Quatre jours plus tard arriva la berline qui devait les emporter à
Marseille.
Après l'angoisse du premier soir, Jeanne s'était habituée déjà au contact de Julien, à ses baisers, à ses caresses tendres, bien que sa répugnance n'eût pas diminué pour leurs rapports plus intimes.
Elle le trouvait beau, elle l'aimait; elle se sentait de nouveau heureuse et gaie.
Les adieux furent courts et sans tristesse. La baronne seule semblait émue; et elle mit, au moment où la voiture allait partir, une grosse bourse lourde comme du plomb dans la main de sa fille:
— C'est pour tes petites dépenses de jeune femme, dit-elle.
Jeanne la jeta dans sa poche; et les chevaux détalèrent.
Vers le soir, Julien lui dit:
— Combien ta mère t'a-t-elle donné dans cette bourse?
Elle n'y pensait plus et elle la versa sur ses genoux. Un flot d'or se répandit: deux mille francs. Elle battit des mains: «Je ferai des folies», et elle resserra l'argent.
Après huit jours de route, par une chaleur terrible, ils arrivèrent à Marseille.
Et le lendemain le Roi-Louis, un petit paquebot qui allait à
Naples en passant par Ajaccio, les emportait vers la Corse.
La Corse! les maquis! les bandits! les montagnes! la patrie de Napoléon! Il semblait à Jeanne qu'elle sortait de la réalité pour entrer, tout éveillée, dans un rêve.
Côte à côte sur le pont du navire, ils regardaient courir les falaises de la Provence. La mer immobile, d'un azur puissant, comme figée, comme durcie dans la lumière ardente qui tombait du soleil, s'étalait sous le ciel infini, d'un bleu presque exagéré.
Elle dit:
— Te rappelles-tu notre promenade dans le bateau du père
Lastique?
Au lieu de répondre, il lui jeta rapidement un baiser dans l'oreille.
Les roues du vapeur battaient l'eau, troublant son épais sommeil; et par-derrière une longue trace écumeuse, une grande traînée pâle où l'onde remuée moussait comme du champagne, allongeait jusqu'à perte de vue le sillage tout droit du bâtiment.
Soudain, vers l'avant, à quelques brasses seulement, un énorme poisson, un dauphin, bondit hors de l'eau, puis y replongea la tête la première et disparut. Jeanne toute saisie eut peur, poussa un cri, et se jeta sur la poitrine de Julien. Puis elle se mit à rire de sa frayeur, et regarda, anxieuse, si la bête n'allait pas reparaître. Au bout de quelques secondes elle jaillit de nouveau comme un gros joujou mécanique. Puis elle retomba, ressortit encore; puis elles furent deux, puis trois, puis six qui semblaient gambader autour du lourd bateau, faire escorte à leur frère monstrueux, le poisson de bois aux nageoires de fer. Elles passaient à gauche, revenaient à droite du navire, et tantôt ensemble, tantôt l'une après l'autre, comme dans un jeu, dans une poursuite gaie, elles s'élançaient en l'air par un grand saut qui décrivait une courbe, puis elles replongeaient à la queue leu leu.
Jeanne battait des mains, tressaillait, ravie, à chaque apparition des énormes et souples nageurs. Son coeur bondissait comme eux dans une joie folle et enfantine.
Tout à coup, ils disparurent. On les aperçut encore une fois, très loin, vers la pleine mer; puis on ne les vit plus, et Jeanne ressentit, pendant quelques secondes, un chagrin de leur départ.
Le soir venait, un soir calme, radieux, plein de clarté, de paix heureuse. Pas un frisson dans l'air ou sur l'eau; et ce repos illimité de la mer et du ciel s'étendait aux âmes engourdies où pas un frisson non plus ne passait.
Le grand soleil s'enfonçait doucement là-bas, vers l'Afrique invisible, l'Afrique, la terre brûlante dont on croyait déjà sentir les ardeurs; mais une sorte de caresse fraîche, qui n'était cependant pas même une apparence de brise, effleura les visages lorsque l'astre eut disparu.
Ils ne voulurent pas rentrer dans leur cabine où l'on sentait toutes les horribles odeurs des paquebots; et ils s'étendirent tous les deux sur le pont, flanc contre flanc, roulés dans leurs manteaux. Julien s'endormit tout de suite; mais Jeanne restait les yeux ouverts, agitée par l'inconnu du voyage. Le bruit monotone des roues la berçait; et elle regardait au-dessus d'elle ces légions d'étoiles si claires, d'une lumière aiguë, scintillante et comme mouillée, dans ce ciel pur du Midi.
Vers le matin, cependant, elle s'assoupit. Des bruits, des voix la réveillèrent. Les matelots, en chantant, faisaient la toilette du navire. Elle secoua son mari, immobile dans le sommeil, et ils se levèrent.
Elle buvait avec exaltation la saveur de la brume salée qui lui pénétrait jusqu'au bout des doigts. Partout la mer. Pourtant, vers l'avant, quelque chose de gris, de confus encore dans l'aube naissante, une sorte d'accumulation de nuages singuliers, pointus, déchiquetés, semblait posée sur les flots.
Puis cela apparut plus distinct; les formes se marquèrent davantage sur le ciel éclairci; une grande ligne de montagnes cornues et bizarres surgit: la Corse, enveloppée dans une sorte de voile léger.
Et le soleil se leva derrière, dessinant toutes les saillies des crêtes en ombres noires; puis tous les sommets s'allumèrent tandis que le reste de l'île demeurait embrumé de vapeur.
Le capitaine, un vieux petit homme tanné, séché, raccourci, racorni, rétréci par les vents durs et salés, apparut sur le pont, et, d'une voix enrouée par trente ans de commandement, usée par les cris poussés dans les bourrasques, il dit à Jeanne:
— La sentez-vous, cette gueuse-là?
Elle sentait en effet une forte et singulière odeur de plantes, d'arômes sauvages.
Le capitaine reprit:
— C'est la Corse qui fleure comme ça, madame; c'est son odeur de jolie femme, à elle. Après vingt ans d'absence, je la reconnaîtrais à cinq milles au large. J'en suis. Lui, là-bas, à Sainte-Hélène, il en parle toujours, paraît-il, de l'odeur de son pays. Il est de ma famille.
Et le capitaine, ôtant son chapeau, salua la Corse, salua là-bas, à travers l'océan, le grand empereur prisonnier qui était de sa famille.
Jeanne fut tellement émue qu'elle faillit pleurer.
Puis le marin tendit le bras vers l'horizon:
— Les Sanguinaires! dit-il.
Julien, debout près de sa femme, la tenait par la taille, et tous deux regardaient au loin pour découvrir le point indiqué.
Ils aperçurent enfin quelques rochers en forme de pyramides, que le navire contourna bientôt pour entrer dans un golfe immense et tranquille, entouré d'un peuple de hauts sommets dont les pentes basses semblaient couvertes de mousses.
Le capitaine indiqua cette verdure: «Le maquis.»
À mesure qu'on avançait, le cercle des monts semblait se refermer derrière le bâtiment qui nageait avec lenteur dans un lac d'azur si transparent qu'on en voyait parfois le fond.
Et la ville apparut soudain, toute blanche, au fond du golfe, au bord des flots, au pied des montagnes.
Quelques petits bateaux italiens étaient à l'ancre dans le port. Quatre ou cinq barques s'en vinrent rôder autour du Roi-Louis pour chercher ses passagers.
Julien, qui réunissait les bagages, demanda tout bas à sa femme:
— C'est assez, n'est-ce pas, de donner vingt sous à l'homme de service?
Depuis huit jours il posait à tout moment la même question, dont elle souffrait chaque fois. Elle répondit avec un peu d'impatience:
— Quand on n'est pas sûr de donner assez, on donne trop.
Sans cesse, il discutait avec les maîtres et les garçons d'hôtel, avec les voituriers, avec les vendeurs de n'importe quoi, et quand il avait, à force d'arguties, obtenu un rabais quelconque, il disait à Jeanne, en se frottant les mains:
— Je n'aime pas être volé.
Elle tremblait en voyant venir les notes, sûre d'avance des observations qu'il allait faire sur chaque article, humiliée par ces marchandages, rougissant jusqu'aux cheveux sous le regard méprisant des domestiques qui suivaient son mari de l'oeil en gardant au fond de la main son insuffisant pourboire.
Il eut encore une discussion avec le batelier qui les mit à terre.
Le premier arbre qu'elle vit fut un palmier!
Ils descendirent dans un grand hôtel vide, à l'encoignure d'une vaste place, et se firent servir à déjeuner.
Lorsqu'ils eurent fini le dessert, au moment où Jeanne se levait pour aller vagabonder par la ville, Julien, la prenant dans ses bras, lui murmura tendrement à l'oreille:
— Si nous nous couchions un peu, ma chatte?
Elle resta surprise:
— Nous coucher? Mais je ne me sens pas fatiguée.
Il l'enlaça.
— J'ai envie de toi. Tu comprends? Depuis deux jours!…
Elle s'empourpra, honteuse, balbutiant:
— Oh! maintenant! Mais que dirait-on? Comment oserais-tu demander une chambre en plein jour? Oh! Julien, je t'en supplie.
Mais il l'interrompit:
— Je m'en moque un peu de ce que peuvent dire et penser des gens d'hôtel. Tu vas voir comme ça me gêne.
Et il sonna.
Elle ne disait plus rien, les yeux baissés, révoltée toujours dans son âme et dans sa chair, devant ce désir incessant de l'époux, n'obéissant qu'avec dégoût, résignée, mais humiliée, voyant là quelque chose de bestial, de dégradant, une saleté enfin.
Ses sens dormaient encore, et son mari la traitait maintenant comme si elle eût partagé ses ardeurs.
Quand le garçon fut arrivé, Julien lui demanda de les conduire à leur chambre. L'homme, un vrai Corse velu jusque dans les yeux, ne comprenait pas, affirmait que l'appartement serait préparé pour la nuit.
Julien impatienté s'expliqua:
— Non, tout de suite. Nous sommes fatigués du voyage, nous voulons nous reposer.
Alors un sourire glissa dans la barbe du valet et Jeanne eut envie de se sauver.
Quand ils redescendirent, une heure plus tard, elle n'osait plus passer devant les gens qu'elle rencontrait, persuadée qu'ils allaient rire et chuchoter derrière son dos. Elle en voulait en son coeur à Julien de ne pas comprendre cela, de n'avoir point ces fines pudeurs, ces délicatesses d'instinct; et elle sentait entre elle et lui comme un voile, un obstacle, s'apercevant pour la première fois que deux personnes ne se pénètrent jamais jusqu'à l'âme, jusqu'au fond des pensées, qu'elles marchent côte à côte, enlacées parfois, mais non mêlées, et que l'être moral de chacun de nous reste éternellement seul par la vie.
Ils demeurèrent trois jours dans cette petite ville cachée au fond de son golfe bleu, chaude comme dans une fournaise derrière son rideau de montagnes qui ne laisse jamais le vent souffler jusqu'à elle.
Puis un itinéraire fut arrêté pour leur voyage, et, afin de ne reculer devant aucun passage difficile, ils décidèrent de louer des chevaux. Ils prirent donc deux petits étalons corses à l'oeil furieux, maigres et infatigables, et se mirent en route un matin au lever du jour. Un guide monté sur une mule les accompagnait et portait les provisions, car les auberges sont inconnues en ce pays sauvage.
La route suivait d'abord le golfe pour s'enfoncer dans une vallée peu profonde allant vers les grands monts. Souvent, on traversait des torrents presque secs; une apparence de ruisseau remuait encore sous les pierres, comme une bête cachée, faisait un glouglou timide. Le pays inculte semblait tout nu. Les flancs des côtes étaient couverts de hautes herbes, jaunes en cette saison brûlante. Parfois on rencontrait un montagnard soit à pied, soit sur son petit cheval, soit à califourchon sur son âne gros comme un chien. Et tous avaient sur le dos le fusil chargé, vieilles armes rouillées, redoutables en leurs mains.
Le mordant parfum des plantes aromatiques dont l'île est couverte semblait épaissir l'air; et la route allait s'élevant lentement au milieu des longs replis des monts.
Les sommets de granit rose ou bleu donnaient au vaste paysage des tons de féerie; et, sur les pentes plus basses, des forêts de châtaigniers immenses avaient l'air de buissons verts tant les vagues de la terre soulevée sont géantes en ce pays.
Quelquefois le guide, tendant la main vers les hauteurs escarpées, disait un nom. Jeanne et Julien regardaient, ne voyaient rien, puis découvraient enfin quelque chose de gris pareil à un amas de pierres tombées du sommet. C'était un village, un petit hameau de granit accroché là, cramponné comme un vrai nid d'oiseau, presque invisible sur l'immense montagne.
Ce long voyage au pas énervait Jeanne.
— Courons un peu, dit-elle.
Et elle lança son cheval. Puis comme elle n'entendait pas son mari galoper près d'elle, elle se retourna et se mit à rire d'un rire fou en le voyant accourir, pâle, tenant la crinière de la bête et bondissant étrangement. Sa beauté même, sa figure de beau cavalier rendaient plus drôles sa maladresse et sa peur.
Ils se mirent alors à trotter doucement. La route, maintenant, s'étendait entre deux interminables taillis qui couvraient toute la côte, comme un manteau.
C'était le maquis, l'impénétrable maquis, formé de chênes verts, de genévriers, d'arbousiers, de lentisques, d'alaternes, de bruyères, de lauriers-tins, de myrtes et de buis que reliaient entre eux, les mêlant comme des chevelures, des clématites enlaçantes, des fougères monstrueuses, des chèvrefeuilles, des cystes, des romarins, des lavandes, des ronces, jetant sur le dos des monts une inextricable toison.
Ils avaient faim. Le guide les rejoignit et les conduisit auprès d'une de ces sources charmantes, si fréquentes dans les pays escarpés, fil mince et rond d'eau glacée qui sort d'un petit trou dans la roche et coule au bout d'une feuille de châtaignier disposée par un passant pour amener le courant menu jusqu'à la bouche.
Jeanne se sentait tellement heureuse qu'elle avait grand-peine à ne point jeter des cris d'allégresse.
Ils repartirent et commencèrent à descendre, en contournant le golfe de Sagone.
Vers le soir, ils traversèrent Cargèse, le village grec fondé là, jadis, par une colonie de fugitifs chassés de leur patrie. De grandes et belles filles, aux reins élégants, aux mains longues, à la taille fine, singulièrement gracieuses, formaient un groupe auprès d'une fontaine. Julien leur ayant crié «Bonsoir», elles répondirent d'une voix chantante dans la langue harmonieuse du pays abandonné.
その4日後に四輪馬車が到着し、二人はマルセイユに向かうことになった。
最初の晩の苦悩の後、ジャンヌはすでにジュリアンの接触、キス、優しい愛撫に慣れていたが、より親密な関係に対する嫌悪感は薄れていなかった。
彼女は彼をハンサムだと感じ、愛し、また幸せで明るい気持ちになった。
別れは短く、悲壮感はない。男爵夫人だけが心を動かされたようで、馬車が出発しようとすると、娘の手に鉛のように重い大きな財布を握らせた。
- 「若い女性としてのちょっとした小遣いのためです」。
というのも、"痒いところに手が届く "のです。
- この財布は、お母さんからいくらもらったんですか?
彼女はそれ以上考えず、膝の上に注いだ。2,000フランの金塊が溢れ出した。彼女は手を叩いて「おかしなことをする」と言いながら、お金を締めてくれました。
猛暑の中、8日間かけてマルセイユに到着した。
そして翌日、ナポリに向かう小さな汽船『ルイ王号』は、アジャクシオ経由でナポリに送り、コルシカ島まで連れて行った。
コルシカ島!マキ!盗賊!山!ナポレオンの故郷!?ジャンヌは、現実を離れて、目を覚ましたまま夢の中に入っていくような気がした。
船のデッキに並んで、プロヴァンスの断崖を眺めていた。太陽から降り注ぐ強い光で凍ったように、固まったように力強い紺碧の動かない海が、誇張されたような青い無限の空の下に広がっている。
彼女は言った。
- ラスティック爺さんの船で遊んだのを覚えている?
答えの代わりに、夫は彼女の耳元に素早くキスを投げかけた。
汽船の車輪が水を叩いて、その厚い眠りを妨げ、その背後には長い泡の跡が、波がシャンパンのように泡立った大きな淡い筋が、見渡す限り船のまっすぐな航跡を伸ばしていた。
突然、前方数メートルのところに巨大な魚、イルカが飛び出してきて、また頭から飛び込んで消えていった。ジャンヌは怯え、悲鳴を上げ、ジュリアンの胸に体を投げ出した。そして、自分の怖さを笑い飛ばし、再び獣が現れないか、心配そうに見ていた。数秒後、それは大きな機械仕掛けのおもちゃのように再び立ち上がった。2匹、3匹、6匹と、鉄のヒレを持つ木魚のような怪物的な兄弟を従えて、重いボートの周りをガンガン泳いでいるように見える。船の左側を通り、右側に戻り、時には一緒に、時には一人ずつ、まるでゲームのように、陽気に追いかけっこをしながら、カーブを描くように大きく空中に飛び出し、また一列になって水中に飛び込んでいくのだ。
巨大でしなやかなスイマーが現れるたびに、ジャンヌは手を叩いて喜びをかみしめた。彼女の心も彼らと同じように、狂おしいほど子供じみた喜びで躍動した。
突然、姿を消した。そして、その姿は見えなくなり、ジャンヌは数秒の間、彼らの旅立ちを惜しんだ。
透明感と幸せな平和に満ちた、穏やかで晴れやかな夕暮れがやってきた。空気も水も震えることなく、海と空の無限の休息は、無感覚の魂にまで及び、そこも震えることはなかった。
大きな太陽は、見えないアフリカ、アフリカ、その熱気をすでに感じることができると思っていた灼熱の大地に向かって、そっと向こうに沈んでいった。しかし、星が消えたとき、風の気配さえない、一種の冷たい愛撫が顔に触れた。
二人は、船室のひどい臭いがするところに戻りたくないので、甲板に並んでコートを丸めて寝た。ジュリアンはすぐに眠ってしまったが、ジャンヌは目を開けたまま、未知の航海に興奮した。単調な車輪の音が彼女を落ち着かせ、頭上にはミディの澄んだ空に輝く、濡れたように鋭い光を放つ星々の軍団が見えた。
ところが、朝方、彼女はうとうとと眠ってしまった。物音と声で目が覚めた。船員たちは、歌いながら、船を洗っていた。眠って動かない夫を揺さぶり、二人は起き上がった。
指先まで届く塩辛い霧の味を、高揚感をもって飲み干した。どこもかしこも海。しかし、前方には、まだ夜明けの中で混乱している灰色の何か、特異な、尖った、ギザギザの雲の集積のようなものが、波の上に横たわっているように見えるのである。
角の生えた奇妙な山々が、光のベールのようなものに包まれて、コルシカ島のように連なっているのだ。
そして、太陽が背後から昇り、尾根の突起をすべて黒い影に描き、すべての峰が照らされ、島の他の部分は蒸気で霞んだままであった。
甲板に現れた船長は、小柄で日焼けした老人だったが、塩辛い強風で干からび、背が低くなり、縮んでいた。30年の指揮経験で嗄れた声、突風の中での叫び声で消耗した声で、ジャンヌに言った。
- 感じるか、そのゲラゲラを?
確かに、植物の、野生の香りの強い、特異なにおいがした。
船長は続けた。
- その匂いはコルシカ島です、マダム、可愛い女性の匂いです。20年ぶりの再会で、5マイル先の海を知ることになる。入りました。セントヘレナにいる彼は、いつも自分の国の匂いのことを話しているようだ。彼は私の家族の一員です。
そして船長は帽子を脱いでコルシカ島に敬礼し、海の向こうの、自分の一族である偉大な囚人皇帝に敬礼したのです。
ジャンヌは感動して泣きそうになった。
そして、船乗りは水平線に向かって腕を伸ばした。
- サングイネール!と言っていた。
というのも、"痒いところに手が届く "という言葉があるように、"痒いところに手が届く "とは、"痒いところに手が届く "を意味するからです。
やがてピラミッド型の岩が見え、船はそれを避けて広大で静かな湾に入り、周囲には高い峰が連なり、低い斜面は苔に覆われているようだった。
船長はこの緑を指差した。"ザ・スクラブ "だ。
時折底が見えるほど透明な紺碧の湖をゆっくりと泳ぐ船は、進むにつれて山々の輪が背後に迫ってくるようだった。
すると、湾の底、波打ち際、山のふもとに、突然、真っ白な街が現れたのです。
港にはイタリアの小船が数隻停泊していた。キング・ルイ号の周りには4、5艘のボートが浮かんでいて、乗客を運んでいる。
荷物を集めていたジュリアンは、静かに妻に尋ねた。
- 当番の人に20スーを渡せば十分ではないでしょうか?
8日間、彼は毎瞬間同じ質問をし続け、彼女はその度に苦しんでいた。彼女は少し焦りながら答えた。
- 十分な量を与える自信がないとき、人は過剰な量を与えてしまう。
彼は、主人や給仕、付き人、売り手とひっきりなしに議論し、議論の末に何らかの割引を手に入れると、両手をこすり合わせながらジャンヌに言った。
- 泥棒に入られるのは嫌なんです。
彼女は来るメモを見て震え、彼がそれぞれの品物について観察することを前もって確信し、これらの値切り交渉によって屈辱を受け、夫の不十分なチップを手元に置いて目で追う使用人たちの軽蔑的な視線に髪まで赤らんでしまったのです。
また、彼らを陸に上げた船頭と議論を重ねた。
彼女が最初に見た木は、ヤシの木だった!?
大きな広場の端にある、誰もいない大きなホテルに降りて、昼食をごちそうになった。
デザートを食べ終わって、ジャンヌが街を散策しようと立ち上がったとき、ジュリアンは彼女を抱きしめて耳元で優しくささやいた。
- ねえお前、ちょっと寝ないか?
彼女は驚いていた。
- 寝るんですって?でも、疲れは感じじていないわ。
彼は彼女を抱きしめた。
- お前が欲しいんだよ、 わかるだろう?2日もたったんだもの!?
彼女は恥ずかしくなり、口ごもった。
- ああ、今ごろどうして!でも、みんなは何て言うんだろう?よくもまあ、白昼堂々だ。ああ、ジュリアン、お願いですから。
しかし、彼は彼女を遮った。
- ホテルの人が何を言おうが、どう思おうが、どうでもいいんだ。それでぼくがどう気兼ねするか、わかるよね。
そして、ベルを鳴らしたのである。
彼女はそれ以上何も言わず、目を伏せ、夫のこの絶え間ない欲望の前に、魂と肉体の中でまだ憤慨し、ただ嫌悪感を持って従い、諦め、しかし屈辱を感じ、そこに獣のような、卑劣な、ついに汚物のようなものを見たのだ。
彼女の感覚はまだ眠っていて、夫はまるで彼の熱情を共有するかのように彼女を扱うようになった。
少年が到着すると、ジュリアンは部屋まで案内するように頼んだ。その男は、目まで毛むくじゃらの正真正銘のコルシカ人である。理解できないまま、「夜のためにフラットを用意する」と言った。
ジュリアンはイライラしながら説明した。
- いや、すぐにでも。旅で疲れているから、休みたい。
その時、付き人の髭に笑みが浮かび、ジャンヌは逃げ出したくなった。
1時間後に階下に戻ってきたとき、彼女は会う人会う人に、陰で笑われたりささやかれたりすることを確信して、あえてその前を通らなかった。彼女は心の中で、このことを理解しないジュリアンに、このような立派な慎み深さ、繊細な本能を持たないジュリアンに腹を立て、自分と彼の間にベールのような障害物を感じ、初めて、二人の人間が互いに魂の奥底まで入り込むことはなく、並んで歩き、時には抱き合うが混じり合うことはなく、一人ひとりの道徳的存在が人生を通じて永遠に孤独であることに気がついた。
その青い湾の奥に隠されたこの小さな町に、彼らは3日間滞在した。風を通さない山のカーテンの向こうは、炉のように熱い。
そして、旅の日程が決まり、難航を避けるために馬を雇うことにした。そこで、彼らは猛烈な眼力を持ち、痩せ型で疲れ知らずのコルシカ島の小柄な種馬2頭を連れて、ある朝、夜明けとともに出発したのである。ラバに乗ったガイドが同行し、食料を運んだ。この荒野には宿がないからだ。
道はまず湾岸に沿い、浅い谷を経て大山に向かう。ほとんど枯れた小川を渡ることもあったが、石の下にはまだ小川の面影が残っていて、まるで隠れた獣のように、臆病なゴボゴボという音を立てている。未開の地がむき出しになっているようだ。丘の斜面は背の高い草に覆われ、この暑い季節には黄色に染まっていた。時々、徒歩や小馬、あるいは犬のように大きなロバにまたがった山男に出会うことがある。そして、全員が装填したライフルを背負い、古い錆びた武器を手に、手ごたえを感じていた。
島を覆う芳しい植物の香りが、空気を濃くするように、道は長い山ひだの中をゆっくりと上っていく。
ピンクやブルーの花崗岩の峰は、広大な風景に妖しい色合いを与え、低い斜面には巨大な栗の木の森が、この国の隆起した大地の波のように、緑の茂みのように見えているのだ。
時々、ガイドが険しい高台に向かって手を差し出しながら、名前を言った。ジャンヌとジュリアンは何も見ず、ようやく山頂から落ちてきた石の山のような灰色のものを発見した。花崗岩の小さな集落が鳥の巣のようにしがみついていて、巨大な山の上ではほとんど見えないのだ。
この徒歩での長旅がジャンヌを苛立たせた。
- 「ちょっと走ってみましょうよ」と彼女は言った。
そして、彼女は馬を発進させた。そして、夫が近くを疾走する音が聞こえないので、振り向くと、青ざめながら、獣のたてがみを持ち、奇妙な跳躍をして駆け上がってくる夫を見て、狂ったように笑った。彼の美しさ、ハンサムな姿は、その不器用さと恐ろしさをよりいっそう面白くしていた。
そして、ゆっくりとした足取りで歩き始めた。道は、海岸全体をマントのように覆っている2つの果てしない雑木林の間にある。
彼らを結びつけていたのは、ホルムオーク、ジュニパー、アルブツの木、マスティックツ、アラテルネ、ヘザー、月桂樹、マートル、ツゲなどで構成された、入り込めないほどのマキであった。とツゲの木が髪の毛のように繋がり、抱き合うクレマチス、巨大なシダ、スイカズラ、シスト、ローズマリー、ラベンダー、ワラビが、山の背中に表裏一体のフリースを投げかけているのです。
お腹が空いていたのだ。岩に開いた小さな穴から、氷のように冷たい細い糸状の水が流れ出し、通りすがりの人が置いた栗の葉の先から、その流れが口まで届くというもので、険しい土地によく見られる魅力的な泉である。
ジャンヌは嬉しさのあまり、思わず声を上げてしまった。
再び出発し、サゴーン湾をかすめるように下り始めた。
夕方、彼らはカルジェスを通り過ぎた。カルジェスは、かつて故郷を追われた逃亡者たちのコロニーがそこに作ったギリシャの村である。背の高い美しい少女たちが、優雅な腰つき、長い手、ほっそりとした腰、特異な優雅さをもって、噴水のそばで集団を作っていた。ジュリアンが「こんばんは」と声をかけると、彼らは廃墟の国の和やかな言葉で歌いながら答えた。
En arrivant à Piana, il fallut demander l'hospitalité comme dans les temps anciens et dans les contrées perdues. Jeanne frissonnait de joie en attendant que s'ouvrît la porte où Julien avait frappé. Oh! c'était bien un voyage, cela! avec tout l'imprévu des routes inexplorées.
Ils s'adressaient justement à un jeune ménage. On les reçut comme les patriarches devaient recevoir l'hôte envoyé de Dieu, et ils dormirent sur une paillasse de maïs, dans une vieille maison vermoulue dont toute la charpente piquée des vers, parcourue par les longs tarets mangeurs de poutres, bruissait, semblait vivre et soupirer.
Ils partirent au soleil levant et bientôt ils s'arrêtèrent en face d'une forêt, d'une vraie forêt de granit pourpré. C'étaient des pics, des colonnes, des clochetons, des figures surprenantes modelées par le temps, le vent rongeur et la brume de mer.
Hauts jusqu'à trois cents mètres, minces, ronds, tortus, crochus, difformes, imprévus, fantastiques, ces surprenants rochers semblaient des arbres, des plantes, des bêtes, des monuments, des hommes, des moines en robe, des diables cornus, des oiseaux démesurés, tout un peuple monstrueux, une ménagerie de cauchemar pétrifiée par le vouloir de quelque Dieu extravagant.
Jeanne ne parlait plus, le coeur serré, et elle prit la main de Julien qu'elle étreignit, envahie d'un besoin d'aimer devant cette beauté des choses.
Et soudain, sortant de ce chaos, ils découvrirent un nouveau golfe ceint tout entier d'une muraille sanglante de granit rouge. Et dans la mer bleue ces roches écarlates se reflétaient.
Jeanne balbutia: «Oh! Julien!» sans trouver d'autres mots, attendrie d'admiration, la gorge étranglée; et deux larmes coulèrent de ses yeux. Il la regardait, stupéfait, demandant:
— Qu'as-tu, ma chatte?
Elle essuya ses joues, sourit et, d'une voix un peu tremblante:
— Ce n'est rien… c'est nerveux… Je ne sais pas… J'ai été saisie. Je suis si heureuse que la moindre chose me bouleverse le coeur.
Il ne comprenait pas ces énervements de femme, les secousses de ces êtres vibrants affolés d'un rien, qu'un enthousiasme remue comme une catastrophe, qu'une sensation insaisissable révolutionne, affole de joie ou désespère.
Ces larmes lui semblaient ridicules, et, tout entier à la préoccupation du mauvais chemin:
— Tu ferais mieux, dit-il, de veiller à ton cheval.
Par une route presque impraticable, ils descendirent au fond de ce golfe, puis tournèrent à droite pour gravir le sombre val d'Ota.
Mais le sentier s'annonçait horrible. Julien proposa:
— Si nous montions à pied?
Elle ne demandait pas mieux, ravie de marcher, d'être seule avec lui après l'émotion de tout à l'heure.
Le guide partit en avant avec la mule et les chevaux, et ils allèrent à petits pas.
La montagne, fendue du haut en bas, s'entrouvrait. Le sentier s'enfonce dans cette brèche. Il suit le fond entre deux prodigieuses murailles; et un gros torrent parcourt cette crevasse. L'air est glacé, le granit paraît noir et, tout là-haut, ce qu'on voit du ciel bleu étonne et engourdit.
Un bruit soudain fit tressaillir Jeanne. Elle leva les yeux; un énorme oiseau s'envolait d'un trou: c'était un aigle. Ses ailes ouvertes semblaient chercher les deux parois du puits, et il monta jusqu'à l'azur où il disparut.
Plus loin, la fêlure du mont se dédouble; le sentier grimpe entre les deux ravins, en zigzags brusques. Jeanne, légère et folle, allait la première, faisant rouler des cailloux sous ses pieds, intrépide, se penchant sur les abîmes. Il la suivait, un peu essoufflé, les yeux à terre par crainte du vertige.
Tout à coup le soleil les inonda; ils crurent sortir de l'enfer. Ils avaient soif, une trace humide les guida, à travers un chaos de pierres, jusqu'à une source toute petite, canalisée dans un bâton creux pour l'usage des chevriers. Un tapis de mousse couvrait le sol alentour. Jeanne s'agenouilla pour boire; et Julien en fit autant.
Et, comme elle savourait la fraîcheur de l'eau, il lui prit la taille et tâcha de lui voler sa place au bout du conduit de bois. Elle résista; leurs lèvres se battaient, se rencontraient, se repoussaient. Dans les hasards de la lutte, ils saisissaient tour à tour la mince extrémité du tube et la mordaient pour ne point lâcher. Et le filet d'eau froide, repris et quitté sans cesse, se brisait et se renouait, éclaboussait les visages, les cous, les habits, les mains. Des gouttelettes pareilles à des perles luisaient dans leurs cheveux. Et des baisers coulaient dans le courant.
Soudain, Jeanne eut une inspiration d'amour. Elle emplit sa bouche du clair liquide, et, les joues gonflées comme des outres, fit comprendre à Julien que, lèvre à lèvre, elle voulait le désaltérer.
Il tendit sa gorge, souriant, la tête en arrière, les bras ouverts; et il but d'un trait à cette source de chair vive qui lui versa dans les entrailles un désir enflammé.
Jeanne s'appuyait sur lui avec une tendresse inusitée; son coeur palpitait; ses reins se soulevaient; ses yeux semblaient amollis, trempés d'eau. Elle murmura tout bas: «Julien… je t'aime!» et, l'attirant à son tour, elle se renversa et cacha dans ses mains son visage empourpré de honte.
Il s'abattit sur elle, l'étreignant avec emportement. Elle haletait dans une attente énervée; et tout à coup elle poussa un cri, frappée, comme de la foudre, par la sensation qu'elle appelait.
Ils furent longtemps à gagner le sommet de la montée, tant elle demeurait palpitante et courbaturée, et ils n'arrivèrent à Évisa que le soir, chez un parent de leur guide, Paoli Palabretti.
C'était un homme de grande taille, un peu voûté, avec l'air morne d'un phtisique. Il les conduisit dans leur chambre, une triste chambre de pierre nue, mais belle pour ce pays, où toute élégance reste ignorée; et il exprimait en son langage, patois corse, bouillie de français et d'italien, son plaisir à les recevoir, quand une voix claire l'interrompit; et une petite femme brune, avec de grands yeux noirs, une peau chaude de soleil, une taille étroite, des dents toujours dehors dans un rire continu, s'élança, embrassa Jeanne, secoua la main de Julien en répétant:
— Bonjour, madame, bonjour, monsieur, ça va bien?
Elle enleva les chapeaux, les châles, rangea tout avec un seul bras, car elle portait l'autre en écharpe, puis elle fit sortir tout le monde, en disant à son mari:
— Va les promener jusqu'au dîner.
M. Palabretti obéit aussitôt, se plaça entre les deux jeunes gens et leur fit voir le village. Il traînait ses pas et ses paroles, toussant fréquemment, et répétant à chaque quinte:
— C'est l'air du Val qui est fraîche, qui m'est tombée sur la poitrine.
Il les guida, par un sentier perdu, sous des châtaigniers démesurés. Soudain, il s'arrêta, et, de son accent monotone:
— C'est ici que mon cousin Jean Rinaldi fut tué par Mathieu Lori. Tenez, j'étais tout près de Jean, quand Mathieu parut à dix pas de nous. «Jean, cria-t-il, ne va pas à Albertacce; n'y va pas Jean, ou je te tue, je te le dis.» Je pris le bras de Jean: «N'y va pas, Jean, il le ferait.» C'était pour une fille qu'ils suivaient tous deux, Paulina Sinacoupi. Mais Jean se mit à crier: «J'irai, Mathieu; ce n'est pas toi qui m'empêcheras.» Alors Mathieu abaissa son fusil, avant que j'aie pu ajuster le mien, et il tira. Jean fit un grand saut des deux pieds comme un enfant qui danse à la corde, oui, monsieur, et il me retomba en plein sur le corps, si bien que mon fusil en échappa et roula jusqu'au gros châtaignier là-bas. Jean avait la bouche grande ouverte, mais il ne dit plus un mot, il était mort.
Les jeunes gens regardaient, stupéfaits, le tranquille témoin de ce crime. Jeanne demanda:
— Et l'assassin?
Paoli Palabretti toussa longtemps, puis il reprit:
— Il a gagné la montagne. C'est mon frère qui l'a tué, l'an suivant. Vous savez bien, mon frère, Philippi Palabretti, le bandit.
Jeanne frissonna:
— Votre frère? un bandit?
Le Corse placide eut un éclair de fierté dans l'oeil.
— Oui, madame, c'était un célèbre, celui-là. Il a mis à bas six gendarmes. Il est mort avec Nicolas Morali, lorsqu'ils ont été cernés dans le Niolo, après six jours de lutte, et qu'ils allaient périr de faim.
Puis il ajouta, d'un air résigné: «C'est le pays qui veut ça», du même ton qu'il prenait pour dire: «C'est l'air du Val qui est fraîche.»
Puis ils rentrèrent dîner, et la petite Corse les traita comme si elle les eût connus depuis vingt ans.
Mais une inquiétude poursuivait Jeanne. Retrouverait-elle encore, entre les bras de Julien cette étrange et véhémente secousse des sens qu'elle avait ressentie sur la mousse de la fontaine?
Lorsqu'ils furent seuls dans la chambre, elle tremblait de rester encore insensible sous ses baisers. Mais elle se rassura bien vite; et ce fut sa première nuit d'amour.
Et, le lendemain, à l'heure de partir, elle ne se décidait plus à quitter cette humble maison où il lui semblait qu'un bonheur nouveau avait commencé pour elle.
Elle attira dans sa chambre la petite femme de son hôte et, tout en établissant bien qu'elle ne voulait point lui faire de cadeau, elle insista, se fâchant même, pour lui envoyer de Paris, dès son retour, un souvenir, un souvenir auquel elle attachait une idée presque superstitieuse.
La jeune Corse résista longtemps, ne voulant point accepter. Enfin elle consentit:
— Eh bien, dit-elle, envoyez-moi un petit pistolet, un tout petit.
Jeanne ouvrit de grands yeux. L'autre ajouta tout bas, près de l'oreille, comme on confie un doux et intime secret:
— C'est pour tuer mon beau-frère.
Et, souriant, elle déroula vivement les bandes qui enveloppaient sa chair ronde et blanche, traversée de part en part d'un coup de stylet presque cicatrisé:
— Si je n'avais pas été aussi forte que lui, dit-elle, il m'aurait tuée. Mon mari n'est pas jaloux, lui, il me connaît; et puis il est malade, vous savez; et cela lui calme le sang. D'ailleurs, je suis une honnête femme, moi, madame; mais mon beau- frère croit tout ce qu'on lui dit. Il est jaloux pour mon mari; et il recommencera certainement. Alors, j'aurais un petit pistolet, je serais tranquille, et sûre de me venger.
Jeanne promit d'envoyer l'arme, embrassa tendrement sa nouvelle amie, et continua sa route.
Le reste de son voyage ne fut plus qu'un songe, un enlacement sans fin, une griserie de caresses. Elle ne vit rien, ni les paysages, ni les gens, ni les lieux où elle s'arrêtait. Elle ne regardait plus que Julien.
Alors commença l'intimité enfantine et charmante des niaiseries d'amour, des petits mots bêtes et délicieux, le baptême avec des noms mignards de tous les détours et contours et replis de leurs corps où se plaisaient leurs bouches.
Comme Jeanne dormait sur le côté droit, son téton du côté gauche était souvent à l'air au réveil. Julien, l'ayant remarqué, appelait celui-là: «monsieur de Couche-dehors» et l'autre «monsieur Lamoureux», parce que la fleur rosée du sommet semblait plus sensible aux baisers.
La route profonde entre les deux devint «l'allée de petite mère» parce qu'il s'y promenait sans cesse; et une autre route plus secrète fut dénommée le «chemin de Damas» en souvenir du val d'Ota.
En arrivant à Bastia, il fallut payer le guide. Julien fouilla dans ses poches. Ne trouvant point ce qu'il lui fallait, il dit à Jeanne:
— Puisque tu ne te sers pas des deux mille francs de ta mère, donne-les-moi donc à porter. Ils seront plus en sûreté dans ma ceinture, et cela m'évitera de faire de la monnaie.
Et elle lui tendit sa bourse.
Ils gagnèrent Livourne, visitèrent Florence, Gênes, toute la
Corniche.
Par un matin de mistral, ils se retrouvèrent à Marseille.
Deux mois s'étaient écoulés depuis leur départ des Peuples. On était au 15 octobre.
Jeanne, saisie par le grand vent froid qui semblait venir de là- bas, de la lointaine Normandie, se sentait triste. Julien, depuis quelque temps, semblait changé, fatigué, indifférent; et elle avait peur sans savoir de quoi.
Elle retarda de quatre jours encore leur voyage de rentrée, ne pouvant se décider à quitter ce bon pays du soleil. Il lui semblait qu'elle venait d'accomplir le tour du bonheur.
Ils s'en allèrent enfin.
Ils devaient faire à Paris tous leurs achats pour leur installation définitive aux Peuples; et Jeanne se réjouissait de rapporter des merveilles, grâce au cadeau de petite mère; mais la première chose à laquelle elle songea fut le pistolet promis à la jeune Corse d'Évisa.
Le lendemain de leur arrivée, elle dit à Julien:
— Mon chéri, veux-tu me rendre l'argent de maman parce que je vais faire mes emplettes?
Il se tourna vers elle avec un visage mécontent.
— Combien te faut-il?
Elle fut surprise et balbutia:
— Mais… ce que tu voudras.
Il reprit:
— Je vais te donner cent francs; surtout ne les gaspille pas.
Elle ne savait plus que dire, interdite, et confuse.
Enfin elle prononça en hésitant:
— Mais… je… t'avais remis cet argent pour…
Il ne la laissa pas achever.
— Oui, parfaitement. Que ce soit dans ta poche ou dans la mienne, qu'importe, du moment que nous avons la même bourse. Je ne t'en refuse point, n'est-ce pas, puisque je te donne cent francs.
Elle prit les cinq pièces d'or, sans ajouter un mot, mais elle n'osa plus en demander d'autres et n'acheta rien que le pistolet.
Huit jours plus tard, ils se mirent en route pour rentrer aux
Peuples.
ピアーナに到着すると、古代や失われた土地で行われていたように、もてなしを求める必要があった。ジャンヌは喜びで震えながら、ジュリアンがノックしたドアが開くのを待った。ああ、これはまさに、未踏の道の意外性を秘めた旅だった。
若い世帯に向けたものだった。彼らは、家長が神から送られた客人を迎えるように迎えられ、虫に食われた古い家のトウモロコシの藁の上で眠り、虫に穴を開けられ、長い梁を食べるタレに横切られた骨組み全体が、ざわめき、生きているかのように、ため息をついているように見えた。
朝日を浴びて出発した二人は、やがて紫色の花崗岩でできた本物の森を前にして立ち止まった。それは峰であり、柱であり、鐘楼であり、時間、かむような風、海霧によって形作られた驚くべき姿であった。
高さ300メートルにもなるこれらの驚くべき岩は、木々、植物、獣、モニュメント、人間、ローブを着た僧侶、角のある悪魔、不釣り合いな鳥、怪物のような人々、贅沢な神の意志によって石化した悪夢の動物園のように思えた。
ジャンヌはもう何も言わず、胸を締め付け、この美しいものを前にして、愛したいという気持ちに負けて、ジュリアンの手を取って抱きしめたのです。
そして、この混沌の中から突然、赤い花崗岩の血の壁に囲まれた新しい湾を発見したのだ。そして、青い海には、この緋色の岩が映し出されていた。
ジャンヌは「ああ、ジュリアン!」と口ごもり、他に言葉が見つからず、感嘆のあまり喉をつまらせ、目から2滴の涙を流した。彼は驚きながら、彼女を見つめ、尋ねた。
- いったいどうしたんだい、お前?。
彼女は頬を拭き、微笑みながら、少し震える声で。
- なんでもないわ・・・神経質なのよ・・・わからない・・・取り押さえられた。ちょっとしたことで心が揺れ動くほど、幸せ。
熱狂が破局のようにかき立てられること、とらえどころのない感覚が革命を起こすこと、喜びでパニックになること、絶望すること、何もないことに取り乱す彼女たちの神経質さ、生き生きした存在の揺れが彼には理解できなかったのである。
この涙は、彼にとっては滑稽なものに思えた。彼はすっかり間違った道に夢中になっていたのだ。
- 「馬の世話をした方がいい」とと彼は言った。
ほとんど通れない道で、この湾の底まで下り、右に曲がって太田の暗い谷を登っていく。
しかし、その道はひどい有様だった。ジュリアンが提案した。
- 歩いて登ったらどうだろう?
彼女は、前日の感動の後、歩くこと、彼と二人きりになることを喜び、これ以上望むものはなかった。
ガイドがラバと馬を連れて先に行き、ゆっくりとしたペースで進んでいった。
上から下まで分断された山が、開いてきたのだ。この隙間にパスが入る。2つの巨大な壁の間の底をたどり、このクレバスの中を大きな流れが流れています。空気は氷のように冷たく、花崗岩は黒く見え、上空の青空は驚きと痺れを覚えるほどだ。
突然の物音にジャンヌは飛び上がった。穴から大きな鳥が飛び出してきたのだ。開いた翼は井戸の両脇を求めるかのように、青空に舞い上がり、そこで姿を消した。
さらに進むと、山の割れ目は2つに分かれ、道は2つの谷の間を突然ジグザグに登っていく。ジャンヌは軽やかに、そして狂おしく、足元に小石を転がしながら、恐れを知らず、奈落の底に身を乗り出して先に進んだ。彼は少し息を切らしながら、めまいを恐れて地面に目をやりながら、彼女の後を追った。
突然、太陽の光が降り注ぎ、彼らは地獄から抜け出してきたと思った。喉が渇いていた彼らは、濡れた小道を通って、石のカオスから小さな泉にたどり着き、山羊飼いが使うための中空の棒に注ぎ込みました。周囲は苔の絨毯で覆われている。ジャンヌはひざまずいて飲み、ジュリアンも同じように飲んだ。
そして、水の冷たさを味わいながら、彼女の腰を持ち、木軸の先で彼女の居場所を奪おうとしたのです。彼女は抵抗した。二人の唇は戦い、出会い、そして反発し合った。慌てて、交互にチューブの細いほうをつかんで離さないように噛んでいく。そして、何度も取り上げては離れる冷たい水の流れは、切れては結び直し、顔、首、服、手にかかる。真珠のようなしずくが髪をきらきらと輝かせる。そして、キスが流れ込んできた。
突然、ジャンヌは愛のインスピレーションを得たのだ。彼女は透明な液体を口に含み、ワイングラスのように頬を膨らませながら、唇と唇を合わせて彼の渇きを癒したいと思っていることをジュリアンに理解させた。
彼は喉を伸ばし、微笑み、頭を後ろに下げ、両手を広げて、この生きた肉の源から一息に飲み干し、彼の内臓に燃えるような欲望を注ぎ込んだのである。
彼女は小さくつぶやいた。「ジュリアン...愛してるわ!」そして彼を引き寄せると、彼女は後ろに倒れ、恥ずかしさで赤くなった顔を両手で隠した。
彼は彼女に倒れこみ、熱狂的に抱きしめた。そして、突然、雷に打たれたような感覚に襲われ、叫び声をあげた。
登り切ってからが長いので、彼女はズキズキと痛み、エヴィサに着いたのは夕方になってからで、ガイドのパオリ・パラブレットの親戚の家だった。
背が高く、少し猫背で、喘息患者のような不機嫌な雰囲気の男だった。彼は二人を部屋に案内した。むき出しの石造りの悲しい部屋だが、優雅さが皆無のこの国にしては美しい。彼は自分の言葉、フランス語とイタリア語が混ざったコルシカ語のパトワで、二人を迎えた喜びを表現していた。
- おはようございます、マダム、おはようございます、お元気ですか?
彼女は帽子やショールを脱いで、片腕ですべてを片付け、もう片方の腕はスリング(吊り具)にして、皆を帰らせ、夫に言いました。
- 夕食までの間、散歩に連れて行ってあげてください。
パラブレッティ氏はすぐに従い、二人の若者の間に立って、村を案内した。彼は、足取りも言葉も引きずり、頻繁に咳き込み、5回に1回は繰り返していた。
- 胸に降り注いだのは、新鮮な谷間の空気だった。
栗の巨木の下、迷路のような道を案内された。突然、彼は立ち止まり、単調なアクセントで言った。
- ここは私のいとこのジャン・リナルディがマチュー・ローリに殺された場所です。私がジャンと親しくしていると、10歩ほど先にマチューが現れた。"ジャン、アルベルタッチェに行くな、行くな、さもないと殺すぞ "と叫んでいた。私はジーンの腕を取り、「行くな、ジーン、彼はそうする」と言った。それは、二人が追いかけていた少女、パウリナ・シナクーピのためのものだった。しかし、ジャンは叫んだ。「僕は行く、マチュー。僕を止めるのは君じゃない」。そして、私がライフルを構える間もなく、マチューはライフルを下ろし、発砲した。ジャンは両足で縄の上で踊る子供のように大きく跳躍しました、はい、そして私の体の上にすぐ倒れました、それで私のライフルはそこから落ちて、そこの大きな栗の木まで転がりました。ジャンは口を大きく開けていたが、それ以上何も言わず、死んでしまった。
若者たちは、この犯罪の静かな目撃者に驚きをもって見守っていた。とジャンヌが聞いた。
- 犯人は?
パオリ・パラブレットは長い間咳き込んでいたが、続けてこう言った。
- 山へ行ったのだ。翌年、彼を殺したのは私の兄でした。兄のフィリッピ・パラブレットは盗賊だ
ジャンヌは震えた。
- あなたの弟? 盗賊?
おだやかなコルシカ人の目に、誇らしげな表情が浮かんだ。
- はい、マダム、彼は有名な方でした。彼は6人のジャンダルム(警察官)を倒した。ニコラ・モラーリとともに、ニオロで6日間の闘争の末に包囲され、餓死しそうになったとき、彼は死んだ。
そして、「これを望んでいるのは国だ」と、あきらめたような口調で、「谷の空気が新鮮なんだ」と言い切った。
それから彼らは夕食に戻り、小さなコルシカ人はまるで20年来の知り合いであるかのように彼らに接した。
しかし、ジャンヌは不安に駆られた。泉の泡の上で感じた、あの奇妙で激しい感覚の衝撃を、彼女はまだジュリアンの腕の間で感じているのだろうか。
部屋に二人きりになると、彼女は彼のキスの下で無感覚のまま震えていた。しかし、彼女はすぐに安心した。そして、この夜が彼女の最初の愛の夜となった。
翌日、出発のとき、彼女はこの質素な家を離れる決心がつかなかった。この家から、新しい幸せが始まったように思えたからだ。
彼女はホストの小妻を自分の部屋に引き入れ、プレゼントをする気はないことを明らかにしながらも、自分が帰ったらすぐにパリからの土産を送るべきだと、ほとんど迷信的な考えを持つ彼女に怒りすら覚えて主張しました。
若いコルシカ人は、長い間受け入れようとせず、抵抗していた。そして、ついに彼女は承諾した。
- じゃあ、小さなピストルを送ってくれ、とても小さなものでいいから。
ジャンヌは目を大きく見開いた。もう一人は、甘く親密な秘密を打ち明けるように、彼女の耳元でそっと付け加えた。
- 義兄を殺すためです。
そして、微笑みながら、丸く白い肉を包む帯を素早く広げ、その帯には、ほとんど傷のないスタイが切り込まれていた。
- もし、私が彼ほど強くなかったら、殺されていたかもしれない、と。主人は嫉妬しません、私のことを知っているからです。そして、彼は病気なのですよ、それで血が落ち着くのです。それに私は正直な女です、奥様、でも義兄は言われたことは何でも信じます。主人に嫉妬し、必ずまたやってくれる。そうすれば、私は小さなピストルを持ち、安心して、必ず復讐することができるだろう。
ジャンヌは、武器を送ることを約束し、新しい友人に優しくキスをして、その場を後にした。
残りの旅は夢でしかなかった。果てしない抱擁、愛撫の陶酔。彼女は、風景も、人も、立ち寄った場所も、何も見ていない。彼女はジュリアンを見るだけだった。
そして、愛のナンセンスの幼稚で魅力的な親密さ、愚かでおいしい小さな言葉、すべてのねじれや回転、口が喜ぶ体のひだのかわいい名前による洗礼が始まったのです。
ジャンヌは右向きで寝ているので、目が覚めると左の乳首がよく出ていた。それに気づいたジュリアンは、この花を「ムッシュー・ド・クーシュ・ドーシュ」、もう1つを「ムッシュー・ラムルー」と呼んだ。上部のピンクがかった花の方がキスに敏感なようだからだ。
その間の深い道は、彼がいつも歩いていたことから「小母さんの路地」となり、さらに秘密の道は、ヴァル・ドータにちなんで「ダマスの道」と呼ばれるようになったのです。
バスティアに着くと、ガイドにお金を払わなければならない。ジュリアンはポケットを探した。必要なものが見つからず、彼はジャンヌに言った。
ベルトの中に入れておけば安全だし、小銭を作る手間も省ける。
そして、彼女は財布を手渡した。
リヴォルノに到着し、フィレンツェ、ジェノバ、そして全土を訪れました。
コルニッシュ
あるミストラルの朝、彼らはマルセイユにいた。
レ・ププルを出発して2ヵ月が経った。10月15日のことである。
ジャンヌは、遠くノルマンディーの向こうから吹いてくるような大きな寒風に襲われ、悲しい気持ちになった。ジュリアンは、しばらくの間、変わってしまったようで、疲れているようで、無関心なようで、彼女は何も知らずに恐れていました。
彼女は、この良き太陽の国を去る決心がつかず、さらに4日ほど帰路を遅らせた。幸せのツアーを終えたばかりのように思えた。
そして、ついに彼らは去っていった。
ジャンヌは、母の贈り物のおかげで、不思議なものを持ち帰ることを楽しみにしていた。しかし、彼女が最初に考えたのは、エヴィサ出身の若いコルシカ人に約束したピストルのことであった。
到着した翌日、彼女はジュリアンにこう言った。
- 「ねえ、あなた、買い物に行くからママのお金を返してくれない?
彼は不満そうな顔で彼女の方を向いた。
- どれぐらいいるんだい?
彼女は驚き、口ごもった。
- でも...いくらでもいいわ
そして、夫はこう続けた。
- 100フランあげるから、無駄遣いするんじゃないよ。
彼女は何を言っていいのか分からず、混乱に陥った。
- でも...私は...このお金をあなたに...
彼は、彼女に最後まで言わせなかった。
- その通りだ。同じ財布なら、あなたのポケットでも私のポケットでもいいじゃないか。100フランあげるんだから、断ってるわけじゃないだろう。
彼女は何も言わずに金貨5枚を受け取ったが、それ以上はあえて要求せず、銃以外何も買わなかった。
8日後、彼らは帰途についた。
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