Jean-Christophe

ジャン・クリストフ 第10巻 新しき日 第2部

Le cœur lui faisait mal, quand il arriva à Paris. C'était la première fois qu'il y rentrait, depuis la mort d'Olivier. Jamais il n'avait voulu revoir cette ville. Dans le fiacre qui l'emportait de la gare à l'hôtel, il osait à peine regarder par la portière; il passa les premiers jours dans sa chambre, sans se décider à sortir. Il avait l'angoisse des souvenirs, qui le guettaient, à la porte. Mais quelle angoisse, au juste? S'en rendait-il bien compte? Était-ce, comme il voulait croire, la terreur de les voir ressurgir, avec leur visage vivant? Ou celle, plus douloureuse, de les retrouver morts?... Contre ce nouveau deuil, toutes les ruses à demi inconscientes de l'instinct s'étaient armées. C'était pour cette raison—(il ne s'en doutait peut-être pas)—qu'il avait choisi son hôtel dans un quartier éloigné de celui qu'il habitait jadis. Et quand, pour la première fois, il se promena dans les rues, quand il dut diriger à la salle de concerts ses répétitions d'orchestre, quand il se retrouva en contact avec la vie de Paris, il continua quelque temps à se fermer les yeux, à ne pas vouloir voir ce qu'il voyait, à ne voir obstinément que ce qu'il avait vu jadis. Il se répétait d'avance:

«Je connais cela, je connais cela...»

En art comme en politique, la même anarchie intolérante, toujours. Sur la place, la même Foire. Seulement, les acteurs avaient changé de rôles. Les révolutionnaires de son temps étaient devenus des bourgeois; les surhommes, des hommes à la mode. Les indépendants d'autrefois essayaient d'étouffer les indépendants d'aujourd'hui. Les jeunes d'il y a vingt ans étaient à présent plus conservateurs que les vieux qu'ils combattaient naguère; et leurs critiques refusaient le droit de vivre aux nouveaux venus. En apparence, rien n'était différent.

Et tout avait changé...

)彼はパリーに着いたとき胸せまる思いがした。オリヴィエが死んで以来パリーにもどるのはそれが初めてだった。かつて彼はこの町をふたたび見ようと思ったことはなかったのである。停車場から旅館へ行く辻つじ馬車の中でも、彼はほとんど窓から外をながめかねた。初めの数日は室にこもったきりで、外に出る気になれなかった。戸口で自分を待ち受けてる思い出が切なかった。しかしその切なさは実のところどういうものだったろうか? それを彼はみずからはっきり知っていたのだろうか。それは彼が信じたがってるように、生々たる顔をした思い出が飛び出してくるのを見る恐怖だったろうか。あるいはさらに悲しいことには、思い出が死んでしまってるのを見出す恐怖だったろうか……。この新たな喪の悲しみにたいして、本能の半ば無意識的な策略がたてられていた。そのために彼は――(おそらく自分でもそれとは気づかなかったろうが)――昔住んでいた町から遠い所に宿を選んでいた。そして、初めて街路を散歩したとき、管絃楽の下稽古したげいこを指揮しに音楽会場へやって行かねばならなかったとき、パリーの生活と接触したとき、彼はなおしばらくの間はみずから眼をふさぎ、眼につくものを見まいとし、昔見たものだけをしか断じて眼に入れまいとした。彼は前もってみずから繰り返し言った。
――俺おれはそれを知っている、俺はそれを知っている……。
芸術界は政治界と同じく、昔ながらの偏狭な無政府状態だった。広場の上には同じ市いちが立っていた。ただ役者がその役目を変えてるだけだった。往時の革命者らは俗流の人となっていた。往時の超人らは流行児となっていた。昔の独立者らは現在の独立者らを窒息させようとしていた。二十年前の青年らは今はもう、昔彼らが攻撃していた老人らよりもいっそうはなはだしい保守者となっていた。そして彼らの批評は新進者らへ生きる権利を与えまいとしていた。表面上昔と何一つ異なってはいなかった。
しかも実はすべてが変わってしまっていた……。

 

«Mon amie, pardonnez-moi! Vous êtes bonne de ne pas m'en avoir voulu de mon silence. Votre lettre m'a fait un grand bien. J'ai passé quelques semaines dans un terrible désarroi. Tout me manquait. Je vous avais perdue. Ici, le vide affreux de ceux que j'ai perdus. Tous les anciens amis dont je vous ai parlé, disparus. Philomèle—(vous vous souvenez de la voix qui chantait, en ce soir triste et cher où, errant parmi la foule d'une fête, je revis dans un miroir vos yeux qui me regardaient)—Philomèle a réalisé son rêve raisonnable; un petit héritage lui est venu; elle est en Normandie; elle possède une ferme, qu'elle dirige. M. Arnaud a pris sa retraite; il est retourné avec sa femme dans leur province, une petite ville du côté d'Angers. Des illustres de mon temps beaucoup sont morts ou se sont effondrés; seuls, quelques vieux mannequins, qui jouaient il y a vingt ans les jeunes premiers de l'art et de la politique, les jouent encore aujourd'hui, avec le même faux visage. En dehors de ces masques, je ne reconnaissais personne. Ils me faisaient l'effet de grimacer sur un tombeau. C'était un sentiment affreux.—De plus, les premiers temps après mon arrivée, j'ai souffert physiquement de la laideur des choses, de la lumière grise du Nord, au sortir de votre soleil d'or; l'entassement des maisons blafardes, la vulgarité de lignes de certains dômes, de certains monuments, qui ne m'avait jamais frappé jusque-là, me blessait cruellement. L'atmosphère morale ne m'était pas plus agréable.

«Pourtant, je n'ai pas à me plaindre des Parisiens. L'accueil que j'ai trouvé ne ressemble guère à celui que je reçus autrefois. Il parait que, pendant mon absence, je suis devenu une manière de célébrité. Je ne vous en parle pas, je sais ce qu'elle vaut. Toutes les choses aimables que ces gens disent ou écrivent sur moi me touchent; je leur en suis obligé. Mais que vous dirai-je? Je me sentais plus près de ceux qui me combattaient autrefois que de ceux qui me louent aujourd'hui... La faute en est à moi, je le sais. Ne me grondez pas! J'ai eu un moment de trouble. Il fallait s'y attendre. Maintenant, c'est fini. J'ai compris. Oui, vous avez eu raison de me renvoyer parmi les hommes. J'étais en train de m'ensabler dans ma solitude. Il est malsain de jouer les Zarathustrâ. Le flot de la vie s'en va, s'en va de nous. Vient un moment, où l'on n'est plus qu'un désert. Pour creuser jusqu'au fleuve un nouveau chenal dans le sable, il faut bien des journées de fatigues.—C'est fait. Je n'ai plus le vertige. J'ai rejoint le courant. Je regarde et je vois...

«Mon amie, quel peuple étrange que ces Français! Il y a vingt ans, je les croyais finis... Ils recommencent. Mon cher compagnon Jeannin me l'avait bien prédit. Mais je le soupçonnais de se faire illusion. Le moyen d'y croire, alors! La France était, comme leur Paris, pleine de démolitions, de plâtras et de trous. Je disais: «Ils ont tout détruit... Quelle race de rongeurs!»—Une race de castors. Dans l'instant qu'on les croit acharnés sur des ruines, avec ces ruines mêmes ils posent les fondations d'une ville nouvelle. Je le vois à présent que les échafaudages s'élèvent de tous côtés...

«Wenn ein Ding geschehen,
Selbst die Narren es verstehen...[3]

«À la vérité, c'est toujours le même désordre français. Il faut y être habitué pour reconnaître, dans la cohue qui se heurte en tous sens, les équipes d'ouvriers qui vont chacune à sa tâche. Ce sont des gens, comme vous savez, qui ne peuvent rien faire, sans crier sur les toits ce qu'ils font. Ce sont aussi des gens qui ne peuvent rien faire, sans dénigrer ce que les voisins font. Il y a de quoi troubler les têtes les plus solides. Mais quand on a vécu, ainsi que moi, près de dix ans chez eux, on n'est plus dupe de leur vacarme. On s'aperçoit que c'est leur façon de s'exciter au travail. Tout en parlant, ils agissent; et, chacun des chantiers bâtissant sa maison, il se trouve qu'à la fin la ville est rebâtie. Le plus fort, c'est que l'ensemble des constructions n'est pas trop discordant. Ils ont beau soutenir des thèses opposées, ils ont tous la caboche faite de même. De sorte que, sous leur anarchie, il y a des instincts communs, il y a une logique de race qui leur tient lieu de discipline, et que cette discipline est peut-être, au bout du compte, plus solide que celle d'un régiment prussien.

«C'est partout le même élan, la même fièvre de bâtisse: en politique, où socialistes et nationalistes travaillent à l'envi à resserrer les rouages du pouvoir relâché; en art, dont les uns veulent refaire un vieil hôtel aristocratique pour des privilégiés, les autres un vaste hall ouvert aux peuples, où chante l'âme collective: reconstructeurs du passé, constructeurs de l'avenir. Quoi qu'ils fassent d'ailleurs, ces ingénieux animaux refont toujours les mêmes cellules. Leur instinct de castors ou d'abeilles leur fait, à travers les siècles, accomplir les mêmes gestes, retrouver les mêmes formes. Les plus révolutionnaires sont peut-être, à leur insu, ceux qui se rattachent aux traditions les plus anciennes. J'ai trouvé dans les syndicats et chez les plus marquants des jeunes écrivains, des âmes du moyen âge.

«Maintenant que je me suis réhabitué à leurs façons tumultueuses, je tes regarde travailler, avec plaisir. Parlons franc: je suis un trop vieil ours, pour me sentir jamais à l'aise dans aucune de leurs maisons; J'ai besoin de l'air libre. Mais quels bons travailleurs! C'est leur plus haute vertu. Elle relève les plus médiocres et les plus corrompus. Et puis, chez leurs artistes, quel sens de la beauté! Je le remarquais moins autrefois. Vous m'avez appris à voir. Mes yeux se sont ouverts, à la lumière de Rome. Vos hommes de la Renaissance m'ont fait comprendre ceux-ci. Une page de Debussy, un torse de Rodin, une phrase de Suarès, sont de la même lignée que vos cinquecentisti.

Ce n'est pas que beaucoup de choses ne me déplaisent ici. J'ai retrouvé mes vieilles connaissances de la Foire sur la Place, qui m'ont jadis causé tant de saintes colères. Ils n'ont guère changé. Mais moi, hélas! j'ai changé. Je n'ose plus être sévère. Quand je me sens l'envie de juger durement l'un d'entre eux, je me dis: «Tu n'en as pas le droit. Tu as fait pis que ces hommes, toi qui te croyais fort.» J'ai appris aussi à voir que rien n'existait d'inutile, et que les plus vils ont leur rôle dans le plan de la tragédie. Les dilettantes dépravés, les fétides amoralistes, ont accompli leur tâche de termites: il fallait démolir la masure branlante, avant de réédifier. Les Juifs ont obéi à leur mission sacrée, qui est de rester, à travers les autres races, le peuple étranger, le peuple qui tisse, d'un bout à l'autre du monde, le réseau de l'unité humaine. Ils abattent les barrières intellectuelles des nations, pour faire le champ libre à la Raison divine. Les pires corrupteurs, les destructeurs ironiques qui ruinent nos croyances du passé, qui tuent nos morts bien-aimés, travaillent, sans le savoir, à l'œuvre sainte, à la nouvelle vie. C'est de la même façon que l'intérêt féroce des banquiers cosmopolites, au prix de combien de désastres! édifie, qu'ils le veuillent ou non, l'Unité future du monde, côte à côte avec les révolutionnaires qui les combattent, et bien plus sûrement que les niais pacifistes.

«Vous le voyez. Je vieillis. Je ne mords plus. Mes dents sont usées. Quand je vais au théâtre, je ne suis plus de ces spectateurs naïfs qui apostrophent les acteurs et insultent le traître.

«Grâce tranquille, je ne vous parle que de moi; et pourtant, je ne pense qu'à vous. Si vous saviez combien mon moi m'importune! Il est oppressif et absorbant. C'est un boulet, que Dieu m'a attaché au cou. Comme j'aurais voulu le déposer à vos pieds! Mais le triste cadeau!... Vos pieds sont faits pour fouler la terre douce et le sable qui chante sous les pas. Je les vois, ces chers pieds, nonchalamment qui passent sur les pelouses parsemées d'anémones... (Êtes-vous retournée à la villa Doria?)... Les voici déjà las! Je vous vois maintenant à demi étendue dans votre retraite favorite, au fond de votre salon, accoudée, tenant un livre que vous ne lisez pas. Vous m'écoutez avec bonté, sans faire bien attention à ce que je vous dis: car je suis ennuyeux; et, pour prendre patience, de temps en temps, vous retournez à vos propres pensées; mais vous êtes courtoise et, veillant à ne pas me contrarier, lorsqu'un mot par hasard vous fait revenir de très loin, vos yeux distraits se hâtent de prendre un air intéressé. Et moi, je suis aussi loin que vous de ce que je dis; moi aussi, j'entends à peine le bruit de mes paroles; et tandis que j'en suis le reflet sur votre beau visage, j'écoute au fond de moi de tout autres paroles, que je ne vous dis pas. Celles-là, Grâce tranquille, tout au rebours des autres, vous les entendez bien; mais vous faites semblant de ne pas les entendre.

«Adieu. Je crois que vous me reverrez, sous peu. Je ne languirai pas ici. Qu'y ferais-je, à présent que mes concerts sont donnés?—J'embrasse vos enfants, sur leurs bonnes petites joues. L'étoffe en est la vôtre. Il faut bien se contenter!...

CHRISTOPHE.»

 わが友よ、お許しください。無音で過ごしたことをおとがめもなさらぬ御好意を感謝します。御手紙をほんとにうれしく存じました。私は恐ろしい混乱のうちに数週間を送りました。すべてが私に欠けていました。あなたからは別れてしまい、またこの地では、知人らを失ったあとの恐ろしい空虚が控えていました。あなたにお話しした旧友たちはみないなくなっていました。フィロメール――(宴会の群集の間をうろついてるうちに、私をながめてるあなたの眼に鏡の中で出会った、あの寂しいまたなつかしい晩、歌をうたった彼女の声を、あなたは覚えていられましょうね)――あのフィロメールは、自分の穏当な夢想を実現していました。少しばかりの遺産を受けて、今はノルマンディーに行っています。田地を少し持って、自分でそれを管理しています。アルノー氏は隠退していました。アンゼールに近い故郷の小さな町に、夫婦してもどっています。私がここにいた当時の有名な人たちは、たいてい死ぬか没落するかしています。ただ幾人かの老案山子かがしどもが、二十年前に芸術や政治上の一流新進者を気取っていた者どもが、同じ贋物にせものの顔つきで今日もまだいばっています。そういう仮面の連中以外には、私が見覚えのある者はだれもいませんでした。彼らは墳墓の上で渋面してるような感じを私に与えました。それは実に嫌いやな感情でした。――その上、当地へ着いてしばらくの間、あなたの国の金色の太陽の光から出て来た私は、事物の醜さを、北方の灰色の光を、肉体的に苦しみました。どんよりした色の家並み、ある穹窿きゅうりゅうや堂宇の線の凡俗さ、今まで私の気に止まらなかったそれらのものが、ひどく私の気持を害しました。精神上の雰囲気ふんいきも私には、それに劣らず不愉快なものでした。
それでも、私はパリー人について不平を言うべき廉かどはありません。私が受けた待遇は昔受けたそれとは似てもつかないものでした。私は、不在のうちに、有名らしい者になったかのようです。これについては何も申しますまい。私は有名ということの価値を知っていますから。この連中が私について言ったり書いたりしてくれる親切な事柄は、私の心を動かします。私は彼らに感謝しています。しかしなんと申したらいいでしょうか? 私は現在私をほめてる人々によりも、昔私を攻撃していた人々のほうに、より近しい気がするのです……。その罪は私にあるのです。自分でもそれを知っています。私をしからないでください。私はちょっと困惑を覚えました。そんなことは予期していなければならなかったことです。でも今では済んでしまいました。私は了解しました。そうです、あなたが私を人中に立ちもどらせたのは至当なことでした。私は孤独のうちに埋もれかかっていたのです。ツァラトゥストラの真似まねをするのは不健全なことです。生の波は過ぎ去ります、われわれのもとから過ぎ去ります。もはや沙漠さばくにすぎなくなる時期が来ます。河流の所まで砂中に新しい水路を掘るには、幾日も労苦しなければなりません。――そのことも済みました。私はもう眩暈めまいを覚えません。流れを結び合わせてしまったのです。私はながめてそして悟っています……。
わが友よ、このフランス人はなんという不思議な民衆でしょう! 二十年前に私は、彼らはもう駄目だと思っていました……。ところが彼らはまたやり出しています。私の親友のジャンナンがそれを予言したことがありました。しかし私は彼が空うつろな幻をかけてるのではないかと思ったのです。その当時どうしてそんなことが信ぜられましょう! フランスは当時そのパリーと同じように、崩壊や漆喰しっくいや破れ穴でいっぱいでした。「彼らはすべてを破壊してしまってる……なんという破壊的な民族だろう!」と私は言っていました。――ところが彼らは海狸ビーバーのような民族です。廃墟はいきょの上を荒らしまわってると思ううちに、その同じ廃墟でもって、新たな都市の土台を築いています。四方に足場が立てられてる今となって、私にもそのことがわかってきました……。

事が起こったその時には、
馬鹿までそれを悟るとぞ……。

実を言えば、やはり同じフランス式の無秩序です。四方に入り乱れてる群集の中で、それぞれ自分の仕事におもむいてる労働者の組を見分けるには、それに慣れなければなりません。御存じのとおり彼らは、何かするときにはかならずそれを屋根の上で叫ばずにはいられない連中です。また彼らは、何かするときにはかならず隣人のやってることを貶けなさずにはいられない連中です。もっとも丈夫な頭の人をも当惑させるほどのものがあります。けれど私のように十年近くも、彼らのうちで暮らした者なら、もう彼らの喧騒けんそうに欺かれはしません。それが仕事に熱中する彼らのやり方であることに気づきます。彼らはしゃべりながら働いています。そしておのおのの仕事場で自分の家を建てながら、ついには都市全体が建てられるのです。もっともよいことには、建築の全体があまり不調和ではありません。彼らは相反した種々の問題をいくら主張しても、みんな同じようにでき上がってる頭をもっています。したがって、彼らの無政府状態の下には共通の本能がありますし、規律の代わりになる民族的論理があります。そしてこの民族的論理の規律は、結局、プロシア連隊の規律よりもいっそう強固であるかもしれません。
同じ勢いが、同じ建設の熱が、至る所にこもっています。社会主義者や国家主義者が、ゆるんだ国権の機関を締め直そうと競って働いてる、政治界においても、または、ある者は特権者のために貴族的な旧館を建て直そうとし、ある者は民衆に開かれて集団的魂が歌うべき大広間を作ろうとして、過去の改造者と未来の建設者とが共に働いてる、芸術界においても、みなそうです。それにまたこの巧妙な動物らは、何をなそうと常に同じ巣ばかりを作るのです。海狸や蜜蜂みつばちのような彼らの本能は、いかなる時代にあっても、彼らに同じ動作をさせ、同じ形を見出させるのです。もっとも革命的な者もおそらく、みずから知らず知らずに、もっとも古い伝統に執着してる者かもしれません。産業革命主義者やもっとも特異な新進著作家などのうちに、私は中世紀の魂を見出したことがあります。
今や私は彼らの騒々しいやり方にふたたび馴なれましたので、彼らが働くのを愉快にながめています。けれどうち明けて言いますと、私はあまりに年老いてる厭世えんせい家ですから、彼らのどの家にはいっても安楽な心地はしません。私には自由な空気が必要です。とは言え、彼らはなんというりっぱな労働者であることでしょう! それが彼らのもっともすぐれた美点です。その美点のために、もっとも凡庸な者や腐敗した者までが奮起させられています。それにまた、彼らの芸術家らのうちにはなんという美の官能があることでしょう! 私はそれに昔はさほど気づきませんでした。あなたは私に物を見ることを教えてくださいました。私の眼はローマの光によって開かれました。あなたの国の文芸復興期の人たちは、私にこの国の人々を理解さしてくれました。ドビュッシーの音、ロダンの像、シュアレスの句は、あなたの国の一五〇〇年代の芸術家らと同じ系統のものです。
それでも、私に不快なものが当地にはあまりないというのではありません。昔私をひどく怒らした広場の市の旧知を、私はふたたび見出しました。彼らは昔とほとんど変わってはいません。しかし私のほうは悲しいかな、すっかり変わってしまいました。私はもう峻烈しゅんれつな態度をとり得ません。彼らのうちのだれかを苛酷かこくに批判したくなるときに、私はみずから言います、「お前にはそんな権利はない、お前は強者だと自信しているが、彼らよりももっとひどいことをしてきたではないか、」と。それからまた、無用なものは何一つ存在していないこと、もっとも下賤げせんなものも劇の筋書きのうちに一つの役目をもってること、などを私は見てとることを覚えました。頽廃たいはいした享楽家も悪臭紛々たる不道徳家も、白蟻しろありの役目を果たしたのでした。ぐらついてる家屋を建て直すにはまずそれをこわさねばなりませんでした。ユダヤ人もその神聖な使命に服従したのです。すなわち他の民族の間に他国の民衆として、世界の端から端まで人類統一の網を編む民衆として、いつまでも残っていることです。彼らは崇高な理性に自由な天地を与えんがために、各国民間の知的境界を打倒しています。われわれの過去の信仰を滅ぼし、われわれが愛する過去の人々を殺害する、皮肉な破壊者、最悪の腐敗者も、神聖なる事業のために、新しき生のために、みずから知らずして働いているのです。それと同様に、超国境主義の銀行家の恐ろしい利益心も、反対の立場にある革命者と相並んで、また幼稚な平和論者とはいっそうよく相並んで、世界の未来の統一を、幾多の災害の価によって、否応いやおうなしに築き上げています。
御存じのとおりに、私は年老いました。私はもう噛かみつきません。私の歯は磨滅まめつしています。芝居へ行きましても、私はもう無邪気な観客のように、役者をののしったり叛逆はんぎゃく者を侮辱したりはいたしません。
静けき優雅の君よ、私はあなたに自分のことばかり語りました。けれども、私はただあなたのことばかり考えています。私がいかに自分の自我をうるさがってるかをあなたが知ってくだすったら! 私の自我は圧制的で呑噬どんぜい的なのです。それは神が私の首に結びつけた鉄枷てつかせです。どんなにか私はそれをあなたの足下に差し出したかったことでしょう! でもそれはつまらない贈り物です……。あなたの足は柔らかい地面を踏むようにできており、美妙な音をたてる砂を踏むようにできています。私の眼に見えるあなたのなつかしい足は、アネモネの交じり咲いてる芝の上を、そぞろに通り過ぎてゆきます……(あなたはドリアの別墅べっしょにあの後また行かれましたか?)……するともうあなたの足は疲れます。そしてこんどは、客間の奥のあなたの好きな隠れ場所で、読むでもない書物を手にして肱ひじをつきながら、半ば横になってるあなたの姿が、私には見えてきます。私がうるさい男なものだから、あなたは私の言うことなんかに注意を向けはなさらないが、それでも親切に耳を貸してくださいます。そして辛抱するために、ときどき、自分自身の考えにふけられます。けれどもあなたは愛想がよくて、ふと私の一言で遠い思いから我に返られると、私の気に逆らわないように用心しながら、ぼんやりした眼に急いで気乗りの色をお浮かべになります。そして私も実はあなたと同じに自分の言ってることから遠く離れています。私も自分の言葉の響きをほとんど耳にしていません。あなたの美しい顔の上に現われる自分の言葉の反映を見守りながら、心の奥底では、あなたには言わない別な言葉を聴きいています。静けき優雅の君よ、私が口にしてる言葉と背中合わせのその言葉は、あなたの耳にもよくはいっています。けれどあなたはそれが聞こえないようなふうをされます。
これで筆止めます。間もなくまたお目にかかれることと思います。私はこの地でやきもきいたしますまい。音楽会が開かれてる今ではしかたもありません。――お子さんたちの美しい小さな頬ほおに接吻せっぷんいたします。あなたから生まれたお子さんたちです。それで満足しなければなりませんから……。

クリストフ

 

«Grâce tranquille» répondit:

«Mon ami, j'ai reçu votre lettre dans le petit coin du salon, que vous vous rappelez si bien; et je vous ai lu, comme je sais lire, en laissant de temps en temps votre lettre reposer, et en faisant comme elle. Ne vous moquez pas! C'était afin quelle durât plus longtemps. Ainsi, nous avons passé toute une après-midi. Les enfants m'ont demandé ce que je lisais toujours. J'ai dit que c'était une lettre de vous. Aurora a regardé le papier, avec commisération, et elle a dit: «Comme ça doit être ennuyeux d'écrire une si longue lettre!» J'ai tâché de lui faire comprendre que ce n'était pas un pensum que je vous avais donné, mais une conversation que nous avions ensemble. Elle a écouté sans mot dire, puis elle s'est sauvée avec son frère, pour jouer dans la chambre voisine; et, quelque temps après, comme Lionello était bruyant, j'ai entendu Aurora qui disait: «Il ne faut pas crier; maman fait la conversation avec signor Christophe.»

«Ce que vous me dites des Français m'intéresse, et ne me surprend pas. Vous vous souvenez que je vous ai reproché d'être injuste envers eux. On peut ne pas les aimer. Mais quel peuple intelligent! Il y a des peuples médiocres, que sauve leur bon cœur ou leur vigueur physique. Les Français sont sauvés par leur intelligence. Elle lave toutes leurs faiblesses. Elle les régénère. Quand on les croit tombés, abattus, pervertis, ils retrouvent une nouvelle jeunesse dans la source perpétuellement jaillissante de leur esprit.

«Mais il faut que je vous gronde. Vous me demandez pardon de ne me parler que de vous. Vous êtes un ingannatore. Vous ne me dites rien de vous. Rien de ce que vous avez fait. Rien de ce que vous avez vu. Il a fallu que ma cousine Colette—(pourquoi n'allez-vous pas la voir?)—m'envoyât sur vos concerts des coupures de journaux, pour que je fusse informée de vos succès. Vous ne m'en dites qu'un mot, en passant. Êtes-vous si détaché de tout?... Ce n'est pas vrai. Dites-moi que cela vous fait plaisir!... Cela doit vous faire plaisir, d'abord parce que cela me fait plaisir. Je n'aime pas à vous voir un air désabusé. Le ton de votre lettre était mélancolique. Il ne faut pas... C'est bien, que vous soyez plus juste pour les autres. Mais ce n'est pas une raison pour vous accabler, comme vous faites, en disant que vous êtes pire que les pires d'entre eux. Un bon chrétien vous louerait. Moi, je vous dis que c'est mal. Je ne suis pas un bon chrétien. Je suis une bonne Italienne, qui n'aime pas qu'on se tourmente avec le passé. Le présent suffi bien. Je ne sais pas au juste tout ce que vous avez pu faire jadis. Vous m'en avez dit quelques mots, et je crois avoir deviné le reste. Ce n'était pas très beau; mais vous ne m'en êtes pas moins cher. Pauvre Christophe, une femme n'arrive pas à mon âge, sans savoir qu'un brave homme est bien faible souvent! Si on ne savait sa faiblesse, on ne l'aimerait pas autant. Ne pensez plus à ce que vous avez fait. Pensez à ce que vous ferez. Ça ne sert à rien de se repentir. Se repentir, c'est revenir en arrière. Et en bien comme en mal, il faut toujours avancer. Sempre avanti, Savoia!... Si vous croyez que je vais vous laisser revenir à Rome! Vous n'avez rien à faire ici. Restez à Paris, créez, agissez, mêlez-vous à la vie artistique. Je ne veux pas que vous renonciez. Je veux que vous fassiez de belles choses, je veux qu'elles réussissent, je veux que vous soyez fort, pour aider les jeunes Christophes nouveaux, qui recommencent les mêmes luttes et passent par les mêmes épreuves. Cherchez-les, aidez-les, soyez meilleur pour vos cadets que vos aînés n'ont été pour vous.—Et enfin, je veux que vous soyez fort, afin que je sache que vous êtes fort: vous ne vous doutez pas de la force que cela me donne à moi-même.

«Je vais presque chaque jour, avec les petits, à la villa Borghèse. Avant-hier, nous avons été, en voiture, à Ponte Molle, et nous avons fait à pied le tour de Monte Mario. Vous calomniez mes pauvres jambes. Elles sont fâchées contre vous.—«Qu'est-ce qu'il dit, ce monsieur, que nous sommes tout de suite lasses, pour avoir fait dix pas, à la villa Doria? Il ne nous connaît point. Si nous n'aimons pas trop à nous donner de la peine, c'est que nous sommes paresseuses, ce n'est pas que nous ne pouvons pas...» Vous oubliez, mon ami, que je suis une petite paysanne...

«Allez voir ma cousine Colette. Lui en voulez-vous encore? C'est une bonne femme, au fond. Et elle ne jure plus que par vous. Il paraît que les Parisiennes sont folles de votre musique. Il ne tient qu'à mon ours de Berne d'être un lion de Paris. Avez-vous reçu des lettres? Vous a-t-on fait des déclarations? Vous ne me parlez d'aucune femme. Seriez-vous amoureux? Racontez-moi. Je ne suis pas jalouse.

Votre amie G.»

)「静けき優雅」の彼女は答えた。

わが友よ、あなたがよく思い出されましたあの客間の片隅かたすみで、私はあなたのお手紙を受け取りました。そして物を読むときによく私がいたしますように、お手紙をときどき休ませ、自分でもときどき休みながら、読んでゆきました。お笑いなすってはいけません。それは手紙が長くつづくようにといたしたのですから。そういうふうにして私はあなたと午後じゅうを過ごしました。子供たちは私が何を読みつづけているのか尋ねました。私はあなたのお手紙だと申しました。オーロラは気の毒そうに手紙をながめまして、「こんな長い手紙を書くのはさぞ嫌いやなことでしょうね、」と申しました。それで私は、私があなたに罰の課業として手紙を書かしたのではなくて、私とあなたとはいっしょに話をしてるのだということを、彼女に言ってきかせました。彼女はなんとも言わないで私の言葉を聞いていましたが、それから弟といっしょに次の室へいって、遊んでいました。しばらくたってリオネロが大声を出しますと、オーロラがこう申しているのが聞こえました。「騒いじゃいけません。お母さまがクリストフさんとお話をしていらっしゃるから。」
あなたがフランス人についておっしゃったことに、私は興味を覚えます、そして別に意外とは存じません。フランス人にたいするあなたの不当な御意見を私がたびたびとがめましたことは、覚えていらっしゃいましょうね。フランス人を愛さないということはできます。けれども彼らはなんという怜悧れいりな民衆でしょう! 善良な心と強健な肉体とに救われている凡庸な民衆はいくらもあります。ところがフランス人は知力で救われております。知力は彼らのあらゆる弱点を洗い清めます、知力は彼らを生き返らせます。彼らは没落し倒壊し腐敗しているように見えるときにでも、自分の精神から不断に湧わき出している泉の中に、新しい若さをふたたび見出すのです。
私はあなたに小言こごとを申さなければなりません。あなたは自分のことばかり語るのを許してくれとおっしゃいました。あなたはほんとに瞞着家です。少しも御自分のことを私に聞かしてはくださいません。あなたのなすったことは何にも、あなたの御覧なすったことは何にも、私に聞かしてはくださいません。従姉いとこのコレットが――(なぜあなたは彼女を訪たずねてはくださらないのですか)――あなたの音楽会に関する新聞の切り抜きを送ってくれましたので、私はようやくあなたの成功を知ったのでした。そんなことをあなたはついでに一言おっしゃったきりです。それほどあなたはいっさいのことに無頓着むとんじゃくなのでしょうか?……いえそうではありません。成功したのは愉快だとおっしゃってください……。あなたには愉快なはずですもの。なぜなら第一に私に愉快ですから。私は悟りすましたあなたの様子を見たくはございません。あなたのお手紙は悲しい調子でした。それはいけません……。あなたが他人にたいしていっそう正当な意見をもたれるようになりましたのは、ほんとうによいことです。けれどもそれは、あなたがなすってるように、自分は彼らのうちの劣等な者よりもいっそう劣等だと言って、しおれ返る理由とはなりません。りっぱなキリスト教徒ならあなたをほめるかもしれません。けれど私はそれはいけないと申します。私はりっぱなキリスト教徒ではございません。私はまさしくイタリーの女ですから、過去を苦にすることは好みません。現在だけでたくさんです。あなたが昔どんなことをなすったか、それを私はよく存じてはおりません。あなたはそれを少しばかりおっしゃったきりで、その他のことはみな私の推察です。それはあまりりっぱな事柄ではありませんでした。それでも私にはやはりあなたが貴いのです。ねえあなた、私ほどの年齢に達した女は、りっぱな男の方はたいてい弱いものだということを存じております。その弱さを知らなかったら、さほど愛せられるものではありますまい。昔なすったことはもうお考えなさいますな。これからなさることをお考えなさいませ。後悔はなんの役にもたちません。後悔とはあとにもどることです。そして善においても悪においても、常に前へ進まなければいけません。前へ進め、サヴォア兵! です。……あなたは、私があなたをローマへもどらせるとでもお思いになってはしませんか。この地ではあなたのなさることは何にもありません。パリーにとどまって、創作し、活動し、芸術的生活に交わりなさいませ。あなたが断念なさることを私は望みません。私はただ、あなたがりっぱなものをお作りなさること、それが成功を博すること、あなたが強くしっかりしていられて、同じ戦いをくり返し同じ苦難を通ってゆく、新しい若いクリストフたちをお助けなさること、それが望みです。彼らを捜し出し、彼らをお助けなさい。先輩の人たちがあなたに尽くしてくれたよりも、もっとよく、後輩の人たちに尽くしておやりなさい。――そして最後に、あなたの強者であることが私にもよくわかるように、あくまでも強者であられることを望みます。そのことが私自身にどんなに力を与えるか、あなたは夢にも御存じありますまい。
私はほとんど毎日のように、子供たちといっしょにボルゲーゼの別墅べっしょへまいります。一昨日は、馬車でモーレ橋へまいりまして、それから徒歩でマリオ丘を一周しました。あなたは私の足を悪口おっしゃいましたね。私の足はあなたに怒っております。――「ドリアの別墅を十歩も歩くとすぐに疲れてしまうなどと、あの方はまあ何をおっしゃるのだろう! あの方は私を御存じないのだ。私が骨折るのをあまり好かないのは、怠なまけ者だからで、できないからではない……。」――ねえあなたは、私が田舎娘いなかむすめであることを忘れていらっしゃいますのね。
従姉のコレットへ会いに行ってくださいませんか。あなたはまだ彼女を恨んでいらっしゃるのですか? 彼女は本来はよい人でございますよ。そして今ではもうあなたのことを口癖のようにしております。パリーの婦人たちはあなたの音楽に気違いのようになってるらしく思われます。私のベルンの熊くまがパリーの獅子ししとなるのはその心次第です。手紙をおもらいにはなりませんでしたか。何かよいことを聞かされはなさいませんでしたか。あなたは女のことを私に少しもおっしゃいませんでしたね。恋でもなすってるのではありませんか。私にお聞かせくださいね。嫉妬しっとなんかいたしませんから。

あなたの友 グラチア

 

—«Si vous croyez que je vous sais gré de votre dernière phrase! Plut à Dieu, Grâce moqueuse, que vous fussiez jalouse! Mais ne comptez pas sur moi, pour vous apprendre à l'être. Je n'ai aucun béguin pour ces folles Parisiennes y comme vous les appelez. Folles? Elles voudraient bien l'être. C'est ce qu'elles sont le moins. N'espérez pas qu'elles me tournent la tête. Il y aurait peut-être plus de chances pour cela, si elles étaient indifférentes à ma musique. Mais, il est trop vrai, elles l'aiment; et le moyen de garder des illusions! Lorsque quelqu'un vous dit qu'il vous comprend, c'est alors qu'on est sûr qu'il ne vous comprendra jamais...

«Ne prenez pas trop au sérieux mes boutades. Les sentiments que j'ai pour vous ne me rendent pas injuste pour les autres femmes. Je n'ai jamais eu plus de vraie sympathie pour elles que depuis que je ne les regarde plus avec des yeux amoureux. Le grand effort qu'elles font, depuis trente ans, pour s'évader de la demi-domesticité dégradante et malsaine, où notre stupide égoïsme d'hommes les parquait, pour leur malheur et pour le nôtre, me semble un des hauts faits de notre époque. Dans une ville comme celle-ci, on apprend à admirer cette nouvelle génération de jeunes filles qui, en dépit de tant d'obstacles, se lancent avec une ardeur candide à la conquête de la science et des diplômes,—cette science et ces diplômes, qui doivent, pensent-elles, les affranchir, leur ouvrir les arcanes du monde inconnu, les faire égales aux hommes!...

«Sans doute, cette foi est illusoire et un peu ridicule. Mais le progrès ne se réalise jamais de la façon qu'on espérait; il ne s'en réalise pas moins, par de tout autres voies. Cet effort féminin ne sera pas perdu. Il fera des femmes plus complètes, plus humaines, comme elles furent, aux grands siècles. Elles ne se désintéresseront plus des questions vivantes du monde: ce qui était monstrueux, car il n'est pas tolérable qu'une femme, même la plus soucieuse de ses devoirs domestiques, se croie dispensée de songer à ses devoirs dans la cité moderne. Leurs arrière-grand'mères, des temps de Jeanne d'Arc et de Catherine Sforza, ne pensaient pas ainsi. La femme s'est étiolée. Nous lui avons refusé l'air et le soleil. Elle nous les reprend, de vive force. Ah! les braves petites!... Naturellement, de celles qui luttent aujourd'hui, beaucoup mourront, beaucoup seront détraquées. C'est un âge de crise. L'effort est trop violent pour des forces trop amollies. Quand il y a longtemps qu'une plante est sans eau, la première pluie risque de la brûler. Mais quoi! C'est la rançon de tout progrès. Celles qui viendront après, fleuriront de ces souffrances. Les pauvres petites vierges guerrières d'à présent, dont beaucoup ne se marieront jamais, seront plus fécondes pour l'avenir que les générations de matrones qui enfantèrent avant elles: car d'elles sortira, au prix de leurs sacrifices, la race féminine d'un nouvel âge classique.

«Ce n'est pas dans le salon de votre cousine Colette qu'on a chance de trouver ces laborieuses abeilles. Quelle rage avez-vous de m'envoyer chez cette femme? Il m'a fallu vous obéir; mais ce n'est pas bien! Vous abusez de votre pouvoir. J'avais refusé trois de ses invitations, laissé sans réponse deux lettres. Elle est venue me relancer à une de mes répétitions d'orchestre—(on essayait ma sixième symphonie).—Je l'ai vue, pendant l'entracte, arriver, le nez au vent, humant l'air, criant: «Ça sent l'amour! Ah! comme j'aime cette musique!...»

«Elle a changé, physiquement; seuls sont restés les mêmes ses yeux de chatte à la prunelle bombée, son nez fantasque qui grimace et a toujours l'air en mouvement. Mais la face élargie, aux os solides, colorée, renforcie. Les sports l'ont transformée. Elle s'y livre, à corps perdu. Son mari, comme vous savez, est un des gros bonnets de l'Automobile-Club et de l'Aéro-Club. Pas un raid d'aviateurs, pas un circuit de l'air, ou de la terre, ou de l'eau, auquel les Stevens-Delestrade ne se croient obligés d'assister. Ils sont toujours par voies et par chemins. Nulle conversation possible; il n'est question, dans leurs entretiens, que de Racing, de Rowing, de Rugby, de Derby. C'est une race nouvelle de gens du monde. Le temps de Pelléas est passé pour les femmes. La mode n'est plus aux âmes. Les jeunes filles arborent un teint ronge, halé, cuit par les courses à l'air et les jeux au soleil; elles vous regardent avec des yeux d'homme; elles rient, d'un rire un peu gros. Le ton est devenu plus brutal et plus cru. Votre cousine dit parfois, tranquillement, des choses énormes. Elle est grande mangeuse, elle qui mangeait à peine. Elle continue de se plaindre de son mauvais estomac, afin de n'en pas perdre l'habitude; mais elle n'en perd pas non plus un bon coup de fourchette. Elle ne lit rien. On ne lit plus, dans ce monde. Seule, la musique a trouvé grâce. Elle a même profité de la déroute de la littérature. Quand ces gens sont éreintés, la musique leur est un bain turc, vapeur tiède, massage, narguilé. Pas besoin de penser. C'est une transition entre le sport et l'amour. Et c'est aussi un sport. Mais le sport le plus couru, parmi les divertissements esthétiques, est aujourd'hui la danse. Danses russes, danses grecques, danses suisses, danses américaines, on danse tout à Paris: les symphonies de Beethoven, les tragédies d'Eschyle, le Clavecin bien tempéré, les antiques du Vatican, Orphée, Tristan, la Passion, et la gymnastique. Ces gens ont le vertigo.

«Le curieux est de voir comment votre cousine concilie tout ensemble: son esthétisme, ses sports et son esprit pratique (car elle a hérité de sa mère son sens des affaires et son despotisme domestique). Tout cela doit former un mélange incroyable; mais elle s'y trouve à l'aise; ses excentricités les plus folles lui laissent l'esprit lucide, de même qu'elle garde toujours l'œil et la main sûrs dans ses randonnées vertigineuses en auto. C'est une maîtresse femme; son mari, ses invités, ses gens, elle mène tout, tambour battant. Elle s'occupe aussi de politique; elle est pour «Monseigneur»: non que je la croie royaliste; mais ce lui est un prétexte de plus à se remuer. Et quoiqu'elle soit incapable de lire plus de dix pages d'un livre, elle fait des élections Académiques.—Elle a prétendu me prendre sous sa protection. Vous pensez que cela n'a pas été de mon goût. Le plus exaspérant, c'est que, du fait que je suis venu chez elle afin de vous obéir, elle est convaincue maintenant de son pouvoir sur moi... Je me venge, en lui disant de dures vérités. Elle ne fait qu'en rire; elle n'est pas embarrassée pour répondre. «C'est une bonne femme, au fond...» Oui, pourvu qu'elle soit occupée. Elle le reconnaît elle-même: si la machine n'avait plus rien à broyer, elle serait prête à tout, à tout, pour lui fournir de l'aliment.—J'ai été deux fois chez elle. Je n'irai plus, maintenant. C'est assez pour vous prouver ma soumission. Vous ne voulez pas ma mort? Je sors de là brisé, moulu, courbaturé. La dernière fois que je l'ai vue, j'ai eu, dans la nuit qui a suivi, un cauchemar affreux: je rêvais que j'étais son mari, toute ma vie attaché à ce tourbillon vivant... Un sot rêve, et qui ne doit certes pas tourmenter le vrai mari: car, de tous ceux qu'on voit dans le logis, il est peut-être celui qui reste le moins avec elle; et quand ils sont ensemble, ils ne parlent que de sport. Ils s'entendent très bien.

«Comment ces gens-là ont-ils fait un succès à ma musique? Je n'essaie pas de comprendre. Je suppose qu'elle les secoue, d'une façon nouvelle. Ils lui savent gré de les brutaliser. Ils aiment, pour le moment, l'art qui a un corps bien charnu. Mais l'âme qui est dans ce corps, ils ne s'en doutent même pas; ils passeront de l'engouement d'aujourd'hui à l'indifférence de demain, et de l'indifférence de demain au dénigrement d'après-demain, sans l'avoir jamais connue. C'est l'histoire de tous les artistes. Je ne me fais pas d'illusion sur mon succès, je n'en ai pas pour longtemps, et ils me le feront payer.—En attendant, j'assiste à de curieux spectacles. Le plus enthousiaste de mes admirateurs est... (je vous le donne en mille)... notre ami Lévy-Cœur. Vous vous souvenez de ce joli monsieur, avec qui j'eus autrefois un duel ridicule? Il fait aujourd'hui la leçon à ceux qui ne m'ont pas compris naguère. Il la fait même très bien. De tous ceux qui parlent de moi, il est le plus intelligent. Jugez de ce que valent les autres. Il n'y a pas de quoi être fier, je vous assure!

«Je n'en ai pas envie. Je suis trop humilié, lorsque j'entends ces ouvrages, dont on me loue. Je m'y reconnais, et je ne me trouve pas beau. Quel miroir impitoyable est une œuvre musicale, pour qui sait voir! Heureusement qu'ils sont aveugles et sourds. J'ai tant mis dans mes œuvres de mes troubles et de mes faiblesses qu'il me semble parfois commettre une mauvaise action, en lâchant dans le monde ces volées de démons. Je m'apaise, quand je vois le calme du public: il porte une triple cuirasse; rien ne saurait l'atteindre: sans quoi, je serais damné... Vous me reprochez d'être trop sévère pour moi. C'est que vous ne me connaissez pas, comme je me connais. On voit ce que nous sommes. On ne voit pas ce que nous aurions pu être; et l'on nous fait honneur de ce qui est bien moins l'effet de nos mérites que des évènements qui nous portent et des forces qui nous dirigent. Laissez-moi vous conter une histoire.

«L'autre soir, j'étais entré dans un de ces cafés où l'on fait d'assez bonne musique, quoique d'étrange façon: avec cinq ou six instruments, complétés d'un piano, on joue toutes les symphonies, les messes, les oratorios. De même, on vend à Rome, chez des marbriers, la chapelle Médicis, comme garniture de cheminée. Il paraît que cela est utile à l'art. Pour qu'il puisse circuler à travers tes hommes, il faut bien qu'on en fasse de la monnaie de billon. Au reste, à ces concerts, on ne vous trompe pas sur le compte. Les programmes sont copieux, les exécutants consciencieux. J'ai trouvé là un violoncelliste, avec qui je me suis lié; ses yeux me rappelaient étrangement ceux de mon père. Il m'a fait le récit de sa vie. Petit-fils de paysan, fils d'un petit fonctionnaire, employé de mairie, dans un village du Nord. On voulut faire de lui un monsieur, un avocat; on le mit au collège de la ville voisine. Le petit, robuste et rustaud, mal fait pour ce travail appliqué de petit notaire, ne pouvait tenir en cage; il sautait par-dessus les murs, vaguait à travers les champs, faisait la cour aux filles, dépensait sa grosse force dans des rixes; le reste du temps, flânait, rêvassait à des choses qu'il ne ferait jamais. Une seule chose l'attirait: la musique. Dieu sait comment! Nul musicien, parmi les siens, à l'exception d'un grand-oncle, un peu toqué, un de ces originaux de province, dont l'intelligence et les dons, souvent remarquables, s'emploient, dans leur isolement orgueilleux, à des niaiseries de maniaques. Celui-là avait inventé un nouveau système de notation—(un de plus!)—qui devait révolutionner la musique; il prétendait même avoir une sténographie qui permettait de noter à la fois les paroles, le chant et l'accompagnement; il n'était jamais parvenu lui-même à la relire correctement. Dans la famille, on se moquait du bonhomme; mais on ne laissait pas d'en être fier. On pensait: «C'est un vieux fou. Qui sait? Il a peut-être du génie...»—Ce fut de lui sans doute que la manie musicale se transmit au petit-neveu. Quelle musique pouvait-il bien entendre, dans sa bourgade?... Mais la mauvaise musique peut inspirer un amour aussi pur que la bonne.

«Le malheur était qu'une telle passion ne semblait pas avouable y dans ce milieu; et l'enfant n'avait pas la solide déraison du grand-oncle. Il se cachait pour lire les élucubrations du vieux maniaque, qui constituèrent le fond de sa baroque éducation musicale. Vaniteux, craintif devant son père et devant l'opinion, il ne voulait rien dire de ses ambitions, à moins d'avoir réussi. Brave garçon, écrasé par la famille, il fit comme tant de petits bourgeois français, qui n'osant, par faiblesse, tenir tête à la volonté des leurs, s'y soumettent en apparence et vivent dans une cachotterie perpétuelle. Au lieu de suivre son penchant, il s'évertua sans goût au travail qu'on lui avait assigné: incapable d'y réussir, comme d'y échouer avec éclat. Tant bien que mal, il parvint à passer les examens nécessaires. Le principal avantage qu'il y voyait était d'échapper à la double surveillance provinciale et paternelle. Le droit l'assommait; il était décidé à rien pas faire sa carrière. Mais tant que son père vécut, il n'osa déclarer sa volonté. Peut-être n'était-il point fâché de devoir attendre encore, avant de prendre parti. Il était de ceux qui, toute leur existence, se leurrent sur ce qu'ils feront plus tard, sur ce qu'ils pourraient faire. Pour le moment, il ne faisait rien. Désorbité, grisé par sa vie nouvelle à Paris, il se livra, avec sa brutalité de jeune paysan, à ses deux passions: les femmes et la musique; affolé par les concerts, non moins que par le plaisir. Il y perdit des années, sans profiter des moyens qu'il aurait eus de compléter son instruction musicale. Son orgueil ombrageux, son mauvais caractère indépendant et susceptible, l'empêchèrent de suivre aucune leçon, de demander aucun conseil.

«Quand son père mourut, il envoya promener Thémis et Justinien. Il se mit à composer, sans avoir eu le courage d'acquérir la technique nécessaire. Des habitudes invétérées de flânerie paresseuse et le goût du plaisir l'avaient rendu incapable de tout effort sérieux. Il sentait vivement; mais sa pensée, comme sa forme, lui échappait; en fin de compte, il n'exprimait que des banalités. Le pire était qu'il y avait réellement chez ce médiocre quelque chose de grand. J'ai lu deux de ses anciennes compositions. Çà et là, des idées saisissantes, restées à l'état d'ébauches, aussitôt déformées. Des feux follets sur une tourbière... Et quel étrange cerveau! Il a voulu m'expliquer les sonates de Beethoven. Il y voit des romans enfantins et saugrenus. Mais une telle passion, un sérieux si profond! Les larmes lui viennent aux yeux, quand il en parle. Il se ferait tuer pour ce qu'il aime. Il est touchant et burlesque. Dans le moment que fêtais près de lui rire au nez, j'avais envie de l'embrasser... Une honnêteté foncière. Un robuste mépris pour le charlatanisme des cénacles parisiens et pour les fausses gloires,—tout en ne pouvant se défendre d'une naïve admiration de petit bourgeois pour les gens à succès...

«Il avait un petit héritage. En quelques mois, il le mangea; et, se trouvant sans ressources, il eut, comme nombre de ses pareils, l'honnêteté criminelle d'épouser une fille sans ressources, qu'il avait séduite; elle avait une belle voix et faisait de la musique, sans amour de la musique. Il fallut vivre de sa voix et du médiocre talent qu'il avait acquis à jouer du violoncelle. Naturellement, ils ne tardèrent pas à voir leur commune médiocrité et à ne plus se supporter. Une fille leur était venue. Le père reporta sur l'enfant son pouvoir d'illusions; il pensa qu'elle serait ce qu'il n'avait pu être. La fillette tenait de sa mère: c'était une pianoteuse, qui n'avait pas ombre de talent; elle adorait son père et s'appliquait à sa tâche, pour lui plaire. Pendant plusieurs années, ils coururent les hôtels des villes d'eaux, ramassant plus d'affronts que de monnaie. L'enfant, chétive et surmenée, mourut. La femme, désespérée, devint plus acariâtre, chaque jour. Et ce fut la misère sans fond, sans espoir d'en sortir, avivée par le sentiment d'un idéal que l'on se sait incapable d'atteindre...

«Et je pensais, mon amie, en voyant ce pauvre diable de raté, dont la vie n'a été qu'une suite de déboires: «Voilà ce que j'aurais pu être. Nos âmes d'enfants avaient des traits communs, et certaines aventures de notre vie se ressemblent; j'ai même trouvé quelque parenté dans nos idées musicales; mais les siennes se sont arrêtées en chemin. À quoi a-t-il tenu que je n'aie pas sombré, comme lui? Sans doute, à ma volonté. Mais aussi aux hasards de ta vie. Et même, à ne prendre que ma volonté, est-ce uniquement à mes mérites que je la dois? N'est-ce pas plutôt à ma race, à mes amis, à Dieu qui m'a aidé?...» Ces pensées fendent humble. On se sent fraternel à tous ceux qui aiment l'art et qui souffrent pour lui. Du plus bas au plus haut, la distance n'est pas grande...

«Là-dessus, j'ai songé à ce que vous m'écriviez. Vous avez raison: un artiste n'a pas le droit de se tenir à l'écart, tant qu'il peut venir en aide à d'autres. Je resterai donc, je m'obligerai à passer quelques mois par année, soit ici, soit à Vienne ou à Berlin, quoique j'aie peine à me réhabituer à ces villes. Mais il ne faut pas abdiquer. Si je ne réussie pas à être d'une grande utilité, comme j'ai des raisons de le craindre, ce séjour me sera peut-être utile à moi-même. Et je me consolerai en pensant que vous l'avez voulu. Et puis,... (je neveux pas mentir)... je commence à y trouver du plaisir. Adieu, tyran. Vous triomphez. J'en arrive, non seulement à faire ce que vous voulez que je fasse, mais à l'aimer.

CHRISTOPHE.»

あなたは私がお手紙の最後の句に感謝してるとでも思ってはいられませんか! 皮肉なる優雅の君よ、あなたが嫉妬でもされたらほんとに面白いでしょうけれど。しかし嫉妬を知るために私を当てにしてはいけません。あなたがおっしゃったとおり気違いであるパリーの婦人たちに、私はなんらの興味をも覚えません。でもまったく彼女らは気違いでしょうか? 自分では気違いになりたがっています。がそれはあまり気違いでないという証拠です。彼女らが私を悩殺すると思われてはいけません。もし彼女らが私の音楽に無頓着であったら、それでもまだ魅力があるでしょう。けれど実際のところ彼女らは私の音楽を好んでいます。それで幻がかけられるでしょうか。人に向かってあなたを理解してると言う者があったら、それはまさしくその人をけっして理解しているのではありません……。
でも私のこの冗談をあまり真面目まじめにとってはいけません。あなたにたいしていだいてる感情のために、私は他の婦人にたいして不正な批判をくだしはしません。彼女らを有情の眼で見なくなってからは、ほんとうの同情をより多くいだくようになりました。われわれ男子の愚かな利己心が、彼女らを賤いやしい不健全な半下婢かひの身分に陥おとしいれて、彼女らの不幸とわれわれの不幸とを共に醸かもし出してる、その状態から脱せんために、三十年来彼女らがなしてる大努力は、現代のもっとも高尚な事柄の一つであるように私には思われます。パリーのような都会では、新時代の若い娘たちを感嘆することができます。その娘たちは、多くの障害があるにもかかわらず、学問と資格とを得んがために、誠実な熱心をもって突進しています。その学問と資格こそ、彼女らの考えによれば、彼女らを解放し、未知の世界の秘奥を開いてくれ、彼女らを男子と同等ならしむるものであります……。
もちろんそういう信念は、空想的でまた多少滑稽こっけいなものです。しかし進歩というものは、人の希望するがようには実現されるものでありません。また希望しなくてはなおさら実現されるものでありません。この婦人たちの努力も無効ではないでしょう。それは彼女らを、かつての偉大な世紀におけるがように、より完全により人間的になすでしょう。彼女らはもはや世の中の生きた問題に無関心ではなくなるでしょう。生きた問題に無関心であることこそ、慨嘆すべき呪のろわしいことです。なぜならば、家庭の義務にもっとも心を用いてる婦人でさえ、現代社会における義務を考える要はないと思うのは、許すべからざることですから。ジャンヌ・ダルクやカテリーナ・スフォルツァの時代の先祖たちは、そういうふうに思ってはしませんでした。その後婦人はいじけてしまったのです。われわれ男子は婦人に空気と日光とを分かち与えませんでした。それで婦人はわれわれからそれを強しいて取りもどそうとしています。実に健気けなげな者ではありませんか!……もとより、今日戦ってる彼女らのうちの、多くの者は死ぬでしょうし、多くの者は迷うでしょう。危あぶない年齢期にあるのです。その努力はあまりに弱々しい力にとっては激しすぎます。植物でも長く水を得ないでいるときには、最初の雨に焼きつくされる恐れがあります。しかしそれがなんでしょう! 進歩の賠償なのですから。後から来る者たちは彼女らの苦しみから花を咲かすでしょう。現在戦っているこの憐あわれな処女たちは、たいてい結婚なんかしないでしょうけれど、多くの子を生んだ過去の夫人たちよりも、未来にたいしてはいっそう多産でしょう。なぜなら、彼女らから、彼女らの犠牲によって、新たなクラシック時代の女性が出て来るでしょうから。
そういう勤勉な蜜蜂たちを見出す好機が得らるるのは、あなたの従姉のコレットの客間においてではありません。どうしてあなたは私を彼女のところへ強いて行かせようとなさるのですか。でも私はあなたの命に服さなければなりませんでした。それはありがたいことではありません。あなたは私にたいする権力を濫用なさるというものです。私は彼女の招待を三度断わりました。そのうち二度は返事も出しませんでした。すると彼女のほうから管絃楽の下稽古したげいこのおりに私をとらえに来ました――(私の第六交響曲をやってるときでした。)――幕間に彼女に会いましたが、彼女はやって来るとき、鼻をつき出して空気を嗅かぎながら叫んでいました。「愛の香りがしている。ほんとに私はこの音楽が大好きです!……」
彼女は肉体的にも変わってしまいました。ただ瞳ひとみの脹はれ上がった猫ねこのような眼と、いつも動きを見せてる顰しかめた奇妙な鼻とだけが、昔のとおりです。けれどその顔は広くなり、頑丈がんじょうな骨立ちになり、色艶つやがまして、丈夫そうになっています。戸外運動スポーツのために彼女は一変してしまったのです。無性に戸外運動にふけっています。夫は御存じのとおり、自動車クラブと飛行クラブとの大立者の一人です。どんな遠距離飛行にも、空中や陸上や水上のどんな周遊にも、ストゥヴァン・ドレストラード夫妻が加わっていないものはありません。彼らはいつも旅にばかり出ています。人と会話を交える隙ひまなんかはありません。彼らの話題となるものはただ、競走や漕艇そうていや蹴球しゅうきゅうや競馬ばかりです。それは社交界の一つの新しい連中です。ペレアスの時代は女にとっては過ぎ去ってしまいました。流行はもはや魂から離れています。若い女たちは戸外遊歩や日向ひなたの遊戯で焼けた赤い顔色をしています。男のような眼で人をながめます。多少荒っぽい笑い方をします。調子はいっそう粗野に生硬になっています。あなたの従姉いとこは時とすると、無作法なことを平気で口にしています。昔はほとんど食うか食わずだったのに、非常な大食になっています。なお習慣を守って胃の弱いことを並べたてていますが、それでもやはりごく健啖けんたんです。書物なんかは少しも読んでいません。この社会ではもう読書なんかは廃すたっています。ただ音楽だけが贔屓ひいきにされています。音楽は文学の失寵しっちょうにかえって利を得た形です。疲れきっている彼らにとっては、音楽はトルコ風呂ぶろであり、なま温かい湯気であり、マッサージであり、長煙管ぎせるです。思索の必要なんかはありません。それは戸外運動と恋愛との間の過渡期です。そしてまた一種の遊戯です。しかし美的娯楽のうちでももっとも広く知られてるのは、現在では舞踏ダンスです。ロシア舞踏、ギリシャ舞踏、スイス舞踏、アメリカ舞踏、すべてのものがパリーで行なわれています。ベートーヴェンの交響曲シンフォニー、アイスキュロスの悲劇、いとものどけきクラヴサン、ヴァチカン宮殿の古代像、オルフェウス、トリスタン、キリスト受難、体操、その他すべてのものが踊られています。彼らは逆上しています。
あなたの従姉いとこが、その審美心と戸外運動と実務の才(というのは、実務的能力と家庭的専横性とを彼女は母親から受け継いでいますから)のすべてを、いかにうまく調和さしてるかを見ると、実に不思議なほどです。そんなものを一つに混合することは考え得られもしません。しかし彼女はそれらを混合して平然としています。彼女は狂気に近い風変わりな性質でありながら明晰めいせきな精神を失わないと同様に、自動車でめまぐるしく飛び回っても常に確実な眼と手とを失いません。まったく一個の女丈夫です。夫や来客や家人などすべてのものを旗鼓堂々と統率しています。彼女はまた政治にも関係しています。彼女は「殿下」の味方です。と言って私が彼女を王党だと思ってるのではありません。それはただ彼女にとっては動き回る口実の一つにすぎません。そしてもう書物を十ページと読むこともないのに、アカデミーの選挙をしています。――彼女は私を保護してやろうという考えを起こしました。そんなことを私が好まないということはあなたもお思いなさるでしょう。そしてもっともたまらないことには、私はただあなたの言葉に従って彼女のところへ行きましたのに、彼女はもう私にたいして勢力をもってると思い込んだのです……。私はその腹癒はらいせに、ありのままのことを言ってやりました。彼女はただ一笑に付し去って、平然と私に答え返します。「彼女は本来はよい人……」とあなたは言われますが、まさしく、何か仕事さえしておればそうです。彼女は自分でそれを認めています。もう機械につき砕くべきものがなくなったら、新たな材料をそれに与えるためにどんなことでもするでしょう。――私は二回彼女の家へ行きました。そしてもうこれからは行かないつもりです。二回行っただけであなたにたいする私の従順さを示すに十分です。あなたは私の死滅をお望みにはならないでしょう。私は彼女の家から出て来るときには、気持がくじけ砕けがっかりしています。二度目に彼女と会ったとき、私はその晩恐ろしく魘うなされました。彼女の夫となってその生きた旋風に生涯しょうがい結びつけられてるところを夢みました……。馬鹿げた夢で、彼女の実の夫はそんなことに苦しめられていないに違いありません。なぜなら、その家の中で見かけるすべての人たちのうちで、彼はおそらく彼女といっしょにいることがもっとも少ないようです。そして二人いっしょにいるときには、ただ戸外運動スポーツのことばかり話しています。二人はたいへん気が合っています。
そういう人たちが、どうして私の音楽に成功を得さしたのでしょう? 私はそれを理解しようとはつとめません。私はただ私の音楽が彼らに新たな刺激を与えたことと思います。彼らは私の音楽から手荒いものを受けて感謝しています。彼らは今のところ肉付きのよい体躯たいくをもってる芸術を好んでいます。しかしその中にこもってる魂には夢にも気づきません。今日心酔していて明日は冷淡になり、明日冷淡であって明後日は誹謗ひぼうするようになり、しかもけっして中の魂を知ることはありません。芸術家はみなそういう目に会わされるものです。私は自分の成功に幻をかけはしません。私の成功は長くつづくものではありません。そして彼らからきっとひどい報いを受けるでしょう。――まずそれまでの間、私は不思議なことを見せつけられています。私の崇拝者らのうちでもっとも熱心なのは……(多数のうちの一人としてあげるのですが)……あのレヴィー・クールです。昔私と滑稽こっけいな決闘をやったあの好男子を、あなたは覚えていられるでしょうね。あの男が今では私の作をまだ理解していない人々に教えをたれています。しかもきわめてよくやっています。私のことを云々うんぬんするすべての者のうちで、彼はまだいちばん賢明です。他の連中がどれくらいの人物かは御判断に任せます。確かに私は自慢するほどのことはありません。
私はみずから誇りたくありません。人がほめてくれるそれらの作品を聞くと、あまりに気恥ずかしくなります。私はその中に自分の姿を見てとり、そしてそれがりっぱだとは思われません。ほんとうに見ることを知ってる者にとっては、音楽の作品はなんという無慈悲な鏡でしょう! 彼らが盲目で聾であるのは幸いなるかなです。私の作品の中には自分の惑乱と弱点とが多くはいっていますので、時としますと、それらの悪魔の群れを世に放はなって悪い行ないをしてるように、我ながら思われることがあります。聴衆が落ち着いてるのを見ると初めて安堵あんどします。彼らは二重も三重もの鎧よろいをつけています。何物からも害せられることがありません。もしそうでなかったら私は天罰を受けることでしょう……。あなたは私が自分自身にたいしてあまりに厳格だとおとがめなさいます。けれどそれは、私ほどによく私自身を御存じないからです。人はわれわれがどういうものになってるかを見てとります。しかしわれわれがどういうものになり得たろうかを見てとりはしません。そして人々がわれわれをほめるのは、われわれ自身の価値から来たところのものについてよりもむしろ、われわれを運ぶ事変やわれわれを導く力などから来たところのものについてです。私に一つの話を述べさしてください。
先日の晩、私はある珈琲コーヒー店へはいりました。この種の珈琲店では、変なふうにではあるがかなりいい音楽がやられています。五、六の楽器をピアノに添えて、交響曲シンフォニーやミサ曲や聖譚曲オラトリオなどが演奏されています。ちょうどローマのある大理石細工商のうちで、暖炉の置物としてメディチ礼拝堂を売ってるのと同じです。そんなことは芸術に役だつようです。芸術を世の中に普及させるためには、その合金の通貨を作らなければいけません。それにまたこれらの音楽会では期待が裏切られることはありません。番組は豊富で演奏は真面目まじめです。私はそこで一人のチェリストに会って、交わりを結びました。彼の眼は不思議に私の父の眼を思い出させました。彼は私に身の上を語ってきかせました。彼の祖父は百姓であって、父は北方のある村役場に雇われてる小役人でした。親たちは彼をりっぱな者に、弁護士になすつもりでした。そして近くの町の学校にはいらせました。しかし強健粗野な彼は、弁護士なんかになろうとする熱心な勉強には不適当でして、窮屈な所にじっとしてることができませんでした。彼は壁を乗り越して外に出で、野の中を歩き回り、娘たちを追っかけ回し、自分のたくましい力を喧嘩けんかに費やしました。その他の時はただぼんやり彷徨ほうこうして、とうていできもしないような事柄を夢みました。そしてただ一つ彼の心をひきつけるものがありました。それは音楽です。なぜだかは神にしかわかりません。彼の身内には音楽家は一人もいませんでした。ただ一人は大伯父おおおじだけが例外でした。この大伯父は多少調子の違った人物で、田舎いなかの変人とも言うべき人でした。そういう変人たちは、往々際きわ立った知力と天性とをもちながら、傲然ごうぜんと孤立してるうちに、狂的なくだらない事柄にそれを使ってしまうものです。ところでこの大伯父は、音楽に革命をきたすほどの新しい記号法を一つ――(それからなおも一つ)――発見したのでした。言葉と歌と伴奏とを同時にしるし得る速記法を見出したとまで自称していました。しかも自分では一度もそれを正確に読み返すことができなかったのです。家の者たちはこの好々爺こうこうやを馬鹿にしていましたが、それでもやはり自慢にしていました。「これは気違い爺じいさんだ、けれど、天才であるかもわかったものではない……」と皆は考えていたのです。――そしてたぶん彼から音楽癖がその甥おい孫に伝わったのでしょう。その町ではどういう音楽を聞くことができたでしょうか……。とは言え、悪い音楽もよい音楽と同じくらいに純潔な愛を人に起こさせるものです。
不幸なことには、音楽にたいする熱情なんかはその地方では認められなかったようです。しかも少年の彼は、大伯父のような堅固な狂癖をもっていませんでした。彼は音楽狂の大伯父の労作を人に隠れては読みふけって、それが彼の不規則な音楽教育の根底となりました。彼は虚栄心が強く、父や世評の前におずおずしていましたので、成功しないかぎりは自分の野心をもらさないようにしました。フランスの多くの小中流人のうちには、気弱さのために、家の者たちの意志に反抗することができず、表面上それに服従して、自分のほんとうの生活のほうは、たえず人に隠れて営んでいるような者が、非常にたくさんありますが、善良な彼も家の者たちに圧迫されて、それと同じことをしました。自分の好む道へは進まないで、人から課せられた仕事へ趣味もないのにはいってゆきました。けれどもその方面では、成功することも華はなやかに失敗することもできませんでした。どうかこうか必要な試験にだけは及第しました。それによって彼が見出したおもな利益は、田舎の社会と父親との二重の監視からのがれたことでした。法律はつくづく嫌いやでしたから、それを自分の職業とはすまいと決心していました。しかし父が存命してる間は、あえて自分の意志を表明しかねました。断然たる処置をとるまでにはまだ時を待たねばならないことを、彼はおそらく苦にはしなかったでしょう。将来自分のなすことやなし得ることなどをぼんやり空想して、一生を過ごしてしまうような者が世にはありますが、彼もその一人でした。さし当たり何にもしませんでした。新しいパリー生活のために惑わされ酔わされて、若い田舎者の乱暴さで、女と音楽との二つの情熱にふけりました。逸楽と音楽会とにのぼせ上がってしまいました。そして幾年も無駄むだに送って、自分の音楽教育を完成するような手段をも講じませんでした。猜疑さいぎ的な高慢心と独立的な短気な悪い性質とのために、なんらの稽古をもなしつづけることができず、だれにも助言を求めることができませんでした。
父が死んだときに彼はテミスとユスティニアヌスとを共に追っ払ってしまいました。そして作曲し始めました。けれど必要な技能を修得するだけの元気はありませんでした。怠惰な彷徨ほうこうと快楽の趣味との根深い習慣のために、真面目まじめな努力ができなくなっていたのです。物を感ずることはきわめて鋭敏でしたが、思想は形式とともにすぐ逃げ去ってしまいました。そして結局平凡なことしか表現できませんでした。もっともいけないのは、この凡庸人のうちに何かある偉大なものが実際に存在していたことです。私は彼の旧作を二つ読んでみました。所々に奇警な観念がこもっていて、しかもそれが荒削りの状態のままですぐに変形させられています。泥炭でいたん坑の上に鬼火が燃えてるようなものです……。そして彼は実に不思議な頭脳の所有者です。私にベートーヴェンの奏鳴曲ソナタを説明してくれましたが、その中に子供らしい奇体な物語があるのだと見ています。しかし彼は実に熱情家で、どこまでも真面目な男です。ベートーヴェンの奏鳴曲のことを話すときには、眼に涙を浮かべます。愛するもののためになら死んでも恨みとしますまい。滑稽こっけいでまた人の心を打つ人物です。私は彼を面と向かってあざけってやりたくなるかと思えば、すぐに抱擁してやりたくなるのが常です……。真底から正直な男です。パリーの各流派の法螺ほらと虚偽の光栄とをひどく軽蔑けいべつしています――それでも、成功してる人々にたいしては、小中流人風の無邪気な感嘆の念をいだかせられるのです……。
彼はわずかな遺産を得ましたが、数か月のうちに早くもそれを使い果たしてしまいました。そして生活に困ってくると、こういう種類の人にありがちな罪深い正直さで、貧乏な娘を誘惑して結婚しました。彼女は音楽を愛してはしませんが、美しい声をもっていて音楽をやっていました。彼は彼女の声とチェロをひき覚えてる凡庸な才能とで生活しなければなりませんでした。もとより彼らはすぐにおたがいの平凡さを見てとって、たがいに我慢できなくなりました。女の児こが一人生まれました。父親はその娘に幻をかけました。自分のなれなかったものに娘がなってくれるだろうと考えました。娘は母親に似ていました。一片の才能もないピアノひきになりました。彼女は父を敬慕していて、父の気に入るように仕事を励みました。彼らは幾年もの間温泉町の旅館を回り歩いて、金銭よりもむしろ多く恥辱を集めてきました。娘は病弱な上に過労のため死にました。細君は力を落として日に日にいらだたしくなりました。それは実に底知れぬ悲惨で、それから脱せられる望みもないし、とうてい実現できないとわかってる理想にたいする感情のために、いっそうひどくなされてる悲惨でした……。
一生涯しょうがい憂苦の連続であるこの憐あわれな落伍らくご者を見ながら、わが友よ、私はこう考えたのです。「自分もこうなったかもしれないのだ。その男と自分との幼時の魂には共通の特質がある。そして身の上のある事件も似通っている。音楽上の思想にもある類似点が見出される。ただ彼の思想は中途で止まってしまっただけだ。自分が彼のように没落しなかったのは何によるのか? もちろんそれは自分の意志によるのである。しかしまた人生の偶然事にもよるのである。またたとい意志だけだとしても、自分がその意志を得ているのは、ただ自分の価値だけによるのであろうか? 否むしろ、自分の民族、自分の友人ら、自分を助けてくれた神、によるのではないだろうか?……」こういう考えは人を卑下させます。芸術を愛し芸術のために苦しんでるすべての人にたいして、兄弟らしい感じを起こさせます。もっとも低い者ともっとも高い者との間の距離は大きいものではありません……。
そこで私は、あなたが手紙に書かれていたことを考えました。あなたの言われるところは道理です。芸術家たる者は他人を助け得る間は隠退してはいけない。それで私は踏みとどまることにしましょう。当地やウィーンやベルリンなどで、一年のうち数か月は暮らすことにつとめましょう。それらの都会にふたたび住むことは苦痛ですけれど、しかし断念してはいけないのです。私は大して世の中に役だち得なくとも、そして実際役だちそうもありませんが、しかし当地に滞在してることはたぶん私自身のためになるでしょう。そしてあなたがそれを望まれたのだと考えてみずから慰めましょう。それにまた……(嘘うそをつきたくありませんから申しますが)……私は当地が面白くなり始めています。さようなら、私の暴君よ。あなたは勝利を得ました。私はあなたの望まれてることをするようになってるばかりでなく、それを好むようにさえなっています。

クリストフ

 

 

Ainsi, il resta, en partie pour lui plaire, mais aussi parce que sa curiosité d'artiste, réveillée, se laissait reprendre an spectacle de l'art renouvelé. Tout ce qu'il voyait et faisait, il l'offrait en pensée à Grazia; il le lui écrivait. Il savait bien qu'il se faisait illusion sur l'intérêt qu'elle y pouvait trouver; il la soupçonnait d'un peu d'indifférence. Mais il lui était reconnaissant de ne pas trop la lui montrer.

Elle lui répondait régulièrement, une fois par quinzaine. Des lettres affectueuses et mesurées, comme l'étaient ses gestes. En lui contant sa vie, elle ne se départait pas d'une réserve tendre et fière. Elle savait avec quelle violence ses mots se répercutaient dans le cœur de Christophe. Elle aimait mieux lui paraître froide que le pousser à une exaltation, où elle, ne roulait pas le suivre. Mais elle était trop femme pour ignorer le secret de ne point décourager l'amour de son ami et de panser aussitôt, par de douces paroles, la déception intime que des paroles indifférentes avaient causée. Christophe ne tarda pas à deviner cette tactique; et, par une ruse d'amour, il s'efforçait à son tour de contenir ses élans, d'écrire des lettres plus mesurées, afin que les réponses de Grazia s'appliquassent moins à l'être.

À mesure qu'il prolongeait son séjour à Paris, il s'intéressait davantage à l'activité nouvelle qui remuait la gigantesque fourmilière. Il s'y intéressait d'autant plus qu'il trouvait chez les jeunes fourmis moins de sympathie pour lui. Il ne s'était pas trompé: son succès était une victoire à la Pyrrhus. Après une disparition de dix ans, son retour avait fait sensation dans le monde parisien. Mais par une ironie des choses, qui n'est point rare, il se trouvait patronné, cette fois, par ses vieux ennemis les snobs, les gens à la mode; les artistes lui étaient sourdement hostiles, ou se méfiaient de lui. Il s'imposait par son nom qui était déjà du passé, par son œuvre considérable, par son accent de conviction passionnée, par la violence de sa sincérité. Mais si l'on était contraint de compter avec lui, s'il forçait l'admiration ou l'estime, on le comprenait mal et on ne l'aimait point. Il était en dehors de l'art du temps. Un monstre, un anachronisme vivant. Il l'avait toujours été. Ses dix ans de solitude avaient accentué le contraste. Durant son absence, c'était accompli en Europe, et surtout à Paris, comme il l'avait bien vu, un travail de reconstruction. Un nouvel ordre naissait. Une génération se levait, désireuse d'agir plus que de comprendre, affamée de possession plus que de vérité. Elle voulait vivre, elle voulait s'emparer de la vie, fût-ce au prix du mensonge. Mensonges de l'orgueil,—de tous les orgueils: orgueil de race, orgueil de caste, orgueil de religion, orgueil de culture et d'art,—tous lui étaient bons, pourvu qu'ils fussent une armature de fer, pourvu qu'ils lui fournissent l'épée et le bouclier, et qu'abritée par eux, elle marchât à la victoire. Aussi lui était-il désagréable d'entendre la grande voix tourmentée, qui lui rappelait l'existence du doute et de la douleur: ces rafales, qui avaient troublé la nuit à peine enfuie, qui continuaient, en dépit de ses dénégations, à menacer le monde, et qu'elle voulait oublier. Impossible de ne pas entendre; on en était trop près. Alors, ces jeunes gens se détournaient avec dépit et ils criaient à tue-tête, afin de s'assourdir. Mais la voix parlait plus fort. Et ils lui en voulaient.

Au contraire, Christophe les regardait avec amitié. Il saluait l'ascension du monde vers une certitude et un ordre, à tout prix. Ce qu'il y avait de volontairement étroit dans cette poussée ne l'affectait point. Quand on veut aller droit au but, il faut regarder droit devant soi. Pour lui, assis au tournant d'un monde, il jouissait de voir, derrière lui, la splendeur tragique de la nuit et, devant, le sourire de la jeune espérance, l'incertaine beauté de l'aube fraîche et fiévreuse. Il était au point immobile de l'axe du balancier, tandis que le pendule recommençait à monter. Sans le suivre dans sa marche, il écoutait avec joie battre le rythme de vie. Il s'associait aux espoirs de ceux qui reniaient ses angoisses passées. Ce qui serait serait, comme il l'avait rêvé. Dix ans avant, Olivier, dans la nuit et la peine,—pauvre petit coq gaulois,—avait, de son chant frêle, annoncé le jour lointain. Le chanteur n'était plus; mais son chant s'accomplissait. Dans le jardin de France, les oiseaux s'éveillaient. Et, dominant les autres ramages, Christophe entendit soudain, plus forte, plus claire, la voix d'Olivier ressuscité.

Il lisait distraitement, à un étalage de libraire, un livre de poésies. Le nom de l'auteur lui était inconnu. Certains mots le frappèrent; il resta attaché. À mesure qu'il continuait de lire entre les feuilles non coupées, il lui semblait reconnaître une voix, des traits amis... Impuissant à définir ce qu'il sentait, et ne pouvant se décider à se séparer du livre, il l'acheta. Rentré chez lui, il reprit sa lecture. Aussitôt, son obsession le reprit. Le souffle impétueux du poème évoquait, avec une précision de visionnaire, les âmes immenses et séculaires,—ces arbres gigantesques, dont les hommes sont les feuilles et les fruits,—les Patries. De ces pages surgissait la figure surhumaine de la Mère,—celle qui fut avant les vivants d'aujourd'hui, celle qui sera après, celle qui trône, pareille aux Madones byzantines, hautes comme des montagnes, au pied desquelles prient les fourmis humaines. Le poète célébrait le duel homérique de ces grandes Déesses, dont les lances s'entrechoquent, depuis le commencement de l'histoire: cette Iliade millénaire, qui est à celle de Troie ce que la chaîne alpestre est aux collines grecques.

Une telle épopée d'orgueil et d'action guerrière était loin des pensées d'une âme européenne, comme celle de Christophe. Et pourtant, par lueurs, dans cette vision de l'âme française,—la vierge pleine de grâce, qui porte l'égide, Athéna aux yeux bleus qui brillent dans les ténèbres, la déesse ouvrière, l'artiste incomparable, la raison souveraine, dont la lance étincelante terrasse les barbares tumultueux,—Christophe apercevait un regard, un sourire qu'il connaissait, et qu'il avait aimés. Mais au moment de la saisir, la vision s'effaçait. Et tandis qu'il s'irritait a la poursuivre en vain, voici qu'en tournant une page, il entendit un récit, que, peu de jours avant sa mort, lui avait fait Olivier.

Il fut bouleversé. Il courut chez l'éditeur, il demanda l'adresse du poète. On la lui refusa, comme c'est l'usage. Il se fâcha. Inutilement. Enfin, il s'avisa qu'il trouverait le renseignement dans un annuaire. Il le trouva en effet, et aussitôt il alla chez l'auteur. Ce qu'il voulait, il le voulait bien; jamais il n'avait su attendre.

Dans le quartier des Batignolles. À un dernier étage. Plusieurs portes donnaient sur un couloir commun. Christophe frappa à celle qu'on lui indiqua. Ce fut la porte voisine qui s'ouvrit. Une jeune femme point belle, très brune, les cheveux sur le front, le teint brouillé—une figure crispée aux yeux vifs—demanda ce qu'on voulait. Elle avait l'air soupçonneux. Christophe exposa l'objet de sa visite, et, sur une nouvelle question, il donna son nom. Elle sortit de sa chambre et ouvrit l'autre porte, avec une clef qu'elle avait sur elle. Mais elle ne fit pas entrer Christophe tout de suite. Elle lui dit d'attendre dans le corridor, et elle pénétra seule, lui fermant la porte au nez. Enfin Christophe eut accès dans le logement bien gardé. Il traversa une pièce à moitié vide, qui servait de salle à manger: quelques meubles délabrés; près de la fenêtre sans rideaux, une douzaine d'oiseaux piaillaient dans une volière. Dans la pièce voisine, sur un divan râpé, un homme était couché. Il se souleva pour recevoir Christophe. Ce visage émacié, illuminé par l'âme, ces beaux yeux de velours où brûlait une flamme de fièvre, ces longues mains intelligentes, ce corps mal fait, cette voix aiguë qui s'enrouait... Christophe reconnut sur-le-champ... Emmanuel! Le petit ouvrier infirme, qui avait été la cause innocente... Et Emmanuel, brusquement debout, avait aussi reconnu Christophe.

Ils restaient sans parler. Tous deux, en ce moment, ils voyaient Olivier... Ils ne se décidaient pas à se donner la main. Emmanuel avait fait un mouvement de recul. Après dix ans passés, une rancune inavouée, l'ancienne jalousie qu'il avait pour Christophe, ressortait du fond obscur de l'instinct. Il restait là, défiant et hostile.—Mais lorsqu'il vit l'émotion de Christophe, lorsqu'il lut sur ses lèvres le nom qu'ils pensaient tous deux: «Olivier!...» ce fut plus fort que lui: il se jeta dans les bras qui lui étaient tendus.

Emmanuel demanda:

—Je savais que vous étiez à Paris. Mais vous, comment m'avez-vous pu trouver?

Christophe dit:

—J'ai lu votre dernier livre; au travers, j'ai entendu sa voix.

—N'est-ce pas? dit Emmanuel, vous l'avez reconnu? Tout ce que je suis à présent, c'est à lui que je le dois.

(Il évitait de prononcer le nom).

Après un moment, il continua, assombri:

—Il vous aimait plus que moi.

Christophe sourit:

—Qui aime bien ne connaît ni plus ni moins; il se donne tout à tous ceux qu'il aime.

Emmanuel regarda Christophe; le sérieux tragique de ses yeux volontaires s'illumina subitement d'une douceur profonde. Il prit la main de Christophe, et le fit asseoir sur le divan, près de lui.

Ils se dirent leur vie. De quatorze à vingt-cinq ans, Emmanuel avait fait bien des métiers: typographe, tapissier, petit marchand ambulant, commis de librairie, clerc d'avoué, secrétaire d'un homme politique, journaliste... Dans tous, il avait trouvé moyen d'apprendre fiévreusement, çà et là rencontrant l'appui de braves gens frappés par l'énergie du petit homme, plus souvent tombant aux mains d'hommes qui exploitaient sa misère et ses dons, s'enrichissant des pires expériences et réussissant à en sortir sans trop d'amertume, n'y laissant que le reste de sa chétive santé. Des aptitudes singulières pour les langues anciennes, (moins exceptionnelles qu'on ne croirait, dans une race imbue de traditions humanistes), lui avaient valu l'intérêt et l'appui d'un vieux prêtre hellénisant. Ces études, qu'il n'avait pas eu le temps de pousser très avant, lui furent une discipline d'esprit et une école de style. Cet homme sorti de la bourbe du peuple, dont toute l'instruction s'était faite par lui-même, au hasard, et offrait des lacunes énormes, avait acquis un don de l'expression verbale, une maîtrise de la pensée sur la forme, que dix ans d'éducation universitaire sont impuissants à donner à la jeune bourgeoisie. Il en attribuait le bienfait à Olivier. D'autres l'avaient pourtant plus efficacement aidé. Mais d'Olivier venait l'étincelle qui avait allumé, dans la nuit de cette âme, la veilleuse éternelle. Les autres n'avaient fait que verser de l'huile dans la lampe.

Il dit:

—Je n'ai commencé de le comprendre qu'à partir du moment où il s'en est allé. Mais tout ce qu'il m'avait dit était entré en moi. Sa lumière ne m'a jamais quitté.

Il parlait de son œuvre, de la tâche qui lui avait été, prétendait-il, léguée par Olivier: du réveil des énergies françaises, de cette flambée d'idéalisme héroïque, dont Olivier était l'annonciateur; il voulait s'en faire la voix retentissante qui plane sur la mêlée et qui sonne la victoire prochaine; il chantait l'épopée de sa race ressuscitée.

Ses poèmes étaient bien le produit de cette étrange race qui, à travers les siècles, a conservé si fort son vieil arôme celtique, tout en mettant un orgueil bizarre à vêtir sa pensée des défroques et des lois du conquérant romain. On y trouvait tout purs cette audace gauloise, cet esprit de raison folle, d'ironie, d'héroïsme, ce mélange de jactance et de bravoure, qui allait tirer la barbe aux sénateurs de Rome, pillait le temple de Delphes, et lançait en riant ses javelots contre le ciel. Mais il avait fallu que ce petit gniaf parisien incarnât ses passions, comme avaient fait ses grands-pères à perruque, et comme feraient sans doute ses arrière-petits-neveux, dans les corps des héros et des dieux de la Grèce, morts depuis deux mille ans. Instinct curieux de ce peuple, qui s'accorde avec son besoin d'absolu: en posant sa pensée sur les traces des siècles, il lui semble qu'il impose sa pensée pour les siècles. La contrainte de cette forme classique ne faisait qu'imprimer un élan plus violent aux passions d'Emmanuel. La calme confiance d'Olivier en les destins de la France s'était transformée, chez son petit protégé, en une foi brûlante, affamée d'action et sûre du triomphe. Il le voulait, il le voyait, il le clamait. C'était par cette foi exaltée et par cet optimisme qu'il avait soulevé les âmes du public français. Son livre avait été aussi efficace qu'une bataille. Il avait ouvert la brèche dans le scepticisme et dans la peur. Toute la jeune génération s'y était ruée à sa suite, vers les destins nouveaux...

Il s'animait en parlant; ses yeux brûlaient, sa figure blême se marbrait de plaques roses, et sa voix était criarde. Christophe ne pouvait s'empêcher de remarquer le contraste entre ce feu dévorant et le corps misérable qui lui servait de bûcher. Il ne faisait qu'entrevoir l'émouvante ironie de ce sort. Le chantre de l'énergie, le poète qui célébrait la génération des sports intrépides, de l'action, de la guerre, pouvait à peine marcher sans essoufflement, était sobre, suivait un régime strict, buvait de l'eau, ne devait pas fumer, vivait sans maîtresses, portait toutes les passions en lui, et était réduit par sa santé à l'ascétisme.

Christophe contemplait Emmanuel; et il éprouvait un mélange d'admiration et de pitié fraternelle. Il n'en voulait rien montrer; mais sans doute ses yeux en trahirent quelque chose; ou l'orgueil d'Emmanuel, qui gardait dans son flanc une blessure toujours ouverte, crut lire dans les yeux de Christophe la commisération, oui lui était plus odieuse que la haine. Sa flamme tomba, d'un coup. Il cessa de parler. Christophe essaya vainement de ramener la confiance. L'âme s'était refermée. Christophe vit qu'il l'avait blessé.

Le silence hostile se prolongeait. Christophe se leva. Emmanuel le reconduisit, sans un mot, à la porte. Sa démarche accusait son infirmité; il le savait; il mettait son orgueil à y sembler indifférent; mais il pensait que Christophe l'observait, et sa rancune s'en aggravait.

Au moment où il serrait froidement la main à son hôte, pour le congédier, une jeune dame élégante sonnait à la porte. Elle était escortée d'un gandin prétentieux, que Christophe reconnut pour l'avoir remarqué à des premières théâtrales, souriant, caquetant, saluant de la patte, baisant la patte des dames, et, de sa place à l'orchestre, décochant des sourires jusqu'au fond du théâtre: faute de savoir son noua, il l'appelait «le daim».—Le daim et sa compagne, à la vue d'Emmanuel, se jetèrent sur le «cher maître», avec des effusions obséquieuses et familières. Christophe, qui s'éloignait, entendit la voix sèche d'Emmanuel répondre qu'il ne pouvait recevoir, qu'il était occupé. Il admira le don que possédait cet homme d'être désagréable. Il ignorait ses raisons de faire mauvais visage aux riches snobs qui venaient le gratifier de leurs visites indiscrètes: ils étaient prodigues de belles phrases et d'éloges; mais ils ne s'occupaient pas plus d'alléger sa misère que les fameux amis de César Franck ne cherchèrent jamais à le décharger des leçons de piano, que jusqu'au dernier jour il dut donner pour vivre.

Christophe retourna plusieurs fois chez Emmanuel. Il ne réussit plus à faire renaître l'intimité de la première visite. Emmanuel ne témoignait aucun plaisir à le voir, et se tenait sur une réserve soupçonneuse. Par moments, le besoin d'expansion de son génie l'emportait; un mot de Christophe le faisait vibrer jusqu'aux racines; alors, il s'abandonnait à un accès d'enthousiasme; et son idéalisme jetait sur son âme cachée de splendides lueurs. Puis, brusquement, il retombait; il se crispait dans un silence hargneux; et Christophe retrouvait l'ennemi.

Trop de choses les séparaient. La moindre n'était pas leur différence d'âge. Christophe s'acheminait vers la pleine conscience et la maîtrise de soi. Emmanuel était encore en formation, et plus chaotique que Christophe n'avait jamais été. L'originalité de sa figure tenait aux éléments contradictoires qu'on y trouvait aux prises: un stoïcisme puissant, qui tâchait de dompter une nature rongée de désirs ataviques,—(le fils d'un alcoolique et d'une prostituée);—une imagination frénétique, qui se cabrait sous le mors d'une volonté d'acier; un immense égoïsme et un immense amour des autres,—(on ne savait jamais quel des deux serait vainqueur);—un idéalisme héroïque et une avidité de gloire qui le rendait maladivement inquiet des autres supériorités. Si la pensée d'Olivier, si son indépendance, son désintéressement se retrouvaient en lui, si Emmanuel était supérieur à son maître par sa vitalité plébéienne, qui ne connaissait pas l'écœurement de l'action, par le génie poétique et par la rude écorce, qui le défendait contre tous les dégoûts, il était loin d'atteindre à la sérénité du frère d'Antoinette; son caractère était vaniteux, tourmenté; et le trouble d'autres êtres venait s'ajouter au sien.

Il vivait dans une union orageuse avec une jeune femme qu'il avait pour voisine: celle qui avait reçu Christophe, la première fois. Elle aimait Emmanuel et s'occupait de lui jalousement, faisait son ménage, recopiait ses œuvres, les écrivait sous sa dictée. Elle n'était pas belle et portait le fardeau d'une âme passionnée. Sortie du peuple, longtemps ouvrière dans un atelier de cartonnage, puis employée des postes, elle avait passé une enfance étouffée dans le cadre ordinaire des ouvriers pauvres de Paris: âmes et corps entassés, travail harassant, promiscuité perpétuelle, pas d'air, pas de silence, jamais de solitude, impossibilité de se recueillir, de défendre la retraite de son cœur. Esprit fier, qui couvait une ferveur religieuse pour un idéal confus de vérité, elle s'était usé les yeux à copier pendant la nuit, et parfois sans lumière, à la clarté de la lune, les Misérables de Hugo. Elle avait rencontré Emmanuel, à un moment où il était plus malheureux qu'elle, malade et sans ressources; elle s'était vouée à lui. Cette passion était le premier, le seul amour de sa vie. Aussi elle s'y attachait, avec une ténacité d'affamée. Son affection était pesante pour Emmanuel, qui la partageait moins qu'il ne la subissait. Il était touché de ce dévouement; il savait qu'elle lui était la meilleure des amies, le seul être pour qui il fût tout, et qui ne pût se passer de lui. Mais ce sentiment même l'écrasait. Il avait besoin de liberté, il avait besoin d'isolement; ces yeux qui mendiaient avidement un regard l'obsédaient; il lui parlait avec dureté, il avait envie de lui dire: «Va-t'en!» Il était irrité par sa laideur et par ses brusqueries. Si peu qu'il connût la société mondaine et quelque mépris qu'il lui témoignât,—(car il souffrait de s'y voir plus laid et plus ridicule),—il était sensible à l'élégance, il subissait l'attrait de femmes qui avaient pour lui (il n'en doutait pas) le sentiment qu'il avait pour son amie. Il tâchait de témoigner à celle-ci une affection qu'il n'avait pas, ou du moins que ne cessaient d'obscurcir des bourrasques de haine involontaire. Il n'y parvenait point; il portait dans sa poitrine un grand cœur généreux, avide de faire le bien, et un démon de violence, trop apte à faire le mal. Cette lutte intérieure et la conscience qu'il avait de ne pouvoir la terminer à son avantage le jetaient dans une sourde irritation, dont Christophe recevait les éclats.

Emmanuel ne pouvait se défendre envers Christophe d'une double antipathie: l'une, issue de sa jalousie ancienne (ces passions d'enfance, dont la poussée subsiste, même quand on en a oublié la cause); l'autre, inspirée par un brûlant nationalisme. Il incarnait en la France tous les rêves de justice, de pitié, de fraternité humaine, conçus par les meilleurs de l'époque précédente. Il ne l'opposait pas au reste de l'Europe, comme une ennemie dont la fortune croît sur les ruines des autres nations; il la mettait à leur tête, comme la souveraine légitime qui règne pour le bien de tous,—épée de l'idéal, guide du genre humain. Plutôt qu'elle commit une injustice, il l'eût préférée morte. Mais il ne doutait point d'elle. Il était exclusivement français, de culture et de cœur, uniquement nourri de la tradition française, dont il retrouvait les raisons profondes en son instinct. Il méconnaissait, avec sincérité, la pensée étrangère, pour laquelle il avait une condescendance dédaigneuse,—une irritation, si l'étranger n'acceptait point cette situation humiliée.

Christophe voyait tout cela; mais plus âgé et plus instruit par la vie, il ne s'en affectait point. Si cet orgueil de race ne laissait pas d'être blessant, Christophe n'en était pas atteint; il faisait la part des illusions de l'amour filial, et il ne songeait pas à critiquer les exagérations d'un sentiment sacré. Au reste, l'humanité même trouve son profit à la croyance vaniteuse des peuples dans leur mission. De toutes les raisons qu'il avait de se sentir éloigné d'Emmanuel, une seule lui était pénible: la voix d'Emmanuel, qui s'élevait parfois à des intonations suraiguës. L'oreille de Christophe en souffrait cruellement. Il ne pouvait s'empêcher de faire des grimaces. Il tâchait qu'Emmanuel ne les vit point. Il s'appliquait à entendre la musique, et non pas l'instrument. Une telle beauté d'héroïsme rayonnait du poète infirme, quand il évoquait les victoires de l'esprit, devancières d'autres victoires, la conquête de l'air, le «dieu volant» qui soulevait les foules et, comme l'étoile de Bethléem, les entraînait à sa suite, extasiées, vers quels lointains espaces ou quelles revanches prochaines! La splendeur de ces visions d'énergie n'empêchait pas Christophe d'en sentir le danger, de prévoir où menaient ce pas de charge et la clameur grandissante de cette nouvelle Marseillaise. Il pensait, avec un peu d'ironie, (sans regret du passé ni peur de l'avenir), que le chant aurait des échos que le chantre ne prévoyait pas, et qu'un jour viendrait où les hommes soupireraient après le temps disparu de la Foire sur la place... Qu'on était libre alors! L'âge d'or de la liberté! Jamais on n'en connaîtrait plus de pareil. Le monde s'acheminait vers un âge de force, de santé, d'action virile, et peut-être de gloire, mais d'autorité dure et d'ordre étroit. L'aurons-nous assez appelé de nos vœux, l'âge de fer, l'âge classique! Les grands âges classiques,—Louis XIV ou Napoléon,—nous paraissent, à distance, les cimes de l'humanité. Et peut-être la nation y réalise-t-elle le plus victorieusement son idéal d'État. Mais allez donc demander aux héros de ces temps ce qu'ils en ont pensé! Votre Nicolas Poussin s'en est allé vivre et mourir à Rome; il étouffait chez vous. Votre Pascal, votre Racine ont dit adieu au monde. Et parmi les plus grands, que d'autres vécurent à l'écart, disgraciés, opprimés! Même l'âme d'un Molière cachait bien des amertumes.—Pour votre Napoléon, que vous regrettez tant, vos pères ne semblent pas s'être doutés de leur bonheur; et le maître lui-même ne s'y est pas trompé; il savait que quand il disparaîtrait, le monde ferait: «Ouf!»... Autour de l'Imperator, quel désert de pensée! Sur l'immensité de sable, le soleil africain...

Christophe ne disait point tout ce qu'il ruminait. Quelques allusions avaient suffi à mettre Emmanuel en fureur; il ne les renouvela point. Mais il avait beau garder pour lui ses pensées, Emmanuel savait qu'il les pensait. Bien plus, il avait obscurément conscience que Christophe voyait plus loin que lui. Et il n'en était que plus irrité. Les jeunes gens ne pardonnent pas à leurs aînés, qui les contraignent à voir ce qu'ils seront dans vingt ans.

Christophe lisait dans son cœur et se disait:

—Il a raison. À chacun sa foi! Il faut croire ce qu'on croit. Dieu me garde de troubler sa confiance dans l'avenir!

Mais sa seule présence était une cause de trouble. De deux personnalités qui sont ensemble, quelque effort qu'elles fassent toutes deux pour s'effacer, l'une écrase toujours l'autre, et l'autre en garde en soi la rancune humiliée. L'orgueil d'Emmanuel souffrait de la supériorité d'expérience et de caractère de Christophe. Et peut-être se défendait-il de l'amour qu'il sentait grandir pour lui...

Il devint plus farouche. Il ferma sa porte. Il ne répondit pas aux lettres.—Christophe dut renoncer à le voir.

On était arrivé aux premiers jours de juillet. Christophe faisait le compte de ce que ces mois lui avaient apporté: beaucoup d'idées nouvelles, peu d'amis. Des succès brillants et dérisoires: retrouver son image, le reflet de son œuvre, affaiblis ou caricaturés, dans des cerveaux médiocres, cela n'a rien de réjouissant. Et de ceux dont il eût aimé à être compris, la sympathie lui manquait; ils n'avaient pas accueilli ses avances; il ne pouvait se joindre à eux, quelque désir qu'il eût de s'associer à leurs espoirs, de leur être un allié; on eût dit que leur amour-propre inquiet se défendît de son amitié et trouvât plus de satisfaction à l'avoir pour ennemi. Bref, il avait laissé passer le flot de sa génération, sans passer avec elle; et le flot de la génération suivante ne voulait pas de lui. Il était isolé, et ne s'en étonnait pas, toute sa vie l'y ayant habitué. Mais il jugeait que maintenant il avait conquis le droit, après ce nouvel essai, de retourner dans son ermitage suisse, en attendant de réaliser un projet qui, depuis peu, prenait plus de consistance. À mesure qu'il vieillissait, il était tourmenté du désir de revenir s'installer au pays. Il n'y connaissait plus personne, il y trouverait sans doute encore moins de parenté d'esprit que dans cette ville étrangère; mais ce n'en est pas moins le pays: vous ne demandez pas à ceux de votre sang de penser comme vous; il existe entre eux et vous mille secrets liens; les sens ont appris à lire dans le même livre du ciel et de la terre, le cœur parle la même langue.

Il raconta gaiement ses mécomptes à Grazia, et dit son intention de retourner en Suisse; il demandait, en plaisantant, la permission de quitter Paris et annonçait son départ pour la semaine suivante. Mais, à la fin de la lettre, un post-scriptum disait:

«J'ai changé d'avis. Mon départ est remis.»

 

かくて彼は踏みとどまった。半ばは彼女の気に入るためにであったが、また一方には、眼覚めざめてきた芸術的好奇心が、更新してる芸術を見てひきつけられたからだった。そして彼は自分の見ることなすことすべてを、頭の中でグラチアにささげていた。それを彼女に書き送った。彼女がそれに興味を覚えるだろうと考えるのは、自分の自惚うぬぼれであることを彼はよく知っていた。彼は彼女の多少の無関心に気づいていた。しかしそれをあまり見せつけられないのがありがたかった。
彼女は規則正しく半月に一回返事をくれた。彼女の挙措と同じように愛情深い慎つつましい手紙だった。彼に自分の日常を語ってきかせながら、高くとまったやさしい控え目を失わなかった。彼女は自分の言葉がいかに激しく彼の心に響くかを知っていた。彼から激情の中へ引き込まれるのを欲しなかったので、彼を激情に狩りたてるよりも冷やかな様子をしたがよいと思っていた。しかし彼女は女だったから、友の愛を落胆させることなく、冷淡な言葉がひき起こす内心の失意を、すぐにやさしい言葉で癒いやしてやるだけの秘訣ひけつを、知らないではなかった。クリストフはやがてそういう手段を察し知った。そして愛の狡猾こうかつな策略によって、こんどは自分のほうでつとめて興奮を押えつけ、いっそう慎ましい手紙を書いて、彼女に遠慮しないで返事を書かせるようにした。
彼はパリーに長く滞在するに従って、その巨大な蟻ありの巣を揺るがしてる新しい活動力に、ますます興味を覚えてきた。自分にたいする同情を若蟻らのうちに見出すことが少ないだけに、いっそう興味が深かった。彼の考えは間違っていなかった。彼の成功はピュロス風の勝利だった。十年間姿を隠したあとでもどってきたことが、パリー人らの心をそそったのだった。しかし世に珍しくない皮肉な現象として、彼はこんどは軽薄才士や流行児などの旧敵によって保護された。芸術家は彼にひそかな敵意をいだいたり、あるいは彼を疑ったりしていた。彼はすでに過去のものとなってる自分の名声によって、多くの作品によって、熱烈な確信の調子によって、真摯しんしの激しさによって、人を威圧してるのだった。けれども、余儀なく彼を重んじてはいるものの、賞賛や尊重を彼から強しいられてはいるものの、人は彼を誤解していて少しも愛してはいなかった。彼は当時の芸術の圏外にあった。一つの怪物であり、生きたる時代錯誤であった。彼はいつもそうだった。そして十年間の孤独はその対比をなお強めていた。彼がいない間に、ヨーロッパには、そしてことにパリーには、彼がよく見てとったように、改造の仕事がなし遂げられていた。一つの新しい社会が生まれていた。理解よりも活動を欲し、真理よりも獲得に飢えている、一つの時代が頭をもたげていた。この時代の人々は生きんことを欲し、たとい虚偽をもってしても生を奪い取らんと欲していた。驕慢きょうまんの虚偽――民族の驕慢や、階級の驕慢や、宗教の驕慢や、文化や芸術の驕慢など、あらゆる驕慢の虚偽は、それが鉄の鎧よろいとなり、剣と楯たてとを供給し、彼らを保護して勝利のほうへ進ましむるならば、彼らにとってはよいものとなるのであった。それゆえまた、苦悩や疑惑の存在を思い出さすような苦しい大声を聞くのは、彼らには不愉快だった。彼らがようやくぬけ出してきた闇夜やみよを騒がしていた※(「風にょう+炎」、第4水準2-92-35)風ひょうふう、彼らがいかに否認してもなお世界を脅かしつづけている※(「風にょう+炎」、第4水準2-92-35)風、それを彼らは忘れたがっていた。しかしその声を聞かないわけにはゆかなかった。まだその声から遠ざかっていないのだった。そこで若い彼らは怒って顔をそむけた。そしてみずから耳を聾ろうするために力の限り叫んだ。しかし声のほうはいっそう強く語っていた。それで彼らはその声を憎んだ。
クリストフのほうは反対に、彼らを親しげにながめた。一つの確信と秩序のほうへ世界がむりにも上昇するのを、彼は祝した。その動向のうちに故意の偏狭さがあるのを気にしなかった。目的に向かって直進せんとするときには、前方をまっすぐに見ていなければならない。彼自身は世界の転向する角のところにすわって、後方には闇夜の悲壮な光輝を、前方には若々しい希望の微笑ほほえみ、清新な熱ねつっぽい曙あけぼのの漠然ばくぜんたる美しさを、楽しげにうちながめた。彼は振子の軸の動かない地点に身を置いているが、振子は動きだしていた。そして彼はその動きについて行くことをしないで、生の律動リズムの音に喜んで耳を傾けた。彼の過去の苦悶くもんを否定してる彼らの希望に参加した。彼が夢想していたとおりに、あるべきことはあるだろう。十年前に、闇夜と労苦とのなかでオリヴィエは――このゴールの憐あわれな小さな雄鶏おんどりは――その弱々しい歌で、遠い夜明けを告げたのだった。歌の主はもう世にいなかったが、その歌は実際に現われていた。フランスの庭のうちに小鳥どもが眼を覚さましていた。そしてクリストフは、復活したオリヴィエの声が、他の囀さえずりを圧してひときわ強く明らかに響くのを、突然聞きとった。

彼はある本屋の店先で、一冊の詩集を何気なく読んでみた。著者はまだ彼が知らない名前だった。彼はある言葉に心を打たれてひきつけられた。まだ切ってない紙の間を読みつづけてゆくにつれて、聞き覚えのある声が、親しい顔だちが、そこに浮かんでくるような気がした……。彼は自分の感じてることがなんであるかはっきりわからなかったし、またその書物と別れる気にもなれないで、それを買い求めた。家に帰ってまた読み始めた。やはり気をひかれた。その詩の一徹な息吹いぶきは、もろもろの広大な古来の魂――われわれが葉となり果実となってるもろもろの巨大な樹木――もろもろの祖国を、幻覚者がみるような正確さで描き出していた。母なる女神の超人間的な顔貌がんぼうが――現今の生者より以前にも存在し、以後にも存在し、ピザンティン式のマドンナに似て、麓ふもとには人間の蟻どもが祈ってる山岳のように高く君臨してるものの顔貌が――そのページから現われ出ていた。原始時代から鎗やりを交えて戦ってるそれらの偉大な女神らのホメロス式な決闘を、著者はほめたたえていた。それは実に永遠にわたるイーリアスであった。トロイのそれに比ぶれば、アルプス連山とギリシャの小丘との対比に等しかった。
驕慢きょうまんと戦闘行為とのそういう叙事詩は、クリストフの魂のようなヨーロッパ的魂には縁遠かった。それでも、フランス魂の幻像――楯たてをもってる窈窕ようちょうたる処女、闇やみの中に輝く青い眼のアテネ、労働の女神、類たぐいまれなる芸術家、または、喧騒けんそうしてる蛮人らを煌々こうこうたる鎗でなぎ倒す至上の理性など――のうちに明滅する、かつて愛したことのある見馴なれた一つの眼つきを、一つの微笑を、クリストフは見てとった。けれどその幻像をとらえようとすると、それはすぐに消え失うせてしまった。そして彼はいらだってそのあとをいたずらに追っかけながら、ふとあるページをめくってみると、オリヴィエが死ぬる数日前に話してくれた物語を見出した。
彼は心転倒した。その書物の出版所に駆けつけて詩人の住所を尋ねた。出版所では慣例によってそれを教えてくれなかった。彼は腹をたてたがどうにもできなかった。最後に年鑑によって手掛りを得ようと思いついた。果たしてそれが見つかったので、すぐに詩人の家へやっていった。彼は何かしたくなるとどうしても待つことができないのだった。
バティニョール町のある最上階だった。幾つもの扉とびらが共通の廊下についていた。クリストフは教わった扉をたたいた。すると隣の扉が開かれた。濃い栗毛くりげの髪を額に乱し、曇った色艶つやをし、眼の鋭い顔のやつれた、少しもきれいでない若い女が、なんの用かと彼に尋ねた。疑念をいだいてるらしい様子だった。彼は訪問の目的を述べ、名前を尋ねられたのでそれを明かした。彼女は自分の室から出て来て、身につけてる鍵かぎで隣の扉を開いた。しかしすぐには彼をはいらせなかった。廊下で待ってるようにと言って、自分一人中にはいりながら彼の鼻先に扉を閉しめた。ついに彼はその用心のいい住居の中に通された。食事室になってる半ばがらんとした室を通った。破損した家具が少し並べてあるきりだった。窓掛もない窓ぎわに、十羽余りの小鳥が籠かごの中で鳴いていた。そのつぎの室の中に、一人の男が擦すれ切れた長椅子いすの上に横たわっていた。そしてクリストフを迎えるために身を起こした。魂の輝きを浮かべてる憔悴しょうすいしたその顔、熱い炎が燃えてるビロードのような美しいその眼、怜悧れいりそうな長いその手、無格好なその身体、嗄しわがれた鋭いその声……クリストフは即座に見てとった……エマニュエルを! あの……罪はないが原因となった不具の少年労働者。そしてエマニュエルのほうでもクリストフを見てとって、にわかに立ち上がった。
二人はしばし言葉もなかった。二人ともそのときオリヴィエを眼の前に浮かべた……。握手をすべきかどうか決しかねた。エマニュエルはあとに退さがるような身振りをしたのだった。十年たった後にも、ひそかな怨恨えんこんが、クリストフにたいする昔の嫉妬しっとの念が、本能の薄暗い奥から飛び出してきたのである。そして彼は疑い深い敵意ある様子でじっとしていた。――しかし、クリストフの感動を見てとったとき、二人とも考えている「オリヴィエ」という名前を、クリストフの唇くちびるの上に読みとったとき、彼はもう抵抗することができなかった。自分のほうへ差し出されてる両腕の中に身を投じた。
エマニュエルは尋ねた。
「あなたがパリーに来ていられることは知っていました。けれどあなたは、どうして私を見つけ出されたのですか。」
クリストフは言った。
「君の最近の著書を読んだところが、その中から、彼の声を聞きとったよ。」
「そうでしょう?」とエマニュエルは言った、「あの人だとおわかりになったんですね。現在の私はみなあの人のおかげです。」
(彼はその名前を口に出すのを避けていた。)
やがて彼は陰鬱いんうつになって言葉をつづけた。
「あの人は私よりあなたのほうを多く愛していました。」
クリストフは微笑ほほえんだ。
「ほんとうに愛する者は、より多くとかより少なくとかいうことを知るものではない。自分の愛する人たちすべてに自分の全部を与えるものだ。」
エマニュエルはクリストフをながめた。その意固地な眼の悲壮な真摯しんしさは、深い和らぎの色に突然輝かされた。彼はクリストフの手を取って、長椅子の上に自分のそばに彼をすわらせた。
二人はたがいの身の上を語り合った。エマニュエルは十四歳から二十五歳までの間に、いろんな職業をやった。活版屋、経師きょうじ屋、小行商人、本屋の小僧、代言人の書記、ある政治家の秘書、新聞記者。……そしてどの職業にいても、彼は何かの方法を講じて熱烈に勉強した。時には、小男の彼の精力に感心した善良な人々の支持を得たが、またさらにしばしば、彼の困窮と才能とを利用せんとする人々の手にかかった。そして多くの苦しい経験を積み、虚弱な健康の残りを失っただけで、さほど悲観もしないで通りぬけてきた。古代言語にたいする特別な能力(古典崇拝の伝統が沁しみ込んでる民族においては、それは人が思うほど異常なものではないが)のために彼は、ギリシャ研究家である一老牧師の同情と支持とを得た。彼はその研究をあまり進めるだけの隙ひまを得なかったが、それは彼のために精神の訓練となり文体の習得となった。民衆の泥どろの中から出て来た彼の教育は、すべてその時々に独習されたものであり、非常な欠陥を示してはいたが、それでも彼は、中流の青年が十年間の大学教育によっても得られないほどの、言辞上の表現の才と思想による形式の駆使とを、得てきたのだった。彼はそれをオリヴィエのおかげだとしていた。他にも彼をもっと有効に助けてくれた者は幾人かいた。しかし彼の魂の闇夜の中に永遠の燈火を点じた火花は、オリヴィエから来たのだった。他の人々はただその燈火に油を注いでくれたばかりだった。
彼は言った。
「私はあの人がこの世を去るときになってようやく、あの人を理解し始めました。けれどもあの人が私に言ってきかしたことは、みな私の中にはいっていました。あの人の光は、かつて私から離れたことがありません。」
彼は自分の作品のことを話した。オリヴィエから譲り受けたと自称してる仕事のことを話した。すなわち、フランス人の精力の覚醒かくせい、オリヴィエがあらかじめ告げていた勇壮な理想主義の火種、などのことを話した。争闘の上を翔かけって来るべき勝利を告ぐる高らかな声に、みずからなろうと欲していた。復活した己おのが民族の叙事詩を歌っていた。
その不思議な民族は、征服者たるローマの古着と法則とを己が思想に着せかけて、妙な慢ほこりを感じながらも、古いケルトの香気を幾世紀間も強く保存してきたのであった。そしてエマニュエルの詩は、まさしくその民族の所産であった。あのゴール人特有の大胆さ、狂気じみた理性と皮肉と勇壮との精神、ローマ元老院議員らの髯ひげをむしりにゆき、デルポイの寺院を略奪し、笑いながら天に向かって投鎗なげやりを投ずる、あの高慢と馬鹿元気との混合、などがまったくそのまま彼の詩の中に見えていた。しかしパリーの靴くつ屋の小僧である彼は、鬘かつらをつけていた先人らがなしたように、また後人らがかならずなすだろうように、二千年前に死んだギリシャの英雄らや神々の身体のうちに、自分の熱情を化身せしむることが必要だった。それは実に、自分の絶対要求と合致するこの民族の不思議な本能である。自分の思想を過去の時代の痕跡こんせきの上にすえながら、その思想をあらゆる時代に課そうとしてるがようである。そういう古典的形式の束縛はかえって、エマニュエルの熱情にいっそう激しい勢いを与えていた。フランスの運命にたいするオリヴィエの平静な信念は、その子弟たるこの青年のうちでは、行動を渇望し勝利を信じてる燃えたった信念に変わっていた。彼は勝利を欲し、勝利を眼に見、勝利を要求していた。その誇大な信念と楽観的思想とによって、彼はフランス民衆の魂を奮起さしたのだった。彼の書物は戦闘ほどの効果があった。彼は懐疑と恐怖とからの出口を開いた。若い時代の人々は皆彼のあとにつづいて、新しい運命のほうへ飛び出していた……。
エマニュエルは話してるうちに興奮していった。眼は燃えたってき、蒼あおざめた顔には赤味がさしてき、声は疳高かんだかになってきた。その焼きつくすような情火とその薪まきになってる惨みじめな身体との対照を、クリストフは眼に止めざるを得なかった。そしてその運命の痛ましい皮肉にはあまり注意しなかった。精力のこの歌人、果敢な遊戯と行動と戦争との時代を賞揚してるこの詩人は、少し歩いても息切れがし、質素な生活をし、きわめて厳格な摂生を守り、水を飲み物とし、煙草たばこを吸うことができず、女に近づかず、あらゆる情熱を内に蔵しながら、健康のために禁欲主義を事としなければならなかった。
クリストフはエマニュエルを観察しながら、感嘆と親愛な憐憫れんびんとの交じり合った気持を覚えた。彼はそれを少しも様子に示そうとはしなかった。しかし彼の眼はそれを多少現わしていたに違いなかった。あるいはまた、脇わき腹に常に開いている傷口をもってるエマニュエルの自負心は、憎悪よりもいっそう嫌いやな憐愍れんびんの念を、クリストフの眼の中に読みとれるように思った。そして彼の熱は突然さめた。彼は話しやめた。クリストフは彼をまた打ち解けさせようとしたが駄目だった。彼の魂は扉を閉ざしてしまっていた。クリストフは自分が彼の気持を害したことに気づいた。
対抗的な沈黙がつづいた。クリストフは立ち上がった。エマニュエルは一言もいわずに扉口とぐちまで送ってきた。彼の足取りは彼が不具なことを示していた。彼はそれをみずから知っていたし、自負の念からそれを気にかけない様子をしていた。しかしクリストフから観察されてると考えて、ますます恨みの念を含んだ。
彼がクリストフと冷やかな別れの握手をかわしてるとき、優美な若い婦人が訪れてきた。彼女は生意気な洒落しゃれ者を一人引き連れていた。クリストフはその男に見覚えがあった。芝居の初演のおりによくその男が微笑ほほえんだりしゃべったり、手をあげて挨拶あいさつをしたり、婦人たちの手に接吻せっぷんしたり、舞台前の自席から劇場の奥まで微笑を送ったりしてるのを、クリストフは見かけたことがあった。そして名前を知らないので、ただ「馬鹿者」だと呼んでいた。――その馬鹿者と連れの女とは、エマニュエルの姿を見て、追従ついしょう的な馴なれ馴れしい言葉を述べたてながら、「親愛なる先生」のほうへ飛びついていった。クリストフは遠ざかりながら、ただいま用があって面会できないと答えてるエマニュエルの冷淡な声を聞いた。そしてこの男の人をいやがらせる才能に感心した。無遠慮な訪問を与えに来る富裕な軽薄才士らに嫌いやな顔をしてみせる理由が、彼にはよくわからなかった。彼らはりっぱな言葉や賛辞をやたらに振りまくではないか。しかしエマニュエルの悲惨を和らげようとは少しもしないのだった。セザール・フランクの有名な友人らがピアノの出稽古でげいこを少しも彼にやめさせようとはしないで、最後の日まで生活のためにつづけさせたのと、ちょうど同じであった。
クリストフはそれから何度もエマニュエルを訪れた。しかし最初の訪問のときのような親しみをよみがえらせることはできなかった。エマニュエルは彼に会って少しもうれしい様子を示さないで、疑念深い控え目を守っていた。ただ時とすると、才能の発露に駆らるることがあった。クリストフの一言に奥底まで揺ゆすられた。そして夢中になって心の中を披瀝ひれきした。彼の理想主義はその隠れたる魂の上に、閃々せんせんたる詩の光輝を投げかけた。けれどもそれから突然彼はふたたび沈み込んだ。意固地な沈黙のうちに固くなった。そしてクリストフはふたたび敵対者を見出すのだった。
あまりに多くのことが二人を隔てていた。年齢の差異もその一つだった。クリストフは豊満な意識と自己統御とのほうへ進みつつあった。エマニュエルはまだ自己形成中であって、クリストフのいつの時代よりもいっそう渾沌こんとんとしていた。彼の独特な風格は、たがいに取り組み合ってる種々の矛盾した要素から来ていた。遺伝的欲望にさいなまれてる性質を――(アルコール中毒者と売笑婦との子供を)――制御せんとつとめてる力強い堅忍主義、鋼鉄のような意志の轡くつわの下に荒立ってる熱狂的な想像力、どちらも広大な――(いずれが勝つともわからない)――利己心と他愛心、勇壮な理想主義と優秀な他人に病的な不安を覚える貪婪どんらんな名誉心。オリヴィエの思想や独立心や清廉さなどが彼のうちにあったし、また彼は行動をけっしていやがらない平民的な活力によって、詩的才分によって、いかなる嫌悪けんおにも平然たるだけの厚顔さによって、オリヴィエよりすぐれていたけれど、しかしアントアネットの弟たるオリヴィエの静朗さには、なかなか達することができなかった。彼の性格には虚栄と不安とがあった。そして他の人々の混濁がさらに彼の混濁に加わっていた。
彼は隣の若い女と落ち着かない共同生活をしていた。クリストフが初めて来たとき出迎えた女がそれだった。彼女はエマニュエルを愛していて、細心に彼のめんどうをみてやり、彼の生活を整え、彼の作品を写し直し、彼の口述を書き取っていた。彼女はきれいではなかった。そして熱烈な魂をもっていた。平民の出であって、長い間ボール紙工場の女工をし、つぎには郵便局の雇員になって、その幼年時代に、パリーの貧しい労働者に通例な環境に苦しんできた。魂も身体も他人といっしょにつみ重ねられ、疲労の多い仕事をし、たえず人中に混じり、空気もなく、沈黙もなく、一人きりのこともなく、思いを澄ますこともできず、心の神聖な隠れ場を保つこともできなかった。けれども彼女は高慢な精神をもっていて、漠然ばくぜんたる真理の理想にたいして敬虔けいけんな熱情をいだいていたので、眼が疲れきるのもいとわずに、夜中、時とすると燈火もなく月の光で、ユーゴーのレ・ミゼラブルを写し取っていた。彼女がエマニュエルに会ったとき、エマニュエルは彼女よりもいっそう不幸で、病気にはかかるし生活の手段もなかった。彼女は彼に一身をささげた。その情熱は彼女には最初のものであり、生涯しょうがいにただ一度の恋愛だった。それで彼女は飢えたる者の執念をもってそれにすがりついた。その愛情は受けるよりも与えるほうが少ないエマニュエルにとっては、恐ろしい重荷だった。彼は彼女の献身に心打たれてはいた。彼女は彼にとって女友だちのうちのもっともよいものであり、彼を全世界とも見なして彼なしでは生きられないただ一人の者である、ということを彼は知っていた。しかしその感情がまた彼を圧倒した。彼には自由が必要であり孤独が必要だった。むさぼるように彼の眼つきを求めてる彼女の眼が、うるさく彼につきまとった。彼は彼女に荒々しい口をきいた。
「行っちまえ!」と言ってやりたかった。また彼女の醜さや粗暴さにもいらだたせられた。彼は上流社会を見たことはあまりなかったし、また上流社会にたいして多少軽蔑けいべつの念を示していた――(なぜなら、上流社会にはいって自分の醜さと滑稽こっけいさとがいっそう目立つのを苦にしていたから)――けれども優美な姿態には感じやすかった。そして彼が自分の女の友にたいしていだいてるのと同じ感情を、彼にたいしていだいてる(それを彼は少しも気づかなかったが)女たちに、心をひかれていた。彼は彼女に愛情を示そうとつとめた。しかしその愛情を実際にもってはいなかったし、たといもっていてもそれは無意識的な憎悪の激発によってたえず暗くされた。そして彼は愛情を示すことができなかった。彼は胸の中に、善をなしたいというりっぱな心をもってはいたが、また悪をなしたがる暴虐な悪魔をももっていた。その内心の戦いと、自分の有利には戦いを終え得ないという意識とが、彼を駆って暗黙な激昂げっこうに陥らしていた。そしてその飛沫ひまつをクリストフは受けたのだった。
エマニュエルはまたクリストフにたいして、二重の反感をみずから禁じ得なかった。一つは昔の嫉視しっしから出てきたものだった。(幼年時代のそういう熱情は、虜囚が忘れられたときにもなおその力が残存しているものである。)も一つは熱烈な国家主義から出て来たものだった。前時代のすぐれた人々によって考えられた正義や憐憫れんびんや人類親和などの夢想を、彼はことごとくフランスのうちに化身けしんせしめていた。他の国民の没落によって運命が栄えるフランスというものを、ヨーロッパの他のすべての国に対立さしてはいなかった。がフランスを他の国々の上に置いて、全部の国々の幸福のために君臨してる正当なる主権者――人類の指導者たる理想の剣としていた。フランスが不正を行なうくらいならば、むしろフランスが滅亡するほうが好ましかった。しかし彼はフランスにたいしていささかも疑念をもっていなかった。彼はその教養も心も徹頭徹尾フランス式であり、フランスの伝統だけに育てられていて、フランス伝統の深い理由を自分の本能のうちに見出していた。他国の思想を生真面目きまじめに否認して、それにたいして軽蔑けいべつ的な寛容さをいだいていた。もし他国人がその屈辱的な地位に甘んじないときには、憤慨の念をいだいていた。
クリストフはそれらのことをみな見てとった。しかしもう年取っているし世馴よなれているので、それを少しも気にしなかった。その民族的傲慢ごうまん心は人の気を害するものではあったが、彼は別に心を痛められはしなかった。彼は祖国にたいする赤子の愛から来る幻を考量してやって、神聖な感情の誇張を非難しようとは思わなかった。その上に、自己の使命にたいする民衆の誇大な信念は人類のためになるものである。けれども、エマニュエルから遠く離れてる心地を起こさせるすべての理由のうちで、ただ一つ我慢しがたいものがあった。それはエマニュエルの声だった。その声は時とすると極度に鋭い音調に高まっていった。クリストフの耳にはそれがひどくさわった。彼は渋面をせずにはいられなかった。そしてエマニュエルにそれを見つけられないようにつとめた。彼は楽器の音を聞かずに音楽だけを聞こうと骨折った。この不具の詩人が、他の勝利の先駆として精神の勝利を描き出し、また、群集を奮起さして、歓喜せる彼らを、遠い空間のほうへ、あるいは来たるべき復讐ふくしゅうのほうへ、ベツレヘムの星のように引き連れてゆく、空中の征服を、「飛行の神」を、描き出すとき、いかに勇壮の美が彼から輝き出したことだろう! けれども、そういう精力の幻影がもってる光輝を見るにつけてもクリストフは、その危険を感ぜずにはいられなかった。その襲撃とその新しいマルセイエーズのしだいに高まる叫び声とが、どこにたどりつくかを予見せずにはいられなかった。彼は多少の皮肉をもって(過去にたいする愛惜も未来にたいする恐怖もなしに)考えた、その歌は歌手が予見していない反響を伴うだろうということを、そして、消え失うせた広場の市の時代を人があこがれる日が来るだろうということを……。あの当時人は実に自由であった。それは自由の黄金時代であった。人はもうけっしてそういう時代を知らないだろう。世界が向かって行きつつある時代は、力と健康と雄々しい活動との時代であり、またおそらく光栄の時代でもあろうが、しかし冷酷な権力と偏狭な秩序との時代であった。その時代を、われわれはいくら希望どおりに、鋼鉄時代、古典クラシック時代、と呼んでも詮せんないことだ。偉大なる古典時代は――ルイ十四世もしくはナポレオンの時代は――遠くより見れば人類の絶頂のようにも思われる。そしておそらく国民はその国家的理想をそこにもっともりっぱに実現してるようである。しかしその時代の偉人らになんと考えていたかを尋ねてみるがよい。あのニコラ・プーサンはローマに立ち去ってそこで死んだではないか。彼はこの国では息がつけなかったのである。またあのパスカルやラシーヌは世間に別れを告げたではないか。そして他にももっとも偉大なる人々のいかに多くが、世に合わず迫害せられて孤独な生活を送ったことだろう! モリエールのごとき人の魂の中にも多くの憂苦が潜んでいたではないか。――諸君があれほど愛惜しているナポレオン時代にも、諸君の父祖はみずから幸福だと思いはしなかったようである。そしてナポレオン自身も誤った見解をもってはいなかった。彼は自分の死後に人々がほっと息をつくだろうことを知っていた……。皇帝の周囲にはいかに思想の沙漠さばくが横たわっていたことであるか! それは広漠たる砂原の上に照るアフリカの太陽であった。
クリストフは自分の考えめぐらしてることを少しも口に出さなかった。それとなく匂わせるだけでエマニュエルを怒らせるに足りた。そして彼はもう二度とそれを繰り返さなかった。しかしいかに自分の考えを押えても、エマニュエルは彼がそう考えてることを知っていた。その上クリストフが自分よりも遠くまで見通しておることを朧おぼろに意識していた。そしてますますいらだつばかりだった。若い人々は、自分の先輩から、二十年後には自分がどうなるだろうかを強しいて見させられるのを、許しがたく思うものである。
クリストフはエマニュエルの心中を読み取ってみずから考えた。
「彼にも理由がある。人は各自に信念をもっている。人の信じてることを信じてやらなければいけない。未来にたいする彼の信頼の念を私は乱したくないものだ!」
しかし彼が眼前にいるだけでエマニュエルの心は乱れた。二つの人格がいっしょにいるときには、両者たがいにおのれを潜めようといかに努めても、常に一方は他方を圧迫し、そして他方は屈辱の恨みをいだくものである。エマニュエルの高慢心は、クリストフの経験と性格との優越に苦しめられた。またおそらく彼は、クリストフにたいしてしだいに愛情が生じてくるのを押えてもいたであろう……。
彼はますます粗暴になっていった。扉とびらを閉ざしてしまった。手紙をもらっても返事を出さなかった。――クリストフは彼に会うことを断念しなければならなかった。

七月の初めとなった。クリストフはパリーに数か月滞在して、多くの新しい観念を得たが友人をあまり得なかったことどもを、考えまわしてみた。赫々かくかくたるしかもばかげた成功だった。弱められもしくは滑稽こっけい化された自分の面影を、自分の作品の反映を、凡庸な人々の頭脳の中に見出すこと、それは少しも愉快なことではなかった。そして理解してもらいたい人々からは同感を寄せられなかった。彼らは彼のほうから進んできても受けいれなかった。彼は彼らの希望に自分も加わってその味方の一人になろうといかに願っても、彼らの仲間にはいることができなかった。あたかも彼らの不安な自負心は、彼の友情をしりぞけて彼を敵とするほうを好んでるかのようだった。要するに彼は、時代の流れをやり過ごしてそれとともに移り行かなかったし、またつぎの時代の流れからは好まれなかったのである。彼は孤立していた。そして生涯しょうがいそれに馴なれていたから別段驚かなかった。しかし彼は今や、この新たな試みのあとに、スイスの草廬そうろに立ちもどって、近来ますますはっきりしてきたある計画の実現を待つことにしても、もうさしつかえあるまいと考えた。彼は年を取るに従って、故郷の土地に帰り住みたい願いに悩まされた。もう故郷にはだれも知人はなかったし、この他国の都におけるほどの精神的縁故をも見出し得ないに違いなかった。しかしそれでもやはり故郷であった。人は自分と血を同じゅうする人々に向かって同じ考えをもてよとは求めない。彼らと自分との間には多くのひそかな繋つながりが存している。官能は同じ天地の書物を読むことを知っているし、心は同じ言葉を話している。
彼は自分の違算を快活にグラチアへ書き送って、スイスへ帰るつもりであると言った。そしてパリーを去る許可を戯れに彼女に求めて、翌週出発すると告げた。しかし手紙の終わりに、二伸としてつけ加えた。
――私は意見を変えました。出発を延ばします。

Christophe avait en Grazia une confiance entière; il lui livrait le secret de ses plus intimes pensées. Et pourtant, il y avait un compartiment de son cœur, dont il gardait la clef: c'étaient les souvenirs qui n'appartenaient pas seulement à lui, mais à ceux qu'il avait aimés. Ainsi, il se taisait sur ce qui touchait à Olivier. Sa réserve n'était pas voulue. Les mots ne pouvaient sortir, quand il allait parler à Grazia de l'ami. Elle ne l'avait point connu...

Or, ce matin-là, tandis qu'il écrivait à son amie, on frappa à la porte. Il alla ouvrir, en maugréant d'être dérangé. Un jeune garçon de quatorze à quinze ans demanda monsieur Krafft. Christophe, bourru, le fit entrer. Il était blond, les yeux bleus, les traits fins, pas très grand, la taille mince. Debout devant Christophe, il restait sans parler, un peu intimidé. Très vite il se remit, et il leva ses yeux limpides, qui le considéraient avec curiosité. Christophe sourit, en regardant le charmant visage; et le jeune garçon sourit aussi.

—Eh bien, lui dit Christophe, qu'est-ce que vous voulez?

—Je suis venu, dit l'enfant...

(Il se troubla de nouveau, il rougit et se tut.)

—Je vois bien que vous êtes venu, dit Christophe en riant. Mais pourquoi êtes-vous venu? Regardez-moi, est-ce que vous avez peur de moi?

Le jeune garçon retrouva son sourire, secoua la tête et dit:

—Non.

—Bravo! Alors, dites-moi d'abord qui vous êtes.

—Je suis, dit l'enfant...

Il s'arrêta encore. Ses yeux, qui faisaient curieusement tout le tour de la chambre, venaient de découvrir, sur la cheminée de Christophe, une photographie d'Olivier. Christophe suivit machinalement la direction de son regard.

—Allons! fit-il. Courage!

L'enfant dit:

—Je suis son fils.

Christophe tressauta; il se souleva de son siège, saisit le jeune garçon par les deux bras, et l'attira à lui; retombé sur sa chaise, il le tenait, étroitement serré; leurs figures se touchaient presque; et il le regardait, il le regardait en répétant:

—Mon petit... mon pauvre petit...

Brusquement, il lui prit la tête entre ses mains, et il l'embrassa sur le front, sur les yeux, sur les joues, sur le nez, sur les cheveux. Le jeune garçon, effrayé et choqué par la violence de ces démonstrations, se dégagea de ses bras. Christophe le laissa. Il se cacha le visage dans ses mains, il appuya son front contre le mur, et il resta ainsi pendant quelques instants. Le petit avait reculé au fond de la chambre. Christophe releva la tête. Sa figure était apaisée; il regarda l'enfant, avec un sourire affectueux:

—Je t'ai effrayé, dit-il. Pardon... Vois-tu, c'est que je l'aimais bien.

Le petit se taisait, encore effarouché.

—Comme tu lui ressembles! dit Christophe... Et pourtant, je ne t'aurais pas reconnu. Qu'y a-t-il de changé?

Il demanda:

—Comment t'appelles-tu?

—Georges.

—C'est vrai. Je me souviens. Christophe-Olivier-Georges... Tu as quel âge?

—Quatorze ans.

—Quatorze ans! Il y a si longtemps déjà?... Cela me paraît hier,—ou dans la nuit des temps... Comme tu lui ressembles! Ce sont les mêmes traits. Le même, et cependant un autre. La même couleur des yeux, et pas le même regard. Le même sourire, la même bouche, et pas le même son de voix. Tu es plus fort, tu te tiens plus droit. Tu as la figure plus pleine, mais tu rougis comme lui. Viens, assieds-toi, causons. Qui t'a envoyé chez moi?

—Personne.

—C'est de toi-même que tu es venu? Comment me connais-tu?

—On m'a parlé de vous.

—Qui?

—Ma mère.

—Ah! dit Christophe. Est-ce qu'elle sait que tu es venu chez moi?

—Non.

Christophe se tut, un moment; puis il demanda:

—Où habitez-vous?

—Près du parc Monceau.

—Tu es venu à pied? Oui? C'est une bonne course. Tu dois être fatigué.

—Je ne suis jamais fatigué.

—À la bonne heure! Montre-moi tes bras.

(Il les palpa.)

—Tu es un solide petit gars... Et qu'est-ce qui t'a donné l'idée de venir me voir?

—C'est que papa vous aimait plus que tout.

—C'est elle qui te l'a dit?

(Il se reprit:)

—C'est ta mère qui te l'a dit?

—Oui.

Christophe sourit, pensif. Il songeait: «Elle aussi!... Comme ils l'aimaient, tous! Pourquoi donc ne le lui ont-ils pas montré?...»

Il continua:

—Pourquoi as-tu attendu si longtemps pour venir?

—Je voulais venir plus tôt. Mais je croyais que vous ne vouliez pas me voir.

—Moi!

—Il y a plusieurs semaines, aux concerts Chevillard, je vous ai aperçu; j'étais avec ma mère, à quelques fauteuils de vous; je vous ai salué; vous m'avez regardé de travers, en fronçant le sourcil, et vous ne m'avez pas répondu.

—Moi, je t'ai regardé?... Mon pauvre petit, tu as pu penser?... Je ne t'ai pas vu. J'ai les yeux fatigués. Voilà pourquoi je fronce le sourcil... Tu me crois donc bien méchant?

—Je crois que vous pouvez l'être aussi, quand vous voulez.

—Vraiment? dit Christophe. En ce cas, si tu pensais que je ne voulais pas te voir, comment as-tu osé venir?

—Parce que moi, je voulais vous voir.

—Et si je t'avais mis à la porte?

—Je ne me serais pas laissé faire.

Il disait cela, d'un petit air décidé, confus et provocant tout ensemble.

Christophe éclata de rire; et Georges fit comme lui.

—C'est moi que tu aurais mis à la porte!... Voyez-vous cela! Quel luron!... Non, décidément, tu ne ressembles pas à ton père.

Le visage mobile du jeune garçon s'assombrit.

—Vous trouvez que je ne lui ressemble pas? Mais vous disiez, tout à l'heure!... Alors, vous croyez qu'il ne m'aurait pas aimé? Alors, vous ne m'aimez pas?

—Et qu'est-ce que cela peut te faire, que je t'aime?

—Cela me fait beaucoup.

—Parce que?

—Parce que je vous aime.

En une minute, ses yeux, sa bouche, tous ses traits se coloraient de dix expressions diverses. Comme en un jour d'avril, l'ombre des nuages qui courent sur les champs, au souffle des vents printaniers. Christophe éprouvait une joie délicieuse à le voir, à l'entendre; il lui semblait être lavé des soucis du passé; ses tristes expériences, ses épreuves, ses souffrances et celles d'Olivier, tout était effacé: il renaissait tout neuf dans ce jeune surgeon de la vie d'Olivier.

Ils causèrent. Georges ne connaissait rien de la musique de Christophe, avant ces derniers mois; mais depuis que Christophe était à Paris, il ne manquait pas un concert où l'on jouait de ses œuvres. Il en parlait, le visage animé, les yeux brillants, riants, et les larmes tout proche: un amoureux!... Il confia à Christophe qu'il adorait la musique, et que, lui aussi, il voulait en faire. Mais Christophe s'aperçut, après quelques questions, que le petit en ignorait les éléments. Il s'informa de ses études. Le jeune Jeannin était au lycée; il dit, allègrement, qu'il n'était pas un fameux élève.

—Où es-tu le plus fort? En lettres ou en sciences?

—C'est a peu près la même chose partout.

—Mais comment? Mais comment? Est-ce que tu serais un cancre?

Il rit franchement et dit:

—Je crois que oui.

Puis, il ajouta confidentiellement:

—Mais je sais bien que non, tout de même.

Christophe ne put s'empêcher de rire:

—Alors, pourquoi ne travailles-tu pas? Est-ce que rien ne t'intéresse?

—Au contraire! tout m'intéresse.

—Eh bien, alors?

—Tout est intéressant, on n'a pas le temps...

—Tu n'as pas le temps? Et que diable fais-tu?

Il esquissa un geste vague:

—Beaucoup de choses. Je fais de la musique, je fais du sport, je vais voir des expositions, je lis...

—Tu ferais mieux de lire tes livres de classe.

—On ne lit jamais en classe ce qui est intéressant... Et puis, nous voyageons. Le mois dernier, j'ai été en Angleterre, pour voir le match entre Oxford et Cambridge.

—Cela doit bien avancer tes études!

—Bah! on apprend plus, ainsi, qu'en restant au lycée.

—Et ta mère, que dit-elle de cela?

—Ma mère est très raisonnable. Elle fait tout ce que je veux.

—Mauvais diable!... Tu as de la chance de ne pas m'avoir pour père.

—C'est vous qui n'auriez pas eu de chance...

Impossible de résister à son air enjôleur.

—Et dis-moi, grand voyageur, fit Christophe, connais-tu mon pays?

—Oui.

—Je suis sûr que tu ne sais pas un mot d'allemand.

—Je sais très bien, au contraire.

—Voyons un peu.

Ils se mirent à causer en allemand. Le petit baragouinait, d'une façon incorrecte, mais avec un aplomb drôlatique; très intelligent, d'un esprit éveillé, il devinait plus qu'il ne comprenait; il devinait souvent, de travers; il était le premier à rire de ses bévues. Il racontait ses voyages, ses lectures, avec entrain. Il avait beaucoup lu, hâtivement, superficiellement, en passant la moitié des pages, en inventant ce qu'il n'avait pas lu, mais toujours talonné par une curiosité vive et fraîche, qui cherchait partout des raisons d'enthousiasme. Il sautait d'un sujet à l'autre; et sa figure s'animait, en parlant de spectacles ou d'œuvres qui l'avaient ému. Ses connaissances étaient sans aucun ordre. On ne savait pas comment il avait lu un livre de dixième rang, et ignorait tout des œuvres les plus célèbres.

—Tout cela est très gentil, dit Christophe. Mais tu n'arriveras à rien, si tu ne travailles pas.

—Oh! je n'en ai pas besoin. Nous sommes riches.

—Diable! c'est grave, alors. Tu veux être un homme qui n'est bon à rien, qui ne fait rien?

—Au contraire, je voudrais tout faire. C'est stupide de s'enfermer, toute sa vie, dans un métier.

—C'est encore la seule façon qu'on ait trouvée de le faire bien.

—On dit ça!

—Comment! «on dit ça »?»... Moi, je dis ça. Voilà quarante ans que j'étudie mon métier. Je commence à peine à le savoir.

—Quarante ans, pour apprendre son métier! Et quand peut-on le faire, alors?

Christophe se mit à rire.

—Petit Français raisonneur!

—Je voudrais être musicien, dit Georges.

—Eh bien, il n'est pas trop tôt pour t'y mettre. Veux-tu que je t'apprenne?

—Oh! je serais si heureux!

—Viens demain. Je verrai ce que tu vaux. Si tu ne vaux rien, je te défends de mettre jamais les mains sur un piano. Si tu as des dispositions, nous essaierons de faire de toi quelque chose... Mais je t'avertis: je te ferai travailler.

—Je travaillerai, dit Georges, ravi.

Ils prirent rendez-vous pour le lendemain. Au moment de sortir, Georges se rappela que le lendemain, il avait d'autres rendez-vous, et aussi le surlendemain. Oui, il n'était pas libre avant la fin de la semaine. On convint du jour et de l'heure.

Mais le jour et l'heure venus, Christophe attendit en vain. Il fut déçu. Il s'était fait une joie enfantine de revoir Georges. Cette visite inattendue avait éclairé sa vie. Il en avait été si heureux et ému qu'il n'en avait pas dormi, de la nuit qui avait suivi. Il songeait, avec une gratitude attendrie, au jeune ami qui était venu le trouver, de la part de l'ami; il souriait, en pensée, à cette charmante figure: son naturel, sa grâce, sa franchise malicieuse et ingénue, le ravissaient; il s'abandonnait à cet enivrement muet, à ce bourdonnement du bonheur, qui remplissait ses oreilles et son cœur, dans les premiers jours de l'amitié avec Olivier. Il s'y joignait un sentiment plus grave et presque religieux, qui, par delà les vivants, apercevait le sourire du passé.—Il attendit, le lendemain et le surlendemain. Personne. Pas une lettre d'excuses. Christophe, attristé, chercha des raisons pour excuser l'enfant. Il ne savait où lui écrire, il n'avait pas son adresse. L'aurait-il connue, qu'il n'eût osé lui écrire. Un vieux cœur qui s'éprend d'un jeune être éprouve une pudeur à lui témoigner le besoin qu'il a de lui; il sait bien que celui qui est jeune n'a pas le même besoin: la partie n'est pas égale; et l'on ne craint rien tant que de paraître s'imposer à qui ne se soucie point de vous.

Le silence se prolongeait. Bien que Christophe en souffrit, il se contraignit à ne faire aucune démarche pour retrouver les Jeannin. Mais, chaque jour, il attendait celui qui ne venait point. Il ne partit pas pour la Suisse. Il resta, tout l'été, à Paris. Il se jugeait absurde; mais il n'avait plus de goût à voyager. En septembre seulement, il se décida à passer quelques jours à Fontainebleau.

Vers la fin d'octobre, Georges Jeannin revint frapper à la porte. Il s'excusa tranquillement, sans la moindre confusion, de son manque de parole.

—Je n'ai pas pu venir, dit-il; et ensuite, nous sommes partis, nous avons été en Bretagne.

—Tu aurais pu m'écrire, dit Christophe.

—Oui, c'était ce que je voulais faire. Mais je n'avais jamais le temps... Et puis, dit-il en riant, j'ai oublié, j'oublie tout.

—Depuis quand es-tu revenu?

—Depuis le commencement d'octobre.

—Et tu as mis trois semaines pour te décider à venir?... Écoute, dis-moi franchement: c'est ta mère qui t'empêche?... Elle n'aime pas que tu me voies?

—Mais non! tout au contraire. C'est elle qui m'a dit aujourd'hui de venir.

—Comment cela?

—La dernière fois que je vous ai vu, avant les vacances, je lui ai tout raconté, en rentrant. Elle m'a dit que j'avais bien fait; elle s'est informée de vous, elle m'a fait beaucoup de questions. Quand nous sommes rentrés de Bretagne, il y a trois semaines, elle m'a engagé à retourner chez vous. Il y a huit jours, elle me l'a rappelé de nouveau. Et ce matin, quand elle a su que je n'étais pas encore venu, elle a été fâchée, elle a voulu que je vinsse tout de suite après déjeuner, sans plus attendre.

—Et tu n'as pas honte de me raconter cela? Il faut qu'on te force à venir chez moi?

—Non, non, ne croyez pas!... Oh! je vous ai fâché! Pardon... C'est vrai, je suis étourdi... Grondez-moi, mais ne m'en veuillez pas. Je vous aime bien. Si je ne vous aimais pas, je ne serais pas venu. On ne m'a pas forcé. Moi, d'abord, on ne me force jamais à faire que ce que je veux faire.

—Garnement! dit Christophe, en riant malgré lui. Et tes projets musicaux, qu'est-ce que tu en as fait?

—Oh! j'y pense toujours.

—Cela ne t'avance pas beaucoup.

—Je veux m'y mettre, à présent. Ces mois derniers, je ne pouvais pas, j'avais tant, tant à faire! Mais maintenant, vous allez voir comme je vais travailler, si vous voulez encore de moi...

(Il avait des yeux câlins.)

—Tu es un farceur, dit Christophe.

—Vous ne me prenez pas au sérieux.

—Ma foi, non.

—C'est dégoûtant! Personne ne me prend au sérieux. Je suis découragé.

—Je te prendrai au sérieux, quand je t'aurai vu au travail.

—Tout de suite, alors!

—Je n'ai pas le temps. Demain.

—Non, c'est trop loin, demain. Je ne peux pas supporter que vous me méprisiez, tout un jour.

—Tu m'ennuies.

—Je vous en prie!...

Christophe, souriant de sa faiblesse, le fit asseoir au piano, et lui parla de musique. Il lui posa des questions; il lui faisait résoudre de petits problèmes d'harmonie. Georges ne savait pas grand'chose; mais son instinct musical suppléait à beaucoup d'ignorance; sans connaître leurs noms, il trouvait les accords que Christophe attendait; et ses erreurs mêmes témoignaient, dans leur gaucherie, d'une curiosité de goût et d'une sensibilité singulièrement aiguisée. Il n'acceptait pas sans discussion les remarques de Christophe; et les intelligentes questions qu'il posait, à son tour, montraient un esprit sincère, qui n'acceptait pas l'art comme un formulaire de dévotion qu'on récite des lèvres, mais qui voulait le vivre, pour son propre compte.—Ils ne s'entretinrent pas seulement de musique. À propos d'harmonies, Georges évoquait des tableaux, des paysages, des âmes. Il était difficile à tenir en bride; il fallait constamment le ramener au milieu du chemin; et Christophe n'en avait pas toujours le courage. Il s'amusait à écouter le joyeux bavardage de ce petit être, plein d'esprit et de vie. Quelle différence de nature avec Olivier!... Chez l'un, la vie était une rivière intérieure qui coulait silencieuse; chez l'autre, elle était tout en dehors: un ruisseau capricieux qui se dépensait à des jeux, au soleil. Et pourtant, la même belle eau pure, comme leurs yeux. Christophe, avec un sourire, retrouvait chez Georges certaines antipathies instinctives, des goûts et des dégoûts, qu'il connaissait bien, et cette intransigeance naïve, cette générosité de cœur qui se donne tout entier à ce qu'on aime... Seulement, Georges aimait tant de choses qu'il n'avait pas le loisir d'aimer longtemps la même.

Il revint, le lendemain et les jours qui suivirent. Il s'était pris d'une belle passion juvénile pour Christophe; et il s'appliquait à ses leçons avec enthousiasme...—Et puis, l'enthousiasme faiblit, les visites s'espacèrent. Il vint moins souvent... Et puis, il ne vint plus. Il disparut de nouveau, pour des semaines.

Il était léger, oublieux, naïvement égoïste et sincèrement affectueux; il avait un bon cœur et une vive intelligence, qu'il dépensait en menue monnaie, au jour le jour. On lui pardonnait tout, parce qu'on avait plaisir à le voir: il était heureux...

Christophe se refusait à le juger. Il ne se plaignait pas. Il avait écrit à Jacqueline, pour la remercier de ce qu'elle lui avait envoyé son fils. Jacqueline répondit une courte lettre, d'une émotion contenue; elle exprimait le vœu que Christophe s'intéressât à Georges, le dirigeât dans la vie. Elle ne faisait aucune allusion à la possibilité de rencontrer Christophe. Par pudeur de souvenir et par fierté, elle ne pouvait se résoudre à le revoir. Et Christophe ne se crut point permis de venir, sans qu'elle l'y invitât.—Ainsi, ils restèrent séparés, l'un de l'autre, s'apercevant de loin parfois à un concert, et reliés seulement par les rares visites du jeune garçon.

L'hiver passa. Grazia n'écrivait plus que rarement. Elle gardait à Christophe sa fidèle amitié. Mais, en vraie Italienne, fort peu sentimentale, et attachée au réel, elle avait besoin de voir les gens, sinon pour penser à eux, du moins pour avoir plaisir à causer avec eux. Il lui fallait, pour entretenir la mémoire de son cœur, rafraîchir de temps en temps la mémoire de ses yeux. Ses lettres se faisaient donc brèves et lointaines. Elle restait sûre de Christophe, comme Christophe l'était d'elle. Mais cette sécurité répandait plus de lumière que de chaleur.

Christophe ne souffrait pas trop de ses nouveaux mécomptes. Son activité musicale suffisait à le remplir. Arrivé à un certain âge, un vigoureux artiste vit dans son art bien plus que dans sa vie; la vie est devenue le rêve, l'art la réalité. Au contact de Paris, sa puissance créatrice s'était réveillée. Nul stimulant plus énergique, au monde, que le spectacle de cette ville de travail. Les plus flegmatiques sont touchés par sa fièvre. Christophe, reposé par des années de saine solitude, apportait une somme énorme de forces à dépenser. Enrichi des conquêtes nouvelles que ne cessait de faire, dans le champ de la technique musicale, l'intrépide curiosité de l'esprit français, il se lançait à son tour à la découverte; plus violent et plus barbare, il allait plus loin qu'eux tous. Mais rien, dans ses hardiesses nouvelles, n'était plus abandonné au hasard de l'instinct. Un besoin de clarté s'était emparé de Christophe. Tout le long de sa vie, son génie avait obéi à un rythme de courants alternants; sa loi était de passer tour à tour d'un pôle à l'autre opposé et de remplir l'entre-deux. Après s'être avidement livré, dans la période précédente, «aux yeux du chaos qui luisent à travers le voile de l'ordre», au point de déchirer le voile, pour mieux les voir, il cherchait à s'arracher à leur fascination, à jeter de nouveau sur la face du sphinx le rets magique de l'esprit dominateur. Le souffle impérial de Rome avait passé sur lui. Comme l'art parisien d'alors, dont il subissait un peu la contagion, il aspirait à l'ordre. Mais non pas,—à la façon de ces réactionnaires fatigués, qui dépensent leurs restes d'énergie à défendre leur sommeil,—non pas à l'ordre dans Varsovie. Ces bonnes gens qui en reviennent à Saint-Saëns et à Brahms,—aux Brahms de tous les arts, aux forts en thèmes, aux fades néoclassiques, par besoin d'apaisement! Dirait-on pas qu'ils sont exténués de passion! Vous êtes bientôt fourbus, mes amis... Non, ce n'est pas de votre ordre que je parle. Le mien n'est pas de la même famille. C'est l'ordre dans l'harmonie des libres passions et de la volonté... Christophe s'étudiait à maintenir dans son art le juste équilibre des puissances de la vie. Ces accords nouveaux, ces démons musicaux qu'il avait fait surgir de l'abîme sonore, il les employait à bâtir de claires symphonies, de vastes architectures ensoleillées, comme les basiliques à coupoles italiennes.

Ces jeux et ces combats de l'esprit l'occupèrent, tout l'hiver. Et l'hiver passa vite, bien que parfois, le soir, Christophe, terminant sa journée et regardant derrière soi la somme de ses jours, n'aurait pas su se dire si elle était longue ou courte, et s'il était encore jeune ou s'il était très vieux...

Alors, un nouveau rayon de soleil humain perça les voiles du rêve et, une nouvelle fois encore, ramena le printemps. Christophe reçut une lettre de Grazia, lui disant qu'elle venait à Paris avec ses deux enfants. Depuis longtemps, elle en avait le projet. Sa cousine Colette l'avait souvent invitée. La peur de l'effort à faire pour rompre ses habitudes, pour s'arracher à sa nonchalante paix et à son home qu'elle aimait, pour rentrer dans le tourbillon parisien qu'elle connaissait, lui avait fait remettre son voyage, d'année en année. Une mélancolie qui la prit, ce printemps, peut-être une déception secrète—(que de romans muets dans le cœur d'une femme, sans que les autres en sachent rien, et que souvent elle se l'avoue elle-même!)—lui inspirèrent le désir de s'éloigner de Rome. Les menaces d'une épidémie lui furent un prétexte pour hâter le départ des enfants. Elle suivit de peu de jours sa lettre à Christophe.

À peine la sut-il arrivée chez Colette, Christophe accourut la voir. Il la trouva encore absorbée et lointaine. Il en eut de la peine, mais il ne lui la montra pas. Il avait fait maintenant à peu près le sacrifice de son égoïsme; et cela lui donnait la clairvoyance du cœur. Il comprit qu'elle avait un chagrin qu'elle voulait cacher; et il s'interdit de chercher à le connaître. Il s'efforça seulement de la distraire, en lui contant gaiement ses mésaventures, en lui faisant part de ses travaux, de ses projets, en l'enveloppant discrètement de son affection. Elle se sentait pénétrée par cette grande tendresse, qui craignait de s'imposer; elle avait l'intuition que Christophe avait deviné sa peine; et elle en était attendrie. Son cœur un peu dolent se reposait dans le cœur de l'ami, qui lui parlait d'autre chose que de ce qui les occupait tous deux. Et peu à peu, il vit l'ombre mélancolique s'effacer des yeux de son amie et leur regard se faire plus proche, encore plus proche... Si bien qu'un jour, en lui parlant, il s'interrompit brusquement et la regarda en silence.

—Qu'avez-vous? lui demanda-t-elle.

—Aujourd'hui, dit-il, vous êtes tout à fait revenue.

Elle sourit, et tout bas elle répondit:

—Oui.

彼はグラチアに全然の信頼を寄せていた。もっともひそかな考えまでも打ち明けていた。それでも彼の心の奥には鍵かぎをかけた一つの室があった。それはただに自分自身ばかりでなくまた自分の愛した人々に関する、思い出の室であった。かくて彼はオリヴィエに関係する事柄は語らなかった。その控え目は故意にしたものではなかった。オリヴィエのことを彼女に語ろうとしても言葉が出なかった。彼女はオリヴィエと面識もなかったのである……。
さてその朝彼がグラチアに手紙を書いていると、扉とびらをたたく者があった。彼は邪魔されたのを怒りながら行って開いた。十四、五歳の少年がクラフト氏を尋ねてきたのだった。クリストフは不平ながらも室に通した。少年は金髪で、青い眼をし、繊細な顔だちをし、背はそう高くなく、痩やせた身体をしていた。クリストフの前にたたずんで、やや気おくれがしたように黙っていた。がすぐに気を取り直して、澄んだ眼を挙げてクリストフを珍しげにうちながめた。クリストフはそのかわいらしい顔を見て微笑ほほえんだ。少年も微笑んだ。
「ところで、」とクリストフは言った、「なんの用ですか。」
「私が来ましたのは……。」と少年は言った。
(彼はまたおどおどして、顔を赤め、口をつぐんでしまった。)
「あなたが来たことはよくわかっています。」とクリストフは笑いながら言った。「けれど、なんで来たのですか。私のほうを見てごらんなさい。私が恐こわいんですか。」
少年はまた微笑を浮かべ、頭を振って音った。
「いいえ。」
「豪えらい!……ではまず、あなたはどういう者であるか言ってごらんなさい。」
「私は……。」と少年は言った。
そして彼はまた言いやめた。彼の眼は不思議そうに室の中を見回していたが、そこの暖炉棚だなの上にオリヴィエの写真を一つ見つけた。クリストフは何気なく彼の視線の方向をたどった。
「さあ、」と彼は言った、「元気を出して!」
少年は言った。
「私はあの人の子供です。」
クリストフははっと驚いた。席から立ち上がって、少年の両腕をとらえて引き寄せ、しっかりつかまえたまままた椅子いすに腰をおろした。二人の顔はほとんど触れ合った。そして彼は少年をじっと見守りながら繰り返した。
「君……君……。」
突然彼は少年の頭を両手にかかえて、額や眼や頬ほおや鼻や髪に接吻せっぷんした。少年はその激しい仕打ちに驚きかついやがって、彼の両腕から抜け出そうとした。クリストフはするままにさせた。そして両手に顔を隠し、額を壁に押しあてて、しばらくじっとしていた。少年は室の隅すみに逃げていた。クリストフは顔をあげた。その顔つきはもう落ち着いていた。彼はやさしい微笑ほほえみを浮かべて少年をながめた。
「君はほんとうにびっくりしたろうね。」と彼は言った。「許してくれたまえ……。ねえ、それも私が彼を深く愛してたからだよ。」
少年はまだ気が和らがないで黙っていた。
「君は実によく彼に似てる!」とクリストフは言った。「それでも私には君がわからなかった。何が違ってるのかしら?」
彼は尋ねた。
「君の名はなんというの。」
「ジョルジュです。」
「なるほど、私は覚えている。クリストフ・オリヴィエ・ジョルジュ……。何歳いくつになる?」
「十四です。」
「十四だって! そんなに昔のことだったかしら?……私には昨日のことのように思える――あるいはいつとも知れない時のことのような気もする……。ほんとに君はよく似てる。同じ顔だちだ。同じ人で、でもやはり別な人だ。眼の色は同じだが、同じ眼じゃない。同じ笑顔で同じ口だが、同じ声音じゃない。君のほうがずっと丈夫だし、まっすぐな身体をしてる。君のほうがずっと豊かな顔をしてるが、でも君は彼と同じように顔を赤らめる。ここへ来てすわりたまえ、話をしよう。だれが君を私のところによこしたんだい。」
「だれでもありません。」
「君一人で来たのかい。どうして私を知ってるの?」
「あなたのことを聞きましたから。」
「だれから?」
「お母かあさんから。」
「ああ!」とクリストフは言った。「お母さんは君が私のところへ来たことを知ってるの?」
「いいえ。」
クリストフはちょっと黙った。それから尋ねた。
「君たちはどこに住んでるの?」
「モンソー公園のそばです。」
「歩いて来たの? そう。かなり遠いのに。疲くたぶれたろうね。」
「私は疲れたことはまだありません。」
「それはけっこうだ。腕を見せてごらん。」
(彼はその腕にさわってみた。)
「君は丈夫な若者だ……。そして、なんで私に会いに来ようと思いついたの?」
「お父とうさんがあなたをいちばん好きだったからです。」
「彼女が君にそう言ったの?」
(彼は言い直した。)
「お母さんが君にそう言ったの?」
「ええ。」
クリストフは物思わしげに微笑ほほえんだ。彼は考えた。――彼女もそうなんだ!……いかに彼らは皆彼を愛していたことだろう! それなのになぜ彼らはそのことを彼に示さなかったのだろう?……
彼は言葉をつづけた。
「なぜ君は私のところへ来るのをこんなに長く延ばしたの?」
「私はもっと早く来たかったんです。でもあなたが会ってはくださらないだろうと思いましたから。」
「私が!」
「何週間か前に、シュヴィヤールの音楽会で、私はあなたを見かけました。あなたから少ししか離れてないところに、お母さんといっしょにいました。そして私はあなたに挨拶あいさつをしましたが、あなたは眉まゆをしかめて横目で見られたきりで、答えてくださいませんでした。」
「私が君を見たって?……まあ、君にはそう思えたの?……私は君を認めはしなかったよ。眼が弱っているからね。眉をしかめるのはそのせいだよ。……いったい君は私を意地悪な男だと思ってるの?」
「あなたもやはり意地悪になろうと思えばなれる方だと、私は思います。」
「ほんとに?」とクリストフは言った。「それじゃあ、私が会ってはくれまいと君は考えてるのに、どうして思いきって来たんだい。」
「私のほうで、あなたに会いたかったからです。」
「そしてもし私が君を追い出してたら?」
「私はそんなことをさせはしなかったでしょう。」
彼は決意と当惑と喧嘩けんか腰との入り交じった様子でそう言った。
クリストフは放笑ふきだした。ジョルジュも笑った。
「君のほうで私を追い出したろうというのかい……。そうだろう。元気者だね!……いや確かに君はお父さんに似てやしない。」
少年の変わりやすい顔は曇った。
「私がお父さんに似ていないと思われるんですか? でもあなたは先刻さっき……。では、お父さんが私を愛してくれなかったと思われるんでしょう? では、あなたは私を愛してくださらないんでしょう?」
「私が君を愛することが、君のために何になるんだい。」
「たいへん私のためになります。」
「どうして?」
「私があなたを愛してるからです。」
彼の眼や口や顔だちなどは、一瞬間のうちに種々雑多な表情の色を浮かべていた。四月の日に春風に吹かれて野の上を飛ぶ雲の影に似ていた。クリストフは彼の顔を見彼の声を聞いて快い喜びを感じた。過去の心痛から洗い清めらるるような気がした。自分の悲しい経験や試練や苦悩、またオリヴィエのそれらのもの、すべてが消え失せてしまった。オリヴィエの生命から萌もえ出たその若い芽生めばえのうちに、彼は真新しくよみがえった。
二人は話し合った。ジョルジュはこの数か月前まではクリストフの音楽を少しも知らなかった。しかしクリストフがパリーに来てからは、その作品が演奏される音楽会に一度も欠かしたことはなかった。クリストフの作品を語るときには、生き生きした顔をし輝かしいにこやかな眼をして、しかもその眼には今にも涙を浮かべそうだった。恋をでもしてるようだった……。自分も音楽が大好きで作曲したい旨を彼はクリストフに打ち明けた。しかしクリストフは少し尋ねてみてから、彼が音楽の要素をさえも知っていないことに気づいた。そしてこんどは学問のことを聞いてみた。小ジャンナンは中学校にはいっていた。そしてあまりりっぱな生徒ではないと快活に自白した。
「君は何がいちばん得意なの? 文学かそれとも理学かね?」
「どれもみなたいてい同じことです。」
「でも、どうして、どうしてだい? 君は怠なまけ者なのかい。」
彼は率直に笑って言った。
「たぶんそうでしょう。」
それから打ち明けて言い添えた。
「だけど、そうでないと自分では知っています。」
クリストフは笑わずにはいられなかった。
「ではなぜ勉強しないんだい。何にも面白くないのかい。」
「いいえ、なんでも面白いんです。」
「ではどうして?」
「なんでも面白いんですが、時間がありません……。」
「時間がないって? ではいったい何をしてるんだい。」
彼は漠然ばくぜんとした身振りをした。
「いろんなことをしています。音楽をやったり、運動をしたり、展覧会を見に行ったり、本を読んだり……。」
「教科書を読んだほうがいいだろう。」
「学校では面白いものなんか読ませやしません……。それから、私たちは旅行もします。前月は、オクスフォードとケンブリッジとの競争を見に、イギリスへ行きました。」
「そんなことをしてるから学問が進むんだ。」
「でも、学校にじっとしてるよりずっとよく物を知ります。」
「そしてお母さんは、それをなんと言ってるんだい。」
「お母さんはたいへん物がわかっています。私の望みどおりにしてくれます。」
「しようがないね!……私のような者を父親にもたなくって君は仕合わせだ。」
「あなたこそ私のような者を……。」
そのかわいげな様子には敵することができなかった。
「そしてそれほど旅行家の君は、」とクリストフは言った、「私の国を知ってるかい。」
「知っています。」
「でも君はきっとドイツ語を一言も知るまい。」
「ところがよく知っています。」
「では少しためしてみようか。」
二人はドイツ語で話し始めた。少年は不正確なたどたどしい話し方をしたが、それでもおかしなほど勢い込んでいた。きわめて怜悧れいりで利発だったので、理解する以上に推察していた。往々誤った推察をしては、自分の勘違いをまっ先に笑い出した。彼は熱心に自分の旅行や読書のことを話した。彼はたくさん書物を読んでいた。それも大急ぎな皮相な読み方であって、中途半端に読んでゆき、読まないところは想像してゆくのだったが、しかし至る所に感激の理由を捜し求めてる、鋭い清新な好奇心から常に狩りたてられてるのだった。彼の話は一つの事柄からつぎの事柄へと飛んでいった。彼の顔は自分が感動した光景や書物のことを話しながら活気だってきた。その知識はなんらの秩序もないものだった。つまらない書物を読んでいるくせにもっとも名高い作品を少しも知らないでいるのは、実に訳のわからないことだった。
「まあけっこうなことだ。」とクリストフは言った。「しかし君は、勉強しないでは何にもなれやしないよ。」
「なあに、私は何かになる必要はありません。金がありますから。」
「馬鹿な! そうなると大事な問題だよ。なんの役にもたたない何にもしない人間に、君はなりたいのか。」
「いえ私は反対になんでもしたいんです。一生涯しょうがい一つの仕事に閉じこもるのは馬鹿げています。」
「しかしそうでなくちゃその仕事をりっぱになすことはできない。」
「よく人がそう言います。」
「なんだって、人がそう言うって?……いや、この私がそう言うのだ。私は自分の仕事をもう四十年も勉強してる。そしてようやくそれがわかりかけてきたのだ。」
「自分の仕事を学ぶのに四十年ですって! ではいつになってその仕事がやれるんでしょう?」
クリストフは笑いだした。
「理屈屋のフランス人だね!」
「私は音楽家になりたいんです。」とジョルジュは言った。
「それじゃあ、君はもう音楽をやり始めても早すぎはしないから、私が教えてあげようか。」
「ええ、そしたらどんなにうれしいでしょう!」
「明日あした来たまえ。君の価値をためしてみよう。もし君にそれだけの価値がなかったらピアノに手を触れることを禁ずるよ。もし君に能力があったら、君がなんとかなるように骨折ってみよう……。しかし言っておくが、私は君に勉強させるよ。」
「勉強します。」とジョルジュは大喜びで言った。
二人は翌日会うことにきめた。しかしジョルジュは帰ってゆく間ぎわになって、翌日もまたその翌日も、他に約束があることを思い出した。彼はその週の終わりにならなければ隙ひまがなかった。そして二人は日と時間とをきめた。
しかしその日になりその時間になると、クリストフは待ち呆ぼうけをくわされた。当てがはずれた。彼はジョルジュと再会することに子供らしい喜びを覚えていた。ジョルジュの不意の訪問は彼の生活を明るくしたのだった。彼は非常にうれしくなり感動して、その晩は眠れないほどだった。オリヴィエのことで自分に会いに来てくれたその若い友を、しみじみと感謝の念で思いやった。そのかわいい顔を思い浮かべては微笑ほほえんだ。その自然な性情、その愛嬌あいきょう、その意地悪げな生一本な率直さは、彼の心を喜ばせた。オリヴィエと友情を結んだ初めのころ彼の耳や心を満たした、あの幸福の羽音に、あの無音の陶酔に、彼はまた身を任した。そのうえさらに、生者の彼方かなたに過去の微笑を見てとるという、いっそう真摯しんしなほとんど宗教的な感情までが加わっていた。――彼はジョルジュを待った、その翌日も、また翌日も。しかしだれも来なかった。詫わびの手紙さえ来なかった。クリストフは寂しくなって、少年を許してやるべき理由をみずから考えめぐらした。彼はどこにあてて手紙を出してよいかわからなかった。少年の住所を知らなかった。もし知っていたとしても、あえて手紙を出し得なかったであろう。若者に熱中してる老人の心は、その若者を求むる情を示すことに、一つの羞恥しゅうちを覚えるものである。若者のほうには同じ要求がないことを彼は知っている。その関係は両者の間では同等でない。自分のことを念頭に置いていない者に向かって押し付けがましい態度をとることを、人は何よりも恐れるのである。
いつまでたっても音沙汰おとさたがなかった。クリストフはそれを苦しんだけれど、こちらから進んでジャンナン親子に会おうとする手段を差し控えた。そして来もしない者を毎日待ち受けた。彼はスイスへ出発しなかった。夏じゅうパリーにとどまった。自分がばかげたことをしてるとは思ったが、もう旅をするのも面白くなかった。ただ九月になって数日間、フォンテーヌブローに行ってみた。
十月の末ごろ、ジョルジュ・ジャンナンが訪れてきた。彼は違約のことなんか少しも恐縮せずに平気で弁解した。
「来ることができなかったんです。」と彼は言った。「そしてつぎには、私たちはパリーを発たってブルターニュに行ったものですから。」
「手紙くらい書けたろうに。」とクリストフは言った。
「ええ私は手紙を上げたかったんです。けれど、ちっとも隙ひまがありませんでした……。それに」、と彼は笑いながら言った、「忘れちゃったんです。私はなんでも忘れちまうんです。」
「いつ帰って来たんだい。」
「十月の初めです。」
「そして三週間もかかって、ようやく私のところへ来ようと決心したんだね……。ねえ、うち明けて言ってごらん。お母さんが引き止めたんだろう……お母さんは君が私に会うのを望まないんだろう?」
「いいえ、あべこべです。お母さんから言われて今日来たんです。」
「どうしてだい。」
「この前休暇前にあなたにお会いしたとき、私は家に帰ってすっかり話しちゃったんです。それはよかったとお母さんは言いましたよ。そしてあなたのことを知りたがって、いろんなことを尋ねました。三週間前にブルターニュから帰ってくると、お母さんはまたあなたのところへ行けと勧めるんです。一週間前にもまた言い出しました。そして今朝、私がまだ行っていないことを知ると、機嫌きげんを悪くして、昼食のあとにすぐ行って来いと言ったんです。」
「そして君はそんなことを私に話してきまり悪くないのかい。君は人に強しいられて私のところへ来たのかい。」
「いえいえ、そう思っちゃいけません……。ああ、あなたは私を怒っていますね。ごめんなさい……。まったく、私はうっかり者です。私をしかられてもいいが、恨んではいけません。私はあなたがほんとうに好きなんです。もし好きでなかったら、けっして来やしません。人に強いられたんじゃありません。第一私は、自分のしたいことをしか人に強いられやしません。」
「しようのない人だね!」とクリストフは我にもなく笑いながら言った。「そして音楽をやる計画は、いったいどうしたんだい。」
「ああ、やはり考えていますよ。」
「考えていたって進歩するものか。」
「今からやり始めるつもりです。この数か月間はできなかったんです、たくさん仕事があったんですから。でも今なら、ほんとに勉強してお目にかけます。あなたがまだ私を相手にしてくださるなら……。」
(彼は甘ったれた眼つきをしていた。)
「君は茶番師だ。」とクリストフは言った。
「あなたは私の言うことを真面目まじめにとってくださらないんですね。」
「そうさ、真面目にとるものかね。」
「困っちまうなあ! だれも私の言うことを真面目にとってはくれません。私はがっかりしてるんです。」
「君が勉強するのを見たら、真面目にとってあげるよ。」
「じゃあすぐにやりましょう。」
「今は隙ひまがない。明日にしよう。」
「いえ、明日じゃあまり長すぎます。私は一日でもあなたに軽蔑けいべつされるのを我慢できません。」
「困るなあ。」
「お願いしますから……。」
クリストフは自分の気弱さを徹笑ほほえみながら、彼をピアノにつかして、音楽の説明をしてやった。いろいろ問いをかけてみた。和声ハーモニーのちょっとした問題を解かしてみた。ジョルジュは大して知ってはいなかった。しかしその音楽的本能は多くの無知を補った。クリストフが期待してる和音を名前は知らないでも見つけ出した。そして誤りまでが、その無器用さのうちにも、趣味を求むる心と妙に鋭い感受性とを示していた。彼はクリストフの注意を議論せずには受けいれなかった。そして彼のほうからもち出す怜悧れいりな質問は、芸術を口先だけで唱える信仰の文句として受けいれないで、自分自身のために芸術に生きようとする、一つの真摯しんしな精神を示していた。――二人は音楽のことばかりを話しはしなかった。和声ハーモニーに関してジョルジュは、絵画や風景や人の魂のことなどをもち出した。彼を制御するのは困難だった。たえず道のまん中へ引きもどさなければならなかった。そしてクリストフのほうにも、常にその勇気があるわけではなかった。機知と生気とに満ちてる少年の愉快な饒舌じょうぜつを聞くのが、彼には面白かった。この少年とオリヴィエとはいかに性質が異なっていたことだろう!……オリヴィエのほうでは生命は、黙々として流るる内部の河であった。ジョルジュのほうでは、生命はすべて外部にあって、日の下で遊び疲れる気まぐれな小川であった。それにしても、どちらもその眼と同じように美しい清い水だった。クリストフは微笑ほほえましい心持で、ジョルジュのうちに見出した、ある種の本能的な反感を、自分がよく知ってるあの嗜好しこうと嫌厭けんえんとを、そしてまた、無邪気な一徹さを、愛するものに傾倒してしまう心の寛大さを……。ただジョルジュはあまりに多くのことを愛していたので、同じ一つのものを長く愛するだけの隙ひまがなかった。
彼は翌日もまたやって来たし、それから引きつづいて毎日やってきた。彼はクリストフにたいする若気の美しい情熱に駆られ、熱狂的に稽古けいこを励んだ……。――それから、熱狂は弱ってき、やって来ることも間遠まどおになった。だんだん来なくなった……。つぎにはまったく来なくなった。そして幾週間も姿を見せなかった。
彼は軽率で、忘れっぽくて、無邪気な利己主義者で、しんから人なつこかった。やさしい心と活発な知力とをそなえていて、それを日に日に少しずつ使い果たしていた。彼を見ると愉快だったから、だれでも彼に万事を許してやった。彼は幸福だった……。
クリストフは彼を批判すまいとした。そして不平を言わなかった。彼はジャックリーヌに手紙を書いて、子供をよこしてくれたことを感謝しておいた。ジャックリーヌは感動を押えつけた短い返事をくれた。ジョルジュに同情を寄せて世の中に導いてくれと、彼に願った。彼に会うことについては一言も述べなかった。憚はばかられる思い出と矜持きょうじとのために、彼に会おうと決心することができなかった。そしてクリストフのほうでは、彼女から招かれないかぎりはやって行けないと思った。――かくて彼らはたがいに離れたままでいて、ときどき音楽会で遠くから認め合ったり、少年のときおりの訪問で結ばれたりするきりだった。

冬は過ぎ去った。グラチアはもうまれにしか手紙をくれなかった。彼女はクリストフにたいして忠実な友情をなおいだいていた。しかしきわめて感傷的でなくて現実に執着する真のイタリー婦人だったから、多くの人に会わずにはいられなかった。それは彼らのことを思うためではないとしても、少なくとも彼らと話をする楽しみを得んがためであった。またときどき眼の記憶を新たにしなければ、心の記憶は消えがちだった。それで彼女の手紙はしだいに短くなり疎遠になった。クリストフが彼女を信じてると同様に、彼女もなおクリストフを信じてはいた。しかしその信頼は熱よりもむしろ光を多く広げるものであった。
クリストフはその新たな違算を大して苦しみはしなかった。音楽的活動は彼を満たすに十分だった。ある年齢に達すると、強健な芸術家は自分の生活のうちによりも多く自分の芸術のうちに生きる。生活は夢となり、芸術は現実となる。パリーと接触して、クリストフの創作力は眼覚めざめたのだった。この勤勉な都会たるパリーの光景ほど、人に強い刺激を与えるものはない。もっとも冷静な者もその熱に感染する。健全な孤独のうちに多年休息してきたクリストフは、費やすべき多量の力をもって来ていた。フランス精神の勇敢な好奇心が音楽技術の世界にたえずなしつづけている、種々の新しい獲物に彼は富ませられて、こんどは自分でも発見の道に突進していった。そして彼らよりもいっそう猛烈で野蛮だったから、彼らのだれよりもさらに遠くへ進んでいった。しかしその新たな冒険においては、もはや何一つ本能の偶然に委ゆだねられたものはなかった。彼はもう明確の要求に支配されていた。彼の天才は生涯しょうがい中、ある交流的律動リズムに従ってきたのだった。一つの極端から他の極端へと代わる代わる移っていって、両者の間のすべてを包括することが、彼の掟おきてであった。前期において彼は、「秩序の覆面を通して輝く渾沌の眼」に熱中した後、その眼をなおよく見んために覆面ヴェールを引き裂こうとした刹那せつな、このたびはその蠱惑こわくから脱せんとつとめ、主宰的精神の魔法の網を、スフィンクスの顔にふたたび投げかけようとしていた。ローマの帝王的息吹いぶきが彼の上を吹き過ぎたのだった。彼が多少感染してる当時のパリー芸術と同様に、彼は秩序を追い求めていた。しかしワルシャワにおける秩序をではなかった――自分の睡眠を護まもることに残りの精力を使い果たす、あの疲れた反動保守家らとは異なっていた。それら人のよい連中は、サン・サーンスやブラームスに立ちもどるのである――慰安を求めて、あらゆる芸術のブラームスに、主題の堡塁ほうるいに、無味乾燥な新古典主義に。彼らは熱情に欠けてると言ってはいけない。諸君とても、すぐに疲憊ひはいしてしまうではないか。……否、予が説くのは諸君の秩序をではない。予の秩序は諸君のそれと同様のものではない。予の秩序は、自由なる熱情と意志との調和のうちにある秩序である……。クリストフは自分の芸術のうちに、生のもろもろの力の正しい平衡を維持しようとくふうしていた。鳴り響く深淵しんえんからほとばしり出させた、あの新しい和音、あの音楽の魔物、それを彼は用いて、明快な交響曲シンフォニーを、丸屋根のあるイタリー大寺院のような広い明るい建築を、うち建てようとしていた。
そういう精神の働きと戦いとが、冬じゅうつづいた。時とすると夕方、彼は一日の仕事を終えて、日々の総和を顧みながら、それが長い間であったかあるいは短い間であったかみずからわからなかったし、自分がまだ若いのかあるいはごく年老いたのかみずからわからなかった。とは言え、その冬は早く過ぎ去った。

すると、人間の太陽の新たな光が、夢の覆面を貫いて射さしてき、またもや春をもたらしてきた。クリストフはグラチアから手紙をもらって、彼女が二人の子供といっしょにパリーへ来る由を知らせられた。長い前から彼女はその計画を立てていた。従姉いとこのコレットからしばしば招かれたのだった。けれども、自分の習慣を破り、呑気のんきな平和を見捨て、愛するわが家を去って、よくわかってるあのパリーの喧騒けんそうの中にはいるという、それだけの骨折りを彼女は恐れて、一年一年と旅を延ばしたのだった。ところが、その春はある憂愁に襲われ、おそらくあるひそかな失意を感じて――(およそ女の心のうちには、他人には少しもわからないが、また往々彼女自身もそれと自認しないが、いかに多くの暗黙のロマンスが存在してることだろう!)――彼女はローマから離れたい気になった。流行病の脅威は、子供たちの出発を早めるための口実となった。彼女はクリストフへ手紙を出して幾日もたたないうちに、すぐそのあとを追って出発した。
クリストフは彼女がコレットの家に到着したことを知るや否や、すぐに会いに行った。彼女の心はまだぼんやりして遠くにあった。彼はそれが辛つらかったけれど、様子には現わさなかった。彼はもう今では自分の利己心をほとんど殺していた。そのために心の明察力が生じていた。彼は彼女が隠したがってる悲しみをもってるのを悟った。けれどそれがなんの悲しみであるか知ろうとはしなかった。そしてただ自分の失敗を快活に話したり、自分の仕事や計画を言ってきかしたり、遠慮深く彼女を愛情で包み込んだりして、その悲しみから気を晴らさせようとした。押しつけがましいことを恐れてるその大きな愛情に彼女は心打たれた。自分の悲しみを彼から察せられてることを直覚して心を動かされた。やや憂いに沈んでる彼女の心は、二人に関すること以外の事柄を話してくれてる友の心のうちに身を休めた。そしてしだいに彼は、彼女の眼から憂鬱ゆううつな影が消えてゆくのを見、二人の視線がますます近づいてゆくのを見てとった。……そしてある日……彼は彼女に話をしながら、突然言葉を途切らして、黙って彼女をながめた。
「どうなさいましたの?」と彼女は尋ねた。
「今日、」と彼は言った、「あなたはすっかり私のところにもどって来られたんです。」
彼女は微笑ほほえんで、ごく低く答えた。
「そうです。」

 

Il n'était pas très facile de causer tranquillement. Ils étaient rarement seuls. Colette les gratifiait de sa présence, plus qu'ils n'auraient voulu. Elle était excellente, malgré tous ses travers, sincèrement attachée à Grazia et à Christophe; mais il ne lui venait pas à l'idée qu'elle pût les ennuyer. Elle avait bien remarqué—(ses yeux remarquaient tout)—ce qu'elle appelait le flirt de Christophe avec Grazia: le flirt était son élément, elle en était enchantée; elle ne demandait qu'à l'encourager. Mais précisément, on ne le lui demandait pas; on souhaitait qu'elle ne se mêlât pas de ce qui ne la regardait point. Il suffisait qu'elle parût, ou fît à l'un des deux une allusion discrète (indiscrète) à leur amitié, pour que Christophe et Grazia prissent un air glacé et parlassent d'autre chose. Colette cherchait à leur réserve toutes les raisons possibles, hors une seule, la vraie. Heureusement pour les amis, elle ne pouvait tenir en place. Elle allait et venait, entrait, sortait, surveillait tout dans la maison, menait dix affaires à la fois. Dans l'intervalle de ses apparitions, Christophe et Grazia, seuls avec les enfants, reprenaient le fil de leurs innocents entretiens. Ils ne parlaient jamais des sentiments qui les unissaient. Ils se confiaient leurs petites aventures journalières. Grazia s'informait, avec un intérêt féminin, des affaires domestiques de Christophe. Tout allait mal chez lui; il avait des démêlés sans fin avec ses femmes de ménage; il était constamment dupé, volé par ceux qui le servaient. Elle en riait, de bon cœur, avec une compassion maternelle pour le peu de sens pratique de ce grand enfant. Un jour que Colette venait de les quitter, après les avoir persécutés plus longtemps qu'à l'ordinaire, Grazia soupira:

—Pauvre Colette! Je l'aime bien... Comme elle m'ennuie!...

—Je l'aime aussi, dit Christophe, si vous entendez par là qu'elle nous ennuie.

Grazia rit:

—Écoutez... Me permettez-vous... (il n'y a décidément pas moyen de causer en paix ici)... me permettez-vous d'aller une fois chez vous?

Il eut un saisissement.

—Chez moi! Vous viendriez!

—Cela ne vous contrarie pas?

—Me contrarier! Ah! mon Dieu!

—Eh bien, voulez-vous mardi?

—Mardi, mercredi, jeudi, tous les jours que vous voudrez.

—Mardi, quatre heures, alors. C'est convenu.

—Vous êtes bonne, vous êtes bonne.

—Attendez. C'est à une condition.

—Une condition? À quoi bon? Tout ce que vous voulez. Vous savez bien que je le ferai, avec ou sans conditions.

—J'aime mieux une condition.

—C'est promis.

—Vous ne savez pas quoi.

—Cela m'est égal, c'est promis. Tout ce que vous voudrez.

—Mais écoutez d'abord, entêté!

—Dites.

—C'est que d'ici là, vous ne changerez rien—rien, vous entendez,—à votre appartement; tout restera dans le même état, exactement.

La mine de Christophe s'allonge. Il prend l'air consterné.

—Ah! ce n'est pas de jeu.

Elle rit:

—Vous voyez, voilà ce que c'est de s'engager trop vite! Mais vous avez promis.

—Mais pourquoi voulez-vous?...

—Parce que je veux vous voir chez vous, comme vous êtes, tous les jours, quand vous ne m'attendez pas.

—Enfin, vous me permettrez bien?...

—Rien du tout. Je ne permettrai rien.

—Au moins...

—Non, non, non, non. Je ne veux rien entendre. Ou je ne viendrai pas, si vous le préférez...

—Vous savez bien que je consentirais à tout, pourvu que vous veniez.

—Alors, c'est promis?

—Oui.

—J'ai votre parole?

—Oui, tyran.

—Bon tyran?

—Il n'y a pas de bon tyran; il y a des tyrans qu'on aime, et des tyrans qu'on déteste.

—Et je suis des deux, n'est-ce pas?

—Oh non! vous n'êtes que des premiers.

—C'est joliment humiliant.

Le jour dit, elle vint. Christophe, avec son scrupule de loyauté, n'avait pas osé ranger la moindre feuille de papier dans son appartement en désordre: il se serait cru déshonoré. Mais il était à la torture. Il avait honte de ce que penserait son amie. Il l'attendait anxieusement. Elle fut exacte, elle arriva, quatre ou cinq minutes à peine après l'heure. Elle monta l'escalier, de son petit pas ferme. Elle sonna. Il était derrière la porte, et il ouvrit. Elle était mise, avec une simple élégance. Au travers de sa voilette, il vit ses yeux tranquilles. Ils se dirent: «Bonjour», à mi-voix, en se donnant la main; elle, plus silencieuse que d'habitude; lui, gauche et ému, se taisant pour ne pas montrer son trouble. Il la fit entrer, sans lui dire la phrase qu'il avait préparée, afin d'excuser le désordre de la chambre. Elle s'assit sur la meilleure chaise, et lui, auprès.

—Voilà mon cabinet de travail.

Ce fut tout ce qu'il trouva à lui dire.

Un silence. Elle regardait sans hâte, avec un sourire de bonté, elle aussi, un peu troublée. (Plus tard, elle lui raconta qu'enfant, elle avait pensé à venir chez lui; mais elle avait eu peur, au moment d'entrer.) Elle était saisie de l'aspect de solitude et de tristesse de l'appartement: l'antichambre étroite et obscure, le manque absolu de confort, la pauvreté visible, lui serraient le cœur; elle était pleine de pitié affectueuse pour son vieil ami, que tant de travaux, tant de peines et quelque célébrité n'avaient pu affranchir de la gêne des soucis matériels. Et en même temps, elle s'amusait de l'indifférence totale au bien-être que révélait la nudité de cette pièce, sans un tapis, sans un tableau, sans un objet d'art, sans un fauteuil; pas d'autres meubles qu'une table, trois chaises dures et un piano; et, mêlés à quelques livres, des papiers, des papiers partout, sur la table, sous la table, sur le parquet, sur le piano, sur les chaises—(elle sourit, en voyant avec quelle conscience il avait tenu parole).

Après quelques instants, elle lui demanda:

—C'est ici—(montrant sa place)—que vous travaillez?

—Non, dit-il, c'est là.

Il indiqua le renfoncement le plus obscur de la pièce, et une chaise basse qui tournait le dos à la lumière. Elle alla s'y mettre gentiment, sans un mot. Ils se turent quelques minutes, et ils ne savaient que dire. Il se leva et alla au piano. Il joua, il improvisa pendant une demi-heure; il se sentait entouré de son amie, et un immense bonheur lui gonflait le cœur; les yeux fermés, il joua des choses merveilleuses. Elle comprit alors la beauté de cette chambre, toute vêtue de divines harmonies; elle entendait, comme s'il battait en sa poitrine, ce cœur aimant et souffrant.

Quand les harmonies se furent tues, il resta, un moment encore, immobile, devant le piano; puis il se retourna, entendant la respiration de son amie qui pleurait. Elle vint à lui:

—Merci, murmura-t-elle, en lui prenant la main.

Sa bouche tremblait un peu. Elle ferma les yeux. Il fit de même. Quelques secondes, ils restèrent ainsi, la main dans la main; et le temps s'arrêta...

Elle rouvrit les yeux et, pour se dégager de son trouble, elle demanda:

—Voulez-vous que je voie le reste de l'appartement?

Heureux, aussi, d'échapper à son émotion, il ouvrit la porte de la chambre voisine; mais aussitôt, il eut honte. Il y avait là un lit de fer étroit et dur.

(Plus tard, quand il confia à Grazia qu'il n'avait jamais introduit de maîtresse dans sa maison, elle lui dit, moqueuse:

—Je m'en doute bien; il eût fallu qu'elle eût un grand courage.

—Pourquoi?

—Pour dormir dans votre lit.)

Il y avait aussi une commode de campagne, au mur un moulage de la tête de Beethoven, et, près du lit, dans des cadres de quelques sous, les photographies de sa mère et d'Olivier. Sur la commode, une autre photographie: elle. Grazia, à quinze ans. Il l'avait trouvée, à Rome, dans un album chez elle, et il l'avait volée. Il le lui avoua, en lui demandant pardon. Elle regarda l'image, et dit:

—Vous me reconnaissez là?

—Je vous reconnais, et je me souviens.

—Quelle aimez-vous le mieux des deux?

—Vous êtes toujours la même. Je vous aime toujours autant. Je vous reconnais partout. Même dans vos photographies de toute petite enfant. Vous ne savez pas quelle émotion j'éprouve à sentir dans cette chrysalide toute votre âme, déjà. Rien ne me fait mieux connaître que vous êtes éternelle. Je vous aime dès avant votre naissance, et je vous aime jusqu'après que...

Il se tut. Elle resta sans répondre, amoureusement troublée. Quand elle fut revenue dans le cabinet de travail et qu'il lui eut montré, devant la fenêtre, le petit arbre son ami, où bavardaient les moineaux, elle dit:

—Maintenant, savez-vous ce que nous allons faire? Nous allons goûter. J'ai apporté le thé et les gâteaux, parce que j'ai bien pensé que vous n'aviez rien de tout cela. Et j'ai encore apporté autre chose. Donnez-moi votre pardessus.

—Mon pardessus?

—Oui, oui, donnez.

Elle tira de son sac des aiguilles et du fil.

—Quoi, vous voulez?

—Il y avait deux boutons, l'autre jour, dont le sort m'inquiétait. Où en sont-ils, aujourd'hui?

—C'est vrai, je n'ai pas encore pensé à les recoudre. C'est si ennuyeux!

—Pauvre garçon! Donnez.

—J'ai honte.

—Allez préparer le thé.

Il apporta dans la chambre la bouillotte et la lampe à alcool, pour ne pas perdre un instant de son amie. Elle, tout en cousant, regardait du coin de l'œil malicieusement ses gaucheries. Ils prirent le thé dans des tasses ébréchées, qu'elle trouva affreuses, avec ménagement, et qu'il défendit avec indignation, parce qu'elles étaient des souvenirs de la vie commune avec Olivier.

Au moment où elle partait, il demanda:

—Vous ne m'en voulez pas?

—De quoi donc?

—Du désordre qui est ici?

Elle rit.

—Je ferai l'ordre.

Quand elle fut sur le seuil, et près d'ouvrir la porte, il s'agenouilla devant elle, il lui baisa les pieds.

—Que faites-vous? dit-elle. Fou, cher fou! Adieu.

Il fut convenu qu'elle reviendrait, toutes les semaines, à jour fixe. Elle lui avait fait promettre qu'il n'y aurait plus d'excentricités, plus d'agenouillements, plus de baisements de pieds. Un calme si doux émanait d'elle que Christophe en était pénétré, même dans ses jours de violences; et bien que, lorsqu'il était seul, il pensât à elle avec un désir passionné, ensemble ils étaient toujours comme de bons camarades. Jamais il ne lui échappait un mot, un geste qui pût inquiéter son amie.

Pour la fête de Christophe, elle habilla sa petite fille, comme elle-même elle était, au temps où ils s'étaient rencontrés jadis, pour la première fois; et elle fit jouer à l'enfant le morceau que Christophe, jadis, lui faisait répéter.

Cette grâce, cette tendresse, cette bonne amitié, se mêlaient à des sentiments contradictoires. Elle était frivole, elle aimait la société, elle avait plaisir à être courtisée, même par des sots; elle était assez coquette, sauf avec Christophe,—même avec Christophe. Lorsqu'il était tendre avec elle, elle était volontiers froide et réservée. Lorsqu'il était froid et réservé, elle se faisait tendre et elle lui adressait d'affectueuses agaceries. La plus honnête des femmes. Mais dans la plus honnête il y a, par moments, une fille. Elle tenait à ménager le monde, à se conformer aux conventions. Bien douée pour la musique, elle comprenait les œuvres de Christophe; mais elle ne s'y intéressait pas beaucoup—(et il le savait bien).—Pour une vraie femme latine, l'art n'a de prix qu'autant qu'il se ramène à la vie, et la vie à l'amour... L'amour qui couve au fond du corps voluptueux, engourdi... Qu'a-t-elle à faire des symphonies tourmentées, des méditations tragiques, des passions intellectuelles du Nord? Il lui faut une musique ou ses désirs cachés s'épanouissent, avec un minimum d'efforts, un opéra qui soit la vie passionnée, sans la fatigue des passions, un art sentimental, sensuel et paresseux.

Elle était faible et changeante; elle ne pouvait s'appliquer à une étude sérieuse que par intermittences; il lui fallait se distraire; rarement, elle faisait le lendemain ce qu'elle avait annoncé, la veille. Que de puérilités, de petits caprices déconcertants! La trouble nature de la femme, son caractère maladif et déraisonnable, par périodes... Elle s'en rendait compte et tâchait alors de s'isoler. Elle connaissait ses faiblesses, elle se reprochait de n'y pas mieux résister, puisqu'elles chagrinaient son ami; quelquefois, elle lui fit, sans qu'il le sût, de réels sacrifices; mais au bout du compte, la nature était la plus forte. Au reste, Grazia ne pouvait souffrir que Christophe eût l'air de lui commander; et il arriva qu'une ou deux fois, pour affirmer son indépendance, elle fît le contraire de ce qu'il lui demandait. Ensuite, elle le regrettait; la nuit, elle avait des remords de ne pas rendre Christophe plus heureux; elle l'aimait beaucoup plus qu'elle ne le lui montrait; elle sentait que cette amitié était la meilleure part de sa vie. Comme il est ordinaire, entre deux êtres très différents qui s'aiment, ils étaient le mieux unis, quand ils n'étaient pas ensemble. En vérité, si un malentendu avait séparé leurs destinées, la faute n'en était pas tout entière à Christophe, ainsi qu'il le croyait bonnement. Même lorsque Grazia, jadis, aimait le plus Christophe, l'eût-elle épousé? Elle lui aurait peut-être donné sa vie; mais lui aurait-elle donné de vivre toute sa vie avec lui? Elle savait (elle se gardait de l'avouer à Christophe) elle savait qu'elle avait aimé son mari et qu'encore aujourd'hui, après tout le mal qu'il lui avait fait, elle l'aimait comme jamais elle n'avait aimé Christophe... Secrets du cœur, secrets du corps, dont on n'est pas très fière, et qu'on cache à ceux qui vous sont chers, autant par respect pour eux que par une pitié complaisante pour soi... Christophe était trop homme pour les deviner; mais il lui arrivait, par éclairs, d'entrevoir combien celle qui l'aimait le mieux tenait peu à lui,—et qu'il ne faut compter tout à fait sur personne, sur personne, dans la vie. Son amour n'en était pas altéré. Il n'en éprouvait même aucune amertume. La paix de Grazia s'étendait sur lui. Il acceptait. Ô vie, pourquoi te reprocher ce que tu ne peux donner? N'es-tu pas très belle et très sainte, comme tu es? Il faut aimer ton sourire, Joconde...

Christophe contemplait longuement le beau visage de l'amie; il y lisait bien des choses du passé et de l'avenir. Durant les longues années où il avait vécu seul, voyageant, parlant peu, mais regardant beaucoup, il avait acquis une divination du visage humain, cette langue riche et complexe que des siècles ont formée. Mille fois plus complexe que le langage parlé. La race s'exprime en elle... Contrastes perpétuels entre les lignes d'une figure et les mots qu'elle dit! Tel profil de jeune femme, au dessin net, un peu sec, à la façon de Burne Jones, tragique, comme rongé par une passion secrète, une jalousie, une douleur shakespearienne... Elle parle: c'est une petite bourgeoise, sotte comme un panier, coquette et égoïste avec médiocrité, n'ayant aucune idée des redoutables forces inscrites dans sa chair. Cependant, cette passion, cette violence sont en elle. Sous quelle forme se traduiront-elles, un jour? Sera-ce par une âpreté au gain, une jalousie conjugale, une belle énergie, une méchanceté maladive? On ne sait. Il se peut même qu'elle les transmette à un autre de son sang, avant que soit venue l'heure de l'explosion. Mais c'est un élément qui plane sur la race, comme une fatalité.

Grazia aussi portait le poids de ce trouble héritage, qui, de tout le patrimoine des vieilles familles, est ce qui risque le moins de se dissiper en route. Elle, du moins, le connaissait. Grande force, de savoir sa faiblesse, de se rendre, sinon maître, pilote de l'âme de la race à laquelle on est lié, qui vous emporte comme un vaisseau,—de faire son instrument de la fatalité, de s'en servir, comme d'une voilure, qu'on tend ou cargue, suivant le vent. Lorsque Grazia fermait les yeux, elle entendait en elle plus d'une voix inquiétante, dont le timbre lui était connu. Mais dans son âme saine, les dissonances finissaient par se fondre; elles formaient, sous la main de sa raison harmonieuse, une musique profonde et veloutée.

Par malheur, il ne dépend pas de nous de transmettre à ceux de notre sang, le meilleur de notre sang.

Des deux enfants de Grazia, l'une, la fillette, Aurora, qui avait onze ans, lui ressemblait; elle était moins jolie, d'une sève un peu rustique; elle boitait légèrement: c'était une bonne petite, affectueuse et gaie, qui avait une excellente santé, beaucoup de bonne volonté, peu de dons naturels, sauf celui de l'oisiveté, la passion de ne rien faire. Christophe l'adorait. Il goûtait, en la voyant à côté de Grazia, le charme d'un être double, qu'on saisit à la fois à deux âges dé sa vie... Deux fleurs d'une même tige: une Sainte Famille de Léonard, la Vierge et la sainte Anne, une gamme du même sourire. On embrasse d'un regard l'entière floraison d'une âme féminine; et cela est beau et mélancolique: car on la voit passer... Rien de plus naturel pour un cœur passionné que d'aimer d'amour brûlant et chaste les deux sœurs à la fois, ou la mère et la fille. La femme que Christophe aimait, il eût voulu l'aimer dans toute la suite de sa race. Chacun de ses sourires, de ses pleurs, des plis de son cher visage, n'était-il pas un être, le ressouvenir d'une vie écoulée, avant que se fussent ouverts ses yeux à la lumière, l'annonciateur d'un être qui viendrait plus tard, quand ses beaux yeux seraient fermés?

Le petit garçon, Lionello, avait neuf ans. Beaucoup plus joli que sa sœur, et d'une race plus fine, trop fine, exsangue et usée, il ressemblait au père; il était intelligent, riche en mauvais instincts, caressant et dissimulé. Il avait de grands yeux bleus, de longs cheveux blonds de fille, le teint blême, la poitrine délicate, une nervosité maladive, dont il jouait, à l'occasion, étant comédien né, étrangement habile à trouver le faible des gens. Grazia avait pour lui une prédilection, par cette préférence naturelle des mères pour l'enfant moins bien portant,—aussi par cet attrait de femmes bonnes et honnêtes pour des fils qui ne sont ni l'un ni l'autre (car en eux se soulage toute une part de leur vie qu'elles ont refoulée). Et il s'y mêle encore un souvenir de l'homme qui les a tait souffrir et jouir, qu'elles ont méprisé peut-être, mais aimé. Toute cette flore capiteuse de l'âme, qui pousse dans la serre obscure et tiède du subconscient.

Malgré l'attention de Grazia à partager entre ses deux enfants également sa tendresse, Aurora sentait la différence, et elle en souffrait un peu. Christophe la devinait, elle devinait Christophe; ils se rapprochaient, d'instinct. Au lieu qu'entre Christophe et Lionello grondait une antipathie, que l'enfant déguisait sous une exagération de gentillesses zézayantes,—que Christophe repoussait, comme un sentiment honteux. Il se faisait violence; il s'efforçait de chérir cet enfant d'un autre, comme si c'était celui qu'il lui eût été ineffablement doux d'avoir de l'aimée. Il ne voulait pas reconnaître la mauvaise nature de Lionello, tout ce qui lui rappelait «l'autre»; il s'appliquait à ne trouver en lui que l'âme de Grazia. Grazia, plus clairvoyante, ne se faisait aucune illusion sur son fils; et elle ne l'en aimait que davantage.

Cependant, le mal, qui depuis des années couvait chez l'enfant, éclata. La phtisie. Grazia prit la résolution d'aller s'enfermer avec Lionello dans un sanatorium des Alpes. Christophe demanda à l'accompagner. Pour ménager l'opinion, elle l'en dissuada. Il fut peiné de l'importance excessive qu'elle attachait aux conventions.

Elle partit. Elle avait laissé sa fille chez Colette. Elle ne tarda pas à se sentir terriblement isolée, parmi ces malades qui ne parlent que de leur mal, dans cette nature sans pitié, dont le visage impassible se dresse au-dessus des loques humaines. Pour fuir le spectacle déprimant de ces malheureux qui, le crachoir à la main, s'épient les uns les autres et suivent sur le voisin les progrès de la mort, elle quitta le Palace hôpital et elle loua un chalet où elle était seule avec son petit malade. Au lieu d'améliorer, l'altitude aggravait l'état de Lionello. La fièvre était plus forte. Grazia passa des nuits d'angoisses. Christophe en ressentait au loin l'intuition aiguë, quoique son amie ne lui écrivît rien: car elle se raidissait dans sa fierté; elle eût souhaité que Christophe fût là; mais elle lui avait interdit de la suivre; elle ne pouvait consentir à avouer maintenant: «Je suis trop faible, j'ai besoin de vous...»

Un soir qu'elle se tenait sur la galerie du chalet, à cette heure du crépuscule si cruelle pour les cœurs tourmentés, elle vit... elle crut voir sur le sentier qui montait de la station du funiculaire... Un homme marchait, d'un pas précipité; il s'arrêtait, hésitant, le dos un peu voûté. Il leva la tête et regarda le chalet. Elle se jeta à l'intérieur, afin qu'il ne la vît pas; elle comprimait son cœur avec ses mains, et, tout émue, elle riait. Bien qu'elle ne fût guère religieuse, elle se mit à genoux, elle cacha sa figure dans ses bras: elle avait besoin de remercier quelqu'un... Cependant, il n'arrivait pas. Elle retourna à la fenêtre, et regarda, cachée derrière ses rideaux. Il s'était arrêté, adossé à la barrière d'un champ, près de la porte du chalet. Il n'osait pas entrer. Et elle, plus troublée que lui, souriait, et disait tout bas:

—Viens... Viens...

Enfin, il se décida, et sonna. Déjà, elle était à la porte. Elle ouvrit. Il avait les yeux d'un bon chien, qui craint d'être battu. Il dit:

—Je suis venu... Pardon...

Elle lui dit:

—Merci!

Alors, elle lui avoua combien elle l'attendait.

Christophe l'aida à soigner le petit, dont l'état empirait. Il y mit tout son cœur. L'enfant lui témoignait une animosité irritée; il ne prenait plus la peine de la cacher; il trouvait à dire des paroles méchantes. Christophe attribuait tout au mal. Il avait une patience qui ne lui était pas coutumière. Ils passèrent au chevet de l'enfant une suite de jours pénibles, surtout une nuit de crise, au sortir de laquelle Lionello, qui semblait perdu, fut sauvé. Et ce fut alors pour eux un bonheur si pur,—tous deux, veillant le petit malade endormi,—que brusquement elle se leva, elle prit son manteau à capuchon, elle entraîna Christophe au dehors, sur la route, dans la neige, le silence et la nuit, sous les froides étoiles. Appuyée à son bras, aspirant avec enivrement la paix glacée du monde, ils échangeaient à peine quelques syllabes. Nulle allusion à leur amour. Seulement, quand ils rentrèrent, sur le pas de la porte, elle lui dit:

—Mon cher, cher ami!... les yeux illuminés de bonheur pour leur enfant sauvé...

Ce fut tout. Mais ils sentirent que leur lien était devenu sacré.

De retour à Paris après la longue convalescence, installée dans un petit hôtel qu'elle avait loué à Passy, elle ne prit plus aucun soin de «ménager l'opinion»; elle se sentait le courage de la braver, pour son ami. Leur vie était désormais si intimement mêlée qu'elle se fût jugée lâche de cacher l'amitié qui les unissait, au risque—inévitable—que cette amitié fût calomniée. Elle recevait Christophe, à toute heure du jour; elle se montrait avec lui, en promenade, au théâtre; elle lui parlait familièrement devant tous. Personne ne doutait qu'ils ne fussent amants. Colette elle-même trouvait qu'ils s'affichaient trop. Grazia arrêtait les allusions, d'un sourire, et, tranquillement, passait outre.

Pourtant, elle n'avait donné à Christophe aucun droit nouveau sur elle. Ils n'étaient rien qu'amis; il lui parlait toujours avec le même respect affectueux. Mais entre eux, rien n'était caché; ils se consultaient sur tout; et insensiblement, Christophe exerçait dans la maison une sorte d'autorité familiale: Grazia l'écoutait et suivait ses conseils. Depuis l'hiver passé dans le sanatorium, elle n'était plus la même; les inquiétudes et les fatigues avaient éprouvé gravement sa santé, jusque-là robuste. L'âme s'en était ressentie. Malgré quelques retours des caprices d'antan, elle avait un je ne sais quoi de plus sérieux, de plus recueilli, un plus constant désir d'être bonne, de s'instruire et de ne pas faire de peine. Elle était attendrie de l'affection de Christophe, de son désintéressement, de sa pureté de cœur; et elle songeait à lui faire, quelque jour, le grand bonheur qu'il n'osait plus rêver: devenir sa femme.

Jamais il n'en avait reparlé, depuis le refus qu'elle lui avait opposé; il ne se le croyait pas permis. Mais il gardait le regret de l'espoir impossible. Quelque respect qu'il eût pour les paroles de l'amie, la façon désabusée dont elle jugeait le mariage ne l'avait pas convaincu; il persistait à croire que l'union de deux êtres qui s'aiment, d'un amour profond et pieux, est le faîte du bonheur humain.—Ses regrets furent ravivés par la rencontre du vieux ménage Arnaud.

Madame Arnaud avait plus de cinquante ans. Son mari, soixante-cinq ou six. Tous deux paraissaient en avoir beaucoup plus. Lui, s'était épaissi; elle, tout amincie, un peu ratatinée; si fluette autrefois déjà, elle n'était plus qu'un souffle. Ils s'étaient retirés dans une maison de province, après qu'Arnaud eut pris sa retraite. Nul lien ne les rattachait plus au siècle que le journal qui venait, dans la torpeur de la petite ville et de leur vie qui s'endormait, leur apporter l'écho tardif des rumeurs du monde. Ils y lurent, une fois, le nom de Christophe. Madame Arnaud lui écrivit quelques lignes affectueuses, un peu cérémonieuses, pour lui dire la joie qu'ils avaient de sa gloire. Aussitôt, il prit le train, sans s'annoncer.

Il les trouva dans leur jardin, assoupis sous le dais rond d'un frêne, par une chaude après-midi d'été. Ils étaient comme les deux vieux époux de Bœcklin, qui s'endorment sous la tonnelle, la main dans la main. Le soleil, le sommeil, la vieillesse les accablent; ils tombent, ils sont déjà plus qu'à mi-corps enfoncés dans le rêve d'au-delà. Et, dernière lueur de vie, persiste jusqu'au bout leur tendresse, le contact de leurs mains, de la chaleur de leur corps qui s'éteint...—Ils eurent une grande joie de la visite de Christophe, pour tout ce qu'il leur rappelait du passé. Ils causèrent des jours anciens, qui de loin leur semblaient lumineux. Arnaud se complaisait à parler; mais il avait perdu la mémoire des noms. Madame Arnaud les lui soufflait. Elle se taisait volontiers, elle aimait mieux écouter que parler; mais les images d'autrefois s'étaient conservées fraîches, dans son cœur silencieux; par lueurs, elles transparaissaient, comme des cailloux qui brillent dans un ruisseau. Il en était une, que Christophe reconnut dans les yeux qui le regardaient, avec une affectueuse compassion; mais le nom d'Olivier ne fut pas prononcé. Le vieil Arnaud avait pour sa femme des attentions maladroites et touchantes; il était soucieux qu'elle ne prit froid, qu'elle ne prît chaud; il couvait d'un amour inquiet ce cher visage fané, dont le sourire fatigué s'efforçait de le rassurer. Christophe les observait, ému, avec un peu d'envie... Vieillir ensemble. Aimer dans sa compagne jusqu'à l'usure des ans. Se dire: «Ces petits plis, près de l'œil, sur le nez, je les connais, je les ai vus se former, je sais quand ils sont venus. Ces pauvres cheveux gris, ils se sont décolorés, jour par jour, avec moi, un peu par moi, hélas! Ce fin visage s'est gonflé et rougi, à la forge des fatigues et des peines qui nous ont brûlés. Mon âme, que je t'aime mieux encore d'avoir souffert et vieilli avec moi! Chacune de tes rides m'est une musique du passé.»... Charmantes vieilles gens, qui après la longue veille de la vie, côte à côte, vont s'endormir côte à côte dans la paix de la nuit! Leur vue était bienfaisante et douloureuse pour Christophe. Oh! que la vie, que la mort eût été belle, ainsi!

Quand il revit Grazia, il ne put s'empêcher de lui raconter sa visite. Il ne lui dit pas les pensées que cette visite avait éveillées. Mais elle les lut en lui. Il était absorbé, en parlant. Il détournait les yeux; et il se taisait, par moments. Elle le regardait, elle souriait, et le trouble de Christophe se communiquait à elle.

Ce soir-là, quand elle se retrouva seule dans sa chambre, elle resta à rêver. Elle se redisait le récit de Christophe; mais l'image qu'elle voyait au travers n'était pas celle des vieux époux endormis sous le frêne: c'était le rêve timide et ardent de son ami. Et son cœur était plein d'amour. Couchée, la lumière éteinte, elle pensait:

—Oui, c'est une chose absurde, absurde et criminelle, de perdre l'occasion d'un tel bonheur. Quelle joie au monde vaut celle de rendre heureux celui qu'on aime?... Quoi! Est-ce que je l'aime?

 落ち着いて話をすることはあまりできなかった。二人きりのときはごくまれだった。コレットは二人が望む以上に始終そばにいた。彼女はいろんな欠点があるにしてもやはりよい人物で、グラチアとクリストフとを心から好きだった。けれど自分が二人の邪魔になっていようとは思いもつかなかった。彼女は彼女のいわゆるクリストフとグラチアとの艶事つやごとなるものをよく見てとっていた――(彼女の眼はなんでも見てとった。)そして艶事は彼女の畑だったので、非常に面白がった。ますます勢いづけてやりたかった。しかしそれこそ二人が彼女に求めない事柄だった。無関係なことに干渉してもらいたくなかった。彼女が姿を現わすだけで、あるいは控え目な(出すぎた)言葉で二人のいずれかにその愛情を仄ほのめかすだけで、二人は冷やかな様子をして他の事柄を話した。コレットはそういう遠慮のあらゆる理由を捜し回したが、ほんとうの理由には考え及ばなかった。二人にとって幸いなことには、彼女は席にじっとしてることができなかった。行ったり来たりし、室から出たりはいったりして、一時にいろんなことをやりながら家の中の万事を監督していた。そして彼女のいなくなった合い間に、クリストフとグラチアとは、子供だけしかそばにいないので、また無邪気な話を始めるのであった。二人は自分たちを結びつけてる感情のことはけっして話さなかった。日々の些細ささいな出来事を包まず打ち明け合った。グラチアは女らしい興味をもってクリストフの家庭内のことを尋ねた。彼の家の中では万事がうまくいっていなかった。彼はいつも家事女らと諍いさかいばかりしていたし、雇い人らからはたえず瞞だまされ盗まれていた。彼女はそれを面白そうに笑いながら、この大坊っちゃんが実際的能力をあまりもたないのに母親らしい同情を寄せた。ある日、コレットがいつもより長く二人を焦じれさしてからようやく立ち去ると、グラチアは溜ため息をついた。
「まああの女ひとは! 私大好きです……ほんとに人の邪魔ばかりして!」
「私もあの女ひとを好きです、」とクリストフは言った、「あなたがおっしゃるように、好きというのは私たちの邪魔をするという意味になるんでしたら。」
グラチアは笑った。
「まあお聞きなさい、……私に許してくださいますか……(ここでは落ち着いて話をすることはまったくできません)……私に許してくださいますか、一度あなたのところへ伺うのを?」
彼はびっくりした。
「私のところへ! あなたがいらっしゃるんですって!」
「お嫌いやじゃありませんか。」
「嫌ですって! まあとんでもない!」
「では、火曜日はいかがでしょう?」
「火曜でも水曜でも、木曜でも、いつでもおよろしい日に。」
「それでは火曜日の四時ごろ伺います。ようございますか。」
「あなたは親切です、ほんとに親切です。」
「お待ちなさい、条件がありますわ。」
「条件? そんなものが何になりましょう? お望みどおりに私はします。条件があろうとあるまいと、私がなんでもお望みどおりにすることは、御存じじゃありませんか。」
「私は条件をつけるほうが好きですから。」
「ではその条件を承知しました。」
「まだどんな条件だか御存じないじゃありませんか。」
「そんなことは構いません。承知しました。なんでもお望みどおりです。」
「まあお聞きなさい。頑固がんこな方ですこと!」
「ではおっしゃってごらんなさい。」
「それはね、今からその時まで、あなたの部屋へやの中の様子を少しも変えないということです――少しもですよ。何もかもそっくり元のままにしておくことです。」
クリストフは茫然ぼうぜんたる顔つきをし、狼狽ろうばいした様子をした。
「ああ、とんでもないことです。」
彼女は笑った。
「それごらんなさい、あまり早くお約束なさるからですよ。でもあなたは御承知なさいましたね。」
「しかしどうしてそんなことをお望みですか。」
「私をお待ち受けなさらないで、毎日していらっしゃるとおりの御様子を、拝見したいからですわ。」
「ついては、あなたも私に許してくださいますか……。」
「いえ、何にも。何にもお許ししません。」
「せめて……。」
「いえ、いえ。何にも聞きたくありません。もしなんなら、御宅へ伺わないことにしましょう……。」
「あなたが来てさえくだされば、私はなんでも承諾することを御存じじゃありませんか。」
「では御承知なさいますね。」
「ええ。」
「確かですか。」
「ええ。あなたは暴君です。」
「よい暴君でしょう?」
「よい暴君なんてものがあるものですか。人に好かれる暴君ときらわれる暴君とがあるきりです。」
「そして私はその両方でしょう、そうじゃありませんか。」
「いいえ、あなたは好かれるほうの暴君です。」
「不面目ふめんぼくなことですこと。」
約束の日に、彼女はやって来た。クリストフは節義を重んじて、散らかってる部屋の中の紙一枚をも片付けていなかった。片付けたら体面を汚すような気がした。しかし彼は心苦しかった。彼女がどう思うだろうかと考えると恥ずかしかった。いらいらしながら彼女を待った。彼女は正確にやって来て、約束の時間から四、五分しか遅れなかった。彼女はしっかりした小刻みな足で階段を上ってきた。そして呼鈴を鳴らした。彼は扉とびらのすぐ後ろにいて、それを開いた。彼女の身装みなりは簡素な上品さをそなえていた。彼は彼女の落ち着いた眼をそのヴェール越しに見てとった。二人は握手しながら小声で挨拶あいさつをした。彼女はいつもより黙りがちだった。彼は無器用でまた感動していて、心乱れを示さないようにと黙っていた。彼は彼女を室の中へはいらせたが、散らかってることを弁解するために用意しておいた言葉も口に出せなかった。彼女はいちばんりっぱな椅子いすにすわり、彼はその横のほうにすわった。
「これが私の書斎です。」
それだけを彼はようやく言うことができた。
沈黙がつづいた。彼女は温良な微笑を浮かべながら、ゆっくりと室の中をながめ回した。彼女もやはり多少心乱れていた。(彼女があとで話したところによると、彼女は子供のころ彼のところへやって来ようと考えたことがあった。しかし中にはいろうとするときになって怖気おじけがさしたのだった。)彼女は部屋の寂しい悲しいありさまに心打たれた。狭い薄暗い控え室、安楽さがまったく欠けてること、眼に見えて貧しげなこと、などは彼女の心をしめつけた。たいへん働き苦労しながら、有名になっていながら、まだ物質的困窮の煩いから脱し得ないでいるこの老友にたいして、彼女はやさしい憐あわれみの念でいっぱいになった。そしてまた同時に、一つの敷物も画面も美術品も肱掛ひじかけ椅子もないこの無装飾な室が示してるとおり、彼が生活の安楽ということにたいしてまったく無頓着むとんじゃくなのを、彼女は面白がった。家具としてはただ、一つのテーブルと三つの堅い椅子と一つのピアノとだけだった。そして数冊の書物に交じって、紙片が至る所に散らかっていた、テーブルの上にも、テーブルの下にも、床ゆかの上にも、ピアノの上にも、椅子の上にも――(彼がいかに真面目まじめに約束を守ったかを見て、彼女は微笑ほほえんだ。)
少したって彼女は尋ねた。
「ここですか――(と自分の座席をさし示しながら)――あなたがお仕事をなさるのは?」
「いいえ、」と彼は言った、「あすこです。」
彼は室のもっとも薄暗い片隅かたすみと明るみのほうに背を向けている低い椅子とをさし示した。彼女は一言もいわずにそこへ行っておとなしく腰をおろした。二人はしばらく黙り込んで、どう言ってよいかわからなかった。彼は立ち上がってピアノのところへ行った。三十分間ばかり即興演奏を試みた。愛する女に取り巻かれてる心地がして、限りないうれしさが胸いっぱいになった。眼を閉じて霊妙な曲をひきだした。そのとき彼女は、神々こうごうしい諧調かいちょうに包まれてるその室の美を悟った。彼女は彼の愛しまた苦しんでる心を、あたかもそれが自分の胸の中に鼓動してるかのように聞きとった。
彼は和声ハーモニーをひき終えてから、なおしばらくピアノの前にじっとしていた。それから、泣いてる彼女の息づかいを聞いて振り向いた。彼女は彼のところへ寄って来た。
「ありがとう。」と彼女は彼の手を取りながらつぶやいた。
彼女の口は少し震えていた。彼女は眼を閉じた。彼も同じく眼を閉じた。二人は手を取り合ってしばらくそのままでいた。時の歩みも止まった……。
彼女は眼を開いた。感動から脱しようとして尋ねた。
「ほかのところをも見せてくださいませんか。」
彼も激情からのがれるのを喜んで、隣室の扉とびらを開いた。しかしすぐに恥ずかしくなった。そこには狭い堅い鉄の寝台が一つあった。
――(あとになって、自分の家に情婦を引き入れたことなんかないと彼がグラチアに打ち明けたとき、彼女はひやかすような様子で言った。
「そうでしょうとも。女のほうにたいへんな勇気がいるでしょうから。」
「なぜですか。」
「あなたの寝台で眠るには。」)――
そこにはまた、田舎いなか風の箪笥たんすが一つあり、ベートーヴェンの鋳物の頭像が壁にかかってい、寝台のそばの安物の額縁に、母親とオリヴィエとの写真が入れてあった。箪笥の上にはも一つ写真があった。それは十五歳のおりのグラチアの写真だった。ローマで彼女の家の写真帳の中に見つけて、盗んできたものだった。彼はそれを自白しながら許しを求めた。彼女は写真の姿をながめて言った。
「あなたはあれを私だとおわかりになりますか。」
「わかります。よく覚えています。」
「今の私とどちらがお好きですか。」
「あなたはいつでも同じです。私はあなたをいつまでも同じように好きです。どんなものでもあなたを見てとることができます。ごく小さなときの写真ででも見てとることができます。この幼い姿の中にもあなたの魂をすっかり感じて、私がどんな感じに打たれてるか、あなたは御存じありますまい。あなたが永久に変わらないことを、これほどよく私に知らしてくれるものはありません。私があなたを愛しているのは、あなたの生まれない前からです、そしてずっと……後まで……。」
彼は口をつぐんだ。彼女は情愛をそそられて返辞ができなかった。書斎にもどってきて、雀すずめがさえずってる親しみ深い小さな木を、彼から窓の前にさし示されたとき、彼女は言った。
「これからどうするかおわかりになりまして? おやつをいただくんですよ。私はお茶とお菓子とをもってきました。そんなものはあなたのところにないだろうと思ったものですから。それからまだ他にもって来たものがありますよ。あなたの外套がいとうをかしてくださいね。」
「私の外套をですか。」
「ええ、ええ、かしてください。」
彼女は袋から針と糸を取り出した。
「なんですって、あなたは……?」
「先日私が危あぶないと思ったボタンが二つありましたわ。今日はどうなっていますかしら?」
「なるほど、私はまだそれを付け直そうとも思わなかったんです。嫌いやな仕事なものですから。」
「お気の毒にね! かしてくださいよ。」
「恥ずかしい気がします。」
「お茶の用意をしてくださいよ。」
彼は彼女に一瞬間も無駄むだにさせまいと思って、湯沸かしとアルコールランプとを室の中に運んできた。彼女はボタンを縫いつけながら、彼の無器用な仕事を意地悪く横目でながめていた。二人は罅ひびのはいった茶碗わんでお茶を飲んだ。彼女はひどい茶碗だとは思ったが容赦してやった。しかしそれはオリヴィエとの共同生活の名残りだったので、彼はむきになって大事にしていた。
彼女が帰って行こうとするときに、彼は尋ねた。
「あなたは私を嫌いやに思ってはいられませんか。」
「なんで?」
「こんなに散らかっていますから。」
彼女は笑った。
「これからは片付けることにします。」
彼女が出口へ行って扉とびらを開きかけようとしたとき、彼はその前にひざまずいて、彼女の足先に唇くちびるをあてた。
「何をなさるんです?」と彼女は言った。「気違いね、かわいい気違いさん! さようなら。」

彼女は毎週きまった日にやって来ることとなった。もう突飛な真似まねをしないということ、もうひざまずいたり足に接吻せっぷんしたりしないということを、彼に約束さしておいた。いかにもやさしい静安さが彼女から発していて、クリストフは気分の荒立っているときでさえ、それにしみじみと浸された。そして彼は一人でいると、しばしば熱烈な情欲で彼女のことを考えたけれど、二人いっしょになると、いつも仲のよい友だちという調子になった。彼女を不安ならしむるような言葉も身振りも、かつて一つとして彼からもらされはしなかった。
クリストフの祝い日には、彼女は昔初めて彼と出会ったときの自分の姿どおりに娘を装わせた。そしてクリストフが昔彼女に繰り返さしたあの楽曲を、娘に演奏さした。
そういう優雅さ、そういう情愛、そういうやさしい友情には、それと矛盾する感情も交じっていた。彼女は軽佻けいちょうであり、社交を好み、馬鹿な連中からでも追従ついしょうされると喜んでいた。彼女はかなり婀娜あだっぽかった、クリストフを相手のときは別だったが――しかし時にはクリストフを相手のときにも。彼が彼女にたいしてごくやさしいときには、彼女は好んで冷淡に控え目にした。しかし彼が冷淡で控え目なときには、彼女はやさしくなって彼の情愛をそそるような態度をとった。彼女はもっとも誠直な女だった。しかしもっとも誠直な女のうちにも、時とすると小娘の性質が現われてくるものである。彼女はほどよく人をあしらうことを心がけ、慣習に従うことを心がけていた。音楽にたいする天分が豊かであって、クリストフの作品をよく理解していたが、しかし多くの興味を覚えてはしなかった――(彼もそのことをよく知っていた。)――真のラテンの女にとっては、芸術が価値をもってるのは、ただそれが生活に帰着するかぎりにおいてであり、そして生活が愛に帰着するかぎりにおいてである……愛に、うっとりとした逸楽的な肉体の底に醸かもさるる愛に……。北方人が事とする、荒くれた交響曲や、悲壮な瞑想めいそうや、知的な愛情などは、彼女にとってなんの役にたとう? 自分の隠れた欲望がもっともわずかな努力で花を咲かせるような音楽、情熱を疲らせることのない熱烈な生とも言うべき歌劇、感傷的な肉感的なしかも怠惰な芸術、それこそ彼女に必要なものである。
グラチアは意志が弱くて気が変わりやすかった。ときどきしか真面目まじめな勉強にかかり得なかった。気晴らしをせずにはいられなかった。前日言ったことを翌日実行することもめったになかった。児戯に類する仕業しわざや張り合いのない気紛れがあまり多すぎた。女特有の曖昧あいまいな性質が、病的な無分別な性格が、ときおり現われてきた……。彼女はそれを自分でもよく知っていて、そんなときには人から遠ざかろうとした。彼女は自分の弱点をよく知っていた。その弱点のために友の心を苦しめるようになるのに、なぜ自分はもっとよくそれに抵抗しないかとみずから責めた。時とすると、彼に知らせないようにして、ほんとうの献身的な行ないを彼のためにすることもあった。しかし結局のところ天性は彼女自身の力よりも強かった。そのうえ彼女は、クリストフから命令的な様子をされるのを許し得なかった。そして、一、二度、自分の独立を肯定するために、彼の望みに反することをもなした。そのあとで彼女は後悔した。夜になると、彼をもっと楽しくさしてやらないことが心苦しくなった。彼女は実際様子に示すよりもずっと多く彼を愛していた。彼との友誼ゆうぎは自分の生活のもっともよい部分であることを感じていた。ごく性質の異なった二人の者が愛し合うときによく起こるとおり、彼らはいっしょにいないときにもっともよく結ばれていた。実を言えば、たがいによく理解しなかったために二人の運命が別々のものとなったのも、クリストフがすなおに考えているように、その罪は全部クリストフにあるのではなかった。グラチアは昔クリストフをもっとも深く愛していたときでさえ、彼と結婚しただろうか? おそらく自分の一生を彼にささげはしたろう。しかし彼とともに一生暮らすことを承諾したろうか? 彼女は自分の夫を愛してきたこと、いろいろひどい目に会わされたあとの今日でもなお、クリストフにたいするのとは違った愛し方をしてること、それをみずから知っていた(クリストフへは打ち明けることを差し控えていたが)……。それはあまり誇りにはならない、心の秘密であり身体の秘密である。そして自分の親愛な人々に向かっては、自分自身にたいする甘い憐あわれみの念とともにまた彼らにたいする尊敬の念から、人はそれを隠すものである……。クリストフはあまりに男性的だったから、それを察知することができなかった。しかしながら、自分をもっともよく愛してくれてる彼女が、いかに自分に執着してることが少ないかを――そして、人生においてはまったくだれをも当てにできないことを、ちらと感ぜさせらるることがよくあった。それでも彼の愛は変わらなかった。それでも彼はなんらの憂苦をも覚えなかった。グラチアの和気が彼の上にも広がっていた。彼はありのままを受けいれた。おう人生よ、汝なんじが与え得ないものについてなんで汝を非難しようぞ。汝はそのままできわめて美しくきわめて神聖ではないか。汝の微笑を愛さねばならないのだ、ジョコンダよ……。
クリストフは友の美しい顔をしげしげと見守った。そしてそこに過去と未来との多くのものを読みとった。多年の間旅をしてあまり口をきかず多くながめて一人で暮らしてるうちに、観相の術を、長い時代をへてでき上がった豊富複雑な言語を、彼は習得したのだった。それは口に話される言語よりもはるかに複雑なものであって、種族がおのれを表現するのはその言語においてである……。ある顔だちの線とその口に上る言葉との間の不断の対照。たとえばある若い女の横顔は、さっぱりした輪郭をし、やや冷やかでバーン・ジョーンズ式で、悲壮味があり、あるひそかな熱情に、ある嫉妬しっとに、あるシェイクスピア風の苦悶くもんにさいなまれてるかのようである……。しかるに口をきくときには、ちっぽけな中流婦人であり、馬鹿げきった者であり、凡庸な嬌態きょうたいと利己心とを現わし、自分の肉体に印刻されてる恐ろしい力にたいしては、なんらの観念をももっていない。それでも、その情熱は、その暴慢な力は、彼女のうちにある。他日いかなる形でそれが現われるだろうか。辛辣しんらつな利得心か夫婦間の嫉妬かりっぱな精力か、それとも病的な悪意なのか? だれにもわかるものではない。あるいはまた、それは爆発の時が来ない前に、血縁の者へ伝えられてしまうかもしれない。しかしこの成分こそ、宿命のように種族の上を翔かけってるものである。
グラチアもまた、古い家庭の世襲財産のうちでもっとも中途で分散しがたい、そういう混濁した遺産の重荷をもっていた。彼女は少なくともその遺産がどういうものであるかを知っていた。自分の弱点を知っていて、人を結びつけ人を船のように運び去る種族の魂の、支配者とはならないまでも、せめて水先案内者となることは――宿命を自分の道具となして、風に従ってあるいは張りあるいはたたむ帆のように、それを使いこなすことは、一つの大なる力である。グラチアは眼を閉じると覚えのある音色の不安な声を、一つならず自分のうちに聞きとるのだった。しかし彼女の健全な魂の中では、不調和な種々の声音もたがいに融とけ合ってしまっていた。そして彼女のなごやかな理性に制せられて、一つの深い滑なめらかな音楽となっていた。

不幸にも、われわれの血潮のもっともよきものを血縁の者に伝えることは、われわれの思いどおりになるものではない。
グラチアの二人の子供のうちで、女のほうのオーロラは、十一歳になっていたが、母親に似寄っていた。母親ほどきれいではなくて、やや田舎者めいた活気をそなえていた。かすかに跛をひいていた。やさしい快活ないい娘で、すぐれて身体が丈夫で、多くの善意をもち、怠惰の天性を除いては、生まれつきの才能は少なく、何にもしないことが大好きだった。クリストフはこの娘を非常にかわいがった。グラチアと並べて彼女を見ながら、一人の者の両年齢期を、二つの時代を、一時に見てとるという楽しみを味わった……。それは同じ一つの茎から出た二つの花である。レオナルドの聖なる家族、聖母と聖アンナ、同じ微笑の二つの色合いである。一つの女の魂から咲き出た花の全体が、一目で見てとられるのである。そしてそれは美しいとともにまた物悲しい。なぜなら、それが移り過ぎるのが見てとられるから。……熱烈な心をもってる者にとっては、同時に二人の姉妹を、あるいは母と娘とを、熱い清浄な愛で愛するのは、きわめて自然なことである。クリストフは自分の愛する女を、その一連の全種族においても愛したかった。彼女の微笑のおのおのは、その涙のおのおのは、その親愛なる頬の皺しわのおのおのは、それぞれ一つの存在ではなかったろうか。この世の光に彼女が眼を開かない前の一つの生命の、名残りではなかったろうか。やがて彼女の美しい眼が閉じるときに現われて来る一人の者の、告知者ではなかったろうか。
男の子のリオネロは、九歳になっていた。姉よりもずっときれいで、はるかにそしてあまりに繊細すぎる貧血し疲憊ひはいした類型に属していて、父親に似寄っていた。彼は怜悧れいりで、悪い本能に富み、甘ったるい調子で、感情を外に現わさなかった。大きな青い眼、娘のような長い金髪、蒼白あおじろい顔色、弱々しい胸部、病的なほど神経質だった。そして生まれながら役者的才能をもち、とくに人の弱点を見つけるのに不思議なほど巧妙だったので、時とするとその神経質をうまく使っていた。グラチアは彼をことにかわいがっていた。それは弱い子供にたいする母親の自然の偏愛からだった――がまた、善良で誠直な女が善良でもない息子むすこにひかされる情からでもあった(というのは、そういう女がみずから抑圧してきた一部の生活は、そういう息子のうちで慰安されるからである。)それからまた、夫に苦しめられ享楽され、夫をおそらく軽蔑けいべつしたろうがしかもまた愛してきた女の、その夫にたいする追憶の念も加わってくる。それは実に、人の識域下の薄暗いなま温かい温室の中に萌もえ出る、魂の麻酔的な花である。
グラチアは二人の子供に平等に愛情を注ごうと注意していたけれど、オーロラはその愛情の差を感じて、いくらか苦しんでいた。クリストフは彼女の心を察し、彼女はクリストフの心を察していた。そして二人は本能的に接近していった。それに反して、クリストフとリオネロとの間には一つの反感があった。それを子供のほうでは、舌ったるいかわいげな様子を誇張して包み隠していたし、クリストフのほうでは、恥ずべき感情としてみずからしりぞけていた。彼は強しいて自分を押えつけた。愛する女の子としてその子をもつことが非常に楽しいことででもあるかのように、その他人の子をかわいがろうとつとめた。リオネロの悪い性質を、「あの男」を思い出させるようなものを、すべて認めたくなかった。リオネロのうちにグラチアの魂だけを見出そうと骨折った。しかるにグラチアはクリストフよりいっそう明敏だったから、息子の上になんらの幻をもうち立ててはいなかった。そしてはますます息子を愛するばかりだった。

そのうち、数年来リオネロのうちにきざしかけた病気が突然発した。結核病が現われた。グラチアは彼とともにアルプス山中の療養院へ行こうと決心した。クリストフは同行を求めた。彼女は世評を慮おもんぱかってそれを断わった。彼は彼女がひどく因襲を重んじてるのがつらかった。
彼女は出発した。娘はコレットのところに残していった。そして、人間の屑くずどもの上に平然たる顔をそばだててる非情な自然の中にはいり、自分の病苦のことばかり言ってる病人らの間に交わると、彼女はやがて恐ろしく孤独な心地がした。それらの不幸な人々は、手に痰壺たんつぼをもって、たがいに様子を窺うかがいながら、相手のうちに死期の迫るのを見守っていた。そういう悲しい光景をのがれるために、彼女はパラースの病院を去り、小さな山荘を一つ借りて、そこに病気の子供と二人きりで住んだ。リオネロの容態はよくなるどころか、高地のためにかえって重くなった。熱がいっそう高まった。グラチアは心痛のうちに夜々を過ごした。クリストフは彼女からなんらの知らせも受けなかったけれど、鋭くなった直覚力で遠くからそれを感じた。彼女は矜持きょうじのうちに意地張っていた。クリストフにそばにいてもらいたくはあったが、ついて来ることを禁じたあとのことだった。「私はあまり弱っています、あなたに助けてほしゅうございます……。」と今になって白状することもできがたかった。
ある夕方、心痛してる者にとってはいかにもつらい薄暮のころ、彼女が山荘の行廊こうろうに立っていると、眼にはいった……。索条鉄道の停車場から登りになってる小道の上に、それが見えたような気がした……。その人は急ぎ足に歩いてきた。背を少しかがめて躊躇ちゅうちょしながら立ち止まった。ちょっと顔をあげて山荘のほうをながめた。彼女は見られないようにと家の中に駆け込んだ。両手で胸の動悸どうきを押えながら、感動しきって笑みを浮かべた。彼女はほとんど宗教を信じていなかったが、そこにひざまずいて両腕に顔を隠した。何物かに感謝せずにはいられなかった……。それでもまだ彼はやって来なかった。彼女は窓のところへもどって行き、窓掛の後ろに隠れてながめた。彼は山荘の入り口に、畑地の垣根かきねを背にして立ち止まっていた。あえてはいり得ないでいた。彼女は彼よりもいっそう心乱れて、微笑ほほえみながら低く言っていた。
「来てください……来てください……。」
ついに彼は心を決して呼鈴を鳴らした。すでに彼女は戸口に行っていた。彼女は扉とびらを開いた。彼は打たれるのを恐れてる善良な犬のような眼つきをしていた。彼は言った。
「やって来ました……ごめんください……。」
彼女は言った。
「ありがとう。」
そして彼女はどんなに彼を待ってたかを白状した。
クリストフは彼女に手伝って、ますます容態が悪くなってる子供の看病をした。彼はそれに全心を傾けた。子供は彼にたいしていらだった憎しみを示した。もうそれを隠しもしなかった。悪意ある言葉を捜しては言い立てた。しかしクリストフはそれをみな病気のせいだとした。かつて見ないほどの我慢をした。二人は子供の枕頭ちんとうで、苦しい日々を過ごし、ことに険悪な一夜を過ごした。その一夜が明けると、もう駄目だめだと思われてたリオネロは助かった。それは二人にとっては――眠っている子供を夜通し看護していた二人にとっては――いかにも清い幸福だったので、彼女はにわかに立ち上がって、頭巾ずきん付きの外套がいとうを取り上げ、家の外に、道の上に、雲と静寂と夜との中に、冷たい星の下に、クリストフを連れ出した。彼女は彼の腕にもたれて、凍えた世界の平和を夢中になって吸い込んだ。二人はようやく二、三語かわしたのみだった。たがいの愛のことは少しも語らなかった。家にまたはいろうとするとき、入り口の敷居の上で、子供の助かった幸福に眼を輝かしながら、彼女はただこう言った。
「私の大事なあなた!……」
それがすべてだった。しかし二人は自分たちを結びつけてる糸が神聖なものとなってるのを感じた。

リオネロの長い回復期を過ごしてパリーに帰り、パッシーに小さな邸宅を借りて住んでからは、彼女はもう「世評を慮おもんぱかる」だけの注意もしなかった。友のために世評なんか軽蔑けいべつするだけの勇気を身に感じた。あれ以来二人の生活はきわめて親しく融合していたので、彼女は二人を結びつけてる友情を、たとい誹謗ひぼうされる危険を冒しても――そして誹謗されるにきまっていたが――卑怯ひきょうに隠しだてするにも及ばないと考えた。彼女はどんな時間にもクリストフを迎え入れた。クリストフといっしょに散歩にも出れば芝居へも行った。だれの前でも馴なれ馴れしく彼へ話しかけた。それで彼ら二人が情人同志であることを疑う者はなかった。コレットでさえも彼らをあまり見せつけがましいと思った。グラチアはあらゆる揶揄やゆを微笑で押し止めて、平然と超越していた。
それでも彼女は、自分にたいするなんらの新たな権利をもクリストフに与えていなかった。二人はただ友だちにすぎなかった。彼はやはり同じやさしい尊敬の調子で彼女に口をきいた。しかし二人の間には何も隠し隔てがなかった。何事についても相談し合った。そして知らず知らずのうちに、クリストフは家の中で一種の家庭的主権を振るうようになった。グラチアは彼の言うことを聴きき彼の意見に従った。療養院で冬を過ごしてからは、彼女はもう別人のようになっていた。不安と疲労とが、それまで堅固だった彼女の健康をひどく害していた。魂もその影響を受けていた。昔の気紛れがときどき出て来ることもあったが、何かしらずっと真面目まじめになり、ずっと専心的になっていて、善良になり修養をし人を苦しめまいという願望が、ずっと確かになってきた。彼女はクリストフの愛情や無私や純潔な心などに、しみじみと感動させられていた。そしていつかは、彼がもう夢想してもいない大きな幸福を与えてやって、彼の妻となろうと考えていた。
彼は彼女に断わられてからもう二度と結婚のことを口にしなかった。結婚なんかは自分に許されていないと思っていた。しかしその不可能な希望を愛惜する情は消えなかった。彼女の言葉をいかにも尊重してはいたが、結婚というものを批判する彼女の悟り澄ました態度には、やはり賛同できなかった。深い敬虔けいけんな愛で愛し合ってる二人の者の結合は、人間の幸福の絶頂であるということを、彼はなお信じつづけていた。――そして彼の未練の念は、アルノー老夫妻と出会ってさらに新たになった。
アルノー夫人は五十歳を越していた。夫は六十五、六歳になっていた。二人とも年齢よりははるかに老ふけていた。彼は肥満していたし、彼女は痩やせ細って少し皺しわ寄っていた。背からすでに細そりしていた彼女は、もはや息の根ばかりになっていた。夫が職を退いてから、二人は田舎いなかの家に隠退していた。二人を時代に結びつけるものは、配達される新聞ばかりだった。小さな町と眠ってる二人の生活との懶惰らんだの中に、その新聞は世間の雑事の時おくれた反響をもたらしてきた。あるとき彼らは新聞の中でクリストフの名前を見た。アルノー夫人は心こめたやや儀式ばった数行の手紙を書いて、彼の成功を自分たちが喜んでる旨を告げた。彼はその手紙を見るとすぐに、前触れもせずに汽車に乗って出かけた。
彼が着いたとき、彼らは庭に出ていて、夏の暑い午後を、丸傘がさのように茂った秦皮とねりこの下でうつらうつらしていた。手を取り合って青葉棚だなの下で居眠ってるベックリンの老夫婦に似ていた。日光と眠りと老衰とに彼らはうち負けている。もう衰えきってすでに半ば以上永遠の夢の中に没している。そして生命の最後の輝きとして、彼らの愛情が、手と手との接触が、消えゆく身体の温ぬくみが、終わりまで残っている……。――二人はクリストフの訪問を非常に喜んだ。彼によって過去のことをいろいろ思い出したからだった。遠くから見ると光り輝いてるように思われる昔のことを、彼らは話しだした。アルノーは自分から話すのを喜んだ。しかし人の名前を忘れていた。で夫人はそれを言ってやった。彼女は好んで黙っていた。しゃべるよりも聴いてるほうを好んだ。しかし彼女の黙々たる心のうちには、昔のいろんな面影があざやかに残っていた。あたかも小川の中の光った小石のように、それらの面影はちらちらと見え透いていた。クリストフはやさしい同情で自分をながめてる彼女の眼の中に、それらの面影の一つが幾度も映ってくるのを見てとった。しかしオリヴィエという名前は一度も口に上らなかった。アルノー老人は細君にたいして、無器用な痛切な注意を配っていた。彼女が寒気あるいは暑気に中あたりはすまいかと心配していた。その色褪あせた親愛な顔を不安げな愛情で見守っていた。すると彼女は疲れた微笑で彼を安心させようとしていた。クリストフは感動してやや羨うらやましげに二人を観察した……。いっしょに年を取ってゆく。自分の伴侶はんりょのうちに老年の衰えまでも愛する。そしてこう考える。「眼のそばの、鼻の上の、お前のその小さな皺しわを、私はよく知っている。それが刻まれるのを私は見てきた。いつそれができたかを私は知っている。お前のその憐あわれな灰色の髪は、私とともに日に日に色を失ってきた、そして悲しいかな、多少は私のせいで色を失ってきたのだ! お前の貴とうといその顔は、私ども二人を焦燥さした疲労と苦心とのために、ふくらんで赤くなったのである。私の魂よ、私とともに苦しみ年老いてきたお前を、私はどんなにかいっそう愛してることだろう! お前の皺の一つ一つは、私にとっては過去が奏かなでる一つの音楽である。」……相並んで長い間の生を営んできた後、暗黒の平和の中に相並んで眠りに行く、見るも楽しい老人たち! 彼ら二人の様子を見るのは、クリストフにとっては慰安でもあればまた苦痛でもあった。おう、生は、そして死は、こんなだったらいかに美しいことであろう!
彼はつぎにグラチアに会ったとき、その訪問の話をせずにはいられなかった。彼はその訪問によって呼び起こされた考えを彼女に言いはしなかった。しかし彼女は彼のうちにその考えを読みとった。彼は話しながら心を他処よそにしていた。眼をそらしていたし、ときどき口をつぐんだ。彼女は彼をうちながめ、微笑を浮かべていた。そして彼の心乱れは彼女にも伝わっていった。
その晩、彼女は自分の室に一人きりとなったとき、じっと夢想に沈んだ。彼女はクリストフの話をみずから繰り返してみた。しかし彼女がその話を通して見た面影は、秦皮とねりこの木陰に居眠ってる老夫婦のそれではなかった。友の内気な熱烈な夢想であった。そして彼女の心は愛でいっぱいになった。燈火を消して床にはいってから、彼女は考えた。
――そうだ、そんな幸福が得らるる機会をのがすのは、ばかばかしい罪深いことに違いない。自分の愛する人を幸福にしてやる喜びほど、貴い喜びが世にあろうか?……おや、私はあの人を愛しているのかしら?

Elle se tut, écoutant, émue, son cœur qui répondait:

—Je l'aime.

À ce moment, une toux sèche, rauque, précipitée, éclata dans la chambre voisine, où dormaient les enfants. Grazia dressa l'oreille; depuis la maladie du petit, elle était toujours inquiète. Elle l'interrogea. Il ne répondit pas et continua de tousser. Elle sauta du lit, elle vint auprès de lui. Il était irrité, il geignait, il disait qu'il n'était pas bien, et il s'interrompait pour tousser.

—Où as-tu mal?

Il ne répondait pas; il gémissait qu'il avait mal.

—Mon trésor, je t'en prie, dis-moi où tu as mal.

—Je ne sais pas.

—As-tu mal, ici?

—Oui. Non. Je ne sais pas. J'ai mal partout.

Là-dessus, il était pris d'une nouvelle quinte de toux, violente, exagérée. Grazia était effrayée; elle avait le sentiment qu'il se forçait à tousser; mais elle se le reprochait, en voyant le petit, en sueur et haletant. Elle l'embrassait, elle lui disait de tendres paroles, il semblait se calmer; mais aussitôt qu'elle essayait de le quitter, il recommençait à tousser. Elle dut rester à son chevet, grelottante: car il ne permettait même pas qu'elle s'éloignât, pour se vêtir, il voulait qu'elle lui tînt la main; et il ne la lâcha point, jusqu'à ce que le sommeil le prît. Alors, elle se recoucha, glacée, inquiète, harassée. Et il lui fut impossible de retrouver ses rêves.

L'enfant avait un pouvoir singulier de lire dans la pensée de sa mère. On trouve assez souvent—mais à ce degré, rarement,—ce génie instinctif chez des êtres du même sang: à peine ont-ils besoin de se regarder, pour savoir ce que l'autre pense; ils le devinent, à mille indices imperceptibles. Cette disposition naturelle, que fortifie la vie en commun, était aiguisée, chez Lionello, par une méchanceté toujours en éveil. Il avait la clairvoyance que donne le désir de nuire. Il détestait Christophe. Pourquoi? Pourquoi un enfant prend-il en aversion tel ou tel qui ne lui a rien fait? Souvent, c'est le hasard. Il suffit que l'enfant ait commencé, un jour, par se persuader qu'il déteste quelqu'un, pour en prendre l'habitude; et plus on le raisonne, plus il s'obstine; après avoir joué la haine, il finit par haïr vraiment. Mais il est, d'autres fois, des raisons plus profondes qui dépassent l'esprit de l'enfant; il ne les soupçonne pas... Dès les premiers jours qu'il avait vu Christophe, le fils du comte Berény avait senti de l'animosité contre celui que sa mère avait aimé. On eût dit qu'il avait eu l'intuition de l'instant précis où Grazia songea à épouser Christophe. À partir de ce moment, il ne cessa plus de les surveiller. Il était toujours entre eux, il refusait de quitter le salon, lorsque Christophe venait; ou bien il s'arrangeait de façon à faire brusquement irruption dans la pièce où ils se trouvaient ensemble. Bien plus, quand sa mère était seule et pensait à Christophe, il s'asseyait près d'elle; et il l'épiait. Ce regard la gênait, la faisait presque rougir. Elle se levait, pour cacher son trouble.—Il prenait plaisir à dire de Christophe, devant elle, des choses blessantes. Elle le priait de se taire. Il insistait. Et si elle voulait le punir, il menaçait de se rendre malade. C'était une tactique dont il usait, avec succès depuis l'enfance. Tout petit, un jour, qu'on l'avait grondé, il avait inventé, comme vengeance, de se déshabiller et de se coucher nu sur le carreau, afin de prendre un gros rhume.—Une fois que Christophe venait d'apporter une œuvre musicale qu'il avait composée pour la fête de Grazia, Lionello s'empara du manuscrit et le fit disparaître. On en retrouva les lambeaux déchirés, dans un coffre à bois. Grazia perdit patience; elle gronda sévèrement l'enfant. Alors, il pleura, cria, tapa des pieds, se roula par terre; et il eut une crise de nerfs. Grazia, épouvantée, l'embrassa, le supplia, promit tout ce qu'il voulut.

De ce jour, il fut le maître: car il sut qu'il l'était; et, à maintes reprises, il eut recours à l'arme qui lui avait réussi. On ne savait jamais jusqu'à quel point ses crises étaient naturelles, ou simulées. Il ne se contentait plus d'en user par vengeance, quand on le contrariait, mais par pure méchanceté, lorsque sa mère et Christophe avaient le projet de passer la soirée ensemble. Il en vint même à jouer ce jeu dangereux, par désœuvrement, par cabotinage, et afin d'essayer jusqu'où allait son pouvoir. Il était d'une ingéniosité extrême à inventer de bizarres accidents nerveux: tantôt, au milieu d'un dîner, il était pris de tremblements convulsifs, il renversait son verre ou cassait son assiette; tantôt, montant un escalier, sa main s'agrippait à la rampe; ses doigts se crispaient; il prétendait qu'il ne pouvait plus les rouvrir; ou bien, il avait une douleur lancinante au côté, et il se roulait avec des cris; ou bien, il étouffait. Naturellement, il finit par se donner une vraie maladie nerveuse. Mais il n'avait pas perdu sa peine. Christophe et Grazia étaient affolés. La paix de leurs réunions,—ces calmes causeries, ces lectures, cette musique, dont ils se faisaient une fête,—tout cet humble bonheur était désormais ruiné.

De loin en loin, le petit drôle leur laissait quelque répit, soit qu'il fût fatigué de son rôle, soit que sa nature d'enfant le reprît et qu'il pensât à autre chose. (Il était sûr maintenant d'avoir gagné la partie.)

Alors, vite, vite, ils en profitaient. Chaque heure qu'ils dérobaient ainsi leur était d'autant plus précieuse qu'ils n'étaient pas certains d'en jouir jusqu'au bout. Qu'ils se sentaient près l'un de l'autre! Pourquoi ne pouvaient-ils rester toujours ainsi?... Un jour, Grazia elle-même avoua ce regret. Christophe lui saisit la main.

—Oui, pourquoi? demanda-t-il.

—Vous le savez bien, mon ami, dit-elle, avec un sourire navré.

Christophe le savait. Il savait qu'elle sacrifiait leur bonheur à son fils; il savait qu'elle n'était pas dupe des mensonges de Lionello, et pourtant qu'elle l'adorait; il savait l'égoïsme aveugle de ces affections de famille, qui font dépenser aux meilleurs leurs réserves de dévouement, au profit d'êtres mauvais ou médiocres de leur sang: après quoi, il ne leur reste plus rien à donner à ceux qui en seraient les plus dignes, à ceux qu'ils aiment le mieux, mais qui ne sont pas de leur sang. Et bien qu'il s'en irritât, bien qu'il eût envie, par moments, de tuer le petit monstre qui détruisait leur vie, il s'inclinait en silence et comprenait que Grazia ne pouvait agir autrement.

Alors, ils renoncèrent tous deux, sans récriminations inutiles. Mais si l'on pouvait leur voler le bonheur qui leur était dû, rien ne pouvait empêcher leurs cœurs de s'unir. Le renoncement même, le commun sacrifice, les tenaient par des liens plus forts que ceux de la chair. Chacun d'eux tour à tour confiait ses peines à son ami, s'en déchargeait sur lui, et prenait en échange les peines de son ami: ainsi, le chagrin même devenait joie. Christophe appelait Grazia «son confesseur». Il ne lui cachait pas les faiblesses, dont son amour-propre avait à souffrir; il s'en accusait avec une contrition excessive; et elle apaisait en souriant les scrupules de son vieil enfant. Il allait jusqu'à lui avouer sa gêne matérielle. Toutefois, il ne s'y était décidé qu'après qu'il avait été bien entendu entre eux qu'elle ne lui offrirait rien, qu'il n'accepterait d'elle rien. Dernière barrière d'orgueil, qu'il maintint et qu'elle respecta. À défaut du bien-être qu'il lui était interdit de mettre dans la vie de son ami, elle s'ingéniait à y répandre ce qui avait mille fois plus de prix pour lui: sa tendresse. Il en sentait le souffle autour de lui, à toute heure du jour; le matin, il n'ouvrait pas les yeux, il ne les fermait pas, le soir, sans une muette prière d'adoration amoureuse. Et elle, quand elle s'éveillait, ou que la nuit, elle restait, comme souvent, des heures sans dormir, elle songeait:

—Mon ami pense à moi.

Et un grand calme les entourait.

Sa santé s'était altérée. Grazia était constamment alitée, ou devait passer des jours étendue sur une chaise longue. Christophe venait quotidiennement causer, lire avec elle, lui montrer ses compositions nouvelles. Elle se levait alors de sa chaise, elle allait au piano en boitant, avec ses pieds gonflés. Elle lui jouait la musique qu'il avait apportée. C'était la plus grande joie qu'elle pût lui faire. De toutes les élèves qu'il avait formées, elle était, avec Cécile, la mieux douée. Mais la musique, que Cécile sentait d'instinct sans presque la comprendre, était pour Grazia une belle langue harmonieuse dont elle savait le sens. Le démoniaque de la vie et de l'art lui échappait entièrement; elle y versait la clarté de son cœur intelligent. Cette clarté pénétrait le génie de Christophe. Le jeu de sou amie lui faisait mieux comprendre les obscures passions qu'il avait exprimées. Les yeux fermés, il l'écoutait, il la suivait, la tenant par la main, dans le dédale de sa propre pensée. À vivre sa musique au travers de l'âme de Grazia, il épousait cette âme et il la possédait. De ce mystérieux accouplement naissaient des œuvres musicales, qui étaient comme le fruit de leurs êtres mêlés. Il le lui dit, un jour, en lui offrant un recueil de ses compositions, tissées avec sa substance et celle de son amie:

—Nos enfants.

Communion de tous les instants, où ils étaient ensemble et où ils étaient séparés; douceur des soirs passés dans le recueillement de la vieille maison, dont le cadre semblait fait pour l'image de Grazia, et où des domestiques silencieux et cordiaux, qui lui étaient dévoués, reportaient sur Christophe un peu du respectueux attachement qu'ils avaient pour leur maîtresse. Joie d'écouter à deux le chant des heures qui passent, et de voir le flot de la vie s'écouler... La santé chancelante de Grazia jetait sur ce bonheur une ombre d'inquiétude. Mais malgré ses petites infirmités, elle restait si sereine que ses souffrances cachées ne faisaient qu'ajouter à son charme. Elle était «sa chère, souffrante, touchante amie, au lumineux visage». Et il lui écrivait, certains soirs, au sortir de chez elle, quand il avait le cœur gonflé d'amour et ne pouvait attendre au lendemain pour le lui dire:

«Liebe liebe liebe liebe liebe Grazia...»

Cette tranquillité dura plusieurs mois. Ils pensaient qu'elle durerait toujours. L'enfant semblait les avoir oubliés; son attention était distraite. Mais après ce répit, il revint à eux et ne les lâcha plus. Le diabolique petit s'était mis dans la tête de séparer sa mère de Christophe. Il recommença ses comédies. Il n'y apportait pas de plan prémédité. Il suivait, au jour le jour, les caprices de sa méchanceté. Il ne se doutait pas du mal qu'il pouvait faire; il cherchait à se désennuyer, en ennuyant les autres. Il n'eut pas de cesse qu'il n'obtînt de Grazia qu'elle partît de Paris, qu'ils voyageassent au loin. Grazia était sans force pour lui résister. Au reste, les médecins lui conseillaient un séjour en Égypte. Elle devait éviter un nouvel hiver dans un climat du Nord. Trop de choses l'avaient ébranlée: les secousses morales des dernières années, les soucis perpétuels causés par la santé de son fils, les longues incertitudes, la lutte livrée en elle et dont elle ne montrait rien, le chagrin du chagrin qu'elle faisait à son ami. Christophe, pour ne pas ajouter aux tourments qu'il devinait, cachait ceux qu'il avait à voir s'approcher le jour de la séparation; il ne faisait rien pour le retarder; et ils affectaient tous deux un calme qu'ils n'avaient point, mais qu'ils réussissaient à se communiquer l'un à l'autre.

Le jour vint. Un matin de septembre. Ils avaient ensemble quitté Paris, au milieu de juillet, et passé les dernières semaines qui leur restaient, en Engadine, près du pays où ils s'étaient retrouvés, il y avait six ans déjà.

Depuis cinq jours, ils n'avaient pu sortir; la pluie tombait sans relâche; ils étaient restés presque seuls à l'hôtel; la plupart des voyageurs avaient fui. Ce dernier matin, la pluie cessa enfin; mais la montagne restait vêtue de nuages. Les enfants partirent d'abord, avec les domestiques, dans une première voiture. À son tour, elle partit. Il l'accompagna jusqu'à l'endroit où la route descendait en lacets rapides sur la plaine d'Italie. Sous la capote de la voiture, l'humidité les pénétrait. Ils étaient serrés l'un contre l'autre, et ils ne se parlaient pas; ils se regardaient à peine. L'étrange demi-jour demi-nuit qui les enveloppait!... L'haleine de Grazia mouillait d'une buée sa voilette. Il pressait la petite main tiède sous le gant glacé. Leurs visages se joignirent. À travers la voilette humide, il baisa la chère bouche.

Ils étaient arrivés au tournant du chemin. Il descendit. La voiture s'enfonça dans le brouillard. Elle disparut. Il continuait d'entendre le roulement des roues et les sabots du cheval. Les nappes de brumes blanches coulaient sur les prairies. Sous le réseau serré, les arbres transis pleuraient. Pas un souffle. Le brouillard bâillonnait la vie. Christophe s'arrêta, suffoquant... Rien n'est plus. Tout est passé...

Il aspira largement le brouillard. Il reprit son chemin. Rien ne passe, pour qui ne passe point.

 彼女は口をつぐみ感動しながら、心の答えに耳を傾けた。
――私はあの人を愛している。
ちょうどそのとき、かわき嗄しわがれた急な咳せきの音が、子供たちの眠ってる隣室に起こった。グラチアは耳をそばだてた。男の子の病気以来彼女はいつも不安な心地になっていた。彼女は彼に尋ねかけた。彼は返辞もしないで咳をつづけた。彼女は寝床から飛び出して彼のそばへ行った。彼はいらだっていて駄々だだをこね、加減がよくないと言い、言いやめて咳をした。
「どこが悪いの?」
彼は答えなかった。苦しいと呻うめき声を出した。
「いい児こだからね、さあ、どこが悪いかと言ってごらんなさい。」
「わからない」
「ここが苦しいの?」
「ええ、いいえ。わからない。身体じゅうが苦しい。」
そして彼はまた新たに激しく無性に咳せきこんだ。グラチアはびっくりした。彼女はちょっと彼が無理に咳をしてるような気がした。しかし彼が汗を流し息をはずませてるのを見るとみずからそれをとがめた。そして彼を抱擁してやり、やさしい言葉をかけてやった。彼は落ち着いてくるようだった。けれど彼女がそばを離れようとすると、彼はすぐにまた咳を始めた。彼女は震えながら彼の枕頭ちんとうについていなければならなかった。彼は彼女が着物を着に立ち去ることさえ許さなかったし、彼女に手を握っていてもらいたがった。そして寝入るまで彼女を少しも離さなかった。彼が寝入ってから彼女は、凍え慴おびえ疲れはてて床にはいった。そしてふたたび自分の夢想を呼び出すことはできなかった。

この子供は母親の考えを読みとることに不思議な能力をそなえていた。同じ血を分けた人々の間にはそういう本能的な才能がしばしば――しかしこれほどの程度のは珍しいが――見出されるものである。相手の考えてることを知るためには、ほとんどその顔を見るにも及ばない。眼にも止まらぬ多くの兆候で推察してしまう。共同の生活によって強めらるるそういう天性は、リオネロのうちでは、常に働いてる悪意のためにいっそう鋭くなっていた。人を害そこないたい願望から来る明敏さを彼はもっていた。彼はクリストフをきらっていた。なぜだったろうか? いったい子供はなにゆえに、自分に何も悪いことをしない者をも気嫌けぎらいするのか? それは偶然なことが多い。ふとある人をきらってると思い始めただけで、それが習慣となってくる。人から説きさとさるればさとさるるほど、ますます強情になってゆく。初めきらってるふうをしているうちに、ついにはほんとうにきらうようになる。しかしまたある場合には、子供の精神の及ばないいっそう深い理由が存することもある。子供はそれを気づきだにしない……。ベレニー伯爵の息子むすこは初めてクリストフに会ったときから、母が愛したことのあるその男にたいして敵意を感じた。グラチアがクリストフと結婚しようと思い始めたちょうどそのときから、彼は明確な本能の直覚力を得てきたかのようだった。それ以来彼はたえず二人を監視していた。クリストフがやって来るときには、いつも二人の間にいて客間を去りたがらなかった。あるいは二人がいっしょにいる室へ突然闖入ちんにゅうするように振る舞った。それのみならず、母が一人きりでいてクリストフのことを考えてるときには、そのそばにすわって様子を窺うかがっていた。彼女はその眼つきに当惑して、顔を赤めることさえあった。そして自分の心乱れを隠すために立ち上がるのだった。――彼は母の前で、クリストフの悪口を言うのを面白がった。彼女は黙るようにと願った。彼はしつこく言いつづけた。もし彼女から罰せられようとすると、病気になりかかって嚇おどかした。それは彼が幼少なときから用いて成功してる策略だった。ごく幼いころ彼はあるときしかられて、その意趣返しにふと思いついて、ひどい感冒にかかるため、着物をぬいで真裸のまま床ゆかの上に寝たことがあった。――あるとき、クリストフがグラチアの祝い日のためにみずから作った楽曲をもって来ると、子供はその楽譜を奪い取ってなくしてしまった。その引き裂かれた紙片がある木箱の中から出て来た。グラチアは我慢しかねて彼をきびしくしかった。すると彼は泣き叫びじだんだ踏み転ころがり回った。そして神経の発作を起こした。グラチアは狼狽ろうばいして、彼を抱擁し懇願し、なんでも望みどおりにしてやると約束した。
その日から彼は主人公となった。なぜなら自分が主人公であることを知ったから。そして成功しつづける武器の力をしばしばかりた。彼の発作がどの程度まで自然であるかもしくは偽りであるかはまったくわからなかった。彼は自分の気に入らないときに意趣返しとしてその武器を使うばかりでなく、母とクリストフがいっしょに一晩過ごすつもりでいるようなとき、単なる意地悪からそれを使った。そればかりでなく、退屈なために、ふざけるために、またどこまで自分の力が及ぶかを試ためすために、その危険な遊戯をやるようになった。彼は奇怪な神経症状をくふうし出すのにこの上もなく巧みだった。あるいは、食事の最中に痙攣けいれん的な身震いを起こして、コップをひっくり返したり皿さらをこわしたりした。あるいは、階段を上ってるうちに片手が手摺てすりにくっついて離れなかった。指がひきつってしまっていた。もうそれを開くことができないと言い張った。あるいはまた、脇わき腹がきりきり痛むと言って、声をたてながら転げ回った。あるいは、息がつまってしまった。もとよりしまいにはほんとうの神経の病気になった。しかし苦しみ甲斐がいのないことではなかった。クリストフとグラチアとは逆のぼせ上がってしまった。彼らの会合の平和――楽しみにしてる静かな談話や読書や音楽――すべてそのささやかな幸福は、それ以来かき乱されてしまった。
それでもまれには、この小さな悪者も二人に多少の猶予を与えることがあった。自分の役割に倦うみ疲れるせいか、子供心にとらわれて他のことを考えるせいかだったろう。(彼はもう自分のほうが勝利だと確信していた。)
すると、すぐさま二人はその機に乗じた。そういうふうにぬすみ得た時間は、それを最後まで楽しめるかどうかわからなかっただけに、二人にとってはいっそう貴重なものだった。二人はいかに接近し合ってる心地がしたことだろう! どうして二人はいつもそういうふうにしていることができなかったのだろう?……ある日、グラチアみずからその遺憾の念をうち明けた。クリストフは彼女の手を執った。
「そうですね、どうしてでしょうか。」と彼は尋ねた。
「あなたにはよくわかってるじゃありませんか。」と彼女は悲痛な微笑を浮かべて言った。
クリストフはそれを知っていた。彼女が二人の幸福を息子むすこの犠牲にしてることを、知っていた。彼女はリオネロの欺瞞ぎまんに欺かれてはいないが、それでもやはりリオネロを鍾愛しょうあいしてるということを知っていた。そういう家庭的情愛の盲目な利己心を、彼は知っていた。その情愛のために、一家のうちでもっともすぐれた人々は、邪悪なあるいは凡庸な血縁の者のために、献身の全量を使い果たしてしまい、したがって、その献身を受くるにもっともふさわしく、彼らがもっとも愛してはいるが、しかし彼らと同じ血統でない人々に向かっては、もはや与うべきものが何も残らないのである。そしてクリストフは、そのために憤りを感じはしたが、また時としては、二人の生活を破壊してる小さな怪物を殺したくなることもあったが、やはり黙って忍従して、グラチアが他に取るべき道のないことを理解するのだった。
そして彼らは二人とも、無駄な逆らいをせずにあきらめていた。しかし彼らに当然なその幸福を人は盗むことができても、彼らの心が結合するのを何物も妨げることはできなかった。諦あきらめそのものが、共同の犠牲が、肉体の結合よりもいっそう深く二人を結びつけていた。二人はたがいに自分の悩みを相手に打ち明け、それを相手にになわせて、その代わり相手の悩みを身に引き受けていた。かくて苦しみも喜びとなった。クリストフはグラチアを「自分の聴罪師」と呼んでいた。自尊心が傷つけられるような弱点をも彼女には隠さなかった。極度の悔悟の念で弱点を自責した。すると彼女は微笑ほほえみながら、その老お坊っちゃんの謹直な懸念を和らげてくれた。彼は物質上の困窮までも彼女に白状した。けれどそれまでに至るには、彼女は何も提供せず彼は何も受けないということが、二人の間にきめられてからであった。それは彼が維持し彼女が侵さない最後の自尊の垣根かきねだった。彼女は彼の生活に安楽を与えることが禁じられていたから、彼にとってはそれよりはるかに貴重なものを、すなわち彼女の情愛を、彼の生活のうちに広げようとくふうした。そして彼は彼女の情愛の息吹いぶきを、いかなるときにも自分の周囲に感じた。朝に眼を開くときにも、晩に眼を閉じるときにも、彼はかならず恋しい憧憬どうけいの無言の祈りをささげた。そして彼女のほうでは、眼を覚さますとき、またはしばしば夜中に幾時間も眠れないようなとき、いつもこう考えた。
――あの人が私のことを思っていてくれる。
そして二人は大きな静安に取り巻かれていた。

グラチアの健康は衰えていった。彼女は絶えず床についていたり、または幾日も長椅子いすに横たわっていなければならなかった。クリストフは毎日やって来て、話をしたりいっしょに書物を読んだり、あるいは新作の曲を示したりした。彼女は椅子から立ち上がって、脹ふくれた足で跛をひきながらピアノのところへ行き、彼がもって来た曲をひいてやった。それは彼女が彼に与える最上の喜びだった。彼が育て上げたすべての弟子のうちで、彼女はセシルとともにもっとも天分に豊かだった。しかも、セシルがほとんど理解なしにただ本能で感じてる音楽も、グラチアにとっては、意味の明らかな一つの流麗な言語だった。人生および芸術の悪魔趣味は全然彼女にはわからなかった。彼女はそこに自分の聡明そうめいな心の光を注ぎ込んでいた。その光がクリストフの天才中に沁しみ込んでいった。彼女の演奏を聞いて彼は、自分の表現した朦朧もうろうたる熱情をいっそうよく理解した。彼は眼をつぶって彼女の演奏に耳を澄まし、自分の思想の迷宮の中を彼女につかまってあとからついていった。彼女の魂を通して自分の音楽に生きることによって、彼はその魂を娶めとりその魂を所有した。その神秘な結合から、混和した彼ら二人の果実とも言うべき音楽作品が生まれてきた。彼はある日、自分の実質と彼女の実質とで織り出された作曲集を彼女にささげながら、そのことを彼女へ言った。
「私たちの子供です。」
二人いっしょにいても離れていても、常に破れることのない一致同心。古い家の沈静ななかで過ごす宵々よいよいの楽しさ。その古い家では、あたりの様子がグラチアの面影にちょうどふさわしく、またその無口な懇切な召使たちは、彼女にいかにも忠実であって、その女主人にささげてる敬愛を多少、クリストフの上にも移していた。また、過ぎゆく時タイムの歌を二人で聞き、流れ去る生の波を二人で見るの喜び……。そういう幸福の上に、グラチアの健康の衰えは一つの不安な影を投じた。しかし彼女は種々の軽い患わずらいにもかかわらず、非常に晴れ晴れとしていたので、その隠れた病苦もただ彼女の魅力を増すばかりだった。彼女は彼にとって「光り輝いた顔をしてる親愛な病める傷いたましい友」であった。そして彼は、彼女のところからもどってきて、愛情で胸がいっぱいになり、それを彼女に言うのが翌日まで待てないような晩には、彼女に手紙で書き贈った。
――愛いとしき愛しき愛しき愛しきグラチアよ……。
そういう平安が数か月つづいた。二人はそれが永久につづくものだと思っていた。子供は二人のことを忘れてしまってるかのようだった。彼の注意は他にひかれていた。しかしその猶予のあとに、彼はまた二人のほうへもどってきてもう二人から離れなかった。この呪のろうべき子供は母をクリストフから引き離そうと考えていた。彼はまた例の芝居をやり始めた。前もって一定の計画をたてはしなかった。その日その日の意地悪な出来心に従った。そして自分がどんな害悪を行なってるかは少しも知らなかった。他人を困らせながら自分の退屈晴らしをしようとしていた。母がパリーから立ち去ることを、母といっしょに遠くへ旅することを、たえずせがんだ。グラチアは彼に逆らうだけの力がなかった。その上医者たちからはエジプトに行けと勧められていた。北方の気候でこの冬を送ることは避けなければいけなかった。あまりいろんな打撃を受けすぎていた。最近数年間の精神感動、息子むすこの健康状態にたいする絶えざる心配、長い間の不安定な心、少しも外に現わさないでいる内心の戦い、友の心を悲しませてるという悲しみなど。クリストフは彼女が苦しんでるのを察して、その苦しみをさらに募らせないようにと、別離の日が近づくのを見て自分が感じてる苦しみを、彼女には隠しておいた。彼はその日を遅らせようとは少しもしなかった。そして二人はどちらも平静を装った。二人とも平静さをもってはいなかったが、それをたがいに伝えることはできた。
ついにその日が来た。九月のある朝だった。二人は七月の半ばにパリーを発たって、残ってる最後の数週間を、アンガディーヌでいっしょに過ごした。それは二人がめぐり会った場所の近くで、もうあれから六年になるのだった。
五日前から二人は外に出られなかった。雨がしきりなしに降りつづいた。旅館に残ってるのはほとんど彼らきりだった。旅客はたいてい逃げ出してしまっていた。その最後の日の朝になって、雨はようやく降りやんだ。しかし山はまだ雲に包まれていた。子供たちは召使たちといっしょに第一の馬車で先に出かけた。つぎに彼女も出発した。イタリー平野のほうへ羊腸たる急な下り道となってる所まで、彼は見送っていった。馬車の幌ほろの下の二人に湿気が沁しみ通ってきた。二人はたがいにひしと寄り添って黙っていた。ほとんど顔をも見合わさなかった。昼とも夜ともつかない妙な薄ら明かりに、二人は包み込まれていた。グラチアの息はそのヴェールをしっとりと濡ぬらしていた。彼は冷たい手袋の下の温かい小さな彼女の手を握りしめていた。二人の顔はたがいに触れ合った。濡れたヴェール越しに、彼は親愛なその口に接吻せっぷんした。
もう道の曲がり角まで来ていた。彼は馬車から降りた。馬車は霧の中に没していった。彼女の姿は見えなくなった。彼はなお車輪の音と馬の蹄ひづめの音とを聞いていた。白い靄もやが一面に牧場の上を流れていた。凍った樹木の込み合った枝から雫しずくがたれていた。そよとの風もなかった。霧のために生き物の気は搦からめられてしまっていた。クリストフは息がつけなくて立ち止まった……。もう何物もない。すべてが過ぎ去ってしまった……。
彼は霧を深く吸い込んだ。彼はまた道を歩きだした。過ぎ去ることのない者にとっては、何物も過ぎ去りはしないのだ。

第10巻 新しき日 第3部へ続く

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-Jean-Christophe