Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第10巻 新しき日 第4部

L'incendie qui couvait dans la forêt d'Europe commençait à flamber. On avait beau l'éteindre, ici; plus loin, il se rallumait; avec des tourbillons de fumée et une pluie d'étincelles, il sautait d'un point à l'autre et brûlait les broussailles sèches. À l'Orient, déjà, des combats d'avant-garde préludaient à la grande Guerre des Nations. L'Europe entière, l'Europe hier encore sceptique et apathique, comme un bois mort, était la proie du feu. Le désir du combat possédait toutes les âmes. À tout instant, la guerre était sur le point d'éclater. On l'étouffait, elle renaissait. Le prétexte le plus futile lui était un aliment. Le monde se sentait à la merci d'un hasard, qui déchaînerait la mêlée. Il attendait. Sur les plus pacifiques pesait le sentiment de la nécessité. Et des idéologues, s'abritant sous l'ombre massive du cyclope Proudhon, célébraient dans la guerre le plus beau titre de noblesse de l'homme...

C'était donc à cela que devait aboutir la résurrection physique et morale des races d'Occident! C'était à ces boucheries que les précipitaient les courants d'action et de foi passionnées! Seul, un génie napoléonien eût pu fixer à cette course aveugle un but prévu et choisi. Mais de génie d'action, il n'y en avait nulle part, en Europe. On eût dit que le monde eût, pour le gouverner, fait choix des plus médiocres. La force de l'esprit humain était ailleurs.—Alors, il ne restait plus qu'à s'en remettre à la pente qui vous entraîne. Ainsi faisaient gouvernants et gouvernés. L'Europe offrait l'aspect d'une vaste veillée d'armes.

Christophe se souvenait d'une veillée analogue, où il avait près de lui le visage anxieux d'Olivier. Mais les menaces de guerre n'avaient été, dans ce temps, qu'un nuage orageux qui passe. À présent, elles couvraient de leur ombre toute l'Europe. Et le cœur de Christophe, aussi, avait changé. À ces haines de nations, il ne pouvait plus prendre part. Il se trouvait dans l'état d'esprit de Gœthe, en 1813. Comment combattre, sans haine? Et comment haïr, sans jeunesse? La zone de la haine était désormais passée. De ces grands peuples rivaux, lequel lui était le moins cher? Il avait appris à connaître leurs mérites à tous, et ce que le monde leur devait. Quand on est parvenu à un certain degré de l'âme, «on ne connaît plus de nations, on ressent le bonheur ou le malheur des peuples voisins, comme le sien propre». Les nuées d'orage sont à vos pieds. Autour de soi, on n'a plus que le ciel,—«tout le ciel, qui appartient à l'aigle».

Quelquefois, cependant, Christophe était gêné par l'hostilité ambiante. On lui faisait trop sentir, à Paris, qu'il était de la race ennemie; même son cher Georges ne résistait pas au plaisir d'exprimer devant lui des sentiments sur l'Allemagne, qui l'attristaient. Alors, il s'éloignait; il prenait pour prétexte le désir qu'il avait de revoir la fille de Grazia; il allait, pour quelque temps, à Rome. Mais il n'y trouvait pas un milieu plus serein. La grande peste d'orgueil nationaliste s'était répandue là. Elle avait transformé le caractère italien. Ces gens, que Christophe avait connus indifférents et indolents, ne rêvaient plus que de gloire militaire, de combats, de conquêtes, d'aigles romaines volant sur les sables de Libye; ils se croyaient revenus au temps des Empereurs. L'admirable était que, de la meilleure foi du monde, les partis d'opposition, socialistes, cléricaux, aussi bien que monarchistes, partageaient ce délire, sans croire le moins du monde être infidèles à leur cause. C'est là qu'on voit le peu que pèsent la politique et la raison humaine, quand soufflent sur les peuples les grandes passions épidémiques. Celles-ci ne se donnent même pas la peine de supprimer les passions individuelles; elles les utilisent: tout converge au même but. Aux époques d'action, il en fut toujours ainsi. Les armées d'Henri IV, les Conseils de Louis XIV, qui forgèrent la grandeur française, comptaient autant d'hommes de raison et de foi que de vanité, d'intérêt et de bas épicurisme. Jansénistes et libertins, puritains et verts-galants, en servant leurs instincts, ont servi le même destin. Dans les prochaines guerres, internationalistes et pacifistes feront sans doute le coup de feu, en étant convaincus, comme leurs aïeux de la Convention, que c'est pour le bien des peuples et le triomphe de la paix!...

Christophe, souriant avec un peu d'ironie, regardait, de la terrasse du Janicule, la ville disparate et harmonieuse, symbole de l'univers qu'elle domina: ruines calcinées, façades «baroques», bâtisses modernes, cyprès et roses enlacés,—tous les siècles, tous les styles, fondus en une forte et cohérente unité sous la lumière intelligente. Ainsi, l'esprit doit rayonner sur l'univers en lutte l'ordre et la lumière, qui sont en lui.

Christophe demeurait peu à Rome. L'impression que cette ville faisait sur lui était trop forte: il en avait peur. Pour bien profiter de cette harmonie, il fallait qu'il l'écoutât à distance; il sentait qu'à y rester, il eût couru le risque d'être absorbé pat elle, comme tant d'autres de sa race.—De temps en temps, il faisait quelques séjours en Allemagne. Mais, en fin de compte, et malgré l'imminence d'un conflit franco-allemand, c'était Paris qui l'attirait toujours. Il y avait son Georges, son fils adoptif. Les raisons d'affection n'étaient pas les seules qui eussent prise sur lui. D'autres raisons, de l'ordre intellectuel, n'étaient pas les moins fortes. Pour un artiste habitué à la pleine vie de l'esprit, qui se mêle généreusement à toutes les passions de la grande famille humaine, il était difficile de se réhabituer à vivre en Allemagne. Les artistes n'y manquaient point. L'air manquait aux artistes. Ils étaient isolés du reste de la nation; elle se désintéressait d'eux; d'autres préoccupations, sociales ou pratiques, absorbaient l'esprit public. Les poètes s'enfermaient, avec un dédain irrité, dans leur art dédaigné; ils mettaient leur orgueil à trancher les derniers liens qui le rattachaient à la vie de leur peuple; ils n'écrivaient que pour quelques-uns: une petite aristocratie pleine de talent, raffiné, inféconde, elle-même divisée en des cercles rivaux de fades initiés, ils étouffaient dans l'étroit espace où ils étaient parqués; incapables de l'élargir, ils s'acharnaient à le creuser; ils retournaient le terrain, jusqu'à ce qu'il fût épuisé. Alors, ils se perdaient dans leurs rêves anarchiques, et ils ne se souciaient même pas de mettre en commun leurs rêves. Chacun se débattait sur place, dans le brouillard. Nulle lumière commune. Chacun ne devait attendre de lumière que de soi.

Là-bas, au contraire, de l'autre côté du Rhin, chez les voisins de l'Ouest, soufflaient périodiquement sur l'art les grands vents des passions collectives, les tourmentes publiques. Et, dominant la plaine, comme leur tour Eiffel au-dessus de Paris, luisait au loin le phare jamais éteint d'une tradition classique, conquise par des siècles de labeur et de gloire, transmise de main en main, et qui, sans asservir ni contraindre l'esprit, lui indiquait la route que les siècles ont suivie, et faisait communier tout un peuple dans sa lumière. Plus d'un esprit allemand,—oiseaux égarés dans la nuit,—venaient à tire d'ailes vers le fanal lointain. Mais qui se doute, en France, de la force de sympathie qui pousse vers la France tant de cœurs généreux de la nation voisine! Tant de loyales mains tendues, qui ne sont pas responsables des crimes de la politique!... Et vous ne nous voyez pas non plus, frères d'Allemagne, qui vous disons: «Voici nos mains. En dépit des mensonges et des haines, on ne nous séparera point. Nous avons besoin de vous, vous avez besoin de nous, pour la grandeur de notre esprit et de nos races. Nous sommes les deux ailes de l'Occident. Qui brise l'une, le vol de l'autre est brisé. Vienne la guerre! Elle ne rompra point l'étreinte de nos mains et l'essor de nos génies fraternels.»

Ainsi pensait Christophe. Il sentait à quel point les deux peuples se complètent mutuellement, et comme, privés du secours l'un de l'autre, leur esprit, leur art, leur action sont infirmes et boiteux. Pour lui, originaire de ces pays du Rhin, où se mêlent en un flot les deux civilisations, il avait eu, dès son enfance, l'instinct de leur union nécessaire: tout le long de sa vie, l'effort inconscient de son génie avait été de maintenir l'équilibre et l'aplomb des deux puissantes ailes. Plus il était riche de rêves germaniques, plus il avait besoin de la clarté d'esprit et de l'ordre latins. De là, que la France lui était si chère. Il y goûtait le bienfait de se connaître mieux et de se maîtriser. En elle, il était lui-même, tout entier.

Il prenait son parti des éléments qui cherchaient à lui nuire. Il s'assimilait les énergies étrangères à la sienne. Un vigoureux esprit, quand il se porte bien, absorbe toutes les forces, même celles qui lui sont ennemies; et il en fait sa chair. Il vient même un moment où l'on est plus attiré par ce qui vous ressemble le moins: car l'on y trouve une plus abondante pâture.

Christophe avait plus de plaisir aux œuvres d'artistes qu'on lui opposait comme rivaux, qu'à celles de ses imitateurs:—car il avait des imitateurs, qui se disaient ses disciples, à son grand désespoir. C'étaient de braves garçons, pleins de vénération pour lui, laborieux, estimables, doués de toutes les vertus. Christophe eût donné beaucoup pour aimer leur musique; mais—(c'était bien sa chance!)—il n'y avait pas moyen: il la trouvait nulle. Il était mille fois plus séduit par le talent de musiciens qui lui étaient personnellement antipathiques et qui représentaient en art des tendances ennemies... Eh! qu'importe? Ceux-ci, du moins, vivaient! La vie est, par elle-même, une telle vertu que qui en est dépourvu, fût-il doué de toutes les autres vertus, ne sera jamais un honnête homme tout à fait, car il n'est pas tout à fait un homme. Christophe disait, en plaisantant, qu'il ne reconnaissait comme disciples que ceux qui le combattaient. Et quand un jeune artiste, qui venait lui parler de sa vocation musicale, croyait s'attirer sa sympathie, en le flagornant, il lui demandait:

—Alors, ma musique vous satisfait? C'est de cette manière que vous exprimeriez votre amour, ou votre haine?

—Oui, maître.

—Eh bien, taisez-vous! Vous n'avez donc rien à dire.

Cette horreur des esprits soumis, qui sont nés pour obéir, ce besoin de respirer d'autres pensées que la sienne, l'attirait dans des milieux dont les idées étaient diamétralement opposées aux siennes. Il avait comme amis des gens pour qui son art, sa foi idéaliste, ses conceptions morales étaient lettre morte; ils avaient des façons différentes d'envisager la vie, l'amour, le mariage, la famille, tous les rapports sociaux:—de bonnes gens d'ailleurs, mais qui semblaient appartenir à un autre stade de l'évolution morale; les angoisses et les scrupules qui avaient dévoré une partie de la vie de Christophe leur eussent été incompréhensibles. Tant mieux pour eux! Christophe ne désirait pas les leur faire comprendre. Il ne demandait pas aux autres, en pensant comme lui, d'affermir sa pensée: de sa pensée, il était sûr. Il leur demandait d'autres pensées à connaître, d'autres âmes à aimer. Aimer, connaître, toujours plus. Voir et apprendre à voir. Il avait fini, non seulement par admettre chez les autres des tendances d'esprit qu'il avait autrefois combattues, mais par s'en réjouir: car elles lui paraissaient contribuer à la fécondité de l'univers. Il en aimait mieux Georges de ne pas prendre la vie au tragique, comme lui. L'humanité serait trop pauvre et de couleur trop grise, si elle était uniformément revêtue de sérieux moral, ou de la contrainte héroïque dont Christophe était armé. Elle avait besoin de joie, d'insouciance, d'audace irrévérencieuse à l'égard des idoles, même des plus saintes. Vive «le sel gaulois, qui ravive la terre!» Le scepticisme et la foi sont tous deux nécessaires. Le scepticisme, qui ronge la foi d'hier, fait la place à la foi de demain... Comme tout s'éclaire pour qui, s'éloignant de la vie, ainsi que d'un beau tableau, voit se fondre en une harmonieuse magie les couleurs divisées qui, de près, se heurtaient!

Les yeux de Christophe s'étaient ouverts à l'infinie variété du monde matériel, comme du monde moral: C'avait été une de ses conquêtes, depuis le premier voyage en Italie. À Paris, il s'était lié surtout avec des peintres et des sculpteurs; il trouvait que le meilleur du génie français était en eux. La hardiesse triomphante, avec laquelle ils poursuivaient le mouvement, ils fixaient dans son vol la couleur qui vibre, ils arrachaient les voiles dont s'enveloppe la vie, faisait bondir le cœur, d'allégresse. Richesse inépuisable, pour qui sait voir, d'une goutte de lumière! Que compte, auprès de ces délices souveraines de l'esprit, le vain tumulte des disputes et des guerres!... Mais ces disputes mêmes et ces guerres font partie du merveilleux spectacle. Il faut tout embrasser, et joyeusement jeter dans la fonte ardente de notre cœur et les forces qui nient et celles qui affirment, ennemies et amies, tout le métal de vie. La fin de tout, c'est la statue qui s'élabore en nous, le fruit divin de l'esprit; et tout est bon qui contribue à le rendre plus beau, fût-ce au prix de notre sacrifice. Qu'importe celui qui crée? Il n'y a de réel que ce qu'on crée... Vous ne nous atteignez pas, ennemis qui voulez nous nuire! Nous sommes hors de vos coups... Vous mordez le manteau vide. Il y a beau temps que je suis ailleurs!

Sa création musicale avait pris des formes sereines. Ce n'étaient plus les orages du printemps, qui naguère s'amassaient, éclataient, disparaissaient. C'étaient les blancs nuages de l'été, montagnes de neige et d'or, grands oiseaux de lumière, qui planent avec lenteur et remplissent le ciel... Créer! Moissons qui mûrissent, au soleil calme d'août...

D'abord, une torpeur vague et puissante, l'obscure joie de la grappe pleine, de l'épi gonflé, de la femme enceinte qui couve son fruit mûr. Un bourdonnement d'orgue; la ruche où les abeilles chantent, au fond du panier... De cette musique sombre et dorée, comme un rayon de miel d'automne, peu à peu se détache le rythme qui la mène; la ronde des planètes se dessine; elle tourne...

Alors, la volonté paraît. Elle saute sur la croupe du rêve hennissant qui passe, et le serre entre ses genoux. L'esprit reconnaît les lois du rythme qui l'entraîne; il dompte les forces déréglées, et leur fixe la voie et le but où il va. La symphonie de la raison et de l'instinct s'organise. L'ombre s'éclaire. Sur le long ruban de route qui se déroule, se marquent par étapes des foyers lumineux, qui seront à leur tour dans l'œuvre en création les noyaux de petits mondes planétaires enchaînés à l'enceinte de leur système solaire...

Les grandes lignes du tableau sont désormais arrêtées. À présent son visage surgit de l'aube incertaine. Tout se précise: l'harmonie des couleurs et le trait des figures. Pour accomplir l'ouvrage, toutes les ressources de l'être sont mises à réquisition. La cassolette de mémoire s'ouvre, et ses parfums s'exhalent. L'esprit déchaîne les sens; il les laisse délirer, et se tait; mais, tapi à l'affût, il guette et il choisit sa proie.

Tout est prêt: l'équipe de manœuvres exécute, avec les matériaux ravis aux sens, l'œuvre dessinée par l'esprit. Il faut au grand architecte de bons ouvriers qui sachent leur métier et ne ménagent point leurs forces. La cathédrale s'achève.

«Et Dieu contemple son œuvre. Et Il voit qu'elle n'est pas bonne encore.»

L'œil du maître embrasse l'ensemble de sa création; sa main parfait l'harmonie.

Le rêve est accompli. Te Deum....

Les blancs nuages de l'été, grands oiseaux de lumière, planent avec lenteur; et le ciel tout entier est couvert de leurs ailes.

Il s'en fallait pourtant que sa vie fût réduite à son art. Un homme de sa sorte ne peut se passer d'aimer; et non pas seulement de cet amour égal, que l'esprit de l'artiste répand sur tout ce qui est: non, il faut qu'il préfère; il faut qu'il se donne à des êtres de son choix. Ce sont les racines de l'arbre. Par là se renouvelle tout le sang de son cœur.

Le sang de Christophe n'était pas près d'être tari. Un amour le baignait,—le meilleur de sa joie. Un double amour, pour la fille de Grazia et le fils d'Olivier. Dans sa pensée, il unissait les deux enfants. Il allait les unir, dans la réalité.

Georges et Aurora s'étaient rencontrés chez Colette. Aurora habitait dans la maison de sa cousine. Elle passait une partie de l'année à Rome, le reste du temps à Paris. Elle avait dix-huit ans, Georges cinq ans de plus. Grande, droite, élégante, la tête petite et la face large, blonde, le teint halé, une ombre de duvet sur la lèvre, les yeux clairs dont le regard riant ne se fatiguait pas à penser, le menton un peu charnu, les mains brunes, de beaux bras ronds et robustes et la gorge bien faite, elle avait l'air gai, matériel et fier. Nullement intellectuelle, très peu sentimentale, elle avait hérité de sa mère sa nonchalante paresse. Elle dormait à poings fermés, onze heures, tout d'un trait. Le reste du temps, elle flânait, en riant, à demi éveillée. Christophe la nommait Dornröschen, la Belle au Bois dormant. Elle lui rappelait sa petite Sabine. Elle chantait en se couchant, elle chantait en se levant, elle riait sans raison, d'un bon rire enfantin, en avalant son rire, comme un hoquet. On ne savait à quoi elle passait ses journées. Tous les efforts de Colette pour la parer de ce brillant factice, qu'on plaque si aisément sur l'esprit des jeunes filles, comme un vernis laqué, avaient été perdus: le vernis ne tenait point. Elle n'apprenait rien; elle mettait des mois à lire un livre, qu'elle trouvait très beau, sans pouvoir se souvenir, huit jours après, du titre ni du sujet; elle faisait sans trouble des fautes d'orthographe et, quand elle parlait de choses savantes, commettait des erreurs drôlatiques. Elle était rafraîchissante par sa jeunesse, sa gaieté, son manque d'intellectualisme, même par ses défauts, par son étourderie qui touchait quelquefois à l'indifférence, par son naïf égoïsme. Si spontanée, toujours! Cette petite fille, simple et paresseuse, savait être, à ses heures, coquette, innocemment: alors, elle tendait ses lignes aux petits jeunes gens, elle faisait de la peinture en plein air, jouait des nocturnes de Chopin, promenait des livres de poésie qu'elle ne lisait point, avait des conversations idéalistes et des chapeaux qui ne l'étaient pas moins.

Christophe l'observait et riait sous cape. Il avait pour Aurora une tendresse paternelle, indulgente et railleuse. Et il avait aussi une piété secrète, qui s'adressait à celle qu'il avait aimée autrefois et qui reparaissait, avec une jeunesse nouvelle, pour un autre amour que le sien. Personne ne connaissait la profondeur de son affection. La seule à la soupçonner était Aurora. Depuis son enfance, elle avait presque toujours vu Christophe auprès d'elle; elle le considérait comme quelqu'un de la famille. Dans ses peines d'autrefois, moins aimée que son frère, elle se rapprochait instinctivement de Christophe. Elle devinait en lui une peine analogue; il voyait son chagrin; et sans se les confier, ils les mettaient en commun. Plus tard, elle avait découvert le sentiment qui unissait sa mère et Christophe; il lui semblait qu'elle était du secret, quoiqu'ils ne l'y eussent jamais associée. Elle connaissait le sens du message, dont elle avait été chargée par Grazia mourante, et de l'anneau qui était maintenant à la main de Christophe. Ainsi, existaient entre elle et lui des liens cachés, qu'elle n'avait pas besoin de comprendre clairement, pour les sentir dans leur complexité. Elle était sincèrement attachée à son vieil ami, bien qu'elle n'eût jamais pu faire l'effort de jouer ou de lire ses œuvres. Assez bonne musicienne pourtant, elle n'avait même pas eu la curiosité de couper les pages d'une partition, qui lui était dédiée. Elle aimait à venir causer familièrement avec lui.—Elle vint plus souvent, quand elle sut qu'elle pouvait rencontrer chez lui Georges Jeannin.

Et Georges, de son côté, n'avait jamais trouvé jusqu'alors tant d'intérêt à la société de Christophe.

Cependant, les deux jeunes gens furent lents à se douter de leurs vrais sentiments. Ils s'étaient vus d'abord, d'un regard moqueur. Ils ne se ressemblaient guère. L'un était vif-argent, et l'autre eau qui dort. Mais il ne se passa pas beaucoup de temps avant que le vif-argent s'ingéniât à paraître plus calme et que l'eau dormante se réveillât. Georges critiquait la toilette d'Aurora, son goût italien,—un léger manque de nuances, une certaine préférence pour les couleurs tranchées. Aurora aimait à railler, imitait plaisamment la façon de parler de Georges, hâtive et un peu précieuse. Et tout en s'en moquant, tous deux prenaient plaisir... était-ce à s'en moquer, ou à s'en entretenir? Même, ils en entretenaient aussi Christophe, qui, loin de les contredire, malicieusement transmettait de l'un à l'autre les petites flèches. Ils affectaient de ne pas s'en soucier; mais ils faisaient la découverte qu'ils s'en souciaient beaucoup trop, au contraire; et incapables, surtout Georges, de cacher leur dépit, ils se livraient, à la première rencontre, de vives escarmouches. Les piqûres étaient légères; ils avaient peur de faire du mal; et la main qui les frappait leur était si chère qu'ils avaient plus de plaisir aux coups qu'ils recevaient qu'à ceux qu'ils portaient. Ils s'observaient curieusement, avec des yeux qui cherchaient les défauts de l'autre et y trouvaient des attraits. Mais ils n'en convenaient point. Chacun, seul avec Christophe, protestait que l'autre lui était insupportable. Ils n'en profitaient pas moins de toutes les occasions que Christophe leur offrait de se rencontrer.

Un jour qu'Aurora était chez son vieil ami et venait de lui annoncer sa visite pour le dimanche suivant, dans la matinée,—Georges, entrant en coup de vent, selon son habitude, dit à Christophe qu'il viendrait dimanche, dans l'après-midi. Le dimanche matin, Christophe attendit vainement Aurora. À l'heure indiquée par Georges, elle parut, s'excusant d'avoir été empêchée de venir, plus tôt; elle broda là-dessus toute une petite histoire. Christophe, qui s'amusait de son innocente rouerie, lui dit:

—C'est dommage. Tu aurais trouvé Georges; il est venu, nous avons déjeuné ensemble; il ne pouvait rester, cet après-midi.

Aurora, déconfite, n'écoutait plus ce que lui disait Christophe. Il parlait, de bonne humeur. Elle répondait distraitement; elle n'était pas loin de lui en vouloir. On sonna. C'était Georges. Aurora fut saisie. Christophe la regardait, en riant. Elle comprit qu'il s'était moqué d'elle; elle rit et rougit. Il la menaçait du doigt, avec malice. Brusquement, avec effusion, elle courut l'embrasser. Il lui soufflait à l'oreille:

—Biricchina, ladroncello, furbetta...

Et elle lui mettait sa main sur la bouche, pour l'obliger à se taire.

Georges ne comprenait rien à ces rires et à ces embrassades. Son air étonné, et même un peu vexé, ajoutait à la joie des deux autres.

Ainsi, Christophe travaillait à rapprocher les deux enfants. Et quand il eut réussi, il se le reprocha presque. Il les aimait autant l'un que l'autre; mais il jugeait plus sévèrement Georges: il connaissait ses faiblesses, il idéalisait Aurora; il se croyait responsable du bonheur de celle-ci plus que de celui de Georges: car il lui semblait que Georges était un peu son fils, était un peu lui-même. Et il se demandait s'il n'était pas coupable, en donnant à l'innocente Aurora un compagnon, qui ne l'était guère.

Mais un jour qu'il passait près d'une charmille, où les deux jeunes gens étaient assis,—(c'était très peu de temps après leurs fiançailles)—il entendit, avec un serrement de cœur, Aurora, qui questionnait en plaisantant Georges sur une de ses aventures passées, et Georges qui racontait, sans se faire prier. D'autres bribes d'entretiens dont ils ne se cachaient point, lui montrèrent qu'Aurora était beaucoup plus à l'aise que lui-même dans les idées «morales» de Georges. Très épris l'un de l'autre, ils ne se regardaient pourtant pas comme liés pour toujours; ils apportaient, dans les questions relatives à l'amour et au mariage, un esprit de liberté, qui avait sa beauté, mais qui tranchait singulièrement avec l'ancien système de mutuel dévouement usque ad mortem. Et Christophe regardait avec un peu de mélancolie... Qu'ils étaient déjà loin de lui! Comme elle file, la barque qui emporte nos enfants!... Patience! Un jour viendra, on se retrouvera tous au port.

En attendant, la barque ne s'inquiétait guère de la route à suivre; elle flottait à tous les vents du jour.—Cet esprit de liberté, qui tendait à modifier les mœurs d'alors, il eût semblé naturel qu'il s'établît aussi dans les autres domaines de la pensée et de l'action. Mais il n'en était rien: la nature humaine se soucie peu de la contradiction. Dans le même temps que les mœurs devenaient plus libres, l'intelligence le devenait moins; elle demandait à la religion de la remettre au licou. Et ce double mouvement en sens inverse s'effectuait, avec un magnifique illogisme, dans les marnes âmes. Georges et Aurora s'étaient laissé gagner par le nouveau courant catholique, qui était en train de conquérir une partie des gens du monde et des intellectuels. Rien de plus amusant que de voir Georges, frondeur de nature, impie comme on respire, sans même y prendre garde, qui ne s'était jamais soucié ni de Dieu ni du diable,—un vrai petit Gaulois qui se moque de tout,—brusquement déclarer que la vérité était là. Il lui en fallait une; et celle-ci s'accordait avec son besoin d'action, son atavisme de bourgeois français et sa lassitude de la liberté. Le jeune poulain avait assez vagabondé; il revenait, de lui-même, se faire attacher à la charrue de la race. L'exemple de quelques amis avait suffi. Georges, ultra-sensible aux moindres pressions atmosphériques de la pensée environnante, fut un des premiers pris. Et Aurora le suivit, comme elle l'eût suivi n'importe où. Aussitôt, ils se montrèrent sûrs d'eux et méprisants pour ceux qui ne pensaient pas comme eux. Ô ironie! Ces deux enfants frivoles étaient sincèrement croyants, alors que la pureté morale, le sérieux, l'ardent effort de Grazia et d'Olivier ne leur avait jamais valu de l'être, malgré tout leur désir.

Christophe observait curieusement cette évolution des âmes. II n'essayait pas de la combattre, comme l'eût voulu Emmanuel, dont le libre idéalisme s'irritait de ce retour de l'ancien ennemi. On ne combat pas le vent qui passe. On attend qu'il ait passé. La raison humaine était fatiguée. Elle venait de fournir un effort gigantesque. Elle cédait au sommeil; et, comme l'enfant harassé d'une longue journée, avant de s'endormir, elle disait ses prières. La porte des rêves s'était rouverte: à la suite des religions, les souffles théosophiques, mystiques, ésotériques, occultistes, visitaient le cerveau de l'Occident. La philosophie même vacillait. Leurs dieux de la pensée, Bergson, William James, titubaient. Jusqu'à la science, où se manifestaient les signes de fatigue de la raison. Un moment à passer. Laissons-les respirer! Demain, l'esprit se réveillera, plus alerte et plus libre... Le sommeil est bon, quand on a bien travaillé. Christophe, qui n'avait guère eu le temps d'y céder, était heureux que ses enfants en jouissent, à sa place, qu'ils eussent le repos de l'âme, la sécurité de la foi, la confiance absolue, imperturbable, en leurs rêves. Il n'aurait pas voulu, ni pu, faire échange avec eux. Mais il se disait que la mélancolie de Grazia et l'inquiétude d'Olivier trouvaient l'apaisement dans leurs fils, et que c'était bien, ainsi.

—«Tout ce que nous avons souffert, moi, mes amis, tant d'autres qui vivaient avant nous, tout cela fut pour que ces deux enfants atteignissent à la joie... Cette joie, Antoinette, pour qui tu étais faite et qui te fut refusée!... Ah! si les malheureux pouvaient goûter, par avance, le bonheur qui sortira, un jour, de leurs vies sacrifiées!»

Pourquoi eût-il cherché à contester ce bonheur? Il ne faut pas vouloir que les autres soient heureux à notre façon, mais à la leur. Tout au plus, demandait-il doucement à Georges et à Aurora qu'ils n'eussent pas trop de mépris pour ceux qui, comme lui, ne partageaient pas leur foi.

Ils ne se donnaient même pas la peine de discuter avec lui. Ils avaient l'air de se dire:

—Il ne peut pas comprendre...

Il était, pour eux, du passé. Et ils n'attachaient pas au passé une énorme importance! Entre eux, il leur arrivait de causer innocemment de ce qu'ils feraient plus tard, quand Christophe «ne serait plus là»...—Pourtant ils l'aimaient bien... Terribles enfants! Ils poussent autour de vous, comme des lianes! Cette force de la nature, qui vous pousse, qui vous chasse...

—«Va-t'en! Va-t'en! Ôte-toi de là! À mon tour!...»

Christophe, qui entendait leur langage muet, avait envie de leur dire:

—Ne vous pressez pas tant! Je me trouve bien, ici. Regardez-moi encore comme quelqu'un de vivant!

Il se divertissait de leur naïve impertinence.

—Dites tout de suite, fit-il avec bonhomie, un jour qu'ils l'avaient accablé de leur air dédaigneux, dites tout de suite que je suis une vieille bête.

—Mais non, mon vieil ami, dit Aurora, en riant de tout son cœur. Vous êtes le meilleur; mais il y a des choses que vous ne savez pas.

—Et que tu sais, petite fille? Voyez la grande sagesse!

—Ne vous moquez pas. Moi, je ne sais pas grand'chose. Mais, lui, Georges, il sait.

Christophe sourit:

—Oui, tu as raison, petite. Il sait toujours, celui qu'on aime.

Ce qui lui était beaucoup plus difficile que de se soumettre à leur supériorité intellectuelle, c'était de subir leur musique. Ils mettaient sa patience à une rude épreuve. Le piano ne chômait pas, quand ils venaient chez lui. Il semblait que, pareils aux oiseaux, l'amour éveillât leur ramage. Mais ils n'étaient pas, à beaucoup près, aussi habiles à chanter. Aurora ne se faisait pas d'illusion sur son talent. Il n'en était pas de même pour celui de son fiancé; elle ne voyait aucune différence entre le jeu de Georges et celui de Christophe. Peut-être préférait-elle la façon de Georges. Et celui-ci, malgré sa finesse ironique, n'était pas loin de se laisser convaincre par la foi de son amoureuse. Christophe n'y contredisait pas; malicieusement, il abondait dans le sens des paroles de la jeune fille, (quand il ne lui arrivait pas, toutefois, de quitter la place, excédé, en frappant les portes un peu fort.) Il écoutait, avec un sourire affectueux et apitoyé, Georges, jouant au piano Tristan. Ce pauvre petit bonhomme mettait, à traduire ces pages formidables, une conscience appliquée, une douceur aimable de jeune fille, pleine de bons sentiments. Christophe riait tout seul. Il ne voulait pas dire au jeune garçon pourquoi il riait. Il l'embrassait. Il l'aimait bien, ainsi. Il l'aimait peut-être mieux... Pauvre petit!... Ô vanité de l'art!...

Il s'entretenait souvent de «ses enfants»—(il les nommait ainsi)—avec Emmanuel. Emmanuel, qui avait de l'affection pour Georges, disait, en plaisantant, que Christophe aurait dû le lui céder, il avait déjà Aurora: ce n'était pas juste, il accaparait tout.

Leur amitié était devenue quasi légendaire dans le monde parisien, quoiqu'ils vécussent à l'écart. Emmanuel s'était pris d'une passion pour Christophe. Il ne voulait pas la lui montrer, par orgueil; il la cachait sous des façons brusques; il le rudoyait parfois. Mais Christophe n'en était pas dupe. Il savait combien ce cœur lui était maintenant dévoué, et il en connaissait le prix. Ils ne passaient pas de semaine, sans se voir deux ou trois fois. Quand leur mauvaise santé les empêchait de sortir, ils s'écrivaient. Des lettres, qui semblaient venir de régions éloignées. Les événements extérieurs les intéressaient moins que certains progrès de l'esprit dans les sciences et dans l'art. Ils vivaient en leur pensée, méditant sur leur art, ou distinguant, sous le chaos des faits, la petite lueur inaperçue qui marque dans l'histoire de l'esprit humain.

Le plus souvent, Christophe venait chez Emmanuel. Bien que, depuis une récente maladie, il ne fût pas beaucoup mieux portant que son ami, ils avaient pris l'habitude de trouver naturel que la santé d'Emmanuel eût droit à plus de ménagements. Christophe ne montait plus sans peine les six étages d'Emmanuel; et quand il était arrivé, il lui fallait un bon moment avant de reprendre haleine. Ils savaient aussi mal se soigner l'un que l'autre. En dépit de leurs bronches malades et de leurs accès d'oppression, ils étaient des fumeurs enragés. C'était une des raisons pour lesquelles Christophe préférait que leurs rendez-vous eussent lieu chez Emmanuel, plutôt que chez lui: car Aurora lui faisait la guerre, pour sa manie de fumer; et il se cachait d'elle. Il arrivait aux deux amis d'être pris de quintes de toux, au milieu de leurs discours; alors, ils devaient s'interrompre et se regardaient, en riant, comme des écoliers en faute; et parfois l'un des deux faisait la leçon à celui qui toussait; mais, le souffle revenu, l'autre protestait avec énergie que la fumée n'y était pour rien.

Sur la table d'Emmanuel, dans un espace libre au milieu de ses papiers, était couché un chat gris, qui regardait les deux fumeurs, gravement, d'un air de reproche. Christophe disait qu'il était leur conscience vivante; pour l'étouffer, il mettait son chapeau dessus. C'était un chat malingre, de l'espèce la plus vulgaire, qu'Emmanuel avait ramassé dans la rue, à demi assommé; il ne s'était jamais bien remis des brutalités, mangeait peu, jouait à peine, ne faisait aucun bruit; très doux, suivant son maître de ses yeux intelligents, malheureux quand il n'était point là, content d'être couché sur la table, près de lui, ne se laissant distraire de sa méditation que pour contempler, pendant des heures d'extase, la cage où voletaient les oiseaux inaccessibles, ronronnant poliment à la moindre marque d'attention, se prêtant avec patience aux caresses capricieuses d'Emmanuel, un peu rudes de Christophe, et prenant toujours garde de ne griffer ni mordre. Il était délicat, un de ses yeux pleurait; il toussotait; s'il avait pu parler, il n'eût certes pas eu l'effronterie de soutenir, comme les deux amis, «que la fumée n'y était pour rien»; mais d'eux, il acceptait tout; il avait l'air de penser:

—Ils sont hommes, ils ne savent ce qu'ils font.

Emmanuel s'était attaché à lui, parce qu'il trouvait une analogie entre le sort de cette bête souffreteuse et le sien. Christophe prétendait que les ressemblances s'étendaient jusqu'à l'expression du regard.

—Pourquoi pas? disait Emmanuel.

Les animaux reflètent leur milieu. Leur physionomie s'affine, selon les maîtres qu'ils fréquentent. Le chat d'un imbécile n'a pas le même regard que le chat d'un homme d'esprit. Un animal domestique peut devenir bon ou méchant, franc ou sournois, fin ou stupide, non seulement suivant les leçons que lui donne son maître, mais selon ce qu'est son maître. Il n'est même pas besoin de l'influence des hommes. Les lieux modèlent les bêtes, à leur image. Un paysage intelligent illumine les yeux des animaux.—Le chat gris d'Emmanuel était en harmonie avec la mansarde étouffée et le maître infirme, qu'éclairait le ciel parisien.

Emmanuel s'était humanisé. Il n'était plus le même qu'aux premiers temps de sa connaissance avec Christophe. Une tragédie domestique l'avait profondément ébranlé. Sa compagne, à qui il avait fait sentir trop clairement, dans une heure d'exaspération, la lassitude que lui causait le poids de son affection, avait brusquement disparu. Il l'avait cherchée, toute une nuit, bouleversé d'inquiétudes. Il avait fini par la trouver dans un poste de police. Elle avait voulu se jeter dans la Seine; un passant l'avait retenue par ses vêtements, au moment où elle enjambait le parapet d'un pont; elle avait refusé de donner son adresse et son nom; elle voulait recommencer. Le spectacle de cette douleur accabla Emmanuel; il ne pouvait supporter la pensée qu'après avoir souffert des autres, il faisait souffrir, à son tour. Il ramena chez lui la désespérée, il s'appliqua à panser la blessure qu'il avait ouverte, à rendre à l'exigeante amie la confiance dans l'affection qu'elle voulait de lui. Il avait fait taire ses révoltes, il s'était résigné à cet amour absorbant, il lui avait voué ce qui lui restait de vie. Toute la sève de son génie avait reflué à son cœur. Cet apôtre de l'action en était arrivé à croire qu'il n'y avait qu'une action qui fût bonne: ne pas faire de mal. Son rôle était fini. Il semblait que la Force qui soulève les grandes marées humaines ne se fût servie de lui que comme d'un instrument, pour déchaîner l'action. Une fois l'ordre accompli, il n'était plus rien: l'action continuait sans lui. Il la regardait continuer, à peu près résigné aux injustices qui le touchaient personnellement, pas tout à fait à celles qui concernaient sa foi. Car bien que, libre-penseur, il se prétendît affranchi de toute religion et qu'il traitât en plaisantant Christophe de clérical déguisé, il avait son autel, comme tout esprit puissant, qui déifie les rêves auxquels il se sacrifie. L'autel était déserté maintenant; et Emmanuel en souffrait. Comment voir sans douleur les saintes idées qu'on a eu tant de peine à faire vaincre, pour lesquelles les meilleurs, depuis un siècle, ont souffert mille tourments, foulées aux pieds par ceux qui viennent! Tout ce magnifique héritage de l'idéalisme français,—cette foi dans la Liberté, qui eut ses saints, ses héros, ses martyrs, cet amour de l'humanité, cette aspiration religieuse à la fraternité des nations et des races,—avec quelle aveugle brutalité ces jeunes gens le saccagent! Quel délire les a pris de regretter les monstres que nous avions vaincus, de se remettre sous le joug que nous avions brisé, de rappeler à grands cris le règne de la Force, et de rallumer la haine, la démence de la guerre dans le cœur de ma France!

—Ce n'est pas seulement en France, c'est dans le monde entier, disait Christophe, d'un air riant. De l'Espagne à la Chine, la même bourrasque souffle. Plus un coin où l'on puisse s'abriter contre le vent! Vois, cela devient comique: jusqu'à ma Suisse, qui se fait nationaliste!

—Tu trouves cela consolant?

—Assurément. On voit là que de tels courants ne sont pas dus aux ridicules passions de quelques hommes, mais à un Dieu caché qui mène l'univers. Et devant ce Dieu, j'ai appris à m'incliner. Si je ne comprends pas, c'est ma faute, non la sienne. Essaie de le comprendre. Mais qui de vous s'en inquiète? Vous vivez au jour le jour, vous ne voyez pas plus loin que la borne prochaine, et vous vous imaginez qu'elle marque le terme du chemin; vous voyez la vague qui vous emporte, et vous ne voyez pas la mer! La vague d'aujourd'hui, c'est la vague d'hier, la nôtre, qui lui a imprimé son élan. La vague d'aujourd'hui creusera le sillon de la vague de demain, qui la fera oublier, comme on oublie la nôtre. Je n'admire ni ne crains le nationalisme de l'heure présente. Avec l'heure, il s'écoule; il passe, il est passé. Il est un degré de l'échelle. Monte au faîte! Il est le sergent-fourrier de l'armée qui va venir. Écoute déjà sonner ses tambours et ses fifres!...

(Christophe battait du tambour sur la table, où le chat, réveillé, sursauta.)

... Chaque peuple, aujourd'hui, sent l'impérieux besoin de rassembler ses forces et d'en dresser le bilan. C'est que, depuis un siècle, les peuples se sont transformés par leur pénétration mutuelle et par l'immense apport de toutes les intelligences de l'univers, bâtissant la morale, la science, la foi nouvelles. Il faut que chacun fasse son examen de conscience et sache exactement qui il est et quel est son bien, avant d'entrer, avec les autres, dans le nouveau siècle. Un nouvel âge vient. L'humanité va signer un nouveau bail avec la vie. Sur de nouvelles lois, la société va revivre. C'est dimanche, demain. Chacun fait ses comptes de la semaine, chacun lave son logis et veut sa maison nette, avant de s'unir aux autres, devant le Dieu commun, et de conclure avec lui le nouveau pacte d'alliance.

Emmanuel regardait Christophe; et ses yeux reflétaient la vision qui passait. Il se tut, quelque temps après que l'autre eut parlé; puis, il dit:

—Tu es heureux, Christophe! Tu ne vois pas la nuit.

—Je vois dans la nuit, dit Christophe. J'y ai assez vécu. Je suis un vieux hibou.

Vers cette époque, ses amis remarquèrent un changement dans ses manières. Il était souvent distrait, comme absent. Il n'écoutait pas bien ce qu'on lui disait. Il avait l'air absorbé et souriant. Quand on lui faisait remarquer ses distractions, il s'excusait affectueusement. Il parlait de lui parfois, à la troisième personne:

—Krafft vous fera cela...

ou...

—Christophe rira bien...

Ceux qui ne le connaissaient pas, disaient:

—Quelle infatuation de soi!

Et c'était tout le contraire. Il se voyait du dehors, comme un étranger. Il en était à l'heure où l'on se désintéresse même de la lutte livrée pour le beau, parce qu'après avoir accompli sa tâche, on a tendance à croire que les autres accompliront la leur et qu'au bout du compte, ainsi que dit Rodin, «le beau finira toujours par triompher». Les méchancetés et les injustices ne le révoltaient plus.—Il se disait, en riant, que ce n'était pas naturel, que la vie se retirait de lui.

De fait, il n'avait plus sa vigueur de naguère. Le moindre effort physique, une longue marche, une course rapide, le fatiguaient. Il était tout de suite hors d'haleine; le cœur lui faisait mal. Il pensait quelquefois à son vieil ami Schulz. Il ne parlait pas aux autres de ce qu'il éprouvait. À quoi bon, n'est-ce pas? On ne peut que les inquiéter, et on ne se guérit pas. D'ailleurs, il ne prenait pas au sérieux ces malaises. Beaucoup plus que d'être malade, il craignait qu'on ne l'obligeât à se soigner.

Par un secret pressentiment, il fut pris d'un désir de revoir encore le pays. C'était un projet qu'il remettait, d'année en année. Il se dit que, l'année prochaine... Il ne le remit plus, cette fois.

Il partit en cachette, sans avertir personne. Le voyage fut court. Christophe ne retrouva plus rien de ce qu'il venait chercher. Les transformations qui s'annonçaient, à son dernier passage, étaient maintenant accomplies: la petite ville était devenue une grande ville industrielle. Les vieilles maisons avaient disparu. Disparu, le cimetière. À la place de la ferme de Sabine, une usine dressait ses hautes cheminées. Le fleuve avait achevé de ronger les prairies, où Christophe jouait, enfant. Une rue, (quelle rue!) entre d'immondes bâtisses, portait son nom. Tout était mort du passé, la mort même... Soit! La vie continuait; peut-être d'autres petits Christophes rêvaient, souffraient, luttaient, dans les masures de cette rue décorée de son nom.—À un concert de la gigantesque Tonhalle, il entendit exécuter, au rebours de sa pensée, une de ses œuvres; il la reconnut à peine... Soit! Mal comprise, elle suscitera peut-être des énergies nouvelles. Nous avons semé le grain. Faites-en ce qu'il vous plaît; nourrissez-vous de nous!—Christophe, se promenant, à la tombée de la nuit, dans les champs autour de la ville, sur lesquels de grands brouillards allaient flottant, pensait aux grands brouillards qui allaient aussi envelopper sa vie, aux êtres aimés, disparus de la terre, réfugiés dans son cœur, que la nuit qui tombait recouvrirait, avec lui... Soit! Soit! Je ne te crains pas, ô nuit, couveuse de soleils! Pour un astre qui s'éteint, des milliers d'autres s'allument. Comme un bol de lait qui bout, le gouffre de l'espace déborde de lumière. Tu ne m'éteindras point. Le souffle de la mort fera reflamber ma vie...

Au retour d'Allemagne, Christophe voulut s'arrêter dans la ville où il avait connu Anna. Depuis qu'il l'avait quittée, il ne savait plus rien d'elle. Il n'aurait pas osé demander de ses nouvelles. Pendant des années, le nom seul le faisait trembler...—À présent, il était calme, il ne craignait plus rien. Mais le soir, dans sa chambre d'hôtel, qui donnait sur le Rhin, le chant connu des cloches qui sonnaient pour la fête du lendemain ressuscita les images du passé. Du fleuve montait vers lui l'odeur du danger lointain, qu'il avait peine à comprendre. Il passa toute la nuit à se le remémorer. Il se sentait affranchi du redoutable Maître; et ce lui était une triste douceur. Il n'était pas décidé sur ce qu'il ferait, le lendemain. Il eut, un instant, l'idée—(le passé était si loin!)—de faire visite aux Braun. Mais le lendemain, le courage lui manqua; il ne se risqua même pas à demander, à l'hôtel, si le docteur et sa femme vivaient encore. Il décida de partir...

À l'heure de partir, une force irrésistible le poussa au temple où allait jadis Anna; il se plaça derrière un pilier, d'où il pouvait voir le banc, sur lequel autrefois elle venait s'agenouiller. Il attendit, certain que, si elle vivait, elle viendrait encore là.

Une femme vint, en effet; et il ne la reconnut pas. Elle était semblable à d'autres: corpulente, la face pleine, au menton gras, l'expression indifférente et dure. Vêtue de noir. Elle s'assit à son banc, et resta immobile. Elle ne semblait ni prier, ni entendre; elle regardait devant elle. Rien, en cette femme, ne rappelait celle que Christophe attendait. Une ou deux fois seulement, un geste un peu maniaque, comme pour effacer les plis de sa robe sur les genoux. Jadis, elle avait ce geste... À la sortie, elle passa près de lui, lentement, la tête droite, les mains avec son livre croisées au-dessus du ventre. Un instant, se posa sur les yeux de Christophe la lueur de ses yeux sombres et ennuyés. Et ils ne se reconnurent point. Elle passa, droite et raide, sans tourner la tête. Ce ne fut qu'un instant après qu'il reconnut soudain, dans un éclair de mémoire, sous le sourire glacé, à certain pli des lèvres, la bouche qu'il avait baisée... Le souffle lui manqua, et ses genoux fléchirent. Il pensait:

—Seigneur, est-ce là ce corps, où habitait celle que j'ai aimée? Où est-elle? Où est-elle? Et où suis-je, moi-même? Où est celui qui l'aima? Que reste-t-il de nous et du cruel amour qui nous a dévorés?—La cendre. Où est le feu?

Et son Dieu lui répondit:

—En moi.

Alors, il releva les yeux; et, pour la dernière fois, il l'aperçut,—au milieu de la foule,—qui sortait par la porte, au soleil.

Ce fut peu après son retour à Paris qu'il fit la paix avec son vieil ennemi Lévy-Cœur. Celui-ci l'avait longtemps attaqué, avec autant de malicieux talent que de mauvaise foi. Puis, arrivé au faîte du succès, repu d'honneurs, rassasié, apaisé, il avait eu l'esprit de reconnaître secrètement la supériorité de Christophe; et il lui avait fait des avances. Attaques et avances, Christophe feignait de ne rien remarquer. Lévy-Cœur s'était lassé. Ils habitaient le même quartier, et se rencontraient souvent. Ils n'avaient pas l'air de se connaître. Christophe laissait, au passage, tomber son regard sur Lévy-Cœur, comme s'il ne le voyait pas. Cette façon tranquille de le nier exaspérait Lévy-Cœur.

Il avait une fille de dix-huit à vingt ans, jolie, fine, élégante, avec un profil de petit mouton, une auréole de cheveux blonds qui frisottaient, de doux yeux coquets, et un sourire de Luini. Ils se promenaient ensemble; Christophe les croisait dans les allées du Luxembourg: ils semblaient très intimes; la jeune fille s'appuyait gentiment au bras du père. Christophe qui, pour être distrait, n'en remarquait pas moins les jolis visages, avait un faible pour celui-ci. Il pensait de Lévy-Cœur:

—L'animal a de la chance!

Mais il ajoutait fièrement:

—Moi aussi, j'ai une fille.

Et il les comparait. Cette comparaison, où sa partialité donnait tout l'avantage à Aurora, avait fini par créer dans son esprit une sorte d'amitié imaginaire entre les deux jeunes filles, qui s'ignoraient, et même, sans qu'il s'en aperçût, par le rapprocher de Lévy-Cœur.

ヨーロッパの森の中に潜んでいる大火が燃えだしていた。一方を消しても他方で火の手があがっていた。渦うず巻く煙と雨のような火の粉とともに、方々へ飛火してかわいた藪やぶを焼いていた。すでに東方においては、前駆者たる小戦闘が諸国民間の大戦役の序曲を奏していた。ヨーロッパ全体が、昨日までは懐疑的で無感覚で枯れ木のようだったヨーロッパが、火の餌食えじきとなっていた。戦いの欲望がすべての人の魂をとらえていた。たえず戦争は爆発しかけていた。いくら鎮圧されてもまた頭をもたげてきた。ごくつまらない口実もそれに油を注いだ。戦乱の糸口は偶然事にかかってるのが感ぜられた。人は待ち受けていた。もっとも平和的な人々も必然という感情に圧せられていた。そして観念論者らは片眼の巨人プルードンの大きな影の下に隠れて、人間の高貴さのもっともみごとな資格を戦争のうちに賛美していた……。

西欧諸民族の肉体的および精神的復活は、実にかかるところへ到達すべきものであったのか! 熱烈な行動と信念との奔流は諸民族を駆って、かかる殺戮さつりくへ突進させるべきものであったのか! その盲目的な疾駆に、選択され見通された一つの目的を定めることができるのは、ただナポレオンのごとき天才のみであったろう。しかしこの行動の天才はヨーロッパのどこにもいなかった。あたかも世界はおのれを統べるためにもっとも凡庸な者どもを選んだかの観があった。人類の精神の力は他の方面にあった。――かくなってはもはや、人を巻き込む急坂に従うよりほかはなかった。統治者も被統治者もみなそうしていた。ヨーロッパは武装警戒をしてるかの観を呈していた。

クリストフは、オリヴィエの心配げな顔をそばに見ながら同じように警戒したときのことを、思い起こしたのだった。しかしその当時戦争の脅威は、通りかかる夕立雲くらいなものにすぎなかった。しかるに今やその雲は、ヨーロッパ全体に影を落としていた。そしてクリストフの心もまた変わっていた。そういう国民相互の憎悪ぞうおに彼はもう加わることができなかった。一八一三年におけるゲーテの精神状態と同じだった。憎悪なくして如何いかで戦うことができよう? そして、青春の気なくして如何いかで憎悪することができよう? 憎悪の地帯はもう通り越してしまっていた。相敵対してる大民衆のうちの、いずれが彼にとってはもっとも親愛でなかったろうか? 民衆それぞれの価値と世界がそれらに負うてるところのものとを、彼は認めることを知っていた。人の魂のある段階に達するときには、「もはやそれぞれの国民を認めずして、近隣の民衆の幸不幸を、あたかもおのれが民衆のそれと同様に感ずる。」雷雨の雲は足下にある。周囲はもはや空のみである――「鷲わしのものたる大空」のみである。

それでも時とすると、クリストフはあたりの人々の敵意に困らされることがあった。彼はパリーにおいて自分が敵の民族であることをあまりに感ぜさせられた。親愛なるジョルジュでさえも面白半分に、ドイツにたいする感情を彼の前で言わずにはいなかった。彼はその感情に悲しみを覚えた。そしてパリーから遠ざかった。グラチアの娘に会いたいというのを口実にしてしばらくローマへ行ってみた。しかしそこでも晴朗な環境を見出さなかった。国家主義的傲慢ごうまんの大疫病はローマにも広がっていた。それはイタリー人の性格を一変さしていた。無頓着むとんじゃくな懶惰らんだな者としてクリストフが知っていたそれらの人々は、今ではもう軍事的光栄や戦闘や征服や、リビアの沙漠さばくを翔かけるローマの鷲わし、などのことばかりを夢想していた。彼らはローマ皇帝時代に立ち戻ったつもりでいた。驚嘆すべきことには、反対の党派たる社会主義者や僧権論者などが王政主義者と同様に、この上もなく真面目まじめにかかる熱狂に駆られていた。しかもそのために自分の主旨に不忠実になろうとはいささかも思っていなかった。大なる流行病的熱情が民衆の上を吹き渡るとき、政治や人間的理性がいかに重きをなさないかは、これによっても明らかである。この熱情は個々の熱情を滅ぼすだけの労をさえも取らないで、かえってそれを利用する。すべてが同一の目的へ集中してくる。行動の時期には常にそうであった。フランスの偉大をきたさしめた、アンリ四世の軍隊中にもルイ十四世の閣員中にも、虚栄と利害心と下等な快楽主義との人物と同じくらいに、理性と信念との人物がいたのである。ジャンセニストの者と不信仰者とは、清教主義者と伊達だて者とは、おのれの本能に仕えながらも同一の運命に仕えたのだった。きたるべき戦争においては、世界主義者や平和主義者なども、革命国約議会の先人たちと同じように、民衆の幸福と平和の勝利とのためだと信じながら、銃砲の火蓋ひぶたを切るに違いない……。

クリストフは多少皮肉に微笑ほほえみながら、ジャニコロの覧台から、雑駁ざっぱくでしかも調子のとれたこの都会をながめた。それはこの都市がかつて統御した全世界の象徴だった。石灰となってる廃墟はいきょ、バロック風の建物前面、近代式の大建築、からみ合った糸杉いとすぎと薔薇ばら――才知の光の下に力強く筋目立って統一されてる、あらゆる世紀、あらゆる様式。それと同様に人間の精神も、自分のうちにある秩序と光明とを、闘争せる世界の上に光被すべきである。

クリストフはローマに長くとどまらなかった。この都会が彼に与える印象はあまりに強かった。彼はそれにたいして恐れをいだいた。その諧調かいちょうをよく役だたせるためには、遠く離れて聴きかなければいけなかった。もし長くとどまっていたら、多くの自国民と同じように、その諧調にのみ込まれてしまう恐れがあることを感じた。――またときどき彼はドイツにしばらく滞在した。しかし結局、そしてドイツとフランスの葛藤かっとうの切迫してるにもかかわらず、彼をいつもひきつけるのはパリーであった。もちろんパリーには彼の養子とも言うべきジョルジュがいた。しかし彼が心ひかれる理由は愛情ばかりではなかった。他の理知的な理由もそれに劣らず強いものがあった。満ち満ちた精神生活に馴なれていて、人類の大家族のあらゆる熱情に雄々しく立ち交わる芸術家にとっては、ふたたびドイツに住み馴れることは困難だった。ドイツにも芸術家がいないではなかった。しかし空気が芸術家にたいしては不足していた。芸術家らは一般国民から孤立していた。国民は彼らにたいして無関心だった。社会上のある実際上の他の仕事が、一般人の精神を奪っていた。詩人らは怒気を含んだ蔑視べっしをいだきながら、蔑視されたおのれの芸術の中に閉じこもっていた。彼らは民衆の生活に自分らを結びつける最後の糸までも絶ち切って、傲然ごうぜんと構え込んでいた。彼らは少数の人々のためにばかり書いていた。それは才能が豊かで洗練されしかも無生産的な小貴族の仲間であって、それ自身また気のぬけた芸術通の多くの流派に分かれて対抗しあっていた。そして彼らは自分の閉じこもった狭い範囲内で息苦しがっていた。その範囲を広げることができないで、熱心に深くへと掘り進んでいた。地面が空むなしくなるまで掘り返していた。そしてしまいには無秩序な自分の夢想の中におぼれてしまって、その夢想を普及しようとも思わなくなっていた。各自に霧に包まれてその場でもがき苦しんでいた。共通の光明などは少しもなかった。各自に自分自身から光がさすのを待つばかりだった。

それに反して、あちらでは、ラインの彼方かなたでは、西隣の人々のうちでは、集団的熱情の大いなる凪が、社会一般の颶風ぐふうが、時を定めて芸術上に吹き渡っていた。そして、パリーの上にそびえるエッフェル塔のように、古典的伝統の不滅の燈火が、平野を見おろしながら遠くに輝いていた。この伝統は、労苦と光栄との幾世紀かによって得られたもので、手から手へ代々伝えられて、人の精神を屈服させることも束縛することもなしに、各時代がたどりきたった道を指示してやり、その光明の中で民衆全体の心を相通わしめていた。一つならずのドイツの精神は――闇夜やみよのうちに迷った鳥は――この遠い照燈のほうへ一直線に飛んできていた。しかしフランスにおいては、隣国民の多くの寛大な心をフランスのほうへ向けさせるその同感の力に、だれか気づいてる者があろうか! その政治上の罪悪には少しも責任のない、多くの公正なる手が差し出されているのだ……。しかもそれらドイツの同胞たちも、彼らに向かってつぎのように言うフランスの同胞たちを認めていない。「さあ握手をしよう。幾多の虚言や憎悪があるにもかかわらず、われわれは少しも離れることがないだろう。われわれの民族を偉大ならしむるために、僕たちには君たちが必要であり、君たちには僕たちが必要である。われわれは西欧の両翼である。一方の翼が破れるときには、他方の翼も飛ぶことができなくなる。戦争が起こるならば起こるがよい。たとい戦争をもってしても、われわれの握手とわれわれ同胞の才知の飛躍とは、けっして断たれることがないだろう。」

そういうふうにクリストフは考えていた。両民衆がいかほどたがいに補い合ってるか、その精神や芸術や行動は、たがいの援助を欠くときにいかほど不具に跛足になるか、それを彼はよく感じていた。両文明が合流してるライン河のほとりに生まれた彼は、早くも幼年時代のころから、両者結合の必要を本能的に感じていた。そして生涯しょうがいの間彼の天才の無意識的な努力は、力強い両の翼の平衡均勢を維持することに向けられていた。彼はゲルマン的な夢想に富めば富むほど、ラテン的な秩序と精神の明晰めいせきとをますます要求した。それゆえフランスは彼にとって非常に貴重なものだった。彼はそこでおのれをよりよく知りおのれを支配するの喜びを味わった。ただフランスにあってのみ彼はまったくの彼自身であった。

彼は自分を害せんとする分子にも不平を言わなかった。彼は自分の精力と異なった精力をも同化していた。強壮な精神は、健やかであるときには、あらゆる力を吸収し、自分と反対の力をも吸収する。そしてそれを自分の肉となす。人はある時期に達すると、自分にもっとも似寄らないものにもっとも心をひかれる。なぜなれば、そこにより豊富な食糧を見出すからである。

実際クリストフは、自分の敵だとされてるある種の芸術家らの作品にたいして、自分の模倣者らの作品にたいするよりもより多くの悦よろこびを覚えた。――彼にもやはり模倣者どもがいて、彼の弟子だと自称しながら彼をひどく絶望さした。それはみな善良な青年で、彼を深く崇拝していて、勤勉なりっぱな人物で、各種の美質をそなえていた。クリストフは彼らの音楽を愛したかったが、しかし――(あいにくなことには!)――愛するわけにゆかなかった。それらの音楽をつまらないものだと思った。そして彼は、個人的には彼に反感をもち、芸術上では彼と反対の傾向を代表してる、ある音楽家らの才能に、はるかに多く心ひかれた……。反対であろうと構うものか! 彼らは少なくとも生きてるではないか!……生はそれ自身一つの美徳であって、その美徳を欠いている者は、たとい他のあらゆる美徳をそなえていても、完全に正しい人間とはなれないのである。なぜならその者は完全に人間ではないから。クリストフはよく冗談に、自分を攻撃する人々をしか弟子とは認めないと言った。そして、若い音楽家が自分の音楽的天稟てんぴんを話しに来て、彼の同情をひくつもりで彼に諛へつらうと、それに向かって尋ねた。

「それでは、君は僕の音楽に満足してるのですか。君は僕と同じ方法で、自分の愛や憎悪を表現するつもりですか。」

「そうです。」

「そんならもう黙り込んでしまうがいいでしょう。君には何も言うべきものがないはずです。」
服従せんがために生まれた従順な精神を嫌悪けんおし、自分の思想と異なった思想を吸いたいために、彼は自分の観念とまったく反対の観念を有する人々のほうへひきつけられた。彼の芸術や理想主義的信念や道徳的概念などを死文に等しく思ってる人々に、彼はかえって加担してるがようだった。そういう人々は、人生や愛や結婚や家庭や、あらゆる社会関係にたいして、彼と異なった見方をしていた。もとより善良な人々ではあったが、しかし精神的進化の他の時代に属してるようだった。クリストフの生の一部を食い荒らした苦悶くもんや懸念などは、彼らには理解できがたかった。もちろん彼らにとってはそのほうが結構である! クリストフはそれを彼らに理解させようとは願わなかった。自分と同じように考えながら自分の思想を是認してもらうことを、彼は他人に求めなかった。自分の思想については自分で確信をもっていた。他人にたいしては知るべき別な思想を求め、愛すべき別な魂を求めていた。常にますます愛しますます知りたかった。見てそして見ることを学びたかった。ついに彼は、昔自分が攻撃した精神傾向を他人のうちに是認したばかりでなく、それを享楽するまでになった。なぜなら、それは世界の豊饒ほうじょうに貢献するところがあるようだったから。ジョルジュが彼と同じように人生を悲劇だとは思っていないにしても、彼はやはりますますジョルジュを愛していた。彼が身を護まもってきた精神的真摯しんしさや勇壮なる自制を、もし人類が一様にまとっていたら、人生はあまりに貧弱になりあまりに色彩に乏しくなるだろう。喜悦、無頓着むとんじゃく、あらゆる偶像にたいする不敬な勇気、もっとも神聖なる偶像にたいしてまでも不敬な勇気、それを人生は必要としてるのだった。「世界を活気づけるゴールの辛辣しんらつ」こそ祝すべきかなである。懐疑も信念も共に必要である。懐疑は昨日の信念を滅ぼして、明日の信念の場所をこしらえるのである……。美しい画面にたいするように、人生から少し遠のいて、近くで見ればたがいに衝突してる種々の色彩が、玄妙な調和のうちに融とけ合うのを見る者にとっては、いかにすべてが光り輝いてることだろう!

クリストフの眼は、精神界とともに物質界の無限の多様さにたいしても開かれていた。それはィタリーへ初めて旅したときからの獲物えものの一つであった。パリーで彼はことに画家や彫刻家と交際を結んだ。そしてフランス人の天才のもっともよきものは彼らのうちにあることを見出した。彼らが物の動きを追求し、震える色を瞬間にとらえ、人生がまとってる覆面をはぎ取ってる、その堂々たる大胆さは、人の心を愉快の念で躍おどり立たせるほどのものがあった。見ることを知ってる者にとっては、光の一滴も無尽蔵な豊富さを有するのである。精神のかかる崇厳な愉悦に比ぶれば、論争や戦争のいたずらな騒擾そうじょうがなんであるか?……しかしそれらの論争やまた戦争も、霊妙なる光景の一部をなしてるのである。すべてを抱擁しなければいけない。われわれの心の熱しきった熔炉ようろの中に、否定する力と肯定する力とを、敵と味方とを、人生のあらゆる金属を、嬉々ききとして投げ入れなければいけない。そしてすべての帰着は、われわれの内部に作り出さるる立像にある、精神の崇高な果実にある。その果実をますます美うるわしからしむるものは、たといわれわれを犠牲となしてそうするものも、みな善よきものと言うべきである。創造する主体が何になるものぞ。ただ創造さるるもののみが現実である……。われわれを害せんとしてる敵よ、諸君の攻撃もわれわれには達しないであろう。われわれは諸君の打撃を超越しているのだ……。諸君は中身のない外皮に噛かみついている。しかし予は久しい前にそれから抜け出しているのだ。

彼の音楽上の製作は晴朗な形をとっていた。それはもはや、以前にしばしば寄り集まり破裂し消え失うせたあの春の夕立雲ではなかった。それは真夏の白雲であり、雪と黄金との山であり、徐々に飛翔ひしょうして空を満たしてる光の大鳥であった……。創造よ。八月の静かな日光に熟してゆく作物よ……。

初めはまず、漠然ばくぜんたる力強い無我の境。鈴なりの葡萄ぶどうの房ふさの、ふくれ上がった麦の穂の、熟した果実を孕はらんでる妊婦の、朧おぼろなる喜び。大オルガンのとどろき。底のほうで、蜜蜂みつばちが歌ってる蜜房……。秋の柔らかい光のようなその薄暗い金色の音楽から、音楽を導く節奏リズムがしだいに浮き上がってくる。遊星のロンドが姿を現わす。それが回転する……。
すると、意志が現われる。意志は、嘶いななきつつ通りかかる夢想の臀しりに飛び乗って、それを両膝ひざでしめつける。精神は、おのれを引き込む節奏リズムの規則を認める。そして不規則なもろもろの力を統御して、それに一定の道を定めてやり、またおのれの行くべき目標を定める。理性と本能との交響曲が組織される。影は明るくなる。展開してゆく長い一筋の道の上に、一行程ごとに輝ける光点が印せられる。そしてその光点自身は、創造される作品のうちにおいては、太陽系の囲郭につながれたる小さな遊星の世界の、中核となるであろう……。

画面の重おもなる線はここに至って決定する。そして今や全体の顔貌がんぼうが模糊もこたる曙あけぼのから浮き出す。すべてが明確になる、色彩の調和も形貌の輪郭も。その作品を完成させんがために、一身のあらゆる資力が徴集される。記憶の香箱が開かれて、そのもろもろの香かおりが発散する。精神は感覚を解放する。感覚を狂乱するままに放任して、おのれは口をつぐむ。しかしなおそばにうずくまって、じっと窺うかがいながらおのれの餌食えじきを選む……。

すべての準備が整う。作業の一隊は、感覚を歓よろこばす材料を用いて、精神が意匠した作品を仕上げるおのれの職務に通じていて労を惜しまないりっぱな労働者どもが、偉大なる建築家には必要である。そして大伽藍がらんができ上がる。

「しかして神はその作りたるものをながめたもう。そしてそれはいまだ善よからずと観みたもう。」
巨匠の眼は己おのが創造の全体を見渡す。そして手ずから整調を完成する……。

夢想はかくてなし遂げられる。神はほむべきかな……。
真夏の白雲が、光の大鳥が、おもむろに飛翔ひしょうしている。そして空は全部、その大鳥の広げた翼に覆おおわれている。

それでもなかなか彼の生活は、自分の芸術だけに限らるることができなかった。彼がような者は愛せずにはいられない。しかもその愛は、芸術家の精神がいっさいの存在物に広げる平等な愛だけではない。選えり好みをしなければ承知しない。自分の選んだ人々に身をささげなければ承知しない。その人々こそ樹木の根である。それによって心の血液はすべて新たになる。

クリストフの血液は涸かれかかってはいなかった。一つの愛が彼を浸していた――彼のもっともよき喜びとなっていた。それはグラチアの娘とオリヴィエの息子とにたいする二重の愛だった。彼はその二人の子供を頭の中では一つに結合していた。実際においても二人を結合させようとしていた。

ジョルジュとオーロラとはコレットの家でよく出会った。オーロラはコレットの家に住んでいた。一年のうちの一部をローマで送り、残りはパリーで暮らしていた。彼女は十八歳になっていて、ジョルジュより五つ年下だった。背が高く、まっすぐな上品な姿で、頭が小さく顔が大きく、金色の髪、日焼けした顔色、唇の上の薄黒い産毛うぶげ、考え深いにこやかな眼つきをした明るい眼、肉づきのよい頤あご、浅黒い手、丸っこい強健な腕、格好のよい首、そして肉体的な快活な高慢な様子をしていた。少しも理知的ではなく、至って感傷的ではなくて、母親から呑気のんきな怠惰を受け継いでいた。引きつづいて十一時間もぐっすり眠った。その他の時間はまだよく眼覚めざめないようなふうで笑いながらぶらついていた。クリストフは彼女をドルンロースヘン――眠りの森の姫――と名づけていた。あのかわいいザビーネを思い起こさせられた。彼女は寝ても歌っており、起きても歌っており、理由もないのに笑っては、しゃくりのように笑いをのみ下しながら、子供らしい愉快な笑い方をした。日々をどうして過ごしているかわからないほどだった。コレットは、若い娘の精神に漆のようにすぐにくっつく人造光沢で、しきりに彼女を飾りたてようとつとめたが、すべて徒労に帰してしまった。漆が少しもつかなかった。彼女は何にも覚えなかった。ごく面白いと自分で思う書物を一冊読むにも、数か月かかって、しかも一週間もたてば、その本の名も内容も忘れてしまった。平気で綴つづり字の間違いをしたり、高尚なことを話しながら滑稽こっけいな誤りをしたりした。そして彼女は、若さによって、快活さによって、知力の乏しさによって、あるいは欠点によって、時とすると冷淡に近い不注意によって、無邪気な利己主義によって、人の心をさわやかならしめた。いつも自然のままだった。そして単純な怠惰な彼女も、時によると、別に悪気なしに嬌態きょうたいを作ることを知っていた。そういうとき彼女は、青年たちに釣つり針を投げ、野外写生に出かけ、ショパンの夜想曲をひき、読みもしない詩集をもち歩き、理想主義めいた話をし、同じく理想主義めいた帽子をかぶったりした。

クリストフはひそかに彼女を観察しながら笑っていた。彼は彼女にたいして、寛大な揶揄やゆ的な父親めいた情愛をいだいていた。そしてまた、昔自分が愛していた女であって、しかも彼の愛ではなく他の愛のために新しい若さをもってふたたび現われてきた女、その女にたいする内心の敬愛をもいだいていた。だれも彼の情愛の深さを知ってるものはなかった。ただオーロラ自身だけが薄々気づいていた。彼女は幼いときから、たいていいつも自分のそばにクリストフを見てきた。彼を家族の一人ででもあるように見なしていた。昔母から弟ほどかわいがられなくて苦しんでるうちに、知らず知らずクリストフへ接近した。彼女は彼のうちに同じような悩みがあるのを察したし、彼は彼女の悲しみを見てとった。二人はそれをたがいに打ち明けはしなかったが、それを共通のものにした。その後彼女は、母とクリストフとを結びつけてる感情に気がついた。彼らは彼女に秘密を知らせはしなかったが、彼女は自分もその秘密の仲間であるように思った。そして彼女は、グラチアから臨終のおりに頼まれた使命の意味を知っていたし、今はクリストフの手にはまってる指輪の意味をも知っていた。かくて彼女と彼との間にはひそかな関係が存在していた。彼女はそれをはっきり理解しないでも、その複雑な意味を感ずることができた。彼女は心から彼に愛着していた。ただ彼の作品をひいたり読んだりするだけの努力は、かつてなし得なかった。かなりりっぱな音楽の才をもってはいたが、自分にささげられた楽譜のページを切るだけの好奇心さえなかった。彼女は彼と親しく話をしに来ることが好きだった。――彼のところでジョルジュ・ジャンナンに会えることを知ると、いっそうしばしばやって来た。

そしてジョルジュのほうでも、クリストフのところへ出入りすることを、今までになく楽しみとし始めた。

それでも、二人の若者はたがいのほんとうの感情に急には気づかなかった。二人は初め嘲あざけり気味の眼つきで見合った。二人はたがいにあまり似寄っていなかった。一方は水銀であり、一方は眠ってる水だった。しかし長くたたないうちに、水銀はもっと穏やかなふうをしようとし、眠ってる水は眼を覚ましてきた。ジョルジュはオーロラの身装みなりやイタリー趣味を非難した――細やかな色合いのやや乏しいこと、けばけばしい色彩を好むことなど。オーロラは揶揄やゆするのが好きで、ジョルジュの性急なやや気取った話し振りを、面白そうに真似まねてみせた。そしてたがいに嘲りながら二人はうれしがっていた……。でもそれは嘲笑ちょうしょうだったろうか、あるいは談話だったろうか? 二人は相手の欠点をクリストフに話すことさえあった。するとクリストフはそれに反対を唱えないで、意地悪にも小さな矢の取次をした。二人はそれを気にかけないふうをした。しかし実はどちらもひどく気にかけてることがわかった。二人は自分の憤懣ふんまんを隠すことができないで、ことにジョルジュはそうで、つぎに出会うとすぐに激しい小競合こぜりあいをやった。しかし軽い傷しかつかなかった。たがいに相手を害するのを恐れていた。そして攻撃してくるのはいかにも親愛な手だったので、相手に与える打撃よりも相手から受ける打撃のほうをうれしがった。二人は物珍しげに観察し合って、相手の欠点を捜しながらもその欠点に心ひかれていた。しかしそうだとは認めたがらなかった。どちらも、クリストフと二人きりになると相手を我慢のならない人物だと言い張っていた。それでもやはり、クリストフが二人を会わしてくれる機会をのがさずに利用していた。

ある日オーロラはクリストフのところに来ていて、つぎの日曜の午前にまた来ると言っていた。――そこへジョルジュが、例のとおり風のように飛び込んできて、つぎの日曜の午後に来るとクリストフに告げた。その日曜の午前中、クリストフはオーロラから無駄むだに待たされてた。ジョルジュが指定した時間になって、彼女はようやくやって来ながら、もっと早く来るはずだったのを邪魔されたと詫わびた。かわいい口実をこしらえていた。クリストフは彼女の罪のない策略を面白がって、彼女へ言った。

「それは残念だった。ジョルジュに会えるところだったのに。ジョルジュが来て私たちはいっしょに昼飯を食べたよ。彼は午後まで残ってることができなかったんだよ。」

オーロラはがっかりして、もうクリストフの言葉に耳を貸しもしなかった。クリストフは上機嫌じょうきげんに話をした。彼女は気のない返辞ばかりしていた。クリストフを恨めしく思いがちだった。そこへ呼鈴が鳴った。それはジョルジュだった。オーロラはびっくりした。クリストフは笑いながら彼女をながめた。彼女は彼からからかわれたことを悟った。笑って顔を赤めた。彼は意地悪く指先で彼女を嚇おどかした。不意に彼女は情にかられて彼のところへ駆け寄って抱擁した。彼はその耳にイタリー語でささやいた。

「お茶目、曲者くせもの、お転婆てんば……。」

すると彼女は彼を黙らせるために、彼の口へ手を押し当てた。

ジョルジュにはそれらの笑いや抱擁の訳が少しもわからなかった。彼の驚いたやや焦じれったげな様子に、二人はなお愉快になった。

かように、クリストフは二人の若者を接近させようとしていた。そしてそれに成功したときには、みずから自分を責めたい気になった。彼は二人を同じように愛していた。しかしジョルジュのほうをきびしく批判して、その弱点を知りつくしていた。そしてオーロラのほうを理想化していた。ジョルジュの幸福によりもいっそうオーロラの幸福に、責任をもってると思っていた。なぜなら、ジョルジュはいくらか自分の息子むすこであり自分自身であるような気がした。そして、潔白なオーロラにあまり潔白でない伴侶はんりょを与えるのは、自分の落度おちどではあるまいかと考えた。

しかしある日、彼は二人の若者が腰をおろしてる園亭えんていのそばを通りかかって――(それは二人の婚約後間もないときのことだった)――オーロラがジョルジュの過去の情事の一つをひやかして尋ねてるのを、そしてジョルジュが自分から進んで話してきかしてるのを、悲しい気持で聞きとった。また彼は二人が少しも隠しだてをしない他の会話を聞きかじって、ジョルジュの「道徳」観念にたいしては自分よりもオーロラのほうがはるかに平然としてるのを、知ることができた。二人はたがいにひどく好き合いながらも、永久に結び合わされたものだとは少しも思っていないらしかった。恋愛および結婚に関する問題については、二人は自由の精神をいだいていた。その精神にも美しさがあるには違いなかったが、しかし死に至るまでたがいにおのれをささげるという昔の流儀とは、まったく相いれないものであった。そしてクリストフは多少憂いの気持でながめた……。二人はすでにいかほど彼から遠くなってたことだろう! われわれの子孫を運びゆく舟はいかに早く進むことだろう!……でも気長く待つがよい。いつかはだれもみな同じ港で出会うだろう。

まずそれまで、舟は進路をほとんど念頭に置いていなかった。その日の風のまにまに漂っていた。――当時の風俗を変えようと試みてるその自由の精神は、思想や行動など他の領分のうちにも根をおろすのが自然だったはずである。しかし少しもそうはなっていなかった。人間の性質は矛盾などをあまり気にかけないものである。風俗がますます自由になると同時に、理知はますます自由を欠いていた。軛くびきをかけてくれと宗教に求めていた。そしてこの相反した二つの気運は、実に非論理きわまることには、同じ魂の中に起こっていた。社交界と知識階級との一部を風靡ふうびしかけてるカトリック教の新たな潮流に、ジョルジュとオーロラとはとらわれていた。もっとも面白いことには、生来非難好きであり、あたかも呼吸するのと同じくなんの気もなしに不信仰であり、神のことも悪魔のこともかつて気にしたことのないジョルジュは――すべてを嘲あざけるこのほんとうのゴールの青年は――突然に、真理はここにありと宣言しだしたのだった。彼には真理が一つ必要だった。そしてこのカトリック教的真理は、行動の要求や、フランス中流人の間歇かんけつ遺伝や、自由にたいする倦怠けんたいなどと、うまく調子が合ったのである。この若駒わかこまはかなり方々を彷徨ほうこうしたのだったが、今はひとりでにもどってきて、民族の犂すきにつながれようとしていた。数人の友の実例で十分だった。周囲の思想のわずかな気圧にも極度に敏感なジョルジュは、まっ先にかぶれた者のうちの一人だった。そしてオーロラは、どこへ行こうと同じような調子で彼のあとに従った。すぐに二人は自分自身に確信をいだいて、同じ考えをいだかない人々を軽蔑けいべつするようになった。おうなんという皮肉ぞ! グラチアとオリヴィエとは、その精神的純潔や真摯しんしや熱烈な努力などをもってしても、心から希ねがいながらかつて信者にはなれなかったのに、その軽佻けいちょうな二人の子供は、真面目まじめに信者となったのである。

クリストフはそういう魂の進化を珍しそうに観察した。エマニュエルは、この旧敵の復帰によって自分の自由理想主義をいらだたせられて、その敵を打ち倒そうとしたがっていたが、クリストフは少しもそんなことをしなかった。吹き起こってる風と戦うものではない。吹き過ぎるのを待つだけのことである。人の理性は疲れていた。それは多大な努力をしてきたのだった。眠気に打ち負けていた。長い一日の仕事に疲れはてた子供のように、眠る前にまず祈祷きとうを唱えていた。夢想の扉とびらは開かれていた。諸宗教のあとにつづいて、接神論や神秘説や秘教や魔法などの息吹いぶきが西欧の頭脳を訪れていた。哲学も揺らめいていた。ベルグソンやウィリアム・ジェームズなど思想の神も腰がぐらついていた。科学にまでも理性の疲労の徴候が現われていた。しばしの過渡期である。彼らをして息をつかせるがよい。明日になれば、人の精神はいっそう敏活になり自由になって眼を覚ますだろう。よく働いたときには睡眠が薬である。ほとんど眠る隙ひまをもたなかったクリストフは、子供たちが自分に代わって眠りを楽しみ、魂の休息や信念の安全や、おのれの夢想にたいする揺ゆるがない絶対の信頼などをもつことを、子供たちのために喜んでいた。彼らと地位を代わることは、望みもしなかったしまたできもしなかった。けれども彼は、グラチアの憂鬱ゆううつとオリヴィエの不安とは子供たちのうちに慰安を見出してるだろうと考え、これでよいのだと考えていた。

――私や私の友人たちや、もっと以前に生きてた多くの人たちなど、われわれが、皆で苦しんできたところのものはすべて、この二人の子供を喜びに到達させんがためにであった……。この喜び、アントアネットよ、汝なんじこそはそれにふさわしかったが、それを受けることができなかった!……ああ不幸な人々が、犠牲にしたおのれの生活から他日出てくるその幸福を、前もって味わうことができるならば!

どうして彼はその幸福に異議をもち出し得よう? 人は他人が自分と同じ流儀で幸福ならんことを望んではいけない。彼ら自身の流儀で幸福ならんことを望まなければいけない。クリストフはジョルジュとオーロラとに向かって、自分のように彼らと同じ信仰を分かちもっていない人々をあまりに軽蔑けいべつしてはいけないと、ただそれだけを穏やかに求めたばかりだった。

二人は彼と議論するの労をもとらなかった。二人はこう思ってるようなふうだった。

「この人にわかるものか……。」

彼らにとっては彼はすでに過去のものだった。そして彼らは過去を大して重要視してはいなかった。あとになってクリストフが「もういなくなった」ときにはどうしようかと、そんなことをなんの気もなしに内緒で話し合うことさえあった。――それでも彼らは彼を深く愛していた……。人の周囲に葛かずらのように伸び出してるひどい子供たち! 人を押しやり追い払ってるその自然の力!……

――立ち去れ、立ち去ってしまえ! そこを退どけ! 俺おれの番だ!……

クリストフは彼らの無言の言葉を聞きとって、こう言ってやりたかった。
――そんなに急ぐものではない! 私はここでいい気持だ。まだ私を生きてる者としてながめてくれたまえ。
彼は二人の無邪気な横柄さを興深く思った。
「すぐに言ってごらん、」と彼はある日二人の軽蔑けいべつ的な様子にまいらされながら温良そうに言った、「すぐに私に言ってごらん、老いぼれた馬鹿者だと。」
「いいえ、そんなこと。」とオーロラは心から笑いながら言った。「あなたはいちばんりっぱな人よ。でもあなたが知らないことだってあるわ。」
「そしてお前は何を知ってるんだい? お前の豪えらい知識を見ようじゃないか。」
「私をからかっちゃいや。私は大して知ってやしないわ。でもあの人は、ジョルジュは、知っててよ。」
クリストフは微笑ほほえんだ。
「なるほど、そのとおりだ。愛する相手の者は、いつでも物を知ってるよ。」
彼にとっては、彼らの知的優越に承服することよりも、彼らの音楽を辛抱することのほうがいっそう難事だった。彼らは彼の忍耐力をひどく悩ました。彼らがやって来るとピアノの音が絶えなかった。ちょうど小鳥にたいするように、恋愛は彼らの囀さえずりを眼覚めざめさしたらしかった。しかし彼らは小鳥ほど巧みにはなかなか歌えなかった。オーロラは自分の才能を買いかぶってはいなかった。しかし許婚いいなずけの男の才能にたいしてはそうではなかった。ジョルジュの演奏とクリストフの演奏との間になんらの差も認めなかった。おそらくジョルジュのひき方のほうを好んでたかもしれない。そしてジョルジュは、その皮肉な機敏さにもかかわらず、恋人の信念にかぶれがちだった。クリストフはそれに反対はしなかった。意地悪くも娘の意見に賛成した(が時にはたまらなくなって、少し強く扉とびらの音をさせながらその場を去ることもあった。)彼はジョルジュがトリスタンをピアノでひくのを、情愛と憐あわれみとのこもった微笑を浮かべながら聞いた。人のよいこの青年は、トリスタンのたいへんな曲をひくのに、親切な感情に満ちてる若い娘に見るような愛すべきやさしさと、熱心な注意とをもってひいた。クリストフは一人で笑った。なぜ笑うかを彼に言いたくなかった。そして彼を抱擁してやった。そのままの彼を愛していた。おそらくそのためにいっそう愛していたのだろう……。憐れなる子供よ!……おう芸術も空なるかな!……

彼は「自分の子供たち」――(彼は二人をそう呼んでいた)――のことをしばしばエマニュエルと話した。ジョルジュを好きだったエマニュエルは、よく冗談に言った、クリストフはジョルジュを自分に譲るべきだ、クリストフにはすでにオーロラがあるからと、そしてすべてを独占するのは公平でないと。

二人はあまり人中に出なかったけれど、二人の友情はパリーの社交界で語り伝えられていた。エマニュエルはクリストフにたいする熱情にとらわれていた。彼は高慢心からそれをクリストフに示したがらなかった。粗暴な態度の下にそれを隠していた。時とするとクリストフを冷遇することさえあった。しかしクリストフはそれに瞞だまされはしなかった。その心が今ではいかに自分にささげつくされてるかを知っていたし、またその価値をもよく知っていた。彼らは一週に二、三度はかならず会った。身体が悪くて外出できないときには手紙を書いた。遠隔な地から書き合うような手紙だった。彼らは外面的事件によりもむしろ、学問や芸術における精神の進歩に多く興味をもった。彼らは自分の思想のうちに生きながら、自分の芸術について瞑想めいそうしたり、あるいは渾沌こんとんたる事相の下に、人間の精神の歴史中に跡を印すべき、人の気づかぬ小さな光を見分けたりした。

クリストフのほうがいっそう多くエマニュエルの家にやって来た。先ごろの病気以来クリストフは、エマニュエルよりも丈夫とは言えなくなっていたけれど、二人はいつとはなしに、エマニュエルの健康のほうにいっそう気を配るのが至当だと思うようになっていた。クリストフはもうエマニュエルの七階に上るのに骨が折れた。ようやく上りきると、息をつくためにしばらくの時間を要した。また二人はいずれ劣らぬ不養生家であることを、たがいに知っていた。気管支が悪かったりときどき息苦しさに襲われたりするにもかかわらず、ひどい喫煙家だった。クリストフが自分の家でよりもエマニュエルの家で会うのを好んだについては、そのことも理由の一つだった。というのはオーロラが彼の喫煙癖をひどくたしなめるからだった。そして彼は彼女を憚はばかっていた。彼とエマニュエルとは、話の最中にひどく咳せき込むことがあった。すると彼らは余儀なく話をやめて、悪戯いたずらをした児童のように笑いながら顔を見合わした。時とすると一方が、咳き込んでる相手に意見をすることもあった。しかし相手は息がつけるようになると、少しも煙草たばこのせいではないことを頑がんとして言い逆らった。

エマニュエルの机の上には、紙片の散らかってる間の空いてる場所に、灰色の猫ねこが一匹寝そべっていた。そして二人の喫煙家を、小言でもいうように真面目まじめくさってながめていた。この猫は二人の生きた良心だとクリストフは言っていた。その生きた良心を窒息させるためによく帽子をかぶせた。それはごくありふれた種類の虚弱な猫で、往来で打ち殺されかかったのをエマニュエルが拾ってきたのだった。いじめられて弱った身体がいつまでも回復せず、ろくに物も食べず、ふざけることもあまりなく、物音一つたてなかった。ごくおとなしくて、怜悧れいりな眼で主人の様子を窺うかがい、主人がそこにいないと寂しがり、主人のそばに机の上に寝るので満足し、いつもぼんやり考え込んでいて、時には幾時間もうっとりと、手の届かない小鳥が飛び回ってる籠かごを見守り、ちょっと注意のしるしを見せられても丁重に喉のどを鳴らし、エマニュエルの気紛れな愛撫あいぶやクリストフのやや乱暴な愛撫に、気長く身を任せて、引っかいたり噛かみついたりしないようにいつも用心していた。ごく弱々しくて、片方の眼から涙を流し、小さな咳をしていた。もし口をきくことができるとしたら、二人の友人たちのように、「少しも煙草たばこのせいではない、」と厚顔にも言い張ることはしなかったろう。しかし二人のすることはなんでも受け入れていた。ちょうどこう考えてるかのようだった。

「彼らは人間だ、自分のしてることがわからないのだ。」

エマニュエルはこの猫をたいへんかわいがっていた。その病身な動物と自分との間に運命の類似があるように思っていた。似てると言えば眼の表情までも似てるとクリストフは言った。

「当然ですよ。」とエマニュエルは言った。

動物はその環境を反映する。その顔貌がんぼうは接近してる主人たちのとおりに仕上げられる。愚昧ぐまいな者の飼ってる猫は、怜悧な者の飼ってる猫と同じ眼つきではない。家の中に飼われる動物は、ただに主人の仕込みによってばかりではなく、主人の人柄によって、善良にもなれば邪悪にもなり、磊落らいらくにもなれば陰険にもなり、機敏にもなれば遅鈍にもなる。また人間の影響ばかりではない。周囲のありさまも動物を同じ姿に変化させる。知的な景色は動物の眼を輝かせる。――エマニュエルの灰色の猫は、パリーの空に輝てらされてる息苦しい屋根裏と不具の主人とに、よく調和していた。

エマニュエルも人間らしくなっていた。初めてクリストフと知り合ったころとはもう同じではなかった。家庭的悲劇のために深く揺り動かされたのだった。彼といっしょになってた女は、彼があるとき激昂げっこうのあまり、その愛情の重荷にいかほど倦うみ疲れてるかを、あまりはっきりと感じさせたので、突然姿を隠してしまった。彼は不安に慴おびえながら夜通し彼女を捜した。そしてようやく、ある警官派出所に保護されてるところを見つけ出した。彼女はセーヌ河に身を投げようとしたのだった。そして橋の欄干をまたぎ越そうとするさいに、通行人から着物の端をとらえられた。彼女は住所も名前も明かすことを拒んで、またも身を投げようとしたのだった。そういう苦悶くもんを見るとエマニュエルは気がくじけた。他人から苦しめられたあとにこんどは自分が他人を苦しめてるということは、考えても堪えがたいことだった。彼は絶望しきってる彼女を家に連れもどし、自分が与えた傷口を包帯してやろうとつとめ、その気むずかしい女にほしがってる愛情を保証してやろうとつとめた。そして自分の反抗心を押し黙らせ彼女のうるさい愛情に忍従し、自分の残余の生をそれにささげつくした。彼の天才の活気はことごとく心の中に潜み込んだ。行動の使徒とも言うべき彼は、よい行ないはただ一つしかないと信ずるようになった。すなわち、人を害しないということだった。彼の役割は済んでしまった。人類の大潮を湧わきたたせる力は、単に行動を解放するための一つの道具として彼を使ったばかりらしかった。一度秩序ができ上がると、彼はもう何物でもなくなった。行動は彼がいなくても引きつづいた。彼は行動が引きつづいてるのをながめながら、自分一身に関する不公正にはおおよそ忍従したが、自分の信念に関する不公正にはどうしても忍従できなかった。なぜなれば、彼は自由思想家であり、あらゆる宗教家から解放されてると自称し、クリストフを変装した僧侶そうりょだと戯れに見なしていたけれど、それでもやはり、自分の奉仕してる夢想を神とする力強い精神の例にもれず、自分自身の祭壇をもっていたのである。そして今やその祭壇は空からになっていた。エマニュエルはそれを苦しんだ。人があれほど苦心して勝利を得させようとしてきた神聖な観念、すぐれた人々がそのために一世紀間あれほど迫害されてきた神聖な観念、それが今新来の人々から足下に蹂躙じゅうりんされてるのを見ては、どうして悲しまずにおられよう! フランス理想主義のみごとなる遺産――聖者や殉教者や英雄などを出した自由にたいする信念、人類にたいする愛、諸国民や諸民族の親和にたいする敬虔けいけんな翹望ぎょうぼう――それをこれらの青年らは何たる盲目な暴戻ぼうれいさをもって冒涜ぼうとくしてることだろう! われわれが征服したあの怪物を愛惜し、われわれが折りくじいたあの軛くびきの下にまたみずからつながれ、暴力の世を大声に呼びもどし、憎悪をふたたび燃えたたせ、わがフランスの心中に戦争の狂気をふたたび起こさせるとは、なんたる狂乱した仕業だろう!

「それはフランスばかりではない、世界全体がそうなんだ。」とクリストフは笑うような様子で言った。「スペインからシナに至るまで、同じ突風が吹き渡っている。その風を避けられる片隅かたすみもありはしない。ねえ、おかしなことになってきたじゃないか、あのスイスまでが国家主義になっている。」

「それで気が安まるのですか?」

「安まるとも。これによって見ると、そういう風潮は数人の滑稽こっけいな熱情から来たものではなくて、世界を統ぶる隠れた神から来たものらしい。そしてその神にたいしては、僕は頭を下げることを覚えたのだ。もし僕がその神を理解しないとしても、それは僕が悪いので、神が悪いのではない。神を理解しようとつとめたまえ。しかし君たちのうちだれか理解しようと心がけてる者があるか。君たちはただその日その日を送り、すぐつぎの限界より先には眼をつけず、その限界を道の終極だと想像している。自分たちを運び去る波だけを見ていて、海を見ていない。今日の波を湧わきたたしたのは、われわれの昨日の波だ。また今日の波は、明日の波の畝うねを掘るだろう。そして明日の波は、われわれの波が忘れられたと同じように、今日の波を忘れさしてしまうだろう。僕は現時の国家主義に賛成もしなければ恐れもしない。それは時とともに流れてゆく。もう過ぎ去りかけてる、過ぎ去ってしまってる。それは階段の一つの段である。階段の頂まで登りたまえ。今の国家主義などは、やがて来たらんとする軍隊の先駆者だ。その軍隊の笛や太鼓の鳴るのがもう聞こえてるじゃないか……。」

(クリストフは太鼓の音をまねて机をたたいた。そこにいた猫が眼を覚まして飛び上がった。)

「……現在では、各民衆はそれぞれ、自分のあらゆる力を寄せ集めてその貸借表を作り上げようとの、やむにやまれぬ欲求を感じている。なぜかと言えば、一世紀以来どの民衆もみな、相互の侵入によって、あるいはまた、新しい道徳や科学や信仰をうち建てる、世界のあらゆる知力のおびただしい持ち寄り財産によって、すっかり変形させられたからだ。それで各民衆は、他の民衆といっしょに新世紀へはいる前に、自分の本心の検査をしておかなければいけないし、自分はどういうものであり自分の財産はどれだけであるかを、正確に知っておかなければいけない。一つの新たな時代がやって来る。すると人類は、人生と新たな貸借契約を結ぶだろう。新たな法則に基づいて、社会は生き返るだろう。明日は日曜だ。各自に一週間の計算をし、自分の住居を洗い清め、自分の家を清潔にしようとつとめて、それから、共通の神の前で他人といっしょになり、新たな同盟条約を神と締結するのだ。」
エマニュエルはクリストフをながめていた。その眼には過ぎ去ってゆく幻像が映じていた。クリストフが話し終えても、彼はしばらく黙っていた。それから言った。
「あなたは幸福だなあ! 闇夜やみよを見てはいない。」
「僕は闇夜の中でも眼が見えるのだ。」とクリストフは言った。「闇夜の中でかなり暮らしてきた。僕は年とった梟ふくろうなんだ。」

そのころ、クリストフの友人らは彼の様子にある変化が起こったことを認めた。彼はしばしば放心した者のようにぼんやりしていた。人の言葉をよく聞いてはいなかった。何かに気をとられたようなふうをして微笑ほほえんでいた。そのぼんやりしてることを人に注意されると、やさしく謝あやまるのだった。また時とすると自分のことを三人称で話した。
「クラフトがそれをしてあげよう……。」
あるいは……
「クリストフが笑うだろう……。」
彼をよく知らない人たちは言った。
「なんという自己心酔だろう!」
でもそれはまったく反対だった。彼は自分をあたかも他人のように外部から見てるのだった。彼はちょうど、美うるわしいもののためになす戦いにまでも興ざめてしまう時期に達していた。人は自分の仕事を果たしてしまうと、こんどは他人がその仕事を完成してくれるだろうと思いたがるものであり、結局はロダンが言ったように、「常に美が最後の勝利を得るのであろう」と思いたがるものである。悪意も不正も、もうクリストフをいらだたせなかった。――彼は笑いながら、これは自然なことではないと言ったり、人生は自分のもとから去りつつあると言ったりした。

実際、彼はもはや以前のような元気をもたなかった。ちょっとした肉体上の努力にも、長く歩いたり早く馳はしったりしても、疲れてしまった。すぐに息切れがした。胸が痛んだ。ときどき老友シュルツのことを考えた。彼は自分の気分を他人に話さなかった。話しても無駄むだではないか。ただ他人を心配させるばかりで、回復するというわけではない。そのうえ彼は、そういう不快な気分を真面目まじめに気にかけてはいなかった。病気になることよりも、用心するように強しいらるることを、はるかに恐れていた。

あるひそかな予感によって、彼はも一度故郷を見たいという願いにとらえられた。それは一年一年と延ばしてきた計画だった。来年こそは……と考えてきた。そしてこんどはもう延ばさなかった。

彼はだれにも知らせずひそかに出発した。それは短い旅だった。クリストフは自分の求むるものをもう何一つ見出さなかった。この前ちょっと来たときに萌きざしていた変化は、もう今ではすっかり完了していた。小さな町は大きな工業市となっていた。古い人家はなくなっていた。墓地もなくなっていた。ザビーネの畑地だったところには、製作所の高い煙筒が幾つも立っていた。クリストフが子供のころ遊んだ牧場は、河に蚕食されていた。不潔な大建築の間の街路に(なんたる街路ぞ!)彼の名がつけられていた。過去のものはすべて滅びていた、死までが。……それもよし! 生は継続していた。彼の名で飾られてるその街路の屋根裏で、おそらく他の小さなクリストフたちが、夢想し苦しみ奮闘していることだろう。――巨大な音楽堂で催されてる音楽会で、彼の作品の一つが、彼の思想とはまるで裏腹に演奏されてるのが聞こえた。彼はそれを自分の作だとは認めがたい気がした……。それもよし! あの作は誤解されながらもおそらく新しい精力を刺激するだろう。われわれは種を蒔まいたのだ。それを諸君はどうにでもするがよい。われわれを自身の養いとするがよい。――クリストフは日暮れのころ、広い霧がたなびき始めてる郊外の野を散歩しながら、自分の生涯しょうがいを包み込まんとしてる大きな霧のことを考え、地上から消えて自分の心の中に逃げ込んでる愛する人々のことを考えた。そしてその人々も彼とともに、落ちてくる夜の間に包まれてしまうだろう……。それもよし、それもよし! おう闇夜やみよよ、太陽を孵化ふかし出すものよ、われは汝を恐れない! 一つの星が消え失うせても、他の無数の星が輝き出す。沸騰してる牛乳の鉢はちのように、空間の深淵しんえんは光に満ちあふれている。汝はわれを消してしまうことができないだろう。死の息吹いぶきはわが生をふたたび燃えたたせるであろう……。

ドイツから帰りに、クリストフは昔アンナと知り合いになった町に寄ってみた。彼は彼女と別れて以来、彼女について少しも知るところがなかった。彼女の消息を尋ねることもなしかねた。長い間、その名前だけでも彼をぞっとさした……。――今では、彼は落ち着いていたし、もう何にも恐れなかった。しかしその夕方、ライン河に臨んだ旅館の室で、翌日の祭典を告げる聞き馴なれた鐘の音を聞くと、過去の面影がよみがえってきた。河から彼のほうへ遠い危険の香が立ちのぼってきた。彼にはそれがよくわからなかった。夜通しその追憶にふけった。彼は恐るべき主宰者から解放されてるのを感じていた。そしてそれは彼にとって悲しい悦よろこびだった。彼は翌日どうしようかと定めてはいなかった。ブラウン家を訪問してみようかという考えが――(それほど過去は遠ざかっていた)――ちょっと起こった。しかし翌日になるとその勇気がなかった。医師とその細君とがまだ生きてるかどうかを、旅館で尋ねてみることさえしかねた。彼は出発してしまおうと決心した……。

出発の間ぎわになって、彼は不可抗な力に駆られて、昔アンナがよく行ってた寺院へはいった。そして昔彼女が跪ひざまずきに来ていた腰掛の見える所に、柱の後ろに座を占めた。彼女がもし生きてたらなおそこへやって来るに違いないと思って待ち受けた。

果たして一人の女がやって来た。彼はそれに見覚えがなかった。彼女は他の女たちと同じようだった。身体は肥満し、頬はふくらみ、頤あごは脂肥あぶらぶとりがし、無関心な冷酷な表情をしていた。黒服をつけていた。自分の腰掛にすわって身動きもしなかった。祈祷きとうしてるようにも祈祷を聞いてるようにも見えなかった。前方をじっとながめていた。その女のうちには、クリストフが期待してるようなものは何もなかった。ただ一、二度、膝ひざの上の長衣の皺しわを伸ばすようなやや習癖めいた身振りをした。昔彼女はよくそういう身振りをしていた……。出て行くときに、彼女は頭をまっすぐにし、書物をもってる手を腹の上に組み合わせて、ゆっくり彼のそばを通った。彼女の薄暗い退屈げな眼の光は、ちょっとクリストフの眼の上にすえられた。しかしたがいに相手を見てとることができなかった。彼女はまっすぐな硬こわばった姿勢で、振り向きもせずに通り過ぎた。そして一瞬間後に、彼はちらとひらめいた記憶の中で、昔自分が接吻せっぷんしたことのあるその口を、凍りついた微笑の下に、唇くちびるのある皺によって、突然見てとった……。彼は息がつけず膝が立たなかった。彼は考えた。

「主しゅよ、私の愛した女が住んでいたのは、あの身体の中にであるのか。彼女はどこにいるのか。彼女はどこにいるのか。そして私自身も、私はどこにいるのか。彼女を愛した男はどこにいるのか。われわれから、またわれわれを食い荒らしたあの残忍な愛から、何が残っているか。――灰ばかりだ。火はどこにあるのか。」
彼の神は答えた。
「予のうちにある。」
そこで彼はまた眼をあけて、最後にも一度、戸口から日向ひなたへ出て行く彼女の姿を――人込みの中に――見てとった。

彼はパリーにもどってから間もなく、旧敵レヴィー・クールと和解することになった。彼は邪悪な才能と悪意とを併用して、長い間クリストフを攻撃してきた。それから、成功の絶頂に達し、名誉に飽き、満腹し落ち着いたので、クリストフの優秀さを内々認めてやる気になった。そして握手を求めてきた。クリストフは攻撃にも好意にも、何一つ気づかぬふうをした。レヴィー・クールは根気がつきた。二人は同じ町に住んでいて、しばしば出会うことがあった。でもたがいに知ってる様子をしなかった。クリストフは通りすがりに、ちらと彼の上へ視線を投げながら、彼を眼にも止めないようなふうをした。相手を否定するその泰然たるやり方に、レヴィー・クールはいつも激昂げっこうした。

レヴィー・クールは二十歳未満の娘を一人もっていた。きれいで、すっきりして、優雅で、小羊のような横顔、房々ふさふさと縮れた金髪、婀娜あだっぽいやさしい眼、ルイニ流の微笑をもっていた。二人はよくいっしょに散歩した。クリストフは彼らとリュクサンブールの園でしばしば行き会った。彼らはごく仲がいいらしかった。娘は父親の腕におとなしくよりかかっていた。クリストフはうっかりしてはいたけれど、やはりきれいな顔は眼についたので、その娘の顔に心がひかれた。彼はレヴィー・クールのことをこう考えた。
「仕合わせな畜生だ!」
しかしまた慢ほこらかに考え添えた。
「俺おれにも娘がいる。」
そして彼は両者を比較してみた。もとより依怙贔屓えこひいきによってオーロラのほうをすぐれてると思ったが、そういうふうにして比較してるうちに、たがいに知りもしない二人の娘の間に、架空の友情を頭の中で組み立てるようになり、それからまた自分では気づかなかったが、レヴィー・クールに近づく気持になっていった。

 

En revenant d'Allemagne, il apprit que «le petit mouton» était mort. Son égoïsme paternel pensa aussitôt:

—Si c'était la mienne qui avait été frappée!

Et il fut pris d'une immense pitié pour Lévy-Cœur. Sur le premier moment, il voulut lui écrire; il commença deux lettres; il ne fut pas satisfait, il eut une mauvaise honte: il ne les envoya pas. Mais, quelques jours plus tard, rencontrant de nouveau Lévy-Cœur, la figure ravagée, ce fut plus fort que lui: il alla droit au malheureux, il lui tendit les mains. Lévy-Cœur, sans raisonner non plus, les saisit. Christophe dit:

—Vous l'avez perdue!...

Son accent d'émotion pénétra Lévy-Cœur. Il en éprouva une reconnaissance indicible... Ils échangèrent des paroles douloureuses et confuses. Quand ils se quittèrent après, plus rien ne subsistait de ce qui les avait divisés. Ils s'étaient combattus: c'était fatal, sans doute; que chacun accomplisse la loi de sa nature! Mais lorsqu'on voit arriver la fin de la tragi-comédie, on dépose les passions dont on était masqué, et l'on se retrouve face à face,—deux hommes qui ne valent pas beaucoup mieux l'un que l'autre, et qui ont bien le droit, après avoir joué leur rôle comme ils ont pu, de se donner la main.

Le mariage de Georges et d'Aurora avait été fixé aux premiers jours du printemps. La santé de Christophe déclinait rapidement. Il avait remarqué que ses enfants l'observaient, d'un air inquiet. Une fois, il les entendit, qui causaient à mi-voix. Georges disait:

—Comme il a mauvaise mine! Il est capable de tomber malade.

Et Aurora répondait:

—Pourvu qu'il n'aille pas retarder notre mariage!

Il se l'était tenu pour dit. Pauvres petits! Bien sûr qu'il n'irait pas troubler leur bonheur!

Mais il fut assez maladroit, l'avant-veille du mariage,—(il s'était ridiculement agité, les derniers jours; on eût dit que c'était lui qui allait se marier),—il fut assez sot pour se laisser reprendre par son mal ancien, un réveil de la vieille pneumonie, dont la première attaque remontait à l'époque de la Foire sur la Place. Il se traita d'imbécile. Il jura qu'il ne céderait pas, avant que le mariage ne fût fait. Il songeait à Grazia mourante, qui n'avait pas voulu l'avertir de sa maladie, à la veille d'un concert, afin qu'il ne fût pas distrait de sa tâche et de son plaisir. Cette pensée lui souriait, de faire maintenant pour sa fille,—pour elle,—ce qu'elle avait fait pour lui. Il cacha donc son mal; mais il eut de la peine à tenir jusqu'au bout. Toutefois, le bonheur des deux enfants le rendait si heureux qu'il réussit à soutenir, sans faiblesse, la longue épreuve de la cérémonie religieuse. À peine rentré à la maison, chez Colette, ses forces le trahirent; il eut juste le temps de s'enfermer dans une chambre, et il s'évanouit. Un domestique le trouva ainsi. Christophe, revenu à lui, fit défense d'en parler aux mariés, qui partaient le soir, en voyage. Ils étaient trop occupés d'eux-mêmes, pour remarquer rien autre. Ils le quittèrent gaiement, promettant de lui écrire demain, après-demain...

Aussitôt qu'ils furent partis, Christophe s'alita. La fièvre le prit, et ne le quitta plus. Il était seul. Emmanuel, malade aussi, ne pouvait venir. Christophe ne vit pas de médecin. Il ne jugeait pas son état inquiétant. D'ailleurs, il n'avait pas de domestique, pour chercher un médecin. La femme de ménage, qui venait, deux heures, le matin, ne s'intéressait pas à lui; et il trouva moyen de se priver de ses services. Il l'avait priée, dix fois, quand elle faisait la chambre, de ne pas toucher à ses papiers. Elle était obstinée; elle jugea le moment venu pour faire ses volontés, maintenant qu'il avait la tête clouée sur l'oreiller. Dans la glace de l'armoire, il la vit, de son lit, qui bouleversait tout, dans la pièce à côté. Il fut si furieux—(non, décidément, le vieil homme n'était pas mort en lui!)—qu'il sauta de ses draps, pour lui arracher des mains un paquet de paperasses et la mettre à la porte. Sa colère lui valut un bon accès de fièvre et le départ de la servante qui, vexée, ne revint plus, sans même se donner la peine de prévenir «ce vieux fou», comme elle l'appelait. Il resta donc, malade, sans personne pour le servir. Il se levait, le matin, pour prendre le pot de lait, déposé à sa porte, et pour voir si la concierge n'avait pas glissé sous le seuil la lettre promise des amoureux. La lettre n'arrivait pas; ils l'oubliaient, dans leur bonheur. Il ne leur en voulait pas; il se disait qu'à leur place, il en eut fait autant. Il songeait à leur insouciante joie, et que c'était lui qui la leur avait donnée.

Il allait un peu mieux et commençait à se lever, lorsque arriva enfin la lettre d'Aurora. Georges s'était contenté d'y joindre sa signature. Aurora s'informait peu de Christophe, lui donnait peu de nouvelles; mais en revanche, elle le chargeait d'une commission: elle le priait de lui expédier un tour de cou, qu'elle avait oublié chez Colette. Bien que ce ne fût guère important,—(Aurora n'y avait songé qu'au moment d'écrire à Christophe, et parce qu'elle cherchait ce qu'elle pourrait bien lui raconter),—Christophe, tout joyeux d'être bon à quelque chose, sortit pour chercher l'objet. Un temps de giboulées. L'hiver faisait un retour offensif. Neige fondue, vent glacial. Pas de voitures. Christophe attendit, dans un bureau d'expéditions. L'impolitesse des employés et leur lenteur voulue le jetèrent dans une irritation, qui n'avança pas ses affaires. Son état maladif était cause, en partie, de ces accès de colère, que le calme de son esprit désavouait; ils ébranlaient son corps, comme, sous la cognée, les derniers frissons du chêne qui va tomber. Il revint, transi. La concierge, en passant, lui remit une coupure de revue. Il y jeta les yeux. C'était un méchant article, une attaque contre lui. Elles se faisaient rares, maintenant. Il n'y a pas de plaisir à attaquer qui ne s'aperçoit pas de vos coups! Les plus acharnés se laissaient gagner, tout en le détestant, par une estime qui les irritait.

«On croit, avouait Bismarck, comme à regret, que rien n'est plus involontaire que l'amour. L'estime l'est bien davantage...»

Mais l'auteur de l'article était de ces hommes forts qui, mieux armés que Bismarck, échappent aux atteintes de l'estime et de l'amour. Il parlait de Christophe, en termes outrageants, et annonçait, pour la quinzaine suivante, une suite à ses attaques. Christophe se mit à rire, et dit, en se recouchant:

—Il sera bien attrapé! Il ne me trouvera plus chez moi.

On voulait qu'il prît une garde pour le soigner; il s'y refusa obstinément. Il disait qu'il avait vécu seul, que c'était bien le moins qu'il eût le bénéfice de sa solitude, en un pareil moment.

Il ne s'ennuyait pas. Dans ces dernières années, il était constamment occupé à des dialogues avec lui-même, comme si son âme était double; et, depuis quelques mois, sa société intérieure s'était beaucoup accrue: non plus deux âmes, mais dix logeaient en lui. Elles conversaient; plus souvent, elles chantaient. Il prenait part à l'entretien, ou se taisait pour les écouter. Il avait toujours sur son lit, sur sa table, à portée de sa main, du papier à musique sur lequel il notait leurs propos et les siens, en riant des reparties. Habitude machinale; les deux actes: penser et écrire, étaient devenus presque simultanés; chez lui, écrire était penser en pleine clarté. Tout ce qui le distrayait de la compagnie de ses âmes, le fatiguait, l'irritait. Même, à certains moments, les amis qu'il aimait le mieux. Il faisait effort pour ne pas trop le leur montrer; mais cette contrainte le mettait dans une lassitude extrême. Il était tout heureux de se retrouver ensuite: car il s'était perdu; impossible d'entendre les voix intérieures, au milieu des bavardages humains. Divin silence!...

Il permit seulement que la concierge, ou l'un de ses enfants, vînt, deux ou trois fois par jour, voir ce dont il avait besoin. Il leur donnait aussi les billets, que, jusqu'au dernier jour, il continua d'échanger avec Emmanuel. Les deux amis étaient presque aussi malades l'un que l'autre; ils ne se faisaient pas d'illusion. Par des chemins différents, le libre génie religieux de Christophe et le libre génie sans religion d'Emmanuel étaient parvenus à la même sérénité fraternelle. De leur écriture tremblante, qu'ils avaient de plus en plus de peine à lire, ils causaient, non de leur maladie, mais de ce qui avait toujours fait l'objet de leurs entretiens; de leur art, de l'avenir de leurs idées.

Jusqu'au jour où, de sa main qui défaillait, Christophe traça le mot du roi de Suède, mourant, dans la bataille:

«Ich habe genug, Bruder; reite dich!»[4]

Comme une succession d'étages, il embrassait l'ensemble de sa vie... L'immense effort de sa jeunesse pour prendre possession de soi, les luttes acharnées pour conquérir sur les autres le simple droit de vivre, pour se conquérir sur les démons de sa race. Même après la victoire, l'obligation de veiller, sans trêve, sur sa conquête, afin de la défendre contre la victoire même. La douceur, les épreuves de l'amitié, qui rouvre au cœur isolé par la lutte la grande famille humaine. La plénitude de l'art, le zénith de la vie. Régner orgueilleusement sur son esprit conquis. Se croire souverain de son destin. Et soudain rencontrer, au détour du chemin, les cavaliers de l'Apocalypse, le Deuil, la Passion, la Honte, l'avant-garde du Maître. Renversé, piétiné par les sabots des chevaux, se traîner tout sanglant jusqu'aux sommets où flambe, au milieu des nuées, le feu sauvage qui purifie. Se trouver face à face avec Dieu. Lutter ensemble, comme Jacob avec l'ange. Sortir du combat, brisé. Adorer sa défaite, comprendre ses limites, s'efforcer d'accomplir la volonté du Maître, dans le domaine qu'il nous a assigné. Afin, quand les labours, les semailles, la moisson, quand le dur et beau labeur serait achevé, d'avoir gagné le droit de se reposer au pied des monts ensoleillés et de leur dire:

«Bénis vous êtes! Je ne goûterai pas votre lumière. Mais votre ombre m'est douce...»

Alors, la bien-aimée lui était apparue; elle l'avait pris par la main; et la mort, en brisant les barrières de son corps, avait, dans l'âme de l'ami, fait couler l'âme de l'amie. Ensemble, ils étaient sortis de l'ombre des jours, et ils avaient atteint les bienheureux sommets, où, comme les trois Grâces, en une noble ronde, le passé, le présent, l'avenir se tiennent par la main, où le cœur apaisé regarde à la fois naître, fleurir et finir les chagrins et les joies, où tout est Harmonie...

Il était trop pressé, il se croyait déjà arrivé. Et l'étau qui serrait sa poitrine haletante, et le délire tumultueux des images qui heurtaient sa tête brûlante, lui rappelaient qu'il restait la dernière étape, la plus dure à fournir... En avant!...

Il était cloué dans son lit, immobile. À l'étage au-dessus, une sotte petite femme pianotait, pendant des heures. Elle ne savait qu'un morceau; elle répétait inlassablement les mêmes phrases; elle y avait tant de plaisir! Elles lui étaient une joie et une émotion de toutes les couleurs. Et Christophe comprenait son bonheur; mais il en était agacé, à pleurer. Si du moins elle n'avait pas tapé si fort! Le bruit était aussi odieux à Christophe que le vice... Il finit par se résigner. C'était dur d'apprendre à ne plus entendre. Pourtant, il y eut moins de peine qu'il n'eût pensé. Il s'éloignait de son corps. Ce corps malade et grossier... Quelle indignité d'y avoir été enfermé, tant d'années! Il le regardait s'user, et il pensait:

—Il n'en a plus pour longtemps.

Il se demanda, pour tâter le pouls à son égoïsme humain:

—Que préférerais-tu? Ou que le souvenir de Christophe, de sa personne et de son nom s'éternisât et que son œuvré disparût? Ou que son œuvre durât et qu'il ne restât aucune trace de ta personne et de ton nom?

Sans hésiter, il répondit:

—Que je disparaisse, et que mon œuvre dure! J'y gagne doublement: car il ne restera de moi que le plus vrai, que le seul vrai. Périsse Christophe!...

Mais, peu de temps après, il sentit qu'il devenait aussi étranger à son œuvre qu'à lui-même. L'enfantine illusion de croire à la durée de son art! Il avait la vision nette non seulement du peu qu'il avait fait, mais de la destruction qui guette toute la musique moderne. Plus vite que toute autre, la langue musicale se brûle; au bout d'un siècle ou deux, elle n'est plus comprise que de quelques initiés. Pour qui existent encore Monteverdi et Lully? Déjà, la mousse ronge les chênes de la forêt classique. Nos constructions sonores, où chantent nos passions, seront des temples vides, s'écrouleront dans l'oubli... Et Christophe s'étonnait de contempler ces ruines, et de n'en être pas troublé.

—Est-ce que j'aime moins la vie? se demandait-il, étonné.

Mais il comprit aussitôt qu'il l'aimait beaucoup plus... Pleurer sur les ruines de l'art? Elles n'en valent pas la peine. L'art est l'ombre de l'homme, jetée sur la nature. Qu'ils disparaissent ensemble, lampés par le soleil! Ils m'empêchent de le voir... L'immense trésor de la nature passe à travers nos doigts. L'intelligence humaine veut prendre l'eau qui coule, dans les mailles d'un filet. Notre musique est illusion. Notre échelle des sons, nos gammes sont invention. Elles ne correspondent à aucun son vivant. C'est un compromis de l'esprit entre les sons réels, une application du système métrique à l'infini mouvant. L'esprit avait besoin de ce mensonge, pour comprendre l'incompréhensible; et, comme il voulait y croire, il y a cru. Mais cela n'est pas vrai. Cela n'est pas vivant. Et la jouissance, que donne à l'esprit cet ordre créé par lui, n'a été obtenue qu'en faussant l'intuition directe de ce qui est. De temps en temps, un génie, en contact passager avec la terre, aperçoit brusquement le torrent du réel, qui déborde les cadres de l'art. Les digues craquent. La nature rentre par une fissure. Mais aussitôt après, la fente est bouchée. Sauvegarde nécessaire pour la raison humaine! Elle périrait, si ses yeux rencontraient les yeux de Jéhovah. Alors, elle recommence à cimenter sa cellule, où rien n'entre du dehors, qu'elle n'ait élaboré. Et cela est beau, peut-être, pour ceux qui ne veulent pas voir... Mais moi, je veux voir ton visage, Jéhovah! Dût-il m'anéantir, je veux entendre le tonnerre de ta voix. Le bruit de l'art me gêne. Que l'esprit se taise! Silence à l'homme!...

Mais quelques minutes après ces beaux discours, il chercha, en tâtonnant, une des feuilles de papier, éparses sur les draps, et il essaya encore d'y écrire quelques notes. Lorsqu'il s'aperçut de sa contradiction, il sourit, et il dit:

—Ô ma vieille compagne, ma musique, tu es meilleure que moi. Je suis un ingrat, je te congédie. Mais toi, tu ne me quittes point; tu ne te laisses pas rebuter par mes caprices. Pardon! tu le sais bien, ce sont là des boutades. Je ne t'ai jamais trahie, tu ne m'as jamais trahi, nous sommes sûrs l'un de l'autre. Nous partirons ensemble, mon amie. Reste avec moi, jusqu'à la fin.

Bleib bei uns...

ところがドイツからもどってきて彼は、「小羊」が死んだことを知った。彼の父親的利己心はすぐにこう考えた。

「もしこれが俺の娘だったら!」

そして彼はレヴィー・クールにたいする深い憐愍れんびんの念に駆られた。初めは手紙を書こうとした。二度も書きかけた。しかし満足がゆかなかった。嫌いやな恥ずかしさを感じた。そして手紙は出さなかった。しかし数日後、レヴィー・クールにまた出会って、そのやつれた顔をみると、辛抱ができなかった。まっすぐに進み寄っていって、両手を差し出した。レヴィー・クールのほうでも、なんら理屈なしにその手を握った。クリストフは言った。

「不幸だったそうですね!……」

その感動の様子はレヴィー・クールの心に沁しみ通った。そして言い知れぬ感謝の念を覚えた……。二人は悲しい取り留めのない言葉をかわした。そのあとで別れたときには、二人を隔てていたものはもう何も残っていなかった。二人はたがいに戦ってはきた。それはもとより致し方ないことだった。人はそれぞれ自分の天性の掟おきてを果たすべきである。しかし悲喜劇の終わりが来るのを見るときには、仮面としていた熱情を脱ぎ去って、たがいに顔と顔とを見合わす――そしてたがいに大して優劣のない二人の者は、自分の役目をできるかぎりよく演じてきたあとに、握手をし合う権利をまさしくもっている。

ジョルジュとオーロラとの結婚は、春の初めに決定していた。クリストフの健康はずんずん衰えていった。彼は子供たちから不安な眼でながめられてることに気づいた。あるとき彼は二人が小声で話してるのを聞きとった。ジョルジュは言っていた。
「ほんとに顔色が悪い! 今に病気になられるかもしれない。」

オーロラは答えていた。

「そのために私たちの結婚が遅れるようなことにならなければよいけれど!」

彼はそれを当然のことと思った。憐あわれな子供たちよ! どうあっても彼らの幸福の邪魔となるものか!

しかし彼はずいぶん不注意だった。結婚の前々日――(彼はその数日間おかしなほどそわそわしていた。あたかも自分が結婚でもするようだった。)――ずいぶん馬鹿げたことをやって、また昔からの病気にかかってしまった。宿痾しゅくあの肺炎が再発したのであって、広場の市時代からかかり始めたものだった。彼は自分を馬鹿だとした。結婚が済むまでは倒れないぞと誓った。死にかかったグラチアが、音楽会の前日に、仕事や喜びから彼の気を散らさせないようにと、自分の病気を知らせなかったことを彼は思い浮かべた。そして今や、彼女が自分にしてくれたとおりのことを彼女の娘に――彼女に――してやるという考えが、彼を微笑ほほえました。それで彼は病気を隠した。終わりまでもち堪えるのは困難だったけれども、二人の子供の幸福を非常に喜んでいたので、長い宗教上の儀式をしっかりと堪えることができた。そしてコレットの家へもどるや否や、我にもなく力がつきてしまった。ようやく一室に閉じこもるだけの余裕しかなかった。そして気を失った。一人の下男が気を失ってる彼を見つけた。クリストフは我に返ったが、その晩、旅に出る新婚の二人へは、それを知らせることを禁じた。二人は自分のことばかりに気を奪われていて、他のことは何にも気づかなかった。二人は明日……明後日……手紙を上げると約束しながら、快活に彼と別れた。

二人が出発してしまうとすぐに、クリストフは床についた。熱が出てもう下がらなかった。彼は一人きりだった。エマニュエルも病気で来ることができなかった。クリストフは医者を迎えなかった。心配な容態だとは思っていなかった。それに、医者を呼びにやる召使もいなかった。毎朝二時間ずつやって来る家政婦は、彼に同情を寄せていなかった。そのうえ、彼はその世話をもなくしてしまうようなことをした。彼女が室を片付けるときには、紙類にさわらないようにと彼は幾度も頼んでおいた。彼女は強情だった。今や彼が枕まくらから頭が上がらなくなったので、自分の思いどおりにする時機が来たのだと考えた。彼は寝床から、戸棚とだなの大鏡の中で、彼女がつぎの室で何もかもひっくり返してるのを見てとった。彼はかっと怒って――(たしかに彼のうちにも昔の気性は失うせていなかった)――蒲団ふとんの中から飛び出し、彼女の手から紙包みを引ったくり、彼女を追い出してしまった。その憤怒のために、彼はかなりの熱の発作に襲われ、女中は立ち去ってしまった。彼女は疳癪かんしゃくを起こして、彼女のいわゆる「この気違い爺じじい」に一言の断わりもせずに、二度と姿を見せなかった。それで彼は病気になりながらも、だれも世話してくれる者がいなかった。彼は毎朝起き上がっては、戸口に置かれてる牛乳瓶びんを取りにゆき、二人の恋人たちの約束の手紙を、門番が扉とびらの下に差し入れてやしないかを見にいった。手紙はなかなか来なかった。彼らは幸福のあまり彼のことを忘れていた。でも彼らを恨みはしなかった。自分が彼らの身になったら同じようにするだろうと考えた。彼は彼らの夢中な喜びのことを考え、それを彼らに与えてやったのは自分だと考えてみた。

彼は多少快方に向かって床から起き始めた。そのときついにオーロラの手紙が来た。ジョルジュはそれに自分の名を書き添えるだけで満足していた。オーロラはクリストフの様子をあまり尋ねもせず、自分たちの消息をあまり伝えもしなかった。その代わりに、用件を一つ頼んできた。コレットの家に置き忘れてる首巻を送ってくれと言っていた。それは大したことではなかった――(オーロラは、クリストフに手紙を書いてるさい、どういうことを書き送ろうかと考えたときにふとそれを思い浮かべたにすぎなかった。)――けれどもクリストフは、何かの用をしてやるのがうれしくて、その品物を捜しに出かけていった。驟雨しゅうう模様の天気だった。ひどい冬の天候にちょっともどっていた。雪が解けて冷たい風が吹いていた。馬車が見当たらなかった。クリストフは発車場で待った。雇員らの不愛想さや故意にぐずついてる態度などに、彼はいらだってきたが、それで事がはかどるわけではなかった。そういう発作的な疳癪かんしゃくは半ば病態のせいで、穏やかな精神はそれに与くみしていなかった。がその疳癪のために、彼の身体はひどく揺り動かされた。あたかも倒れんとする樫かしの木が斧おのの下に最後のおののきをするようなものだった。彼は凍えきってもどってきた。通りがかりに門番の女が、雑誌の切り抜きを彼に渡した。彼はそれをちょっとのぞいてみた。意地悪い記事で、彼にたいする攻撃だった。今では彼はめったに攻撃を受けていなかった。打撃に気を止めない者を攻撃しても面白いものではない。もっともいきりたってる人々さえ、彼をきらいながらも、心に添わない一種の尊敬をいだかせられるようになっていた。

ビスマルクは遺憾げに白状している。「恋愛ほど意のままにならぬものはないと思われているが、尊敬はなおはるかに意のままにならぬものだ……。」

しかしこの記事の筆者は、ビスマルクよりもいっそう頑強がんきょうで、尊敬や恋愛にとらわれない強い人物の一人だった。彼はクリストフのことを迫害的な言葉で述べて、半月後の次号で攻撃の続きを発表すると言っていた。クリストフは笑い出して、床につきながら言った。

「此奴こいつは当てがはずれるだろう。そのとき俺がもう自分の住家にはいないことを知るだろう。」

彼は看護婦を雇って看病してもらうようにと勧められた。けれどそれを頑固に拒んだ。自分はもうかなり一人きりで暮らしてきたし、こういうときには孤独のほうがかえってありがたい、と言っていた。

彼は退屈しなかった。この数年間彼は、自分自身とたえず対語をしてきた。あたかも彼の魂は二つあるかのようだった。そして数か月以来、内部の人数はたいへん増していた。もう二つの魂ばかりではなくて、十余りの魂が彼のうちに住んでいた。それらはたがいに話をしていたし、またたいていは歌っていた。彼はその談話に加わったり、あるいは黙ってその歌を聴いていた。寝台の上やテーブルの上など手の届くところに、いつも五線紙を置いていて、自分や魂たちなどの応答を面白がって、その話を書きしるしていた。それは機械的な習慣だった。考えることと書くこととの二つの行為は、ほとんど同時に行なわれるようになっていた。彼にとっては、書くことは、明白に考えることだった。その魂の仲間から彼を引き離す事柄はみな、彼を疲らせいらだたせた。時によると彼がもっとも愛してる友人たちでさえそうだった。彼はその様子を彼らに示すまいとつとめた。しかしその拘束は彼をひどく困憊こんぱいさした。そのあとで自分自己をまた見出すとたいへんうれしかった。というのは、彼は自分自身を見失ったからである。人間の饒舌じょうぜつのなかでは、自分の内部の声を聞きとることはできなかった。崇高なる沈黙なるかなである……。

彼はただ門番の女かあるいはその子供のだれかが、日に二、三度用をしにくるのを許したばかりだった。手紙も彼らに出してもらった。彼は最後の日までエマニュエルと手紙の往復をつづけた。二人はほとんど同じくらいひどく病んでいた。そして自分の命に空から望みをかけてはいなかった。クリストフの宗教的な自由な天才と、エマニュエルの無宗教的な自由な天才とは、異なった道を通って、同じ親和的な晴朗の域に達していた。二人はしだいに読みにくくなる震えた手跡で、自分たちの病気のことをではなく、常に話題としていた事柄について、自分たちの観念の未来や自分たちの芸術などについて、話をし合った。
そして最後にある日、クリストフはもうきかなくなり始めてる手で、戦死しかけたスウェーデン王の言葉を書いた。

――予はこれにて足れり、兄弟よ、汝みずからを救えよ!

彼は自分の生涯しょうがいの全体を一連の階梯かいていとして見渡した……。自己を所有せんがための、青春の広大なる努力、単に生きるの権利を他人より獲得せんがため、己おのが民族の悪鬼よりおのれを獲得せんがための、熱烈なる闘争。勝利のあとにもなお、戦利品を勝利そのものから保護するために、間断なく監視するの義務。孤独なる心に人類の大家庭を奮って開いてくれる友情の、愉悦やまたは艱難かんなん。芸術の豊満。生の絶頂。征服したる己が精神の上に傲然ごうぜんと君臨する。おのれの運命の支配者たるを感ずる。そして突然、黙示録の騎士らに、喪や受難や恥や、主しゅの前衛などに、道の曲がり角にて出会う。馬蹄ばていに蹴け倒され踏みにじられながらも、雲霧の中に浄化の荒い火が燃えている山嶺さんれいまで、血まみれになってたどりゆく。神と相面して立つ。ヤコブが天使と戦うように、神と戦う。打ち拉ひしがれて戦いより出る。おのれの敗北を賛美し、おのれの範囲を了解し、主しゅより指定された領分において、主の意志を果たさんと努力する。かくして、耕作と播種はしゅと収穫とを終え、辛つらいまた美しい労働を終えたとき、日に照らされた連山の麓ふもとに憩いこうの権利を得て、その山々に向かって言う。
「汝らに祝福あれかし! 予は汝らの光明を味わい得ないであろう。しかし汝らの影は予には快い……。」
そのとき、愛いとしき彼女が彼に現われたのだった。彼女は彼の手を取ってくれた。そして死は彼女の身体の垣かきを破りながら、彼女の魂を、友の魂のうちに流し込んだ。彼らはいっしょに月日の影の外に出でて、多幸なる山嶺へ到達した。そこには、三人の美の女神のごとく、気高きロンドをなして、過去と現在と未来とが手をつなぎ合っていた。そこでは、和らいだ心は、悲しみと喜びとが生まれ花咲き消え失せるのを、一度にながめやった。そこでは、すべてが調和であった……。

彼はあまり気が急いでいた。すでに終局に達したものと思っていた。しかも彼のあえぐ胸をしめつける万力まんりきは、彼の焼けるような頭にぶつかる種々の面影の騒々しい錯乱は、もっとも困難な最後の行程がなお残っていることを、彼に思い出さした……。前進せんかな!……

彼は自分の病床にじっと釘くぎ付けになっていた。上の階では一人の馬鹿な女が、幾時間もピアノをかき鳴らしていた。彼女はただ一つの楽曲きり知らなかった。同じ楽句を飽くことなく繰り返していた。彼女にはそれがたいへん楽しみだった。それらの楽句は彼女に、あらゆる色彩の喜びと情緒とを与えた。クリストフにも彼女の幸福はわかった。しかし彼は泣きたいほどそれに悩まされた。少なくともそんなに強くピアノをたたいてさえくれなかったら! 騒音は彼にとっては悪徳にも劣らず嫌いやなものだった……。が彼もついにはあきらめた。耳に入れまいとするのは辛つらいことだった。けれども思ったほどむずかしいことではなかった。彼は肉体から遠ざかりかけていた。病みほうけた粗末なその肉体……。その中にかくも多年の間こもってきたことは、なんと不名誉なことだろう! 彼は肉体が磨滅まめつしてゆくのをながめて、こう考えた。

「もう長くはもつまい。」

彼は自分の人間的利己心の脈をみるためにみずから尋ねた。
「お前はどちらを望むか、クリストフの記憶や一身や名前などが永続してその作品が滅びることをか、あるいは、その作品が存続してその一身と名前とが跡方もなく滅びることをか?」

彼は躊躇ちゅうちょせずに答えた。

「俺おれが滅びて俺の作品が存続することだ! それが俺には一挙両得なのだ。なぜなれば、もっともほんとうのものだけが、唯一のほんとうのものだけが、俺から残ることになるのだから。クリストフは死滅するがよい!」

しかししばらくたつと、彼は自分自身にたいすると同様に自分の作品にたいしても無関心になったのを感じた。自分の芸術の存続を信ずることの幼稚なる幻よ! 彼は自分の作ったものがいかに僅少きんしょうであるかをはっきり見てとったばかりでなく、近代音楽全体をねらってる破壊の力をもはっきり見てとった。他のいかなるものよりもいっそう早く音楽上の言葉は燃えつきる。一、二世紀もたてば、それはもはや数人の専門家によってしか理解されない。モンテヴェルディやリュリーなど、現在だれにとって生きてるか。古典音楽の森の樫かしの木もすでに苔こけに食われてる。われわれの熱情が歌ってるわれわれの音楽の建築も、やがては空虚な殿堂となって忘却のうちに崩壊するだろう……。そしてクリストフは、そういう廃墟はいきょをながめやってうち驚き、またそれに少しも心を乱されないのを驚いた。

「俺は生を前ほど愛さなくなったのだろうか?」と彼はびっくりしてみずから怪しんだ。

しかし彼は自分がいっそう深く生を愛してることをすぐに悟った……。芸術の廃墟に涙をそそげというのか? 否廃墟はそれにも価しない。芸術は自然の上に投げつけられた人間の影である。芸術と人とは太陽にのみ込まれて共に消え失せるがいい! それらは太陽を見ることを妨げるのだ……。自然の広大なる宝はわれわれの指の間から漏れ落ちる。人間の才知は水をとらえようとしても、水は網の目から流れ出る。われわれの音楽は幻影である。われわれの音楽の階段は、音階は、こしらえ物である。それは生ける音楽のいずれにも一致しない。それは実際の音響の間になされた精神の妥協であり、無限の動きにたいするメートル法の適用である。人の精神は不可解なるものを理解せんがために、そういう虚偽を必要とした。その虚偽を信じたかったので信じてしまった。しかしそれは真実のものではない。それは生きてるものではない。そして、人の精神が自分の手でこしらえ上げたその秩序によって感ずる享楽は、実在せるものにたいする直接の直覚をゆがめなければ得られなかった。ただときどきある天才が、大地としばし接触しては、芸術の領域からあふれてる現実の急流に突然気づく。堤防は張り裂ける。自然は割れ目からはいってくる。しかしすぐに穴はふさがれる。人間の理性を保全するためにそれが必要である。人間の理性はもしエホバと眼を見合わしたら滅びてしまうであろう。かくて理性はふたたびおのれの独房をセメントで固め始める。そこへは理性がこしらえたもののほかは何も外部からはいって来ない。そしてそれはおそらく、見ることを欲しない者にとっては美うるわしいであろう……。しかし予は、エホバよ、汝の顔を見んことを欲する。たとい撃滅されようとも、汝の雷のごとき声を聞かんことを欲する。芸術の声音では窮屈である。人の精神よ黙れ! 人間に沈黙あれ!……

しかしそういうりっぱな口をきいてから数分たつと、彼は蒲団ふとんの上に散らかってる紙を一枚手探りに捜して、それになお多少の譜を書きつけようとした。そして自分の矛盾に気がついたとき、彼は微笑ほほえんで言った。
「おう私の古い伴侶はんりょよ、私の音楽よ、お前は私よりも善良である。私は恩知らずにもお前を追い払おうとした。しかしお前はけっして私を離れない。私の気紛れにも気を落とさない。許しておくれ、お前も知ってるとおりあれは冗談だ。私はかつてお前を裏切ったことがないし、お前はかつて私を裏切ったことがないし、私たちはたがいに信じ合っている。ねえ、いっしょに旅だとう。最後まで私といっしょにいておくれ。」

とどまれよわれらのそばに……

 

Il venait de se réveiller d'une longue torpeur, lourde de fièvre et de rêves. D'étranges rêves, dont il était encore imprégné. Et maintenant, il se regardait, il se touchait, il se cherchait, il ne se retrouvait plus. Il lui semblait qu'il était «un autre». Un autre, plus cher que lui-même... Qui donc?... Il lui semblait qu'en rêve, un autre s'était incarné en lui. Olivier? Grazia?... Son cœur, sa tête étaient si faibles! Il ne distinguait plus entre ses aimés. À quoi bon distinguer? Il les aimait tous autant.

Il restait ligoté, dans une sorte de béatitude accablante. Il ne voulait pas bouger. Il savait que la douleur, embusquée, le guettait, comme le chat la souris. Il faisait le mort. Déjà!... Personne dans la chambre. Au-dessus de sa tête, le piano s'était tu. Solitude. Silence. Christophe soupira.

—Qu'il est bon de se dire, à la fin de sa vie, qu'on n'a jamais été seul, même quand on l'était le plus!... Âmes que j'ai rencontrées sur ma route, frères qui m'avez, un instant, donné la main, esprits mystérieux éclos de ma pensée, morts et vivants,—tous vivants,—ô tout ce que j'ai aimé, tout ce que j'ai créé! Vous m'entourez de votre chaude étreinte, vous me veillez, j'entends la musique de vos voix. Béni soit le destin, qui m'a fait don de vous! Je suis riche, je suis riche... Mon cœur est rempli!...

Il regardait la fenêtre... Un de ces beaux jours sans soleil, qui, disait Balzac le vieux, ressemblent à une belle aveugle... Christophe s'absorbait dans la vue passionnée d'une branche d'arbre qui passait devant les carreaux. La branche se gonflait, les bourgeons humides éclataient, les petites fleurs blanches s'épanouissaient; il y avait, dans ces fleurs, dans ces feuilles, dans tout cet être qui ressuscitait, un tel abandon extasié à la force renaissante que Christophe ne sentait plus son oppression, son misérable corps qui mourait, pour revivre en la branche d'arbre. Le doux rayonnement de cette vie le baignait. C'était comme un baiser. Son cœur trop plein d'amour se donnait au bel arbre, qui souriait à ses derniers instants. Il songeait qu'à cette minute, des milliers d'êtres s'aimaient, que cette heure d'agonie pour lui pour d'autres était une heure d'extase, qu'il en est toujours ainsi, que jamais ne tarit la joie puissante de vivre. Et, suffoquant, d'une voix qui n'obéissait plus à sa pensée,—(peut-être même aucun son ne sortait de sa gorge; mais il ne s'en apercevait pas)—il entonna un cantique à la vie.

Un orchestre invisible lui répondit. Christophe se disait:

—Comment font-ils, pour savoir? Nous n'avons pas répété. Pourvu qu'ils aillent jusqu'au bout, sans se tromper!

Il tâcha de se mettre sur son séant, afin qu'on le vit bien de tout l'orchestre, marquant la mesure, avec ses grands bras. Mais l'orchestre ne se trompait pas; ils étaient sûrs d'eux-mêmes. Quelle merveilleuse musique! Voici qu'ils improvisaient maintenant les réponses! Christophe s'amusait:

—Attends un peu, mon gaillard! Je vais bien t'attraper.

Et, donnant un coup de barre, il lançait capricieusement la barque, à droite, à gauche, dans des passes dangereuses.

—Comment te tireras-tu de celle-ci?... Et de celle-là? Attrape!... Et encore de cette autre?

Ils s'en tiraient toujours; ils répondaient aux audaces par d'autres encore plus risquées.

—Qu'est-ce qu'ils vont inventer? Sacrés malins!...

Christophe criait bravo, et riait aux éclats.

—Diable! C'est qu'il devient difficile de les suivre! Est-ce que je vais me laisser battre?... Vous savez, ce n'est pas de jeu! Je suis fourbu, aujourd'hui... N'importe! Il ne sera pas dit qu'ils auront le dernier mot...

Mais l'orchestre déployait une fantaisie d'une telle abondance, d'une telle nouveauté qu'il n'y avait plus moyen de faire autre chose que de rester, à l'entendre, bouche bée. On en avait le souffle coupé... Christophe se prenait en pitié:

—Animal! se disait-il, tu es vidé. Tais-toi! L'instrument a donné tout ce qu'il pouvait. Assez de ce corps! Il m'en faut un autre.

Mais le corps se vengeait. De violents accès de toux l'empêchaient d'écouter:

—Te tairas-tu!

Il se prenait à la gorge, il se frappait la poitrine à coups de poing, comme un ennemi qu'il fallait vaincre. Il se revit, au milieu d'une mêlée. Une foule hurlait. Un homme l'étreignit, à bras-le-corps. Ils roulaient ensemble. L'autre pesait sur lui. Il étouffait.

—Lâche-moi, je veux entendre!... Je veux entendre! Ou je te tue!

Il lui martelait la tête contre le mur. L'autre ne lâchait point.

—Mais qui est-ce, à présent? Avec qui est-ce que je lutte, enlacé? Quel est ce corps que je tiens, qui me brûle?...

Mêlées hallucinées. Un chaos de passions. Fureur, luxure, soif de meurtre, morsures des étreintes charnelles, toute la bourbe de l'étang soulevée, une dernière fois...

—Ah! est-ce que cela ne sera pas bientôt la fin? Est-ce que je ne vous arracherai pas, sangsues collées à ma chair?... Tombe donc avec elles, ma charogne!

Des épaules, des reins, des genoux, Christophe, arc-bouté, repousse l'invisible ennemi... Il est libre!... Là-bas, la musique joue toujours, s'éloignant. Christophe, ruisselant de sueur, tend les bras vers elle:

—Attends-moi! Attends-moi!

Il court, pour la rejoindre. Il trébuche. Il bouscule tout... Il a couru si vite qu'il ne peut plus respirer. Son cœur bat, son sang bruit dans ses oreilles: un chemin de fer, qui roule sous un tunnel...

—Est-ce bête, bon Dieu!

Il faisait à l'orchestre des signes désespérés, pour qu'on ne continuât pas sans lui... Enfin! sorti du tunnel!... Le silence revenait. Il entendit, de nouveau.

—Est-ce beau! Est-ce beau! Encore! Hardi, mes gars... Mais de qui cela peut-il être?... Vous dites? Vous dites que cette musique est de Jean-Christophe Krafft? Allons donc! Quelle sottise! Je l'ai connu, peut-être! Jamais il n'eût été capable d'en écrire dix mesures... Qui est-ce qui tousse encore? Ne faites pas de bruit! Quel est cet accord-là?... Et cet autre?... Pas si vite! Attendez!...

Christophe poussait des cris inarticulés; sa main, sur le drap qu'elle serrait, faisait le geste d'écrire; et son cerveau épuisé, machinalement continuait à chercher de quels éléments étaient faits ces accords et ce qu'ils annonçaient. Il n'y parvenait point: l'émotion faisait lâcher prise. Il recommençait... Ah! cette fois, c'était trop...

—Arrêtez, arrêtez, je n'en puis plus...

Sa volonté se desserra tout à fait. De douceur, Christophe ferma les yeux. Des larmes de bonheur coulaient de ses paupières closes. La petite fille qui le gardait, sans qu'il s'en aperçût, pieusement les essuya. Il ne sentait plus rien de ce qui se passait ici-bas. L'orchestre s'était tu, le laissant sur une harmonie vertigineuse, dont l'énigme n'était pas résolue. Le cerveau, obstiné, répétait:

—Mais quel est cet accord? Comment sortir de là? Je voudrais pourtant bien trouver l'issue, avant la fin...

Des voix s'élevaient maintenant. Une voix passionnée. Les yeux tragiques d'Anna... Mais dans le même instant, ce n'était plus Anna. Ces yeux pleins de bonté...

—Grazia, est-ce toi?... Qui de vous? Qui de vous? Je ne vous vois plus bien... Pourquoi donc le soleil est-il si long à venir?

Trois cloches tranquilles sonnèrent. Les moineaux, à la fenêtre, pépiaient pour lui rappeler l'heure où il leur donnait les miettes du déjeuner... Christophe revit en rêve sa petite chambre d'enfant... Les cloches, voici l'aube! Les belles ondes sonores coulent dans l'air léger. Elles viennent de très loin, des villages là-bas... Le grondement du fleuve monte derrière la maison... Christophe se retrouve accoudé, à la fenêtre de l'escalier. Toute sa vie coulait sous ses yeux, comme le Rhin. Toute sa vie, toutes ses vies, Louisa, Gottfried, Olivier, Sabine...

—Mère, amantes, amis... Comment est-ce qu'ils se nomment?... Amour, où êtes-vous? Où êtes-vous, mes âmes? Je sais que vous êtes là, et je ne puis vous saisir.

—Nous sommes avec toi. Paix, notre bien-aimé!

—Je ne veux plus vous perdre. Je vous ai tant cherchés!

—Ne te tourmente pas. Nous ne te quitterons plus.

—Hélas! le flot m'emporte.

—Le fleuve qui t'emporte, nous emporte avec toi.

—Où allons-nous?

—Au lieu où nous serons réunis.

—Sera-ce bientôt?

—Regarde!

Et Christophe, faisant un suprême effort pour soulever la tête,—(Dieu! qu'elle était pesante! )—vit le fleuve débordé, couvrant les champs, roulant auguste, lent, presque immobile. Et, comme une lueur d'acier, au bord de l'horizon, semblait courir vers lui une ligne de flots d'argent, qui tremblaient au soleil. Le bruit de l'Océan... Et son cœur, défaillant, demanda:

—Est-ce Lui?

La voix de ses aimés lui répondit:

—C'est Lui.

Tandis que le cerveau, qui mourait, se disait:

—La porte s'ouvre... Voici l'accord que je cherchais!... Mais ce n'est pas la fin? Quels espaces nouveaux!... Nous continuerons demain.

Ô joie, joie de se voir disparaître dans la paix souveraine du Dieu, qu'on s'est efforcé de servir, toute sa vie!...

—Seigneur, n'es-tu pas trop mécontent de ton serviteur? J'ai fait si peu! Je ne pouvais davantage... J'ai lutté, j'ai souffert, j'ai erré, j'ai créé. Laisse-moi prendre haleine dans tes bras paternels. Un jour, je renaîtrai, pour de nouveaux combats.

Et le grondement du fleuve, et la mer bruissante chantèrent avec lui:

—Tu renaîtras. Repose! Tout n'est plus qu'un seul cœur. Sourire de la nuit et du jour enlacés. Harmonie, couple auguste de l'amour et de la haine! Je chanterai le Dieu aux deux puissantes ailes. Hosanna à la vie! Hosanna à la mort!

Christofori faciem die quacumque tueris,
Illa nempe die non morte mala morieris.

Saint Christophe a traversé le fleuve. Toute la nuit, il a marché contre le courant. Comme un rocher, son corps aux membres athlétiques émerge au-dessus des eaux. Sur son épaule gauche est l'Enfant, frêle et lourd. Saint Christophe s'appuie sur un pin arraché, qui ploie. Son échine aussi ploie. Ceux qui l'ont vu partir ont dit qu'il n'arriverait point. Et l'ont suivi longtemps leurs railleries et leurs rires. Puis, la nuit est tombée, et ils se sont lassés. À présent, Christophe est trop loin pour que les cris l'atteignent de ceux restés là-bas. Dans le bruit du torrent, il n'entend que la voix tranquille de l'Enfant, qui tient de son petit poing une mèche crépue sur le front du géant, et qui répète: «Marche!»—Il marche, le dos courbé, les yeux, droit devant lui, fixés sur la rive obscure, dont les escarpements commencent à blanchir.

Soudain, l'angélus tinte, et le troupeau des cloches s'éveille en bondissant. Voici l'aurore nouvelle! Derrière la falaise, qui dresse sa noire façade, le soleil invisible monte dans un ciel d'or. Christophe, près de tomber, touche enfin à la rive. Et il dit à l'Enfant:

—Nous voici arrivés! Comme tu étais lourd! Enfant, qui donc es-tu?

Et l'Enfant dit:

—Je suis le jour qui va naître.

「とどまれよわれらのそばに」の楽譜

彼は熱と夢とで重々しい長い喪心の状態から覚めた。覚めたあとまでもまだ残ってる不思議な夢だった。そして、今彼は、自分の身を顧み、自分の身体にさわり、自分自身を捜し求め、もう自分で自分がわからなかった。あたかも「も一人の者」になったかのような気がした。自分自身よりもいっそう親愛なも一人の者……それはいったいだれだったか?……夢のなかでその者が自分のうちに化身けしんしたかのようだった。それはオリヴィエか、グラチアか?……彼の心も頭も非常に弱っていた。彼はもう自分の愛する人たちの間の見分けもつかなかった。見分けてどうしょう? 彼は彼らを皆一様に愛していた。

圧倒してくる一種の法悦のうちに、彼はじっと縛られたようになっていた。身を動かしたくなかった。あたかも猫ねこが鼠ねずみをねらいすますように、苦痛が待ち伏せて窺うかがってることを、知っていた。彼は死人のようにしていた。すでにもう……。室の中にはだれもいなかった。頭の上のピアノの音もやんでいた。静寂……沈黙……。クリストフは溜ため息をついた。

「生涯しょうがいの終わりに及んで、かつて孤独なことがなかったと、もっとも一人ぽっちのときにも孤独ではなかったと、みずから考えるのはなんといいことだろう!……私が生涯の途上で出会った魂たちよ、一時私に手をかしてくれた同胞たちよ、私の思想から咲き出た神秘な精神たちよ、死者や生者よ――否すべて生者たちよ――おう、私が愛したすべてのものよ、私が創造したすべてのものよ! 君たちは温かい抱擁で私を取り巻いてくれ、私を見守っていてくれる。私には君たちの声の音楽が聞こえる。私へ君たちを授けてくれた運命に祝福あれ! 私は富んでいる、ほんとに富んでいる……。私の心は満たされている!……」

彼は窓をながめた……。陽ひのかげった美しい日だった。老バルザックが言ったように、盲目の美人に似てる日の一つだった……。クリストフは窓の前に差し出てる木の枝を、熱い心でじっと見入った。その枝はむくむくと太っていて、しっとりした若芽が萌もえ出し、白い小さな花が咲き出していた。そしてそれらの花の中には、それらの若葉の中には、よみがえったその生存の中には、復活の力に恍惚こうこつと身を任せてるさまが見えていたので、クリストフはもはや、自分の息苦しさも死にかかってる惨みじめな身体もすべて感じなくなって、その樹木の枝のうちに生き返った。その生命のやさしい輝きが彼を浸した。それは一つの接吻せっぷんに等しかった。あまりに愛に満ちてる彼の心は、彼の臨終のおりに微笑ほほえんでるその美しい樹木に、自分自身を与えてやった。そして彼は、この瞬間にもたがいに愛し合ってる無数の者がいること、自分にとっては臨終の苦悶くもんの時間も、他の人たちにとっては恍惚こうこつの時間であること、常にかくのとおりであること、生の力強い喜びはけっして尽きないこと、などを考え浮かべた。彼は息をつまらせながら、もう思うままにならない声で

――(おそらく彼の喉のどからはなんらの声音も出なかったろうが、彼はそれに気づかなかった)――生にたいする賛歌を歌った。
眼に見えない管弦楽団が彼の歌に答えた。彼は考えた。
「どうして彼らはあんなことを知ってるのだろう? 練習をしたこともないのに。間違えずに最後までやってくれればいいが!」
彼は両腕を振り動かして拍子を取りながら、管弦楽団の全員に見えるようにと、身を起こしてすわろうとした。でも管弦楽団は間違いをしなかった。自分たちの腕前を確信していた。なんという霊妙な音楽だろう! 今や彼らは照応の曲を即興演奏しはじめていた。クリストフは面白くなってきた。

「ちょっと待て、面白い奴やつらだ。俺がみごとにとらえてやる。」
そして彼は水棹さおでぐっと一突きして、舟を気ままに右や左へあやつりながら危険な水路の中へはいっていった。
「どうしてこんな所を乗り越せるのか?……またそんな所を?……そらとらえたぞ!……またもやそんな所へ?」
彼らはいつもうまく乗り越していった。彼の大胆さに対抗して、さらにいっそう危険な冒険をした。
「何をしでかすことやらわからない。狡猾こうかつな奴らめ!……」
クリストフは喝采かっさいの声をあげまた大笑いをした。
「畜生! あとについてゆくのがむずかしくなってきたぞ! 俺のほうが負かされるかしら……。おい冗談じゃないぞ! 今日俺は疲れてるんだ……。なに構うものか。君らが最後の勝利を占めるとはきまってやしない……。」

しかしその管弦楽団はいかにも豊麗ないかにも新しい幻想曲ファンタジアを演奏しだしたので、ぼんやり口を開いて聞いてるよりほかにもうしかたがなかった。聞いてると息がつまるほどだった……。クリストフは自分を憐あわれんだ。
「馬鹿め!」と彼は自分に言った、「貴様は空からっぽになったのか。黙っちまえ! できるだけの音を出してしまった楽器め。もうこの身体にはたくさんだ。俺にはもっと別な身体が必要だ。」
しかし身体は彼に意趣返しをした。ひどい咳せきの発作が起こって彼の聴くのを妨げた。
「黙らないか!」
彼は敵をでも取り拉ひしごうとするかのように、自分の喉首をとらえ、拳固げんこで自分の胸を打ちたたいた。そして争闘のまん中にいる自分を見出した。大勢の人が怒号していた。一人の男が彼の胴体につかみかかってきた。二人はいっしょにころがった。相手は彼の上にのしかかった。彼は息がつまってきた。
「放してくれ、俺は聴きたいのだ!……俺は聴きたいのだ!……放さなけりゃ殺すぞ!」
彼は相手の頭を壁にたたきつけてやった。それでも相手は放さなかった……。
「いったい俺が今相手にしてるのは何者だろう? 俺は何者と組み打ちをしてるのか? 俺が引っつかんでるこの身体は、俺を焼きつくすこの身体は、どういうものなのか?……」
それは幻覚的な格闘だった。あらゆる情熱の混乱だった。激怒、淫逸いんいつ、殺害の渇望、肉の抱擁の噛かみ合い、最後にも一度かきたてられた池の泥土でいどだった……。
「ああ、早くおしまいにならないのか。俺の肉体にくっついてる蛭ひるども、貴様らを取り除のけることが俺にできないことがあるものか……。肉体よ、蛭といっしょに剥はげ落ちてしまえ!」
クリストフは肩や腰や膝ひざに力をこめて、眼に見えない敵を追い払った……。彼は自由となった!……彼方かなたには、音楽がやはり演奏されながら遠ざかっていった。クリストフは汗まみれになって、そのほうへ両腕を差し出した。
「待ってくれ、俺を待ってくれ!」
彼はその音楽へ追いつこうとして駆け出した。つまずきよろめいた。あらゆるものを押しのけていった……。あまり早く駆けたので、もう息がつけなかった。心臓が高鳴り、血の音が耳に響いていた。隧道トンネルの中を走る汽車のようだった……。
「ああ、忌々しい!」
彼は自分を待たずに演奏しつづけてくれるなと、管弦楽団へ必死となって合図をした……。ついに隧道トンネルから出た……。沈黙がもどってきた。ふたたび音楽が聞こえてきた。
「いい、実にいい! もっとやれ! 思い切ってやれ!……だがいったいだれの曲なんだ?……なんだって、その音楽はジャン・クリストフ・クラフトのだって? どうしたことだ! 馬鹿を言うな! 俺はあの男を多少知ってる。あの男はそんなものを、少しもかつて書いたはずはない……。まだ咳せきをしてるのはだれだ? そんなに音をたてるな! その和音はなんというんだ? そしてこんどのは?……そんなに早く進むな! 待ってくれ!……」
クリストフは呂律ろれつの回らぬ叫び声をたてていた。その手は毛布を握りしめながら、そこに物を書くような格好をしていた。そして疲れきった彼の頭脳は、それらの和音がどういう成分でできてるかを、またどういう意味を告げてるかを、機械的に詮索せんさくしつづけていた。しかしどうしても捜し出すことができなかった。感激のあまりとらえる手先に力がはいらなかった。彼はまたやり始めた……。ああこんどは、あまりに……。
「やめてくれ、やめてくれ、もう俺にはどうにもできない……。」
彼の意志はまったくゆるんでしまった。静かに彼は眼をふさいだ。幸福の涙が閉じた眼瞼まぶたから流れた。そばについてる小娘が、慎つつましくその涙を拭ふいてくれたが、彼はそれに気づかなかった。彼はこの下界に起こってることをもう何にも感じなかった。管絃楽は沈黙してしまって、眩暈めまいを起こさせるほどの諧調かいちょうの上に彼を取り残した。その諧調の謎なぞは解けていなかった。彼の頭脳はなお強情に繰り返した。
「いったいこの和音は何物だろう? どうしたらこれから抜け出せるだろうか。どうあっても出口を見出したいものだ、おしまいにならない前に……。」
こんどは人声が起こってきた。情熱のこもったある声。アンナの悲痛な眼……。しかし瞬間に、それはもうアンナではなかった。温情に満ちてるあの眼……。

 

「グラチア、お前なのか?……だれだい、だれだい? 私はもうよく見てとれない……。どうして太陽はこういつまでも出ないんだろう?」
静かな三つの鐘が鳴った。窓ぎわの雀すずめたちがさえずって、昼食の屑くずをもらうべき時間を彼に思い出させようとした……。クリストフは自分の子供のころの室を夢に見た……。鐘が鳴る。夜明けだ! 美しい音の波は軽やかな空気の中を流れてくる。それはごく遠くから、彼方かなたの村々からやってくる……。河の響きが家の後ろに起こっている……。クリストフは階段の窓口に肱ひじをついてる自分の姿を思い浮かべた。彼の全生涯しょうがいはライン河のように眼の下に流れていた。全生涯、いろいろな生活、ルイザ、ゴットフリート、オリヴィエ、ザビーネ……。

「母よ、恋人たちよ、友人たちよ……彼らはどういう名前だったかしら?……愛よ、君はどこにいるのか。私の魂たちよ、どこにいるのか。私は君たちがそこにいることを知っているが、君たちをとらえることができない。」

私たちはあなたといっしょにいます。愛いとしい人よ、安らかに!」

「私はもう君たちを失いたくない。私はどんなに君たちを捜したろう!」
「心配してはいけません。私たちはもうあなたのもとを離れはしません。」
「ああ、私は流れにさらわれてゆく。」
「あなたを運んでゆく河は、私たちをもあなたといっしょに運んでいるのです。」
「どこへ行くのだろう?」
「私たちが皆いっしょに集まる場所へ行くのです。」
「じきに行きつくかしら?」

「御覧なさい。」

そしてクリストフは、必死の努力をして頭をもたげ――(ああなんと重いことだったか!)――漫々たる大河を見た。それは野を覆おおいながら、ほとんど不動なほどおもむろに厳おごそかに流れていた。水平線のほとりに、鋼鉄の光に似たものがあって、日光に震えてる一筋の銀波が彼のほうへ駆けてくるかと思われた。大洋のとどろき……。彼の心は消え入りながらも尋ねた。

「あれが彼か?」

愛する人たちの声が答えた。

「あれが彼です。」

一方では、死にかかってる頭脳が考えた。

「扉とびらが開ける……。私が捜していた和音はここにある……。しかしこれが終局ではないのだな。なんという新たな広さだろう……われわれは明日も存続するだろう。」
おう喜悦、一生の間努めて奉仕してきた神の崇厳な平和のうちに没し去るの喜悦!……
「主しゅよ、汝の僕しもべにたいしてあまりに不満を感じたもうな。わがなせしところははなはだわずかであった。されどわれはそれ以上をなし得なかった……。われは戦い、苦しみ、さ迷い、創造した。われをして汝のやさしき腕の中に息をつかせたまえ。他日われは新たなる戦いのためによみがえるであろう。」

そして大河の響きと海のとどろきとは、彼といっしょに歌った。

「汝はよみがえるであろう。休息するがよい。すべてはもはやただ一つの心にすぎない。からみ合った昼と夜との微笑ほほえみ。愛と憎悪との厳おごそかな結合、その諧調かいちょう。二つの強き翼をもてる神を、われは歌うであろう。生を讃たたえんかな! 死を讃えんかな!」

いかなる日もクリストフの顔をながめよ、
その日汝は悪あしき死を死せざるべし。

聖クリストフは河を渡った。夜通し彼は流れに逆らって進んだ。強壮な四肢しをもってる彼の身体は、巌いわおのごとく水の上に浮き出している。その左の肩には、か弱い重い小児がのっている。聖クリストフは引き抜いてきた松の木に身をささえる。その木は撓たわむ。彼の背骨も撓む。彼が出発するのを見た人々は、けっして向こうに着けはしないと言った。そして長い間彼の後ろから、嘲あざけりと笑いとを浴びせた。やがて夜となって、彼らは飽き果てた。もうクリストフは、岸に居残ってる人々の叫び声が届かないほど、遠くに来ている。急流の響きのうちに、小児の静かな声が聞こえるばかりである。小児はその小さな拳こぶしに、巨人クリストフの額の縮れ毛を一房ふさつかんで、「進め!」と繰り返している。――彼は背をかがめ、眼を前方の薄暗い岸に定めて、進んでゆく。向こう岸の懸崖けんがいは白み始める。

突然、御告の祈アンジェリユスの鐘が鳴る。そして多くの鐘の群れが、一時に躍おどりたって眼覚めざめる。今や新たなる曙あけぼの! そびえ立った黒い断崖だんがいの彼方かなたから、眼に見えぬ太陽が金色の空にのぼってくる。クリストフは倒れかかりながらも、ついに向こう岸に着く。そして彼は小児に言う。

「さあ着いたぞ! お前は実に重かった。子供よ、いったいお前は何者だ?」

すると小児は言う。

「私は生まれかかってる一日です。」

 

 

合計ビュー 881 , 今日のビュー 10 

-Jean-Christophe