Trois années ont passé. Christophe va avoir onze ans. Il continue son éducation musicale. Il apprend l'harmonie avec Florian Holzer, l'organiste de Saint-Martin, un ami de grand-père, qui est un homme très savant. Le maître lui enseigne que les accords qu'il aime le mieux, des harmonies qui lui caressent si doucement l'oreille et le cœur qu'il ne peut les entendre sans un petit frisson tout le long de l'échine, sont mauvais et défendus. Quand l'enfant demande pourquoi, il n'est d'autre réponse, sinon que c'est ainsi: la règle les défend. Comme il est naturellement indiscipliné, il ne les en aime que mieux. Sa joie est d'en trouver des exemples chez les grands musiciens qu'on admire, et de les apporter à grand-père, ou à son maître. À cela, grand-père répond que, chez les grands musiciens, c'est admirable, et que Beethoven ou Bach pouvait tout se permettre. Le maître, moins conciliant, se fâche, et dit aigrement que ce n'est pas ce qu'ils ont fait de mieux.
Christophe a ses entrées aux concerts et au théâtre; il apprend à toucher de tous les instruments. Il est même d'une jolie force déjà sur le violon; et son père a imaginé de lui faire donner un pupitre à l'orchestre. Il y tient si bien sa partie qu'après quelques mois de stage, il a été nommé officiellement second violon du Hof Musik Verein. Ainsi, il commence à gagner sa vie; et ce n'est pas trop tôt: car les affaires se gâtent de plus en plus à la maison. L'intempérance de Melchior a empiré, et le grand-père vieillit.
Christophe se rend compte des tristesses de la situation; il a l'air sérieux et soucieux d'un petit homme. Il s'acquitte vaillamment de sa tâche, bien qu'elle ne l'intéresse guère, et qu'il tombe de sommeil, le soir, il l'orchestre. Le théâtre ne lui cause plus l'émotion de jadis, quand il était petit. Quand il était petit,—il y a quatre ans de cela,—sa suprême ambition eût été d'occuper cette place, où il est aujourd'hui. Aujourd'hui, il n'aime pas la plupart des musiques qu'on lui fait jouer; il n'ose pas encore formuler son jugement sur elles: au fond, il les trouve sottes; et quand, par hasard, on joue de belles choses, il est mécontent de la bonhomie avec laquelle on les joue; les œuvres qu'il aime le mieux finissent par ressembler à ses collègues de l'orchestre, qui, le rideau tombé, lorsqu'ils ont fini de souffler ou de gratter, s'épongent en souriant, et racontent tranquillement leurs petites histoires, comme s'ils venaient de faire une heure de gymnastique. Il a aussi revu de près son ancienne passion, la chanteuse blonde aux pieds nus; il la rencontre souvent, pendant l'entr'acte, à la restauration. Elle sait qu'il a été amoureux d'elle, et elle l'embrasse volontiers; il n'en éprouve aucun plaisir: il est dégoûté par son fard, son odeur, ses gros bras et sa voracité; il la hait maintenant.
Le grand-duc n'oubliait pas son pianiste ordinaire: non que la modique pension attribuée pour ce titre fût exactement payée,—il fallait toujours la réclamer;—mais, de temps en temps, Christophe recevait l'ordre de se rendre au château, quand il y avait des invités de marque, ou bien quand il prenait fantaisie à Leurs Altesses de l'entendre. C'était presque toujours le soir, à des heures où Christophe eût voulu rester seul. Il fallait tout laisser et venir en toute hâte. Parfois, on le faisait attendre dans une antichambre, parce que le dîner n'était pas fini. Les domestiques, habitués à le voir, lui parlaient familièrement. Puis, on l'introduisait dans un salon, plein de glaces et de lumières, où des personnes gourmées le dévisageaient avec une curiosité blessante. Il devait traverser la pièce trop cirée, pour aller baiser la main de Leurs Altesses; et plus il grandissait, plus il devenait gauche: car il se trouvait ridicule, et son orgueil souffrait.
Ensuite, il se mettait au piano, et il devait jouer pour ces imbéciles:—il les jugeait tels.—À des moments, l'indifférence environnante l'oppressait tellement qu'il était sur le point de s'arrêter au milieu du morceau. L'air manquait autour de lui, il était comme asphyxié. Quand il avait fini, on l'assommait de compliments, on le présentait de l'un à l'autre. Il pensait qu'on le regardait comme un animal curieux, qui faisait partie de la ménagerie du prince, et que les éloges s'adressaient plus à son maître qu'à lui. Il se croyait avili, et il devenait d'une susceptibilité maladive, dont il souffrait d'autant plus qu'il n'osait la montrer. Il voyait une offense dans les façons d'agir les plus simples: si l'on riait dans un coin du salon, il se disait que c'était de lui; et il ne savait pas si c'était de ses manières, ou de son costume, ou de sa figure, de ses pieds, de ses mains. Tout l'humiliait: il était humilié si on ne lui parlait pas, humilié si on lui parlait, humilié si on lui donnait des bonbons, comme à un enfant, humilié surtout si le grand-duc, avec un sans-façon princier, le renvoyait en lui mettant une pièce d'or dans la main. Il était malheureux d'être pauvre, d'être traité en pauvre. Un soir, rentrant chez lui, l'argent qu'il avait reçu lui pesait si fort qu'il le jeta en passant par le soupirail d'une cave. Et puis, immédiatement après, il eût fait des bassesses pour le ravoir: car, à la maison, on devait plusieurs mois au boucher.
Ses parents ne se doutaient guère de ces souffrances d'orgueil. Ils étaient ravis de sa faveur auprès du prince. La bonne Louisa ne pouvait rien imaginer de plus beau pour son garçon que ces soirées au château, dans une société magnifique. Pour Melchior, c'était un sujet de vanteries continuelles avec ses amis. Mais le plus heureux était grand-père. Il affectait bien l'indépendance, l'humeur frondeuse, le mépris des grandeurs; mais il avait une admiration naïve pour l'argent, le pouvoir, les honneurs, les distinctions sociales; sa fierté était sans pareille de voir son petit-fils approcher ceux qui y participaient: il en jouissait, comme si cette gloire rejaillissait sur lui; et malgré tous ses efforts pour rester impassible, son visage rayonnait. Les soirs où Christophe allait au château, le vieux Jean-Michel s'arrangeait toujours pour rester chez Louisa, sous un prétexte ou sous un autre. Il attendait le retour de son petit-fils, avec une impatience d'enfant; et, quand Christophe rentrait, il commençait par lui adresser, d'un air détaché, quelques questions indifférentes, comme:
—Eh bien? cela a marché, ce soir?
Ou des insinuations affectueuses, comme:
—Voici notre petit Christophe, qui va nous raconter quelque chose de nouveau.
Ou bien quelque compliment ingénieux, afin de l'amadouer:
—Salut à notre jeune gentilhomme!
Mais Christophe, maussade et irrité, répondait par un: «Bonsoir!» très sec, et allait bouder dans un coin. Le vieux insistait, posait des questions plus précises, auxquelles l'enfant ne répliquait que par oui ou par non. Les autres se mettaient de la partie, demandaient des détails: Christophe se renfrognait de plus en plus; il fallait lui arracher les mots de la bouche, jusqu'à ce que Jean-Michel, furieux, s'emportât et lui dît des paroles blessantes. Christophe ripostait très peu respectueusement; et cela finissait par une grosse fâcherie. Le vieux s'en allait, en faisant battre la porte. Ainsi Christophe gâtait toute la joie de ces pauvres gens, qui ne comprenaient rien à sa mauvaise humeur. Ce n'était pas leur faute s'ils étaient domestiques dans l'âme! Ils ne se doutaient pas qu'on pût être autrement.
Christophe se repliait donc en lui; et, sans juger les siens, il sentait un fossé qui le séparait d'eux. Il se l'exagérait sans doute; et, malgré leurs différences de pensées, il est probable qu'il se fût fait comprendre, s'il avait réussi à leur parler intimement. Mais rien n'est plus difficile qu'une intimité absolue entre enfants et parents, même quand ils ont les uns pour les autres la plus tendre affection: car, d'une part, le respect décourage les confidences; de l'autre, l'idée souvent erronée de la supériorité de l'âge et de l'expérience empêche d'attacher assez de sérieux aux sentiments de l'enfant, aussi intéressants parfois que ceux des grandes personnes, et presque toujours plus sincères.
La société que Christophe voyait chez lui, les conversations qu'il entendait, l'éloignaient encore davantage des siens.
À la maison venaient les amis de Melchior, pour la plupart musiciens de l'orchestre, buveurs et célibataires; ils n'étaient pas de mauvaises gens, mais vulgaires; ils faisaient trembler la chambre de leurs rires et de leurs pas. Ils aimaient la musique, mais en parlaient avec une bêtise révoltante. La grossièreté indiscrète de leur enthousiasme blessait à vif la pudeur de sentiment de l'enfant. Quand ils louaient ainsi une œuvre qu'il aimait, il lui semblait qu'on l'outrageait lui-même. Il se raidissait, blêmissait, prenait un air glacial, affectait de ne pas s'intéresser à la musique; il l'eût haïe, si c'eût été possible. Melchior disait de lui:
—Cet individu n'a pas de cœur. Il ne sent rien. Je ne sais pas de qui il tient.
Parfois ils chantaient ensemble de ces chants germaniques à quatre voix,—à quatre pieds,—qui, toujours semblables à eux-mêmes, s'avancent lourdement, avec une niaiserie solennelle et de plates harmonies. Christophe se réfugiait alors dans la chambre la plus éloignée et injuriait les murs.
Grand-père avait aussi ses amis: l'organiste, le tapissier, l'horloger, la contrebasse, de vieilles gens bavards, qui ressassaient toujours les mêmes plaisanteries et se lançaient dans d'interminables discussions sur l'art, sur la politique, ou sur les généalogies des familles du pays,—bien moins intéressés par les sujets dont ils parlaient, qu'heureux de parler et de trouver à qui parler.
Quant à Louisa, elle voyait seulement quelques voisines, qui lui rapportaient les commérages du quartier, et de loin en loin, quelque «bonne dame» qui, sous prétexte de s'intéresser à elle, venait retenir ses services pour un dîner prochain, et s'arrogeait une surveillance sur l'éducation religieuse des enfants.
De tous les visiteurs, nul n'était plus antipathique à Christophe que son oncle Théodore. C'était le beau-fils de grand-père, le fils d'un premier mariage de grand-mère Clara, la première femme de Jean-Michel. Il faisait partie d'une maison de commerce, qui avait des affaires avec l'Afrique et l'Extrême-Orient. Il réalisait le type d'un de ces Allemands nouveau style qui affectent de répudier avec des railleries le vieil idéalisme de la race, et, grisés par la victoire, ont pour la force et le succès un culte qui montre qu'ils ne sont pas habitués à les voir de leur côté. Mais, comme il est difficile de transformer d'un coup la nature séculaire d'un peuple, l'idéalisme refoulé ressortait atout moment dans le langage, les façons, les habitudes morales, les citations de Gœthe à propos des moindres actes de la vie domestique; et c'était un singulier mélange de conscience et d'intérêt, un effort bizarre pour accorder l'honnêteté de principes de l'ancienne bourgeoisie allemande avec le cynisme des nouveaux condottieri de magasin: mélange qui ne laissait pas d'avoir une odeur d'hypocrisie assez répugnante,—car il aboutissait à faire de la force, de la cupidité et de l'intérêt allemands le symbole de tout droit, de toute justice, et de toute vérité.
La loyauté de Christophe en était profondément blessée. Il ne pouvait juger si son oncle avait raison; mais il le détestait, il sentait en lui l'ennemi. Le grand-père n'aimait pas cela non plus, et il se révoltait contre ces théories; mais il était vite écrasé dans la discussion par la parole facile de Théodore, qui n'avait point de peine à tourner en ridicule la généreuse naïveté du vieux. Jean-Michel finissait par avoir honte de son bon cœur; et, pour montrer qu'il n'était pas aussi arriéré qu'on croyait, il s'essayait à parler comme Théodore: cela détonnait dans sa bouche, et il en était lui-même gêné. Quoi qu'il pensât d'ailleurs, Théodore lui en imposait; le vieillard éprouvait du respect pour une habileté pratique, qu'il enviait d'autant plus qu'il s'en savait absolument incapable. Il rêvait pour un de ses petits-fils une situation semblable. C'était aussi l'intention de Melchior, qui destinait Rodolphe à suivre les traces de son oncle. Aussi, tout le monde dans la maison s'ingéniait à flatter le parent riche, dont on attendait des services. Celui-ci, se voyant nécessaire, en profitait pour trancher en maître; il se mêlait de tout, donnait son avis sur tout, et ne cachait pas son parfait mépris pour l'art et les artistes; il l'affichait plutôt, pour le plaisir d'humilier ses parents musiciens; il se livrait, sur leur compte, à de mauvaises plaisanteries, dont on riait lâchement.
Christophe surtout était pris pour cible des railleries de son oncle; et il n'était pas patient. Il se taisait, serrait les dents, l'air mauvais. L'autre s'amusait de sa rage muette. Mais, un jour qu'à table Théodore le tourmentait plus que déraison, Christophe, hors de lui, lui cracha au visage. Ce fut une affaire épouvantable. L'outrage était inouï; l'oncle en resta d'abord muet de saisissement; puis la parole lui revint, avec un torrent d'injures. Christophe, pétrifié sur sa chaise par l'horreur de son action, recevait sans les sentir les coups qui pleuvaient sur lui; mais quand on voulut le traîner à genoux devant l'oncle, il se débattit, bouscula sa mère, et se sauva hors de la maison. Il ne s'arrêta dans la campagne, que lorsqu'il ne put plus respirer. Il entendait des voix qui l'appelaient au loin; et il se demandait s'il ne conviendrait pas qu'il se jetât dans le fleuve, faute de pouvoir y jeter son ennemi. Il passa la nuit dans les champs. Vers l'aube, il alla frapper à la porte de son grand-père. Le vieux était si inquiet de la disparition de Christophe,—il n'en avait pas dormi,—qu'il n'eut pas la force de le gronder. Il le ramena à la maison, où on évita de lui rien dire, parce qu'on vit qu'il était dans un état de surexcitation; et il fallait le ménager: car il jouait le soir au château. Mais Melchior l'assomma, pendant plusieurs semaines, par ses doléances—en affectant de ne s'adresser à personne, en particulier,—sur la peine qu'on prenait pour donner des exemples de vie irréprochable et de belles manières à des êtres indignes, qui vous déshonoraient. Et quand l'oncle Théodore le rencontrait dans la rue, il détournait la tête et se bouchait le nez, avec toutes les marques du plus profond dégoût.
Le peu de sympathie qu'il trouvait à la maison faisait qu'il y restait le moins possible. Il souffrait de la contrainte perpétuelle qu'on cherchait à lui imposer: il y avait trop de choses, trop de gens, qu'il fallait respecter, sans qu'il fût permis de discuter pourquoi; et Christophe n'avait pas la bosse du respect. Plus on tachait de le discipliner et de faire de lui un brave petit bourgeois allemand, plus il éprouvait le besoin de s'affranchir. Son plaisir eût été, après les mortelles séances, ennuyeuses et guindées, qu'il passait à l'orchestre ou au château, de se rouler dans l'herbe comme un poulain, de glisser du haut en bas de la pente gazonnée avec sa culotte neuve, ou de se battre à coups de pierres avec les polissons du quartier. S'il ne le faisait pas plus souvent, ce n'était pas qu'il fût arrêté par la peur des reproches et des claques; mais il n'avait pas de camarades: il ne réussissait pas à s'entendre avec les autres enfants. Même les gamins des rues n'aimaient pas à jouer avec lui, parce qu'il prenait le jeu trop au sérieux, et qu'il donnait des coups trop fort. De son côté, il avait pris l'habitude de rester enfermé, à l'écart des enfants de son âge: il avait honte de n'être pas adroit au jeu et n'osait se mêler à leurs parties. Alors, il affectait de ne pas s'y intéresser, bien qu'il brûlât d'envie qu'on l'invitât à jouer. Mais on ne lui disait rien; et il s'éloignait, navré, d'un air indifférent.
Sa consolation était de vagabonder avec l'oncle Gottfried, quand celui-ci était au pays. Il se rapprochait de lui de plus en plus, il sympathisait avec son humeur indépendante. Il comprenait si bien, maintenant, le plaisir que Gottfried trouvait à courir sur les chemins, sans être lié nulle part! Souvent, ils allaient ensemble, le soir, dans la campagne, sans but, droit devant eux; et comme Gottfried oubliait toujours l'heure, on revenait très tard, et on était grondé. La joie était de s'esquiver, la nuit, pendant que les autres dormaient. Gottfried savait que c'était mal; mais Christophe le suppliait; et lui-même ne pouvait résister au plaisir. Vers minuit, il venait devant la maison, et sifflait d'une façon convenue. Christophe s'était couché tout habillé. Il se glissait hors du lit, ses souliers à la main; et, retenant son souffle, il rampait avec des ruses de sauvage jusqu'à la fenêtre de la cuisine, qui donnait sur la route. Il montait sur la table; Gottfried le recevait de l'autre côté, sur ses épaules. Ils partaient, heureux comme des écoliers.
Quelquefois, ils allaient retrouver Jérémie, le pêcheur, un ami de Gottfried; on filait dans sa barque, au clair de lune. L'eau s'égouttant des rames faisait de petits arpèges, des notes chromatiques. Une vapeur de lait tremblait à la surface du fleuve. Les étoiles frissonnaient. Les coqs se répondaient de l'une à l'autre rive; et parfois on entendait, dans les profondeurs du ciel, les trilles des alouettes, qui montaient de la terre, trompées par la clarté de la lune. On se taisait. Gottfried chantait tout bas un air. Jérémie racontait des histoires étranges de la vie des animaux; elles paraissaient d'autant plus mystérieuses qu'il s'exprimait d'une façon brève et énigmatique. La lune se cachait derrière les forêts. On longeait la sombre masse des collines. Les ténèbres du ciel et de l'eau se fondaient. Le fleuve était sans un pli. Tous les bruits s'éteignaient. La barque glissait dans la nuit. Glissait-elle? Flottait-elle? Restait-elle immobile?... Les roseaux s'écartaient, avec un froissement de soie. On abordait sans bruit. On descendait sur la rive, et on revenait à pied. Il arrivait qu'on ne rentrât qu'à l'aube. On suivait le bord du fleuve. Des nuées d'ablettes d'argent, vertes comme des épis, ou bleues comme des pierreries, fourmillaient, aux premières lueurs du jour; elles grouillaient, pareilles aux reptiles de la tête de Méduse, se jetant voracement sur le pain qu'on jetait; elles descendaient autour, à mesure qu'il s'enfonçait, et tournaient en spirales, puis s'effaçaient d'un trait, comme un rayon de lumière. Le fleuve se teintait de reflets roses et mauves. Les oiseaux s'éveillaient, les uns après les autres. On rentrait en hâte; on regagnait, avec les mêmes précautions qu'au départ, la chambre à l'air épais, et le lit, où Christophe, qui tombait de sommeil, s'endormait aussitôt, le corps tout frais de l'odeur des champs.
Tout allait bien ainsi, et on ne se serait aperçu de rien, si Ernst, le frère cadet, n'avait un jour dénoncé les sorties de Christophe: dès lors, elles lui furent interdites, et on le surveilla. Il ne s'en échappait pas moins; il préférait à toute autre société celle du petit colporteur et de ses amis. Les siens étaient scandalisés. Melchior disait qu'il avait des goûts de manant. Le vieux Jean-Michel était jaloux de l'affection de Christophe pour Gottfried; et il le sermonnait de s'abaisser à plaisir en une compagnie aussi vulgaire, quand il avait l'honneur d'approcher l'élite et de servir les princes. On trouvait que Christophe manquait de dignité.
Malgré les embarras d'argent croissant avec l'intempérance et la fainéantise de Melchior, la vie fut supportable, tant que Jean-Michel fut là. Il était le seul qui eut quelque influence sur Melchior, et qui le retînt, dans une certaine mesure, sur la pente de son vice. Puis, l'estime universelle dont il jouissait n'était pas inutile pour faire oublier les frasques de l'ivrogne. Enfin il venait en aide au ménage à court d'argent. En outre de la modique pension qu'il touchait, comme ancien maître de chapelle, il continuait de récolter quelques petites sommes, en donnant des leçons et accordant des pianos. Il en remettait la plus grande partie à sa bru, dont il voyait la gêne, en dépit des efforts qu'elle faisait pour la lui cacher. Louisa se désolait, à la pensée qu'il se privait pour eux. Le vieux y avait d'autant plus de mérite qu'il était habitué à vivre largement et qu'il avait de forts besoins. Quelquefois ces sacrifices n'étaient même pas suffisants; et Jean-Michel devait, pour couvrir une dette pressante, vendre en secret un meuble, des livres, des souvenirs, auxquels il était attaché. Melchior s'apercevait des cadeaux que son père faisait à Louisa, en se cachant de lui; et souvent, il mettait la main dessus, malgré les résistances. Mais quand le vieux venait à l'apprendre,—non de Louisa, qui lui taisait ses peines, mais d'un de ses petits-fils,—il entrait dans une colère terrible; et il y avait entre les deux hommes des scènes à faire trembler. Ils étaient tous deux extraordinairement violents, ils en arrivaient aussitôt aux gros mots et aux menaces; ils semblaient près d'en venir aux mains. Mais dans ses pires emportements, un respect invincible retenait toujours Melchior, et, si ivre qu'il fût, il finissait par baisser la tête sous l'averse d'injures et de reproches humiliants que son père déchargeait sur lui. Il n'en guettait pas moins la prochaine occasion de recommencer; et Jean-Michel avait de tristes appréhensions, en pensant a l'avenir.
三か年過ぎ去った。クリストフは十一歳になりかけている。彼はなおつづけて音楽の教育を受けている。フロリアン・ホルツェルについて和声を学んでいる。これはサン・マルタンのオルガニストで、祖父の友人であったが、いたって学者で、クリストフが最も好んでいる和音、やさしく耳と心とをなでてくれて、それを聞けばかすかな戦慄が背筋に走るのを禁じえない種々の和声は、いけないもので禁じられてるものだと教えてくれる。クリストフがその理由を尋ねると、規則で禁じられてるからという以外には、彼はなんとも答えない。クリストフは生来わがままな子だから、そういうものがなおさら好きになる。人に崇拝されてる大音楽家の作品中にその実例を見出すのを喜びとして、それを祖父か教師かのところへもってゆく。すると祖父は、大音楽家の作品中ではかえってりっぱになるのであって、ベートーヴェンやバッハなら何をしても構わないと答える。教師の方はそれほど妥協的でないから、機嫌を悪くして、それは彼らの作品のうちのいいものではないと苦々しく言う。
クリストフは音楽会や劇場にはいることができる。どの楽器でも鳴らすことを覚えている。すでにヴァイオリンにかけてはりっぱな腕前をもっている。父は管弦楽隊中の一席を彼に与えてもらおうと考えついた。クリストフはりっぱにその役目を勤めたので、数か月の見習の後、宮廷音楽団の第二ヴァイオリニストに公然と任命された。かくて彼は自活し始めてゆく。それも早過ぎるわけではない。なぜなら、家の事情はますます悪くなっているから。メルキオルの放縦はいっそうはなはだしくなっていたし、祖父は年をとっていた。
クリストフは悲しい情況をよく承知している。彼はもう大人じみた真面目な心配そうな様子をしている。彼は職務にほとんど興味を見出していないけれども、また晩には奏楽席で眠くなることもあるけれど、勇気を出してやってのけている。芝居からはもはや、昔の小さい時のような感興を与えられない。まだ小さかった時――四年以前――彼の最上の望みは、今のその席を占めることであった。ところが今では、ひかせられる音楽の大部分は嫌いである。まだそれらの音楽にたいする批評をまとめあげるほどではないが、しかし心の底では、馬鹿らしいものだと思っている。そして偶然りっぱなものが演奏される時には、人々の愚直な演奏に不満を覚ゆる。彼が最も好きな作品も、ついには管弦楽団の仲間の人たちに似寄ってくる。彼らは、幕が降りて、吹き立てたり引っかき回したりすることを終えると、一時間体操でもしたかのように、微笑しながら汗を拭いて、つまらないことを平然と語り合うのである。彼はまた、昔の恋人を、素足の金髪の歌女を、すぐ眼の前に見かける。幕間に食堂でしばしば出会う。彼女は以前彼から想われたことを知っていて、喜んで抱擁してくれる。けれど彼は少しも嬉しくない。その臙脂や、香りや、太い腕や、貪食やで、厭になっている。今ではたいへん嫌いになっている。
大公爵はその常任ピアニストを忘れてはいなかった。といって、この肩書にたいして与えられる僅少な給料が、正確に支払われたというのではない――毎度それを請求しなければならなかった――しかし、時々、宮邸に著名な賓客がある時や、また単に、大公爵夫妻が演奏を聞きたいと思いつく時に、クリストフは宮邸に伺候するようにとの命令を受けた。たいてい晩のことで、クリストフが一人きりでいたいと思う時刻だった。彼は万事を投げ出して大急ぎで行かなければならなかった。時とすると、晩餐がまだ済んでいないので、控室に待たされることもあった。従僕らは彼を見慣れていて、親しげに話しかけた。それから彼は、鏡と燈火がいっぱいの客間に案内された。そこで彼は、様子ぶった人々から、癪にさわるほどじろじろ眺められた。大公爵夫妻の手に接吻しに行くために、蝋引きしすぎたその室を横ぎらなければならなかった。彼は大きくなればなるほどますます無作法になっていた。なぜなら、自分が滑稽なような気がして、自尊心が傷つけられるのだったから。
それから彼はピアノについた。そして馬鹿者ども――そう彼は賓客らを判断していた――のために演奏しなければならなかった。そして時々、周囲の人々の無関心さに不快を感じて、楽曲の真中でぴたりとやめたいほどだった。まわりに空気が不足していた。窒息するかと思われた。演奏が済むと、うるさくお世辞を言われ、一人一人に紹介された。大公爵の動物園の中の珍しい動物のように人々から見做されてる、と彼は考え、賛辞は自分へよりもむしろ大公爵へ向けられてる、と考えていた。自分がいかにも卑しめられたような気がし、病的なほど邪推深くなって、それを態度に示し得ないだけになおさら苦しんだ。ちょっとした他人の挙動にも、侮辱を見てとった。客間の隅で笑ってる者があれば、自分についてだと考えた。そして嘲られてるのは、自分の様子か、服装か、顔付か、足か、手か、いずれともわからなかった。すべてが屈辱の種となった。話しかけられなくても、話しかけられても、子供みたいにボンボンをもらっても、みな屈辱を感じた。とくに、大公爵が大様な無頓着さで、彼の手に金貨を握らして帰してやる時に、彼はひどく屈辱を受けた。貧乏なのが、貧乏らしく取扱われるのが、悲しかった。ある晩、家へ帰る途中、もらって来た金を非常に重苦しく感じて、通りがかりにある穴倉の風窓へそれを投げ込んでしまった。けれどもすぐ後で、賤しい真似をしてそれをまた拾い取らなければならなかった。なぜなら、家では肉屋に数か月分の借りがあったから。
家の人々は彼のそういう自尊心の苦しみにほとんど気づかなかった。彼らは彼にたいする大公爵の愛顧に歎喜[#「歎喜」はママ]していた。人のいいルイザは、宮廷における貴顕社会の夜会に出ることが、息子にとってはこの上もなく晴れやかなことだと思っていた。メルキオルは、それを友人ら相手にたえず自慢話の種としていた。しかし最も嬉しがっているのは祖父だった。独立独歩と、不平家気質と、偉大にたいする軽蔑とを、彼はよく装っていたけれども、しかも富や、権勢や、名誉や、社会的優越にたいして、質朴な賛嘆の情をもっていた。彼が無類の誇りとなすところのものは、そういう優越を有してる人々に孫が近づくのを見ることだった。あたかもその光栄が自分の上にも光被してくるかのように楽しんでいた。そしていくら平然と構えていようとしても、顔が輝いていた。クリストフが宮邸へ行った晩には、いつもジャン・ミシェル老人は、なんらかの口実を設けてルイザのところに留っていた。子供らしくやきもきしながら、孫の帰りを待っていた。そしてクリストフがもどってくると、何気ないふうでまず彼に言葉をかけた。つまらない問いのこともあった。
「どうだい、今夜はうまくいったかい。」
あるいは、わざとらしい遠回しの言葉のこともあった。
「さあクリストフ坊やのお帰りだ、何か珍しいことを話してくれるだろう。」
あるいは、おだてるためのうまいお世辞のこともあった。
「家の若様、おめでとう!」
しかしクリストフは、むっとして苛立っていて、ごく冷やかに「今晩は!」と一言挨拶を返すばかりで、隅の方へ行って口をとがらすのであった。老人はしつこく言い寄って、いっそう明らさまな問いをかけたが、子供はただはいとかいいえとか答えるばかりだった。他の者もいっしょになって、種々こまかなことを尋ねだした。クリストフはますます顔をしかめた。むり強いに返事をさせなければならなかった。しまいには、ジャン・ミシェルはじれて腹をたてて、侮辱的な言葉を発した。クリストフはあまり敬意のこもらない言葉で言い返した。そしてついには露骨な反感となった。老人は扉をばたりとしめて帰って行った。かくてクリストフは、それらあわれな人々の喜びをそこなってしまうのだった。彼らには彼の不機嫌なわけが少しもわからなかった。彼らは従僕的な魂の者であるとはいえ、それは彼らの罪ではなかった。自分らと異なった気質の者もいるということを彼らは思いもつかなかった。
クリストフは自分自身のうちに沈潜していった。そして家の者らを批判しなくても、自分と彼らとを隔つる溝渠を感じていた。彼は確かにそれを誇張して見ていたであろう。たとい思想は異なっていても、彼がもしうち明けて話すことができたら、おそらく彼らから理解せられたかもしれない。しかしながら、親と子とが最もやさしい愛情をたがいにもってる時でさえも、両者の間の絶対の親和ほどむずかしいものはない。一方では、敬意があるので、心の中をうち明けようという勇気がくじかれる。他方では、年齢と経験とにおいて優ってるというしばしば誤った考えがあるので、大人の感情と時としては同じくらいに興味深くそしてたいていはより多く真摯である子供の感情を、十分の真面目さで見ないようになる。
クリストフが家で見かける来客や、耳にする会話などは、なおいっそう彼と家の者との間を遠ざけた。
メルキオルの友人らがよくやって来た。多くは管弦楽の楽員らで、酒飲みで独身者だった。悪い人々ではなかったが、野卑な人々だった。その笑声や足音で室が揺れるかと思われた。音楽を愛していたが、たまらないほどの愚昧さで音楽のことを語っていた。その感激の露骨な卑しさは、子供の感情の純潔さをひどく傷つけた。彼らがそうして彼の好きな作品をほめると、彼は自分が凌辱されたような気がした。彼は堅くなり、蒼くなり、冷酷な様子をし、音楽に興味をもたないふうを装った。できるならば音楽を嫌いたいほどだった。メルキオルは彼のことをいつもこういうふうに言っていた。
「此奴には心がない。何にも感じない。だれの気質を受けたのかな。」
時とすると彼らは、ドイツ歌謡をいっしょに歌い出した。四部合唱の――四脚の――唄で、彼らにそっくり似寄っていて、馬鹿げた崇厳さと平板な和声とをもって重々しく進んでいった。そういう時クリストフは、いちばん遠い室に逃げ込んで、壁に向かってののしっていた。
祖父もまた友人をもっていた。オルガニスト、家具商、時計商、バスひきなど、饒舌な老人たちで、いつも同じ冗談をくり返し、文芸や、政治や、あるいは土地の者の血統などについて、尽きることのない議論を戦わした――それも、話し合ってる話題の興味より、むしろしゃべることが嬉しく、話し相手を見出したことが嬉しくて。
ルイザの方は、ただ数人の近所の女たちに会うきりだった。彼女らは界隈の噂話をしていった。またまれには、ある「親切な奥様」に会うこともあった。その婦人は、彼女に同情してるという口実のもとに、次の晩餐会の手伝を約束しに来たり、子供らの宗教教育に勝手な干渉をしたりした。
すべての訪問客のうちで、テオドル伯父ほどクリストフに厭なものはなかった。それは祖父の義理の子で、ジャン・ミシェルの最初の妻であるクララという祖母が、初めの結婚に設けた子であった。彼はアフリカや極東と取引をしてる商館にはいっていた。新しいドイツ人の一つの型を具えていた。そういう型のドイツ人らは、民族性たる古い理想主義を嘲って、それを脱却するようなふうを装い、また戦勝に酔って、力と成功とにたいし、自分らがそれをもちつけないことを示す一種の崇拝心をいだいている。けれども、一国民の古来の性質を一挙に変化せしむることは困難であるから、押えつけられた理想主義は、言葉や、態度や、精神上の習慣や、家庭生活の些細な行為に引用せられるゲーテの言葉などのうちに、たえず現われ出していた。良心と功利との独得な混合であり、古いドイツ中流社会の主義の正直さと、新しい雇用店員階級の卑しさとを、たがいに一致させんための不思議な努力であった。この混合こそ、かなり嫌悪すべき偽善の匂いをもたざるをえないものであった――なぜなら、それはドイツの力と貪婪と利益とをもって、あらゆる権利と正義と真理との象徴だとするにいたったから。
クリストフの公正な心はそれに深く傷つけられた。伯父が正当であるかどうかを彼は判断することができなかったけれども、伯父を忌み嫌い、伯父のうちに敵があるのを感じていた。祖父もやはり伯父の意見を好まないで、それらの理論にたいして反感をいだいていた。しかし彼は議論になると、テオドルの快弁にすぐ言い伏せられた。老人の寛大な純朴さを嘲弄するのは、テオドルにとっては容易なことだった。ジャン・ミシェルもついには、自分の人の善さが恥ずかしくなった。そして人が考えてるほど時代おくれでないことを示すために、テオドルと同じようなしゃべり方をしようと努めた。けれども口の中でうまく調子がとれなくて、自分でも当惑していた。そのうえどういう考え方をしていても、いつもテオドルに威圧されていた。老人はたくみな処世術にたいして尊敬を感じていて、自分にまったくできないことだと知ってるだけに、いっそうそれを羨んでいた。孫のうち一人くらいはそういう地位に立たしてやりたいと夢想していた。メルキオルもまた、ロドルフをその伯父と同じ道に進ませるつもりだった。それで家じゅうの者は皆、種々な世話を期待して、その金持ちの親戚につとめて媚を呈していた。向うでは、自分がなくてならない者であることを見て取り、それに乗じて優者らしく振舞っていた。彼は万事に干渉し、万事におのれの意見をもち出して、芸術や芸術家にたいする頭ごなしの軽蔑を隠さなかった。否むしろそれを看板にして、この音楽家ばかりの親戚の一家を侮辱して喜んでいた。各人について悪い冗談ばかり言っていた。それをまた人々は卑屈にも笑い興じていた。
とくにクリストフは、伯父の嘲弄の的となっていた。そして彼は我慢強くなかった。厭な様子をして、黙って歯をくいしばった。伯父はそのむっと口をつぐんでるのを面白がった。ところがある日、食事の時テオドルから法外にいじめられると、クリストフは我を忘れて、彼の顔に唾を吐きかけた。それはたいへんなことだった。異常な侮辱だった。伯父は初めはっとして黙った。次に口を開いて悪罵を浴せかけた。クリストフは自分の仕業にぞっとして、椅子の上に堅くなり、雨と降ってくる拳固を受けても感じなかった。しかし伯父の前に引据えて跪かせようとされた時、彼は暴れだし、母をはねのけ、家の外に逃げ出した。息がつけなくなってからようやく野の中に立止った。遠くに自分を呼ぶ声が聞えていた。相手を河に投込むことができないとすれば、自分でそこに飛び込んだがましかもしれない、と彼は考えてみた。野の中で彼は夜を明した。黎明のころ、祖父の家へ行って戸をたたいた。老人はクリストフが見えなくなったことを非常に心配していたので――その夜一睡もしていなかった――彼を叱るだけの勇気もなかった。彼はクリストフを家に連れて行った。家の者もわざとなんとも言わなかった。彼がまだやはり激昂状態にあるのがわかったのである。そして彼を大目に見てやらなければならなかった。なぜなら彼は宮廷の晩の演奏に出ていてくれたから。しかしメルキオルは、皆の恥になるようなつまらない奴らにも、みごとな生活やりっぱな態度の見本を示してやろうと、いかに骨を折ってるかということを、ぐずぐず訴えて――それもとくにだれに向かって言うのでもないようなふうを装って――数週間の間、クリストフを厭がらした。そして伯父のテオドルは、往来でクリストフに出会うと顔をそむけ鼻をつまんで、深い嫌悪の情をありったけ見せつけた。
彼は家の者から同感されることが少なかったので、できるだけ家にじっとしていなかった。皆が自分に押しつけようとするたえざる拘束に苦しんでいた。その理由を議論することも許されないで、ただ尊敬しなければならないような、人間や事物があまりたくさんあった。しかもクリストフは尊敬心をもっていなかった。人々が彼を訓練してドイツの善良な市民に育てあげようとすればするほど、ますます彼は束縛を脱したがった。彼の楽しみとするところは、退屈な容態ぶった我慢できない音楽会を、劇場の奏楽席やまたは宮廷で過ごした後、子馬のように草の中に転がったり、新しいズボンのまま芝生の斜面を滑り降りたり、近所の悪戯児らと石合戦をしたりすることだった。けれどそうしばしばやるわけではなかった。それも叱られたり殴られたりするのが恐いから控えていたのではなくて、仲間がないからであった。彼は他の子供らと調子よく交わることができなかった。街頭の浮浪少年らさえ彼といっしょに遊ぶことを好まなかった。なぜなら彼は、遊びにも本気になりすぎて、あまりひどく打ち回ったからである。そして彼は同じ年ごろの子供たちから離れて、一人黙然としがちになっていた。彼は遊戯の下手なのが恥ずかしくて、皆の仲間にはいるだけの元気もなかった。そして面白くないようなふうを装いながらも、人から誘ってもらいたくてたまらなかった。しかしだれもなんとも言ってくれなかった。彼は憂鬱な気持になって、冷淡な様子で遠ざかっていた。
彼の慰安は、叔父のゴットフリートが土地にいる時、いっしょに歩き回ることだった。彼はますます叔父に接近していって、その何物にもとらわれない気質に同感していた。どこにもつなぎ止められないで勝手に放浪することのうちに、ゴットフリートが見出していた喜びを、今では彼もよく理解していた。しばしば彼らはいっしょに、夕方、野の中を、あてもなく、ただまっすぐに歩いて行った。そしてゴットフリートはいつも時間を忘れていたから、よく遅くもどって来ては叱られた。皆が眠ってる間に、夜分にそっとぬけ出すのも、また楽しみだった。ゴットフリートはそれを悪いと知っていたが、クリストフはむりに強請んだ。ゴットフリートもその楽しみを制することができなかった。夜半のころ、彼は家の前にやって来て、約束どおりの口笛を吹いた。クリストフは着物を着たまま寝ていた。寝床から滑りぬけ、靴を手に取った。息を凝らしながら、野蛮人のような狡猾さで四つ這いになって、往来に向かってる台所の窓のところまでやって行った。そこにあるテーブルの上に上った。向うからゴットフリートが、彼を肩に受け取った。そして二人は、小学校の子供のように喜びながら、出かけてゆくのだった。
時とすると彼らは、ゼレミーを捜しに行くこともあった。ゼレミーは漁夫で、ゴットフリートと仲良しだった。三人は月の光を頼りに、その小舟に乗って走った。櫂からしたたる水は、ささやかな琶音や半音階を奏した。乳色の靄が河の面に揺れていた。星がふるえていた。鶏が両岸で鳴きかわしていた。時とすると、月の光に欺かれて地から舞い上がった雲雀の顫律が、空の深みに聞えることもあった。皆黙っていた。やがてゴットフリートはある歌の節をごく低く歌った。ゼレミーは動物の生活の不思議な話をきかした。簡単な謎のような調子で言われるので、なおその話が不思議に思われた。月は森の後ろに隠れてしまった。一同は丘陵の仄暗い段々に沿って進んだ。空と水との闇が溶け合っていた。河には波の襞もなかった。あらゆる物音が消え去っていた。舟は夜の中を滑っていった。いや、滑っているのか、浮かんでいるのか、じっと動かないでいるのか?……葦は絹ずれのそよぎで開いていった。音もなく岸についた。地に降りて、歩いて帰った。夜明けにしかもどらないこともあった。いつも河の縁をたどった。麦穂のような緑色や宝石のような青色をした白銀魚の群が、黎明の光にうごめいていた。パンを投げてやると、むさぼるように飛びついてきて、メデューサの頭の蛇みたいに動き回った。パンが沈むに従って、そのまわりに降りていって、螺旋状に回り、次には、光線のようにすっと消えてしまった。河は薔薇色と葵色との反映に染められていた。小鳥は次から次へと眼をさましてきた。彼は急いで帰っていった。出かける時と同じように用心をして、空気の重苦しい室にもどり、寝床にはいった。クリストフは眠気がさして、野の匂いの沁みたさわやかな身体のまま、すぐに眠るのだった。
かくて万事うまくいった。だれにも少しも気づかれなかった。ところがある日、弟のエルンストが、クリストフの抜け出すことを言いつけてしまった。それ以来、抜け出すことを禁ぜられ、監視された。それでも彼はやはり抜け出していた。他のどんな連中よりも、小行商人とその友人らとの方が好きであった。家の者らは外聞にかかわると思った。メルキオルは彼に下賤な趣味があるのだと言っていた。ジャン・ミシェル老人は彼がゴットフリートを慕ってるのを妬んでいた。そして、優良な社会に接し高貴な方々に仕えるの名誉をもってるのに、そういう卑しい人々と交わって喜ぶほど身を落すのはよくないと、いろいろ説いてきかした。クリストフには気品がないのだと人々は思っていた。
メルキオルの放縦と遊惰とにつれて家計の困難はつのってきたけれど、ジャン・ミシェルがいる間は、どうかこうか生活してゆけた。ただ彼一人が、メルキオルに多少の威力をもっていて、ある程度までその堕落を引止めていた。また彼が受けてる世間の尊敬は、酔漢の不品行を他人に忘れさせるのに役だたないではなかった。また彼は一家の貧しい暮しを助けてくれた。彼は前音楽長として受けていたわずかな年金のほかに、なお音楽を教えたりピアノの調律をしたりして、いくらかの金額を手に入れていた。そしてその大部分を嫁のルイザに与えた。彼女は自分の困窮を、いくら彼の眼に入れまいとしても隠しきれなかった。老人が自分たちのために不自由をしてるかと思うと、彼女はやるせなかった。老人はいつも豊かな生活になれていて、欲望が強かっただけに、そう思われるのも無理はなかった。が時とすると、その犠牲の金でも十分でないことがあった。ジャン・ミシェルはさし迫った負債を払ってやるために、大事な道具や書物や記念品などを、秘密に売り払わなければならなかった。メルキオルは父がひそかにルイザへ補助を与えてるのに気づいていた。そしてしばしば、なんと拒まれてもそれに手をつけることが多かった。ところが老人はふとそれを知って――苦労をつつみ隠してるルイザの口からではなく、孫の一人の口から――聞き知って恐ろしく立腹した。そして二人の間には、ぞっとするような光景が演ぜられた。二人ともなみはずれて気荒かった。すぐにひどい言葉を言い合いおどし合った。今にも殴り合いが始まるかと思われた。しかし憤怒の最中にも、押うべからざる尊敬の念が常にメルキオルを制していた。そして酔っ払ってはいたが、父から浴せられる侮辱的なののしりや叱責のもとに、ついに頭を垂れてしまった。それでもやはり、またせしめてやろうと次の機会をねらうのであった。ジャン・ミシェルは将来のことを考えながら、きたるべき悲しいことどもをはっきりと感じた。
—Mes pauvres enfants, disait-il à Louisa, qu'est-ce que vous deviendriez, si je n'étais plus là!... Heureusement, ajoutait-il, en caressant Christophe, que je puis encore aller, jusqu'à ce que celui-ci vous tire d'affaire!
Mais il se trompait dans ses calculs: il était au bout de sa route. Nul ne s'en fût douté. À quatre-vingts ans passés, il avait tous ses cheveux, une crinière blanche, avec des touffes grises encore, et dans sa barbe drue des fils tout à fait noirs. Il ne lui restait qu'une dizaine de dents; mais, avec, il s'escrimait solidement. Il faisait plaisir à voir à table. Il avait un robuste appétit; et s'il reprochait à Melchior de boire, lui-même buvait sec. Il avait une prédilection pour les vins blancs de la Moselle. Au reste, vins, bières, ou cidres, il savait rendre justice à tout ce que le Seigneur a créé d'excellent. Il n'était pas assez malavisé pour laisser sa raison dans son verre, et il gardait la mesure. Il est vrai que cette mesure était copieuse, et que dans son verre une raison plus débile se fut noyée. Il avait bon pied, bon œil, et une activité infatigable. À six heures, il était levé, et faisait méticuleusement sa toilette: car il avait le souci du décorum et le respect de sa personne. Il vivait seul dans sa maison, s'occupant de tout lui-même et ne souffrant pas que sa bru mît le nez dans ses affaires; il faisait sa chambre, préparait son café, recousait ses boutons, clouait, collait, raccommodait; et, tout en allant et venant, en bras de chemise, du haut en bas de la maison, il chantait sans s'arrêter, d'une voix de basse retentissante, qu'il se plaisait à faire sonner, accompagnant ses airs de gestes d'opéra.—Ensuite, il sortait, et par tous les temps. Il allait à ses affaires, sans en oublier aucune; mais il était rarement exact: on le rencontrait à quelque coin de rue, discutant avec une connaissance, ou plaisantant avec une voisine, dont la figure lui revenait: car il aimait les jeunes minois et les vieux amis. Il s'attardait ainsi, et ne savait jamais l'heure. Il ne laissait pas cependant passer celle du dîner: il dînait où il se trouvait, s'invitant chez les gens. Il ne rentrait qu'au soir, la nuit tombée, après avoir vu longuement ses petits-enfants. Il se couchait, lisait dans son lit, avant de fermer l'œil, une page de sa vieille Bible; et, la nuit,—car il ne dormait pas plus d'une ou deux heures de suite,—il se levait pour prendre un de ses vieux bouquins, achetés d'occasion: histoire, théologie, littérature, ou sciences; il lisait au hasard quelques pages qui l'intéressaient et qui l'ennuyaient, qu'il ne comprenait pas bien, mais dont il ne passait pas un mot,... jusqu'à ce que le sommeil le reprit. Le dimanche, il allait à l'office, se promenait avec les enfants, et jouait aux boules.—Jamais il n'avait été malade, que d'un peu de goutte aux doigts de pied, qui le faisait jurer la nuit, au milieu de ses lectures bibliques. Il semblait qu'il pût durer ainsi jusqu'au bout de son siècle, et il ne voyait aucune raison pour qu'il ne le dépassât point; quand on lui prédisait qu'il mourrait centenaire, il pensait, comme un autre vieillard illustre, qu'il ne faut point assigner de limites aux bienfaits de la Providence. On ne s'apercevait qu'il vieillissait qu'à ce qu'il avait facilement la larme à l'œil et qu'il devenait plus irritable chaque jour. La moindre impatience le jetait dans des accès de colère folle. Sa figure rouge et son cou court devenaient cramoisis. Il bégayait furieusement, et il était forcé de s'arrêter, suffoquant. Le médecin de la famille, un vieil ami, l'avait averti de se surveiller, de modérer à la fois sa colère et son appétit. Mais têtu comme un vieillard, il n'en faisait que plus d'imprudences, par bravade; et il raillait la médecine et les médecins. Il affectait un grand mépris pour la mort, ne ménageant pas les discours, pour affirmer qu'il ne la craignait point.
Un jour d'été qu'il faisait très chaud, après avoir bu copieusement et s'être disputé par-dessus le marché, il rentra chez lui et se mit à travailler dans son jardin. Il aimait remuer la terre. Nu-tête, en plein soleil, tout irrité encore par sa discussion, il bêchait avec colère. Christophe était assis sous la tonnelle, un livre à la main; mais il ne lisait guère: il rêvassait, en écoutant la crécelle endormante des grillons; et, machinalement, il suivait les mouvements de grand-père. Le vieux lui tournait le dos; il était courbé et arrachait les mauvaises herbes. Soudain, Christophe le vit se relever, battre l'air de ses bras et tomber comme une masse, la face contre terre. Une seconde, il eut envie de rire. Puis, il vit que le vieux ne bougeait pas. Il l'appela, il courut à lui, il le secoua de toutes ses forces. La peur le gagnait. Il s'agenouilla et essaya à deux mains de soulever la grosse tête, appliquée contre le sol. Elle était si lourde, et il tremblait tellement qu'il eut peine à la remuer. Mais quand il aperçut les yeux renversés, blancs et sanglants, il fut glacé d'horreur; il la laissa retomber en poussant un cri aigu. Il se releva épouvanté, il se sauva, il courut au dehors. Il criait et pleurait. Un homme, qui passait sur la route, arrêta l'enfant. Christophe était hors d'état de parler; il montra la maison; l'homme y entra, et Christophe le suivit. D'autres avaient entendu ses cris et arrivaient des maisons voisines. Bientôt le jardin fut plein de monde. On marchait sur les fleurs, on se penchait autour du vieux, on parlait tous à la fois. Deux ou trois hommes le soulevèrent de terre. Christophe, resté à l'entrée, tourné contre le mur, se cachait la figure dans ses mains; il avait peur de voir; mais il ne pouvait pas s'en empêcher; et, quand le cortège passa près de lui, il vit, à travers ses doigts, le grand corps du vieux qui s'abandonnait: un bras traînait à terre; la tête, appuyée contre le genou d'un porteur, cahotait à chaque pas; la face était tuméfiée, couverte de boue, saignante, avec la bouche ouverte, et ses terribles yeux. Il hurla de nouveau et prit la fuite. Il courut sans s'arrêter jusqu'à la maison de sa mère, comme s'il était poursuivi. Il fit irruption dans la cuisine, avec des cris affreux. Louisa épluchait des légumes. Il se jeta sur elle et l'étreignit avec désespoir, pour qu'elle vint à son secours. La figure convulsée par ses sanglots, il pouvait à peine parler. Mais dès le premier mot, elle comprit. Elle devint toute blanche, laissa tomber ce qu'elle tenait, et, sans une parole, se précipita hors de la maison.
Christophe resta seul, blotti contre l'armoire; il continuait de pleurer. Ses frères jouaient. Il ne se rendait pas compte exactement de ce qui s'était passé, il ne pensait pas à grand-père, il pensait aux images effrayantes qu'il avait vues tout à l'heure; et sa terreur était qu'on ne l'obligeât à les revoir, à revenir là-bas.
Et en effet, vers le soir, comme les autres petits, las d'avoir fait dans la maison toutes les sottises possibles, commençaient à geindre qu'ils s'ennuyaient et qu'ils avaient faim, Louisa rentra précipitamment, les prit par la main et les emmena chez grand-père. Elle allait très vite; et Ernst et Rodolphe essayèrent de grogner, suivant leur habitude; mais Louisa leur imposa silence d'un tel ton qu'ils se turent. Une peur instinctive les gagnait: au moment d'entrer, ils se mirent à pleurer. Il ne faisait pas encore tout à fait nuit; les dernières lueurs du couchant allumaient d'étranges reflets à l'intérieur de la maison, sur le bouton de la porte, sur le miroir, sur le violon accroché au mur dans la première pièce à demi obscure. Mais, chez le vieux, une bougie était allumée; et la flamme vacillante, se heurtant au jour livide qui s'éteignait, rendait plus oppressante l'ombre lourde de la chambre. Assis près de la fenêtre, Melchior pleurait avec bruit. Le médecin, penché sur le lit, empêchait de voir celui qui y était couché. Le cœur de Christophe battait à se rompre. Louisa fit agenouiller les enfants au pied du lit. Christophe se risqua à regarder. Il s'attendait à quelque chose de si terrifiant, après le spectacle de l'après-midi, qu'au premier coup d'œil, il fut presque soulagé. Grand-père était immobile et semblait dormir. L'enfant eut, un instant, l'illusion que grand-père, était guéri. Mais quand il entendit son souffle oppressé, quand, en regardant mieux, il vit cette figure bouffie, où la meurtrissure de la chute faisait une large tache violacée, quand il comprit que celui qui était là allait mourir, il se mit à trembler; et, tout en répétant la prière de Louisa pour que grand-père guérît, il priait au fond de lui pour que, si grand-père ne devait pas guérir, grand-père fut déjà mort. Il avait l'épouvante de ce qui allait se passer.
Le vieux n'avait plus sa connaissance, depuis l'instant où il était tombé. Il ne la retrouva qu'un moment, juste assez pour prendre conscience de son état:—et ce fut lugubre. Le prêtre était là et récitait sur lui les dernières prières. On souleva le vieillard sur son oreiller; il rouvrit lourdement ses yeux, qui ne semblaient plus obéir à sa volonté; il respira bruyamment, regarda, sans comprendre, les figures, les lumières; et soudain, il ouvrit la bouche; un effroi indicible se peignait sur ses traits.
—Mais alors...—il bégayait,—mais alors, je vais mourir!...
L'accent terrible de cette voix perça le cœur de Christophe; jamais elle ne devait plus sortir de sa mémoire. Le vieux ne parlait plus, il gémissait comme un petit enfant. Puis l'engourdissement le reprit; mais sa respiration devenait encore plus pénible; il se plaignait, il remuait les mains, il semblait lutter contre le sommeil mortel. Dans sa demi-conscience, une fois il appela:
—Maman!
Ô l'impression poignante! ce balbutiement du vieux homme, appelant sa mère avec angoisse, comme Christophe aurait fait,—sa mère dont jamais il ne parlait dans la vie ordinaire, suprême et inutile recours dans la terreur suprême!... Il parut s'apaiser un instant; il eut une lueur de conscience. Ses lourds yeux, dont l'iris semblait flotter à la dérive, rencontrèrent le petit, glacé de peur. Ils s'éclairèrent. Le vieux fit un effort pour sourire et parler. Louisa prit Christophe et l'approcha du lit. Jean-Michel renoua les lèvres et chercha à lui caresser la tête avec sa main. Mais aussitôt il retomba dans sa torpeur. Ce fut la fin.
On avait renvoyé les enfants dans la chambre à côté; mais on avait trop à faire pour s'occuper d'eux. Christophe, attiré par l'horreur, épiait, du seuil de la porte entr'ouverte, le tragique visage, renversé sur l'oreiller, étranglé par l'étreinte féroce qui se resserrait autour du cou,... cette figure qui se creusait de seconde en seconde,... cet enfoncement de l'être dans le vide, qui semblait l'aspirer comme une pompe,... l'abominable râle, cette respiration mécanique, semblable à une bulle d'air qui crève à la surface de l'eau, derniers souffles du corps, qui s'obstine à vivre, quand l'âme n'est déjà plus.—Puis, la tête glissa à côté de l'oreiller. Et tout se tut.
Ce ne fut que quelques minutes après, au milieu des sanglots, des prières, de la confusion causée par la mort, que Louisa aperçut l'enfant, blême, la bouche crispée, les yeux dilatés, qui serrait convulsivement la poignée de la porte. Elle courut à lui. Il fut pris, dans ses bras, d'une crise. Elle l'emporta. Il perdit connaissance. Il se retrouva dans son lit, hurla d'effroi, parce qu'on l'avait laissé seul un instant, eut une nouvelle crise, et s'évanouit encore. Il passa le reste de la nuit et la journée du lendemain dans la fièvre. Enfin il s'apaisa et tomba, la seconde nuit, dans un sommeil profond, qui se prolongea jusqu'au milieu du jour suivant. Il avait l'impression qu'on marchait dans la chambre, que sa mère était penchée sur son lit et l'embrassait; il crut entendre le chant doux et lointain des cloches. Mais il ne voulait pas remuer; il était comme dans un rêve.
Quand il rouvrit les yeux, l'oncle Gottfried était assis au pied du lit. Christophe était brisé, et ne se souvenait de rien. Puis la mémoire lui revint, il se mit à pleurer. Gottfried se leva et l'embrassa.
—Eh bien, mon petit, eh bien? disait-il doucement.
—Ah! oncle, oncle ï gémissait l'enfant se serrant contre lui.
—Pleure, disait Gottfried, pleure!
Il pleurait aussi.
Lorsqu'il fut un peu soulagé, Christophe essuya ses yeux et regarda Gottfried. Gottfried comprit qu'il voulait lui demander quelque chose.
—Non, fit-il, en mettant un doigt sur sa bouche. Il ne faut pas parler. Pleurer est bon. Parler est mauvais.
L'enfant insistait.
—Cela ne sert à rien.
—Seulement une chose, une seule!...
—Quoi?
Christophe hésita:
—Ah! oncle, demanda-t-il, où est-il maintenant?
Gottfried répondit:
—Il est avec le Seigneur, mon enfant.
Mais ce n'était pas ce que demandait Christophe:
—Non, tu ne comprends pas: Où est-il, lui?
(Il voulait dire: le corps.)
Il continua, d'une voix tremblante:
—Est-ce qu'il est toujours dans la maison?
—On a enterré le cher homme, ce matin, dit Gottfried. N'as-tu pas entendu les cloches?
Christophe fut soulagé. Puis, à la pensée qu'il ne reverrait plus le cher grand-père, il pleura de nouveau, amèrement.
—Pauvre petit chat! répétait Gottfried, regardant l'enfant avec commisération.
Christophe attendait que Gottfried le consolât; mais Gottfried n'essayait pas, sachant que c'est inutile.
—Oncle Gottfried, demanda l'enfant, est-ce que tu n'as donc pas peur aussi de cela, toi?
(Combien il eût voulu que Gottfried n'eût pas peur et qu'il lui enseignât son secret!)
Mais Gottfried devint soucieux.
—Chut! fit-il, d'une voix altérée...
—Et comment n'avoir pas peur? dit-il après un instant. Mais qu'y faire? C'est ainsi. Il faut se soumettre.
Christophe secoua la tête avec révolte.
—Il faut se soumettre, mon enfant, répéta Gottfried. Il l'a voulu. Il faut aimer ce qu'Il veut.
—Je le déteste! cria Christophe haineusement, montrant le poing au ciel.
「かわいそうな子供たち、」と彼はルイザに言っていた、「もしわしがいなくなったら、皆どうなるだろう。……でも幸いとわしは、」とつけ加えながらクリストフの頭をなでた、「この子がどうにかやってくれるようになるまでは、まだ達者でおられるだろう。」
しかし彼は見当違いしていた。彼はもう生涯の終りに達していた。そしてまただれもそれに気づかなかった。彼は八十歳を過ぎてるのに、髪の毛もそろっており、まだ灰色の毛の交った白い頭髪はふさふさとして、濃い頤髯には真黒な毛筋も見えていた。歯は十枚ばかりしか残っていなかったが、それで強く噛みしめることができた。食卓についた様子を見ると心強かった。頑健な食欲をもっていた。メルキオルには飲酒を非難していたが、自分は盛んに飲んでいた。モーゼルの白葡萄酒をとくに好んでいた。そのうえ、葡萄酒も、ビールも、林檎酒も、すべて神の創り出した逸品ならなんでも、それを賞美する術を心得ていた。そして杯の中に理性を置き忘れるほど思慮に乏しくなかった。適度にとどめていた。とはいえその適度というのがまた多量で、もっと弱い理性ならその杯の中に溺れるだろうということも、真実だった。彼は足が丈夫で、眼がよく、疲労を知らない活動力を具えていた。六時にはもう起き上がって、細心に身仕舞をしていた。礼儀に注意し体面を重んじていたからである。家の中に一人で暮していて、みずから万事をやってのけ、嫁に手出しされることをも許さなかった。室をかたづけ、コーヒーの支度をし、ボタンをつけ直し、釘を打ち、糊張りをし、修繕をした。シャツ一枚になって、家の中を上下に往き来し、アリアに歌劇の身振りを伴わせて、響きわたる好きな低音で、しきりなしに歌っていた。――その後で、彼は出かけた、どんな天気にも。自分の用件を一つも忘れず果しに行った。しかし時間を守ることはいたって少なかった。知人と議論をしたり、顔を見覚えてる近所の女に冗談を言つたりしてるのが、街路の方々で見られる。愛くるしい若い女と古い友人とを、彼は好きだったのである。そういうふうにして道で手間取って、決して時間を頭においていなかった。けれども食事の時間を通り過すことはなかった。人の家に押しかけて行って、どこででも食事をした。自宅にもどるのは、長く孫たちの顔を眺めた後、晩に、夜になってからだった。寝床にはいると、眼を閉じる前に、古い聖書の一ページを寝ながら読んだ。そして夜中に――一、二時間以上は眠りつづけることができなくなっていたから――起き上がって、時おり買い求めた歴史や神学や文学や科学などの古本を、どれか一冊取上げた。そして手当たりしだいに、面白かろうと、退屈しようと、よくわからなかろうと構わずに、一語もぬかさず、いくページかを読むのであった……また眠気がさしてくるまでは。日曜日には、教会の礼拝式に行き、子供らと散歩をし、球遊びをした。――かつて病気にかかったことがなかった。ただ足指に少し神経痛の気味があって、聖書を読んでる最中に、夜を呪うことがあるばかりだった。その調子でゆくと、百年くらいは生き存えられそうに思われた。また彼自身も、百歳を越せないという理由を少しも認めていなかった。百歳で死ぬだろうと人に予言されると、天意による恩恵には制限を付すべきものではないと、世に名高いあの高齢者と同様なことを考えていた。彼が老いてゆくのを認められるのはただ、ますます涙もろくなることと、日に日に怒りっぽくなることばかりだった。ちょっとした我慢がしきれずに、狂気じみた憤怒の発作を起こした。その赭ら顔と短い頸とが真赤になった。恐ろしく口ごもって、息がつけないで言いやめなければならなかった。旧友でありまたかかりつけである医者が、自分で用心をするように彼に注意し、憤怒と食欲とをともに節するように注意を与えていた。しかし彼は老人の癖として頑固で、ますます不節制をして虚勢を張っていた。医学と医師とを嘲っていた。死をひどく軽蔑してるふうを装って、少しも死を恐れていないと言い切るためには、長々と弁じたててやめなかった。
ごく暑い夏のある日、たくさん酒を飲んでおまけに議論をした後、彼は家に帰って、庭で働きだした。彼は地を耕すのが好きだった。帽子もかぶらず、日の照る中で、まだ議論のために激昂したまま、疳癪まぎれに耘っていた。クリストフは書物を手にして、青葉棚の下にすわっていた。しかし彼はほとんど読んでいなかった。蟋蟀の眠くなるような鳴声に耳を貸しながら、夢想に耽っていた。そしてなんの気もなく、祖父の動作を見守っていた。老人はクリストフの方に背中を向けていた。背をかがめて、雑草を取っていた。すると突然、すっくと立上り、両腕を空に打振り、それから一塊の物質のように、地面へ俯向けにばたりと倒れたのが、クリストフの眼についた。クリストフはちょっと笑いたくなった。ところがなお見ると、老人は身動きもしなかった。彼は呼びかけ、そばに駆けつけ、力の限りゆすぶった。恐ろしくなった。そこにかがんで、地面にぴったりついてるその大きな頭を、両手でもち上げようとした。頭は非常に重かったし、彼はぶるぶる震えていたので、やっとのことで少し動かせるばかりだった。けれども、血のにじんだ真白な引きつけてる眼を見た時、彼は恐ろしさのあまりぞっと寒くなった。鋭い叫び声をたてて頭を取落した。駭然と立上がって、その場を逃げ、表に駆けだした。叫びまた泣いていた。往来を通りかかった一人の男が、彼を引止めた。彼は口もきけなかった。家の方を指し示した。男は家にはいっていった。彼もその後についていった。近所の人々も、彼の叫び声を聞いてやって来た。間もなく庭は人でいっぱいになった。彼らは花をふみにじり、老人のまわりに頭をつき出して、皆一度に口をきいていた。二、三の人々が老人を地面からもち上げた。クリストフは入口に立止り、壁の方を向き、両手で顔を隠していた。見るのが恐かった。しかし見ないでもおれなかった。人々の列がそばを通りかかった時、彼は指の間から、力なくぐったりしてる老人の大きな身体を見た。片方の腕が地面に引きずっていた。頭は運んでる人の膝にくっついて、一足ごとに揺れていた。顔はふくれあがり、泥まみれになり、血がにじんで、口を開き、恐ろしい眼をしていた。彼はふたたび喚きたて、逃げ出した。何かに追っかけられてるかのように、母の家まで一散に駆けていった。恐ろしい叫び声をあげて、台所に飛び込んだ。ルイザは野菜を清めていた。彼は彼女に飛びつき、自棄に抱きしめて、助けに来てくれるようにたのんだ。すすり泣きのために顔がひきつって、口もろくにきけなかった。しかし最初の一言で彼女は了解した。顔色を失い、手の物を取り落し、なんとも言わないで、家の外へ駆け出していった。
クリストフは一人残って、戸棚にとりすがっていた。彼はまだ泣きつづけていた。弟どもは遊びに耽っていた。彼にはどういうことが起こったのかはっきりわからなかった。祖父のことを考えてはいなかった。先刻見た恐ろしいありさまのことを考えていた。そしてまた無理やりに、それらのさまをふたたび見せられはすまいか、あの処へ連れもどされはすまいかと、びくびくしていた。
そして、夕方になって、他の子供たちが、家の中であらゆる悪戯をして倦いてしまい、退屈で腹がすいたと駄々をこねだしたころ、果して、ルイザはあわただしくもどって来、子供らの手を取り、祖父の家へ連れて行った。彼女はごく早く歩いた。エルンストとロドルフとは、いつもの癖でぐずぐず言おうとした。しかしルイザは黙ってるようにと言いつけた。その言葉の調子に、彼らは黙ってしまった。本能的に恐怖を感じた。家にはいりかけた時、彼らは泣き出した。まだすっかり夜にはなっていなかった。夕日の名残りの光が、扉の押ボタンや、鏡や、ほの暗い広間の壁にかかってるヴァイオリンなどに、異様な反映を見せて、家の中を照らしていた。しかし祖父の室には、蝋燭が一本ともしてあった。その揺めく炎は、消えかかった蒼白い明るみとぶつかって、室の重々しい薄闇をいっそう沈鬱になしていた。メルキオルが窓のそばにすわって、声をたてて泣いていた。医者が寝台の上に身をかがめていたから、そこに寝てる者の姿は見えなかった。クリストフの胸は張り裂けるばかりに動悸していた。ルイザは子供たちを、寝台の足下に跪かした。クリストフは思い切って覗いてみた。その午後の光景を見た後のこととて、いかにも恐ろしい何かを期待していたので、一目見ると、むしろ心が休まったほどだった。祖父はじっとしていて、眠ってるように思われた。クリストフはちょっと、祖父が回復したのだという気がした。しかしその押しつけられたような息遣いを聞いた時、なおよく眺めて、倒れた傷跡が大きな紫色の痣になってる脹れた顔を見た時、そこにいる人は死にかかってるのだとわかった時、彼はふるえだした。そして、祖父の回復を念ずるルイザの祈祷をいっしょにくり返しながら、彼は心の底で、もし祖父がなおらないものなら、もう死んでしまっていてくれるようにと祈った。これから起こるべき事柄を怖じ恐れていた。
老人は倒れた瞬間からすでにもはや意識を失っていた。ただ一時、ちょうど自分の容態がわかるだけの意識を回復した――それは痛ましいことだった。牧師が来ていて、彼のために最後の祈祷を誦していた。老人は枕の上に助け起こされた。重々しく眼を開いた。その眼ももはや意のままにならないらしかった。騒がしい呼吸をし、訳がわからずに人々の顔や燈火を眺めた。そして突然、口を開いた。名状しがたい恐怖の色が顔付に現われていた。
「それじゃ……」と彼は口ごもった、「それじゃ、わしは死ぬのか!」
その声の恐ろしい調子が、クリストフの心を貫いた。その声はもう永久に彼の記憶から消えないものとなったのである。老人はそれ以上口をきかなかった。幼児のように呻いていた。それからふたたび麻痺の状態に陥った。しかし呼吸はなおいっそう困難になっていた。彼はぶつぶつ言い、両手を動かし、死の眠りと争ってるようだった。半ば意識を失いながら、一度彼は呼んだ。
「お母さん!」
なんと悲痛な光景ぞ! クリストフのような子供ならいざ知らず、この老人が、臨終の苦しみにおいて自分の母を呼びかけるそのつぶやき――母、そのことを彼は日ごろかつて口にしたこともなかったのである。終焉の恐怖の中における窮極のしかも無益なる避難所!……彼は一瞬間落着いたように見えた。なお意識の閃きを示した。瞳があてもなく揺いでるように思われるその重い眼が、恐さにぞっとしてる子供に出会った。眼は輝いた。老人は微笑もうと努め、口をきこうと努めた。ルイザはクリストフを抱いて、寝台に近づけた。ジャン・ミシェルは唇を動かした。そしてクリストフの頭をなでようとした。しかしすぐにまた昏迷に陥った。それが最後であった。
人々は子供たちを次の室へ追いやった。しかしあまり用が多くて彼らに構っておれなかった。クリストフは恐さにひかれて、半開きの扉の入口から、老人の悲壮な顔を偸見ていた。枕の上に仰向に投げ出されて、首のまわりをしめつけてくる獰猛な圧縮に息をつまらしてる顔……刻々に落ちくぼんでゆく顔貌……ポンプにでも吸われるように、全存在が空虚のうちに沈み込んでゆく様……そして忌わしい臨終のあえぎ、水面で破ける泡にも似たその機械的な呼吸、魂がもはやなくなっても、なお頑固に生きんとつとめる肉体の最後の息吹き。――それから、頭は枕から滑り落ちた。そしてすべてがひっそりとなった。
数分の後、嗚咽と祈祷と死の混雑との中に、子供が真蒼な顔をし、口を引きつらし、眼を見張り、扉のハンドルを痙攣的に握りしめてるのを、ルイザは見つけた。彼女は走り寄った。彼はその腕の中で、神経の発作に襲われた。家に連れて行かれた。意識を失った。寝床の中で気がついた。ちょっとの間一人置きざりにされていたので、恐怖のあまり声をたてた。新たに発作が起こった。また気を失った。その夜と翌日いっぱいとは、熱に浮かされたまま過ごした。それから心が落着いて、二日目の夜は、深い眠りに落ち、次の日の昼ごろまで眠りつづけた。室の中をだれか歩いてるような気がし、母が寝床の上に身をかがめて自分を抱いてくれてるような気がした。遠い静かな鐘の音が聞えるように思った。しかし身を動かしたくなかった。夢の中にいるようだった。
彼が眼を開いた時、叔父のゴットフリートが寝台の足下に腰掛けていた。クリストフはぐったりしていて、何にも覚えていなかった。次に記憶が蘇ってきて、泣き始めた。ゴットフリートは立上がり、彼を抱擁した。
「どうした、坊や、どうした?」と彼はやさしく言っていた。
「ああ、叔父さん、叔父さん!」と子供は彼にすがりついて泣声でうなった。
「お泣きよ、」とゴットフリートは言った、「お泣きよ!」
彼も泣いていた。
クリストフは少し心が静まると、眼を拭いて、ゴットフリートを眺めた。ゴットフリートは彼が何か尋ねたがってるのを覚った。
「いや、」と彼は子供の口に指をあてながら言った、「口をきくもんじゃない。泣くのはいい、口をきくのはいけない。」
子供は承知しなかった。
「無駄だよ。」
「ただ一事、たった一つ……。」
「なんだい?」
クリストフは躊躇した。
「ああ、叔父さん、」と彼は尋ねた、「あの人は今どこにいるの?」
ゴットフリートは答えた。
「神様といっしょにおられるよ。」
しかしそれはクリストフが尋ねてることではなかった。
「いいえ、それじゃないよ。どこにいるのさ、あの人は?」
(肉体の意味であった。)
彼は震え声でつづけて言った。
「あの人はまだ家の中にいるの?」
「けさあの人を葬ったよ。」とゴットフリートは言った。「鐘の音を聞かなかったかい?」
クリストフは安堵した。が次に、あの大事な祖父にもう二度と会えないかと考えると、また切なげに涙を流した。
「かわいそうに!」とゴットフリートはくり返して言いながら、憐れ深く子供を眺めた。
クリストフはゴットフリートが慰めてくれるのを待っていた。しかしゴットフリートは無駄だと知って慰めようともしなかった。
「叔父さん、」と子供は尋ねた、「叔父さんは、あれが恐くはないのかい?」
(彼はどんなにか、ゴットフリートが恐がらないことを望んでいたろう、そしてその秘訣を教えてもらいたかったことだろう!)
しかしゴットフリートは気がかりな様子になった。
「しッ!」……と彼は声を変えて言った。
「どうして恐くないことがあるものか。」と彼はちょっとたって言った。「だが仕方はない。そうしたものだ。逆らってはいけない。」
クリストフは反抗的に頭を振った。
「逆らってはいけないのだ。」とゴットフリートはくり返した。「天できめられたことだ。その思召を大事にしなければいけない。」
「僕は大嫌いだ!」とクリストフは憎々しげに叫んで、天に拳をさし向けた。
Gottfried, consterné, le fit taire. Christophe lui-même eut peur de ce qu'il venait de dire, et il se mit à prier avec Gottfried. Mais son cœur bouillonnait; et tandis qu'il répétait les mots d'humilité servile et de résignation, il n'y avait au fond de lui qu'un sentiment de révolte passionnée et d'horreur contre l'abominable chose, et l'Être monstrueux qui l'avait pu créer.
Les jours s'écoulent, et les nuits pluvieuses, sur la terre fraîchement remuée, au fond de laquelle le pauvre vieux Jean-Michel gît abandonné. Sur le moment, Melchior a beaucoup pleuré, crié, sangloté. Mais la semaine n'est pas finie, que Christophe l'entend rire de bon cœur. Quand on prononce devant lui le nom du défunt, sa figure s'allonge et prend un air lugubre; mais, l'instant d'après, il recommence à parler et à gesticuler avec animation. Il est sincèrement affligé; mais il lui est impossible de rester sous une impression triste.
Louisa, passive, résignée, a accepté ce malheur, comme elle accepte tout. Elle a ajouté une prière à ses prières de chaque jour; elle va régulièrement au cimetière, et prend soin de la tombe, comme si la tombe faisait partie du ménage.
Gottfried a des attentions touchantes pour le petit carré de terre, où dort le vieux. Quand il vient dans le pays, il y porte un souvenir, une croix qu'il a fabriquée, quelques fleurs que Jean-Michel aimait. Il n'y manque jamais; et il se cache pour le faire.
Louisa emmène quelquefois Christophe, dans ses visites au cimetière. Christophe a un dégoût affreux pour cette terre grasse, revêtue d'une sinistre parure de fleurs et d'arbres, et pour l'odeur lourde qui flotte au soleil, mêlée à l'haleine des cyprès sonores. Mais il n'ose avouer sa répugnance, parce qu'il se la reproche comme une lâcheté et comme une impiété. Il est très malheureux. La mort de grand-père ne cesse de le hanter. Pourtant, il y a longtemps déjà qu'il sait ce que c'est que la mort, qu'il y pense et qu'il en a peur. Mais jamais il ne l'avait encore vue; et qui la voit pour la première fois s'aperçoit qu'il ne connaissait rien, ni de la mort, ni de la vie. Tout est ébranlé d'un coup; la raison ne sert de rien. On croyait vivre, on croyait avoir quelque expérience de la vie: on voit qu'on ne savait rien, on voit qu'on ne voyait rien, on vivait enveloppé d'un voile d'illusions que l'esprit avait tissé et qui cachait aux yeux le visage terrible de la réalité. Il n'y a aucun rapport entre l'idée de la souffrance et l'être qui saigne et qui soutire. Il n'y a aucun rapport entre la pensée de la mort et les convulsions de la chair et de l'âme qui se débat et qui meurt. Tout le langage humain, toute la sagesse humaine, n'est qu'un guignol de raides automates, auprès de l'éblouissement funèbre de la réalité,—ces misérables êtres de boue et de sang, dont tout le vain effort est de fixer une vie, qui pourrit, d'heure en heure.
Christophe y pensait, jour et nuit. Les souvenirs de l'agonie le poursuivaient; il entendait l'horrible respiration. La nature entière avait changé; il semblait que se fût étendue sur elle une brume de glace. Autour de lui, partout, de quelque côté qu'il se tournât, il sentait sur sa face le souffle meurtrier de la Bête aveugle; il savait qu'il était sous le poing de cette Force de destruction, et qu'il n'y avait rien à faire. Mais loin de l'accabler, cette pensée le brûlait d'indignation et de haine. Il n'avait rien d'un résigné. Il se lançait tête baissée contre l'impossible; il avait beau se briser le front, et reconnaître qu'il n'était pas le plus fort: il ne cessait point, de se révolter contre la souffrance. Dès lors, sa vie fut une lutte de tous les instants contre la férocité d'un Destin, qu'il ne voulait pas admettre.
À l'obsession de ses pensées la dureté même de la vie vint faire diversion. La ruine de la famille, que Jean-Michel retardait, se précipita, dès qu'il ne fut plus là. Avec lui les Krafft avaient perdu leurs meilleures ressources; et la misère entra dans la maison.
Melchior y ajouta encore. Loin de travailler davantage, il s'abandonna tout à fait à son vice, quand il fut délivré du seul contrôle qui le retînt. Presque chaque nuit, il rentrait ivre, et il ne rapportait jamais rien de ce qu'il avait gagné. Du reste, il avait perdu à peu près toutes ses leçons. Une fois, il s'était présenté chez une élève dans un état d'ébriété complète: à la suite de ce scandale, toutes les maisons lui furent fermées. À l'orchestre, on ne le tolérait que par égard pour le souvenir de son père; mais Louisa tremblait qu'il ne fût congédié d'un jour à l'autre, après un esclandre. Déjà on l'en avait menacé, certains soirs où il était arrivé à son pupitre vers la fin de la représentation. Deux ou trois fois, il avait même totalement oublié de venir. Et de quoi n'était-il pas capable dans ces moments d'excitation stupide, où il était pris d'une démangeaison de dire et de faire des sottises! Ne s'avisa-t-il pas, un soir, de vouloir exécuter son grand concerto de violon, au milieu d'un acte de la Walküre! On eut toutes les peines du monde à l'en empêcher. Il éclatait de rire, pendant la représentation, sous l'empire des images plaisantes qui se déroulaient sur la scène, ou dans son cerveau. Il faisait la joie de ses voisins; on lui passait beaucoup de choses, en faveur de son ridicule. Mais cette indulgence était pire que la sévérité; et Christophe en mourait de honte.
L'enfant était maintenant premier violon à l'orchestre. Il s'arrangeait de façon à veiller sur son père, à le suppléer au besoin, à lui imposer silence, quand Melchior était dans ses jours d'expansion. Ce n'était pas aisé, et le mieux était de ne pas faire attention à lui; sans quoi l'ivrogne, dès qu'il se sentait regardé, faisait des grimaces, ou commençait un discours. Christophe détournait donc les yeux, tremblant de lui voir faire quelque excentricité; il essayait de s'absorber dans sa tâche, mais il ne pouvait s'empêcher d'entendre les réflexions de Melchior et les rires des voisins. Les larmes lui en venaient aux yeux. Les musiciens, braves gens, s'en étaient aperçus, et ils avaient pitié de lui; ils mettaient une sourdine à leurs éclats, ils se cachaient de Christophe pour parler de son père. Mais Christophe sentait leur commisération. Il savait que, dès qu'il était sorti, les moqueries reprenaient leur train et que Melchior était la risée de la ville. Il ne pouvait rien pour l'empêcher; c'était un supplice pour lui. Il ramenait son père à la maison après la fin du spectacle; il lui donnait le bras, subissait ses bavardages, s'évertuait à cacher l'incertitude de sa marche. Mais à qui faisait-il illusion? Et malgré ses efforts, il était rare qu'il réussît à conduire Melchior jusqu'au bout. Arrivé au tournant de la rue, Melchior déclarait qu'il avait un rendez-vous urgent avec des amis, et aucun argument ne pouvait lui persuader de manquer à cet engagement. Il était même prudent de ne pas trop insister, si on ne voulait s'exposera une scène d'imprécations paternelles, qui attirait les voisins aux fenêtres.
Tout l'argent du ménage y passait. Melchior ne se contentait pas de boire ce qu'il gagnait. Il buvait ce que sa femme et son fils avaient tant de peine à gagner. Louisa pleurait; mais elle n'osait pas résister, depuis que son mari lui avait durement rappelé que rien dans la maison n'était à elle et qu'il l'avait épousée sans un sou. Christophe voulut regimber: Melchior le calotta, le traita de polisson, et lui prit l'argent des mains. L'enfant avait douze à treize ans, il était robuste, et commençait à gronder contre les corrections; pourtant il avait encore peur de se révolter, et il se laissait dépouiller. La seule ressource qu'ils eussent, Louisa et lui, était de cacher leur argent. Mais Melchior avait une ingéniosité singulière à découvrir leurs cachettes, quand ils n'étaient pas là.
Bientôt, cela ne lui suffit plus. Il vendit les objets hérités de son père. Christophe voyait partir avec douleur les livres, le lit, les meubles, les portraits des musiciens. Il ne pouvait rien dire. Mais un jour que Melchior, s'étant rudement heurté au vieux piano de grand-père, jura de colère, en se frottant le genou, et dit qu'on n'avait plus la place de remuer chez soi, et qu'il allait débarrasser la maison de toutes ces vieilleries, Christophe poussa les hauts cris. C'était vrai que les chambres étaient encombrées, depuis qu'on y avait entassé les meubles de grand-père, pour vendre sa maison, la chère maison où Christophe avait passé les plus belles heures de son enfance. C'était vrai aussi que le vieux piano ne valait plus cher, qu'il avait une voix chevrotante, et que depuis longtemps Christophe l'avait abandonné, pour jouer sur le beau piano neuf, dû aux munificences du prince; mais si vieux et si impotent qu'il fût, il était le meilleur ami de Christophe; il avait révélé à l'enfant le monde sans bornes de la musique; sur ses touches jaunes et polies il avait découvert le royaume des sons; c'était l'œuvre de grand-père, qui avait passé des mois à le réparer pour son petit-fils: il était un objet sacré. Aussi Christophe protesta qu'on n'avait pas le droit de le vendre. Melchior lui intima l'ordre de se taire. Christophe cria plus fort que le piano était à lui, et qu'il défendait qu'on y touchât. Il s'attendait à recevoir une solide correction. Mais Melchior le regarda avec un mauvais sourire, et se tut.
Le lendemain Christophe avait oublié. Il rentrait à la maison, fatigué, mais d'assez bonne humeur. Il fut frappé des regards sournois de ses frères. Ils feignaient d'être absorbés dans une lecture; mais ils le suivaient des yeux et guettaient ses mouvements, se replongeant dans leur livre, dès qu'il les regardait. Il ne douta point qu'ils ne lui eussent fait quelque mauvaise farce, mais il y était habitué, et ne s'en émut pas, résolu, quand il la découvrirait, à les rosser, comme il avait coutume. Il dédaigna donc d'approfondir la chose, et il se mit à causer avec son père, qui, assis au coin du feu, l'interrogeait sur sa journée avec une affectation d'intérêt, auquel il n'était point fait. Tandis qu'il lui parlait, il s'aperçut que Melchior échangeait en cachette des clignements d'yeux avec les deux petits. Il eut un serrement de cœur. Il courut dans sa chambre... La place du piano était vide! Il poussa un cri de douleur. Il entendit dans l'autre pièce les rires étouffés de ses frères. Tout son sang lui monta au visage. Il bondit vers eux. Il cria:
—Mon piano!
Melchior leva la tête, d'un air paisible et ahuri, qui fit éclater de rire les enfants. Lui-même ne put y tenir, en voyant la mine piteuse de Christophe; et il se détourna pour pouffer. Christophe perdit conscience de ses actes. Il se jeta comme un fou sur son père. Melchior, renversé dans son fauteuil, n'eut pas le temps de se garer. L'enfant l'avait saisi à la gorge, et lui criait:
—Voleur!
Ce ne fut qu'un éclair. Melchior se secoua et envoya rouler contre le carreau Christophe, qui se cramponnait avec fureur. La tête de l'enfant heurta contre les chenets. Christophe se releva sur les genoux, le front ouvert; et il continuait de répéter d'une voix suffoquée:
—Voleur!... Voleur qui nous voles, maman, moi!... Voleur qui vends grand-père!
Melchior, debout, leva le poing sur la tête de Christophe. L'enfant le bravait avec des yeux haineux, et il tremblait de rage. Melchior se mit à trembler aussi. Il s'assit et se cacha la figure dans ses mains. Les deux petits s'étaient sauvés, en poussant des cris aigus. Au vacarme succéda le silence. Melchior gémissait des paroles vagues. Christophe, collé au mur, ne cessait pas de le fixer, les dents serrées. Melchior commença à s'accuser lui-même:
—Je suis un voleur! Je dépouille ma famille. Mes enfants me méprisent. Je ferais mieux d'être mort!
Quand il eut fini de geindre, Christophe, sans bouger, demanda d'une voix dure:
—Où est le piano?
—Chez Wormser, dit Melchior, n'osant pas le regarder.
Christophe fit un pas, et dit:
—L'argent!
Melchior, annihilé, tira l'argent de sa poche, et le remit à son fils. Christophe se dirigea vers la porte. Melchior l'appela:
—Christophe!
Christophe s'arrêta. Melchior reprit, d'une voix tremblante:
—Mon petit Christophe!... Ne me méprise pas!
Christophe se jeta à son cou, et sanglota:
—Papa, mon cher papa! Je ne te méprise pas! Je suis si malheureux!
ゴットフリートは狼狽して、彼を黙らした。クリストフ自身も、今自分の言ったことが恐ろしくなって、ゴットフリートといっしょに祈り始めた。しかし彼の心は沸きたっていた。そして卑下と忍従との言葉をくり返しながらも、一方心の底にあるものは、呪うべき事柄とそれを創り出した恐るべき「者」とにたいする、嫌悪と激しい反抗との感情のみであった。
新しく掘り返されて、底にはあわれなジャン・ミシェル老人が放置されてる土の上を、昼は過ぎ去り、雨夜は過ぎてゆく。その当座メルキオルは、いたく嘆き叫びすすり泣いた。しかし一週間も過ぎないうちに、彼の心からの大笑いをクリストフは耳にした。故人の名前を面前で言われると、彼の顔は伸びて悲しい様子になる。しかしすぐその後で、彼はまた活発に話しだし身振りをやりだす。彼はほんとうに心を痛めている、しかし悲しい感銘の中にとどまっていることができないのである。
消極的で忍従的なルイザは、何事をも受けいれると同様に、その不幸をも受けいれた。彼女は日ごとの祈祷に添えて、も一つ祈祷をしている。几帳面に墓地へ行き、あたかも家事の一部ででもあるかのように、墓の世話をしている。
ゴットフリートは、老人が眠ってる小さな四角な地面にたいして、非常にやさしい注意を向けている。その地へもどって来る時には、何か記念になる物や、自分の手でこしらえた十字架や、ジャン・ミシェルが好んでいた花などをもって来る。決してそれを欠かすことがなく、しかも人知れずするのである。
ルイザは時々、クリストフを墓参に連れてゆく。花や木の無気味な飾りに覆われてるその肥えた土地、さらさらした糸杉の香気に交って日向に漂ってる重々しい匂いが、クリストフはひどく嫌いである。しかしその嫌悪の情を口には出さない。卑怯のようでもあり不信のようでもあって、気がとがめるからである。彼はたいへん不幸である。祖父の死がたえずつきまとっている。彼はずっと以前から、死とはどんなものであるか知っていたし、それを考えては恐がっていた。しかしまだかつて実際に見たことはなかったのである。だれでも初めて死を見る者は、まだ死をも生をも、少しも知っていなかったことに気づく。すべては一挙に揺り動かされる。理性もなんの役にもたたない。生きてると信じていたのに、多少人生の経験があると信じていたのに、実は何にも知っていなかったことがわかり、何にも見ていなかったことがわかる。今まで幻のヴェールに、精神が織り出して眼を覆い、現実の恐ろしい相貌を見えなくする幻のヴェールに、すっかり包まれて生きていたのである。頭にもってた苦悩の観念と、実際血まみれになって苦しむ者との間には、なんらの連結もありはしない。死の考えと、もがき死んでゆく肉と霊との痙攣との間には、なんらの連結もありはしない。人間のあらゆる言葉、人間のあらゆる知恵は、ぎごちない自動人形の芝居にすぎない、現実の痛ましい感銘に比べては。――泥と血とで成った惨めな人間、いたずらな努力を尽して生命を取り止めようとしても、生命は刻々に腐爛してゆく。
クリストフはそのことを、夜昼となく考えていた。臨終の苦悶の記憶に追っかけられ通しだった。恐ろしい呼吸の音が耳には聞えていた。自然がすべて変わってしまった。氷のような靄が自然を覆ってるかと思われた。周囲いたるところに、どちらを向いても、盲目な「獣」の致命的な息を、顔の上に感じた。その破壊の「力」の拳の下にあって、どうにも仕方がないことが、わかっていた。しかしそういう考えは、彼を圧倒するどころか、かえって憤激と憎悪とに燃えたたした。彼は少しも諦め顔をしなかった。不可能に向かってまっしぐらに突進していった。額を傷つけようと、自分の方が弱いとわかろうと、さらに意に介しないで、苦悩にたいし反抗することを少しもやめなかった。それ以来彼の生涯は、許すべからざる「運命」の獰猛さにたいするたえざる争闘となった。
彼の心に纏綿してくる考えは、ちょうど生活の困苦のためにそらされた。ジャン・ミシェル一人で引止めていた一家の零落は、彼がいなくなるとすぐにさし迫ってきた。クラフト一家の者は、彼の死とともに、生活のたよりを大半失ってしまった。貧苦が家にはいってきた。
メルキオルがそれをなおひどくした。彼は縛られてた唯一の監督から解放されると、いっそうよく働くどころか、まったく不品行に身を任してしまった。ほとんど毎夜のように、酔っ払ってもどって来、稼いだものを少しももち帰らなかった。それに稽古口もおおかた失っていた。ある時、まったく泥酔の姿をある女弟子の家に現わした。その破廉恥な行ないの結果、どの家からも追い払われた。管弦楽団の間では、父親の追懐にたいする敬意からようやく許されていた。しかしルイザは、今にもふしだらをして免職になりはすまいかと、びくびくしていた。すでにもう彼は、芝居の終るころようやく奏楽席にやって来た晩なんかは、解職すると言っておどかされていた。二、三度は、やって来ることをまったく忘れたことさえあった。それからまた、無茶なことを言ったりしたりしたくてたまらなくなる馬鹿げた興奮の場合には、どんなことでもやりかねなかった。ある晩なんかは、ワルキューレのある幕の最中に、自分のヴァイオリン大協奏曲をひきたいと考えついた。それを止めさせるのに皆で大骨折をしたほどだった。また、開演中に、舞台の上や自分の頭の中に展開する面白い光景に魅せられて、突然大笑いをすることもあった。そして彼は一同の慰み物になっていた。そしてその滑稽のゆえに、多くのことを大目に見過ごしてもらっていた。しかしそう寛大に見られるのは、厳酷な取扱いを受けるのよりもなおいけないことだった。クリストフにはそれが恥しくてたまらなかった。
子供は今や管弦楽団の第一ヴァイオリニストとなっていた。メルキオルが浮々した気分でいる時には、それを監視したり、時によっては補助してやったり、あるいは無理に黙らしたりすることに、気を配っていた。それは楽なことではなかった。そしていちばんいいのは、まったく父に注意を向けないことだった。そうでないと、酔っ払いは自分が見られてるなと感ずるとすぐに、しかめ顔をしたり、あるいは話をやりだした。クリストフは、父が何かひどいことをやるのが見えやすまいかとびくびくしながら、眼をそらした。彼は自分の職務に我を忘れようとつとめた。しかしメルキオルの無駄口やその隣りの人々の笑い声やを、聞かないわけにはゆかなかった。眼には涙が出て来た。善良な楽手たちは、それに気づいて、彼を気の毒に思った。彼らは笑い声を押えた。クリストフに隠れて父親の噂をするようにした。しかしクリストフは彼らの憐れみを感知していた。自分が出て行くとすぐに嘲弄が始まるのを、メルキオルが町じゅうの笑草になってるのを、彼は知っていた。どうにもしようがなかった。それが苦しみの種であった。芝居がはねると、彼は父を家に連れて帰った。父に腕を貸し、その駄弁を聞いてやり、その危い足取りを人に知らせまいと努めた。しかし他人はだれが彼に欺かれる者があったろう? そしてまた、いかほど努力しても、首尾よくメルキオルを家まで連れてゆけることは滅多になかった。街路の曲り角まで来ると、メルキオルは友だちと急な面会の約束があると言いだした。なんと説いても、その約束をまげさせることはできなかった。それにまたクリストフは、ひどい親子争いをして、近所の人に窓から見られるようなことになりたくなかったので、用心してあまり言い張りもしなかった。
生活の金はすべてそちらに取られていた。メルキオルは自分で儲けただけを飲んでしまうのでは満足しなかった。妻や子が非常に骨折って得たものまで飲んでしまった。ルイザは泣いてばかりいた。家の中に彼女の物とては何にもないし、彼女は一文なしで結婚して来たのだと、昔のことを夫からきびしく言われてから、もう抵抗するだけの元気もなかった。クリストフは逆らってやった。するとメルキオルは彼を殴りつけ、悪戯っ児扱いにし、その手から金を奪い取った。子供はもう十二、三歳で、身体は頑丈で、折檻されると怒鳴り出した。けれどもまだ反抗するのが恐かった。取られるままになっていた。ルイザと彼と、二人の唯一の手段は、金を隠すことだった。しかしメルキオルは、二人が不在な時に、その隠し場所を見つけるのに不思議なほど巧みだった。
間もなく、彼はもうそれでもあきたらなくなった。彼は父から受け継いだ品物を売った。書物や、寝台や、家具や、音楽家の肖像などが、家から出てゆくのを、クリストフは悲しげに眺めた。彼はなんとも言うことができなかった。しかし、ある日メルキオルが、祖父の贈物の古ピアノにひどくつき当たり、膝をなでながら怒りに任してののしり、家の中が動けないほどいっぱいになってると言い、こんな古道具はすっかり厄介払をしてやると言った時、クリストフは高い叫び声をあげた。祖父の家を、クリストフが幼年時代の最も美しい時間を過ごしたその大事な家を、売り払ってしまうために、祖父の道具をすっかりもち込んで来てからは、どの室もいっぱいふさがってるというのは、ほんとうだった。またその古ピアノは、もうたいした価値もなくなっており、音は震えるようになっていて、久しい以前からクリストフはそれを捨て、大公爵から賜わった新しいりっぱなピアノをばかりひいているというのも、ほんとうだった。しかしその古ピアノは、いかに古くいかに不具であろうとも、クリストフにとっては最良の友であった。それは音楽の無辺際な世界を子供に開き示してくれた。その艶やかな黄色い鍵盤の上で、子供は音響の王国を発見した。それは祖父の手になったもので、祖父は孫のために数か月かかってそれを修理したのだった。それは聖い品であった。それゆえクリストフは、だれにもそれを売るの権利はないと抗弁した。メルキオルは黙れという命令を様子で知らした。クリストフは、そのピアノは自分のもので人に手を触れさせるものかと、ますます強く喚きたてた。彼はひどい折檻を受けることと期待していた。しかしメルキオルは、厭な笑顔で彼を眺め、そして口をつぐんだ。
翌日になると、クリストフはそのことを忘れていた。疲れてはいたがかなり上機嫌で家に帰って来た。ところが弟たちの狡猾な眼付に気をひかれた。二人とも書物を読み耽ってるふうを装っていた。彼の様子を見守り彼の一挙一動を窺いながらも、彼に見られるとまた書物に眼を伏せた。きっと何か悪戯をされたに違いないと彼は思った。しかしそんなことに慣れていた。悪戯を見つけたらいつものとおり殴りつけてやろうときめていたので、別に心を動かさなかった。それであえて穿鑿しようともしなかった。そして父と話しだした。父は暖炉の隅にすわっていて、柄にもなく興味あるふうを見せながら、その日のことを尋ねだした。彼は話してるうち、メルキオルが二人の子供とひそかに目配せしてるのを認めた。彼は心にはっとした。自分の室に駆け込んだ。……ピアノの場所が空になっていた。彼は悲しみの叫び声をあげた。向うの室に弟たちの忍び笑いが聞えた。顔にかっと血が上った。彼は彼らの方へ飛んでいった。そして叫んだ。
「僕のピアノを!」
メルキオルはのんきなしかもまごついた様子で顔を上げた。それで子供たちはどっと笑った。メルキオル自身も、クリストフのあわれな顔付を見ると、我慢ができないで、横を向いてふきだした。クリストフは自分が何をしてるかみずから知らなかった。狂人のように父に飛びかかった。メルキオルは肱掛椅子に反り返っていたので、身をかわす隙がなかった。子供はその喉元をつかんで叫んだ。
「泥坊!」
それはただ一瞬の間だった。メルキオルは身を揺って、猛然としがみついてたクリストフを、床の上に投げ飛ばした。子供の頭は暖炉の薪台にぶつかった。クリストフはまた膝頭で起き上がり、頭を振り立て、息づまった声でくり返し叫びつづけた。
「泥坊! お母さんやぼくのものを盗む泥坊め!……お祖父さんのものを売る泥坊め!」
メルキオルはつっ立って、クリストフの頭の上に拳をふり上げた。クリストフは憎悪の眼でいどみかかり、忿怒のあまり身を震わしていた。メルキオルもまた震えだした。それから腰を降ろして、両手に顔を隠した。二人の子供は、鋭い叫び声をたてて逃げてしまっていた。騒動につづいて沈黙が落ちてきた。メルキオルは訳のわからぬことをぶつぶつ言っていた。クリストフは壁にぴったり身を寄せ、歯をくいしばりながら、じっと父をにらみつけてやめなかった。メルキオルはみずから自分をとがめ始めた。
「俺は泥坊だ! 家の者から剥ぎ取る。子供たちからは軽蔑される。いっそ死んだ方がましだ。」
彼が愚痴を言い終えた時、クリストフは身動きもしないで、きびしい声で尋ねた。
「ピアノはどこにあるんだい?」
「ウォルムゼルのところだ。」とメルキオルは彼の方を見ることもできずに言った。
クリストフは一歩進んで言った。
「金は?」
メルキオルはすっかり気圧されて、ポケットから金を取出し、それを息子に渡した。クリストフは扉の方へ進んでいった。メルキオルは彼を呼んだ。
「クリストフ!」
クリストフは立止まった。メルキオルは震え声で言った。
「クリストフ……おれを蔑むなよ!」
クリストフは彼の首に飛びついて、すすり泣いた。
「お父さん、お父さん、蔑みはしません。ぼくは悲しいや!」
Ils pleuraient bruyamment. Melchior se lamentait:
—Ce n'est pas ma faute. Je ne suis pourtant pas méchant. N'est-ce pas, Christophe? Voyons, je ne suis pas méchant?
Il promettait de ne plus boire. Christophe hochait la tête, d'un air de doute; et Melchior convenait qu'il ne pouvait pas résister, quand il avait de l'argent dans les mains. Christophe réfléchit, et dit:
—Sais-tu, papa, il faudrait...
Il s'arrêta.
—Quoi donc?
—J'ai honte...
—Pour qui? demanda naïvement Melchior.
—Pour toi.
Melchior fit la grimace, et dit:
—Cela ne fait rien.
Christophe expliqua qu'il faudrait que tout l'argent de la famille, même le traitement de Melchior, fût confié à un autre, qui remettrait à Melchior, jour par jour, ou semaine par semaine, ce dont il aurait besoin. Melchior, qui était en veine d'humilité,—il n'était pas tout à fait à jeun,—renchérit sur la proposition et déclara qu'il voulait écrire séance tenante une lettre au grand-duc, pour que la pension qui lui revenait fût régulièrement payée en son nom à Christophe. Christophe refusait, rougissant de l'humiliation de son père. Mais Melchior, dévoré d'une soif de sacrifice, s'obstina à écrire. Il était ému de la magnanimité de son acte. Christophe refusa de prendre la lettre; et Louisa, qui venait de rentrer, mise au courant de l'affaire, déclara qu'elle aimerait mieux mendier que d'obliger son mari à cet affront. Elle ajouta qu'elle avait confiance en lui, et qu'elle était sûre qu'il s'amenderait pour l'amour d'eux. Cela finit par une scène d'attendrissement général; et la lettre de Melchior, oubliée sur la table, alla tomber sous l'armoire, où elle resta cachée.
Mais, quelques jours après, Louisa l'y retrouva, en faisant le ménage; et comme elle était très malheureuse alors des nouveaux désordres de Melchior, qui avait recommencé, au lieu de déchirer le papier, elle le mit de côté. Elle le garda plusieurs mois, repoussant toujours l'idée de s'en servir, malgré les souffrances qu'elle endurait. Mais un jour qu'elle vit, une fois de plus, Melchior battre Christophe et le dépouiller de son argent, elle n'y tint plus; et, seule avec l'enfant qui pleurait, elle alla prendre la lettre, la lui donna, et dit:
—Va!
Christophe hésitait encore; mais il comprit qu'il n'y avait plus d'autre moyen, si on voulait sauver de la ruine totale le peu qui leur restait. Il alla au palais. Il mit près d'une heure à faire un trajet de vingt minutes. La honte de sa démarche l'accablait. Son orgueil, qui s'était exalté dans ces dernières années d'isolement, saignait à la pensée d'avouer publiquement le vice de son père. Par une étrange et naturelle inconséquence, il savait que ce vice était connu de tous; et il s'obstinait à vouloir donner le change, il feignait de ne s'apercevoir de rien: il se fût laissé hacher en morceaux, plutôt que d'en convenir. Et maintenant, de lui-même, il allait...! Vingt fois, il fut sur le point de revenir; il fit deux ou trois fois le tour de la ville, retournant sur ses pas, au moment d'arriver. Mais il n'était pas seul en cause. Il s'agissait de sa mère, de ses frères. Puisque son père les abandonnait, c'était à lui, fils aîné, de venir à leur aide. Il n'y avait plus à hésiter, à faire l'orgueilleux: il fallait boire la honte. Il entra au palais. Dans l'escalier, il faillit encore s'enfuir. Il s'agenouilla sur une marche. Il resta, plusieurs minutes, sur le palier, la main sur le bouton de la porte, jusqu'à ce que l'arrivée de quelqu'un le forçât à entrer.
Tout le monde le connaissait aux bureaux. Il demanda à parler à Son Excellence l'intendant des théâtres, baron de Hammer Langbach. Un employé, jeune, gras, chauve, le teint fleuri, avec un gilet blanc et une cravate rose, lui serra familièrement la main, et se mit à parler de l'opéra de la veille. Christophe répéta sa question. L'employé répondit que Son Excellence était occupée en ce moment, mais que, si Christophe avait une requête à lui présenter, on la lui ferait passer avec d'autres pièces, qu'on allait lui porter à signer. Christophe tendit la lettre. L'employé y jeta les yeux, et poussa une exclamation de surprise:
—Ah! par exemple! fit-il gaiement. Voilà une bonne idée! Il y a longtemps qu'il aurait dû s'aviser de cela! De toute sa vie, il n'a rien fait de mieux. Ah! le vieux pochard! Comment diable a-t-il pu s'y résoudre?
Il s'arrêta net. Christophe lui avait arraché le papier des mains, et criait, blême de colère:
—Je vous défends...! Je vous défends de m'insulter!
Le fonctionnaire fut stupéfait:
—Mais, cher Christophe, essaya-t-il de dire, qui songe à t'insulter? Je n'ai dit que ce que tout le monde pense. Toi-même, tu le penses.
—Non! cria rageusement Christophe.
—Quoi! tu ne le penses pas? Tu ne penses pas qu'il boit?
—Ce n'est pas vrai! dit Christophe.
Il trépignait.
L'employé haussa les épaules:
—En ce cas, pourquoi a-t-il écrit cette lettre?
—Parce que... dit Christophe,—(il ne sut plus que dire),—parce que, comme je viens toucher mon traitement, chaque mois, je puis prendre en même temps celui de mon père. Il est inutile que nous nous dérangions tous deux... Mon père est très occupé.
Il rougissait de l'absurdité de son explication. L'employé le regardait avec un mélange d'ironie et de pitié. Christophe, froissant le papier dans sa main, fit mine de sortir. L'autre se leva et lui prit le bras.
—Attends un moment, dit-il, je vais arranger les choses.
Il passa dans le cabinet du directeur. Christophe attendit, sous les regards des autres employés. Il ne savait pas ce qu'il devait faire. Il songea à se sauver, avant qu'on lui rapportât la réponse; et il s'y disposait, quand la porte se rouvrit:
—Son Excellence veut bien te recevoir, lui dit le trop serviable employé.
Christophe dut entrer.
Son Excellence le baron de Hammer Langbach, un petit vieux, propret, avec des favoris, des moustaches, et le menton rasé, regarda Christophe par-dessus ses lunettes d'or, sans s'interrompre d'écrire, ni répondre d'un signe de tête à ses saluts embarrassés.
—Ainsi, dit-il après un moment, vous demandez, monsieur Krafft?...
—Votre Excellence, dit précipitamment Christophe, je vous prie de me pardonner. J'ai réfléchi. Je ne demande plus rien.
Le vieillard ne chercha pas a avoir une explication de ce revirement subit. Il regarda plus attentivement Christophe, toussota, et dit:
—Voudriez-vous me donner, monsieur Krafft, la lettre que vous tenez à la main?
Christophe s'aperçut que le regard de l'intendant était fixé sur le papier qu'il continuait, sans y penser, à froisser dans son poing.
—C'est inutile, Votre Excellence, balbutia-t-il. Ce n'est plus la peine maintenant.
—Donnez, je vous prie, reprit tranquillement le vieillard, comme s'il n'avait pas entendu.
Christophe, machinalement, donna le chiffon de lettre; mais il se lança dans un flot de paroles embrouillées, tendant toujours la main pour ravoir la lettre. L'Excellence déplia soigneusement le papier, le lut, regarda Christophe, le laissa patauger dans ses explications, puis l'interrompit, et dit, avec un éclair malicieux dans les yeux: C'est bien, monsieur Krafft. La demande est accordée.
De la main, il lui donna congé et se replongea dans ses écritures.
Christophe sortit, consterné.
—Sans rancune, Christophe! lui dit cordialement l'employé, quand l'enfant repassa par le bureau. Christophe se laissa prendre et secouer la main, sans oser lever les yeux.
Il se retrouva hors du château. Il était glacé de honte. Tout ce qu'on lui avait dit lui revenait à l'esprit; et il s'imaginait sentir une ironie injurieuse dans la pitié des gens qui l'estimaient et le plaignaient. Il rentra à la maison, il répondit à peine par quelques mots irrités aux questions de Louisa, comme s'il lui gardait rancune de ce qu'il venait de faire. Il était déchiré de remords, à la pensée de son père. Il voulait lui avouer tout, lui demander pardon. Melchior n'était pas là. Christophe l'attendit sans dormir, jusqu'au milieu de la nuit. Plus il pensait à lui, plus ses remords augmentaient: il l'idéalisait; il se le représentait faible, bon, malheureux, trahi par les siens. Dès qu'il entendit son pas dans l'escalier, il sauta du lit pour courir à sa rencontre et se jeter dans ses bras. Mais Melchior rentrait dans un état d'ivresse si dégoûtant que Christophe n'eut même pas le courage de l'approcher; et il alla se recoucher, en raillant amèrement ses illusions.
Quand Melchior, quelques jours plus tard, apprit ce qui s'était passé, il eut un accès de colère épouvantable; et malgré les supplications de Christophe, il alla faire une scène au palais. Mais il en revint tout penaud, et il ne souffla mot de ce qui avait eu lieu. On l'avait reçu fort mal. On lui avait dit qu'il eût à le prendre sur un autre ton,—qu'on ne lui avait conservé sa pension qu'en considération du mérite de son fils, et que si l'on apprenait de lui le moindre scandale à l'avenir, elle lui serait totalement supprimée. Aussi Christophe fut-il très soulagé de voir son père accepter sa situation, du jour au lendemain, et se vanter même d'avoir eu l'initiative de ce sacrifice.
Cela n'empêcha point Melchior d'aller larmoyer au dehors qu'il était dépouillé par sa femme et par ses enfants, qu'il s'était exténué pour eux, toute sa vie, et que maintenant on le laissait manquer de tout. Il tâchait aussi de soutirer de l'argent à Christophe, par toutes sortes de câlineries et de ruses ingénieuses, qui donnaient envie de rire à Christophe, bien qu'il n'en eût guère sujet. Mais comme Christophe tenait bon, Melchior n'insistait pas. Il se sentait étrangement intimidé devant les yeux sévères de cet enfant de quatorze ans, qui le jugeait. Il se vengeait en cachette par quelque mauvais tour. Il allait au cabaret, buvait et régalait; et il ne payait rien, prétendant que c'était à son fils d'acquitter ses dettes. Christophe ne protestait pas, de peur d'augmenter le scandale; et, d'accord avec Louisa, ils s'épuisaient à payer les dettes de Melchior.—Enfin, Melchior se désintéressa de plus en plus de sa charge de violoniste, depuis qu'il n'en touchait plus le traitement; et ses absences devinrent si fréquentes au théâtre que, malgré les prières de Christophe, on finit par le mettre à la porte. L'enfant resta donc seul chargé de soutenir son père, ses frères, et toute la maison.
Ainsi, Christophe devint chef de famille, à quatorze ans.
Il accepta résolument cette tâche écrasante. Son orgueil lui défendait de recourir à la charité des autres. Il se jura de se tirer d'affaire seul. Il avait trop souffert, depuis l'enfance, de voir sa mère accepter, quêter d'humiliantes aumônes; c'était un sujet de discussions avec elle, quand la bonne femme revenait au logis, triomphante d'un cadeau qu'elle avait obtenu d'une de ses protectrices. Elle n'y voyait pas malice et se réjouissait de pouvoir, grâce à cet argent, épargner un peu de peine à son Christophe et ajouter un plat au maigre souper. Mais Christophe devenait sombre; il ne parlait plus de la soirée; il refusait, sans dire pourquoi, de toucher à la nourriture qui avait été ainsi obtenue. Louisa était chagrinée; elle harcelait maladroitement son fils pour qu'il mangeât; il s'obstinait; elle finissait par s'impatienter et lui disait des choses désagréables, auxquelles il répondait; alors, il jetait sa serviette sur la table, et sortait. Son père haussait les épaules et l'appelait poseur. Ses frères se moquaient de lui et mangeaient sa part.
Il fallait pourtant trouver les moyens de vivre. Son traitement à l'orchestre n'y suffisait plus. Il donna des leçons. Son talent de virtuose, sa bonne réputation, et surtout la protection du prince lui attirèrent une nombreuse clientèle dans la haute bourgeoisie. Tous les matins, depuis neuf heures, il enseignait le piano à des fillettes, souvent plus âgées que lui, qui l'intimidaient par leur coquetterie et qui l'exaspéraient par la niaiserie de leur jeu. Elles étaient, en musique, d'une stupidité parfaite; en revanche, elles possédaient toutes, plus ou moins, un sens aigu du ridicule; et leur regard moqueur ne faisait grâce à Christophe d'aucune de ses maladresses. C'était une torture pour lui. Assis à côté d'elles, sur le bord de sa chaise, rouge et guindé, crevant de colère et n'osant pas bouger, se tenant à quatre pour ne pas dire de sottises et ayant peur du son de sa voix, s'efforçant de prendre un air sévère et se sentant observé du coin de l'œil, il perdait contenance, se troublait au milieu d'une observation, craignait d'être ridicule, l'était, et s'emportait jusqu'aux reproches blessants. Il était bien facile à ses élèves de se venger; et elles n'y manquaient point, en l'embarrassant par une certaine façon de le regarder, de lui poser les questions les plus simples, qui le faisait rougir jusqu'aux yeux; ou bien, elles lui demandaient un petit service,—comme d'aller prendre sur un meuble un objet oublié:—ce qui était pour lui la plus pénible épreuve: car il fallait traverser la chambre sous le feu des regards malicieux, qui guettaient impitoyablement les gaucheries de ses mouvements, ses jambes maladroites, ses bras raides, son corps ankylosé par l'embarras.
De ces leçons il devait courir à la répétition du théâtre. Souvent il n'avait pas le temps de déjeuner; il emportait dans sa poche un morceau de pain et de charcuterie qu'il mangeait pendant l'entr'acte. Il suppléait parfois Tobias Pfeiffer, le Musik Direktor, qui s'intéressait à lui et l'exerçait à diriger de temps en temps à sa place les répétitions d'orchestre. Il lui fallait aussi continuer sa propre éducation musicale. D'autres leçons de piano remplissaient sa journée, jusqu'à l'heure de la représentation. Et bien souvent, le soir, après la fin du spectacle, on le demandait au château. Là, il devait jouer pendant une heure ou deux. La princesse prétendait se connaître en musique; elle l'aimait fort, sans faire de différence entre la bonne et la mauvaise. Elle imposait à Christophe des programmes baroques, où de plates rapsodies coudoyaient les chefs-d'œuvre. Mais son plus grand plaisir était de le faire improviser; et elle lui fournissait les thèmes, d'une sentimentalité écœurante.
Christophe sortait de là, vers minuit, harassé, les mains brûlantes, la tête fiévreuse, l'estomac vide. Il était en sueur; et, dehors, la neige tombait, ou un brouillard glacé. Il avait plus de la moitié de la ville à traverser, pour regagner sa maison; il rentrait à pied, claquant des dents, mourant d'envie de dormir, et il devait prendre garde à ne pas salir dans les flaques son unique vêtement de soirée.
Il retrouvait sa chambre, qu'il partageait toujours avec ses frères; et jamais le dégoût et le désespoir de sa vie, jamais le sentiment de sa solitude ne l'accablait autant qu'à ce moment où, dans ce galetas à l'odeur étouffante, il lui était enfin permis de déposer son collier de misère. À peine avait-il le courage de se déshabiller. Heureusement, dès qu'il posait la tête sur l'oreiller, il était terrassé par le sommeil, qui lui enlevait la conscience de ses peines.
Mais, dès l'aube en été, bien avant l'aube en hiver, il fallait qu'il se levât. Il voulait travailler pour lui: le seul moment de liberté qu'il eût était entre cinq et huit heures. Encore en devait-il perdre une partie à des travaux de commande: car son titre de Hof Musicus et sa faveur auprès du grand-duc l'obligeaient à des compositions officielles pour les fêtes de la cour.
Ainsi, jusqu'à la source de sa vie était empoisonnée. Ses rêves même n'étaient point libres. Mais, comme c'est l'habitude, la contrainte les rendait plus forts. Quand rien n'entrave l'action, l'âme a bien moins de raisons pour agir. Plus étroite se resserrait autour de Christophe la prison des soucis et des tâches médiocres, plus son cœur révolté sentait son indépendance. Dans une vie sans entraves, il se fût abandonné sans doute au hasard des heures. Ne pouvant être libre qu'une heure ou deux par jour, sa force s'y ruait, comme un torrent entre les rochers. C'est une bonne discipline pour l'art, que de resserrer ses efforts dans d'implacables limites. En ce sens, on peut dire que la misère est un maître, non seulement de pensée, mais de style; elle apprend la sobriété à l'esprit, comme au corps. Quand le temps est compté et les paroles mesurées, on ne dit rien de trop et on prend l'habitude de ne penser que l'essentiel. Ainsi on vit double, ayant moins de temps pour vivre.
Il en fut ainsi. Christophe prit sous le joug pleine conscience de la valeur de la liberté; et il ne gaspillait pas les minutes précieuses à des actes, ou des mots inutiles. Sa tendance naturelle à écrire avec une abondance diffuse, livrée à tous les caprices d'une pensée sincère, mais sans choix, trouva son correctif dans l'obligation de se réaliser le plus possible en le moins de temps possible. Rien n'eut tant d'influence sur son développement artistique et moral:—ni les leçons de ses maîtres, ni l'exemple des chefs-d'œuvre. Il acquit, dans ces années où le caractère se forme, l'habitude de considérer la musique comme une langue précise, dont chaque note a un sens; et il prit en haine les musiciens qui parlent pour ne rien dire.
Cependant, les compositions qu'il écrivait alors étaient bien loin de l'exprimer complètement, parce qu'il était lui-même bien loin de s'être découvert. Il se cherchait à travers l'amas de sentiments acquis, que l'éducation impose à l'enfant, comme une seconde nature. Il n'avait que des intuitions de son être véritable, faute d'avoir encore ressenti les passions de l'adolescence, qui dégagent la personnalité de ses vêtements d'emprunt, comme un coup de tonnerre purge le ciel des vapeurs qui l'enveloppent. D'obscurs et puissants pressentiments se mêlaient en lui aux réminiscences étrangères, dont il ne pouvait se défaire. Il s'irritait de ces mensonges. Il se désolait de voir combien ce qu'il écrivait était inférieur à ce qu'il pensait. Il doutait amèrement de lui. Mais il ne pouvait se résigner à cette stupide défaite; il s'enrageait à faire mieux, à écrire de grandes choses. Et toujours il échouait. Après un instant d'illusion, pendant qu'il écrivait, il s'apercevait que ce qu'il avait écrit ne valait rien; il le déchirait, il le brûlait. Et, pour achever sa honte, il fallait qu'il vît conservées, sans pouvoir les anéantir, ses œuvres officielles, les plus médiocres de toutes,—le concerto: l'Aigle royal, pour l'anniversaire du prince, et la cantate: l'Hymen de Pallas, écrite à l'occasion du mariage de la princesse Adélaïde,—publiées à grands frais, en éditions de luxe, qui perpétuaient son imbécillité pour les siècles à venir:—car il croyait aux siècles à venir... Il en pleurait d'humiliation.
Fiévreuses années! Nul répit, nulle relâche. Rien qui fasse diversion à ce labeur affolant. Point de jeux, point d'amis. Comment en aurait-il? L'après-midi, à l'heure où les autres enfants s'amusent, le petit Christophe, le front plissé par l'attention, est assis à son pupitre d'orchestre, dans la salle de théâtre poussiéreuse et mal éclairée. Et le soir, quand les autres enfants sont couchés, il est encore là, affaissé sur sa chaise, et crispé de fatigue.
Aucune intimité avec ses frères. Le cadet, Ernst, avait douze ans: c'était un petit vaurien, vicieux et effronté, qui passait ses journées avec quelques chenapans de sa sorte, et qui, dans leur société, avait pris non seulement des façons déplorables, mais de honteuses habitudes, dont l'honnête Christophe, qui n'aurait même pu en concevoir l'idée, s'était aperçu un jour avec horreur. L'autre, Rodolphe, le favori de l'oncle Théodore, se destinait au commerce. Il était rangé, tranquille, mais sournois; il se croyait très supérieur à Christophe, et n'admettait pas son autorité sur la maison, bien qu'il trouvât naturel de manger son pain. Il avait épousé les rancunes de Théodore et de Melchior contre lui, et il répétait leurs racontars ridicules. Aucun des deux frères n'aimait la musique; et Rodolphe affectait de la mépriser, comme son oncle, par esprit d'imitation. Gênés par la surveillance et les semonces de Christophe, qui prenait au sérieux son rôle de chef de famille, les deux petits avaient tenté de se révolter; mais Christophe avait de bons poings et la conscience de son droit: il faisait marcher rondement ses cadets. Ils n'en faisaient pas moins de lui ce qu'ils voulaient; ils abusaient de sa crédulité, ils lui tendaient des panneaux, où il ne manquait jamais de tomber; ils lui extorquaient de l'argent, mentaient impudemment, et se moquaient de lui derrière son dos. Le bon Christophe se laissait toujours prendre; il avait un tel besoin d'être aimé qu'un mot affectueux suffisait pour désarmer sa rancune. Il leur eût tout pardonné, pour un peu d'amour. Mais sa confiance était cruellement ébranlée, depuis qu'il les avait entendus rire de sa bêtise, après une scène d'embrassements hypocrites qui l'avait ému jusqu'aux larmes: ce dont ils avaient profité pour le dépouiller d'une montre en or, cadeau du prince, qu'ils convoitaient. Il les méprisait, et pourtant continuait à se laisser duper, par un penchant irrésistible à croire et à aimer. Il le savait, il se mettait en rage contre lui-même, et il rouait de coups ses frères, quand il découvrait, une fois de plus, qu'ils s'étaient joués de lui. Après quoi, il avalait de nouveau le premier hameçon qu'il leur plaisait de lui jeter.
Une plus amère souffrance lui était réservée. Il apprit par d'officieux voisins que son père disait du mal de lui. Après avoir été glorieux des succès de son fils, Melchior avait la honteuse faiblesse d'en devenir jaloux. Il cherchait à les rabaisser. C'était bête à pleurer. On ne pouvait que hausser les épaules; il n'y avait même pas à se fâcher: car il était inconscient de ce qu'il faisait, et aigri par sa déchéance. Christophe se taisait; il eût craint, s'il parlait, de dire des choses trop dures; mais il avait le cœur ulcéré.
Tristes réunions, que ces soupers de famille, le soir, autour de la lampe, sur la nappe tachée, au milieu des propos insipides et du bruit de mâchoires de ces êtres qu'il méprise, qu'il plaint, et qu'il aime malgré tout! Avec la brave maman, seule, Christophe sentait un lien de commune affection. Mais Louisa, ainsi que lui, s'exténuait tout le jour; et, le soir, elle était éteinte, elle ne disait presque rien et s'endormait sur sa chaise, après dîner, en reprisant des chaussettes. D'ailleurs, elle était si bonne qu'elle ne semblait pas faire de différence dans son affection entre son mari et ses trois fils; elle les aimait tous également. Christophe ne trouvait pas en elle la confidente dont il avait tant besoin.
Il s'enfermait en lui. Il se taisait pendant des jours entiers, accomplissant sa tâche monotone et harassante, avec une sorte de rage silencieuse. Un tel régime était dangereux, pour un enfant, à un âge de crise où l'organisme, plus sensible, est livré à toutes les causes de destruction et risque de se déformer pour le reste de la vie. La santé de Christophe en souffrit gravement. Il avait reçu des siens une solide charpente, une chair saine et sans tares. Mais ce corps vigoureux ne fit qu'offrir plus d'aliment à la douleur, quand l'excès des fatigues et des soucis précoces y eut ouvert une brèche par où elle put entrer. De très bonne heure, s'étaient annoncés chez lui des désordres nerveux. Il avait, tout petit, des évanouissements, des convulsions, des vomissements, quand il éprouvait une contrariété. Vers sept ou huit ans, à l'époque de ses débuts au concert, son sommeil était inquiet: il parlait, criait, riait, pleurait, en dormant; et cette disposition maladive se renouvelait, chaque fois qu'il avait des préoccupations vives. Puis ce furent de cruelles douleurs à la tête, tantôt des élancements dans la nuque et les côtés du crâne, tantôt un casque de plomb. Les yeux lui faisaient mal: c'étaient, par instants, des pointes d'aiguille qui s'enfonçaient dans l'orbite; il avait des éblouissements et ne pouvait plus lire, il devait s'arrêter pendant quelques minutes. La nourriture insuffisante ou malsaine et l'irrégularité des repas ruinaient son robuste estomac. Il était rongé par des douleurs d'entrailles, ou une diarrhée qui l'épuisait. Mais rien ne le faisait plus souffrir que son cœur: il était d'une irrégularité folle; tantôt il bondissait tumultueusement dans la poitrine, à croire qu'il allait se briser; tantôt il battait à peine et semblait près de s'arrêter. La nuit, la température de l'enfant avait des sautes effrayantes; elle passait sans transition de la grosse fièvre à l'anémie. Il brûlait, il tremblait de froid, il avait des angoisses, sa gorge se contractait, une boule dans le cou l'empêchait de respirer.—Naturellement, son imagination se frappa: il n'osait parler aux siens de ce qu'il ressentait; mais il l'analysait sans cesse, avec une attention qui grossissait ses souffrances ou en créait de nouvelles. Il se prêta, l'une après l'autre, toutes les maladies connues; il crut qu'il allait devenir aveugle; et comme il avait quelquefois des vertiges, en marchant, il craignait de tomber mort.—Toujours cette horrible peur d'être arrêté en chemin, de mourir avant l'âge, l'obsédait, l'accablait, le talonnait à la fois. Ah! s'il fallait mourir, au moins, pas maintenant, pas avant d'être vainqueur!...
La victoire... l'idée fixe qui ne cesse de le brûler, sans qu'il s'en rende compte, qui le soutient à travers les dégoûts, les fatigues, le marais croupissant de cette vie! Conscience sourde et puissante de ce qu'il sera plus tard, de ce qu'il est déjà!... Ce qu'il est? Un enfant maladif et nerveux, qui joue du violon à l'orchestre et écrit de médiocres concertos?—Non. Bien au delà de cet enfant. Ceci n'est que l'enveloppe, la figure d'un jour. Ceci n'est pas son Être. Il n'y a aucun rapport entre son Être profond et la forme présente de son visage et de sa pensée. Lui-même le sait bien. S'il se voit dans son miroir, il ne se reconnaît pas. Cette face large et rouge, ces sourcils proéminents, ces petits yeux enfoncés, ce nez court, gros du bout, aux narines dilatées, cette lourde mâchoire, cette bouche boudeuse, tout ce masque, laid et vulgaire, lui est étranger. Il ne se reconnaît pas davantage dans ses œuvres. Il se juge, il sait la nullité de ce qu'il fait, de ce qu'il est. Et pourtant il est sûr de ce qu'il sera et de ce qu'il fera. Il se reproche parfois cette certitude, comme un mensonge d'orgueil; et il prend plaisir à s'humilier, à se mortifier amèrement, afin de se punir. Mais la certitude persiste, et rien ne peut l'altérer. Quoi qu'il fasse, quoi qu'il pense, aucune de ses pensées, de ses actions, de ses œuvres, ne l'enferme, ni ne l'exprime: il le sait, il a ce sentiment étrange, que ce qu'il est le plus, ce n'est pas ce qu'il est à présent, c'est ce qu'il sera demain... Il sera!... Il brûle de cette foi, il s'enivre de cette lumière! Ah! pourvu qu'aujourd'hui ne l'arrête pas au passage! Pourvu qu'il ne trébuche pas dans un des pièges sournois, qu'aujourd'hui ne se lasse pas de tendre sous ses pas!...
Ainsi, il lance sa barque à travers le flot des jours, sans détourner les yeux ni à droite, ni à gauche, immobile à la barre, le regard fixe et tendu vers le but. À l'orchestre, parmi les musiciens bavards, à table, au milieu des siens, au palais, tandis qu'il joue, sans penser à ce qu'il joue, pour, le divertissement des fantoches princiers, c'est dans ce problématique avenir, cet avenir qu'un atome peut ruiner à jamais,—n'importe!—c'est là qu'il vit.
Il est à son vieux piano, dans sa mansarde, seul. La nuit tombe. La lueur mourante du jour glisse sur le cahier de musique. Il se brise les yeux à lire, jusqu'à la dernière goutte de lumière. La tendresse des grands cœurs éteints, qui s'exhale de ces pages muettes, le pénètre amoureusement. Ses yeux se remplissent de larmes. Il lui semble qu'un être cher se tient derrière lui, qu'une haleine caresse sa joue, que deux bras vont enlacer son cou. Il se retourne, frissonnant. Il sent, il sait qu'il n'est pas seul. Une âme aimante, aimée, est là, auprès de lui. Il gémit de ne pouvoir la prendre. Et pourtant, cette ombre d'amertume, mêlée à son extase, a encore une douceur secrète. La tristesse même est lumineuse. Il pense à ses maîtres chéris, les génies disparus dont l'âme revit dans ces musiques. Le cœur gonflé d'amour, il songe au bonheur surhumain, qui dut être la part de ces glorieux amis, puisqu'un reflet de leur bonheur est encore si brûlant. Il rêve d'être comme eux, de rayonner cet amour, dont quelques rayons perdus illuminent sa misère d'un sourire divin. Être dieu à son tour, être un foyer de joie, être un soleil de vie!...
Hélas! S'il devient un jour l'égal de ceux qu'il aime, s'il atteint à ce bonheur lumineux qu'il envie, il verra son illusion...
二人とも声高く泣いた。メルキオルは嘆いた。
「おれの罪じゃないんだ。これでもおれは悪人じゃない。そうだろう、クリストフ。ねえ、これでもおれは悪人じゃないんだ。」
彼はもう酒を飲まないと誓った。クリストフは疑わしい様子で頭を振った。するとメルキオルは、金が手にあると我慢ができないのだと自認した。クリストフは考えた、そして言った。
「そんなら、お父さん、こうしたら……。」
彼は言いよどんだ。
「どうするんだい?」
「気の毒で……。」
「だれに?」とメルキオルは質樸に尋ねた。
「お父さんに。」
メルキオルは顔をしかめた。そして言った。
「かまやしないよ。」
クリストフは説明してやった、家の金はことごとく、メルキオルの給料もみな、他人に委託しておいて、毎日かもしくは毎週かに、必要なだけをメルキオルに渡してもらうようにしたらいいだろうと。すると、メルキオルは卑下した気持になっていたので――彼は酒に飢えきってはいなかった――申出での条件をさらにひどくして、自分が受けてる給料を自分の代理としてクリストフに正規に支払ってもらうように、今ただちに大公爵へ手紙を書こうと言い出した。クリストフは父の屈辱が恥ずかしくてそれを拒んだ。しかしメルキオルは、犠牲になりたくてたまらないで、頑として手紙を書いてしまった。彼は自分の寛仁大度な行ないにみずから感動していた。クリストフは手紙を手に取ることを拒んだ。ルイザもちょうどもどって来て、事の様子を知り、夫にそんな侮辱を与えなければならないなら、むしろ乞食にでもなった方がいいと言い出した。彼に信頼してると言い添え、彼は皆を愛してるので、行ないを改めるに違いないと言い添えた。しまいには皆感動して抱き合った。そしてメルキオルの手紙は、テーブルの上に忘れられ、戸棚の下に落ち込んでいって、そのままだれの眼にもつかなかった。
しかし数日の後、ルイザは室を片づけながらその手紙を見つけた。ところがその時彼女は、メルキオルがまた不身持になってたので、非常に不仕合せだった。それで手紙を引裂かないで、取っておいた。それから数か月の間、苦しみを忍びながら、その手紙を使うという考えをいつも押えつけて、そのまま保存しておいた。けれどもある日、メルキオルがクリストフを殴ってその金を奪い取るところを、また見かけた時、もう我慢ができなかった。そして泣いてる子供といっしょに、手紙を取りに行き、それを子供に渡して言った。
「行っておいで!」
クリストフはまだ躊躇した。けれども、家に残ってるわずかなものまですっかり消費しつくされまいとすれば、もはや他に方法はないと覚った。彼は宮邸へ出かけた。二十分ほどの道を行くのに一時間近くかかった。自分のしてることが恥ずかしくてたまらなかった。この数年間の孤立のうちにつのっていた彼の高慢心は、父の不品行を公然と認定するという考えに、血をしぼるほど切なかった。妙なしかも自然な矛盾ではあったが、彼はその不品行がすべての人にわかってるということを知ってながら、しかも執拗にそうでないと信じたがり、何にも気づかないふうを装っていた。それを認めるよりもむしろ自分を粉微塵にされたかった。そして今や、自分から進んで!……彼は幾度となく引返そうとした。宮邸に着こうとするとまた足を返しながら、二三度町を歩き回った。しかし自分一人の問題ではなかった。母にも弟どもにも関係のあることだった。父が皆を見捨てた以上は、皆を助けてゆくのは長男たる彼の役目であった。もはや躊躇したり高ぶったりすべきではなかった。恥辱を飲み下さなければならなかった。彼は宮邸へはいった。階段の途中でまた逃げ出したくなった。踏段の上にかがんだ。それから上の板の間で、扉のボタンに手をかけて、しばらくじっとしていたが、だれかやって来たのではいらざるをえなかった。
事務所では皆彼を知っていた。彼は劇場監理官ハンメル・ランクバッハ男爵閣下に申上げたいことがあると言った。白チョッキをつけ赤い襟飾をした、若い、脂ぎった、頭の禿げた、つやつやした顔色の役人が、彼の手を親しく握りしめて、前日の歌劇のことを話しだした。クリストフは用件をくり返した。役人は答えて、閣下はただいま多忙であるが、クリストフが何か請願書を差出すのなら、ちょうど署名を願いにもってゆく他の書類といっしょに、それを渡してあげようと言った。クリストフは手紙を差出した。役人はそれを一覧して、驚きの声をたてた。
「ああ、なるほど!」と彼は快活に言った。「いい考えだ。もうとっくにこの考えを起こしてなけりゃいけなかったんだ。こんないいやり方は彼奴には初めてだ。ああ、あの年甲斐もない酔いどれに、どうしてこんな決心ができたのかな。」
彼はぴたりと言い止めた。クリストフが彼の手からその書面を引ったくったのである。クリストフは憤りに顔色を変えて叫んだ。
「許せない……僕を侮辱するのは許せない!」
役人は呆気にとられた。
「なあにクリストフさん、」と彼はつとめて言った、「だれがお前を侮辱しようと思うものかね。私は皆が考えてることを言ったばかりだ。お前さんだってそう考えてるだろう。」
「いいや!」とクリストフは腹だたしげに叫んだ。
「なに、お前さんはそう考えないって? 酒飲みだとは考えないって?」
「そんなことはない。」とクリストフは言った。
彼は足をふみ鳴らしていた。
役人は肩を聳かした。
「そんなら、どうしてこんな手紙を書いたんだい。」
「どうしてって……」とクリストフは言った――(もうどう言っていいかわからなかった)、「それは、僕が毎月、自分の給料を取りに来るから、いっしょにお父さんのももらっていかれる。二人ともやって来るのは無駄だ……お父さんはたいへん忙しいんだ。」
彼はその説明の馬鹿らしさにみずから顔を赤らめた。役人は皮肉と憐憫との交った様子で彼を眺めていた。クリストフは書面を手の中にもみくちゃにして、出て行こうとするふうをした。役人は立上がって、その腕をとらえた。
「ちょっとお待ち、」と彼は言った、「私が取計ってやるから。」
彼は長官の室へ通った。クリストフは他の役人らにじろじろ見られながら待っていた。どうしたらよいか、自分でもわからなかった。返辞を伝えられないうちに逃げ出そうかと考えた。そしていよいよそう心をきめかけたが、その時扉が開いた。
「閣下が御面会くださるよ。」とその世話好きな役人は彼に言った。
クリストフははいって行かなければならなかった。
ハンメル・ランクバック男爵閣下は、頬髯と口髭とをはやし、頤鬚を剃ってる、さっぱりとした小さな老人であった。クリストフがもじもじして礼をするのにうなずきの礼も返さず、書きつづけてる手をも休めないで、金縁の眼鏡越しに眺めた。
「では、」とちょっと間をおいて彼は言った、「君は願うんだね、クラフト君……。」
「閣下、」とクリストフはあわてて言った、「どうかご免ください。私はよく考えてみました。もう何にもお願いしません。」
老人はそのにわかの撤回について説明を求めようとはしなかった。彼はクリストフをさらに注意深く眺め、咳払いをし、そして言った。
「クラフト君、君が手にもってる手紙を、わしに渡してごらん。」
クリストフは、知らず知らず拳の中に握りつづけていた書面を、監理官がじっと見つめてるのに、気がついた。
「もうよろしいんです、閣下。」と彼はつぶやいた。「もうそれには及びません。」
「さあ渡してごらん。」と老人はその言葉を聞かなかったかのように平然と言った。
クリストフはなんの気もなく皺くちゃの手紙を渡した。しかしこんがらかった言葉をやたらに言いたてながら、手紙を返してもらおうとしてなお手を差出していた。閣下は丁寧に紙を広げ、それを読み、クリストフを眺め、やたらに弁解するままにさしておいたが、それから彼の言葉をさえぎり、意地悪そうな色をちらと眼に浮べて言った。
「よろしい、クラフト君。願いは聴き届けてやる。」
彼は片手で隙を命じて、また書き物にとりかかった。
クリストフは狼狽して出て行った。
「クリストフさん、気を悪くしてはいけないよ。」とふたたび彼が事務所を通りぬける時に役人が親しげに言った。クリストフは眼をあげる元気もなく、引止められて握手をされるままになっていた。
彼は宮邸の外に出た。恥ずかしさに縮み上がっていた。言われたことが残らず頭に浮かんできた。そして、自分を立ててくれ自分を気の毒に思ってくれる人々の憐憫の中に、侮辱的な皮肉が感ぜられるような気がした。彼は家に帰った。ルイザから問いかけられても、今なして来た事柄について彼女を恨んでるかのように、ただむっとした二三言でようやく答えるきりだった。父のことを考えると、後悔の念に胸が張りさけそうだった。すっかり父にうち明けて、その許しを乞いたかった。メルキオルはそこにいなかった。クリストフは眠りもしないで、真夜中まで彼を待っていた。父のことを考えれば考えるほど、ますます後悔の念は高まってきた。彼は父を理想化していた。家の者らに裏切られた、弱い、善良な、不幸な人間だと、頭に描いていた。父の足音が階段に聞こえると、出迎えてその両腕の中に身を投げ出すために、寝床から飛び起きて走っていった。しかしメルキオルはいかにも厭な泥酔の様子でもどって来たので、クリストフは近寄るだけの勇気もなかった。そして自分の空な考えを苦々しく嘲りながら、また寝に行った。
数日の後、その出来事を知ると、メルキオルは恐ろしい忿怒にとらわれた。そしていかにクリストフが願っても聞き入れないで、宮邸に怒鳴り込んでいった。しかしすっかりしょげきってもどって来、どういうことがあったか一言もいわなかった。彼はひどい取扱いを受けたのだった。どの口でそんなことが言えるか――息子の技倆を考えてやればこそ給料を元どおり与えてるのであって、将来わずかな不品行の噂でもあれば給料は全部取り上げてしまうと、言われたのだった。で彼はその日からただちに自分の地位を是認し、みずから進んで犠牲となってることを自慢にさえした。そういう父の様子を見て、クリストフはたいへん安堵した。
それにもかかわらずメルキオルは、妻や子供らのために剥ぎ取られてしまい、生涯彼らのために痩せ衰え、今や万事に不自由しても顧みられないなどと、よそへ行って嘆かずにはおかなかった。あるいはまたクリストフから金を引出そうとつとめて、あらゆる阿諛や策略を用いた。それを見るとクリストフは、心にもなく笑いだしたくなるほどだった。そしてクリストフがしっかりしてるので、メルキオルは言い張りはしなかった。自分を判断してるその十四歳の少年の厳格な眼の前に出ると、不思議に気圧されるのを感じた。悪い手段をめぐらしてひそかに意趣晴しをした。酒場へ行って飲んだり食ったりした。金は少しも払わないで、息子が借りをみな払ってくれるのだと言った。クリストフは世間の悪評をつのらしはすまいかと気遣って、別に抗議をもち出さなかった。そしてルイザとともに、財布の底をはたいてメルキオルの借りを払っていた。――ついにメルキオルは、給料を手にしなくなってからは、ヴァィオリニストの職務をますます等閑にするようになった。そして欠勤があまり激しくなったので、クリストフの懇願にもかかわらず、しまいには追い払われてしまった。それで子供は、父と弟どもなど全家を、一人で支持してゆかなければならなくなった。
かくてクリストフは、十四歳にして家長となった。
彼は決然としてその重い役目を引受けた。彼は自尊心から、他人の恵みに与ることを拒んだ。独力できりぬけてゆこうと決心した。母が恥ずかしい施与を受けたり求めたりしてるのを見て、彼は幼いころから非常に心を痛めていた。人のいい母が、保護者のもとから何かの恵みを受けて、得意然と家にもどって来ると、いつもそれが争論の種となった。彼女はそれを少しも悪いことだとは思わなかったし、またその金で、少しでもクリストフの骨折りを省くことができ、粗末な夕食に一皿多く加えることができるのを、喜びとしていた。しかしクリストフは顔を曇らした。その晩じゅう口をきかなかった。そういうふうにして得られた食物へは、理由も言わないで手をつけることを拒んだ。ルイザは気をもんだ。下手に息子を説きすすめて食べさせようとした。彼は強情を張った。彼女はついにいらだってきて、不愉快なことを口にのぼせた。彼もそれに言い返してやった。それから彼はナプキンを食卓の上に投げすてて出て行った。父は肩をそびやかして、彼を生意気な奴だと言った。弟らは彼を嘲って、彼の分をも食べてしまった。
それでもやはり生活の道を見つけなければならなかった。彼の管弦楽団員としての手当ではもう足りなくなった。彼は弟子を取った。彼の技倆、彼の好評、とくに大公爵の保護は、上流市民のうちに多くの得意を彼に得さした。毎朝九時から、彼は令嬢らにピアノを教えた。多くは彼よりも年上であって、その嬌態で彼を怯えさせ、その拙劣なひき方で彼を失望さした。彼女らは音楽においてはまったくの馬鹿であったが、その代わりに、滑稽なことにたいする敏感を皆多少なりと具えていた。その嘲笑的な眼は、クリストフの無作法を一つも見逃さなかった。彼にとってはそれが非常につらかった。彼女らのそばに、自分の椅子の縁に腰を掛け、赤い顔をして容態ぶり、憤りながら身動きもできず、馬鹿なことを言うまいと努力し、自分の声音を気遣い、厳格な様子をしようと努め、じろじろ横目で見られてるのを感じて、ついにすっかり平静さを取り失い、意見を述べてる最中にまごつき、おかしな様子をしはすまいかと心配し、おかしな様子を見せてしまい、すっかり腹をたてて激しく叱りつけた。しかし弟子たちにとっては、その仕返しをするのは訳もないことだった。そしてかならず仕返しをしないではおかなかった。一種妙な眼付で眺めて彼を困らした。ごく簡単な問いをかけて彼を眼の中まで真赤にならした。あるいはまたちょっとした用を――何かの上に置き忘れた物を取って来るというようなことを――彼に頼んだ。それは彼にとって最もつらいことだった。無器用な挙動を、へまな足付を、硬ばった腕を、当惑してしゃちこばった身体を、容赦もなく窺ってる意地悪い眼からじっと見られながら、室の中を歩いてゆかなければならなかった。
そういう稽古からつづいて、劇場の試演へかけつけなければならなかった。昼食をする隙がないこともしばしばだった。ポケットにパンと豚肉とを入れておいて、それを幕間に食べた。時には、音楽長トビアス・プァイフェルの代わりをした。音楽長は彼に目をつけていて、自分の代わりに時々管弦楽の下稽古の指揮をやらして練習さした。また彼は自分の腕をもみがきつづけてゆかなければならなかった。午後にはまた他にピアノを教えに行くところがあって、開演の時間までいっぱいだった。晩には幾度も、芝居が終ってから、宮邸で彼の音楽を聞きたいという仰せがあった。そこで彼は一、二時間演奏しなければならなかった。大公爵夫人は音楽通だと自称していた。彼女はいいのも悪いのもごっちゃにして、ただやたらに音楽が好きだった。即興的な愚作とりっぱな傑作とを並べ合したおかしな番組を、クリストフにひかせた。しかし彼女のいちばんの楽しみは、クリストフに即座に作曲させることだった。いつも厭味たらしい感傷的な主題を与えた。
クリストフは十二時ごろ宮邸を出た。疲れ果て、手はほてり、頭はのぼせ、腹は空いていた。汗まみれになっていた。外には雪が降っていたり、冷たい霧がかけていた。家へ着くまでには、町の半分以上も通らねばならなかった。歯をがたがた震わせながら、眠くてたまらなくなりながら、歩いて行った。それにまた、一着きりの夜会服を泥濘でよごさないように注意しなければならなかった。
彼は自分の寝室にもどっても、その室はいつも弟どもといっしょだった。そして、息づまるような匂いのするその屋根裏の室で、ようやく苦難の首枷をはずすことが許される瞬間ほど、彼はおのれの生活の嫌悪と絶望とに、孤独の感情に、ひどく圧倒されることはかつてなかった。服をぬぐだけの元気もあるかないくらいだった。ただ幸いにも、枕に頭をつけるが早いか、重い眠りに圧倒されて、自分の苦労を忘れるのだった。
けれども、夏は黎明のころから、冬はもっと前から、起き上がらなければならなかった。彼は自分のために勉強したかった。五時から八時までの間が、唯一の自由な時間だった。それでもなお、御用の仕事にその一部を費さねばならなかった。宮廷音楽員の肩書と大公爵の愛顧とは、宮廷の祝祭のための音楽を彼に作らせるのだった。
かくて、彼は生活の源泉まで毒されてしまった。夢想することさえも自由ではなかった。しかし普通の例にもれず、束縛はその夢想をいっそう強烈にした。何物も行動を妨げるものがない時には、魂はそれだけ活動の理由を失うものである。クリストフは、厄介事と平凡な職務との牢獄のうちに、しだいに狭く圧縮さるればさるるほど、ますます彼の反抗的な心はおのれの独立を感ずるのであった。なんら拘束のない生活をしていたら、彼はおそらくその時おりの成行きに身を任したであろう。日に一、二時間しか自由を得なかったので、彼の力はあたかも岩の間の急湍のように、それへ飛びかかっていった。厳密な範囲内に努力を集中することは、芸術にとってはいい規律である。この意味において、悲惨はただに思想の主人たるばかりではなく、形式の主人であるともいうことができる。悲惨は肉体へと同じく精神へも、節制を教える。時間が制限され言葉が限定されてる時には、人は余分のことを少しも言わず、物の精髄をしか考えない習慣になる。かくて、生きるための時間が少ないだけに、倍加した生き方をする。
そういうことがクリストフの上に起こった。彼は束縛のもとにあって、自由の価値を十分に知った。そして無益な行ないや言葉によって少しも貴重な時間を浪費しなかった。真面目ではあるがしかし無選択な思想のおもむくがままに、ごたごたと饒多に書きちらす癖のある、彼の生来の傾向は、なるべくわずかな時間になるべく多く仕上げるのを余儀なくされることに、その矯正物を見出した。何物も――教師の教えも傑作の模範も、それほど多くの影響を彼の芸術的精神的発達に及ぼしたものはなかった。彼はようやく性格の形造られる年ごろに、音楽は各音が一つの意味を有する精確な言語であると、考えるの習慣を得た。そして、ただ語るだけで何の意味をも言わない音楽家を忌み嫌った。
けれども、彼が書く音楽はまだ、彼自身を完全に表現するにはなかなかいたらなかった。なぜなら、彼はまだとうてい自己を完全に見出してはいなかったから。教育が第二の天性として子供に押しつける、覚ええた堆い感情を通して、彼は自己を捜し求めていた。あたかも雷電の一撃が覆いかぶさってる雲霧を払って空を清めるがように、個性をその借物の衣から脱却せしむるあの青春の熱情を、彼はまだ感じたことがなかったので、真の自己というものについては、ただいくらかの直覚を有するにすぎなかった。ほの暗いしかも力強い予感が、自己と関係のない旧物に、彼のうちで入り交じっていた。彼はそれらの旧物から脱しえなかった。そしてそれらの虚偽にいらだった。自分の書いてるものが、考えてることよりいかに劣ってるかを見て、憂苦に沈んだ。彼は苦々しくおのれを疑ってみた。しかしその愚かしい失敗で諦めることはできなかった。もっとよくやり、偉大なものを書こうと、奮激した。そしてやはり失敗した。ちょっと感興が起こった後に、書いてる間に、書いたものがまったく無価値なのに気づいた。彼はそれを引裂き、焼き捨てた。そしてさらに恥ずかしいことには、式典用の自分の公の曲が廃滅できずにそのまま残ってるのを、見なければならなかった。それは最も凡庸なものばかりで――大公爵の誕生日のために作った、大鷹という協奏曲、大公爵令嬢アデライドの結婚のおりに書いた、パラスの婚礼という交声曲――多くの費用をかけ豪華版として刊行され、彼の愚鈍さを長く後世に伝えるものだった。彼は後世を信じていたのである。彼はその恥辱に泣きたいほどだった。
熱烈なる年月! なんらの猶予もなく、なんらの怠慢もない。何物もその熱狂的な勉励をさえぎらない。遊戯もなく、友もない。どうして友と遊んでなどいられよう。午後、他の子供らが遊んでる時にも、少年クリストフは額に皺を寄せて注意を凝らしながら、埃深い薄暗い劇場の広間に、奏楽席の譜面台に向かってすわっている。晩、他の子供らが寝ている時にも、彼は椅子にがっくりとすわり、疲労に感覚を失いながら、なおそこに起きている。
彼は弟どもともなんらの親しみももたなかった。エルンストは十二歳になっていた。性の悪い厚かましい無頼な少年で、同じような不良の徒と終日遊び暮していた。そしてその仲間の、嘆かわしい様子にばかりでなく、恥ずべき習癖にも染んでいた。正直なクリストフは、ある日、思いも及ばない恥ずかしいことを彼がやってるのを見かけて、嫌悪の眉をひそめた。も一人の弟ロドルフは、テオドル伯父の気に入りで、商業をやることになっていた。彼は行ないもよく、静かだったが、陰険であった。クリストフよりずっとすぐれてると信じていた。クリストフが稼いだパンを食べるのは当然だと考えていながら、家におけるクリストフの権力を認めなかった。彼にたいするテオドルとメルキオルとの反感に味方して、二人が言うおかしな悪口をくり返し言っていた。二人の弟はどちらも音楽を好まなかった。ロドルフは模倣心から、伯父のように音楽を軽蔑するふうをしていた。家長の役目を真面目にやってるクリストフから、いつも監視され訓戒されるのに困って、二人の弟は反抗を試みることがあった。しかしクリストフはたくましい拳固を持っていたし、自分の権利を自覚していた。弟どもを服従さしてしまった。それでも彼らはやはり、彼に勝手なことをしてやめなかった。彼の信じやすい性質につけ込んで、罠を張ると、彼はきっとそれにかかった。彼らは金を欺き取り、厚かましい嘘をつき、そして陰では彼を嘲った。人のいいクリストフは、いつも陥れられてばかりいた。彼は人から愛されたい強い要求をもっていたので、一言やさしいことを言われると、もうすっかり恨みを忘れてしまった。わずかな愛情を得るためには、なんでも許してやったに違いない。しかしある時、彼らは虚偽の愛情で彼を抱擁し、涙を流すほど彼を感動さしておいて、それに乗じて、かねてほしがっていた大公爵からの贈物の金時計を奪い取ってしまい、その後で彼の馬鹿さ加減を笑ったが、彼はその笑声を聞いてから、信頼の念はひどく動揺した。彼は弟どもを軽蔑していたが、それでもやはり、人を信じ人を愛する不可抗な性癖から、つづいて欺かれてばかりいた。彼はみずからその性癖を知り、自分自身にたいして腹をたてていて、弟どもがまたも自分を玩具にしてるのを発見すると、ひどく殴り飛ばしてやった。けれどもその後で、彼らから面白がって釣針を投げられると、ふたたびそれにすぐ引っかかるのだった。
なおそれにもまさった苦しみが彼にはあった。父が自分のことを悪く言ってるのを、おせっかいな近所の人々から聞かされた。メルキオルは初め息子の成功に得意然としていたが、後には恥ずべき弱点を暴露して、それを嫉妬するようになった。彼は息子の成功をくじこうとした。それは嘆くも愚かなことだった。ただ軽侮の念から肩をそびやかすのほかはなかった。腹もたてられなかった。なぜならメルキオルは、自分のやってることに自覚がなかったし、失意のためにひねくれていたから。クリストフは黙っていた。もし口をきいたらあまりひどいことを言うようになるだろうと恐れていた。しかし心では恨めしくてたまらなかった。
悲しい寄合い、夕、ランプを取り囲み、汚点のついた布卓の上で、つまらない世間話や貪り食う頤の音の間でする、一家そろうての夕食! しかも彼はそれらの人々を、軽侮し憐れみながらも、やはり愛せずにはいられないのである。そして彼はただ、善良な母親とだけ、たがいの愛情の覊を感じていた。しかしルイザは、彼と同様にいつも疲れはてていた。晩には、もう気力もつきはてて、ほとんど口もきかず、食事を済すと、靴下を繕いながら、椅子にかけたまま居眠りをした。そのうえ彼女は、いかにも人がよくて、夫と三人の子供との間に、少しも愛情の差をおいていないらしかった。皆を一様に愛していた。クリストフは彼女を、自分が非常に求めてる腹心の人とするわけにゆかなかった。
彼はただ自分の心のうちに閉じこもった。いく日間も口をきかないで、黙々たる一種の憤激をもって、単調な骨の折れる務めを尽した。敏感な身体の組織が、あらゆる破壊的誘因に巻き込まれて、将来全生涯の間変形されやすい、危急な年齢にある少年にとっては、そういう生活法はいたって危険なものだった。クリストフの健康は、それにはなはだしく害された。彼は父祖から、堅固な骨格と、弱点のない健かな肉体とを、受け継いではいた。けれども、過度の疲労と早熟な憂慮とのために、苦痛のはいり込みうる割目をこしらえられると、その強健な身体も、苦痛に多くの糧を与えるのみであった。ごく早くから、神経の不調がきざしていた。まだ幼いころから、何かの障害を感ずると、気絶や痙攣や嘔吐を起こした。七、八歳のころ、ちょうど音楽会に出始めた時分には、睡眠が落着いて得られなかった。眠りながら、話したり叫んだり笑ったり泣いたりした。そういう病的な傾向は、強い懸念事があるごとにくり返された。やがては、激しい頭痛が起こって、あるいは頸窩や頭の両側がぴんぴん痛み、あるいは鉛の兜をかぶったような気持になった。よく眼をなやんだ。時には、針先を眼孔にさし込まれたような感じがした。また眼がちらついて書物を読めなくなり、幾分間も読みやめなければならなかった。不足なあるいは不健康な食物と、食事の不規則とは、頑健な胃をいためてしまった。内臓の痛みに悩まされ、身体を衰弱させる下痢に悩まされた。しかし彼を最も苦しめたのは、心臓であった。彼の心臓は狂ったように不整であった。あるいは、今にも張り裂けるかと思われるばかりに、胸の中で激しく躍った。あるいは、かろうじて鼓動してるだけで、今にも止まってしまうかと思われた。夜は、体温が恐ろしく上下した。高熱の状態と貧血の状態とが、急激に移り変わった。身体が焼けるようになり、寒さに震え、悶え苦しみ、喉がひきつり、首に塊りができて呼吸を妨げた。――もとより彼の想像はおびえた。彼は自分の感ずることをことごとく家の者に語りえなかった。しかし一人でたえずそれを分析し、それに注意して、苦悩をますます大きくなし、また新しく作りだしていた。自分の知ってるあらゆる病気を、次から次へとわが身にあてはめた。盲目になりかけてるのだとも思った。歩きながら時々眩暈に襲われたので、突然倒れて死ぬのではないかと恐れた。――中途にしてやむ、若くして夭折する、そういう恐ろしい心配が、いつも彼を悩まし、彼を圧迫し、彼につきまとっていた。ああ、どうせ死ななければならないものであるとしても、少なくとも、今はいやだ、勝利者とならないうちはいやだ!……
勝利……。みずからそれと知らずに、彼がたえず燃やしたてられてる、その固定観念! あらゆる嫌悪、あらゆる労苦、生活の腐爛せる沼沢の中において、彼を支持している、その固定観念! 将来いかなるものになるかという、すでにいかなるものになってるかという、おぼろなしかも力強い意識!……彼は現在なんであるか? 管弦楽においてヴァイオリンをひき、凡庸な協奏曲を書いている、病弱な神経質な一少年にすぎないのか?――否。そういう少年の域をはるかに脱しているのだ。それは表皮にすぎない、一時の顔貌にすぎない。それは彼の本体ではない。彼の深い本体と、彼の顔や思想の現形との間には、なんらの関係も存しない。彼自身よくそれを知っている。鏡で見る姿を、おのれだとは認めていない。大きな赤ら顔、つき出た眉、くぼんだ小さな眼、小鼻がふくれ先が太い短い鼻、重々しい頤、むっつりした口、そういう醜く賤しい面貌は、彼自身にとっては他人である。彼はまた自分の作品中にはなおさらおのれを認めていない。彼は自分を判断し、現在自分が作ってるものの無価値と、現在の自分の無価値とを、よく知っている。けれども彼は、将来いかなるものになるか、将来いかなるものを作るか、それに確信をもっている。彼は時おりその確信を、高慢から出る虚妄として、みずからとがめる。そしてみずから罰せんがために、苦々しくおのれを卑下しおのれを苛責して、喜びとする。しかし確信は存続し、何物からも動かされない。いかなることをなし、いかなることを考えようとも、そのいずれの思想も行為も作品も、完全におのれを含有しおのれを表現してはいない。彼はそれを知っている。彼は不思議な感情をいだいている。自分の最も多くは、現在あるがままの自分ではなくて、明日あるだろうところの自分であると。……きっとなってみせる!……彼はそういう信念に燃えたち、そういう光明に酔っている。ああ、今日によって中途に引止められさえしなければ! 今日によって足下にたえず張られてる陰険な罠へ陥って蹉跌することさえないならば!
かくて彼は、日々の波を分けておのれの小舟を進めながら、側目もふらず、じっと舵を握りしめ、目的の方へ眼を見据えている。饒舌な楽員らの中に交って管弦楽団の席にいる時にも、家の者にとり巻かれて食卓についている時にも、高貴な愚人たちの慰みのために楽曲のいかんに構わず演奏しながら宮邸にいる時にも、彼が生きているのは、このおぼつかなき未来の中にである、一原子のために永久に崩壊されるやもしれない――それは構うところでない――この未来の中に、そこにこそ彼は生きているのである。
彼は屋根裏の室で、ただ一人、自分の古いピアノに向かっている。夜になろうとしている。消えかかった昼の光が、楽譜帳の上に流れている。光の最後の一滴があるまでは、彼は眼を痛めながら読んでいる。消え去った偉大な心の愛が、黙々たるそれらのページから発散して、やさしく彼のうちに沁み通ってくる。彼の眼には涙があふれる。なつかしいだれかが後ろに立っていて、その息で頬をなでられ、今にも両腕で首を抱かれる、かと思われる。彼は身を震わしてふり返る。自分一人きりでないことを、感じまた知っている。愛し愛されてる一つの魂が、すぐそばにそこにいる。それをとらええないで、彼は嘆息する。それでも、その憂苦の影は、彼の恍惚たる情に交じって、ある秘めやかな快さをなおもっている。悲しみさえも今は晴れやかである。愛する楽匠らのことを、消え去った天才らのことを、彼は考える。彼らの魂は、それらの音楽の中にふたたび蘇ってくる。愛で心がいっぱいになりながら、彼は超人間的な幸福を夢みる。それはこの光栄に満ちた畏友らのもっていたものに違いない、彼らの幸福の一反映ですらなおかくも燃えたっているのを見れば。彼らのようになろうと彼は夢想し、そういう愛を放射しようと夢想する。その愛の数条のかすかな光は、聖き微笑みで彼の惨めさを照らしてくれる。こんどは自分が神となり、喜びの祠となり、生命の太陽となるのだ!……
ああ、もし彼が他日、愛するそれらの楽匠らと等しくなるならば、希求してるその輝く幸福に到達するならば、すべては幻にすぎなかったことがわかるであろう。
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