souiller ce qui est pur en eux et dans les autres,—ces âmes de pourceaux, qui goûtent une volupté à se rouler dans l'ordure, heureux quand il ne reste plus sur toute la surface de leur épiderme une seule place nette!...
Ada attendit deux jours que Christophe revînt. Puis elle commença à s'inquiéter, et lui envoya un billet caressant, où elle ne faisait allusion à rien de ce qui s'était passé. Christophe ne répondit point. Il haïssait Ada d'une haine si profonde qu'il n'avait même plus de mots pour l'exprimer. Il l'avait rayée de sa vie. Elle n'existait plus.
Christophe était délivré de Ada, mais il ne l'était pas de lui-même. En vain tâchait-il de se faire illusion et de revenir au calme chaste et fort du passé. On ne revient pas au passé. Il faut continuer sa route; et il ne sert à rien de se retourner, sinon pour voir les lieux où l'on passa, les lointaines fumées du toit sous lequel on dormit, s'effaçant à l'horizon, dans la brume du souvenir. Mais rien ne nous éloigne davantage de nos âmes anciennes que quelques mois de passion. Le chemin tourne brusquement, le paysage change; il semble qu'on dise adieu, pour la dernière fois, à ce qu'on laisse derrière soi.
Christophe n'y pouvait consentir. Il tendait les bras vers le passé: il s'obstinait à faire revivre son âme d'autrefois, fièrement résignée. Mais elle n'existait plus. La passion est moins dangereuse par elle-même que par les ruines qu'elle accumule. Christophe avait beau ne plus aimer, il avait beau,—pour un moment,—mépriser l'amour: il était marqué de sa griffe; il avait dans le cœur un vide qu'il fallait remplir. À défaut de ce terrible besoin de tendresse et de plaisir, qui consume les êtres qui y ont une fois goûté, il fallait quelque autre passion, fût-ce la passion contraire: la passion du mépris, de l'orgueilleuse pureté, de la foi dans la vertu. Elles ne suffisaient pas, elles ne suffisaient plus à assouvir sa faim: à peine pouvaient-elles la tromper, un instant. Sa vie était une suite de réactions violentes,—des sauts d'un extrême â l'autre. Tantôt il la voulait ployer aux règles d'un ascétisme inhumain: ne mangeant plus, buvant de l'eau, se tuant le corps de marches, de fatigues, de veilles, se refusant tout plaisir. Tantôt il se persuadait que la force est la vraie morale chez les gens de sa sorte; et il se lançait à la chasse de la joie. Dans l'un et l'autre cas, il était malheureux. Il ne pouvait plus être seul. Il ne pouvait plus ne plus l'être.
L'unique salut pour lui eût été de trouver une vraie amitié,—celle de Rosa peut-être: il s'y fût réfugié. Mais la brouille était complète entre les deux familles. Ils ne se voyaient plus. Une seule fois, Christophe avait rencontré Rosa. Elle sortait de la messe. Il avait hésité à l'aborder; et elle, de son côté, avait fait, en le voyant, un mouvement pour venir à sa rencontre; mais quand il voulut aller à elle, au travers du flot des fidèles qui descendaient les marches, elle détourna les yeux; et quand il l'approcha, elle le salua froidement, et passa. Il sentait dans le cœur de la jeune fille un mépris intense et glacé. Et il ne sentait pas qu'elle l'aimait toujours et eût voulu le lui dire; mais elle se le reprochait, comme une faute: elle croyait Christophe mauvais et corrompu, plus loin d'elle que jamais. Ainsi ils se perdirent l'un l'autre pour toujours. Et ce fut peut-être un bien, pour l'un comme pour l'autre. En dépit de sa bonté, elle n'était pas assez vivante pour le comprendre. En dépit de son besoin d'affection et d'estime, il eût étouffé dans une vie médiocre et renfermée, sans joie, sans peine, et sans air. Ils eussent tous deux souffert,—souffert de se faire souffrir. La mauvaise chance qui les sépara fut donc, en fin de compte, une bonne chance, comme il arrive souvent,—comme il arrive toujours, à ceux qui sont forts et qui durent.
Mais, sur l'instant, ce fut une grande tristesse et un malheur pour eux. Pour Christophe surtout. Cette intolérance de vertu, cette étroitesse de cœur, qui semble priver d'intelligence ceux qui en ont le plus, et de bonté ceux qui sont les meilleurs, l'irrita, le blessa, le rejeta par protestation dans une vie trop libre.
Au cours de ses flâneries avec Ada dans les guinguettes des environs, il avait fait connaissance avec quelques tons garçons,—des bohèmes dont l'insouciance et la liberté de laçons ne lui avaient pas trop déplu. Un d'eux, Friedemann, musicien comme lui, organiste, d'une trentaine d'années, ne manquait pas d'esprit, et connaissait son métier, mais il était d'une paresse incurable, et plutôt que de faire un effort pour sortir de sa médiocrité, il se fût laissé mourir de faim, sinon de soif. Il se consolait de son indolence, en disant du mal de ceux qui s'agitent dans la vie; et ses railleries, un peu lourdes, faisaient rire. Plus libre que ses confrères, il ne craignait pas,—bien timidement encore, avec des clignements d'yeux et des sous-entendus,—de fronder les gens en place; il était même capable de ne pas avoir en musique des opinions toutes faites, et de porter sournoisement un coup de pioche aux réputations usurpées des grands hommes du jour. Les femmes ne trouvaient pas grâce devant lui; il aimait, en plaisantant, à redire à leur propos un vieux mot de moine misogyne, dont Christophe, mieux que quiconque, goûtait l'âpreté:
«Femina mors animae».
Dans son désarroi, Christophe trouva une distraction à causer avec Friedemann. Il le jugeait, il ne pouvait se plaire longtemps à cet esprit de persiflage vulgaire; ce ton de raillerie et de négation constante ne tardait pas à devenir irritant, et sentait l'impuissance; mais il soulageait de la bêtise suffisante des Philistins. Tout en méprisant au fond son compagnon, Christophe ne pouvait plus se passer de lui. On les voyait toujours ensemble, attablés avec des personnages déclassés et douteux, de la société de Friedemann, qui valaient encore moins cher. Ils jouaient, ils péroraient, ils buvaient pendant des soirs entiers. Christophe se réveillait, tout à coup, au milieu de l'écœurante odeur de charcuterie et de tabac; il regardait ceux qui l'entouraient, avec des yeux égarés: il ne les reconnaissait plus; il pensait avec angoisse:
—Où est-ce que je suis? Quels sont ces gens? Qu'ai-je à faire avec eux?
Leurs propos et leurs rires lui donnaient la nausée. Mais il n'avait pas la force de les quitter: il avait peur de rentrer chez lui, de se retrouver seul, en face de ses désirs et de ses remords. H se perdait, il savait qu'il se perdait; il cherchait,—il voyait dans Friedemann, avec une lucidité cruelle, l'image dégradée de ce qu'il serait, un jour; et il traversait une phase de découragement tel qu'au lieu d'être réveillé par cette menace, elle achevait de l'abattre.
Il se fût perdu, s'il avait pu l'être. Par bonheur, il avait, comme les êtres de son espèce, un ressort et un recours contre la destruction, que les autres n'ont pas: sa force d'abord, son instinct de vivre, de ne pas se laisser mourir, plus intelligent que l'intelligence, plus fort que la volonté. Et il avait aussi, à son insu, l'étrange curiosité de l'artiste, cette impersonnalité passionnée, que porte en lui tout être doué vraiment du pouvoir créateur. Il avait beau aimer, souffrir, se donner tout entier à ses passions: il les voyait. Elles étaient en lui, mais elles n'étaient pas lui. Une myriade de petites âmes gravitaient obscurément en son âme vers un point fixe, inconnu et certain: tel le monde planétaire qu'aspire dans l'espace un gouffre mystérieux. Cet état perpétuel de dédoublement inconscient se manifestait surtout dans les moments vertigineux, où la vie quotidienne s'endort et où surgit des abîmes du sommeil le regard du sphinx, la face multiforme de l'Être. Depuis un an, Christophe était obsédé par des rêves, où il sentait nettement, dans une même seconde, avec une illusion absolue, qu'il était à la fois plusieurs êtres différents, souvent lointains, séparés par des mondes, par des siècles. À l'état de veille, il en conservait le trouble hallucinant, sans avoir le souvenir de ce qui l'avait causé. C'était comme la fatigue d'une idée fixe disparue, dont la trace persiste, sans qu'on puisse la comprendre. Mais tandis que son âme se débattait douloureusement dans le réseau des jours, une autre âme assistait en lui, attentive et sereine, à ces efforts désespérés. Il ne la voyait pas; mais elle jetait sur lui la réverbération de sa lumière cachée. Cette âme était avide et joyeuse de sentir, de souffrir, d'observer, de comprendre ces hommes, ces femmes, cette terre, ces passions, ces pensées, même torturantes, même médiocres, même viles:—et cela suffisait à leur communiquer un peu de sa lumière, à sauver Christophe du néant. Elle lui faisait sentir qu'il n'était pas seul tout à fait. Cette seconde âme, avide de tout être et de tout connaître, opposait son rempart aux passions destructrices.
Si elle suffisait à lui maintenir la tête au-dessus de l'eau, elle ne lui permettait pourtant pas d'en sortir avec ses seules forces. Il ne parvenait pas à se maîtriser et à se recueillir. Tout travail lui était impossible. Il traversait une crise intellectuelle, qui devait être féconde:—toute sa vie future y était déjà en germe;—mais cette richesse intime ne se traduisait, pour le moment, que par des extravagances; et les effets immédiats d'une telle surabondance ne différaient pas de ceux de la stérilité la plus indigente. Christophe était submergé par la vie. Toutes ses forces avaient subi une formidable poussée et grandi trop vite, toutes à la fois. Sa volonté seule n'avait pas eu une croissance aussi rapide; et elle était affolée par cette foule de monstres. La personnalité craquait. De ce tremblement de terre, de ce cataclysme intérieur, les autres ne voyaient rien. Christophe lui-même ne voyait que son impuissance à vouloir, à créer, et à être. Désirs, instincts, pensées, sortaient les uns après les autres, comme d'une terre volcanique s'échappent des nuages de soufre; et il se demandait:
—Maintenant, que sortira-t-il? Qu'adviendra-t-il de moi? Sera-ce toujours ainsi, ou sera-ce fini de Christophe? Ne sera-t-il rien, jamais?
Et voici que surgissaient maintenant les instincts héréditaires, les vices de ceux qui avaient été avant lui.
Il s'enivra.
Il rentrait à la maison, sentant le vin, riant, accablé.
La pauvre Louisa le regardait, soupirait, ne disait rien, priait.
Mais, un soir qu'il sortait d'un cabaret, aux portes de la ville, il aperçut sur la route, à quelques pas devant lui, l'ombre falote de l'oncle Gottfried, son ballot sur le dos. Depuis des mois, le petit homme n'était pas revenu au pays, et ses absences se faisaient toujours plus longues. Christophe le héla, tout heureux. Gottfried, courbé sous son fardeau, se retourna; il regarda Christophe, qui se livrait à une mimique extravagante, et il s'assit sur une borne pour l'attendre. Christophe, la figure animée, s'approcha, en exécutant une gambade, et il secoua la main de l'oncle avec de grandes démonstrations d'affection. Gottfried le regarda longuement, puis il dit:
—Bonjour, Melchior.
Christophe crut que l'oncle se trompait, et il éclata de rire:
—Le pauvre homme baisse, pensa-t-il, il perd la mémoire.
Gottfried avait en effet l'air vieilli, ratatiné, rapetissé, rabougri; il respirait d'un petit souffle pénible et court. Christophe continuait à pérorer. Gottfried remonta son ballot sur ses épaules, et se remit silencieusement en marche. Ils revinrent côte à côte, Christophe gesticulant et parlant à tue-tête, Gottfried toussotant, se taisant. Et comme Christophe l'interpellait, Gottfried l'appela encore Melchior. Cette fois, Christophe lui demanda:
—Ah çà! qu'est-ce que tu as à m'appeler Melchior? Je m'appelle Christophe, tu le sais bien. As-tu oublié mon nom?
Gottfried, sans s'arrêter, leva les yeux vers lui, le regarda, secoua la tête, et dit froidement:
—Non, tu es Melchior, je te reconnais bien.
Christophe s'arrêta, atterré. Gottfried continuait de trottiner, Christophe le suivit, sans répliquer. Il était dégrisé. En passant près de la porte d'un café-concert, il alla aux mornes glaces qui reflétaient les becs de gaz de l'entrée et les pavés déserts, il se regarda: il reconnut Melchior. Il rentra, bouleversé.
Il passa la nuit à s'interroger, à se fouiller l'âme. Il comprenait maintenant. Oui, il reconnaissait les instincts et les vices qui avaient levé en lui: ils lui faisaient horreur. Il songea à la veillée funèbre, auprès de Melchior mort, aux engagements pris, et il repassa en revue sa vie, depuis: il les avait tous trahis. Qu'avait-il fait depuis un an? Qu'avait-il fait pour son Dieu, pour son art, pour son âme? Qu'avait-il fait pour son éternité? Pas un jour qui n'eût été perdu, gâché, souillé. Pas une œuvre, pas une pensée, pas un effort durable. Un chaos de désirs se détruisant l'un l'autre. Vent, poussière, néant... Que lui avait servi de vouloir? Il n'avait rien fait de ce qu'il avait voulu. Il avait fait le contraire de ce qu'il avait voulu. Il était devenu ce qu'il ne voulait pas être: voilà le bilan de sa vie.
Il ne se coucha point. Vers six heures du matin (il faisait nuit encore), il entendit Gottfried qui se préparait à partir.—Car Gottfried n'avait pas voulu s'arrêter davantage. En passant par la ville, il était venu, suivant son habitude, embrasser sa sœur et son neveu; mais il avait annoncé que, le lendemain matin, il se remettrait en marche.
Christophe descendit. Gottfried vit sa figure blême, creusée par une nuit de douleur. Il lui sourit affectueusement, et lui demanda s'il voulait l'accompagner un peu. Ils sortirent, ensemble, avant l'aube. Ils n'avaient pas besoin de parler: ils se comprenaient. En passant près du cimetière, Gottfried dit:
—Entrons, veux-tu?
Jamais il ne manquait de faire visite à Jean-Michel et à Melchior, quand il venait au pays. Christophe n'était pas entré là depuis un an. Gottfried s'agenouilla devant la fosse de Melchior, et dit:
—Prions, pour qu'ils dorment bien, et qu'ils ne nous tourmentent pas.
Sa pensée était un mélange de superstitions étranges et de clair bon sens: elle surprenait parfois Christophe; mais cette fois, il ne la comprit que trop. Ils ne dirent rien de plus, jusqu'à ce qu'ils fussent sortis du cimetière.
Comme ils avaient refermé la grille gémissante, et suivaient, le long du mur, dans les champs frileux qui s'éveillaient, le petit sentier qui passait sous les cyprès des tombes, d'où la neige s'égouttait, Christophe se mit à pleurer:
—Ah! oncle, dit-il, que je souffre!
Il n'osait lui parler de l'épreuve qu'il avait faite de l'amour, par une peur bizarre de gêner Gottfried; mais il parla de sa honte, de sa médiocrité, de sa lâcheté, de ses engagements violés.
—Oncle, que faire? J'ai voulu, j'ai lutté; et, après un an, je suis au même point qu'avant. Même pas! J'ai reculé. Je ne suis bon à rien, je ne suis bon à rien! J'ai perdu ma vie, je me suis parjuré!...
Ils montaient la colline au-dessus de la ville. Gottfried dit avec bonté:
—Ce n'est pas la dernière fois, mon petit. On ne fait pas ce qu'on veut. On veut, et on vit: cela fait deux. Il faut se consoler. L'essentiel, vois-tu, c'est de ne pas se lasser de vouloir et de vivre. Le reste ne dépend pas de nous.
Christophe répétait avec désespoir:
—Je me suis parjuré!
—Entends-tu? dit Gottfried...
(Les coqs chantaient dans la campagne.)
—Ils chantaient aussi pour un autre qui s'est parjuré. Ils chantent pour chacun de nous, chaque matin.
—Un jour viendra, dit Christophe amèrement, où ils ne chanteront plus pour moi... Un jour sans lendemain. Et qu'aurai-je fait de ma vie?
—Il y a toujours un lendemain, dit Gottfried.
—Mais que faire, s'il ne sert à rien de vouloir?
—Veille et prie.
—Je ne crois plus.
Gottfried sourit:
—Tu ne vivrais pas, si tu ne croyais pas. Chacun croit. Prie.
—Prier quoi?
Gottfried lui montra le soleil, qui paraissait dans l'horizon rouge et glacé:
—Sois pieux devant le jour qui se lève. Ne pense pas à ce qui sera dans un an, dans dix ans. Pense à aujourd'hui. Laisse tes théories. Toutes les théories, vois-tu, même celles de vertu, sont mauvaises, sont sottes, font le mal. Ne violente pas la vie. Vis aujourd'hui. Sois pieux envers chaque jour. Aime-le, respecte-le, ne le flétris pas surtout, ne l'empêche pas de fleurir. Aime-le, même quand il est gris et triste, comme aujourd'hui. Ne t'inquiète pas. Vois. C'est l'hiver maintenant. Tout dort. La bonne terre se réveillera. Il n'y a qu'à être une bonne terre, et patiente comme elle. Sois pieux. Attends. Si tu es bon, tout ira bien. Si tu ne l'es pas, si tu es faible, si tu ne réussis pas, eh bien, il faut encore être heureux ainsi. C'est sans doute que tu ne peux davantage. Alors, pourquoi vouloir plus? Pourquoi te chagriner de ce que tu ne peux pas faire? Il faut faire ce qu'on peut... Als ich kann.
—C'est trop peu, dit Christophe, en faisant la grimace.
Gottfried rit amicalement:
—C'est plus que personne ne fait. Tu es un orgueilleux. Tu veux être un héros. C'est pour cela que tu ne fais que des sottises... Un héros! Je ne sais pas trop ce que c'est; mais, vois-tu, j'imagine: un héros, c'est celui qui fait ce qu'il peut. Les autres ne le font pas.
—Ah! soupira Christophe, à quoi bon vivre alors? Cela n'en vaut pas la peine. Il y a pourtant des gens qui disent que «vouloir, c'est pouvoir»!...
Gottfried rit de nouveau, doucement:
—Oui?... Eh bien, ce sont de grands menteurs, mon petit. Ou ils ne veulent pas grand'chose...
Ils étaient arrivés au sommet de la colline. Ils s'embrassèrent affectueusement. Le petit colporteur s'en alla, de son pas fatigué. Christophe resta, pensif, le regardant s'éloigner. Il se redisait le mot de l'oncle:
—Als ich kann (Comme je peux).
Et il sourit, pensant:
—Oui... Tout de même... C'est assez.
Il revint vers la ville. La neige durcie craquait sous ses souliers. La bise aigre d'hiver faisait tressaillir, sur la colline, les branches nues des arbres rabougris. Elle rougissait ses joues, elle brûlait sa peau, elle fouettait son sang. Les toits rouges des maisons, en bas, riaient au soleil éclatant et froid. L'air était fort et dur. La terre glacée semblait jubiler d'une âpre allégresse. Le cœur de Christophe était comme elle. Il pensait:
—Je me réveillerai aussi.
Il avait encore des larmes aux yeux. Il les essuya du revers de sa main, et regarda en riant le soleil qui s'enfonçait sous un rideau de vapeurs. Les nuées, lourdes de neige, passaient au-dessus de la ville, fouettées par la bourrasque. Il leur fît un pied de nez. Le vent glacial soufflait...
—Souffle, souffle!... Fais ce que tu veux de moi! Emporte-moi!... Je sais bien où j'irai.
Christofori fadem die quacumque tueris,
Illa nempe die non morte mala morieris.
アーダはその仕業によって、クリストフにたいする支配権をいっそう強固にうち建て得ると信じていたが、それはこんどもまた、愛してくれてる男にたいする粗雑な不理解を証明するばかりだった。けがれた心をつなぎ止める嫉妬の情も、クリストフのような若い驕慢な純潔な性情には、ただ反発させるだけだった。しかし彼がことに許し得なかったことには、断じて許し得なかったことには、その裏切りの行為はアーダにあっては、情熱から来たものではなく、また、女の理性がたいていは屈服しがちな不条理下劣な出来心、その一つでもほとんどなかった。否――彼は今や了解した――それは彼女にあっては、彼を堕落させ、彼を恥ずかしめ、自分に対抗する彼の道徳心や信念を罰し、彼を自分と同じ水平面に低下さし、彼を自分の足下にひざまずかせ、自分の害毒の力をみずから承認しようという、ひそかな欲望であった。そして彼は嫌忌の念をもってみずから尋ねた、だが多くの者のうちにある汚さんとするこの欲求は――自分や他人のうちの純潔なものを汚さんとするこの欲求は、いったいなんであるのか?――表皮の全面にもはや一点の清い場所も残っていない時初めて幸福を感じ、汚穢の中にころがって快楽を味わう、それらの豚のような魂は!……
アーダはクリストフが自分のもとにもどってくるのを、二日ばかり待ってみた。それから気をもみだして、甘ったるい手紙を書き送った。もちろんあの出来事については何にも言及しなかった。クリストフは返事もよこさなかった。彼は言葉にも尽せないほどの深い憎悪でアーダを憎んでいた。彼は自分の生活から彼女を抹殺していた。彼にとってはもはや彼女は存在していなかった。
クリストフはアーダから解放されていた。しかし自分自身から解放されてはいなかった。みずから心をそらそうとつとめ、過去の清浄強健な静安さに帰ろうとつとめても、その甲斐がなかった。人は過去にもどり得るものではない。道は進みつづけなければならない。いかにふり返っても、眼にはいるのはただ、通り過ぎて来た場所が、かつて宿った家の遠い煙が、記憶の靄の中に、地平線に隠れてゆくばかりで、なんの役にもたたない。そして情熱に駆られた数か月くらい、人を昔の魂から遠く引離すものはない。道は急に曲り、景色は変る。自分のあとに残してゆくものに、最後の別れを告げるようなものである。
クリストフはそれを承認することができなかった。彼は過去に向って腕を差出した。昔の孤独な忍諦の魂を復活させようと固執した。しかしその魂はもはや存在していなかった。情熱がもたらす多くの廃墟こそ、情熱それ自身よりもずっと危険である。クリストフはもう愛すまいとし、恋愛を――しばらくの間――軽蔑しようとしたが、甲斐がなかった。彼は恋愛の爪痕を受けていた。心の中に一つの空虚があって、それを満たさなければならなかった。一度味わったことのある者を焼きつくすような、情愛と快楽とのあの恐ろしい要求の代りに、たとい反対のものでもいいから何か他の熱情が必要だった。軽蔑の熱情、驕慢な純潔の熱情、徳操の信念の熱情でも。――しかしそれらのものでもやはり足りなかった。もはや彼の飢えをいやすに足りなかった。それはただ一時のごまかしにすぎなかった。彼の生活は、急激な反動の連続――極端から極端への飛躍の連続だった。あるいは、非人間的禁欲主義の規矩に生活を押込もうとした。そしてもはや物を食べず、水を飲み、歩行や労苦や不眠で身体を痛めつけ、あらゆる楽しみをみずから禁じた。あるいは、自分のような者には力が真の道徳であると思い込んだ。そして快楽の追求にふけった。しかしいずれの場合においても、彼は不幸であった。彼はもはや一人ではいられなかった。また、もはや一人でいずにはおられなかった。
彼にたいする唯一の救済の道は、真の友情を――おそらくはローザの友情を、見出すことであったろう。彼はその中に身をのがれることができたであろう。しかし両家はまったく不和になっていた。もうたがいに顔を合せることもなかった。ただ一度、クリストフはローザに出会った。彼女はミサから出て来るところだった。彼は彼女に近寄るのを躊躇した。彼女の方は、彼の姿を見ると、やって来ようとする様子をした。しかし彼がついに、石段を降りてる信者たちの人波を分けて、彼女に近づこうとすると、彼女は眼をそらした。彼がそばまで行くと、彼女は冷やかに挨拶をして、そのまま通り過ぎた。彼はその若い娘の心の中に、強い冷酷な軽蔑の念があるのを感じた。彼女がやはり自分を愛していて、それをうち明けたがってることを、彼は感じなかった。彼女はしかしその愛を、罪ででもあるようにみずからとがめていた。クリストフを不良で堕落してると信じ、ますます自分と縁遠いものであると信じていた。かくて二人はたがいに永久に取失った。そしてそれは、どちらにとっても、かえっていいことだったろう。彼女は善良ではあったが、彼を理解するには十分の生活力がなかった。彼は愛情と尊重とをほしがってはいたが、喜びも苦しみも空気もない閉じこもった凡庸な生活では、息がつけなかったろう。で二人は苦しむことになるわけだった――たがいに苦しませるのを苦しむことになるわけだった。それで結局、二人を隔てた不運は、往々あるように――常にあるように、強壮で永続する者にとっては、幸運であった。
しかし当座の間、それは二人にとっては大きな悲しみであり、不幸であった。ことにクリストフにとってそうだった。最も多く知力をそなえた者から知力を奪い去り、最も善良な者から善良さを奪い去るかの観がある、その仮借なき徳操、その狭小な心は、彼を苛立たせ、彼を傷つけ、反発心によって彼をより放恣な生活に投げ入れたのである。
クリストフはアーダとともに近郊の酒場をぶらついてるうちに、数人の面白い若者と――浮浪者らと、知り合いになっていた。彼らのやり口の呑気さと自由さとは、彼にはさほど不快ではなかった。その一人のフリーデマンというのは、彼と同じく音楽家で、オルガニストであって、三十ばかりの年配、才知もあり、自分の職務にも堪能だった。しかし救うべからざる怠惰者で、その凡庸な域を脱するために努力をするよりもむしろ、飢え死にか渇き死にかする方を好むほどだった。そして齷齪と生活してる人々の悪口を言いながら、自分の懶惰を慰めていた。その多少重々しい皮肉な冗談は、人を笑わせずにはおかなかった。彼は仲間の者らよりずっと放胆で、地位ある人々をけなすのを――さすがに目配せや略語をもっておずおずとではあったが――はばからなかった。音楽の方面では、世の定説に少しも従わず、当代の偉人らがほしいままにしてる名声を、狡猾に罵倒することもできた。女も彼からさらに容赦されなかった。ある女ぎらいな僧侶の古い言葉で、クリストフがだれよりもよくその辛辣さを味わい得た一句を、彼は好んで冗談にもち出していた。
――女は霊の死滅なり。
クリストフは今や憤懣のうちにあって、フリーデマンと話をすると幾分の気晴しを見出した。彼はフリーデマンを批判し、その卑俗な嘲弄の精神を、いつも長く喜ぶことはできなかった。たえざる嘲笑と否定との調子は、やがては人を苛立たせるものとなり、無力を表白するものであった。しかしそれはまた、凡俗な輩の自己満足的な愚昧さをもって、心を和らげてくれるものでもあった。クリストフは心の底ではこの友を軽蔑しながら、もはや彼なしですますことができなかった。フリーデマンの仲間でさらに下らない曖昧な落伍者どもといっしょに、二人がいつも相並んで食卓についてるのが見られた。連中は賭博をし、駄弁を弄し、幾晩もぶっとおしに酒を飲んだ。クリストフは豚料理と煙草のむかむかする匂いの中で、突然我に返ることがあった。そして昏迷した眼であたりの人々を見回した。もはや彼らには見覚えがなかった。彼は心を痛めながら考えた。
「俺が今いるのはどこなのか? この連中は何者なのか? 俺は此奴らとなんの用があるのか?」
彼らの話や笑声をきくと、彼は胸糞が悪くなった。しかしその連中と別れるだけの力がなかった。家に帰って、自分の欲望や悔恨と差向いになるのが恐かった。彼は駄目になりつつあった。駄目になりつつあることをみずから知っていた。彼は捜し求めた――彼は見た、残忍な明瞭さをもって、フリーデマンのうちに堕落しきった将来の自分の面影を。そしてその脅威から覚醒させられるどころではなく、かえってうち倒されてしまったほど、ひどい落胆の過程をたどっていた。
彼はもし破滅し得たら、破滅したであろう。しかし幸いにも、他の同種類の人々と同じく、一つの反発力を、破滅にたいして他人のもたない一つの避難所を、もっていた。第一には力があった。知力よりもさらに明敏な、意志よりもさらに強い、死ぬことを肯んじない生きんとする本能があった。また次には、芸術家の不思議な好奇心を、真に創造力をそなえた者が皆有している熱烈な没我性を、彼はみずから知らずしてもっていた。いかに愛し、苦しみ、おのれの情熱にまったく身を投げ出しても、やはり彼はそれらのことをじっと見ていた。それらのことは彼のうちにあったが、彼自身ではなかった。無数の小さな魂が、彼のうちで暗々裏に、不可知なしかも確かな定まった一点の方へ、引き寄せられていた。空中で一つの神秘な淵から吸い寄せられてる星辰の世界にも似ていた。そういう無意識的な二重の不断の状態は、日常生活が眠りに入って、スフィンクスの眼が、「存在」の多様な面貌が、睡眠の深淵から浮かび上ってくる眩迷の瞬間に、よく現われてきた。クリストフは一年ばかり前から、ことにひどく幻夢につきまとわれた。その中で彼は、自分が同時に異った数多の存在で、往々幾世界と幾世紀とで隔てられた遠い数多の存在であることを、いかんともできない幻によって、一瞬間のうちにはっきり感ずるのであった。覚醒の状態になっても、その不安な幻惑がまだ残っていて、しかもその原因がなんであったかは覚えていなかった。それはあたかも、一つの固定観念からくる疲れのようなものであって、観念が消え失せてもその痕跡は残っており、しかもそれがなんであったかはわからない。しかるに、彼の魂が日々の網の目の中で苦しげにもがいてる一方には、注意深い晴朗なも一つの魂が彼のうちで、それらの絶望的な努力を傍観していた。彼の眼にはそれが見えなかった。しかしそれは彼の上に、おのれの隠れた光の反照を投げかけていた。その魂は貪慾であって、現在の男や女や大地や情熱や思想などを、しかも苦々しい凡庸な卑賤なものまでも、喜んで感じ許容し観察し理解したがっていた。――それだけのことで、それらのものにその光明を多少伝うるに足り、クリストフを虚無から救い出すに足りた。その魂は彼に、自分はまったくの孤独ではないと感じさした。そしてこのすべてであることを好みすべてを知ることを好む第二の魂が、あらゆる破壊的な情熱にたいして城壁を築いてくれた。
この魂は、水の上に彼の頭を維持させるには足りたが、独力で水から脱することを彼に得さしはしなかった。彼はまだ、自分を制御し精神を統一することは、なかなかできなかった。いかなる仕事もできなかった。やがて多産的になるべき精神的危機を、彼は通っていた。――未来の全生涯はすでにそこに芽んでいた――しかしその内心の豊富さは、当座の間、狂妄な行いとなってしか現われなかった。そしてかかる過剰な充実の直接の結果は、最も貧弱な空粗のそれと異ならなかった。クリストフは自分の生活力におぼらされていた。彼のあらゆる力は恐るべき圧力を受けて、あまりに急激に全部同時に生成していた。ただ意志だけがそれほど急激には生長していなかった。そして意志はそれらの怪物の群に脅かされていた。性格はきしり揺らいでいた。他人の眼には、その地震は、その内部の大漲溢は、少しも見えなかった。クリストフ自身にも、意欲し創造し生存するの力がないことだけしか、見えなかった。欲念、本能的衝動、思想などが、あたかも火山地帯から硫黄の煙が噴出すように、相次いで飛び出してきた。そして彼はみずから尋ねた。
「こんどは何が出てくるだろう? 俺はどうなるだろう? いつもこうだろうか、あるいはすっかりおしまいになるだろうか? 俺は取るに足らない者だろうか、いつまでたっても?」
そしてここに、遺伝的な本能が、先人らの悪徳が、現われ出て来た。
彼は飲酒にふけった。
彼はいつも、酒の匂いをさせ、笑い興じ、ぐったりして、家にもどってきた。
憐れにもルイザは、彼の様子をながめ、溜息をつき、なんとも言わず、そして祈りをした。
ところがある晩、彼は酒場から出て、町はずれの街道で、数歩前のところに、例の梱を背負ってるゴットフリート叔父のおかしな影を見つけた。数か月来、この小男は土地へ帰って来たことがなかった。いつもその不在が次第に長くなっていた。でクリストフはたいへん喜んで彼を呼びかけた。重荷の下に前かがみになってるゴットフリートは、ふり返った。そして大袈裟な身振りをやってるクリストフの姿を見、ある標石の上にすわって、待ち受けた。クリストフは元気な顔つきをし、飛びはねながら近寄っていった。そしてたいへんなつかしい様子を示して叔父の手をうち振った。ゴットフリートは長い間彼を見つめて、それから言った。
「今晩は、メルキオルさん。」
クリストフは叔父が間違えたのだと思った。そして笑いだした。
「かわいそうに耄碌したんだな、」と彼は考えた、「記憶がないんだな。」
ゴットフリートは実際、老いぼれ萎び縮みいじけた様子をしていた。かすかな短い小さな息をしていた。クリストフはやたらにしゃべりつづけた。ゴットフリートは梱をまた肩にかつぎ、黙って歩きだした。身振りをし大声にしゃべりたててるクリストフと、咳をしながら黙ってるゴットフリートとは、相並んで帰りかけた。そしてクリストフに呼びかけられると、ゴットフリートは彼をやはりメルキオルと呼んだ。こんどはクリストフは尋ねてみた。
「ああ、どうして僕をメルキオルというんです? 僕はクリストフというんですよ。よく知ってるじゃないですか。僕の名を忘れたんですか?」
ゴットフリートは、立止りもせず、彼の方に眼をあげ、彼をながめ、頭を振り、そして冷やかに言った。
「いやメルキオルさんだ。よく見覚えがある。」
クリストフは駭然として立止った。ゴットフリートはとぼとぼ歩きつづけていた。クリストフは答え返しもせずに、そのあとについていった。彼は酔いもさめてしまった。ある奏楽コーヒー店の戸のそばを通りかかると、入口のガス燈と寂しい舗石との映ってるその曇った板ガラスのところへやって行った。彼はメルキオルの面影を認めた。心転倒して家に帰った。
彼はみずから尋ね、みずから魂を探りながら、その夜を過した。彼は今や了解した。そうだ、自分のうちに芽を出してる本能や悪徳を認めた。彼はそれが恐ろしかった。メルキオルの死体の傍らで通夜をしたこと、種々誓いをたてたこと、などを考えた。そしてその後の自分の生活を調べてみた。ことごとく誓いにそむいていた。一年この方、何をしてきたのであったか? 自分の神のために、自分の芸術のために、自分の魂のために、何をしてきたのであったか? 自分の永遠のために、何をしてきたのであったか? 失われ濫費され汚されない日は、一日もなかった。一つの作品もなく、一つの思想もなく、一つの持続した努力もなかった。たがいに破壊し合う欲念の混乱。風、埃、虚無……。望んでもなんの甲斐があったろう? 望んだことは何一つなしていなかった。望んだことの反対をばかりなしていた。なりたくなかったものになってしまった、というのが彼の生活の総勘定であった。
彼は少しも寝なかった。朝の六時ごろ(まだ暗かった)、ゴットフリートが出発の支度をする音が聞こえた。――ゴットフリートはそれ以上足を留めようと思っていなかった。町を通るついでに、いつものとおり、妹と甥とを抱擁しにやって来たのであった。でも翌朝はまた出かけると、前もって言っておいた。
クリストフは降りて行った。苦悶の一夜のために蒼ざめて落ちくぼんだ彼の顔を、ゴットフリートは見た。彼はクリストフにやさしく微笑んでやり、ちょっといっしょに来ないかと尋ねた。未明に二人はいっしょに出かけた。何も語る必要はなかった。たがいに了解していた。墓地のそばを通ると、ゴットフリートは言った。
「はいろうよ、ね。」
彼はこの地へ来るとかならず、ジャン・ミシェルとメルキオルとを訪れていた。クリストフはもう一年も墓参をしたことがなかった。ゴットフリートはメルキオルの墓の前にひざまずいた、そして言った。
「このお二人がよく眠るように、そして私たちを悩ますことのないように、お祈りをしよう。」
彼の考えはいつも、不思議な迷信と明るい分別とが交り合っていた。クリストフは時としてそれに驚かされることがあった。しかしこんどは、その考えをよく了解した。二人は墓地を出るまで、それ以上何にも言わなかった。
きしる鉄門をまたしめてから、二人は壁に沿って、雪の滴りが落ちてる墓地の糸杉の下の小道をたどり、眼覚めかけてる寒そうな畑中を歩いて行った。クリストフは泣きだした。
「ああ、叔父さん、」と彼は言った、「僕は苦しい!」
彼の恋の経験については、ゴットフリートを困らすだろうという妙な懸念から、あえて語り得なかった。そして、自分の恥ずかしいこと、凡庸なこと、卑劣なこと、誓いを破ったこと、などを話した。
「叔父さん、どうしたらいいでしょう? 僕は望んだ、たたかった。そして一年たっても、やはり前と同じ所にいる。いや同じ所にもいない! 退歩してしまった。僕はなんの役にもたたない、なんの役にもたたないんです。生活を駄目にしてしまったんです、誓いにそむいたんです!……」
二人は町を見晴す丘に上りかけていた。ゴットフリートはやさしく言った。
「そんなことはこんどきりじゃないよ。人は望むとおりのことができるものではない。望む、また生きる、それは別々だ。くよくよするもんじゃない。肝腎なことは、ねえ、望んだり生きたりするのに飽きないことだ。その他のことは私たちの知ったことじゃない。」
クリストフは絶望的にくり返した。
「僕は誓いに背いたんです!」
「聞こえるかい?……」とゴットフリートは言った。
(田舎で鶏が鳴いていた。)
「あの鶏も皆、誓いに背いただれかのためにも歌ってるんだ。私たちのめいめいのために、毎朝歌ってくれる。」
「もう僕のために、」とクリストフは切なげに言った、「鶏も歌ってくれない日が来るでしょう……明日のない日が。そして僕の生活はどうなってることでしょう?」
「いつだって明日はあるよ。」とゴットフリートは言った。
「でも、望んだってなんの役にもたたないんなら、どうしたらいいでしょう?」
「用心をするがいい、そして祈るがいい。」
「僕はもう信じていないんです。」
ゴットフリートは微笑んだ。
「信じていないとしたら、生きていられないはずだ。だれでも信じてるものだ。祈るがいいよ。」
「何を祈るんです?」
真赤な冷たい地平線に出かかってる太陽を、ゴットフリートは彼にさし示した。
「日の出にたいして、信心深くなければいけない。一年後のことを、十年後のことを、考えてはいけない。今日のことを考えるんだよ。理屈を捨ててしまうがいい。理屈はみんな、いいかね、たとい道徳の理屈でも、よくないものだ、馬鹿げたものだ、害になるものだ。生活に無理をしてはいけない。今日に生きるのだ。その日その日にたいして信心深くしてるのだ。その日その日を愛し、尊敬し、ことにそれを凋ませず、花を咲かすのを邪魔しないことだ。今日のようにどんよりした陰気な一日でも、それを愛するのだ。気をもんではいけない。ごらんよ、今は冬だ。何もかも眠っている。がよい土地は、また眼を覚ますだろう。よい土地でありさえすればいい、よい土地のように辛抱強くありさえすればいい。信心深くしてるんだよ。待つんだよ。お前が善良なら、万事がうまくいくだろう。もしお前が善良でないなら、弱いなら、成功していないなら、それでも、やはりそのままで満足していなければいけない。もちろんそれ以上できないからだ。それに、なぜそれ以上を望むんだい? なぜできもしないことをあくせくするんだい? できることをしなければいけない……我が為し得る程度を。」
「それじゃあまりつまらない。」とクリストフは顔をしかめながら言った。
ゴットフリートは親しげに笑った。
「それでもだれよりも以上のことをなすわけだ。お前は傲慢だ。英雄になりたがってる。それだから馬鹿なまねしかやれないんだ……。英雄!……私はそれがどんなものだかよく知らない。しかしだね、私が想像すると、英雄というのは、自分にできることをする人だ。ところが他の者はそういうふうにはやらない。」
「ああ!」とクリストフは溜息をついた、「そんなら生きてても何になるでしょう? 生きてても無駄です。『欲するは能うことなり!』……と言ってる人たちもあります。」
ゴットフリートはまた静かに笑った。
「そうかい?……だがそれは大きな嘘つきだよ。でなけりゃ、たいした望みをもってない人たちだ……。」
二人は丘の頂きに着いていた。やさしく抱擁し合った。小さな行商人は、疲れた足取りで去っていった。クリストフはその遠ざかってゆく姿をながめながら、じっと考えに沈んだ。彼は叔父の言葉をみずからくり返した。
「我が為し得る程度を。」
そして彼は微笑みながら考えた。
「そうだ……それでもやはり……十分だ。」
彼は町の方へ帰りかけた。堅くなった雪が、靴の下で音をたてた。冬の鋭い朔風が、丘の上に、いじけた樹木の裸枝を震わしていた。その風は、彼の頬を赤くなし、彼の皮膚を刺し、彼の血を鞭うった。下の方には、人家の赤い屋根が、まぶしい寒い日の光に笑っていた。空気は強く酷しかった。凍った大地は、辛辣な歓喜を感じてるがようだった。クリストフの心も大地と同じだった。彼は考えていた。
「俺も眼を覚ますだろう。」
彼の眼にはまだ涙があった。彼は手の甲でそれをぬぐった。そして霧の帷の中にはいってゆく太陽を、微笑みながらながめた。雪を含んだ重い雲が、強風に吹きたてられて、町の上を通っていた。彼はその雲に向って軽侮の身振りをした。氷のような風が吹いていた……。
「吹け、吹け!……俺をどうにでもしろ! 俺を吹き送れ!……俺は行先をよく知ってるのだ。」
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