Jeanne étant tout à fait remise de ses couches, on se résolut à aller rendre leur visite aux Fourville et à se présenter aussi chez le marquis de Coutelier.
Julien venait d'acheter, dans une vente publique, une nouvelle voiture, un phaéton ne demandant qu'un cheval, afin de pouvoir sortir deux fois par mois.
Elle fut attelée par un jour clair de décembre et, après deux heures de route à travers les plaines normandes, on commença à descendre en un petit vallon dont les flancs étaient boisés, et le fond mis en culture.
Puis, les terres ensemencées furent bientôt remplacées par des prairies, et les prairies par un marécage plein de grands roseaux, secs en cette saison, et dont les longues feuilles bruissaient, pareilles à des rubans jaunes.
Tout à coup, après un brusque détour du val, le château de la Vrillette se montra, adossé d'un côté à la pente boisée et, de l'autre, trempant toute sa muraille dans un grand étang que terminait, en face, un bois de hauts sapins escaladant l'autre versant de la vallée.
Il fallut passer par un antique pont-levis et franchir un vaste portail Louis XIII pour pénétrer dans la cour d'honneur, devant un élégant manoir de la même époque à encadrements de briques, flanqué de tourelles coiffées d'ardoises.
Julien expliquait à Jeanne toutes les parties du bâtiment, en habitué qui le connaît à fond. Il en faisait les honneurs, s'extasiant sur sa beauté:
— Regarde-moi ce portail! Est-ce grandiose une habitation comme ça, hein? Toute l'autre façade est dans l'étang, avec un perron royal qui descend jusqu'à l'eau; et quatre barques sont amarrées au bas des marches, deux pour le comte et deux pour la comtesse. Là-bas à droite, là où tu vois le rideau de peupliers, c'est la fin de l'étang; c'est là que commence la rivière qui va jusqu'à Fécamp. C'est plein de sauvagine ce pays. Le comte adore chasser là-dedans. Voilà une vraie résidence seigneuriale.
La porte d'entrée s'était ouverte et la pâle comtesse apparut, venant au-devant de ses visiteurs, souriante, vêtue d'une robe traînante comme une châtelaine d'autrefois. Elle semblait la belle dame du lac, née pour ce manoir de conte.
Le salon, à huit fenêtres, en avait quatre ouvrant sur la pièce d'eau et sur le sombre bois de pins qui remontait le coteau juste en face.
La verdure à tons noirs rendait profond, austère et lugubre l'étang; et, quand le vent soufflait, les gémissements des arbres semblaient la voix du marais.
La comtesse prit les deux mains de Jeanne comme si elle eût été une amie d'enfance, puis elle la fit asseoir et se mit près d'elle, sur une chaise basse, tandis que Julien, en qui toutes les élégances oubliées renaissaient depuis cinq mois, causait, souriait, doux et familier.
La comtesse et lui parlèrent de leurs promenades à cheval. Elle riait un peu de sa manière de monter, l'appelant «le chevalier Trébuche», et il riait aussi, l'ayant baptisée «la reine Amazone». Un coup de fusil parti sous les fenêtres fit pousser à Jeanne un petit cri. C'était le comte qui tuait une sarcelle.
Sa femme aussitôt l'appela. On entendit un bruit d'avirons, le choc d'un bateau contre la pierre, et il parut, énorme et botté, suivi de deux chiens trempés, rougeâtres comme lui, et qui se couchèrent sur le tapis devant la porte.
Il semblait plus à son aise, en sa demeure, et ravi de voir des visiteurs. Il fit remettre du bois au feu, apporter du vin de Madère et des biscuits; et soudain il s'écria:
— Mais vous allez dîner avec nous, c'est entendu.
Jeanne, que ne quittait jamais la pensée de son enfant, refusait; il insista, et, comme elle s'obstinait à ne pas vouloir, Julien fit un geste brusque d'impatience. Alors elle eut peur de réveiller son humeur méchante et querelleuse; et, bien que torturée à l'idée de ne plus revoir Paul avant le lendemain, elle accepta.
L'après-midi fut charmant. On alla visiter les sources, d'abord. Elles jaillissaient au pied d'une roche moussue dans un clair bassin toujours remué comme de l'eau bouillante; puis on fit un tour en barque à travers de vrais chemins taillés dans une forêt de roseaux secs. Le comte, assis entre ses deux chiens qui flairaient, le nez au vent, ramait; et chaque secousse de ses avirons soulevait la grande barque et la lançait en avant. Jeanne, parfois, laissait tremper sa main dans l'eau froide, et elle jouissait de la fraîcheur glacée qui lui courait des doigts au coeur. Tout à l'arrière du bateau, Julien et la comtesse, enveloppée de châles, souriaient de ce sourire continu des gens heureux à qui le bonheur ne laisse rien à dire.
Le soir venait avec de longs frissons gelés, des souffles du nord qui passaient dans les joncs flétris. Le soleil avait plongé derrière les sapins; et le ciel rouge, criblé de petits nuages écarlates et bizarres, donnait froid rien qu'à le regarder.
On rentra dans le vaste salon où flambait un feu gigantesque. Une sensation de chaleur et de plaisir rendait joyeux dès la porte. Alors le comte, mis en gaieté, saisit sa femme dans ses bras d'athlète, et, l'élevant comme un enfant jusqu'à sa bouche, il lui colla sur les joues deux gros baisers de brave homme satisfait.
Et Jeanne, souriante, regardait ce bon géant qu'on disait un ogre au seul aspect de ses moustaches; et elle pensait:
— Comme on se trompe, chaque jour, sur tout le monde.
Ayant alors, presque involontairement, reporté les yeux sur Julien, elle le vit debout dans l'embrasure de la porte, horriblement pâle, et l'oeil fixé sur le comte. Inquiète, elle s'approcha de son mari, et, à voix basse:
— Es-tu malade? Qu'as-tu donc?
Il répondit d'un ton courroucé:
— Rien, laisse-moi tranquille. J'ai eu froid.
Quand on passa dans la salle à manger, le comte demanda la permission de laisser entrer ses chiens; et ils vinrent aussitôt se planter sur leur derrière, à droite et à gauche de leur maître. Il leur donnait à tout moment quelque morceau et caressait leurs longues oreilles soyeuses. Les bêtes tendaient la tête, remuaient la queue, frémissaient de contentement.
Après le dîner, comme Jeanne et Julien se disposaient à partir, M. de Fourville les retint encore pour leur montrer une pêche au flambeau.
Il les posta, ainsi que la comtesse, sur le perron qui descendait à l'étang; et il monta dans sa barque avec un valet portant un épervier et une torche allumée. La nuit était claire et piquante sous un ciel semé d'or.
La torche faisait ramper sur l'eau des traînées de feu étranges et mouvantes, jetait des lueurs dansantes sur les roseaux, illuminait le grand rideau de sapins. Et soudain, la barque ayant tourné, une ombre colossale, fantastique, une ombre d'homme se dressa sur cette lisière éclairée du bois. La tête dépassait les arbres, se perdait dans le ciel, et les pieds plongeaient dans l'étang. Puis l'être démesuré éleva les bras comme pour prendre les étoiles. Ils se dressèrent brusquement, ces bras immenses, puis retombèrent; et on entendit aussitôt un petit bruit d'eau fouettée.
La barque alors ayant encore viré doucement, le prodigieux fantôme sembla courir le long du bois, qu'éclairait, en tournant, la lumière; puis il s'enfonça dans l'invisible horizon, puis soudain il reparut, moins grand mais plus net, avec ses mouvements singuliers, sur la façade du château.
Et la grosse voix du comte cria:
— Gilberte, j'en ai huit!
Et les avirons battirent l'onde. L'ombre énorme restait maintenant debout immobile sur la muraille, mais diminuant peu à peu de taille et d'ampleur; sa tête paraissait descendre, son corps maigrir; et quand M. de Fourville remonta les marches du perron, toujours suivi de son valet portant le feu, elle était réduite aux proportions de sa personne, et répétait tous ses gestes.
Il avait dans un filet huit gros poissons qui frétillaient.
Lorsque Jeanne et Julien furent en route tout enveloppés en des manteaux et des couvertures qu'on leur avait prêtés, Jeanne dit, presque involontairement:
— Quel brave homme que ce géant!
Et Julien, qui conduisait, répliqua:
— Oui, mais il ne se tient pas toujours assez devant le monde.
Huit jours après ils se rendirent chez les Coutelier, qui passaient pour la première famille noble de la province. Leur domaine de Reminil touchait au gros bourg de Cany. Le château neuf bâti sous Louis XIV était caché dans le parc magnifique entouré de murs. On voyait, sur une hauteur, les ruines de l'ancien château. Des valets en tenue firent entrer les visiteurs dans une grande pièce imposante. Tout au milieu, une espèce de colonne supportait une coupe immense de la manufacture de Sèvres, et, dans le socle, une lettre autographe du roi, défendue par une plaque de cristal, invitait le marquis Léopold-Hervé-Joseph-Germer de Varneville, de Rollebosc de Coutelier, à recevoir ce don du souverain.
Jeanne et Julien considéraient ce présent royal quand entrèrent le marquis et la marquise. La femme était poudrée, aimable par fonction, et maniérée par désir de sembler condescendante. L'homme, gros personnage à cheveux blancs relevés droit sur la tête, mettait en ses gestes, en sa voix, en toute son attitude, une hauteur qui disait son importance.
C'étaient de ces gens à étiquette dont l'esprit, les sentiments et les paroles semblent toujours sur des échasses.
Ils parlaient seuls, sans attendre les réponses, souriant d'un air indifférent, semblaient toujours accomplir la fonction, imposée par leur naissance, de recevoir avec politesse les petits nobles des environs.
Jeanne et Julien, perclus, s'efforçaient de plaire, gênés de rester davantage, inhabiles à se retirer; mais la marquise termina elle-même la visite, naturellement, simplement, en arrêtant à point la conversation comme une reine polie qui donne congé.
En revenant, Julien dit:
— Si tu veux, nous bornerons là nos visites; moi, les Fourville me suffisent.
Et Jeanne fut de son avis.
Décembre s'écoulait lentement, ce mois noir, trou sombre au fond de l'année. La vie enfermée recommençait comme l'an passé. Jeanne ne s'ennuyait point cependant, toujours préoccupée de Paul que Julien regardait de côté, d'un oeil inquiet et mécontent.
Souvent, quand la mère le tenait en ses bras, le caressait avec ces frénésies de tendresse qu'ont les femmes pour leurs enfants, elle le présentait au père, en lui disant:
— Mais embrasse-le donc; on dirait que tu ne l'aimes pas.
Il effleurait du bout des lèvres, d'un air dégoûté, le front glabre du marmot en décrivant un cercle de tout son corps, comme pour ne point rencontrer les petites mains remuantes et crispées. Puis il s'en allait brusquement; on eût dit qu'une répugnance le chassait.
Le maire, le docteur et le curé venaient dîner de temps en temps; de temps en temps c'étaient les Fourville, avec qui on se liait de plus en plus.
Le comte paraissait adorer Paul. Il le tenait sur ses genoux pendant toute la durée des visites, ou même pendant des après-midi tout entiers. Il le maniait d'une façon délicate dans ses grosses mains de colosse, lui chatouillait le bout du nez avec la pointe de ses longues moustaches, puis l'embrassait par élans passionnés, à la façon des mères. Il souffrait continuellement de ce que son mariage demeurât stérile.
Mars fut clair, sec et presque doux. La comtesse Gilberte reparla de promenades à cheval que tous les quatre feraient ensemble. Jeanne, lasse un peu des longs soirs, des longues nuits, des longs jours pareils et monotones, consentit, toute heureuse de ces projets; et pendant une semaine elle s'amusa à confectionner son amazone.
Puis ils commencèrent les excursions. Ils allaient toujours deux par deux, la comtesse et Julien devant, le comte et Jeanne cent pas derrière. Ceux-ci causaient tranquillement, comme deux amis, car ils étaient devenus amis par le contact de leurs âmes droites, de leurs coeurs simples; ceux-là parlaient bas souvent, riaient parfois par éclats violents, se regardaient soudain comme si leurs yeux avaient à se dire des choses que ne prononçaient pas leurs bouches; et ils partaient brusquement au galop, poussés par un désir de fuir, d'aller plus loin, très loin.
Puis, Gilberte parut devenir irritable. Sa voix vive, apportée par des souffles de brise, arrivait parfois aux oreilles des deux cavaliers attardés. Le comte alors souriait, disait à Jeanne:
— Elle n'est pas tous les jours bien levée, ma femme.
Un soir, en rentrant, comme la comtesse excitait sa jument, la piquant, puis la retenant par secousses brusques, on entendit plusieurs fois Julien lui répéter:
— Prenez garde, prenez donc garde, vous allez être emportée.
Elle répliqua: «Tant pis; ce n'est pas votre affaire», d'un ton si clair et si dur que les paroles nettes sonnèrent par la campagne comme si elles restaient suspendues dans l'air.
L'animal se cabrait, ruait, bavait. Soudain le comte, inquiet, cria de ses forts poumons:
— Fais donc attention, Gilberte!
Alors, comme par défi, dans un de ces énervements de femme que rien n'arrête, elle frappa brutalement de sa cravache, entre les deux oreilles, la bête qui se dressa, furieuse, battit l'air de ses jambes de devant, et, retombant, s'élança d'un bond formidable et détala par la plaine, de toute la vigueur de ses jarrets.
Elle franchit d'abord une prairie, puis, se précipitant à travers les labourés, elle soulevait en poussière la terre humide et grasse, et filait si vite qu'on distinguait à peine la monture et l'amazone.
Julien, stupéfait, restait en place, appelant désespérément:
— Madame, Madame!
Mais le comte eut une sorte de grognement et, se courbant sur l'encolure de son pesant cheval, il le jeta en avant d'une poussée de tout son corps: et il le lança d'une telle allure, l'excitant, l'entraînant, l'affolant avec la voix, le geste et l'éperon, que l'énorme cavalier semblait porter la lourde bête entre ses cuisses et l'enlever comme pour s'envoler. Ils allaient d'une inconcevable vitesse, se ruant droit devant eux; et Jeanne voyait là-bas les deux silhouettes de la femme et du mari, fuir, fuir, diminuer, s'effacer, disparaître, comme on voit deux oiseaux se poursuivant, se perdre et s'évanouir à l'horizon.
Alors Julien se rapprocha, toujours au pas, en murmurant d'un air furieux:
— Je crois qu'elle est folle, aujourd'hui.
Et tous deux partirent derrière leurs amis, enfoncés maintenant dans une ondulation de plaine.
Au bout d'un quart d'heure ils les aperçurent qui revenaient; et bientôt ils les joignirent.
Le comte, rouge, en sueur, riant, content, triomphant, tenait de sa poigne irrésistible le cheval frémissant de sa femme. Elle était pâle, avec un visage douloureux et crispé; et elle se soutenait d'une main sur l'épaule de son mari comme si elle allait défaillir.
Jeanne, ce jour-là, comprit que le comte aimait éperdument.
Puis la comtesse, pendant le mois qui suivit, se montra joyeuse comme elle ne l'avait jamais été. Elle venait plus souvent aux Peuples, riait sans cesse, embrassait Jeanne avec des élans de tendresse. On eût dit qu'un mystérieux ravissement était descendu sur sa vie. Son mari, tout heureux lui-même, ne la quittait point des yeux, et tâchait à tout instant de toucher sa main, sa robe, dans un redoublement de passion.
Il disait, un soir, à Jeanne:
— Nous sommes dans le bonheur, en ce moment. Jamais Gilberte n'avait été gentille comme ça. Elle n'a plus de mauvaise humeur, plus de colère. Je sens qu'elle m'aime. Jusqu'à présent je n'en étais pas sûr.
Julien aussi semblait changé, plus gai, sans impatiences, comme si l'amitié des deux familles avait apporté la paix et la joie dans chacune d'elles.
Le printemps fut singulièrement précoce et chaud.
Depuis les douces matinées jusqu'aux calmes et tièdes soirées, le soleil faisait germer toute la surface de la terre. C'était une brusque et puissante éclosion de tous les germes en même temps, une de ces irrésistibles poussées de sève, une de ces ardeurs à renaître que la nature montre quelquefois, en des années privilégiées qui feraient croire à des rajeunissements du monde.
Jeanne se sentait vaguement troublée par cette fermentation de vie. Elle avait des alanguissements subits en face d'une petite fleur dans l'herbe, des mélancolies délicieuses, des heures de mollesse rêvassante.
Puis, elle se sentit envahie par des souvenirs attendris des premiers temps de son amour; non qu'il lui revînt au coeur un renouveau d'affection pour Julien, c'était fini, cela, bien fini pour toujours; mais toute sa chair caressée des brises, pénétrée des odeurs du printemps, se troublait, comme sollicitée par quelque invisible et tendre appel.
Elle se plaisait à être seule, à s'abandonner sous la chaleur du soleil, toute parcourue de sensations, de jouissances vagues et sereines qui n'éveillaient point d'idées.
ジャンヌが妊娠から完全に回復したとき、フルヴィル家を訪問し、クトリエ侯爵の家にも行くことになった。
ジュリアンは、月に2回の外出のために、馬1頭で運べる新しい馬車を公売で買ったばかりだった。
12月のある晴れた日に連結され、ノルマンディー平原を2時間ほど走った後、小さな谷に下り始めたが、その両側は森で、底は耕作地になっていた。
そして、播種された土地はすぐに草原に変わり、草原には、この季節に乾いた背の高い葦がたくさん生えていて、その長い葉が黄色いリボンのようにさらさらと音を立てている沼地があった。
谷が急に曲がって、ヴリレット城が見えてきた。一方は森の斜面に寄りかかり、もう一方は大きな池に壁全体が浸かり、谷の反対側にある高いモミの木の森に突き出ているのだ。
古代の跳ね橋を渡り、ルイ13世の巨大な門をくぐって中庭に入ると、スレート屋根の塔に挟まれた、同時代のレンガ造りの優雅な荘園が目の前に広がっている。
ジュリアンはジャンヌに、この建物を知り尽くしている常連として、すべてのパーツを説明した。彼は、その美しさを絶賛しながら、名誉挽回をしていた。
- あの門を見ろよ!そんな家、立派だろう?反対側の全面は池になっており、水面まで続く王室の階段がある。階段の下には、伯爵と伯爵夫人のための2隻ずつ、計4隻の船が係留されている。右側のポプラのカーテンが見えるところが池の終点で、そこからフェカンプに行く川が始まるんだ。この国には水鳥がたくさんいる。伯爵はそこで狩りをするのが好きなんだ。まさに貴族の屋敷だ。
玄関の扉が開いて、青白い伯爵夫人が現れ、昔ながらのシャトレーヌのような引きずるようなガウンを着て、微笑みながら来客を迎えに来た。彼女は、このおとぎ話のような屋敷のために生まれた美しい湖の貴婦人のように思えた。
8つの窓があるリビングルームは、そのうちの4つの窓から水回りや、すぐ向かいの丘陵に登るダークパイン材を眺めることができた。
黒く染まった緑が、池を深く、険しく、陰鬱にし、風が吹くと、木々のうめき声が沼の声のように聞こえた。
伯爵夫人は、まるで幼なじみのようにジャンヌの両手を取り、彼女を座らせ、自分はその横に低い椅子を置き、5ヶ月間忘れていた優雅さがすべて生まれ変わったジュリアンは、おしゃべりをし、微笑み、優しく、親しげに話しかけた。
伯爵夫人と彼は、乗馬の話をした。彼女は彼の乗り方を「よろよろ騎士」と呼んで少し笑い、彼も彼女を「乗馬服の女王様」と命名して笑いました。窓の下でショットガンが鳴り、ジャンヌが泣き出した。伯爵がコガモを殺したのだ。
すぐに奥さんから電話があった。櫓の音、石にぶつかる舟の音が聞こえると、巨体でブーツを履いた彼が現れ、その後に自分と同じ赤みがかった2匹のずぶ濡れの犬が続き、扉の前の絨毯に横たわった。
彼は自分の家でくつろいでいるように見え、来客を喜んだ。薪をくべさせ、マデイラワインとビスケットを持ってくると、突然叫び出したのだ。
- しかし、私たちと一緒に食事をするのだ、それは理解できる。
と言い、しつこく断ると、ジュリアンは急に焦ったような仕草をした。彼女は、彼の辛辣で喧嘩っ早い気性を呼び覚ますことを恐れ、翌日までポールと再会できないことに胸を痛めながらも、それを承諾したのだった。
午後は楽しく過ごせた。まず、温泉を見学に行った。苔むした岩の足元で、常に熱湯のように蠢く透明なプールに湧き出た。その後、乾いた葦の林に切り込んだ本物の小道をボートで進んだ。伯爵は、匂いを嗅いでいる二匹の犬の間に座り、鼻を風に向けて漕ぎ、オールを動かすたびに、大きな舟を持ち上げて前に投げ出した。ジャンヌは時々、冷たい水に手を浸して、指から心臓に伝わる氷のような冷たさを楽しんだ。船尾では、ショールに包まれたジュリアンと伯爵夫人が、幸せが何も語らない幸せな人たちのように、絶え間なく微笑んでいた。
枯れた葦の間を北の息吹が通り抜け、長く凍てつくような戦慄とともに夕刻が訪れました。太陽はモミの木の後ろに沈み、赤い空には小さな緋色の不思議な雲が広がっていて、見ているだけでも寒くなる。
広いリビングに入ると、巨大な火が燃えている。温もりと喜びを感じながら、ドアから人を喜ばせる。すると伯爵は歓喜のあまり、妻を運動神経の良い腕で抱きかかえ、子供のように口元に上げ、満足そうに頬に大きなキスを2回ほどくっつけた。
そして、ジャンヌは微笑みながら、この口髭の見た目だけで鬼と言われる善良な巨人を眺め、こう思ったのである。
- 私たちは毎日、誰に対しても、どれほど間違っているのだろう。
- 病気ですか?どうしたんですか?
と、怒ったような口調で答えた。
- 何でもない、ほっといてくれ。風邪をひいていたんです。
食堂に入った伯爵が、犬を入れる許可を得ると、犬はすぐにやってきて、主人の右と左に、背中合わせに立ちました。今にも何か食べ物を与え、絹のような長い耳を撫でた。動物たちは頭を伸ばし、尻尾を振って、満足そうに震えている。
夕食後、ジャンヌとジュリアンが帰ろうとすると、ド・フルヴィル氏が再び引き留め、松明釣りを見せてくれました。
そのため、このような "痒いところに手が届く "状態になっているのです。金色に輝く空の下、チクチクと音を立てて晴れ渡る夜。
松明は、水面を這うように奇妙に動く火の筋を作り、葦の上に踊るような光を投げかけ、もみの木の大きなカーテンを照らしました。そして突然、ボートが旋回したとき、巨大で幻想的な影、人の影がこのライトアップされた森の端に立ちました。頭は木々の向こうに伸び、空に迷い、足は池に突っ込む。そして、その巨大な存在は、星を奪うかのように腕を振り上げた。その巨大な腕が突然立ち上がり、そして後ろに下がった。同時に、水を打つ小さな音がした。
その後、船は再び静かに旋回し、巨大な幻影は、旋回しながら光が照らす森の中を走っているように見えた。そして、それは見えない水平線に沈み、突然、城のファサードに小さく、しかし鋭い動きで再び現れた。
と伯爵の大きな声で叫びました。
- ジルベルテ、8つもあるんだ!?
そしてオールが波を打つ。その巨大な影は、今や壁の上で動かずに立っているが、徐々にその大きさを減らしていき、頭は下がり、体は細くなるようだ。そして、M・ド・フルヴィルが火を運ぶ従者に続いてポーチの階段を上がると、それは彼の体格と同じになり、彼のすべての身振りを繰り返した。
網の中には、8匹の大きな魚が蠢いていた。
ジャンヌとジュリアンが、貸してもらったマントと毛布にくるまって出発したとき、ジャンヌはほとんど無意識にこう言った。
- この巨人はなんという勇者なのだろう。
と、運転していたジュリアンが答えた。
- しかし、彼はいつも世界の前で十分に振る舞っているわけではありません。
そのため、このような弊害が生じることはありません。彼らの領地であるレミニルは、大きな町カニーに隣接していた。ルイ14世の時代に建てられた新しい城は、壮大な城壁の公園の中に隠れるように建っていた。丘の上に古城の跡が見えた。着飾った付き人たちが、訪問者を堂々とした大きな部屋に案内する。中央には、セーヴル製作所の巨大な杯を支える円柱のようなものがあり、台座には、クリスタル板で守られた王の直筆の手紙があり、レオポルド=エルヴェ=ジョセフ=ジェルメル ド ヴェルヌヴィル、ロルボスク・ド・クトリエ侯爵に王からのこの贈り物を受け取るようにと呼びかけている。
ジャンヌとジュリアンがこの王室からの贈り物を考えているところに、侯爵夫妻が入ってきた。その女性は粉をふいていて、機能的には愛想がよく、慇懃に見せたいがために行儀よくしていた。その男は、白い髪を頭の上にまっすぐ上げた大柄な人物で、身振り、声、態度全体に、自分の重要性を物語る高さを出していた。
彼らはレッテルを貼られ、心も感情も言葉も常に竹馬に乗ったような人たちだった。
彼らは答えを待つことなく一人で話し、淡々とした雰囲気で微笑み、近所の小さな貴族たちを丁重に迎えるという、その生まれから課せられた役割を常に果たしているように見えた。
帰国後、ジュリアンはこう語った。
そして、ジャンヌもそれに同意した。
12月はゆっくりと過ぎていった。あの黒い月、一年の底にある暗い穴だ。昨年に引き続き、生活が始まっていたのだ。しかし、ジャンヌは退屈することなく、いつもポールのことで頭がいっぱいで、ジュリアンはそれを横目で不安げに、不満げな目で見ていた。
しばしば、母親は彼を腕に抱き、女性が子供に抱くあの熱狂的な優しさで彼を愛撫すると、父親にこう言って彼を差し出したのである。
- しかし、彼にキスをしてください。あなたは彼を好きではないみたいです。
彼は毛のない少年の額に嫌な顔をして唇を当て、小さく蠢く握りしめた手に会わないように、全身をぐるりと一周させた。そして、まるで嫌悪感に駆られるかのように、突然去っていった。
市長、医者、神父が時々夕食にやってきて、時にはフルヴィル家の人たちと一緒になり、人はますます愛着を持つようになった。
伯爵はポールを可愛がっているようだった。その際、膝の上に乗せて、あるいは午後の間ずっと抱っこしていた。大きな手で優しく扱い、長い口髭の先で鼻先をくすぐり、そして母親のように情熱的なキスをしたのだ。彼は、結婚しても不毛のままであることに悩み続けていた。
3月は快晴で乾燥し、ほとんど穏やかな気候でした。ジルベルテ伯爵夫人は、4人で乗馬をすることを再び口にした。ジャンヌは、長い夜、長い夜、長い単調な日々にいささかうんざりしていたが、この計画に満足し、1週間、アマゾンを作ることで自分を楽しませた。
そして、彼らは小旅行を始めた。いつも二人ずつで、伯爵夫人とジュリアンが前に、伯爵とジャンヌが百歩ほど後ろにいた。後者は二人の友人のように静かにおしゃべりをし、そのまっすぐな魂と素朴な心の触れ合いによって友人になった。前者はしばしば低く話し、時に激しく笑い、突然、口では言えないことを目が言わなければならないかのように見つめ合い、突然駈け出して、逃げたい、もっと、もっと遠くへ行きたいとの思いに駆られ、駆け出した。
すると、ジルベールは苛立ちを覚えたようだ。風が運んでくる彼女の生き生きとした声は、時折、名残惜しい二人の騎手の耳にも届く。すると伯爵は微笑んで、ジャンヌに言った。
- 妻が起きているのは、そうそうあることではありません。
ある晩、家に帰ると、伯爵夫人が自分の雌馬を興奮させ、刺したり、急に揺さぶったりしているときに、ジュリアンが何度も繰り返すのが聞こえた。
- 流されそうです。
彼女は、「気にしないで、あなたには関係ないことだから」と、とてもはっきりとした口調で答えた。
その動物が反り返り、腰を抜かし、よだれを垂らす。突然、心配になった伯爵は、強い肺活量から叫びました。
- ジルベルテ、気をつけろよー。
そして、まるで反抗するかのように、何も止められない女の神経質さの一つで、彼女は乗馬鞭で両耳の間を残酷に叩くと、その動物は激しく立ち上がり、前脚で空気を叩き、後ろに倒れて、ものすごい跳躍で飛び立ち、尻の力を振り絞って平原を逃げました。
まず草地を横切り、耕された土地を駆け抜けると、湿った油まみれの土を蹴り上げて砂埃を立て、馬と馬の区別がつかないほどのスピードで駆け抜けていく。
というのも、「このままではダメだ」と思ったからだ。
- マダム、マダム!
しかし、伯爵はうなり声のようなものをあげると、重い馬の首にかがみ込み、全身で馬を前に投げ出した。そして、声と身振りと拍車で彼を刺激し、駆り立て、パニックに陥れ、巨大な騎手は重い獣を腿で挟み、飛び去るようにそれを脱がせるように見えた。彼らは想像を絶する速さで、先を急ぐ。ジャンヌはそこに妻と夫の2つのシルエットが、2羽の鳥が互いに追いかけ、地平線上で迷い、消えていくのを見るように、逃げ、消え、小さくなり、消えていくのを見たのである。
するとジュリアンが近づいてきて、まだ歩きながら、怒ったようにつぶやいた。
- 今日の彼女はおかしいと思う。
25分ほどして、彼らが戻ってくるのが見え、すぐに合流した。
伯爵は、赤く、汗をかき、笑い、喜び、勝利し、妻の震える馬を、抗しがたい力で掴みました。顔色が悪く、苦しそうな顔をして、失神しそうな勢いで夫の肩に片手をかけて体を支えている。
ジャンヌはその日、伯爵が自分を狂おしく愛していることを理解した。
すると伯爵夫人は、その後の一ヶ月間、かつてないほどの喜びを見せたのです。彼女は「ピープルズ」に頻繁に訪れ、絶え間なく笑い、ジャンヌを優しく抱きしめた。まるで、彼女の人生に不思議な歓喜が舞い降りたかのように。亭主は幸せそうで、彼女から目を離すことなく、ことあるごとに彼女の手や服に触れようとし、情熱を倍加させた。
ある晩、彼はジャンヌに言った。
- 今、私たちは幸せの中にいます。ジルベールがこんなに親切だったことはない。彼女はもう悪びれることもなく、怒ることもない。愛してくれているんだなあと感じます。今までは、よくわかりませんでした。
ジュリアンもまた、両家の友情が両者に平和と喜びをもたらしたかのように、より明るく、焦りもなく、変わったように見えました。
春は特異な早さと暖かさだった。
穏やかな朝、穏やかで暖かい夕方、太陽は地表一面に芽を出させていたのです。それは、突然、すべての病原菌が一斉に開花したようなもので、抗しがたい樹液の爆発であり、自然が特権的な年に見せる生まれ変わろうとする熱意のひとつで、世界の若返りを信じさせるようなものであった。
ジャンヌは、この生命の発酵に、漠然とした不安を覚えた。草むらの小さな花の前で突然の小休止、おいしいメランコリー、夢のような柔らかさの時間を過ごした。
そのとき、彼女は恋の初期の優しい思い出に侵されるのを感じた。ジュリアンへの新たな愛情を心に抱いたわけではなく、それはもう終わった、永遠に終わったことだった。しかし、風を受け、春の匂いに包まれた彼女の肉体はすべて、何か見えない優しい呼びかけに誘われるかのように乱された。
彼女は一人で、太陽の暖かさに身を任せ、感覚に浸り、何の考えも起こさない曖昧で穏やかな快楽を楽しんでいた。
Un matin, comme elle somnolait ainsi, une vision la traversa, une vision rapide de ce trou ensoleillé au milieu des sombres feuillages, dans le petit bois près d'Étretat. C'est là que, pour la première fois, elle avait senti frémir son corps auprès de ce jeune homme qui l'aimait alors; c'est là qu'il avait balbutié, pour la première fois, le timide désir de son coeur; c'est aussi là qu'elle avait cru toucher tout à coup l'avenir radieux de ses espérances.
Et elle voulait revoir ce bois, y faire une sorte de pèlerinage sentimental et superstitieux, comme si un retour à ce lieu devait changer quelque chose à la marche de sa vie.
Julien était parti dès l'aube, elle ne savait où. Elle fit donc seller le petit cheval blanc des Martin, qu'elle montait quelquefois maintenant; et elle partit.
C'était par une de ces journées si tranquilles que rien ne remue nulle part, pas une herbe, pas une feuille; tout semble immobile pour jusqu'à la fin des temps, comme si le vent était mort. On dirait disparus les insectes eux-mêmes.
Un calme brûlant et souverain descendait du soleil, insensiblement, en buée d'or; et Jeanne allait au pas de son bidet, bercée, heureuse. De temps en temps elle levait les yeux pour regarder un tout petit nuage blanc, gros comme une pincée de coton, un flocon de vapeur suspendu, oublié, resté là-haut, tout seul, au milieu du ciel bleu.
Elle descendit dans la vallée qui va se jeter à la mer, entre ces grandes arches de la falaise qu'on nomme les portes d'Étretat, et tout doucement elle gagna le bois. Il pleuvait de la lumière à travers la verdure encore grêle. Elle cherchait l'endroit sans le retrouver, errant par les petits chemins.
Tout à coup, en traversant une longue allée, elle aperçut tout au bout deux chevaux de selle attachés contre un arbre, et elle les reconnut aussitôt; c'étaient ceux de Gilberte et de Julien. La solitude commençait à lui peser; elle fut heureuse de cette rencontre imprévue; et elle mit au trot sa monture.
Quand elle eut atteint les deux bêtes patientes, comme accoutumées à ces longues stations, elle appela. On ne lui répondit pas.
Un gant de femme et les deux cravaches gisaient sur le gazon foulé. Donc ils s'étaient assis là, puis éloignés laissant leurs chevaux.
Elle attendit un quart d'heure, vingt minutes, surprise, sans comprendre ce qu'ils pouvaient faire. Comme elle avait mis pied à terre, et ne remuait plus, appuyée contre un tronc d'arbre, deux petits oiseaux, sans la voir, s'abattirent dans l'herbe tout près d'elle. L'un d'eux s'agitait, sautillait autour de l'autre, les ailes soulevées et vibrantes, saluant de la tête et pépiant; tout à coup ils s'accouplèrent.
Jeanne fut surprise comme si elle eût ignoré cette chose; puis elle se dit: «C'est vrai, c'est le printemps»; puis une autre pensée lui vint, un soupçon. Elle regarda de nouveau le gant, les cravaches, les deux chevaux abandonnés; et elle se remit brusquement en selle avec une irrésistible envie de fuir.
Elle galopait maintenant en retournant aux Peuples. Sa tête travaillait, raisonnait, unissait les faits, rapprochait les circonstances. Comment n'avait-elle pas deviné plus tôt? Comment n'avait-elle rien vu? Comment n'avait-elle pas compris les absences de Julien, le recommencement de ses élégances passées, puis l'apaisement de son humeur? Elle se rappelait aussi les brusqueries nerveuses de Gilberte, ses câlineries exagérées, et, depuis quelque temps, cette espèce de béatitude où elle vivait, et dont le comte était heureux.
Elle remit au pas son cheval, car il lui fallait gravement réfléchir, et l'allure vive troublait ses idées.
Après la première émotion passée, son coeur était redevenu presque calme, sans jalousie et sans haine, mais soulevé de mépris. Elle ne songeait guère à Julien; rien ne l'étonnait plus de lui; mais la double trahison de la comtesse, de son amie, la révoltait. Tout le monde était donc perfide, menteur et faux. Et des larmes lui vinrent aux yeux. On pleure parfois des illusions avec autant de tristesse que les morts.
Elle se résolut pourtant à feindre de ne rien savoir, à fermer son âme aux affections courantes, à n'aimer plus que Paul et ses parents; et à supporter les autres avec un visage tranquille.
Sitôt rentrée, elle se jeta sur son fils, l'emporta dans sa chambre et l'embrassa éperdument, pendant une heure sans s'arrêter.
Julien revint pour dîner, charmant et souriant, plein d'intentions aimables. Il demanda:
— Père et petite mère ne viennent donc pas cette année?
Elle lui sut tant de gré de cette gentillesse qu'elle lui pardonna presque la découverte du bois; et un violent désir l'envahissant tout à coup de revoir bien vite les deux êtres qu'elle aimait le plus après Paul, elle passa toute sa soirée à leur écrire, pour hâter leur arrivée.
Ils annoncèrent leur retour pour le 20 mai. On était alors au 7 de ce mois.
Elle les attendit avec une impatience grandissante, comme si elle eût éprouvé, en dehors même de son affection filiale, un besoin nouveau de frotter son coeur à des coeurs honnêtes, de causer, l'âme ouverte, avec des gens purs, sains de toute infamie, dont la vie, et toutes les actions, et toutes les pensées, et tous les désirs avaient toujours été droits.
Ce qu'elle sentait maintenant, c'était une sorte d'isolement de sa conscience juste au milieu de toutes ces consciences défaillantes; et bien qu'elle eût appris soudain à dissimuler, bien qu'elle accueillît la comtesse, la main tendue et la lèvre souriante, cette sensation de vide, de mépris pour les hommes, elle la sentait grandir, l'envelopper; et chaque jour les petites nouvelles du pays lui jetaient à l'âme un dégoût plus grand, une plus haute mésestime des êtres.
La fille des Couillard venait d'avoir un enfant et le mariage allait avoir lieu. La servante des Martin, une orpheline, était grosse; une petite voisine âgée de quinze ans était grosse; une veuve, une pauvre femme boiteuse et sordide, qu'on appelait la Crotte tant sa saleté paraissait horrible, était grosse.
À tout moment on apprenait une grossesse nouvelle, ou bien quelque fredaine d'une fille, d'une paysanne mariée et mère de famille ou de quelque riche fermier respecté.
Ce printemps ardent semblait remuer les sèves chez les hommes comme chez les plantes.
Et Jeanne, dont les sens éteints ne s'agitaient plus, dont le coeur meurtri, l'âme sentimentale semblaient seuls remués par les souffles tièdes et féconds, qui rêvait, exaltée sans désirs, passionnée pour des songes et morte aux besoins charnels, s'étonnait, pleine d'une répugnance qui devenait haineuse, de cette sale bestialité.
L'accouplement des êtres l'indignait à présent comme une chose contre nature; et, si elle en voulait à Gilberte, ce n'était point de lui avoir pris son mari, mais du fait même d'être tombée aussi dans cette fange universelle.
Elle n'était point, celle-là, de la race des rustres chez qui les bas instincts dominent. Comment avait-elle pu s'abandonner de la même façon que ces brutes?
Le jour même où devaient arriver ses parents, Julien raviva ses répulsions en lui racontant gaiement, comme une chose toute naturelle et drôle, que le boulanger ayant entendu quelque bruit dans son four, la veille, qui n'était pas jour de cuisson, avait cru y surprendre un chat rôdeur et avait trouvé sa femme «qui n'enfournait pas du pain».
Et il ajoutait:
— Le boulanger a bouché l'ouverture; ils ont failli étouffer là- dedans; c'est le petit garçon de la boulangère qui a prévenu les voisins; car il avait vu entrer sa mère avec le forgeron.
Et Julien riait, répétant:
— Ils nous font manger du pain d'amour, ces facteurs-là. C'est un vrai conte de La Fontaine.
Jeanne n'osait plus toucher au pain.
Lorsque la chaise de poste s'arrêta devant le perron et que la figure heureuse du baron parut à la vitre, ce fut dans l'âme et dans la poitrine de la jeune femme une émotion profonde, un tumultueux élan d'affection comme elle n'en avait jamais ressenti.
Mais elle demeura saisie, et presque défaillante, quand elle aperçut petite mère. La baronne, en ces six mois d'hiver, avait vieilli de dix ans. Ses joues énormes, flasques, tombantes, s'étaient empourprées, comme gonflées de sang; son oeil semblait éteint; et elle ne remuait plus que soulevée sous les deux bras; sa respiration pénible était devenue sifflante, et si difficile qu'on éprouvait près d'elle une sensation de gêne douloureuse.
Le baron, l'ayant vue chaque jour, n'avait point remarqué cette décadence; et, quand elle se plaignait de ses étouffements continus, de son alourdissement grandissant, il répondait:
— Mais non, ma chère, je vous ai toujours connue comme ça.
Jeanne, après les avoir accompagnés en leur chambre, se retira dans la sienne pour pleurer, bouleversée, éperdue. Puis, elle alla retrouver son père, et, se jetant sur son coeur, les yeux pleins de larmes:
— Oh! comme mère est changée! Qu'est-ce qu'elle a, dis-moi, qu'est-ce qu'elle a?
Il fut très surpris, et répondit:
— Tu crois? quelle idée? mais non. Moi qui ne l'ai point quittée, je t'assure que je ne la trouve pas mal, elle est comme toujours.
Le soir Julien dit à sa femme:
— Ta mère file un mauvais coton. Je la crois touchée.
Et, comme Jeanne éclatait en sanglots, il s'impatienta.
— Allons, bon, je ne te dis pas qu'elle soit perdue. Tu es toujours follement exagérée. Elle est changée, voilà tout, c'est de son âge.
Au bout de huit jours elle n'y songeait plus, accoutumée à la physionomie nouvelle de sa mère, et refoulant peut-être ses craintes, comme on refoule, comme on rejette toujours, par une sorte d'instinct égoïste, de besoin naturel de tranquillité d'âme, les appréhensions, les soucis menaçants.
La baronne, impuissante à marcher, ne sortait plus qu'une demi- heure chaque jour. Quand elle avait accompli une seule fois le parcours de «son» allée, elle ne pouvait se mouvoir davantage et demandait à s'asseoir sur «son» banc. Et, quand elle se sentait incapable même de mener jusqu'au bout sa promenade, elle disait:
— Arrêtons-nous; mon hypertrophie me casse les jambes aujourd'hui.
Elle ne riait plus guère, souriait seulement aux choses qui l'auraient secouée tout entière l'année précédente. Mais comme ses yeux étaient demeurés excellents, elle passait des jours à relire Corinne ou Les Méditations de Lamartine; puis elle demandait qu'on lui apportât le tiroir «aux souvenirs». Alors, ayant vidé sur ses genoux les vieilles lettres douces à son coeur, elle posait le tiroir sur une chaise à côté d'elle et remettait dedans, une à une, ses «reliques», après avoir lentement revu chacune. Et, quand elle était seule, bien seule, elle en baisait certaines, comme on baise secrètement les cheveux des morts qu'on aime.
Quelquefois, Jeanne, entrant brusquement, la trouvait pleurant, pleurant des larmes tristes. Elle s'écriait:
— Qu'as-tu, petite mère?
Et la baronne, après un long soupir, répondait:
— Ce sont mes reliques qui m'ont fait ça. On remue des choses qui ont été si bonnes et qui sont finies! Et puis il y a des personnes auxquelles on ne pensait plus guère et qu'on retrouve tout d'un coup. On croit les voir et les entendre, et ça vous produit un effet épouvantable. Tu connaîtras ça, plus tard.
Quand le baron survenait en ces instants de mélancolie, il murmurait:
— Jeanne, ma chérie, si tu m'en crois, brûle tes lettres, toutes tes lettres, celles de ta mère, les miennes, toutes. Il n'y a rien de plus terrible, quand on est vieux, que de remettre le nez dans sa jeunesse.
Mais Jeanne aussi gardait sa correspondance, préparait sa «boîte aux reliques», obéissant, bien qu'elle différât en tout de sa mère, à une sorte d'instinct héréditaire de sentimentalité rêveuse.
Le baron, après quelques jours, eut à s'absenter pour une affaire et il partit.
La saison était magnifique. Les nuits douces, fourmillantes d'astres, succédaient aux calmes soirées, les soirs sereins aux jours radieux, et les jours radieux aux aurores éclatantes. Petite mère se trouva bientôt mieux portante; et Jeanne, oubliant les amours de Julien et la perfidie de Gilberte, se sentait presque complètement heureuse. Toute la campagne resplendissait du matin au soir, sous le soleil.
Jeanne, un après-midi, prit Paul en ses bras, et s'en alla par les champs. Elle regardait tantôt son fils, tantôt l'herbe criblée de fleurs le long de la route, s'attendrissant dans une félicité sans bornes. De minute en minute elle baisait l'enfant, le serrait passionnément contre elle; puis, frôlée par quelque savoureuse odeur de campagne, elle se sentait défaillante, anéantie dans un bien-être infini. Puis elle rêva d'avenir pour lui. Que serait-il? Tantôt elle le voulait grand homme, renommé, puissant. Tantôt elle le préférait humble et restant près d'elle, dévoué, tendre, les bras toujours ouverts pour maman. Quand elle l'aimait avec son coeur égoïste de mère, elle désirait qu'il restât son fils, rien que son fils; mais, quand elle l'aimait avec sa raison passionnée, elle ambitionnait qu'il devînt quelqu'un par le monde.
Elle s'assit au bord d'un fossé et se mit à le regarder. Il lui semblait qu'elle ne l'avait jamais vu. Et elle s'étonna brusquement à la pensée que ce petit être serait grand, qu'il marcherait d'un pas ferme, qu'il aurait de la barbe aux joues et parlerait d'une voix sonore.
Au loin quelqu'un l'appelait. Elle leva la tête. C'était Marius accourant. Elle pensa qu'une visite l'attendait, et elle se dressa, mécontente d'être troublée. Mais le gamin arrivait à toutes jambes, et, quand il fut assez près, il cria:
— Madame, c'est madame la Baronne qu'est bien mal.
Elle sentit comme une goutte d'eau froide qui lui descendait le long du dos; et elle repartit à grands pas, la tête égarée.
Elle aperçut, de loin, des gens en tas sous le platane. Elle s'élança et, le groupe s'étant ouvert, elle vit sa mère étendue par terre, la tête soutenue par deux oreillers. La figure était toute noire, les yeux fermés, et sa poitrine, qui depuis vingt ans haletait, ne bougeait plus. La nourrice saisit l'enfant dans les bras de la jeune femme, et l'emporta.
Jeanne, hagarde, demandait:
— Qu'est-il arrivé? Comment est-elle tombée? Qu'on aille chercher le médecin.
Et, comme elle se retournait, elle aperçut le curé, prévenu on ne sait comment. Il offrit ses soins, s'empressa en relevant les manches de sa soutane. Mais le vinaigre, l'eau de Cologne, les frictions demeurèrent inefficaces.
— Il faudrait la dévêtir et la coucher, dit le prêtre.
Le fermier Joseph Couillard se trouvait là ainsi que le père Simon et Ludivine. Aidés de l'abbé Picot, ils voulurent emporter la baronne; mais, quand ils la soulevèrent, la tête s'abattit en arrière, et la robe qu'ils avaient saisie se déchirait, tant sa grosse personne était pesante et difficile à remuer. Alors Jeanne se mit à crier d'horreur. On reposa par terre le corps énorme et mou.
Il fallut prendre un fauteuil du salon; et, quand on l'eut assise dedans, on put enfin l'enlever. Pas à pas ils gravirent le perron, puis l'escalier; et, parvenus dans la chambre, la déposèrent sur le lit.
Comme la cuisinière n'en finissait pas d'enlever ses vêtements, la veuve Dentu se trouva là juste à point, venue soudain, ainsi que le prêtre, comme s'ils avaient «senti la mort», selon le mot des domestiques.
Joseph Couillard partit à franc étrier pour prévenir le docteur; et comme le prêtre se disposait à aller chercher les saintes huiles, la garde lui souffla dans l'oreille:
— Ne vous dérangez point, monsieur le Curé, je m'y connais, elle a passé.
Jeanne, affolée, implorait, ne savait que faire, que tenter, quel remède employer. Le curé, à tout hasard, prononça l'absolution.
Pendant deux heures on attendit auprès du corps violet et sans vie. Tombée maintenant à genoux, Jeanne sanglotait, dévorée d'angoisse et de douleur.
Lorsque la porte s'ouvrit et que le médecin parut il lui sembla voir entrer le salut, la consolation, l'espérance; et elle s'élança vers lui, balbutiant tout ce qu'elle savait de l'accident:
— Elle se promenait comme tous les jours… elle allait bien… très bien même… elle avait mangé un bouillon et deux oeufs au déjeuner… elle est tombée tout d'un coup… elle est devenue noire comme vous la voyez… et elle n'a plus remué… nous avons essayé de tout pour la ranimer… de tout…
Elle se tut, saisie par un geste discret de la garde au médecin pour signifier que c'était fini, bien fini. Alors, se refusant à comprendre, elle interrogea anxieusement, répétant:
— Est-ce grave? croyez-vous que ce soit grave?
Il dit enfin:
— J'ai bien peur que ce soit… que ce soit… fini. Ayez du courage, un grand courage.
Et Jeanne, ouvrant les bras, se jeta sur sa mère.
Julien rentrait. Il demeura stupéfait, visiblement contrarié, sans cri de douleur ni désespoir apparent, pris à l'improviste trop brusquement pour se faire d'un seul coup le visage et la contenance qu'il fallait. Il murmura:
— Je m'y attendais, je sentais bien que c'était la fin.
Puis il tira son mouchoir, s'essuya les yeux, s'agenouilla, se signa, marmotta quelque chose, et, se relevant, voulut aussi relever sa femme. Mais elle tenait à pleins bras le cadavre et le baisait, presque couchée sur lui. Il fallut qu'on l'emportât. Elle semblait folle.
Au bout d'une heure on la laissa revenir. Aucun espoir ne subsistait. L'appartement était arrangé maintenant en chambre mortuaire. Julien et le prêtre parlaient bas près d'une fenêtre. La veuve Dentu, assise dans un fauteuil, d'une façon confortable, en femme habituée aux veilles et qui se sent chez elle dans une maison dès que la mort vient d'y entrer, paraissait assoupie déjà.
La nuit tombait. Le curé s'avança vers Jeanne, lui prit les mains, l'encouragea, déversant, sur ce coeur inconsolable, l'onde onctueuse des consolations ecclésiastiques. Il parla de la trépassée, la célébra en termes sacerdotaux, et, triste de cette fausse tristesse de prêtre pour qui les cadavres sont bienfaisants, il s'offrit à passer la nuit en prières auprès du corps.
Mais Jeanne, à travers ses larmes convulsives, refusa. Elle voulait être seule, toute seule en cette nuit d'adieux. Julien s'avança:
— Mais ce n'est pas possible, nous resterons tous les deux.
Elle faisait «non» de la tête, incapable de parler davantage. Elle put dire enfin:
— C'est ma mère, ma mère. Je veux être seule à la veiller.
Le médecin murmura:
— Laissez-la faire à sa guise, la garde pourra rester dans la chambre à côté.
ある朝、こうしてうとうとしていると、エトルタ近くの小さな森にある、暗い木立の中のあの陽のあたる穴のことが、ぱっと目に浮かびました。その時初めて、自分を愛してくれる青年に体が震えるのを感じたのも、彼が初めて心の中の臆病な願望を口にしたのも、自分の希望の輝ける未来に突然触れたと思ったのも、そこであった。
そして、この森をもう一度見てみたい、この場所に戻れば自分の人生の流れが何か変わるのではないかと、ある種の感傷的で迷信的な巡礼をしたいと思ったのだ。
ジュリアンは夜明けに出発し、彼女はその場所を知らなかった。そこで、彼女は時々乗っていたマーチン一家の小さな白馬に鞍を乗せて、出発しました。
その日は、草も葉っぱも何も動かない、まるで風が死んでしまったかのように、すべてが時間の終わりまで静止しているような、そんな静かな一日でした。昆虫そのものが消えてしまったようです。
そして、ジャンヌは、揺りかごに抱かれながら、幸せな気分で、ビデの歩みを進めた。時折、目を上げて、綿一粒ほどの小さな白い雲を見る。青い空の真ん中に、忘れ去られて、そこに取り残された一片の蒸気だ。
エトルタの門と呼ばれる断崖の大きなアーチの間から、海に注ぐ谷へ降りていき、ゆっくりと森の中へ入っていった。まだ霞がかかったような緑の中に、光の雨が降っていた。彼女はその場所を見つけることなく、小径をさまよいながら探した。
突然、長い路地を横切ると、その奥に木につながれた2頭の鞍馬が見え、一目でジルベールとジュリアンの馬だとわかった。孤独に耐えられなくなっていた彼女は、この思いがけない出会いを喜び、馬を小走りに走らせた。
彼女は、この長い駅に慣れたように、2頭の忍耐強い獣のところまで来ると、こう言った。答えはなかった。
踏まれた芝生の上に、女物の手袋と二本の鞭が置かれている。そこで、二人はそこに座り、馬を残して去っていった。
彼女は、何ができるのか理解できず、驚きながら、25分、20分と待ち続けた。足を下ろして動かなくなり、木の幹に寄りかかっていると、彼女の姿も見ずに2羽の小鳥が近くの草むらに舞い降りてきた。一匹がもう一匹の周りをバタバタと飛び回り、羽を上げて振動させ、うなづきながら鳴いている。突然、交尾をしたのだ。
ジャンヌはまるで知らなかったかのように驚き、そして「本当だ、春だ」と自分に言い聞かせ、また別の思い、疑念が湧いてきた。彼女は手袋を、鞭を、捨てられた2頭の馬をもう一度見て、逃げ出したい衝動に駆られ、突然鞍に飛び乗った。
彼女は今、颯爽とピープルの元へ帰っていった。彼女の頭は働き、推理し、事実を統合し、状況をまとめ上げた。なぜ、もっと早く気づかなかったのだろう?どうして何も見ていなかったのだろう?ジュリアンの不在、過去のエレガンスの再開、そして気分の落ち着きを、どうして彼女は理解できなかったのだろう。そのため、"崖っぷち "と言われることもありますが、"崖っぷち "であることは間違いありません。
考え事をしなければならないので、馬の歩調を戻したが、その速さに思考が乱れた。
最初の感動が過ぎると、彼女の心はほとんど平静を取り戻し、嫉妬も憎しみもなく、侮蔑の念で高ぶっていたのです。しかし、伯爵夫人とその友人の二重の反逆は、彼女を憤慨させた。全世界が裏切り、嘘、偽りであることがよくわかる。そして、彼女の目には涙が浮かんでいた。人は時に、幻影を死者のように悲しむ。
しかし、彼女は何も知らないふりをし、普通の愛情には心を閉ざし、ポールとその両親だけを愛し、他は平静を装って耐えようと決心しました。
帰ってくるなり、息子に身を投げて自分の部屋に連れて行き、1時間も止まらずに狂ったようにキスをした。
ジュリアンは夕食時に、魅力的で笑顔の絶えない、親切心にあふれた人物として戻ってきました。と問いかけた。
- お父さんと小さいお母さんは今年は来ないの?
彼女はこの親切に感謝し、森の発見をほとんど許した。そして、ポールの次に最も愛した二人にすぐにでも再会したいという激しい欲求に駆られ、夜通し、二人の到着を早めるよう手紙を書き続けたのだった。
5月20日に復帰することを発表した。その時、その月の7日であった。
親孝行とは別に、自分の心を正直な心と擦り合わせ、心を開いて、汚れのない、人生も行動も考えも欲望も常にまっすぐな純粋な人々と話をする必要を新たに感じたかのように、彼女は焦りを募らせて彼らを待っていたのである。
今、彼女が感じているのは、こうした良心の挫折のただなかにある良心の孤立のようなものだった。彼女は突然隠すことを覚え、伯爵夫人を、伸ばした手と微笑んだ唇で迎えながらも、この虚無感と人間に対する軽蔑の感覚が、大きくなって自分を包んでいるのを感じた。毎日、国からの小さな知らせが彼女の魂に、より大きな嫌悪感と人間に対する高い無視の気持ちを投げかけたのだ。
クーラード家の娘に子供が生まれたばかりで、結婚も間近であった。孤児であるマルティンのメイドは太っていた。15歳の小さな隣人は太っていた。未亡人は、貧しく、足が悪く、ひどい不潔さからラ・クロットと呼ばれた不潔な女は、太っていた。
今にも新しい妊娠の知らせや、少女のフレデイン、結婚した農民の女性で一家の母、あるいは金持ちの尊敬する農民の知らせがあった。
この燃えるような春は、植物と同じように人間の樹液をかき立てるようだった。
そして、ジャンヌは、その消滅した感覚はもはや動揺せず、その傷ついた心と感傷的な魂は、生ぬるい豊饒な息によってのみかき立てられるようであり、欲望なく高揚し、夢に情熱を傾け、肉欲に死んでいたのだが、この汚い獣性に驚き、憎悪に似た嫌悪感でいっぱいであった。
そして、もし彼女がジルベルテを恨むとしたら、それは自分から夫を奪ったことに対してではなく、この普遍的な泥沼に落ちたという事実そのものに対してであった。
彼女は、この人は、卑しい本能が支配する野人という人種ではない。どうして、こんな野蛮な連中と同じように自分を捨ててしまったのだろう。
両親が到着するまさにその日、ジュリアンは、ごく自然で面白いこととして、前日、パンを焼く日でもないのにオーブンの中で何か音がしたので、猫がうろついたのかと思ったら、妻が「パンを焼いていない」ことを明るく話し、彼女の反感をよみがえらせたのです。
そして、こう付け加えた。
- パン屋は開口部を塞ぎ、彼らはそこで窒息しそうになった。パン屋の息子が隣人に警告したのだ。
とジュリアンは繰り返し、笑った。
- 愛のパンを食べさせてくれる、あの郵便屋さん。ラ・フォンテーヌの実話である。
ジャンヌはそれ以上、パンに手をつけなかった。
ポストチェアが階段の前で止まり、男爵の幸せそうな顔が窓に映ったとき、若い女性の魂と胸には、今まで感じたことのないような深い感動、波打つような愛情の波動があったのです。
しかし、彼女は小さな母を見ると、発作的に、ほとんど気絶したままだった。男爵夫人は、この冬の6ヵ月間で10歳も老けてしまったのだ。弛緩して垂れ下がった巨大な頬は、血で腫れたように膨らみ、眼球は消滅したように見え、両腕で持ち上げられたときだけ動く。苦しい呼吸は喘ぐようになり、そばにいると苦しい不快感を感じるほどであった。
男爵は毎日彼女を見ていたので、この衰えには気づかず、彼女が息苦しさが続くこと、体が重くなることを訴えると、こう答えました。
- でも、違うんです、私はいつもこんなあなたを知っているんです。
ジャンヌは二人を部屋に案内した後、自分の部屋に戻って泣きながら取り乱した。そして、父のもとへ行き、父の胸に身を投げ出して、その目は涙で一杯でした。
- ああ、母はなんと変わってしまったのだろう。彼女はどうしたんだ、教えてくれ、どうしたんだ?
彼はとても驚いて、こう答えた。
- そう思うのか、どんな考えだ?彼女と別れたことのない私が断言しますが、彼女は悪いとは思っていませんし、相変わらず元気です。
夜、ジュリアンは妻に言った。
- お母さんが大変なことになってる。影響を受けているのだと思います。
そして、ジャンヌが涙を流すと、彼は焦った。
- さあさあ、彼女が負けたとは言っていないよ。いつも荒唐無稽な誇張をするんですね。彼女は変わった、それだけだ、彼女の年齢のせいだ。
8日後、彼女はもうそのことを考えることもなく、母の新しい人相に慣れ、おそらく人は常に不安を抑え、ある種の利己的な本能によって、心の静けさを求める自然の欲求を拒絶するように、不安や脅威の心配を抑圧していた。
歩けない男爵夫人は、毎日30分しか外に出られない。一度だけ「自分の」路地のコースを走りきったとき、彼女はそれ以上動けなくなり、「自分の」ベンチに座ることを求めた。そして、歩くことさえままならなくなったとき、彼女はこう言うのです。
- もうやめよう。今日は肥大化で足が壊れそうだ。
もうほとんど笑わなくなり、一年前なら芯から震え上がるようなことにも微笑むようになった。しかし、目が優れているため、コリーヌやラマルティーヌの『瞑想曲』を読み返す日々が続いた。そして、「記憶のある引き出し」を持ってきてくれるように頼んだ。そして、心に残る古い手紙を膝の上で空にして、引き出しを横の椅子に置き、一つ一つゆっくり見直して、「遺品」を戻していくのである。そして、一人になったとき、まったく一人になったとき、愛する死者の髪に密かに口づけをするように、何人かに口づけをしたのです。
突然入ってきたジャンヌが、悲しい涙を流して泣いているのを発見することもあった。彼女は泣き叫ぶだろう。
- どうしたんだ、小母さん?
男爵夫人は長いため息の後、こう答えるだろう。
- 私の遺品がこんなことになってしまいました。人は、あんなに良かったのに、もう終わってしまったものをかき集めるのです そして、ほとんど意識したことのない人が、ふとした瞬間に再会することもある。見たり聞いたりしたつもりになって、ひどい影響を与える。それは後でわかることです。
そんな憂鬱な時に現れた男爵は、こうつぶやいた。
- ジャンヌ、私の愛する人、もし私を信じるなら、あなたの手紙を燃やしなさい、あなたのお母さんの手紙も私の手紙も、全部です。年をとってから、若い頃を振り返ることほど恐ろしいことはない。
しかし、ジャンヌは文通を続け、「遺品の箱」を用意し、母親とは何もかもが違うが、夢想的な感傷という遺伝的本能のようなものに従ったのである。
男爵は、数日後、仕事で留守にしなければならなくなり、帰ってしまった。
シーズンは壮大だった。星が輝く穏やかな夜、穏やかな夜、輝く昼、輝く昼、そして輝く夜明け。ってな感じです。朝から夕方まで、太陽に照らされた田園風景が広がっていた。
ある日の午後、ジャンヌはポールを抱きかかえて、野原を駆け抜けていった。彼女は息子と、道端の花に覆われた草むらを見て、限りない幸福感に包まれたのです。そして、田舎の香ばしい匂いに包まれ、気が遠くなり、無限の幸福の中に消えていく。そして、彼にとっての未来を夢見た。彼は何だろう?時には、彼に偉人になってほしい、有名になってほしい、権力者になってほしいと思うこともありました。また、ある時は謙虚で、自分の近くにいて、献身的で、優しく、いつも母のために腕を広げているような彼を好んだ。母の身勝手な心で愛したときは、息子でいてほしい、息子だけであってほしいと思ったが、熱い理性で愛したときは、世の中の人になってほしいと思ったのだろう。
彼女は溝の縁に腰を下ろし、彼を見つめた。今まで見たこともないような人だった。そして、この小さな存在が背が高く、しっかりとした足取りで歩き、頬にひげを生やし、大きな声で話すのだろうと思うと、急に驚きがこみ上げてきたのです。
遠くで誰かが彼女を呼んでいた。彼女は顔を上げた。走り寄ってきたのはマリウスだった。彼女は訪問を待っているのだと思い、邪魔されるのが嫌で立ち上がりました。しかし、少年は全速力でやってきて、近くまで来たところで、叫んだ。
- マダム、マダム・ラ・バロンヌの調子が悪いのです。
背中を冷たい水が流れるのを感じながら、彼女は頭を失い、大股で再び出発した。
遠くには、プラタナスの木の下で人々がひしめき合っているのが見えた。慌てて駆け寄った彼女が見たのは、地面に横たわり、2つの枕で頭を支えた母親の姿だった。顔は真っ黒で、目は閉じ、20年間息を潜めていた胸が動かない。看護婦は、若い女性の腕から子供を取り上げて運んだ。
憔悴しきったジャンヌが尋ねた。
- 何があったんですか?どうやって落ちたんだ?医者を呼ぼう。
そして、振り向くと、なぜか警戒していた神父がいた。彼は気遣いを見せると、急いでカソックの袖を捲り上げた。しかし、酢やオーデコロン、こすり洗いは効果がありませんでした。
- 服を脱がせて寝かせるべきだ」と神父は言った。
そこには農夫のジョセフ・クイヤールやシモン神父、リュディヴィーヌもいた。ピコ修道院長の助けを借りて男爵夫人を運び出そうとしたが、持ち上げてみると頭は後ろに倒れ、掴んだドレスは破れ、体は重くて動かしにくかった。そして、ジャンヌは恐怖のあまり叫び始めた。ぐったりとした巨体が床に横たわっていた。
リビングルームから肘掛け椅子を持ってきて、そこに座らせてから、ようやく彼女を連れ出すことができた。二人は一歩一歩階段を上り、寝室に着くと彼女をベッドに寝かせた。
料理人がまだ服を脱いでいるとき、未亡人のデントゥはちょうどそこにいることに気づき、召使の言うように「死を感じた」かのように、司祭と同様に突然やってきました。
ジョゼフ・クイヤールは急いで医者に知らせに行った。神父が聖油を取ってこようとしたとき、衛兵が彼の耳元でささやいた。
- というのも、「このままではいけない!」と思い、慌てふためいているのです。
ジャンヌは、取り乱し、懇願し、どうしたらいいか、何を試したらいいか、どんなレメディを使ったらいいのか、わからなかった。教区司祭は、何はともあれ赦免を宣言した。
2時間、彼らは紫色の死体のそばで待っていた。というのも、"某国 "では、"某国 "は "某国 "であり、"某国 "は "某国 "である。
ドアが開き、医者が現れた時、彼女には救い、慰め、希望が入ってきたように思えた。そして、事故のことをすべて口ごもりながら、彼のところへ走った。
- 彼女は毎日のように歩いていた...元気だった...本当に元気だった...朝食にスープと卵2つを食べた...突然倒れた...ご覧のように真っ黒になって...そのまま動かなくなった...我々は彼女を蘇生させようとあらゆることを試みた...すべて...だ。
彼女は黙ってしまった。衛兵が医者に、もう終わった、もう十分終わったという控えめなジェスチャーをしたのにつられて。そして、理解しようとせず、不安げに問いかけ、繰り返した。
- 深刻ですか、深刻だと思いますか?
と、ようやく言ってくれた。
- 残念だけど...もう...終わりだね。勇気を持て、大きな勇気を。
そして、ジャンヌは両手を広げ、母に身を投げた。
ジュリアンが戻ってきた。彼は唖然としたまま、目に見えて動揺し、苦痛の叫びも絶望も見えず、不意を突かれ、必要な顔や表情を作ることができなかったのである。とつぶやいた。
- 予想通り、終わりという感じでした。
そして、ハンカチを引いて目を拭き、ひざまずいて署名し、何かつぶやいて、立ち上がり、妻も上げようとした。しかし、彼女は死体を抱きかかえてキスをし、ほとんどその上に横たわっていた。彼女は運ばれていくしかなかった。彼女は怒っているようだった。
1時間後、彼女は戻ることを許された。もう希望は残っていなかった。フラットは今、死の部屋として配置されていた。ジュリアンと神父は窓際で低く話していた。肘掛け椅子に座ったデンチュ未亡人は、夜警に慣れた女性らしく、死が入り込むとすぐに家になじんで、もううとうとしているようだった。
夜がふけてきた。教区司祭はジャンヌに近づき、手を取って励まし、このやりきれない心に教会的な慰めの波動を注いだ。故人のことを語り、神父の言葉で祝詞をあげ、死体が有益である神父の偽りの悲しみを悲しみ、遺体のそばで一晩中祈りたいと申し出たのです。
しかし、ジャンヌは涙を流しながら、それを拒否した。この別れの夜、彼女は一人になりたかったのだ。ジュリアンは一歩前に出た。
- しかし、それは不可能です、私たち二人はここにいましょう。
彼女はそれ以上話すことができず、うなずいていた。彼女はようやく言うことができた。
- 母です、母。一人で看病してあげたい。
医師が小声で言った。
- 彼女の好きなようにさせればいい、警備員は隣の部屋にいればいい。
Le prêtre et Julien consentirent, songeant à leur lit. Puis l'abbé Picot s'agenouilla à son tour, pria, se releva et sortit en prononçant: «C'était une sainte», sur le ton dont il disait: Dominus vobiscum.
Alors le vicomte, de sa voix ordinaire, demanda:
— Vas-tu prendre quelque chose?
Jeanne ne répondit point, ignorant qu'il s'adressait à elle. Il reprit:
— Tu ferais peut-être bien de manger un peu pour te soutenir.
Elle répliqua d'un air égaré:
— Envoie tout de suite chercher papa.
Et il sortit pour expédier un cavalier à Rouen.
Elle demeura abîmée dans une sorte de douleur immobile, comme si elle eût attendu, pour s'abandonner au flot montant des regrets désespérés, l'heure du dernier tête-à-tête.
Les ombres avaient envahi la chambre, voilant la morte de ténèbres. La veuve Dentu se mit à rôder, de son pas léger, cherchant et disposant des objets invisibles avec des mouvements silencieux de garde-malade. Puis elle alluma deux bougies qu'elle posa doucement sur la table de nuit couverte d'une serviette blanche à la tête du lit.
Jeanne ne semblait rien voir, rien sentir, rien comprendre. Elle attendait d'être seule. Julien rentra; il avait dîné; et, de nouveau, il demanda:
— Tu ne veux rien prendre?
Sa femme fit «non» de la tête.
Il s'assit, d'un air résigné plutôt que triste, et demeura sans parler.
Ils restaient tous trois, éloignés l'un de l'autre, sans un mouvement, sur leurs sièges.
Par moments, la garde s'endormant ronflait un peu, puis se réveillait brusquement.
Julien à la fin se leva, et, s'approchant de Jeanne:
— Veux-tu rester seule maintenant?
Elle lui prit la main, dans un élan involontaire:
— Oh oui, laissez-moi.
Il l'embrassa sur le front, en murmurant:
— Je viendrai te voir de temps en temps.
Et il sortit avec la veuve Dentu qui roula son fauteuil dans la chambre voisine.
Jeanne ferma la porte, puis alla ouvrir toutes grandes les deux fenêtres. Elle reçut en pleine figure la tiède caresse d'un soir de fenaison. Les foins de la pelouse, fauchés la veille, étaient couchés sous le clair de lune.
Cette douce sensation lui fit mal, la navra comme une ironie.
Elle revint auprès du lit, prit une des mains inertes et froides et se mit à considérer sa mère.
Elle n'était plus enflée comme au moment de l'attaque; elle semblait dormir à présent, plus paisiblement qu'elle n'avait jamais fait; et la flamme pâle des bougies, qu'agitaient des souffles, déplaçait, à tout moment, les ombres de son visage, la faisait vivante comme si elle eût remué.
Jeanne la regardait avidement; et, du fond des lointains de sa petite jeunesse, une foule de souvenirs accourait.
Elle se rappelait les visites de petite mère au parloir du couvent, la façon dont elle lui tendait le sac de papier plein de gâteaux, une multitude de petits détails, de petits faits, de petites tendresses, des paroles, des intonations, des gestes familiers, les plis de ses yeux quand elle riait, son grand soupir essoufflé quand elle venait de s'asseoir.
Et elle restait là, contemplant, se répétant dans une sorte d'hébétement: «Elle est morte»; et toute l'horreur de ce mot lui apparut.
Celle couchée là — maman — petite mère — madame Adélaïde, était morte? Elle ne remuerait plus, ne parlerait plus, ne rirait plus, ne dînerait plus jamais en face de petit père; elle ne dirait plus: «Bonjour Jeannette.» Elle était morte!
On allait la clouer dans une caisse et l'enfouir, et ce serait fini. On ne la verrait plus. Était-ce possible? Comment? Elle n'aurait plus sa mère? Cette chère figure si familière, vue dès qu'on a ouvert les yeux, aimée dès qu'on a ouvert les bras, ce grand déversoir d'affection, cet être unique, la mère, plus important pour le coeur que tout le reste des êtres, était disparu. Elle n'avait plus que quelques heures à regarder son visage, ce visage immobile et sans pensée; et puis rien, plus rien, un souvenir.
Et elle s'abattit sur les genoux dans une crise horrible de désespoir; et, les mains crispées sur la toile qu'elle tordait, la bouche collée sur le lit, elle cria d'une voix déchirante, étouffée dans les draps et les couvertures:
— Oh! maman, ma pauvre maman, maman!
Puis, comme elle se sentait folle, folle ainsi qu'elle avait été dans cette nuit de fuite à travers la neige, elle se releva et courut à la fenêtre pour se rafraîchir, boire de l'air nouveau qui n'était point l'air de cette couche, l'air de cette morte.
Les gazons coupés, les arbres, la lande, la mer là-bas, se reposaient dans une paix silencieuse, endormis sous le charme tendre de la lune. Un peu de cette douceur calmante pénétra Jeanne et elle se mit à pleurer lentement.
Puis elle revint auprès du lit et s'assit en reprenant dans sa main la main de petite mère, comme si elle l'eût veillée malade.
Un gros insecte était entré, attiré par les bougies. Il battait les murs comme une balle, allait d'un bout à l'autre de la chambre. Jeanne, distraite par son vol ronflant, levait les yeux pour le voir; mais elle n'apercevait jamais que son ombre errante sur le blanc du plafond.
Puis elle ne l'entendit plus. Alors elle remarqua le tic-tac léger de la pendule et un autre petit bruit, ou, plutôt, un bruissement presque imperceptible. C'était la montre de petite mère qui continuait à marcher, oubliée dans la robe jetée sur une chaise aux pieds du lit. Et soudain un vague rapprochement entre cette morte et cette mécanique qui ne s'était point arrêtée raviva la douleur aiguë au coeur de Jeanne.
Elle regarda l'heure. Il était à peine dix heures et demie; et elle fut prise d'une peur horrible de cette nuit entière à passer là.
D'autres souvenirs lui revenaient: ceux de sa propre vie — Rosalie, Gilberte — les amères désillusions de son coeur. Tout n'était donc que misère, chagrin, malheur et mort. Tout trompait, tout mentait, tout faisait souffrir et pleurer. Où trouver un peu de repos et de joie? Dans une autre existence sans doute! Quand l'âme était délivrée de l'épreuve de la terre. L'âme! Elle se mit à rêver sur cet insondable mystère, se jetant brusquement en des convictions poétiques que d'autres hypothèses, non moins vagues, renversaient immédiatement. Où donc était, maintenant, l'âme de sa mère? l'âme de ce corps immobile et glacé? Très loin, peut-être. Quelque part dans l'espace? Mais où? Évaporée comme le parfum d'une fleur sèche? ou errante comme un invisible oiseau échappé de sa cage?
Rappelée à Dieu? ou éparpillée au hasard des créations nouvelles, mêlée aux germes près d'éclore?
Très proche peut-être? Dans cette chambre, autour de cette chair inanimée qu'elle avait quittée! Et brusquement Jeanne crut sentir un souffle l'effleurer, comme le contact d'un esprit. Elle eut peur, une peur atroce, si violente qu'elle n'osait plus remuer, ni respirer, ni se retourner pour regarder derrière elle. Son coeur battait comme dans les épouvantes.
Et soudain l'invisible insecte reprit son vol et se remit à heurter les murs en tournoyant. Elle frissonna des pieds à la tête, puis, rassurée tout à coup quand elle eut reconnu le ronflement de la bête ailée, elle se leva, et se retourna. Ses yeux tombèrent sur le secrétaire aux têtes de sphinx, le meuble aux reliques.
Et une idée tendre et singulière l'envahit; c'était de lire, en cette dernière veillée, comme elle aurait fait d'un livre pieux, les vieilles lettres chères à la morte. Il lui sembla qu'elle allait remplir un devoir délicat et sacré, quelque chose de vraiment filial, qui ferait plaisir, dans l'autre monde, à petite mère.
C'était l'ancienne correspondance de son grand'père et de sa grand'mère, qu'elle n'avait point connus. Elle voulait leur tendre les bras par-dessus le corps de leur fille, aller vers eux en cette nuit funèbre comme s'ils eussent souffert aussi, former une sorte de chaîne mystérieuse de tendresse entre ceux-là morts autrefois, celle qui venait de disparaître à son tour, et elle- même restée encore sur la terre.
Elle se leva, abattit la tablette du secrétaire et prit dans le tiroir du bas une dizaine de petits paquets de papiers jaunes, ficelés avec ordre, et rangés côte à côte.
Elle les déposa tous sur le lit, entre les bras de la baronne, par une sorte de raffinement sentimental, et elle se mit à lire.
C'étaient ces vieilles épîtres qu'on retrouve dans les antiques secrétaires de famille, ces épîtres qui sentent un autre siècle.
La première commençait par «Ma chérie». Une autre par «Ma belle petite-fille», puis c'étaient «Ma chère petite» — «Ma mignonne» - - «Ma fille adorée» puis «Ma chère enfant» — «Ma chère Adélaïde» — «Ma chère fille», selon qu'elles s'adressaient à la fillette, à la jeune fille et, plus tard, à la jeune femme.
Et tout cela était plein de tendresses passionnées et puériles, de mille petites choses intimes, de ces grands et simples événements du foyer, si mesquins pour les indifférents: «Père a la grippe; la bonne Hortense s'est brûlée au doigt; le chat Croquerat est mort; on a abattu le sapin à droite de la barrière; mère a perdu son livre de messe en revenant de l'église, elle pense qu'on le lui a volé.»
On y parlait aussi de gens inconnus à Jeanne, mais dont elle se rappelait vaguement avoir entendu prononcer le nom, autrefois, dans son enfance.
Elle s'attendrissait à ces détails qui lui semblaient des révélations; comme si elle fût entrée tout à coup dans toute la vie passée, secrète, la vie du coeur de petite mère. Elle regardait le corps gisant; et, brusquement, elle se mit à lire tout haut, à lire pour la morte, comme pour la distraire, la consoler.
Et le cadavre immobile semblait heureux.
Une à une elle rejetait les lettres sur les pieds du lit; et elle pensa qu'il faudrait les mettre dans le cercueil, comme on y dépose des fleurs.
Elle délia un autre paquet. C'était une écriture nouvelle. Elle commença: «Je ne peux plus me passer de tes caresses. Je t'aime à devenir fou.»
Rien de plus; pas de nom.
Elle retourna le papier sans comprendre. L'adresse portait bien
«Madame la baronne Le Perthuis des Vauds».
Alors elle ouvrit la suivante: «Viens ce soir, dès qu'il sera sorti. Nous aurons une heure. Je t'adore.»
Dans une autre: «J'ai passé une nuit de délire à te désirer vainement. J'avais ton corps dans mes bras, ta bouche sous mes lèvres, tes yeux sous mes yeux. Et puis je me sentais des rages à me jeter par la fenêtre en songeant qu'à cette heure-là tu dormais à son côté, qu'il te possédait à son gré…»
Jeanne, interdite, ne comprenait pas.
Qu'était-ce que cela? À qui, pour qui, de qui ces paroles d'amour?
Elle continua, retrouvant toujours des déclarations éperdues, des rendez-vous avec des recommandations de prudence, puis toujours, à la fin, ces quatre mots: «Surtout brûle cette lettre.»
Enfin elle ouvrit un billet banal, une simple acceptation à dîner, mais de la même écriture et signée: «Paul d'Ennemare», celui que le baron appelait, quand il parlait encore de lui: «Mon pauvre vieux Paul», et dont la femme avait été la meilleure amie de la baronne.
Alors Jeanne, brusquement, fut effleurée d'un doute qui devint tout de suite une certitude. Sa mère l'avait eu pour amant.
Et soudain, la tête éperdue, elle rejeta d'une secousse ces papiers infâmes, comme elle eût rejeté quelque bête venimeuse montée sur elle, et elle courut à la fenêtre, et elle se mit à pleurer affreusement avec des cris involontaires qui lui déchiraient la gorge; puis, tout son être se brisant, elle s'affaissa au pied de la muraille, et, cachant son visage pour qu'on n'entendît point ses gémissements, elle sanglota, abîmée dans un désespoir insondable.
Elle serait restée peut-être ainsi toute la nuit; mais un bruit de pas dans la pièce voisine la fit se redresser d'un bond. C'était son père, peut-être? Et toutes les lettres gisaient sur le lit et sur le plancher. Il lui suffirait d'en ouvrir une? Et il saurait cela! lui!
Elle s'élança, et, saisissant à poignées tous les vieux papiers jaunes, ceux des grands-parents et ceux de l'amant, et ceux qu'elle n'avait point dépliés, et ceux qui se trouvaient encore ficelés dans les tiroirs du secrétaire, elle les jetait en tas dans la cheminée. Puis elle prit une des bougies qui brûlaient sur la table de nuit et mit le feu à ce monceau de lettres. Une grande flamme jaillit qui éclaira la chambre, la couche et le cadavre d'une lueur vive et dansante, dessinant en noir sur le rideau blanc du fond du lit le profil tremblotant du visage rigide et les lignes du corps énorme sous le drap.
Quand il n'y eut plus qu'un amas de cendres au fond du foyer, elle retourna s'asseoir auprès de la fenêtre ouverte comme si elle n'eût plus osé rester auprès de la morte, et elle se remit à pleurer, la figure dans ses mains, et gémissant d'un ton navré, d'un ton de plainte désolée:
— Oh! ma pauvre maman, oh! ma pauvre maman!
Et une atroce réflexion lui vint: si petite mère n'était pas morte, par hasard, si elle n'était qu'endormie d'un sommeil léthargique, si elle allait soudain se lever, parler? La connaissance de l'affreux secret n'amoindrirait-elle pas son amour filial? L'embrasserait-elle des mêmes lèvres pieuses? La chérirait-elle de la même affection sacrée? Non. Ce n'était pas possible! et cette pensée lui déchira le coeur.
La nuit s'effaçait; les étoiles pâlissaient; c'était l'heure fraîche qui précède le jour. La lune descendue allait s'enfoncer dans la mer qu'elle nacrait sur toute sa surface.
Et le souvenir saisit Jeanne de cette nuit passée à la fenêtre lors de son arrivée aux Peuples. Comme c'était loin, comme tout était changé, comme l'avenir lui semblait différent.
Et voilà que le ciel devint rose, d'un rose joyeux, amoureux, charmant. Elle regardait, surprise maintenant comme devant un phénomène, cette radieuse éclosion du jour, se demandant s'il était possible que, sur cette terre où se levaient de pareilles aurores, il n'y eût ni joie ni bonheur.
Un bruit de porte la fit tressaillir. C'était Julien. Il demanda:
— Eh bien? tu n'es pas trop fatiguée?
Elle balbutia «Non», heureuse de n'être plus seule.
— À présent, va te reposer, dit-il.
Elle embrassa lentement sa mère d'un baiser lent, douloureux et navré; puis elle rentra dans sa chambre.
La journée s'écoula dans ces tristes occupations que réclame un mort. Le baron arriva vers le soir. Il pleura beaucoup.
L'enterrement eut lieu le lendemain.
Après qu'elle eut, pour la dernière fois, appuyé ses lèvres sur le front glacé, qu'elle eut fait la dernière toilette, et vu couler le corps dans le cercueil, Jeanne se retira. Les invités allaient venir.
Gilberte arriva la première et se jeta, en sanglotant, sur le coeur de son amie.
On voyait par la fenêtre les voitures tourner à la grille, s'en venant au trot. Et des voix résonnaient dans le grand vestibule. Des femmes en noir entraient peu à peu dans la chambre, des femmes que Jeanne ne connaissait point. La marquise de Coutelier et la vicomtesse de Briseville l'embrassèrent.
Elle s'aperçut tout à coup que tante Lison se glissait derrière elle. Et elle l'étreignit avec tendresse, ce qui fit presque défaillir la vieille fille.
Julien entra, en grand noir, élégant, affairé, satisfait de cette affluence. Il parla bas à sa femme pour un conseil qu'il demandait. Il ajouta d'un ton confidentiel:
— Toute la noblesse est venue, ce sera très bien.
Et il repartit en saluant gravement les dames.
Tante Lison et la comtesse Gilberte restèrent seules auprès de Jeanne pendant que s'accomplissait la cérémonie funèbre. La comtesse l'embrassait sans cesse en répétant:
— Ma pauvre chérie, ma pauvre chérie!
Quand le comte de Fourville revint chercher sa femme, il pleurait lui-même comme s'il avait perdu sa propre mère.
神父とジュリアンは、ベッドのことを考え、承諾した。そして、アベ・ピコは順番にひざまずいて祈り、立ち上がって、「彼女は聖人でした」と言いながら、Dominus vobiscumと言う調子で去っていったのです。
すると子爵は、普通の声で、こう尋ねた。
- 何か持っていくんですか?
ジャンヌは、彼が自分に向かって言っていることに気づかず、答えませんでした。そして、こう続けた。
- 少しは食べておいた方が身のためだ。
彼女は困惑した表情で答えた。
- すぐにパパを呼んで
そして、ルーアンに騎手を派遣するために出かけた。
というのも、私たちが出会った人たちとは、とても良好な関係を築いているのです。
影が部屋に侵入し、死んだ女性を暗闇に包んでいたのだ。デンチュ未亡人は、軽快な足取りで、看護婦のように静かな動作で見えないものを探し、整え始めた。そして、2本のキャンドルに火を灯し、ベッドの頭で白いタオルをかけたベッドサイドテーブルにそっと置いた。
ジャンヌは何も見ていないようで、何も感じていないようで、何も理解していない。彼女は一人になるのを待っていたのだ。夕食を食べた後、再び尋ねた。
- 何も取らないの?
妻は「ノー」とうなずいた。
彼は、悲しいというより諦めたような顔をして座り、何も言わずにいた。
3人は離れた席で動かずに座っていた。
寝ている衛兵が少しいびきをかいて、突然目を覚ますこともあった。
ジュリアンはついに立ち上がり、ジャンヌに近づいた。
- 今は一人になりたいのか?
彼女は無意識のうちに彼の手を取っていた。
- そうだ、私にやらせてくれ。
とつぶやきながら、おでこにキスをした。
- 時々、会いに行きますよ。
そして、隣の部屋に肘掛け椅子を転がすデンチュ未亡人を連れて出て行った。
というのも、"某国 "では "某国 "と "某国 "を区別するために、"某国 "と "某国 "を区別しているようです。彼女はその顔に、干し草を刈る夕べの暖かい愛撫を受けた。前日に刈り取られた芝生の上の干し草が、月明かりの下に横たわっていた。
この甘美な感覚は、彼女を苦しめ、自分を哀れんでいた。
彼女はベッドに戻り、冷たく不活発な手を片方ずつ取って、母親を見つめた。
彼女はもう、発作時のような腫れはなく、今までよりも安らかに眠っているようで、息で煽られた蝋燭の淡い炎が、今にも彼女の顔の影を動かし、まるで彼女が蠢いたかのように生き生きとしていた。
そのため、このような事態になったのでしょう,モンクレール ダウン 激安。
彼女は小さな母親が修道院の応接間を訪れたときのこと、紙袋いっぱいのケーキを渡したときのこと、たくさんの細かいこと、小さな事実、小さな優しさ、言葉、イントネーション、慣れた身振り、笑ったときの目のひだ、座ったときの大きな息づかいを思い出していた。
そして、彼女はそこに立って考え、ぼんやりと「彼女は死んだ」と自分に言い聞かせ、その言葉の持つ恐怖が彼女に現れた。
そこに横たわっていたのは......お母さん、小さなお母さん、マダム・アデライド、死んでいたのか?彼女はもう動くことも、話すことも、笑うことも、幼い父の前で食事をすることもない。「こんにちは、ジネット。彼女は死んだんだ!
彼女は箱に釘付けにされて埋葬され、それで終わりです。彼女はもう二度と姿を現すことはないだろう。可能だったのでしょうか?どうしてだろう?母親はもういないのか?目を開けるとすぐに目に入り、腕を開くとすぐに愛される、あの親愛なる姿、あの大きな愛情のほとばしり、他のすべての存在よりも心にとって大切な存在である母親が、いなくなってしまったのである。彼女の顔を見ることができるのは、あと数時間しかない。あのじっとした、何も考えていない顔。そして、何もない、もう記憶でしかないのだ。
そして、彼女は絶望のあまり膝をつき、両手はねじっていた布を握りしめ、口をベッドに押し付けたまま、シーツと毛布にまぎれて、悲痛な声で叫びました。
- ああ、マミー、かわいそうなマミー、マミー!
そして、雪の中を飛び回ったあの夜のように気が狂いそうになりながら、立ち上がって窓際に走り、このベッドの空気ではない、この死んだ女の空気ではない、新しい空気を飲んで、気分を一新しようとしたのです。
刈り取られた草、木々、湿地、海が、月の優しい魔法にかかり、静かに眠っているのです。その甘さがジャンヌに少し伝わったのか、彼女はゆっくりと涙を流し始めた。
そして、ベッドに戻り、小さな母の手を取って座り、まるで病気の母を見ていたかのようであった。
キャンドルに誘われて、大きな虫が入り込んでいた。ボールのように壁を叩いて、部屋の端から端まで行っていたのです。ジャンヌは、そのいびつな飛行に気を取られ、それを見ようと目を上げたが、白い天井にその影がうごめくだけで、何も見ることはなかった。
そして、それ以上、彼の声が聞こえなくなった。その時、彼女は時計のわずかな音と、もう一つの小さな音、いや、ほとんど気づかないほどのざわめきに気がついた。それは、ベッドの足元の椅子に投げ出されたドレスの中に忘れられた、まだカチカチと音を立てている小さな母の時計だった。そして突然、この死んだ女性と、止まらないこの機構との間に、漠然としたつながりが生まれ、ジャンヌの心に激しい痛みがよみがえった。
彼女は時計に目をやった。まだ10時半だというのに、これから一晩中そこで過ごすのかと思うと、恐ろしい恐怖に襲われた。
ロザリーやジルベルテなど、自分の人生の記憶も蘇ってきた。こうして、すべてが不幸、悲しみ、災難、死となった。すべてが欺き、すべてが嘘をつき、すべてが痛みと涙を引き起こした。どこに行けば、少しでも休息と喜びが得られるのだろうか。別の存在で、間違いなく! 魂が地上の試練から解放されたとき。魂だ!彼女はこの底知れぬ謎について夢を見始め、突然詩的な確信に身を投じたが、他の漠然とした仮説はすぐに覆された。母の魂は今どこにあるのだろう。 この動かぬ、凍りついた肉体の魂は?遠くへ、かもしれない。宇宙のどこか?でも、どこで?ドライフラワーの香りのように蒸発したのか、それとも籠から出た鳥のように彷徨っているのか。
神のもとに呼び戻されたのか、それとも新しい創造の無作為の中に散らされ、これから咲こうとしている新芽に混じっているのか。
非常に近いかもしれませんね。この部屋で、彼女が残したこの無生物の肉の周りで!そして突然、ジャンヌは息が触れたような、霊に触れたような気がした。彼女は、動くことも、息をすることも、後ろを振り向くこともできないほど、激しく怯えていた。彼女の心臓は怯えたように鼓動していた。
と、突然、目に見えない虫が再び飛び立ち、回転しながら再び壁にぶつかり始めた。彼女は頭から足まで震えた。そして、翼のある獣の鳴き声に気づいて急に安心し、立ち上がって振り返った。彼女の目は、スフィンクスの頭がついた秘書、遺品整理棚に向けられた。
それは、この最後の晩に、死んだ女性が大切にしていた古い手紙を、敬虔な本から読み取るように読むことだったのです。それは、繊細で神聖な義務、真に親愛なる何か、あの世で小さな母に喜びを与えるようなことを果たそうとしているように思えたからだ。
それは、彼女の知らない祖父と祖母の古い文通であった。娘の遺体に向かって腕を伸ばし、この葬儀の夜、まるで自分も苦しんだかのように彼らのもとへ行き、過去に死んだ者、順番に消えていった者、そしてまだこの世にいる自分の間に、一種の不思議な優しさの連鎖を形成したいと思ったのである。
彼女は立ち上がり、文机を引き下ろすと、一番下の引き出しから、きれいに縛られて並べられた十数枚の小さな黄色い紙の束を取り出した。
彼女は感傷的な上品さによって、それらをすべてベッドの上、男爵夫人の腕の間に置き、読み始めた。
それは、古い家計簿にあった古い書簡で、別の世紀の匂いがする書簡であった。
1つ目は「My darling」で始まった。もうひとつは「私の美しい孫娘」で、次に「私の愛する小さな子」→「私の恋人」→「私の愛する娘」→「私の愛する子」→「私の愛するアデレード」→「私の愛する娘」と、小さな女の子、若い女の子、後に若い女性に宛てられたものかどうかによって、その表現が変わってくるのです。
お父さんがインフルエンザにかかった、オルタンスが指を火傷した、猫のクロケラが死んだ、フェンスの右側のモミの木が切られた、お母さんが教会の帰りにミサの本をなくした、盗まれたと思ってる」。
また、ジャンヌにとっては未知の人物だが、幼いころに一度だけ発音を聞いたことがあると漠然と記憶している人物の名前も語られていた。
まるで、小さな母親の過去の生活、秘密の生活、心の生活に突然入り込んでしまったかのように。そして突然、死んだ女のために、気を紛らわすように、慰めるように、声を出して読み始めたのである。
そして、動かない死体が幸せそうに見えた。
そして、花を入れるように、手紙も棺桶に入れるべきだと考えたのです。
彼女は別の包みを解いた。新しい筆跡で書かれていた。彼女は始めた。"あなたの愛撫なしではいられない 心から愛しています"
それ以上はない、名前もない。
彼女は理解できないまま紙をめくりました。アドレスの穴がよく見える
"マダム・ラ・バロンヌ・ル・ペルテュ・デ・ヴォー "です。
そして、次のものを開いた。「今晩、彼が出かけたらすぐに来てください」。1時間やろう。憧れです。"
またあるときは、「私は、あなたへの欲望をむなしくして錯乱の一夜を過ごしました。あなたの体は私の腕の中に、あなたの口は私の唇の下に、あなたの目は私の目の下にありました。そして、あの時間、あなたが彼のそばで眠っていたこと、彼があなたを好き勝手に独占していたことを思うと、窓から身を投げ出すような怒りを覚えた......」。
言葉を失ったジャンヌは、理解できなかった。
これは何なんだ?誰への、誰のための、誰からの愛の言葉だったのか。
彼女は続けて、いつも取り乱した宣言と、慎重な勧告の予定を見つけ、そしていつも最後に、この4つの言葉、「何よりも、この手紙を燃やせ」を見つけました。
男爵がまだ彼のことを「哀れなポール」と呼んでいた頃、彼の妻は男爵夫人の親友だった。
その時、ジャンヌは突然ある疑念に襲われ、それが確信に変わった。彼女の母親は彼を恋人にしていた。
そして突然、取り乱した頭で、自分に乗り移った毒獣を投げ返すように、首を振ってその悪名高い書類を投げ返し、窓に駆け寄り、喉を引き裂くような無意識の叫び声でひどく泣き始め、全身が崩れて壁の足元に沈み、呻きが聞こえないように顔を隠して、底知れない絶望に沈み咽び泣くのでした。
しかし、隣の部屋から足音が聞こえてきて、彼女は飛び上がった。彼女の父親だろうか?そして、すべての手紙はベッドと床の上に置かれていた。そのうちの一つを開けるだけでよかったのか?そして、彼はそれを知っているはずだ!
彼女はあわてて前に進み、古い黄色い紙、祖父母のもの、恋人のもの、広げていないもの、秘書の引き出しに縛られたままのものをすべてつかんで、暖炉に山のように投げ入れた。そして、枕元のろうそくを手に取り、手紙の山に火をつけました。大きな炎が立ち上がり、部屋とベッドと死体を明るく踊るように照らし、ベッドの奥の白いカーテンに、硬い顔の震える横顔とシーツの下の巨体のラインを黒く描き出した。
暖炉の奥に灰の山だけが残ると、死んだ女のそばにはいられないとばかりに、開け放たれた窓のそばに座り、顔を両手で包み、荒涼とした口調で再び泣き始めた。
- ああ、かわいそうなお母さん!ああ、かわいそうなお母さん!」。
もし、母さんが死んでいなかったら、もし、ただ眠っているだけだったら、もし、母さんが突然起き上がってしゃべり出したら......」と、非道いことを考えた。ひどい秘密を知れば、親孝行もできなくなるのでは?同じように敬虔な唇でキスをするのだろうか。彼女は同じように神聖な愛情でそれを大切にするだろうか?いや、そんなはずはない!」その思いが彼の心を引き裂いた。
夜が更け、星が消え、昼前の涼しい時間帯になった。下げられた月は、その表面全体を真珠のように覆い、海に沈もうとしていた。
そして、ジャンヌは、ピープルズに到着したとき、窓辺で過ごしたあの夜の記憶がよみがえった。どれだけ遠いか、どれだけすべてが変わってしまったか、どれだけ未来が違って見えるか、彼女にはそれがわかった。
そして、空はピンク色に染まりました。楽しくて、愛おしくて、魅力的なピンク色です。彼女は、この晴れやかな日の開花を見て、まるで現象に驚いたように、このような夜明けが訪れるこの地上では、喜びも幸せもないのだろうかと思った。
ドアから音がして、彼女は飛び上がった。それはジュリアンだった。と問いかけた。
- どうです、疲れてないですか?
彼女は「いいえ」と口ごもり、もう一人でないことを喜んだ。
- さあ、休んでください」と言われました。
彼女は母にゆっくりと、痛々しく、悲しげにキスをして、自分の部屋に戻っていった。
その日は、死者が必要とする悲しい仕事に追われる日々であった。男爵は夕方になって到着した。彼は大いに泣いた。
葬儀は翌日に行われた。
最後に冷たい額に唇を押し当て、最後の掃除をし、遺体が棺に沈むのを見届けた後、ジャンヌは引き下がった。お客さんが来るところだった。
窓から見えるのは、ゲートで曲がった車が小走りでやってくる様子だ。と声が大広間に響く。黒服の女性たちが、ジャンヌの知らない女性たちが、だんだん部屋に入ってきた。クトリエ侯爵夫人とブリスヴィル子爵夫人は彼女を抱きしめた。
ふと気づくと、リゾンおばさんが背後から忍び寄ってきていた。そして、優しく抱きしめたので、老女は気を失いそうになりました。
大きな黒いスーツを着たジュリアンは、エレガントで、忙しく、この流入に満足している様子だった。求めていたアドバイスのために、妻に低姿勢で話しかけた。と、内密な口調で付け加えた。
- 貴族がみんな来てくれたので、とても良いものになりそうです。
そして、女性たちに重々しく挨拶をして去っていった。
リゾン叔母さんとジルベルテ伯爵夫人は、葬儀が行われている間、ジャンヌと二人きりになった。伯爵夫人はひたすら口づけを繰り返しながら。
- かわいそうに、かわいそうに
フルヴィル伯爵が妻を連れ戻しに戻ってくると、まるで実の母親を失ったかのように自ら泣いていた。
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