Les Misérables リーディング

Les Misérables Tome IV : Livre huitième—Les enchantements et les désolations

Chapitre I Pleine lumière

 

Le lecteur a compris qu'Éponine, ayant reconnu à travers la grille l'habitante de cette rue Plumet où Magnon l'avait envoyée, avait commencé par écarter les bandits de la rue Plumet, puis y avait conduit Marius, et qu'après plusieurs jours d'extase devant cette grille, Marius, entraîné par cette force qui pousse le fer vers l'aimant et l'amoureux vers les pierres dont est faite la maison de celle qu'il aime, avait fini par entrer dans le jardin de Cosette comme Roméo dans le jardin de Juliette. Cela même lui avait été plus facile qu'à Roméo; Roméo était obligé d'escalader un mur, Marius n'eut qu'à forcer un peu un des barreaux de la grille décrépite qui vacillait dans son alvéole rouillé, à la manière des dents des vieilles gens. Marius était mince et passa aisément.

Comme il n'y avait jamais personne dans la rue et que d'ailleurs Marius ne pénétrait dans le jardin que la nuit, il ne risquait pas d'être vu.

À partir de cette heure bénie et sainte où un baiser fiança ces deux âmes, Marius vint là tous les soirs. Si, à ce moment de sa vie, Cosette était tombée dans l'amour d'un homme peu scrupuleux et libertin, elle était perdue; car il y a des natures généreuses qui se livrent, et Cosette en était une. Une des magnanimités de la femme, c'est de céder. L'amour, à cette hauteur où il est absolu, se complique d'on ne sait quel céleste aveuglement de la pudeur. Mais que de dangers vous courez, ô nobles âmes! Souvent, vous donnez le cœur, nous prenons le corps. Votre cœur vous reste, et vous le regardez dans l'ombre en frémissant. L'amour n'a point de moyen terme; ou il perd, ou il sauve. Toute la destinée humaine est ce dilemme-là. Ce dilemme, perte ou salut, aucune fatalité ne le pose plus inexorablement que l'amour. L'amour est la vie, s'il n'est pas la mort. Berceau; cercueil aussi. Le même sentiment dit oui et non dans le cœur humain. De toutes les choses que Dieu a faites, le cœur humain est celle qui dégage le plus de lumière, hélas! et le plus de nuit.

Dieu voulut que l'amour que Cosette rencontra fût un de ces amours qui sauvent.

Tant que dura le mois de mai de cette année 1832, il y eut là, toutes les nuits, dans ce pauvre jardin sauvage, sous cette broussaille chaque jour plus odorante et plus épaissie, deux êtres composés de toutes les chastetés et de toutes les innocences, débordant de toutes les félicités du ciel, plus voisins des archanges que des hommes, purs, honnêtes, enivrés, rayonnants, qui resplendissaient l'un pour l'autre dans les ténèbres. Il semblait à Cosette que Marius avait une couronne et à Marius que Cosette avait un nimbe. Ils se touchaient, ils se regardaient, ils se prenaient les mains, ils se serraient l'un contre l'autre; mais il y avait une distance qu'ils ne franchissaient pas. Non qu'ils la respectassent; ils l'ignoraient. Marius sentait une barrière, la pureté de Cosette, et Cosette sentait un appui, la loyauté de Marius. Le premier baiser avait été aussi le dernier. Marius, depuis, n'était pas allé au-delà d'effleurer de ses lèvres la main, ou le fichu, ou une boucle de cheveux de Cosette. Cosette était pour lui un parfum et non une femme. Il la respirait. Elle ne refusait rien et il ne demandait rien. Cosette était heureuse, et Marius était satisfait. Ils vivaient dans ce ravissant état qu'on pourrait appeler l'éblouissement d'une âme par une âme. C'était cet ineffable premier embrassement de deux virginités dans l'idéal. Deux cygnes se rencontrant sur la Jungfrau.

À cette heure-là de l'amour, heure où la volupté se tait absolument sous la toute-puissance de l'extase, Marius, le pur et séraphique Marius, eût été plutôt capable de monter chez une fille publique que de soulever la robe de Cosette à la hauteur de la cheville. Une fois, à un clair de lune, Cosette se pencha pour ramasser quelque chose à terre, son corsage s'entr'ouvrit et laissa voir la naissance de sa gorge, Marius détourna les yeux.

Que se passait-il entre ces deux êtres? Rien. Ils s'adoraient.

La nuit, quand ils étaient là, ce jardin semblait un lieu vivant et sacré. Toutes les fleurs s'ouvraient autour d'eux et leur envoyaient de l'encens; eux, ils ouvraient leurs âmes et les répandaient dans les fleurs. La végétation lascive et vigoureuse tressaillait pleine de sève et d'ivresse autour de ces deux innocents, et ils disaient des paroles d'amour dont les arbres frissonnaient.

Qu'étaient-ce que ces paroles? Des souffles. Rien de plus. Ces souffles suffisaient pour troubler et pour émouvoir toute cette nature. Puissance magique qu'on aurait peine à comprendre si on lisait dans un livre ces causeries faites pour être emportées et dissipées comme des fumées par le vent sous les feuilles. Ôtez à ces murmures de deux amants cette mélodie qui sort de l'âme et qui les accompagne comme une lyre, ce qui reste n'est plus qu'une ombre; vous dites: Quoi! ce n'est que cela! Eh oui, des enfantillages, des redites, des rires pour rien, des inutilités, des niaiseries, tout ce qu'il y a au monde de plus sublime et de plus profond! les seules choses qui vaillent la peine d'être dites et d'être écoutées!

Ces niaiseries-là, ces pauvretés-là, l'homme qui ne les a jamais entendues, l'homme qui ne les a jamais prononcées, est un imbécile et un méchant homme.

Cosette disait à Marius:

—Sais-tu?...

(Dans tout cela, et à travers cette céleste virginité, et sans qu'il fût possible à l'un et à l'autre de dire comment, le tutoiement était venu.)

—Sais-tu? Je m'appelle Euphrasie.

—Euphrasie? Mais non, tu t'appelles Cosette.

—Oh! Cosette est un assez vilain nom qu'on m'a donné comme cela quand j'étais petite. Mais mon vrai nom est Euphrasie. Est-ce que tu n'aimes pas ce nom-là, Euphrasie?

—Si...—Mais Cosette n'est pas vilain.

—Est-ce que tu l'aimes mieux qu'Euphrasie?

—Mais...—oui.

—Alors je l'aime mieux aussi. C'est vrai, c'est joli, Cosette. Appelle-moi Cosette.

Et le sourire qu'elle ajoutait faisait de ce dialogue une idylle digne d'un bois qui serait dans le ciel.

Une autre fois elle le regardait fixement et s'écriait:

—Monsieur, vous êtes beau, vous êtes joli, vous avez de l'esprit, vous n'êtes pas bête du tout, vous êtes bien plus savant que moi, mais je vous défie à ce mot-là: je t'aime!

Et Marius, en plein azur, croyait entendre une strophe chantée par une étoile.

Ou bien, elle lui donnait une petite tape parce qu'il toussait, et elle lui disait:

—Ne toussez pas, monsieur. Je ne veux pas qu'on tousse chez moi sans ma permission. C'est très laid de tousser et de m'inquiéter. Je veux que tu te portes bien, parce que d'abord, moi, si tu ne te portais pas bien, je serais très malheureuse. Qu'est-ce que tu veux que je fasse?

Et cela était tout simplement divin.

Une fois Marius dit à Cosette:

—Figure-toi, j'ai cru un temps que tu t'appelais Ursule.

Ceci les fit rire toute la soirée.

Au milieu d'une autre causerie, il lui arriva de s'écrier:

—Oh! un jour, au Luxembourg, j'ai eu envie d'achever de casser un invalide!

Mais il s'arrêta court et n'alla pas plus loin. Il aurait fallu parler à Cosette de sa jarretière, et cela lui était impossible. Il y avait là un côtoiement inconnu, la chair, devant lequel reculait, avec une sorte d'effroi sacré, cet immense amour innocent.

Marius se figurait la vie avec Cosette comme cela, sans autre chose; venir tous les soirs rue Plumet, déranger le vieux barreau complaisant de la grille du président, s'asseoir coude à coude sur ce banc, regarder à travers les arbres la scintillation de la nuit commençante, faire cohabiter le pli du genou de son pantalon avec l'ampleur de la robe de Cosette, lui caresser l'ongle du pouce, lui dire tu, respirer l'un après l'autre la même fleur, à jamais, indéfiniment. Pendant ce temps-là les nuages passaient au-dessus de leur tête. Chaque fois que le vent souffle, il emporte plus de rêves de l'homme que de nuées du ciel.

Que ce chaste amour presque farouche fût absolument sans galanterie, non.»Faire des compliments» à celle qu'on aime est la première façon de faire des caresses, demi-audace qui s'essaye. Le compliment, c'est quelque chose comme le baiser à travers le voile. La volupté y met sa douce pointe, tout en se cachant. Devant la volupté le cœur recule, pour mieux aimer. Les cajoleries de Marius, toutes saturées de chimère, étaient, pour ainsi dire, azurées. Les oiseaux, quand ils volent là-haut du côté des anges, doivent entendre de ces paroles-là. Il s'y mêlait pourtant la vie, l'humanité, toute la quantité de positif dont Marius était capable. C'était ce qui se dit dans la grotte, prélude de ce qui se dira dans l'alcôve; une effusion lyrique, la strophe et le sonnet mêlés, les gentilles hyperboles du roucoulement, tous les raffinements de l'adoration arrangés en bouquet et exhalant un subtil parfum céleste, un ineffable gazouillement de cœur à cœur.

—Oh! murmurait Marius, que tu es belle! Je n'ose pas te regarder. C'est ce qui fait que je te contemple. Tu es une grâce. Je ne sais pas ce que j'ai. Le bas de ta robe, quand le bout de ton soulier passe, me bouleverse. Et puis quelle lueur enchantée quand ta pensée s'entr'ouvre! Tu parles raison étonnamment. Il me semble par moments que tu es un songe. Parle, je t'écoute, je t'admire. Ô Cosette! comme c'est étrange et charmant! je suis vraiment fou. Vous êtes adorable, mademoiselle. J'étudie tes pieds au microscope et ton âme au télescope.

Et Cosette répondait:

—Je t'aime un peu plus de tout le temps qui s'est écoulé depuis ce matin.

Demandes et réponses allaient comme elles pouvaient dans ce dialogue, tombant toujours d'accord, sur l'amour, comme les figurines de sureau sur le clou.

Toute la personne de Cosette était naïveté, ingénuité, transparence, blancheur, candeur, rayon. On eût pu dire de Cosette qu'elle était claire. Elle faisait à qui la voyait une sensation d'avril et de point du jour. Il y avait de la rosée dans ses yeux. Cosette était une condensation de lumière aurorale en forme de femme.

Il était tout simple que Marius, l'adorant, l'admirât. Mais la vérité est que cette petite pensionnaire, fraîche émoulue du couvent, causait avec une pénétration exquise et disait par moments toutes sortes de paroles vraies et délicates. Son babil était de la conversation. Elle ne se trompait sur rien, et voyait juste. La femme sent et parle avec le tendre instinct du cœur, cette infaillibilité. Personne ne sait comme une femme dire des choses à la fois douces et profondes. La douceur et la profondeur, c'est là toute la femme; c'est là tout le ciel.

En cette pleine félicité, il leur venait à chaque instant des larmes aux yeux. Une bête à bon Dieu écrasée, une plume tombée d'un nid, une branche d'aubépine cassée, les apitoyait, et leur extase, doucement noyée de mélancolie, semblait ne demander pas mieux que de pleurer. Le plus souverain symptôme de l'amour, c'est un attendrissement parfois presque insupportable.

Et, à côté de cela,—toutes ces contradictions sont le jeu d'éclairs de l'amour,—ils riaient volontiers, et avec une liberté ravissante, et si familièrement qu'ils avaient parfois presque l'air de deux garçons. Cependant, l'insu même des cœurs ivres de chasteté, la nature inoubliable est toujours là. Elle est là, avec son but brutal et sublime, et, quelle que soit l'innocence des âmes, on sent, dans le tête-à-tête le plus pudique, l'adorable et mystérieuse nuance qui sépare un couple d'amants d'une paire d'amis.

Ils s'idolâtraient.

Le permanent et l'immuable subsistent. On s'aime, on se sourit, on se rit, on se fait des petites moues avec le bout des lèvres, on s'entrelace les doigts des mains, on se tutoie, et cela n'empêche pas l'éternité. Deux amants se cachent dans le soir, dans le crépuscule, dans l'invisible, avec les oiseaux, avec les roses, ils se fascinent l'un l'autre dans l'ombre avec leurs cœurs qu'ils mettent dans leurs yeux, ils murmurent, ils chuchotent, et pendant ce temps-là d'immenses balancements d'astres emplissent l'infini.

読者のすでに了解するとおり、エポニーヌはマニョンに言いつけられてプリューメ街に行き、そこに住んでる娘を鉄門越しに見て取って、まず盗賊どもをその家から他にそらし、次に、マリユスを連れてきたのであった。そしてマリユスは、その鉄門の前に恍惚こうこつたる数日を過ごした後、鉄が磁石に引かれるような力に導かれ、恋人が愛する女の家に引きつけられるような力に導かれて、ロメオがジュリエットの庭にはいったように(訳者注 セークスピヤの戯曲ロメオとジュリエット)ついにコゼットの庭のうちにはいり込んでしまったのである。しかもそうすることは、ロメオの時よりも彼の時の方が容易であった。ロメオは壁を乗り越えなければならなかったが、マリユスの方は、老人の歯のように錆さびくれた穴の中に揺らいでる古い鉄棒の一本を、少しばかり押し開くだけでよかった。マリユスはやせていて、わけなくそこからはいることができた。
街路にはかつて人もいなかったし、その上マリユスは夜分にしか庭にはいって行かなかったので、人に見られるような危険はなかった。
一つの脣くちづけが二つの魂を結び合わしたあの聖きよい祝福された夜以来、マリユスは毎晩そこにやってきた。もしその頃コゼットが、多少不謹慎なみだらな男に恋したのであったら、彼女は身を滅ぼしたであろう。なぜなら世にはすべてに身を任せる大まかな性質の者がいるもので、コゼットはそのひとりだったのである。女の寛容の一つは、物に従うところにある。絶対の高みにある恋のうちには、一種の潔い貞節の盲目さがはいっている。世の高潔な魂の女らがいかに多くの危険を冒すことか! 彼女らが心を与えるのに男はしばしばその肉体をのみ取る。心は彼女らのもとに残って、彼女らは戦慄しながらそれをやみの中にながめる。恋は中間の道を持たない。身を滅ぼすか救うかいずれかである。すべて人の生涯はそういう両端のうちにはさまれている。そして滅落や至福かの板ばさみは、いかなる場合よりも恋愛において最もよく迫ってくる。愛は死でなければ生である。揺籃ゆりかごか柩ひつぎかである。人の心のうちでは、同一の感情がしかりとも言えば否とも言う。神の手に成るいっさいのもののうちで、人の心は最も多く光輝を放つものであるとともに、また悲しくも最も多く暗黒を出すものである。
コゼットの出会う愛は救済の愛であらんことを神は欲した。
一八三二年五月の毎夜、その荒れはてたわずかな庭のうちに、日ごとにかおりは高まり茂みは深くなるその藪やぶの下に、あらゆる貞節と無垢むくとでできてるふたりの者、天の恵みに満ちあふれ、人間によりも天使に近い、純潔で正直で恍惚こうこつとして光り輝いてるふたりの者が、暗闇くらやみのうちに互いに照らし合っていた。コゼットにとってはマリユスが王冠をいただいてるかと思われ、マリユスにとってはコゼットが円光に包まれてるかと思われた。彼らは互いに相触れ互いに見合わし、互いに手を取り合い、互いに相接していた。しかしそこには彼らが越えることをしない一つの距離があった。それははばかるところあってではなくて、それを知らないからであった。マリユスは一つの障壁すなわちコゼットの純潔を感じており、コゼットは一つの支柱すなわちマリユスの誠実を感じていた。最初の脣くちづけはまた最後のものであった。その後マリユスは脣くちびるを、コゼットの手か襟巻えりまきか髪の毛かより以上のものには触れなかった。彼にとっては、コゼットは一つのかおりであってひとりの女ではなかった。彼は彼女を呼吸していた。彼女は何も拒まず、彼は何も求めなかった。コゼットは幸福であり、マリユスは満足であった。互いに魂と魂とで眩惑げんわくし合うとでも言い得る歓喜の状態に、ふたりは生きていた。それは二つの処女性が理想のうちにおいてなす得えも言えぬ最初の抱擁だった。ユングフラウの頂で相会する二羽の白鳥だった。
恋愛のかかる時期、肉感はすべて心の恍惚こうこつの力の下に屏息へいそくしている時において、天使のごとき純潔なマリユスは、コゼットの裾すそをようやく踝くるぶしのところまでまくることよりも、むしろ売笑婦のもとに通うことの方を容易になし得たろう。ある時、月の光の下で、コゼットが地面に何か拾おうとして身をかがめ、その襟が少し開いて首筋がちらと見えた時、マリユスは目をそらしたのだった。
それらふたりの間には何が起こったか。否何事も。ふたりはただ互いに欽慕きんぼし合ったばかりである。
夜、ふたりがそこにいる時、庭は生きてる神聖なる場所のようになった。あらゆる花は彼らのまわりに開いて香気を送り、彼らはその魂を開いて花の間にひろげた。放逸強健な植物は養液と陶酔とに満たされて無垢むくなふたりのまわりに身を震わし、ふたりは樹木もおののくばかりの愛の言葉を言いかわした。
ふたりの言葉は何であったか。それはただ息吹いぶきであった。それ以上のものではなかった。その息吹だけですべて自然を乱し感動させるに足りた。木の葉の下を吹く風のままに、煙のように吹き去られ散らさるるそれらの睦言むつごとは、書物の中で読んだばかりでは、その魔術的な力を感ずることは難いだろう。ふたりの恋人のささやきから、魂より発して竪琴たてごとのように伴奏する旋律を取り去る時、あとに残るものはもはや一つの影にすぎない。「なんだ、そんなことか!」と人は言うであろう。まさしくそれは小児の言葉であり、幾度もの繰り言であり、ゆえなき笑いであり、無益なものであり、たわけたものであり、しかも世に最も崇高深遠なものである。語られ聞かれるに価する唯一のものである。
それらのたわけた無用な言葉こそ、かつてこれを耳にせず、かつてこれを口にしなかった者は、愚人であり悪念の人であろう。
コゼットはマリユスに言った。
「あなた知っていて?……」
(かかる愛のうちに浸り、その潔きよい処女性を通して、互いにいかなる調子で語っていいかを知らないで、いつとはなくふたりはごくへだてのない口をきくようになっていた。)
「あなた知っていて? 私はウューフラジーというのよ。」
「ウューフラジー? いやコゼットだよ。」
「でもコゼットというのは、私が小さい時に何でもなくつけられたいやな名前なの。本当の名はウューフラジーというのよ。ウューフラジーという名はおいやなの?」
「好き。……でもコゼットというのも悪かない。」
「ウューフラジーよりそれの方がいいの?」
「でも……ええ。」
「では私もその方がいいわ。そうね、コゼットってかわいい名ね。コゼットと言ってちょうだい。」
そして彼女が浮かべたほほえみは、その対話を天の森にもふさわしい牧歌となした。
またある時彼女は、彼をじっとながめて叫んだ。
「あなたはきれいね、美しいのね、才気があって、よく物がわかってて、私よりずっと学問があるのね。でも愛するって方じゃ私あなたに負けないわ。」
マリユスは蒼空あおぞらのうちに漂って、星に歌われる一節を聞くがように思った。
あるいはまた、彼が一つ咳せきをしたというので、彼女は軽くその肩をたたいて言った。
「咳をしてはいけないわ。私の家では私の許しを得ないで咳をすることはなりません。咳をして私に心配させちゃいやよ。私あなたの丈夫な方がいいの。なぜって、あなたが丈夫でないと私はほんとに心配ですもの。あなたが悪かったら私どうしましょう。」
それはただ聖なる言葉であった。
ある時、マリユスはコゼットに言った。
「ねえ、私は前には、あなたの名はユルスュールというのだとばかり思っていた。」
それでふたりは、その晩中笑い通した。
またある時、話の最中に、彼は突然叫び出した。
「ああ、ある日リュクサンブールで、私はひとりの老廃兵を踏みつぶしてやりたいことがあった!」
しかし彼はにわかに言葉を切って、もうその先を言わなかった。先を話せばコゼットに靴下留くつしたどめの一件を言わなければならなかったが、それは彼にはできなかった。まだ知らない方面が、肉体のことがそこにあって、この無垢むくな大なる愛は、一種の神聖な恐れをもってその前から退いた。
マリユスはそのようにしてただコゼットとふたりきりの生活を心にいだいていた。毎晩プリューメ街にやってき、あの法院長の鉄門のおかしな古い鉄棒を押し開き、石の腰掛けの上に相並んですわり、木立ちの間から暮れてゆく夜の微光をながめ、自分のズボンの膝ひざの折り目とコゼットの長衣の広さとを交じえさせ、彼女の親指の爪つめをいじり、彼女にへだてなく呼びかけ、互いに同じ花のかおりを永久に限りなく吸うのである。その間雲はふたりの頭の上を流れていた。そして吹く風も、空の雲より人の夢をより多く運んでいた。
そのほとんど臆病な貞節な愛にも、絶対に媚こびが欠けてるのではなかった。愛する女に「やさしい口をきく」のは、愛撫あいぶの最初の仕方であり、半ば思い切った行ないである。その会釈は、ヴェール越しの脣くちづけにも似たものである。肉感は身を隠しながらそこにやさしい跡を刻む。肉感の前に、心はなお深く愛せんために身を退く。マリユスの追従は、空想にまったく浸されていて、言わば空色に染められたようなものだった。小鳥が天使の方へ高く飛び行く時には、そういう言葉を聞くに違いない。けれどもそれには、生命と、人情と、マリユスのなし得るすべての積極的なこととが含まっていた。それは洞穴どうけつの中で語らるべきものであり、寝所のうちで語らるべきものの序曲だった。叙情的な訴え、歌曲の一節と叙情短詩の交じったもの、鳩はとのやさしい飾り言葉、花束に編まれて美妙な天国のかおりを発する精練された欽慕きんぼの言葉、心より心へ伝える得えも言えぬさえずりであった。
「おおあなたの美しいこと!」とマリユスはささやいた。「私はあなたを目でながめることができない。ただ心でながめてるだけだ。あなたは美の女神だ。私は自分で自分のことがわからない。あなたの長衣の下に、ちょっと靴くつの先が見えるだけでも、私はもう自分をとり失ってしまう。心の中にあることをあなたが少し見せてくれる時、私にはどんなに美しい光がさすことだろう! あなたはほんとにみごとな言葉を言ってくれる。私には時々あなたが夢のように思えることがある。さあ何とか言っておくれよ。私はそれに耳を傾けて、あなたを賛美する。おおコゼット、何と不思議な心楽しいことだろう。私はまったく気も狂いそうだ。あなたは何という尊い人だろう。私はあなたの足を顕微鏡むしめがねで研究し、あなたの魂を望遠鏡とおめがねで研究しているんだよ。」
コゼットは答えた。
「私は今朝けさから一時ひとときごとにつのる思いであなたを愛しているのよ。」
こうした対話の中では、問いと答えとはあちこちに飛び移るが、いつもきまって愛の上に落ちてゆくのであった。あたかも自動人形が盤の中心に落ちてゆくがようなものである。
コゼットの全身は、無邪気と率直と透明と白色と純潔と光輝とであった。彼女は澄みきっているとも言えるほどだった。見る人の心に、四月の感じと曙あけぼのの感じとを与えるのだった。その目の中には露が宿っていた。彼女は曙の光が凝って女の形となってるものであった。
マリユスが彼女を欽慕きんぼし彼女を崇拝したのは、きわめて当然のことだった。しかし実際この修道院の寄宿舎を出たばかりの少女は、ある微妙な洞察力どうさつりょくをもって話をし、時々真実なみごとな言葉を発した。そのむだ口もみなりっぱな会話となっていた。何事にも見当違いはなく、正当な見方をしていた。およそ女は、決して物を誤ることのないやさしい心の本能をもって、感じまた語るものである。いかに女がやさしくまた同時に深遠なことを語るものであるか、それを知る人は少ない。優美と深遠、そこに女の全部があり、そこに天の全部がある。
そういう至福のうちにあって、涙は絶えず彼らふたりの目に上ってきた。踏みつぶされてる一匹の虫、巣から落ちてきた一本の鳥の羽、折れてる野薔薇のばらの一枝、そういうものも彼らの心を動かして、静かにうれいに浸ってる彼らの恍惚こうこつたる感情は、ただ泣くことをのみ求めてるかのようであった。往々にして愛の兆候は、時にはたえ難いほどのやさしい情であることが多い。
そしてまた一方では――すべてこれらの矛盾は愛のひらめきの戯れである――彼らは好んでよく笑い、しかも快い自由さをもって、また時にはほとんど子供になったかと思われるほど親しげに、笑うのであった。けれども、清浄さに酔っている心から気づかれずに、忘るべからざる本性は常にそこにあるものである。本性はその動物的なまた崇高な目的を持ってそこに存している。魂はいかに潔白であろうとも、最も清い交わりのうちにも、恋人同志と朋友ほうゆう同志とを区別する神秘な讃ほむべき色合の差を、人は感ずるものである。
彼らは互いに欽慕きんぼし合った。
恒久にして不変なるものも存在する。互いに愛し、互いにほほえみ、互いに笑い、脣くちびるをちょっとゆがめては互いにすねてみ、手の指を組み合わし、へだてなくささやきかわす。しかもそれは永遠を妨げないのである。ふたりの恋人は、夕暮れのうちに、薄暮のうちに、見えざるもののうちに、小鳥とともに、薔薇とともに身を隠し、目の中に心をこめて影のうちで魅惑し合い、互いにささやきかわし耳語し合う。そしてその間星辰せいしんの広大なるひらめきが無限の空間を満たしている。

 

 

Chapitre II L'étourdissement du bonheur complet

 

Ils existaient vaguement, effarés de bonheur. Ils ne s'apercevaient pas du choléra qui décimait Paris précisément en ce mois-là. Ils s'étaient fait le plus de confidences qu'ils avaient pu, mais cela n'avait pas été bien loin au-delà de leurs noms. Marius avait dit à Cosette qu'il était orphelin, qu'il s'appelait Marius Pontmercy, qu'il était avocat, qu'il vivait d'écrire des choses pour les libraires, que son père était colonel, que c'était un héros, et que lui Marius était brouillé avec son grand-père qui était riche. Il lui avait aussi un peu dit qu'il était baron; mais cela n'avait fait aucun effet à Cosette. Marius baron? elle n'avait pas compris. Elle ne savait pas ce que ce mot voulait dire. Marius était Marius. De son côté elle lui avait confié qu'elle avait été élevée au couvent du Petit-Picpus, que sa mère était morte comme à lui, que son père s'appelait M. Fauchelevent, qu'il était très bon, qu'il donnait beaucoup aux pauvres, mais qu'il était pauvre lui-même, et qu'il se privait de tout en ne la privant de rien.

Chose bizarre, dans l'espèce de symphonie où Marius vivait depuis qu'il voyait Cosette, le passé, même le plus récent, était devenu tellement confus et lointain pour lui que ce que Cosette lui conta le satisfit pleinement. Il ne songea même pas à lui parler de l'aventure nocturne de la masure, des Thénardier, de la brûlure, et de l'étrange attitude et de la singulière fuite de son père. Marius avait momentanément oublié tout cela; il ne savait même pas le soir ce qu'il avait fait le matin, ni où il avait déjeuné, ni qui lui avait parlé; il avait des chants dans l'oreille qui le rendaient sourd à toute autre pensée, il n'existait qu'aux heures où il voyait Cosette. Alors, comme il était dans le ciel, il était tout simple qu'il oubliât la terre. Tous deux portaient avec langueur le poids indéfinissables des voluptés immatérielles. Ainsi vivent ces somnambules qu'on appelle les amoureux.

Hélas! qui n'a éprouvé toutes ces choses? pourquoi vient-il une heure où l'on sort de cet azur, et pourquoi la vie continue-t-elle après?

Aimer remplace presque penser. L'amour est un ardent oubli du reste. Demandez donc de la logique à la passion. Il n'y a pas plus d'enchaînement logique absolu dans le cœur humain qu'il n'y a de figure géométrique parfaite dans la mécanique céleste. Pour Cosette et Marius rien n'existait plus que Marius et Cosette. L'univers autour d'eux était tombé dans un trou. Ils vivaient dans une minute d'or. Il n'y avait rien devant, rien derrière. C'est à peine si Marius songeait que Cosette avait un père. Il y avait dans son cerveau l'effacement de l'éblouissement. De quoi donc parlaient-ils, ces amants? On l'a vu, des fleurs, des hirondelles, du soleil couchant, du lever de la lune, de toutes les choses importantes. Ils s'étaient dit tout, excepté tout. Le tout des amoureux, c'est le rien. Mais le père, les réalités, ce bouge, ces bandits, cette aventure, à quoi bon? et était-il bien sûr que ce cauchemar eût existé? On était deux, on s'adorait, il n'y avait que cela. Toute autre chose n'était pas. Il est probable que cet évanouissement de l'enfer derrière nous est inhérent à l'arrivée au paradis. Est-ce qu'on a vu des démons? est-ce qu'il y en a? est-ce qu'on a tremblé? est-ce qu'on a souffert? On n'en sait plus rien. Une nuée rose est là-dessus.

Donc ces deux êtres vivaient ainsi, très haut, avec toute l'invraisemblance qui est dans la nature; ni au nadir, ni au zénith, entre l'homme et le séraphin, au-dessus de la fange, au-dessous de l'éther, dans le nuage; à peine os et chair, âme et extase de la tête aux pieds; déjà trop sublimés pour marcher à terre, encore trop chargés d'humanité pour disparaître dans le bleu, en suspension comme des atomes qui attendent le précipité; en apparence hors du destin; ignorant cette ornière, hier, aujourd'hui, demain; émerveillés, pâmés, flottants, par moments, assez allégés pour la fuite dans l'infini; presque prêts à l'envolement éternel.

Ils dormaient éveillés dans ce bercement. Ô léthargie splendide du réel accablé d'idéal!

Quelquefois, si belle que fût Cosette, Marius fermait les yeux devant elle. Les yeux fermés, c'est la meilleure manière de regarder l'âme.

Marius et Cosette ne se demandaient pas où cela les conduirait. Ils se regardaient comme arrivés. C'est une étrange prétention des hommes de vouloir que l'amour conduise quelque part.

ふたりは幸福に酔い茫然ぼうぜんとして日を送っていた。ちょうどその月にパリーを荒していたコレラ病にも気を止めなかった。彼らは何事もみな打ち明け合ったが、それも互いの名を知らせ合う程度以上のものではなかった。マリユスはコゼットに語った、自分は孤児であること、マリユス・ポンメルシーという者であること、弁護士であること、本屋のために物を書いて生活してること、父は大佐であり、勇士であったこと、自分は金持ちの祖父と仲を違えたこと。彼はまた自分が男爵であることをもそれとなく語ったが、それはコゼットに何の感じをも与えなかった。男爵マリユス? 彼女は理解しなかった。それが何の意味であるかわからなかった。否マリユスはただマリユスであった。彼女の方でもまた彼に打ち明けた、自分はプティー・ピクプュスの修道院で育てられたこと、自分の方も母が亡ないこと、父はフォーシュルヴァン氏という名であること、父は至って親切で、貧しい人々に多くの施与をしてること、けれども彼自身は貧乏であること、そして娘の自分には少しも不自由をさせないが、彼自身はきわめて乏しい生活をしていること。
マリユスはコゼットに会って以来一種の音楽のうちに浸ったような心地になって、不思議にも、過去のことは、最近の過去のことまでも、遠くおぼろげになってゆき、コゼットが語ったことだけで十分に満足した。それで、あのゴルボー屋敷の夜のでき事、テナルディエ一家のこと、腕の火傷やけどのこと、彼女の父親がとった不思議な態度や怪しい逃走のことなどを、彼女に語ろうとも思わなかった。マリユスは一時それらのことを忘れてしまっていた。夕になると、その朝何をしたか、どこで朝食をすましたか、だれに話しかけられたか、少しも覚えていなかった。耳には楽しい歌声が聞こえて、他のことはいっさいわからなくなり、ただコゼットに会ってる時だけしか生きていないがようだった。コゼットとともにいる時、彼はまったく天のうちにいたので、自然に地上のことは忘れてしまった。彼らはふたりとも、この世を離れた快楽の名状し難い重荷をなよなよしくになっていた。世に恋人と呼ばれる夢遊病者らはかくのごとくして日を過ごすものである。
ああだれかかかることを経験しなかったものがあろうか。なぜにかかる蒼空あおぞらから外に出る時が来るのであろうか。なぜに生命はその後にも続いてゆくのであろうか。
愛はほとんど思索を追い出すものである。愛は他のすべてをまったく忘却させるものである。情熱に論理を求めてみるがいい。天体の運行のうちに完全な幾何学的形状がないとおり、人の心のうちには絶対的な論理の連絡はないものである。コゼットとマリユスとにとっては、もはやマリユスとコゼットとのほかは何物も存在しなかった。周囲の万物はすべて穴の中に没してしまっていた。彼らは光り輝く黄金の瞬間に生きていた。前には何物もなく、後ろにも何物もなかった。コゼットに父親があることをもマリユスはほとんど考えなかった。彼の頭の中では、眩惑げんわくのためにすべてが消されてしまった。それではこのふたりは何のことを語っていたか。それは前に述べたとおり、花のこと、燕つばめのこと、沈みゆく太陽のこと、上り行く月のこと、そういう大事なことばかりだった。彼らはすべてを除いたすべてのことを語り合った。恋人らのすべては無にすぎない。そして、父親のこと、現実のこと、あの陋屋ろうおく、あの盗賊ら、あの事変、それらが何の役に立つか。またその悪夢が実際起こったことであるとどうして確言できよう。彼らはふたりであり、互いに欽慕きんぼし合っており、ただそれだけのことにすぎなかった。その他のことはすべて存在しなかった。そのように背後に地獄が消えゆくことは、おそらく天国に近づくの兆であろう。悪魔の姿を見たか、悪魔が実際にいたか、それに戦慄せんりつしたか、それに苦しんだか、もう何も覚えてはいない。薔薇色ばらいろの雲が上にはたなびいているのである。
かくてふたりの者は、空高く、真実とも思えないもののうちに、日を送っていた。地中でもなく、中天でもなく、人間と天使との間、泥土の上、精気の下、雲の中であった。ほとんど骨と肉とを失い、頭の頂から足の先までただ魂と歓喜とのみであった。地上を歩くにははやあまりに崇高となり、蒼空あおぞらに消え去るにはなおあまりに人間の性を帯び、震盪しんとうを待つ原子のように中間にかかり、見たところ運命の束縛を脱し、昨日と今日と明日との制扼せいやくを知らず、感激し、眩暈げんうんし、浮揚し、時には無限の境に飛び行かんとするほど軽く、ほとんど永遠の飛翔ひしょうを試みんとしてるがようであった。
彼らは、かかる守唄もりうたに揺られながら目を開いたまま眠っていた。理想によって圧倒されたる現実の光輝ある昏睡こんすいであった。
時とすると、コゼットの美しさにもかかわらず、マリユスはその前に目をふさいだ。目をふさぐのは魂をながむる最上の方法である。
マリユスもコゼットも、かくしてついにはどこに導かれんとするかを自ら尋ねなかった。彼らは既に到達したものと自ら思っていた。愛が人をどこかに導かんことを望むのは、人間の愚かなる願いである。

 

 

Chapitre III Commencement d'ombre

 

Jean Valjean, lui, ne se doutait de rien.

Cosette, un peu moins rêveuse que Marius, était gaie, et cela suffisait à Jean Valjean pour être heureux. Les pensées que Cosette avait, ses préoccupations tendres, l'image de Marius qui lui remplissait l'âme, n'ôtaient rien à la pureté incomparable de son beau front chaste et souriant. Elle était dans l'âge où la vierge porte son amour comme l'ange porte son lys. Jean Valjean était donc tranquille. Et puis, quand deux amants s'entendent, cela va toujours très bien, le tiers quelconque qui pourrait troubler leur amour est maintenu dans un parfait aveuglement par un petit nombre de précautions toujours les mêmes pour tous les amoureux. Ainsi jamais d'objections de Cosette à Jean Valjean. Voulait-il promener? Oui, mon petit père. Voulait-il rester? Très bien. Voulait-il passer la soirée près de Cosette? Elle était ravie. Comme il se retirait toujours à dix heures du soir, ces fois-là Marius ne venait au jardin que passé cette heure, lorsqu'il entendait de la rue Cosette ouvrir la porte-fenêtre du perron. Il va sans dire que le jour on ne rencontrait jamais Marius. Jean Valjean ne songeait même plus que Marius existât. Une fois seulement, un matin, il lui arriva de dire à Cosette:—Tiens, comme tu as du blanc derrière le dos! La veille au soir, Marius, dans un transport, avait pressé Cosette contre le mur.

La vieille Toussaint, qui se couchait de bonne heure, ne songeait qu'à dormir une fois sa besogne faite, et ignorait tout comme Jean Valjean.

Jamais Marius ne mettait le pied dans la maison. Quand il était avec Cosette, ils se cachaient dans un enfoncement près du perron afin de ne pouvoir être vus ni entendus de la rue, et s'asseyaient là, se contentant souvent, pour toute conversation, de se presser les mains vingt fois par minute en regardant les branches des arbres. Dans ces instants-là, le tonnerre fût tombé à trente pas d'eux qu'ils ne s'en fussent pas doutés, tant la rêverie de l'un s'absorbait et plongeait profondément dans la rêverie de l'autre.

Puretés limpides. Heures toutes blanches; presque toutes pareilles. Ce genre d'amours-là est une collection de feuilles de lys et de plumes de colombe.

Tout le jardin était entre eux et la rue. Chaque fois que Marius entrait ou sortait, il rajustait soigneusement le barreau de la grille de manière qu'aucun dérangement ne fût visible.

Il s'en allait habituellement vers minuit, et s'en retournait chez Courfeyrac. Courfeyrac disait à Bahorel:

—Croirais-tu? Marius rentre à présent à des une heure du matin!

Bahorel répondait:

—Que veux-tu? il y a toujours un pétard dans un séminariste.

Par moments Courfeyrac croisait les bras, prenait un air sérieux, et disait à Marius:

—Vous vous dérangez, jeune homme!

Courfeyrac, homme pratique, ne prenait pas en bonne part ce reflet d'un paradis invisible sur Marius; il avait peu l'habitude des passions inédites, il s'en impatientait, et il faisait par instants à Marius des sommations de rentrer dans le réel.

Un matin, il lui jeta cette admonition:

—Mon cher, tu me fais l'effet pour le moment d'être situé dans la lune, royaume du rêve, province de l'illusion, capitale Bulle de Savon. Voyons, sois bon enfant, comment s'appelle-t-elle?

Mais rien ne pouvait «faire parler» Marius. On lui eût arraché les ongles plutôt qu'une des trois syllabes sacrées dont se composait ce nom ineffable, Cosette. L'amour vrai est lumineux comme l'aurore et silencieux comme la tombe. Seulement il y avait, pour Courfeyrac, ceci de changé en Marius, qu'il avait une taciturnité rayonnante.

Pendant ce doux mois de mai Marius et Cosette connurent ces immenses bonheurs:

Se quereller et se dire vous, uniquement pour mieux se dire tu ensuite;

Se parler longuement, et dans les plus minutieux détails, de gens qui ne les intéressaient pas le moins du monde; preuve de plus que, dans ce ravissant opéra qu'on appelle l'amour, le libretto n'est presque rien;

Pour Marius, écouter Cosette parler chiffons;

Pour Cosette, écouter Marius parler politique;

Entendre, genou contre genou, rouler les voitures rue de Babylone;

Considérer la même planète dans l'espace ou le même ver luisant dans l'herbe;

Se taire ensemble; douceur plus grande encore que causer;

Etc., etc.

Cependant diverses complications approchaient.

Un soir, Marius s'acheminait au rendez-vous par le boulevard des Invalides; il marchait habituellement le front baissé; comme il allait tourner l'angle de la rue Plumet, il entendit qu'on disait tout près de lui:

—Bonsoir, monsieur Marius.

Il leva la tête, et reconnut Éponine.

Cela lui fit un effet singulier. Il n'avait pas songé une seule fois à cette fille depuis le jour où elle l'avait amené rue Plumet, il ne l'avait point revue, et elle lui était complètement sortie de l'esprit. Il n'avait que des motifs de reconnaissance pour elle, il lui devait son bonheur présent, et pourtant il lui était gênant de la rencontrer.

C'est une erreur de croire que la passion, quand elle est heureuse et pure, conduit l'homme à un état de perfection; elle le conduit simplement, nous l'avons constaté, à un état d'oubli. Dans cette situation, l'homme oublie d'être mauvais, mais il oublie aussi d'être bon. La reconnaissance, le devoir, les souvenirs essentiels et importuns, s'évanouissent. En tout autre temps Marius eût été bien autre pour Éponine. Absorbé par Cosette, il ne s'était même pas clairement rendu compte que cette Éponine s'appelait Éponine Thénardier, et qu'elle portait un nom écrit dans le testament de son père, ce nom pour lequel il se serait, quelques mois auparavant, si ardemment dévoué. Nous montrons Marius tel qu'il était. Son père lui-même disparaissait un peu dans son âme sous la splendeur de son amour.

Il répondit avec quelque embarras:

—Ah! c'est vous, Éponine?

—Pourquoi me dites-vous vous? Est-ce que je vous ai fait quelque chose?

—Non, répondit-il.

Certes, il n'avait rien contre elle. Loin de là. Seulement, il sentait qu'il ne pouvait faire autrement, maintenant qu'il disait tu à Cosette, que de dire vous à Éponine.

Comme il se taisait, elle s'écria:

—Dites donc....

Puis elle s'arrêta. Il semblait que les paroles manquaient à cette créature autrefois si insouciante et si hardie. Elle essaya de sourire et ne put. Elle reprit:

—Eh bien!...

Puis elle se tut encore et resta les yeux baissés.

—Bonsoir, monsieur Marius, dit-elle tout à coup brusquement, et elle s'en alla.

ジャン・ヴァルジャンの方では、何にも気づいていなかった。
コゼットはマリユスほど夢想的ではなくて、いつも快活だった。ジャン・ヴァルジャンを幸福ならしむるにはそれで十分だった。コゼットがいだいていた考え、忘れる暇のない燃ゆる思い、心を満たしてるマリユスの姿、それらも、彼女の美しい潔白なほほえめる額の比類ない純潔さを少しも減じはしなかった。彼女の年齢はちょうど、天使が百合ゆりの花を持つような具合に処女が愛を持つ頃だった。それゆえジャン・ヴァルジャンは安心しきっていた。その上、ふたりの恋人が心を合わしさえすれば、常に何事も都合よくゆくものである。ふたりの愛を乱さんとする第三者は、恋人らがいつもするような少しの注意をさえすれば、まったく何事も知らずにいるものである。コゼットは少しもジャン・ヴァルジャンの意に逆らいはしなかった。散歩にゆこうと言わるれば、「ええお父様」と彼女は答えた。家にいようと言わるれば、「そうしましょう」と彼女は答えた。晩にいっしょにいられると、彼女は喜ばしい顔をした。彼女はいつも晩の十時に自分の室へやに帰ってゆくので、そういう時マリユスは十時すぎでなければ庭にやってこなかった。その時はいつも、コゼットが踏み段の戸を開く音が街路から聞かれるのだった。昼間マリユスがだれからも姿を見られなかったのは、言うまでもないことである。ジャン・ヴァルジャンはもうマリユスのことを頭にも浮かべなかった。ただある朝一度、彼はコゼットにこう言った。「おや、お前の背中に白いものがついているよ。」その前夜マリユスは、夢中になってコゼットを壁の方に押しつけたのだった。
トゥーサン婆さんは、いつも仕事がすめば寝ることしか考えていなく、早くから寝てしまったので、ジャン・ヴァルジャンと同様何事も知らなかった。
マリユスは決して家の中にはいらなかった。コゼットとふたりでいる時、街路から見られもしないように、踏み段のそばの奥まった所に彼らは隠れて、そこに腰をおろし、話をする代わりに、ただ樹木の枝をながめながら、互いに何度も手を握りしめるだけで満足することが多かった。そういう時には、三十歩ばかり向こうに雷が落ちても、彼らは気づかなかったかも知れない。それほど彼らは互いに夢想にふけり、互いに深く夢想のうちに引き入れ合っていた。
澄み切った純潔さ。純白な時間、ほとんど差別ない時間。この種の愛は、百合ゆりの花弁を集め鳩はとの羽を集めたものである。
庭の全部が彼らと街路とをへだてていた。マリユスははいってきたり出て行ったりするたびごとに、鉄門の棒を注意してよく元になおし、動かした跡が少しも見えないようにした。
彼はたいてい十二時ごろ帰ってゆき、クールフェーラックのもとに戻った。クールフェーラックはバオレルに言った。
「おい君、マリユスはこの頃夜の一時ごろ帰ってくるんだぜ。」
バオレルは答えた。
「驚くには及ばないさ。謹厳な者にはどうせ無鉄砲なことがある。」
時々、クールフェーラックは腕を組み、まじめなふうをして、マリユスに言った。
「君は無茶になってるね。」
実際家であるクールフェーラックは、マリユスの上に漂っている目に見えぬ楽園の反映を、よいことには思わなかった。彼は秘めたる恋愛などというものにはなれていなかった。そしてそれをもどかしがって、時々マリユスを現実に引き戻そうとつとめた。
ある朝、彼はマリユスに注意を与えた。
「おい、君のこの頃の様子を見ると、まるで月の世界にでもふみ込んでるようだぜ、夢の王国、幻の国、石鹸玉しゃぼんだまの都にでもね。いったい女の名は何というんだ?」
しかし何と言っても、マリユスに「口を開かせる」ことはできなかった。たとい指の爪つめをぬきとろうとも、コゼットという得も言えぬ名前を組み立ててる神聖な文字の一つをも口外させることはできなかったろう。真の愛は、曙あけぼののごとく光り輝き墳墓のごとく黙々たるものである。クールフェーラックもマリユスの変化のうちにある光輝ある沈黙があることは認めていた。
五月の楽しい一月ひとつきの間、マリユスとコゼットとは次のような限りない幸福を味わった。
あとでいっそうへだてない楽しい言葉を言いかわさんがためにのみ、言葉争いをしたりよそよそしい言葉使いをしたりすること。
最も関係の少ない人々のことを、長くごく細かに語り合うこと。これはまた、愛と呼ばるる楽しい歌劇では筋がごくつまらないものであるという証拠である。
マリユスにとっては、コゼットが化粧品の話をするのに耳を傾けること。
コゼットにとっては、マリユスが政治を語るのに耳を傾けること。
膝ひざと膝とを接してすわりながら、バビローヌ街を行く馬車の音を聞くこと。
大空のうちに同じ星をながめ、または草の中に同じ螢ほたるをながめること。
いっしょに黙っていること。これは語るよりも更に楽しいことである。
その他種々。
そのうちに種々複雑なことが到来してきた。
ある晩、マリユスは会合の場所に行くためにアンヴァリード大通りを通っていた。彼はいつも首垂うなだれて歩くのが癖であった。彼がプリューメ街の角かどを曲がろうとした時、すぐそばに声がした。
「今晩は、マリユスさん。」
頭を上げると、それはエポニーヌであった。
その遭遇は彼に妙な気持ちを与えた。その娘からプリューメ街に連れてこられた日以来、彼は一度も彼女のことを考えたことがなく、姿を見たこともなく、まったく頭の外に追い出してしまっていた。彼女に対して彼はただ感謝のほかはなく、現在の幸福は彼女に負うところのものであった。けれども彼は、今彼女に会って多少の困惑を感じた。
情熱は幸福で純潔である時人を完全な状態に導く、と思うのは誤りである。前に述べたとおり、それは単に人を忘却の状態に導くのみである。そういう境地にある時人は、悪くなることを忘るるがまた善よくなることをも忘るる。感謝や義務など根本の大事な記憶さえ皆消え失せてしまう。別の時であったら、エポニーヌに対するマリユスの態度も違っていたであろう。しかし今コゼットのことで心がいっぱいになっていた彼は、このエポニーヌはエポニーヌ・テナルディエという名前であることをもはっきり頭に浮かべなかった。そのテナルディエという名前こそ、父の遺言のうちに書かれていたものであり、数カ月以前であったらそれに対して身をささげることをも辞しなかったであろう。われわれはマリユスのありのままを描いているのである。今や父の姿さえも彼の心のうちでは愛の輝きの下に多少薄らいでいた。
彼は少し当惑したように答えた。
「ああ、あなたですか、エポニーヌ。」
「なぜあなたなんていうの。あたし何か悪いことでもして?」
「いいえ。」と彼は答えた。
確かに彼は何も彼女に含むところはなかった。そんなことはまったくなかった。ただ、コゼットと親しい調子になってる今では、エポニーヌに対してよそよそしい調子を取らざるを得ないような気がしたまでである。
彼が黙っているので、彼女は叫んだ。
「何なの……。」
そして彼女は言葉を切った。以前はあれほどむとんちゃくで厚かましかった彼女も、今は口をききかねてるらしかった。彼女はほほえもうとしたが、それもできなかった。彼女はまた言った。
「なーに?……。」
そう言いかけて彼女はまた口をつぐみ、目を伏せてしまった。
「さようなら、マリユスさん。」とだしぬけに彼女は言って、向こうに立ち去ってしまった。

 

 

Chapitre IV Cab roule en anglais et jappe en argot

 

Le lendemain, c'était le 3 juin, le 3 juin 1832, date qu'il faut indiquer à cause des événements graves qui étaient à cette époque suspendus sur l'horizon de Paris à l'état de nuages chargés, Marius à la nuit tombante suivait le même chemin que la veille avec les mêmes pensées de ravissement dans le cœur, lorsqu'il aperçut, entre les arbres du boulevard, Éponine qui venait à lui. Deux jours de suite, c'était trop. Il se détourna vivement, quitta le boulevard, changea de route, et s'en alla rue Plumet par la rue Monsieur.

Cela fit qu'Éponine le suivit jusqu'à la rue Plumet, chose qu'elle n'avait point faite encore. Elle s'était contentée jusque-là de l'apercevoir à son passage sur le boulevard sans même chercher à le rencontrer. La veille seulement, elle avait essayé de lui parler.

Éponine le suivit donc, sans qu'il s'en doutât. Elle le vit déranger le barreau de la grille, et se glisser dans le jardin.

—Tiens! dit-elle, il entre dans la maison!

Elle s'approcha de la grille, tâta les barreaux l'un après l'autre et reconnut facilement celui que Marius avait dérangé.

Elle murmura à demi-voix, avec un accent lugubre:

—Pas de ça, Lisette!

Elle s'assit sur le soubassement de la grille, tout à côté du barreau, comme si elle le gardait. C'était précisément le point où la grille venait toucher le mur voisin. Il y avait là un angle obscur où Éponine disparaissait entièrement.

Elle demeura ainsi plus d'une heure sans bouger et sans souffler, en proie à ses idées.

Vers dix heures du soir, un des deux ou trois passants de la rue Plumet, vieux bourgeois attardé qui se hâtait dans ce lieu désert et mal famé, côtoyant la grille du jardin, et arrivé à l'angle que la grille faisait avec le mur, entendit une voix sourde et menaçante qui disait:

—Je ne m'étonne plus s'il vient tous les soirs!

Le passant promena ses yeux autour de lui, ne vit personne, n'osa pas regarder dans ce coin noir et eut grand'peur. Il doubla le pas.

Ce passant eut raison de se hâter, car, très peu d'instants après, six hommes qui marchaient séparés et à quelque distance les uns des autres, le long des murs, et qu'on eût pu prendre pour une patrouille grise, entrèrent dans la rue Plumet.

Le premier qui arriva à la grille du jardin s'arrêta, et attendit les autres; une seconde après, ils étaient tous les six réunis.

Ces hommes se mirent à parler à voix basse.

—C'est icicaille, dit l'un d'eux.

—Y a-t-il un cab dans le jardin? demanda un autre.

—Je ne sais pas. En tout cas j'ai levé une boulette que nous lui ferons morfiler.

—As-tu du mastic pour frangir la vanterne?

—Oui.

—La grille est vieille, reprit un cinquième qui avait une voix de ventriloque.

—Tant mieux, dit le second qui avait parlé. Elle ne criblera pas tant sous la bastringue et ne sera pas si dure à faucher.

Le sixième, qui n'avait pas encore ouvert la bouche, se mit à visiter la grille comme avait fait Éponine une heure auparavant, empoignant successivement chaque barreau et les ébranlant avec précaution. Il arriva ainsi au barreau que Marius avait descellé. Comme il allait saisir ce barreau, une main sortant brusquement de l'ombre s'abattit sur son bras, il se sentit vivement repoussé par le milieu de la poitrine, et une voix enrouée lui dit sans crier:

—Il y a un cab.

En même temps il vit une fille pâle debout devant lui.

L'homme eut cette commotion que donne toujours l'inattendu. Il se hérissa hideusement; rien n'est formidable à voir comme les bêtes féroces inquiètes; leur air effrayé est effrayant. Il recula, et bégaya:

—Quelle est cette drôlesse?

—Votre fille.

C'était en effet Éponine qui parlait à Thénardier.

À l'apparition d'Éponine, les cinq autres, c'est-à-dire Claquesous, Gueulemer, Babet, Montparnasse et Brujon, s'étaient approchés sans bruit, sans précipitation, sans dire une parole, avec la lenteur sinistre propre à ces hommes de nuit.

On leur distinguait je ne sais quels hideux outils à la main. Gueulemer tenait une de ces pinces courbes que les rôdeurs appellent fanchons.

—Ah çà, qu'est-ce que tu fais là? qu'est-ce que tu nous veux? es-tu folle? s'écria Thénardier, autant qu'on peut s'écrier en parlant bas. Qu'est-ce que tu viens nous empêcher de travailler?

Éponine se mit à rire et lui sauta au cou.

—Je suis là, mon petit père, parce que je suis là. Est-ce qu'il n'est pas permis de s'asseoir sur les pierres, à présent? C'est vous qui ne devriez pas y être. Qu'est-ce que vous venez y faire, puisque c'est un biscuit? Je l'avais dit à Magnon. Il n'y a rien à faire ici. Mais embrassez-moi donc, mon bon petit père! Comme il y a longtemps que je ne vous ai vu! Vous êtes dehors, donc?

Le Thénardier essaya de se débarrasser des bras d'Éponine et grommela:

—C'est bon. Tu m'as embrassé. Oui, je suis dehors. Je ne suis pas dedans. À présent, va-t'en.

Mais Éponine ne lâchait pas prise et redoublait ses caresses.

—Mon petit père, comment avez-vous donc fait? Il faut que vous ayez bien de l'esprit pour vous être tiré de là.

Contez-moi ça! Et ma mère? où est ma mère? Donnez-moi donc des nouvelles de maman.

Thénardier répondit:

—Elle va bien, je ne sais pas, laisse-moi, je te dis va-t'en.

—Je ne veux pas m'en aller justement, fit Éponine avec une minauderie d'enfant gâté, vous me renvoyez que voilà quatre mois que je ne vous ai vu et que j'ai à peine eu le temps de vous embrasser.

Et elle reprit son père par le cou.

—Ah çà mais, c'est bête! dit Babet.

—Dépêchons! dit Gueulemer, les coqueurs peuvent passer.

La voix de ventriloque scanda ce distique:

Nous n'sommes pas le jour de l'an,
À bécoter papa maman.

Éponine se tourna vers les cinq bandits.

—Tiens, C'est monsieur Brujon.—Bonjour, monsieur Babet. Bonjour, monsieur Claquesous.—Est-ce que vous ne me reconnaissez pas, monsieur Gueulemer?—Comment ça va, Montparnasse?

—Si, on te reconnaît! fit Thénardier. Mais bonjour, bonsoir, au large! laisse-nous tranquilles.

—C'est l'heure des renards, et pas des poules, dit Montparnasse.

—Tu vois bien que nous avons à goupiner icigo, ajouta Babet.

Éponine prit la main de Montparnasse.

—Prends garde! dit-il, tu vas te couper, j'ai un lingre ouvert.

—Mon petit Montparnasse, répondit Éponine très doucement, il faut avoir confiance dans les gens. Je suis la fille de mon père peut-être. Monsieur Babet, monsieur Gueulemer, c'est moi qu'on a chargée d'éclairer l'affaire.

Il est remarquable qu'Éponine ne parlait pas argot. Depuis qu'elle connaissait Marius, cette affreuse langue lui était devenue impossible.

Elle pressa dans sa petite main osseuse et faible comme la main d'un squelette les gros doigts rudes de Gueulemer et continua:

—Vous savez bien que je ne suis pas sotte. Ordinairement on me croit. Je vous ai rendu service dans les occasions. Eh bien, j'ai pris des renseignements, vous vous exposeriez inutilement, voyez-vous. Je vous jure qu'il n'y a rien à faire dans cette maison-ci.

—Il y a des femmes seules, dit Gueulemer.

—Non. Les personnes sont déménagées.

—Les chandelles ne le sont pas, toujours! fit Babet.

Et il montra à Éponine, à travers le haut des arbres, une lumière qui se promenait dans la mansarde du pavillon. C'était Toussaint qui avait veillé pour étendre du linge à sécher.

Éponine tenta un dernier effort.

—Eh bien, dit-elle, c'est du monde très pauvre, et une baraque où ils n'ont pas le sou.

—Va-t'en au diable! cria Thénardier. Quand nous aurons retourné la maison, et que nous aurons mis la cave en haut et le grenier en bas, nous te dirons ce qu'il y a dedans, et si ce sont des balles, des ronds ou des broques.

Et il la poussa pour passer outre.

—Mon bon ami monsieur Montparnasse, dit Éponine, je vous en prie, vous qui êtes bon enfant, n'entrez pas!

—Prends donc garde, tu vas te couper! répliqua Montparnasse.

Thénardier reprit avec l'accent décisif qu'il avait:

—Décampe, la fée, et laisse les hommes faire leurs affaires.

Éponine lâcha la main de Montparnasse qu'elle avait ressaisie, et dit:

—Vous voulez donc entrer dans cette maison?

—Un peu! fit le ventriloque en ricanant.

Alors elle s'adossa à la grille, fit face aux six bandits armés jusqu'aux dents et à qui la nuit donnait des visages de démons, et dit d'une voix ferme et basse:

—Eh bien, moi, je ne veux pas.

Ils s'arrêtèrent stupéfaits. Le ventriloque pourtant acheva son ricanement. Elle reprit:

—Les amis! écoutez bien. Ce n'est pas ça. Maintenant je parle. D'abord, si vous entrez dans ce jardin, si vous touchez à cette grille, je crie, je cogne aux portes, je réveille le monde, je vous fais empoigner tous les six, j'appelle les sergents de ville.

—Elle le ferait, dit Thénardier bas à Brujon et au ventriloque.

Elle secoua la tête et ajouta:

—À commencer par mon père.

Thénardier s'approcha.

—Pas si près, bonhomme! dit-elle.

Il recula en grommelant dans ses dents:—Mais qu'est-ce qu'elle a donc? Et il ajouta:

—Chienne!

Elle se mit à rire d'une façon terrible.

—Comme vous voudrez, vous n'entrerez pas. Je ne suis pas la fille au chien, puisque je suis la fille au loup. Vous êtes six, qu'est-ce que cela me fait? Vous êtes des hommes. Eh bien, je suis une femme. Vous ne me faites pas peur, allez. Je vous dis que vous n'entrerez pas dans cette maison, parce que cela ne me plaît pas. Si vous approchez, j'aboie. Je vous l'ai dit, le cab c'est moi. Je me fiche pas mal de vous. Passez votre chemin, vous m'ennuyez! Allez où vous voudrez, mais ne venez pas ici, je vous le défends! Vous à coups de couteau, moi à coups de savate, ça m'est égal, avancez donc!

Elle fit un pas vers les bandits, elle était effrayante, elle se remit à rire.

—Pardine! je n'ai pas peur. Cet été, j'aurai faim, cet hiver, j'aurai froid. Sont-ils farces, ces bêtas d'hommes de croire qu'ils font peur à une fille! De quoi! peur? Ah ouiche, joliment! Parce que vous avez des chipies de maîtresses qui se cachent sous le lit quand vous faites la grosse voix, voilà-t-il pas. Moi je n'ai peur de rien!

Elle appuya sur Thénardier son regard fixe, et dit:

—Pas même de vous, mon père!

Puis elle poursuivit en promenant sur les bandits ses sanglantes prunelles de spectre:

—Qu'est-ce que ça me fait à moi qu'on me ramasse demain rue Plumet sur le pavé, tuée à coups de surin par mon père, ou bien qu'on me trouve dans un an dans les filets de Saint-Cloud ou à l'île des Cygnes au milieu des vieux bouchons pourris et des chiens noyés!

Force lui fut de s'interrompre, une toux sèche la prit, son souffle sortait comme un râle de sa poitrine étroite et débile.

Elle reprit:

—Je n'ai qu'à crier, on vient, patatras. Vous êtes six; moi je suis tout le monde.

Thénardier fit un mouvement vers elle.

—Prochez pas cria-t-elle.

Il s'arrêta, et lui dit avec douceur:

—Eh bien non. Je n'approcherai pas, mais ne parle pas si haut. Ma fille, tu veux donc nous empêcher de travailler? Il faut pourtant que nous gagnions notre vie. Tu n'as donc plus d'amitié pour ton père?

—Vous m'embêtez, dit Éponine.

—Il faut pourtant que nous vivions, que nous mangions....

—Crevez.

Cela dit, elle s'assit sur le soubassement de la grille en chantonnant:

Mon bras si dodu,
Ma jambe bien faite,
Et le temps perdu.

Elle avait le coude sur le genou et le menton dans sa main, et elle balançait son pied d'un air d'indifférence. Sa robe trouée laissait voir ses clavicules maigres. Le réverbère voisin éclairait son profil et son attitude. On ne pouvait rien voir de plus résolu et de plus surprenant.

Les six escarpes, interdits et sombres d'être tenus en échec par une fille, allèrent sous l'ombre portée de la lanterne et tinrent conseil avec des haussements d'épaule humiliés et furieux.

Elle cependant les regardait d'un air paisible et farouche.

—Elle a quelque chose, dit Babet. Une raison. Est-ce qu'elle est amoureuse du cab? C'est pourtant dommage de manquer ça. Deux femmes, un vieux qui loge dans une arrière-cour; il y a des rideaux pas mal aux fenêtres. Le vieux doit être un guinal. Je crois l'affaire bonne.

—Eh bien, entrez, vous autres, s'écria Montparnasse. Faites l'affaire. Je resterai là avec la fille, et si elle bronche....

Il fit reluire au réverbère le couteau qu'il tenait ouvert dans sa manche.

Thénardier ne disait mot et semblait prêt à ce qu'on voudrait.

Brujon, qui était un peu oracle et qui avait, comme on sait, «donné l'affaire», n'avait pas encore parlé. Il paraissait pensif. Il passait pour ne reculer devant rien, et l'on savait qu'il avait un jour dévalisé, rien que par bravade, un poste de sergents de ville. En outre il faisait des vers et des chansons, ce qui lui donnait une grande autorité.

Babet le questionna.

—Tu ne dis rien, Brujon?

Brujon resta encore un instant silencieux, puis il hocha la tête de plusieurs façons variées, et se décida enfin à élever la voix.

—Voici: j'ai rencontré ce matin deux moineaux qui se battaient; ce soir, je me cogne à une femme qui querelle. Tout ça est mauvais. Allons-nous-en.

Ils s'en allèrent.

Tout en s'en allant, Montparnasse murmura:

—C'est égal, si on avait voulu, j'aurais donné le coup de pouce.

Babet lui répondit:

—Moi pas. Je ne tape pas une dame.

Au coin de la rue, ils s'arrêtèrent et échangèrent à voix sourde ce dialogue énigmatique:

—Où irons-nous coucher ce soir?

—Sous Pantin.

—As-tu sur toi la clef de la grille, Thénardier?

—Pardi.

Éponine, qui ne les quittait pas des yeux, les vit reprendre le chemin par où ils étaient venus. Elle se leva et se mit à ramper derrière eux le long des murailles et des maisons. Elle les suivit ainsi jusqu'au boulevard. Là, ils se séparèrent, et elle vit ces six hommes s'enfoncer dans l'obscurité où ils semblèrent fondre.

 

その翌日の六月三日、重大なる事変が電気を含んだ暗雲の状態になってパリーの地平線にかかっていたために記憶すべき一八三二年の六月三日、マリユスは夜になる頃、心にいつもの楽しい考えをいだいて、前日と同じ道をたどっていた。その時彼は、大通りの並み木の間に、こちらへやって来るエポニーヌの姿を認めた。二日続くとはあまりのことであった。彼は急いで横にはずれ、大通りを去り、道筋を変えて、ムッシュー街からプリューメ街へ行った。
そのためにかえってエポニーヌはいつになく、彼の跡をつけてプリューメ街までついてきた。これまで彼女は大通りでマリユスが通るのを見かけるだけで満足し、彼の前に出ようともしなかった。ただ前日始めて、彼女はあえて彼に言葉をかけたのだった。
エポニーヌはマリユスに気づかれないように跡をつけていった。彼女は彼が鉄門の棒を動かして庭にはいり込むのを見た。
「おや、」と彼女は言った、「家の中にはいって行った!」
彼女は鉄門に近寄り、一つ一つその鉄棒にさわってみて、マリユスが動かした棒をすぐに見つけた。
彼女は陰気な調子で低くつぶやいた。
「いけない!」
彼女はその鉄棒の横の台石の上に、番でもするように腰をおろした。それはちょうど鉄門が横の壁と接してる所だった。暗いすみになっていて、エポニーヌの姿はすっかり隠れてしまった。
彼女はそのまま一時間以上も、身動きもせず息を潜めて、思案にくれていた。
夜の十時ごろ、プリューメ街を通った二、三の通行人のうち、帰りおくれたひとりの老人が、その恐ろしい評判のある寂しい場所にさしかかって、足を早めながら庭の鉄門に沿い、銑門と壁とが接してるすみの所まで来ると、気味悪い低い一つの声を聞いた。
「あの人が毎晩きたって別に不思議はない。」
通行人はあたりを見回したが、人の姿は見えないし、またその暗いすみをのぞく勇気はなく、ただ非常な恐怖に襲われた。そして足を早めた。
この通行人が足を早めたのはいいことだった。それから間もなく、六人の男が、別々に少し間をおいて、壁に沿って進んでき、密行の巡邏じゅんらのようなふうで、プリューメ街にはいってきた。
庭の鉄門の所までやってきた第一の男は、そこに足を止めて他の者を待った。それからすぐに六人ともいっしょになった。
彼らは低い声で隠語を話し始めた。(訳者注 以下彼らの言葉は隠語を交じえたるものと想像していただきたい)
「ここだ。」とひとりは言った。
「庭に犬がいるか。」ともひとりが尋ねた。
「知らねえ。だがとにかく食わせる団子は持ってきた。」
「窓を破るパテはあるか。」(窓ガラスにパテをつけて、ガラスの破片が落ちて音を立てるのを防ぐのだ)
「ある。」
「鉄門は古いぜ。」と五番目の腹声の男が言った。
「そいつは結構だ。」と既に一度口をきいた第二の男は言った。「切るに音もせず骨も折れねえ。」
それまで黙っていた六番目の男は、一時間前にエポニーヌがしたように、鉄門を調べはじめ、鉄棒を一本一本つかんで、気をつけてそれを揺すってみた。そしてついにマリユスが動かした棒の所まできた。男はそれをつかもうとした。その時突然影の中から一本の手が出て、男の腕を払いのけた。それから男は激しく胸のまんなかを押し戻され、低いつぶれた声を聞いた。
「犬がいるよ。」
同時に男は、色の青いひとりの娘が自分の前に立ってるのを見た。
男は意外事から受ける一種の動乱を感じた。彼は恐ろしく身の毛を逆立てた。およそ不安を感じてる猛獣ほど見るに恐ろしいものはない。おびえてる猛獣の様子はまた人を脅かすものである。男は後ろに退しざってつぶやいた。
「なんだ、この女あまは?」
「お前の娘だよ。」
実際それは、エポニーヌがテナルディエに口をきいているのだった。
エポニーヌが出てきたのを見て、他の五人の男は、すなわちクラクズーとグールメルとバベとモンパルナスとブリュジョンとは、音もさせず、急ぎもせず、口もきかず、闇夜やみよの男に特有な気味悪いのっそりとしたふうで、寄り集まってきた。
何か怪しい道具を皆手に持っていた。グールメルは浮浪人らが頬かぶりと呼ぶ一種の曲がった梃てこを持っていた。
「何だってそんな所にいるんだ。俺おれたちをどうしようってえんだ。気でも違ったのか。」とテナルディエはおよそ低い声でどなり得る限りどなった。「何で仕事の邪魔をしやがるんだ。」
エポニーヌは笑い出して、彼の首に飛びついた。
「お父さん、あたしはただここにいるからいるだけよ。この節じゃ石に腰掛けてもいけないことになったの? お父さんこそここに来るわけはないじゃないか。ビスケットなのに何しにきたのよ。マニョンにそう言っといたのに。ここはとてもだめ。だがあたしをまあ抱いておくれよ、お父さん! もうだいぶ会わなかったわね。とうとう出てきたのね。」
テナルディエはエポニーヌの腕を放そうとして、そしてつぶやいた。
「よしよし。俺おれを抱いてくれたな。そうだ、俺は出てきたんだ。もう牢ろうにはいねえ。さあもう行くがいい。」
しかしエポニーヌは手を放さないで、ますます彼に甘え出した。
「お父さん、いったいどういうふうにしたのよ。ぬけ出して来るなんて、よほどうまくやったのね。話しておくれよ。そしてお母さんは? 今どこにいるの。お母さんのことも聞かしておくれよ。」
テナルディエは答えた。
「お母さんは達者だ。よくは知らねえ。まあ放せよ。退どいてくれったら。」
「あたしここを離れやしない。」とエポニーヌはだだっ児が甘えるように言った。「四月よつきも会わないのに、やっと抱きついたばかりで、もうあたしを追いやろうっていうの。」
そして彼女はまた父の首にかじりついた。
「おいおい、何をばかなことをしてるんだ!」とバベは言った。
「早くしろい。」とグールメルは言った。「でかが来るかも知れねえ。」
腹声の男は次の諷句ふうくを口ずさんだ。

お正月ではあるめえし、
父ちゃん母ちゃんた何事だ。

エポニーヌは五人の盗賊の方へ振り向いた。
「あらブリュジョンさん。……こんにちはバベさん。こんにちはクラクズーさん。……あたしがわかって、グールメルさん。……いかが、モンパルナス。」
「お前だと皆わかってるよ。」とテナルディエは言った。
「だが挨拶あいさつもたいていにしろよ。俺おれたちの邪魔をするな。」
「狐きつねが出る時分だ、雛鶏ひよっこの出る幕じゃねえ。」とモンパルナスは言った。
「見るとおり俺たちはここで用があるんだ。」とバベは言い添えた。
エポニーヌはモンパルナスの手を取った。
「気をつけろよ、」と彼は言った、「けがをするぞ。どすを持ってるんだ。」
「まあモンパルナス、」とエポニーヌはごく静かに答えた、「仲間の者はお互いに信用するものよ。あたしはお父さんとかの娘よ。バベさん、グールメルさん、この仕事を調べるように言いつかったのはあたしよ。」
注意すべきことには、エポニーヌは隠語を使っていなかった。マリユスを知って以来、彼女はその恐ろしい言葉を口にすることができなくなっていたのである。
彼女は、骸骨がいこつの手のような骨立った弱々しい小さな手で、グールメルの荒々しい太い指を握りしめて、言い続けた。
「皆みんなも知ってるとおりあたしばかじゃないわ。いつもあたしを信じてくれるじゃないの。何度も用をしてやってるわ。ここもいろいろ調べてみると、骨折っても全くむだなことがわかったのよ。この家にはいったってどうにもならないことは、確かだわ。」
「女ばかりじゃねえか。」とグールメルは言った。
「いえ、皆引っ越したのよ。」
「でも蝋燭ろうそくは引っ越さねえと見えるな。」とバベは言った。
そして彼は、母家おもやの屋根裏に動いてる光を、木立ち越しにエポニーヌにさしてみせた。それは洗濯物せんだくものをひろげるためにトゥーサンがともしてる灯火であった。
エポニーヌは最後の努力を試みた。
「でもね、」と彼女は言った、「ごく貧乏な人たちよ。一スーのお金もないきたない家だよ。」
「ぐずぐず言うな!」とテナルディエは叫んだ。「家を引っくり返して、窖あなぐらと屋根裏とをあべこべにして、中に何があるかお前に教えてやらあ、フランだかスーだか厘りんだか。」
そして彼は前に出ようとして彼女を押しのけた。
「ねえモンパルナスさん、」とエポニーヌは言った、「お前さんはいい人だわね、どうかはいらないでおくれよ。」
「気をつけろったら、けがをするぞ。」とモンパルナスは答え返した。
テナルディエは例のきっぱりした調子で言った。
「どけ、女あまっちょが、仕事の邪魔をするな。」
エポニーヌは握っていたモンパルナスの手を放して言った。
「ではこの家うちにはいるつもりだね。」
「まあそうだよ。」と腹声の男は冷笑しながら言った。
すると彼女は、鉄門の前に立ちふさがり、すっかり身ごしらえして夜のために悪魔のような相好に見える六人の盗賊らの方へ顔を向け、しっかりした低い声で言った。
「いいわ、入れやしない。」
彼らはあきれて立ち止まった。腹声の男はそれでも冷笑した。彼女はまた言った。
「みんなお聞き。そんなことはさせやしない。あたしは言っておくよ。第一この庭にはいろうもんなら、この鉄門に手でもかけようもんなら、あたしはどなって、戸をたたいて、人を起こして、六人とも捕つかまえさしてやるよ、巡査おまわりを呼んでやるよ。」
「ほんとにやるかも知れねえ。」とテナルディエはブリュジョンと腹声の男とにささやいた。
彼女は頭を振り立ててつけ加えた。
「お父さんからまっ先だよ。」
テナルディエは進んできた。
「近くにきちゃいけない。」と彼女は言った。
彼は退しざりながら口の中でつぶやいた。「どうしたっていうんだろう?」そして彼は言い添えた。
「犬めが!」
彼女は妙にすごく笑い出した。
「勝手になさいよ。だが入れやしない。あたしは犬の娘じゃない、狼おおかみの娘だよ。お前さんたちは六人だが、それが何だね。お前さんたちは男だ。そしてあたしは女さ。だが恐こわかないよ。言っておくがね、お前さんたちをこの家に入れやしないよ。なぜって、それはあたしの気に入らないからさ。寄ってきたら吠ほえついてやる。犬がいるとあたしは言ったじゃないか。その犬はあたしだよ。お前さんたちなんか何とも思ってやしない。早く行っておしまい、うるさいよ。どこへでも行くがいい。だがここへはいけない、あたしがことわるんだ。そっちに刃物があるなら、あたしには足があるよ。どうだっていい。出てきてごらん。」
彼女は一歩盗賊らの方へふみ出した。恐ろしい姿だった。そしてまた笑い出した。
「へん、こわがるもんかね。夏には腹がすくし、冬には寒いさ。女の子だから嚇おどかせると思ってさ、この男のおばかさんたちはほんとにおかしいや。何をこわがろって言うのよ。なるほどそうね。大きな声をすれば寝台の下に隠れるような女ばかりを相手にしてるんだからね。だが人が違いますよ。あたしは何もこわがりゃしないよ。」
彼女はじっとテナルディエを見つめて言った。
「お前にだってこわがるもんか。」
それから彼女は、亡霊のような血走った眸ひとみで盗賊らの方を見回して、言い続けた。
「父さんの棒で打ち殺されて、明日プリューメ街の舗石しきいしの上で身体を拾われようとさ、また一年たって、サン・クルーの川の中かシーニュの島かで、古い腐った芥あくたかおぼれた犬の死骸しがいかの中で拾われようとさ、それが何だね。」
そこで彼女はやむなく言葉を切った。乾燥した咳せきがこみ上げてき、狭い虚弱な胸から息が死人のあえぎのように出てきた。
彼女はまた言った。
「あたしが一声上げさえすりゃあ、人はどしどしやって来る。お前さんたちは六人だが、あたしの方には世界中がついてるんだ。」
テナルディエは彼女の方に出ようとした。
「寄ってきちゃいけない!」と彼女は叫んだ。
彼は足を止めて、静かに言った。
「安心しろ、近寄りはしねえ。だがそう大きな声をするな。おい、お前は俺おれたちの仕事を邪魔するつもりなのか。だが食うだけの金はいるからな。お前はもう親父おやじに親切を見せるだけの心も持っていねえのか。」
「お前たちの方があたしの邪魔をしてるんだよ。」とエポニーヌは言った。
「だが俺たちも生きてゆかなけりゃならねえからな、食ってゆかなけりゃ……。」
「死んでおしまいよ。」
そう言って彼女は、鉄門の台石に腰掛けながら、歌い出した。

私の腕はまるまると。
私の足はすんなりと、
それでも運は向いてこず。

彼女は膝ひざに肱ひじをつき、手に頤あごをもたせ、平気なふうで足をぶらつかしていた。穴のあいた上衣からは、やせた鎖骨が見えていた。近くの街灯はその横顔と態度とを照らし出していた。これほど心を決したまたこれほど驚くべき姿は、世にほとんど見られないほどだった。
六人の強盗らはひとりの小娘から邪魔されて、手の出しようがなく陰鬱いんうつな顔をして、街灯が投げた影の中にはいり、忌ま忌ましそうな怒った肩をそびやかしながら、相談を始めた。
その間彼女は落ち着いたしかも荒々しい様子で彼らをながめていた。
「あいつどうかしてる。」とバベは言った。「何か訳がある。だれかに惚ほれ込んでるのかな。だがこれをうっちゃるなあ惜しいな。女がふたりで、後ろの中庭に爺じいさんがいるだけだ。窓の布きれも悪かあねえ。爺さんは猶太人ジュウかも知れねえ。うめえ仕事だと思うがな。」
「よし、お前たちははいれ。」とモンパルナスは叫んだ。「やっつけろ。俺おれはここに娘といっしょに残ってらあ。もしあいつが何かしたら……。」
彼は袖そでのうちに持っていた開いたナイフを、街灯の光にひらめかした。
テナルディエは一言も口をきかずに、何でも皆の言うとおりに従おうとしてるようだった。
いつも有力な発言者であり、また読者の知るとおり「事件を仕組んだ」発頭人であるブリュジョンは、まだ口を開かなかった。彼は考え込んでるらしかった。彼はいかなることにも逡巡しりごみしないという評判を取っており、また、単に勇気を誇示せんがためのみではあったが、ある時警察署から物を盗んだということも、皆に知られていた。その上彼は、詩を作り、歌をこしらえ、いたく重んぜられていた。
バベは彼に尋ねた。
「お前は何とも言わねえのか、ブリュジョン。」
ブリュジョンはなおしばらく黙っていたが、それから種々なふうに何度も頭を振り、ついに心をきめて言い出した。
「実はね、今朝二匹の雀すずめが喧嘩けんかするのに出会ったし、今晩はまた、女の反対にぶっつかった。どうも辻占つじうらないがいけねえ。こりゃやめにしようや。」
それで彼らは立ち去っていった。
そこを去りながらモンパルナスはつぶやいた。
「かまうこたねえ、もし皆がしろって言うなら、俺おれはあいつをやっつけてしまったんだがな。」
バベは彼に答えた。
「俺はいやだね。御婦人に手を下すこたあしたくねえ。」
街路の角かどの所で、彼らは立ち止まって、低い声で謎なぞのような対話をかわした。
「今晩どこで寝よう。」
「パリーの下にしよう。」
「テナルディエ、お前、門の鍵かぎは持ってるか。」
「うむ。」
彼らから目を離さなかったエポニーヌは、彼らが出てきた方へまた戻ってゆくのを見た。彼女は立ち上がって、壁や家に沿うて見え隠れにその大通りまでついて行った。がそこで男どもは別々になった。そして彼女は、六人の男が闇やみの中にとけこむように没してしまうのを見た。

 

 

Chapitre V Choses de la nuit

 

Après le départ des bandits, la rue Plumet reprit son tranquille aspect nocturne.

Ce qui venait de se passer dans cette rue n'eût point étonné une forêt. Les futaies, les taillis, les bruyères, les branches âprement entre-croisées, les hautes herbes, existent d'une manière sombre; le fourmillement sauvage entrevoit là les subites apparitions de l'invisible; ce qui est au-dessous de l'homme y distingue à travers la brume ce qui est au-delà de l'homme; et les choses ignorées de nous vivants s'y confrontent dans la nuit. La nature hérissée et fauve s'effare à de certaines approches où elle croit sentir le surnaturel. Les forces de l'ombre se connaissent, et ont entre elles de mystérieux équilibres. Les dents et les griffes redoutent l'insaisissable. La bestialité buveuse de sang, les voraces appétits affamés en quête de la proie, les instincts armés d'ongles et de mâchoires qui n'ont pour source et pour but que le ventre, regardent et flairent avec inquiétude l'impassible linéament spectral rôdant sous un suaire, debout dans sa vague robe frissonnante, et qui leur semble vivre d'une vie morte et terrible. Ces brutalités, qui ne sont que matière, craignent confusément d'avoir affaire à l'immense obscurité condensée dans un être inconnu. Une figure noire barrant le passage arrête net la bête farouche. Ce qui sort du cimetière intimide et déconcerte ce qui sort de l'antre; le féroce a peur du sinistre; les loups reculent devant une goule rencontrée.

盗賊らが去った後、プリューメ街は再び夜の静穏な光景に返った。
街路で今起こったことも、森を驚かすことはできなかったのである。大木、蘖ひこばえ、灌木かんぼく、深く交差した枝、高い草、皆陰惨な存在を保っている。荒々しい群れはそこに、目に見えざるものが突然姿を現わすのを見る。人界以下のものが、靄もやを通して、人界の彼方かなたのものをそこに見いだす。われわれ生ある者の知らぬ諸々もろもろのものが、夜のうちにそこで互いに顔を合わせる。毛を逆立てた粗野な自然は、超自然的と思われる種々のものが近づくのを感じて狼狽ろうばいする。諸々のやみの力は互いに知り合い、互いに不思議な均衡を保っている。牙きばや爪つめも、つかみ得うべからざるものを恐れる。血をすする獣性、餌物えものをさがす飢えたる貪欲どんよく、爪と顎あごとをそなえ腹のみがその源であり目的である本能、それらのものは、平然たる幻の姿をおずおずとながめまたかぎまわす。その姿は経帷子きょうかたびらに包まれて彷徨ほうこうし、おぼろなるうち震う上衣にくるまって直立し、死の世界の恐ろしい生命に生きてるがようである。ただ物質にすぎない獰猛性どうもうせいなどは、凝って一つの不可解なる者となってる広大なる暗黒を相手にするのを、漠然ばくぜんと恐れている。道をふさぐ黒い形は、一挙に野獣の歩みをさえぎり止める。墳墓から出でたる者が、洞窟どうくつから出でたる者を脅かし狼狽ろうばいさせる。獰猛なるものは凄惨せいさんなるものを恐れる。狼おおかみは幽鬼に出会ってあとに退く。

 

 

Chapitre VI Marius redevient réel au point de donner son adresse à Cosette

 

Pendant que cette espèce de chienne à figure humaine montait la garde contre la grille et que les six bandits lâchaient pied devant une fille, Marius était près de Cosette.

Jamais le ciel n'avait été plus constellé et plus charmant, les arbres plus tremblants, la senteur des herbes plus pénétrante; jamais les oiseaux ne s'étaient endormis dans les feuilles avec un bruit plus doux; jamais toutes les harmonies de la sérénité universelle n'avaient mieux répondu aux musiques intérieures de l'amour; jamais Marius n'avait été plus épris, plus heureux, plus extasié. Mais il avait trouvé Cosette triste. Cosette avait pleuré. Elle avait les yeux rouges.

C'était le premier nuage dans cet admirable rêve.

Le premier mot de Marius avait été:

—Qu'as-tu?

Et elle avait répondu:

—Voilà.

Puis elle s'était assise sur le banc près du perron, et pendant qu'il prenait place tout tremblant auprès d'elle, elle avait poursuivi:

—Mon père m'a dit ce matin de me tenir prête, qu'il avait des affaires, et que nous allions peut-être partir.

Marius frissonna de la tête aux pieds.

Quand on est à la fin de la vie, mourir, cela veut dire partir; quand on est au commencement, partir, cela veut dire mourir.

Depuis six semaines, Marius, peu à peu, lentement, par degrés, prenait chaque jour possession de Cosette. Possession tout idéale, mais profonde. Comme nous l'avons expliqué déjà, dans le premier amour, on prend l'âme bien avant le corps; plus tard on prend le corps bien avant l'âme, quelquefois on ne prend pas l'âme du tout; les Faublas et les Prudhomme ajoutent: parce qu'il n'y en a pas; mais ce sarcasme est par bonheur un blasphème. Marius donc possédait Cosette, comme les esprits possèdent; mais il l'enveloppait de toute son âme et la saisissait jalousement avec une incroyable conviction. Il possédait son sourire, son haleine, son parfum, le rayonnement profond de ses prunelles bleues, la douceur de sa peau quand il lui touchait la main, le charmant signe qu'elle avait au cou, toutes ses pensées. Ils étaient convenus de ne jamais dormir sans rêver l'un de l'autre, et ils s'étaient tenus parole. Il possédait donc tous les rêves de Cosette. Il regardait sans cesse et il effleurait quelquefois de son souffle les petits cheveux qu'elle avait à la nuque, et il se déclarait qu'il n'y avait pas un de ces petits cheveux qui ne lui appartint à lui Marius. Il contemplait et il adorait les choses qu'elle mettait, son nœud de ruban, ses gants, ses manchettes, ses brodequins, comme des objets sacrés dont il était le maître. Il songeait qu'il était le seigneur de ces jolis peignes d'écaille qu'elle avait dans ses cheveux, et il se disait même, sourds et confus bégayements de la volupté qui se faisait jour, qu'il n'y avait pas un cordon de sa robe, pas une maille de ses bas, pas un pli de son corset, qui ne fût à lui. À côté de Cosette, il se sentait près de son bien, près de sa chose, près de son despote et de son esclave. Il semblait qu'ils eussent tellement mêlé leurs âmes que, s'ils eussent voulu les reprendre, il leur eût été impossible de les reconnaître.—Celle-ci est la mienne.—Non, c'est la mienne.—Je t'assure que tu te trompes. Voilà bien moi.—Ce que tu prends pour toi, c'est moi.—Marius était quelque chose qui faisait partie de Cosette et Cosette était quelque chose qui faisait partie de Marius. Marius sentait Cosette vivre en lui. Avoir Cosette, posséder Cosette, cela pour lui n'était pas distinct de respirer. Ce fut au milieu de cette foi, de cet enivrement, de cette possession virginale, inouïe et absolue, de cette souveraineté, que ces mots: «Nous allons partir», tombèrent tout à coup, et que la voix brusque de la réalité lui cria: Cosette n'est pas à toi!

Marius se réveilla. Depuis six semaines, Marius vivait, nous l'avons dit, hors de la vie; ce mot, partir! l'y fit rentrer durement.

Il ne trouva pas une parole. Cosette sentit seulement que sa main était très froide. Elle lui dit à son tour:

—Qu'as-tu?

Il répondit, si bas que Cosette l'entendait à peine:

—Je ne comprends pas ce que tu as dit.

Elle reprit:

—Ce matin mon père m'a dit de préparer toutes mes petites affaires et de me tenir prête, qu'il me donnerait son linge pour le mettre dans une malle, qu'il était obligé de faire un voyage, que nous allions partir, qu'il faudrait avoir une grande malle pour moi et une petite pour lui, de préparer tout cela d'ici à une semaine, et que nous irions peut-être en Angleterre.

—Mais c'est monstrueux! s'écria Marius.

Il est certain qu'en ce moment, dans l'esprit de Marius, aucun abus de pouvoir, aucune violence, aucune abomination des tyrans les plus prodigieux, aucune action de Busiris, de Tibère ou de Henri VIII n'égalait en férocité celle-ci: M. Fauchelevent emmenant sa fille en Angleterre parce qu'il a des affaires.

Il demanda d'une voix faible:

—Et quand partirais-tu?

—Il n'a pas dit quand.

—Et quand reviendrais-tu?

—Il n'a pas dit quand.

Marius se leva, et dit froidement:

—Cosette, irez-vous?

Cosette tourna vers lui ses beaux yeux pleins d'angoisse et répondit avec une sorte d'égarement:

—Où?

—En Angleterre? irez-vous?

—Pourquoi me dis-tu vous?

—Je vous demande si vous irez?

—Comment veux-tu que je fasse? dit-elle en joignant les mains.

—Ainsi vous irez?

—Si mon père y va?

—Ainsi, vous irez?

Cosette prit la main de Marius et l'étreignit sans répondre.

—C'est bon, dit Marius. Alors j'irai ailleurs.

Cosette sentit le sens de ce mot plus encore qu'elle ne le comprit. Elle pâlit tellement que sa figure devint blanche dans l'obscurité. Elle balbutia:

—Que veux-tu dire?

Marius la regarda, puis éleva lentement ses yeux vers le ciel et répondit:

—Rien.

Quand sa paupière s'abaissa, il vit Cosette qui lui souriait. Le sourire d'une femme qu'on aime a une clarté qu'on voit la nuit.

—Que nous sommes bêtes! Marius, j'ai une idée.

—Quoi?

—Pars si nous partons! Je te dirai où. Viens me rejoindre où je serai!

Marius était maintenant un homme tout à fait réveillé. Il était retombé dans la réalité. Il cria à Cosette:

—Partir avec vous! es-tu folle? Mais il faut de l'argent, et je n'en ai pas! Aller en Angleterre? Mais je dois maintenant, je ne sais pas, plus de dix louis à Courfeyrac, un de mes amis que tu ne connais pas! Mais j'ai un vieux chapeau qui ne vaut pas trois francs, j'ai un habit où il manque des boutons par devant, ma chemise est toute déchirée; j'ai les coudes percés, mes bottes prennent l'eau; depuis six semaines je n'y pense plus, et je ne te l'ai pas dit. Cosette! je suis un misérable. Tu ne me vois que la nuit, et tu me donnes ton amour; si tu me voyais le jour, tu me donnerais un sou! Aller en Angleterre! Eh! je n'ai pas de quoi payer le passeport!

Il se jeta contre un arbre qui était là, debout, les deux bras au-dessus de sa tête, le front contre l'écorce, ne sentant ni le bois qui lui écorchait la peau ni la fièvre qui lui martelait les tempes, immobile, et prêt à tomber, comme la statue du désespoir.

Il demeura longtemps ainsi. On resterait l'éternité dans ces abîmes-là. Enfin il se retourna. Il entendait derrière lui un petit bruit étouffé, doux et triste.

C'était Cosette qui sanglotait.

Elle pleurait depuis plus de deux heures à côté de Marius qui songeait.

Il vint à elle, tomba à genoux, et, se prosternant lentement, il prit le bout de son pied qui passait sous sa robe et le baisa.

Elle le laissa faire en silence. Il y a des moments où la femme accepte, comme une déesse sombre et résignée, la religion de l'amour.

—Ne pleure pas, dit-il.

Elle murmura:

—Puisque je vais peut-être m'en aller, et que tu ne peux pas venir!

Lui reprit:

—M'aimes-tu?

Elle lui répondit en sanglotant ce mot du paradis qui n'est jamais plus charmant qu'à travers les larmes:

—Je t'adore!

Il poursuivit avec un son de voix qui était une inexprimable caresse:

—Ne pleure pas. Dis, veux-tu faire cela pour moi de ne pas pleurer?

—M'aimes-tu, toi? dit-elle.

Il lui prit la main.

—Cosette, je n'ai jamais donné ma parole d'honneur à personne, parce que ma parole d'honneur me fait peur. Je sens que mon père est à côté. Eh bien, je te donne ma parole d'honneur la plus sacrée que, si tu t'en vas, je mourrai.

Il y eut dans l'accent dont il prononça ces paroles une mélancolie si solennelle et si tranquille que Cosette trembla. Elle sentit ce froid que donne une chose sombre et vraie qui passe. De saisissement elle cessa de pleurer.

—Maintenant écoute, dit-il. Ne m'attends pas demain.

—Pourquoi?

—Ne m'attends qu'après-demain.

—Oh! pourquoi?

—Tu verras.

—Un jour sans te voir! mais c'est impossible.

—Sacrifions un jour pour avoir peut-être toute la vie.

Et Marius ajouta à demi-voix et en aparté:

—C'est un homme qui ne change rien à ses habitudes, et il n'a jamais reçu personne que le soir.

—De quel homme parles-tu? demanda Cosette.

—Moi? je n'ai rien dit.

—Qu'est-ce que tu espères donc?

—Attends jusqu'à après-demain.

—Tu le veux?

—Oui, Cosette.

Elle lui prit la tête dans ses deux mains, se haussant sur la pointe des pieds pour être à sa taille, et cherchant à voir dans ses yeux son espérance.

Marius reprit:

—J'y songe, il faut que tu saches mon adresse, il peut arriver des choses, on ne sait pas, je demeure chez cet ami appelé Courfeyrac, rue de la Verrerie, numéro 16.

Il fouilla dans sa poche, en tira un couteau-canif, et avec la lame écrivit sur le plâtre du mur:

16, rue de la Verrerie.

Cosette cependant s'était remise à lui regarder dans les yeux.

—Dis-moi ta pensée. Marius, tu as une pensée. Dis-la-moi. Oh! dis-la-moi pour que je passe une bonne nuit!

—Ma pensée, la voici: c'est qu'il est impossible que Dieu veuille nous séparer. Attends-moi après-demain.

—Qu'est-ce que je ferai jusque-là? dit Cosette. Toi tu es dehors, tu vas, tu viens. Comme c'est heureux, les hommes! Moi, je vais rester toute seule. Oh! que je vais être triste! Qu'est-ce que tu feras donc demain soir, dis?

—J'essayerai une chose.

—Alors je prierai Dieu et je penserai à toi d'ici là pour que tu réussisses. Je ne te questionne plus, puisque tu ne veux pas. Tu es mon maître. Je passerai ma soirée demain à chanter cette musique d'Euryanthe que tu aimes et que tu es venu entendre un soir derrière mon volet. Mais après-demain tu viendras de bonne heure. Je t'attendrai à la nuit, à neuf heures précises, je t'en préviens. Mon Dieu! que c'est triste que les jours soient longs! Tu entends, à neuf heures sonnant je serai dans le jardin.

—Et moi aussi.

Et sans se l'être dit, mus par la même pensée, entraînés par ces courants électriques qui mettent deux amants en communication continuelle, tous deux enivrés de volupté jusque dans leur douleur, ils tombèrent dans les bras l'un de l'autre, sans s'apercevoir que leurs lèvres s'étaient jointes pendant que leurs regards levés, débordant d'extase et pleins de larmes, contemplaient les étoiles.

Quand Marius sortit, la rue était déserte. C'était le moment où Éponine suivait les bandits jusque sur le boulevard.

Tandis que Marius rêvait, la tête appuyée contre l'arbre, une idée lui avait traversé l'esprit; une idée, hélas! qu'il jugeait lui-même insensée et impossible. Il avait pris un parti violent.

人間の顔をした番犬が鉄門をまもり、六人の盗賊らがひとりの娘の前から退却していった間、マリユスはコゼットのそばにいた。
かつてこれほど、空は星をちりばめて美しく、樹木はうち震い、草のかおりは濃まやかな時はなかった。かつてこれほど、小鳥はやさしい音を立てて木の葉の間に眠ってることはなかった。かつてこれほど、宇宙の朗らかな諧音かいおんは内心の愛の調べによく調子を合わしてることはなかった。かつてこれほど、マリユスは心を奪われ幸福で恍惚こうこつたることはなかった。しかるに彼はコゼットが悲しい様子をしてるのを見て取った。コゼットは泣いたのだった。彼女の目は赤くなっていた。
それはこの楽しい夢の中における最初の雲であった。
マリユスはまず第一にこう言った。
「どうかしたの?」
彼女は答えた。
「あのね。」
そして彼女は踏段の近くの腰掛けにすわって、彼がそのそばに震えながら腰をおろしてる間に、先を続けた。
「今朝けさお父さんが私にも用意をしておけっておっしゃったの。用があるので、私たちはここを出立することになるだろうからって。」
マリユスは全身震え上がった。
生涯の終わりにおいては、死ぬことはすなわち出立することである。生涯の初めにおいては、出立することはすなわち死ぬことである。
六週間前からマリユスは、少しずつ、徐々に、しだいに、日々コゼットを自分のものにしていった。観念的ではあるがしかし深い所有だった。既に説明したとおり、初恋においては肉体よりも先に魂を奪うものである。後になると、魂より先に肉体を奪い、時によると魂をまったく顧みないこともある。フォーブラやプリュドンムのごとき俗物は言い添える、「なぜなら魂なんぞは初めからないからだ。」しかしそういう嘲笑ちょうしょうは幸いにして冒涜ぼうとくなものである。でマリユスは、精神的所有においてコゼットを所有していた。そして自分の全心で彼女を包み、異常な確信をもってねたみ深く彼女をとらえていた。彼女の微笑、呼吸、かおり、青い眸ひとみの深い輝き、皮膚のやさしい感触、首にあるかわいい痣あざ、あらゆる考え、それらをすべて彼は自分のものにしていた。眠ってもお互いの姿を夢みようと誓っていて、ふたりは実際そのとおり夢みた。それで彼はコゼットの夢をも自分のものとしていた。彼女の首筋のおくれ毛を、彼は絶えずながめ、時には息で触れ、そしてそのおくれ毛の一本たりとも自分のものでないのはないと自ら断言していた。結わえてるリボン、手袋、袖口そでぐち、半靴はんぐつ、すべて彼女の身につけてるものを、彼は自分の持ってる神聖な物のように、うちながめ大事にしていた。彼女が髪にさしてるきれいな鼈甲べっこうの櫛くしの所有者も、自分であると彼は夢想していた。彼女の長衣の一筋の紐ひもも、その靴下の一つの編み目も、その胸衣の一つの襞ひだも、自分のものでないのはないと、彼は目ざめゆく肉感のひそかなそれとなきささやきにそそられて自ら言った。コゼットのそばにいる時彼は、自分の幸福、自分の所有物、自分の専制君主、自分の奴隷どれいのそばにいるような気がした。ふたりの魂は深く混同し合って、それを取り戻そうとしても、どれが自分のかわからないほどになってるように思われた。
「これは私のだ。――いえそれは私のよ。――あなたはきっと思い違いをしてる、これは確かに私のだ。――あなたが自分だと思ってるのは、それは私よ。」マリユスはコゼットの一部であり、コゼットはマリユスの一部であった。マリユスは自分のうちにコゼットが生きてるのを感じた。コゼットを持つ、コゼットを所有する、ということは彼にとっては息をするのと同じだった。そして、かかる信念、かかる心酔、かかる潔い異常な絶対の所有、かかる主権、そのさなかに、「私たちはここを出立する」という言葉がにわかに落ちてきて、現実の突然な声は彼に叫んだのだった、「コゼットは汝のものではない!」
マリユスは目をさました。六週間この方マリユスは、既に言ったとおり、人生の外に生きていた。しかるに今「出立する」という言葉は、激しく彼を人生のうちにつき戻した。
彼は一言も口をきくことができなかった。コゼットはただ彼の手がごく冷たいのを感じた。そしてこんどは彼女が言った。
「どうかしたの?」
彼はコゼットがようやく聞き得たくらいの低い声で答えた。
「私にはあなたの言ったことがわからない。」
彼女は言った。
「今朝けさお父さんが私におっしゃったのよ、細かいものを皆整えて用意をするようにって。そして鞄かばんの中に入れるシャツを下すったの。旅をしなければならないんですって。いっしょに行くんですって。私には大きい鞄がいるし、お父さんには小さい鞄がいるのよ。そして今から一週間のうちに支度をするのよ。おおかたイギリスに行くだろうとおっしゃったわ。」
「ひどい!」とマリユスは叫んだ。
その時確かにマリユスの考えによれば、いかなる権力の濫用らんようも、いかなる暴戻ぼうれいも、極悪な暴君のいかなる非道も、ブジリスやチベリウスやヘンリー八世のいかなる行為も、フォーシュルヴァン氏が自分の用のために娘をイギリスに連れてゆくということくらい、おそらく乱暴なことはないのであった。
彼は弱々しい声で尋ねた。
「そしていつ発たつの。」
「いつともおっしゃいませんでした。」
「そしていつ帰って来るの。」
「いつともおっしゃいませんでした。」
マリユスは立ち上がって、冷ややかに言った。
「コゼット、あなたは行くんですか。」
コゼットは心痛の色に満ちた美しい目を彼の方へ向け、当惑したように答えた。
「どこへ?」
「イギリスへ。あなたは行くんですか。」
「なぜそんなよそよそしい言い方をなさるの?」
「あなたが行くかどうか聞いてるんです。」
「私にどうせよとおっしゃるの。」彼女は手を組み合わして言った。
「ではあなたは行くんですか。」
「もしお父さんが行かれるなら。」
「あなたは行くんですね。」
コゼットはマリユスの手を取り、答えをしないでそれを握りしめた。
「いいです。」とマリユスは言った。「それでは私も外の所へ行きます。」
コゼットはその言葉の意味を、了解したというよりむしろ直覚した。彼女はまっさおになって、暗い中にその顔が白く見えた。彼女はつぶやいた。
「あなたは何を言うの。」
マリユスは彼女をながめ、それから静かに目を空の方へ上げて答えた。
「何でもありません。」
彼は目を下げた時、コゼットが自分の方へほほえんでるのを見た。愛する女のほほえみは暗夜に見える光明である。
「私たちはほんとにばかだこと。ねえ、私にいい考えがあってよ。」
「どんな?」
「私どもが出立したら、あなたも出立なさいな。行く先をあなたに教えてあげるわ。そして私が行く所にあなたもいらっしゃいね。」
マリユスは今ではまったく夢想からさめた男であった。彼は再び現実に戻っていた。彼はコゼットに叫んだ。
「いっしょに出立する! 気でも違ったんじゃない? 出立するには金がいる。私には金はないんだ。イギリスへ行くって? でも私は今、あなたの知らない人だがクールフェーラックという友人から、何でも二百フランもの借りがある。それに持ってる物と言ったら、三フランの価値ねうちもない古帽子、胸のボタンがとれてる上衣、シャツは裂けてるし、肱ひじはぬけてるし、靴くつには水がはいってくる。この六週間の間私はもうそんなことは考えもしなかったし、あなたにも言わなかったけれど。コゼット、私はほんとうに貧乏なんだよ。あなたは私を見るのは夜分だけで、そして私に愛を与えてくれる。けれどもし昼間私を見たら、一スーの金でも恵んでくれるでしょうか。イギリスへ行く! 私にはその旅行券の代もない。」
彼はそこにあった一本の木によりかかり、立ったまま、頭の上に両手を組み、木の幹に額を押しつけ、自分の皮膚をいためる木をも感ぜず、顳※(「需+頁」、第3水準1-94-6)こめかみに激しく脈打っている熱をも感ぜず、身動きもせず、倒れんばかりになって、絶望の立像かと思われるほどだった。
彼は長い間そうしていた。あたかも深淵しんえんの中に永遠に立ちつくしてるがようだった。がついに彼はふり向いた。やさしい悲しい押さえつけたような小さな音が後ろに聞こえたのである。
コゼットがすすり泣いてるのだった。
彼女はもう二時間以上も前から、夢想してるマリユスのそばで涙を流していたのである。
彼は彼女のそばに寄り、ひざまずき、そして静かに身を伏せて、長衣の下から出てる彼女の足先を取り、それに脣くちびるをつけた。
彼女は黙ったまま彼のなすに任した。うち沈み忍従してる女神のように、女には愛の宗教を受け入れる瞬間があるものである。
「泣かないでね。」と彼は言った。
彼女はつぶやいた。
「私はたいてい行かなければならないし、それにあなたは来ることができないとすれば!」
彼は言った。
「私を愛してくれる?」
彼女は涙の中から来る時最も魅惑的になる楽園の言葉を、すすり泣きながら答えた。
「心から慕ってるの。」
彼は言葉につくし難い愛撫あいぶの調子で言った。
「泣いちゃいや。ねえ、私のためにどうか泣かないでね。」
「あなたは私を愛して下すって?」と彼女は言った。
彼は彼女の手を取った。
「コゼット、私はだれにもまだ誓いの言葉を言ったことはない。誓いの言葉は恐ろしいから。私はいつも父が自分のそばに立ってるような気がする。でも私は今一番神聖な誓いの言葉をあなたに言おう。ねえ、あなたが私のもとを去れば、私は死んでしまう。」
彼がその言葉を発した調子のうちには、きわめて荘重な静粛な憂愁がこもっていて、コゼットは身をおののかした。悲痛な真実なものが通りかかる時に与える一種の冷気を、彼女は感じた。そしてその感動を受けて泣くのをやめた。
「あのね、」と彼は言った、「明日あしたは私を待たないんだよ。」
「なぜ?」
「明後日あさってでなければこないつもりでね。」
「まあ、なぜ?」
「あとでわかるよ。」
「一日あなたに会わずに! いえそんなことできないわ。」
「あるいは一生のためになることだから、一日くらい耐こらえていよう。」
そしてマリユスは、半ば口の中でひとり言った。
「少しも習慣を変えない人だし、晩にしかだれにも会ったことのない人だから。」
「だれのことを言ってるの。」とコゼットは尋ねた。
「私が? 何も言いはしない。」
「では何を望んでるの。」
「明後日あさってのことにしよう。」
「どうしても?」
「ええ、コゼット。」
彼女は彼の頭を両手に抱き、同じ高さになるために爪先つまさきで伸び上がって、彼の目の中にその望みを読み取ろうとした。
マリユスは言った。
「今思い出したが、あなたは私の住所を知ってなけりゃいけない。何か起こらないとも限らないから。私はクールフェーラックという友人の所に住んでるんだよ。ヴェールリー街十六番地。」
彼はポケットの中を探って、ナイフを取り出し、その刃で壁の漆喰しっくいの上に彫りつけた。
ヴェールリー街十六。
そのうちにコゼットは、また彼の目の中をのぞきはじめた。
「あなたの考えを言ってちょうだいよ。マリユス、あなたは何か考えてるんだわ。それを私に言ってちょうだい。ねえ、それを聞かして私にうれしい一夜を過ごさして下さらない?」
「私が考えてるのはこうだよ、神様も私たちを引き離そうとはされないに違いないと。明後日私を待ってるんだよ。」
「それまで私はどうしようかしら。」とコゼットは言った。「あなたは外に出て、方々行ったりきたりするんでしょう。男っていいものね。私は一人でじっとしてなけりゃならないもの。ああどんなに悲しいでしょう。明日あすの晩何をするつもりなの、言ってちょうだいな。」
「一つやってみることがあるんだよ。」
「では私は、あなたが成功するように、それまで、神様にお祈りをし、あなたのことを思っていましょう。もう尋ねないわ、あなたが言いたくないのなら。あなたは私の主人ですもの。私あなたの好きな、それいつかの晩あなたが雨戸の外に聞きにいらした、あのウーリヤントの曲を歌って、明日の晩は過ごすことにするわ。でも明後日あさっては早くからきてちょうだい。日が暮れると待ってるわ。ちょうど九時にね、よくって、ああ、ほんとにいやね、日が長いのは。ねえ、九時が打つと私は庭に出てるわ。」
「その時には私も来る。」
そして言わず語らずに、ふたりとも同じ考えに動かされ、ふたりの恋人の心を絶えず通わせる電気の流れに引かされ、悲しみの中にあっても恍惚こうこつとして、彼らは互いに抱き合い、知らぬまに脣くちびるを合わし、喜びにあふれて涙に満ちてる目を上げては、空の星をながめた。
マリユスが外に出た時、街路には人影もなかった。それはちょうど、エポニーヌが盗賊らの跡をつけて大通りまで行った時だった。
木に頭をもたして思い沈んでいる時、マリユスの頭に一つの考えが浮かんだのだった。それも実は彼自身にさえ愚かな不可能なことだと思えるものであった。しかし彼は激しい決心を固めたのである。

 

 

Chapitre VII Le vieux cœur et le jeune cœur en présence

 

Le père Gillenormand avait à cette époque ses quatre-vingt-onze ans bien sonnés. Il demeurait toujours avec mademoiselle Gillenormand rue des Filles-du-Calvaire, nº 6, dans cette vieille maison qui était à lui. C'était, on s'en souvient, un de ces vieillards antiques qui attendent la mort tout droits, que l'âge charge sans les faire plier, et que le chagrin même ne courbe pas.

Cependant, depuis quelque temps, sa fille disait: mon père baisse. Il ne souffletait plus les servantes; il ne frappait plus de sa canne avec autant de verve le palier de l'escalier quand Basque tardait à lui ouvrir. La Révolution de Juillet l'avait à peine exaspéré pendant six mois. Il avait vu presque avec tranquillité dans le Moniteur cet accouplement de mots: M. Humblot-Conté, pair de France. Le fait est que le vieillard était rempli d'accablement. Il ne fléchissait pas, il ne se rendait pas, ce n'était pas plus dans sa nature physique que dans sa nature morale; mais il se sentait intérieurement défaillir. Depuis quatre ans il attendait Marius, de pied ferme, c'est bien le mot, avec la conviction que ce mauvais petit garnement sonnerait à la porte un jour ou l'autre; maintenant il en venait, dans de certaines heures mornes, à se dire que pour peu que Marius se fît encore attendre...—Ce n'était pas la mort qui lui était insupportable, c'était l'idée que peut-être il ne reverrait plus Marius. Ne plus revoir Marius, ceci n'était pas entré un seul instant dans son cerveau jusqu'à ce jour; à présent cette idée commençait à lui apparaître, et le glaçait. L'absence, comme il arrive toujours dans les sentiments naturels et vrais, n'avait fait qu'accroître son amour de grand-père pour l'enfant ingrat qui s'en était allé comme cela. C'est dans les nuits de décembre, par dix degrés de froid, qu'on pense le plus au soleil. M. Gillenormand était ou se croyait, par-dessus tout incapable de faire un pas, lui l'aïeul, vers son petit-fils;—je crèverais plutôt, disait-il. Il ne se trouvait aucun tort, mais il ne songeait à Marius qu'avec un attendrissement profond et le muet désespoir d'un vieux bonhomme qui s'en va dans les ténèbres.

Il commençait à perdre ses dents, ce qui s'ajoutait à sa tristesse.

M. Gillenormand, sans pourtant se l'avouer à lui-même, car il en eut été furieux et honteux, n'avait jamais aimé une maîtresse comme il aimait Marius.

Il avait fait placer dans sa chambre, devant le chevet de son lit, comme la première chose qu'il voulait voir en s'éveillant, un ancien portrait de son autre fille, celle qui était morte, madame Pontmercy, portrait fait lorsqu'elle avait dix-huit ans. Il regardait sans cesse ce portrait. Il lui arriva un jour de dire en le considérant:

ジルノルマン老人は当時、はや九十一歳になっていた。そしてやはりジルノルマン嬢とともに、フィーユ・デュ・カルヴェール街六番地の自分の古い家に住んでいた。読者の記憶するとおり彼は、まっすぐに立ちながら死を待ち、老年になっても腰も曲がらず、悲しみがあっても背もかがまないという、あの古代式な老人のひとりであった。
けれども最近になって、「お父さんも弱ってこられた、」と彼の娘は言っていた。彼はもう女中を平手でなぐることもしなくなった。外から帰ってきて、バスクが扉とびらを開くのをおくらすような時、階段の平板を非常な元気で杖つえでたたくこともしなくなった。七月革命も彼をようやく六カ月間奮激さしたのみだった。モニトゥール新聞に「フランス上院議員ウンブロ・コンテ氏」などと書かれているのを見ても、ほとんど平気でいることができた。実際彼はまったく気力を失ってしまったのである。彼は一歩も譲らず屈しもしないという点では精神的方面でも肉体的方面でも同じであったが、しかし内心ではしだいに弱ってきたことを自ら感じていた。四年の間彼は、まったくのところしっかと足を踏みしめてマリユスを待っていた。あのばか者がいつ帰ってきて戸をたたくかも知れないと確信して待っていた。が今では気が滅入めいるような時には、「まだなかなかマリユスが帰ってこないとすれば……」などと自ら言うようになった。彼にたえ難かったのは、自分の死ということではなく、もう再びマリユスに会えないかも知れないという考えだった。もう再びマリユスに会えないという考えは、その時まで彼の頭には少しも浮かばなかったことである。ところが今では、そういう考えが彼に浮かび始めて、彼を慄然りつぜんとさした。自然の真実な感情にはいつも起こってくることではあるが、あんなふうに出て行ってしまった恩知らずの孫に対する祖父の愛情は、孫が目の前にいないだけにいっそう強くなるばかりであった。人が最も太陽のことを考えるのは、十二月の夜十度ほどの寒さになる時である。しかしジルノルマン氏にとっては、祖父たる自分が孫の方へ一歩ふみ出して行くということは、実際何よりなし難いことだった、もしくはなし難いことだと思っていた。「むしろ死のうとも……」と彼は言った。彼は自分の方には何らの非をも認めなかった。しかしマリユスのことを思う時には、深い愛着と、暗黒のうちに消え去らんとする老人が感ずる暗黙の絶望とを、いつも感ずるのであった。
彼の歯ももうなくなりかけていた。そのために彼の悲しみはいっそう深くなった。
ジルノルマン氏は、腹立たしい不名誉なことだったから自らはっきり認めてはいなかったが、かつてどの女をもマリユスほどに愛したことはなかったのである。
彼は自分の居室に、寝台の枕頭まくらもとに、目をさましてまず第一に見られるようにという具合に、亡なくなったもひとりの娘、すなわちポンメルシー夫人の古い肖像を置かしていた。彼女が十八歳の時のものである。彼は絶えずそれをながめていた。ある日、彼はそれをながめながらこんなことを言った。

 

 

—Je trouve qu'il lui ressemble.

—À ma sœur? reprit mademoiselle Gillenormand. Mais oui.

Le vieillard ajouta:

—Et à lui aussi.

Une fois, comme il était assis, les deux genoux l'un contre l'autre et l'œil presque fermé, dans une posture d'abattement, sa fille se risqua à lui dire:

—Mon père, est-ce que vous en voulez toujours autant?...

Elle s'arrêta, n'osant aller plus loin.

—À qui? demanda-t-il.

—À ce pauvre Marius?

Il souleva sa vieille tête, posa son poing amaigri et ridé sur la table, et cria de son accent le plus irrité et le plus vibrant:

—Pauvre Marius, vous dites! Ce monsieur est un drôle, un mauvais gueux, un petit vaniteux ingrat, sans cœur, sans âme, un orgueilleux, un méchant homme!

Et il se détourna pour que sa fille ne vît pas une larme qu'il avait dans les yeux.

Trois jours après, il sortit d'un silence qui durait depuis quatre heures pour dire à sa fille à brûle-pourpoint:

—J'avais eu l'honneur de prier mademoiselle Gillenormand de ne jamais m'en parler.

La tante Gillenormand renonça à toute tentative et porta ce diagnostic profond:—Mon père n'a jamais beaucoup aimé ma sœur depuis sa sottise. Il est clair qu'il déteste Marius.

«Depuis sa sottise», signifiait: depuis qu'elle avait épousé le colonel.

Du reste, comme on a pu le conjecturer, mademoiselle Gillenormand avait échoué dans sa tentative de substituer son favori, l'officier de lanciers, à Marius. Le remplaçant Théodule n'avait point réussi. M. Gillenormand n'avait pas accepté le quiproquo. Le vide du cœur ne s'accommode point d'un bouche-trou. Théodule, de son côté, tout en flairant l'héritage, répugnait à la corvée de plaire. Le bonhomme ennuyait le lancier, et le lancier choquait le bonhomme. Le lieutenant Théodule était gai sans doute, mais bavard; frivole, mais vulgaire; bon vivant, mais de mauvaise compagnie; il avait des maîtresses, c'est vrai, et il en parlait beaucoup, c'est vrai encore; mais il en parlait mal. Toutes ses qualités avaient un défaut. M. Gillenormand était excédé de l'entendre conter les bonnes fortunes quelconques qu'il avait autour de sa caserne, rue de Babylone. Et puis le lieutenant Gillenormand venait quelquefois en uniforme avec la cocarde tricolore. Ceci le rendait tout bonnement impossible. Le père Gillenormand avait fini par dire à sa fille:—J'en ai assez, du Théodule. J'ai peu de goût pour les gens de guerre en temps de paix. Reçois-les si tu veux. Je ne sais pas si je n'aime pas mieux encore les sabreurs que les traîneurs de sabre. Le cliquetis des lames dans la bataille est moins misérable, après tout, que le tapage des fourreaux sur le pavé. Et puis, se cambrer comme un matamore et se sangler comme une femmelette, avoir un corset sous une cuirasse, c'est être ridicule deux fois. Quand on est un véritable homme, on se tient à égale distance de la fanfaronnade et de la mièvrerie. Ni fier-à-bras, ni joli cœur. Garde ton Théodule pour toi.

Sa fille eut beau lui dire:—C'est pourtant votre petit-neveu,—il se trouva que M. Gillenormand, qui était grand-père jusqu'au bout des ongles, n'était pas grand-oncle du tout.

Au fond, comme il avait de l'esprit et qu'il comparait, Théodule n'avait servi qu'à lui faire mieux regretter Marius.

Un soir, c'était le 4 juin, ce qui n'empêchait pas que le père Gillenormand n'eût un très bon feu dans sa cheminée, il avait congédié sa fille qui cousait dans la pièce voisine. Il était seul dans sa chambre à bergerades, les pieds sur ses chenets, à demi enveloppé dans son vaste paravent de Coromandel à neuf feuilles, accoudé à sa table où brûlaient deux bougies sous un abat-jour vert, englouti dans son fauteuil de tapisserie, un livre à la main, mais ne lisant pas. Il était vêtu, selon sa mode, en incroyable, et ressemblait à un antique portrait de Garat. Cela l'eût fait suivre dans les rues, mais sa fille le couvrait toujours, lorsqu'il sortait, d'une vaste douillette d'évêque, qui cachait ses vêtements. Chez lui, excepté pour se lever et se coucher, il ne portait jamais de robe de chambre.—Cela donne l'air vieux, disait-il.

Le père Gillenormand songeait à Marius amoureusement et amèrement, et, comme d'ordinaire, l'amertume dominait. Sa tendresse aigrie finissait toujours par bouillonner et par tourner en indignation. Il en était à ce point où l'on cherche à prendre son parti et à accepter ce qui déchire. Il était en train de s'expliquer qu'il n'y avait maintenant plus de raison pour que Marius revînt, que s'il avait dû revenir, il l'aurait déjà fait, qu'il fallait y renoncer. Il essayait de s'habituer à l'idée que c'était fini, et qu'il mourrait sans revoir «ce monsieur». Mais toute sa nature se révoltait; sa vieille paternité n'y pouvait consentir.—Quoi! disait-il, c'était son refrain douloureux, il ne reviendra pas!—Sa tête chauve était tombée sur sa poitrine, et il fixait vaguement sur la cendre de son foyer un regard lamentable et irrité.

Au plus profond de cette rêverie, son vieux domestique, Basque, entra et demanda:

—Monsieur peut-il recevoir monsieur Marius?

Le vieillard se dressa sur son séant, blême et pareil à un cadavre qui se lève sous une secousse galvanique. Tout son sang avait reflué à son cœur. Il bégaya:

—Monsieur Marius quoi?

—Je ne sais pas, répondit Basque intimidé et décontenancé par l'air du maître, je ne l'ai pas vu. C'est Nicolette qui vient de me dire: Il y a là un jeune homme, dites que c'est monsieur Marius.

Le père Gillenormand balbutia à voix basse:

—Faites entrer.

Et il resta dans la même attitude, la tête branlante, l'œil fixé sur la porte. Elle se rouvrit. Un jeune homme entra. C'était Marius.

「よく似ている。」
「本人にでしょう?」とジルノルマン嬢は言った、「ええよく似ています。」
老人は言い添えた。
「そしてまたあいつにも。」
またある時、彼が両膝りょうひざを寄せ目をほとんど閉じて、がっかりしたような姿ですわっていた時、娘は彼に言ってみた。
「お父さん、あなたはまだ怒っていらっしゃるのですか。」
彼女はそれ以上を言い得ないで言葉を切った。
「だれを?」と彼は尋ねた。
「あのかわいそうなマリユスを。」
彼は年取った頭をもたげ、やせて皺しわ寄った拳こぶしをテーブルの上に置き、きわめていら立った震える調子で叫んだ。
「かわいそうなマリユスだと! あの男はばかだ、悪党だ、恩知らずの見栄坊みえぼうだ。不人情な、心無しの、傲慢ごうまんな、けしからん男だ!」
そして彼は目にわいてきた一滴の涙を娘に見せないように、顔をそむけた。
それから三日たって、四時間も黙り込んでいた後、だしぬけに娘に言った。
「もう決してあいつのことを言わないようにと、私わしはジルノルマン嬢にお願いをしといたはずだ。」
ジルノルマン嬢はもう何としてもだめだとあきらめ、次のような深い診断を下した。「お父さんは妹をも、あの間違いがあってからはあまりよく思っていらっしゃらなかった。マリユスもきらっていらっしゃるのに違いない。」
「あの間違いがあってからは」というのは、妹が大佐と結婚してからはという意味であった。
それからまた、読者の既に察し得たろうとおり、ジルノルマン嬢は自分の好きな槍騎兵そうきへいの将校をマリユスの代わりに据えようという試みに失敗していた。後任のテオデュールはうまくゆかなかった。ジルノルマン氏はこれがいけなければあれを取ろうという人ではなかった。心の空虚には間に合わせの穴ふさぎではだめである。またテオデュールの方でも、遺産を嗅ぎつけてはいたが、きげんを取るのはいやだった。老人は将校を退屈させ、将校は老人に不快を与えた。中尉テオデュールはたしかに快活ではあったが、しかし饒舌じょうぜつだった。華美ではあったが、しかし凡俗だった。元気な男ではあったが、しかし素行はよくなかった。実際情婦も持っており、実際それを吹聴ふいちょうしもしたが、しかしその話し方が下等だった。彼のあらゆる長所もそれぞれ欠点を持っていた。ジルノルマン氏は彼がバビローヌ街の兵営の付近でやってる艶事つやごとの話を聞き飽きてしまった。その上ジルノルマン中尉は、時々三色の帽章をつけ軍服を着てやってきた。ジルノルマン老人にはそれがまた堪たまらなくいやだった。彼はついに娘に言った。「もうあのテオデュールはたくさんだ。よかったらお前だけ会うがいい。わしは泰平の日に軍人を見るのはあまり好まない。サーベルを引きずって歩く奴やつよりサーベルを振り回す奴の方がまだしもいいかもしれん。戦争で刃を合わせる方が往来の舗石しきいしに剣の鞘さやをがちゃがちゃやるより、とにかくまだまさってる。それに、からいばりをして反そっくり返り、女の児のように腹帯をしめ、胸当ての下にコルセットをつけることなんか、ばかばかしさの上塗りだ。本当の男子は、虚勢を張ったり気取ったりするものではない。いやに強がったりでれでれしたりしはしない。テオデュールはお前の所だけにしておくがいい。」
そして娘が、「でもあなたの甥おいの子ではありませんか」と言ったところでむだなことだった。ジルノルマン氏は爪つめの先まで祖父ではあったが、一点も大伯父たるところはなかった。
実のところ、彼は才智をそなえていてふたりを比較していたので、テオデュールがいることはますますマリユスを惜しむの念を強めるばかりだった。
ある晩、六月の四日であったが、ジルノルマン老人はなお暖炉に盛んな火をたかして、娘を隣室に退かせ縫い物をさしていた。そして彼はひとりで牧歌的な飾り立てをした室へやに残っていて、薪台の上に足を置き、コロマンデルの広い九枚折り屏風びょうぶに半ば囲まれ、緑色の笠かさの下に二本の蝋燭ろうそくが燃えているテーブルに肱ひじをつき、毛氈もうせんの肱掛け椅子いすに身を埋め、手に一冊の書物を持っていた。しかし別にそれを読んでるのでもなかった。いつものとおりアンクロアイヤブル(執政内閣時代の軽薄才子)式の服装をして、ちょうどガラー(訳者注 大革命から帝政時代の政治家)の古い肖像を見るがようであった。そんな服装で往来に出ようものなら人だかりがするかも知れなかったが、娘はいつも彼が出かける時には司教のような広い綿入れの絹外套きぬがいとうを着せてやったので、人の目につかなかったのである。家にいる時には、起き上がった時と寝る時とのほかは決して居間着をつけなかった。「あれを着ると老人らしく見える、」と彼は言っていた。
ジルノルマン老人はマリユスのことを考えると、かわいくなったり苦々にがにがしくなったりしたが、普通は苦々しさの方が強かった。そのいら立った愛情は、しまいには煮えくり返って、憤怒に終わるのが常であった。そして後には、あきらめをつけて心を痛めるものをじっと受け入れようとするほどになっていた。彼は自ら説き聞かしていた、もうマリユスが帰って来るはずはない、帰って来るものならとくに帰ってるはずである、もうあきらめなければならないと。そして、もう万事終わりだ、自分は「あの男」に再び会わないで死んでゆくのだ、という考えになれようとつとめていた。しかし彼の天性はそれに反抗した。年老いた親身しんみの心はそれに同意することができなかった。それでも彼は口癖になってる悲しい言葉をくり返した、「なに、帰ってきはすまい!」彼はそのはげた頭を胸にたれ、痛ましい激昂げっこうした目つきを炉の灰の上にぼんやり定めていた。
そういう夢想の最中に、老僕のバスクがはいってきて、そして尋ねた。
「旦那様だんなさま、マリユス様をお通し申してよろしゅうございましょうか。」
老人はまっさおになって身を起こした。電流のために起たたされた死骸しがいのようだった。全身の血は心臓に流れ込んでしまった。彼は口ごもった。
「何のマリユス様だ?」
「存じません。」とバスクは主人の様子に驚き恐れて答えた。「私がお会いしたのではございません。ニコレットが私の所へきて申しました、若い方がみえています、マリユス様と申し上げて下さいと。」
ジルノルマン老人は低い声でつぶやいた。
「お通し。」
そして彼は同じ態度のままで、頭を振り動かしながら扉とびらを見つめていた。扉は開いた。ひとりの青年がはいってきた。マリユスであった。

 

 

 

 

Marius s'arrêta à la porte comme attendant qu'on lui dît d'entrer.

Son vêtement presque misérable ne s'apercevait pas dans l'obscurité que faisait l'abat-jour. On ne distinguait que son visage calme et grave, mais étrangement triste.

Le père Gillenormand, hébété de stupeur et de joie, resta quelques instants sans voir autre chose qu'une clarté comme lorsqu'on est devant une apparition. Il était prêt à défaillir; il apercevait Marius à travers un éblouissement. C'était bien lui, c'était bien Marius!

Enfin! après quatre ans! Il le saisit, pour ainsi dire, tout entier d'un coup d'œil. Il le trouva beau, noble, distingué, grandi, homme fait, l'attitude convenable, l'air charmant. Il eut envie d'ouvrir ses bras, de l'appeler, de se précipiter, ses entrailles se fondirent en ravissement, les paroles affectueuses le gonflaient et débordaient de sa poitrine; enfin toute cette tendresse se fit jour et lui arriva aux lèvres, et par le contraste qui était le fond de sa nature, il en sortit une dureté. Il dit brusquement:

—Qu'est-ce que vous venez faire ici?

Marius répondit avec embarras:

—Monsieur....

M. Gillenormand eût voulu que Marius se jetât dans ses bras. Il fut mécontent de Marius et de lui-même. Il sentit qu'il était brusque et que Marius était froid. C'était pour le bonhomme une insupportable et irritante anxiété de se sentir si tendre et si éploré au dedans et de ne pouvoir être que dur au dehors. L'amertume lui revint. Il interrompit Marius avec un accent bourru:

—Alors pourquoi venez-vous?

Cet «alors» signifiait: si vous ne venez pas m'embrasser. Marius regarda son aïeul à qui la pâleur faisait un visage de marbre.

—Monsieur....

Le vieillard reprit d'une voix sévère:

—Venez-vous me demander pardon? avez-vous reconnu vos torts?

Il croyait mettre Marius sur la voie et que «l'enfant» allait fléchir. Marius frissonna; c'était le désaveu de son père qu'on lui demandait; il baissa les yeux et répondit:

—Non, monsieur.

—Et alors, s'écria impétueusement le vieillard avec une douleur poignante et pleine de colère, qu'est-ce que vous me voulez?

Marius joignit les mains, fit un pas et dit d'une voix faible et qui tremblait:

—Monsieur, ayez pitié de moi.

Ce mot remua M. Gillenormand; dit plus tôt, il l'eût attendri, mais il venait trop tard. L'aïeul se leva; il s'appuyait sur sa canne de ses deux mains, ses lèvres étaient blanches, son front vacillait, mais sa haute taille dominait Marius incliné.

—Pitié de vous, monsieur! C'est l'adolescent qui demande de la pitié au vieillard de quatre-vingt-onze ans! Vous entrez dans la vie, j'en sors; vous allez au spectacle, au bal, au café, au billard, vous avez de l'esprit, vous plaisez aux femmes, vous êtes joli garçon; moi je crache en plein été sur mes tisons; vous êtes riche des seules richesses qu'il y ait, moi j'ai toutes les pauvretés de la vieillesse, l'infirmité, l'isolement! vous avez vos trente-deux dents, un bon estomac, l'œil vif, la force, l'appétit, la santé, la gaîté, une forêt de cheveux noirs; moi je n'ai même plus de cheveux blancs, j'ai perdu mes dents, je perds mes jambes, je perds la mémoire, il y a trois noms de rues que je confonds sans cesse, la rue Charlot, la rue du Chaume et la rue Saint-Claude, j'en suis là; vous avez devant vous tout l'avenir plein de soleil, moi je commence à n'y plus voir goutte, tant j'avance dans la nuit; vous êtes amoureux, Ça va sans dire, moi, je ne suis aimé de personne au monde, et vous me demandez de la pitié! Parbleu, Molière a oublié ceci. Si c'est comme cela que vous plaisantez au palais, messieurs les avocats, je vous fais mon sincère compliment. Vous êtes drôles.

Et l'octogénaire reprit d'une voix courroucée et grave:

—Ah çà, qu'est-ce que vous me voulez?

—Monsieur, dit Marius, je sais que ma présence vous déplaît, mais je viens seulement pour vous demander une chose, et puis je vais m'en aller tout de suite.

Vous êtes un sot! dit le vieillard. Qui est-ce qui vous dit de vous en aller?

Ceci était la traduction de cette parole tendre qu'il avait au fond du cœur: Mais demande-moi donc pardon! Jette-toi donc à mon cou! M. Gillenormand sentait que Marius allait dans quelques instants le quitter, que son mauvais accueil le rebutait, que sa dureté le chassait, il se disait tout cela, et sa douleur s'en accroissait, et comme sa douleur se tournait immédiatement en colère, sa dureté en augmentait. Il eût voulu que Marius comprît, et Marius ne comprenait pas; ce qui rendait le bonhomme furieux. Il reprit:

—Comment! vous m'avez manqué, à moi, votre grand-père, vous avez quitté ma maison pour aller on ne sait où, vous avez désolé votre tante, vous avez été, cela se devine, c'est plus commode, mener la vie de garçon, faire le muscadin, rentrer à toutes les heures, vous amuser, vous ne m'avez pas donné signe de vie, vous avez fait des dettes sans même me dire de les payer, vous vous êtes fait casseur de vitres et tapageur, et, au bout de quatre ans, vous venez chez moi, et vous n'avez pas autre chose à me dire que cela!

Cette façon violente de pousser le petit-fils à la tendresse ne produisit que le silence de Marius. M. Gillenormand croisa les bras, geste qui, chez lui, était particulièrement impérieux, et apostropha Marius amèrement:

—Finissons. Vous venez me demander quelque chose, dites-vous? Eh bien quoi? qu'est-ce? Parlez.

—Monsieur, dit Marius avec le regard d'un homme qui sent qu'il va tomber dans un précipice, je viens vous demander la permission de me marier.

M. Gillenormand sonna. Basque entr'ouvrit la porte.

—Faites venir ma fille.

Une seconde après, la porte se rouvrit, mademoiselle Gillenormand n'entra pas, mais se montra; Marius était debout, muet, les bras pendants, avec une figure de criminel; M. Gillenormand allait et venait en long et en large dans la chambre. Il se tourna vers sa fille et lui dit:

—Rien. C'est monsieur Marius. Dites-lui bonjour. Monsieur veut se marier. Voilà. Allez-vous-en.

Le son de voix bref et rauque du vieillard annonçait une étrange plénitude d'emportement. La tante regarda Marius d'un air effaré, parut à peine le reconnaître, ne laissa pas échapper un geste ni une syllabe, et disparut au souffle de son père plus vite qu'un fétu devant l'ouragan.

Cependant le père Gillenormand était revenu s'adosser à la cheminée.

—Vous marier! à vingt et un ans! Vous avez arrangé cela! Vous n'avez plus qu'une permission à demander! une formalité. Asseyez-vous, monsieur. Eh bien, vous avez eu une révolution depuis que je n'ai eu l'honneur de vous voir. Les jacobins ont eu le dessus. Vous avez dû être content. N'êtes-vous pas républicain depuis que vous êtes baron? Vous accommodez cela. La république fait une sauce à la baronnie. Êtes-vous décoré de Juillet? avez-vous un peu pris le Louvre, monsieur? Il y a ici tout près, rue Saint-Antoine, vis-à-vis la rue des Nonaindières, un boulet incrusté dans le mur au troisième étage d'une maison avec cette inscription: 28 juillet 1830. Allez voir cela. Cela fait bon effet. Ah! ils font de jolies choses, vos amis! À propos, ne font-ils pas une fontaine à la place du monument de M. le duc de Berry? Ainsi vous voulez vous marier? à qui? peut-on sans indiscrétion demander à qui?

Il s'arrêta, et, avant que Marius eût eu le temps de répondre, il ajouta violemment:

—Ah çà, vous avez un état? une fortune faite? combien gagnez-vous dans votre métier d'avocat?

—Rien, dit Marius avec une sorte de fermeté et de résolution presque farouche.

—Rien? vous n'avez pour vivre que les douze cents livres que je vous fais?

Marius ne répondit point. M. Gillenormand continua:

—Alors, je comprends, c'est que la fille est riche?

—Comme moi.

—Quoi! pas de dot?

—Non.

—Des espérances?

—Je ne crois pas.

—Toute nue! et qu'est-ce que c'est que le père?

—Je ne sais pas.

—Et comment s'appelle-t-elle?

—Mademoiselle Fauchelevent.

—Fauchequoi?

—Fauchelevent.

—Pttt! fit le vieillard.

—Monsieur! s'écria Marius.

M. Gillenormand l'interrompit du ton d'un homme qui se parle à lui-même.

—C'est cela, vingt et un ans, pas d'état, douze cents livres par an, madame la baronne Pontmercy ira acheter deux sous de persil chez la fruitière.

—Monsieur, reprit Marius, dans l'égarement de la dernière espérance qui s'évanouit, je vous en supplie! je vous en conjure, au nom du ciel, à mains jointes, monsieur, je me mets à vos pieds, permettez-moi de l'épouser.

Le vieillard poussa un éclat de rire strident et lugubre à travers lequel il toussait et parlait.

—Ah! ah! ah! vous vous êtes dit: Pardine! je vais aller trouver cette vieille perruque, cette absurde ganache! Quel dommage que je n'aie pas mes vingt-cinq ans! comme je te vous lui flanquerais une bonne sommation respectueuse! comme je me passerais de lui! C'est égal, je lui dirai: Vieux crétin, tu es trop heureux de me voir, j'ai envie de me marier, j'ai envie d'épouser mamselle n'importe qui, fille de monsieur n'importe quoi, je n'ai pas de souliers, elle n'a pas de chemise, ça va, j'ai envie de jeter à l'eau ma carrière, mon avenir, ma jeunesse, ma vie, j'ai envie de faire un plongeon dans la misère avec une femme au cou, c'est mon idée, il faut que tu y consentes! et le vieux fossile consentira. Va, mon garçon, comme tu voudras, attache-toi ton pavé, épouse ta Pousselevent, ta Coupelevent...—Jamais, monsieur! jamais!

—Mon père!

—Jamais!

À l'accent dont ce «jamais» fut prononcé, Marius perdit tout espoir. Il traversa la chambre à pas lents, la tête ployée, chancelant, plus semblable encore à quelqu'un qui se meurt qu'à quelqu'un qui s'en va. M. Gillenormand le suivait des yeux, et au moment où la porte s'ouvrait et où Marius allait sortir, il fit quatre pas avec cette vivacité sénile des vieillards impérieux et gâtés, saisit Marius au collet, le ramena énergiquement dans la chambre, le jeta dans un fauteuil, et lui dit:

—Conte-moi ça!

C'était ce seul mot, mon père, échappé à Marius, qui avait fait cette révolution.

Marius le regarda égaré. Le visage mobile de M. Gillenormand n'exprimait plus rien qu'une rude et ineffable bonhomie. L'aïeul avait fait place au grand-père.

—Allons, voyons, parle, conte-moi tes amourettes, jabote, dis-moi tout! Sapristi! que les jeunes gens sont bêtes!

—Mon père! reprit Marius.

Toute la face du vieillard s'illumina d'un indicible rayonnement.

—Oui, c'est ça! appelle-moi ton père, et tu verras!

Il y avait maintenant quelque chose de si bon, de si doux, de si ouvert, de si paternel en cette brusquerie, que Marius, dans ce passage subit du découragement à l'espérance, en fut comme étourdi et enivré. Il était assis près de la table, la lumière des bougies faisait saillir le délabrement de son costume que le père Gillenormand considérait avec étonnement.

—Eh bien, mon père, dit Marius.

—Ah çà, interrompit M. Gillenormand, tu n'as donc vraiment pas le sou? Tu es mis comme un voleur.

Il fouilla dans un tiroir, et y prit une bourse qu'il posa sur la table:

—Tiens, voilà cent louis, achète-toi un chapeau.

—Mon père, poursuivit Marius, mon bon père, si vous saviez! je l'aime. Vous ne vous figurez pas, la première fois que je l'ai vue, c'était au Luxembourg, elle y venait; au commencement je n'y faisais pas grande attention, et puis je ne sais pas comment cela s'est fait, j'en suis devenu amoureux. Oh! comme cela m'a rendu malheureux! Enfin je la vois maintenant, tous les jours, chez elle, son père ne sait pas, imaginez qu'ils vont partir, c'est dans le jardin que nous nous voyons, le soir, son père veut l'emmener en Angleterre, alors je me suis dit: Je vais aller voir mon grand-père et lui conter la chose. Je deviendrais fou d'abord, je mourrais, je ferais une maladie, je me jetterais à l'eau. Il faut absolument que je l'épouse, puisque je deviendrais fou. Enfin voilà toute la vérité, je ne crois pas que j'aie oublié quelque chose. Elle demeure dans un jardin où il y a une grille, rue Plumet. C'est du côté des Invalides.

Le père Gillenormand s'était assis radieux près de Marius. Tout en l'écoutant et en savourant le son de sa voix, il savourait en même temps une longue prise de tabac. À ce mot, rue Plumet, il interrompit son aspiration, et laissa tomber le reste de son tabac sur ses genoux.

—Rue Plumet! tu dis rue plumet?—Voyons donc!—N'y a-t-il pas une caserne par là?—Mais oui, c'est ça. Ton cousin Théodule m'en a parlé. Le lancier, l'officier.—Une fillette, mon bon ami, une fillette!—Pardieu oui, rue Plumet. C'est ce qu'on appelait autrefois la rue Blomet.—Voilà que ça me revient. J'en ai entendu parler de cette petite de la grille de la rue Plumet. Dans un jardin. Une Paméla. Tu n'as pas mauvais goût. On la dit proprette. Entre nous, je crois que ce dadais de lancier lui a un peu fait la cour. Je ne sais pas jusqu'où cela a été. Enfin ça ne fait rien. D'ailleurs il ne faut pas le croire. Il se vante. Marius! je trouve ça très bien qu'un jeune homme comme toi soit amoureux. C'est de ton âge. Je t'aime mieux amoureux que jacobin. Je t'aime mieux épris d'un cotillon, sapristi! de vingt cotillons que de monsieur de Robespierre. Pour ma part, je me rends cette justice qu'en fait de sans-culottes, je n'ai jamais aimé que les femmes. Les jolies filles sont les jolies filles, que diable! il n'y a pas d'objection à ça. Quant à la petite, elle te reçoit en cachette du papa. C'est dans l'ordre. J'ai eu des histoires comme ça, moi aussi. Plus d'une. Sais-tu ce qu'on fait? On ne prend pas la chose avec férocité; on ne se précipite pas dans le tragique; on ne conclut pas au mariage et à monsieur le maire avec son écharpe. On est tout bêtement un garçon d'esprit. On a du bon sens. Glissez, mortels, n'épousez pas. On vient trouver le grand-père qui est bonhomme au fond, et qui a bien toujours quelques rouleaux de louis dans un vieux tiroir; on lui dit: Grand-père, voilà. Et le grand-père dit: C'est tout simple. Il faut que jeunesse se passe et que vieillesse se casse. J'ai été jeune, tu seras vieux. Va, mon garçon, tu rendras ça à ton petit-fils. Voilà deux cents pistoles. Amuse-toi, mordi! Rien de mieux! C'est ainsi que l'affaire doit se passer. On n'épouse point, mais ça n'empêche pas. Tu me comprends?

Marius, pétrifié et hors d'état d'articuler une parole, fit de la tête signe que non.

Le bonhomme éclata de rire, cligna sa vieille paupière, lui donna une tape sur le genou, le regarda entre deux yeux d'un air mystérieux et rayonnant, et lui dit avec le plus tendre des haussements d'épaules:

—Bêta! fais-en ta maîtresse.

Marius pâlit. Il n'avait rien compris à tout ce que venait de dire son grand-père. Ce rabâchage de rue Blomet, de Paméla, de caserne, de lancier, avait passé devant Marius comme une fantasmagorie. Rien de tout cela ne pouvait se rapporter à Cosette qui était un lys. Le bonhomme divaguait. Mais cette divagation avait abouti à un mot que Marius avait compris et qui était une mortelle injure à Cosette. Ce mot, fais-en ta maîtresse, entra dans le cœur du sévère jeune homme comme une épée.

Il se leva, ramassa son chapeau qui était à terre, et marcha vers la porte d'un pas assuré et ferme. Là il se retourna, s'inclina profondément devant son grand-père, redressa la tête, et dit:

—Il y a cinq ans, vous avez outragé mon père; aujourd'hui vous outragez ma femme. Je ne vous demande plus rien, monsieur. Adieu.

Le père Gillenormand, stupéfait, ouvrit la bouche, étendit les bras, essaya de se lever, et, avant qu'il eût pu prononcer un mot, la porte s'était refermée et Marius avait disparu.

Le vieillard resta quelques instants immobile et comme foudroyé sans pouvoir parler ni respirer, comme si un poing fermé lui serrait le gosier. Enfin il s'arracha de son fauteuil, courut à la porte autant qu'on peut courir à quatre-vingt-onze ans, l'ouvrit, et cria:

—Au secours! au secours!

Sa fille parut, puis les domestiques. Il reprit avec un râle lamentable:

—Courez après lui! rattrapez-le! Qu'est-ce que je lui ai fait? Il est fou! il s'en va! Ah! mon Dieu! ah! mon Dieu! cette fois il ne reviendra plus!

Il alla à la fenêtre qui donnait sur la rue, l'ouvrit de ses vieilles mains chevrotantes, se pencha plus d'à mi-corps pendant que Basque et Nicolette le retenaient par-derrière, et cria:

—Marius! Marius! Marius! Marius!

Mais Marius ne pouvait déjà plus entendre, et tournait en ce moment-là même l'angle de la rue Saint-Louis.

L'octogénaire porta deux ou trois fois ses deux mains à ses tempes avec une expression d'angoisse, recula en chancelant et s'affaissa sur un fauteuil, sans pouls, sans voix, sans larmes, branlant la tête et agitant les lèvres d'un air stupide, n'ayant plus rien dans les yeux et dans le cœur que quelque chose de morne et de profond qui ressemblait à la nuit.

マリユスははいれと言われるのを待つかのように、扉の所に立ち止まった。
彼の見すぼらしい服装は、蝋燭ろうそくの笠かさが投げてる影の中でよく見えなかった。ただその落ち着いたまじめなしかも妙に悲しげな顔だけがはっきり見えていた。
ジルノルマン老人は驚きと喜びとでぼんやりして、あたかも幽霊の前に出たように、ただぽーっとした光を見るきりで、しばらく身動きもできなかった。彼は気を失わんばかりであった。彼は眩惑げんわくしながらマリユスを見た。確かに彼だった、確かにマリユスだった。
ついにきた、四年の後に! 彼は言わば一目でマリユスの全部を見て取った。マリユスは美しく、気高く、りっぱで、大きくなり、一人前の男になり、申し分のない態度になり、みごとな様子になっていた。彼は両腕をひろげ、その名を呼び、飛びつきたいほどだった。彼の心は喜びに解け、愛のこもった言葉は胸いっぱいになってあふれかけた。ついにその愛情はわき上がって、脣くちびるまで上ってきた。しかし常に反対の道をゆく奥底の性質のために、脣からは荒々しい言葉が出た。彼はだしぬけに言った。
「何しにここへやってきた?」
マリユスは当惑して答えた。
「あの……。」
ジルノルマン氏は自分の腕にマリユスが身を投じてくるのを欲したであろう。彼はマリユスにもまた自分自身にも不満だった。自分は粗暴でありマリユスは冷淡であることを彼は感じた。内心はいかにもやさしく悲しいのに外部の態度は冷酷でしかあり得ないことを感ずるのは、老人にとってたえ難いいら立ちの種だった。苦々にがにがしい気持ちが彼に戻ってきた。彼は気むずかしい調子でマリユスの言葉をさえぎった。
「では何のためにきたんだ?」
その「では」という言葉は、わしを抱擁しにきたのでないならという意味だった。マリユスは青ざめて大理石のような顔をしてる祖父をながめた。
「あの……。」
老人は酷きびしい声で言った。
「わしの許しを願いにきたのか。自分の悪かったことがわかったのか。」
彼はマリユスを正道に引き戻してやったのだと思っていた、「子供」が我がを折りかけてるのだと思っていた。マリユスは身を震わした。祖父が求めているのは父を捨てることであった。彼は目を伏せて答えた。
「いいえ。」
「それでは何の用だ?」と老人は憤怒に満ちた悲痛の情を以って急せき込んで叫んだ。
マリユスは両手を握り合わせ、一歩進み出て、弱い震え声で言った。
「あの、少しお慈悲を。」
その言葉はジルノルマン氏の心を刺激した。も少し早く言われたら、彼は心を和らげたであろう。しかしもう遅かった。祖父は立ち上がった。彼は両手で杖にすがり、脣くちびるはまっ白になり、額は筋立っていたが、その高い身体は首垂うなだれてるマリユスの上にそびえた。
「お前に慈悲をかける! 九十一歳の老人に向かって若い者が慈悲を求めるというのか! お前は世間にはいっており、わしは世間から出ている。お前は芝居や舞踏会や珈琲コーヒー店や撞球たまつき場に出入りし、気がきいており、女の気に入り、男振りがいい。わしは夏の最中でも火にかじりついてる。お前は富の中での富である若さを持ってる。わしは老人の貧しさを、衰弱と孤独とを持ってる。お前は三十二枚の歯と、いい胃袋と、はっきりした目と、力と、食欲と、健康と、元気と、森のような黒い髪とを持ってる。わしはもう白髪しらがも持たず、歯も足の力も記憶さえも失ってる、シャルロ街とショーム街とサン・クロード街の三つの名前さえ絶えずまちがえてる、それほどになってるのだ。お前は光り輝く未来を前途に持ってる。わしはもう光が少しも見えなくなりかけてる、それほど暗闇くらやみの中にふみこんでるのだ。お前は女のあとを追っかけてる、そんなことは言わなくてもわかる。わしは世の中のだれからも顧みられない。それだのにお前はわしに慈悲を願うのか。ばかな! モリエールだってそんなことは思いついてやしない。そんなことを言って裁判所を笑わせようというんなら、弁護士諸君、私は心からお祝いするよ。おかしな奴やつらだ。」
そして百歳近くの老人は、怒ったいかめしい声で言い続けた。
「いったい、わしにどうしろと言うのだ?」
「私があなたの前に出ますのは、お心に逆らうこととは存じております。」とマリユスは言った。「しかし私はただ一つお願いしたいことがあって参りました。それがすめばすぐに出て行きます。」
「お前はばかだ!」と老人は言った。「だれが出て行けと言った?」
その一言は、「まあわしの許しを乞こえ、わしの首に飛びついてこい!」という心の底のやさしい言葉を言い換えたものであった。ジルノルマン氏はマリユスが間もなく自分のもとを去ってゆくに違いないと感じた。喜んで迎えなかったために彼を反抗さし、酷きびしい態度をしたため彼を追い返すことになったと感じた。老人は自らはっきりそう思った。そのために彼の悲しみはますます大きくなった。その悲しみがすぐに憤怒に変わったので、彼の厳酷さはまた増してきた。彼はマリユスにその心持ちを了解してもらいたかったであろう。しかしマリユスは了解しなかった。そのことは老人を激昂げっこうさした。彼は言った。
「これ、お前はこのわしを、お前の祖父を捨てて行った。お前は家を出てどこかへ行ってしまった。お前は伯母おばを心配さした。そして何をしたんだ。言わずとわかってる。その方がいいからさ。放埒ほうらつな生活をし、遊び歩き、勝手な時間に帰ってき、おもしろいことをし、働いた様子も見せず、払ってくれとも言わないで借金をし、よその家の窓ガラスをこわし、乱暴なまねをし、そして四年ぶりにわしの所へ戻ってきたんだ。わしに言いたいのはそれだけのことだろう!」
孫の愛情を得るためのその荒々しいやり方は、かえってただマリユスを黙らせるだけだった。ジルノルマン氏は彼独特の妙に傲然ごうぜんたる腕組みをして、苦々にがにがしくマリユスに言いかけた。
「こんな話はやめだ。お前は何かわしに願いにきたと言ったが、いったい何だ、何のことだ? 言ってみるがいい。」
「あの、」とマリユスは深淵しんえんの中に落ち込みかけてる者のような目つきをして言った、「私はあなたに、結婚の許しをお願いに参りました。」
ジルノルマン氏は呼び鈴を鳴らした。バスクが扉とびらを少し開いた。
「娘を呼んでこい。」
それからすぐに扉が再び開いて、ジルノルマン嬢が、はいってはこないで身体だけを見せた。マリユスは黙ったまま腕をたれ、罪人のような顔をして立っていた。ジルノルマン氏は室へやの中をあちらこちら歩き回っていた。彼は娘の方に向いて言った。
「何でもない。これはマリユスさんだ。ごあいさつをするがいい。この人は結婚をしたいんだそうだ。それだけだ。もう行っていい。」
老人の切れ切れな嗄かれた声の調子は、ひどく激昂げっこうしきってることを示していた。伯母おばはびっくりした様子でマリユスをながめ、その姿もよくわからないといったふうで、何の身振りも言葉も示さず、暴風の前の枯れ葉よりも早く父の一息のために吹きやられてしまった。
そのうちにジルノルマン老人は暖炉に背を寄せかけた。
「お前が結婚する! 二十一歳で! 自分できめて、ただ許しだけを願う、それも形式だけに! まあすわるがいい。ところで、お前に会わないうちに革命が起こった。ジャコバン党が勝った。お前は満足に違いない。お前は男爵になってから共和派にもなってるだろう。二つを調和さしてる。共和は男爵の位に味を添えるからね。お前は七月革命で勲章でももらったか。ルーヴル宮殿にも少しは手を出したか。すぐこの近く、ノナン・ディエール街と向き合ったサン・タントアーヌ街に、ある家の四階の壁に弾丸たまが一つ打ち込んである。そして一八三〇年七月二十八日というしるしがついてる。行って見るがいい。ためになるだろう。お前たちの仲間はなるほど結構なことをするよ。それからベリー公の記念碑の所に噴水をこしらえてるというじゃないか。そんなことをして、それでお前は結婚したいというのか。だれとだ。そういうことはやたらに言い出せるものではない。」
彼は言葉を切った。そしてマリユスが答える暇もなく、また激しく言い出した。
「どうだ、お前には身分ができたろう。財産ができたろう。弁護士の仕事をしてどれくらいとれるのか。」
「一文もとれません。」とマリユスは荒い決心と確乎かっこさとをもって言った。
「一文もとれない? ではわしがやる千二百フランだけで暮らしてゆかなけりゃならないんだな。」
マリユスは答えなかった。ジルノルマン氏は続けて言った。
「では、思うに、女が金持ちだな。」
「私と同じようなものです。」
「なに! 持参金もないのか。」
「ありません。」
「遺産の当てでもあるのか。」
「ありそうもありません。」
「身体だけ! そして父親は何だ。」
「存じません。」
「そして娘の名は何というんだ。」
「フォーシュルヴァン嬢といいます。」
「フォーシュ……何だ。」
「フォーシュルヴァンです。」
「ちェッ!」と老人は舌うちした。
「どうぞ!」とマリユスは叫んだ。
ジルノルマン氏は独語でもするような調子で彼の言葉をさえぎった。
「なるほど、二十一歳、身分はなし、年に千二百フラン、ポンメルシー男爵夫人が八百屋やおやに二スーの芹せりを買いに行こうってわけだな。」
「どうぞ、」とマリユスは最後の望みもなくなったのに茫然ぼうぜんとして言った、「お願いです。私は天に誓って、手を合わしてあなたの足下に身を投げて、お願いします。私にその婦人と結婚することを許して下さい!」
老人は鋭い痛ましい笑いとともに咳せき込み、そして言った。
「はっ、はっ、はっ、お前はこんなことを考えたんだろう。なあに、あの旧弊な老耄おいぼれを、あの訳のわからぬばか爺じじいを、一つ見に行ってやれ。二十五歳になっていないのが残念だ。二十五歳にさえなっていりゃあ、結婚承諾要求書をさしつけてやるんだがな。あんな奴やつあってもなくてもいいんだがな。でもまあいいや、こう言ってやれ。お爺じいさん、私に会ってうれしいだろう、私は結婚したいんだよ、何とかいう嬢さんと結婚したいんだ、どこかの男の娘さんだ、私には靴くつもないし、女にはシャツもない、ちょうど似合ってる、私は仕事も未来も若さも生命も、水にでもぶっ込んでしまいたい、私は女の首っ玉にかじりついて、貧乏の中に飛び込んでしまいたい、それが私の理想だ、お前は是非とも同意しなけりゃいけない。そう言ったらあのひからびた老耄も同意するだろう。そしてこう言うだろう。なるほど、好きなようにするがいい、その石ころを背負い込むがいい、お前のプースルヴァンとかクープルヴァンとかと結婚するがいいとね。――ところがいけない。断じていかん!」
「お父さん!」
「いかん!」
この「いかん」という語が発せられた調子に、マリユスはすべての希望を失った。彼は頭をたれ、よろめきながら、徐々に室へやの中を退いていった。それは立ち去る人というよりも、むしろ死にかかってる人のようであった。ジルノルマン氏は彼を目送していたが、扉とびらが開かれてマリユスが外に出ようとした時、性急ながむしゃらな老人の敏活さで数歩進んで、マリユスの首筋をつかみ、激しく室へやの中に引き戻し、肱掛ひじかけ椅子いすの上に投げ倒し、そして言った。
「まあよく話せ!」
そう彼の態度が変わったのは、マリユスが偶然発した「お父さん」という一語のためだった。
マリユスは茫然ぼうぜんとして彼をながめた。ジルノルマン氏の変わりやすい顔にはもう、露骨な名状し難い人の好よさしか現われていなかった。後見人は祖父と代わったのであった。
「さあ話すがいい。お前の艶種つやだねを、女のことをすっかり私に言ってしまいなさい。どうも、若い者ときたら仕方がない。」
「お父さん!」とマリユスは言った。
老人の顔には何とも言えない輝きが満ちた。
「うむ、そうだ、わしをお父さんと呼ぶがいい、聞いてやるから。」
その時にはもうその粗暴さのうちにも、ある親切なやさしい打ち明けた親身しんみらしい調子がこもっていて、マリユスは突然落胆から希望に移ってゆき、そのためにぼんやりして酔ったようになった。彼はテーブルのそばにすわっていたので、服装の見すぼらしさが蝋燭ろうそくの光に目立ち、ジルノルマン老人はそれを見て驚いた。
「で、お父さん!」とマリユスは言った。
「いかにも、」とジルノルマン氏はさえぎった、「お前はまったく一スーもないんだね。お前の様子は泥坊のようだ。」
彼は引き出しの中を探り、金入れを取り出し、それをテーブルの上に置いた。
「さあ、ここに百ルイ(二千フラン)ある。帽子でも買うがいい。」
「お父さん、」とマリユスは言い出した、「ねえお父さん、どんなにか私は彼女を愛してることでしょう。御想像もつきますまい。始めて会ったのはリュクサンブールの園でした。彼女はいつもそこにやってきました。初め私は大して気にも止めませんでした。けれどそれから、どうしたのか自分でもわかりません、いつか恋するようになりました。ああそのために私はどんなにか心を痛めたでしょう。そして今では、毎日、彼女の家で会っています。父親はそれを知りません。ところが、察して下さい、その親子は遠くに行こうとしています。私たちは晩に庭で会っています。父親につれられてイギリスに行くというんです。それで私は、お祖父様じいさまに会って話してみようと考えました。別れるようなことがあれば、私はきっと気が変になります。死にます、病気になります、水に身を投げます。どうしても結婚しなければなりません。狂人きちがいになりそうですから。事実はそれだけです。言い落としたことはないつもりです。彼女はプリューメ街の鉄門のある庭に住んでいます。アンヴァリードの方です。」
ジルノルマン老人は、顔を輝かしてマリユスのそばにすわっていた。彼に耳を傾けその声音こわねを味わいながら、また同時にゆるゆるとかぎ煙草たばこを味わっていた。ところがプリューメ街という一語を聞いて、彼は煙草をかぐのをやめ、煙草の残りを膝ひざの上に落とした。
「プリューメ街! プリューメ街だな。……待てよ……その近くに兵営はないかね。……そうだ、それだ。お前の従兄いとこのテオデュールがそのことを言っていた。あの槍騎兵そうきへいの将校だ。……いい娘、そう、いい娘だそうだ。……うむ、プリューメ街。昔はブローメ街と言った所だ。……ようやく思い出した。プリューメ街の鉄門の娘のことなら、わしも聞いたことがある。庭の中。パメラ(訳者注 リチャードソンの小説中の女主人公)のような美人、お前の眼識は悪くない。きれいだという評判だ。ここだけの話だが、あの槍騎兵そうきへいのばかめも少しからかっているらしい。どれくらい進んだ話かわしは知らん。だがそんなことはどうでもいい。その上あいつの言うことはあてにならん。ほらをふくからな。マリユス、お前のような若い者が女を思うのはあたりまえだ。お前の年齢としだからな。ジャコバン党より色男の方がわしは好きだ。ロベスピエールにつかまってるより、娘っ児につかまってる方がいい、何人いてもかまわん。わしにしたところで、確かに、革命家どものうちでも女だけは愛したものだ。美人はいつでも美人だからな。それに異論があるはずはない。ところでその娘は、父親に隠れてお前に会ってるんだな。よくあることだ。わしにもそんな話はある、いくらもある。そしてお前はやり方を心得てるか。本気にならないことだ、深みにはまらないことだ、結婚だの正式の手続きだのに落ちてゆかないことだ。ただうまくさえやればいい。ふみはずしさえしなけりゃいい。すべりぬけるんだ、結婚してはいかん。古い引き出しの中にいつでも金包みを入れてる、元から人の好よいお祖父じいさんに会いに行くんだ。そして言うがいい。お祖父さんこのとおりです。するとお祖父さんは言ってくれる。なにあたりまえのことだ。青春は過ぎ去るものだ、老年は砕け去るものだ。私も一度は若かった、お前も今に年取る。やがてお前にも孫にそう言ってやるような時が来る。さあここに二百ピストル(二千フラン)ばかりある。これで遊んで来るがいい。それが一番だ。万事こういうふうになるのが本当だ。結婚するものではない。それかと言って女に手を出すなというんではない。どうだわかったか。」
マリユスは石のようになって一言も発することができず、ただ頭を振ってわからないという意を示した。
老人は笑い出し、年老いた目をまたたき、彼の膝ひざをたたき、不思議な輝いた顔つきで彼をまともに見つめ、ごくやさしく肩をすぼめて言った。
「ばかだね、情婦にするんだ。」
マリユスは顔色を変えた。彼は今祖父が言ったことは少しも理解していなかった。ブローメ街だの、パメラだの、兵営だの、槍騎兵そうきへいだのという冗弁は、マリユスの前を幻灯のように通りすぎた。それらのうちには、百合ゆりの花のようなコゼットに関係のあるものは一つもなかった。老人は種々なことをしゃべりちらした。しかしそれらの枝葉の言葉は、マリユスが了解した一言、コゼットに対する極度の侮辱である一言に、ついに到達した。「情婦にするんだ」というその一言は、謹厳な青年の心を刃のごとく貫いた。
彼は立ち上がり、下に落ちていた帽子を拾い、断乎だんこたるしっかりした歩調で扉とびらの所まで行った。そこで彼はふり向き、祖父の前に低く身をかがめ、再び頭をもたげ、そして言った。
「五年前にあなたは私の父を侮辱しました。今日はまた私の妻を侮辱しました。もう何もお願いしません。お別れします。」
ジルノルマン老人は、あきれ返り、口を開き、腕を差し出し、立ち上がろうとした。しかし彼に一言を発するすきも与えないで、扉は再び閉ざされ、マリユスの姿は消えた。
老人はしばらく身動きもせず、雷に打たれたようになり、口をきくことも息をすることもできず、あたかも拳固げんこで喉のどをしめつけられてるがようだった。やがて彼は肱掛ひじかけ椅子いすから身をふりもぎ、九十一歳の老年に能う限りの早さで扉の所に駆け寄り、扉を開き、そして叫んだ。
「だれか、だれかいないか!」
娘がやってき、次に召し使いどもがやってきた。彼は哀れな嗄かれ声で言った。
「あいつを追っかけてくれ。捕えてくれ。わしはあいつに何をしたんだろう。あれは狂人きちがいだ。逃げていった。ああ、神よ! ああ、神よ! こんどはもう帰ってきはすまい!」
彼は街路が見える窓の所へ行き、うち震える老いた手でそれを開き、身体を半分以上も外に乗り出し、後ろからバスクとニコレットに引き止められながら叫んだ。
「マリユス! マリユス! マリユス! マリユス!」
しかしマリユスにはもうその声が聞こえなかった。その時彼は既にサン・ルイ街の角かどを曲がっていた。
八十の坂をとくに越した老人は、心痛の表情をして二三度両手を顳※(「需+頁」、第3水準1-94-6)こめかみの所に持ってゆき、よろめきながらあとに退り、肱掛ひじかけ椅子いすの上に身を落とし、脈も止まり、声も出ず、涙もわかず、茫然ぼうぜん自失した様子で頭を振り脣くちびるを震わし、目に見え心にあるものは、ただ闇夜やみよに似た何か沈鬱ちんうつな底深いもののみであった。

 

 

Livre neuvième(第9編)に続く

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-Les Misérables, リーディング