Madame Bovary

ボヴァリー夫人 第2部 第10章〜第16章

 

Peu à peu, ces craintes de Rodolphe la gagnèrent. L'amour l'avait enivrée d'abord, et elle n'avait songé à rien au delà. Mais à présent qu'il était indispensable à sa vie, elle craignait d'en perdre quelque chose, ou 225même qu'il ne fût troublé. Quand elle s'en revenait de chez lui, elle jetait tout alentour des regards inquiets, épiant chaque forme qui passait à l'horizon, et chaque lucarne du village d'où l'on pouvait l'apercevoir. Elle écoutait les pas, les cris, le bruit des charrues; et elle s'arrêtait plus blême et plus tremblante que les feuilles des peupliers qui se balançaient sur sa tête.

Un matin qu'elle s'en retournait ainsi, elle crut distinguer tout à coup le long canon d'une carabine qui semblait la tenir en joue. Il dépassait obliquement un petit tonneau, à demi enfoui entre les herbes, au rebord d'un fossé. Emma, prête à défaillir de terreur, avança cependant, et un homme sortit du tonneau, comme ces diables à boudin qui se dressent du fond des boîtes. Il avait des guêtres bouclées jusqu'aux genoux, sa casquette enfoncée jusqu'aux yeux, les lèvres grelottantes et le nez rouge. C'était le capitaine Binet, à l'affût des canards sauvages.

—Vous auriez dû parler de loin! s'écria-t-il. Quand on aperçoit un fusil, il faut toujours avertir.

Le percepteur, par là, tâchait de dissimuler la crainte qu'il venait d'avoir, car un arrêté préfectoral ayant interdit la chasse aux canards autrement qu'en bateau, M. Binet, malgré son respect pour les lois, se trouvait en contravention. Aussi croyait-il à chaque minute entendre arriver le garde champêtre. Mais cette inquiétude irritait son plaisir, et, tout seul dans son tonneau, il s'applaudissait de son bonheur et de sa malice.

A la vue d'Emma, il parut soulagé d'un grand poids, et aussitôt entamant la conversation:

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—Il ne fait pas chaud; ça pique!

Emma ne répondit rien. Il poursuivit:

—Et vous voilà sortie de bien bonne heure?

—Oui, dit-elle en balbutiant, je viens de chez la nourrice où est mon enfant.

—Ah! fort bien! fort bien! Quant à moi, tel que vous me voyez, dès la pointe du jour, je suis là; mais le temps est si crassineux, qu'à moins d'avoir la plume juste au bout...

—Bonsoir, monsieur Binet, interrompit-elle en lui tournant les talons.

—Serviteur, madame, reprit-il d'un ton sec.

Et il rentra dans son tonneau.

Emma se repentit d'avoir quitté si brusquement le percepteur. Sans doute il allait faire des conjectures défavorables. L'histoire de la nourrice était la pire excuse, tout le monde sachant bien à Yonville que la petite Bovary, depuis un an, était revenue chez ses parents.

D'ailleurs, personne n'habitait aux environs; ce chemin ne conduisait qu'à la Huchette; Binet donc avait deviné d'où elle venait; et il ne se tairait pas, il bavarderait, c'était certain! Elle resta jusqu'au soir à se torturer l'esprit dans tous les projets de mensonges imaginables, et ayant sans cesse devant les yeux cet imbécile à carnassière.

Charles, après le dîner, la voyant soucieuse, voulut, par distraction, la conduire chez le pharmacien, et la première personne qu'elle aperçut dans la pharmacie, ce fut encore lui, le percepteur! Il était debout devant 227le comptoir, éclairé par la lumière du bocal rouge, et il disait:

—Donnez-moi, je vous prie, une demi-once de vitriol.

—Justin! cria l'apothicaire, apporte-nous l'acide sulfurique! Puis à Emma, qui voulait monter dans l'appartement de Mme Homais: Non! restez, ce n'est pas la peine, elle va descendre. Chauffez-vous au poêle, en attendant... Excusez-moi... Bonjour, docteur (car le pharmacien se plaisait beaucoup à prononcer ce mot docteur, comme si, en l'adressant à un autre, il eût fait rejaillir sur lui-même quelque chose de la pompe qu'il y trouvait). Mais prends garde de renverser les mortiers! va plutôt chercher les chaises de la petite salle; tu sais bien qu'on ne dérange pas les fauteuils du salon.

Et pour remettre en place son fauteuil, Homais se précipitait hors du comptoir, quand Binet lui demanda une demi-once d'acide de sucre.

—Acide de sucre! fit le pharmacien dédaigneusement, je ne connais pas, j'ignore! Vous voulez peut-être de l'acide oxalique? C'est oxalique, n'est-il pas vrai?

Binet expliqua qu'il avait besoin d'un mordant pour composer lui-même une eau de cuivre, avec quoi dérouiller diverses garnitures de chasse. Emma tressaillit. Le pharmacien se mit à dire:

—En effet, le temps n'est pas propice, à cause de l'humidité.

—Cependant, reprit le percepteur d'un air finaud, il y a des personnes qui s'en arrangent.

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Elle étouffait.

—Donnez-moi encore...

—Il ne s'en ira donc jamais! pensait-elle.

—Une demi-once d'arcanson et de térébenthine, quatre onces de cire jaune, et trois demi-onces de noir animal, s'il vous plaît, pour nettoyer les cuirs vernis de mon équipement.

L'apothicaire commençait à tailler de la cire, quand Mme Homais parut avec Irma dans ses bras, Napoléon à ses côtés et Athalie qui la suivait. Elle alla s'asseoir sur le banc de velours contre la fenêtre, et le gamin s'accroupit sur un tabouret, tandis que sa sœur aînée rôdait autour de la boîte à jujube, près de son petit papa. Il emplissait des entonnoirs et bouchait des flacons; il collait des étiquettes; il confectionnait des paquets. On se taisait autour de lui; et l'on entendait seulement, de temps à autre, tinter les poids dans les balances, avec quelques paroles basses du pharmacien donnant des conseils à son élève.

—Comment va votre jeune personne? demanda tout à coup Mme Homais.

—Silence! exclama son mari, qui écrivait des chiffres sur le cahier de brouillons.

—Pourquoi ne l'avez-vous pas amenée? reprit-elle à demi-voix.

—Chut! chut! fit Emma, en désignant du doigt l'apothicaire.

Mais Binet, tout entier à la lecture de l'addition, n'avait rien entendu probablement. Enfin il sortit. Alors Emma, débarrassée, poussa un grand soupir.

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—Comme vous respirez fort! dit Mme Homais.

—Ah! c'est qu'il fait un peu chaud, répondit-elle.

 

こうしたロドルフの不安が次第に彼女に染った。最初は恋に陶酔して、それ以上のことはなにも考えなかった。しかし今のように恋愛が生活に無くてはならないものになってくると、その幾分をでも失うことが、いな、その恋が邪魔されることすら恐ろしくなった。彼の家から帰ってくるときには、おずおずあたりを見回して、はるか向こうを通るものの形や、人が見ているかもしれない村中の明かり取りを一々窺う。足音や叫び声や鋤すきの音にも耳をたてる。そして頭上にゆらぐポプラの葉よりも、なお蒼ざめ、震えながら足を停める。
ある朝、彼女はそういう調子で戻ってくると、突然、確かに自分を狙っている鉄砲の長い筒先を見つけた。それは、溝端の草叢くさむらに半ば隠れた小樽の縁ふちから斜めに突き出ていた。エンマは恐ろしさに気絶しかけたが、それでも進んでいった。すると、びっくり箱の底から飛び出すバネ仕掛けのお化けのように、樽の中から男が一人飛び出した。膝までのゲートルをつけ、鳥打ち帽を眼深まぶかに被り、唇をがたがた震わせ、鼻の先を赤くしていた。それは野鴨を狙っている、組頭ビネーであった。
「遠くから声をかけて下さればよろしいのに!」と、彼は叫んだ。「鉄砲を見たら、危いと言って知らせるものですよ」
収税吏は、そんなことを言って、今さき、ひやっとしたのをごまかそうとした。というのは、鴨猟は船以外では県令によって禁じられているので、日ごろ法律を重んずるビネー氏が正に違反行為をやっていることになるのだ。そこで彼はしょっちゅう田園警吏の足音が聞こえるようでびくびくものだった。しかしこの心配があるので、面白さはいよいよ大きい。それでいつも、たった一人樽に入って、自分の幸福と狡ずるさにほくそ笑んでいるのだった。
エンマを見ると、重荷をおろしたようにほっとして、さっそく切りだした。
「暖かとはとても申せませんな、このピリつきようでは!」
エンマは返事もしなかった。彼は続けて、
「ときにこれはまた、お早いお出かけで?」
「ええ」と、彼女はよどみながら言った。「子供の預けてある乳母ばあやのところへ行った帰りですの」
「それは、それは! わたしは明け方からこうしてここにおりますが、なにしろ鬱陶しい天気で、鳥が銃先つつさきへやってこないと」
「ビネーさん、失礼いたします」と、話の腰を折ってエンマは踵くびすを返した。
「御免を」と、彼はぶっきら棒に答えた。
そしてまた樽のなかへ入った。
エンマはあんなに急に収税吏と別れたことを後悔した。あの男は変に気をまわすに決まっている。乳母云々うんぬんはいちばん拙まずい言いわけだった。ボヴァリーの女の子が一年前から両親の家へ帰っていることは、ヨンヴィルでは誰知らぬ者もなかった。そのうえ、あの辺りには誰も住んでいない。あの道はユシェット荘へ行くだけの道である。だから、ビネーには彼女がどこからきたかおよそ見当がついたはずだ。あの男は黙ってはいまい、きっとおしゃべりするに違いない! 晩までさんざん頭をひねって、思いつくだけの嘘を考えてみた。獲物袋を下げたあのばかものが絶えず眼の先にちらついた。
シャルルは夕食のあと彼女がふさいでいるのを見て、気晴らしに薬屋へ連れていった。ところが、薬屋で第一番に彼女の見た人間は、またしても例の男、収税吏だった! 彼は赤いガラスの光に照らされながら、壁の前に立っていた。ビネーは言った。
「硫酸半オンスもらいましょう」

「ジュスタン」と薬屋は大声に、「硫酸アシッド・シュルフリックを持ってきな」と言った。
それから、オメー夫人の部屋へ上って行こうとするエンマに向かって、
「いえ、どうぞ、そこに。おあがり下さるにはおよびません。いますぐ下りて参ります。それまでストーブにでもおあたりを……ではちょっと失礼……先生ドクター、今晩は? (薬屋はこの『先生ドクター』という言葉を口にするのが大好きだった。『先生ドクター』という言葉には荘重な感じがあって、それを他人に向かって言うと、まるでその荘重さが幾分自分の方へも反射してくるような気がするのだ……おい、乳鉢にゆうはちをひっくり返さぬよう気をつけろ! 居間の椅子をとってこい、客間の肘掛け椅子を動かしちゃならんことは、知っとるだろう」
自分の肘掛け椅子をもとへ戻そうと、オメーがカウンターからそとへ飛び出したとき、ビネーは糖酸を半オンス注文した。
「糖酸?」と、薬剤師は軽蔑したように言った。「知りませんな、そんなものは聞いたことがない! おおかた蓚酸しゆうさんがお入用なんでしょう。ねえ、糖じゃなく、蓚でしょうが?」
ビネーはいろんな猟具を磨く真鍮磨きを造るのに、腐蝕剤が要るのだと説明した。エンマはぞっとした。薬剤師は、きり出した。
「じっさい、時候がいけませんや、湿気が多くて」
「しかしね、」と収税吏はずるそうに答えた。「そこをそれ、巧くやってる人もありますよ」
彼女は息がつまった。
「それからもらいたいのは……」
『これじゃ、いつ帰るかわからない!』と、彼女は思った。
松脂まつやにとテレビン油半オンス、黄蠟四オンス、骨炭一オンス半、狩装束のゴム革を掃除するのにね。」
薬屋は蠟ろうを切りはじめた。そのときオメー夫人がイルマを抱き、ナポレオンをそばに、アタリーを後ろにしたがえて現われた。オメー夫人は窓寄りに置いてある天鵞絨びろうど張りのベンチに腰かけた。男の子は床の上にうずくまるし、姉娘は『父ちゃん』の傍にある咳止めボンボンの箱の周りをうろついた。父ちゃんは漏斗じようごになみなみと薬を注つぎ瓶に栓をし、レッテルを貼り、包みをこしらえた。彼のまわりでは皆が鎮まり返っていた。ただ時どき、分銅ふんどうが秤皿はかりざらの中で鳴る音と、薬局生に指図さしずする薬剤師の低い声がぽつぽつ聞こえるだけであった。
「お宅のお嬢ちゃんはいかが?」と、不意にオメー夫人が訊いた。
「黙って!」と、雑記帳に数字を書いていた亭主が叫んだ。
「どうしてお連れになりませんの?」オメー夫人は小声で続けた。
「しっ! しっ!」と、エンマは薬屋を指さしながら言った。
しかしビネーは勘定書に読み耽っているので、どうやらなにも聞こえなかったらしい。ようやく彼は出ていった。そこで、エンマはほっとして、大きく溜息をついた。
「息遣いが荒うございますこと!」とオメー夫人が言った。
「ええ、少しお暑いので」とエンマは答えた。

 

Ils avisèrent donc le lendemain à organiser leurs rendez-vous. Emma voulait corrompre sa servante par un cadeau; mais il eût mieux valu découvrir à Yonville quelque maison discrète. Rodolphe promit d'en chercher une.

Pendant tout l'hiver, trois ou quatre fois la semaine, à la nuit noire, il arrivait dans le jardin. Emma, tout exprès, avait retiré la clef de la barrière, que Charles crut perdue.

Pour l'avertir, Rodolphe jetait contre les persiennes une poignée de sable. Elle se levait en sursaut; mais quelquefois, il lui fallait attendre, car Charles avait la manie de bavarder au coin du feu, et il n'en finissait pas. Elle se dévorait d'impatience; si ses yeux l'avaient pu, ils l'eussent fait sauter par les fenêtres. Enfin elle commençait sa toilette de nuit, puis elle prenait un livre et continuait à lire fort tranquillement, comme si la lecture l'eût amusée. Mais Charles qui était au lit l'appelait pour se coucher.

—Viens donc, Emma, disait-il, il est temps.

—Oui, j'y vais! répondait-elle.

Cependant, comme les bougies l'éblouissaient, il se tournait vers le mur et s'endormait. Elle s'échappait en retenant son haleine, souriante, palpitante, déshabillée.

Rodolphe avait un grand manteau; il l'en enveloppait tout entière, et, passant le bras autour de sa taille, il l'entraînait sans parler jusqu'au fond du jardin.

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C'était sous la tonnelle, sur ce même banc de bâtons pourris où autrefois Léon la regardait si amoureusement, durant les soirs d'été. Elle ne pensait guère à lui, maintenant.

Les étoiles brillaient à travers les branches du jasmin sans feuilles. Ils entendaient derrière eux la rivière qui coulait, et de temps à autre, sur la berge, le claquement des roseaux secs. Des massifs d'ombre, çà et là, se bombaient dans l'obscurité, et parfois frissonnant tous d'un seul mouvement, ils se dressaient et se penchaient comme d'immenses vagues noires, qui se fussent avancées pour les recouvrir. Le froid de la nuit les faisait s'étreindre davantage, les soupirs de leurs lèvres leur semblaient plus forts; leurs yeux, qu'ils entrevoyaient à peine, leur paraissaient plus grands, et au milieu du silence, il y avait des paroles dites tout bas qui tombaient sur leur âme avec une sonorité cristalline et qui s'y répercutaient en vibrations multipliées.

Lorsque la nuit était pluvieuse, ils s'allaient réfugier dans le cabinet aux consultations, entre le hangar et l'écurie. Elle allumait un des flambeaux de la cuisine, qu'elle avait caché derrière les livres. Rodolphe s'installait là comme chez lui. La vue de la bibliothèque et du bureau, de tout l'appartement enfin, excitait sa gaieté; et il ne pouvait se retenir de faire sur Charles quantité de plaisanteries qui embarrassaient Emma. Elle eût désiré le voir plus sérieux, et même plus dramatique à l'occasion, comme cette fois où elle crut entendre dans l'allée un bruit de pas qui s'approchait.

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—On vient, dit-elle...

Il souffla la lumière.

—As-tu tes pistolets?

—Pourquoi?

—Mais... pour te défendre, reprit Emma.

—Est-ce de ton mari? Ah! le pauvre garçon.

Et Rodolphe acheva sa phrase avec un geste qui signifiait: Je l'écraserais d'une chiquenaude.

Elle fut ébahie de sa bravoure, bien qu'elle y sentît une sorte d'indélicatesse et de grossièreté naïve qui la scandalisa.

Rodolphe réfléchit beaucoup à cette histoire de pistolets.

Si elle avait parlé sérieusement, cela était fort ridicule, pensait-il, odieux même, car il n'avait, lui, aucune raison de haïr ce bon Charles, n'étant pas ce qui s'appelle dévoré de jalousie;—et à ce propos, Emma lui avait fait un grand sermon, qu'il ne trouvait pas non plus du meilleur goût.

D'ailleurs, elle devenait bien sentimentale. Il avait fallu échanger des miniatures, on s'était coupé des poignées de cheveux, et elle demandait à présent une bague, un véritable anneau de mariage en signe d'alliance éternelle. Souvent elle lui parlait des cloches du soir ou des voix de la nature; puis elle l'entretenait de sa mère, à elle, et de sa mère, à lui. Rodolphe l'avait perdue depuis vingt ans. Emma, néanmoins, l'en consolait avec des mièvreries de langage, comme on eût fait à un marmot abandonné, et même lui disait quelquefois en regardant la lune:

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—Je suis sûre que là-haut, ensemble, elles approuvent notre amour.

Mais elle était si jolie! il en avait possédé si peu d'une candeur pareille! cet amour sans libertinage était pour lui quelque chose de nouveau, et qui, le sortant de ses habitudes faciles, caressait à la fois son orgueil et sa sensualité. L'exaltation d'Emma, que son bon sens bourgeois dédaignait, lui semblait au fond du cœur charmante, puisqu'elle s'adressait à sa personne. Alors, sûr d'être aimé, il ne se gêna pas, et insensiblement ses façons changèrent.

Il n'avait plus, comme autrefois, de ces mots si doux qui la faisaient pleurer, ni de ces véhémentes caresses qui la rendaient folle;—si bien que leur grand amour, où elle vivait plongée, parut se diminuer sous elle, comme l'eau d'un fleuve qui s'absorberait dans son lit; et elle aperçut la vase. Elle n'y voulut pas croire; elle redoubla de tendresse; Rodolphe, de moins en moins, cacha son indifférence.

Elle ne savait pas si elle regrettait de lui avoir cédé, ou si elle ne souhaitait point, au contraire, le chérir davantage. L'humiliation de se sentir faible se tournait en une rancune que les voluptés tempéraient. Ce n'était pas de l'attachement, mais comme une séduction permanente. Il la subjuguait. Elle en avait presque peur.

Les apparences, néanmoins, étaient plus calmes que jamais, Rodolphe ayant réussi à conduire l'adultère selon sa fantaisie; et au bout de six mois, quand le printemps arriva, ils se trouvaient l'un vis-à-vis de 233l'autre comme deux mariés, qui entretiennent tranquillement une flamme domestique.

C'était l'époque où le père Rouault envoyait son dinde, en souvenir de sa jambe remise. Le cadeau arrivait toujours avec une lettre. Emma coupa la corde qui la retenait au panier, et lut les lignes suivantes:

«Mes chers enfants,

«J'espère que la présente vous trouvera en bonne santé, et que celui-là vaudra bien les autres, car il me semble un peu plus mollet, si j'ose dire, et plus massif. Mais la prochaine fois, par changement, je vous donnerai un coq, à moins que vous ne teniez de préférence aux picots, et renvoyez-moi la bourriche, s'il vous plaît, avec les deux anciennes. J'ai eu un malheur à ma charretterie, dont la couverture, une nuit qu'il ventait fort, s'est envolée dans les arbres. La récolte non plus n'a pas été trop fameuse. Enfin, je ne sais pas quand j'irai vous voir. Ça m'est tellement difficile de quitter maintenant la maison, depuis que je suis seul, ma pauvre Emma!»

Et il y avait ici un intervalle entre les lignes, comme si le bonhomme eût laissé tomber sa plume, pour rêver quelque temps.

«Quant à moi, je vais bien, sauf un rhume que j'ai attrapé l'autre jour à la foire d'Yvetot, où j'étais parti pour retenir un berger, ayant mis le mien dehors, par suite de sa trop grande délicatesse de bouche. Comme on est à plaindre avec tous ces brigands-là! Du reste, c'était aussi un malhonnête.

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«J'ai appris d'un colporteur qui, voyageant cet hiver par vos pays, s'est fait arracher une dent, que Bovary travaillait toujours dur. Ça ne m'étonne pas, et il m'a montré sa dent; nous avons pris un café ensemble. Je lui ai demandé s'il t'avait vue, il m'a dit que non, mais qu'il avait vu dans l'écurie deux animaux, d'où je conclus que le métier roule. Tant mieux, mes chers enfants, et que le bon Dieu vous envoie tout le bonheur imaginable.

«Il me fait deuil de ne pas connaître encore ma bien-aimée petite-fille, Berthe Bovary. J'ai planté pour elle, dans le jardin, sous ta chambre, un prunier de prunes d'avoine, et je ne veux pas qu'on y touche, si ce n'est pour lui faire plus tard des compotes, que je garderai dans l'armoire, à son intention, quand elle viendra.

«Adieu, mes chers enfants. Je t'embrasse, ma fille; vous aussi, mon gendre, et la petite sur les deux joues.

«Je suis, avec bien des compliments,

«Votre tendre père.

«Théodore Rouault.»

 

こんなわけで、二人はその翌あくる日、あいびきの段取りで頭をしぼった。エンマはなにかやって女中を丸め込もうと言った。しかしそれよりも、ヨンヴィルで、目立たぬ家を見つける方がよいということになった。ロドルフは一軒探すことを約束した。
冬のあいだは週に三四度、日がとっぷり暮れると、ロドルフは庭へやってきた。エンマはわざと柵門さくの鍵を抜き取っておいた。シャルルは紛失したものと思い込んでいた。
ロドルフは合図に、いつも砂を一握り鎧戸よろいどに投げる。彼女ははっと立ち上がる。しかしときによると、しばらく待たねばならないことがある。というのは、シャルルには暖炉のそばで無駄話をする癖があり、またその話に切りがなかったからである。彼女はじりじりする。もしも彼女の眼にそんな力があったなら、夫を窓の外へ睨み出したかもしれない。やっと彼女は夜の化粧を始める。それから本をとり、落ち着き払って、さも面白そうに読み続ける。ところが、ベッドへ入ったシャルルが、寝ようと言って呼ぶのである。
「おいでよ、エンマ、もう遅いから」
「ええ、参りますわ」と彼女は答える。
しかしロウソクの光が眩しいので、夫は壁のほうを向いてやがて眠ってしまう。彼女は息を殺し、微笑を浮かべ、胸ときめかせ、しどけないなりで、脱け出すのであった。
ロドルフは大きなマントを着ていた。それでエンマをすっかり包み、腰に手をまわしながら、無言のまま庭の奥へ連れてゆく。
それは青葉棚の下、かつての夏の宵々に、レオンがうっとり、彼女を見つめたことのある、あの朽ちた丸太ベンチの上であった。今はもうレオンのことなど考えてもいなかった!
葉の落ちたジャスミンの枝ごしに星が燦々と輝いている。後ろには川瀬の音、そして時どき岸辺の、うら枯れた葦のざわめきが聞こえる。黒い塊りが所どころ闇のなかに盛りあがり、ときたま、一斉に震えながら、まっすぐに起き上がったり伏せたりする。まるで闇黒の波濤が二人を覆いつつもうと押し寄せてくるかのように。夜の寒さに二人はいっそうしっかと抱きあう。唇をもれる息はひとしお激しく、見交わす眼はやっと開いているにすぎないのに、いっそう大きく感じられる。そして静寂のただなかでは、そっと囁ささやく言葉までが、玲瓏れいろうたる響きを立てて心に触れ、振動は振動を呼んで心に谺こだますることがあった。
雨の夜は納屋と厩うまやの間にある診察室を隠れ家とした。彼女は兼ねて本のうしろへ隠しておいた調理場の燭台に火をともす。ロドルフはここでわが家のようにくつろぐのだ。書棚や机など、この部屋の様子を見て、彼ははしゃぐ。そして彼はシャルルのことで、エンマの迷惑するような冗談を並べ立てずにはいられなくなる。彼女はロドルフがもっと真剣であってほしかった。ときによっては、もっともっと芝居がかってくれたらとさえ思った。たとえば、いつか、小道に足音の近づく気配がしたので、
「誰か来ました?」と言ったあのときのように。
そのときロドルフは明かりを消した。
「あなたピストルお持ち?」
「なんのために?」
「だって……護身用に」とエンマは答えた。
「御主人からの? ああ、あんな奴!」
とロドルフは、『あれくらいひとひねりだ』と言わんばかりの身ぶりで言葉を結んだ。
彼女はそこになにかしら不作法なもの、子供っぽい野卑さを感じて眉をひそめながらも、一応彼の豪胆さには感心したのであった。
ロドルフはこのピストルの話をつくづく考えてみた。もしあの女が本気で言ったのなら実に滑稽だ、怪しからぬことだとさえ思った。彼にしてみれば、これといって、いわゆる嫉妬に悩まされているわけではないので、あの善良なシャルルを憎むことは少しもないのだ。——この夫の件についてエンマは仰々しい誓いをたてたが、ロドルフはこれもそう善い趣味だとは思わなかった。
そのうえ彼女はずいぶん感傷的になっていった。彼女が言い出して、小さな肖像画をとり交わしたり、いく握りもの髪の毛を切ったりもした。そして今また、永遠の愛情の印に指輪を、それも本当の結婚の指輪をほしいと言った。また、夕べの鐘だとか、『大自然の声』とかいったことについて、よくロドルフに語った。それから自分の母親や、ロドルフの母親の話をした。ロドルフは二十年も前に母親を亡くしていたのだったが、それでもエンマは、まるで捨てられた子供にでもするように、甘ったるい言葉で彼を慰め、そしてときによると、月を仰ぎながら、「あのお空の月の世界で、お母様たちは一緒にいらっしゃって、きっとわたしたちの恋を許して下さっていると思いますわ」などとさえ言うことがあった。
しかし、エンマは実に美しかった! これほど純真な女をものにしたことはなかった! こうした遊戯気分のない恋はこの男にしては目新しいものだったし、それはいつもの手取早い色恋沙汰から彼を引っ張り出して、彼の自尊心のみならず肉感までを楽しませてくれたのである。エンマの興奮ぶりを、自身のブルジョア的常識からは軽蔑しながらも、彼はその興奮が自分自身に向けられたものなので、心の底では憎からず思っていた。それにこうして、実際愛されているのだから、なんの気兼ねもいらなかった。そこで彼の態度は知らずしらずのうちに変わってしまった。
もう以前のように、エンマを泣かせるような優しい言葉も、エンマを狂わせるような激しい愛撫もいらなくなった。それで、エンマが生活をあげて浸りきっている二人の大きな恋も、ちょうど河水が河床かわどこに吸い込まれるように、彼女にとっては下へ下へと引いてゆくように見えた。そして彼女は底の泥を見たのである。しかし、彼女はそれを信じようとはしないで、いよいよ愛情をこまやかにした。ところが反対にロドルフは、ますます無関心さを露骨に見せた。
彼女は男に許したことを悔いているのか、それとも逆に、もっともっとあの男を愛したいのか、自分でもわからなかった。自身を弱いものだと自覚する屈辱が一転して怨恨となり、この怨恨をまた恋の快楽で和らげるのだ。こうなるともう愛着でもなんでもなく、いわば不断の誘惑のようなものだった。つまりロドルフがエンマを征服したのだ。これが彼女には恐ろしかった。
しかしロドルフにはこの不義をうまく思惑どおりに運ぶことができたので、外見は今までよりずっと平穏であった。そして半年経って春のきた頃には、二人の仲は、静かに家庭の愛情を守り続ける夫婦の間そっくりだった。
それは、ルオー爺さんが脚の治った記念にいつも七面鳥を送ってくれる時節であった。この贈物は必らず手紙と一緒に届いた。エンマは手紙を籠に結びつけてある紐を切って、次のような文面を読んだ。

拝啓 この手紙が届く頃はご両人とも定めしご壮健の事と存じます。なおまたこの鳥は前のどれよりもよいものと思います。というのは今度のは第一いつものよりは少々柔らかく、どっしりしているつもりですから。しかしこの次は目先を変えて鶏をお送りしたいと思います。ただしどうしても七面鳥の方がよければそう致しますが。なお籠かごはこのまえの分二つと一緒にお返し下さい。
さて困ったことに、家の荷車置場が大風の晩、屋根が庭の水の中へ飛んでしまいました。収穫も感心できず、この分ではいつ会いに行けるやら分かりません。この頃家を留守にする事がなかなかむつかしい。エンマ、何分にもこの親父もたった一人になってしまったので。

ここのところで行の間があいていた。爺さんはペンをおいてしばらく物思いに耽ったらしい。

わたしは無事にすごしています。ただこの間中イヴトーの市へ行き、ちょっと風邪を引いたくらいの事です。家の羊飼いがあまり食い物に贅沢を言うので暇をやり、別の羊飼いを雇いにイヴトーの市へ行った次第です。あんな手合いを相手にするのはつくづく情ないと思いました。おまけにあいつは腹の黒い奴でした。
この冬そちらへ参り、歯を抜いてもらったという行商人の話では、ボヴァリー殿も相変わらずご勉強の由、これはボヴァリー殿のこと故いまさら不思議ではありません。その行商人は歯を見せてくれました。二人でコーヒを飲み、お前に会うたかと訊ねたところ、いや会わぬが、厩うまやに馬が二匹いるのを見たといいました。商売繁盛の故だと思います。ご両人様、全く結構、どうぞ神様のお助けあらんことを祈っております。
可愛い孫のベルト・ボヴァリーの顔をまだ見んのがとても残念です。お前様のいた部屋の庭先に、孫のためと思いスモモの木を一本植えました。いずれ孫にスモモの砂糖だきをつくってやるつもり故、それ以外は人に指一本もさわらせません。砂糖だきができた暁には、孫が来たら食べさせるよう戸棚にしまっておきましょう。
まずはこれにて筆を止めます。婿殿にもお前様にも何卒ごきげんよろしく 可愛い孫をくれぐれも頼みます。
頓首々々
やさしい父
テオドル・ルオーより

 

 

Elle resta quelques minutes à tenir entre ses doigts ce gros papier. Les fautes d'orthographe s'y enlaçaient les unes aux autres; et Emma poursuivait la pensée douce qui caquetait tout au travers, comme une poule à demi cachée dans une haie d'épines. On avait séché l'écriture avec les cendres du foyer, car un peu de poussière grise glissa de la lettre sur sa 235robe, et elle crut presque apercevoir son père se courbant vers l'âtre pour saisir les pincettes. Comme il y avait longtemps qu'elle n'était plus auprès de lui, sur l'escabeau, dans la cheminée, quand elle faisait brûler le bout d'un bâton à la grande flamme des joncs marins qui pétillaient!... Elle se rappela les soirs d'été tout pleins de soleil. Les poulains hennissaient quand on passait, et galopaient, galopaient... Il y avait sous sa fenêtre une ruche à miel, et quelquefois les abeilles, tournoyant dans la lumière, frappaient contre les carreaux, comme des balles d'or rebondissantes. Quel bonheur dans ce temps-là! quelle liberté! quel espoir! quelle abondance d'illusions! Il n'en restait plus, maintenant! Elle en avait dépensé à toutes les aventures de son âme, par toutes les conditions successives, dans la virginité, dans le mariage et dans l'amour;—les perdant ainsi le long de sa vie, comme un voyageur qui laisse quelque chose de sa richesse à toutes les auberges de la route.

Mais qui donc la rendait si malheureuse? où était la catastrophe extraordinaire qui l'avait bouleversée? Et elle releva la tête, regardant autour d'elle, comme pour chercher la cause de ce qui la faisait souffrir.

Un rayon d'avril chatoyait sur les porcelaines de l'étagère; le feu brûlait; elle sentait sous ses pantoufles la douceur du tapis; le jour était blanc, l'atmosphère tiède, et elle entendit son enfant qui poussait des éclats de rire.

La petite fille se roulait alors sur le gazon, au milieu de l'herbe qu'on fanait. Elle était couchée à plat 236ventre, au bout d'une meule. Sa bonne la retenait par la jupe, Lestiboudois ratissait à côté, et chaque fois qu'il s'approchait, elle se penchait en battant l'air de ses deux bras.

—Amenez-la-moi! dit sa mère, se précipitant pour l'embrasser. Comme je t'aime, ma pauvre enfant, comme je t'aime!

Puis, s'apercevant qu'elle avait le bout des oreilles un peu sale, elle sonna vite pour avoir de l'eau chaude et la nettoya, la changea de linge, de bas, de souliers, fit mille questions sur sa santé, comme au retour d'un voyage, et enfin, la baisant encore et pleurant un peu, elle la remit aux mains de la domestique, qui restait fort ébahie devant cet excès de tendresse.

Rodolphe, le soir, la trouva plus sérieuse que d'habitude.

—Cela se passera, jugea-t-il, c'est un caprice.

Et il manqua consécutivement à trois rendez-vous. Puis, quand il revint, elle se montra froide et presque dédaigneuse.

—Ah! tu perds ton temps, ma mignonne.

Et il eut l'air de ne point remarquer ses soupirs mélancoliques, ni le mouchoir qu'elle tirait.

C'est alors qu'Emma se repentit!

Elle se demanda même pourquoi donc elle exécrait Charles, et s'il n'eût pas été meilleur de le pouvoir aimer. Mais il n'offrait pas grande prise à ces retours du sentiment, si bien qu'elle demeurait fort embarrassée dans sa velléité de sacrifice, 237lorsque l'apothicaire vint à propos lui fournir une occasion.

彼女は更紙ざらがみに認したためたこの手紙をしばらくじっと手に持っていた。そこには誤字がいっぱいあった。エンマはその誤字の山を通して、ちょうど茨いばらの垣になかば隠れている雌鳥のように、コッコッと呼んでいる温情の声を追った。炉の灰をふりかけて手紙のインクを乾かしたと見えて、灰色の粉が手紙からエンマの服の上へはらはらと散った。エンマには、火挟ひばさみを取ろうとして火床へ身をかがめる父の姿が見えるような気がした。父のそば、暖炉の床几しようぎに腰かけて、棒の先をパチパチ跳ねるハリエニシダの火で焼いたりしたのは、なんと遠い昔のことであろう……彼女は陽の光に溢れた夏の宵々を思い出した。仔馬は人が通るといなないて跳ね、また跳ねた……部屋の窓の下には蜜蜂の巣箱があった。時どき蜜蜂は陽の光のなかに飛びまわり、窓ガラスに突きあたっては金の玉のように跳ね返った。あの頃は本当に楽しかった! なんという自由さ! なんという希望? なんという夢の豊富さ! が、今はもうその名残りもない! 乙女の時代、結婚の時代、恋愛時代と相ついで訪れたすべての境涯を通じて、心のあらゆる波乱のなかに、それらの夢を使い果たしてしまったのだ。——人生の途上にこうしてそれらを失い続けてきたのだ。ちょうど道中の旅宿ごとにいくらかずつの金を残してゆく旅人のように。
しかしいったい誰が自分をこうまで不幸にしたのであろう? 自分の心を滅茶苦茶にしてしまった恐ろしい禍いはどこにあったのか? エンマは自分を苦しめた原因を探すかのように、頭を上げてあたりを見回すのであった。
四月の陽ざしが棚に並べた磁器の上で玉虫色に光っている。暖炉の火は燃えている。スリッパの下には絨毯じゆうたんの柔らかみが感じられる。陽の光は明るく、空気は暖かかった。彼女は娘が大声に笑うのを聞いた。
なるほど娘はそのとき芝生の上の、干し草の中を転げ回っていた。草を積み重ねた上に腹ばいになっていた。女中がスカートを持って娘を引っぱっている。レスチブードワがそばで熊手を使っていた。レスチブードワが近づいてくると、娘は身をかがめて両手を宙にばたばたさせた。
「連れてきておくれ!」エンマはそう言うと、飛んでいって子供にキスした。「ねえーえ、母ちゃんはお前が好き! 母ちゃんはだい好き!」
子供の耳たぶが少し汚れているのを見ると、エンマはすぐ呼鈴を鳴らして湯を運ばせ、きれいに拭いてやり、下着や靴下や靴を替えさせ、まるで旅から帰ってでもきたようにひっきりなしに体の具合を訊きただし、最後にもう一度キスして、はらはら涙をこぼしながら、子供を女中に手渡した。あまりの可愛がりように女中は呆気にとられてぽかんとしていた。
その晩ロドルフはエンマがいつもより真面目なように思った。
『今になおる。これはほん一時の気まぐれさ』と、彼は睨んだ。
そこで三度続けてあいびきをすっぽかした。次にきてみると、エンマはよそよそしい、横柄といってよいような態度を見せた。
「うん、そりゃ時間の無駄づかいさ……」
こう言って彼は、エンマが憂鬱そうに息をするのも、ハンカチを出すのも、さらに気づかぬふりをした。
このときエンマは後悔したのだ!
いったい、なぜ自分はシャルルを嫌っているのだろう、シャルルを愛することができさえしたら、もっと幸福なのではなかろうか、そんなことまで考えてみた。しかし、シャルルはこの心の縒よりを戻すのに、なんの手がかりも見せてはくれなかった。それでエンマは、やっとのことで手に入れた、この犠牲になろうという気持ちを、またもてあましていたのだったが、おりもおり薬剤師が一つの機会を提供してくれた。

XI

Il avait lu dernièrement l'éloge d'une nouvelle méthode pour la cure des pieds-bots; et comme il était partisan du progrès, il conçut cette idée patriotique que Yonville, pour se mettre au niveau, devait avoir des opérations de stréphopodie.

—Car, disait-il à Emma, que risque-t-on? Examinez (et il énumérait sur ses doigts les avantages de la tentative): succès presque certain, soulagement et embellissement du malade, célébrité vite acquise à l'opérateur. Pourquoi votre mari, par exemple, ne voudrait-il pas débarrasser ce pauvre Hippolyte du Lion d'or? Notez qu'il ne manquerait pas de raconter sa guérison à tous les voyageurs, et puis (Homais baissait la voix et regardait autour de lui), qui donc m'empêcherait d'envoyer au journal une petite note là-dessus? Eh! mon Dieu! un article circule... on en parle... cela finit par faire la boule de neige! et qui sait? qui sait?

En effet, Bovary pouvait réussir: rien n'affirmait à Emma qu'il ne fût habile; et quelle satisfaction pour elle que de l'avoir engagé à une démarche d'où sa réputation et sa fortune se trouveraient accrues! Elle ne 238demandait qu'à s'appuyer sur quelque chose de plus solide que l'amour.

Charles, sollicité par l'apothicaire et par elle, se laissa convaincre. Il fit venir de Rouen le volume du docteur Duval; et, tous les soirs, se prenant la tête entre les mains, il s'enfonçait dans cette lecture.

Tandis qu'il étudiait les équins, les varus et les valgus, c'est-à-dire la stréphocatopodie, la stréphendopodie et la stréphexopodie (ou, pour parler mieux, les différentes dérivations du pied, soit en bas, en dedans ou en dehors), avec la stréphypopodie et la stréphanopodie (autrement torsion en dessous et redressement en haut), M. Homais, par toutes sortes de raisonnements, exhortait le garçon d'auberge à se faire opérer.

—A peine sentiras-tu, peut-être, une légère douleur; c'est une simple piqûre, comme une petite saignée, moins que l'extirpation de certains cors.

Hippolyte, réfléchissant, roulait des yeux stupides.

—Du reste, reprenait le pharmacien, ça ne me regarde pas! c'est pour toi! par humanité pure! Je voudrais te voir, mon ami, débarrassé de ta hideuse claudication, avec ce balancement de la région lombaire, qui, bien que tu prétendes, doit te nuire considérablement dans l'exercice de ton métier.

Alors Homais lui représentait combien il se sentirait ensuite plus gaillard et plus ingambe, et même lui donnait à entendre qu'il s'en trouverait mieux pour plaire aux femmes. Et le valet d'écurie se prenait à sourire lourdement. Puis il l'attaquait par la vanité:

239

—N'es-tu pas un homme, saprelotte!!! Que serait-ce donc s'il t'avait fallu servir... aller combattre sous les drapeaux?... Ah! Hippolyte!

Et Homais s'éloignait, déclarant qu'il ne comprenait pas cet entêtement, cet aveuglement à se refuser aux bienfaits de la science.

Le malheureux céda, car ce fut comme une conjuration. Binet, qui ne se mêlait jamais des affaires d'autrui, Mme Lefrançois, Artémise, les voisins, et jusqu'au maire, M. Tuvache, tout le monde l'engageait, le sermonnait, lui faisait honte; mais ce qui acheva de le décider, c'est que ça ne lui coûterait rien. Bovary se chargeait même de fournir la machine où l'on devait enfermer son membre après l'opération. Emma avait eu l'idée de cette générosité; et Charles y consentit, se disant au fond du cœur que sa femme était un ange.

Avec les conseils du pharmacien, et en recommençant trois fois, il fit donc construire par le menuisier, aidé du serrurier, une manière de boîte pesant huit livres environ, et où le fer, le bois, la tôle, le cuir, les vis et les écrous ne se trouvaient point épargnés.

Cependant, pour savoir quel tendon couper à Hippolyte, il fallait connaître d'abord quelle espèce de pied-bot il avait.

Il avait un pied faisant avec la jambe une ligne presque droite, ce qui ne l'empêchait pas d'être tourné en dedans, de sorte que c'était un équin mêlé d'un peu de varus, ou bien un léger varus fortement accusé d'équin. Mais avec cet équin, large en effet comme un 240pied de cheval, à peau rugueuse, à tendons secs, à gros orteils, et où les ongles noirs figuraient les clous d'un fer, le stréphopode, depuis le matin jusqu'à la nuit, galopait comme un cerf. On le voyait continuellement sur la Place sautiller tout autour des charrettes, en jetant en avant son support inégal. Il semblait même plus vigoureux de cette jambe-là que de l'autre. A force d'avoir servi, elle avait contracté comme des qualités morales de patience et d'énergie, et quand on lui donnait quelque gros ouvrage, il s'écorait dessus, préférablement.

Or, puisque c'était un équin, il fallait couper le tendon d'Achille, quitte à s'en prendre plus tard au muscle tibial antérieur, pour se débarrasser du varus; car le médecin n'osait d'un seul coup risquer deux opérations, et même il tremblait déjà, dans la peur d'attaquer quelque région importante qu'il ne connaissait pas.

Ni Ambroise Paré appliquant pour la première fois depuis Celse, après quinze siècles d'intervalle, la ligature immédiate d'une artère; ni Dupuytren allant ouvrir un abcès à travers une couche épaisse d'encéphale; ni Gensoul, quand il fit la première ablation de maxillaire supérieur, n'avaient, certes, le cœur si palpitant, la main si frémissante, l'intellect aussi tendu que M. Bovary quand il approcha d'Hippolyte son ténotome entre les doigts. Et, comme dans les hôpitaux, l'on voyait à côté, sur une table, un tas de charpie, des fils cirés, beaucoup de bandes, une pyramide de bandes, tout ce qu'il y avait de bandes chez l'apothicaire. 241C'était M. Homais qui avait organisé dès le matin tous ces préparatifs, autant pour éblouir la multitude que pour s'illusionner lui-même. Charles piqua la peau; on entendit un craquement sec. Le tendon était coupé, l'opération était finie. Hippolyte n'en revenait pas de surprise; il se penchait sur les mains de Bovary pour les couvrir de baisers.

—Allons, calme-toi, disait l'apothicaire, tu témoigneras plus tard ta reconnaissance envers ton bienfaiteur!

Et il descendit conter le résultat à cinq ou six curieux qui stationnaient dans la cour et qui s'imaginaient qu'Hippolyte allait reparaître marchant droit. Puis Charles, ayant bouclé son malade dans le moteur mécanique, s'en retourna chez lui, où Emma, tout anxieuse, l'attendait sur la porte. Elle lui sauta au cou; ils se mirent à table; il mangea beaucoup; et même il voulut au dessert prendre une tasse de café, débauche qu'il ne se permettait que le dimanche lorsqu'il y avait du monde.

La soirée fut charmante, pleine de causerie, de rêves en commun. Ils parlèrent de leur fortune future, d'améliorations à introduire dans leur ménage; il voyait sa considération s'étendant, son bien-être s'augmentant, sa femme l'aimant toujours; et elle se trouvait heureuse de se rafraîchir dans un sentiment nouveau, plus sain, meilleur, enfin d'éprouver quelque tendresse pour ce pauvre garçon qui la chérissait. L'idée de Rodolphe un moment lui passa par la tête; mais ses yeux se reportèrent sur Charles. Elle remarqua 242même avec surprise qu'il n'avait point les dents vilaines.

Ils étaient au lit lorsque M. Homais, malgré la cuisinière, entra tout à coup dans la chambre, en tenant à la main une feuille de papier fraîche écrite. C'était la réclame qu'il destinait au Fanal de Rouen. Il la leur apportait à lire.

—Lisez vous-même, dit Bovary.

Il lut: «Malgré les préjugés qui recouvrent encore une partie de la face de l'Europe comme un réseau, la lumière cependant commence à pénétrer dans nos campagnes. C'est ainsi que mardi, notre petite cité d'Yonville s'est vue le théâtre d'une expérience chirurgicale qui est en même temps un acte de haute philanthropie: M. Bovary, un de nos praticiens les plus distingués...»

—Ah! c'est trop, c'est trop! disait Charles, que l'émotion suffoquait.

—Mais non, pas du tout!... comment donc?... «a opéré d'un pied-bot.» Je n'ai pas mis le terme scientifique, parce que, vous savez, dans un journal... tout le monde peut-être ne comprendrait pas; il faut que les masses...

—En effet, dit Bovary. Continuez.

—Je reprends, dit le pharmacien...

«M. Bovary, un de nos praticiens les plus distingués, a opéré d'un pied-bot le nommé Hippolyte Tautain, garçon d'écurie depuis vingt-cinq ans à l'hôtel du Lion d'or, tenu par Mme veuve Lefrançois, sur la Place d'armes. La nouveauté de la tentative et l'intérêt qui 243s'attachait au sujet avaient attiré un tel concours de population, qu'il y avait véritablement encombrement au seuil de l'établissement. L'opération, du reste, s'est pratiquée comme par enchantement, et à peine si quelques gouttes de sang sont venues sur la peau, comme pour dire que le tendon rebelle venait enfin de céder sous les efforts de l'art. Le malade, chose étrange (nous l'affirmons de visu), n'accusa point de douleur. Son état, jusqu'à présent, ne laisse rien à désirer. Tout porte à croire que la convalescence sera courte; et qui sait même si, à la prochaine fête villageoise, nous ne verrons pas notre brave Hippolyte figurer dans des danses bachiques, au milieu d'un chœur de joyeux drilles, et ainsi prouver à tous les yeux, par sa verve et ses entrechats, sa complète guérison? Honneur donc aux savants généreux! honneur à ces esprits infatigables qui consacrent leurs veilles à l'amélioration, ou bien au soulagement de leur espèce! Honneur! trois fois honneur! N'est-ce pas le cas de s'écrier que les aveugles verront, les sourds entendront et les boiteux marcheront? Mais ce que le fanatisme autrefois promettait à ses élus, la science maintenant l'accomplit pour tous les hommes. Nous tiendrons nos lecteurs au courant des phases successives de cette cure si remarquable.»

Ce qui n'empêcha pas que cinq jours après la mère Lefrançois arriva tout effarée en s'écriant:—Au secours! il se meurt!... J'en perds la tête!

Charles se précipita vers le Lion d'or, et le pharmacien qui l'aperçut passant sur la Place, sans chapeau, 244abandonna la pharmacie. Il parut lui-même haletant, rouge, inquiet et demandant à tous ceux qui montaient l'escalier:

—Qu'a donc notre intéressant stréphopode?

Il se tordait, le stréphopode, dans des convulsions atroces; si bien que le moteur mécanique où était enfermée sa jambe frappait contre la muraille à la défoncer.

Avec beaucoup de précautions, pour ne pas déranger la position du membre, on retira donc la boîte, et l'on vit un spectacle affreux. Les formes du pied disparaissaient dans une telle bouffissure que la peau tout entière semblait prête à se rompre, et elle était couverte d'ecchymoses occasionnées par la fameuse machine. Hippolyte déjà s'était plaint d'en souffrir; on n'y avait pas pris garde. Il fallut reconnaître qu'il n'avait pas eu tort complètement, et on le laissa libre quelques heures. Mais à peine l'œdème eut-il un peu disparu, que les deux savants jugèrent à propos de rétablir le membre dans l'appareil, et en l'y serrant davantage, pour accélérer les choses. Enfin, trois jours après, Hippolyte n'y pouvant plus tenir, ils retirèrent encore une fois la mécanique, tout en s'étonnant beaucoup du résultat qu'ils aperçurent. Une tuméfaction livide s'étendait sur la jambe et avec des phlyctènes de place en place, par où suintait un liquide noir. Cela prenait une tournure sérieuse. Hippolyte commençait à s'ennuyer, et la mère Lefrançois l'installa dans la petite salle, près de la cuisine, pour qu'il eût au moins quelque distraction.

245

Mais le percepteur, qui tous les jours y dînait, se plaignit avec amertume d'un tel voisinage. Alors on transporta Hippolyte dans la salle de billard.

Il était là, geignant sous ses grosses couvertures, pâle, la barbe longue, les yeux caves, et de temps à autre tournant sa tête en sueur sur le sale oreiller où s'abattaient les mouches. Mme Bovary le venait voir. Elle lui apportait des linges pour ses cataplasmes et le consolait, l'encourageait. Du reste, il ne manquait pas de compagnie, les jours de marché surtout, lorsque les paysans autour de lui poussaient les billes du billard, escrimaient avec les queues, fumaient, buvaient, chantaient, braillaient.

—Comment vas-tu? disaient-ils en lui frappant sur l'épaule. Ah! tu n'es pas fier, à ce qu'il paraît! mais c'est ta faute. Il faudrait faire ceci, faire cela. Et on lui racontait des histoires de gens qui avaient tous guéri par d'autres remèdes que les siens. Puis, en manière de consolation, ils ajoutaient:—C'est que tu t'écoutes trop! lève-toi donc! tu te dorlotes comme un roi! Ah! n'importe, vieux farceur! tu ne sens pas bon!

La gangrène, en effet, montait de plus en plus. Bovary en était malade lui-même. Il venait à chaque heure, à tout moment. Hippolyte le regardait avec des yeux pleins d'épouvante et balbutiait en sanglotant:

—Quand est-ce que je serai guéri? Ah! sauvez-moi!... Que je suis malheureux! que je suis malheureux! et le médecin s'en allait, toujours en lui recommandant la diète.

246

—Ne l'écoute point, mon garçon, reprenait la mère Lefrançois, ils t'ont déjà bien assez martyrisé! tu vas t'affaiblir encore. Tiens: avale! Et elle lui présentait quelque bon bouillon, quelque tranche de gigot, quelque morceau de lard, et parfois des petits verres d'eau-de-vie, qu'il n'avait pas le courage de porter à ses lèvres.

L'abbé Bournisien, apprenant qu'il empirait, fit demander à le voir. Il commença par le plaindre de son mal, tout en déclarant qu'il fallait s'en réjouir, puisque c'était la volonté du Seigneur, et profiter vite de l'occasion pour se réconcilier avec le ciel.

—Car, disait l'ecclésiastique d'un ton paterne, tu négligeais un peu tes devoirs; on te voyait rarement à l'office divin; combien y a-t-il d'années que tu ne t'es approché de la sainte table! Je comprends que tes occupations, que le tourbillon du monde aient pu t'écarter du soin de ton salut. Mais, à présent, c'est l'heure d'y réfléchir. Ne désespère pas cependant; j'ai connu de grands coupables qui, prêts de comparaître devant Dieu (tu n'en es pas encore là, je le sais bien), avaient imploré sa miséricorde, et qui certainement sont morts dans les meilleures dispositions. Espérons que, tout comme eux, tu nous donneras de bons exemples! Ainsi, par précaution, qui donc t'empêcherait de réciter matin et soir un «Je vous salue, Marie, pleine de grâces», et un «Notre Père, qui êtes aux cieux»? Oui, fais cela! pour moi, pour m'obliger. Qu'est-ce que ça coûte?... me le promets-tu?

Le pauvre diable promit. Le curé revint les jours 247suivants. Il causait avec l'aubergiste et même racontait des anecdotes entremêlées de plaisanteries, de calembours qu'Hippolyte ne comprenait pas. Puis, dès que la circonstance le permettait, il retombait sur les matières de religion, en prenant une figure convenable.

Son zèle parut réussir, car bientôt le stréphopode témoigna l'envie d'aller en pèlerinage à Bon-Secours s'il se guérissait, à quoi M. Bournisien répondit qu'il ne voyait pas d'inconvénient. Deux précautions valaient mieux qu'une. On ne risquait rien.

L'apothicaire s'indigna contre ce qu'il appelait les manœuvres du prêtre; elles nuisaient, prétendait-il, à la convalescence d'Hippolyte, et il répétait à Mme Lefrançois:—Laissez-le! laissez-le! vous lui perturbez le moral avec votre mysticisme!

Mais la bonne femme ne voulait plus l'entendre. Il était la cause de tout. Par esprit de contradiction, elle accrocha même au chevet du malade un bénitier tout plein, avec une branche de buis.

Cependant la religion, pas plus que la chirurgie, ne paraissaient le secourir, et l'invincible pourriture allait montant toujours des extrémités vers le ventre. On avait beau varier les potions et changer les cataplasmes, les muscles chaque jour se décollaient davantage, et enfin Charles répondit par un signe de tête affirmatif, quand la mère Lefrançois lui demanda si elle ne pouvait point, en désespoir de cause, faire venir M. Canivet, de Neufchâtel, qui était une célébrité.

Docteur en médecine, âgé de cinquante ans, jouissant 248d'une bonne position et sûr de lui-même, le confrère ne se gêna pas pour rire dédaigneusement lorsqu'il découvrit cette jambe gangrenée jusqu'au genou. Puis, ayant déclaré net qu'il la fallait amputer, il s'en alla chez le pharmacien déblatérer contre les ânes qui avaient pu réduire un malheureux homme en un tel état. Secouant M. Homais par le bouton de sa redingote, il vociférait dans la pharmacie:

—Ce sont là des inventions de Paris! Voilà les idées de ces messieurs de la capitale! c'est comme le strabisme, le chloroforme et la lithotritie, un tas de monstruosités que le gouvernement devrait défendre! Mais on veut faire le malin, et l'on vous fourre des remèdes sans s'inquiéter des conséquences. Nous ne sommes pas si forts que cela, nous autres, nous ne sommes pas des savants, des mirliflores, des jolis cœurs; nous sommes des praticiens, des guérisseurs, et nous n'imaginerions jamais d'opérer quelqu'un qui se porte à merveille! Redresser des pieds-bots! Est-ce qu'on peut redresser des pieds-bots? c'est comme si l'on voulait, par exemple, rendre droit un bossu!

Homais souffrait en écoutant ce discours, et il dissimulait son malaise sous un sourire de courtisan, ayant besoin de ménager M. Canivet, dont les ordonnances quelquefois arrivaient jusqu'à Yonville; aussi ne prit-il pas la défense de Bovary, ne fit-il même aucune observation, et, abandonnant ses principes, il sacrifia sa dignité aux intérêts plus sérieux de son négoce.

Ce fut dans le village un événement considérable que cette amputation de cuisse par le docteur Canivet! 249Tous les habitants, ce jour-là, s'étaient levés de meilleure heure, et la grande rue, bien que pleine de monde, avait quelque chose de lugubre comme s'il se fût agi d'une exécution capitale. On discutait chez l'épicier sur la maladie d'Hippolyte; les boutiques ne vendaient rien; et Mme Tuvache, la femme du maire, ne bougeait pas de sa fenêtre, par l'impatience où elle était de voir venir l'opérateur.

Il arriva dans son cabriolet, qu'il conduisait lui-même. Mais le ressort du côté droit s'étant à la longue affaissé sous le poids de sa corpulence, il se faisait que la voiture penchait un peu tout en allant, et l'on apercevait, sur l'autre coussin près de lui, une vaste boîte, recouverte de basane rouge, dont les trois fermoirs de cuivre brillaient magistralement.

Quand il fut entré comme un tourbillon sous le porche du Lion d'or, le docteur, criant très haut, ordonna de dételer son cheval; puis il alla dans l'écurie voir s'il mangeait bien l'avoine; car, en arrivant chez ses malades, il s'occupait d'abord de sa jument et de son cabriolet. On disait même à ce propos: «Ah! M. Canivet, c'est un original!» Et on l'estimait davantage pour cet inébranlable aplomb. L'univers aurait pu crever jusqu'au dernier homme, qu'il n'eût pas failli à la moindre de ses habitudes.

Homais se présenta.

—Je compte sur vous, fit le docteur. Sommes-nous prêts? En marche!

L'apothicaire, en rougissant, avoua qu'il était trop sensible pour assister à une pareille opération.

250

—Quand on est simple spectateur, disait-il, l'imagination, vous savez, se frappe! Et puis, j'ai le système nerveux tellement...

—Ah! bah! interrompit Canivet, vous me paraissez, au contraire, porté à l'apoplexie. Et, d'ailleurs, cela ne m'étonne pas, car vous autres, messieurs les pharmaciens, vous êtes continuellement fourrés dans votre cuisine, ce qui doit finir par altérer votre tempérament. Regardez-moi plutôt: tous les jours je me lève à quatre heures, je fais ma barbe à l'eau froide (je n'ai jamais froid), et je ne porte pas de flanelle, je n'attrape aucun rhume, le coffre est bon! Je vis tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, en philosophe, au hasard de la fourchette. C'est pourquoi je ne suis point délicat comme vous, et il m'est aussi parfaitement égal de découper un chrétien que la première volaille venue. Après ça, direz-vous, l'habitude... l'habitude!...

Alors, sans aucun égard pour Hippolyte qui suait d'angoisses entre ses draps, ces messieurs engagèrent une conversation, où l'apothicaire compara le sang-froid d'un chirurgien à celui d'un général; et ce rapprochement fut agréable à Canivet, qui se répandit en paroles sur les exigences de son art. Il le considérait comme un sacerdoce, bien que les officiers de santé le déshonorassent. Enfin, revenant au malade, il examina les bandes apportées par Homais, les mêmes qui avaient comparu lors du pied-bot, et demanda quelqu'un pour lui tenir le membre. On envoya chercher Lestiboudois, et M. Canivet, ayant retroussé ses manches, passa dans la salle de billard, tandis que l'apothicaire 251restait avec Artémise et l'aubergiste, plus pâles toutes les deux que leur tablier, et l'oreille tendue contre la porte.

Bovary, pendant ce temps-là, n'osait bouger de sa maison. Il se tenait en bas, dans la salle, assis au coin de la cheminée sans feu, le menton sur sa poitrine, les mains jointes, les yeux fixes. Quelle mésaventure! pensait-il, quel désappointement! Il avait pris pourtant toutes les précautions imaginables. La fatalité s'en était mêlée. N'importe! si Hippolyte plus tard venait à mourir, c'est lui qui l'aurait assassiné! Et puis, quelle raison donnerait-il dans les visites quand on l'interrogerait? Peut-être, cependant, s'était-il trompé en quelque chose? Il cherchait, ne trouvait pas. Mais les plus fameux chirurgiens se trompaient bien. Voilà ce qu'on ne voudrait jamais croire. On allait rire, au contraire, clabauder! Cela se répandrait jusqu'à Forges! jusqu'à Neufchâtel! jusqu'à Rouen! partout! Qui sait si des confrères n'écriraient pas contre lui? une polémique s'ensuivrait! il faudrait répondre dans les journaux. Hippolyte même pouvait lui faire un procès. Il se voyait déshonoré, ruiné, perdu! Et son imagination, assaillie par une multitude d'hypothèses, ballottait au milieu d'elles comme un tonneau vide emporté à la mer et qui roule sur les flots.

Emma, en face de lui, le regardait. Elle ne partageait pas son humiliation; elle en éprouvait une autre. C'était de s'être imaginé qu'un pareil homme pût valoir quelque chose, comme si vingt fois déjà elle n'avait pas suffisamment aperçu sa médiocrité.

252

Charles se promenait de long en large dans la chambre. Ses bottes craquaient sur le parquet.

—Assieds-toi, dit-elle, tu m'agaces!

Il se rassit.

Comment donc avait-elle fait (elle qui était si intelligente!) pour se méprendre encore une fois? Du reste, par quelle déplorable manie avoir ainsi abîmé son existence en sacrifices continuels! Elle se rappela tous ses instincts de luxe, toutes les privations de son âme, les bassesses du mariage, du ménage, ses rêves tombant dans la boue comme des hirondelles blessées, tout ce qu'elle avait désiré, tout ce qu'elle s'était refusé, tout ce qu'elle aurait pu avoir! et pourquoi? pourquoi?

Au milieu du silence qui emplissait le village, un cri déchirant traversa l'air. Bovary devint pâle à s'évanouir. Elle fronça les sourcils d'un geste nerveux, puis continua:

C'était pour lui cependant, pour cet être! pour cet homme! qui ne comprenait rien, qui ne sentait rien. Car il était là, tout tranquillement, et sans même se douter que le ridicule de son nom allait désormais la salir comme lui. Et elle avait fait des efforts pour l'aimer, et elle s'était repentie en pleurant d'avoir cédé à un autre!

—Mais c'était peut-être un valgus! exclama soudain Bovary, qui méditait.

Au choc imprévu de cette phrase, tombant sur sa pensée comme une balle de plomb dans un plat d'argent, Emma tressaillant leva la tête pour deviner ce 253qu'il voulait dire;—et ils se regardèrent silencieusement, presque ébahis de se voir, tant ils étaient par leur conscience éloignés l'un de l'autre. Charles la considérait avec le regard trouble d'un homme ivre, tout en écoutant, immobile, les derniers cris de l'amputé qui se suivaient en modulations traînantes, coupées de saccades aiguës, comme le hurlement lointain de quelque bête qu'on égorge. Emma mordait ses lèvres blêmes; et, roulant entre ses doigts un des brins du polypier qu'elle avait cassé, elle fixait sur Charles la pointe ardente de ses prunelles, comme deux flèches de feu prêtes à partir. Tout en lui l'irritait maintenant, sa figure, son costume, ce qu'il ne disait pas, sa personne entière, son existence enfin. Elle se repentait comme d'un crime de sa vertu passée, et ce qui en restait encore s'écroulait sous les coups furieux de son orgueil. Elle se délectait dans toutes les ironies mauvaises de l'adultère triomphant. Le souvenir de son amant revenait à elle avec des attractions vertigineuses; elle y jetait son âme, emportée vers cette image par un enthousiasme nouveau; et Charles lui semblait aussi détaché de sa vie, aussi absent pour toujours, aussi impossible et anéanti que s'il allait mourir et qu'il eût agonisé sous ses yeux.

Mais il se fit un bruit de pas sur le trottoir. Charles regarda; et à travers la jalousie baissée, il aperçut au bord des halles, en plein soleil, le docteur Canivet qui s'essuyait le front avec son foulard. Homais, derrière lui, portait à la main une grande boîte rouge, et ils se dirigeaient tous les deux du côté de la pharmacie.

254

Alors, par tendresse subite et découragement, Charles se tourna vers sa femme en lui disant:

—Embrasse-moi donc, ma bonne!

—Laisse-moi! fit-elle toute rouge de colère.

—Qu'as-tu? qu'as-tu? répétait-il stupéfait. Calme-toi! reprends-toi! Tu sais bien que je t'aime! viens!

—Assez! s'écria-t-elle d'un air terrible.

Et s'échappant de la salle, Emma ferma la porte si fort, que le baromètre bondit de la muraille et s'écrasa par terre.

Charles s'affaissa dans son fauteuil, bouleversé, cherchant ce qu'elle pouvait avoir, imaginant une maladie nerveuse, pleurant, et sentant vaguement circuler autour de lui quelque chose de funeste et d'incompréhensible.

Quand Rodolphe, le soir, arriva dans le jardin, il trouva sa maîtresse qui l'attendait au bas du perron, sur la première marche. Ils s'étreignirent, et toute leur rancune se fondit comme une neige sous la chaleur de ce baiser.

オメーは近頃、新しいえび足(生まれつき足が尖足・内反・内転位をと
り矯正困難な、先天性の足の形態異常)治療法の推薦文を読んだ。元来進歩主義者である彼は『時勢に遅れをとらぬ』ように、ヨンヴィルでも奇形足の手術を行わねばならぬという愛郷的意見を抱くにいたったのである。
「だってなにが危険なもんですか?」と彼はエンマに言うのだ。「よく考えてごらんなさい(と、この全ての利点を指折り数えて)、成功はほとんど確実、患者は助かる、格好はよくなる、手術者はたちまち名声を博する。早い話が、お宅の御主人にしても、そんなことなら、あの可哀そうな、『金獅子』のイポリットを治してやろうとお思いになるだろうじゃございませんか? イポリットのやつ、自分の治ったことをきっと泊り客に吹聴しますよ。それに、(と、オメーは声をひそめてあたりを見まわし)わたしが新聞へその記事を送ったところで、文句を言うやつはありますまい。いや全く、新聞記事は広まりのよいもの……それが世間の噂にのせる……しまいには雪だるまを転がすように噂が大きくなる! そして、あわよくば、ねえ」
なるほどボヴァリーにだってやれないことはない。エンマの見たところでも、ボヴァリーが器用じゃないという証拠はなにもあるわけじゃない。それに名をあげ富をますような仕事を自分が勧めて夫にさせたとなれば、こんな満足はないのだ。エンマは恋愛沙汰よりももっと堅実ななにものかにすがりつきたいと、ただそればかりを願っていたのだ。
シャルルは薬屋と妻の両方から喧やかましく勧められて、とうとうその気になった。ルーアンからデュヴァル博士の著書をとり寄せ、毎晩頭を抱えて読み耽った。馬足、内翻足ないほんそく、外翻足、即ちストレフォカトポディ、ストレファンドポディ、ストレフェクソポディ(わかり易く伝えば、足の前曲がり、内曲がり、外曲がり)や、ストレフィポポディ、ストレファノポディ(言い換えると下よじれ、反り返り)をシャルルが研究していると、オメーの方では宿屋の下男に向かって手術を極力勧めた。
「ほんのわずか痛むだけのことさ。ちょっと悪血あくちを取るときのように、ただちくりとやるだけさ。たこをとるより雑作ぞうさはない。」
イポリットは思案しながら、気にとられて眼をぱちくりさせている。
「それにだな」と薬剤師は言った。「これはなにもわしのために言うのではない、お前のためなんだぞ! 全く親切で言うことなんだぞ! わしはお前が醜いびっこから教われ、腰のひょっこり、ひょっこりするのから救われたところが見たいのだ。お前がなんと頑張ったって、あの腰つきではずいぶん仕事の邪魔になってるに決まっている」
そこでオメーは、手術を受けたあとはどんなに元気に、どんなに身軽になるかを説明し、さらに進んで、女にもいっそう持てるようになるだろうとほのめかした。馬丁はにやにや笑い出した。次にオメーは相手の自惚れを狙って攻め立てた。
「お前も男じゃないか、どうだ。兵隊にとられていざ出征というときにはいったいどうなる? おい、イポリット!」
科学の恩恵を拒むこうした頑冥固陋ころうは了解に苦しむところだと言いながら、オメーは立ち去った。
哀れイポリットはかぶとを脱いだ。まるで共謀も同然だったから。他人のことについぞ口を出したことのないビネーを初め、ルフランソワのおかみ、アルテミーズ、近所の人たち、村長のテュヴァシュまでが、寄ってたかって勧誘し、説教し、責めぬいた。しかし結局彼に最後の肚はらをきめさせたのは、『一文も要らない』ということであった。そのうえボヴァリーは自腹を切って手術に要する器具を提供すると言い出した。この気前のよい処置は実はエンマの思いつきであった。シャルルは心の底で妻は天使のように優しい女だと思いながら承知したのである。
そこで彼は薬剤師の助言をきき、三度目にやっと、指物師と鍛治屋に約一貫目からの箱のようなものを造ってもらった。その箱には、板、ブリキ、革、ネジ釘、留め金がふんだんに使ってあった。
ところが、イポリットの足のどの腱を切るべきかを知るには、第一に如何なる種類のえび足であるかを知る必要があった。
彼の足は脚部とほとんど一直線をなしていた。それにもかかわらず内側に曲がっていた。故にそれは馬足うまあしに内翻足が少し混じったもの、あるいは軽度の内翻足に馬足の症状の著しく現われたものであった。この馬足は実際馬の足ほどの大きさがあり、皮は粗く、腱は固く、指は太く、黒い爪がまるで蹄鉄の釘のように見える。こんな馬足をしながら、この奇形足患者は朝から晩まで鹿のように跳ね回っていた。不自由な足を突き出しながら、荷車のぐるりを跳びまわっている姿が絶えず広場で見られた。不具の足の方がもう一つの足より丈夫そうに見えた。散々こき使われたために、この足にはいわば忍耐とか根気とかいう無形の美点が備わってしまったのであろう。で、イポリットはなにか力仕事を言いつかると、好んでこの足の方に頼るのであった。
ところが、これは馬足なのであるから一応アキレス腱を切断し、内翻足を除くために、日を経て前脛筋ぜんけいきんの手術にかかればよいわけであった。というのはボヴァリーには両方の手術を一度にやる勇気がなかったし、それに、どこか自分の知らない急所を損ないはしまいかと、もうびくびくものであったのである。ケルケス以来十五世紀を経て初めて動脈の直接結索を行ったアンブロワーズ・パレ、分厚い脳髄の層を貫いて膿瘍を切開したデュピュイトラン、初めて上顎骨じようがくこつ切除を行ったジャンスールといえども、『腱けん切断刀』を携えてイポリットに近づいたときのボヴァリー氏ほど激しく心臓を鼓動させ、手を震わせ、精神を緊張させはしなかったに違いない。まるで病院のように、傍らのテーブルにはガーゼの山、創口を縫う蝋引きの糸、夥おびただしい包帯、ピラミッドのように積みあげた包帯、薬屋にありったけの包帯が載っていた。これはオメーがみんなをあっと言わせるとともに自分も好い気持ちになるために、朝からこれだけの用意をしたのである。シャルルは皮を突いた。プツッと音がした。鍵は切断され、手術は終わった。イポリットは案外のことにびっくりして、ボヴァリーの手に顔をよせてむやみにキスした。
「これこれ落ち着くがいい。恩人の先生へのお礼はあとにしろ」と薬屋は言った。
そして、庭に立っている五、六人の見物人たちへ結果を報告に降りていった。みんなイポリットがしゃんと歩いて出てくるものと思っていた。さてシャルルは患者の足を矯正器に縛りつけて家へ帰った。家ではエンマが気を揉んで戸口で待っていた。エンマは首に抱きついた。二人は食卓についた。シャルルはよくたべた。そしてデザートのときにはコーヒを一杯ほしいとさえ言った。日曜日にお客のあるときでなければしない贅沢である。
その晩は楽しかった。よもやまの話がはずみ、おなじ空想にふけった。将来の財産、家の手入れなどについて語りあった。シャルルは自分の名が次第に広まり、生活がますます楽になり、妻がいつまでも自分を愛していてくれることを想像した。エンマはこれまでよりも健全な、これまでよりも正しい、ある新たな気持ちに浸って心機一転するのが嬉しかった。自分を愛しているこの哀れな男にいくらか愛情の感じられるのが嬉しかった。ロドルフのことが、ふと、頭に浮かんだ。しかし彼女の眼はまたシャルルのうえに移された。そして夫の歯が綺麗なのに気がついていまさら驚いた。
二人がもうベッドについてしまった時分、オメーは女中のとめるのも聞かず、今書いたばかりの原稿を手に、突然部屋へ入ってきた。それは『ルーアンの燈火』へ送る宣伝文で、二人に読ませるために持ってきたのであった。
「ご自身で読んで下さい」とボヴァリーは言った。
彼は読んだ。
『諸々の偏見のなお、網の如く、ヨーロッパの一部を覆いつつあるにもかかわらず、光明はようやくにしてわが地方に浸透せんとす。かくて去る火曜日、わが小邑しようゆうヨンヴィルは外科的実験の舞台となれり。そしてこの実験は同時にまた崇高なる博愛的行為たりしなり。わが地方に名声嘖々さくさくたる医師ボヴァリー氏は……』
「いや、それは大げさだ! それは大げさだ!」と、感に堪えずシャルルが言った。
「いえ、どうして、そんなことがありますか!……『……氏はえび足に手術を施せり』……ご承知のとおり新聞なぞでは……大抵わからんのですからね、術語は使いませんでした。どうしても大衆には……」
「ごもっとも。どうかその先を」とボヴァリーは言った。
「読み直しましょう。『わが地方に名声嘖々たる医師ボヴァリー氏はえび足に手術を施せり。患者はアルム広場なる寡婦ルフランソワ経営『金獅子』旅館に二十五年来馬丁を勤むるイポリット・トータンなる者なり。企図の斬新なると患者に対する関心は多数の群衆をひき寄せ、ために同旅館の門前はまことに市いちをなす有様なり。しかも手術は魔法の如く鮮かに行われ、わずかに数滴の出血を見たるにすぎず。さしも頑強なる腱けんも、技術の力に屈服したりと言わんか。奇なる哉(筆者は正まさしく目撃せり)患者は少しも苦痛の色を示さざりき。今日までの経過は間然する所なし。けだし回復は期して待つべしと信ぜらる。されば来るべき村の祝祭に於て、わがイポリット君が嬉々たる連中の合唱裡にバッカス踊りに姿を現わし、かくてその熱と曲技とによって万人の眼に己が全快を証せんこと無きにしもあらず。さらば寛仁大度の碩学せきがくを讃えんかな! 人類の改善慰籍いしやに夜も寝いねず孜し々しとして倦うまざる諸家を讃えんかな! 讃えんかな、三度讃えん! 今こそ盲者も見、跛者はしやも歩むべしと呼号すべき秋ときには非ざるか。されどかつて狂的信仰が少数の選ばれたるものにのみ約せし所のものを、今や科学は万人のために成就せんとす。この注目すべき治療の経過については追って逐一読者諸賢に報道すべし』」
それにもかかわらず、五日目にルフランソワのおかみが血相変えてどなり込んだ。
「助けて下さい! あの男が死にそうです!……どうしたらいいんでしょう!」
シャルルは、『金獅子』へ駆けつけた。帽子を被らずに農場を通ってゆくのを見た薬剤師は、店をほっぽり出して飛んできた。彼もまた息をはずませ、真っ赤になり、気が気でなく、階段をのぼってゆく連中の誰かまわずに訊いてみた。
「どうかしましたか、大事な彎脚わんきやく患者が?」
彎脚患者は、脚に嵌めた矯正器を壁も抜けよとぶっつけるほど猛烈な痙攣けいれんを起こしてもがいていた。
そこで足の位置を変えないようきわめて慎重に箱をとりのけてみると、実に眼もあてられぬ有様である。皮膚は張り裂けんばかりに膨れあがってまるで足の形はなくなり、皮膚は問題の器械のために一面に皮下出血を起こしていた。イポリットは前からその苦痛を訴えていたのだが、誰ひとり気にもとめなかったのだ。しかしこれで見ると、あながち無理のない節もあるので、二、三時間この器械を嵌めずにおいた。しかし浮腫がようやくひきかかったかと思うと、二人の大家は再び足を器械におさめ、しかも経過を早めるために、もっと強く締めつけるのが適切な処置だと判断した。とうとう三日後に、イポリットがとても我慢しきれないというので、二人は器械をもう一度とってみた。そしてその結果を見て、肝をつぶしたのである。脚全体が蒼く脹れあがり、所どころに水疱疹ができて、そこからどす黒い汁が滲んでいるのだ。油断できない症状になってきた。イポリットはじりじりし出した。そこで少しは気晴らしにもなるだろうというので、ルフランソワのおかみはイポリットを料理場のそばの小部屋へ入れてやった。
ところが、毎日そこで夕飯をたべる収税吏は、こんな男が傍にいては困るじゃないかと手きびしい苦情を持ち出した。そこでまたイポリットはビリヤード部屋へ移されることになった。
彼はその部屋で、かたい布団にくるまって唸うなっていた。顔は蒼ざめ、髭はのび、眼は窪み、蝿のよってくる汚ない枕の上で時どきその汗ばんだ頭の向きを変えた。ボヴァリー夫人は始終見舞いにきた。湿布する切れを持ってきてやったり、慰めたり、励ましたりした。もっとも話相手にはこと欠かなかった。ことに市の立つ日には百姓たちがまわりで玉を突いたり、キューで銃剣術の真似をしたり、煙草を吸ったり、飲めや歌えやで大騒ぎをした。
「どうしたあね?」とみんなはイポリットの肩を叩きながら言う。「ばかにしょげてるじゃねえか。しかしこれも自業自得だよ。こうするがよい、ああするがよい。」
そしてほかの治療法をやって治った人の話をして聞かせ、それから慰めるつもりで、つけ加える。
「お前はあんまり大事にしすぎるんだよ! 起きてみろ! まるで御殿様おとのさまみたいに体をいたわりやがって! あっ! それにしても、こいつめ、いやに臭せえぞ!」
なるほど、壊疽えそはますます上へ広がっていた。ボヴァリーまでがその臭いをかぐと胸を悪くした。ボヴァリーはのべつ幕なしに訪ねてきた。イポリットは脅え切った眼でシャルルを見つめ、しゃくりあげながら口ごもって言う。
「いつになったら治りましょう? ああ! 助けて下さい!……情けない、情けない!」
すると医者は、いつも絶食を勧めて帰るのである。
「あんな人の言うことなんか聞くんじゃないよ」と、ルフランソワのおかみは言葉をついで、「あいつらにこれだけ痛めつけられたら、もうたくさんじゃないか! なおさら体が弱ってしまう。さあ、これをお食べ!」
こう言って、おいしいスープや羊の腿もも肉の切ったのや、ラードの切れを出してやった。ときによるとブランデーをついでやったが、さすがに口へ持ってゆく勇気はなかった。
病気が悪くなったと聞いて、ブールニジアン師が会いたいと言ってきた。そしてまず病気に同情しながら、しかしこれが神のお思召しである以上は喜ばなければならない、速やかにこの機会を利用して、神と和解しなければならないと言いわたした。
「そうじゃろうが、」と司祭は父親のような口調で言った。「お前は心掛けが少々悪かった。教会のお勤めでお前の顔を見たことはめったにない。この前に聖体を授かってから何年になる? 忙しい仕事や、この世の煩わずらいにかまけて、ゆっくり永遠のお救いを考える暇がなかったということはこのわしにもよくわかっておる。しかし今が思案のし時じゃぞ。とはいうものの精を落としてはいかん。わしは極悪人どもでも、いざ神様の前へ出るという間際になって(お前の病気はまだそこまではいっておらんが)、神様のお恵みを一所懸命お願いした例をいくつも知っておる。その極悪人どもはきっと悟って死んだに違いないのじゃ。お前もそういう人間のように、立派なお手本を見せてくれ! 早い話が、万が一の用心に、『慶めでたし聖寵せいちよう充ち満てるマリア』と『天に在ましますわれらの父よ』を朝晩称えてみてもよいではないか。うむ、そうするがよい! このわしのために。頼むぞ。別に損のいくことじゃなし……約束してくれるか?」
この哀れな男は約束した。司祭はそれから毎日訪ねてきた。司祭はおかみと世間話をしたり、イポリットにはわからないような冗談や洒落を交ぜて、いろんな噂話をしたりした。そして機会さえあれば、しかつめらしい顔をして宗旨の話に返るのであった。
司祭の熱意は成功したらしい。というのは、まもなく奇形足患者が、病気が治った暁にはボン=スクールへ巡礼にいきたいと言い出したからである。それに対してブールニジアン師は、いっこう差支えない、二つの用心は一つにまさる、『用心に損はない』と答えた。
薬屋は彼のいわゆる『坊主のてくだ』に憤慨した。彼の主張によれば、このてくだがイポリットの回復を妨げているのであった。薬屋はルフランソワのおかみに繰り返して言った。
「放っときな、放っときな、あれは。お前さんらは、信心に凝り固まって、かえってあいつの精神をかき回しておるのだ!」
しかしおかみはもう薬屋の言うことなど聞こうとはしなかった。薬屋がすべての『張本人』なのだ。おかみは旋毛つむじを曲げて、なみなみと入れた聖水器に黄楊つげの枝を添えて、病人の枕元に掛けさえもした。
ところが宗教も外科術と同様彼を救うことはできないと見えて、手のつけられぬ壊疽えそは足からどんどん腹部へ上っていった。水を加減し湿布薬を変えても、肉は日に日に剥がれてきた。そこでルフランソワのおかみは詮方せんかた無く、有名なヌウシャテルのカニヴェ先生にきてもらってはと訊いたとき、シャルルもとうとう首を縦に振った。
医学博士で、年の頃は五十そこそこ、地位もあり自信もあるこの医者は、膝まで壊疽を起こしているこの脚を見るなり鼻の先でせせら笑い、これは切断する必要があるときっぱり言いきって薬屋へ行き、一人の哀れむべき人間をかかる状態に立ちらしめた馬鹿者どもを罵倒した。フロックのボタンを掴んでオメー氏をゆすぶりながら、博士は店で怒号した。
「それはパリの発明じゃ? それは都のやつらの考えじゃ! それは斜視とかクロロフォルムとか膀胱砕石術のように、みなこれ政府が禁止すべき奇怪事じゃ! しかるにやつらは利口ぶって、結果のことなど考えもせずに、むやみに薬を詰めこむのじゃ。このわれわれはそんな大それたことはやらん。われわれは学者じゃない、気取り屋でもない、お洒落でもない。実際家なのじゃ、治療家なのじゃ、ピンピンしている人間を手術しようなんて夢にも思わぬ! えび足を治す! えび足なんか治せてたまるか。それはたとえて言わば、傴僂せむしを、まっすぐにしようと言うようなものじゃ!」
オメーはこの長広舌を聴いて頭が痛かった。しかしカニヴェ先生の処方箋は時どきヨンヴィルへも回ってくるので、先生のご機嫌を損じてはならない。そこでオメーはこの不快さをお追従ついしよう笑いにごまかしていた。それで彼はボヴァリー氏の弁護もしなければ反対意見一つ出さず、日頃の主義主張は棄ててしまって、いっそう大切な商売の利益のために臆面もなにも犠牲にしたのである。
カニヴェ博士による大腿部切断こそ、村の一大事件であった! 村人たちは、その日はいつもより早く起きた。大通りは人でいっぱいだったが、まるで死刑でも執行されるように一種凄惨の気が漂っていた。食料品展ではイポリットの病気の話がはずんでいた。どの店も商売を休んでいた。そして村長の妻テュヴァシュ夫人は、手術者カニヴェ先生の来着を一刻も早く見ようというので、窓際から動かなかった。
カニヴェ先生は自ら二輪馬車を御して到着した。ところで、よく肥った体の重みで、右側のバネが長いあいだにきかなくなっていて、それがために馬車は少し傾いたままで走った。見ると、彼のそばにあるもう一つのクッションの上には赤い羊の革を張った大きな箱があり、箱についている三つの真鍮の止め金が厳いかめしくかがやいていた。
さっと『金獅子』の玄関下へ入ると、博士は大声をあげて馬の取り外しを命じた。それから馬が燕麦をよく食べているかどうか馬小屋へ見にいった。彼は患者の家へ着くとまず第一に馬と馬車の世話をやくのがきまりであった。その点で世間の人達は、『ああカニヴェ先生、あの人は変わり者だ』とまで噂した。そしてこのてこでも動かぬ剛腹ごうふくなところがますます世間の信用を買った。たとえこの地球が裂けて人間がひとり残らず死に絶えても、平常の習慣を微塵みじんも変える男ではなかった。
オメーが出てきた。
「しっかり頼むよ」と博士は言った。「用意はいいな。じゃ行こう!」
ところが薬屋は顔を赤らめながら、自分は敏感なたちで、とてもそんな大手術には立ちえませんと白状して、「はたからただ見ておりますと、ついいろいろ考えましてね、ひやひやいたします。それに、どうもわたしの神経はよほどその……」と言った。
「なにをばかな!」と、カニヴェは遮さえぎって、「そうじゃなくて、お前さんには中風の気けがあるようじゃ。もっともべつに驚くに足らんがな。いったいお前さん方薬剤師という者はいつも薬局にばかり閉じこもっている。これでは体質も悪くなるはずじゃ。まあわたしを見なさい。毎朝わたしは四時に起きて、水で髭をあたる(わたしは冷たいということを知らん)。ネルなんぞ着たことがないが、風邪ひとつ引かぬ、胸が丈夫なのじゃな! 食べ物はうまかろうが不味かろうが、有り合わせのものを平気で食う。だからお前さんのように気が弱くない。人間一人ぶった切るぐらいのことは、そこいらの鶏を切るのと少しもらん。つまり、よろしいか、習慣だな!……なんと言っても習慣じゃ!」
そこで二人は、布団の中で汗を流して苦しんでいるイポリットはそっちのけで、話し出した。薬屋は外科医の冷静さを将軍の冷静さに比較した。この比較が気に入ってカニヴェは滔々とうとうと、医術の並大抵でないことをまくし立てた。やぶ医者どもは医術を冒瀆ぼうとくしているけれども、自分は医術を神聖な職務と考えていると言った。それからようやく患者に立ち戻って、オメーの持ってきた包帯、えび足手術のときと同じ包帯を点検してから、誰か患者の足を抑える人はいないかと言った。そこでレスチブードワを呼びにやった。カニヴェ先生は袖をまくりあげてビリヤード部屋へ入った。薬屋はアルテミーズやおかみと一緒にあとに残った。婦人は両人ともエプロンよりも青くなって、扉ドアへ聴き耳を立てていた。
ボヴァリーはちょうどその間、家から一歩も出る気がしなかった。階下の部屋の、火の気のない暖炉のそばに座ったなり、顎を胸に埋め、両手を握り合わせ、眼をじっと据えていた。なんという災難! なんという当てはずれだ! と彼は考えた。とにかくできるだけの用心はしたつもりだ。運も悪かったのだ。しかしそんなことはどうだっていい! もしもイポリットがあとで死ぬようなことがあったら、下手人は自分だ。それに往診先で訊かれたら、なんと言いわけしよう? とはいうものの、なにかやり損いがあったのかもしれない。考えてみたが、思いあたらない。しかしどんな外科の名医にだってやり損いはある。いや、そんなことを言ったって誰も本当にはすまい! それどころか笑うだろう、罵ののしるだろう。この噂はフォルジュまで広がってゆく! いやヌーシャテルまで! ルーアンまで! 四方八方に広がってゆく! 同業者が攻撃文を書かないとは言えまい? 論争が起こる。新聞で応酬しなければならない。当のイポリットが訴訟を起こさないとも限らない。シャルルの眼には面目まるつぶれの、落ちぶれてどうにもならない自分の姿が浮かんだ! 無数の臆測に攻め立てられて、彼の空想はちょうど海にさらわれた空樽が波のまにまにさ迷うように、その臆測の只中ただなかを漂うのだった。
エンマは真向から彼を見つめていた。彼女は夫の屈辱を分け持ってはいなかった。別な屈辱を感じていたのだ。それは、夫の凡庸なことはいやというほどわかっているのに、こんな男にまだなにかができると想像したという恥ずかしさであった。
シャルルは部屋の中をうろうろ歩いた。靴が床に音を立てた。
「お掛けなさいな、うるさいじゃないの!」と彼女は言った。
彼は座に直った。
この自分が(賢いつもりでいるこの自分が)またしても夫を見損うなんて、——いったいどうしたんだろう? そのうえ、絶え間ない犠牲によって自分の一生を台なしにしてしまうなんて、なんて情ないもの好きだろう? 彼女は思い浮かべた——派手好きな自分の数々の本能を、自ら課した心の不自由の数々を、結婚生活、家庭生活の卑俗さを、傷ついた燕つばめのように泥濘でいねいへ落ちた夢の数々を、かつて自分の願ったすべてのもの、われから思いとまったすべてのもの、その気になれば得られたかもしれないすべてのものを! いったい何故こんなことに甘んじてきたのか? 何故か?
村中に満ちわたった静寂のなかに、胸も張り裂けんばかりの悲鳴が大気を貫いた。ボヴァリーは気絶せんばかりに真っ青になった。エンマはじりじりして眉をひそめ、それからまた考え続けた。——ところが、それは、彼シャルルのためなのだ、この男のためなのだ、さとりの悪い、感じのにぶいこの男のためなのだ! だって、この男は今ここに悠々とかまえている、そしてボヴァリーという名が世間の物笑いになって、今後は当人ばかりかこの自分の名までが台なしになることがわからないのだ。この男を愛しようといろいろやってみたこともあった。外ほかの男に身をまかせたことを泣いて悔やんだこともあったのに。
「ひょっとすると外翻足だったかな?」と、考え込んでいたボヴァリーが不意に叫んだ。
銀盤に落ちる鉛弾なまりだまのように、彼女の思いの上に落ちかかったこの言葉の意外な衝撃に、エンマはぞっとして、夫の言わんとする意味を探ろうと頭をあげた。そして二人は呆れはてたように、無言で睨にらみあった。それほど二人の心は互いに離れていたのである。シャルルは酔いどれのように、どろんとした眼つきで妻を見まもりながら、脚を切られたイポリットのようやく鎮まろうとする最後の呻きを、身動きもせず聴いていた。それは屠ほふられた獣の遠くから聞こえる悲鳴のように、間々鋭い叫びをしながら低く長く尾を引いた。エンマは蒼ざめた唇を悩んでいた。そして自分で折った珊瑚樹さんごじゆのかけらをいじりながら、今にも飛び出そうとする一つの火箭ひやのように激しい瞳の切尖きつさきを、シャルルの顔に注いでいた。今はもう夫のなにもかもが苛立たしかった。夫の顔、夫の身なり、夫が口に出して言わないこと、夫の全身、つまり夫の存在が苛立たしかった。エンマは過ぎ去った日の貞操を罪悪のように悔いた。そうして今もあとをとどめている名残りの貞操は、自負心に激しく打ちのめされて崩れ去った。エンマは勝ち誇った不義の、あらゆる道ならぬ皮肉を味わい楽しんだ。恋人の思い出が目くるめく魅惑をもって甦よみがえってきた。エンマは新たな激情によってその幻の方へ運び去られ、そこに魂を投げ込んだ。そして今やシャルルという人間は、エンマにとっては、まさに死のうとして眼前で呻うめいてでもいるように、彼女の生活からかけ離れ、永遠に姿を消し、とうてい存在し得ない、滅び去ったものと思えたのである。
歩道に足音がした。シャルルは目をやった。すると、おろした鎧戸よろいど越しに、カニヴェ博士が市場の端で陽をいっぱい受けて、薄絹のハンカチで顔を拭いているのが目についた。オメーがその後ろで例の赤い大きな箱を下げている。そして二人とも薬屋の方へ向かって行った。
そのとき、シャルルは失意の淋しさに矢も楯もたまらなくなって、妻の方に体を向けて、
「ね、キスしておくれ!」といった。
「よしてください!」エンマは真っ赤に怒った。
「どうしたんだね? どうしたんだね?」と彼は呆気にとられて繰り返した。「気をしずめてくれ! 落ち着いてくれ!……わたしが愛していることはよく知っているだろう!……さあおいで!」
「たくさんだわ」彼女は血相変えて叫んだ。
そして部屋を飛び出し、力まかせに扉を閉めた。とたんに晴雨計が壁から飛んで床で壊れた。
シャルルは気も顛倒てんとうしてぐったり椅子に倒れた。そしていったい妻はどうしたのだろう、神経病だろうかと思った。そして涙をこぼしながら、なんとなく忌まわしい不可解なものが、あたりに漂っているような気持ちになった。
その晩、庭へ訪ねてきたとき、ロドルフは情婦が入口の石段の一番下に立って自分を待っているのを見た。二人はひしと抱きあった。そして互いの気まずさはこの熱いキスで雪と解けた。

XII

 

Ils recommencèrent à s'aimer. Souvent même, au milieu de la journée. Emma lui écrivait tout à coup; puis, à travers les carreaux, faisait un signe à Justin, qui, dénouant vite sa serpillière, s'envolait à la Huchette. Rodolphe arrivait; c'était pour lui dire qu'elle s'ennuyait, 255que son mari était odieux et son existence affreuse!

—Est-ce que j'y peux quelque chose? s'écria-t-il un jour, impatienté.

—Ah! si tu voulais?...

Elle était assise par terre, entre ses genoux, les bandeaux dénoués, le regard perdu.

—Quoi donc? fit Rodolphe.

Elle soupira:

—Nous irions vivre ailleurs... quelque part...

—Tu es folle, vraiment! dit-il en riant. Est-ce possible?

Elle revint là-dessus; il eut l'air de ne pas comprendre et détourna la conversation.

Ce qu'il ne comprenait pas, c'était tout ce trouble dans une chose aussi simple que l'amour. Elle avait un motif, une raison et comme un auxiliaire à son attachement.

Cette tendresse, en effet, chaque jour s'accroissait davantage sous la répulsion du mari, et plus elle se livrait à l'un, plus elle exécrait l'autre; jamais Charles ne lui paraissait aussi désagréable, avoir les doigts aussi carrés, l'esprit aussi lourd, les façons si communes qu'après ses rendez-vous avec Rodolphe, quand ils se trouvaient ensemble. Alors, tout en faisant l'épouse et la vertueuse, elle s'enflammait à l'idée de cette tête dont les cheveux noirs se tournaient en une boucle vers le front hâlé, de cette taille à la fois si robuste et si élégante, de cet homme enfin qui possédait tant d'expérience dans la raison, tant d'emportement 256dans le désir! C'était pour lui qu'elle se limait les ongles avec un soin de ciseleur, et qu'il n'y avait jamais assez de cold-cream sur sa peau, ni de patchouli dans ses mouchoirs. Elle se chargeait de bracelets, de bagues, de colliers. Quand il devait venir, elle emplissait de roses ses deux grands vases de verre bleu, et disposait son appartement et sa personne comme une courtisane qui attend un prince. Il fallait que la domestique fût sans cesse à blanchir du linge, et de toute la journée Félicité ne bougeait de la cuisine, où le petit Justin, qui souvent lui tenait compagnie, la regardait travailler.

Le coude sur la longue planche où elle repassait, il considérait avidement toutes ces affaires de femme étalées autour de lui, les jupons de basin, les fichus, les collerettes, et les pantalons à coulisse, vastes de hanches et qui se rétrécissaient par le bas.

—A quoi cela sert-il? demandait le jeune garçon en passant sa main sur la crinoline ou les agrafes.

—Tu n'as donc jamais rien vu? répondait en riant Félicité, comme si ta patronne, Mme Homais, n'en portait pas de pareilles.

—Ah bien, oui! Mme Homais! Et il ajoutait d'un ton méditatif: Est-ce que c'est une dame comme Madame?

Mais Félicité s'impatientait de le voir tourner ainsi tout autour d'elle. Elle avait six ans de plus, et Théodore, le domestique de M. Guillaumin, commençait à lui faire la cour.

—Laisse-moi tranquille! disait-elle en déplaçant 257son pot d'empois. Va-t'en plutôt piler des amandes; tu es toujours à fourrager du côté des femmes; attends pour te mêler de ça, méchant mioche, que tu aies de la barbe au menton.

—Allons, ne vous fâchez pas, je m'en vais vous faire ses bottines.

Et aussitôt il atteignait sur le chambranle les chaussures d'Emma, tout empâtées de crotte,—la crotte des rendez-vous,—qui se détachait en poudre sous ses doigts, et qu'il regardait monter doucement dans un rayon de soleil.

—Comme tu as peur de les abîmer! disait la cuisinière, qui n'y mettait pas tant de façons quand elle les nettoyait elle-même, parce que Madame, dès que l'étoffe n'était plus fraîche, les lui abandonnait. Emma en avait une quantité dans son armoire, et qu'elle gaspillait à mesure, sans que jamais Charles se permît la moindre observation.

C'est ainsi qu'il déboursa trois cents francs pour une jambe de bois dont elle jugea convenable de faire cadeau à Hippolyte. Le pilon en était garni de liège, et il y avait des articulations à ressort, une mécanique compliquée recouverte d'un pantalon noir, que terminait une botte vernie. Mais Hippolyte, n'osant à tous les jours se servir d'une si belle jambe, supplia Mme Bovary de lui en procurer une autre, plus commode. Le médecin, bien entendu, fit encore les frais de cette acquisition.

Donc, le garçon d'écurie peu à peu recommença son métier. On le voyait comme autrefois parcourir le 258village, et quand Charles entendait de loin, sur les pavés, le bruit sec de son bâton, il prenait bien vite une autre route.

C'était M. L'Heureux, le marchand, qui s'était chargé de la commande; cela lui fournit l'occasion de fréquenter Emma. Il causait avec elle des nouveaux déballages de Paris, de mille curiosités féminines, se montrait fort complaisant, et jamais ne réclamait d'argent. Emma s'abandonnait à cette facilité de satisfaire tous ses caprices. Ainsi elle voulut avoir, pour la donner à Rodolphe, une fort belle cravache qui se trouvait à Rouen dans un magasin de parapluies. M. L'Heureux, la semaine d'après, la lui posa sur sa table.

Mais, le lendemain, il se présenta chez elle, avec une facture de deux cent soixante-dix francs, sans compter les centimes. Emma fut très embarrassée: tous les tiroirs du secrétaire étaient vides; on devait plus de quinze jours à Lestiboudois, deux trimestres à la servante, quantité d'autres choses encore, et Bovary attendait impatiemment l'envoi de M. Derozerais, qui avait coutume, chaque année, de payer vers la Saint-Pierre.

Elle réussit d'abord à éconduire L'Heureux; enfin il perdit patience: on le poursuivait; ses capitaux étaient absents; et s'il ne rentrait dans quelques-uns, il serait forcé de lui reprendre toutes les marchandises qu'elle avait.

—Eh! reprenez-les! dit Emma.

—Oh! c'est pour rire! répliqua-t-il. Seulement je 259ne regrette que la cravache. Ma foi! Je la redemanderai à Monsieur.

—Non! non! fit-elle.

—Ah! je te tiens, pensa L'Heureux.

Et, sûr de sa découverte, il sortit en répétant à demi-voix et avec son petit sifflement habituel:

—Soit! nous verrons! nous verrons!

Elle rêvait comment se tirer de là, quand la cuisinière, entrant, déposa sur la cheminée un petit rouleau de papier bleu de la part de M. Derozerais. Emma sauta dessus, l'ouvrit. Il y avait quinze napoléons. C'était le compte. Elle entendit Charles dans l'escalier; elle jeta l'or au fond de son tiroir et prit la clef.

Trois jours après, L'Heureux reparut.

—J'ai un arrangement à vous proposer, dit-il; si, au lieu de la somme convenue, vous vouliez prendre...

—La voilà! fit-elle en lui plaçant dans la main quatorze napoléons.

Le marchand fut stupéfait. Alors pour dissimuler son désappointement, il se répandit en excuses et en offres de service, qu'Emma refusa toutes; puis elle resta quelques minutes palpant dans la poche de son tablier les deux pièces de cent sous qu'il lui avait rendues. Elle se promettait d'économiser, afin de rendre plus tard...

—Ah bah! songea-t-elle, Charles n'y pensera plus.

Outre la cravache à pommeau de vermeil, Rodolphe avait reçu un cachet avec cette devise: Amor nel cor; de plus, une écharpe pour se faire un cache-nez, et enfin un porte-cigares tout pareil à celui du 260vicomte, que Charles avait autrefois ramassé sur la route et qu'Emma conservait. Cependant ces cadeaux l'humiliaient. Il en refusa plusieurs, elle insista, et Rodolphe finit par obéir, la trouvant tyrannique et trop envahissante. Puis elle avait d'étranges idées:

—Quand minuit sonnera, disait-elle, tu penseras à moi!

Et s'il avouait n'y avoir point songé, c'étaient des reproches en abondance, et qui se terminaient toujours par l'éternel mot:

—M'aimes-tu?

—Mais oui, je t'aime! répondait-il.

—Beaucoup?

—Certainement!

—Tu n'en as pas aimé d'autres, hein?

—Crois-tu m'avoir pris vierge? exclamait-il en riant.

)

二人はまた愛し始めた。エンマはよく昼の日なかに、突然彼に手紙を書いた。書き終わると、窓ガラス越しにジュスタンに合図をする。と、ジュスタンは早速前掛けを外してユシェット荘へ飛んでいく。ロドルフがやってくる。自分が退屈で困っていること、夫が厭でいやで、毎日の生活がたまらないことを告げるためだった。
「わたしになんとかできるとでも言うのかね?」と、ある日彼はじれったくなって叫んだ。
「ええ、あなたさえその気になって下されば!……」
彼女はロドルフの膝に挟まれて床の上に座っている。鬢びんは解け、眼は上うわづっている。
「その気ってどんな?」とロドルフは言った。
彼女は溜息をついた。
「よそへ行って暮らすのよ……どこかへ行って……」
「どうかしてるね、本当に!」と、彼は笑いながら言った。「そんなことができるものか?」
エンマはまた話をもどした。彼はわからぬ振りをして、話をそらす。
不思議なのは、たかが色恋ぐらいのことで、こうまでとり乱すことだった。エンマの夢中になるのには、動機も理由もあった。執着を強める助けともいうべきものがあったのだ。
実際、この愛情は夫に対する嫌悪によって日ごとに募った。一方の男に身をまかせばまかすほど、もう一方を憎むようになった。ロドルフとあいびきしたあと、夫婦差し向かいになったときくらいシャルルがいやなことはなかった。そのときくらいシャルルの指が角張って見え、シャルルが間抜けに見え、起居たちいが月なみに見えることはなかった。そこで彼女はさも人妻らしく殊勝に振舞いながらも、日焼けした額に黒髪がカールして垂れているあの顔を想い、頑丈でしかも粋なあの体を想い、よほど経験のある判断と非常に激情的な情欲を持ったあの男を想うと、彼女の胸は燃えあがるのだ! 彫物師のように念を入れて爪を磨くのも彼ゆえであった。肌にコールド・クリームを十分に塗り、ハンカチにパチョリ(シソ科ミズトラノオ属の植物。主に精油に加工さ
れ利用される。古くから香や香水に用いられた)入りの香水を十分に振りかけてまだ足りないと恐れるのも彼ゆえであった。エンマは腕輪や指輪や首飾りをいっぱいつけた。ロドルフが来るはずの日には、青ガラスの大きな花瓶二つにバラをいっぱい挿し、若宮のお忍びを待つ女官のように部屋や身なりを飾るのである。女中は下着の洗濯にかかりはてた。フェリシテは一日中台所を動かなかった。小僧のジュスタンはよくフェリシテの相手になりにきては、その台所でじっとフェリシテの仕事するのを眺めていた。
ジュスタンは、フェリシテが火熨斗ひのし(今のアイロンにあたるもの。内部に炭火
を入れ、熱した底を布にあてて用いる)をかけている長い板に肘をついて、自分のまわりに並んでいるいろんな女のもの、綾織木綿のペチコート、肩掛、襟、腰が太くて下のすぼんだ、付き紐折返しのズロースなどを貪むさぼるように眺めた。
「これはなにするもんだね?」と、小僧はたがで裾を張りひろげたスカート下やホックに触りながら訊く。
「じゃお前さん、なにも見たことがないんだね?」と、フェリシテは笑いながら、「御主人——オメーの奥さんは、こういうものをしないのかい?」
「ああ、うちの奥さんかい?」
そして彼はひどく思案顔でつけ加える。
「ありゃ、ここの奥様みたいなひとじゃないよ!」
しかしフェリシテは、ジュスタンがこうしてうるさく纏いつくのを見ると、いらいらした。フェリシテは六つ年上だった。そしてギョーマン氏の下男テオドールがそろそろ口説くどきにかかっていた。
「うるさいね!」と、フェリシテは糊壺を向こうへやりながら、「それより家へ帰ってアーモンドでも潰つぶすがいい。いつも女の尻ばっかり追いまわしてさ。まだ早いよ、子供のくせに。そんな真似は顎に髭でも生えてからのことだよ」
「まあ、そんなに怒るもんじゃないよ。ここの奥さんの靴を代わりに磨いてあげるよ」
言うが早いか、彼は棚の上へ手をのばして泥まみれになったエンマの靴をとった。あいびきの泥——それは指に触れて粉々に散った。ジュスタンはその埃が目の光のなかに静かに立ちのぼるのを見つめていた。
「靴が損じると思ってかい、いやにびくびくしているじゃないか?」と女中が言った。布地が古くなると奥様はすぐその靴を下さるというので、女中は自分が磨くときには、それほど大事に扱わなかった。
エンマは戸棚のなかにたくさん靴を持っていて、次々と惜しげもなくおろしたが、シャルルはついぞ小言を言うようなことはなかった。
義足をイポリットに贈るべきだと言うエンマの考えから、シャルルが百フランを投げ出したのも同じわけ合いであった。義足の心棒はコルク張りで、バネ仕掛けの調節が幾つかついていた。全体は黒ズボンで包まれた、手の込んだ器械であって、先にはニス塗りの長靴が付いていた。しかしイポリットは、こんな立派な脚を普段に使うのはもったいないと言って、ボヴァリー夫人に、もっと頃合いのを買ってほしいと頼んだ。むろん、また医者が腹をいためた。
こんなわけで、馬丁はまたぼつぼつ仕事を始めた。以前のように村を駆けまわる姿が見られるようになった。敷石のうえをコツコツ歩く義足の音が遠くから聞こえると、シャルルはあわてて脇道へそれた。
義足の注文は商人のルウルーが引き請けた。これがもとでルウルーはしげしげエンマを訪れるようになり、パリから新しく着いた品だとか、女用のいろんな珍らしい品物の話をし、至極慇懃いんぎんに立ち振るまい、代金はただの一度も請求しなかった。エンマは自分の気紛れをすっかり満足させてくれるこの気やすさにいい気になった。そこでエンマは、ロドルフに贈るために、ルーアン市のある洋傘屋にあった、見事な鞭むちを手に入れたいと思った。次の週、ルウルーは望みの品を彼女のテーブルに置いた。
ところがその翌日ルウルーは二百七十フランなにがしの請求書を持ってエンマの家に現われた。エンマはひどく困った。机のどの抽斗ひきだしも空からだった。レスチブードワには半月分以上の借りがあり、女中には三月払いの給料が二つ、そのほかにまだたくさんの借りがあるので、ボヴァリーはドロズレー氏の送金を待ち兼ねていた。ドロズレー氏は毎年聖ピエール祭の頃に支払ってくれる仕来りになっていた。
エンマは最初はルウルーを追い払うことに成功した。が、しまいにはルウルーもしびれを切らして、自分は今、人から訴えられている、資本もとではすっかり出切っている、それで幾分でも回収できぬ暁には、エンマのところにきている品物を全部取り戻さねばならないと言うのであった。
「じゃ持ってお帰りなさい!」とエンマは言った。
「いえ、これは冗談でございますよ!」と言葉をついで、「しかしあの鞭だけは困ったもんでして、ほんとに、これは旦那様へ御催促申しましょう」
「それはいけません! いけません?」
『ふん、尻尾しつぽをつかんだぞ!』とルウルーは思った。
そこで彼は、エンマの秘密を握ったことを確信しながら、
「ではまあ、いずれそのうち、いずれそのうち!」と、例のシュー、シューいう息の音をたてながら、小声にそう繰り返しながら出ていった。エンマはどうしてこの急場を逃れたものかといろいろ考えているところへ女中が来て、
「ドロズレー様からでございます」
と、青い紙を小さく巻いたものを暖炉の上に置いた。エンマは飛びついて開いた。三百フラン入っていた。これだけあれば、ちょうどよい。そのとき階段にシャルルの足音が聞こえた。エンマは金を抽斗の奥へ投げ込んで鍵を抜きとった。
三日してルウルーがまた現われた。
「一つご相談がございます。お約束の金高をお支払い下さいます代わりに、もし奥様があの……」
「さあ、これですよ」エンマは彼の手に二百八十フラン渡しながら言った。
商人は度肝を抜かれた。そこで、てれ隠しに言いわけを並べたて、なんなりと御用を承りたいとしきりに言うのを、エンマは一々はねつけた。そしてルウルーがお釣りでよこした五フラン二枚をエプロンのポケットの中でいじくりながら、しばらくそこに佇たたずんだ。エンマはこれから倹約しようと考えた、いずれ埋め合わせがつくように……
『かまわないわ! うちの人はいまに忘れてしまうから。』と彼女は思った。

銀地に金鍍金メッキした握りのある鞭のほか、ロドルフは『Amor nel Cor(胸に
愛を)という銘の入った印形を受け取った。そのうえ、マフラーにするようにといって女持ちのスカーフ、それから昔シャルルが拾って、エンマが大事にしまっておいた子爵の葉巻入と寸分違わぬものをもらった。しかしこうした贈物は男の沽券こけんにかかわる。ロドルフはそのうち幾品かは断った。しかしエンマがたってと言うので、わがままな、しつこい女だとは思いながら、とうとう言うなりになった。そのうえエンマは妙なことを思いついた。たとえば——
「夜の十二時が鳴ったら、わたしのことを考えて下さるのよ!」
考えなかったとでも言おうものなら、それこそありったけの小言を並べ、しまいには必らず、
「あなた、わたしを愛してて?」というお定り文句がくるのだった。
「そりゃあ愛しているとも?」と彼は答える。
「心から?」
「むろんさ!」
「ほかの女を愛したことはないんでしょうね?」
「一緒になったとき、女を知らなかったとでも思っているのかい?」彼は大声で笑って言った。

)

Emma pleurait, et il s'efforçait de la consoler, enjolivant de calembours ses protestations.

—Oh! c'est que je t'aime! reprenait-elle, je t'aime à ne pouvoir me passer de toi, sais-tu bien? J'ai quelquefois des envies de te revoir où toutes les colères de l'amour me déchirent. Je me demande: Où est-il? Peut-être il parle à d'autres femmes? Elles lui sourient, il s'approche... Oh! non, n'est-ce pas, aucune ne te plaît? Il y en a de plus belles, mais moi je sais mieux aimer! Je suis ta servante et ta concubine! tu es mon roi! mon idole! tu es bon! tu es beau! tu es intelligent! tu es fort!

Il s'était tant de fois entendu dire ces choses, 261qu'elles n'avaient pour lui rien d'original. Emma ressemblait à toutes les maîtresses; et le charme de la nouveauté, peu à peu tombant comme un vêtement, laissait voir à nu l'éternelle monotonie de la passion, qui a toujours les mêmes formes et le même langage. Il ne distinguait pas, cet homme si plein de pratique, la dissemblance des sentiments sous la parité des expressions. Parce que des lèvres libertines ou vénales lui avaient murmuré des phrases pareilles, il ne croyait que faiblement à la candeur de celles-là; on en devait rabattre, pensait-il, les discours exagérés cachant les affections médiocres;—comme si la plénitude de l'âme ne débordait pas quelquefois par les métaphores les plus vides, puisque personne, jamais, ne peut donner l'exacte mesure de ses besoins, ni de ses conceptions, ni de ses douleurs, et que la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles.

Mais avec cette supériorité de critique appartenant à celui qui, dans n'importe quel engagement, se tient en arrière, Rodolphe aperçut en cet amour d'autres jouissances à exploiter. Il jugea toute pudeur incommode. Il la traita sans façon. Il en fit quelque chose de souple et de corrompu. C'était une sorte d'attachement idiot plein d'admiration pour lui, de voluptés pour elle, une béatitude qui l'engourdissait; et son âme s'enfonçait en cette ivresse et s'y noyait, ratatinée, comme le duc de Clarence, dans son tonneau de malvoisie.

262

Par l'effet seul de ses habitudes amoureuses, Mme Bovary changea d'allures. Ses regards devinrent plus hardis, ses discours plus libres; elle eut même l'inconvenance de se promener avec M. Rodolphe, une cigarette à la bouche, comme pour narguer le monde; enfin ceux qui doutaient encore ne doutèrent plus, quand on la vit un jour descendre de l'Hirondelle, la taille serrée dans un gilet, à la façon d'un homme; et Mme Bovary mère, qui, après une épouvantable scène avec son mari, était venue se réfugier chez son fils, ne fut pas la bourgeoise la moins scandalisée. Bien d'autres choses lui déplurent; d'abord Charles n'avait point écouté ses conseils pour l'interdiction des romans; puis le genre de la maison lui déplaisait; elle se permit des observations, et l'on se fâcha, une fois surtout, à propos de Félicité.

Mme Bovary mère, la veille au soir, en traversant le corridor, l'avait surprise dans la compagnie d'un homme, un homme à collier brun, d'environ quarante ans, et qui, au bruit de ses pas, s'était vite échappé de la cuisine. Alors Emma se prit à rire; mais la bonne dame s'emporta, déclarant qu'à moins de se moquer des mœurs, on devait surveiller celles des domestiques.

—De quel monde êtes-vous? dit la bru avec un regard tellement impertinent, que Mme Bovary lui demanda si elle ne défendait point sa propre cause.

—Sortez! fit la jeune femme, se levant d'un bond.

—Emma! maman! s'écriait Charles pour les rapatrier.

263

Mais elles s'étaient enfuies toutes les deux, dans leur exaspération. Emma trépignait en répétant:

—Ah! quel savoir-vivre! quelle paysanne!

Il courut à sa mère; elle était hors des gonds; elle balbutiait:

—C'est une insolente! une évaporée! pire peut-être!

Elle voulait partir immédiatement si l'autre ne venait lui faire des excuses. Charles retourna donc vers sa femme et la conjura de céder; il se mit à genoux; elle finit par répondre:

—Soit! j'y vais.

En effet, elle tendit la main à sa belle-mère avec une dignité de marquise, en lui disant:

—Excusez-moi, madame.

Puis, remontée chez elle, Emma se jeta tout à plat ventre sur son lit, et elle y pleura comme un enfant, la tête enfoncée dans l'oreiller.

Ils étaient convenus, elle et Rodolphe, qu'en cas d'événement extraordinaire, elle attacherait à la persienne un petit chiffon de papier blanc, afin que, si par hasard il se trouvait à Yonville, il accourût dans la ruelle, derrière la maison. Emma fit le signal; elle attendait depuis trois quarts d'heure, quand tout à coup elle aperçut Rodolphe au coin des halles. Elle fut tentée d'ouvrir la fenêtre, de l'appeler; déjà il avait disparu. Elle retomba désespérée.

Bientôt il lui sembla que l'on marchait sur le trottoir. C'était lui sans doute; elle descendit l'escalier, traversa la cour. Il était là, dehors. Elle se jeta dans ses bras.

264

—Prends donc garde, dit-il.

—Ah! si tu savais! reprit-elle.

Et elle se mit à lui raconter tout, à la hâte, sans suite, exagérant les faits, en inventant plusieurs, et prodiguant les parenthèses si abondamment qu'il n'y comprenait rien.

—Allons, mon pauvre ange, du courage, console-toi, patiente!

—Mais voilà quatre ans que je patiente et que je souffre!... Un amour comme le nôtre devrait s'avouer à la face du ciel. Ils sont à me torturer. Je n'y tiens plus! Sauve-moi!

Elle se serrait contre Rodolphe. Ses yeux, pleins de larmes, étincelaient comme des flammes sous l'onde; sa gorge haletait à coups rapides; jamais il ne l'avait tant aimée; si bien qu'il en perdit la tête et qu'il lui dit:

—Que faut-il faire? que veux-tu?

—Emmène-moi! s'écria-t-elle. Enlève-moi! Oh! je t'en supplie!

Et elle se précipita sur sa bouche, comme pour y saisir le consentement inattendu qui s'en exhalait dans un baiser.

—Mais... reprit Rodolphe.

—Quoi donc?

—Et ta fille?

Elle réfléchit quelques minutes, puis répondit:

—Nous la prendrons, tant pis!

—Quelle femme! se dit-il en la regardant s'éloigner; car elle venait de s'échapper dans le jardin. On l'appelait.

265

La mère Bovary, les jours suivants, fut très étonnée de la métamorphose de sa bru. En effet, Emma se montra plus docile, et même poussa la déférence jusqu'à lui demander une recette pour faire mariner des cornichons.

Était-ce afin de les mieux duper l'un et l'autre? ou bien voulait-elle, par une sorte de stoïcisme voluptueux, sentir plus profondément l'amertume des choses qu'elle allait abandonner? Mais elle n'y prenait garde, au contraire; elle vivait comme perdue dans la dégustation anticipée de son bonheur prochain. C'était avec Rodolphe un éternel sujet de causeries. Elle s'appuyait sur son épaule; elle murmurait:

—Hein? quand nous serons dans la malle-poste!... Y songes-tu? Est-ce possible! Il me semble qu'au moment où je sentirai la voiture s'élancer, ce sera comme si nous montions en ballon, comme si nous partions vers les nuages. Sais-tu que je compte les jours?... Et toi?

Jamais Mme Bovary ne fut aussi belle qu'à cette époque, elle avait cette indéfinissable beauté qui résulte de la joie, de l'enthousiasme, du succès, et qui n'est que l'harmonie du tempérament avec les circonstances. Ses convoitises, ses chagrins, l'expérience du plaisir et ses illusions toujours jeunes, comme font aux fleurs le fumier, la pluie, les vents et le soleil, l'avaient par gradations développée, et elle s'épanouissait enfin dans la plénitude de sa nature. Ses paupières semblaient taillées tout exprès pour ces longs regards amoureux où la prunelle se perdait, tandis qu'un 266souffle fort écartait ses narines minces et relevait le coin charnu de ses lèvres, qu'ombrageait à la lumière un peu de duvet noir. On eût dit qu'un artiste habile en corruptions avait disposé sur sa nuque la torsade de ses cheveux. Ils s'enroulaient en une masse lourde, négligemment, et selon les hasards de l'adultère qui les dénouait tous les jours. Sa voix maintenant prenait des inflexions plus molles, sa taille aussi; quelque chose de subtil qui vous pénétrait se dégageait même des draperies de sa robe et de la cambrure de son pied. Charles, comme aux premiers temps de leur mariage, la trouvait délicieuse et tout irrésistible.

Quand il rentrait au milieu de la nuit, il n'osait pas la réveiller. La veilleuse de porcelaine arrondissait au plafond une clarté tremblante, et les rideaux fermés du petit berceau faisaient comme une hutte blanche, qui se bombait dans l'ombre, au bord du lit. Charles les regardait. Il croyait entendre l'haleine légère de son enfant. Elle allait grandir maintenant; chaque saison, vite, amènerait un progrès. Il la voyait déjà revenant de l'école à la tombée du jour, toute rieuse, avec sa brassière tachée d'encre, et portant au bras son panier; puis il faudrait la mettre en pension; cela coûterait beaucoup; comment faire? Alors il réfléchissait. Il pensait à louer une petite ferme aux environs, et qu'il surveillerait lui-même, tous les matins, en allant voir ses malades. Il en économiserait le revenu; il le placerait à la caisse d'épargne; ensuite il achèterait des actions, quelque part, n'importe où; d'ailleurs, la clientèle augmenterait; il y comptait, car il voulait 267que Berthe fût bien élevée, qu'elle eût des talents, qu'elle apprît le piano. Ah! qu'elle serait jolie, plus tard, à quinze ans, quand, ressemblant à sa mère, elle porterait comme elle, dans l'été, de grands chapeaux de paille; on les prendrait de loin pour les deux sœurs. Il se la figurait travaillant le soir auprès d'eux, sous la lumière de la lampe; elle lui broderait des pantoufles; elle s'occuperait du ménage; elle emplirait toute la maison de sa gentillesse et de sa gaieté. Enfin, ils songeraient à son établissement; on lui trouverait quelque brave garçon ayant un état solide; il la rendrait heureuse; cela durerait toujours.

Emma ne dormait pas; elle faisait semblant d'être endormie; et tandis qu'il s'assoupissait à ses côtés, elle se réveillait en d'autres rêves.

Au galop de quatre chevaux, elle était emportée depuis huit jours vers un pays nouveau, d'où ils ne reviendraient plus. Ils allaient, ils allaient, les bras enlacés, sans parler. Souvent, du haut d'une montagne, ils apercevaient tout à coup quelque cité splendide avec des dômes, des ponts, des navires, des forêts de citronniers et des cathédrales de marbre blanc, dont les clochers aigus portaient des nids de cigognes. On marchait au pas, à cause des grandes dalles, et il y avait par terre des bouquets de fleurs que vous offraient des femmes habillées en corset rouge. On entendait sonner les cloches, hennir les mulets, avec le murmure des guitares et le bruit des fontaines, dont la vapeur s'envolant rafraîchissait des tas de fruits, disposés en pyramides au pied des statues pâles, qui 268souriaient sous les jets d'eau. Et puis, ils arrivaient un soir dans un village de pêcheurs, où des filets bruns séchaient au vent, le long de la falaise et des cabanes. C'est là qu'ils s'arrêteraient pour vivre; ils habiteraient une maison basse, à toit plat, ombragée d'un palmier, au fond d'un golfe, au bord de la mer. Ils se promèneraient en gondole, ils se balanceraient en hamac; et leur existence serait facile et large comme leurs vêtements de soie, toute chaude et étoilée comme les nuits douces qu'ils contempleraient. Sur l'immensité de cet avenir qu'elle se faisait apparaître, rien de particulier ne surgissait; les jours, tous magnifiques, se ressemblaient comme des flots; et cela se balançait à l'horizon, infini, harmonieux, bleuâtre et couvert de soleil. Mais l'enfant se mettait à tousser dans son berceau, ou bien Bovary ronflait plus fort; et Emma ne s'endormait que le matin, quand l'aube blanchissait les carreaux et que déjà le petit Justin, sur la Place, ouvrait les auvents de la pharmacie.

Elle avait fait venir M. L'Heureux et lui avait dit:

—J'aurais besoin d'un manteau, un grand manteau, à long collet, doublé.

—Vous partez en voyage? demanda-t-il.

—Non! mais... n'importe, je compte sur vous, n'est-ce pas? et vivement. Il s'inclina.

—Il me faudrait encore, reprit-elle, une caisse... pas trop lourde... commode.

—Oui, oui, j'entends, de quatre-vingt-douze centimètres environ, sur cinquante, comme on les fait à présent.

269

—Avec un sac de nuit.

—Décidément, pensa L'Heureux, il y a du grabuge là-dessous.

—Et tenez, dit Mme Bovary en tirant sa montre de sa ceinture, prenez cela, vous vous payerez dessus.

Mais le marchand s'écria qu'elle avait tort; ils se connaissaient; est-ce qu'il doutait d'elle? quel enfantillage! Elle insista cependant pour qu'il prît au moins la chaîne, et déjà L'Heureux l'avait mise dans sa poche et s'en allait, quand elle le rappela.

—Vous laisserez tout chez vous. Quant au manteau,—elle eut l'air de réfléchir,—ne l'apportez pas non plus; seulement vous me donnerez l'adresse de l'ouvrier et avertirez qu'on le tienne à ma disposition.

C'était le mois prochain qu'ils devaient s'enfuir. Elle partirait d'Yonville comme pour aller faire des commissions à Rouen. Rodolphe aurait retenu les places, pris des passe-ports et même écrit à Paris, afin d'avoir la malle entière jusqu'à Marseille, où ils achèteraient une calèche et de là continueraient sans s'arrêter, par la route de Gênes. Elle aurait eu soin d'envoyer chez L'Heureux son bagage, qui serait directement porté à l'Hirondelle, de manière que personne ainsi n'aurait de soupçons; et dans tout cela, jamais il n'était question de son enfant. Rodolphe évitait d'en parler; peut-être qu'elle n'y pensait pas.

Il voulut avoir encore deux semaines devant lui, pour terminer quelques dispositions; puis au bout de huit jours, il en demanda quinze autres; puis il se dit malade; ensuite il fit un voyage; le mois d'août se 270passa, et après tous ces retards, ils arrêtèrent que ce serait irrévocablement pour le 4 septembre, un lundi.

Enfin le samedi, l'avant-veille arriva.

Rodolphe vint le soir, plus tôt que de coutume.

—Tout est-il prêt? lui demanda-t-elle.

—Oui.

Alors ils firent le tour d'une plate-bande, et allèrent s'asseoir près de la terrasse, sur la margelle du mur.

—Tu es triste, dit Emma.

—Non! pourquoi? Et cependant il la regardait singulièrement, d'une façon tendre.

—Est-ce de t'en aller? reprit-elle, de quitter tes affections, ta vie? Ah! je comprends... mais moi, je n'ai rien au monde! tu es tout pour moi. Aussi je serai tout pour toi, je te serai une famille, une patrie, je te soignerai, je t'aimerai.

—Que tu es charmante! dit-il en la saisissant dans ses bras.

—Vrai? fit-elle avec un rire de volupté, m'aimes-tu? jure-le donc!

—Si je t'aime! si je t'aime! mais je t'adore, mon amour!

La lune toute ronde et couleur de pourpre se levait à ras de terre, au fond de la prairie. Elle montait vite entre les branches des peupliers, qui la cachaient de place en place, comme un rideau noir, troué. Puis elle parut éclatante de blancheur, dans le ciel vide qu'elle éclairait; et alors se ralentissant, elle laissa tomber sur la rivière une grande tache, qui faisait une infinité d'étoiles; et cette lueur d'argent semblait s'y tordre 271jusqu'au fond, à la manière d'un serpent sans tête couvert d'écailles lumineuses. Cela ressemblait aussi à quelque monstrueux candélabre, d'où ruisselaient, tout du long, des gouttes de diamant en fusion. La nuit douce s'étalait autour d'eux; des nappes d'ombre emplissaient les feuillages. Emma, les yeux à demi clos, aspirait avec de grands soupirs le vent frais qui soufflait. Ils ne se parlaient pas, trop perdus qu'ils étaient dans l'envahissement de leur rêverie. La tendresse des anciens jours leur revenait au cœur, abondante et silencieuse comme la rivière qui coulait, avec autant de mollesse qu'en apportait le parfum des syringas, et projetait dans leur souvenir des ombres plus démesurées et mélancoliques que celles des saules immobiles qui s'allongeaient sur l'herbe. Souvent quelque bête nocturne, hérisson ou belette, se mettant en chasse, dérangeait les feuilles, ou bien on entendait par moments une pêche mûre qui tombait toute seule de l'espalier.

—Ah! la belle nuit! dit Rodolphe.

エンマは泣いた。ロドルフは駄洒落まじりに愛の誓いを立てながら懸命に彼女を慰めた。
「ああ、だってわたし、あなたを愛しているからなのよ!」と彼女は続ける。「あなた無しではいられないほど愛しているのよ、わかって? わたし時どきあなたに会いたくなって、恋しくて恋しくて胸もなにも張り裂けるようなことがあるの。わたし考えるのよ、あの方はどこにいらっしゃるだろう? ほかの女と話をしているのかもしれない。ほかの女たちがあの方にニッコリ笑いかける、あの方は近づいて行く、いえ、いえ、そんなことはないわね、誰も好きな人ってないわね。わたしなんかより美しい人はあっても、わたしほど愛しているものはないわ! わたしはあなたの召使いよ、かげの妻よ! あなたはわたしの王様よ、偶像よ! あなたは優しい方! 美しい方! 賢い方! 強い方!」
ロドルフはこんな話はあきるほど聞かされているので、いっこう珍らしくもなかった。エンマは世間の情婦たちと少しも違わない。新奇という魅力は着物のようにだんだん脱げ落ちて、形も言葉もついに変わらぬ情欲の永劫の単調さを露呈した。さすがに世慣れたロドルフも同じ表現の下にひそむ感情の相違を見分けることができなかった。みだらな、または金で買われる唇が同じ言葉を囁ささやいたがために、彼はエンマの言葉の持つ純真さをろくすっぽ信用しなかった。平凡な感情を隠している大げさな言葉使いは割引きして聞かねばならぬと考えた。胸に溢れる思いが間々空疎な比喩となって湧き出ることを知らなかった。誰だって己れの欲望、思想、苦痛を正確に示すことはできないのだ。そして、人間の言葉は破われ鍋のようなもので、これを叩いて御空の星を感動させようと思ったところで、やっと熊を踊らす曲しか鳴らすことはできないのである。
しかし、どんなことに係り合っても一歩後ろへ下がって観察する人間にそなわる、あの一段優れた批判力でもって、ロドルフは、この恋愛のなかにまだまだ搾り取るべき享楽のあることを認めた。彼にとっては羞恥心はぴんからきりまで邪魔物であった。彼はエンマを遠慮会釈もなしに扱った。エンマを自分の思いどおりになる、ふしだら者にしてしまった。それは彼にとっては讃嘆に満ち、彼女にとっては逸楽に充ち満ちた一種の痴情、彼女を麻痺させる法悦であった。そうして彼女の魂はこの陶酔に沈湎ちんめんし、マルヴォワジー(ワインの
品種名)の樽に浸って死んだというクラレンス公(初代クラレンス公ジョージ・プランタジネット。エド
ワード四世への反逆を疑われロンドン塔で処刑された)のように、小さく縮まってそこに溺れた。
恋の習慣の力一つで、ボヴァリー夫人の態度は一変した。眼付きは大胆になり、言葉使いは露骨になった。まるで、『世間を馬鹿にするように』くわえ煙草でロドルフと散歩するような穏かならぬことまでした。ある日、エンマが男のように胴をチョッキで締めつけて、『つばめ』から降りるのを見かけると、まさかと思っていた連中ももう疑わなかった。ボヴァリー老夫人は夫と大喧嘩をしたあげく息子の家へ逃げてきたが、これもまた大いに眉をひそめた。他にもいろんな事が老夫人の気に入らなかった。第一、小説を禁じるように勧めておいたのに、シャルルが一向聞かなかったことである。第二はここの『家風』が気に喰わなかった。老夫人はかまわず小言をいった。殊にあるときなどはフェリシテのことで喧嘩が起こった。
その前の晩のこと、ボヴァリー老夫人が廊下を横切ろうとすると、フェリシテが一人の男と一緒にいるのを見つけた。顎から頬へかけて黒い髭を生やした四十がらみの男で、足音に驚いてさっと料理場から逃げ出したというのである。エンマは話を聞いて笑い出した。ところが老夫人は気色けしきばんで、風紀をてんで問題にしないのなら知らぬこと、そうでなければ召使いの風紀くらいは取り締まらねばいけないときめつけた。
「あなたはどんな社会のお方ですの?」と言う嫁の眼付きの横柄さに、老夫人は、お前さんは自分の立場を擁護しているんじゃないかと問い返した。
「出て行って下さい!」若夫人は飛び上がって叫んだ。
「これエンマ!……お母さん!」と呼んで、シャルルは仲裁しようとした。
しかし二人ともかんかんになって、もう向こうへ飛んで行っていた。エンマは地団駄を踏みながら、
「なに、やかましや! 土百姓どんびやくしよう!」と繰り返した。
シャルルは母親の方へ走って行った。母親は気違いのように、口をもぐもぐさせながら。
「高ぶりやがって! 尻がるめ! いや、もっと上手うわてだろう!」
それから母親はもし嫁が詫びにこなければ、すぐ帰ると言いだした。そこでシャルルは妻の方へ引き返して、どうか折れてくれと、両膝を折って頼みこんで、エンマはとうとう、
「じゃ行きます」と答えた。
なるほど彼女は侯爵夫人のような威厳をもって姑しゆうとめに手を差し出し、
「ごめんなさい」と言った。
やがて自分の部屋へ戻ると、寝台にがばとうつぶし、枕に顔を埋めて子供みたいに泣いた。
エンマとロドルフの間にはかねてこういう約束があった。もしなにか変わったことがあった場合には、エンマが白い紙切れを鎧戸に結びつける。もしそのときロドルフがヨンヴィルに居合わせたら、家の後ろの路次へ駈けつけるというのであった。エンマは合図をした。小一時間も待っていると、突然、市場の角にロドルフの姿が見えた。エンマは窓を開けて呼ぼうかと思ったが、そのときにはもう姿はなかった。エマはがっかりしてまた倒れた。
しかしまもなく誰かが道を歩くような気配がした。きっとロドルフだ。彼女は階段を降りて、庭を通りぬけた。ロドルフはちゃんと外に立っていた。エンマは腕に身を投げかけた。
「これこれ気をつけなくちや!」と彼は言った。
「ああ! 大変なのよ!」と、彼女は続けた。
そして一部始終を、急いで、とびとびに、あることないこと尾鰭おひれをつけて、ロドルフにはまるでなんのことかわからないほどたくさん注釈を入れて話し出した。
「可哀そうに、さあ、しっかりするんだ! あきらめるんだ! 辛抱するんだ!」
「だって四年間も辛抱して、苦しんだんです! わたしたちのような恋は神様の前で告白したっていいのです! あの人たちはわたしを虐いじめにかかっています! もう我慢ができません! なんとかしてちょうだい!」
彼女はロドルフにすがりついていた。眼には一ぱいに涙を湛えて水中の焔ほのおのように燦きらめき、胸ははげしく喘あえいでいた。ロドルフはこのときほど、可愛いく思ったことはなかった。とうとうわれを忘れて言った。
「どうすればいいんだい? どうしてほしいんだね?」
「わたしを連れて、逃げてちょうだい……後生です!」
こう叫んで彼の唇へ飛びつくように口をよせた。口づけの中から出る思いがけない承諾を、捉えようとでもするかのように。
「だが……」とロドルフは続けた。
「だがって、なに?」
「でも、子供はどうするんだね?」
しばらく考えてから答えた。
「連れて行きましょう。仕方がないわ!」
『なんという女だ!』遠ざかってゆくエンマの後ろ姿を眺めながら彼は独りごちた。
エンマを呼ぶ声がしたので、庭へ駆け出したのだ。
ボヴァリー老夫人は、嫁の態度がその日から一変したのに驚いた。事実エンマはずっと素直になり、小胡瓜のソース漬けの仕方を姑に訊ねるまでに謙遜になった。
これは夫と姑をうまくだますためであったのか? それとも苦しみに堪えるという悦びを感じようとする気持ちから、まさに棄て去ろうとする物事の苦味をいっそう深く味わおうとしたのか? しかし事実はこれに反して、エンマはそんなことは念頭に置いていなかった。彼女は来るべき幸福の前味まえあじを夢中に味わっていたのである。それがロドルフとのいつも変わらぬ話題であった。ロドルフの肩にしなだれかかって囁ささやくのだ。
「ねえ、二人で駅馬車に乗ったら! あなたもそんなこと考えて? 本当に嘘みたいだわ。馬車がいよいよ走り出したときは、軽気球に乗って雲の上へ昇ってゆくような気がすると思うわ。わたし毎日数えて待っているのよ。あなたは?」
この頃ほどボヴァリー夫人が美しく見えたことはなかった。歓喜と感激と成功から生まれる、言いようのない美しさを持っていた。それは気質と境遇の調和にほかならない美しさだった。肥料や雨や風や日光が花を育てるように、彼女の欲望、悲哀、快楽の経験、常に若々しい夢の数々が次第に彼女をはぐくんだ。そして彼女はその天性のままに豊かに花咲いたのである。瞼まぶたは、瞳がうっとりと消え入るような果てしないの眼差しのために、わざわざ刻まれたように見えた。また、激しい息づかいは小さい鼻孔を膨らませ、光にあうと少しばかりの産毛うぶげが黒く見える、むっちりした口もとをつりあげた。襟足のあたりの髪のうねり工合は、まるで、退廃を描くに巧みな芸術家の手になるかとも思われた。しかり髪は日ごとの不義の褥しとねに解けるがまま無造作に、大きく一つに束ねられた。声もいっそう軟らかな抑揚を帯び、体もまたそうなった。見る人の体に滲み透るような妙たえなるあるものが、彼女のドレスの襞ひだや土踏まずの曲線からさえ発散した。シャルルはエンマを、結婚したてのときのように、言いようもなく、うっとりするほど美しいと思った。
シャルルは夜中に帰ってくると、彼女を起こす勇気がなかった。磁器製の豆ランプはゆらめく灯影ほかげを丸く天井に描き、小さい揺籃ようらんのカーテンは白い小屋のように、ベットの脇の陰影の中に盛りあがっていた。シャルルはじっとそのカーテンを見つめる。子供の寝息がすやすやと聞こえるような気がする。子供も近頃はすくすく大きくなってきた。季節ごとにめきめき大きくなるだろう。シャルルはこの子が服にインクをつけ、バスケットを腕にぶら下げて、日暮れごろ、にこにこ学校から帰ってくる様を想像した。小学校を出たら塾へ入れなければならない。ずいぶん費用がかかる。どうしたらよかろうか? そこで彼は思案した。近所に小さな農園を借りて、毎朝往診の途中で自分で指図しようと考えた。農園の収入を倹約して、郵便貯金に預ける。それからどこでもよい、株を買う。それに患者も殖えるだろう。シャルルはそれを当てにしていた。というのも、ベルトを立派に育て、女の技も仕込み、ピアノも習わせたいからのことである。ああ! この子が今に十五にもなって、母親似のこの子が、夏、母親と同じように大きな麦わら帽を被ったらどんなに可愛いことだろう。遠くから見たら、みんなが姉妹と間違えるかもしれない。娘が晩ランプの下、自分たちのそばで仕事する様を想像する。あの子は自分にスリッパの刺繍をしてくれる。家事を切り盛りする。優しさ、朗らかさで家中をいっぱいにしてくれる。それから、いよいよ嫁入りのことを考えてやらねばならぬ。地位の安定した実直な男を見つけてやろう。その男は娘を幸福にしてくれる。そしてそれはいつまでも、いつまでも続くだろう。
エンマは眠っていなかった。眠ったふりをしているだけだった。シャルルがそばでうとうとしていると、彼女はほかの夢想に眼覚めるのであった。
四頭の馬の疾駆にまかせて彼女はもうこれで一週間も、もう二度と離れぬ新しい国へ運ばれている。二人は腕を組み合わせ、互いにものも言わず、ひたすら先へ先へと進む。しばしば、山の頂から壮麗な都市が忽然こつぜんと二人の眼に映る。そこには円屋根ドームや橋や船やレモンの森や白大理石の伽藍がらんがある。伽藍の尖った鐘塔にはコウノトリの巣がある。大きな石畳が敷いてあるので、二人はゆっくり進んでゆく。地上にはいくつも花束があり、赤い胴着の女たちが、その花束をさし出してくれるのだ。鐘が鳴る。騾馬らばの嘶いななきが聞こえる。ギターの囁ささやきや噴水の音がまじる。噴水の下に微笑んでいる仄白い石像の足もとにうず高く積まれた夥おびただしい果物を、噴水の飛沫が冷やしている。それから、夕暮れ、二人はとある漁村に辿たどりつく。そこには、断崖や破風はふに沿って褐色の網が風に干してある。そしてここに、二人は住居を定めるのだ。海辺の、入江の奥の、檳榔樹びんろうじゆの影になった、平屋根の軒の低い家に住まうのだ。ゴンドラに乗って遊びまわろう。ハンモックにも揺られよう。そして二人の生活は身に纏まとった絹もののように快くゆたかであるに違いない。そうしてまた二人の眺める和やかな夜空のように、暖かく、星屑ほしくずに満ち充ちていよう。しかし彼女が描き出す無辺際むへんさいの未来からは、なに一つ変わったものは現われなかった。素晴らしい日々は波のように、どれもこれも似通っている。それは果てしなき、なだらかな、薄青い、そうして一面に陽を浴びた地平の彼方に揺れていた。が、そこまで考えたときに、揺籃ようらんの中で子供が咳せきをはじめたり、ボヴァリーの鼾いびきがひどくなったりして、エンマは朝になってやっと眠りにつくのであった。それは暁が窓ガラスに白しらみそめ、広場ではや小僧のジュスタンが薬屋の雨戸を開ける頃である。
エンマはルウルーを呼びよせて言った。
「わたし、マントがほしいの、襟の広い、裏のついた大きなマントなのよ」
「ご旅行でございますか?」とルウルーは訊いた。
「いいえ! その……、まあ、そんなことどうだっていいの、お願いしてよ、ひきうけて下さる? 本当よ!」
彼は一礼した。
「それから……トランクがほしいの。……あまり重くない……手頃なのが」
「はい、はい、かしこまりました。九十二センチに五十センチぐらい、ちょうど近頃流行りのものを」
「それから手提げカバン」
『てっきりなにかいざこざがあるな。』とルウルーは思った。
「さあ、」と、ボヴァリー夫人は帯のあいだから懐中時計を出して、「これをとっといてちょうだい。お勘定はそのうちからね」
しかし商人は、それはいけません、と大声で叫んだ。お心やすいあいだです。どうしてお疑いなど致しましょう? そんな子供じみたこと! しかしエンマはせめて鎖だけでもとってくれと言い張った。そしてルウルーがその鎖を早くもポケットに、帰ろうとするところを、エンマは呼び戻した。
「品物は全部お店へ置いといてちょうだい。マントは——」と、思案顔で、「それも届けないで下さい。ただ職人の所を知らせてちょうだい、それから、その職人にマントはいつ行ってもいいように頼むと言っといてちょうだい。」
二人は来月駆け落ちすることになっていた。エンマはルーアンへ用達ようたしに行くような顔をしてヨンヴィルを発つ。ロドルフはあらかじめ馬車の座席をとり、旅券をもらい、パリへ手紙を出してマルセイユまで郵便馬車を買い切りにしておく。マルセイユへ着いたら無蓋四輪馬車カレーシュを買い、そこから一路ジェノア街道を走る。エンマは荷物をルウルーの店へ送っておく。荷物はルウルーの店から直接『つばめ』へ運ばれるから、誰ひとり怪しむ者はない。しかしこうした計画のうちで、子供のことはまるで問題にならなかった。ロドルフは言い出すことを避けた。エンマは恐らく考えてもいなかったのだろう。
ロドルフは後始末のため、もう一週間猶予がほしいといった。さて一週間経つと、もう二週間延ばしてくれと言った。それから今度は病気だと言った。そしてその次には旅行をした。八月は過ぎ去った。こうして延び延びになったあげく、今度こそ間違いなく、九月四日の月曜日にしようと決めた。とうとう前々日の土曜日になった。ロドルフは、その晩、いつもより早くやって来た。
「用意はすっかりできて?」とエンマは訊いた。
「うむ」
そこで二人は花壇を一めぐりし、露台のそばへ行って壁の上に腰かけた。
「ふさいでらっしゃるのね、あなた」と、エンマがいった。
「そんなことはないよ、なぜ?」
とはいうものの、異様な眼差しで、しんみりと彼女を見つめていた。
「遠くへ行ってしまうからなの?」と、彼女は続けた。「あなたの愛したいろんなもの、あなたの生活を棄てて行くからなの? ええ、よくわかるわ。でもわたしは、世界中になに一つ持ってないのよ! わたしにはあなたがすべてなの。だから、わたしもあなたのすべてよ。わたしは、あなたの家族にも故郷にもなるわ。わたし、あなたを大切にするわ。あなたを愛してよ」
「可愛い人だね!」と、彼はエンマを両腕に抱きしめて言った。
「それほんと?」と、彼女はなまめかしく笑いながら言った。「あなた、愛してくれる? そんなら誓ってよ!」
「愛するかって? 愛するかって? なにを言ってる、身も心も捧げているよ。お前に!」
月はまんまるく紫がかって、牧場の果ての地平線を離れようとしていた。月はポプラの枝の中へすっと昇ってゆく。枝は穴のあいた黒幕のようにここかしこで月を隠す。やがてまた月は皓々こうこうと輝き出て虚空を照らした。そのとき月は歩みを緩め、河の上に大きな影を落とし、影は無数の星となって散った。そしてその銀光は、鱗うろこきらめく無頭の蛇のように、もがきながら、水底まで潜り込むかと思われた。それはまた、とろけたダイヤモンドの滴しずくが伝い落ちる奇怪な技付き燭台しよくだいのようでもあった。二人のまわりにはなごやかな夜が広がっている。陰影かげの帳とばりは木の葉の茂みに満ちている。エンマは眼をなかば閉じて、そよそよ吹く涼風を大きく深ぶかと吸い込んだ。うち寄せる夢の思いに身も心も溺れきって、二人は言葉さえ交さなかった。古い日の愛情が、そばを流れる河のように豊かに、そしてひそやかに、またバイカウツギのもたらす柔らかな香りのように、二人の心に帰ってくる。そうしてそれは草葉の上に伸びてじっと動かぬ柳の影よりももっと長い、もっと淋しい影を一人の思い出のうちに投げるのであった。ハリネズミかイタチか、夜の動物が餌を求めて、よく木の葉を騒がせた。またおりおり熟れた桃の実が、生け垣からぽとっとひとりでに落ちるのが聞こえた。
「ああ、好い晩だ!」とロドルフが言った。

 

 

—Nous en aurons d'autres, reprit Emma, et comme se parlant à elle-même: oui, il fera bon voyager... Pourquoi ai-je le cœur triste, cependant? Est-ce l'appréhension de l'inconnu... l'effet des habitudes quittées... ou plutôt... non, c'est l'excès du bonheur! Que je suis faible, n'est-ce pas? Pardonne-moi!

—Il est encore temps, s'écria-t-il. Réfléchis, tu t'en repentiras peut-être?

—Jamais! fit-elle impétueusement, et se rapprochant de lui: Quel malheur donc peut-il me survenir? 272Il n'y a pas de désert, pas de précipice ni d'océan que je ne traverserais avec toi. A mesure que nous vivrons ensemble, ce sera comme une étreinte chaque jour plus serrée, plus complète! Nous n'aurons rien qui nous trouble, pas de soucis, nul obstacle! Nous serons seuls, tout à nous, éternellement! Parle donc, réponds-moi.

Il répondait à intervalles réguliers: Oui!... Oui!... Elle lui avait passé les mains dans ses cheveux, et elle répétait d'une voix enfantine, malgré de grosses larmes qui coulaient:

—Rodolphe! Rodolphe! Ah! Rodolphe, cher petit Rodolphe!

Minuit sonna.

—Minuit! dit-elle. Allons, c'est demain! encore un jour!

Il se leva pour partir, et comme si ce geste qu'il faisait eût été le signal de leur fuite, Emma, tout à coup, prenant un air gai:

—Tu as les passe-ports?

—Oui.

—Tu n'oublies rien?

—Non.

—Tu en es sûr?

—Certainement.

—C'est à l'hôtel de Provence, n'est-ce pas, que tu m'attendras? A midi.

Il fit un signe de tête.

—A demain, donc! dit Emma dans une dernière caresse.

273

Et elle le regarda s'éloigner.

Il ne se détournait pas. Elle courut après lui, et se penchant au bord de l'eau entre des broussailles:

—A demain! cria-t-elle.

Il était déjà de l'autre côté de la rivière et marchait vite dans la prairie.

Au bout de quelques minutes, Rodolphe s'arrêta; et quand il la vit avec son vêtement blanc peu à peu s'évanouir dans l'ombre comme un fantôme, il fut pris d'un tel battement de cœur qu'il s'appuya contre un arbre pour ne pas tomber.

—Quel imbécile je suis! fit-il en jurant épouvantablement. N'importe, c'était une jolie maîtresse! Et aussitôt la beauté d'Emma, avec tous les plaisirs de cet amour, lui réapparut. D'abord il s'attendrit, puis il se révolta contre elle. Car enfin, exclamait-il en gesticulant, je ne peux pas m'expatrier, avoir la charge d'un enfant. Il se disait ces choses pour s'affermir davantage. Et d'ailleurs, les embarras, la dépense! Ah! non, non, mille fois non! cela eût été trop bête.

「これからはこんな晩がいくらでもありますわ!」とエンマは答えた。
そして独りごとのように、
「ええ、旅するのは楽しいでしょうね……だのに、どうしてこう悲しいのかしら? 知らない先のことが恐いのかしら?……慣れた生活を棄ててゆくためかしら……それとも……? いいえ、それは幸福過ぎるからだわ! わたし、なんて弱い女なんでしょう、ね? ご免なさいね!」
「まだ遅くはない、よく考えてごらん!」と彼は叫んだ。「あとで後悔するかもしれない」
「決してそんなこと!」と彼女は激しく答えた。
そしてまた男に寄り添いながら、
「わたしに不幸なんか起こるものですか? あなたとご一緒なら、どんな砂漠でも崖がけでも海でも越えて行くわ。わたしたち一緒に暮らせば暮らすほど、ふたりの間は、まるで抱擁のように、毎日毎日ぴったり結ばれてゆくのよ。煩わしいものはなんにもないの、心配も邪魔するものもなんにもないのよ! わたしたちはただ二人きり、本当に二人きりのものよ、いつまでも、いつまでも……ねえ、なんとか言ってちょうだいよ」
ロドルフはきまった間まを置いて『そう……そう……』と答えるのだった。エンマは両手でロドルフの髪の毛を撫でていた。そしてはらはらと大粒の涙を流しながらも、あどけない声で繰り返した。
「ロドルフ! ロドルフ!……ああ! ロドルフ、可愛い、可愛いロドルフ!」
真夜中の鐘が鳴った。
「十二時!」と女は言った。「いよいよ明日ね! あと一日!」
ロドルフは立ち上がって帰ろうとした。と、この身振りが駆け落ちの合図ででもあるかのように、エンマは急にはしゃいで、
「旅行券はあって?」
「ああ」
「なにも忘れたものない?」
「ああ」
「きっと?」
「むろんさ」
「『プロヴァンス・ホテル』ね、待ってて下さるのは?……正午ね?」
彼はうなずいた。
「じゃ明日!」エンマは最後の愛撫のうちで言った。
そして彼の後ろ姿を見送った。
彼は振り返らなかった。エンマは彼のあとを追っかけ、水際の茂みの上に乗り出して、
「明日ね!」と叫んだ。
彼はもう向こう岸へ渡って、さっさと牧場を歩いていた。
何分か経ってロドルフは立ち止まった。白衣のエンマが亡霊のように次第次第に闇の中に消えてゆくのを見ると、激しい動悸どうきに襲われた。そして倒れないように木立によりかかった。
「おれはなんというばかだ?」と、恐ろしい罵声ばせいを張り上げて言った。「しかし、あいつは可愛い女やつだった!」
と、たちまちエンマの美しい姿が、その恋のあらゆる快楽とともに心の中に甦よみがえった。最初は感動してほろっとした。が、やがて彼女に対して強いて反抗した。
「なんと言ったって、おれは国を離れたり、子供を背負い込んだりは、真平だ!」と、身振りよろしく大声で言った。
決心をいやが上にも固めるために、ロドルフはこんなことを自分に言って聞かせるのだった。
「それに、いろんな面倒がある、費用がかかる!……ああ、いけない、いけない、なんとしても、いけない? そいつはあんまりばかげている!」

XIII

 

A peine arrivé chez lui, Rodolphe s'assit brusquement à son bureau, sous la tête de cerf faisant trophée contre la muraille. Mais quand il eut la plume entre les doigts, il ne sut rien trouver, si bien que, s'appuyant sur les deux coudes, il se mit à réfléchir. 274Emma lui semblait être reculée dans un passé lointain, comme si la résolution qu'il avait prise venait de placer entre eux, tout à coup, un immense intervalle.

Alors, afin de ressaisir quelque chose d'elle, il alla chercher dans l'armoire, au chevet de son lit, une vieille boîte à biscuits de Reims, où il enfermait d'habitude ses lettres de femmes, et il s'en échappa une vague odeur de poussière humide et de roses flétries. D'abord il aperçut un mouchoir de poche, couvert de gouttelettes pâles. C'était un mouchoir à elle, une fois qu'elle avait saigné du nez, en promenade; il ne s'en souvenait plus. Il y avait auprès, se cognant à tous les angles, la miniature donnée par Emma; sa toilette lui parut prétentieuse et son regard en coulisse du plus pitoyable effet; puis, à force de considérer cette image et d'évoquer le souvenir du modèle, les traits d'Emma peu à peu se confondirent en sa mémoire, comme si la figure vivante et la figure peinte, se frottant l'une contre l'autre, se fussent réciproquement effacées. Enfin il lut de ses lettres; elles étaient pleines d'explications relatives à leur voyage, courtes, techniques et pressantes comme des billets d'affaires. Il voulut revoir les longues, celles d'autrefois; pour les trouver au fond de la boîte, Rodolphe dérangea toutes les autres; et machinalement il se mit à fouiller dans ce tas de papiers et de choses, y retrouvant pêle-mêle des bouquets, une jarretière, un masque noir, des épingles, et des cheveux,—des cheveux, de bruns, de blonds; quelques-uns même, s'accrochant à la ferrure de la boîte, se cassaient quand on l'ouvrait.

275

Ainsi flânant parmi ses souvenirs, il examinait les écritures et le style des lettres aussi varié que leurs orthographes. Elles étaient tendres ou joviales, facétieuses, mélancoliques; il y en avait qui demandaient de l'amour et d'autres qui demandaient de l'argent. A propos d'un mot, il se rappelait des visages, de certains gestes, un son de voix; quelquefois pourtant il ne se rappelait rien.

En effet, ces femmes, accourant à la fois dans sa pensée, s'y gênaient les unes les autres et s'y rapetissaient, comme sous un même niveau d'amour qui les égalisait. Prenant donc à poignée les lettres confondues, il s'amusa pendant quelques minutes à les faire tomber en cascades, de sa main droite dans sa main gauche. Enfin, ennuyé, assoupi, Rodolphe alla reporter la boîte dans l'armoire en se disant: «Quel tas de blagues!» ce qui résumait son opinion; car les plaisirs, comme des écoliers dans la cour d'un collège, avaient tellement piétiné sur son cœur, que rien de vert n'y poussait, et ce qui passait par là, plus étourdi que les enfants, n'y laissait pas même, comme eux, son nom gravé sur la muraille.

—Allons! se dit-il, commençons.

Il écrivit:

«Du courage, Emma, du courage! Je ne veux pas faire le malheur de votre existence.»

—Après tout, c'est vrai, pensa Rodolphe; j'agis dans son intérêt; je suis honnête.

«Avez-vous mûrement pesé votre détermination? Savez-vous l'abîme où je vous entraînais, pauvre ange! 276Non, n'est-ce pas? Vous alliez confiante et folle, croyant au bonheur, à l'avenir. Ah! malheureux que nous sommes! insensés!»

Rodolphe s'arrêta, pour trouver ici quelque bonne excuse.

—Si je lui disais que toute ma fortune est perdue?... Ah! non, et d'ailleurs cela n'empêcherait rien. Ce serait à recommencer plus tard. Est-ce qu'on peut faire entendre raison à des femmes pareilles!

Il réfléchit, puis ajouta:

«Je ne vous oublierai pas, croyez-le bien, et j'aurai continuellement pour vous un dévouement profond; mais un jour, tôt ou tard, cette ardeur (c'est là le sort des choses humaines) se fût diminuée, sans doute! il nous serait venu des lassitudes, et qui sait même si je n'aurais pas eu l'atroce douleur d'assister à vos remords et d'y participer moi-même, puisque je les aurais causés. L'idée seule des chagrins qui vous arrivent me torture, Emma! Oubliez-moi! Pourquoi faut-il que je vous aie connue? Pourquoi étiez-vous si belle? Est-ce ma faute? Oh! mon Dieu! Non! non! n'en accusez que la fatalité!»

—Voilà un mot qui fait toujours de l'effet, se dit-il.

«Ah! si vous aviez été une de ces femmes au cœur frivole comme on en voit, certes, j'aurais pu, par égoïsme, tenter une expérience alors sans danger pour vous. Mais cette exaltation délicieuse, qui fait à la fois votre charme et votre tourment, vous a empêchée de comprendre, adorable femme que vous êtes, la fausseté de notre position future. Moi non plus, je n'y 277avais pas réfléchi d'abord, et je me reposais à l'ombre de ce bonheur idéal, comme à celle du mancenillier, sans prévoir les conséquences.»

—Elle va peut-être croire que c'est par avarice que j'y renonce. Ah! n'importe, tant pis! il faut en finir.

«Le monde est cruel, Emma. Partout où nous eussions été, il nous aurait poursuivis. Il vous aurait fallu subir les questions indiscrètes, la calomnie, le dédain, l'outrage peut-être? L'outrage à vous! Oh!... Et moi qui voudrais vous faire asseoir sur un trône! Moi qui emporte votre pensée comme un talisman. Car je me punis par l'exil de tout le mal que je vous ai fait. Je pars. Où? Je n'en sais rien, je suis fou! Adieu! Soyez toujours bonne! Conservez le souvenir du malheureux qui vous a perdue. Apprenez mon nom à votre enfant: qu'il le redise dans ses prières.»

La mèche des deux bougies tremblait; Rodolphe se leva pour aller fermer la fenêtre, et quand il se fut rassis:

—Il me semble que c'est tout? Ah! encore ceci, de peur qu'elle ne vienne à me relancer:

«Je serai loin quand vous lirez ces tristes lignes, car j'ai voulu m'enfuir au plus vite afin d'éviter la tentation de vous revoir. Pas de faiblesse! Je reviendrai; et peut-être que plus tard nous causerons ensemble très froidement de nos anciennes amours. Adieu!»

Et il y avait un dernier adieu, séparé en deux mots: A Dieu! ce qu'il jugeait d'un excellent goût.

—Comment vais-je signer, maintenant? se dit-il. Votre tout dévoué?... Non. Votre ami... Oui, c'est cela!

«Votre ami.»

278

Il relut sa lettre. Elle lui parut bonne.

—Pauvre petite femme! pensa-t-il avec attendrissement. Elle va me croire plus insensible qu'un roc; il eût fallu quelques larmes là-dessus; mais moi je ne peux pas pleurer; ce n'est pas ma faute. Alors, s'étant versé de l'eau dans un verre, Rodolphe y trempa son doigt et il laissa tomber de haut une grosse goutte, qui fit une tache pâle sur l'encre; puis, cherchant à cacheter la lettre, le cachet Amor nel cor se rencontra.

—Cela ne va guère à la circonstance... Ah bah! n'importe!

Après quoi il fuma trois pipes et s'alla coucher.

Le lendemain, quand il fut debout (vers deux heures environ, il avait dormi tard), Rodolphe se fit cueillir une corbeille d'abricots. Il disposa la lettre dans le fond, sous des feuilles de vigne, et ordonna tout de suite à Girard, son valet de charrue, de porter cela délicatement chez Mme Bovary. Il se servait de ce moyen pour correspondre avec elle, lui envoyant, selon la saison, des fruits ou du gibier.

—Si elle te demande de mes nouvelles, dit-il, tu répondras que je suis parti en voyage. Il faut remettre le panier à elle-même, en mains propres; va, et prends garde.

Girard passa sa blouse neuve, noua son mouchoir autour des abricots, et, marchant à grands pas lourds dans ses grosses galoches ferrées, prit tranquillement le chemin d'Yonville.

279

Mme Bovary, quand il arriva chez elle, arrangeait avec Félicité, sur la table de la cuisine, un paquet de linge.

—Voilà, dit le valet, ce que notre maître vous envoie.

Elle fut saisie d'une appréhension, et tout en cherchant quelque monnaie dans sa poche, elle le considérait d'un œil hagard, tandis qu'il la regardait lui-même avec ébahissement, ne comprenant pas qu'un pareil cadeau pût tant émouvoir quelqu'un. Enfin il sortit. Félicité restait. Elle n'y tenait plus; elle courut dans la salle comme pour y porter les abricots, renversa le panier, arracha les feuilles, trouva la lettre, l'ouvrit, et comme s'il y avait eu derrière elle un effroyable incendie, Emma se mit à fuir vers sa chambre, tout épouvantée.

Charles y était; elle l'aperçut; il lui parla; elle n'entendit rien, et elle continua vivement à monter les marches, haletante, éperdue, ivre, et toujours tenant cette horrible feuille de papier qui lui claquait dans les doigts, comme une plaque de tôle. Au second étage, elle s'arrêta devant la porte du grenier qui était fermée.

Alors elle voulut se calmer; elle se rappela la lettre; il fallait la finir, elle n'osait pas. D'ailleurs, où? Comment? On la verrait.

Ah! non, ici, pensa-t-elle, je serai bien.

Emma poussa la porte et entra.

Les ardoises laissaient tomber d'aplomb une chaleur lourde, qui lui serrait les tempes et l'étouffait; elle se traîna jusqu'à la mansarde close dont elle tira le verrou; et la lumière éblouissante jaillit d'un bond.

280

En face, par-dessus les toits, la pleine campagne s'étalait à perte de vue. En bas, sous elle, la Place du village était vide; les cailloux du trottoir scintillaient; les girouettes des maisons se tenaient immobiles; au coin de la rue, il partit d'un étage inférieur une sorte de ronflement à modulations stridentes. C'était Binet qui tournait.

Elle s'était appuyée contre l'embrasure de la mansarde, et elle relisait la lettre avec des ricanements de colère. Mais plus elle y fixait d'attention, plus ses idées se confondaient. Elle le revoyait, elle l'entendait, il l'entourait de ses deux bras... et les battements de son cœur, qui la frappaient sous la poitrine comme à grands coups de bélier, s'accéléraient l'un après l'autre, à intermittences inégales. Elle jetait les yeux tout autour d'elle avec l'envie que la terre croulât. Pourquoi n'en pas finir? Qui la retenait donc? Elle était libre. Et elle s'avança; elle regarda les pavés, en se disant: Allons! allons!

Le rayon lumineux qui montait d'en bas directement tirait vers l'abîme le poids de son corps. Il lui semblait que le sol de la Place oscillant s'élevait le long des murs, et que le plancher s'inclinait par le bout, à la manière d'un vaisseau qui tangue. Elle se tenait tout au bord, presque suspendue, entourée d'un grand espace. Le bleu du ciel l'envahissait, l'air circulait dans sa tête creuse, elle n'avait qu'à céder, qu'à se laisser prendre, et le ronflement du tour ne discontinuait pas, comme une voix furieuse qui l'appelait.

—Ma femme! ma femme! cria Charles.

281

Elle s'arrêta.

—Où es-tu donc? Arrive.

L'idée qu'elle venait d'échapper à la mort faillit la faire s'évanouir de terreur; elle ferma les yeux. Puis elle tressaillit au contact d'une main sur sa manche; c'était Félicité.

—Monsieur vous attend, madame; la soupe est servie.

Et il fallut descendre! Il fallut se mettre à table!

Elle essaya de manger. Les morceaux l'étouffaient. Alors elle déplia sa serviette comme pour en examiner les reprises et voulut réellement s'appliquer à ce travail, compter les fils de la toile. Tout à coup, le souvenir de la lettre lui revint. L'avait-elle donc perdue? Où la retrouver? Mais elle éprouvait une telle lassitude dans l'esprit que jamais elle ne put inventer un prétexte à sortir de table. Puis elle était devenue lâche; elle avait peur de Charles; il savait tout; c'était sûr! En effet, il prononça ces mots singulièrement:

—Nous ne sommes pas près, à ce qu'il paraît, de voir M. Rodolphe.

—Qui te l'a dit? fit-elle en tressaillant.

—Qui me l'a dit? répliqua-t-il un peu surpris de ce ton brusque. C'est Girard que j'ai rencontré tout à l'heure à la porte du Café Français. Il est parti en voyage, ou il doit partir.

Elle eut un sanglot.

—Quoi donc t'étonne? Il s'absente ainsi de temps à autre pour se distraire, et, ma foi! je l'approuve. Quand on a de la fortune et que l'on est garçon!... 282Du reste, il s'amuse joliment, notre ami! c'est un farceur. M. Langlois m'a conté...

Il se tut, par convenance, à cause de la domestique qui entrait.

Celle-ci replaça dans la corbeille les abricots répandus sur l'étagère; Charles, sans remarquer la rougeur de sa femme, se les fit apporter, en prit un et mordit à même.

—Oh! parfait! disait-il. Tiens, goûte!

Et il tendit la corbeille, qu'elle repoussa doucement.

—Sens donc! Quelle odeur! fit-il en la lui passant sous le nez, à plusieurs reprises.

—J'étouffe! s'écria-t-elle en se levant d'un bond.

Mais, par un effort de volonté, ce spasme disparut; puis:

—Ce n'est rien! dit-elle, ce n'est rien! c'est nerveux! Assieds-toi! mange!

Car elle redoutait qu'on ne fût à la questionner, à la soigner, qu'on ne la quittât plus.

Charles, pour lui obéir, s'était rassis; et il crachait dans sa main le noyau des abricots, qu'il déposait ensuite dans son assiette.

Tout à coup, un tilbury bleu passa au grand trot sur la Place. Emma poussa un cri et tomba roide par terre, à la renverse.

En effet, Rodolphe, après bien des réflexions, s'était décidé à partir pour Rouen. Or, comme il n'y a, de la Huchette à Buchy, pas d'autre chemin que celui d'Yonville, il lui avait fallu traverser le village, et 283Emma l'avait reconnu à la lueur des lanternes, qui coupaient comme un éclair le crépuscule.

Cependant le pharmacien, au tumulte qui se faisait dans la maison, s'y précipita. La table, avec toutes les assiettes, était renversée; de la sauce, de la viande, les couteaux, la salière et l'huilier jonchaient l'appartement; Charles appelait au secours; Berthe, effarée, criait, et Félicité, dont les mains tremblaient, délaçait Madame qui avait le long du corps des mouvements convulsifs.

—Je cours, dit l'apothicaire, chercher dans mon laboratoire un peu de vinaigre aromatique.

Puis, comme elle rouvrait les yeux en respirant le flacon:

—J'en étais sûr, fit-il; cela vous réveillerait un mort.

—Parle-nous! disait Charles. Parle-nous! Remets-toi! C'est moi, ton Charles qui t'aime! Me reconnais-tu? Tiens, voilà ta petite fille; embrasse-la donc!

L'enfant avançait les bras vers sa mère pour se pendre à son cou. Mais, détournant la tête, Emma dit d'une voix saccadée:

—Non, non, personne!

Elle s'évanouit encore. On la porta sur son lit.

Elle restait étendue, la bouche ouverte, les paupières fermées, les mains à plat, immobile, et blanche comme une statue de cire.—Il sortait de ses yeux deux ruisseaux de larmes qui coulaient lentement sur l'oreiller.

Charles, debout, se tenait au fond de l'alcôve, et 284le pharmacien, près de lui, gardait ce silence méditatif qu'il est convenable d'avoir dans les occasions sérieuses de la vie.

—Rassurez-vous, dit-il en lui poussant le coude, je crois que le paroxysme est passé.

—Oui, elle repose un peu maintenant, répondit Charles, qui la regardait dormir. Pauvre femme!... Pauvre femme! la voilà retombée!

Alors Homais demanda comment cet accident était survenu. Charles répondit que cela l'avait saisie tout à coup, pendant qu'elle mangeait des abricots.

—Extraordinaire!... reprit le pharmacien. Mais il se pourrait que les abricots eussent occasionné la syncope? Il y a des natures si impressionnables à l'encontre de certaines odeurs! et ce serait même une belle question à étudier, tant sous le rapport pathologique que sous le rapport philosophique. Les prêtres en connaissaient l'importance, eux qui ont toujours mêlé des aromates à leurs cérémonies. C'est pour vous stupéfier l'entendement et provoquer des extases, chose d'ailleurs facile à obtenir chez les personnes du sexe, qui sont plus délicates que les autres. On en cite qui s'évanouissent à l'odeur de la corne brûlée, du pain tendre...

—Prenez garde de l'éveiller! dit à voix basse Bovary.

—Et non seulement, continua l'apothicaire, les humains sont en butte à ces anomalies, mais encore les animaux. Ainsi vous n'êtes pas sans savoir l'effet singulièrement aphrodisiaque que produit le nepeta cataria, vulgairement appelé herbe-au-chat, sur la gent 285féline; et, d'autre part, pour citer un exemple que je garantis authentique, Bridoux (un de mes anciens camarades, actuellement établi rue Malpalu) possède un chien qui tombe en convulsions dès qu'on lui présente une tabatière. Souvent même il en fait l'expérience devant ses amis, à son pavillon du Bois-Guillaume. Croirait-on qu'un simple sternutatoire pût exercer de tels ravages dans l'organisme d'un quadrupède? C'est extrêmement curieux, n'est-il pas vrai?

—Oui, dit Charles qui n'écoutait pas.

—Cela nous prouve, reprit l'autre en souriant avec un air de suffisance bénigne, les irrégularités sans nombre du système nerveux. Pour ce qui est de Madame, elle m'a toujours paru, je l'avoue, une vraie sensitive. Aussi ne vous conseillerai-je point, mon bon ami, aucun de ces prétendus remèdes qui, sous le prétexte d'attaquer les symptômes, attaquent le tempérament. Non! pas de médicamentation oiseuse! du régime, voilà tout! des sédatifs, des émollients, des dulcifiants. Puis ne pensez-vous pas qu'il faudrait peut-être, frapper l'imagination?

—En quoi? comment? dit Bovary.

—Ah! c'est là la question! Telle est effectivement la question: That is the question! comme je lisais dernièrement dans le journal.

Mais Emma, se réveillant, s'écria:

—Et la lettre? Et la lettre?

On crut qu'elle avait le délire; elle l'eut à partir de minuit: une fièvre cérébrale s'était déclarée.

Pendant quarante-trois jours, Charles ne la quitta 286pas. Il abandonna tous ses malades; il ne se couchait plus, il était continuellement à lui tâter le pouls, à lui poser des sinapismes, des compresses d'eau froide. Il envoyait Justin jusqu'à Neufchâtel chercher de la glace; la glace se fondait en route; il le renvoyait. Il appela M. Canivet en consultation; il fit venir de Rouen le docteur Larivière, son ancien maître; il était désespéré. Ce qui l'effrayait le plus, c'était l'abattement d'Emma; car elle ne parlait pas, n'entendait rien et même semblait ne point souffrir,—comme si son corps et son âme se fussent ensemble reposés de toutes leurs agitations.

Vers le milieu d'octobre, elle put se tenir assise dans son lit, avec des oreillers derrière elle. Charles pleura quand il la vit manger sa première tartine de confiture. Les forces lui revinrent; elle se levait quelques heures pendant l'après-midi, et un jour qu'elle se sentait mieux, il essaya de lui faire faire, à son bras, un tour de promenade dans le jardin. Le sable des allées disparaissait sous les feuilles mortes; elle marchait pas à pas, en traînant ses pantoufles, et, s'appuyant de l'épaule contre Charles, elle continuait à sourire.

Ils allèrent ainsi jusqu'au fond, près de la terrasse. Elle se redressa lentement et mit sa main devant ses yeux, pour regarder. Elle regarda au loin, tout au loin; mais il n'y avait à l'horizon que de grands feux d'herbes, qui fumaient sur les collines.

—Tu vas te fatiguer, ma chérie, dit Bovary, et la poussant doucement pour la faire entrer sous la tonnelle:

287

—Assieds-toi donc sur ce banc; tu seras bien.

—Oh! non, pas là! pas là! fit-elle d'une voix défaillante.

Elle eut un étourdissement; et, dès le soir, sa maladie recommença, avec une allure plus incertaine, il est vrai, et des caractères plus complexes. Tantôt elle souffrait au cœur, puis dans la poitrine, dans le cerveau, dans les membres; il lui survint des vomissements où Charles crut apercevoir les premiers symptômes d'un cancer.

Et le pauvre garçon, par là-dessus, avait des inquiétudes d'argent.

 

家へ帰るとロドルフはいきなり机に向かった。猟の記念として壁に掲げた鹿の頭のちょうど下である。ペンをとるにはとったが、なにも頭に浮かんでこないので、両脇を突いて考え出した。エンマははるかな過去へ遠ざかってしまったように思われた。彼の決心が突如二人の間に大きな隔離を置いたかのようであった。
彼女のなにかを取り戻そうとして、彼はベッドの枕もとにある戸棚へ行って、ランス名産のビスケット(Biscuit rose de Reims。一六九一年にシャンパーニュ
地方ランスで製造の始まった有名なお菓子。巻末に写真)の入っていた古い箱を取りだした。中にはいつも女たちからきた手紙類をしまっておくことにしていたのだ。湿っぽい埃ほこりの匂いと萎しおれたバラの香りが箱から漏れた。彼はまず、仄ほのかに斑点の一面についたハンカチを見つけた。それは彼女のハンカチであった。いつか散歩のおり鼻血を出したときのものであった。しかし彼にはもうそんな覚えはなかった。そのそばには、四隅の折れている、エンマのくれた小さい肖像画があった。ロドルフの眼にはエンマのつくりがわざとらしく、その流し目はいかにも浅ましく思われた。やがて、この似顔を眺めながら実物の思い出を呼びさまそうと努めるうちに、まるで、生きた顔と絵の顔とが摩擦しあって互いに消しあうかのように、エンマの顔は記憶のなかで次第次第に乱れてきた。ロドルフは最後に彼女の手紙を読んだ。それは旅行についての打ち合わせばかりで、商用文のように簡単な、事務的な、気ぜわしい手紙であった。彼は長い、昔の手紙を読みたいと思った。箱の底になっていると思って、ロドルフはほかの手紙をすっかりかきまわした。そして積み重ねた紙ぎれやいろんな品々を機械的にひっくり返してゆくと、花束や靴下留めや黒い仮面や、ピンや髪の毛がごっちゃになって出てきた。——髪の毛! 黒髪もあり金髪もあった。あるものは箱の金具にからまって、蓋を開けると切れた。
こうして追憶のなかをさ迷いながら、いろんな手紙の筆蹟や文体を調べてみた。それは文字の綴りの違いと同じように思い思いに違っていた。しんみりした手紙もあれば陽気なのもあり、おどけたのもあれば哀しいのもあった。愛を求めているのもあり、金を求めているものもあった。ふとしたひと言から、さまざまな顔が、ある仕草が、ある声音こわねが思い出された。しかしときには、まるきりなにも思い出せないものもあった。
実際彼の頭のなかへ一時にどっと押し寄せたこれらの女たちは、そこで押し合いへし合い。まるで誰彼なしに恋という同じ一つの平面に均ならされたように小さく縮ちぢこまっていた。そこで彼はごっちゃになった手紙を一掴みつかむと、右の手から左の手へ滝のように落としてしばらくのあいだ遊んだ。しまいに、飽きて眠たくなって、ロドルフは箱を戸棚へ入れに行って、独りごとを言った。
『なんと埒らちもないものばかりだ!』
いかにも彼の考えをうまく言い現わした言葉である。というのは、数々の快楽がまるで校庭に戯れる生徒のように、さんざん彼の心を踏み荒らしたので、そこにはもう一本の青草も生えなかったからである。そしてそこを通り過ぎるものは生徒たち以上に他愛もなく、よく生徒がするように、壁に名を彫りつけて残すことさえしなかったのである。
「さて、始めるとしよう!」とロドルフは独りごとを言った。
そしてこう書いた。

『しっかりして下さい、エンマ! しっかりして下さい! わたしはあなたの生活を不幸にしたくはないのです……』

『とにかく、これは本当なんだ』ロドルフはそう考えた。『俺はあの女のためを思ってするのだ。俺は正直なのだ。』

『あなたはご自分の決心をよくお考えになりましたか? 私がどんな恐ろしい深淵にあなたを連れて行ったかご存じですか? いやきっとご存じありますまい あなたは幸福を信じ、未来を信じ、まかせ切って狂気のように進んで行かれました……ああ、私たちはなんと哀れな人間でしょう! なんと無謀な人間でしょう!』

ロドルフは、ここで格好の言いわけを見つけるために、手をとめた。
『俺が破産したと言ったらどうだろう? ……いや、それは駄目だ、それにそんなことを言ったって、なんにもなりゃしない。またやがてはじめからやり直さなきゃならなくなる。あんな女たちに物の道理を分からせることはなかなかむずかしい!』
彼は頭をしぼって、こう付けたした。

『私は決してあなたを忘れたりしません そしてあなたに対して絶えず深い献身の情を捧げましょう しかしこの熱情も、遅かれ早かれ、いつかはきっと衰えるときがありましょう(それが人の世の運命さだめです)! 私たちには倦怠がくるかもしれません それどころか、あなたの悔恨を目のあたり見るという恐ろしい苦痛——そして私がその悔恨を起こさせたのである以上、私もまたあなたと悔恨をともにするという恐ろしい苦痛を味わわないではすまないでしょう! エンマ! あなたがお悲しみになると思っただけで私はもう苦しいのです 私を忘れて下さい? 私は何故あなたを知らねばならなかったのでしょう? あなたは何故あんなにお美しかったのでしょう? それは私の罪でしょうか? いいえ、いいえ、ただ運命を恨んで下さい!』

『この文句はいつもよく効くやつだ』と彼は心で言った。

『ああ、もしあなたが世間にざらにあるような軽薄な女だったら、あなたにとっては何の危険もないのですから、むろん私は、自分の身勝手から、駆け落ちというようなひとつの試みをやったかもしれないのです。しかし、あなたの魅力であり同時に悩みであるあの言いようのない熱情のために、あなたのような崇拝すべき女性ですら、わたしたちの将来の立場が如何に不当なものであるかが分からなかったのです 私だって最初はそこに想い到りませんでした そして結果がどうなるかも予想せずに、マンサンニエの木陰(有毒植
物の名)に眠るように、理想的幸福の蔭に眠っていたのです』

『あの女は、俺が金が惜しさに手を引くのだと思うかもしれない……なに構うものか、こうなったからには早く片をつけてしまおう!』

『エンマ、世間は実に無情なものです。私たちがどこへ行っても、世間は私たちのあとを追いかけてくるでしょう。私たちはぶしつけな問いや中傷や軽蔑や、恐らくは辱はずかしめまでも受けねばなりますまい あなたに辱めを! ああそんなことがどうして!……それどころか私はあなたを女王の座につけたいと思っているのです! あなたの思い出を護符のように抱いて行こうとしているのです? 私はあなたを苦しめた罰に、遠い所へ落ちてゆくのです 私は発たちます どこへ? 私にもそれはわかりません。私は気違いになりそうです! さようなら! 永久に優しいあなたであって下さい あなたを失った哀れな男を忘れないで下さい、お子さんにも私の名前を教えて下さい お祈りのなかで、お子さんがその名を繰り返して祈って下さるために』

二本のロウソクの心が震えていた。ロドルフは立って窓を閉めに行った。そしてまたもとの座へ戻ったとき、『これで、どうやら済んだらしい。ああ! まだ、あった。あの女がつきまとってこないように、こう書いておこう。』

『この悲しい手紙をお読みになる頃、私はもう遠い所へ去っているでしょう あなたにお逢いしたい誘惑を避けるために、できるだけ早く逃げ出したかったのです 気を弱くしないで下さい! やがてまたもどってきます そしていずれは二人して、冷ややかに、過ぎ去った私たちの恋をかたりあうこともあるでしょう さようなら!』

さてその次に、最後のさようなら(adieu)を『神のみもとに(A Dieu)』と二字に分けて書いた。彼はこれをなかなか素敵な好みだと思った。
『さてどう署名したものか?』と、考えた。『あなたの忠実なる?……いや、いや。あなたの友?……これだ、これだ。

『あなたの友』

手紙を読み返して、なかなかいいと思った。
『可哀そうに!』彼はしんみり考えた。『あの女は俺を岩より無情な男と思うだろう。すこしぐらい涙がついていなくちゃならんところだ。しかし俺には泣けやしない。泣けないのは俺のせいじゃないんだ。』
そこでロドルフはコップに水をついで、指を浸し、上の方から大きな雫しずくを一つ落とすと、それがインクの上に薄い汚点しみをつくった。それから手紙に封印をしようとして探すと、『愛を胸に』とある印が見つかった。
『これは今の場合には不似合いだ……いや、なに、構うものか!』
それから、パイプを三服ふかして、床についた。
その翌日、ロドルフは起きあがると(遅く寝たので二時頃だった)、杏あんずを一籠ひとかご切らせた。そして手紙を籠の底の、ぶどうの葉の下に入れ、すぐさま作男のジラールに言いつけて、ボヴァリー夫人のところへ大事に届けさせた。ロドルフは季節によって、ときには果物、ときには猟の獲物という風に送り、こういう方法で文通していたのである。
「もし奥さんがわたしのことを訊かれたら、旅行にお出掛けになりましたと言ってくれ。籠は奥さんに、じかに渡すのだぞ……さあ行ってこい、気をつけて!」
ジラールは新しい上張うわっぱりを着込み、杏あんずのまわりにハンカチを巻きつけ、鋲びよう付きの大きな木靴で、のそのそ大股に歩きながら、悠々とヨンヴィルさして出かけて行った。
ボヴァリー夫人は、彼の来たとき、ちょうど台所の台の上で、フェリシテと一緒に下着類の残ったのを始末しているところだった。
「これは主人が奥様に差し上げてくれと申しまして」と作男は言った。
彼女は急に胸騒ぎがした。そして、ポケットのなかの小銭を握りながら、ぎろぎろした眼で百姓を見つめた。百姓は百姓で、こんな贈物にどうしてこうも驚くのか合点がいかないので、呆れて彼女を見まもっていた。ややあって百姓は出て行ったが、フェリシテはまだそこにいた。エンマはもう堪えきれなくなって、杏を持って行くふりをして広間へ駆け込み、籠をひっくり返し、葉をつかみ出し、手紙を見つけて封を切った。そして、恐ろしい火の手が背後に迫っているように、おびえ切って居間へ駆けだした。
居間にはシャルルがいた。眼にはついた。夫は話しかけてきた。しかしてんで聞いていなかった。そして、息せき切って、狂ったように、酔ったように、怖ろしい手紙を握ったまま、どんどん階段をのぼり続けた。手紙は指のあいだで、ブリキ板のような音をたてた。三階へくると、彼女は物置部屋の戸口で立ち止まった。戸は閉まっていた。
そこでエンマは気をしずめようとした。そして手紙のことを考えた。読んでしまわねばならない。が、その勇気が出なかった。それに、どこで、どうして? 見つかっては大変だ。
『いやいや、ここなら、大丈夫。』とエンマは考えた。
エンマは戸を押して、入った。
屋根のスレートからはむっとするような熱いきれがまっすぐにおりてきて、こめかみを締めつけ、苦しくした。彼女は閉めた明り窓とりのところまでやっと辿たどりついて閂かんぬきをはずした。眩しい光がさっと流れ込んだ。
甍いらかを越した向こうには平野が眼路めじもはるかに延びていた。眼下の村の広場はがらんとしている。歩道の小石はかがやき、家々の風見かざみは動かない。街角では、下の階から、甲高かんだかい鼾いびきのような音が高く、あるいは低く漏れてきた。ビネーが轆轤ろくろをまわしているのであった。
彼女は窓框まどがまちにもたれて、憤怒に満ちた物すごい笑いを浮かべながら手紙を読み返した。しかし注意を集中すればするほど頭の中が混乱してきた。ロドルフの姿が見える。声が聞こえる。その幻を両腕で抱く。鐘のように胸を打つ動悸は、不規則な合間をおいてだんだんに速くなった。この大地が崩れればと思いつつ四辺を見回した。なぜ死んでしまわないのだ? とめる者でもあるのか? 自分の自由だ。こう言って、乗り出し、舗石をじっと睨にらんで自分に言った。
『さあ! さあ!』
下からじかにのぼってくる光線が、五体の重みを奈落の底へ引きつける。広場の地面は壁に沿ってゆらゆらと持ちあがり、床は縦揺れする船のように、端が浮き沈みするかと思われた。彼女は明り窓とりの突鼻とつぱなで、広々とした空間に囲まれ、ほとんど宙ぶらりになって佇たたずんだ。青空は彼女のうちに浸み入り、風は虚うつろな頭の中を吹きめぐった。ただもう身を委せばよいのだ。さらわれるままになればよいのだ。そして、轆轤の唸うなりは彼女を呼ぶ恐ろしい声のように、止みまもなく続いていた。
「おうい! エンマ!」とシャルルが叫んだ。
彼女は踏みとどまった。
「どこにいるんだ? おいでよ!」
危く死を脱のがれたのだと思うと、空怖ろしさに気が遠くなりかけた。彼女は眼をふさいだ。やがて、袖に誰かの手が触ったのでぎょっとした。フェリシテだった。
「旦那様がお持ちでございますよ、奥様。スープが出ました」
では、下へ降りねばならない! 食卓につかねばならない!
食べようと努めた。食べたものが咽喉につかえる。エンマは繕う個所でも調べるようにナプキンをひろげた。そして本当に調べにかかるつもりで、布の縫目を数えようとした。と、にわかに手紙が心に甦った。失くしたのか? どこにある? しかし、ひどく頭が疲れていて、中座する口実がどうしても思いつけない。それに、すっかり気おくれがしていた。シャルルが怖かった。シャルルにはなにもかもすっかりわかっているのだ、きっとそうだ! 現に不思議にもこんなことを言い出した。
「どうやら、ロドルフさんにもしばらく逢えないらしいね」
「誰がそんなこと言ったの?」ぎょっとして彼女は言った。シャルルはそのだしぬけなのに、ちょっと驚いて答えた。
「誰が言ったって? ジラールさ。さっき『カフェ・フランセ』の門口で遇ったんだよ。なんでも旅に出たとか、出るとかいうことだ」
エンマは啜すすりあげた。
「なにもびっくりすることはないよ。あの人はああして時どき気晴らしをしに出かけるんだ。いや、それももっともだよ。金があって、おまけに独り身なら!……それに先生なかなか遊ぶらしい。隅に置けんよ! ラングロワさんの話では……」
女中が入ってきたので、遠慮して、口をつぐんだ。
女中は棚に散らばっている杏を籠におさめた。シャルルは妻が真っ赤になったのも気づかずに、杏を持ってこさせて、一つ取って、かぶりついた。
「おお、うまい! さあ、食べてごらん」
そう言って、籠を出した。エンマはそっと押しのけた。
「まあ嗅いでごらん。なんていい匂いだ!」と、杏を幾度もエンマの鼻の先に持っていった。
「息が苦しい!」飛びあがりさま、彼女は叫んだ。
しかし、その痙攣けいれんは、意志の力で、とまった。そして、
「なんでもないのよ! なんでもないのよ? 神経です! 掛けて、召し上がってちょうだい?」とエンマは言った。
それというのは、うるさく問いかけられたり、看病されたり、つきまとわれたりすることを恐れたからであった。シャルルは、言われるとおり、座に直った。そして杏の種子たねを手に吐き出しては皿へ入れた。
突然、青い軽馬車ティルビュリーが広場を駆け過ぎた。エンマはアッと叫んで、仰向けに倒れた。
実のところ、ロドルフは、いろいろ考え抜いたあげく、ルーアンへ発とうと決心したのであった。ところが、ユシェット荘からビュシーまでは、ヨンヴィル街道のほかに道がないので、どうしても村を横切らねばならなかったのである。そしてエンマは、稲妻のように夕闇を切るランプの灯影で、彼の姿を認めたのであった。
家の中が騒がしいので、薬剤師が駆けつけた。テーブルは、載っていた皿ごとひっくり返っていた。ソースも肉もナイフも塩入れもオイル入れも部屋中に散乱している。シャルルは助けを呼んでいる。ベルトは脅えて泣いている。そして、フェリシテは手を震わせながら、全身痙攣している夫人の着物の紐を緩めている。薬屋は、
「一走り行って、薬局から芳香酢酸を取ってきましょう」と言った。
やがて、瓶を嗅いで、エンマが眼を開けると、
「どうです、これは起死回生の妙薬ですな」と薬屋は言った。
シャルルは、
「ものをお言い? 言ってごらん! しっかりおし? わたしだよ。シャルルだよ! 分かるかい? さあ、これが娘だ、それ、キスしておやり!」と、かきくどいた。
子供は母親の首に縋すがりつこうとして、両手を差し出した。がエンマは顔をそむけて、切れぎれに言った。
「いや、いや、誰もいや!」
また気を失った。ベッドに運ばれた。エンマは口を開け、眼を閉じ、手をだらっとさせたまま、身動きもせずに横たわっていた。人形のように白かった。眼からは涙が二筋流れ出て、しずかに頬に伝わった。
シャルルは寝間アルコーヴの奥にじっと立っていた。薬剤師はそのそばで、人生の非常時に際して取るべき瞑想的沈黙を続けていた。
「ご安心なさい」と彼はシャルルの肱を突いて言った。「どうやら発作はとまったようですぞ」
「ええ、今は少しおさまっています」妻の顔を見つめていたシャルルは答えた。「可哀そうに! 可哀そうに!……またぶり返してしまったか!」
そこでオメーは、どうして急にこんなことになったのかと訊いた。エンマが杏を食べているときに、急に起こったのだと、シャルルは答えた。
「どうも不思議だ!……」と薬剤師は続けた。「しかし杏が卒倒を惹き起こしたということもないとは言えぬ! 体質によってある種の匂いに非常に敏感なものがある! これは病理学上からも生理学上からも、実に絶好の研究問題です。坊主どもはこの問題の重要性をよく心得ておって、祭式には昔からいつも香料を用いてきていますな。これは理性を麻痺させ、恍惚感をそそるためですな。別して女性に於いては、男性以上に敏感ですから、容易に効果があがる。中には動物の角を焼く匂い、新しいパンの匂いを嗅いで気絶した例もありまして……」
「病人が眼を覚まさないように、お願いですから!」と、ボヴァリーはをひそめて言った。薬屋はなおも続けて、
「こういう変態的症状に陥る恐れのあるものは、人間のみではなく、動物もまたそうですな。たとえば、あのネペタ・カタリア、即ち俗にいうイヌハッカ(シソ科イヌハッカ属の多年草でハーブの一種。英名由来の
キャットニップという名でも知られる。西洋マタタビとも)が猫族に対して、実に不思議な催淫的効果を有していることはご存じでしょう。なお正真正銘請け合いの例を一つ挙げてみますと、ブリドゥー(これはわたしの昔馴染なじみで、今はマルパリュ通りに住んでいますが)、このプリドゥーという男が犬を一匹飼っておる。この犬は煙草入れを突きつけるとたちまち痙攣けいれんを起こすのです。プリドゥーはボワ・ギョームの別荘で、よく知り合いを集めて実験までして見せますがね。嗅ぎ煙草という単にくしゃみを引き起こすものが四足獣の組織にかくまで害を及ぼすなどと誰が信じますかね? 実に珍妙不思議ではありませんか?」
「なるほど」と、ちっとも聞いていないのに、シャルルが言った。
「これは」と、薬屋は罪のない得意の微笑を浮かべながら続けた。「神経系統の障害が無数に存在することを説明するものですな。ところでお宅の奥さんは、実は以前からそうお見受けしていたのですが、正真正銘の神経質ですな。だから、症状に打撃を与えると称して実は肝心の体質に打撃を与えるような、いかさま薬はお勧めしません。無益な投薬はいらざることです! 要は食養生ですな! 鎮静性、緩和性、甘味性の食物をとることですな。それに、いかがです、想像力を刺激する必要はありませんかな?」
「どうして? どういう風に?」とボヴァリーは言った。
「さあ、それが問題ですよ! 実にそれが問題なんですよ! このあいだ読んだ新聞の言い草じゃないが、正に That is the question! ですな」
ところが、エンマが眼を覚まして叫んだ。
「手紙は? 手紙は?」
うわ言をいう状態になったのだと思われた。しかし本当の譫妄せんもう状態は夜中から始まった。脳膜炎が起こったのである。
四十日間、シャルルは妻に付き切りだった。患者はそっちのけにした。夜の目も寝ずに、絶えず脈をとり、芥子からしや冷水の湿布をした。氷を取りにジュスタンをヌーシャテルまでやった。水は途中で溶けてしまった。また改めて取りにやった。カニヴェ先生を呼んで立ち会ってもらう。ルーアンから旧師のラヴィエール博士を迎える。シャルルはもう匙を投げていた。一番心配なのはエンマの衰弱であった。なにしろものは言わないし、なにを言ってもわからないし、それに苦痛さえも感じないように見えた——まるで精神も肉体もともに、興奮を休めているかのようであった。
十月の中頃、エンマは後ろへ枕を置いて、ベッドの上に座れるようになった。エンマが初めてジャムパンを食べるのを見たとき、シャルルは泣いた。彼女は力づいてきた。午後、何時間か起きた。そして、ある日のこと、いつもより気分がよいと言うので、シャルルはエンマを支えてやって、庭を一回り散歩させてみた。小道の砂利は落葉に覆われて見えなかった。彼女はスリッパを曳きずりながら、一足一足歩いた。そしてシャルルに肩をもたせながら頬笑みつづけた。
二人は庭の奥の露台のそばまで行った。彼女は静かに体を伸ばし、小手をかざして、はるか彼方を、はるかはるかの彼方を見た。しかし地平にはただ草を焼く火が、方々の丘の頂に回っているばかりだった。
「疲れるよ、お前」とボヴァリーは言った。
そして、そっとエンマを押して青葉棚の下へ入れようとした。
「このベンチに掛けるがいい。楽だよ」
「あら! そこはいや! そこはいや!」と絶え入りそうな声でエンマは言った。
彼女は目眩めまいを感じた。そしてその晩から病気がぶり返した。病勢は前よりも不安定で、兆候はいっそう複雑だった。心臓が痛むかと思うと、それが胸全体へ来たり、頭へ来たり、手足へ来たりした。あるとき不意に嘔吐を催した。で、シャルルはてっきり癌の初期の徴候と診みた。
可哀そうに、彼には、そのうえ金の心配があったのである。

XIV

 

D'abord, il ne savait comment faire pour dédommager M. Homais de tous les médicaments pris chez lui; et quoiqu'il eût pu, comme médecin, ne pas les payer, néanmoins il rougissait un peu de cette obligation. Puis, la dépense du ménage, à présent que la cuisinière était maîtresse, devenait effrayante; les notes pleuvaient dans la maison; les fournisseurs murmuraient; M. L'Heureux, surtout, le harcelait. En effet, au plus fort de la maladie d'Emma, celui-ci, profitant de la circonstance pour exagérer sa facture, avait vite apporté le manteau, le sac de nuit, deux caisses au lieu d'une, quantité d'autres choses encore. 288Charles eut beau dire qu'il n'en avait pas besoin, le marchand répondit arrogamment qu'on lui avait commandé tous ces articles et qu'il ne les reprendrait pas; d'ailleurs, ce serait contrarier Madame dans sa convalescence; Monsieur réfléchirait; bref, il était résolu à le poursuivre en justice plutôt que d'abandonner ses droits et que d'emporter ses marchandises. Charles ordonna par la suite de les renvoyer à son magasin; Félicité oublia; il avait d'autres soucis; on n'y pensa plus. M. L'Heureux revint à la charge, et tour à tour menaçant et gémissant, manœuvra de telle façon, que Bovary finit par souscrire un billet à six mois d'échéance. Mais à peine eut-il signé ce billet, qu'une idée audacieuse lui surgit: c'était d'emprunter mille francs à M. L'Heureux. Donc il demanda, d'un air embarrassé, s'il n'y avait pas moyen de les avoir, ajoutant que ce serait pour un an et au taux que l'on voudrait. L'Heureux courut à sa boutique, en rapporta les écus et dicta un autre billet, par lequel Bovary déclarait devoir payer à son ordre, le 1er septembre prochain, la somme de mille soixante-dix francs, ce qui, avec les cent quatre-vingts déjà stipulés, faisait juste douze cent cinquante. Ainsi, prêtant à six pour cent, augmenté d'un quart de commission, et les fournitures lui rapportant un bon tiers pour le moins, cela devait, en douze mois, donner cent trente francs de bénéfices; et il espérait que l'affaire ne s'arrêterait pas là, qu'on ne pourrait payer les billets, qu'on les renouvellerait, et que son pauvre argent, s'étant nourri chez le médecin comme dans une maison de santé, lui 289reviendrait un jour considérablement plus dodu, et gros à faire craquer le sac.

Tout d'ailleurs lui réussissait. Il était adjudicataire d'une fourniture de cidre pour l'hôpital de Neufchâtel; M. Guillaumin lui promettait des actions dans les tourbières de Grumesnil, et il rêvait d'établir un nouveau service de diligences entre Argueil et Rouen, qui ne tarderait pas, sans doute, à ruiner la guimbarde du Lion d'or, et qui, marchant plus vite, étant à prix plus bas et portant plus de bagages, lui mettrait ainsi dans les mains tout le commerce d'Yonville.

Charles se demanda plusieurs fois par quel moyen l'année prochaine pouvoir rembourser tant d'argent, et il cherchait, il imaginait des expédients, comme de recourir à son père ou de vendre quelque chose. Mais son père serait sourd, et il n'avait, lui, rien à vendre. Alors il découvrait de tels embarras, qu'il écartait vite de sa conscience un sujet de méditation aussi désagréable. Il se reprochait d'en oublier Emma; comme si, toutes ses pensées appartenant à cette femme, c'eût été lui dérober quelque chose que de n'y pas continuellement réfléchir.

L'hiver fut rude. La convalescence de Madame fut longue. Quand il faisait beau, on la poussait dans son fauteuil auprès de la fenêtre, celle qui regardait la Place, car elle avait maintenant le jardin en antipathie, et la persienne de ce côté restait constamment fermée. Elle voulut que l'on vendît le cheval; ce qu'elle aimait autrefois, à présent lui déplaisait. Toutes ses idées paraissaient se borner au soin d'elle-même. Elle restait 290dans son lit à faire de petites collations, sonnait sa domestique pour s'informer de ses tisanes ou pour causer avec elle. Cependant la neige sur le toit des halles jetait dans la chambre un reflet blanc, immobile; ensuite ce fut la pluie qui tombait! Et Emma, quotidiennement, attendait avec une sorte d'anxiété l'infaillible retour d'événements minimes, qui pourtant ne lui importaient guère. Le plus considérable était, le soir, l'arrivée de l'Hirondelle. Alors l'aubergiste criait et d'autres voix répondaient, tandis que le falot d'Hippolyte, qui cherchait des coffres sous la bâche, faisait comme une étoile dans l'obscurité. A midi, Charles rentrait; ensuite il sortait; puis elle prenait un bouillon; et vers cinq heures, à la tombée du jour, les enfants, qui s'en revenaient de la classe, traînant leurs sabots sur le trottoir, frappaient tous avec leurs règles la cliquette des auvents, l'un après l'autre.

C'était à cette heure-là que M. Bournisien venait la voir. Il s'enquérait de sa santé, lui apportait des nouvelles et l'exhortait à la religion dans un petit bavardage câlin qui ne manquait pas d'agrément. La vue seule de sa soutane la réconfortait.

Un jour, qu'au plus fort de sa maladie elle s'était crue agonisante, elle avait demandé la communion; et à mesure que l'on faisait dans sa chambre les préparatifs pour le sacrement, que l'on disposait en autel la commode encombrée de sirops et que Félicité semait par terre des fleurs de dahlia, Emma sentait quelque chose de fort passant sur elle, qui la débarrassait de ses douleurs, de toute perception, de tout sentiment. 291Sa chair allégée ne pesait plus, une autre vie commençait; il lui sembla que son être, montant vers Dieu, allait s'anéantir dans cet amour, comme un encens allumé qui se dissipe en vapeur. On aspergea d'eau bénite les draps du lit; le prêtre retira du saint ciboire la blanche hostie; et ce fut en défaillant d'une joie céleste qu'elle avança les lèvres pour accepter le corps du Sauveur qui se présentait. Les rideaux de son alcôve se bombaient mollement, autour d'elle, en façon de nuées, et les rayons des deux cierges brûlant sur la commode lui parurent être des gloires éblouissantes. Alors elle laissa retomber sa tête, croyant entendre dans les espaces le chant des harpes séraphiques et apercevoir en un ciel d'azur, sur un trône d'or, au milieu des saints tenant des palmes vertes, Dieu le Père tout éclatant de majesté, et qui d'un signe faisait descendre vers la terre des anges aux ailes de flammes, pour l'emporter dans leurs bras.

Cette vision splendide demeura dans sa mémoire comme la chose la plus belle qu'il fût possible de rêver; si bien qu'à présent elle s'efforçait d'en ressaisir la sensation, qui continuait cependant, mais d'une manière moins exclusive et avec une douceur aussi profonde. Son âme, courbaturée d'orgueil, se reposait enfin dans l'humilité chrétienne; et savourant le plaisir d'être faible, Emma contemplait en elle-même la destruction de sa volonté, qui devait faire aux envahissements de la Grâce une large entrée. Il existait donc à la place du bonheur des félicités plus grandes, un autre amour au-dessus de tous les amours, sans intermittence 292ni fin, et qui s'accroîtrait éternellement! Elle entrevit, parmi les illusions de son espoir, un état de pureté flottant au-dessus de la terre, se confondant avec le ciel, et où elle aspira d'être. Elle voulut devenir une sainte. Elle acheta des chapelets; elle porta des amulettes; elle souhaitait avoir dans sa chambre, au chevet de sa couche, un reliquaire enchâssé d'émeraudes, pour le baiser tous les soirs.

Le curé s'émerveillait de ces dispositions, bien que la religion d'Emma, trouvait-il, pût à force de ferveur finir par friser l'hérésie et même l'extravagance. Mais n'étant pas très versé dans ces matières, sitôt qu'elles dépassaient une certaine mesure, il écrivit à M. Boulard, libraire de Monseigneur, de lui envoyer quelque chose de fameux pour une personne du sexe, qui était pleine d'esprit. Le libraire, avec autant d'indifférence que s'il eût expédié de la quincaillerie à des nègres, vous emballa, pêle-mêle, tout ce qui avait cours pour lors dans le négoce des livres pieux. C'étaient de petits manuels par demandes et par réponses, des pamphlets d'un ton rogue dans la manière de M. de Maistre, et des espèces de romans à cartonnage rose et à style douceâtre, fabriqués par des séminaristes troubadours ou des bas-bleus repentis. Il y avait le Pensez-y bien; l'Introduction à la vie dévote; l'Homme du monde aux pieds de Marie, par M. de ***, décoré de plusieurs ordres; Des Erreurs de Voltaire, à l'usage des jeunes gens, etc.

Mme Bovary n'avait pas encore l'intelligence assez nette pour s'appliquer à n'importe quoi; d'ailleurs, elle entreprit ces lectures avec trop de précipitation. Elle 293s'irrita contre les prescriptions du culte; l'arrogance des écrits polémiques lui déplut par leur acharnement à poursuivre des gens qu'elle ne connaissait pas; et les contes profanes relevés de religion lui parurent écrits dans une telle ignorance du monde, qu'ils l'écartèrent insensiblement des vérités dont elle attendait la preuve. Elle persista pourtant, et lorsque le volume lui tombait des mains, elle se croyait prise par la plus fine mélancolie catholique qu'une âme éthérée pût concevoir.

Quant au souvenir de Rodolphe, elle l'avait descendu tout au fond de son cœur; et il restait là, plus solennel et immobile qu'une momie de roi dans un souterrain. Mais une exhalaison s'échappait de ce grand amour embaumé et qui, passant à travers tout, parfumait de tendresse l'atmosphère d'immaculation où elle voulait vivre. Quand elle se mettait à genoux sur son prie-Dieu gothique, elle adressait au Seigneur les mêmes paroles de suavité qu'elle murmurait jadis à son amant, dans les épanchements de l'adultère. C'était pour aviver sa foi, pour faire venir la croyance. Aucune délectation ne descendait des cieux, et elle se relevait, les membres fatigués, avec le sentiment vague d'une immense duperie. Cette recherche, pensait-elle, n'était qu'un mérite de plus; et dans l'orgueil de sa dévotion, Emma se comparait à ces grandes dames d'autrefois, dont elle avait rêvé la gloire sur un portrait de La Vallière, et qui, traînant avec tant de majesté la queue chamarrée de leurs longues robes, se retiraient en des solitudes, pour y répandre aux pieds 294du Christ toutes les larmes d'un cœur que l'existence blessait.

Alors elle se livra à des charités excessives. Elle cousait des habits pour les pauvres; elle envoyait du bois aux femmes en couches; et Charles, un jour en rentrant, trouva dans la cuisine trois vauriens attablés qui mangeaient un potage. Elle fit revenir à la maison sa petite fille, que son mari, durant sa maladie, avait renvoyée chez la nourrice. Elle voulut lui apprendre à lire; et Berthe avait beau pleurer, elle ne s'irritait plus. C'était un parti pris de résignation, une indulgence universelle. Son langage, à propos de tout, était plein d'expressions idéales. Elle disait à son enfant: «Ta colique est-elle passée, mon ange?»

Mme Bovary mère ne trouvait rien à blâmer, sauf peut-être cette manie de tricoter des camisoles pour les orphelins, au lieu de raccommoder ses torchons. Mais, harassée de querelles domestiques, la bonne femme se plaisait en cette maison tranquille, et même elle y demeura jusques après Pâques, afin d'éviter les sarcasmes du père Bovary, qui ne manquait pas, tous les vendredis saints, de se commander une andouille.

Outre la compagnie de sa belle-mère, qui la raffermissait un peu par sa rectitude de jugement et ses façons graves, Emma, presque tous les jours, avait encore d'autres sociétés. C'étaient Mme Langlois, Mme Caron, Mme Dubreuil, Mme Tuvache, et régulièrement, de deux heures à cinq heures, l'excellente Mme Homais, qui n'avait jamais voulu croire, celle-là, à aucun des cancans que l'on débitait sur sa voisine. Les petits 295Homais aussi venaient la voir; Justin les accompagnait. Il montait avec eux dans la chambre, et il restait debout près de la porte, immobile, sans parler. Souvent même Mme Bovary, n'y prenant garde, se mettait à sa toilette. Elle commençait par retirer son peigne, en secouant sa tête d'un mouvement brusque; et quand il aperçut la première fois cette chevelure entière qui descendait jusqu'aux jarrets en déroulant ses anneaux noirs, ce fut pour lui, le pauvre enfant, comme l'entrée subite dans quelque chose d'extraordinaire et de nouveau dont la splendeur l'effraya.

Emma, sans doute, ne remarquait pas ces empressements silencieux ni ces timidités. Elle ne se doutait point que l'amour, disparu de sa vie, palpitait là, près d'elle, sous cette chemise de grosse toile, dans ce cœur d'adolescent ouvert aux émanations de sa beauté. Du reste, elle enveloppait tout maintenant d'une telle indifférence, elle avait des paroles si affectueuses et des regards si hautains, des façons si diverses, que l'on ne distinguait plus l'égoïsme de la charité, ni la corruption de la vertu. Un soir, par exemple, elle s'emporta contre sa domestique, qui lui demandait à sortir et balbutiait en cherchant un prétexte; puis, tout à coup:

—Tu l'aimes donc? dit-elle.

Et sans attendre la réponse de Félicité, qui rougissait, elle ajouta d'un air triste:

—Allons! cours-y! amuse-toi!

Elle fit, au commencement du printemps, bouleverser le jardin d'un bout à l'autre, malgré les observations 296de Bovary; il fut heureux cependant de lui voir manifester enfin une volonté quelconque. Elle en témoigna davantage à mesure qu'elle se rétablissait. D'abord, elle trouva moyen d'expulser la mère Rolet, la nourrice, qui avait pris l'habitude, pendant sa convalescence, de venir trop souvent à la cuisine avec ses deux nourrissons et son pensionnaire, plus endenté qu'un cannibale. Puis elle se dégagea de la famille Homais, congédia successivement toutes les autres visites et même fréquenta l'église avec moins d'assiduité, à la grande approbation de l'apothicaire, qui lui dit alors amicalement:

—Vous donniez un peu dans la calotte.

M. Bournisien, comme autrefois, survenait tous les jours, en sortant du catéchisme. Il préférait rester dehors, à prendre l'air au milieu du bocage, il appelait ainsi la tonnelle. C'était l'heure où Charles rentrait. Ils avaient chaud; on apportait du cidre doux, et ils buvaient ensemble au complet rétablissement de Madame.

Binet se trouvait là, c'est-à-dire un peu plus bas, contre le mur de la terrasse, à pêcher des écrevisses. Bovary l'invitait à se rafraîchir, et il s'entendait parfaitement à déboucher les cruchons.

—Il faut, disait-il en promenant autour de lui et jusqu'aux extrémités du paysage un regard satisfait, tenir ainsi la bouteille, d'aplomb sur la table, et après que les ficelles sont coupées, pousser le liège à petits coups, doucement, doucement, comme on fait d'ailleurs à l'eau de seltz, dans les restaurants.

Le cidre, pendant sa démonstration, souvent leur 297jaillissait en plein visage, et alors l'ecclésiastique, avec un rire opaque, ne manquait jamais cette plaisanterie:

—Sa bonté saute aux yeux!

Il était brave homme en effet, et même un jour ne fut point scandalisé du pharmacien, qui conseillait à Charles, pour distraire Madame, de la mener au théâtre de Rouen, voir l'illustre ténor Lagardy. Homais, s'étonnant de ce silence, voulut savoir son opinion; et le prêtre déclara qu'il regardait la musique comme moins dangereuse pour les mœurs que la littérature.

Mais le pharmacien prit la défense des lettres. Le théâtre, prétendait-il, servait à fronder les préjugés, et sous le masque du plaisir enseignait la vertu.

—Castigat ridendo mores, monsieur Bournisien! Ainsi regardez la plupart des tragédies de Voltaire; elles sont semées habilement de réflexions philosophiques qui en font pour le peuple une véritable école de morale et de diplomatie.

—Moi, dit Binet, j'ai vu autrefois une pièce intitulée: le Gamin de Paris, où l'on remarque le caractère d'un vieux général qui est vraiment tapé! Il rembarre un fils de famille qui avait séduit une ouvrière, qui à la fin...

—Certainement! continuait Homais, il y a la mauvaise littérature comme il y a la mauvaise pharmacie; mais condamner en bloc le plus important des beaux-arts me paraît une balourdise, une idée gothique, digne de ces temps abominables où l'on enfermait Galilée!

—Je sais bien, objecta le curé, qu'il existe de 298bons ouvrages, de bons auteurs; cependant, ne serait-ce que ces personnes de sexe différent réunies dans un appartement enchanteur, orné de pompes mondaines, et puis ces déguisements païens, ce fard, ces flambeaux, ces voix efféminées, tout cela doit finir par engendrer un certain libertinage d'esprit et vous donner des pensées déshonnêtes, des tentations impures. Telle est, du moins, l'opinion de tous les Pères. Enfin, ajouta-t-il en prenant subitement un ton de voix mystique, tandis qu'il roulait sur son pouce une prise de tabac, si l'Église a condamné les spectacles, c'est qu'elle avait raison; il faut nous soumettre à ses décrets.

—Pourquoi, demanda l'apothicaire, excommunie-t-elle les comédiens? car, autrefois, ils concouraient ouvertement aux cérémonies du culte. Oui! on jouait, on représentait au milieu du chœur, des espèces de farces, appelées Mystères, dans lesquelles les lois de la décence souvent se trouvaient offensées.

L'ecclésiastique se contenta de pousser un gémissement, et le pharmacien poursuivit:

—C'est comme dans la Bible; il y a... savez-vous... plus d'un détail... piquant, des choses... vraiment... gaillardes.

Et sur un geste d'irritation que faisait M. Bournisien:

—Ah! vous conviendrez que ce n'est pas un livre à mettre entre les mains d'une jeune personne, et je serais fâché qu'Athalie...

—Mais ce sont les protestants, et non pas nous, 299s'écria l'autre impatienté, qui recommandent la Bible!

—N'importe! dit Homais, je m'étonne que de nos jours, en un siècle de lumières, on s'obstine encore à proscrire un délassement intellectuel qui est inoffensif, moralisant et même hygiénique quelquefois, n'est-ce pas, docteur?

—Sans doute, répondit le médecin nonchalamment, soit qu'ayant les mêmes idées il voulût n'offenser personne, ou bien qu'il n'eût pas d'idées.

La conversation semblait finie, quand le pharmacien jugea convenable de pousser une dernière botte.

—J'en ai connu, des prêtres, qui s'habillaient en bourgeois pour aller voir gigotter des danseuses.

—Allons donc! fit le curé.

—Ah! j'en ai connu! Et, séparant les syllabes de sa phrase, Homais répéta: J'en—ai—connu.

—Eh bien! ils avaient tort! dit Bournisien, résigné à tout entendre.

—Parbleu! ils en font bien d'autres! exclama l'apothicaire.

—Monsieur!!! reprit l'ecclésiastique avec des yeux si farouches que le pharmacien en fut intimidé.

—Je veux seulement dire, répliqua-t-il alors d'un ton moins brutal, que la tolérance est le plus sûr moyen d'attirer les âmes à la religion.

—C'est vrai! c'est vrai! concéda le bonhomme en se rasseyant sur sa chaise.

Il n'y resta que deux minutes. Puis, dès qu'il fut parti, M. Homais dit au médecin:

—Voilà ce qui s'appelle une prise de bec! Je l'ai 300roulé, vous avez vu, d'une manière!... Enfin, croyez-moi, conduisez Madame au spectacle, ne serait-ce que pour faire une fois dans votre vie enrager un de ces corbeaux-là, saprelotte! Si quelqu'un pouvait me remplacer, je vous accompagnerais moi-même. Dépêchez-vous! Lagardy ne donnera qu'une seule représentation; il est engagé en Angleterre à des appointements considérables. C'est, à ce qu'on assure, un fameux lapin! il roule sur l'or! il mène avec lui trois maîtresses et son cuisinier! Tous ces grands artistes brûlent la chandelle par les deux bouts; il leur faut une existence dévergondée qui excite un peu l'imagination. Mais ils meurent à l'hôpital, parce qu'ils n'ont pas eu l'esprit, étant jeunes, de faire des économies. Allons, bon appétit, à demain!

Cette idée de spectacle germa vite dans la tête de Bovary, car aussitôt il en fit part à sa femme, qui refusa tout d'abord, alléguant la fatigue, le dérangement, la dépense; par extraordinaire, Charles ne céda pas, tant il jugeait cette récréation lui devoir être profitable. Il n'y voyait aucun empêchement; sa mère leur avait expédié trois cents francs sur lesquels il ne comptait plus, les dettes courantes n'avaient rien d'énorme, et l'échéance des billets à payer au sieur L'Heureux était encore si longue qu'il n'y fallait pas songer. D'ailleurs, imaginant qu'elle y mettait de la délicatesse, Charles insista davantage; si bien qu'elle finit, à force d'obsessions, par se décider. Et le lendemain, à huit heures, ils s'emballèrent dans l'Hirondelle.

L'apothicaire, que rien ne retenait à Yonville, mais 301qui se croyait contraint à n'en pas bouger, soupira en les voyant partir.

—Allons! bon voyage! leur dit-il, heureux mortels que vous êtes!

Puis, s'adressant à Emma, qui portait une robe de soie bleue à quatre falbalas:

—Je vous trouve jolie comme un amour! Vous allez faire florès à Rouen.

La diligence descendait à l'hôtel de la Croix rouge, sur la place Beauvoisine. C'était une de ces auberges comme il y en a dans tous les faubourgs de province, avec de grandes écuries et de petites chambres à coucher, où l'on voit au milieu de la cour des poules picorant l'avoine sous les cabriolets crottés des commis-voyageurs;—bons vieux gîtes à balcons de bois vermoulu, qui craquent au vent dans les nuits d'hiver, continuellement pleins de monde, de vacarme et de mangeaille, dont les tables noires sont poissées par les glorias, les vitres épaisses jaunies par les mouches, les serviettes humides tachées par le vin bleu, et qui sentant toujours le village, comme des valets de ferme habillés en bourgeois, ont un café sur la rue et du côté de la campagne un jardin à légumes. Charles immédiatement se mit en courses. Il confondit l'avant-scène avec les galeries, le parquet avec les loges, demanda des explications, ne les comprit pas, fut renvoyé du contrôleur au directeur, revint à l'auberge, retourna au bureau, et, plusieurs fois ainsi, arpenta toute la longueur de la ville, depuis le théâtre jusqu'au boulevard.

302

Madame s'acheta un chapeau, des gants, un bouquet. Monsieur craignait beaucoup de manquer le commencement, et sans avoir eu le temps d'avaler un bouillon, ils se présentèrent devant les portes du théâtre, qui étaient encore fermées.

まず第一に、オメーの店から取った薬剤全部をどう支払うべきか見当がつかなかった。なるほど医者としては、払わなくても済むのではあるが、さりとて借りっぱなしでは少々気がさす。その次は、世帯の経費である。ところで、女中が一切をまかなっている現在、家計は恐ろしくかさんでいる。請求書は方々から雨と降ってくる。出入り商人はぶつぶつ言い出すし、中でもルウルーが特にうるさい。事実、ルウルーはエンマの病気の一番悪い時分、勘定を嵩ませるのはこの時だとばかりに、さっそく例のマントと旅行鞄、一個でよいところをトランク二個、その他いろんな品物を届けたのである。シャルルがそんなものは要らないと言っても無駄で、ルウルーは横柄に構えて、これは全部ご注文の品ですから、お引きとりするわけには参りません、それに、そんなことをすれば奥様がお治りになったとき気を悪くなさいます。ご主人、どうかよくお考えを、などと答えるのだ。要するに、彼は自分の権利を放棄して品物を持ち帰るくらいなら、いっそのこと、ボヴァリーを訴えてもよいと肚はらを決めていたのである。シャルルはその後、この品物をルウルーの店へ送り返すように言いつけておいたが、フェリシテが忘れてしまった。シャルル自身もほかにいろいろ心配があって、ついうっかりしていると、ルウルーがまたしても催促にきた。そして、脅かしたり泣きを入れたりして巧みに請求したため、シャルルはとうとう六ヶ月期限の約束手形に署名してしまった。しかしいったん手形を振り出したとなると、とたんに思い切った考えがふっと頭に浮かんだ。それはルウルーから千フランの金を借り入れるということだった。そこでシャルルは言いにくそうにして。その金を工面する手段はあるまいかと訊いた。期限は一ヵ年、利息は先方の言うとおりと付けたした。ルウルーはさっそく店へ飛んで帰って金を持参し、別の手形を置かせた。それでボヴァリーは、来年の九月一日に、金子七拾フラン也をルウルー殿またはその指図人へまちがいなく払うべきもの、ということになった。この金額を、既に約定済みの百八十フランに加えると、ちょうど一二五〇フランとなる。そこで、これを年六分の利息で貸し、この利息の四分の一、即ち一分五厘を手数料として利息に加え、納めた品物には少なく見て三分の一強の儲けがあるとすると、右の元金は十二ヶ月後には百三十フランの利益を生むことになる。そのうえルウルーの考えでは、この取り引きはこれきりのものではない、手形は落ちないに決まっているから、書き替えとなる。そこでこの貧弱な金が、まるで保養院へでも入ったようにボヴァリー先生のところで滋養をとって、いつか、素晴らしく肥え太り、財布が裂けるほど大きくなって帰ってくることになるのである。
のみならず、ルウルーにとってはこの頃、万事とんとん拍子にいっていた。ヌゥシャテルの病院へりんご酒を納める入札は自分に落ちるし、ギョーマン氏はグリュメールの泥炭坑の株を分けてやろうと約束してくれる。そのうえ、彼はアルグイユとルーアンの間に新しい乗り合い馬車を走らそうと夢想していた。それは必らずすぐに『金獅子』のがたがた馬車をやっつけてしまうだろうし、速力は早く値は安いで、そのうえ荷物がたくさん積めれば、ヨンヴィル中の商売は全部自分の手のものになるのだ。
シャルルは、来年、あれほど多額の金をいったいどうして返済したものかと、何回となく思案した。父親に無心を言うとか、何か品物を売り払うとか、いろんなやりくりを考えてみた。しかし父親は聞いてはくれそうでなし、売るようなものもなにもない。思えば思うほど困ったことばかりなので、くそ面白くもないこんな心配ごとはすぐ頭の中から追っ払ってしまうのだった。そんなことに気をとられて。エンマを忘れては済まないと思った。自分の考えることは一切いつさい合切がつさい妻のことだけで、絶えず妻を念頭に置いていないのは、妻からなにかを奪い取るにも等しいと思ってでもいるらしかった。
その冬はきびしかった。夫人の回復は長びいた。天気がよいと、肘掛け椅子に座ったまま窓際まで押してもらう。広場に面した窓であった。近頃エンマは庭が大嫌いになって、その方の鎧戸よろいどはいつも閉め切ったままである。エンマは馬を売ってほしいと言った。以前好きであったものが、今はもういやなのだ。エンマの頭にあることは、ただ自身をいたわるということに限られているらしい。ベッドにじっと入ったまま軽い食事をしたり、女中を呼んでは煎じ薬のことを聞いたり、世間話をしたりした。ところで、彼女がそういう風にしているとき、市場の屋根の雪はじっと動かぬ白い反射を部屋の中へ投げていた。それからまた、雨の降り出すこともあった。こうしてエンマは、決まって繰り返される小さなでき事を、不安に似た気持ちを抱いて、来る日も来る日も待ちあかした。そのくせ、そういうでき事は、彼女にとっては、どうでもよいことばかりであったのだが。中でも、一番大きな事件は、夕方『つばめ』の着くことであった。『つばめ』が着くと、宿屋の女将おかみは決まって喚わめき出し、ほかの声々がそれに答える。そうして一方、幌の上で荷物を探しているイポリットの提灯が、暗闇の中にぽつりと一つ、星のように見えるのである。正午にはシャルルが帰ってくる。それからまた出かける。すると次には、エンマがスープを飲む。そして五時頃、日の暮れがたには、学校帰りの子供らが、歩道の上に木靴サボを曳きずりながら、通りすがりにみんなして、後からあとから雨戸の掛け金を定規で叩いてゆく。
ブールニジアン師が訪ねてくるのは、いつもその頃であった。エンマの容態を訊いたり、耳新しい話を聞かせたり、そうして、甘ったるい、しかし相当に味のあるおしゃべりのうちに神の道を説いたりする。その僧服を見るだけでも、エンマは心強かった。
ある日、病勢が募って、自分でもこれが最後と覚悟したとき、エンマは聖体を拝領したいと言い出した。部屋の中で式の用意が進み、シロップ類で一杯のたんすが祭壇に早変わりし、フェリシテがダリアの花を床に撒き散らすのを見ているうちに、エンマはある力強いものが体中に伝わって、苦しみを初めとして、あらゆる知覚や感情の一切から、自分を解放してくれるような気になった。こうして軽々となった彼女の肉体には、もうなんの煩悩ぼんのうもなかった。新たな生涯が始まった。まるで自分の存在が神のみもとへと昇って行き、ちょうど香を焚けば煙となって消え失せるように、自分の存在もまた神の愛の中に消え入るのではないかと思われた。床とこのシーツには聖水がそそがれた。司祭は聖体盒ごうから白い聖体のパンをとり出した。彼女は陶然として一種の法悦に浸りながら、いま下されようとする救世主の聖体を受けるために、その唇を差し出した。寝間アルコーヴの帳とばりは彼女のまわりに雲のように柔らかく膨らみ、タンスの上にともった二本のロウソクの光は、まばゆい後光のようにも見えた。そしてそのとき、彼女はまた頭を垂れた。すると虚空には熾天使してんし(天使の位階
のひとつ)のする竪琴の調べが聞こえ、紺青こんじようの空の彼方かなた、金色の玉座の上には、縁の月桂樹を手にした聖者たちにとりまかれて、荘厳輝くばかりの父なる神が、焔ほのおの翼をもった天使たちに合図して地上にくだらせ、彼女を抱いて天上に連れ去ろうとする有様ありさまが眼に見えるように思われた。
この壮麗な幻影は、夢み得る限りの最も美しいものとして、彼女の記憶に残った。それゆえ、彼女は、今なおつづくその感覚をもう一度味わい返そうと努力した。その感覚は今も続いてはいるが、あのときほどに純一ではない。しかしその恍惚こうこつ感は前と同じく深かった。自負心に疲れ切った彼女の魂は、キリスト教的な謙虚の中に、ようやくその安息を見出した。エンマはしみじみ弱者としての悦びを味わいながら、意志の破壊されてゆくさまを心の中に注視していた。意志の壊れた大きな隙間からの恩寵は浸透するに相違なかった。こうしてこの世の幸福に代わって、もっともっと大いなる法悦があったのだ。すべての愛に超絶する今一つの愛、途絶ゆることも、果つることもなき永遠にいや増す愛! 彼女はその希望の夢々のなかに、地を遊離し天と溶けあう清浄無垢の境地を垣間見た。そうしてその境地に入ろうと憧れた。エンマは聖女になりたかった。数珠を買ったり、護符を身につけたりした。部屋の枕もとにエメラルドをちりばめた聖者の遺物箱を飾って、夜ごとにこれを口づけたく思った。
司祭はこうした殊勝な心がけに感心しながらも、エンマの信仰は熱心のあまり、しまいには異端に流れ、無鉄砲に走るようなことがあるかもしれないと考えた。しかし司祭はこういう事柄にはあまり明るくないので、それがある限度を超えてくると、すぐさま司教御用の本屋プーラール氏宛てに手紙を置いて、『教養ある女性の読むなにかこれという本』を送ってほしいと言ってやった。本屋はまるで黒ん坊の国へ鍋や釜を送るように無造作に、当時売っていた宗教書類のうち、流行のものをごちゃまぜに荷造りしてよこした。問答体の小形の必携、メストル氏(フランスの国家哲学者、
伝統主義の代表者)張りの横柄な風刺パンフレット、表紙が桃色の厚紙で、文章が妙に甘ったるい小説式のものいろいろ、これには中世吟遊詩人を気取った神学生や悔い改めた女流文士の手になるものがあった。『三思の勧め』だの、『各種騎士爵所有者**氏著、マリアの足下に跪く紳士』だの、『青年版・ヴォルテールの謬見びゆうけん』だのがあった。
ボヴァリー夫人は、なにによらず真剣に打ち込むほどまだ頭ははっきりしていなかった。そのうえ、これらの本をあまりにあせって読もうとした。礼拝に関するいろんな規則が煩わしくていらいらした。不遜な論駁文はエンマの一向知りもしない人々を執拗に追及しているので、これにも嫌気いやけがさした。そして宗教味を利かした世俗の物語は、まるで世間を知らずに書いたものと思われ、結局彼女がその実証を求めている世の中の真相というものから彼女を遠ざけてしまうことになった。しかし彼女は我慢して選んだ。そして思わず本を手から落としたとき、天上に憧れる魂が抱き得るかぎりの最も微妙なカトリック的な憂愁に襲われたものと信じていたのである。
さてロドルフの思い出は、彼女の心の底深くに埋められていた。それは窖あなぐらに納めた王様の木乃伊みいらよりも厳おごそかに、そうして静かに横たわっていた。香料を詰めて在りし日のままに残されたこの熱烈な恋からは、ある香りが漏れてきた。それはあらゆるものを透して、エンマが住もうと願う清浄な雰囲気にしめやかな愛情を薫らせた。ゴチック式の祈禱台に跪ひざまずいたとき、彼女が主に対して捧げる言葉は、かつて道ならぬ恋の感激に駆られるまま、恋人に囁ささやいたと同じ甘い言葉であった。それは信仰を呼びおこすための祈りであった。しかし天からはなんの悦びも降くだってはこなかった。彼女は手足も疲れ、なにとはなくすっかり欺あざむかれたような気持ちになって立ち上がった。しかし彼女は、こうして信仰を探し求めるのも一つの善業には違いないと思った。そして、エンマは信心を誇る気持ちから、昔の貴婦人たちにわが身をひき比べた——かつてラ・ヴァリエール姫の絵姿を見てその栄華を偲んだあの貴婦人たち、けばけばしい長衣の裾を曳きながら、世を逃れ、傷心の涙を思うさまキリストの足下にそそいだあの貴婦人たちと。
そこで、エンマは極端な慈善に没頭した。貧乏人のために物を縫ってやったり、産褥さんじよくにある母親たちに薪を送ってやったりした。ある日シャルルが外から帰って見ると、乞食が三人食卓に陣取ってスープを飲んでいた。エンマはまた娘を家へ呼び戻した。娘はエンマの病中、夫がまた乳母のところへ預けたのだった。エンマは娘に読み方を教えようとした。ベルトがいくら泣いてもエンマは怒らなかった。それは諦めの決意であり、万物に対する寛容であった。何事によらずエンマの言葉遣いは、理想的な表現に満ちていた。彼女は子供に向かってよくいった。
「わたしの天使エンゼルさん、お腹痛なかいたはやみましたか?」
ボヴァリー老夫人も小言の言いようがなかった。強いて難を言えば、雑巾つぎもしないで、気違いのようになって孤見に服を編んでやることぐらいであった。しかしたびたびの夫婦喧嘩にうんざりした老夫人は、この静かな家がたいへん気に入って、よくどなるボヴァリー爺さんから逃れるために復活祭すぎまで逗留した。爺さんは精進すべき聖金曜日にも必らず豚の腸詰を食わせろというような男であった。
エンマは姑しゆうとめに仕えて、その正しい判断やどっしりした物腰に、気丈夫になったが、まだ他にいろんな人と付き合った。ラングロワ夫人、カロン夫人、デュブルイユ夫人、テュヴァシュ夫人、それに二時から五時まで人の好いオメー夫人が決まったように訪ねてきた。オメー夫人はこれまでからエンマについての口さがない噂を一切信じようとしなかった人である。オメーの子供らもやってきた。子供にはジュスタンがついてきた。ジュスタンは子供と一緒に上の部屋へあがって、扉の脇にじっと黙って立っている。ボヴァリー夫人は、気にもとめないで、化粧にかかることさえよくあった。まず櫛を抜いて、さっと頭を振る。と、黒々とした巻き毛の縒よりがくるくるくると戻りながら、髪全体が膝まで垂れる。初めてこれを見たとき、この哀れむべき少年ジュスタンは、突然不可思議な新しい世界へ入ったような気がして、その見事さに怯えてしまった。
エンマは恐らく、ジュスタンの無言の熱意にも、また含羞はにかみにも気がつかなかったらしい。自分の生活から消え去った恋が、そこ、自分のすぐそばに、その粗布あらぬののシャツの下に、自分から発散する美しさを享受するために開かれたこの若い胸のなかに、脈打っていようなどとは夢にも思いはしなかった。そのうえ、彼女は今では一切に無関心だった。言葉は優しいが眼付は尊大であり、態度はいかにもちぐはぐなので、身勝手なのか慈悲深いのか、あばずれなのか貞淑なのか、まるで区別がつかなかった。たとえば、ある晩のこと、女中が外出させてほしいと言って、口ごもりながらなにか言いわけしようとするのを叱りつけた。かと思うと、だしぬけに、
「じゃ、そのひとに惚れているんだね?」と言った。
真赤になったフェリシテの答えも持たずに、エンマは淋しそうに付けたした。
「さあ、早く行っておいで! 楽しんでおいで!」
春さきになると、エンマは夫の注意もきかずに、庭の構えを隅から隅まで変えさせた。しかしシャルルは、妻がとにかくなにかする気になってくれたのが嬉しかった。エンマは回復するにつれて、ますますそういう気持ちを見せるようになった。まず巧みに乳母のロレーを追い払った。ロレーはエンマの保養中、乳呑子二人と、預かっている男の子を連れてうるさく台所へくるようになっていた。しかもその預り子というのは食人種はだしの大食いだった。次にエンマはオメー一家から遠ざかり、ほかの訪問客も次々と閉め出し、教会へもあまり熱心には通わなくなった。これには薬屋も大賛成で、そのときもうちとけてエンマに言った。
「あなたは少々抹香まつこう臭くなっておいででしたな!」
ブールニジアン師は前のとおり、子供相手の教理問答を済ますと、毎日ぶらっと訪ねてきた。家にいるよりは、そとにいて、林のなかで涼む方が好きだと言った。『林のなか』とは青葉棚のことであった。ちょうどシャルルの帰ってくる時分であった。二人とも暑がる。で、甘いりんご酒を出すと、ともに夫人の全快を祈って飲むのであった。
ビネーがそこに——と言ってもやや下手しもての方、露台の壁にもたれて蝦えびを釣っていた。ボヴァリーは、来て一緒に飲むように言った。ビネーは壜の栓を抜く名人であった。
「まず、」と、彼は得意になって、自分のまわり、地平の果てまで見回しながら、「壜を机の上にこうまっすぐに置きます。さて紐を切ってから、コルクを小刻みに押し出す。やんわり、やんわり。料理屋で炭酸水を抜くときのように」
ところが彼の実演中、りんご酒が沸騰してみんなの顔にかかることがよくあった。すると司祭はうふふと笑って、必らず洒落を忘れない。
「飛んで眼に入る品の良さ!」
実際話せる坊様であった。ある日なども、薬剤師がシャルルに勧めて、奥様のお気晴らしに、ルーアンの劇場へ名高いテナー歌手、ラガルディーを見にお連れになってはと言ったとき、坊様は顔をしかめなかった。この沈黙に驚いたオメーは、改めて坊様の意見を訊いた。司祭は、音楽は文学ほども風俗に有害だとは思わぬとはっきり言った。
ところが薬剤師は文学を擁護した。彼の主張によると、演劇というものは因襲打破に役立ち、快楽の仮面を被って道徳を訓おしえるものであった。
「『Castigat ridendo mores (笑いの裡に風俗を矯たむ)ですな、ブールニジアンさん! 現にヴォルテールの悲劇をごらんなさい。たいていのものは巧妙に哲学的考察があしらってある。だからこそヴォルテールの悲劇は民衆にとって道徳や処世術を教える学校となるのです」
「わたしはね」とビネーがいった。「昔『パリの悪童』(二幕の通俗喜劇。ベヤール
とヴァンデルビュルの合作)という芝居を見ましたが、その中でも老将軍の役が格別上出来でしたな。その老将軍は女工を誘惑した良家の息子を懲らしめる、息子はとうとう……」
「むろん、悪い薬屋があるように悪い文学はある」とオメーは続けて言った。「しかし最高の芸術を十把一からげに貶けなしてしまうのは愚の骨頂だ、時代遅れの思想だ。ガリレオを獄に投じたあの憎むべき時代に相当する思想だ」
「なるほど良い書物もあれば良い作者もある」と司祭はひらき直った。「しかし、けばけばしく飾り立てた、うっとりするような部屋の中に男女が集まる。外道のような扮装、紅べに白粉おしろい、眩まばゆい明かり、女々しい声、ただそれだけでも、ついには淫みだらな心をひき起こし、よからぬ考え、穢らわしい誘惑を与える。少なくともそれが教父がた一同のご意見じゃ。とにかく、」と言って、嗅ぎ煙草を一つまみ親指の上で丸めながら、急に神秘的な口調になり、「カトリック教会が興行物を非難したのには、しかるべき道理があったからじゃ、われわれとしてはその教令に従わねばならん」
「なぜ教会は俳優を破門するのですか?」と薬局は訊いた。「俳優は、昔は、宗教の儀式に公然と協力したものですのにな。さよう、合唱席の真ん中で、聖劇と称する一種の茶番劇を演やって見せたものです。しかもその茶番の中では、ちょいちょい礼法が破られたものだ。」
司祭は一声唸うなっただけであった。すると薬剤師はたたみかけて、
「聖書だって同じことです。聖霊には……それ……きわどい個所がちょくちょくありますな。……ほんとに……こう……卑猥なところが!」
ブールニジアン師がじりじりすると見ると、
「そうでしょう、聖書は若い娘に読ませる本ではありますまい。わたしだって困りますね、もしうちのアタリーが……」
「いや、聖書を勧めるものは新教徒で、われわれではないです!」と相手は堪たまりかねて叫んだ。
「とにかくですな、この文明開化の世紀たる現代に於いて、精神的娯楽を禁じようと、いまだに頑張っている人があるとは驚きますな。しかもこの娯楽には害がないどころか、教訓的で、ときによると、衛生上大いによいことさえあるんだ。ねえ、ボヴァリー先生」
「なるほど」と医者は、同意見ではあるが双方の気を悪くしてはと思ったのか、それとも全然意見がないのか、とにかく無造作に答えた。
話もこれで一段落と見えたとき、薬剤師は止めを刺すのはこの時と考えた。
「俗人の風をして女の足ふりダンスを見に行く坊さんを、わたしはちょくちょく知ってますからな」
「まさか!」と司祭が言った。
「いや、確かに知ってます!」
そして言葉を一々切ってオメーは繰り返した。
「知ーっーてーまーすーよ。」
「なるほど、それはそやつらがいかん」なんとでも言わせておくつもりでブールニジアンは言った。
「いやはや、もっと大したことでもやりますからな!」と薬屋が大声で言った。
「オメーさん!」と言った司祭の眼があまり物すごかったので薬屋はおじけづいた。
「ただわたしの言うのは、」と、今度は多少調子を和らげて答えた。「寛容は人間の魂を宗教に引きつける一番確実な方法だと言うことですよ」
「ごもっとも! ごもっとも!」と温厚な老師は譲って、椅子に掛け直した。
が、それもほんのしばらくで、やがて司祭が帰ってしまうと、オメーは医者に向かって言った。
「舌戦を交えるとは正にこのことですな! どんなもんです、やっつけましたね、こっぴどく!……それはそれとして、悪いことは言いません、ひとつ奥さんを芝居へお連れなさい。ああいう糞坊主を、一生に一度、かんかんに怒らせるだけにでも行く値打ちがありますよ! もし誰か代わりをしてくれる奴がいたら、わたしもお伴したいくらいですよ。とにかく早くいらっしゃい! ラガルディーの演やるのは一日きりです。大した給料でイギリスへ渡る契約があるのですよ。人の話ではどうも達者な男ですな! 金はうなるほどある! 情婦おんなを三人、料理人を一人連れて回っておる! ああいう大芸術家というものは、みな派手な暮らしをするものですな。多少想像力を刺激するような放埒ほうらつな生活が必要なんですな。しかしそういう連中は、若いときに倹約をする精神がないから、しまいは慈善病院で死ぬようなことになる。そろそろお食事ですな、では明日!」
この芝居行きの考えはボヴァリーの頭の中でさっそく芽を出した。というのも彼はすぐ妻にその話をしたからだ。エンマは最初、疲れるとか、億劫だとか、もの入りだとか言って聞かなかったが、シャルルはいつになく後へ引かなかった。それほどシャルルはこの保養が妻の健康によいと考えていたのである。シャルルの考えでは、差支えることはなにもない、母親からは思わぬ金を三百フランも送ってきたし、当座の借りが大してあるわけではなし、ルウルーに支払う手形の期限はまだまだ先のことだから考えるにもおよばないというのであった。それにシャルルは、妻が遠慮しているのだと思って、ますます勧めた。それでエンマも、しまいにはうるさくなって、行くことに決めた。で、その翌日の八時に、二人は『つばめ』に乗り込んだ。
薬屋は、ぜひヨンヴィルにおらねばならぬこともないのに、勝手に、動けないものと思い込んでいるのだが、二人が出発するのを見て、
「ではご機嫌よう! お二人ともなんて冥加みようがのいいことだ!」と、感情をこめて言った。
それから、裾飾りの四段になった、青絹のドレスを着たエンマに向かって、
「本当に女神のようにお美しい! きっとルーアンで、大持てに持てますよ」
乗合馬車はポォヴォワジーヌ広場の『赤十字』ホテルにとまった。地方の町の場末にはざらにあるような、厩うまやが大きくて客室が小さく、庭の真ん中には旅商人の乗る泥まみれの馬車の下で、雌鶏が燕麦を啄ついばんでいるといった風情のホテルであった。虫喰いだらけの本造のバルコニーのある古ぼけた宿、冬の夜は風にことこと鳴り、いつも客が立てこんで、騒々しく、のべつ食い物を出す古い宿、黒いテーブルはブランデー入りのコーヒーがこぼれてねちゃねちゃしているし、分厚い窓ガラスは蠅のとまった跡で黄色くなっているし、湿ったナプキンには安ぶどう酒の汚点しみが付いている。都会の服装をした作男のように、どこまでも田舎臭く、表通りはコーヒー店、裏の耕作地の方には茶畑があるといった宿であった。シャルルはすぐさま切符を買いに出かけたが、舞台脇の特別席と並等席、平場とボックスを混同してしまい、いろいろ説明を求めたが合点がいかず、切符係から支配人のところへやられ、宿へ帰り、また切符売り場へ舞い戻るという風に、劇場から広小路まで町中をなんとなくうろついた。
夫人は帽子と手袋と花束を買った。主人は初めを見落としはすまいかと、しきりに気をもんだ。そこで、スープを飲むまもなしに劇場の前へ来てみると、木戸はまだ閉っていた。

XV

 

La foule stationnait contre le mur, parquée symétriquement entre des balustrades. A l'angle des rues voisines, de gigantesques affiches répétaient en caractères baroques: «Lucie de Lammermoor... Lagardy... Opéra... etc.» Il faisait beau; on avait chaud; la sueur coulait dans les frisures, tous les mouchoirs tirés épongeaient les fronts rouges, et parfois un vent tiède, qui soufflait de la rivière, agitait mollement la bordure des tentes en coutil suspendues à la porte des estaminets. Un peu plus bas, cependant, on était rafraîchi par un courant d'air glacial qui sentait le suif, le cuir et l'huile. C'était l'exhalaison de la rue des Charrettes, pleine de grands magasins noirs où l'on roule des barriques.

De peur de paraître ridicule, Emma voulut, avant d'entrer, faire un tour de promenade sur le port, et Bovary, par prudence, garda ses billets à sa main, dans la poche de son pantalon, qu'il appuyait contre son ventre.

303

Un battement de cœur la prit dès le vestibule. Elle sourit involontairement de vanité en voyant la foule qui se précipitait à droite par l'autre corridor, tandis qu'elle montait l'escalier des premières. Elle eut plaisir, comme un enfant, à pousser de son doigt les larges portes tapissées; elle aspira de toute sa poitrine l'odeur poussiéreuse des couloirs, et quand elle fut assise dans sa loge, elle se cambra la taille avec une désinvolture de duchesse.

La salle commençait à se remplir, on tirait les lorgnettes de leurs étuis, et les abonnés, s'apercevant de loin, se faisaient des salutations. Ils venaient se délasser dans les beaux-arts des inquiétudes de la vente; mais, n'oubliant point les affaires, ils causaient encore cotons, trois-six ou indigo. On voyait là des têtes de vieux, inexpressives et pacifiques, et qui, blanchâtres de chevelure et de teint, ressemblaient à des médailles d'argent ternies par une vapeur de plomb. Les jeunes beaux se pavanaient au parquet, étalant dans l'ouverture de leur gilet leur cravate rose ou vert-pomme; et Mme Bovary les admirait d'en haut, appuyant sur des badines à pommes d'or la paume tendue de leurs gants jaunes.

Cependant les bougies de l'orchestre s'allumèrent; le lustre descendit du plafond, versant avec le rayonnement de ses facettes une gaieté subite dans la salle; puis les musiciens entrèrent l'un après l'autre, et ce fut d'abord un long charivari de basses ronflant, de violons grinçant, de pistons trompettant, de flûtes et de flageolets qui piaulaient. Mais on entendit trois 304coups sur la scène; un roulement de timbales commença, les instruments de cuivre plaquèrent des accords, et le rideau, se levant, découvrit un paysage.

C'était le carrefour d'un bois, avec une fontaine, à gauche, ombragée par un chêne. Des paysans et des seigneurs, le plaid sur l'épaule, chantaient tous ensemble une chanson de chasse; puis il survint un capitaine qui invoquait l'ange du mal en levant au ciel ses deux bras; un autre parut; ils s'en allèrent; et les chasseurs reprirent.

Elle se retrouvait dans les lectures de sa jeunesse, en plein Walter Scott. Il lui semblait entendre, à travers le brouillard, le son des cornemuses écossaises se répéter sur les bruyères. D'ailleurs, le souvenir du roman facilitant l'intelligence du libretto, elle suivait l'intrigue phrase à phrase, tandis que d'insaisissables pensées qui lui revenaient se dispersaient aussitôt sous les rafales de la musique. Elle se laissait aller au bercement des mélodies et se sentait elle-même vibrer de tout son être, comme si les archets des violons se fussent promenés sur ses nerfs. Elle n'avait pas assez d'yeux pour contempler les costumes, les décors, les personnages, les arbres peints qui tremblaient quand on marchait, et les toques de velours, les manteaux, les épées, toutes ces imaginations qui s'agitaient dans l'harmonie comme dans l'atmosphère d'un autre monde. Mais une jeune femme s'avança en jetant une bourse à un écuyer vert. Elle resta seule, et alors on entendit une flûte qui faisait comme un murmure de fontaine et comme des gazouillements d'oiseau. Lucie entama d'un 305air brave sa cavatine en sol majeur; elle se plaignait d'amour, elle demandait des ailes; Emma, de même, aurait voulu, fuyant la vie, s'envoler dans une étreinte. Tout à coup, Edgar Lagardy parut.

Il avait une de ces pâleurs splendides qui donnent quelque chose de la majesté des marbres aux races ardentes du Midi. Sa taille vigoureuse était prise dans un pourpoint de couleur brune; un petit poignard ciselé lui battait sur la cuisse gauche, et il roulait des regards langoureusement, en découvrant ses dents blanches. On disait qu'une princesse polonaise, l'écoutant un soir chanter sur la plage de Biarritz, où il radoubait des chaloupes, en était devenue amoureuse. Elle s'était ruinée à cause de lui. Il l'avait plantée là pour d'autres femmes; et cette célébrité sentimentale ne laissait pas que de servir à sa réputation artistique. Le cabotin diplomate avait même soin de faire toujours glisser dans les réclames une phrase poétique sur la fascination de sa personne et la sensibilité de son âme. Un bel organe, un imperturbable aplomb, plus de tempérament que d'intelligence et d'emphase que de lyrisme, achevaient de rehausser cette admirable nature de charlatan, où il y avait du coiffeur et du toréador.

Dès la première scène, il enthousiasma. Il pressait Lucie dans ses bras, il la quittait, il revenait, il semblait désespéré; il avait des éclats de colère, puis des râles élégiaques d'une douceur infinie, et les notes s'échappaient de son cou nu, pleines de sanglots et de baisers. Emma se penchait pour le voir, égratignant 306avec ses ongles le velours de sa loge. Elle s'emplissait le cœur de ces lamentations mélodieuses qui se traînaient à l'accompagnement des contrebasses, comme des cris de naufragés dans le tumulte d'une tempête. Elle reconnaissait tous les enivrements et les angoisses dont elle avait manqué mourir. La voix de la chanteuse ne lui semblait être que le retentissement de sa conscience, et cette illusion qui la charmait quelque chose même de sa vie. Mais personne sur la terre ne l'avait aimée d'un pareil amour. Il ne pleurait pas comme Edgar, le dernier soir, au clair de lune, lorsqu'ils se disaient: « A demain! à demain!... » La salle craquait sous les bravos; on recommença la strette entière; les amoureux parlaient des fleurs de leur tombe, de serments, d'exil, de fatalité, d'espérances, et quand ils poussèrent l'adieu final, Emma jeta un cri aigu, qui se confondit avec la vibration des derniers accords.

—Pourquoi donc, demanda Bovary, ce seigneur est-il à la persécuter?

—Mais non! répondit-elle, c'est son amant.

—Pourtant il jure de se venger sur sa famille, tandis que l'autre, celui qui est venu tout à l'heure, disait: «J'aime Lucie et je m'en crois aimé. » D'ailleurs il est parti avec son père bras dessus, bras dessous. Car c'est bien son père, n'est-ce pas, le petit laid qui porte une plume de coq à son chapeau?

Malgré les explications d'Emma, dès le duo récitatif où Gilbert expose à son maître Asthon ses abominables manœuvres, Charles, en voyant le faux anneau 307de fiançailles, qui doit abuser Lucie, crut que c'était un souvenir d'amour envoyé par Edgar. Il avouait, du reste, ne pas comprendre l'histoire, à cause de la musique qui nuisait beaucoup aux paroles.

—Qu'importe! dit Emma, tais-toi!

—C'est que j'aime, reprit-il en se penchant sur son épaule, à me rendre compte, tu sais bien?

—Tais-toi! tais-toi! fit-elle impatientée.

Lucie s'avançait, à demi soutenue par ses femmes, une couronne d'oranger dans les cheveux, et plus pâle que le satin blanc de sa robe. Emma rêvait au jour de son mariage; et elle se revoyait là-bas, au milieu des blés, sur le petit sentier, quand on marchait vers l'église.

Pourquoi donc n'avait-elle pas, comme celle-là, résisté, supplié? Elle était joyeuse, au contraire, sans s'apercevoir de l'abîme où elle se précipitait... Ah! si dans la fraîcheur de sa beauté, avant les souillures du mariage et la désillusion de l'adultère, elle avait pu placer sa vie sur quelque grand cœur solide, alors la vertu, la tendresse, les voluptés et le devoir se confondant, jamais elle ne serait descendue d'une félicité si haute. Mais ce bonheur-là, sans doute, était un mensonge imaginé pour le désespoir de tout désir. Elle connaissait à présent la petitesse des passions que l'art exagérait. S'efforçant donc d'en détourner sa pensée, Emma voulait ne plus voir dans cette reproduction de ses douleurs qu'une fantaisie plastique bonne à amuser les yeux, et même elle souriait intérieurement d'une pitié dédaigneuse, quand au fond du 308théâtre, sous la portière de velours, un homme apparut en manteau noir.

Son grand chapeau à l'espagnole tomba dans un geste qu'il fit; et aussitôt les instruments et les chanteurs entonnèrent le sextuor. Edgar, étincelant de furie, dominait tous les autres de sa voix plus claire. Asthon lui lançait en notes graves des provocations homicides, Lucie poussait sa plainte aiguë, Arthur modulait à l'écart des sons moyens, et la basse-taille du ministre ronflait comme un orgue, tandis que les voix de femmes, répétant ses paroles, reprenaient en chœur, délicieusement. Ils étaient tous sur la même ligne à gesticuler; et la colère, la vengeance, la jalousie, la terreur, la miséricorde et la stupéfaction s'exhalaient à la fois de leurs bouches entr'ouvertes. L'amoureux outragé brandissait son épée nue; sa collerette de guipure se levait par saccades, selon les mouvements de sa poitrine, et il allait de droite et de gauche, à grands pas, faisant sonner contre les planches les éperons vermeils de ses bottes molles, qui s'évasaient à la cheville. Il devait avoir, pensait-elle, un intarissable amour, pour en déverser sur la foule à si larges effluves. Toutes ces velléités de dénigrement s'évanouissaient sous la poésie du rôle qui l'envahissait; et, entraînée vers l'homme par l'illusion du personnage, elle tâcha de se figurer sa vie, cette vie retentissante, extraordinaire, splendide, et qu'elle aurait pu mener cependant, si le hasard l'avait voulu. Ils se seraient connus, ils se seraient aimés! Avec lui, par tous les royaumes de l'Europe, elle aurait voyagé de capitale en capitale, partageant 309ses fatigues et son orgueil, ramassant les fleurs qu'on lui jetait, brodant elle-même ses costumes; puis, chaque soir, au fond d'une loge, derrière la grille à treillis d'or, elle eût recueilli, béante, les expansions de cette âme qui n'aurait chanté que pour elle seule; de la scène, tout en jouant, il l'aurait regardée. Mais une folie la saisit; il la regardait, c'était sûr! Elle eut envie de courir dans ses bras pour se réfugier en sa force, comme dans l'incarnation de l'amour même, et de lui dire, de s'écrier: «Enlève-moi, emmène-moi, partons! à toi, à toi toutes mes ardeurs et tous mes rêves!»

Le rideau s'abaissa.

L'odeur du gaz se mêlait aux haleines; le vent des éventails rendait l'atmosphère plus étouffante. Emma voulut sortir; la foule encombrait les corridors, et elle retomba dans son fauteuil avec des palpitations qui la suffoquaient. Charles, ayant peur de la voir s'évanouir, courut à la buvette lui chercher un verre d'orgeat.

Il eut grand'peine à regagner sa place, car on lui heurtait les coudes à tous les pas, à cause du verre qu'il tenait entre ses mains, et même il en versa les trois quarts sur les épaules d'une Rouennaise en manches courtes, qui, sentant le liquide froid lui couler dans les reins, jeta des cris de paon, comme si on l'eût assassinée. Son mari, qui était un filateur, s'emporta contre le maladroit, et tandis qu'avec son mouchoir elle épongeait les taches sur sa belle robe de taffetas cerise, il murmurait d'un ton bourru les mots d'indemnité, de frais, de remboursement. Enfin Charles 310arriva près de sa femme, en lui disant tout essoufflé:

—J'ai cru, ma foi, que j'y resterais! il y a un monde!... un monde!...

Il ajouta:

—Devine un peu qui j'ai rencontré là-haut? M. Léon!

—Léon!

—Lui-même! Il va venir te présenter ses civilités.

Et comme il achevait ces mots, l'ancien clerc d'Yonville entra dans la loge.

Il tendit sa main avec un sans-façon de gentilhomme, et Mme Bovary machinalement avança la sienne, sans doute obéissant à l'attraction d'une volonté plus forte. Elle ne l'avait pas sentie depuis ce soir de printemps où il pleuvait sur les feuilles vertes, quand ils se dirent adieu, debout au bord de la fenêtre. Mais, vite, se rappelant à la convenance de la situation, elle secoua dans un effort cette torpeur de ses souvenirs et se mit à balbutier des phrases rapides.

—Ah! bonjour! comment! vous voilà!

—Silence! cria une voix du parterre, car le troisième acte commençait.

—Vous êtes donc à Rouen?

—Oui.

—Et depuis quand?

—A la porte! à la porte!

On se tournait vers eux; ils se turent.

Mais, à partir de ce moment, elle n'écouta plus; et le chœur des conviés, la scène d'Asthon et de son valet, 311le grand duo en ré majeur, tout passa pour elle dans l'éloignement, comme si les instruments fussent devenus moins sonores et les personnages plus reculés. Elle se rappelait les parties de cartes chez le pharmacien et la promenade chez la nourrice, les lectures sous la tonnelle, les tête-à-tête au coin du feu, tout ce pauvre amour si calme et si long, si discret, si tendre, et qu'elle avait oublié cependant. Pourquoi Léon revenait-il? quelle combinaison d'aventures le replaçait dans sa vie? Il se tenait derrière elle, s'appuyant de l'épaule contre la cloison; et, de temps à autre, elle se sentait frissonner sous le souffle tiède de ses narines qui lui descendait dans la chevelure.

—Est-ce que cela vous amuse? dit-il en se penchant sur elle de si près que la pointe de sa moustache lui effleura la joue.

Elle répondit nonchalamment:

—Oh! mon Dieu... non! pas beaucoup.

Alors il fit la proposition de sortir du théâtre, pour aller prendre des glaces quelque part.

—Ah! pas encore! restons! dit Bovary, elle a les cheveux dénoués: cela promet d'être tragique!

Mais la scène de la folie n'intéressait point Emma, et le jeu de la chanteuse lui parut exagéré.

—Elle crie trop fort, dit-elle en se tournant vers Charles, qui écoutait.

—Oui... peut-être... un peu, répliqua-t-il, indécis entre la franchise de son plaisir et le respect qu'il portait aux opinions de sa femme.

Puis Léon dit en soupirant:

312

—Il fait une chaleur...

—Insupportable! c'est vrai.

—Es-tu gênée? demanda Bovary.

—Oui, j'étouffe; partons.

M. Léon lui posa délicatement sur les épaules son long châle de dentelle, et ils allèrent tous les trois s'asseoir sur le port, en plein air, devant le vitrage d'un café.

Il fut d'abord question de la maladie d'Emma, bien qu'elle interrompît Charles de temps à autre, par crainte, disait-elle, d'ennuyer M. Léon; et celui-ci leur raconta qu'il venait à Rouen passer deux ans dans une forte étude, afin de se rompre aux affaires, qui étaient différentes en Normandie de celles que l'on traitait à Paris. Puis il s'informa de Berthe, de la famille Homais, de la mère Lefrançois, et comme ils n'avaient en présence du mari rien de plus à se dire, bientôt la conversation s'arrêta.

Des gens qui sortaient du spectacle passèrent sur le trottoir, tous fredonnant ou braillant à plein gosier: O bel ange, ma Lucie! Alors Léon, pour faire le dilettante, se mit à parler musique. Il avait vu Tamburini, Rubini, Persiani, Grisi; et à côté d'eux, Lagardy, malgré ses grands éclats, ne valait rien.

—Pourtant, interrompit Charles, qui mordait à petits coups son sorbet au rhum, on prétend qu'au dernier acte il est admirable tout à fait; je regrette d'être parti avant la fin, car ça commençait à m'amuser.—Au reste, reprit le clerc, il donnera bientôt une autre représentation.

313

Mais Charles répondit qu'ils s'en allaient le lendemain.

—A moins, ajouta-t-il en se tournant vers sa femme, que tu ne veuilles rester seule, mon petit chat?

Et, changeant de manœuvre devant cette occasion inattendue qui s'offrait à son espoir, le jeune homme entama l'éloge de Lagardy dans le morceau final. C'était quelque chose de superbe, de sublime! Alors Charles insista:

—Tu reviendras dimanche. Voyons, décide-toi! tu as tort, si tu sens le moins du monde que cela te fait du bien.

Cependant les tables alentour se dégarnissaient; un garçon vint discrètement se poster près d'eux; Charles, qui comprit, tira sa bourse; le clerc le retint par le bras, et même n'oublia point de laisser en plus deux pièces blanches, qu'il fit sonner contre le marbre.

—Je suis fâché, vraiment, murmura Bovary, de l'argent que vous...

L'autre eut un geste dédaigneux plein de cordialité, et prenant son chapeau:

—C'est convenu, n'est-ce pas, demain, à six heures?

Charles se récria encore une fois qu'il ne pouvait s'absenter plus longtemps, mais rien n'empêchait Emma.

—C'est que... balbutia-t-elle avec un singulier sourire, je ne sais pas trop...

—Eh bien! tu réfléchiras, nous verrons, la nuit porte conseil.

Puis à Léon, qui les accompagnait:

314

—Maintenant que vous voilà dans nos contrées, vous viendrez, j'espère, de temps à autre, nous demander à dîner?

Le clerc affirma qu'il n'y manquerait pas, ayant d'ailleurs besoin de se rendre à Yonville pour une affaire de son étude. Et l'on se sépara devant le passage Saint-Herbland, au moment où onze heures et demie sonnaient à la cathédrale.

FIN DE LA DEUXIÈME PARTIE.

群集は手摺てすりの間に行儀よく挟まれて、壁ぎわに立っていた。近くの街々の角には大きなポスターが貼られ、そのどれにも『「ランメルモールのルチア」*……ラガルディー……オペラ』などと奇妙な字で書かれていた。天気は好く、暑かった。汗は縮れ毛のなかを流れ、取り出されたハンカチというハンカチは、ほてった額を拭いていた。時たま、生あたたかい川風が、酒場の入口に吊ったズックのテントの縁をふわふわ動かした。しかし、やや下手の方へ行くと、冷たい空気が流れていてひんやりした。空気には脂や鞣なめし革や油の匂いがしていたが、それはシャレット通りから来る臭気であって、その通りには暗い大倉庫がたくさんあって、人が始終樽をゴロゴロ転がしていた。
(*『ランメルモールのルチア』 スコットの『ラマムアの花嫁』から主題をとった三幕のイタリアオペラ。(歌詞サルヴァトーレ・カマラノ、曲ドニゼッティ)。一八三五年、ナポリ初演。筋は——王の寵愛を失ったアンリ・アシュトンは、宮廷に於ける信用をとり戻すために、妹のルチアを、時の宰相の甥アルトゥーロと結婚させようとする。ところがルチアには、エドガルドという愛を誓った人がある。しかもエドガルドは元来アシュトン家の敵なのである。アシュトンは怒って、二人の仲を裂こうとする。決闘好きなジルベールの卑劣な計略を用いて、アシュトンは妹に、お前の愛人はお前を棄ててしまったのだと信じさせる。妹は心を殺して兄の言葉に従い、アルトゥーロと婚約をする。と、そこへエドガルドが現われる。ルチアは兄にだまされたことを知る。エドガルドからは愛の誓いを破った事を責められる。彼女は気違いになって、結婚式の夜、アルトゥーロを刺し殺す。エドガルドはアシュトンに決闘を申し込む。決闘は墓地で行われることになっているのだが、アシュトンは来ない。彼は瀕死の妹の傍に引きとめられているからである。ついにすべての真実を知ったエドガルドは自分の恋人より生きながらえることを望まず、悔根に苛まれながら自殺する。その瞬間アシュトンが決闘の場に現われる。なお、歌手ラガルディというのは架空の人物らしい。)
エンマはあまり急いで人から笑われないように、入る前に、港の方をひとまわりしたいと言った。ボヴァリーは用心深く切符をつかんだまま手をズボンのポケットへ突っ込み、そのポケットをまた下腹へ押し当てていた。
玄関へ入ると彼女はもうわくわくした。自分は『二階一等席』の階段をのぼって行くのに、群集が別の廊下から右手の方へ押し合って行くのを見ると、思わず得意の微笑が浮かんだ。布張りの大きなドアを指で押すのがエンマには、子供のように嬉しかった。廊下の埃っぽい匂いを胸一ぱいに吸い込んだ。そして自分のボックスに座ったときには、まるで公爵夫人のように悠々と反り返った。
場内は一杯になり始めた。サックから望遠鏡を出すものがあった。常連は遠方から顔を見合って挨拶を交わした。彼らは芸術によって商あきないの労苦を癒やしにきながら、『取り引き』を忘れず、やはり木綿やブランデーや藍の話をしていた。老人の顔も幾つか見えた。無表情で、おだやかで、髪も顔も白っぽく、鉛の蒸気で燻いぶした銀メダルに似ていた。気取り屋の青年たちはチョッキの胸元にバラ色や薄緑のネクタイをひけらかしながら、『平場』を練り歩いていた。彼らが黄色の手袋をきっちりはめた手に、金の握りのある細身のステッキをついている姿を、ボヴァリー夫人は惚れぼれと見おろした。
とかくするうち、オーケストラ席のロウソクがともった。シャンデリアが天井からさがって、切子ガラスの小さい面が燦然さんぜんと輝くとともに、突如場内は華やかになった。やがて演奏者たちがぞろぞろ入ってきた。最初は、唸るようなチェロとキーキー軋きしむヴァイオリンと、ブーブー鳴るコルネットと、ピーピーいうフルートやフラジオレットの長々しい噪音そうおんであった。しかし舞台で木が三つ入ると、ティンパニーが轟き始め、トランペットは一斉に鳴り、幕があいて、景色が現われた。
それは森の四つ辻で、左手には樫の木陰に泉がある。農夫や貴族が、チェックのマントを肩に、一緒に猟の歌をうたっている。そこへ突然士官が一人現われ、両手を高く差し上げて悪魔に祈りをした。また別の男が現われた。二人が退場すると、猟人たちはまた歌い出した。
エンマは娘の頃に読んだ書物の中へ、ウォルター・スコットの真っ只中へ帰ったような心地がした。ヒースの茂みにこだまするスコットランドのバグパイプの音を、霧のかなたに聞くような気がした。そのうえ、小説を覚えているために脚本がわかりやすかった。彼女は一句一句筋を辿たどっていった。しかし一方頭に浮かぶ捉え難い数々の思いは、音楽のあらしに吹きまくられてたちまち飛び散ってしまった。彼女はメロディの揺するままに身をまかせ、ヴァイオリンの弓が彼女の神経の糸を弾いてでもいるように、全身にわななきを感じるのであった。衣裳や舞台装置や様々な人物、歩くたびに揺れる書き割りの立木、さては天鵞絨びろうどの帽子、マント、剣など、すべて別世界の雰囲気の中にあるかのように、諧調かいちようの中にあわただしく動くこれら架空の人や物は、彼女には応接に暇ないほどめまぐるしかった。ところへ若い女がひとり、緑衣の従者に財布を投げながら進み出た。その女が独りきりになったと見ると、泉の囁きのような、あるいは小鳥の囀さえずりのようなフルートの音が聞こえた。ルチアは荘重な態度で、ト長調カヴァチナを歌い始めた。恋を訴え、翼を求めているのだ。エンマも同じく、人の世を逃れて、堅い抱擁の中へ飛び去りたかった。と、突如、エドガルド・ラガルディーが登場した。
彼は、情熱的な南国人に大理石のような荘重味を加えるあのかがやかしい色の白さを持っていた。頑丈な身体は褐色の緊着胴着プールポアンにしっかり包まれていた。彫ほりのある短剣は左の腿ももに躍っていた。そして彼は白い歯を見せながらものうげに、眼を動かしていた。噂によると、彼がビァルリッツの海岸でボートの修繕を仕事にしていた頃、ポーランドのさる姫君がある夜、彼の歌声を聴いて恋い慕い、彼のために身代までも潰してしまったが、彼はこの女を棄てて他の女に走ったということであった。この艶聞はかえって彼の芸術家としての名声を高めることになった。そのうえ、如才のないこの旅役者は広告文の中に自分の蠱惑こわく的な肉体と多感な心情を歌った詩的な文句を入れさせることを忘れなかった。立派な喉とどっしりした押し出し、頭よりはむしろ熱、叙情味よりはむしろ誇張を主とすることなどが、理髪師臭く、また闘牛師臭い彼の驚くべき香具師やし気質かたぎを、遺憾なく引き立てていたのである。
最初の場面から、彼は場内を湧き立たせた。彼はルチアを抱きしめたり、ルチアから離れたり、また取って返したり、いかにも絶望したように見えるかと思うと、憤怒の叫びをあげ、次にはやがて限りもなく優しい哀愁の呻きと変わり、歌声はすすり泣きと口づけに満ちて、彼のあらわな喉から漏れた。エンマはボックスの手摺てすりの天鵞絨びろうどを爪で引掻きながら、乗り出して彼を見ようとした。猛り狂う嵐の中の難破者の叫びのように、コントラバスの伴奏につれて嫋々じようじようと続く哀訴の声で、エンマの胸は一杯になった。エンマはかって自分がそのために危うくこの世を去ろうとした、あのすべての陶酔と苦悶をそこに認めた。歌姫の声は自分の心のこだまとしかエンマには思われなかった。そうしてエンマを魅惑するこの幻は、エンマ自身の生活そのものの一部だとも思われるのであった。しかしかくまで激しい恋で自分を愛してくれた人は、この世にはただの一人もいなかった。あの最後の夜、月光を浴びて、二人が、『さようなら、じゃ明日ね!……』と言い交わしたとき、あの人はエドガルドのように泣いてはくれなかった。場内は喝采で破れんばかり。フーガの終節が全部繰り返された。恋人同志は彼らの墓の花や、いや、追放や、宿命や、希望を語りあった。そして二人が最後の別れを告げたとき、エンマは思わず鋭い叫びをあげた。しかしそれは最後の和音の震えに紛れてしまった。
「どうしてあの貴族はあの女をいじめるのだろう?」とボヴァリーが訊いた。
「違いますよ、あの貴族の恋人なんですよ」とエンマは答えた。
「でもあの男は、きっと女の家族に復讐すると言っているし、さっき出てきたもう一人の男は『わたしはルチアを愛している。そしてルチアもわたしを愛しているに違いない』と言っていた。それに、あの男は女の父親と手に手をとって出ていった。あれが父親なんだろう、帽子に鶏の羽根をつけていたあの小柄な醜男ぶおとこが?」
エンマがいろいろと説明したにもかかわらず、ジルベールがその憎むべきたくらみを主人アシュトンに打ち明けるレシタティーヴォの掛け合いが始まったとき、シャルルは、ルチアをだます偽のエンゲージ・リングを見て、それはエドガルドから贈られた恋の形見であると思い込んだ。もっともシャルルは、音楽のために台詞せりふがひどく邪魔されて、話の筋がわからないのだと言った。
「なんだって構わないじゃないの。黙ってらっしゃい!」とエンマは言った。
「わたしはね、」と、シャルルは妻の肩によりかかって言った。「もののわけが知りたい性でね」
「黙って! 黙って!」彼女はじりじりして言った。
ルチアは侍女たちに支えられるようにして進み出た。家にはオレンジの冠を戴き、顔はドレスの白繻子しろしゆすよりも白い。エンマは結婚式の日を追想した。遠い故里の、麦畑の中の小道を教会に向かって歩いて行った、あの時の自分の姿を見た。自分はいったい、なぜあの女のように反抗しなかったのだろう、泣いて頼まなかったのだろう? それどころか自分は、深い淵へ落ち込むとも知らずに、はしゃいでいたのだ。……ああ! 自分の美しさがまだ水々しかった頃、結婚生活に汚され、不義の幻滅を味わわない先に、もしも頼りになる高貴な心に自分の生命を託することができたとしたら、その時こそ貞操も愛情も快楽も義務もすっかり一つに融けあって、生涯その幸福の高みから転落することはなかったであろうに。しかしこうした幸福は、恐らく一切の情欲を絶望の淵に陥らせようとて考え出された虚偽なのかもしれない。彼女は今や、芸術では誇張されるが、その情熱が実際にはいかに取るに足りないものであるかを知っていた。そこでエンマは考えをほかへそらせようと努めながら、自分の苦悩を再現したこの歌劇を、単に眼を楽しませる造形的な夢幻劇としてのみ見ようとした。そして舞台奥の天鵞絨びろうどの帳とばりをあげて、黒マントの男が現われたときさえ、彼女はひそかに、さげすむような憐みの微笑を浮かべるのであった。
この男の被っているスペイン風の大きな帽子は、身振りをした拍子に落ちた。と同時にオーケストラも歌手も六重唱を始めた。怒りに燃えたエドガルドは朗々たる声で他を圧した。アシュトンは低音で彼に決闘を挑む。ルチアは鋭い哀訴の声をあげ、アルチュウルは独り離れて中音で歌い、牧師のバスはパイプ・オルガンのように唸った。そして女たちの声は牧師の言葉を繰り返しながら、再び快い合唱を始めた。彼らはみんな一列にならんで身振りをしていた。半ば開いた彼らの口から、憤怒や、復讐や、嫉妬や、恐怖や、慈悲や、驚愕が一斉に発散した。辱めを受けた恋人エドガルドは抜き身の刃を振り回した。レースの襟飾りは胸が動くにつれて激しく煽あおられた。踝くるぶしのところで太くなった柔らかい長靴の朱塗りの拍車を舞台の床に鳴らしながら、大またに右に行き左に行った。エンマは考えた。——この聴衆にかくまで激しく愛の思いを注ぎかけるところからみれば、彼の中には必らず滾々こんこんと溢れてつきぬ愛の泉があるに相違ないと。この役にある詩的な魅力に侵されると、この歌劇を貶けなそうとする気持ちはすっかり薄れてしまったばかりか、人物の与える幻影によって、彼女は俳優自身に引きつけられ、その俳優の生活がどんなものであるか想い描こうとした。それは評判の高い、人並みはずれた、素晴らしい生活だ。しかも彼女自身、もし運さえよかったなら、その生活は送れたかもしれないのだ。二人は知り合い愛し合ったかもしれないのだ! あの人と一緒に都から都へとヨーロッパの国々を渡り歩き、あの人と疲れや誇りをともにし、人々があの人に投げてくれる花を拾い、あの人の衣裳を自分の手で刺繍することもできたかもしれない。そうして毎夜、劇場のボックスの奥の、金色の格子の陰に座って、あの人がただ自分ひとりのために歌ってくれるあの人の魂の流れる思いを、うっとりとして受けたかもしれない。そして、彼はすっかり舞台の人となりながらも、自分の方ばかりに眼を注いだかもしれないのだ。そう思ったとき、彼女は妄想に捉われた。実際、あの人は自分を見つめている、確かにそうだ! 彼女は彼の腕に飛びこんで、彼の力のなかへ、恋そのものの化身のなかへ逃れたく思った。そして彼に向かって、『わたしを連れ出してちょうだい、連れて逃げてちょうだい、さあ行きましょう! わたしの情熱も、夢も、みんなあなたのもの、あなたのものよ!』と言いたかった、叫びたかった。
幕が下りた。
ガス燈の臭いが息に交じっていた。扇の風は空気をいっそう重苦しくしていた。エンマは外へ出たかった。群集は廊下に溢れていた。エンマは息づまるような鼓動を感じて、またぐったりと椅子に倒れた。気絶するのではないかと気づかったシャルルは、麦糖液オルジヤを買いに食堂へ駆けつけた。
席へ戻るのはとても苦労であった。両手でコップを持っているので、一足ごとに肱が人にぶつかった。しまいには、袖の短いドレスを着たあるルーアン女の両肩へ、八分どおりこぼしてしまった。冷たい水が腰へ流れ込むので、その女はまるで人殺しにでも逢ったように、孔雀のような叫びをあげた。紡績工場主であるその夫は、この不作法者に憤慨した。そして妻が桜色の薄琥珀織タフタの美しいドレスについた汚点しみをハンカチで拭いているあいだ中、夫はやれ損害賠償だの、費用がどうのだの、弁償だのと、やかましく呟いていた。ようやく、シャルルは妻のそばへ辿たどり着いて、息を切らしながら、
「ほんとに立往生するかと思った! いやもう、混んでるの、なんのって!……」
そして彼は付けたした。
「それから、階上で誰に遇あったと思う? レオン君だよ!」
「レオンさん?」
「そうなんだよ! すぐお前に挨拶にくるよ」
言い終わったかと思うと、もう元ヨンヴィルの書記がボックスへ入ってきた。
レオンはまるで貴族のように無造作に手を差し出した。ボヴァリー夫人は、恐らく自分よりいっそう強いある意志の力に引きずられたのであろう、機械的に手を出した。あの青葉に雨の降っていた春の宵、二人が窓辺に立って別れを交したとき以来、彼女はそうした意志の引力を感じたことはなかった。しかしエンマはすぐ、場合が場合であることに気がついて、追憶に茫然としている自分をひと思いに振り切り、早口に、切れ切れに言った。
「あら! どうして! あなたがここに?」
「静かに!」と平土間から声がした。第三幕が始まっていたのだ。
「では、ルーアンに来ていらっしゃいますの?」
「ええ」
「いつから?」
「表へ出ろ! 表へ!」
みんなが彼らの方を向いていた。二人は口をつぐんだ。
しかしその瞬間から、彼女はもう舞台には耳をかさなかった。来賓の合唱も、アシュトンとその従者の場も、ニ長調の大二重唱も、すべて彼女にとっては遠い彼方のことであった。楽の音は低くなり、人物も遠退とおのいて行ったかのようだった。エンマは薬屋の家でトランプをして遊んだことや、乳母の家へ散歩に出かけたことや、青葉棚の下で本を読んだことや、暖炉のそばでの差し向かいや、そうしたすべてのこと、——あれほど静かに、あれほど長閑のどかに、あれほど慎ましくもまた優しかったがために、今の今まですっかり忘れていたあの恋のすべてを思い出した。レオンはなぜ再び現われたのであろう? どういう偶然の組合わせから、彼は再び自分の生活の中に置かれたのであろう? レオンは壁に肩をもたせながら後ろに立っている。時どき、生ぬるい鼻息が髪の毛にかかるのを感じて、エンマは身震いした。
「面白いですか?」レオンはエンマの方にかがみ込んで言った。口ひげの先がちょっと頬に触れる。
彼女は気がなさそうに答えた。
「ええ、まあ、まあ、大してはね」
するとレオンは劇場を出て、どこかへアイスクリームを食べに行こうと言い出した。
「いや、まだまだ! もっといよう! あの女は髪を振り乱した。この分だと、きっと凄いことになる」とボヴァリーは言った。
しかし狂乱の場はエンマには一向興味もなく、女歌手のやり方は大げさに思われた。
「あの女優は、あんまり喚わめきすぎるわ」彼女は懸命に聴いているシャルルの方を向いて言った。
「うむ……そうだな、その気味かな」心から面白いという気持ちと、妻の意見を尊重する気持ちとに挟まれ、どっちもつかずで、シャルルは答えた。
やがてレオンは溜息をついて、
「どうもこの暑さは……」
「堪りませんわ! 本当に」
「苦しいのかい?」とボヴァリーは訊いた。
「ええ、呼吸いきがつまりそうなの、出ましょうよ」
レオンは長いレースのショールを、彼女の肩にそっと掛けた。そして三人は連れだって、船着き場に臨んだ、とあるカフェのそとの、ガラス張りの前に腰をおろした。
最初、エンマの病気が話題にのぼった。しかしエンマは、レオンさんには退屈でしょうと言って、おりおりシャルルを遮さえぎった。するとレオンは、ノルマンディーではパリで扱う事務と性質が違うので、それに慣れるのを目的に、二年間、ある大きな事務所で勉強するために、ルーアンへ来たのだと二人に話した。それから、ベルトのことや、オメー一家のことや、ルフランソワのおかみのことを尋ねた。しかしエンマもレオンも、夫の前ではあり、これ以上なにも言えないので、やがて話は途切れてしまった。
芝居帰りの連中が『おお美うるわしの天使、わがルチアよ!』と、口ずさんだり、大声に喚いたりしながら、歩道を通っていった。するとレオンは、通ぶって、音楽を論じ出した。タンブリニもルビニもペルシアニもグリジイも見たが、あの連中に比べると、ラガルディーなぞは、ずいぶん派手だけれども、実は三文の値打ちもないと言った。ラム酒入りのアイスクリームをちびちびやっていたシャルルは遮って、
「しかしラガルディーは大詰めでは実に素敵だと言いますよ。わたしは見逃したのが残念でたまらん。やっと面白くなりかけたところだったのに」
「もっとも近いうちにまたやるそうですよ」と書記は答えた。
しかしシャルルは、二人は明日はもう帰るのだと答えた。そして妻の方を向いて。
「お前だけ後へ残るつもりなら別だが……」と付け加えた。
すると、青年は望みを遂げる絶好の機会が、思いもかけず現われたので、早速手を変えて、大詰めのラガルディーは実に立派で、素晴らしいと褒め出した。と、シャルルは力を入れて、
「お前は日曜に帰ってくればよい。さあ、そう決めておしまい! 少しでも身体にいいと思ったなら、そうしなきゃ嘘だよ」
とかくするうち、あたりのテーブルは次第に空からになった。ボーイがそっとやってきて彼らのそばに控えた。シャルルは気がついて財布を出した。書記はその腕てを押え、如才なく勘定のほかに銀貨二枚を大理石のテーブルへチャリンと投げ出した。
「困りますな、ほんとに。そんなことをしていただいては……」
相手は、これくらいのことはあたりまえですよと言った、いかにも好意にみちた身振りをしてから、帽子をとって、
「じゃ明日の六時、よろしいですね」
シャルルは繰り返して、これ以上家は空けておけませんのでと断った。しかしエンマの方は別に差支えないから……
と言いかけると、
「でも実は……」とエンマは奇妙な微笑を浮かべて口ごもりながら言った。「わたし、よくはわかりませんの」
「じゃ、まあ考えるさ。そのうちに決まるよ。思案は寝てから、と言うからね」
やがて、一緒について来たレオンに向かって、
「あなたもこの辺に住まわれるようになったんだから、たまには家へ夕飯でも食べにおいで下さい」
書記は、きっとお邪魔します、それに、ヨンヴィルヘは事務所の用件で行く必要もありますからと堅く約束した。そして三人はサン・テルブラン通りの前で別れた。そのときちょうど、寺院では十一時半の鐘が鳴った。

第3部へ続く

 

 

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-Madame Bovary